‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments (volume 5)Chapitre 20 sur 104 · V. Flil'ES FÉDÉRALES ET PROVINCIALES. — Au-dCSSUS de la · texte numérisé non relu

V. Flil'ES FÉDÉRALES ET PROVINCIALES. — Au-dCSSUS de la

cité, la société italienne connaissait un autre organisme politique, la fédération, formée de villes associées. De même que la cité, la ligue avait ses dieux et ses fêtes. iVous parlerons tout à l'heure des Fêtes Latines, célébrées par la plus anticjue et la plus connue des confédérations italiennes, le Nomcn Lulinum [keriae lati.nae].

Quand Rome organisa son empire, elle fit de chaque province une véritable fédération de villes, ligue religieuse autant que civile. Aussi y eut-il dans chacune d'elles un culte commun, un autel et un temple, où l'on célébrait chariiie année, à une dati- fixe, des fêtes solennelles. On sait que, dans l'union religieuse formée par les Trois Gaules autour de l'autel de Rome et d'Auguste à Lyon, les fêtes i)rovinciales commençaient le 1" août.

H n'y a point d'ailleurs de dilférences fondamentales entre ces fêtes de ligues et de provinces, et les fêtes des familles et des cités. Ce sont jours de repos et, en particulier, jours d(! trêve et de paix entre les différentes villes qui composent la fédération. Les Fêtes Latines étaient pour le Latium une véritable « paix de dieu ■> : de la même manière, les fêtes athéniennes des Sovity-tx, qui rappelaient l'union des douze bourgades de l'Attique, consistaient surtout en sacrifices à la Paix. Comme toutes les fêtes, celles-là étaient des jours appartenant . en propre à une divinité, au Jupiter du Latium, à Rome et Auguste des autels provinciaux. Enfin, les cérémonies dont se composaient les Fériés Latines ou les fêtes provinciales, n'offraient rien de particulier; c'étaient des processions formées par les prêtres des villes, des prières et des vœux devant l'autel, des sacrifices, des repas sacrés, puis des jeux de toute sorte, courses de chars, combats de gladiateurs, luttes athlétiques, chasses d'animaux, représentations scéniques, concours de musique ^

Mais il est un caractère de ces fêtes que nous ne retrouvons pas au même degré, du moins à l'époque classique, dans les fêtes municipales, et qui a une grande importance sociale et. historique. Temps de paix et de réunion pour des hommes venus de divers côtés et appartenant à des villes différentes, la fête provinciale ou fédérale était aussi une foire, c'est-à-dire le moment où l'on échangeait les produits du sol et de l'industrie. Tout autour du temple de Lyon, s'élevaient des tentes où les marchands étalaient denrées et objets fabriqués'', et peut-être, ces jours-là, l'État s'abstenait-il de réclamer des droits de stationnement. Enfin, l'État ou le Conseil de la ligue profitait de ces réunions d'hommes pour donner communication des édils concernant la province ou la fédération.

■VI. Rôle uistorique et soci.\l des fêtes. — On remarquera que ces deux derniers caractères des fêtes fédérales et provinciales apparaissent aussi dans les Nundines de l'ancienne Rome. Les Nundines étaient les jours qui permettaient aux paysans de se rendre à Rome pour faire leurs achats et pour prendre connaissance des édits du roi ou des magistrats. 11 importe encore de rappeler que ces deux occupations, permises aux Nun-

ile U Passion et de la Késurrecliou, précisément en Oaule. où le culle de la Mère a été plus vivacc qu'ailleurs. Or, ils peuvent avoir subi rinfluc-icc des Dlfs sttnguittis et des Hilaria des 2i et 23 mars. Les fêtes des Solstices et des Équiuoxes ont pu peut-être influer sur les jeilnes des Qualre-Teuips. — G Qu'il nous suffise de renvoyer à l'excelleul travail de M. P. Guiraud. iex Assemàlrcs pt-ovincial^ (fans l'empire romain, p. 120 et suiv. — " Kusel».. //. eect. V. I, 2o.

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dines et aux fêles fédérales, ne sont pas le moins du monde incompatible avec l'idée deféte, telle que la religion classique la concevait : nous avons vu que le paysan a toujours pu, les jours fériés, venir à la ville faire des emplettes et que la loi permettait aux magistrats d'adresser des communications à l'assemblée du peuple.

Nous touchons ici au côté le plus intéressant de cette étude, au rôle que les fêtes romaines ont joué dans l'histoire de la civilisation. Jours de relâche pour le travail individuel et l'âpre recherche du gain, les fêtes permettaient par là même aux hommes de se rapprocher les uns des autres et d'échanger leurs produits, leurs idées, leurs sentiments. La lutte pour la vie (et cette expression ressort bien des textes de Cicéron et de Macrobe) était un instant suspendue : l'homme pouvait songer à l'homme. En principe, la fête rapportait tout aux dieux : mais, par suite, les hommes, se rapprochant des autels, se rapprochaient les uns des autres, et leur isolement ordinaire prenait fin.

Aux jours de fête, les membres éloignés de la même famille se retrouvent à une table commune : l'hûle et l'ami s'y rencontrent; la fête romaine est le jour de l'hospitalité et de l'amitié. Des repas communs réunissent les membres de la cité, ou encore magistrats et simples citoyens. Ces jours-là, le paysan vient à la ville, entre en relations avec le citadin et le magistrat : il profitera toujours de ce contact avec la vie munici- . pale. Les fêtes seront un des moyens par lesquels la population rurale se fond avec la population urbaine. Le jour de fête, tous les Romains, adorant leurs dieux indigènes, ont conscience de leur solidarité religieuse et politique.

Les combats étaient suspendus pendant les fêtes : il y avait trêve dans la lutte politique comme dans la lutte pour la vie. Aussi rien n'empêchait les habitants des villes voisines d'entrer ces jours-là en relation avec les Romains. Ils se rendaient volontiers à Rome pour célébrer les fêtes de leur puissante voisine. Les cités se recevaient les unes les autres, comme les familles : la fête était le jour de l'allié ou du voisin dans l'État, comme le jour de l'hôte dans la gens. C'est au jour des consualia que Romulus invita Sabins et Sabines. Voici ce que dit Tite-Live : « Il fait annoncer les Consualia chez les peuples voisins ; et pour leur donner de l'éclat et éveiller la curiosité, il déploie, dans les préparatifs, toute la pompe que comportait son habileté ou sa puissance. Le concours fut nombreux parmi les peuples voisins, les Céniniens, les Crustuminiens, les Antemnates, qu'amenait encore le désir de voir la ville nouvelle. La nation entière des Sabins vint aussi, avec leurs femmes et leurs enfants : l'hospitalité leur ouvrit les demeures des Romains'. » 11 est visible que Tile-Live amplifie. Ce qu'il n'invente pas, c'est que le jour de fête était le moment où l'hospitalité réunissait Sabins et Romains, hier et demain peuples ennemis : la volonté des dieux faisait un instant tomber les i)ariiêres et les haines qui séparaient les cités antiques.

Qu'on se représente maintenant un jour de l'ète dans

1 T. l-iv. 1,3.-2 Tout cela d'apri^s Dion. Iliilic. III, 3i. Cf. T.-Liv. 1, 30. — 3 Cf. T. I.iv. I, 30. — '* Auson. De feriis, 9. — litui-iuGiupuiE. — Voir tous les livres cilfs aux articles OAtENDAHluM et DIRS, el surtout ou en outre: Morninscn, Corpus iiiscriptionum lalinarum (1863), 1. 1, p. '203 et s. ; lluschkc, Dus roeiiiiscUe Juhr. 1809 ; Hartmann. Der rotimhche KfUemter, 188i (publiée par Lange) : Maniuardt, Sacralwesen (l. IV du Manuel), I88;l (Odil. Wissowa); liouclié-Leclcrct], AfS pontifes de l'aricienne

l'Italie primitive. Une des fêtes les plus célébrées était, au VIP siècle avant notre ère, celle de Fêronia chez, les Sabins. Ces jours-là, ces implacables ennemis. Étrusques, Sabins, Ombriens, Volsques, Latins, se réunissaient autour du bois et du sanctuaire de la vieille déesse. Tous priaient et sacrifiaient avec une égale dévotion. En même temps avait lieu une foire où l'on venait, dit la tradition, de toute l'Italie : c'était un incroyable concours de marchands, de laboureurs et d'ouvriers -, arrivant tous, sans doute, avec des sauf-conduits '. Comme les grandes foires de Champagne et de Beaucaire au moyen âge, ces fêtes de Féronia étaient de véritables trêves de Dieu et des rendez-vous humains plus encore que religieux. Elles réconciliaient les hommes : c'était le principal facteur de progrès matériel et d'union morale.

A un dernier point de vue, les fêtes antiques ont eu un rôle glorieux dans l'histoire sociale. Elles n'étaient point l'apanage des hommes libres ou des citoyens. La plèbe et les artisans eurent leurs fêtes avant d'avoir leurs assemblées. Les femmes et les esclaves avaient les leurs. Il n'était aucune condition humaine, aucun âge, aucun sexe, qui n'eût, à un moment donné, ses jours de fête, ses instants de réunion et de liberté. Les animaux mêmes n'avaient-ils point les leurs? Quelques fêtes, comme les Caprotines et les Saturnales, réunissaient libres et esclaves. Ces jours-là, il n'y avait plus de droit civil ; l'esclave semble l'égal de son maître ; il mange à sa table, et la matrone quitte la toge pour en revêtir ses servantes,

Cum slola malronis dempla teget famulas '.

Les fêtes sont ainsi dans la société ancienne, si morcelée, si divisée, les rares journées où l'on oublie tout ce qui sépare les peuples et les hommes : elles ont été instituées pour les dieux, mais elles sont devenues un des éléments essentiels de la solidarité humaine.

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