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riiivre; mais, par des martelages et réchaiifioments répétés, qui jouent un grand rAle dans toutes les mélallurgies primitives, on peut arriver à ol)tenir une petite masse de fer forgeahle et des l'usions analogues puri lient progressivement le cuivre.
Dès lors, la difficulté de lopérulion csl ;i peu prés la même pour les deux métaux. (Juant à la tenipéraluro à atteindre, elle est de 700 degrés pour travailler le fer ((]u"on n'a pas besoin de porter à son point de fusion'), de 1100 degrés pour fondre le cuivre : ce qui, avec l'abondance plus grande des minerais de fer, crée une certaine présomption en faveur de ce métal.
En tout cas, le fer a dû être connu avant le bronze; car, le cuivre même étant supposé obtenu, l'idée de lui allier un autre métal, l'étain, pour lui donner les propriéU'S, très spéciales, du bronze, n'a pu venir qu'après un usage assez long et bien des tâtonnements, à la suite de l'extension des relations commerciales. Le cuivre et l'étain, en effet, ne sont pas associés dans leurs minerais; ils ne le sont que très exceptionnellement dans leurs gisements, sauf en quelques points du globe, comme le Cornwall (dont on nous semble avoir exagéré le rôle aux époques primitives) et, de plus, le minerai d'étain, la cassitérite, est un corps très rare, assez difficile à reconnaître, dont l'emploi a dû être long à se développer-.
Eh résumé, nous croyons que le fer et le cuivre ont précédé le bronze^, et que probablement le fer est venu avant le cuivre. Mais, pendant longtemps, ce métal, que nous sommes trop portés à juger d'après celui de même nom qui joue un rôle capital dans noire civilisation moderne, a été si défectueux et en si petites masses qu'on y a attaché peu d'importance; tandis que le cuivre et le bronze, aussitôt connus, ont excilé l'altenlion par leurs avantages considérables. Aussi, est-ce seulement du jour où le monde méditerranéen (qui avait peut-être déjà découvert, par lui-même, le moyen d'obtenir le fer), s'est trouvé en rapport avec des commerçants orientaux porteurs de bronze, que l'emploi des métaux y a pris un réel développement. 11 s'est passé là quelque chose d'analogue à ce que l'on constaterait chez des Tasmaniens ou des nègres de l'Afrique Centrale passant soudain, par l'arrivée des blancs, de la hache de pierre au fusil.
Il ne faut pas oublier, en effet, que si des moyens élémentaires suffisent pour obtenir de petits lopins de fer, il est fort difficile d'en avoir de gros, et le fer, extrait par ces méthodes primitives, est fragile, impropre à la fabrication des armes, difficile à polir et à façonner'*, ainsi qu'à réparer le jour où on le brise. Si l'on se souvient, en outre, du défaut capital du fer, qui est de se rouiller, on comprendra comment le fer, après sa première découverte, n'a pas pris, de longtemps, la supériorité qu'avec nos idées actuelles nous sommes disposés à lui attribuer. Entre le premier fer des sauvages et le fer de
1 O'aprùs lies délerminntions ri^ccutos de M. Le Chalclier {Comjjtes rendus de l'Académie des scirncs du 2'J février 1?02). le point do fusion de la fonlc de moulage est à 1^20°, celui d'un acier doux à i-lTS" ; celui de l'or à 10 la* ; un lingot d'acier lîessemcr est à 1080" sous le marteau pilon. — 2 Parmi les centres de producliou d'étain connus des anciens, il est très possible qu'il faille citer, tout d'abord, celui qui, aujourd'liui encore, lient la première place et où l'étain d'allu\ion est remarquablement abondant, Malacca, d'oii l'étain aurait été apporté aux Indes, puis au Caucase et en Ass\rie (bien qu'on ait nié les relations commerciales antiques entre l'Inde et l'Indo-Cbine). Dans la région caucasiquc, on a, maintes fois supposé l'existenco de gisements, qui n'ont pas encore été bien reconnus. En Toscane, il parait vraiscmblalitc que les Étrusques ont connu les fdons d'étain du Canipigliais,
nos usines ou même celui de la périodi- à laquelle on donne le nom de ce métal, il y a un abime, qui n'a été franchi que pas à pas et, dans l'intervalle, on avait eu le temps d'apprendre à fabriquer le bronze. Celui-ci avait, à cette époque, tous les avantages : éclat, beauté, inaltérabilité presque complète, grandes facilités pour refondre et retravailler les objets détériorés, etc. Aussi est-ce lui que nous verrons bientôt importé par les Phéniciens sur tous les bords de la Méditerranée.
Nous ne ferons que mentionner un autre argument, sur lequel on s'est appuyé, à tort à notre avis, pour démontrer que le fer avait été employé avant le bronze, c'est l'impossibilité où l'on aurait été de travailler le bronze sans couteaux et marteaux d'acier, d'y faire des incrustations, comme celles qu'on rencontre sur les armes de Mycènes, sans fer ou acier. On oublie l'usage, évidemment 1res développé alors, des instruments de pierre, qui pouvaient parfaitement suffire pour le martelage du bronze. D'ailleurs, il est facile, sinon de durcir le bronze par la trempe ■', comme on l'a supposé sans aucune preuve, au moins de varier sa dureté suivant la proportion d'étain ou de certaines matières étrangères, telles que le phosphore. Sans en avoir connu la raison. on a dil, par expérience, arriver vite à préparer ces variétés dures qui, ensuite, ont pu servir au travail des métaux tendres. On a déjà remarqué, à ce propos [caela.tira], que l'on semblait, au début, ignorer l'art de percer le bronze ; car les trous destinés aux rivets étaient toujours ménagés dans le moule. Quant au découpage ou à la ciselure du métal, on a trouvé [caelu.m] de vrais ciseaux en bronze, en pierre et en os, les uns pour couper, les autres pour graver, des gouges, etc.
Laissant donc de côté cette première question générale, sur laquelle on ne peut raisonner que par induction, nous allons essayer de retrouver les usages auxquels le fer a été successivement appliqué dans l'histoire de la civilisation antique, sans oublier toutefois ce fait essentiel qu'à une même époque des degrés de culture très différents ont existé côte à côte et que les grands progrès de l'humanité, en particulier ceux qu'elle a faits dans l'emploi des métaux, ont dû se produire en plusieurs points du globe à la fois.
Les deux plus anciens foyers de civilisation dont nous ayons à nous occuper (la Chine étant restée sans rapport avec le monde occidental) sont la Chaldée et l'Egypte, et, * sans vouloir développer ici ce qui les concerne °, il nous semble impossible de ne pas marquer, au moins, le degré de science métallurgique que ces pays avaient alleinl, pour montrer ce que les Phéniciens, puis les Grecs ont pu tirer d'eux. En Chaldée, nous avons la preuve, par les trouvailles faites dans les sépultures de Warka et de Moughéir, que, vingt-cinq ou trente siècles avant Jésus- Christ, on connaissait les métaux. Ces lombes renfermaient, en elTet, à côté de nombreux outils de pierre.
situés à enté des mines de cuivre exploitées par eux. l:n ùaitco et dans le nord du Portugal, on a reconnu positivement des exploitations autiiiucs : de même, on Cornwall et dans le plateau Central français. — 3 D.ins l'Afrique Centrale, d'après Sclixvcinfurlh. U existe, â côté de tribus en plein âge de pierre, d'autres connaissanl le fer, el. à peiiu\ le cuivre. — ^ Les Japonais, si Italiiles à travailler les métaux, étaient, il V a vingt ans. en admiration devant le poli de nos aciers passés au laminoir. — ^ Par la trempe, on arrive plutôt à attendrir le bronze, comme l'ont montré les cxpéricDces du colonel Carou. Bien des textes anciens {>arlent cependant de la trempe du bronze. Ainsi Virgile (Aeii. VII, 430) i-epn'scnte les Cyclopcs plongeant dans rcau le cuivre sifflant. — s On trouvera, eu particulier dans Liger, ta l'^erronnerie, t. I, IS73. des renseignements sur les princip.aux objets de fer trouvas en Assyrie et en Egypte.
FER
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du cuivre, du bronze, du fer et de l"or (i)as d'argent). Le fer était alors réservé, comme un métal précieux, pour de petits objets de toilette, des anneaux, des bracelets; on n'en faisait encore ni armes, ni outils'.
Un millier d'années plus tard, vers 1590 avant Jésus- Christ, nous voyons Thutmosis III s'emparer, à Damas, de masses considérables de fer. Carchémis et Damas étaient, dès ce temps, des centres métallurgiques imjiortants. Une inscription égyptienne nous montre les Rotennu, peuplade qui habitait au nord des Hétéens jus- IJban et aux environs de Damas, apportant au pharaon un tribut de fer brut, d'armes et de chars de guerre du même métal. Plus lard encore, chez les Israélites, Moïse vante la Palestine comme un pays « dont les pierres sont de fer- ». Les Hébreux tiraient, peut-être, leurs épées de fer de ces fabuleux Ghalybes, riverains de la mer Noire (que personnifierait Tubalcain, l'inventeur mythique de la métallurgie) et qui. par l'intermédiaire des Lydiens, passent pour avoir transmis leur science métallurgique aux Grecs. Eux-mêmes étaient peu avancés dans le travail du métal, comme le montrent les commandes faites par Salomon à Hiram (1013 av. J.-C). Ézéchiel nous apprend, d'ailleurs ^ que Tyr était un centre très important du commerce de fer.
Enfin, huit ou neuf siècles avant Jésus-Christ, nous avons, par les fouilles de Place* à Khorsabad, la preuve que l'emploi du fer était très généralisé en .\ssyrie. 11 a trouvé, en eft'el, dans une chambre du palais qu'il a appelée le magasin des fers, environ 160000 kilogrammes d'objets en fer de toute espèce, symétriquement rangés sur tout un des côtés de la salle ^. 11 y avait là des grappins et des crochets, attachés par des anneaux très solides à des chaînes à maillons, des pics, des pioches, des marteaux, des socs de charrue, le tout en fer excellent; puis, en grande quantité, des lopins de fer percés d'un trou, où Place avait cru voir des outils de toutes sortes, et qui étaient, peut-être, seulement des morceaux de métal brut en réserve, analogues à ceux dont nous trouverons bientôt la mention chez Homère. A Nimroud, Layard" a rencontré des pieds de meubles, des pioches et des marteaux de fer, des pointes de fièche et de lances du même métal, ainsi qu'une scie à double manche, longue de 1°',65, etc. A Kouioundjik et à Nimroud, un certain nombre d'anses, de cercles, d'ustensiles divers, eu particulier des pieds de taureaux", étaient en fer. recouvert (probablement par coulée) d'une mince couche de bronze*. Des cuirasses et casques de Nimroud étaient en fer avec incrustations de bronze à la surface \ 11 semble qu'on saisisse là sur le l'ait le goût pour le bronze qui, dans tout le monde méditerranéen, a fait longtemps préférer le bronze au fer. Les objets de luxe étaient en bronze à 10 p. 100 d'étain et, comme à Mycènes, le cuivre pur était réservé pour des sortes de grands chau-
< Itawlinson, Five grcat monarchies, l. I, p. ao. Ou a rcculi! jusqu'à 4000 ans av. .I.-C. la dicouverlc des métaux on Chaldff. — 2 Deuteroii. VIII, O.'i. — 3 .XXVII, 12.-4 Place, Niniw, t. I, p. 83-89 cl pi. i.xk cl i.xxi. — ^ M. Uaubivc (Iter. archrot. 188f , p. 3-il) a signalé la découverte à Saint-.Molf, prés de Guéraudc. dans la Loirc-liirérieure, de lopins de fer tout à fait analogues à ceux de Kiiorsaliad (musée du Louvre, voy. p. 108(i); à Mozeidieini, en Alsace, on a trouvé des dépôts de fer du même genre, antérieurs à l'époque romaine et considérés connnc une réserve pour les besoius de la guerre. Pour Ligcr, (0. cil. t. I, p. Il3i, les lopins de Khorsabad sont du fer brut. — c Discoveries, p. 174 et 194. — 1 Musée Britannique; Layard. p. 178. . — Sperrot et Chipiez, Histoire de l'art, Assyrie, p. 721 ; Layard, Discoveries, p. C70, d'après le métallurgiste Percy. — 1> Layard, iVint-ie/i, 1. 1, p. 341 .— lOKicli, Kurdistan, t. I,p. 17r.el 222. — 11 PorrotetChijiicz, Op. (.,t. IV.passini. — 12 VViIkinson,
drons. On a supposé que les Assyriens tiraient leur fer de celte région, située entre le Ponl-Euxin, le Caucase, la Caspienne, la Mésopotamie, le Taurus et la Cappadoce, où toutes les traditions recueillies par les Grecs plaçaient le berceau de la métallurgie. D'une façon plus précise, les montagnes de Titjnis, -à quelques journées de Mossoul, renferment, paraît-il, des richesses minières considérables "'.
Enfin, avant de quitter l'Asie Mineure, il convient, au moins, de mentionner les Hétéens ou Khiti, ce peuple, longtemps oublié, auquel on attribue aujourd'hui un r(Me important dans les origines de la civilisation grecque. Les Hétéens, dont la grande période d'expansion vers la mer Egée peut être placée au xiii'' siècle et qui, à cette époque, équilibraient la puissance même de l'Egypte, connaissaient assurément les métaux, l'or, l'argent, le bronze, comme le montrent les monuments figurés qu'ils nous ont laissés; rien n'indique qu'ils se soient servis du fer''.
Parallèlement à la civilisation chaldéenne et assyrienne, celle de l'Egypte se développait. Là également, l'usage du fer paraît remonter à environ 3000 ans avant Jésus-Christ, mais est resté longtemps très restreint et même a cédé la place au bronze vers la dix-huitième dynastie'-. Ce dernier fait, qui semble bien établi, prouve que le fer, tel que les Égyptiens, comme la plupart des peuples primitifs, savaient le préparer, leur rendait peu de services et leur semblait moins commode que le bronze. C'est sans preuve bien convaincante qu'on a supposé l'emploi du fer nécessaire pour le travail des statues en syénite ou en granit. Il semble fort vraisemblable, en efl'et, que les sculpteurs usaient d'instruments contondants beaucoup plutôt que d'instruments tranchants, et ces instruments pouvaient être simplement en lironze, ou même en pierre. Quant aux objets de fer retrouvés, ils se bornent, à peu près, dans les temps anciens, à un fragment d'outil entre deux assises de pierre de la pyramide de Chêops et une faucille sous les pieds du sphinx de Karnak'^. 11 existe, en outre, au Louvre, des pointes de flèches et des piques de lance en fer, de provenance égyptienne.
La civilisation phénicienne, qui va nous servir de transition pour arriver aux Grecs" et qui, à ce titre, nous arrêtera davantage, n'a étii, comme on sait, à bien des égards, qu'une sorte de contrefaçon de celle de l'Egypte. Cependant les Phéniciens'' ont donné à l'art des mines et à la métallurgie un développement qu'on n'avait pas connu auparavant. Ils ont ouvert d'innombrables exploitations dans toute la Méditerranée, en Sardaigne, en Espagne, sans doute plus loin encore, jusqu'en Cornwall, et, avec eux, le commerce des métaux a pris une extension considérable. Ils avaient, en particuliiT, une sorte de inonopoh^ pour les vases en métal
Tlir. manners and customs, t. Il, p. 250-2ol ; Cliabas, Sur le nom du fer che; les anciens Égyptiens {Comptes 7-endus de l'Acad. des inscriptions, 23 janv. 1874; JCtudcs sur l'antiquité historique, 1873, p. 46 et s.; cf. Perrot et Chipiez, Op. l. Lgypte, p. 753, 810, etc.) — 13 Voir S. Reinach, {Hev. archéol. de 188(i)sTir Moritz AIsberg, Les commencements de la civilisation du fer, p. 3 du tirage à part; cf. Liger, loc. cit. t. I, p. 13. — 1^ Dans le dénombrement do la Genèse, les Grecs sont associés aux Phéniciens, qui les entrainérent certaincmcni dans leurs négociations commerciales, en Bgvptc |iar exemple, au xv siècle. — '>' Les Phéniciens, venus probablement du golfe Porsitjue, se sont établis sur la côte Syrienne environ vingt siècles avant J.-tl. et, dés le xvni* siècle, on voit Tyr inenlionuée par les Kgvpticns ; leurinflnenre dans la mer Kgée est donc antérieure à la première civilisation du fer a Hissai-lik ou a M\ cènes. Cartilage fut fondée vers l'an 800.
FER
FEH
li-ii vaille (cuivro, !)ron7.c, urgent et or) dont ils oui appris l'usage au iiioiuh; inédilerranéen. Ils coiinaissaieiil également le l'or qu'ils tiraient, d'après É/.échicl, du Tharsis, c'est-à-dire du sud de l'Kspagno, si riche en métaux de toutes sortes'; mais ils ne paraissent en avoir fait qu'assez tardivement emploi et d'une façon restreinte. On ne possède, en fait d'ouvrages en fer phéniciens, qu'un sabre de 60 centimètres de long et une certaine quantité do pointes de javelots sorties d'une tombe cypriote, ([ui ne remonte, sans doute, guère au delà du V" siècle'. Nous savons, en outre, que les cuirasses cypriolos de Déniétrius-Poliorcèle étaient en fer^ et un fondeur de ler parait dans une inscription phénicienne de Cypre'.
Les Pliénicicns ont exercé sur la Grèce une influence qu'on ne conteste plus, qu'on aurait plutôt une tendance à exagérer; y ont-ils introduit la connaissance des métaux? C'est Kl une question importante et délicate, sur laquelle il semble que l'on arrive, par deux voies différentes, à des solutions contradictoires.
En abordant la Grèce, en effet, nous avons, pour la première fuis, d'une façon certaine, affaire aux Aryens. La première civilisation grecque se relie donc, d'une façon intime, à celle des Aryens indivis. Or, s'il est impossilili> de préciser à quelle époque les premières iliigrations aryennes se mirent en marche pour aller, par les vallées du Dnieper et du Danube, peupler la Grèce et l'Europe Occidentale, on peut, du moins, par des considérations de linguistique, reconnaître que l'état de civilisation des Aryens indivis était à peu près celui des hommes des stations lacustres, c'est-à-dire qu'ils se servaient surtout d'instruments de pierre ou de bronze et n'utilisaient que très exceptionnellement le fer". Il n'y a donc pas de différence bien capitale entre leur degré de culture, en ce qui concerne les métaux, et celui des habitants de Mycènes ou de la ville brûlée d'Hissarlik. On serait donc amené à conclure que l'usage du bronze a été apporté directement par terre par ce premier courant aryen, qu'on a nommé les Pélasges*^ et que suivit, longtemps après, une seconde migration, divisée en deux rameaux : les Doriens venus également par terre, par la Thessalie, et les Ioniens, passés par mer de la côte occidentale d'Asie Mineure en Europe.
Or, tout au contraire, les nombreux récits légendaires des Grecs sont d'accord pour nous apprendre que les premières connaissances métallurgiques, d'abord considérées comme sacrées, arrivèrent en Grèce par les îles, de l'Orient et, plus précisément, de la Pbrygie. C'est le sens des lictions relatives aux Dactyles, Cabires, Corybantes. Curetés, Telcbines, etc., c'est à-dire aux génies
* Ezccli., XXVll, il. — 2 Ceccaldi, Monuments antiques de Cypre, p. I3S. — 3 Plutarcli. Deuu-tr., XXI, 2. — ^ Corpus inscr. sem. I, n*" 6T. — :i Quelques ntols seulement sur les Aryens do l'Iutie et du l;i l'erse, <]ui ne semblent avoir eu, sur la civilisation occidentale, qu'une iniluencc trùs lointaine. Dans l'iude, l'usage du fer parait avoir été tr6s ancien. Dans les Védas, le fer est souvent nonnué connue une inatit>rc tr<>s commune, servant à la fabrication de cuirasses, de pointes de flùcbes et de lances, etc. Dans les monuments mégalithiques et les Innmli de l'Inde, l'carse et Elliott aflirment que l'on trouve plus souvent du fer que du bronze ; enfin, les éc^i^ains classiques attestent qu'à nue époque très ancienne il existait un commerce de fer et d'acier consiilérablc entre l'Inde, la côte d'Arabie et la mer Rouge, dont l'ile de Socotora et Aden étaient les entrepôts les plus importants. L'acier de l'Inde (sans doute analogue à l'acier Wootz d'aujourd'hui) était considéré par Pline r.\ncien comme le premier de tous. De méinc, dans le Zend-Avcsta, le fer est le niéUd par excellence, tandis que le bronze n'est qu'un article d'importation. Le Vendidad ne mentionne qu'une seule fois le bronze, mais parle so.ivent du fer et du plomb, qui sont même appelés <■ les plus vils métaux. ..
métallurges. C'estainsi que, dans un fragmentd'tin poème très ancien, \ii l'huionidc'' , il est question di's Phrygiens qui, les premiers, trouvèrent, dans les bois des montagnes, l'art de l'ingénieux Vulcain, le fer noir, et le portèrent au feu. Pour Slrabon*, Diodore de Sicile', etc., les inventeurs du fer furent, de même, les UAf;TYLi, qui résidaient en Phrygic. Ces Dactyles, d'après un passage perdu d'Hésiode cité par Pline'", auraient également découvert le fer en Crète : la Chronique de I\'iros en donne même la date, 143-2 ans avant Jésus-Christ". Clément d'Alexandrie leur attribue la découverte du fer, mais il la place à Chypre '^ Enfin nous les voyons résider dans l'ile de Samothracc'^ Les cabiki, dit le Scholiasle d'Apollonius de Rhodes, venaient, eux aussi, de Phrygie et, de là, ils se rendirent dans la Samothrace '♦, puis à Lemnos et à Imbros'\ Ces Cabires, comme les Dactyles, sont qualifiés d'habiles dans la forge, de puissants par le feu. Plus tard, leur culte se répandit très loin, jusqu'à Memphis, où Cambyse, d'après llérodote'% profana leur temple. Enfin, les coiiybantes ont suivi le même chemin de la Troade à Samothrace, puis à Chypre", qualifiée de cuivreuse par excellence [aerosay* et, d'après Strabon''', les telcui.\es mirent les premiers en œuvre et le fer et le cuivre.
En résumé, ces divers génies, qui nous représentent la métallurgie, science longtemps considérée comme sacrée, sont, d'après les anciens, tous partis du nord de r.\sie Mineure pour aller s'établir successivement dans les îles minières de la Méditerranée, à Samothrace, en Crète, à Chypre, à Rhodes et, de là, par une voie qui a pu être également celle des Phéniciens, progressivement sur les côtes d'Europe-". Cela concorde assez bien avec d'autres passages des écrivains classiques, qui placent le berceau de la métallurgie au nord de l'Asie Mineure, vers la mer Noire, dans le pays des Chalybes, appelés par Eschyle » les ouvriers du fer »-', pays décrit par Hérodote comme habité uniquement par des mineurs et forgerons et qui a donné le nom même de l'acier en grec, ■/i\\)'lf. Toute cette région de r.\sie Mineure et de la Transcaucasie, qui borde la mer Noire, a été, sans conteste, un centre métallurgique très ancien d'où 'si l'on tient à faire concorder les deux théories ci-dessus exposées) la connaissance des métaux a pu se répandre par deux routes, l'une terrestre, l'autre maritime, au nord et au sud du Pont Euxin.
Parmi les trouvailles archéologiques faites en Grèce ou dans les régions voisines^-, les plus anciennes sont celles d'Ilion et de Santorin, puis de Mycènes-^, qui nous montrent un âge du cuivre et du bronze, où le fer est absent. Si l'on voulait assigner une date à celte civilisât ion du bronze.
L'acier de l'Inde, porté par le coramercc vers l'Occident, passait |kar la Perse, et il se forma, dans ce pays, une industrie métallurgique très ancienne. Le ■ fer des M6des • figure dans les listes des tributs des rois assyriens. — '"' Mot qui veut, pcul-ôlre, dire simplement ■■ les anciens >■. — ^Conservé parle scliol. d'Apoll. Rh. I, IliO. — 8 y, 64. 3 XVll, 7. — «1 VU, 57; cf. Diod. Sic. V, C". — " Ce qui correspond, a peu près, à l'époque de Sésostris, en Egypte. — '2 Strom. I, p. 360, Poltcr. — 13 Ibid, 1, 16. p. 36i. — 'i Dés une é|M)quc Ir^s aucieilDC, Samothrace faisait connuercc d'anneaux de fer aimanté. Cf. Lucr. VI, lOii : •• EisuUare cliam Saniotliracia ferrea vidi ». — tû Scliol. .\poll. Rh. Arg. ï, 917; Honi. /f. XXIV, 733. — ir. 111, 37. — il Plulaich. Ve fac. tun. t. IX. p. 7ii, Reiske; Strab. X, p. 47i ; l.ycophr. .4Z. 78 ; Serv. Ad Aen. III, III.— 18 Xonn. Dionys. X.\XV, 381.- 1» XIV, p. 053. — 20 Sur toute cotte question voy . Rossignol, Us Métaux dans t'antiquitv. Orig. religieuses, Paris, 1663. — 21 Prom. IJ; Apoll. Rh. Arg. 11. 1001 ; Hcrod. I. :tS. — 22Sur l'antiquité de l'usage du fer chez les Grecs cf. Schafbauseg,/aAriturA des Ver. von Attertfiuntsfreunde in Jiheinlande ; Riedeuauer. /. c. ; llelbig, /. c. ; Lang, .Ic.irfniiy, iiscpt. il, 30oct.. etc. ; 3 nov. 1883. — 23 Schtiemann. .Vyr^n», p. 41 i.
FER
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on la rapporterait, peut-être, au xiv"" siècle, époque où les Grecs avaient déjà été mis en rapport par les Phéniciens avec lÉgypte, et où, nous l'avons dit, l'usage du l'er était développé en Chaldée.
La première épopée homérique remonte à un temps où le for était déjà répandu, sinon pour la fabrication des armes, au moins pour les usages agricoles, comme cela ressort des paroles d'Achille, offrant en prix une masse de fer (coXoçi lors des funérailles de Patrocle'. Pourtant, A l'époque de l'Iliade, des objets de fer sont mentionnés comme précieux (x£i[jLf|X!a) à côté de ceux d'or et d'argent- : « J'emporterai d'ici, dit Achille\ de l'or et du cuivre rouge, ainsi que des femmes à la ceinture élégante et du fer brillant. » Ailleurs, à diverses reprises, le cuivre (/aXxoç) est mentionné pour des usages ciui, plus tard, ont été réservés au fer. Achille a coupé son sceptre avec l'airain'. Les armes sont toutes en bronze". Si l'acier y entre, c'est au même titre que l'or, l'argent, l'étain, comme un métal précieux dont les teintes bleues ou violettes {yXw^oZ àSiaavTOç, iosvTa cioTfipov') sont utilisées en incrustations [cHRYSOGRAriiiAJ,
Dans VOdyssée, le fer et même l'acier sont beaucoup plus abondants que dans VIliade. Il est question d'un véritable commerce de fer" ; « Je me rends, dit Mentes, chez des hommes qui parlent une langue étrangère, à Témèse, pour chercher de l'airain; j'y porte du fer non travaillé. » Ailleurs, on voit mentionnés des outils (haches, cognées'), des armes en fer, des disques en fer fondu (aOro/otovo;) [Disais], des chaînes de fer", etc. 11 est question, à diverses reprises, de la trempe de l'acier'".
Plus nous nous rapprochons des temps modernes, plus nous voyons les usages du fer se multiplier. Le fer n'est point rare dans les couches les plus profondes d'Olympie" (viii^-vi" siècles). On y a trouvé des clous, des pointes de lance, des pieds de meuble, des anneaux de trépieds, point d'anneau.x de doigt en fer, mais seulement des anneaux de bronze, quoique l'usage des premiers soit ancien en Grèce : il s'est perpétué chez les Spartiates et jusque sous l'empire romain'-.
Dans les fouilles du Dipylon, à Athènes, qui nous conduisent au vu' siècle, on a rencontré" des armes et des outils de fer, clous, haches, couteaux, pointes de lance et une épée copiée, comme les épées de fer l'ont été partout au début, sur des épées de bronze. On peut affirmer que les armes, au moins les armes offensives, aussi bien que beaucoup d'outils, ont été de bonne heure en fer, ou plutôt en acier".
Le fer des mines de Laconie servit de bonne heure, à faire des armes et des outils renommés pour leur qualité'°; ceux qui étaient façonnés dans l'Eubée étaient
1 lliad. XXIII, S33, V'oy. |i. 1075, note H. Celle [lartie du poème osl considérée comme plus récente. — ^It. VI, 48.-3 IX, 365, ^i>l:i; ts olSr.jo/, L'épitliMe -oi.d; rcvienl encore XXIII, 260, ,:o>.ioî 4*à«|i.«ï-:o;. — 4 I, 236 ; aulres métaux ou bronze, III, 292, 291. — S Une seule fois, il est question d'une arme de fer. Ib. VII, 144 : (r:ST,fti)i xopûv,! ; deuxvers(//. IV, 123; XVIII, 34), où il esti|ueslion de pointes de fer, sonl.considérés comme interpolés. — 6 Jl. XI, 24, 35. Descriplion do la cuirasse et du bouclier d',\- Iridc. — ■! 1,182-184. — 8 //. IV, 485; Orf. IX, 391; XIX, 378, 587 ; XXI, 375, 81, 97, 114, 127. 328; XXIV, 168, 177; TOy. Ilelbig. /. /. — » Si^^^.T» ,t5«ift« (I, 204); cf. IV, 293, xp«5vi;T-.ST.çi,l ;IX, 393,TO Y«p «'J-ï atSii^rt-j yt xfâ-:o;l(r:('y;XV, 329, criSr,oïov oOf a-*ov ; XIX, 21 1.— loi, 391 et IX, 390.— Il Furtwangler, Drm:i:fun,lr aus Olympia, p. 102. — ISPlin. Uisl. nat. XXXIII, 4, i. — " Diimmler, Mitihcil. ilfs arch. Iiistit. mAthen, XIII, p. 297. — f. llclbig, O.c. CXXIV. — 15 Xenoph. /yf«. 111,3, 7; llaimaclios ap. Sleph. li; z. s. v. AaxiSaJuuv. — 16 Stepli. Hyz. s. r. Ars^i»; ; .\esch. ap. Plut. De ih'f. orac. 43. — n Cesar {De bell. galt. V, 12) mentionne également celle des Celtes do Bretagne : « utunto aut aère aut annulis ferrais, ad cerlum pondus exaniinalis, pro
également fameux "*. L'abondance du fer devait aussi faire de ce métal, pour les Lacédémoniens, un moyen d'échange, soit qu'on le débitât en barres (oSsÀo; , soit en véritable monnaie. On a souvent parlé de la monnaie de fer de Sparte et aussi de celle de Byzance'' ; mais on a mis en doute qu'il s'agisse réellement d'une monnaie dans les textes où il en est question. Le doute no peut guère subsister depuis que l'on a découvert des monnaies de fer à la marque de Tégée et d'Argos".
On sait encore que le fer entrait dans l'armature et la construction des vaisseaux". Les architectes l'ont égalemont employé : des crampons de fer en queue d'aronde, on forme de I ou de N, ont été retrouvés dans les murs ,du Parthénon, du Théseion, de l'Érechthéion, du petit temple de la Victoire à Athènes, du temple de Jupiter et du Métroon à Olympie, aux Propylées d'.\thènes et d'Eleusis, dans les murs du Pirée, au temple d'Égine, à Ephèse, à Sardes, à Paestum, etc. -"
Pour le détail des objets de toutes sortes fabriqués avec le fer, nous ne pouvons que renvoyer aux articles spéciaux qui concernent chacun d'eux. Disons seulement encore que le fer forgé a sa place dans l'histoire de l'art. C'est ainsi que (îlaucus de Chios, à qui les Grecs attribuaient l'invention de la soudure du fer et de 1 art d'a'mollir et de durcir le fer par l'eau et le feu-', avait façonné en fer un support de cratère, qui passait pour son chef-d'œuvre et dont Alyatte fit présent au temple de Delphes. Ce support était formé de barres assemblées et orné d'animaux et de feuillages--. Kibyra en Phrygie, était célèbre pour les beaux ouvrages en fer qu'on y ciselait ". Pausanias et Pline citent même des statues en fer : ainsi un groupe d'Héraclès avec l'hydre à Delphes, de Tisagoras; des têtes de lion et de sanglier à Pergame-*, un Hercule d'Alcon à Rhodes", une statue d'Épaminondas au temple d'Esculape à Messène^\ etc.
On a, d'ailleurs, conservé quelques rares objets en fer forgé, grecs ou romains : notamment une tête de bélier au musée du Louvre".
Nous nous sommes borné, jusqu'ici, au fer proprement dit : il nous reste à examiner l'emploi que les Grecs ont pu faire de l'acier ou même de la fonte. L'acier a été connu de très bonne heure et, de très bonne heure aussi, on a su le durcir par la trempe. Il est même vraisemblable que les anciens avaient des procédés analogues à ceux qu'emploient aujourd'hui les peuples d'Orient pour souder ensemble des parties de métal plus ou moins dur, plus ou moins carburé, et obtenir des tranchants ou des pointes bien aiguisées sans rendre la pièce entière trop cassante. Les auteurs nous parlent de lances ou de haches ainsi constituées-*.
C'est en acier, et non en fer, que se faisaient les meil-
iiuinnio ". On a attribué la ménu' destination à do petites niasses de fer trou\ t'es dans le Jura. — 18 Lonormant, La monnaie dans l'antiquiti', I. p. 216 ; KTililer, .I/in/iei7. den arch. Instit. in Athen, VII, 1. — 19 Les comptes do la marine alliénieuuc distinguent des clous, {r.Xoi), des pointes («x«t), des chevilles (YÔnaot) on fcr(Bœckh. Crkiiiiitim ticber dasSeewes. XI {|i. 404), 96, 100, 108[ci.aviis, p. 1238] ; cf. Uger, Op. . cit. I, p. 170). — 20 Durm, Handbuch der arcliit., /ïattfcttnst di'r Griechen, 2* éd. Darmstadt, 1892. — 21 H faut comprendre, sans doute, amollir parle feu et durcir par l'eau, c'est-à-dire tromper. — 22 Ilerod. I, 25 ; l'aus. X. 16, 1 ; Atlien. V. p. 210. -^ Strati. XIII, p. 631 ; fS-.ov S 'èvrlv iv KtSiçw -h tov ff-.$r,çou To^tJtvOst iaSîw;. — 21 l'aus. X, 18,6. — 2.i l'iin. //isf. iinr. XXXIV, 141. — 26 Paus. IV, 31. lu; sur l'emploi du fer dans les arts d'après Pausanias, voir Schubarl, Jtheinisches Muséum, 1860, p. 101. — 21 De Lougpérier, Xoticedes bronzes. n° 918 ; cf. .Marllia dans les .Monuments publiées par l'Assoc. des Étud. urecij., 1880, p. 10-1 1. — S^hibCass. XXX, Vlll, 49, ïtstSta lîpoorSoXiî >;«).'j6Sixo; i'/ovT« ; Plin. XXXIV, 145: nequc alla glanera feri'iov niera acic lempcranlur, céleris eliani adiniscetur niollior cinipleius.
FER
FER
leures armes, celles en acier indou, parthe ou espagnol dont on appréciait, dit-on, l'élasticilé' en les courbant sur sa tète cl leur faisant loucher les deux épaules. Desépées en fer proprement dit se seraient iniinédiatemont tordues, comme cela arrivait, d'après Polybe-, aux Gaulois, obligés, p(mdant le combat, de redresser leurs armes. Les boucliers étaient aussi parfois en acier, ;iinsi qu'une foule de petits objets, aiguilles, couteaux, etc.
Quant à la fonte, on a beaucoup discuté pour savoir si les anciens l'avaient connue et, en général, on a tranché la question par la négative. Nous avouons qu'elle reste pour nous très douteuse et que si, pour des motifs techni(]ues, nous sommes peu disposé à croire à une fabrication directe de la fonte chez les Grecs, quelques textes des auteurs, rapprochés en particulier par Guril ctparLiger^, sont cependant assez difficiles à expliquer.
C'est ainsi qu'Arislote nous parle positivement de fer fondant sous l'action de la chaleur, de manière à devenir liquide et se coagulant ensuite '. Pausanias nous dit également {|ue Théodore deSamos trouva le moyen de liquéfier le fer (Sia/Eïv)'', et Pline (qui paraît, d'ailleurs, fort peu au courant de la question) nous parle de fer liquide comme de l'eau [aquac mo'lo Uqunvl ferrum)''. Il n'esl pas bien aisé d'admettre, avec Hausmann, Bock, Paehler, Bliimncr, elc, qu'il s'agisse, dans tous ces passages, du ramollissement habituel du fer par la chaleur ou que Pausanias ait écrit, par inadvertance,' fer au lieu de bronze ".
En outre, il est certain qu'il nous est parvenu de l'antiquité (tout au moins de la période alexandrine) quelques très petits objets en fonte', bien probablement aullienliques : des statuettes, en particulier une d'Isis trouvée à Bonn, un masque doré au musée de Leyde', un anneau découvert en Moravie et rattaché à la période d'ilallstadl, etc. '° Devons-nous croire que ces petits objets de fonte résultent d'une carburation du fer, opérée, comme Réaumur, en MUi, en a montré la possibilité, dans des creusets d'argile de dimensions restreintes'.'
Ce qui éloigne, malgré tout, l'idée d'une fabrication antique de la fonte, analogue à celle qui est aujourd'hui en usage, c'est principalement que les fours antiques, retrouvés dans des fouilles, paraissent avoir été tout à fait impropres à cet emploi ; en outre, que, chez tous les peu pies primitifs où l'on connaît des foyers analogues, le fer est obtenu par une méthode directe et la fonte inconnue". De plus, toutes les fois que les anciens parlent d'un ouvrage en fer, il est fait allusion à la dilliculté el il la peine du façonnage, qui n'aurait pas existé pour la fonte et ne peut se rapporter qu'à un travail de l'orge. Nulle part, même chez Pausanias, l'opération, si carac-
1 Philo, in Malhem. vet, p. 71. — 2 [,. I[. — 3 Voir Hausmann : Commentatio de artu ferri conficiendi, \i. 31 ; Iteck, Gesc/iichte (tes Eisens, p. 434; Pachler. Die LOschwig dt:s Stahles, \i. 16 ; Liger, la Ferronnerie^ l, 1(Î2, H, 26 ; Gurll, Gitsseisen im Altevthmn, n" 15; Blunincr, foc. cit. p. 355, où sont iliscutés les prinlipaux telles relatifs à la question. — V Aristot. [Meleor. IV, 6, p. 383), too 51 Sttt 'iOSiv, x«i Toij Oîo^oj ff^v£;«-:iJit(T«vTo; a-avTo;, Taùtot Si û^UTa (li] u-ssSaXXftjffr, OepuÔTr.Ti. «À).à [i«).ttTTETai oTov cîSi'.'^oç ,«ai xspa;, Tr.xtTKt Si xu.\ o fftSr,jo;, «offrt ûvoé; 7tv>e<Tfl«i xai ï:i>.i« r.f^yfjaia:. — ^ Pausanias (III, 12, 10) dit : de Tli,îodoros dcSamos ; o^ rowTo; Sta/tat oîSr.j'.v tûpt xat «yà/.[.i«T« ù-' «jt'.î 7:'i.à9x:. Gurlt a pu soutenir, non sans quelque vraisemblance, que le verbe &hlxiTv signiliait là couler comme de l'eau. D'après Beck et liliimuer, il faudrait voir, en ce passage, une erreur de Pausanias. — '• Plin. XXXIV, 140. — ^ Nous atUiclions beaucoup moins d'importance ù un p.issage de Diodore de Sicile (1.. V), cité par Liger (/.oc. cil. p. 162), qui nous parait convenir beaucoup mieux à la fabricatiou du fer qu'à celle de la fonte el que nous mentionnerons plus loin a ce propos. — 8 Ou n'eu connaît aucun d'une laiUc notable. — '.> lienndorf, Aiit. Ocsichtsmask^n, p. 31) et s.. Vienne, I87K. — 10 Voir les nomenclatures de liliimuer, p. 338. — Il l.a fusion de la fonte
téiisCique, du moulage n'esl seulement indiquée pour le fer; au contraire, il est toujours question de l'étirer el battre au marteau. Enfin, on possède, pour l'époque alexandrine, un texte du critique Aristarque qui, à propos du disque de fer (loXo; a'jTO/oojvc,;) jeté par les héros d'Homère, dil précisément que le fer n'est pas fusible'-.
Nous passons maintenant en Italie. Là, la civilisation la plus ancienne est celle qu'on a pu observer principalemont dans les habitations lacustres de la vallée du P"'> el des terramares émiliennes, mais qui a duré fort longtemps, semble-t-il, dans toute la péninsule '^ Cespremiers llali(|iies formaient une population pastorale et agricole, (|iii parait avoir ignoré totalement l'usage du fer. .\ cette période en succède une autre, antérieure encore à l'histoire proprement dite des peuples italiens, où le fer apparaît en petite quantité à côté du bronze. A Villanova, par exemple, on a trouvé quelques outils et des armes'*: à la Certosa de Bologne, des poignards et des pointes de lances'^; à Capul uquae Ferentinae, un bracelet'^.
Los Étrusques, établis successivement sur les deux versants de l'Apennin, ont passé par les mêmes vicissitudes, jusqu'au moment où ils sont entrés en relation avec les Phéniciens et les Grecs. C'est eux qui semblent avoir commencé les exploitations des mines de l'ile d'Elbe, dont nous aurons à reparler, et qui, pendant les premiers siècles, fournirent le fer aux Romains. D'après le traité imposé par Porsenna aux Romains, ceux-ci ne devaient pas importer plus de fer qu'il ne leur en fallait pour les besoins de l'agriculture". Cependant, le bronze restait le métal sacré réservé aux cérémonies religieuses. Chez les Étrusques, le périmètre des villes devait être tracé avec un soc d'airain ". Le fer, longtemps inconnu dans le Latium, est resté, chez les Romains, proscrit dans toute sorte d'acte religieux, par un préjugé semblable, que l'on retrouve en Grèce" et dont on a signalé les traces dans presque toute l'Europe"-". C'est ainsi qu'une loi, attribuée à Numa-', ordonnait au Flamen Dialis de se couper la barbe et les cheveux avec un rasoir d'airain, non de fer^^ De même, il était interdit absolument et sous peine de profanation d'introduire des instruments defer dans les enceintes et bois sacrés. Dans le rituel des frères ai\v.\les-^ se trouve la mention d'une série de sacrifices expiatoires, à l'occasion du fer introduit dans le temple pour graver quelque inscription : « Ob ferrum inlaïuiii iii aedeni scriplurae causa »; ou remporté hors du tcmplt" : « Ob frrrum aede edurlum » ; ou encore introduit dans un bois sacré pour y couper des arbres
demande 1220" : celle du cuivre, connue de bonne heure. 1I00«. La difficulté d'obtenir une lemp'ralure si peu plus élevée ne nous semble pas pouvoir être invoquée comme un obstacle insurmontable. — t2 'O ^à? ci'Sr.po; oi ^tivEJErau Schol. Hom. //. XXIU, 820. — 13 Helbig, Die Italiker in iler Poehene, Leipj. 1879.
— r» Gozzadini, Di un se/mlcreto etrusco scopfrto pressa Botognn. Bol. ISS3; Id. Intorno ad attn' seltantuna tombe, etc. Bol. 1856. — *2 Zanuoni, Scavi delta Certosa. Bol. 1876; Hei: archéol. XXVII, 1874. p. 209; Aod'iia d. Scari, I8S1. p. 342, I8S2, p. 136; cf. 1880, p. 125. — <*> M. de Rossi, Seconda rapporta sugti studii e suite scoperte nel bacino délia Campagna romana, îd Giom. Arcadico, n. s. I. I.VIIl. p. 31, 37; c(. Ilelbig. 0. c. p. 91. — <7 Plin. Bist. nat. XXKIV, 39, 139. — 13 Macrob. Sat. V, 19, 13. - 19 Plutarch. /'rncc. ger. reipubl. 266, p. 128. — M M. de Rossi, .-Inn. dell. Instit. di corr. arcli. t. XXXIX, 1867 ; cf. Bertrand. J.a Gaule avant Ins Gaulois, p. 225. — 21 Joli. L\d. De mens. ï. 31.
— -2 Scrv. ad Virg. Aen. 1. 418. Même défense pour les prêtres étrusques et sabins; Macrob. /. /. ; la flauiinique ne devait pas non plus se couper les ongles avec du fer. Ovid. Fast. VI. 230. — S3 llenzen, Acta fratr. Aro. p. 128 et s. : Michel Br«al. Hev. archéol. t. XXXII, oct. 1876, p. 242 et s. ; Helbig, Op. laud. p. 80.
FER
FER
frappés de la foudre. Dans ce dernier cas, l'expialion est même double : " Opcris inchoandi causa, et hujus opcrh pcrfecli causa. » Numa passait pour avoir fondé à Rome des collèges d'aerarii. qui no travaillaient que le bronze et, dans la division qu'il fit de la plèbe en métiers, il n'est pas question de fondeurs de fer {ferrarny.
Plus lard, l'usage du fer se développa à Rome, et, à mesure que les Romains conquirent le monde, ils mirent en exploitation, comme nous le verrons, les gisements qu'ils trouvèrent, de tous côtés, en Illyrie, en Pannonic, en Mésie, en Gaule, en Espagne et surtout en Norique (c'est-à-dire en Carinthie)^ On importait du fer même de l'Inde et du pays des Parthes. Néanmoins, on peut dire que, pendant toute la durée de l'antiquité, le bronze continua à jouer un rôle essentiel et à êtie employé souvent pour une foule d'objets, tels que serrures, clefs, couteaux, outils, etc., aujourd'hui fabriqués exclusivement en fer.
Pline l'Ancien ^ nous renseigne sur les usages du fer au I" siècle ap. J.-C. : « C'est avec le fer, dit-il, que nous labourons la terre, que nous plantons les arbres, que nous taillons les hautains (les plants auxquels on marie la vigne), que nous dressons les vergers, que nous forçons, tous les ans, la vigne à se rajeunir en retranchant les branches décrépites; c'est avec le fer que nous bâtissons les maisons, que nous taillons les pierres, etc. Mais c'est aussi le fer que l'on emploie pour la guerre, pour le meurtre et le brigandage, non seulement de près, mais encore lancé de loin et volant dans les airs, mû, soit par les machines, soit par le bras et souvent aussi empenné. »
On a, d'ailleurs, retrouvé, dans toutes les parties de l'empire romain, des objets en fer de toute espèce, armes, outils, instruments d'agriculture, etc., dont on trouvera la description aux articles spéciaux qui les concernent
[ARATRUM, ASCiA, CULTER, CAELATURA, CAELUM, CATENA, CLA- VUS, CORIARIUS, DOLABRA, FALX, etc.].
Il aélé déjà question, plus haut, de statues en fer forgé, œuvres d'artistes grecs, comme l'Hercule d'Alcon, à Thèbes; Pline parle, au môme endroit*, de coupes de fer consacrées dans le temple de Mars Vengeur, à Rome. Dans un autre passage ^ il nous apprend que, pendant longtemps, à Rome, on a, par une mode qui se conserva, même à l'époque du plus grand luxe, porté des anneaux de fer; il était encore d'usage d'envoyer à. la fiancée, en cadeau, un anneau de fer qui, même, était sans pierre*^.
Il a été question, ailleurs, du mélange par incrustation sur d'autres métaux [curysograpiiia].
D'après Pline", on protégeait le fer contre la rouille avec la céruse, le gypse et la poix liquide, « préparation que les Grecs nomment antipathie ».
Nous ne ferons que mentionner enlin les idées superstitieuses attachées au fer*. « En traçant un cercle avec le fer autour des adultes ou des enfants, on croyait protéger contre les maléfices. En clouant au seuil des clous arrachés cl'tm tombeau, on écartait les visions nocturnes. En piquant légèrement, avec un fer (|ui avait blessé un homme, on guérissait les douleurs subites de côté ou de poitrine, etc.
1 Plul. A'wwa, 1. — 2 \ous reviendrons surco i)ninl, q(ian(i nous nous occuperons des gisements de fer connus des anciens. — 3 Hist. mit. ,\XXIV, 30 (138). — '► XXXIV, 40, — CXXXIII, 4. — *>0n a retrouvé des bijoux et anneaux de fer romains, A'o/ij/erfei scavi, 1884, p. 383 ; 1885, p. 309 et 300 ; A/itlheilungi'it, sot-l. romaine, 1. 1. — 1 XXXIV, 43. Spliii, XXXIV, 44. —S Bertrand, An Onule nrani les Oaiiluis, p.issim. —'0 Do KougC', Sur les attaques dirigées contre l'Egypte par lesjjeiijiles de ta Méditerranée
En Gaule, l'usage primitif des métaux a donné lieu, dans ces dernières années, à de nombreux travaux archéologiques. Nous nous contenterons de rappeler que, parmi les populations primitives de notre sol, l<?s hommes des dolmens comme les hommes des cités lacustres, se servaient déjà, au moins huit siècles avant notre ère, de bronze (haches, couteaux, faucilles, épées, poignards, lances, flèches, bracelets, etc.), et accessoirement, pour de petits objets, de fer**.
Puis, à l'âge du bronze prédominant, a succédé progressivement, et sans d'abord supprimer complètementremploi du premier métal, l'usage du fer. C'est ainsi que l'association des deux métaux se rencontre dans certains lumulus funéraires, non dolméniques.
On arrive ainsi au premier âge du fer proprement dit, qu'on peut placer vers le vu' siècle et que caractérisent les cimetières de Garin (Haute-Garonne), du plateau de Ger (Hautes-Pyrénées), de la forêt de Haguenau (Bas-Rhin).
Enfin, vers le vi" siècle, se produisit, avec l'arrivée des Celtes et des Gaulois, c'est-à-dire des Aryens, la Iransfiirmalion capitale qui a donné à la Gaule son caractère national et introduit une civilisation nouvelle.
Ces Aryens, partis des bords du Pont-Euxin vers le XVI" siècle'" et sans doute, à cette épof[uo primitive, encore mal distincts, comme civilisation, des rameaux de la même race qui avaient peuplé la Grèce et l'Italie, puis longtemps arrêtés dans la vallée du Danube (d'où ils firent des incursions vers la Méditerranée), sont les premiers jieuples gaulois avec lesquels l'antiquité classique se trouva en contact. Ils se servaient assurément de fer, ainsi que le prouvent les nombreux noms de lieu, intro • duits par les Celtes, Germains, etc., avec des mots désignant le fer". Comme confirmation, on a trouvé des couteaux en fer celtiques du ii" siècle av. J.-C, ainsi que des traces probables d'exploitations celtiques dans les mines de fer de Norique, de Gaule ou d'Angleterre. Lorsque César envahit la Gaule, il nous apprend'^ que l'industrie du fer était très développée en divers points du pays, notamment chez les Bituriges. Nous possédons, d'ailleurs, aujourd'hui un assez grand nombre d'objets en fer trouvés dans les lumulus gaulois et, de plus, les fouilles deBibracte, les études de M. Quiquercz, sur les fours du Jura bernois, etc., nous renseignent même, jusqu'à un certain point, sur les conditions de l'industrie métallurgique avant l'occupation romaine.
Parmi les objets en fer gaulois, on peut voir, au musée de Saint-tjermain, des glaives, des pointes, de lances, des couteaux, des bracelets, des fragments de collier avec traces d'étamage ou d'émaux, des objets de harnachement toujours très soignés, etc. '^ Les fouilles si intéressantes de M. BuUiot, à Bibracte ''', ont montré l'existence de toute une population de fondeurs vivant sous la protection de l'oppidum. Ces ouvriers n'extrayaient pas le métal de ses minerais, car les scories l'ésultant de leur travail étaient peu abondantes, mais ils l'élaboraient : on a retrouvé, avec des médailles gauloises, des débris d(> l'enclume sous laquelle, d'après M. Bulliol, le l'oi'ger(ui se faisait enterrer, des ciseaux pour couper le fer à froid,
vers lexiy' siècle avant notre ère. — H Sclirader, Sprachverglcirhung und Urgeschichte, leua, 1890; Taylor, y/ie on'f/ino/'Me Aryens, Londres, 1890 ; Salomon Reinacli, Annexes à la Gaule avant les Gaulois de Bertrand, 2» éd. 1691, p. 314. -- ISCacs. lîell. gall.Xl], 22. — i:i Ligor, Loc. cit. p. 297; S. Reinacli, Catalogue du Musée de Saint.Geruiain, à l'Index au mol Fer, — ^'* lïev.archéol. 1870, p. t53 ; Mouimsen, De ferrariis gallicis, in Derickteder SSchs. Gesellschaft der Wiss. 1852, p. 240.
FER
des tenailles, des débris de creusets et même des blocs d'acier qu'on pouvait avoir, dès lors, corroyer, souder et trem|)er. A Alise et à Jublains, on a rencontré, de même, des outils de forgeron.
Plus tard, après l'occupalion romaine, la Gaulo participa à la civilisation de l'Italie et l'industrie du 1er s'y développa considérablement, comme nous aurons l'occasion de le dire bien lot, en nous occupant des gisements et de la métallurgie'.
II. Gisements. — Les minerais de fer, utilisés aujourd'hui encore, sont, soit des oxydes (tels que la magnélite, l'oligiste, les hématites rouge et brune plus ou moins hydratées), soit des carbonates. Les anciens, dont les procédés métallurgiques étaient rudimentaires, se sont attaqués de prél'érence aux minerais riches et aux minerais fusibles. Nous pouvons Juger du choix qu'ils faisaient par celui qui s'est pratiqué longtemps dans les pays où l'on a conservé des méthodes analogues aux leurs (bas-foyers de l'Inde, du Japon, de Bornéo, de l'Afrique, forges catalanes, etc.).
Parmi les minerais riches utilisés dans l'antiquité, on doit compter les oligistes et magnétites- de l'île d'Elbe, peut-être celles du Piémont. Les hémaliles brunes, à 30 p. 100 de fer au moins, assez compactes pour être extraites en gros morceaux et d'une nature poreuse, sont celles qui conviennent le mieux aux méthodes de réduction directe du fer employées daiis l'antiquité. On a travaillé longtemps sur de semblables minerais dans l'Ariège, en Maine-et-Loire, dans le Berry, etc. Certaines hématites rouges, telle que celle désignée sous le nom de Vena a. Bilbao (Provinces Basques) ont été également recherchées pour leur réductibililé facile. Pline mentionne déjà ces mines de Bilbao (Cantabrie) pour leur grande richesse^. Enfin, il est certain que les Romains ont exploité, avec activité, des fers carbonates en Norique (Carinthie) : de préférence, les carbonates manganésifôres, et ceux qui se trouvaient, par altération à l'air, colorés plus ou moins vivement en brun ou en jaune, tandis qu'ils rejetaient, dans leurs haldes, les fers spathiques blancs. Ces minerais de Carinthie tiennent, crus, 40 p. 100 de fer et 50 p. 100 après grillage. Peut-être également faut-il considérer comme de la sphérosidérite (Thoneisenslein des Allemands) le minerai désigné par Dioscoride' sous le nom de ayjiaxôç.
Il a dû arriver forcément que la recherche des minerais fusibles, altérés et superficiels, aura conduit, au début, à travailler des minerais phosphoreux, donnant par suite un fer cassant. En outre, on sait combien des traces de certaines substances étrangères, telles que le manganèse, le chrome, le titane, etc., peuvent modifier la qualité du métal. Les résultats qu'on obtient aujourd'hui, grâce à l'analyse chimique, par des additions savantes, les anciens ont dû les réaliser en partie par
1 Bial, Forges antiques dans le Jura, dans les Ann. de ta iioc. du Boubs, 1866, p. 411 ; Quii|ucrez, Age du fer dans le Jura Bei'nois, Porrcutruj, 1866 ; Daulin'e, Exploitations des mélau-T dans la Gaule [Jieii. archrol. de 1808) ; Bulliot, Métallurgie gauloise au Mont Beuvray [Rev. archéol. 1870. p. 153); Mommsen. De [errnriis gallicis (Ihridde der Siic/is. Gesellscltaft der Wiss. 1832, p. 246). — 2 piinc signale, d'une façon spéciale, la niagnitile {magnes), mais comme pierre il'aimaut et sans dire iju'on en cxlrayait du fer (.VX.XIV, U7 ; \XXVI, 126). On la relrouvo niontionntl'O tiaiis Dioscoriile (V, 147) sous le nom, de nu-^v^; llftrj^. On peut remanjuer qu'il )• a peu d'unniJes. au Japon, on chercliait de la magin'-lite en triaul des roches graiiiliquos ili'-composccs. ronnue on extrait des minerais de grande valeur, tels i^ue la cassiK^rile. 11 semble mùme que ce proCLMé soit assez naturel au\ peuples primitifs ; car, aux deux seuls points où Livin^stoue ait rencontré une exploitation du fer d,ins
hasard et par tâtonnements, isolant, au moyen de triages, les minerais qui leur procuraient des résultats favorables^ ou au.xquels ils attribuaient telle ou telle propriété spéciale. Pline nous en donne une idée dans le passage suivant : « Certaines terres ne donnent qu'un fer mou, d'autres un fer cassant, détestable pour les roues et les clous, auxquels le fer mou convient ; un autre n'est bon qu'en petits morceaux : on l'emploie pour les clous de caligae, un autre est très sujet à la rouille". »
Malgré ces restrictions, les gisements de fer connus et exploités des anciens ont été, sans conteste, extrêmement nombreux'' et les usines rudimentaires, où on élaborait ce métal, très multipliées. Les minerais de fer sont, eneflet, des plus abondants et souvent superficiels; en outre, des procédés métallurgiques primitifs, des moyens de transport difficiles, conduisaient à établir une foule de petits centres industriels à proximité des forêts qui donnaient le combustible. C'est ce qui explique, dans nos pays de culture antique, la fréquence des dépôts de scories ferrugineuses, datés, d'une façon plus ou moins précise, parles objets anciens, grecs ou surtout romains, les monnaies, les poteries, etc., qu'on y a trouvés.
On ne connaissait guère alors l'équivalent de nos grandes exploitations de fer modernes, de plus en plus centralisées en vue de la réduction des frais généraux, exploitations puissamment outillées et pourvues de nombreux travailleurs, dont, par la nature différente des gisements plus rares et plus profonds, on a eu, dès les premiers temps, pour d'autres métaux, tels que le plomb, le cuivre ou l'or, un certain équivalent.
Cependant, à côté des innombrableé petites fouilles restreintes et d'une durée éphémère, il a existé, dès l'antiquité, certains grands centres d'exploitation du fer, dont les textes nous font connaître la vieille renommée et dont quelques-uns ont pu, après tant de siècles, continuer à être exploités jusqu'à nos jours. Nous allons en mentionnner quelques-uns, en nous étendant seulement sur deux ou trois exemples plus intéressants'.
En Afrique , Strabon cite, d'une façon précise, des gîtes de fer en Nubie, dans l'île de Méroé^. Dans la grande plaine comprise entre la mer Rouge et le Nil'", on a trouvé, en bien des points, des restes d'anciens travaux. Enfin, plus loin, dans l'intérieur, àKordofan", existent encore des mines qui semblent avoir fourni du fer aux Égyptiens. Toute cette région de l'Ethiopie et du Soudan a été considérée comme une source importante de fer chez les Égyptiens; mais ceux-ci tiraient surtout ce métal de la région qui leur fournissait aussi le cuivre, la presqu'île du Sinaï où, tout à l'ait dans le voisinage de Wadi-Maghara, ainsi qu'à Surabit-el-Khadur, on connaît des travaux, des scories, etc., remontant, d'après les inscriptions gravées sur les rochers, à l'occupation égyptienne '^
sa traversée de l'Afrique Australe {Explorations dans l'Afrique Australe, traducl. franc. Hachette. 1873. p. 402, 662). d'une part près de Loanda sur la côte Ouest, de l'autre pris de Tété sur la côte Est, c'est à des minerais du même genre que l'on s'attaquait. — 3 X.VX1V, 149. — * V, 144. — 5 De mOme que nous les verrons obtenir de l'acier en triant, après le travail au bas-foyer, les fragments de fer les plus chargés en carbone. — 6 Plin. X.V.\IV, 41. — 7 Pline, /. /., le dit expressément : '• les mines de fer se trouvent presque partout... De tous les métaux, c'est le fer qui est en plus grande abondance. » — S Dans cette énuméralion, l'ouvrage de Bliimner, Technologie der Gewerbe, etc. IV, p. 65 et suiv. nous a été d'un précieux secours. — s Strab. XVll, p. 82 ; Diod. I, 33. — 10 Wilkinson, III, 246. — 11 Russegger, Reise in Aegypten... Il, 2,286. — U llartiud, Proceed. ofSoc. of aniiq- of London. l. V, 2 (1877), p. 330.
FER
FER
En Asie, l'Inde' est riche en minerais de fer et nous savons que le fer et surtout l'aciei- indou (encore connu sous le nom d'acier de Wootz et devant, peut-être, ses propriétés à des traces de tungstène") étaient réputés chez les Grecs ^ et formaient des articles d'exportation''. L'acier de Sérique et celui des Parthes, que Pline considérait comme les meilleurs, venaient aussi de l'intérieur d'Asie. « Ce sont les seuls, dit Pline, où il n'entre que de l'acier, tous les autres sont mélangés d'un fer plus mou ^. )) Les Assyriens, qui accumulaient les masses de fer retrouvées à Khorsabad, pouvaient tirer leur fer de là, sans doute aussi de Syrie et de Palestine. En Assyrie même, Layard cite des gîtes de fer à trois jours de Mossoul, dans les monts Tiyari".
Dans l'Asie antérieure, on citait le pays des Chalybes', sur le Pont, qui a donné une forme poétique du mot acier en grec, puis en latin : y-i-Xu']/, chahjbs, chalijbeiiis'. La position de ce pays est assez difficile à préciser et il semble que ce peuple chalybe se soit répandu sur tout le Pont, de ïrébizonde vers Erzeroum et Kastamouni, c'est-à-dire jusqu'en Arménie et en Paphlagonie', mais son rôle dans l'industrie antique du fer a été certainement considérable. Pour les anciens, les Chalybes avaient été les premiers à travailler le fer*". En tout cas, de nombreux textes " montrent que l'industrie du fer occupait une grande partie de ce peuple et nous dépeignent leurs durs travaux, leur habileté comme forgerons. Leurs ouvrages en fer et en acier formaient un article d'exportation considérable et par des ports de la mer Noire, Sinope, Amisos, etc., se répandaient dans le monde entier. Les gisements métallifères'^ sont, d'ailleurs, très nombreux dans toute l'Asie Mineure et, sans doute, appelés à prendre de l'importance le jour où les circonstances politiques le permettront.
Plus au nord, vers le Caucase également riche en métaux, Strabon mentionne le pays de Colchide où les mines de fer, d'or et d'argent étaient, selon lui, assez productives pour justifier des expéditions tentées dans le pays ".
Dans le Caucase, on exploite aujourd'hui, à Kiadébek, Akhtala, etc.. d'importantes mines de cuivre ; M. de Morgan'* a trouvé, au voisinage, des sépultures à armes de fer. Dans le Linkoran, en Transcaucasie, les plus anciens dolmens fouillés par lui ne renfermaient, au contraire, que du bronze avec des colliers de cornaline et de porcelaine bleue. Tout conduit à supposer que la région transcaucasienne et le haut cours de l'Euphrate,dans le massif de l'Ararat, ont été (comme le Pamir et l'Altaï, de l'autre côté de la dépression aralo-caspique) un centre métallurgique très ancien. Au contraire, le pays des Scythes, où l'on a aujourd'hui une tendance à chercher le point de départ des peuples aryens, passait, comme il l'est en eifet, pour très pauvre en métaux, particulièrement en fer'^.
En Asie Mineure, il est encore question du fer de Cappa-
' VoirHcpk,!). 216. —^Percy, Métallurgie, et aulrcs ouvrages cités. — 'Curt. IX, 8, 1. — '' Pori/it.mar Erythr.%6, mSnpo^ '[«Smii; ««l .ndfiuijin — 6 Plin. XXXIV, 41. Apijien (de liello parthico) dit que les mines de la Margiane fournissaient aux l'artlies le fer de leurs armures. — 6 Beck. p. 129. — T Hœck, Kreta, 1, 294. — 8 Aescli. Prorn. i.^3; Kur. ffen. 161; Virg. Am. VIII, 440; Prop. I, 16, 30. — 0 Iliillmann, HanMsgescMohte. p. 82. — 10 Amm. XXII, 8, 51 ; Plin. VII, 197. — " Voir Bliimner, p. 72. — 12 Ritter, Erdkunde, XVIII, 840 ; Ilaniilton, Voyages en À.tie Mineure ; 'rcliiliatclicff, Gi^ologie de l'Asie Mineure ; Mouchketoff, Jtickesses minérales au Turkestan (1878). — 13 Strab. I, p. 45; cf. GQIdenstSdt, Iteise durch Jiussland und im Kankas. Gebirge, I, 433, 438 et suiv. — 1* Hev. archrol. 1890, t. XVI, p. 1 et XVII, 6. — a strab. XI, p. 513. C'est cependant un peu dans cette région, sur les bords de l'ingouletz, affluent du Duieper, (|u'on exploite, depuis
I doce"^, d'Anderia enTroade". A Ciiypre, on a retrouvé d'anciennes mines de fer. Tyr, d'après Ézéchiel", était un centre important du commerce du fer et de l'acier. En Palestine et en Phénicie, une montagne, située à la frontière moabite, s'appelait la montagne du For. Près des sources du Jourdain, à Hasbeya, on extrait encore un peu de fer". Dans les mines du Liban, on constate également des travaux anciens, qui recherchaient le minerai facilement fusible en négligeant le rcste^".
En Grèce même, les mines de fer ont dû être peu nombreuses; on connaît cependant des gisements dans le Péloponnèse au promontoire du Tœnare-' (près Porto- Quaglio); ces gisements, recouverts d'amas de scories, doivent, quoique non mentionnés par les anciens, avoir contribué à la production du fer qui passe pour avoir été assez forte en Laconie^^ Le fer du Laurium paraît avoir été méprisé, sans doute parce que la galène argentifère absorbait là toute l'attention. La mine la plus certainement exploitée était en Eubée, près des mines de cuivre (d'après Strabon, on exploitait le fer et le cuivre dans les mêmes travaux"); à Chalcis et jEdepsos en Eubée il y avait, dit Etienne de Byzance, des mines de fer et de cuivre ; « car les Eubéens excellaient à travailler les métaux ». Enfin, Denys le Périégète vante le fer de Béotio comme célèbre dans l'antiquité-''.
Dans les îles, Skyros possède du fer chromé et du fer spathique"; Ândros et Syros, de l'hématite. Sériphos" était particulièrement riche en gîtes de fer, que les textes ne mentionnent pas, mais où l'on voit encore des traces d'importants travaux et qu'on a essayé de nos jours d'utiliser. A Siphnos et Mélos, il existe quelques gîtes de fer, mais dont l'exploitation antique est douteuse.
En Italie, nous rencontrons des gisements qui méritent, par leur importance comme par leur intérêt historique, de nous arrêter un peu plus longtemps ; ce sont ceux de l'ile d'Elbe et tout à côté, sur le continent, ceux du Campigliese toscan". L'exploitation de ces mines remonte à la domination étrusque, c'est-à-dire au viii" ou x° siècle av. J.-C. On y extrayait, non seulement, du fer mais, en outre, en Toscane, du plomb argentifère, du cuivre et, sans doute, un peu d'étain.
A l'île d'Elbe, des amas d'oligisle, avec un peu de magnétile, encore exploités de nos jours, se présentent sur la côte est, à Rio, Vigneria, Terra Nera et Calamita, et sont recouverts par d'énormes accumulations de déblais {geltale) qui remontent à l'antiquité. De nombreux textes anciens sont relatifs à cette île minière que les Grecs nommaient déjà, comme l'île de Lemnos habitée par Vulcain, Aethalia (île brûlée^') et que Virgile appelle : flva... inmla,inexhaustis Chalybum generosa metalHs-^. On a, d'ailleurs, retrouvé, dans les vides produits par l'exploitation, de nombreux outils antiques, qui présentent ce caractère général d'être en fer, tandis que, dans
quelques années, les belles mines de fer de Krivoirog, où l'hénialite affleure en grandes masses et est extraite à ciel ouvert. — l^Plin. XXXIV, 142. — 17 Strab. XIII, (110. 1» XXVll, 12. — 19 Rougeniont, p. 87. — 20 Russegger, Loc. cit. p. 176.
— 21 Curtius, Peloponnes. Il, 200 ; cf. Expéd. de .1/oriie, C^ologie, p. 122. — 22 lîuslatb. ad II. 582 ; Plin. Vil, 200. — S3 X, p. 447. — 2'. Dionys., 470 ; Eustath. ad II. II. p. 199, 19. — 26Friodlcr, II, 69.— 2B Tnurnefort, Voyage, I, 214; Ross, Inselreiscn, I, 135; l.andorer, lierg und lliillcnmdnn. Zeil. 1876, p. 309; Neumaim- Partscb, Physikalische Géographie von Griechcnland. Breslau, 1885, p. 234.
— 27 Simonin, Expl. des mines et métallurgie en 7'oscane pendant l'antiquité et le moyen Age, Ann. des Mines, 5» séj., XIV, p. !i57 (1838). — 28 SU'pIi. liyze. AlOrt.,.
— 2» Virg. Aen.X, 178; Strab. V, 2î:i ; lliod. V, 13 : Plin. III, 12, 81; XXXIV, (142); Sil. liai. VIII, 618; O.MiilIer, Die Etrusker, é-l. Dcocke, 1877, 1, p. 223.
FER
Fig. 2!}53. — Monnaie de Populonia.
d'autres mines très anciennes, en Espagne par exemple, on a commencé par se servir d'oulils do bronze. Les minerais furent d'abord fondus dans l'île même, notamment vers Porto Longone où subsistent des amas de scories; puis, sans doute quand le bois vint à manquer, on prit l'habitude de les conduire, sur la côte d'Étrurie voisine', à Populonia, ville industrielle importante^ et centre également des travaux du Cauipigliese, dont les murs pélasgiques embrassent une étendue considérable
et qui partageait, avec Volterra, le droit de battre monnaie pour toute la confédération étrusque» (fig. 2933).
A l'époque de la deuxième guerre Punique, Populonia fournit à Scipion l'Africain tout le fer dont il avait besoin dans son expédition contre Carthago '•. Il y subsistait des l'ours du temps de Strabon, quoique la ville même eût été détruite sous la dictature de Sylla, et on les trouve encore mentionnés dans le récit d'un voyageur des derniers temps de l'empire romain, Rutilius Namatianus^ : ce qui explique la véritable montagne de scories de fer, de plus de COO mètres de long sur 2 mètres de haut, que viennent aujourd'hui battre les eaux de la mer. Dans le Campigliese, on a surtout exploité pour fer les mines du Monte Valerio, dont les minerais siliceux, à 60 et C3 p. 100 de fer, devaient servir, comme addition, pour corriger la gangue argileuse et calcaire des minerais de l'Ile d'Elbe °. M. Simonin a fait remarquer que les galeries de mines, taillées là par les Étrusques dans les roches très dures avec la masse et la pointeroUe, n'avaient pu être obtenues qu'au moyen d'un fer très aciéreux.
En Italie encore'', on a mentionné, comme ayant produit du fer, l'ile de Sardaigne, peut-être le district de San Leone', qui a été l'objet de travaux contemporains. EnCarinthio (Norique), les mines d'Hùttenberg, Eisenerz, Vordernberg ont, comme celles de l'ile d'Elbe, été exploitées, presque sans interruption, depuis l'antiquité et même certainement depuis une époque antérieure à l'occupation romaine'. Il existe là une véritable montagne (Erzberg) de carbonate de fer, le plus souvent un peu manganésifère (2 à 3 p. 100 de protoxyde de manganèse), qui continue à fournir des quantités considérables de minerai. Ce minerai, cru, contient 40 p. 100 de fer; après grillage, il arrive à 50 p. 100. Le fer qu'on en retirait était célèbre dans l'antiquité pour sa dureté et sa ténacité. Pline, distinguant le fer qui doit ses qualités au travail de celui qui, naturellement, est d'une ténacité
1 Varro (Serv. a'I Aen.X, 174) parle de ce transport à Populonia; cf. Strab. V,p. 223.
— S Virg. X. 174 : « Sexcentos illi dcdcrat Populonia mater, eipcrlos belli juvenes. »
— 3 Des monnaies de Populonia (en l'irusque, Pupluua) portent, au droit, i'efligie do Vulcain et, au revers, le marteau et les tenailles; vo\ . 0. Millier, Op. l., I, p. 415.
— * T. Liv. X.VVlll, -iS. — 5 Itin. I, 351. — 6 On a trouvé, dans les scories de cuivre du Campigliese, des monnaies, des s'^arabées et des débris d'amphore étrusques. — 7 On sait que, de bonne beure, un sénaliis-consulte plusieurs fois cité par Pline (XXXlll, 21) défendit d'ox|iloilor des mines en Italie. — 8 Rutil. Itiu. I, 1 ; Itin.^ Anton. 80, 6. — 9 Griiner, Sur la métallurgie du fer en Styric et en Carinthie [Ann. des Mini-s, "• sér. t. IX et ouvrages cités) ; dans la nécropole d'Hallstdat, on a trouvé, à la fois, des objets de bronze et des objets de fer d'une grande pcrfi'ction. On eu a conclu que les Taurisques celtiques, qui habitaient cette léjjion des Alpc;, connaissaient le fer iL-jn!.-; v.y.e éptinuc très reculée, il est possible
particulière, désigne, comme tel, le fer préparé dans le pays des Noriques'". Ce fer, produit en Carinthie, était exporté dans le nord de l'Italie, à Brescia, etc., pour y être transformé en armes". Des voies militaires, créées par Auguste, desservaient le pays et des colonies romaines s'y établirent. Dans la même région, on a la preuve d'exploitations de fer romaines à Rodernbcrg (Styrie), à Iladmannsdorf en Carniole'^, etc.
Dans l'Allemagne plus septentrionale, les textes ne mentionnent pas de mines; mais on a trouvé des restes de travaux dans le Palatinat, sur la Lahn supérieure, la Sieg'», etc. Tacite parle de mines de fer dans le pays des Celtes Cotini'' (Carpathes).
L'Espagne, on le sait, a été dans l'antiquilé, dès l'occupation phénicienne et carthaginoise, une région minière par excellence. Les mines de plomb argentifère de Carthagène, de cuivre d'Huelva, d'étain des Asluries, etc., ont eu une très antique fortune. Le fer également était exploité dans ce pays et les Espagnols, excellents mineurs en général, passaient pour avoir une habileté spéciale dans le travail de ce métal; les armes espagnoles étaient très réputées chez les Romains : en particulier, celles des fabriques de Nova Carthago (Carthagène), Bilbilis, Turiasso, Tolelum (Tolède)'", et Pline explique par la nature de l'eau les résultats qu'on y obtenait. En Cantabrie, Pline cite'*, au bord delà mer, une montagne, toute de minerai de fer, qui paraît correspondre aux beaux gisements de Bilbao, objet d'une exploitation si intense, de notre temps. Aux environs de l'Escurial (Sierra de Guadarrama), on a retrouvé des amas de scories romaines, d'où l'endroit tira même son nom. Enfin l'on cite encore des mines de fer au nord de l'Èbre, versant sud des Pyrénées"; sur la côte est, à Dianion, aux environs d'Héméros Kopeion, etc."
En Gaule, les mines de fer étaient nombreuses, comme le prouvent les allusions fréquentes des auteurs anciens à la richesse en fer des Gaulois et à leur habileté d'armuriers". Parmi les principales, on peut noter celles du Berry où l'on exploite encore de nos jours des minerais en grains oolithiques, rassemblés dans des poches superficielles. César fait allusion à ces mines quand il dit que les Bituriges montrèrent, dans les contre-mines du siège d'Avaricum, leur talent connu de mineurs^". On a, d'ailleurs, retrouvé, dans le Cher, des restes d'exploitations celtiques ou romaines, à l'ouest de Bourges, le long de la vallée du Fouzon, dans la région de Saint-Christophe entre Graçay et Dun-le-Poêlier, etc. Également dans le Cher, on connaît, dans la forêt d'Alogny. des amas considérables de scories, qui renfermaient des poteries romaines et des monnaies de Dioclétien; ces scories, provenant d'un minerai alumineux, retenaient beaucoup d'alumine et il y restait jusqu'à 33 et -40 p. 100 d'oxyde de fer. Dans l'Indre, près de Délabre, on a docou-
que les premiers travaux on Slyrie et en Carinthie leur doivent être attribués.
— 10 Hht. nal. XXXIV, 41 (145); cf. Ovid. Met. XIV, 712: Hor. Od. I, 16,9 et s. ; Epod. 17, 71 ; Mari. IV, 55, 12 ; Petron. 70; Sleph. Bji. t. v. X»;ài<>;; Clem. Al. Stroin. I, 10. p. 303, Potier. Voir aussi Corp. inser. lat. III, 4783, 4809, 5036 ; cf. Morlot, Jahrb. der k. k. geol. Jleichianilait (1856), p. 199 cl s.
— 11 Strab. V, p. 214. — 12 Beck, Op. laud. p. 509. — 13 Gurll, Cobausen, voy. plus loin, p. 1089. — 1' Tac. Germ.i3: • Cotini, quo magis pudeat, fvrrunj elfodiunl ». — 16 Plin. XXXIV, 41, (146) ; GraUan. Cyiieg. 341 : Mari. IV. 55. 11 ; XII, 18, 9. — 16 XXXIV, 43. — 17 Cato ap. GeU. II, 22, 29; T.-Uv. XXXIV, 21.
— 18 Strab. III, p. 159; cf. Pomp. Mêla, II. 6, 7. — t» Exploitation des mines dans la Gaule (/ter. archèol. 1881, p. 336 et s.). — » Caes. Betl. gaU. VU, 22 : Beck, I, p. 657; Martinet, le Berry préhistorique, Bourses, 1878; cf. Strab. IV, lui ; Kutil. Itin. I, 353.
FER
FER
vert également des traces d'anciennes mines de fer.
Parmi les antres grands gisements de fer exploitas aujourd'hui, le principal, celui de Meurthe-et-Moselle, a pu être connu des anciens. Au moins, ont-ils exploité des minerais superficiels du pays, comme le montrent, près de Chavigny, de Ludres et de Messein, des restes de travaux certainement antérieurs au vi« siècle, sans doute romains'. Nos beaux gisements des Pyrénées, Rancié, Fillols, etc., ont été également attaqués dès l'antiquité ; à Fillols, on a trouvé une lampe romaine avec des coins. Mentionnons encore Palmesalade dans le Gard ^, où l'on a rencontré, dans un gîte de sidérose, une masse, une poterie, un bûcher de bois de chêne préparé pour calciner la roche, et de petits fourneaux; Mazenay, en Saône-et-Loire, exploité aujourd'hui par le Creusot; Thostes et Beauregard', où l'on a découvert de nombreuses tranchées, des foyers dont le creuset était en arkose, des tas de scories contenant des médailles, des poteries, des statuettes; Segré, en Maineet-Loire, où des tas de scories étaient à proximité de travaux, d'âge inconnu mais antérieurs à l'usage de la poudre''. Toutes ces mines sont encore en activité actuellement. Près d'Alban, dans le Tarn, les anciens ont exploité, de même, des filons de quartz avec sidérose et hématite; on a trouvé là, dans les travaux, une lampe en terre cuite romaine et des masses de charbon de bois, qui ont fait supposer un abatage au moyen du feu.
Quant aux amas de scories et restes de foyers, ils sont innombrables en Gaule; dans le canton de Saulieu, on en a reconnu 38; 21 dans le canton de Semur; 29 dans celui de Précy-sous-Thil (Cùte-d'Or)^. Dans la Nièvre et le Bourbonnais, on en rencontre fréquemment. M. Bulliot a décrit le foyer de Saint-Aubain-en-Charolais'^ ; dans la Loire-Inférieure, à Saint-Molf, près Guéracde, on a trouvé des lopins de fer dont nous donnons un exemple (fig. 2954) et qui présentent avec les masses ou bou-
Fig. 2954. — Lopin de fer trouvé en Bretagne
Fig. 2955, — Lopin de fer Assyrien.
chardesdeKhorsabad(fig. 2955)une analogie que M. Daubrée a signalée; dans l'Euro ', près de Bernay, dans le Var, près d'Ampus, on en a décrit également.
Enfin, dans la Grande-Bretagne, les anciens citent, d'une façon précise, des mines de fer'. On a, d'ailleurs, constaté de nombreux restes de travaux, auxquels Percy a consacré une étude spéciale'; en particulier dans la forêt de Dean et dans celle de Sussex. Dans la première étaient, au milieu des scories, des monnaies de Trajan; dans la seconde, des monnaies de Néron, Vespasien et Dioclétien, avec des poteries. Il est même à peu près
* tîraconnicr, Terrains de Meurthe-et-Moselle, p. 107. — 2 Dumas, Slalist. géol. du Gard, t. III, p. 153. — 3 Evrard, le Plateau de Thosle» (Revue mensuelle des mines, 1SC7). — * iMénière, Mém. de la Soc. acad. de Maine-et- Loire, t. XXXIII, 1877. — 6 Gueux, Anciennes forges de l'arr. de Semur (Bull, des se. histor. et nalur. de Semur, 1872, p. 145). — 6 Bulliot, /ieo. archéol. XXXI, 46. — 7 Passy, Géologie de VEure. — 8 Strab. IV, 199; Caes. V, lî.
a Industrie du fer en Bretagne sous les Domains (Journ. of Archeol. Assoc. IV,
2G5 e\,1ilorl\\\cl. Indicateur, a' i); Métallurgie, traduction Petitgaud, III, 4; cf. Nicliolls, Tlie furcst of Dean {IS^i, p. 215); Lovicr, Contribution toLiteralurt',e{c. et IJistorical and archi:ol. .Mem. on Ihe iron Works of the South East ofEngland) ; Ccck, p. 074; cf. Fouilles dans l'ancienne Bretagne (Times du 10 sept. 18C2).
certain que ces gisements étaient exploités avant la conquête romaine, comme le prouvent les scories de fer trouvées avec des flèches en silex et des fragments de verre dans les ruines celtiques de l'Yeavering Bell. César dit que la monnaie des Celtes consistait, en partie, en anneaux de fer ajustés suivant un certain poids et parle également de faux attachées aux essieux de leurs chars de guerre; il ajoute, il est vrai, que la Bretagne produisait peu de fer'"; mais, tandis qu'il mentionne l'airain comme importé de l'étranger [aerc iitunliir impotialo), il ne dit rien de semblable pour le fer.
Dans tous les gisements du monde ancien, que nous venons de passer en revue, l'exploitation des divers minerais de fer ((7t3-r;pou (AÉraÀXa, meialla fcrraria) était souvent intimement reliée à leur métallurgie, dont nous nous occuperons bientôt. L'ensemble des travaux portait le nom de (jtSiripoupYsïa", officiitae ferrariae ou simplement/"cîTaWae'^, et les ouvriers des mines se nommaient ciB-^poupYoî '% ferrarii, fcvrariari ". Nous n'avons pas à entrer ici dans les détails de l'exploitation, qui se faisait, comme pour les autres métaux, soit soulerrainement (Norique), soit à ciel ouvert (île d'Elbe, etc.) [metalla].
III. Mélalhtrgie et travail du fer. — La métallurgie du fer, chez les anciens, se distingue immédiatement, par son principe, de celle qui est partout en usage aujourd'hui. Tandis qu'actuellement on opère toujours par la méthode indirecte, c'est-à-dire que, pour extraire le fer de son oxyde, on passe par un produit intermédiaire, qui est la fonte (ou fer carburé) obtenu dans le hautfourneau, autrefois on extrayait directement le fer, soit dans de simples trous creusés dans le sol, soit dans de petits fourneaux ( Windôfen) à courant d'air naturel ou soufflés à bras d'homme, soit, plus tard, dans des basloyers à la catalane soufflés mécaniquement. Les anciens, comme nous l'avons vu, n'ont probablement pas connu la fonte ou, du moins, n'ont su, après l'époque alexandrine, qu'en obtenir de très petits objets par carburation du fer, mais ils préparaient du fer plus ou moins aciéreux et de l'acier proprement dit''. Cette métallurgie ancienne, nous la connaissons, tant par les textes classiques ou les restes de fours, scories, etc., retrouvés que par l'étude des procédés encore appliqués chez certains peuples primitifs, tels que les Hindous, les Japonais, les sauvages de Bornéo, de l'Afrique ou de Madagascar "^ ou simplement par l'examen de la méthode, dite catalane, longtemps perpétuée dans certains pays. Nous allons en résumer les phases principales.
Le premier point est de casser et trier le minerai : ce qui devait se faire avec d'autant plus de soin que les procédés de réduction étaient plus imparfaits; on recherchait, en particulier, en se guidant sur la couleur, les parties les plus riches en fer; dans les Pyrénées, il est arrivé ainsi, pendant longtemps, qu'on a rejeté le carbo-
— 10 Cacs. V, 12; Yates. Proc. of the Sommcrsetshire Soc. (858, p. I. — il Strab. IV, p. iOl; Ih. p. 214; XVII, p. 821.— 1! Cato a|]. fîoll. II. 22, 29; Din. XIII, 45, (I2t,l ; T. Liv. XXXIV, 21 ; Corp. inscr. lat. II, 1199; Orelli-Hcnzen, 7253, 72C1 ; Desjardins, Géogr. de la Gaule, I, p. 414, et s. — 13 Tlicopbr. fl. pi. IV, 8. 5 ; Eusl. ad Dion. 704; Poil. VII, 105. — l*0rrlli, 4188. Les noms ferrarii ou fabri ferrarii désignent cependant, en gt'-nL^nd, des forjïerons. Plaut. Rud. II, G, 47; Plin. Hist. nn(. XIV, 5, 2;Treb. Poli. Trig. tyr. 8, 1 et 8, :! ; Firm. Mal. IV, 7; Ed. Dioclct. VII, 11 ; Corp. inscr. lat. VI, 70:l, 9.'!98-400. — K Uapiiclons que l'acier est intcrniWiaire entre le fer et la fonte par sa teneur en carbone (la fonle en renferme do 2 a 5p. 100). On obticnldonc l'acier, soit par la décarburation delà fonte, soit par la carburation du fer — 10 Percy, Métallurgie, II, 390, ttc.
FER
FER
nate de fer blanc, qui ne semblait pas ferrugineux, pour choisir les parties les plus altérées. Celte préparation mécanique pouvait éyaloment comprendre un lavage, mentionné par le Pseudo-Aristote pour le fer des Chalybcs'. Fuis on faisait souvent un grillage en tas : à Populonia, en Élrurie, M. Simonin a rencontré, par exemple, un tas de minerai grillé, au voisinage des scories. En Carinthie, nous décrirons un grillage du même genre, qui est, d'ailleurs, mentionné formellement par Diodore-. Le grillage achevé, on ajoutait, sans doute, des fondants, de manière à obtenir une scorie de fer très fusible, qu'on pût séparer aisément do la loupe de fer par battage. Cette scorie était, soit un bisiiicate de for si la gangue était siliceuse, soit un silicate d'alumine et de protoxydc de fer si elle était argileuse; dans les deux cas, on perdait, avec cette scorie, une forte proportion du for contenu; mais l'essentiel était de produire une scorie fusible ; aussi ajoutait-on de la silice, sous une forme quelconque, lorsque le minerai était argileux ou calcaire. Pline indique, d'une façon nette, l'addition de silex, dont nous citerons bientôt un exemple en Carinthie. De même, le Pseudo-Arislotc parle de ■Ku^'.^.at.yo^ XîOo;^ : ce qui concorde avec un passage de Théophraste disant que, pour obtenir l'argent, le cuivre ou le fer, on ajoutait aux minerais du -Kw^o^i/o; et du [A'jXtai; Xtôoç', c'est-à-dire, apparemment, du silex et de la lave. A Populonia, M. Simonin a constaté que les Étrusques mélangeaient, aux minerais trop argileux de l'ile d'Elbe, les minerais siliceux du Monte Valerio °.
Enfin, la réduction proprement dite s'est opérée, par perfectionnements successifs, dans des appareils de trois types distincts : simples trous creusés dans le sol, fours à cuve à flanc de coteau, bas-foyers catalans. Mais, avant de passer à la description de ces appareils, nous voulons ajouter quelques renseignements généraux sur le combustible et les soufflets employés.
Le combustible était, d'une façon générale, du charbon de bois fait, soit avec du bois de pin, soit avec des racines d'arbrisseaux, comme le papyrus*; quelquefois avec du chêne ou du châtaignier, comme à Populonia, où M. Simonin en a trouvé des débris. Par suite de cet emploi prépondérant du bois, les foyers étaient placés de préférence au voisinage des forêts'' (d'où le nom, persistant au moyen âge, de forges de forêt) ou, dans les régions montagneuses, pour avoir un tirage plus actif. C'est seulement, semble-t-il, au moyen âge, qu'on songe à utiliser les forces hydrauliques en se plaçant près des cours d'eau. En Ligurie et à Élis, près d'Olympie, on employait également des ligniles*.
Quant à l'emploi des soufflets, il doit dater des origines mêmes de la métallurgie, dont il constitue un élément essentiel. C'est, en ellet, en grande partie, par les perfectionnements apportés dans l'introduction mécanique de l'air, qu'on est arrivé à obtenir les hautes
1 .l/i>. ausc. 48, p. 833 ; PoU. Vil, tû7 ; Beck, Geschichte des Eisens, 1, i64.
— * V, 13. — 3 On a voulu voir dans le 'AÎO05 i;jçiVa;.iî. qui est, sans doutt-, ce que nous appelons lo silei p) roinaque, soit de la pyrite, soit même de la houille, mais il s'agit de silex ; cf. Aristot. Meteor. IV, 5, et i^e mirab. ausc. XLiX. p. 92, éd. Beckni.
— ^ Theoplir. Lapid. 0. — IJ La scorie, bien fondue, boursouflée, de couleur noirâtre et un peu luisante à la surface, contient 50 p. 100 de silice; 40 de protoxyde de fer : 8 à 10 de chaux, magnésie, alumine. — 6 plin. XXXlll, 30 (04) : « Piiiois optunie lignis acs feri-umque fuuditur, sed et aegyptio papyro, paleis aurum ». Cf. Theophr. If. pi. IV, 8, îi et V, 9, 3. — " llcsiode, Tln'oij. 864, mentionne une forêt, où Ton travaille le fer. — 8 Theophr. Lapid. 16. — s M. Hliimner(/. c. p. iii) considùre, comme le premier type de foyers, les petits fours à cuve appelés ^\'tnrfô/en, adossés au flanc
températures nécessaires aux opérations métallurgiques. Nous nous contenterons ici de quelques mots sur l'application du souffleta la métallurgie'.
Par exemple, la pratique des peuples primitifs peut nous aider à comprendre les textes des auteurs anciens à ce sujet. Dans l'Inde'", les soufflets, employés par les indigènes au travail du fer, consistent, d'ordinaire, en une peau de daim ou de chèvre, enlevée à l'animal en ouvrant la partie postérieure et munie d'une buse en bambou. En Chine, un autre procédé de soufflage des bas-foyers, où l'on façonne le fer, consiste dans l'emploi d'un cylindre au piston garni de plumes. A Madagascar, on se sert également de cylindres de bois formés de troncs d'arbre évidés, au bout desquels un tube de bambou sert de tuyère et dans lesquels on manœuvre un piston. Au Japon enfin, M. Sévoz nous a décrit" une soufflerie, où l'air est chassé dans des conduitesau moyen de portes en bois articulées sur lesquelles un homme agit par son poids.
Chez les anciens, on trouve de fréquentes allusions à l'emploi de soufflets en peaux de bêtes ou en forme d'éventails, notamment dans Homère'^ et on les voit aussi figurer sur les monuments [follis]. On distingue le soufflet à côté des fourneaux dans plusieurs peintures
Fig. 2956. — Forge, d'après un bas-relief romain.
de vases grecs citées plus loin (fig. 2964). La figure 2936 reproduit l'estampage d'une pierre sépulcrale du musée de Latran à Rome'^
Passons maintenant à la description des fours en euxmêmes, en commençant par les simples trous creusés dans le sol, dont divers types ont été retrouvés.
En 1870, au moment de la construction du chemin de fer d'Hùttenberg (Carinthie)*', on mita découvert, sous 2 mètres de déblais stratifiés et compacts, deux trous damés en argile, de dimensions différentes, espacés l'un de l'autre de 5 mètres d'axe en axe.
Le premier (A) (fig. 2957) avait i°',50 de diamètre, O^.ôÛ de profondeur; le second (B) 1",30 de diamètre, 1 mètre de profondeur.
d'une colline de manière à aider, par un courant d'air naturel, l'action des soufflets, ou parfois même à y suppléer et décrit ensuite, comme un perfeclionuement, les simples trous {Uerde) creusés dans le sol. A notre avis, c'est plutôt l'inverse. Il est, d'ailleurs, (wssible que, suivant les conditions locales, on ait adopté de préférence l'une ou l'autre de ces deux méthodes, également primitives. — ïo Percy, Métallurgie, II, 397. — 11 Annales des mines. T sér. t. VI, 1876, 345. — H //. XVIII, 470; Curt. IV, 8, 13 : " Quum fornacibus ferrum, quod eicudi oportebat, impositnm esscl, ndmolibusque follibus ignem flatu accenderent ». — 13 Martigny, Dictionn. des anti' quilés chrétiennes, i' édit. 1877, p. 379. — 1' Voir Jahrb. d. Ver. ton Âlterthumsfreunde im Jiheinlande, LXXIX, p. !44, Og. î ; GrGner, loe. cit. pi. ïr, fig. 1, et Ourlt, Vtait. d. Ver. far CrgeschicMe, 1881, p. 80.
Fig. 29S7. — Four découvert en Carinthie.
FER
FER
Le foyer A, qui parait avoir servi pour un premier grillage de minerai, était rempli de fragments frittes et à demi agglomérés de quartz et de minerai grillé ; il ne contenait pas de scorie adhérente. Le foyer B, au contraire, où s'opérait la réduction, était rempli d'une masse de fera moitié réduit et de scories retenant oO à 60 p. 100 de fer. Au fond, était une épaisseur d'environ 60 centimètres en argile damée et cuite. Sa paroi, calcinée sur la face représentée à gauche de la coupe, avait dû subir une température élevée, probablement obtenue au moyen d'un soufflet à bras. En a était une aire en ciment.
Ce type de foyer est le plus primitif de tous. On devait y charger le minerai de fer avec du charbon et souffler, au moyen de peaux de bêtes adaptées à des tuyères de terre cuite, dont on a retrouvé au voisinage quelques spécimens ayant l'extrémité fondue. Ces tuyères avaient O^ill de long, 0"',025 de diamètre et 0'°,01 d'épaisseur. Au bout de quelque temps, on obtenait une loupe de fer, mélangée de scories, qu'on soumettait alors à une série de martelages et de réchauffements jusqu'à ce qu'on en eût extrait une petite masse de fer susceptible d'être travaillée'.
Des types de fours, également tros primitifs (considérés même par certains archéologues comme antérieurs) ont été retrouvés par M. Quiquerez dans le Jura Bernois, et rattachés par lui à l'époque celtique, d'après la nature ' des objets. Dans cette région, les minerais utilisés étaient surtout des fers en grains sidérolithiques remplissant des poches du calcaire jurassique : on les exploitait notamment entre Boécourt et Montavon, près Vicques, à Chaumont, à l'est de la vallée de Délémont, etc. Les fours, tous placés dans les parties montagneuses, étaient, d'une façon générale, construits en argiles réfractaires provenant du même terrain sidérolithique, qui fournissait le minerai. Le type le plus rudimentaire, comparable aux fours précédents de Carinthie, se composait d'une simple excavation à flanc de coteau, dont le devant était fermé par des argiles réfractaires, consolidées au moyen de quelques pierres; cette cavité était garnie de 10 à 15 centimètres d'argile, le plus souvent blanche, mais passant au rouge par le feu, de façon à constituer un creuset de 0°',-10 à 0'",50 de profondeur; sur la face antérieure, il y avait une ouverture pour l'air : ouverture qui semble avoir été trop petite pour sortir le lopin de fer, car cette face apparaît toujours fortement ébréchée.
Le second type, beaucoup plus répandu et un peu plus perfectionné, comprenait un four de 2°',50 de haut, de diamètre intérieur très irrégulier variant entre 0"',45 et O^jSO et d'une contenance d'environ 100 litres. D'après M. Quiquerez, pour le construire, on commençait par creuser, dans le flanc du coteau, une fosse d'un diamètre triple de celui du creuset futur; on préparait ensuite ce creuset en damant, au fond, des argiles, plastiques à la base, réfractaires à leur partie supérieure; puis on bâtissait, tout autour, une muraille en argiles sableuses ou siliceuses, peut-être consolidées par quelques bois et contre-butées au dehors par des terres ou des pierres grossières; au sommet, on mettait parfois une couronne en pierres brutes; l'ensemble constituait, en
1 D.in9 l'Atrii|ue Centrale, d'après Schweiiifurtli, on fabrique du fer daus un fourneau en terre cuite dont la partie inférieure est perche do quatre trous, à travers loifiucls on (îlablit un fort courant d'air; lo fourneau est rempli, aux deui tieis, do chai-bou de bois (mimosa), sur lequel on dépose les fragments de
Fig. 295S. — Four du Jura Rcrnois.
somme, un cône tronqué, soit vertical, soit incliné, comme celui que représente la figure 2958^ Dans les premiers fours, la forme intérieure est très irrégulière, souvent évasée en haut, parfois rétrécie à 0'",30 audessous du creuset comme aux étalages de nos hautsfourneaux modernes, sans qu'il paraisse permis d'en tirer aucune conclusion théorique. Dans le dernier four, trouvé à Cernetat, près Domont-sur-Soulte (fig.2958), A figure la cuve enveloppée d'argiles blanches avec quelques débris de vieux fourneaux ; 6 représente des pierres brutes et sans mortier; C, l'entrée de l'air servant en même temps pour le travail et l'écoulement des scories; B, le creuset.
La hauteur du four est de
2", 50; le garnissage de la cuve a 0",30 à 0",4.j: celui du foyer B, garni en gravier, 0°',15 à 0°',20. L'inclinaison de la cuve devait amener le tassement des minerais et du charbon sur la face d'avant et, par suite, laisser, par derrière, une place au courant d'air.
Un fait curieux, que M. Quiquerez affirme avoir soigneusement constaté partout, c'est l'absence complète de tout appareil de soufflage; la preuve qu'il en donne, c'est qu'aucune ouverture n'était ménagée pour la tuyère et qu'on ne pouvait se servir, à cet effet, du trou d'entrée d'air où l'on aurait été constamment gêné par le travail. Cependant, le tirage naturel était assez énergique pour que la face opposée à cette entrée de l'air se soit trouvée partout scorifiée.
De tels fours étaient alimentés au charbon de bois, et M. Quiquerez a rencontré, près de l'un d'eux, une place de charbon, enfouie sous une couche de tourbe de 8 mètres d'épaisseur, dans laquelle, à 0",60 de profondeur, donc 7", 40 au-dessus du sol primitif, on trouvait des monnaies du xv° siècle. La sortie des scories s'opérait avec des ringards en bois, qui ont laissé leur empreinte carbonisée sur quelques-unes d'entre elles. Enfin, l'on peut vérifier que ces fours étaient l'objet de réparations fréquentes, dont les traces sont encore visibles.
Des fours du même genre, où l'on a dû, de bonne heure, adapter des soufflets, ont été étudiés en Carinthie, à Populonia (Toscane), etc. En Carinthie, l'un d'eux contenait une urne romaine et, dans les scories aux alentours, a été découverte une médaille de Néron. Ces petits fourneaux avaient également de l'",S0 à 2 mètres de haut et environ 1 mètre de diamètre au gueulard. On devait y brûler une masse énorme de charbon de bois (•150 à 480 p. 100 en poids du fer obtenu) et ne retirer environ que 50 p. 100 du fer contenu dans le minerai.
La figure 2959' représente un autre four, trouvé dans l'Erzberg carinlhien. La cuve en était cylindrique, la section carrée ou rectangulaire; les parois sont intérieurement en pierre réfractaire et, plus souvent encore, en pisé. Au bas était une sorte de cuve et, au-dessus, un grand trou, qui servait, à la fois, pendant l'opéra-
minerai avant d'allumer le feu. La fonte commence après 40 lienres do combustion. Dans la Dautc-Asie, on emploie des mi';tliodes analogues. — 2 D'après Oulipierez, loc. cit. pi. I, B. — 3 D'après Gurlt, loc. Cit., (ig. 5; Ultiiuucr, p. 2i3.
FER
FER
Fig 2J5J — Pour do ILiibtrg en Ciiiiilliie.
liiin, A produire un courant d'air activé au moyen de tuyère, et à sortir la scorie ; à la fin, à extraire la loupe. La hauteur du four, du sol jusqu'au gueulard, était de 1°',70 à 2 mi^tres, le plus grand diamètre de 1 mètre. La marche de l'opération devait être la suivante : dans le fourneau, chautfé par la combustion préalable do charbon de bois, on jetait un mélange de minerai et de combustible ; il se produisait des quantités considérables de scories qu'on faisait couler au dehors; à mesure que le minerai descendait dans le four, on en reversait de nouveau et, peu à peu, il se formait, au bas, une loupe, demi-réduite, demi-aflinée, qui pouvait, peut-être, au bout de dix à douze heures, peser de 100 à 130 kilos. On démolissait alors la poitrine et l'on sortait cotte masse, qu'il fallait ensuite marteler et purifier par de nombreux réchauffages.
Enfin les figures 2960, 2961,2902' représentent un four trouvé à Dreimuhlenborn, sous le château romain de la Saalburg, àHombourgdans leTaunus^Ce four, très analogue à ceux du Jura, mais où l'introduction de l'air
soufflé se fait d'une façon unpeu plus savante, est également adossé à une colline, avec un trou en avant (fig. 2960 et 2962), pour la sortie de la loupe et de la scorie. La cuve, qu'on a supposée plus large en haut qu'en bas, avait environ 1 mètre de hauteur, 0",50 de diamètre; elle avait un garnissage d'argile réfractaire de 10 centimètres. Au fond, deux trous (fig. 2961 et 2962) étaient destinés à
Ffg. 2960. — Four découvert dans le Taunus,
■CJ-
Fig. 2001.
Four découvert dans le Taunus.
Fig. Î963
placer des buses en terre cuite adaptées à des soufflets en peau : buses dont on a retrouvé, au voisinage, de nombreux spécimens. Le travail se faisait comme dans le four précédemment décrit et nécessitait, de même, plusieurs réchauffements et martelages pour obtenir un fer forgeable de bonne qualité. Des foyers de ce genre
* D'aprf-s Coliausen, Ann.d. Yeri'in Nn^Raxt. Alterthumskuntfe, XV, 1879, p. iî\ (= liock, p. 519; Gurlt, p. 246; BUinmer, p. iU, fig. 17. 18, 13). — ! Cohausen. I. XV, 1879, p. 124. — 3 Mélallurgie. Il, 400. — * Le passage du four catalan ou du Vi'indofen au haut fourneau moderne s'est fait, ou le sait, par l'internu^diaire du four à loupe ou StûcUnfen allemand, dans lequel on pouvait, à volontL^ suiv.inl la proportion de minerai et de combustible, obtenir du fer ou de la foute. La découverte de la foute peut remonter au xiv* siècle environ. — 6 François, Sur le giftemcnt et le traitement direct des minerais de fer dnjïs les Pyrénées et particulièrement dans l'Ariège. 1843. — 6 Hom. //. XVIll, 870, ot Eust. ad h. t.; Hes. l'heog. 863; Hippocr. De corde, I, p. 488 (K); Poil. VII, 106; Strab.
Fig. 2963. — Four catalan.
ont été décrits par Percy^ comme fonctionnant encore dans l'Inde (Dekkan, Bengale, Carnatic).
Ce système est devenu, avec quelques modifications, le procédé catalan qui fonctionnait encore, il y a peu d'années, dans les Pyrénées '*, dans le nord de l'iispagne, aux environs de Tolède, ainsi qu'en Ligurie, au voisinage de File d'Elbe et dont la première idée remonte, très vraisemblablement, à l'antiquité. Il peut donc y avoir intérêt à en dire quelques mois^ Une forge catalane se compose essentiellement d'un foyer ouvert, d'une soufflerie et d'un lourd marteau. Le minerai est, de préférence, de l'hématite brune pas trop compacte, parfois du fer spalhique ; le combustible, du charbon de bois. \ l'origine, on se servait de soufflets en peau manœuvres à bras; plus tard, à une époque qu'il est impù.ssible de préciser, on a introduit des trompes mues par la force hydraulique. Il serait assez singulier que les anciens n'eussent pas utilisé déjà les chutes d'eau; cependant on n'a de preuves positives de leur emploi qu'au moyen âge. Ce foyer catalanffig. 2963), c'est,en somme, le creuset C d'un des fours précédents (fig. 2958) adossé dans l'encoignure d'une halle à deux murailles, l'air étant insul'llé au fond par des tuyères bt et les ouvriers soulevant,
du bord, la loupe de 1er au moyen de leviers, au lieu de la faire sortir par la paroi éventrée. Avec 312 kilos de minorai et 340 kilos de charbon de bois, on obtient, au maximum en six heures, 100 kilos de fer marchand; on perd, en moyenne, 50 p. luO de fer. Pour l'opération, on charge du charbon du ci!ité de la tuyère, de manière à obtenir de l'oxyde de carbone et du minerai de l'autre côté. La loupe de fer produite est portée ensuite sous le marteau, où on la débarrasse de sa scorie.
Les fours employés dans le travail du fer se nommaient /.ïfx'.vo'., yrjavoi, cominj, /"ocnaces^. La loupe de fer obtenue s'appelle fAÛSpoç, massa'; la scorie (rxtopta, scoria". Le travail donne, après plusieurs fusions, une gueuse de fer, ou striciura'', qui constitue le fer forgeable, èXa-oEJç, (Tt'STipoç, nucleus ferri'".
Le fer une fois obtenu, il restait à le façonner. Ce travail du fer peut s'opérer par trois méthodes principales : 1" à froid, par martelage, découpage, ciselure, etc. ; 2" à chaud, mais encore à l'état solide, par le procédé de la forge ; 3° par fusion. Nous dirons quelques mots des deux premières méthodes, dont la seconde est de beaucoup la plus importante. La dernière, qui ne s'applique qu'à la fonte" (à peu près, sinon com|)lètement inconnue des anciens), ne nous intéresse pas ici.
m, 146; Virg. Aen. VIII, 664; Rutil. Itin. I, 35». — ^ Aesch. fr. 307 (Henn.) :
HOSjo J5 iri/uixiiliv ; Nie. Alex. 50 ; Phot. s. r. |1 J$oo;.<n'Sr,;o« zmjàitns; ; Ot. J-'ast. IV, 405; Pcrs. .5, 10: coquitur dum massa camino, etc. — 8 AristoU ifeleor. IV, p. 382-32; Poil. VII. 99. — » Plin. XXMV, 41 : Slricturae vocanlur hae omnc^ (quod non in aliis melallis) a slringenda acie Tocabulo imposito ; cf. Rntil. I. l. — I" Hesyscb. i Tpi'ïr.v sOçiuiiy fyuv ToJ <n5r;foj «0» Totî ;«itiV<.i Ji,» ; Plin. XXXIV, 144 : Nucleusque quidam excoquitur ferri ; in iis (se. fomacibus) ad indurandam .-iciem. — H Pour travailler l'acier et surtout le fer par fusion, il faut des températures élevées et des conditions spéciales que les anciens n'ont jamais réalisées.
FER
FER
1° Le travail à froid, adopté pour des métaux tendres ou facilement malléables, est, si l'on n'emploie des machines-outils, assez difficile et pénible pour le fer, que l'on a souvent intérêt à commencer par réchauffer. Cependant, dans bien des circonstances, ainsi quand les pièces présentent des dimensions trop grandes, que leur manœuvre est difficile, que l'opération à effectuer est simple, ou encore si l'on veut être sûr que l'objet à travailler ne se déformera pas par la chaleur, etc., on opère aujourd'hui à froid, ce que permettent les forces considérables dont on dispose, grâce à la vapeur; c'est ainsi que nos ateliers de travail du fer comprennent des machines à raboter, à cisailler, à percer, à fraiser, etc. Avec la seule force humaine, aidée au besoin de leviers, on travaille, d'ailleurs, souvent au marteau et au ciseau. Chez les anciens, qui s'attaquaient généralement à des pièces assez petites, faciles à placer dans un four, le travail à chaud a dû être particulièrement usité, sauf pour certaines opérations de ciselure et de finissage, et cela d'autant plus que l'on avait peine alors à obtenir des burins en acier bien dur et bien résistant. Au reste, même pour le bronze, nous savons qu'on se servait de la chaleur. Les exemples de ciselure [cael.'Vtur.^] que nous pourrons citer pour le fer, seront donc peu nombreux. C'est, par exemple, ainsi que l'on gravait au burin les anneaux dits de Samothrace, dont le chaton était en fer enchâssé dans l'or', ou encore les coins sur lesquels on frappait les pièces de bronze [moneta]. Les incrustations de métaux précieux dans le fer étaient également préparées à froid. 11 est probable enfin qu'on a fait, en partie, à froid, avec le ciseau et le marteau, certains objets d'art en fer, comme les statues dont nous avons précédemment parlé. On considère comme ayant été obtenu de même le beau masque du musée de Vienne, également signalé plus haut^
2° Le travail à chaud par martelage, sur le fer préalablement amené au rouge, est, au contraire, la vraie méthode antique, sur laquelle il convient d'insister. C'est l'œuvre du forgeron (/aÀxeuç ou, plus rarement, mo-r^^eùi; chez les Grecs; fahcr ferrarius ou, simplement, ferrarhis chez les Romains ') et l'opération se nommait ariô-ripEiiciv ou ÈXaûvE'.v', ducere'. La forge a, du reste, pour but, non seulement de donner au fer une forme déterminée, mais aussi de modifier sa constitution physique, de manière à augmenter sa résistance et son homogénéité. En ce sens, c'était chez les anciens, qui par la réduction métallurgique proprement dite, n'obtenaient qu'un produit très défectueux, une opération absolument capitale ; des réchauffements et martelages réitérés devaient leur être nécessaires pour chasser les restes de scories ou d'oxyde, assembler les molécules du fer et modifier son grain.
Dans le travail du forgeron, il y a deux parties, l'une qui consiste à chauffer le fer au degré voulu, ce qu'on reconnaît à la couleur variant du rouge sombre au blanc que prend le métal, l'autre dans laquelle on le maintient avec des pinces sur l'enclume et on lui donne, avec le marteau, le ciseau, etc., la forme voulue. Ces deux opé-
1 Voir page 1079, noie 14. — 2 Voir Bonndorf. Ant. Gesicht und Sepulcralmaaken, pi. .vu, 2. — 3Voy. fabri, p. 948, notes l et 27. — ITIieinist. Or. X.\, p. 236 ; Poil. Vil, 145 et CAELATOiiA, p. 783. — 5 Quint, H, k 7. — 0 Gciliard y voit, ce qui serait assez notre avis, un creuset de fusion ; Beck {Geschichte des Eiscns, p. 463), un appareil de fermeture du gueulard. — 7 Voir Uoni. //. XVill, 470; Hes. Theoff. 8ti3. Pour les commentateurs anciens (Scliol. ïlom. ad //. t. l, ; Bustalh. p, 1153, 40; Scliol. Hes. l. l. ; ApoU. Lex. hom. ;(odvoi<Ti ; Uesych. s. u.
rations ont été, maintes fois, décrites par les anciens et la seconde, au moins, très fréquemment figurée. Nous allons les examiner tour à tour.
Les foyers des forges de maréchaux ont, depuis un temps immémorial, une forme, partout la même, d'ailleurs très simple, qui doit, sans doute, remonter à l'antiquité. Ils consistent en une cavité circulaire creusée dans une plate-forme de brique ou de fonte, elle-même supportée par un dé de pierre ou de brique, cavité destinée à recevoir le combustible avec la pièce à chauffer. Sur un des côtés du carré que représente celte plate-forme, s'élève un mur vertical percé, à la partie inférieure, d'un trou par lequel passe une petite tuyère destinée à lancer, au moyen d'un souftlet, de l'air dans le foyer. En outre, ce mur supporte une hotte formant l'origine de la cheminée par laquelle s'écoule le gaz provenant de la combustion.
Cette l'orme, très analogue à celle des premiers fours de réduction antiques, décrits précédemment, est d'une conception tout à fait élémentaire et se retrouve, avec quelques variantes, chez tous les peuples primitifs; il serait donc bien extraordinaire qu'elle n'eût pas été adoptée également chez les anciens. Cependant les monuments grecs où l'on croît reconnaître une forge nous présentent un type de four très différent, composé d'une cuve cylindrique, avec une ouverture au pied par devant, un soufûet en peau de bête par derrière et, au sommet, une sorte de vase, sans doute en terre cuite, sur la signification duquel nous aurons à revenir". C'est là, d'après les savants les plus autorisés, le four du forgeron antique ^/oavo;\ caminus.) Il y a là, à notre avis, un point discutable et qui demande quelque éclaircissement.
Deux figures ci-jointes représentent ce même type de four; on peut encore en rapprocher' la figure 037 de l'article caelatura, d'après un vase, où l'on voit des ouvriers ajustant, puis dressant et finissant au ciseau une statue, qui est incontestablement en bronze. Le four luimême a donc là, et c'est un point à retenir, servi à la fusion du bronze. Le four qui, extérieurement, a, du haut en bas le même diamètre, se recourbe à sa partie supérieure et, sur son orifice, repose le vase dont nous avons parlé, muni d'un couvercle qu'on devait soulever au moyen de l'anneau qui le surmonte. On no voit aucun appareil de tirage; donc, à moins de supposer (hypothèse que nous aurons à examiner) dans la partie cachée de la ligure une sorte d'allonge partant de ce qui nous semble un vase et coudée à angle droit, il faut admettre que les gaz combustibles et les flammes s'échappaient simplement par le pourtour de ce vase mal ajusté sur le four, comme dans certains appareils modernes dont nous parlerons bientôt.
La figure 2964 reproduit ' une peinture de vase à figures noires où l'on a cru voir'" une forge de fer, mais le sens de cette peinture de vase est, en fait, beaucoup plus douteux. Nous remarquerons d'abord que le four qui, du haut en bas, a extérieurement le même diamètre, et dont la hauteur, s'il faut s'en rapporter à la
/oùvoiç) xÔŒvoî est un appareil de fusion, qu'ils appellent aussi un vase, ùy^ïî^ov, cl leurs explications convieiuient au vase repr(js6ntô dans !es ligures 2'.'64, 2965. Pour les noms du fourneau, voy. caminub el foiuvax. — 8 Gerhard, Tnnkschalcn^ pi. xn et xut ; Jahn, Berichte d. Sûchs. GeselUch. d. Wissonsch. 1867, pi. v (= Uliiuiner, loc. ciit. IV, p. 330. fig. 50). — 0 0. Jahn, 0. c. 1667, pi. v, 2 ; (= Welcker, Aile Denkmaler, 111, 523, pi. Lxni ; Bliiraner, loc. cit. p. 364, fig. 51). — 10 Blunmer, loc. ci.', p. 303.
FER
FER
proportion des personnages placés à côlé, est d'environ deux mètres* est identi((ue à celui du fondeur de bion/.e que nous venons de mentionner ; sur son orifice sup('rieur, on voit, de même, posé un vase, également muni d'un couvercle avec un anneau qui devait aider à le soulever, ici le vase occupe toute la largeur du four et l'on distingue, au milieu de la hauteur de la cuve en brique, un cerclage. Un soufflet en peau de bête apparaît aussi par derrière. Mais ici il s'agit incontestablement d'une forge; car, adroite, se tient debout le forgeron nu, tenant son marteau, et, devant le four, un peu à gauche, on aperçoit l'enclume. Au mur sont suspendus deux pinces, un marteau, une sorte de cognée pour couper le métal et un autre instrument tranchant terminé en biseau. Assis, comme dans la ligure précédemment citée, (ce qui est peu conforme aux habitudes de travail actuelles), un second forgeron tient, de la main droite, une pince, avec laquelle il supporte une loupe de métal
Fig. 2904. — Forge, d'apit-s un \ase gm-c.
et, de sa main gauche levée, s'abrite contre la chaleur. On remarquera, comme détails, autour de l'ouverture du foyer, un demi-cercle, probablement en métal, et, à la base de cette ouverture, à gauche, une barre sur laquelle l'ouvrier peut prendre un point d'appui pour soulever la loupe. Dans l'ouverture même, on aperçoit les charbons et, sur la droite, une échancrure avec un trait incliné, indiquant une rigole pour l'écoulement des scories, ou peut-être du métal.
Kufin, sur la figure 21163 tirée également d'un vase à ligures noires", aujourd'hui détruit, nous retrouvons, encore une fois, le même appareil, avec le même vase, ici débordant sur le four; à gauche on voit un forgeron nu tenant un marteau à tranchant. Le reste de la peinture représente, sans doute, une scène mythique, sur le sujet de laquelle on n'est pas d'accordé Le rapprochement de ces diverses ligures nioulre que l'objet, quel qu'il soit, surmontant le four, jouait, dans l'opération, un rôle essentiel et rend bien peu vraisemblable qu'il s'agisse là d'une allonge coudée, dont on n'aurait jamais montré que le devant. C'est bien un vase avec son couvercle et nous ne voyons dès lors, si l'on tient à ce que ces figures représentent réellement le travail du fer, aucun moyen bien satisfaisant d'en expliquer l'usage, à moins peut-être qu'il ne s'agisse d'un creuset de chargement ayant joué un rôle analogue à celui du creu-
* Celte liauleur est, à peu près, celle Je tous les petits fours antiques qu'on a retrouvas et que avons décrits plus haut. — 2 l.cnormant et de Wille, Klite dt^s
set décrit plus haut ' comme utilisé par certaines peuplades africaines. Mais, chez celles-ci, le creuset n'est
RehaiMie.
I*'ig. 2965. — Forge, d'après un vase grec.
pas placé sur un four à cuve et réciproquement, lorsqu'on adopte le four à cuve, on a peu d'avantage à le surmonter d'un creuset : il y a là une sorte de double emploi. Au contraire, si l'on suppose qu'il s'agit d'un métal fusible comme le cuivre, on peut admettre qu'on y chargeait des fragments de métal à refondre, pour les recueillir à la base, par un moyen quelconque. L'appareil aurait été alors très analogue à celui qu'a récemment introduit dans l'industrie M. Piat pour la refonte du cuivre et dont nous reproduisons une coupe théorique (fig. 29G(i).
Dans cet appareil, une rehausse en terre réfractaire,percéeaufond d'un trou circulaire et munie de plusieurs ouvertures à hauteur convenable sur le pourtour, repose sur l'orifice supérieur d'un four cylindrique en laissant un vide a pour l'écliappement des tlanimes. On place, dans ce creuset, les débris de cuivre ou
de bronze, qui, après fusion, viennent s'assembler dans le creuset situé à la base entouré de combustible. Audessous est un cendrier. L'air, arrivant sous pression et forcé de s'échapper par un orilice étroit autour de la rehausse, y forme chalumeau et donne, par suite, une fusion très rapide.
La principale objection que l'on puisse faire à celte hypothèse, c'est que le travail du cuivre et du bronze devait se faire rarement par forgeage à chaud; cependant, nous savons que, pour la frappe des monnaies notamment, on se servait parfois de la chaleur. En outre, rien n'indique l'existence d'un creuset intérieur analogue à celui du four l'iat. Suivant nous, on devait, dans 1 appareil en question, commencer par refondre des débris de cuivre, que l'on faisait probablement couler par la rigole située au pied du four, de façon à obtenir un premier
monumenis cérnmogr. 1, 51 ; Jahn. /oc. cit. pi. v, 3; cf. Blûmner, l. IV. p. 365. — 3 Voy. les diverses interprt^talions clie* Jalin. t. l. — * I*. lOàS, cote I.
Fis. i96G.
FER
FER
lingot brut ; puis ce lingot était réchauffé (subissait peutêtre, en même temps, un certain affinage) et passait de là sous le marteau pour recevoir sa première forme. L'attitude du forgeron assis nous paraît être beaucoup plutôt celle d'un homme qui expose le lopin métallique, pendant quelque temps, à la chaleur, en appuyant le bout de sa pince sur la bordure de fer de l'ouverture que celle d'un ouvrier qui relire ce lopin avec eil'ort ; dans ce dernier cas, il semble qu'il devrait être debout et se servir de ses deux mains. Cependant (et c'est pourquoi nous avons insisté sur ce point) il ne serait pas impossible, à la rigueur, si le four avait réellement servi pour le fer, que le vase supérieur fût, comme nous l'avons dit, une sorte de caisse de chargement, où l'on aurait mis les minerais cassés avec des fondants, pour recueillir au bas la loupe de fer, la rigole latérale servant donc uniquement à l'écoulement des scories; ce serait alors un four analogue à celui dont on avait l'habitude pour le bronze qu'on aurait également appliqué au travail du fer.
Quant au véritable foyer du forgeur de fer, nous l'avons vu déjà dans la fiirure 29o6 tirée d'un tombeau
Kig. 2967. — Forge, (i'aj)rùs au bas-relief romain.
de l'époque chrétienne, nous le retrouvons dans les représentations de la forge de Vulcain, notamment sur un célèbre sarcophage du musée du Capitolc ' (fig. 2967); nous l'apercevons encore (malheureusement d'une façon bien confuse), dans une peinture de Pompéi- (fig. 2908) où l'on distingue derrière l'enclume posée sur un rocher, les tlammes s'échappant d'un foyer ouvert, sans iloutc analogue à celui qu'on emploie aujourd'hui. A droite, sonl deux cyclopes nus forgeant: à gauche, est assis un jeune homme, ([ue l'on a supposé être Vulcain, tenant, avec une pince, la pièce à forger et, de la main droite, levant un marteau. Au fond, sont des objets très effacés dans la peinture.
Pour le travail de la forge, nous possédons une représentation beaucoup plus ancienne sur un vase grec à figures noires (fig. 2909) ^ Ici, on n'aperçoit du four qu'une ])ortion sur la gauche. Ce four, dont d'autres peintures ' permettent de s'expliquer la disposition, est bas et recouvert d'une calotte conique. Derrière lui,
1 Mus. Cap. IV, -la. Voy. de mâme Clarac, Mus. de scutpt. Itrl. :;I6, n" .'îO (= Bouillon, Mus. des antiq. III, 41, 2). — 2 Uelbig, WandijeinfUde der rom Vesmi verschûtt. Siadie, u° 233; Allas, pi. iv ; Bliimncr, toc. cit. p. 368, fig. 55. — 3 Mon. d. Jnsl. XI, pi. xxix, 2 (= bliimncr, toc. cit. fig. 305). — ' Plaque peinte du Muste du Louvre, Gazelle arcliéologique, 1880, p, iOii ; plaques de Uerliii, Antihe Denkm. des k. detdscli. Instit. I, 188G. pi. vni. Vov. fousax.
un premier forgeron qui, ici encore, comme dans toutes les ligures précédentes, est assis, mais qui fait, en pliant
Fig. 29G8. — Forge, d'apri-s une peinture de Pompéi.
le genou droit, un mouvement en avant, lient, avec une pince, la pièce de fer sur l'enclume. En face de lui, un autre ouvrier brandit, au-dessus de sa tète, un marteau. Entre eux, on aperçoit, par terre, un marteau et une pince. Derrière eux, à droite, sont assis deux hommes, tenant des bâtons, qu'on a supposés être des visiteurs de la forge". Enfin, au mur, sonl accrochés divers objets, la tunique d'un des forgerons, des marteaux de diverses formes, une scie, un glaive dans son fourreau, un couteau, peut-être un foret, et une œnochoé, destinée sans doute à rafraîchir les ouvriers. Nous avons là tous les
Fig. li'.'tiy. — Forge, d'ai)rC-s un \a>e grec.
outils caractéristiques du forgeron, que nous retrouvons sur un grand nombre de moniimenls grecs on romains ''. Celui que reproduit la ligure 2970 appartient à la Gaule; il représente un cippc funéraire du musée de Sens '. Nous renvoyons, pour chaque espèce d'outil, il l'article qui le concerne [mali-eiis, incus, forr.KPS, etc.].
Dans le travail de la l'orge, le l'rappciir commence par frapper, à coups réguliers, avec un marteau à deux mains
- " Les autom-s grecs indiqurnl souvcnl rproii allail, aupri-s des forgerons, chercher de la chaleur; Hom. Od. XVllI, 320; Hes. Op. et. d. 493, etc. — CPollux, VII, lOG.les énumOre ; çiy<rai, ixpoo-jdia, /oûvcti, T:-jpàvp«.., uxjjiovf;, fttinTîJft;, (rçCpai, t<r/«-
piSt;, àxôvtti, OifiT«vat, xçoTasîSt; ; cf. Anlhol. Pal. VII, 117. Ces ouUls sonl souvent figurés dans les monuincnls. parliculirrernenl ceux où Vulcain est roprésenlO : vov. O.Jahn, Op.c.p. SU'Jets,- 'Moulage au musc''!' de Sainl-Cormain, salle XXII. ii«23.'.133.
FER
Fig. 297U, — Forgeron gallo-roniain.
(voy. fÎK. iJlt67-:i'.M)!t) siii' la liarro do f(;r, quo le furj^eron retourne allenialiveiiK'nt sur ses deux laces. Quand le
métal a été régularisé cl aplati, il <!st façonné avec des marteaux plus petits en prolilant, au besoin, des pointes et des courlmres do l'enclume pour obtenir la forme voulue; ou encore, en forgeant à plat sur la surface unie de l'enclume (serpes, faucilles, etc.) Lorsque la pièce commence à se cefroidir, on la réchauffe à nouveau. La soudure s'obtient, soit en raccordant deux bouts taillés en biseau, soit en appliquant deux lames l'une sur l'autre, après avoir porté au degré de chaleur qu'on appelle la chaleur suante.
Sans insister davantage, nous donnerons seulement quelques dénominations usitées, dans l'antiquité, pour les divers ouvriers travaillant le fer'.
En premier lieu, il faut citer ceux qui forgeaient les armes, non seulement en fer, mais en tout autre métal". Le nom général de cette fabrication était i-XoTiofia ou ou o7rXo7ro'.Y|Tixr, ^, en latin FABiucA '•, et celui de ceux qui s'y livraient, o-Ào-:ic.'.oi'' ou f.abhi el fabiicrnses'^.
Parmi ces ouvriers, il faut distinguer les fabricants de casques (xçavoTioioî, y.çw)'j'^'i^l, cassidai-ii'); de cuirasses (Ûu)saxo~oioî, loricarii ", cUbanaru^) ; de boucliers (àdTit- SoTto'.O! ou à(T:t!oo7rV|Yoî, sculnru et parmularii '") ; d'épées et de poignards {liz,o\)ç,y(j(, ;t^&~&!ot', [Aa/atooTroiot', gladiarii, spalharii"); de lances (Xoy/oTroto;, hastarii'-); d'armes de jet (^zXoT.o'.oi, sagittarii, ballistarii").
Comme ouvriers travaillant le fer, nous avons encore ceux qui font des outils de toute esi)iice{fcrramentarii''), les fabricants de faux (SoeTravo-oio', fakarii''-'), de haches et de cognées [dolabrarii ''''), de couteaux (ijiayaipoTtoto;, culirarii^''), de clefs et de serrures (xÀsioo-oto; ou /.XeiOog- ■rtoiot, claustrarii, clavicarii'*), de clous (•/•,),oxd-o'., clava- ?'i?'"), d'aiguilles (acunrii^°), etc.
Dans tout ce qui a été dit jusqu'ici de l'élaboration du métal, il a été question, en général, du fer proprement dit; il nous reste à parler de l'acier, qui a été certainement connu dès les temps les plus reculés, et que les Grecs nommaient /«Àuf {rhali/bs} ou, à cause de sa
1 liluiniicr, Technologie ui\d Terminol. IV, p. 361 . — 2 [)iod. Sic. .\l\'. 43 ; Tzetz. ad Lycoplir. 4G2 ; 'U::Vo-(.i'a est le litre du xviii'chaul de l'Iliade; cf. Slrab. I, p. 4 ; Alh. V, i>. 180 D; Eust. ad. II. I, 472, p. 137, 37 et 3S. — 3 Plat. Polit, p. 280 D ; Poil. VU, 20'J. — l Voy. les art. FAuni et r*iinic\. — :■ l'oll. VU, 134; Uiod. t. l. — 6 Anim. Marc. .XXXI, 6, i ; Cod. Tlicod. X, ii; Cod. Just. XII. 9. — 7 Aristopli. i'ac. 1253; cf. Jlan. 1018; Dio. Clirjs. Oi: LXXVll. p. C33 ; Poil. I, 140; Vil, 153 ; OrcUi, 3711 ; Cor;), inur. lai. vi, 1052. — « Xeil. .1/cM. 111. 10, 9; Dio Clirys. ;. (. ; Poil. I, 49; cf. Vil, 135; Corp. inscr. lai. II, 3359 ; Vcget. Jl. mil. Il, 21; Nol. Hign. Occ. IX, 26-33. — 9 Not. digii. Or. XI, 22. 20. 28; Occ. XI, 33. — lOPoll. VII, 153 ; Eust. ad. Jl. XVlll, 4SI, p. 1151. 41 ; Aristopli. .tf. 491; Scrv. ad. Aen. VI, 762; Vegct. Jl. mil. Il ; Tlieniist. Or. XV, p. 197 ; Liban. IV, p. 627 (Reiske); Plaul. Epid. I, 1, 35; Corp. inscr. lat. V, 2196; Not. dign. /. /. — Il Arisloph. PttC. 547 et Av. 412; Poil. 1, 149; Demostli. Or. XXVIl, p. 816; Plut. Pelop. 12; De daem. Socr. 34; Liban. Vit. Demoslh. p. 293, 19 (Wcslermann); Corp. tmcr. lat. VI, 1932, 0442 et 9S08 ; LX, 3062 ; X, 3986 ; cf. Orelli, 4247. .\egotialor gladiarius. — '2 Eur. Bacch. 1208; Cramer, Anecd. IV, p. 255, 21 ; Kol. dign. Dec XI, 24. — 13 Poil. VU, 150; llero dans les Math. vel. p. 121 et 122 ; Euslalli.
dureti', àoï.u.a; d'indomptable^',, ou encore TTÔixoma ; les Latins acies et, poétiquement, chahjbs'^.
Quand même on n'aurait pas, pour s'en assurer, les textes des auteurs anciens, il suffirait, pour soupçonner la connaissance de l'acier dans l'antiquité, de songer que les méthodes de fabrication du fer précédemment décrites devaient nécessairement donner du fer plus ou moins chargé de carbone, plus ou moins aciéreux. Une observation élémentaire a dû faire reconnaître bientôt la dureté plus grande de certaines parties du fer, dureté encore exagérée par la trempe à l'eau ou à l'huile : d'où l'idée de trier ces morceaux durs des loupes de fer brutes, comme le font encore les Japonais, de les rassembler sous le marteau par ces forges indéfiniment répétées (qui étaient jadis le principal procédé métallurgique) et d'obtenir ainsi directement de l'acier.
Il semble résulter d'un passage de Plutarque" que les Celtibères s'aidaient, dans ce triage, de l'action de la rouille, plus forte sur les parties ferreuses que sur les parties aciérés et, à cet effet, enfouissaient des morceaux de for en terre, pendant plusieurs années, pour façonner ensuite en armes les fragments non attaqués. Le fait même de l'enfouissement a été affirmé par Diodore et Plutarque; quant à l'explication que nous en donnons avec Blumner, elle tire quelque vraisemblance d'une observation de Swedenborg-', d'après laquelle les Japonais, chez lesquels il faut toujours chercher des points de comparaison pour les procédés techniques anciens, auraient encore des pratiques semblables. Il est certain qu'avec de vieilles armes rouillées, nos armuriers façonnent parfois des objets d'un acier excellent. Peut-être aussi, a-t-on, de bonne heure, trouvé la méthode de la cémentation, qui consiste, en principe, à incorporer dans le fer le carbone nécessaire pour le transformer en acier, en le chauffant longtemps avec des substances carburées, soit du charbon en poudre, soit de vieux cuirs, des écorces de bois, etc. Cet acier, toujours d'assez mauvaise qualité, est rendu plus homogène par le corroyage, c'est-à-dire en soudant et martelant ensemble un certain nombre de fragments d'acier cémenté". Une méthode de ce genre était adoptée par les Indous -'' pour la fabrication de l'acier, célèbre sous le nom de ivootz. qui correspond peut-être à l'acier des Indes déjà recherché parles Romains; elle consiste à chauffer, dans un creuset d'argile, une petite loupe de fer avec des tiges de cassia aurkulata pendant quatre heures.
L'acier une fois obtenu, on a eu, de très bonne heure, l'idée de le tremper-'. C'est l'opération désignée par les mots piTTTEtv, paoY,, tinguere, reslingnere, temperare. Elle est décrite, ii diverses reprises, dans Homère", en parti-
Opme. p. 165, 84; Not. dign. Occ. IX, 24 — <• Firm. itat. math. III. 13.
— 15 Gloss. PIiilo«. ; Alhcn. VI, p. 209 C. Une rue de Konie s appelait : inter falcarios;Cic. Pro SiUHS.iî; Calit. l. *.S. — ii Corp. imcr. /a<. V, 908, 5416.
— 17 Orelli, 4175; Corp. inscr. lat. I, 1213; X, 3984. Cullrarius est aussi un valet de sacrifice [voy. cultbaiucs]. — " Gloss. Pliiloi. ; Lamprid. Etaç. 12, 2; Corp. inscr. lat. VI, 9260; Ephem. Epigr. V, 475. n» 102S, 476, n« 1030: Cad. Just. X, (Oii) 04, 1 . — 19 Gloss. Phil. ; Corp. inscr. lat. V, 7023 ; VI. 9239 ; Ephem. Epigr. Il, n' 322. — M Inscr. regn. neapol. 3381 ; cf. Henien. 7216, acutarius.
— 21 Hesiod. Theog. 161 ; Sciif. 137, 230; Pind. Pylh. 4. 71, etc. On a cru aussi que les anciens l'avaient appeli!' »;«.«;, à cause de sa couleur Lieue.— " Nous n'avons rien à ajoutera ce qui a l't^ dit plus haut, p. 1081. de la fonte. — 23 fle jarru/. 17, p. 510 ; cf. Diod. V, 38. — 2'. Bcck, Gesch. des Eisens. p. 651 et 652. — 2S Au Jaimn, les belles lames d'acier sont obtenues par des martelages réiltïrfs ; parfois, on soudant. l'un sur l'autre, deux aciers, l'un doux, Pautrc dur. pour amfliorïr le tranchant. — 2« Buchanan, A yourney /rom Madras, etc. IS07.I. W, p. iO-.Ptrcy, Métallurgie, t. IV, p. 180. — 27 Voir Pïhlcr, Die L6schung des Stahles bei den Allen lap. Mûller. /oArnberichl, U- année, 1887, p. 5). — 28 Od>/ss. I, 391 et I.X, 390 : cf. Eust. p. 1636, 12.
FER
FER
culier dans le passag;e suivant: "... de même que, lorsqu'un homme, adonné au travail des métaux, plonge, dans l'eau froide, une grande hache ou une cognée qui siffle avec violence, lui communiquant une vertu particulière (car c'est encore une nouvelle force pour le fer lui-même). « On retrouve la même comparaison dans Virgile, dans Ovide, dans Lucrèce, etc.'.
Pline, également, décrit la trempe et attribue à certaines vertus de l'eau les qualités spéciales de quelques aciers réputés, comme ceux de Bilbiiis et Turiasson en Espagne, de Côme en Italie. « Pour aiguiser, dit-il, il vaut mieux tremper dans l'huile que dans l'eau; l'huile rend le tranchant plus fin. » Et cette habitude de tremper dans l'huile de petits objets, aiguilles, etc., nous est également confirmée par d'autres auteurs-.
On sait, d'ailleurs, aujourd'hui que, suivant la nature du bain liquide où s'opère la trempe, on obtient des résultats différents et c'est par des artifices déduits de cette observation qu'on arrive à donner aux plus grosses pièces pour blindage des qualités toutes spéciales.