‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments (volume 5)Chapitre 26 sur 104 · HOO · texte numérisé non relu

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On avait discuté, semble-t-il, le point de savoir si la déclaration de guerre était valable, lorsque le défi n'avait pas été porté jusqu'au cœur même de la nation ennemie et jusqu'au roi auquel il s'adressait; mais les Fétiaux, consultés à ce sujet lors de la guerre de Macédoine, avaient jugé suffisante une déclaration prononcée suivant les formes solennelles devant le poste militaire le plus voisin de la frontière ' ; et plus tard, lors de la guerre contre Antiochus, ils avaient émis un avis semblable-.

Toutes les formalités, auxquelles le droit fétial subordonnait la déclaration de guerre, devaient être accomplies avec un soin religieux ; mais certaines circonstances permettaient au peuple romain de s'en affranchir. Ainsi l'aggression violente d'une nation étrangère rendait inutile l'emploi des formes ordinaires de défi' ; et dans tous les cas ces formes n'étaient exigées que lorsque les Romains se trouvaient en présence d'un peuple libre*. Enfin il n'était pas besoin de déclaration de guerre préalable, lorsque deux factions politiques en venaient aux mains; dans une guerre civile, il n'y a pas d'ennemis proprement dits {hostes)^.

Tite-Live rapporte un incident d'où il semble résulter qu'à l'époque de la seconde guerre punique (218 av. J.-C), les antiques solennités de la déclaration de guerre étaient déjà tombées en désuétude. Envoj'é de Rome pour demander réparation au Sénat de Carthage, P. Fabius releva, dit-on, en présence de cette assemblée, un pan de sa toge : « Dans ce pli, dit-il, je vous apporte la paix ou la guerre. Choisissez. — Choisissez vousmême, lui répondit-on. — Eh bien, c'est la guerre. — Et il laissa retomber sa toge, comme s'il secouait sur Carthage la mort et la destruction '^. » Il est permis de conclure de cette narration que de bonne heure l'accomplissement des formalités prescrites par le vieux droit fétial romain était devenu difficile, à cause de l'éloignement des frontières de l'empire et du théâtre de ses opérations militaires. La distance rendait presque impraticable l'envoi des Fétiaux au dehors; et cependant, tel était encore le formalisme des Romains qu'ils auraient cru commettre une action sacrilège en faisant la guerre sans l'avoir déclarée selon le rite consacré. Pour donner satisfaction à ce scrupule religieux, on eut recours à un stratagème qui montre bien que les règles si équitables du droit fétial avaient dégénéré en formalités vides de sens. Le peuple romain obligea un soldat transfuge de l'armée de Pyrrhus à acheter un terrain dans la cité, et sur ce terrain, devenu sol ennemi, les Fétiaux accomplirent dès lors les cérémonies de la déclaration de

d'un arbre de cette couleur (e sanguineo frutice vel arbore). Mais voy. en sens contraire Amm. Marcel!. XIX, 2, 6 : .< \\\ ubi Grumbates hastam infectam sanguine urit palrio, nostrique more conjecerat Fetialis. » Cf. Dio. Cass. 71, 33 ; ib Scifj Tb a!iiaT<T,Sï; ; Virg. Aen. IX, 53 ; Serv. ad h. v. sur les formalités de la déclaration do guerre; Aul. Gel. Noct. atl. XVI, 4; Dion. Halic. II, 72.— 1 Liv. XXXl, 8.-2 Liv. XXXVl, 3.-2 Telle avait été la décision des Fétiaui ; Liv. XXXVI, 3. D'ailleurs le peuple romain regardait comme des briijands les étrangers qui lui faisaient la guerre sans l'avoir déclarée, ou qu'il attaquait lui-même sans déclaration. Cf. L. 118, De verb. signif. au Dig. L. IG : Hostes lii sunt, ait Pompomus, qui nobis aut quibus nos publice bcUura decrevimus ; ceteri tatrones aut praedones sunt. Cf. L. 19, § 2 et 4, De cnptivis, au Dig. XLIX, 15. — ^ Sur ce que les Koniains entendaient par peuple libre, voy. la loi 7, § 1, De captivis, au Dig. XLIX, 15. — 5 Loi 21, § 1, De captiv. au Dig. XI-.IX, 5. C'est ii tort, croyons-nous, que M. Duruy fait intervenir les Fétiaux dans les relations du Sénat et des plébéiens retirés sur le mont Sacré à la suite de leur révolte (4ît2 av. J.-C.) : aucun texte classique, à notre connaissance, n'autorise semblable assertion. A la vérité, Tite-Live (II, 32) nous dit que les patriciens envoyèrent un ambassadeur (orator) aux plébéiens ; mais il ajoute que Menenius Agrippa, qui fut choisi pour remplir cette mission de concorde, la dut précisément à son origine plébéienne; or nous avons

guerre, en lançant un javelot contre une colonne {columella) -placée devant le temple de Bellone', et cette formalité puérile, destinée à satisfaire les vieilles traditions romaines, à rassurer la superstition des masses, paraît avoir été observée jusqu'à une époque avancée de l'empire*.

4° Conclusion des traités. — La religion intervenait dans les traités [foederay conclus par les Romains, comme elle présidait à leurs levées de boucliers ; les Fétiaux y jouaient un rôle important.

C'est à Rome que devaient être accomplies les cérémonies de la conclusion du traité, lorsque la nation étrangère y était représentée par des envoyés'". Aucun ambassadeurde ladite nation u'était-il présent à Rome, le Sénat envoyait au dehors des Fétiaux, au nombre de deux au moins, chargés de parler en son nom". L'un d'eux jouait le rôle de pater patratus, l'autre, appelé pour cette raison verbenarius^^, portait la touffe d'herbe sacrée. Avant de quitter Rome, les Fétiaux demandaient au premier magistrat de la cité l'herbe sainte qui devait symboliser pour eux la terre natale"; ils emportaient aussi les vases sacrés, le sceptre de Jupiter Feretrius'* et un caillou de silex enlevé de son temple ; ce caillou, destiné à frapper la victime, était l'emblème de la foudre que les anciens mettaient dans la main du père des dieux [Jupiter Lapis)^^.

Le traité intervenait entre le paier palratus etlesreprésentants du peuple étranger, ses Fétiaux, s'il en avait'^, et Plutarque nous apprend que de son temps aucun traité ne pouvait être conclu après l'heure de midi".

Le pater patratus donnait lecture des dispositions du traité, puis il prononçait cette formule [Fetialium praefatio)^", dont les termes sacramentels nous ont été conservés par Tite-Live : « Écoute, Jupiter, écoute, pater patratus du peuple (albain) ; écoute aussi, peuple (albain). Les Romains n'enfreindront jamais les premiers les conditions qui sont écrites sur ces tablettes et dont il vient de vous être donné lecture, de la première à la dernière, sans perfidie ni mensonge. Dès aujourd'hui, elles sont entendues pour tous, et ce n'est pas le peuple romain qui les violera. Mais, s'il arrivait que, par une mauvaise foi sacrilège, il les enfreignît, alors, ô Jupiter, frappe-le comme je vais moi-même frapper cette victime, et frappe-le d'une manière d'autant plus terrible que ta puissance et ta force sont plus grandes"! » En disant ces mots, le pater patratus frappait de son caillou consacré la victime, et c'est de cette immolation que Festus fait dériver l'expression ferire foedus^". La victime

vu que les Fétiaux se recrutaient exclusivement parmi les patriciens. — 6 Liv. XXI, 18; Flor. II, 6. Aulu-Gelle, Noct. att. X, 27, nous présente, à l'occasion de ce fait, une version un peu difTérenle. — ^ Serv. ad Aen. IX, 53 ; Festus, Epit. p. 33 : Eellona ante cujus templum erat columella, quao bellica dicebatur : supra quam hastam jaciebant, cum bellura indicebatur; Placid. p. 14, 2; Ovid. Fast. VI, 205. Voy. Bouché-Leclercq, Manuel des inslitutions romaines, p. 542; Marquardt et Momrosen, p. 152. — » Dio Cass. 4, 4; LXXI, 33; Amm. Marcel. .XIX, 2, 6.

— 9 Sur la distinction des foedera et des sponsiones. voy. A. Weiss, p. 38 et s.; Carnazza, p. 41. — 10 Liv. .XXXVII, 55. — •! Liv. IX. 5 : Nnmina omnium qui Bpopondorunt, exstant. ubi si ex focdcro acta res essct, praotcrquam duorum Fetialium non exstarent. » — 12 Serv. ad. Am. XII, 120; Plin. Ifat. h. XXII, 5; Varr. ap. Non., p. 528, 18. — 13 Liv. I, 24 ; XXX, -13 ; Mommsen, Hist. rom. t. I, 125. p. — i* Voy. dans Servius ad Aen. XII, 206, l'explication do cet usage.

— 15 Arnob. VI, S5; Cic. Ad famil. VII, 12 ; Apul. De deo socr. 5 : « Jurabo per Jovem Lapident, romane velustissimo ritu. » Cf. Conradi, p. 368; Marquardt et Mommsen, loc. cit. p. 156; Hcibig, Op. cit. p. 93; 0. Gilbert, Geschicbte und Topogr. der Sladt Rom im Atterthum. II, p. 225, I.cipz. 1885. — '" Liv. I, 24.

— " 0. rom. 48. - 18 Suet. Claud. 25. — " Liv. I, 24. — »» Fest. ». t>. Fétial es .

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