‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments (volume 5)Chapitre 22 sur 104 · G0RI0L.4NI · texte numérisé non relu

G0RI0L.4NI

Fidenales

Foretii

Hortensi's Cl)

Lniinienscs

Longulani[!)

Manatcs

Macralrs

Miiniensex

Numiniensrs

Olliculani

(ktulani

Pedani

Polhiscini

QUERQUEïl LA.M

Sicani

Sisolenses

ToLERIE.XSES

Tiitienses Vimitellnrii }''elienses Venetulani.

Vitellenses

On fera plusieurs remarques à propos de celle liste.

Elle renferme trente et un noms : mais on peut supposer qu'il y a une erreur chez Pline, et que la liste authentiqui' devait renferuu'r trente noms seulement'.

I l/isl. iKil. III. 0, lis. 2Til. I.iv. V, i:-, Wiii. Ilisl. nul. III. GS.olc. — 3 1||, r>K : In prima regione praetera fucre in Lntia... et cuii nis carncni in monte Afùano ttcciperc soiiti populi... 11 m'est impossihlo do rapporter cum his i soliti accipere (c'est rexplicatlou de Schwegler eulre auli-e^, liom. (rc^ch. Il, p. '299, et de Mommson, //erniM, XVll. p. HSl. Cmn /tts s'applique à /"ml')'.' : .< l'armi les %'illcs disparues,

il l'aiil citer... et avec elles Cette liste est celle dos jwpuli Allienses primitifs de

Nietiultr. -- '► Nicbvdir fait dti premier nom, Af/tenscu. uu terme génL-riquo s'applî-

Les anciens aimaient, surtout dans leurs institutions religieuses, ces chiffres ronds et faciles : d'ailleurs, on sait que le chiffre de 30 a été consacré, à l'époque classique, pour les villes de la Ligue latine.

-Xotis avons déjà dit que toutes ces villes disparurent de très bonne heure. La plupart ne sont même connues que par ce document. Le fait que nous les trouvons li'i, toutes réunies, et que Pline les donne dans l'ordre alphabéli(|ue, permet de croire qu'il les a empruntées à quelque document officiel, soigneusement conservé dans les archives sacrées de la Ligue latine. C'est là peut-être le document le plus ancien que nous possédions de l'histoire de l'Italie : ne serait-il pas du temps des premiers rois ?

Ces villes n'étaient d'ailleurs que de simples bourgades, tout au plus des villages fortifiés, analogues à ceux dij 1 .Mtiquf avant Thésée. Elles se trouvaient à p^'U de disl.'irir'r- iJ'.Mbf. tVii'niant autour d'elle comme uin> couroMi]!'. .\IIm- ax.'iil dû Irs t^i'uMper sous sa .«u|)i'éinalic, essayant peulêlre de s fii attacher la plupart pai' une sorte di: si/nuiLisiiie srmllIaldL- ;i celui que Tliésêi; upcra eu Altiquu. Les Fêtes Lutiuus uut été destiuées à cêli'brer ce groupement, surtout à le sanctionner. Rome n'apparait point sur cette listL'.et jene crois pas que Pline l'ait supprimée à dessein. Ou bien Rome se rattachait à une autre ligue religieuse, par exemple celle de Lavinium ', ou peut-être, colonie d'Albe, ses prêtres ou ses représentants prenaient place parmi ceux de sa métropole.

Comme on l'a fait remarquer, la Ligue qui célébrait les Fêtes Latines n'embrassait pas tout le pays et tous les peuples que l'époque classique appelait le Latium. Elle était à peu près limitée aux cités qui s'élevaient sur les flancs du massif des monts Albains. Sans aucun doute, d'autres petites ligues semblables, d'autres cultes et d'autres fêtes s'étaient formés dans la plaine, entre le Tibre, la mer et les monts : Lavinium, par exemple, était àcôté d'Albe un autre centre religieux et politique; de même Ardée, Aricie, Rome aussi peut-être'. Mais la ligue la plus importante, la seule peut-être qui portât le » Nom Latin », nomen Latinum. était celle qui célébrait sur le moiil Albain les fêtes auxquelles elle donnaitsonnuui.

On le voit, les Fêtes Latines nous reportent à ces temps lointains où les bourgades du Latium commencèrent à se grouper autour d'une plus puissante. Toute association humaine avait ses dieux et ses fêtes : les Fêtes Latines furent celles de ce nouvel être social qui fut « le Nom Latin ». Elles marquent le moment où les cités s'unissent, où la fédération succède à l'isolement municipal : elles datent du jour précis et reculé où le Latium prit naissance.

4° Les Fêtes Latines sous la domination de Rome. — Est-ce à dire qu'il faille refuser toute créance aux textes si précis qui font créer les Fêtes Latines parles Tarquins et les traiter, comme fait M. Mouimsen. de pure légende? Il n'y a, comme dit Niebuhr, de contradiction que dans les apparences. Le mieux est de chercher un moyen de les concilier avec les traditions les plus anciennes.

La destruction d'Albe fut peut-être due à une conju-

quaiit à toute la ligue, popu^' AWenses. ^ccci. r.-iniiteu un seul uom de ville Albani Lomjulani (.\lbc la Longue). On peut encore suugcr â Tcgatiicr Latinienses comme une épillu"'te à Hortenses : on eût voulu distinguer les Hortenses Lnlinienses (du l.aliuni) des finrtenses L'rttinates. — » Cf. Plut. HomuL 23, qui nous reprt^enlr Romulus et Talius iv AsSivém 0-Jovra, que Zonaras, VU, 4, a remplacé à tort par le mont .Mbain (remarque de VVcrner. p. 1-S — ^ Se«ck. p. 14. Ce n'est pas sans motifs que Virsile, dit Niehulir. S4^pare le rovaume de l.atinus de celui d'.\rd<'-c.

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ration des alliés du nom latin contre sa toute-puissance '. Mais elle n"aniena pas la suppression des Fêtes Latines. Tous les auteurs sont d'accord pour nous dire que l'on conserva les temples et les solennités divines dont le peuple albain avait la direction -.

Assez longtemps après la destruction de la ville, Tarquin le Superbe reconstitua l'ancienne Ligue laline ^ mais en lai donnant des proportions beaucoup plus grandes. A la tète, il plaça la ville de Rome. Mais à celte nouvelle ligue il fallait un dieu, un sanctuaire et des l'êtes. Or n'était-il pas naturel qu'il prit pour base de la nouvelle société religieuse le vieux culte du Jupiter Latin fondé par Albe et qui lui avait survécu? Sans aucun doute, il ne conserva qu'un nombre intiniment restreint des villes de la ligue primitive. La plupart avait disparu dans les guerres des deux derniers siècles. Mais il inséra à leur place toutes les villes qui commandaient alors dans le Latium, du Tibre aux montagnes de la Sabine et de la mer aux frontières des Volsques. Seulement il conserva le nombre traditionnel de ^0, comme le culte du Jupiter du Mont Albain. Les vieilles Fêtes Latines furent le cadre religieux dans lequel Tarquin plaça sa nouvelle ligue politique. Elles lui servirent comme elles avaient servi à Albe, d'instrument de domination. Mais il maintint tout ce qu'il put de l'ancienne religion, le sanctuaire, le nom de la fête, le dieu, et le cliilTre de 3U : cela donnait plus de force à la fédération politique, mais cela déguisait en même temps la suprématie de Rome. Ainsi s'explique que Denys et d'autres aient prétendu que Tarquin. le premier, ait organisé les Fêtes Latines : <i 11 indiqua un endroit oii les villes pourraient tenir l'assemblée commune ; c'était la montagne élevée qui domine la ville d'Albe : elle se trouvait située au centre même des peuples associés. C'est là que chaque année ilevaient avoir lieu, suivant la loi établie par Tarquin, des fêtes et des sacrifices en l'honneur du Jupiter appelé Laiiar'*. » Il y eut bien une loi de Tarquin, et c'est cette loi qui organisa désormais les Fêtes Latines de la domination romaine.

Denys ajoute même que Tarquin voulut réunir à la ligue et faire participer aux fêtes les villes des Herniques et des Volsques ^ Deux cités volsques seulement acceptèrent, mais avec elles toutes les villes berniques, « ce qui porta à quarante-sept le chiffre total des villes qui participaient à la fête et aux sacrifices" ». Ainsi, quinze villes berniques et deux villes volsques s'associèrent, sur le mont Albain, aux fêtes célébrées par les trente villes du nom latin''. A la faveur de la religion, le Nom Latin et l'union politique du pays s'étendaient. Du petit canton albain où le culte du Jupiter Latin s'était d'abord limité, il pénétrait maintenant jusqu'au Tibre et jusqu'à la mer et peut-être est-ce pour cette cause que le nom de Latium s'est appliqué à toute cette région. On pouvait prévoir le moment où les "Volsques et les Herniques,

1 C'est riiypolhi^se fort probable de Mcbulir, acceptée par Scliwegler. — 2 T. Liv. I, 29; Dion. liai. III, 29; Strab. Y, p. 231. Sur les remaniements qu"a pu subir la liste des 30 peuples depuis l'origine de la ligue jusqu'au traité de Sp. Cassius, Niebuhr a fait une série d'hypotbèses assez discutables. — 3 'l'yywv #,Yei**vîa;, etc. Dionys. IV, «. — '• Dionys. IV, 49. — 6 Ibid. : ■Er.ifrZi-jtja.xo, etc. IV, «. — 6 IV, 49. — T Monimsouf /fermes, XVII, p. 50, n. 1) suppose que ce cliifTre de 47 est simplement le cliilVre total des villes du Nom Latin. Je préfère adopter le calcul donné par Wcrncr, qui suit de plus prés le texte de Denys. — 8 Dionys. V, 61. Il est juste de dire que Denys ne parle pas do leur participation aux I-'étcs Latines ; il dit seulement qu'elles signèrent le traité de Sp. Cassius. Sur les discussions sans fin provoquées par la comparaison de celte liste avec celle de Pline, cf. Nicbulir, t. H, p. 10;

associés déjà au culte latin, viendraient se fondre dans la ligue et le nom.

La chute des Tarquins et le traité de Spurius Cassius amenèrent une nouvelle organisation des Fêtes et de la Ligue. Elles furent limitées aux trente villes associées qui formaient alors le vrai Latium. En voici la liste, d'après Denys*.

[Les capitales indiquent les villes qui se trouvaient déjà dans l'ancienne ligue (Plin. III, 081; nous inarquons d'un astcriquc celles qui ne paraissent plus jouir d'une respiiblica à rêpo(|ue classique. Nous indiquons en note les textes qui nous monirent ces peuples assistant au.\ l'êtes Latines.]

Ardeairs '

Aricini

Bovillam'"

BUBENTA.M *

Corani

Carventani*

Circeienses

CORIOLANI*

Corbintes * Cabani ' ' ' Fortinenses' '^ liobhn '^ Laurentini * '* fMnuvini''' Lavinienses

Labicani* '° Nomentani Norbani Ped.\ni *

Praencstini [Romani]

QuERQUETULAM*

Satricani*

Scaptini'

Sctini

Tiburlini

Tusculani

Trllenenses

TOLERINI *

Veliferni.

La Ligue latine fut dissoute en 338. Mais les Fêtes Latines subsistèrent comme vestige de l'ancienne union. Le même phénomène que nous avons constaté à la chute d'Albe se produisit : on put supprimer la fédération politique ; on ne pouvait toucher au dieu, aux fêtes ni à la société religieuse. Chacune des villes qui composaient la ligue en 338, continua à envoyer des prêtres et des représentants aux jours des Fêtes Latines : et cela, quand bien même elle eût été réduite en municipe de Rome, ou qu'elle ne fût plus qu'un vicus de la campagne romaine. La ville n'existait pas toujours comme cité, comme unité politique, res publka : elle avait cependant ses prêtres pour officier aux fêtes traditionnelles. Cicéron nous dit qu'il était parfois fort difficile de trouver, pour représenter ces anciennes villes disparues, des citoyens qui en fussent originaires'" : c'étaient de véritables « bourgs pourris » que la religion conservait, comme la tradition politique conservait ceux de l'Angleterre. .\insi, le peuple des Cabenses ou Cavenses, qui occupait le mont ,\lbain lui-même, était parmi les signataires du traité de Sp. Cassius". 11 n'a plus, à l'époque classique, ni indépendance ni individualité administrative : c'est un simple locus ". El cependant, il a encore, pour les jours des Fêtes Latines, ses prêtres : sacerdolrs Cabenses Ferinrum Lalinarum monlis Albani, disent les inscriptions-".

Ki.iusen, Aeneas, II, p. 793; Scliwegler, t. Il, p. 3i3 et s.; Mommsen, //erm»'.î, XVII, p. 42 ; Seeck, Jth. Mus. X.XXVII, p.9; Werncr, p. 14 ets. — aCf.T.-Liv.XXXU, 1. - 10 Cf. Cic. Pio Plane. IX. — H Cf. Coi-pus. XIV, 2230, 4210. — 12 Identifiés par Niebubr avec les Foreti^ de la liste de Pline. Il ue serait pas impossible qu'il faillît identilicr d'autres noms, p. a.Botani et liovUlani^Cusuetani et CavveiiloDÙ Xumiiiieuses et Nomentani, Hicani et Scaptini; la liste de Plino doit à coup sur fourmiller de noms mal lus. — rj Cf. Cic. Pfo Plane. I.\. — l* Cf. T. Liv. XXXVII. ?.. — i» Cf. Tit. Liv. XLI, 10. — 10 Cf. Cic. Pm Plane. IX. - " Ib. — 18 Cf. Pliii. J/ist. nat. III, 64 : Cavenses in monte Albaiio ; Dionys. V, 61 : KK'rJuvZ-/. — 19 II conserva cepend.int son nom, puisqu'il l'imposera au mont Albain, aujourd'bui Monte Cavo, —W Corp. inscr. lat. VI, 2174; XIV, 2J30, 4210.

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3° Importance des Fêtes Latines. — Nous connaissons assez bien la manière dont les Fêtes Latines étaient célébrées du jour où les masislrafs de Rome en prirent la direction. Elles devinrent, en effet, un des actes religieux les plus importants de la vie publique, un de ceux dont semblaient dépendre les destinées de l'État. Le principal crime que l'on fit à Flaminlus en 218 fut de les avoir oubliées' : il est tort probable que Tile-Live se trompe en lui adressant ce reproche et que Flaminius n'avait pu commettre une omission aussi difficile à comprendre qu'à expier. Flaminius a bien célébré les Fêtes Latines- : mais la gravité que l'historien latin donne à ce grief montre celle que de son temps on eût encore donnée à la faute. Et de fait, en 43, on blâma fortement les consuls Hirlius et Pansa d'avoir (juitté Rome avant la célébration des Fêtes Latines ^ Chaque année, sur des Fastes gardés dans le sanctuaire du mont Albain, on inscrivait le nom des magistrats qui avaient présidé aux fêtes et le jour auquel elles avaient eu lieu. Nous avons conservé une partie de ces Fastes, reconstitués et gravés sous l'empereur Auguste : on y voit avec quel soin l'État romain veillait à ce que les fêtes fussent observées régulièrement, et toujours conformément aux rites*.

Y avait-il eu quelque infraction au rituel, il fallait recommencer la fête. En 396, les tribuns militaires, qui gouvernaient en ce temps-là avec l'autorité consulaire, ne « conçurent » pas les Fêtes Latines suivant les prescriptions consacrées". On les obligea à abdiquer et de nouveaux magistrats furent élus pour apaiser le dieu du Latium et renouveler, mslaurare, les Fêles Latines. Il est vrai qu'à cette époque de foi profonde, les Fêtes Latines, qui donnaient la sanction religieuse à l'union du Latium sous les lois de Rome, avaient une importance politique toute particulière. Mais ces scrupules subsistèrent alors même qu'elles pouvaient ne paraître qu'une tradition religieuse. Voici des faits qui sont postérieurs à la suppression de la Ligue latine. En sacrifiant, le magistrat de Lanuvium avait oublié la prière qu'il devait au peuple romain des Quirites. Ce fut, dit Tite-Live, une faute contre la religion. Un rapport fut adressé au sénat ; le sénat le fit suivre au collège des Pontifes : les Pontifes décidèrent que les Fêtes Latines n'avaient pas ou lieu conformément aux rites, et qu'il y avait motif à les restaurer. Les habitants de Lanuvium, qui avaient été la cause de cette restauration, eurent à faire les frais des victimes nouvelles ^. Un autre jour, ce sont les délégués d'Ardée qui se plaignent au sénat de ce qu'ils n'ont pas reçu leur part de la chair de la victime. Un décret des Pontifes ordonne qu'il faut recommencer la fête'. Un autre jour encore, un orage empêche les magistrats d'observer tous les détails de la solennité : les Pontifes interviennent et réclament une restauration des fêtes '. On a peine à croire que, dans les derniers temps de la République, Rome, si volontiers oublieuse des anciennes traditions, ait attaché un tel prix aux

1 T. Liï. XXI, 63; XXII, i. — a C'est ce que montrent les Fastes des Fdtes I.alincs, i celte date, Corp. inscr. lat. XIV, 2238 ; cf. d'ailleurs Seeck, Hermès, VIII, p. 1G2. — 3 Dio, XLVI, 3. — * Ces Fastes ont été publiés en dernier lieu Corpus, t. XIV. Cf. de Rossi, Ann. de Vlnst. de corr.nrch.XLW, p. 166: Mommsen. /îôm. /'^orsch. t. Il, p. 100. La première date qu'ils inserivont est celle de 451 {Corp. n" 2236), Mommsen n'attribue aucune autorité aux Fastes les plus anciens ; c'est, je crois, aller beaucoup trop loin. — 5 T. Uv. V, 17 : Vitio creatos. Latinas non rite concepiase. — o T. Liv. XLI, 16. — '' XXXII, i. Mérac fait arrive une autre fois pour les Laurentius et am(>ne également un rcnouvellenicnt des Fiîles, T. Liv. -XXVII, 3. — s XL, 45, — 9 Les preuves abondent: cf. Wernor, p. 18. K«0 '•««tto»

Fêtes Latines, si elles ne comportaient pas quelque intérêt politique. On serait tenté d'établir quelque lien entre elles et ces alliés de « Nom Latin », qui étaient devenus alors une des formes de la domination romaine; mais aucun texte ne permet d'appuyer cette assertion. Tout au plus savons-nous que les magistrats des villes du Vieux Latium étaient tenus, dans ces fêtes, de prier pour le peuple romain. Populo Roniano Quiritium, et il est permis de croire que c'était un des détails de la fêle auxquels les Romains tenaient le plus.

4" Epoque et durée de la féie. — Les Fêles avaient lieu chaque année', à une date fixée par les magistrats romains en charge. Aussi les grammairiens latins les rangent-ils parmi les fêtes « conçues », feriae conceptivae '". Telle était leur importance que l'on regardait comme la première affaire du consul de régler avec le sénat et d'annoncer par un édit le jour des Fêtes Latines". Aucun intérêt politique, si grave qu'il fût, guerre ou voyage, ne pouvait en empêcher la célébration. Ces fêtes étant chose divine primaient toutes affaires humaines. Dès leur entrée en charge et souvent dès le premier jour où ils convoquaient le sénat, les consuls établissaient la date des fêtes; ils les annonçaient d'ordinaire pour les premières semaines de leur gouvernement, de manière à ce que rien ne vînt en entraver la célébration. En règle avec les dieux de Rome, ils avaient hâte de s'y mettre avec les dieux associés du Latium. Le premier jour où Paul-Émile réunit le sénat, il annonça que les Fêtes Latines auraient lieu la veille des ides d'avril '- : or les consuls entrèrent en charge, cette année (en 1G8), aux ides de mars. Il est vrai que Paul-Émile va partir pour la guerre de Macédoine et que rien ne doit le retenir à Rome. Mais l'usage de faire de la proclamation des Fêtes Latines le premier acte du consulat demeura constant à Rome, et les troubles des guerres civiles firent rarement oublier aux consuls leur devoir envers le Jupiter Latin. « Nous avons, dit Cicéron des magistrats de l'an 50, des consuls singulièrement actifs : ils n'ont encore proposé aucun sénatus-consulte si ce n'est sur les Fêtes Latines '^ » En 49, César revient à Rome après la prise de Marseille. A coup si'ir, ce fut le moment le plus critique et la période la plus occupée de sa vie. 11 ne put passer que onze jours dans la ville avant de partir pour l'Orient : mais, parmi tous ses soins, il dut réserver au moins une journée pour les Fêtes Latines '*.

L;i date des Fêtes Latines a dtl varier suivant celle où les consuls entraient en charge. En 449 les consuls entrèrent en charge le 13 décembre : les Fêtes Latines eurent lieu le 10 janvier '\ Pendant la seconde guerre Punique, l'année consulaire commençait au 15 mars : les consuls se rendaient au mont .\lbain en avril ou en mai'^. Mais dès lors, et même lorsque l'entrée des consuls eût été fixée au 1" janvier, il demeura de règle '', sauf les cas d'urgence où on les avançait en mars ou même en février, de les placer dans les mois de mai ou de

iïiijtiï, dit nettement Denys, IV, 49. — m Macroh. I, 16, 16, Var. De l. l. VI, 25. — ïi T. Liv. XLVI, 17 : Latinas ubi magistratum inissent, primo quoqui tempore fieri placere. — U T, Liv. XLIV, 19 et 22. — » Cic. Ad fam. VIII. 6, 3. — IV De bell. civ. III, 2, — lô Corpus. VI, 2011 ; XIV, 2236 : Mommsen, JiOm. Forsch. II, p. 104. — 16 Corpus, XIV, 223S et 2239. — n Cela n'est pas absolument certain ; les textes manquent. Werner combat à ce sujet Marquardt (Slaatsr. III, p, 297) et Mommsen Jt. Forsc^. II, p. 164) cl cite quelques exemples pour montrer que les fèlcs devaient avoir lieu en mars ou février. Mais ces exemples (56, 30, 49, 44) sont pr^isémcnt tirés d'années exceptionnelles et de guerres civiles.

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juin'. Dion remarque que les Fêtes de 'i2, que les triumvirs célébrèrent en automne, eurent lieu à un moment inusité ^.

Les Fêtes duraient trois jours, au moins dans les derniers temps de la république. D'après une tradition que rapporte Denys, les Fêtes n'auraient duré qu'un jour au temps des Tarquins. Le peuple romain en aurait ajouté un second après la chute de la royauté, et même un troisième au temps de la sécession'. Il est possible qu'il n'y ait pas à rejeter tout à fait cette tradition et qu'à l'époque où la ligue latine fut réorganisée par le traité de SpuriusCassius, deux nouveaux jours de fête aient été ajoutés à la journée primitive. De ces trois jours le dernier était la journée de la fête proprement dite : c'était celui qui annonçait l'édit du consul, et c'était celui qui portait spécialement le nom de « Latines », Lalinae ou iMiar^. Aussi l'inscrivait-on seul sur les Fastes des l'êtes Latines, conservés dans le temple du mont Albain.

3° Le culte de Jupiter Latin. — Les jours des Fêtes Latines appartenaient au dieu du Latium, Jupiter Laiiaris^ ou fMtius'-. Ce Jupiter résidait sur le mont Albain, la plus haute montagne et le centre consacré du Vieux Latium. Comme la plupart des divinités de hautes montagnes, celle du mont Albain portait donc à l'époque classique le nom de Jupiter. 11 le prit, sans aucun doute, de fort bonne heure : « C'est un dieu des plus anciens que Jupiter Latiar », disait Servius'. Une tradition voulait qu'il ne fût autre que le roi Latinus lui-même : par quoi il faut peut-être entendre que la Divinité fut créée et reçut son nom de Latiaris le jour où la ligue qui la desservit se fonda et prit elle-même le nom de Latium '. Cela est d'autant plus vraisemblable que la divinité n'a pas le même nom que la montagne : celle-ci est le mont Albain ; celle-là est le Jupiter Latin. Ce dernier nom est postérieur au premier, comme la ligue latine est plus récente que la cité albaine. Albe oll'rit l'hospitalité de sa montagne au dieu de la ligue qu'elle présidait.

La domination étrusque, qui fit beaucoup pour Jupiter, ne parait donc pas cependant lui avoir donné le mont Albain. En tout cas, elle lui éleva un temple sur le sommet : c'est Denys qui l'aflirme', et on peut le croire à ce sujet. On a trouvé, des temps classiques, assez de ruines sur le mont Albain pour refaire le plan du sanctuaire'" : Jupiter y avait sa statue". D'autres dieux avaient aussi leur temple'- sur la montagne et on a rencontré bon nombre de débris, quelques-uns fort

1 oh tiouvora le tableau de toutes les années auxquelles ont eu lieu les Fêtes Latines et les dates de leur célébration, à !a fin de la thèse de Werner, p. H? et s. Cf. ibid. p. 30 et s. — 2 Dio Cass. XLVll, 40. Cf. Werner, p. 37. — 3 Dionys. VI,

Uô : 'ETs'pav... Sts -oùî painjitî; bSololv... 'HtçIti;... Ti;; naBiSou 'ivm [en 493]. On peut croire d'ailleurs que Denys confond ici les feriae Latinae avec les ludi pîebeii . d'autant plus qu'il place les premiùres sous la direction des édiles; cf. Schwegler, t. Il, p. 23S, n. ô; Werner, p. 23. De mime l'Iutarque, V. Cam. 42, rapporte qu'un ([uatriôme jour fut ajouté en 366 en l'honneur de la concorde des deux ordres : il V a encore là sans doute une confusion avec les jeux plébéiens (Marquardt. p. 296, accepte 4 jours). C'est par suite d'une mauvaise lecture d'un texte de Fostus (S. V. osciltare : solitos et non sex eos) que Niebubr portait à six jours la durée de ces fêtes (BOm. Gesck. t. II, p. 40). — ' T. I.iv. XMV, 19; Macrob. I, i6, 16 : Cam Latiar^ hoc est Latinarum soUemne, concipitur; Varr. /)(-■ /. lat. VI, 23. L'expression do Latiar pour désigner les Fôtes Latines se trouve encore dans Cic. Ad Q. fratr. II, 4, 2 et dans Dio Cass. XI.VII, 40 : T» AaT-.àf.a. CL J.atiare muims, Prud. Jn Symm. I, 396 ; Latiari malum, Paulin. Carmen uU. 108. — C C'est l'expression archaï'que et elle est demeurée la plus usitée. CL AaTiotjioî Zti; chez les Grecs, Porph. [le absl. IL liO; Athanas. Contra Graec. p. 27; Dionys. IV, 9t. — c Henzen, 7415; TerlulL .Scor;). 7 ; Eph. epigr. II, p. 201. Il semble que l'expression de Latius appartienne surtout à la langue des derniers siècles de rcmpire. — T Ad ^en. XII, 13S. — « Festus, p. 194. CL Schol. Bobb. (Or. Il, p. 235). — » IV. 49. — "De Rossi les a étudiées avec sou

anciens, des ex-voto qui devaient encombrer les parois et l'intérieur des sanctuaires '^. Un fiamine, flamen Dialis, était peut-être attaché spécialement au service du dieu'*; un curateur, curator aedis sacrae, avait l'administration du temple '^ On a dit qu'au-dessus d'eux, des magistrats quatuorvirs du mont Albain, quatixiorviri Montis Albani. possédaient une sorte d'autorité suprême sur la montagne sacrée '". On n'en sait trop rien et l'inscription qui les mentionne est une invention de Ligorio, mais il serait possible que le mont Albain formât une organisation politique distincte, analogue aux pagi des cités municipales de l'Italie ou de la province'''.

Mais le culte du Jupiter Latin ne s'était pas plus limité au mont Albain que celui du Jupiter Très Bon et Très Grand ne s'était borné au mont Capitolin. Rome lui avait donné place dans la Ville même. Elle avait donné à une de ses collines le nom de collis Latiaris ". Elle avait son temple et sa statue de Jupiter Latin", auxquelles elle rendit jusque dans les derniers temps de l'empire des hommages continus. Mais en dehors même de Rome et des cités associées aux Fêtes Latines, le Jupiter Latiar a ses adorateurs. Il y a à Pesaro un collège des dévots du Jupiter Latin, cultores Jovis Latii -".

On peut remarquer que, parmi les princes qui ont gouverné Rome, deux paraissent avoir eu en estime paiticuliêre le culte de Jupiter Albain. Jules César l'adore et le prie avec une ferveur au moins apparente^'. Caligula se fit appeler Jupiter Latiaris^'K Est-ce un effet du hasard"? Mais il se trouve que ces deux princes sont parmi ceux qui ont le plus favorisé les provinciaux et l'extension du droit latin ou de la cité romaine.

Du reste, Jupiter Latin semble venir immédiatement nprès Jupiter Capitolin parmi les dieux protecteurs de l'État, et, comme auraient dit les Romains « propagateurs de l'empire ». Avant de partir pour la guerre contre Pompée, César invoque tour à tour le Jupiter du Capitole, le Jupiter du Latium, Vesta et la déesse Rome^*. Les auspices, disait-on à Rome, sont inséparables de deux cérémonies, le sacrifice sur le mont Albain, les voeux sur le Capitole^^ Qu'une victoire éclatante vienne favoriser les armes de Rome et accroître son empire, on accorde à Jupiter Latin des fêtes extraordinaires -''.Après la victoire de Paul-Emile sur Persée, on décida que les Fêtes Latines seraient célébrées à nouveau -". Après les glorieux succès de Drusus sur les Germains, on promit de renouveler k Jupiter les Fêtes Latines*'. Ceux des

soin habituel, /Inn. definstil. decorr. arcA.XIV, p. 83 et s.; XLVIll, p. 314 et s.; cL le même, Ejih. Epigr. 11. p. 93 ; Mommsen, ffermes.V, p. 379; Rôm . Forsvh. II. p, 07, Il Dio. Cass. XLVll, 40; Plin. Bisl. nat. XXXIV, 18. - 12 Dio, XXXIX, 20; T. Liv. XLV, 10 (Junon Monéta). — '3 CL Mommsen et de Kossi, i. c, surtout ylnii. XLVIll, p. 323. — li Werner, d'après Orelli, 1247; mais l'inscriptiou parait ligorienne (Corpus, XIV, n" 126"). — 15 Corp. inscr. lat. XIV, 2233.

— IG Werner d'après Orelli 1247 (Corp. XIV, 126"). — " Au temple et au service du dieu étaient aussi sans doute attachés des calalores {Corp. XIV, 2245 et 2246 ; VI, 2012, 2019), et il est possible que les SfiCf^dotes Cabensfs du mont Albain eussent également quelque rôle dans l'administration du temple et le service religieux ; cL les discussions de Werner, p. 27 sur les uns ot les autres. — '8 Varr. l.ing. lat. V, 52. CL Jordan, Hôm. Top. II, p. 264. — 19 TerlulL Apol. 9; Scorp. 7; Minucius Félix, 22; Cyprian. De speclac. 5. — 20 Hcnzen, 7.il5. — 21 Lucan. Phara. I, 194. 22 Dio Cass. LIX, 28 ; Suet. Cal. 22. — 23 L'inscription Orelli, 1^47. qui mentionne un Jupiter Latiaris, conservateur de l'empereur Caracalla, est regardée comme ligorienne (Corpus, XIV, 126*); mais il ne serait pas impossible qu'elle ait quelque élément authentique. — 2'. Lucan. I, 191. CL T. Liv. I, 23, le rapprochement entre le Capitule et le mont Albain. — 25 Sacrificio in monte perfecto, votia rite in Capilolio perfectis, T.-Liv. XXII. 1. — 20 CL Mommscu, Jlûm. Forsch. II, p. 128. Le consul Lentulus, dit Cicéron, Ad Q. fr. II, 4, 4, a renouvelé les fêtes Latines pour diminuer le nombre des jours comitiaui.

— 21 T. Liv. XLV, 3 : Jlerum Latinae edictae a consule sunL — 28 Dio Cass. LV,.

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généraux romains qui n'ol)lenaicnt pas de triompher sur le mont Capitolin, se contentaient de célébrer leur victoire sur le mont Albain ; tel fut le cas du consul Papirius Maso en 231 ', de Caius Cicereius on 172-, de (Jlaudius Marcellus^ Dans la religion d'État des Romains, il semblerait que le Jupiter du mont Albain fût comme l'allié en sous-ordre du Jupiter du Capitole : ainsi, dans l'association qui formait l'empire, les alliés du Nom Latin venaient immédiatement après le peuple romain des Quiriles. On pourrait dire qu'il iHail le dieu des alliés comme le Jupiter Capitolin était celui dos maitres.

G" Par rjiii les fêtes étaient-elles ■célébrées? — Les Fêles Latines étaient essentiellement des fêtes publiques. On pourrait dire qu'elles étaient des sacra pro Lalio Nomme, de la même manière que les fêtes à Jupiter du Capitole étaient des sacra pro Romann populo. Dans ces Fêtes Latines, dit Denys, « ce sont tous les magistrats de Rome qui sacrifient publiquement à Jupiter pour la nation des Latins », xo'.vr|V ûuào Toù Aaxivuiv 'éOvou; 6u(7;av ''.

Il est certain que tous les magistrats de Rome devaient assister à ce sacrifice. Denys et Strabon le remarquent nettement. Les préteurs, les tribuns de la plèbe eux-mêmes prenaient part à la fête '. Et pour que la ville de Rome ne restât point sans magistrat, nr urbs sine imperio foret, les consuls confiaient leur pouvoir à un préfet" : comme il ne gouvernait Rome que pendant la durée des Fêtes Latines, on l'appelait /»'aefectus Urbi Feriarum Latinarum, ou simplement praefectus Feriarum Latinarum '. Toutefois la présence des deux consuls sur le mont Albain n'était pas indispensable, quoiqu'elle fût de règle : un seul pouvait suffire à l'accomplissement des sacrifices. Paul-Émile était encore en Macédoine en 1G8, quand son collègue renouvela les Fêtes Latines '. Nous voyons par les Fastes du mont Albain qu'Auguste consul a été parfois empêché de diriger la fête : en 27, la maladie l'a retenu, imperalor valetudine impcditus fuit"^.

Au cas où, pour un motif quelconque, les consuls ne pouvaient se rendre sur le mont Albain, un dictateur était nommé par Rome pour présider à la fête, dirialor Feriarum Latinarum causa".

Il est probable que la présence des magistrats municipaux de toutes les villes du vieux Latium fut exigée de même, au moins jusqu'aux derniers temps de la république. Un texte de Tite-Live nous montre sur le mont Albain «le magistrat de Lanuvium '^ »; ailleurs, il est question chez le même auteur des « délégués d'Ardée'^i) ou « des habitants de Laurentum" ». Lavicum, Bovilles, Gables envoyaient encore leurs délégués au temps de Cicéron. Avec quel soin on veillait à ce que chaque ville fût représentée, c'est ce qui ressort d'un

I.a morl inopiuce de Drusus empêcha la célî-bratiou de ces sccoodes Kôles. Les Fôles Lalincs furent encore renouvelées en 4iO (Corpus, XIV, 2236) aux cal. de Mai, après avoir été célébrées le -l des Ides de Janv. pour l'année -iSO, et le 3 des Noues de Fév. ; cf. Momrascn, Hom. Forsch. 11, p. 105 ; Werncr, p. 40), sans doule en artion de f^râces de la chute des décemvirs. Sur les Fuies de 39G (Cor;). XIV, 2237) cf. Werner, p. 5S : M,ilzat, llôm. Chr. (ce dernier croit qu'on 1rs renouvela en honneur de la prise do Véics). Sur celles de 23 (Dio Cass. LUI, 32 et 33 ; Coi-p. XIS", 22i0). cf. Mommsen, Ibitl. p. iOS, qui croit qu'elles furent renouvelées à rause de la tribunitia potcstas conférée à Auguste. — » Corp. I, p. 458; Plin. ffist. iml. XV, 12f>. — 2 /4. p. .iôO. 3 piut. V. Marc. 22. — i VIII, ST. — 5 nÎTai 4p)ra.', Dionys. VII!, 87. '.\r.t,„ *. jjv.j^;» ieçoiffOiTffa, Strab. V, p. 229. — 6 Le sénat pouvait demeurer à Rome. Aul.- 6ell. XIV, 8.-7 Tacit. Ann. VI, 11, etc. — 8 Werner, p. 40 et s: De prae- /ïtc/is Urliia Latinarum. — 9 T. Liv. XLV, 3. — 10 C. inscr. ht. XIV. 22-40. Werner, p. 30, remarque que les Fastes des Fêtes Latines ue douneut pas toujours

passage de Cicéron : il faut parfois chercher longuement dans certaines villes, dit l'orateur romain, pour trouver un délégué qui les représente aux Fêtes Latines"^.

Quelques-unes de ces villes, désertes et déchues de leur rang de cité, n'avaient plus de magistrats réguliers. Il semble ijue, dans ce cas, les représentants des anciennes cités portassent simplement le nom de « prêtres ». Caba avait été une des trente villes latines : sous l'empire, ollo n'a plus de magistrats pour célébrer les fêtes, mais elle y est toujours figurée par ses prêtres, les sacerdotes Cabenses, dont on peut suivre l'existence jusqu'au milieu du m'' siècle de l'ère chrétienne"^.

Mais à la suite des magistrats, une nombreuse foule venait à ces fêtes de tout le Latium, de Rome et des villes latines, hommes, femmes", esclaves ", ce qui leur donnait, à côté de leur caractère officiel et solennel, un ci')té populaire et vivant. Aussi peu de fêtes, dans l'anoienne Italie, se présentaient avec une apparence aussi grandiose, formaient un épisode aussi complet.

7° Les sacra des Fêtes Latines. — Les Fêtes Latines se composaient de deux parties bien distinctes :

■1° Les deux premiers jours étaient consacrés à la fête populaire. Celle-ci consistait presque uniquement en de joyeuses réunions dans les bois qui couvraient le sommet de la haute montagne. Pendant ces réunions on suspendait aux branches d'arbres des balançoires [oscilla], sur lesquelles s'amusaient les assistants". Ce rite bizarre des balançoires ne se rencontre à Rome que dans les fêtes, également populaires, des argei ou des coMPiTALiA. Les anciens -° semblaient d'accord pour admettre que ces corps balancés dans les airs étaient les simulacres des victimes humaines qu'on offrait primitivement aux dieux, disaient-ils, lors de ces fêtes, et les modernes ont jusqu'ici accepté cette théorie. Peut-être la ligue latine immolait-elle, en effet, quelques \ictimes humaines, captifs qu'elle avait faits ou otages que les villes s'étaient donnés pour cimenter leur alliance. Une chose parait en tout cas certaine, c'est que le rite des oscilla est, comme tant de détails des fêtes, un rite de purification. L'air, par son frottement continu, purifiait l'homme qui se balançait, ou la victime dont il tenait lieu. On peut croire que les Latins se débarrassaient ainsi de la souillure résultant des combats et des luttes, et se préparaient à paraître, le jour du sacrifice, purs devant la divinité*'.

2° Le troisième jour était, en effet, le jour du sacrifiice, jour de la fête publique, et le vrai jour du Jupiter Latin." La fête elle-même comprenait deux parties. D'abord, sans doute, une pompe solennelle, conduite par les magistrats des villes, se déroulait sur les flancs de la montagne ot amenait devant l'autel de Jupiter l'animal du

aui deu\ consuls le raènie rang qu'Us ont dans les Fastes consulaiics; ce qu'd eiplique assez judicieusement : » Les Fastes albains doivent indiqut-r comme premier consul celui auquel le sort ou l'agrément de son collègue confiait le soin d'accomplir les cérémonies sacrées, i-—!! FasI. Capitol, à l'année 497.— I2XLI. 16. — 13.X.\.1lU, I. — Il XXXVII, 3. — 13 Pro Plnnc. IX : .Yisi forte te Laricana aut Botillana ouf Gahina i-icinitas adjuvabat : quibus e mttnicipiis rîx jam, qui carnem Latinis pelant, inieniuniur. — 16 Corp. XIV, 2228 (.\nlonin ?); 2230 et 4210 (.Auguste ?); VI, 2174. 2175 (lu' siècle ?}. — 1" Cic. Ad Atl. I. 3 (S). Les femmes amenaient les victimes sur le mont. — 13 Fost. s. t. oscillare. — 1^ Ib. Schol. Bobb. (ad Cic. Plane. IX, 23). — SO plut. Quaesl. rom. S6 ; Dionvs. I, 3S. Voici pourtant Feiplication que donne le scholiasic de Bobbio à propos des oscilla des Fêtes Latines: Les corps d Énéc et de Latinus n'ayant pas été relrourés sur terre, on les cherchait dans les airs : oscillare... ut animae relut in aère guaerereniur. Festu« Toit -dans les oscilla une im.ige de la vie humaine. — 23 Osciliû, genua puryationis maximum, Scrv. Ad Georg. 11. 389.

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sacrifice : c'était un taureau blanc, acheté à frais communs par les villes alliées'. Le consul de Rome, en sa qualité de chef ou d'imperaior de la ligue, immolait la victime -. Les entrailles brûlées s'en allaient à Jupiter. Mais la chair du taureau était partagée, et chaque part donnée à un représentant d'une ville confédérée. Chaque cité devait recevoir ainsi un lambeau de la chair sacrée ^ Cette distribution était peut-être l'acte essentiel de la cérémonie, le détail principal du rituel : il fallait recommencer le sacrifice, si elle avait été mal faite '. Recevoir une part de la victime signifiait qu'on avait le droit de participer à la Fùte ^, et pour parler des membres de l'ancienne confédération latine, Pline dit : « Les peuples qui recevaient la chair du taureau sur le mont Albain », populi soîili carnem accipere '^. La part du taureau était dans la ligue latine ce qu'était la jouissance d'une voix dans l'Amphictyonie de Delphes''.

Dans la seconde partie de la fête de ce jour, les délégués de chaque ville latine agissaient individuellement. Le taureau était offert au dieu par le Latium, en commun' : chaque cité présentait ensuite à Jupiter, par l'intermédiaire de ses magistrats, ses offrandes particulières °. Celles-ci envoyaient du lait, des fromages, des aliments quelconques : c'étaient sans doute les bourgades les plus pauvres'"; d'autres, du poisson, qu'on remplaça plus tard par du hron/.e " : d'autres, plus riches, des agneaux'-.

Puis, la fête redevenait gaie et populaire. On donnait de grands festins, oi'i se mangeaient les restes des victimes ''. Enfin, à la nuit tombante, un feu était allumé au sommet de la montagne, et la flamme avertissait le Latium tout entier, que les Fêtes de la ligue avaient pris fin,

VidU flammifera con ferlas nocin Inlinas ".

11 est probable qu'il y avait, ce même jour, dans toutes les villes du Latium, des fêtes publiques particulières. A Rome, en tout cas, des jeux se célébraient, au moins à l'époque impériale '° : des quadriges couraient au Capitole"' ; il y eut aussi peut-être des chasses et des combats de gladiateurs'''. Mais ce qui surtout caractérisait les jours latins à Rome, c'est qu'on immolait un bestiaire ou un criminel devant la statue de Jupiter, et qu'on l'arrosait de son sang" :

Fund'dw Inimamis Latiari in munere sanguis ".

Les chrétiens ne cessèrent de s'élever contre ce sacrifice humain, qui dura, semble-t-il, jusqu'au iv° siècle. De tous les dieux de l'Italie, le Jupiter du Latium fut donc celui qui aimait le plus les victimes humaines, et qui en demanda le plus longtemps.

8° Caractère des Fêtes Latines. — Les jours des Fêtes

1 Dionys. IV, 49 ; 'Evîj; raûçou. Arnobe, II, 68, rapporte que pendant quelque temps on offrit à Jupiter des taureaux de couleur sombre. C'est ce sacrifice que Suétone appelle sacrificium Latinarum ; V. Caes. T^. — s Ti;v ^^^eiiovïav -zZv tïçwv (jr*"" 'l'u;t«ToE ; Dionys. IV, 49. Cf. les cas exceptionnels, oùx ^jô^ç (Dio Cass. XXXIX, :iC; XI.Vll, 40). — 3'E»i.,Ti, TcOsou nifos UjiSàysi ; Dion. IV, 49. — 4T.-Liv. XXXII, 1 ; XXXVII, 3. — 6 Varr. iinff. l. VI, 25; Cic. Pro l'hnc. IX, 23. — 6 III. C8. — " Quibus CAn.NF.M VETZïiZ fjiit Jus cum Jiomanis; Vai-r. Ling. l. VI, 2S; Cic. Pro Plane. IX, 23; Serv.arf.4en. 1,211; Carnem accipere, Piin. III, C8; Carnem rfare,T.-Liv. XXXII, 1 ; XX.\V11, 3. — 8 Ko.y.-ç, Dinoys. IV, 49. — o Ibid. — iOJbid.; Cic. De div. I, H. — 11 Fost. p. 210 ; cf. Werner, p. 33. On a trouvé sur le mont Albain une grande quantité d'aes rude. — 1* Dion. IV, 49. Cf. Cic. Ad Ait. 1,3. — 13 Dionys. IV. 49. — 1'* Lucan. Phars. V, 403. Il faut ajouter que, pour donner plus de solennité il la fête, on greffait parfois sur elle uo triomphe ou une ovation (Dio Coss. l.V, t, pour Di'usus, lors lin renouvellement des Fêtes Lalines; Suel. V. Caes. TD : Corp.

Latines étaient jours de paix pour toutes les villes du nom latin. Étaient-elles en guerre les unes contre les autres, les Fêtes, paraît-il, se célébraient quand même : les peuples faisaient une sorte de « trêve de Dieu -° » qui leur permît de se réunir sur le mont Albain et de ne point priver le dieu de la victime qui lui était due. Qui sait même si ces simulacres de victimes humaines ne servaient pas à remplacer ou à simuler les combattants qui, les autres jours, tombaient sur les champs de bataille, offerts par l'ennemi comme offrandes à son dieu '?

Non seulement les cités oubliaient leur haine, mais les hommes oubliaient un instant les barrières infranchissables que la naissance mettait entre les classes : esclaves et maîtres prenaient, semble-t-il, la même part aux fêtes populaires des deux premiers jours-'.

Il serait curieux de savoir de quelle manière étaient célébrées les Fêtes, les années où Rome était en guerre avec le Latium : mais les historiens se taisent tous làdessus. En tout cas, les Fêtes avaient lieu : si divisées que fussent les villes, elles avaient au moins, pendant ces tristes jours, le souvenir de leur origine commune et la conscience de leur union religieuse. Oubliant leurs rivalités, les habitants et les magistrats se réunissaient autour de l'autel du dieu qui portait leur nom. Sur ces hauteurs, où les chefs mêmes des cités conduisaient les Latins vers le Jupiter de leur race, la solennité de la nature venait se joindre aux solennités humaines pour imprégner les âmes du sentiment religieux et les rapprocher encore de la divinité. Les hommes rapportaient de ce spectacle des souvenirs d'émotion commune qui étaient les meilleures garanties de l'union future. Il n'y a pas dans la société moderne, il n'y eut peut-être pas dans le moyen âge, des fêtes d'un caractère plus pittoresque et de plus d'ampleur religieuse.

Dans les temps où Rome et le Latium vivaient en parfaite union, les Fêtes Latines avaient une importance particulière pour cimenter, plus encore que cette union, la domination de Rome sur les villes confédérées. On entrevoit, dans le l'ituel de la fête publique, deux prières bien distinctes. En immolant le taureau, victime commune du Latium à Jupiter, le consul romain priait « pour la nation latine ^- ». Mais, quelques instants après, en immolant leurs victimes particulières, chaque ville devait prier aussi « pour le peuple romain des Quirites » ; et, si cette prière était omis(^ par une seule cité, il fallait recommencer toute la fête^'. Ainsi, cette double prière sanctionnait à la fois l'union du monde latin, et son union sous les lois de Rome ; et, quand la fédération politique disparut, ces deux noms du Latium et de Rome n'en demeurèrent pas moins unis dans le rituel des fêtes, ainsi qu'ils l'étaient dans l'organisation politique du monde romain.

inscr.lat. I, p. 461 ; ovation de César partant dumontAlbairiapr^slesFôtes Latines).

— 15 II n'est pas bien sûr que dans le texte de Tile-Live, XIX, 1, Ludi Laiiiifiegue instauratae, les ludi se rapportent aux jeux des fétcs Latines. Cf. Terlull. Aj)Ol. 0; Cyprian. Se specl. 5. — 16 PUn. XXVIl, 45. — " Miimc. Félix. Ocl. XXX; Tert. Apol. 9. D'après Werner, p. 35. — 18 Tort. Apol, 9 ; Scorp. 7 ; Cypr. De specl. 5; Min. Fel. Ocl. XXX, 4; Lactant. I, 21,3; Justin. 4joo;. II. 12; Tatian, C. Graec. 29; Theophil. Ad Aulol. 111, 15; Porphyr. De abst. II, 56 : 'Eti »«'. viv; Athanas. Conlra Graec. p. 27; Paul. NoI. Carm. tel. 108. — 10 Prudent. In Symm. I, 396. — 20 Deriys dit nettement, I, 49 : 'Ext;^itçî« ,:àvT<jv (-«ai) iipl; ïiàv-a^, ce qui indique bien qu'il y a paix réciproque entre les participants de la fête. Cf. Macrob. I, 16 : Lalinarum tcmpore, publiée induciae inter populum Homanum Lalinosque. — 21 Werner, p. 40, d'après Festus, s. i\ oscillare. — 22 Dionys. VIII, 87 ,

0ûouffiy ÛT.lf ToCT AocTÎvuy «Ovou; ; Id . IV, 49 : ©jojdiv unif lîàvTuv 'Pwn«toi,

— 23 T. Liv. XM, 16 : Precalus populo romono Quiritium.

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9° Ln fin des Fêles Latines. — L'empire ne changea rien aux Fêles Latines pas plus qu'il ne toucha au Nom Latin. Il observa les unes avec le même soin qu'il chercha à étendre l'autre. Peut-être Auguste restaura-l-il le temple du mont Albain ; sans doute il fit reconstituer les Fastes des Fêtes, et, quand il reçut le consulat, il accomplit volontiers lui-même les cérémonies latines. Ses successeurs l'imitèrent peut-être. En tout cas, les textes sont assez nombreux pour nous montrer la continuation des Fêtes Latines sous tous les régimes '. * Le iv° siècle lui-même paraît n'avoir point touche aux Fêtes Latines. Les textes des écrivains de ce temps nous les montrent célébrées encore avec la même solennité'. En 39i, le consul Virius .Mcomachus Flavianus, un des derniers chefs du paganisme romain, alla, dit-on, célébrer les Fêtes Latines et demander secours contre Théodose à l'antique Jupiter du mont Albain,

De Jove qui voliiif Lalio sperare snhitem ^.

La réponse de Thêodose victorieux à Jupiter fut sans doute la suppression des Fêtes Latines. Elles étaient chose morte vers l'an 400'*. Ce serait une étude intéressante à faire que de rechercher s'il resta au moyen âge un souvenir du Jupiter Latin et de ses fêles douze fois séculaires sur le sommet du Monte Cavo. C. Julliax. FEROiVIA. — Feroniaest le nom d'une divinité rurale ', (|ui fut l'objet d'un culte assez important chez les peuples de l'Italie Centrale, Sabins et Latins, comme le prouvent des textes littéraires et des inscriptions se rapportant à une quinzaine de localités différentes -, mais qui déclina rapidement sous la double influence de l'hellénisme et de la prédominance politique de Rome ; les dernières manifestations publiques de son culte datent du temps de la seconde guerre l'unique. Les témoignages les plus nombreux et les plus intéressants se rapportent à Capena, près du mont Soracle, à Tarracina et à Praeneste. iNon loin do la première de ces localités, où les Sabins se rencontraient, avec les Étrusques, les Latins et les Ombrions, dans une dévotion commune, Feronia avait un temple circulaire dont on croit avoir découvert les subs- Iruclions' ; elle y était associée à Soranus, dieu solaire qui fut plus tard identifié, tantôt avec Apollon, tanlùt avec Dis Pater, elle-même étant confondue ou avec Junoa ouavec Proserpine '". Une antique famille sacerdotale, les Hivpi Sorani, présidait à ce culte; tous les ans ils célé-

1 Tacit. An», IV, 36; Hist. Aug. V. Marc. 4, et les inscriplions des praefectî urbis Feriarum Latinarum. — 2 Cf. Firm. Matera., 26; Prud. In Symm. I, 396; Macrob. I, IG. — 3 Dit un poète latin de ce temps ; cf. de Rossi, Ephemeris epîgr. Il, p. 20i. — * Cf. Scrv. Ad Acn. I, 211 ; XII, 135; Scliol. Bobb. (Cic. Pro Planr. IX,23).— BiBLioGnApnrE. Niebuhr, Bôm. Geschichte.t.U.f.Siol s., Irad. de Golb^r; . t. 111, p. 22; cf. 1. 1, p. 178 et s. ; Schwegler, Rôm. Geschichte, t. II, p. 284 et suiv. ; ,\nibroscli, Studien im Gebiet des altrom Cultus, Brcslau, 1839, 1, p. 14-1; Klausen, Aeneas und die Pcnatcn, Hanib. u Gotha, 1840, p. 702 et s. ; ^lommsen, Hôm. FoV' sckungen, t. II, Berl. 1870, p. 07 et s. ; Slaalsrecht, t. III, p. G13 ; Hermès, t. Wll, p. 42 et 8.; De' Rossi, Ephemeris Epigraphica, t. II, p. 03 et s.; Marquardt, Staatsverwattung^ t. III {i-^dit. Wissowa), p. 205 et s. ; Seeck, itlteinisches Mttseum., t. XWVII, p. 9 et s.; Werner, De Fcriis Latinis (Diss. inaug. Leipz.), iSbS.

FEnO\lA. 1 Varr. Ling. tat. V, 10, 74. Elle est pour lui d'origine sabelliquc, — ~ Indépendamment des centres plus importants dont il est question plus bas, nous citons, d'après Steuding (chcï Rosclier, Aunfûhrliches Lexikon der griech. itnd rôm. Myt[tol.\i. 1178); Furso et Aniilcrnum (Corp. inscr. lat. IX, 4321): Pisaurnm enOnibrie(l, lù'J, inscription qui peut dater de la deuxième guerre Punique); Aneia Vestina (IX, 3502) ; Septempeda et Tuficum (UreUi, Henzcn, 0000); Aquiloia (IX, 4180 ; cf. 4230, 5141 ; V, 776, 8218 , Ib. 700, 807). A ce dernier centre se rapl)Ortent les Feroiiien.ses aquttlor:'S, collège d'arti^fans placé sous la protccliOQ de l'eroiiia (Ib. V, 8307. 3308); Villa Nuova, près do Ouieto, eu Islrie (Ib. V, 1112 et Orolli, 1314) ; eu Ètrurie un lieu entre l.una et Pise, près du Vesidius (Gruter, Tttb, V(7crô.p. 320); en Sardaigne, d'après Ptolem. 111. 'i, V.qui parle d'une ville ^n^Mviot. Sur

braient, dans le bois voisin du temple, une fête durant laquelle ils inarchaientpieds nussurdescharbonsardenls, sans souflrir aucun dommage'.

Le temple était célèbre déjà sous les rois; quand Tullus llostilius déclara la guerre aux Sabins, ce fut pour les châtier d'avoir enlevé des marchands romains, venus là pour faire du commerce". Tite-Live nous apprend que, durant les guerres Puniques, le sanctuaire devait à sa richesse une grande renommée. Les Capenales avaient l'habitude d'y oITrir les prémices de leurs fruits et beaucoup d'autres dons; Hanaibal pilla les trésors amassés depuis des siècles '. L'année suivante divers prodiges arrivés au même lieu firent décréter à Rome une SUPPLi- CATio à tous les temples, avec une cérémonie analogue dans le sanctuaire de Feronia '.Parmi les événements extraordinaires de l'année 196, l'historien mentionne que le temple de la déesse fut touchi'' par la foudre ''. Sur le versant opposé du Soracle, à Trebula Mutuesca, en paysSabin, existait un centre du même culte, avec celle difTérence cependant (lue Feronia y était associée, non à Soranus- Apollon mais à Mars '". On y parlait d'anPicus Feronius" , analogue au Picus Martius, comme de l'oiseau symbolique au service de ce couple divin '-. Il est possible que les hostilités entre Sabins et Latins sous la royauté aient commencé à Trebula et non au sanctuaire de Feronia en Ktrurie. Ici une ville portant le nom de la déesse s'était peu à peu formée à la faveur du culte: cette ville avait encore une certaine importance aux débuts de l'empire. César et Auguste y établirent des colonies de vétérans'^.

Le temple de Tarracina, anciennement Anxur, sur la côte de Gampanie, n'était pas moins renommé. Là, Feronia était identifiée avec Juno Regina. Jupiter Anxurus qui fut, lui aussi, un dieu solaire présidant à la végétation prenait la place de Soranus. Les témoignages épigraphiques donnent indifféremment à la Junon d'Anxurle titre de Feronia ou de Regina'*; dans les témoignages littéraires, le nom de Feronia figure seul. L'emplacement du sanctuaire a été exactement déterminé, grâce à Horace qui y fit station durant le voyage à Brundisiuin. Trois milles le séparaient de la ville; à proximité, il y avait une source où le poète s'était baigné, de grands rochers calcaires et enfin un bois dont parle Virgile. C'est à l'entrée de la vallée, du côté des marais Pontins. au lieu dit de Tre Mole, au-dessus de la source qui alimente ces trois moulins, que l'on a découvert un soubassement

la propagation du culte, v. Th. Mommsen, Oskische Studien^ p. 76, et Unieritalische DialekU, p. 351 et suiv. ; 0. Millier, Die Eirusker, I, 302; II, 63 cl suiv. — 3 Gori, .innal. del. Instit. 1864, p. 134, met le temple sur remplacement actuel de l'église de Saint-Abundius, près de ,Rignano; Lanciani, Ib. 1870. p. 30, à la place de la basilique de Saint-Anthime. près de N'azzano. — ^ Curlius. Zeitschrift fur vergl. Spraehf. I, 29; cf. Prellcr, Rôm. ilyth. 3« èdit. p. 268, et Mannhardt, Antike Wald und-Feldkulle. II, p. 327 et suiv. — 5 p|io. ffùt nat. VII, 2, et FexpUcation scientifique que donne du prodige Varr. ap. Serv. ad Aen. \1^16T \ Strab. V, 2, 9. —6 T. Liv. I, 30 ; Dion. Ual. lU, 32. — 7 Jb. XXXVI, Il ; cf. Sil. Ital. XUl, 83, 8T. Liv. XXVII, -i. — 3 Ib. XXXIII, 26. C'est à ce temple que se rapporle l'inscription {chez Orelli, 4099) : colonu jcltà felix ldco fero.me.nsis. — 10 Juï. Obsoq. 43, cité par Fabrctti, Inscr. ant. p. 454, n" 65. A ce temple se rapporte l'inscription, Corp. inscr. tat. IK, 4875 : q. p£sce.\x. coLOvxiS ni de sl-o dat feromac et cnEpu>i- KEu ASTE coi.oMNis EX LApmE ; cf. Jb. 4S73 ct 4874. — *t Festus, p. 197. — 12 Strab. V, 2,9, qui met au compte de Feronia des sacrifices célébrés eu l'honneur d'Apollon (Soranus) chez Sil. Ital. V, 175 ct suiv. Une inscription (OrclIi, 6000) mentionne une FLAUiMCA FEiioMAE. au municipc de Scplcmpe\1a. ce qui prouve que Feronia y était associée à un dieu. — 13 plin. Ilist. nat. III, 5. 8; Znmpt. Comment, epigr. 1850, p. 347. — 14 Virg. Vil, 799. Inscript, chez Fahrelli, Op. cit. p. 451 cl 452: Borchesi, Œuvres, II, p. 107, prétend que Junon n'est pas disliuclc de Feronia, ce qui est l'opinion do Servius au passage cité ; Mommsen, Ann. iS46, p. 100 el Corp. inscr. tat. v, 412, lit: jcnoni, feromae ; cf. OrcIli. 1315: ju^o:<i mEciME et

FEUOMAE.

FER

FER

construit en pierres énormes; aujourd'hui encore les habitants de Terracine appellent la source Feronia. Dans des thermes qui y ont été construits plus tard, on a mis à jour une tête colossale, malheureusement creusée en forme de mortier pour piler le sel, qui représente peutêtre l'antique Feronia '. D'autres édifices avaient été élevés sur le chemin de Tarracina au temple, entre autres des tours dont plusieurs furent démolies par la foudre''. C'est là que L. Vitellius prit position pour attaquer la ville au pouvoir des lieutenants de Vespasien^ La particularité du culte de Feronia en Campanie, c'est qu'elle y était la déesse protectrice des affranchis qui. la tète rasée, y coiffaient le pileus, signe de leur libération •. Il y avait dans le sanctuaire un siège spécial avec cette inscription : herf m^rili servi spâennl . sTrrjfnl liheri. Tite- Live raconte que, au plus fort des revers de la seconde guerre Panique, les femmes affranchies se cotisèrent pour offrir un don ;"i la Feronia d'AnNur '. I.e ciMiiMiriit;ili-iiilie N'irgile, au ]i;issage cité, l'acoute i|ih' le l'eu s'èlunl miau bois sacré de la déesse, les li:iliitaiiti i--:i\rreiii. vainement d'en arracher son image; et tout aussitipl le bois reverdit".

Ce que nous savons sur la Feronia de Préneste se réduit à la légende qui fait d'elle la mère d'Érulus ou Herylus, roi de ce pays, celui que lua l^vandre '. Feronia serait, d'après les commentateurs, une nymphe de Campanie et le poète raconte qu'elle donna à son fils une triple existence [très animas), ce qui obligea Évandre à le tuer trois fois. Dans une inscription trouvée au voisinage de Lugnano, Feronia Sanciissima fait pendant à la Forliina Praenestina^ . De même un fragment d'un ancien calendrier faisant mention d'un culte de Feronia à Rome, culte célébré sur le Champ de Mars aux Ides de novembre, y associe la Fortima Primigenia^ .

Les mythologues ont beaucoup discuté sur la signification de cette divinité. Kuhn en a fait une personnification du feu céleste '° ; le Picus Feronius serait l'/luî's incendiaria dont parle un auteur, qui ravit sur l'autel le feu du sacrifice et le transporte par l'air". Mannhardt'-, avec plus de raison, a vu dans Feronia, appelée aussi /''aronia dans la langue populaire '', une déesse de la végétation et plus particulièrement de la prospérité des céréales [Geiveidcmuttcr)^''. Ainsi s'expliquent ses rapports avec les dieux solaires, .lupiter, Soranus. Mars; son identification avec Proserpine '■' et avec Junon, ses relations avec Fortuna ou avec Flora, les épithètes de àvÔTiçopoç, de ç/'.ÀocTi-ixvo;, de !iîp(7EoovY| qu'elle portait, au diredeDenys d'Halycarnasso. Celui-ci raconte d'ailleurs, sur sa prétendue origine lacédèmonienne, une de ces fables qui ne prouvent que la subtilité des annalistes hellénisants''. Les prati(|ues du culte de Feronia, tant en Campanie que sur les frontières du pays Sabin, notamment la tète célébrée par les Hirpi Sorani, l'usage d'offrir à la déesse les

1 Hoi-. Sat. I, n, 21. V. le tk'ssiu, d'ailleurs incxacL, [iul)lié piir la duchesse de Dcvonshire (//ora/. Flac.Sal. lib. I, sat. 5, Rome, 1816), et surtout K. delà Blaucliiro, Ileviie archéol. 1881, I, p. 370. — 2 Plin. Hisl. nat. Il, bC. 2.-3 Tac. «i'sMU, 76. — »ChezScrv. 4en. VIII, 56V.— 5 T. Liv. XXII, 1,18 ;cf. Corp. ittscr. Int. VI, 147 : hedone, m. cbassi ancilia, feromae. — 6 Serv. Ad A(^. Vil, 789. — 7 Virg. Aen. 5G4 et le commentaire de Servius. — » Elle est de l'an 69 av. J.-C. : Orelli, 1730. — 0 Henzen, Acia An. CC.\L et 210 ; Coi-p. inscr. lat. I, p. 373, 7, I , 1. — 10 I/erabkunft des Ft'uers, p. 30 et suiv. — n Plin. f{isl. nat. X, 13. — 12 Oj>. cit. II, p. 327 et suiv. — 13 Celte forme qui se rallaclie ù /'nr, farina, est citée par Dion. Hal. 11, 4*J. — 14 Cf. Serv. Ad Aen.Wl, ;J6l : Feronia mater. — 15 Pourl'identilication avec Proserpine, v. Varr. ap. S. Aug. Civ. Dei. IV, 9, et VII, 20. Kllc explique celle do Soranus avoc Dis Pater; Serv. Aen. XI, 78j. Pour Flora F'-ronia, V, une inscription chez Muratori, 92.6 proliabloment apocryphe. — "> Diiui.

prémices de la terre et celui qui la prépose à l'affranchissement des esclaves", ce fait enfin que tous les centres où Feronia était honorée ont eu un rôle commercial, confirment l'interprétation de Mannhardt. La fête annuelle, avec la course sur les charbons ardents, est une fête solsticiale [Sonmvendfeuer), célébrée, comme tant d'autres, ob frurjum euenium, pour obtenir de fertiles moissons.

Nous n'avons de représentation certaine de Feronia que sur les monnaies de la rjens Peironia et peut-être sur

celles de la gens Plaetoria ". Les che- *

veux de la déesse sont enroulés autour d'une couronne radiée d'or ou entrelacés d'une couronne en guirlande, dans laquelle, on a voulu reconnaîtri' de.s fieui's de grenadier '". La télé trouvée dans les thermes de Tniraciiiu porte égaleinenl des trari'S d'une çoitfni'e c-iiviil;iiii" i|iii;i l'ail smigi'i' an Iminirl Je la Litii'rlé, nnaluunr à ci'hn des hnsics di: la liépublique -'. Si cette IftL- représente Feronia, ce qu'il est impossible d'affirmer, une couronne de fieurs (àvOv|?ioioç, œ'.XodTÉiiavoç) est plu-i probable. D'une façon générale, Feronia est une des nombreuses personnifications féminines où se confond l'idée des Heurs printanières avec celles de la beauté et de la fécondité --. J. A. Hild.

FERRAMENTARIUS, FERRARIUS [ferrum].

FERRUM(i);oY,çc.: . — Nous étudierons successivemeiil : 1° les usages auxquels les anciens employaient le fer: 2" les gisements d'où il le tiraient; ;j° la façon dont ils l'élaboraient.

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