‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments (volume 5)Chapitre 3 sur 104 · La vie religieuse et familiale dans un collège de fabri · texte numérisé non relu

La vie religieuse et familiale dans un collège de fabri

— Si on étudie la vie intime d'un collège de fabri, la nature familiale de l'institution apparaîtra avec une force plus grande. On verra qu'elle n'a jamais perdu, hors de Rome, le caractère qu'elle a reçu à son origine même. Ce qui constituait la famille, indépendamment des liens du sang, c'était la communauté de culte, de repas et de sépulture. Rien de cela ne va nous manquer dans le collège.

Tout collège de fabri est placé sous l'invocation d'une divinité, sans parler du Génie propre du collège '". Il a un temple" auquel il est attaché; il y tient souvent ses réunions, il y prend ses repas anniversaires ". Ce temple est pour lui comme la maison de famille.

Il ne semble pas que les fabri aient adoré par tout l'empire la même divinité. Minerve demeure celle de quelques collèges ", Neptune semble celle des fabri de Ravenne -". A Ostie, il est probable que les deux grands collèges étaient voués au culte de Vulcain, le dieu principal de la colonie : c'était d'ailleurs la divinité qui convenait à cette ville de forges et de chantiers''. Les charpentiers pouvaient s'adresser à Sylvain ^^. Hercule eut peut-être les dévotions de quelques collèges de fabri-^. Jupiter a été cher sans doute à ceux des provinces danubiennes*'*. Dans une colonie de la Dalmatie, Salone, la nature sacrée de ces collèges de fabri est bien marquée : il y avait dans cette ville un collegium fabrnrum ; vers la fin du iir siècle, il commença à s'appeler coZfeg'iMm fabrum Veneris, et finit par ne plus se nommer que collegium Veneris-'' : Vénus était d'ailleurs la grande divinité de Salone. D'une manière générale, ces collèges se vouaient au dieu principal de la cité, comme à Rome ils s'étaient consacrés à la Minerve de la colline plébéienne.

Les repas en commun, epulae, étaient peut-être difficiles et peu fréquentés dans les grands collèges, comme à ceux d'Ostie, de Ravenne ou de Milan. Mais le principe n'en fut jamais méconnu. Ils avaient lieu, en tout cas, fort solennellement, à certains anniversaires, par exemple, à ceux de la naissance des patrons ou des bienfaiteurs, surtout quand ces derniers avaient laissé des rentes au collège à l'effet de les célébrer-". Un faber du collège d'Arles reçoit de ses confrères l'éloge suivant : « Il fut convive agréable », hic conviva fuit dulcis-'' ; c'est une allusion aux agapes faites par les membres de la communauté.

Les associés n'étaient certainement pas tenus, dans les collèges de fabri, de se faire enterrer dans un cimetière commun. Mais il n'est pas douteux que chaque corps de fabri n'ait eu son lieu de sépulture-'; le collège y accordait des emplacements". Les associés y versaient,

les .iffaires du collège, ou si ces douze juges ne sont pas simplement les juges pl<5bèiens de la colonie; cf. XII, 4333. — 8 Corp. XIV, ô: VI, 148. — 10 Xll, 4393.

— Il Voir toute la lettre île Kadius aux fdbri de Narbonne, XII. 4393. — 12 V, 3847, ;iK09; XII, 1877; XIV, 168, 169, etc. — " XII, 700. — ''. Corp. XI, 1353.

— I" XIV, 256 (Ostie); III, 1207 (Aimlum). — 1» Allmer. Musée de Lyon. t. II, p. 590. — " Templum collei/i fabrum (Keggio, Corp. XI. 970). — 18 Corp. XI, 12B.

— 19 Corp. II, 4408; ProUcr, I, p. 294 (à Pesaro et Barcelone). — 2(1 Corp. XI, 126.

— 21 Corp. t. XIV et l'cxposi^ de Dessau. — 22 llenzen, 5216 (Fours en Gaule).

— 53 llenzen, 7201 ; Corp. V, 4488 (Urescia) ; llenzen, 7198 (Julia Carnica : Momnisen doute, je crois à tort, do l'autlienticitè de celte dernière inscription, Corp. V, n» 59"). — 21 III, 3438, 1431. — 25 Voir Corp. III, 1981, 2106, 2108, 2026, 2087, i>l07. — 2C Corp. Xll, 4393; IX, 5568; X, 7143. — 21 XII, 722. — 2S Allmer, Musée de Lyon, t. Il, p. 501. — 20 V, 5888, ,5287, etc.

comme dans les simples collùj^es funéraires, une cotisation destinée aux frais de leurs funérailles'. C'étaient si bien des associations funéraires que la plupart des legs que les collèges reçoivent sont destinés à des fondations d'anniversaires de deuil. Une des principales occupations des fabri est de célébrer les parentalia et les rosarin institués en mémoire de leurs bienfaiteurs-. Ils avaient l'obligation de rendre à leurs confrères les derniers devoirs. Ils s'associaient à la famille du mort ■', et, quand elle manquait, ils la remplaçaient".

Ajoutons que les membres d'un même collège s'apiielaient parfois « frères » entre eux^, et plus encore « amis 1) " : mais l'amitié était, chez les anciens, une véritable « société », divine et religieuse plus encore que morale et humaine.

3. Le rôle induslrk'ldes collèges de fubri. — Uestcurieux que l'activité industrielle soit ce qui nous échappe le plus dans la vie de ces collèges. On pcuit deviner que les grands collèges de navales et de ligiiuarii d'Ostie, de Ravenne ou d'Arles, ont joué un râle prépondérant dans le développement matériel de ces villes : mais l'organisation du travail dans ces corporations nous est entièrement inconnue. Il n'est pas possible de trouver la moindre trace d'un monopole industriel entre les mains des collèges, et il devait y avoir des fabri en dehors d'eux : en particulier les plus grandes familles de Rome possédaient leurs charpentiers, leurs maçons, comme leurs forgerons et leurs argentiers ', et beaucoup de /"aôn devaient travailler librement', sans appartenir à la famille d'un grand seigneur ou à la confrérie d'un collège.

Dans la vie intérieure du collège, il est probable que les choses de métier ne tenaient pas une place prépondérante. Un collège de fabri est loin d'être un corps fermé, exclusif, oii n'entrent que les travailleurs : tout au contraire, c'était une société assez ouverte, accessible à des ouvriers de tout art, aux femmes, aux étrangers. Le titre de fibri était une étiquette, une formule ancienne qui ne répondait pas toujours à la réalité. Les exemples sont nombreux de membres de collèges de fabri, qui ne méritaient guère cette appellation. A Lyon, nous trouvons dans la grande corporation des fabri iignuarii un négociant en saumures % et un ouvrier en craie '". Une épitaphe vante l'habileté industrielle d'un membre des iignuarii arlésiens, « passé maître en son art » : or il excellait surtout à construire des machines hydrauliques". Ailleurs, c'est un orfèvre qui « a revêtu tous les honneurs » dans un collège de fabri '-. A Pola, un membre du collège des fabri est représenté avec un rouleau de cordes, une perche et un quart de cercle : il ressemble singulièrement plus à un arpenteur qu'à un charpentier ''.

A côté de ces ouvriers qui rentrent difficilement dans la catégorie des fabri, les collèges renfermaient ■ des étrangers, industriels ou travailleurs établis dans la cité, etqui recevaient, comme les compagnons du moyen âge,

1 /■; finin-aticio l'jms (Cor/ma. XII, 736). — 2 Corp. XI, 1+36; V, -H-W, 20i«, Ole.

— ■> 111, 1501, lb53. — '» XII, 5811 : Xunc tilii navales pauci damus ultiina doua.

— 5 Fabri fratrcs (Corp. V, V-iS"). — 6 Jbid. XII, 722; V, 3287. — 7 Voir Corp. \l, 'J3yl, où nous voyons cinq /*. argenlarîi, ulTrancliis d'une môme ft-iniillc; id. fill; cl. yays. l.o Uigcsto, XXXill, 7, 12, 5. indique le fa/ter parmi les esclaves de la familia rusika. — 8 Coi;). V, 938.Ï et s.. 19359, 2226, 9410 et s. etc.

— y AUiuer, II, p. ■121. — '0 Pt'rtiiiens ad coUrginm fabrorunif exercens artem creluriaiii, id. p. «8; Wilmanus, 2239. — " Corpus, XII, 722. — 13 Orclli, 117.

— 13 Corp. V, 97. Cf. 908, un fabt}r qui s'intitule dolabrarhis et est repri^senti^ avec une hache. — '• Cf. l'album du cotlegium f. navalium d'Ostic (XIV, 256» ;

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un fraternel accueil dans la société '•. Il n'était pas nécessaire, pour faire partie du collège, d'appartenir à la cité '■' : étrangers et citoyens s'y rencontraient, de la mêmi; manière que, dans les collèges fondés par Numa, Romains et Sabins avaient commencé à fraterniser"^.

Des femmes aussi entraient dans la société " ; les femmes des associés se considéraient comme engagées dans le collège : elles faisaient vraiment partie de la grande famille". 11 s'y trouvait aussi des enfants". Le collège n'était pas une famille rivale de la famille nalurolle : il lui permettait de se développer dans son sein.

11 y avait donc dans chacun de ces collèges, à côté des fibri proprement dits, de nombreux groupes d'associés, amis, bûtes ou parents des membres ouvriers^". Les rorporn fabrornm devenaient ainsi des associations religieuses, amicales ou politiques, beaucoup plutôt que des confréries industrielles, des réunions d'hommes de toute origine s'occupant de tout plus volontiers que de leur art. On s'explique ainsi la réponse de Trajan à Pline, qui voulait établir à Nicomédie un collège de cent cinquante fnbri : « Je veillerai, dit Pline, à ce qu'il n'y entre que des fabri-' >>; et Trajan répond : « Tu auras beau faire, ce collège deviendra vite uni; hétairie -^ », c'est-à-dire une faction politique.

4. Unie public des collegia fabrorum. — C'est le rôle public de ces corporations qui est le plus en évidence dans tout ce que nous savons de leur histoire. C'est l'État quia créé les premiers collèges à Rome ; c'est de l'État qu'ils dépiMident et c'eslI'État qu'ils servent durant tout l'empire.

Ces collèges de fabri ne pouvaient se créer sans l'autorisation du sénat ou du prince. Un sénalus-consulte du temps d'Auguste ou de la tin de la république avait défini dans quelles conditions les fabri pouvaient se réunir en corporations. A la suite de l'expression collegium fabrorum, on trouve parfois la mention suivante : quibus ex senatus consulta coirc licet, « auxquels un décret du sénat a permis de se réunir >>; mais cette expression ne doit paraître que pour de très anciens collèges". Sous le règne de Domitien. le sénat était encore consulté par l'empereur au sujet des autorisations demandées pour les collegia fabrorum -'.

Plus tard, on ne demanda guère que l'autorisation du prince ■^^. Pline voulut créer un collège de fabri à Nicomédie : il en référa à Trajan. Il faut d'ailleurs citer ses deux lettres, qui nous font connaître à la fois le caractère de ces collèges de fabri et la crainte qu'ils inspiraient à l'Ktat. « Il y a eu, à îS'icomédie, un grand incendie, écrit Pline : la foule a regardé le feu ; personne n'a aidé. On a manqué d'instruments et d'ouvriers. Juge, Seigneur, si tu ne crois pas utile de créer un collège de fabri, mais de cent cinquante membres seulement. Je veillerais à ce qu'on ne reçoive dans le collège que des fabri et à ce que, le droit de se réunir leur étant concédé, ils ne s'emploient à autre chose. D'ailleurs il sera facile de surveiller si peu de gens ». Cependant Trajan refuse l'auto-

les nunt«^ros 1 W, 183, 294 sonl sans doute des rtr.aiigers. C^f. .\nmer, II, p. 509. — <:> L'expression fabri Lugduni consistentes el toute autre semblable me parait indiquer que les fabri établis à LyoQ sans en être originaires ]>ouvaient entrer dans le collège- — " l''"'- -Vuiiin, 17. — 17 Corp. V, SS65. — 1» V, 3272: III, KiOl. — " Dig. I., 6, 6, 12. — 20 Cf. collegium fabrorum et gui in eo sunt (VII, II): nllecl. eidem collegia (V, 5738). — SI .Ye ipii» nisi faber retipialur, 33 ( 12). - 22 34 (43). — 33 XIV, 168, 169, 236 (f nnrales d'Ostic): IX, 2213 (Téuma» : X, 5198 (Casinum). — 2' Plin. Paiieg. 34. — 23 Lo collegium fabrorum d'Apulum a élé créé par Septimc, Corp. 111, p. 183. On attribue à Trajan ceux de Milan.

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risalion : « La ville et la province, dit l'empereur, ont été troublées par des factions de cette sorte. Quelque nom qu'on donne à ces corporations, quelque motif qu'on invoque, ce sont toujours des factions, et elles deviennent vite des hétairies '. »

Ainsi, l'État regardait ces sociétés comme dangereuses dans les cités turbulentes ou les provinces troublées. C'est sans doute pour ce motif que les collèges de fabri sont si diversement répartis sur la surface de l'empire -. Il y en a peu en Espagne, en Bretagne-, dans la Gaule propre : craignait-on que ces associations ne devinssent des ferments de discorde dans ces pays à demi-barbares? Ils sont plus nombreux dans la Gaule Narbonnaise, et d'une manière générale dans les pays où se trouvent d'anciennes colonies romaines ou latines. C'est surtout dans la vallée du Rhône, et dans l'Italie du Nord et du Centre, dans les provinces danubiennes, que nous pouvons les étudier : c'étaient des pays paisibles, et à jamais gagnés à l'ordre et à la paix romaine. Encore avons- nous vu les précautions que l'État prit pour les contenir et les avoir sous la main dans la région de Vénétie et dans celle de la Gaule Transpadane. Le midi de l'Italie possède peu de collèges de fabri; la bruyante Pouzzoles ne semble pas en avoir. L'Orient, l'Egypte, la Grèce, provinces si souvent inquiètes, aux villes sans cesse en émoi, en manquent. On n'en trouve pas non plus en Afrique ^ C'est que l'Afrique, où tant de plébéiens de Rome avaient trouvé un refuge et un établissement, pouvait passer pour une province démagogique : les travailleurs libres n'y étaient pas encouragés, les grands travaux et les services publics y étaient confiés, comme à Rome, à des familles d'esclaves.

Les empereurs du bas-empire furent plus libéraux. En regard de la lettre de Trajan, il faut citer la loi de Constantin : « Il convient que dans toutes les villes où l'on trouve des dendrophores, ils soient réunis aux cenionarii et aux fabri : il est utile que les corporations de ce genre soient fortifiées par l'abondance de membres' ». Dès le début du iv° siècle, en eflet, les collèges de fabri nous apparaissent partout, non seulement comme autorisés, mais encore comme recherchés et protégés par l'État. Le bas-empire favorisa autant la formation des collèges que le haut-empire la redouta : le collège entre désormais dans la vie publique comme cadre administratif.

Il est à noter que l'État i-dinain intervient seul dans la constitution de ces collèges municipaux. Les sénats des villes paraissent sans action et sans influence sur eux. Ils ne relèvent pas de l'administration municipale : ils forment des corps placés au dessous de l'ordre des sénateurs : mais c'est une infériorité hiérarchique, ce n'est pas une dépendance administrative.

C'est qu'en effet leur puissance était telle, par leur effectif, par leur cohésion, par leurs traditions, que l'Etat seul était outillé pour les contenir ou les combattre.

En outre, les fabri, dans les villes comme à Rome, étaient au service de l'État. « Ils ont été institués », dit le jurisconsulte Callistrate, « pour prêter une aide néces-

I l'iin. E/). ad Trnj. .'ÎS et 34 (42 et 43). — 2 Voir uu bon cliisscmcnl «le ces collèges dans l'cmiiirc, clicï Mauf, Prnefeclus faOrum, p. oO cl s. — 3 Cf. Moniinscii, Corp. Vlll, p. llOi. — V C. Th. XIV, 8, 1 : Ad omims jiuHcus lilteras dare Tiinm Gravilatem (la loi est adrcssiîe au préfet du prcloire) convenu, ut in gitikiscumtjue oppidis dmdrophori faerinl, centonuriorum adqun fnhrorum adnectanlur, quoninmhaec corpora frequenlia hominum multiplicari expudial. — l^ Dig.

sairc aux besoins publics". » Il n'est point douteux qu'ils n'aient eu d'abord à travailler aux constructions publiques, municipales ou autres. Les grands édifices qui s'élevèrent en si grand nombre dans les colonies, leur ont été sans doute commandés. C'est par des collèges de fabri qu'Hadrien fit exécuter dans toutes les villes de l'empire ces belles constructions dont il les dota ". Les fabri iignuarii et les fabri navales d'Ostie furent employés, j'imagine, aux édifices et aux flottes que l'État possédait et entretenait dans l'antique colonie'. Voilà peut-être ce qui explique l'importance exceptionnelle de ces deux collèges. Ostie était la métropole commerciale de l'Italie, le port et l'entrepôt de Rome; les ouvriers y abondaient, les arsenaux, les greniers, les docks de l'État y nécessitaient un personnel nombreux d'entrepreneurs et d'ouvriers. Ostie est devenu, à certains égards, comme l'atelier et le chantier de Rome. Si jamais corporations ont mérité d'être appelées u d'utilité publique », ce sont celles de la puissante colonie. Qui sait même si les ouvriers des corpora d'Ostie ne travaillaient pas à Rome même, et si cela n'explique pas la faiblesse des vieilles corporations romaines ?

A côté de celte activité industrielle mise au service de l'État, les collèges de fabri municipaux avaient un rôle d'un caractèrepublic: veiller à l'extinction des incendies. La lettre de Pline à Trajan ne laisse aucun doute à ce sujet. Leur union avec les ccntonarii confirme d'ailleurs le fait : les couvertures de drap qu'on appelait cimtonrs servaient entre autres choses à éteindre les incendies '.

En échange de ces services, les membres de ces corporations avaient des immunités financières analogues à celles dont jouissaient les /'aè)'( de Rome'.

Il n'est pas de notre sujet de suivre dans les derniers temps de l'empire et au moyen âge les destinées des collegia fabrorum. Mais on peut déjà deviner que leur organisation ne disparaîtra pas avec l'empire romain. Bien des choses se retrouveront, au moyen âge, de ces anciens collèges. Les confréries de charpentiers auront toujours un caractère religieux, familial et politique. Elles possèdent leur chapelle et leur saint, comme les collegia fabrorinii avaient leur temple et leur dieu. Les repas de corps subsisteront. Il y aura toujours une « mère des charpentiers»; et, dans beaucoup de villes, les charpentiers auront le devoir d'aller seuls au feu en cas d'incendie.

Toutefois le ci'ité industriel, que le moyen âge mettra en évidence, se trouve précisément le moins visible dans les collegia fabrorum. Il est probable que les membres de ces collèges pouvaient travailler pour leur compte ou le compte d'entrepreneurs : mais ils devaient aussi leur travail à l'Étal, et c'est moins comme charpentiers ou maçons qu'à litre d'obligés envers l'État qu'ils étaient constitués en collèges. Les collegia fabî-oriim ciaicntsurtoufc des confréries religieuses créées par l'iîtat, pour assurer des services publics.

IV. Les fabri a l'armiîe. Le praefectus fahhum '". — 1" Le service de l'État n'appelait pas moins les ouvriers à l'armée qu'il les réclamait dans la ville. Pour réparer et construire ses armes et ses machines, la légion romaine

]., 6, 6, ii : J'^nbrorum corpus... nt necessarinm operam publicis ntililnli- Ims exhibennil. — G Cf. plus haut. — ^ Corp. XIV, p. 8 et s. — 8 Dig. XXXIll, 7, 12, 18. — 'J C. Th. XIII, 1, 10 (loi de 374). Celte loi est adressée à uu vicaire d'Italie. L'imniunilé n'était d'ailleurs accoi-dûe qu'à couï des incinbres du colli^ge qui étaient ri'cllomcnt faljri (Callislral. Uig. L, C, li, 12). — '0 'Er.a^x"i ''•" ':t/.viT.r,ï dans les inscriptions grecques.

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avait licsoin (roLivi-iors charpentiers et forgerons. Elle avait ses arsenaux où se fabriquaient boucliers, casques, cuirasses, arcs, llcches, javelots et autres armes; elle se faisait suivre de tours, de voitures, de machines de guerre. C'était un des grands soucis de l'État, de veiller à ce qu(; l'ariiiée trouvât toujours près d'elle, dans le camp même, ce qui lui était nécessaire'. Aussi, dès que nous connaissons l'organisation d'une armée romaine, trouvons-nous, à ci'Ué des soldats proprement dits, des corps DU iihiti'it des troupes d'ouvriers, fnhri : il ne peut s'agir en i!ll'(;t que de fahri ; l'État n'avait besoin (|U(' decharpenliers pour ses machines et de forgerons pour ses armes.

Dès l'origine aussi, les troupes d'ouvriers se montrent dans les camps avec le même caractère qu'ils ont à Rome et dans leurs collèges : l'institution des fnbri a la même nature dans la cité et à l'armée. Comme ouvriers et comme plébéiens pauvres, les fnhri étaient en droit exclus de l'armée, en même temps qu'ils l'iUaient de la cité. Ils y furent rattachés cependant par l'État, qui avait besoin de leurs services, et ils y entrèrent, non pas comme soldats, mais comme serviteurs et manœuvres de la chose publif[ue.

Lorsque Servius TuUius organisa l'armée romaine, il créa deux centuries de fabri, celle des charpentiers, fohri tiqniiarii, et celle des forgerons, faliri acvnrU-. Il est vraisemblable que ces deux centuries furent uniquement recrutées parmi les membres des deux collèges correspondants. Peut-être même ne furent-elles, au début, que ces deux collèges transportés en quelque sorte dans l'armée. Il en a dû être de ces collèges de la Rome primitive comme de ceux que nous avons étudiés dans les municipes : ils pouvaient au besoin être transformés en corps militaires ^ D'ailleurs, les ouvriers des collèges de Numa étaient sous la dépendance continue de l'État qui les avait créés : ils lui devaient le service de leur temps et de leurs mains, et, comme les citoyens, ils le devaient aux camps comme dans les temples. Si on les convoque à l'armée, c'est toujours dans l'intérêt suprême de la ville, ad summum Urhis usum, dit Cicéron '.

Cette espèce de droit souverain de réquisition que l'État exerce sur les ouvriers, au moins en temps de guerre, est bien uiar([ué dans une anecdote que rapporte Polybe. Dans une cité d'Espagne, Carthagène, Scipion,le Premier Africain, avait fait dix mille captifs : il les divisa en deux groupes, les citoyens et les ouvriers. Aux citoyens, il laissa la liberté; aux ouvriers, il la [iromit à la fin de la guerre, s'ils servaient avec zèle l'État romain ; en attendant, il lit inscrire leurs noms sur le registre du questeur, et il les divisa par troupes de trente, chacune sous la surveillance d'un curator romain ".

Les deux centuries d'ouvriers créées par Servius Tul- Hus occupent un rang assez important dans l'armée. Cicéron nous dit que la centurie des fahri tignuarii se rattachait à la première classe de soldats, c'est-à-dire des plus riches, de ceux qui possédaient l'armement comphît"; Tite-Live dit de même des deux centuries'; Denys d'Halicarnasse les attribue à la seconde classe". Il ne faut point, du reste, s'en étonner outre

I D'apn^s Vi'gùco, |[. Il, ((lie nous li-aiiuisoiis. Lo texte de V6g^cc se rapiwrle \\sibletiient à mie i^pnque fort luicieiine, el sans dotite aux premiers temps de r,irnu^o i-om.iine. C'est à tort, je crois, ((uc Main>, p, ^0, le roml>at ou le corrige.— 2 Textôvwv l'I Ô7:).')r'.;<T,v ou yaAxoij-wv /.ô/ot clicz Dell} S. — ^ N'oublions pas que ceux ilo ces collèges i|ui étaient organisés militairement iHaicut divisés eu ccHluries. Monunscu ne croit pas que tous les enllM/inli aient fait partie des centuries. De Coll. p. 30,

mesure : les ouvriers étaient indispensables surtout aux premières classes qui étaient composées de gens riches, et toujours convoquées en première ligne.

Le r61e de ces deux centuries est d'ailleurs bien indiqué par les écrivains : les fnbri ont à construire les cami)s d'hiver, à réparer ou à charpenter les machines, à fabriquer les armes '. Tite-Live ajoute qu'ils transportaient ces mêmes machines '". Il paraît certain qu'ils ne les manœuvraient pas ; c'étaient des ouvriers, ce n'étaient pas des artilleurs.

A [)lus forte raison, n'avaient-ils point d'armes. Jamais on ne les a considérés comme des soldats. Ils ne combattaient pas. Ils étaient plus encore les auxili.'iires de l'armée qu'ils n'en faisaii-nt réellement partie". Même à l'armée, les ouvriers ne sont point censés faire un service militaire. Cela est si vrai, que Tite-Live rapporte, à la dat(! d(* ;ji!t, h; fait suivant : « Les Caulois étant devenus menaçants, on enn'ila tout le monde, même les ouvriers. genre d'hommes peu aptes au service militaire'- ». Cette fois, on les inscrivit, faute d'hommes, parmi les soldats, et non parmi les ouvriers.

Aussi les centuries d'ouvriers ne formaient-elles pas une compagnie militaire. Elles n'avaient pas leurs chefs naturels; elles obéissaient à un préfet, prnefeclus fabrum, nommé sans doute par le roi ou par le consul. Elles ne dépendaient pas non plus de telle ou telle légion: elles étaient attribuées à l'armée toute entière, ou plut'U encore au général, sous les ordres duquel le préfet était immédiatement placé.

Telle semble avoir été la première organisation des fahri dans l'armée romaine. Elle paraît se modifier complètement à l'époque où le service militaire fut accessible à toutes les classes de la société : dès le i" siècle avant l'ère chrétienne, les fabri entrent dans l'armée, non plus comme ouvriers, mais comme soldats. Végèce recommande même de prendre parmi les forgerons ou les charrons un certain nombre de soldats ". C'est vers ce temps que les collèges de fahri ont cessé de former dans les camps des centuries distinctes : les ouvriers sont maintenant inscrits en qualité de légionnaires; ils ne sont plus groupés en troupes annexes. Il en sera ainsi pendant tout l'empire.

Toutefois, pour servir en qualité de légionnaires, les ouvriers ne perdaient point, je crois, leur qualité de maçons, de charpentiers ou de forgerons. Ils se faisaient inscrire ou on les inscrivait d'office, en qualité de fabri, sur les registres de l'armée. Le moment venu, le général réclamait d'eux ce service d'ouvrier qu'ils devaient toujours à l'État, en même temps que le service militaire. Jules César, sur les côtes de Bretagne, a besoin de construire des navires : il prélève dans les légions tous les fabri qui s'y trouvent". Nous savons, par un jurisconsulte du temps de Commode, quelles étaient les catégories de fahri qu'on pouvait rencontrer dans un corps militaire! ; il énumère les chaudronniers el les forgerons, les charpentiers, les tailleurs de pierres, les couvreurs, les fossoyeurs, les bûcherons, les charbonniers, les chaufourniers, les fabricants de machines, de voitures, de

„. .j. l [)^ rep. II. Si, 39. — 5 Poljbc. X. 17. — 6 Cic. /. r. — 7 Additaf huic elassi, etc. I, 43. — « IV, 17 cl VU, 5'J. Voir, à ce sujet, les réOciioDS de Mommsen, /><• collfgiis, p. 30. — » Vcget., II. Il; Dionjs. IV, 17. — 10 Dntum inumit. ul machinas bello ferrent. I, M. — •' Sine armis stipendin faciunt. italmn munus, etc. Til. Liï. I. 13. — '3 VIII. iO. — 13 I, 7 : Fabros eonrenil sociari mililiae. — " De bell. gnil. V, 11.

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casques, de flèches, d'arcs, de javelots, de cornes, de trompettes, de balles de plomb '. 11 y faut ajouter les mineurs, qui avaient une grande importance dans les travaux de siégea Ces soldats étaient exempts des corvées et remplaçaient par leur service d'ouvrier quelques-unes des obligations les plus pénibles du métier militaire ■'.

Il est à remarquer qu'aucune inscription ne donne à un soldat la qualification de fabe.r ou toute autre semblable'. Elle n'était pas considérée comme une appellation officielle, le titre d'ouvrier ne fut jamais dans les camps un titre d'honneur : celui de iniks était incontestablement plus honorifique.

Il faut faire une exception pour l'armée navale. Les inscriptions mentionnent assez souvent les fahri de la flotte de Misène. Mais les matelots de la flotte étaient recrutés parmi les hommes de condition infime, les affranchis, les pérégrins pauvres : parmi les prisonniers que Scipion fait à Carthagène, ceux qu'il embarque pour servir sur la flotte sont certainement plus méprisés et plus méprisables que les ouvriers ". Le titre de faber devait valoir parmi les matelots une sorte de supériorité morale et matérielle : l'ouvrier recevait souvent une solde plus considérable, la qualité de faber est sur la flotte presque inséparable de celle de dupUcarius '^.

Je ne rencontre qu'une seule fois l'expression de fabri dans l'armée romaine. Une inscription nous fait connaître un officier instructeur, doclor, des fabri. de la légion Secunda Adjutrix''. Or cette légion a été précisément levée parmi les soldats et les matelots de la flotte.

A côté des soldats inscrits comme fabri, il devait y avoir un certain nombre d'ouvriers civils dans les camps, esclaves ou plébéiens des villes voisines. On a vu que Scipion s'attacha comme ouvriers 2000 captifs de Carthagène. Il ne serait pas impossil)le que les fabri des collèges municipaux fussent au besoin à la récjuisition des commandants d'armée, comme les fabri des deux collèges romains avaient été à celle du roi et des consuls.

2° Pendant que les centuries d'ouvriers disparaissent très rapidement de l'organisation militaire, leur chef, le praefecliis fabrum, ne fut jamais supprimé : nous retrouvons dans son histoire cette ténacité avec laquelle Rome s'est attachée à ses plus vieilles institutions. Il y avait quatre siècles que les corj)s de fabri n'existaient plus dans l'armée romaine, et les généraux et les magistrats avaient toujours un praefcctns fabnnii dans leur étatmajor. Voici ce que nous savons de lui pour le dernier siècle de la république et les deux premiers de l'empire, les seules époques où nous pouvons le connaître.

Il était toujours choisi ^ par un magistrat de Rome, et en cette qualité inscrit " dans le trésor public comme fonctionnaire de l'État. Sous la république, le choix appartint aux magistrats revêtus de \'iiiij)i'riani, aux

1 T,irruntcnus Paternus, ap. Dis- L, 0, 7 (6). — 2 Ciiiicularii, Vcg. II, 11. — a Dig. l. c. — '• Cf. Marquartlt, II, p. 553, 2« Mil. — li Pol. X, 17. — 6 Sur neuf fabri de la flotte de Mist^ne, six sont flitplicnrii. A la suite de faber ou ajoute tantôt le nom do la flotte, tantôt celui du navire, Co?'p. X, n"» 'AMS-'i'HG. — 7 Corp. III, .1566. Le mot doctor n'est jioinl sûr. — * Adlrctas n conault; X, 7583, 7581. L'expression donatus, qu'indiquent certains livres, ne {tarait pas .avoir (M- employ^'e; il faut en etfet lire, Corp. XI, I93i, delatus au lieu de donatus, qu'a vulgarisé à tort Momnisen {Hfrnws, I, p. 61). — 9 Delnliis;E/ih. Epigr. V, 86 : Bis in aerarium didalus a consule. — 10 Cic. Pro Batbo, i8. Voir l'explication que M. Momnisen donne Ephemeris, IV, p. 530. — Il Corpus, VIII, 7386 : /'rnrfeclits considis Jl el pranloris II; V, 8239. On a tort de lire co{n)s{aloris) : l'expression consulis est en toutes lettres dans les inscriptions. Voyez Ephemms rpitjraphicu, II, p. 111. — 12 Praefectlis fabritm Trnjaiii, III, 7i8 divi Claudii,

consuls, aux préteurs : le préfet leur était attaché; il se disait praefeclus cotisuUs, pracfectus pracloris. Plus tard quand il y eut, à côté des consuls et des préteurs, des proconsuls et des propréteurs chargés de commander aux armées et de gouverner les provinces, les expressions de praefeclus consulis ou praefeclus praetoris demeurèrent usitées, môme pour les préfets qui leur furent attachés'". 11 en fut de même sous l'empire : ([uel que fût le fonctionnaire dont dépendît le préfet, il ne s'appela jamais que pracfectus consulis ou pracfectus praetoris, suivant le rang du magistrat qui lavait nommé ". 11 est possible qu'il y en eut dans les provinces gouvernées par des légats, comme il y en avait dans celles qui appartenaient à des proconsuls : mais l'expression pruef-elus legati n'est pas usitée. On trouve parfois celle de « préfet de l'empereur » : mais on peut se demander si ce n'est pas en qualité do consul ou de proconsul que l'empereur s'est désigné un praefeclus fabrum '-. Il y a peu d'institutions qui montrent plus que celle-là la fidélité des Romains à leurs vieilles formules et à leurs titres traditionnels.

Le pracfectus fabrum dépend surtout de gouverneurs de provinces : on peut chercher s'il n'y en avait pas de réservés aux consuls de Rome : deux inscriptions mentionnent nn praafeclus fabrum Romae^^.

Comme dans l'organisation primitive, les préfets ne sont attribués ni à une légion ni même îi une armée : ils sont attachés à la personne du chef' ; ce sont en réalité des officiers d'état-niajor : ils font, comme ses légats et ses comtes, partie de sa cohorte. Nommés pour un an , ils sont renouvelables indéfiniment par leur chef" : un officier a été six ans de suite préfet du proconsul d'Afri(|ue "''. Ils résident près de lui, dans le chef-lieu de la province '". Un chef d'armée peut avoir plusieurs pracferli fabrum^*.

Il est remarquable que les pracfecti fabrum sont pris presque toujours parmi les personnages considérés des villes de la province. Un Espagnol de Gadès. Ralbiis, fut pendant longtemps préfet de Jules César". C'étaient très rarement d'anciens soldats ^°, d'ordinaire de fort jeunes gens, de vingt -' à vingt-cinq ans, appartenant à de grandes familles municipales, familles équestres pour la plupart ; destinés aux honneurs locaux, ils font, par la préfecture, une sorte d'essai des honneurs romains. Souvent ils reviennent dans leurs colonies pour reprendre et achever leur carrière municipale. Souvent aussi ils demeurent ii l'armée, et, tour à four préfets de cohortes ou tribuns légionnaires, ils parcourent la série des hauts grades militaires des « milices équestres " ». Quelques-uns vont plus haut, arrivent à (les commandements supérieurs". Les plus heureux, comme Balbus, atteignent au consulat.

Le titre de pracfectus fabru)/i ne larda pas d'ailleurs à

X, 5188; v, Ctir.0. — l'J Corp. V, 546; IX, 4007; cf. Jlau.-, p. 7:1. - H A la suite du mot fabrum, li's inscriptions (du i" siùclc surtout) indiquent souvent le nom du chef. Cf. Cic. J'ro llnlbo, 28, 63 : praefectum fabrum ; Plin. XXXVI, 48 : Praef rarsiiris in Galliii : Velleius, II, 76, 1 ; Cic. Ad fam. III, 7, 4 : meum praefeclum : .\d Ait. IX, 7, 2; Corn. Ncpos, Atl. XII, 4; Caesar, De bell. cir. I, 24. Toutes les inscriptions qui \mricnl prapf. fabrum legionis sont fausses. — •'•Voir/', fabrum, JI, 111. 1 y, V. Corp. X, 4862, 5922, 218, etc. — H"' Prarfrcto fabrum Silani sexto Carlhnginis, XIV, 3665 (Pm du r^gne de TibfreV — n Ihid. — 1» Ihio praefecti fabrum Pompi-i, Cic. Ad Atl. IX, 7 c, 2. — '■' Cic. Pru llulbo, l. c. — 2" llenien, 6738 : Corp. V, 5 46 ('.'); X, 5583, 1262. —21 Un préfet l'igé de 20 ans, Corp. III, 616. — !2 II faudrait citer la presi|uc totalité des inscriptions dcprarfecii fabrum, qui sont iiuioniliraliles; on les trouvera réunies elle». Maué. — 2'J Voir Ejdi. IV, p. 538, la carrière du légat Quirinius.

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devenir iniroinont lionoriiiiiiic 11 ii'oMi^'oa pas celui qui en fut gralilié à se rendre dans la ])rovince où commandait son protecteur. Atticus, dit Cornélius Népos, reçut maintes fois cet honneur : il ne bougea point d'Athènes, se contenta du titre et ne voulut ]>oinl eu lirer quelque profil personnel '. Et la jikiparl des prnrfccli fultrum ((ue citent les inscri|)lions sont de grands jii'rsonjiages municipaux (]ui n'ont jamais été sous les ordi'es d'un gouverneur. Au moment où ce litre disj)arait, à la fin du II" siècle, il n'est plus, comme celui de Irihiinus iiiilitinii, qu'un qualificatif d'honneur accordé jiar les gouverneurs à leurs clients municipaux. On le décerne à des jeunes gens de seize ans, même à des enfants de huit '.

Les attributions de ceux qui accomj)agnaient les gouverneurs sont mal définicis. Une chose parait certaine, c'est que le prarfpclus fabrum n'était point un commandant de troupe : les fabvi n'ayant jamais été, à Rome et dans les provinces, regardés comme des soldats, leur préfet ne peut pas être appelé un officier. Je ne crois pas qu'il ait jamais donné des ordres même aux ouvriers : ce n'était certainement pas un officier du génie ou d'artillerie. Végèce dit qu'il était pour les fahri simplement un juge, judi'x ' : il jugeait leurs délits, il ne dirigeait pas leurs travaux ; on ne lui demandait aucune aptitude technique. Au besoin, il aidait le gouverneur dans l'exercice de la justice, en dehors même des affaires relatives aux fabr'i '• . Il avait même, comme le questeur, des attributions financières : les préfets ont une caisse, dans laquelle on verse les produits du butin '. Ils sont souvent détachés pour des missions de confiance". Mais il est frappant que, dans tout ce que nous savons de lui, le préfet des ouvriers a toujours gardé ce caractère civil qu'il a dû recevoir dès l'origine.

On doit remar(iuer quel liens nombreux rattache le prai'fi'cliis ftibriiin et les fnbi-'i militaires de l'État romain aux chefs et aux ouvriers des collèges municipaux de fabri '. Le préf(>t semble séjourner dans les grandes villes de la province : on se dit <■ préfet à Carthage ' » ; on peut donc se demander si les prarfrctifabrinii n'avaient pas une juridiction au moins nominale sur les ouvriers des villes de la province, semblable à celle que les officiers de Scipion exercèrent sur les ouvriers pris à Carthagène. Les préfets sont d'anciens ou de futurs magistrats municipaux; les mêmes hommes peuvent être préfets d'un gouverneur, puis préfets d'un collège de fabri^. On comprend que l'un d'eux se soit intitulé " préfet des ouvriers à Rome et à Trieste '" » et que les préfets des collèges de Trieste ou de Caere peuvent parfois se dire

I Cf. Maur. |>. 7. — 2 Corpus. IX, 2(l.ili; VI, 351^, IX, -2-2:1 : Praefectus faimim, vi.i-il annus YIll. — ^ Horitm judt'X propviits eral praefectus fabnnn. II. Il,

— ^ P. f. Jure dicundo et sortiendis judicihus in Asia {Curp. III, 5393 et 5304).

— ''Cic. Ad fam. Il, 17, 4; Tac. Hist. III, lîl. Co poiul ,i »H(^ bien mis en lumière par M. Mommscn. M. Maué l'a lonj;ucnïont coinbaltu, p. 12-13. — 6 Voir les textes citt^s note 14, p. 058. — 7 Voii-, à ce sujet, le livre très hardi ilc Mau^. — ï^ Curp. XIV, 3005.

— 9 XIV, 208 ; V, 54(i. — 10 V, 540. — H V, 540 ; III, 01 1 ; Gruler, CCXXXV, 0. Cf. Maut^ p. 87. — BiBiaoGRAPiiiF. Voir, outre les livres cités à la liibliogi-apliie de Coli.Ec.tuM : lleinoccius, De collegiit et corporit/us opi/îcum. 1723, Halle; Sclivvarz, De coliegiis Vtriculnrioruui tliins ses Opusetda, 17«.l3, Nuremberg; IMalner, De cotlegiis opi/ivum^ 1800, Leipzig; Krause. Die drei tiltesten Kunstur/iunden der Freimaurerfiniderschiift, IS13, Dresile. 1. II; Direkseii, Cit'ilisti.tclte Abliandtungen, t. II; Cobn, ^um rœmischen Vereinsrecht, IS^'.i, lîerliu ; Kiedenauer. Stiidien znr (leschiciite des anlikeu //(7ju/h'cWiv.'.ç, 1873, Kriangen ; liKirnnor, Terminologie und Technologie der Cewerhe und Kiiuste bei Grierhen und lia'meru. 1874-1887. Leipzig; W'ezel. De o/tificio npifieiliusiiHe apud référés lîomanos^ 1881, [ierlin;Gaudenzi, Sui collegi degli itrtigiuni in JîO'nii [Arehiriogiuridiço, 1884. XXXlIi ; G<>rar<L Des corporations onvrii'resà Dôme. 18S4. Monlbi^liard ; Ilirschfclii, Gallische Stndien, III (Vienne, 1884; Sitzungsheriçhte der phil.-tiist . Classe der AUad. der M'iss.

jirnrfrrli fribrum comme ceux des magistrats romains". Au début do l'histoire de Home, les préfets des ouvriers ne différaient pas des préfets des corporations municipales que nous trouvons sous l'empire : les centuries d'ouvriers do Servius Tullius ne sont que les collèges de Numa organisés militairement, et les collèges de Milan ou d'Ostie j)ouvaient au besoin, comme ceux de Rome, se transformer en centuries militaires. C. .Iullia.n.

F.VRUICV. — Ce mot, qui désigne toute espèce de inanulacliiri', s'applique spi'cialement, dans la langue du bas empire aux fabriques d'armes de l'État '.

C'est une question assez difficile à résoudre que celle de la fabrication des armes destinées aux légions romaines. Tite-Live rapporte, suivant une tradition d'ailleurs fort acceptable, que les citoyens devaient, à l'origine, fournir eux-mêmes leurs armes-. Mais l'État eut, de très bonne heure, à Rome même, des arsenaux, «rni«iiii'iilofiii, d'où il tirait les armes destinées aux soldats^.

Ces armes, les demandait-il à l'industrie privée ou les fabriquait-il lui-même dans des manufactures qu'il dirigeait? Sans qu'il soit possible de n-soudre entièr(;menl la question pour la période républicaine, il est vraisemblable que l'État eut, dès lors, à coté des arsenaux où il gardait son mati-riel de guerre, des " fabriques », fnbricae, ' où il le confectionnait. C'est ce qui semble résulter d'un texte de Végèce, qui se rapporte visiblement à un très ancien état de choses : " Les légions fou les armées) avaient des manufactures de boucliers, de cuirasses, d'arcs, où se fabriquaient toutes sortes d'armes'. »

Les ouvriers qui travaillaient dans ces manufactures étaient-ils les fabbi des centuries créées par Servius Tullius? (.)n peut en douter, en se rappelant que ceux-ci suivaient les légions, transportaient les machines, servaient surtout à construire les camps, à réparer les armes ou à remédier momentanément à l'insuffisance du matériel'. D'ailleurs ces fnbrt ne tardèrent ])as à être versés dans les cadres des légions. On peut supposer que l'Étal faisait travailler, dans ses manufactures, des ouvriers civils, esclaves ou prisonniers de guerre, réquisitionnés par le général ou par son praffi'ttus fobnim'^.

Nous ne sommes guère mieux renseignés pour les trois premiers siècles de l'empire. Toutefois l'existence de fabricfii' militaires, distinctes des tinnaiitmlnrin ou arsenaux, sans être prouvée, parait assez vraisemblable. Un jurisconsulte du temps de Commode cite, parmi les sous-officiers de l'armée, un oplio fabrian', qui devait être le directeur ou le surveillant de ces fabriques'. 11 semble qu'il faille toujours distinguer entre les fabri qui

t. CVII) ; Mau«S Die Vereine der yaliri. Centonarii und Dendrophori, 1886, Francfort : Scliiess. Die r<em. coUegia funernticia, 1888. Municli ; Wallzing, Les inscriptions relalires aux collegia fabrum de Dôme et (fOstie {Der. de l'instruct. publ. en Belgique. 1 888, l. XXXI) ; Id. Les corporations officielles de l'anc. Dome{Ibid, 1892) ; M. Études sur les collèges d'arti.'innset d'artistes cbez les Domains (sons presse) ; L'êpigrnphie latine et les corporations professionnelles. 1802. Gand; Liebenam, /Car Ge.^cliicbte des rtpm. Vereinswesen, 1890. Leipzig. = Pour les fabri dans l'arnu'-e romaine, voir Scbambacli, l'eber die Geschùt zervendung bei den Rtrmem. 1nS3, .\Ucnbourg; Kutbe, Rrrm. KriegsalterthOmer. I88i. Wismar. = Pour le priiefectus fabrum, voir Borgliesi, Œuvres. I. V. p. 207 ; Monimsen, Hermès, l. \. p. fiO {Dôm. Forscbungen, t. IL p. UO) ; irf. t. L p. 175 ; Ephemeris Bpigraphiea. ÎV. p. 130; Slaatsrecht, |>assim : Marquanll. Slanisrenraltung. I. Il, 2» Mil. p. 51S cl s., et surtout Mauf. Der Praefecttts /•'abrum. 1887. Ilallc.

FABRICA. 1 II a remplac*^ le mot officina. On irouve officina armorum chez César. De bell. civ. I, 34. — S Til. I.iv. I. 43. — 3 Voir Aiiii«xcvrAnn:x. — ' Habehaut etiam fabricas scittarins. loricarias. arcuarias, in quibus sagittae, missitia, rassides, omniaque armorum gênera formabantur (II, lit. Je suis convaincu que ce texte de VégiVe se rapporte à l'époque républicaine ; voir l'article fabri. — SVegeU II, II. Voir kabiii. — «Cf. Polyb. X, 17. — ' Itisesl. L. 6. 7.

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servaient comme légionnaires ' el les ouvriers, libres ou non, qui travaillaient dans les manufactures militaires.

A partir du ni" siècle, on voit s'organiser peu à peu les fabriques d'armes de l'État. On constate qu'elles se trouvaient situées dans les camps ou près des stationnements militaires, qu'elles étaient attachées aux légions, que les ouvriers en étaient regardés, dans une certaine mesure, comme des soldats, tout en étant groupés en collège, collegium fabricae. Ces ouvriers s'appelaient non pas fahri, mais fabricenses'.

L'État n'avait point d'ailleurs le monopole des fabriques d'armes : les inscriptions nous font connaître un grand nombre de fabricants de boucliers, d'épées, de casques, de cuirasses, qui n'étaient certainement pas ouvriers des manufactures publiques'.

Sous le bas-empire, grâce à la Notice des Dignités et aux documents législatifs, les renseignements deviennent nombreux et concluants. Les fabriques d'armes sont désormais organisées et, à la différence des autres siècles, comme un service administratif civil, distinct de la direction militaire. Elles ne dépendent plus des chefs des légions, mais elles ressortissent directement au maître du palais, le magister officiorum ''. Elles ne sont plus rattachées à telle ou telle légion '% placées dans le voisinage immédiat des frontières, ou dans l'intérieur même des campements. Elles ont été mises à l'abri dans les grandes villes de l'empire, et quel(|uefois à une grande dislance des frontières et des légions. C'est là peut-être le principal changement que le iv° siècle vit apporter à la situation des manufactures; elles furent mises aux mains des pouvoirs civils.

Nous avons la liste des fabricae impériales pour le premier quart du v" siècle". La Notice des Dignités nous

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' — ' FABRICAE '

Fig. 2860. — Insignes du Mtujislci- offciontm.

(lonni^ en même temps que celte liste, la figure des armes ([ui se fabriquaient dans ces manufactures

* Ce sont ceux (|ui sont (!nuini!r(?s ap. Dig. I., C, 7. — 2 Corp. hixcr. Int. VII, VS ; Orelli, 4075 : « Fabriceusis legionis XX, ex coliegio fabric.ie, slipcndiorum XX. veloranus ex fabrironsibiis » ; Corp. III, 6. Ces doux inscri|itinus sont an pins lût du Ml' siècle. C'est sans iloulc du ui' siècle qu'est aussi cette inscriplion de Valence [CorpuSy II, 3771) dont je ne sais que penser : « Aniplialus (|Ui fabricae alae [7 Mommsen propose arinornm] el signorum praefuit. » — ^ Vojcz-en la noincnclalurc chez Blilmuer. Turminolof/ie, t. IV, p. 3(il et s. — '• Aolilia ilir/nilnlilm. Or. XI, Occ. IX. C. Just. .\1, 10, ti. Ils étaient dans une certaine inesitre placi^s sous la surveillance du m.ngislral municipal ; Amniian. X.XXI, 0, i ; Justiniau. iVoi>. 85, 3. — " Remarque/, que Végècc dit Imlichant {li'giones). — f' Ao(. iligiiil. Or. c. XI;

(lig. 28(tÛ}. On voit que toutes ne confectionnaient pas indifféremment toute espèce d'armes. En Asie, il y avait une fabrique d'armes et de boucliers [fabrica scutaria et arnioriini] à Damas (on sait avec quelle persistance la fabrication des .armes s'est maintenue à Damas), une fabrique de cuirasses (/'. clibanaria) à Antioche ", de boucliers el d'armes {f. scutaria. et arnienturia) à Édesse, do lances (/'. Iiastaria) à Irénopolis en Cilicie, de cuirasses à Césarée de Cappadoce, des fabriques de boucliers et d'armes à Nicomédie et à Sardes. Dans riUyricum oriental, on trouve des fabriques de boucliers et d'armes à Andrinople ', à Marcianopolis, à Thessalonique, à Naïssus, à Ratiara, et une fabrique de boucliers à Horréomagus. Une loi de 374 mentionne à Conslantinople une manufacture qui a di'i disparaître quelques années plus tard '. L'Occident n'est pas moins riche en manufactures; à Sirmium, on fabrique boucliers, selles (scurdisca) el armes; àSalone, des armes'"; des boucliers à Aquincum, Lauriacum, Carnuntum. L'Italie possède celles de Concordia (flèches)", de Vérone (boucliers et armes), de Manloue (cuirasses), de Crémone (boucliers), de Ticinum (arcs, fahricu arcuaria), de Lucques (épées, fabrica spatharia), toutes, on le voit, dans le nord de la péninsule et à proximité des camps des Alpes. Mais il y en avait d'autres ((ue la Notice ne mentionne pas, à Bém'venl par exemple '^. La Gaule, le pays le mieux défendu el d'ailleurs le plus utile à l'organisation militaire de l'empire, est aussi le plus pourvue de manufactures. Argentan en possède une où l'on fabrique toutes sortes d'armes {fabrica omniiiin arniorum);vLMkcon se trouve une fabrique de flèches, à Reims une d'épées, à Amiens une fabrique d'épées et de boucliers, une autre à Soissons. Autun et Trêves possèdent chacune deux manufactures : une de boucliers et une de batistes. Cela fait plus de trente manufactures d'armes dans l'empire et encore cette liste n'est-elle peut-être pas complète. Les inscriptions ou les lois nous font connaître d'autres fabriques impériales. Et il est curieux de noter que la Noiitia ne signale aucune manufacture en Espagne, en Afrique, en Bretagne, en Egypte. N'y en avait-il qu'au voisinage de l'Euphrate, du Rhin ou du Danube? Y a-t-il une lacune dans le document'.' Ou étaient-elles, dans ces régions, directement rattachées, comme autrefois, aux corps de troupes"?

Il faut remarquer que ces manufactures sont situées dans les régions qui pouvaient leur fournir les matières premières utiles à la fabrication, en particulier à proximité des mines de fer et des régions boisées. C'est ainsi qu'une des grandes fabriques d'armes de l'Orient était celle de Césarée en Cappadoce, pays riche, entre tous, en mines de fer". Un des centres manufacturiers de l'Occident était la cité d'Autun, à ci'ité des principales exploitations minières de la Gaule romaine. Les lois nous font connaître, en effet, que les provinces oi!i étaient installées des fabriques de l'État devaient les approvisionner de fer ou de charbon : c'était un impôt qu'elles devaient

Occ. c. IX. — 7 C .Tlicod. X, 22, 1. où l'on voit que l'argenture et la dorure des casques riaient comprises dans la tâche de cette manufacture. — 8 Mentionné éga- Icmcid par.\mmiau. XXXI, G, 2. — » C. Th. X, 22, 1 : on y travaillait de la niSme façon ipi'à .\ntioche. — '0 Cf. Corpus, III, 20M. — " La fuhricn siigillnrin de Conconlia est coniuie aussi par les inscriptions; Corpus. V. 8721, 8712, S7jii, 8737,

— t2 Conter fuhriçnrum totius civitntis, imrle une inscription. Corpus. l.\, 1590.

— ri 11 est à remarquer i]ne trois inscriptions, il est vrai du ni' siùclc. nous font connaître des fahricne légionnaires ou autres, précisément où la Aotititi n'indique pas do manufactures, on Ksp.igne, en Egypte et eu lirolagne; voir note 2. — " .\ol. Difjnit, Or. XI; cf. C. Th. X, 22, 2 el le commentaire de Godefroy.

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livrer en natll^(^ (ft il leur était interdit de s'en racheter moyennant espèces'.

Le travail qui se faisait dans ces manufactures était surveillé et contrôlé' par les empereurs d'une façon qui paraîtra un peu minulieuse. Uni; loi de 'Mi, relative aux fabriques d'Antiocho et d'Urient, nous montre ((u'on rendait m.ensuellement compte aux princes du noml)re d'armes qui y étaient confectionnées: elh; fixe en particulier à six par mois et par ouvrier la quantité de casques et de visières de casques qui devront être argentés et dorés dans chacune de ces manufactures ^ On voit par cette loi que ces fabriques renfermaient, entre autres ouvriers, des barbaricakii, c'est-à-dire des brodeurs, des parfileurs d'or et d'argent, ou des ouvriers imitant dans l'ornement des armes des dessins de broderie [cuuYSOGRAi'iiiA, p. H37J. Il ne s'y fabriquait donc pas seulement des armes de guerre, mais aussi des armes de luxe et de parade, et on s'explicjue ce que dit dans une de ses lois l'empereur Théodose il : « Ces manufactures sont un des soutiens de l'État; elles arment nos troupes et elles les décorent''. »

Chaque manufacture était sous les ordres d'un préposé, praepositus * ; en sous-ordre étaient le « premier » un doyen des ouvriers, prirniccrius '^ et un hinrchus '"'. Plusieurs fabriques d'une même région pouvaient être réunies sous les ordres d'un comte '. Le service des fabriques de l'État était centralisé à Rome et à Constantinople par u le bureau des fabriques n.scriniinn. fabricnrum, qui faisait partie du secrétariat du magisirr of/iciorum : ce bureau était dirigé par un ou plusieurs « sous-chefs », subndjuvae, et compienait, semble-l-il, un assez grand nombre de « comptables », chartularU , parmi lesquels on prenait d'ordinaire les inspecteurs chargés d'aller visiter les manufactures".

Une loi nous montre avec quelle rigueur administrative était réglé ce service des manufactures'. Si l'État avait à faire un transport d'armes, le mar/istcr officiorum envoyait au préfet du prétoire, qui avait dans ses attributions la direction de la poste et des voies, l'indication du nombre d'objets à transporter et de l'itinéraire que devait suivre le convoi; le préfet envoyait alors à la manufacture désignée les moyens de transport nécessaires, voitures ou navires.

Ce qui intéresse le plus dans cette très habile organisation, c'est la condition des ouvriers. Ils étaient traités à la fois comme civils et comme militaires : comme civils ils formaient un coUecjium; ils ne portaient point d'armes '". Toutefois on les assimilait, dans une certaine mesure, aux soldats ; il y avait parmi eux des vétérans, et on appelait leur service mWUin.^K

Au premier abord leur situation parait avoir été assez rude; il leur était interdit de quitter la fabrique; ils y étaient attachés, comme le colon était attaché à la terre;

1 Cod. Thcod. XI, IC., l:i iloi de 38S) ; 18 |dc 390); X, tl. i (de 368).

- - :i C. Tlicod X, l'I, I . — 3 " Hoc unimL, hoc ornai no&lruin exercitum >- ; Novell. 13. — '. C. Th. VII, iO, 10; Cussidor. Var. VU. 18 el l'J. Prnrposiliis fabricae sagittavitu; inscription do ConcorHIa, Cor/ius, V, 8721. — j C Th. X. 22, 3. Apri*3 deux ans d('ser\icei il étail promu au tilrp âc protector ihonoraire'.

— G Corpus, V, 8754 el S7j7. Ou regarde d'ordinaire le hiarchus comme un inlcudant ou un économe. — 7 Voyez uole 1 i. p. 960. — 8 Xot. tlign. Or. XI ; Occ. l.K ; Jusl. yov. 85. — 9 Cod. Just. XI. 10, 7. — 10 ArmavU faltriccitses, .\mmian. XVI.G, i. Cf. C. Th. X,Ï2, ». - " Velernmis inililavit in fabrica sngitlaria: Corpus, V, 87«. — a C. Th. X, iî, i (loi de 381). — 13 C. Th. X, 2i, 5 (loi de 40i) ; C. Jusl. XI, 10, 7. — H C. Tii. VII. 8, 8; X, 22, 3. — 15 C'est l'expression oflicicllc el courante ; cf. oulrc les textes de lois, Corpits, III, 2043. Armorum

pour plus de sûreté, l'État leur faisait imprimer sur le bras une marque au fer rouge '^ Leurs iils devaient suivre leur condition : ils étaient héréditairement ouvriers de l'État. Ils ne pouvaient [loint travailler pour le comptt! des particuliers, ni comme ouvrii-rs. ni comme cultivateurs, ni autrement"*; à plus forte raison leur était-il défendu de vendre des armes".

Mais à côté de cela, certains privilèges financiers et honorifiques"', tels que l'excuse des charges municipales [munus, i.mmunitas], de l'obligation de donner le logement [.metatl'mJ etc., faisaient des ouvriers de fabriques publiques, fabricenses^^, presque des personnages, supérieurs en tout cas aux simples soldats. Il faut bien que leur condition fi'it avantageuse, puisque les curiales quittaient parfois leurs sénats municipaux pour se faire indijment recevoir dans les fabriques publitiues'^ On s'explique que les ouvriers des fabriques pussent devenir fort nombreux el (|u'i! soit question, à propos de celle d'Andrinople, de leur « immense multitude" ».

Voici qui est plus singulier encore : tous ces fabricenses formaient un collège, un corps": consorllum fabricenshim''"', disent les lois. L'État, par l'intermédiaire de ses inspecteurs, avait sans aucun doute la direction suprême dans le choix des titulaires de ce collège-'; mais il est" fort vraisemblable que les nouveaux venus devaient être agréés et, dans une certaine mesure, nommés par les membres actifs--': c'était le système de la cooptation appliqué au collège des ouvriers de l'État, comme il était en usage dans tous les collèges romains. C'est qu'en effet l'empire, à partir du m" siècle, ne comprit guère l'organisation du travail et des services publics autrement que sous la forme de la corporation : la corporation devint le cadre suivant lequel il institua la la plupart de ses administrations civiles et en particulier de ses ateliers et de ses fabriques. Les ouvriers des manufactures d'armes, dit la loi, sont solidaires les uns des autres; ils ne doivent former qu'une seule famille". Ils doivent vivre et mourir dans la pratique de leur art, et leurs enfants hériteront de leur place et de leurs devoirs envers l'État'''. Il y a plus : si le fabriceiisis meurt sans héritier el intestat, ce sont ses collègues de la fabrique qui héritent de ses biens -\

Voilà qui annonce la corporation du moyen âge. Et la comparaison s'impose si l'on songe que Juslinien défendit aux particuliers de fabriquer des armes de guerre ^^. Les fabricae forment dès lors des corporations héréditaires, fermées et dotées d'un monopole; mais elles ne l'exercent que pour le compte de l'État. C. Julliax.

FABRICEXSES [fabrica].

FACIALE, F.VCITERGIUM [ORARILMJ.

FALA'. — Machine de siège, tour en bois d'où on lançait des projectiles dans la place attaquée [obsidio] '.

Le même nom a été donné à des tours élevées dans le

faclores. Cassidor. Var. VU, 18 el 19. — "« Jusl. .\or. 85. — I7 C. Th. X, 22. 6 (loi de 4li) ; XII, 1, 37 (344) el 81 (380). — 18 Animian. XXXI. 6. i. — 1» .VorW/w lie Théodosc. II, 13. — 20 0. Th. X, 22, 6. — 21 Justm. .Vor. S5. — a C'est ce que ("lodcfroy conclut, avec raison, je crois, de la Ireiiième Novelle de TIh^oso 11. irenlori's ilecedenlium, etc. ; cf. Jusl. -Vor. 85. — sa Vovei toute la Irciiième NomIIc de Théodosc II : Vniversi relut in cor/w/v uniformi. — 21 ffine jure proriswn est artihus eos propius inserrire, ut ejrhniistis laboribus iiumorenlur cum snbole professioni eut nati sunt ; .XoreUes de Theod. Il, 13. — 3â Ibid. — S6 C'csl la célèbre .Voe. 85, sripl t™v ot;Vuv.

F.\LA. I Sur rélymologic du mot. toy. Fest. ap. Paul. Diac. J. r. et les comment. ; cf. Dœderlein ap. l'abretti, Gtofs. Uni. p. 88. — 2 Ennius ap. Non. .t. r. p. 114 Mercier: Tlaul. Most. Il, i, 10; Scrv. Ad Aen. IX, 702.

FAL

FAL

Fig. 2Slil. — Fala.

cirque, sur la spiiia ou dans les intervalles qui séparaient de Veiiripus les bornes imiae) autour desquelles tour'

naient les chars [circus]; soit, comme on le dit généralement, que ces tours fussent celles qui portaient les œufs mobiles et les dauphins au moyen desquels on indiquait le nombre des circuits déjà faits, soit plutôt qu'on les construisît en certaines occasions pour des combats simulés ' . Des tours crénelées ([ui se voient (fig. 2861) dans des bas -reliefs en terre cuite au musée du Louvre - en doivent sans doute donner l'idée : des spectateurs y ontpris place pour assister à des combats contre des bêtes féroces. E. Sac.lio.

FALARICA '. — Arme de jet, de construction analogue à celle du pi- LLM. L'explication des deux mots ne saurait être séparée sans inconvénient. Nous dirons toutefois dès à présent quelle était la forme de la falarique. Tite- Live la décrit ainsi dans le récit du siège de Sagonte : « C'était une arme de jet à longue hampe-, arrondie sauf à celui de ses bouts d'où partait le fer; cette partie, carrée comme dans le pilum '. Le fer avait une longueur de trois pieds afin que le corps pût être transpercé en même temps que les armes. » Le reste de la description se rapporte à un perfectionnement qui fit de la falarique une arme incendiaire : « La partie carrée d'où sortait le fer fut entourée d'étoupe et enduite de poix, et ainsi, lors même que le trait restait arrêté dans le bouclier et n'atteignait pas le corps, il portait l'épouvante, parce que le feu étant mis au milieu quand on le lançait, la tlamme devenait plus vive par le mouvement même et forçait l'adversaire d'abandonner ses armes et de s'offrir découvert à de nouveaux coups. "

On voit que la falarique ainsi constituée, lancée soit avec la main, soit à l'aide de machines [arcuballista, tormenta] '•, put être employée à l'attaque ou à la défense des places; mais elle existait bien avant le temps où l'on eut l'idée d'en faire un projectile incc^ndiaire, et c'est pourfjuoi Virgile a pu la mettre dans la main de Turnus '". C'était une arme de guerre' et de chasse',

1 Juv. VI, 590; Serv. l. ^; Saumaisc, Excvc. JHin. p. 640. — 2 Campaiia. Opère antiche m plastlca, pi. xciii. Voy. aussi pi. xci et les figures ilc l'arliclc

CIHCUS.

FALAUICA. I Pour l'origine du nom, voy. rA[.A, note 1. — 2Til. Liv. XXI, 8, « Missile leluni hastili oblongo" : d'autres lisent v abiegno ». c'est-à-dire que la Iiampe aurait été de sapin. Cf. Sil. liai. I, .'i.ïO ; Vegel. Drr:- milil. IV, )».— 3 On la lit aussi ronde ou mieux spliérique ; Isid. Oriff. XVIII, 7. S. On eonslate les mêmes variations de forme pour le pilum. — '* Lucau. VI, 108 ; Serv. Ad Aen. IX. 702; Veget, t. c.

- s Aen. IX, 705. — 6 Cf. Ennius ap. Non. s. v.; Isid. l. l. — ^ Grat. Cyneg. Ui.

— 8 Voy. Quiclierat, Le Pilum. dans les Mém. de la Société dfs Antiquaires de France, t. XXXIX ; l.indenschmit, Alterthilmer una. heidtiisclten Vovzdt. III, fi, Seilage.

FALCAUILS. 1 .Manuscrit des Ucrmffnrumntn. pulilié par M. liourluTJc, IJiiU. de l'Acad. de.i inscripl. 1868, p. 273. — 2 Isid. Glas.1. s. v.

FALSLM. 1 llimn. Progi/mii. c. u. — 2 Demostli. De fats, kg., 273, p. 't28-429 ;

lourd javelot ou épieu, lancé avec la main, mais qui exigeait un grand déploiement de force et qui était considéré comme formidable. Elle ne se distingue d'ailleurs du pilum par aucun caractère essentiel et c'est à ce mot que nous renvoyons pour les exemples dans lesquels on a cru la reconnaître*. E. Saglio.

FAIXARIUS. — \. Fabricant de faux [kalx, p. 968].

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