‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments (volume 5)Chapitre 30 sur 104 · IH · texte numérisé non relu

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D'autres poètes, dès l'époque d'Ennius', l'emploient dans leurs œuvres comme un des bons génies qui représentent l'âge d'or ou le bon vieux temps : Ennius lui donne même des ailes comme les Grecs à leurs démons. De plus en plus rare avec la corruption des moeurs^, elle rappelle Aïdos etNémésis qui, chez Hésiode, s'enveloppant de leurs blancs vêtements, sont remontées dans l'Olympe pour ne pas assister au spectacle des crimes'. Dans les allégories des poètes qui ont cessé d'assez bonne heure de la considérer comme une divinité véritable, elle a pour compagnes la Concorde, la Vertu, la Piété, la Pudeur, la Justice '' ; durant la première guerre Punique son culte avait été remis en honneur en même temps que celui de Mens^. Les épithètes qui la caractérisent appartiennent à cet ordre d'idées : on l'appelle cana, antiqua, rara; ou elles dérivent de sa nature : casta, sacra, sancta, incorrupla, et surtout aima que lui décerne pour la première l'ois Ennius, ce qui l'assimile aux divinités maternelles et bienfaisantes'.

EUen'aeu, à vrai dire, qu'un seul temple dans le monde romain, celui qui au Capitole était voisin du temple de Jupiter et dont la construction était attribuée au roi Numa en personne'. C'est par erreur qu'on a admis l'existence d'un sanctuaire au Palatin, sur la foi d'une flatterie d'Agathoclès qui en faisait remonter la fondation à Roma, petite-fille d'Énée ' ; par erreur aussi celle dan autel de Fides candida sur le Forum'. Le temple du Capitole avait été rebâti une première fois, au début des guerres contre Carthage, par Atilius Calatinus , puis plus tard par Aemilius Scaurus, contemporain de Cicéron'". Là on accrochait les tables d'airain sur lesquelles étaient gravés des documents publics, entre autres les diplomata militaria ou honestae missionis 'K Parmi les prodiges survenus à la veille d'un événement critique, un auteur cite une trombe qui renversa quelques-unes de ces tables'^ De même que Zeus chez les Grecs '^ Jupiter était le gardien de la foi jurée; le jour des ides, qui était celui de la pleine lune, était aussi appelé le jour de la Jovis fiducia parce que, dieu de la lumière [Lucelius), Jupiter était naturellement celui des engagements clairs et sans réticence. Une fête spéciale de Fides était célébrée au Capitole le 1" octobre"; les Flamines de Jupiter, de Mars et de Quirinus y présidaient". Le rituel traditionnel, qui remontait, comme la déesse elle-même, au roi Numa, les obligeait à se rendre au temple sur un char couvert, attelé de deux chevaux [bigis arcualo curru);

1 Cilé par Cic. Off. III, 29 : 0 Fides aima apta piiinis et Ju3 juranditm Jovis. — 2 Hor. Od. I, 35, 21, Bara Fides: cf. Terent. Adet. III, 4, 87 : Civium antigun virtute et Fide. — 3 Hes. Op. 107. — * Ainsi chez Virgile, Aen. I, 202, qui l'appelle cana; Hor. Oi. I, 24, 7; Carm. sec. 57; Od. IV, 5, où Fides est en compagnie de Faustitas; Petr. Sut. 124 ; Juv. I, 115 ; Sil. U. (v. le leiiquo, éd. Lemairc à ce mot); Claud. III, 53; XVII, 171; XXII, 30 ; Mart. Cap. Il, 147. — 6 Cic. Nat. Deor. Il, 23. — 6 Pour lï'pitliète aima, cf. Preller, Itœm. Myth. (éd. Jordan) I, p. 56, n" 2. A ajouter, Inscr. BuUet. deW Insl. arch. 1872, p. 30 : Alm.a Fides, tibi afjo grates, sanctissima Diva. — 7 Cic. Off. III, 21, d'après un discours de Caton l'Aucien ; Nat. Deor. II, 23; Plin. Hist. Nat. XXXV, 36 ; Val. Max. III, 2, 17 et VI, G, 1 ; cf. Ephem. Epiqr. I, p. 30 : FiDl (pour Fidei) in capitolio ; T. Liv. I, 21 : Et soli Fidei solejnne insti- <ut^ (Numa), avec les passages déjà cités de Dcnys d'Ilalicarnasse et de Plutarque. — 8 Festus, p. 269. — 9 P. Vict. Reg. Urb. VI et VIII; cf. Jordan, Topor/raphia der Sladl Rom, I, 2, p. 42. — 10 Cic. Nat. Deor. Il, 23. — " Grelli-Henîen, Jnscript. 5088. V. Mommsen, Bullet. de iinst. arch. 1845, p. 119 et suiv. avec les inscriplions citées; Ibid, 1881, p. 102 et Annal. d'Instit. 1838, p. 20i et suiv.

12 Jul. Obseq. 68. — '3 Macr. Sat. I, 13, avec la noie de Preller, Rœm. Myth.

1,156, 2. — " Calend. Amit. et Ost. Inscript. (Mommsen), 5750. — 16 T.-Liv. I, SI. Ce qui domine dans ce symbolisme c'est l'idée d'obligation réciproque et celle du secret à garder. Cf. pour Fides sécréta Apul. Met. III, 26; Sil. It. II, 481 ; Hor. Od. I, 18 in fine. — IG Albo velala panno (llor. Od. I, 35, 21 et U commen-

ils sacrifiaient, la main enveloppée jusqu'au bout des doigts de laine blanche'^. Ce symbolisme naïf signifiait que la parole donnée doit être inviolable, secrète et qu'elle lie les deux parties. La main droite était d'ailleurs spécialement consacrée à. Fides'''; sur un anneau du temps de l'empire on voit deux mains tendues l'une vers l'autre et jointes, encadrées par les mots fides concordia". De là, dans la langue romaine, des expressions comme : par hanc dexteram, par regni fidem moneo et aussi : conferre se in fidem et cUentelam, in amicitiam cl fidem " etc. Le symbole des mains jointes, sur des monnaies impériales, accompagnées d'épis, de pavots ou d'un caducée, remplace quelquefois la figure même de Fides '■"'.

Le vocable exact du temple est : aedes Fidei PopuU Romani, et celui de la déesse : Fides Publica; c'està-dire qu'il était le siège religieux des conventions publiques et du droit international-'. Le nom des fetiales, considérés à ce point de vue comme les ministres de Fides pour le compte de la République, a été mis en rapport avec celui de foadus pour lequel on citait la forme archaïque de fidus ^^.

Sous l'Empire l'appellation de Fides publica, avec sa signification démocratique, devient relativement rare^^; Fides reçoit une application directe à la personne des princes et signifie moins la fidélité à la parole jurée que la fidélité à l'empereur, surtout de la part de l'armée ". Les appellations les plus fréquentes sont sur les monnaies, depuis Vitellius : Fides exerciius, militum, Icr/ioi}um-^. Ou trouve de même Fides equitum, praelorianoriim et, exceptionnellement : Fides Victor[iae]. Déjà Pline l'Ancien, devançant les Pères de l'Église chrétienne, s'était élevé, au nom de la philosophie, contre la multiplicité d'êtres divins qui comme Fides, Pudicilia, Concordia. Mens, etc., ne pouvaient représenter rien de réel, mais seulement de vagues abstractions-'. La Fides dont il est si souvent question sur les monnaies impériales n'a plus rien de commun que le nom avec celle que les vieux Romains honoraient au Capitole. L'inscription votive à la Foi conjugale : fidfi SUAE SACRUM, ctc, par deux époux, paraît être jusqu'à présent unique en son p;, j(,j, pijj5 genre ^'.

Les représentations figurées de Fides sont toutes empruntées à des monnaies; sous la République, sa tête laurée est sur des monnaies de la Gens Licinia (fig. 3031)

laire de Reifferscheid, Observationes criticae (Breslauer Lektionskatalog, 1878, p. 4) ; cf. d'ailleurs T. Liv. loc. cit. : Manu... ad digitos usque involuta... et les noies de Servius, Aen. I, 202 et VIII, 636. Sur la coutume de se lier un membre dans l'acle religieux, cf. Bœtticlicr, Baumcidlas, p, 43, 418; Marquardt-Mommscn, Uandbuch, VI, p. 189, 336. — n piin. Hist. nat. XI, 250; cf. Dam, Der S'icraie Schulz im Bechtsverlcehr, p. 133 et suiv. — 18 Ephem. epigr. IV, 211 (n» 715). — 19 Sallust. Jug. 10, 3; Terent. Andr. I, 5, 55, cic. — 20 liekbel, Doct. Num. VII, p. 505 ; cf. Mythogr. lat. III, fab. 11, n" 23. — 21 (Orclli-Henzen, 5428 et 5433. — 22 Var. Ling. lat. V, 86 : Fetiales qimd Fidei publicae inter populos praeerant... per hos etiam nunc fit foedus, quod fidus Ennius scrihit dictum ; cf. Lact. I, 20, 26 et pour les rapports des Fétiaux avec le culte do Fides, Ilarlung, Religion der Rœmer, II, p. 264 et suiv. La curie est, elle aussi, appelée â l'occasion Fidei tcmplum ; Val. Max. VI, 5, 5. Le sénat s'est d'ailleurs réuni quelquefois au temple de Fides sur le Capitole ; Jb. III, 2, 17 ; VI, 6, 1. — 23 Voir entre autres les monnaies d'Hadrien, celles de Garacalla (Cohen-Feuardenl, Méd. impériales, IV, 151, n" 82); celles de Macrin, Jb.p. 293, n" 71, etc. et l'inscription ap. Orelli, 1814. — 2t V. entre autres, monnaies de Maximien Herc. (ouv. cit. VI, p. 505, II" 110): FIDES AUCG. ET CAEs; cf. FiDKi AUG. SACRUM, ap. Hciizcn, Bullet. delV Jnstit. lï^66, p. 200 et 211. — 2o V. pour ces divers cas les monnaies de Caracalla, de Seplinie-Sévérc, d'Élagabal, d'AlcXiiudre-Sévére. etc. {ouv. cit., passini.). — 2fi Plin. Hist. nat. II, 5, 1 ; cf. S. Aug. du. D. IV, 20 ; Tert. Apol. 24. — 27 Morini, Iscriz. Alb. p. 16. Les inscriplions ap. Orelli, 1820 et '2436, sont apocryphes.

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Ki? 3032. — Fides.

avec le vocable, en légende, de Fides publica^ ; une lèlo analogue avec F. maxinia se retrouve sur des monnaies de l'empereur Probus-. Le plus souvent Fides est représentée debout, amplement drapée, la tète couverte d'un voile; dans ses mains elle lient des épis, une corbeille de fruits, un pavot, une image de la 'Victoire, un globe surmonté d'un phénix, plus rarement une palère, un gouvernail, une corne d'abondance (fig. 3032')^ L'emblème le plus ordinaire est l'aigle des légions ou l'étendard, quelquefois double. Une très belle pièce de Septime-Sévère iporie Fidel miUium sous un groupe composé de l'empereur avec ses officiers, tandis qu'il harangue des soldats rangés devant lui et portant des étendards; au droit la tète du prince '. Ailleurs l'empereur, offrant un sacrifice à Jupiter, est couronné pur la Victoire; comme légende : Fidei militum ^ C'est un groupe du même genre qui, sur une monnaie des Locriens d'Italie, nous montre la ville de Rome couronnée par nîaxn;". ■Valère Maxime semble avoir en vue une œuvre de plus grande dimension lorsqu'il nous dépeint l'image vénérable de Fides étendant la main droite en signe de protection ''. J. A. HiLD.

FIDICINES [lyra, ritus, lectist'ernium].

FIDICULA — 1° Petite lyre (Xùotov) ', instrument de musique [lyra] ^. On a aussi donné ce nom, par analogie, à la constellation de la Lyre '.

2° Instrument de torture. Dans ce sens, le mot est toujours employé au pluriel ''. On n'a pas encore pu déterminer exactement quel est le genre d'appareil auquel il s'applique: quelques-uns l'ont fait venir de findcre et ont supposé qu'il désignait des crocfi, avec lesquels on lacérait les chairs du patient ; en ce cas, il serait absolument synonyme d'ungulae^. Mais celte hypothèse est inadmissible °; elle a surtout l'inconvéniont d'être en complet désaccord avec le sens premier, qui est bien établi par les textes. En général, les fidiculae sont citées parmi les instruments de torture à côté du chevalet [equuleus]. On doit, jusqu'à nouvel ordre, considérer comme vraisemblable que c'était un assemblage de cordes, qui, par leur disposition, rappelaient plus ou moins celles de la lyre {fides, fidium). Le bourreau devait les tendre [fidiculas tendere) au moyen de roues ou de chevilles, après en avoir attaché l'extrémité aux membres du patient, de façon à déboîter les os et à disloquer les articulations ''. 11 lâchait les cordes en sens inverse [fidiculas laxahal) ', quand on jugeait il propos de mettre fin au supplice. Mais les

1 Colicn, McffaiUfS consul, p. 183, Licinia, IC et 17. — 2 Eokhe!, Ouv. cit. VU, p. bO\. — 3 Du Cabinet de France. — 4 Cohcû-Feuardeut, Ouv. cit. IV, p. 19, n" 149. — t» ib. p. 407, n» 59. — G Klugraann, L'effigie di Itoma {Strenua festiv. Jtom. 1879, p. 7 et suiv). Sur les représentations figurées de Fides, v. H. Grœfe, De Concordiae et Fidei imayinihus, Saint-Pétersbourg, 1858. — 7 Val. Max. VI, 6. 1.

FIDICULA. I Arisloph. Han. 1304; Svnes. Ep. 148 ; l'iut. Mor. p. 1,33 A; Eust. //. p. 208. — 2 <:ic. De nat. deor. II, 8.-3 Colum. XI. i : Pliu. Hisl. nal. •WIII, 59. 2 et C7, 4; Varr. Fragm. p. 373, Bip. — ' Val. Mai. III, ni, 5; Senec. De ira, III, 3 et 19; Consol. ad Marc. XX, 3-, Mart. V, u, 6; Quintil. Declam. XIX, 12 ; Suet. Tib. 02 ; Calig. 33 ; Frontn, De eloqu. p. 229, Mai ; Cod. Justin. IX, 41, 16; Cod. Themlos. IX, 35, 1 et 2 ; llieron. Epist. ad Innoc. 49; Prudent. Peristeph. Hymn. X, 481 et 550 ; Isid. Orig. V, 27. — 6 D'après les Luctatii Placidi fïrammalici Glossae, rec. Deueiling (l.ips. 1875), p. 47, U : « Fidiculae suut ungulae, quibus tor([uenlur in eculeo adpensi. " — *^ Isidore, l. c. donne une étyinologio plus invraisemblable encore ; suivant lui le mol serait dérivé de fides^ bonne fo

fidiculae faisaient-elles nécessairement partie du chevalet, ou bien en étaient-elles distinctes, tout en pouvant s'y ajouter? Ici encore les opinions sont partagées. Quintilien emploie dans la même phrase les deux expressions equuleos movere et fidiculas tendere, de telle sorte qu'il semble parler de deux genres de supplice différents'. Mais les arguments que l'on peut invoquer sont, en l'absence de représentations figurées, tout à fait insuffisants pour trancher le débat.

Les fidiculae étaient ordinairement au nombre des appareils qui servaient à mettre les esclaves à la question ">. G. Lafaye.

FIDIUS [dius riDius].

FIDUCIiV. — Les actes juridiques essentiels du droit archaïque (civilia negotia), tels que la mancipalion et la cessio injure, n'admettaient ni conditions expresses' ni limitations. Mais comme, dans l'inexpérience qui caractérise les législations primitives, on avait recours à ces actes solennels dans mille occasions où il ne s'agissait pas en réalité de transférer la propriété, mais de constituer un dépôt, un gage, d'émanciper un fils, etc., la pratique força d'en adoucir le caractère absolu, et pour ainsi dire tout d'une pièce, par l'admission de certaines clauses qui furent peut-être d'abord uniquement de confiance et de bonne foi, et sans force devant la justice, d'où elles tirèrent leur nom de fiducia, contracta fiducia.

La fiducia est donc, à l'origine du moins, un contrat accessoire ajouté à la mancipalion ou à la cessio in jure, considérés comme moyens de transmettre la propriété, et par lequel l'acquéreur de l'objet transmis s'engage à en faire ou ne pas faire quelque chose. Ainsi l'acquéreur par mancipalion du fils de famille s'engage à l'affranchir ou à le rémanciper à son père ; l'acquéreurde l'objet mancipé donné en gage s'oblige à ne pas s'en défaire et à le rémanciper au débiteur après payement de la dette ; le dépositaire s'engagea rémanciper l'objet qui lui a été mancipé en dépôt, etc. La chose elle-même, objet du contrat de fiducia, se nommait fiducia ^ ou res fiduciaria.

Primitivement il n'existait aucun moyen juridique de contraindre à l'accomplissement de la fiducie^; mais les moeurs en faisaient un devoir sacré. Le seul auxiliaire donné alors par la loi à celui qui avait livré sa chose en fiducie, pour l'aider à la recouvrer, était la faculté qui lui était accordée, s'il venait à en reprendre la possession par une voie quelconque, d'en réacquérir la propriété par une usucapion d'un an, qui portait le nom spécial d'usureceptio, et pour laquelle on n'exigeait ni la bonne foi ni le juste titre ' [usucapio]. Aune époque incertaine, mais qu'on peut, suivant toute vraisemblance, fixer au moment des premiers développements du droit des jurisconsultes, on introduisit, pour comblercetle lacune,

« quod iis rei in equuteo torguentur ut fides inveniatur ». — 7 Quintil. Declam. XIX, 12 : « Tendebam fidiculas... ut leviter sedibus suis fmota compago per

singulos artus membra taxaret. • — 8 Val. Mai. III 5. — > (luiotil.

l. c. — *o Ibid. — BiBLioGHipHiE. GalloDi, De martyrum cruciatibus, c. III, Rome, 1591 et 1594, Paris, 1639; Cet. Ferrari, Etecla, I, 5; Magius, De equuleo. Hanovr. 1608 et Amsterd. 1664, et dans le Thesaur. ont. rom. de Sallengre. l. II, p. 1215, 1226, 1227; Pitiscus, Lexic.ant. rom. s. v. FioicctAS; Ward, dans les Philosophical Iransaclioits o{ the Royal Society. XXVl, Londres (1729-1730), p. 231 et s.

FIDUCIA. 1 Vatican, fr. 329 et Papin. fp. 77, Pe regul. juris. Dig. L, 17. — 2 Cic. ProFlac. 21. — 3 On pourrait soutenir qu'au contraire la fiducia a ét^ dès l'origine un contrat civil, ajouté comme lex à la mancipalion, au moyen d'une formule solennelle, dont le caractère obligatoire était garanti par la loi des Dcuxe Tables (v. Vaticana fragm. 50 et Lei. duod. lab. VI. I. inPeWA, ÀtanualeSynopH' idiu p. 721. — (Gaius, II, 59-CI ; t. CErlniaun, Die Fiducia, p. 24« et s.

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l'action fidnciae\ actioD essentiellement de bonne fo'i, et dont la formule contenait ces mots : ut inter bonos hene agier oportet et sine fraudaliotie^ ; et probablement aussi ceux-ci : uli ne propler te fidemve tuam captus fraudatusve siem. La condamnation entraînait infamie'.

Les applications connues du contrat de fiducie sont : 1° en cas de dépôt et de gage S dont il constitue les formes primitives; 2° en cas d'émancipation; 3° en cas de tutelle ; -4° on peut supposer que la fiducie intervenait aussi de la part de Vempior familiae quand il devint distinct de l'héritier, dans le testament per aes et libram.

La.fiducia disparut peu à peu sous l'empire, et il en reste peu de traces dans le Digeste, dont les compilateurs ont même interpolé en ce sens certaines lois^.

On a découvert récemment destexlesetdes monuments qui ont étendu la connaissance de la (iducia et donné lieu à de nouveaux débats. Ces documents sont le fragmentum aiestinum *, puis un autre trouvé en Espagne en 1867'; enfin des tablettes de cire découvertes à Pompéi en 1887*. Tous ces textes sont reproduits et discutés par OErtmann ', dans une monographie où il a élucidé la matière en analysant tous les systèmes antérieurs et exposé le sien propre (p. 72 à 259), que l'on peut résumer ainsi. La fiducia était un contrat annexé avec la clause fidi fiduciae causa à un acte solennel d'aliénation par cessio in jure, ou plus souvent par mancipation, comme îex mancipii. Mais ce n'était pas un contrat spécial, avec un nom et une nature propre et constante ; il recevait les applications les plus diverses en matière de droit de famille ou de propriété. 11 devait donc être accompagné d'un pacte où étaient détaillées les obligations de l'accipiens, relatives par exemple à l'émancipation ou à la sûreté fournie, etc. Ce pacte, combiné avec l'acte solennel qui le précédait, produisait, à raison des dispositions de la loi des Douze -Tables sur la Iex mancipii, une action civile, personnelle, in jus, et analogue aux actions bonae fidei à cause de la nature du contrat, et de la clause ut inter bonos bcne agicr, ajoutée à la formule. F. B.^udry.

FIGLIIXUM ou FICTILE OPUS. KEpaïAsia, xepaasix-fi ou x£oa;j.£UT!XYi te/vïi. — Termes généraux qui désignent l'art de travailler l'argile. Le nom latin de cet art vient du verbe fingo, qui correspond exactement au verbe grec T:Xi(7(Ta), et à l'origine s'applique exclusivement au façonnage des matières molles et facilement pélrissables,

1 L'action fiduciae iUH certaiiicnicnt une aelion civile; car elle est honae fidei ; or la division des actions en bonae fidei et stricii juris n'est qu'une subdivision des BcLiOMS civiles, in personam et in jus. — 2 Cic. J)e offic. IM, 15, 17. — ï Cic. Pro Jiosc. eom. 6 ; Pro Caecina, 3. — ' Paul. Sentent. Il, 13, § 2 et suiv. diîcril les effets du contrat de fiducia, en tant que relatif au gage. — 6 V.Gaius. fr. 18, Comm. Dig. Xlll, 6 ; CErtniann, Die Fiducia, p. 21 ; Du Caurroy, /ils/, expl. S' éd. Paris, 1851, II, n° 1076. — 0 Bruns-Mommsen, Fontes, 5" l'dit. p. 100. — 7 Bruus, p. Î5l ; 0. Karlowa, B. Bechlsg. I, p. "Sïi. — 8 Eck, in Heitsch. der Sarigny Sliftung, IX, p. 60. — 9 Fiducia, p. 60 et s. — BiBLincnAPHiE. Waltcr, Geschiclile des Tom. Jiechts, 3' éd. Bonn, 1860, 11, n" 60:i, 620 ; Husclike, in Savigny Zeitschrift, XIV, p. 229-267; Rudorff, Uhcr die Pfandklaijen, in Savigny Zeitschrift, XIV, p. 181-247; Huschkc, Nexum, Leipzig, 1846, p. 23; Rudorff, Rôm. Jiechtsjesc/i. Leipzig, 1857-5<1, II, p. 151, 172; Godefroy, ad. Cad. Theod. 111, 2, t. l,p.290- 295 ;Conradi,yrj:e/'cila(. II,Depaclo fiduciae, Ilelinst. 1722 ; &\^'i. De contracta fiduciae, Leod. 1824; Zachari.T, De fiducia, GStling. 18 (0 ; Rein, Das Privatrecht der Ràm. Leipzig, 1858, p. 245 et 329 ; Eachofcn, Das Pfandrecht, Basel, 1847, p. 81-138, S2C; C. Démangeât, Cours élém. de droit romain, 3" i!dil. Paris, 1876, 1, p. 615 ; II, p. 663 ; P. Vernet, Textes choisis sur la théorie des obligations, Paris, 1865, p. 77, 79, 84 et s. ; Ortolan, Explicat. hist. des Institutes de Justinien, 12* éd. Paris, 1884, III, n» 2088 ; Jlicring, Geiat d. rœm. liechls. 11, p. 51 1. 1809 ; fiernburg, Pfandrecht, I, 1860, p, 8 et s. ; Betbmann-llollweg. Civilprocess, Bonn, 1853, 1, p. 105; II, p. 280 : K. Esniarch, H. Hechtsgeschichte, 3- fdil. Kassel, 1888, p. 151 ; Leist, i'icAerunff l'or /'orrf(>ninjen rfurc/i Uebertragung F.igenthums, 1889; Bccliman, Der Kauf, II, 1870, p. 287 et s. ; V. Bassowiti, Commentalio de fiducia.

comme l'argile et la cire. C'est avec cette signification que les mots plastes et plastice sont passés dans le vocabulaire latin '. Plus tard le sens des deux mots 7:À7.7(7(o et fingo s'est étendu de la même façon, et ils sont arrivés à désigner toute espèce d'art plastique, fingere s'opposant à pingere-. Le mot ficlor, comme le mot TiXàaTViç, a pris la même extension. Mais figulus, fictilis et figlinus ont toujours été réservés à la plastique en argile. Les expressions grecques correspondantes, xîpafJLSùç', XEpau.£ix-f| OU xspajXEUT'.x-ri te/v-/], dérivent du mot xÉpajjLoç qui désigne d'une façon générale la terre employée dans les diverses branches de l'industrie céramique. On trouve aussi les mots x'\ J'spay-'.xT], xEpaiitç, xEûajxîTiç, pour désigner la terre la plus fine, ou encore TiTiXoç', (d'où TTYi^ouçyoç C t Ti-fjXozXâOoç) , pour déi-igner une terre un peu plus grossière, celle qui servait aux maçons, mais souvent aussi aux potiers. En latin, les mots qui correspondent à x£pau.oç et à 'ft\ x£pa;x!ç sont argilla ou terra tout simplement, et creia figularis ou figulinaruin. Les expressions xEpafiEix-ii té/vy] et figlinum opiis ont exactement la même extension, et s'appliquent à. toute espèce d'objet fabriqué en terrée Les mots xEciata, o(TTpixiva, oTiT-fiç fli; désignent en général les objets d'argile cuite : les expressions TiTiXiva ou ex -Kr^loù paraissent plutôt réservées aux objets d'argile crue".

L — La terre est une matière si commune, ses propriétés plastiques sont si faciles à reconnaître, que l'art de la façonner et de la modeler ne dépasse pas les bornes de l'intelligence du sauvage le plus grossier. On trouve des produits de l'industrie céramique chez les Péruviens, les Mexicains, les Kabyles, et chez les peuples les moins civilisés; dans l'antiquité, chez les premiers habitants de la Troade. L'art de travailler la terre est donc une des plus anciennes trouvailles de l'industrie humaine. Le tour du potier et le procédé qui consiste à donner à la terre plus de solidité par la cuisson, ne furent peut-être pas inventés tout de suite. Pourtant, ce sont là certainement deux inventions bien anciennes. Déjà dans les peintures égyptiennes de l'Ancien Empire, nous trouvons des représentations de potiers travaillant au tour. En Grèce, le tour était déjà connu à l'époque homérique, comme le prouvent deux vers de V Iliade'. Diodore de Sicile attribue l'invention du tour à Dédale, qui représente probablement ici la personnalité artistique la plus ancienne aux yeux des Grecs*. Quant à la

Halle, 1888; Czyblarz, /ustitutionen, 1889, p. 106 et s.; Ubbelolide, Geschichte der benannten Realkontrakte; M. Voigt, R. Rechisgesch. Leipzig. 1892, I, § 53, p. 593 et s., § 51, 2; Kunze, Cursus d. r. Rechts, 2° éi. Leipzig, 1879, § 551; P. (Ertmanu, Die Fiducia in roem. Privatrecht, Berlin, 1890; Degepkolb, in Zeitschrift fur Rechtsge.':ch. IX. p. 172, et la bibliograpliie complote donnée par tErtraaun, p. 260 et s. ; Ubbelohdo, Diss. in Zeitschrift fUr Rechtsijesch. op. laiid. XI, p. 251 ; Scbulin, I.ehrbuch der Geschichte des rœm. Rechts, StuUgart, 1SS9, p. 40, 425 et 427; M. V. Scinloya, in Bullellino deW Instituto di diritto romano, 1888, I. fascic. 1, p. 8 à 9; J. Tardif, Les nouvelles tablettes de cire de Pompéi, dans la Nouvelle revue hist. de droit fr. et êtr. Paris 18S8, t. XII, p. 472, 832; T. Moinmson, Hermès. 1888, t. XXIU, p. 157-159.

FIGl.INUM ou FICTILE OPUS. 1 Plastes 00 plasta dans Plin. XX,XV, 152 et 134; plastice (Plin. XXXV, 151 ; Terlull. De cultu fem. 2 et 3, in spectac. 18.

— 2 Fingere oppose i pingere : Cic. Ad fam. V, 12, 7 ; cf. Cic. De Orat. III, 7, 26 ; Suct. Ner. 53 ; Quintil. III, 9, 9 et V, 12, 21; Amni. XXIV, 6,3.-3 On trouve aussi .ijinioî pour «ijapiiOs (Corp. inscr. graec. 5021, 5028) ; autre noms cniployiîs en grec : xepa^ii-ùVïiî {Corp. inscr. attic. 11, add. 834 C), k'aikOoSô^o; xi^aixiù;. dans l'Mit de Diocl(>tien (Dittenberger, Inscr. graec. I, 3064, 22-29) ; en latin, Teguinrius {Corp. inscr. lat. X, 3729; Vascularius {ibid. III, 6331 ; XIV, 467, 2887. — » Plat. Theaet. p. 147 A; Berodot. Il, 136; Plularcb. Quaest. conv. II, 3, », p. 636 C.

— 6 Voy. pour le sens de tons les mots. Bliimner, Technologie und Terminologie der Gewerbe und Ktinste, vol. Il, p. 2-8. — C Voy. Milclihôfcr, Zu Gnech. Kûnstlern, p. 50-51 (eitr. du volume compost? eu l'honneur de H. Brunn), 1893.

— 7 Hora. /;. XVIII, 600. — 8 Diod. Sic. X, p. 317.

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cuisson, on ne tarda guère non plus, sans doute, à en découvrir rulilité.

Les anciens se sont servis de l'argile pour les usages les plus nombreux et les plus variés : édifices publics et privés, briques, tuiles, chéneaux, colonnes et autres membres d'architecture; pavés, citernes et aqueducs; stalues de dieux, figurines votives; petits objets servant à la vie privée, boutons pour les vêlements, pieds de fuseaux, tessôres pour les amphithéâtres, amulettes; une foule d'ustensiles culinaires et domestiques: le tonneau dans lequel le vin était fait, conservé ou exporté, le vase dans lequel il était servi sur la table, la coupe dans laquelle on le buvait ; enfin, l'argile fournissait la matière de la plus grande partie du mobilier des tombeaux : bas-reliefs, vases, statuettes, bijoux d'imitation, etc. 11 ne peut entrer dans le cadre de cet article de décrire en détail chacun de ces objets, et d'en étudier les différentes variétés. On trouvera les renseignements qui les concernent aux mots correspondants dans le cours du Dictionnaire. Notre point de vue, ici, est celui de la technique : ce qui nous intéresse, ce sont les procédés de fabrication.

Quelle était la condition sociale des artisans qui ont façonné et peint les vases, modelé les figurines dont nos musées sont aujourd'hui remplis? Les anciens n'ont jamais établi de distinction profonde entre l'industrie et l'art : le même mot té/vti servait à désigner l'un et l'autre. Pourtant ils ne méconnaissaient évidemment pas qu'il y a une hiérarchie des œuvres d'art. Le mot d'Isocrate le prouve : « Quel estcelui, s'écrie-t-il, qui oserait comparer un Phidias à un modeleur de statuettes' ? » Certains indices, d'ailleurs, nous permettent de croire qu'il y avait beaucoup d'étrangers, métèques ou esclaves, parmi les industriels qui exerçaient leur métier dans le quartier du Céramique à Athènes. Des noms comme Kolchos,Skythès, Lydos, Brygos, Sikélos, Sikanos, sont significatifs-. D'autre part, il devait y avoir aussi des hommes libres parmi eux. Pour qu'Euphronios pût consacrer ses vases sur l'Acropole et fit suivre, dans la dédicace de la base, sou nom de la mention x£pa[A£Ùç, il fallait qu'il ne rougît pas de son métier, et que ce métier fût entouré d'une certaine considération ^ Plus tard, une inscription nous fait connaître l'existence d'un collège de x£pajji.ETç à Thyatire, et nous apprend que ce collège avait élevé une statue à l'empereur Caracalla*. A Rome, d'après Pline, Numa Pompilius avait institué un collège de figuti^. Ces divers documents nous montrent quelle estime les anciens avaient pour l'industrie céramique : ils sont confirmés par une peinture de vase dont nous aurons l'occasion de parler plus bas (fig. 3041), où l'on voit deux Nikés et Athéna elle-même offrant des couronnes aux potiers qui travaillent devant elles. Quant aux coroplastes, nous savons peu de choses sur leur condition sociale. Un passage de Démosthène " nous apprend seulement qu'ils avaient sur l'agora des boutiques où ils vendaient leurs figurines.

1 Isocr. De permut. 2. — 2 K. Potticr {Sur une (enochoé d'Amasis] JifV. arch. 1889, p. 34. — 3 Corp. inscr. att. 362, suppl. p. 79. — ^ Corp. inscr yraec. 31S5. — » Plin. X.'CXV, 169; cf. Plutarch. Num. 17. — 6 Deraoslh. Philipp. I, 20. — 7 Bircli, HUlort/ of ttncienl Potlery, I, p. il et s., p. 106 et s., p. 131 cl s. — 8 pliu. vu. 194. — 9 Plin. Lac. cit. — <o Plin. Vil, 195. — » Biich, Op. laud. 1, p. 158. — 13 Pausan. Il, 27, 7; X. 5,4; X, 35, 5; X, 4,3. — 13 Vi- Iruv. Il, 8, 9; Pliu. XXXV, 172. M. liKinmer {Op. laud. Il, p. 9, il. 4) remarque que ces derniers monuments cit^s par Vitruvo ont é\.6 gthiéralement considt^n^ comme conslruils eu briques cuites (voy. Ijircli, 1, p. 159 et s.). Il fait observer que

IL Briques et tuiles. — La branche la plus simple de l'industrie céramique est la fabrication des briques; c'est aussi sans doute la plus ancienne. Dans l'architecture des Égyptiens et des peuples sémitiques. Babyloniens et Phéniciens, les briques cuites ou crues jouent un rôle important'. En Grèce, une légende attribue l'invention des briques aux héros mythiques athéniens Euryalos et llyperbios, qui auraient les premiers construit des maisons : avant eux, on ne connaissait d'autres habitations que les cavernes'. D'après une autre version, l'inventeur des briques serait Toxios, fils de Koilos, qui aurait pris exemple sur les nids d'hirondelles'. Les tuiles auraient été inventées par Kinyras de Chypre'"

[TEGI'L.\].

Au point de vue de la fabrication, les briques se divisent en deux classes : les briques crues, -XîvOoi ùj[jLat, lateres ou laterculi crudi, et les briques cuites xÀîvÔot oTTTaî, lateres corJi ou coctiles [laterJ.

L'emploi des briques crues, quoique beaucoup moins fréquent que chez les peuples orientaux ou plus tard chez les Romains, dura en Grèce jusqu'à la domination romaine". Pausanias cite un certain nombre de monuments sacrés et profanes construits en briques crues : la Stoa de Kotys à Épidaure, le temple de Déméter à Lépréos (Arcadie), le temple de Déméter Stiris à Stiris (Phocide), le hiéron d'Asklépios àPanopeus (Phocide)'^ Vitruve et Pline citent la cella du temple de Zeus et Héraklès à Patras, où l'architrave et les colonnes étaient en pierre ; à Lacédémone, des murs décorés de peintures, qui furent transportés à Rome; en dehors de Grèce, le palais des Attales à Tralles, celui de Crésus à Sardes, les murs du mausolée d'Halicarnasse ". Beaucoup de villes avaient leurs remparts construits en briques crues, entre autres Mantinée " : Vitruve cite à Athènes un mur également en briques crues '^; dans les Oiseaux d'Aristophane, les murs de Néphélococcygie sont en briques crues '^ Comme il est facile de le comprendre, nous n'avons rien conservé des édifices ainsi construits. D'ailleurs il est probable qu'en règle générale les briques crues ne servaient de matériaux que pour les habitations des pauvres gens"; pour les monuments publics, les cas cités sont des exceptions. A Rome, au contraire, jusqu'à la fin de la République, la brique crue était la matière la plus fréquemment employée pour les constructions privées et même pour les édifices publics ".

Pour la fabrication des briques crues en Grèce, nous trouvons peu de renseignements dans les auteurs. La terre (tt^iXoi;) était détachée avec des pelles (âfiai) et déposée dans des auges (Xsxivai). Elle était ensuite humectée d'eau et pétrie (oiyâ^Eiv), ordinairement avec les pieds ". Nous ne savons pas si les Grecs avaient seulement des briques crues façonnées à la main, ou s'ils se servaient de moules^". Les représentations figurées manquent. Mais on peut se référer à une peinture murale égyptienne découverte dans une tombe de

c'est une erreur ; les mots opus latericium., murus taterieius dont Vitruve se sert ici, s'appliquent toujours clicz lui aux briques crues. les briques cuites ^Lintdi^i^ées par le mot tistticeus. — H Xenopli. Helten. V, 2, 5; Pausan. VIII, 8, 5. — 16 Vitruï. II. 8, 9 ; Plin. X.XXV, 172. — «c Aristoph. Ates. 1136 et s. — " Xenopk. Memor. III, 1, 7; mot de Dt^mosthùne cité par Plularcb. Demosth. tl ;cf. Blûmner, 11, p. 10. — <s VaiTO ap. Non. s. t. Su/fundatum, p. 48; cf. Cic. De ditin. Il, 447, 99; Blûmner, II, p. 12. — 19 Aristoph. Aces, 1145-6; Herod. II, 136; Sophocl. l'ragm. 432; Aristoph. Avet, 839; Poli. VII, 165; Hcsych. s. r. if;itt,; Suid. s. V. èç^àff»». — 20 Bliimner, II, p. 16.

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Thèbes ' , et, où nous voyons des ouvriers travailleràla confection des briques, suivant des procédés très analogues sans doute à ceux employés par les Grecs. Des ouvriers, aux pieds maculés de boue, détachent la terre avec des instruments qu'il est permis de comparer aux à[j.ai des Grecs : d'autres portent sur l'épaule des vases remplis de terre, qui font l'office des Xsxivai. D'autres façonnent des briques au moule et ont devant eux des briques déjà façonnées qui sèchent à l'air.

Nous sommes mieux renseignés par Vitruve et quelques autres auteurs, sur les procédés employés par les Romains -. On donnait le plus grand soin au choix de la terre [terra later aria). On évitaitla terre sablonneuse ouchargée de gravier, parce que les briques faites de cette matière étaient trop lourdes, et se désagrégeaient sous la pluie. La terre usitée était une argile blanchâtre [terra albida, creiosa), ou rougeâtre [rubrica), ou bien encore une espèce de sable compact à gros grains [sabulo masculus). Cette terre était soigneusement épurée de toute matière étrangère, humectée d'eau, pétrie avec de la paille hachée ', ensuite soit façonnée à la main, soit coulée dans des moules, et enfin séchée au soleil. On considérait que les saisons les plus propres à la fabrication des briques étaient le printemps ou l'automne. Les briques faites pendant les chaleurs, dit Vitruve, sont mauvaises. Le soleil dessèche trop vite la surface extérieure (corium, cutis) : elles paraissent ainsi sèches, quand elles sont encore humides à l'intérieur. Lorsque, plus tard, l'intérieur en séchant se contracte, la surface extérieure, déjà durcie, se fend ; la brique est alors cassante et impropre à la construction. Vitruve recommande d'employer des briques fabriquées depuis deux ans déjà, afin d'être sûr qu'elles soient tout à fait sèches. Il insiste sur les inconvénients des briques encore fraîches : il cite une ordonnance de la ville d'Utique, d'après laquelle les briques employées dans les constructions devaient être vieilles de cinq ans, et leur parfait état de siccité constaté par les magistrats.

Une autre espèce de briques crues était fabriquée dans quelques contrées d'Espagne et d'Asie Mineure. Elles étaient d'une telle légèreté qu'elles flottaient sur l'eau. Posidonius, cité par Strabon, dit que la matière employée était une terre argileuse dont on se servait pour polir l'argent'. Vitruve et Pline disent que c'était une terre ressemblant à la pierre ponce, et ajoutent que ces briques étaient excellentes h cause de leur légèreté, de leur solidité et de leur résistance à l'humidité^.

Nous savons fort peu de choses sur l'emploi des briques cuites en Grèce. En tout cas, il semble probable qu'elles ne furent guère en usage avant le temps des successeurs d'Alexandre, ou même peut-être assez longtemps après. Il est vrai que, d'après Pausanias, le Philippéion d'Olympie était construit en briques cuites ^.

1 Rosellinî, 3/on. cïd. pi. xlix, p. 251; cf. Wilkinson, MannersandCust07ns,U,f. 90; Birch, I, p. 18-20. (ifT. 4; Blûmner, II, p. 22, fig. 1. —2 Vitruv. II, 3 ; Plin. XXXV, 170 et s.; Pallad.Mai, li; hid.Orig. XV, 8, 16; cf. Bliininer, p. 16 cl s. — 3 Elle était probablement p(^trie en gi^'Uéral avec les pieds. M, Bliimner (II, p. 18, n. 2) suppose que les marques en forme de plantes do pieds qui se voient sur nombre de briques romaines sont une esp<^ce d'allusiou à ce procédé. — * Strab. XIII, p. eu C. — 6 Vitruv. II, 3; Plin. XXXV, 171. M. Eliimner (p. 19) fait observer que des briques semblables étaient employées à Niiremhcrg au xiv* ou xv" siècle : le secret en fut perdu ensuite, et retrouvé seulement en 1791 par l'Italien Giovane Fabroni. — 6 Pausan. V, 20, 5.-7 Arch. Zeil. 1878, p. 77. — 8 Blûmner, II, p. 11, n. 4. ^ 9 l'ausan. II, 18, 3. - 10 Brongniart et Riocreux, Musée de £;ure», p. 19 ; cf. Bircb, I, p. 100 ; Blûmner, II, p. 12 n 1. — " Blumner, II, p. 12.

Ce serait le premier bâtiment daté, ainsi construit sur le sol de la Grèce. Mais l'assertion de Pausanias est très suspecte. Les fouilles d'Olympie ont fait découvrir les restes du Philippéion : les membres d'architecture sont tous de marbre ou de tuf. M. Treu, consulté par M. Blumner *, déclare que, dans les environs du Philippéion, on n'a trouvé aucun débris important de liriques, — en tout cas, pas plus que dans les environs d'autres édifices qui n'étaient pas construits en briques, — et aucun fragaient qui, par sa forme ou par les marques inscrites, ait pu appartenir au Philippéion. Au contraire, à l'est du monument, le sol est jonché de morceaux d'architecture en marbre. A moins d'admettre que toutes les briques provenant du Philippéion aient été transportées ailleurs et employées à d'autres constructions, il faut que Pausanias se soit trompé ou que son texte ait été altéré.

Pausanias cite encore un vaôç ôtvtîiç itXîvôou à Argos', mais sans dire à quelle époque il a été construit : le contexte permet de l'attribuer à l'époque macédonienne ou romaine. Le musée de Sèvres possède quelques briques cuites provenant d'Athènes, du Sunium et d'Éphèse : mais elles appartiennent à la période la plus basse de l'histoire grecque '".

A Rome, nous ne savons pas à quelle époque la technique des briques cuites commença à prévaloir sur celle des briques crues. Il est permis de croire que ce fut au moment où, la population s'élant accrue et les maisons à plusieurs étages devenant plus nombreuses, on eut besoin de matériaux plus solides". Au temps de Vilruve, les matériaux dont on se servait pour la construction des habitations privées étaient : la pierre pour les fondations [pilae lapideae), les briques cuites pour les murs [structurae testaceae), les moellons pour les cloisons intérieures [parietes caementicii), les poutres pour les toits et les planchers [contignationes] '^. L'industrie romaine attint bientôt un tel degré de perfection que les briques cuites devinrent, sous l'Empire, les matériaux les plus employés pour les constructions privées et publiques. Dans les monuments les plus somptueux, les colonnes et la charpente étaient en marbre; mais les murs étaient en briques revêtues de marbre ou de stuc. Les Romains portèrent leur habileté dans la fabrication des briques, partout où ils portèrent leurs armes. Dans les provinces, les légions furent souvent employées à construire des briqueteries ".

Les auteurs nous fournissent peu de renseignements sur les fours et sur la cuisson. On peut se faire une idée de ce qu'étaient en général les fours par les ruines d'époque romaine qui ont été découvertes en divers pays, surtout dans le sud et l'ouest de l'Allemagne, en France et en Angleterre ". La plupart sont des fours à cuire les vases, non les briques. Mais les poteries difie-

— 12 Vitruv. Il, 8, 17 ; Plin. XXXV, 173. — ISCIioisy, VArt debàlirchez les Romains, p. 205 et s. — 1'* Voy. sur les fours, Bliimner, II, p. 23-29 ; Brongniart, Traité des arts céram. t. I, p. 426-431 ; Bircll, II, p. 303-305 et 35i-3j5 ; fours nombreux sur les bords du Rbin, en particulier à Rlieinzabern (Hefner, Die rômische Tôpfcrei in Vi'estemdorf, dans les Oberbayr. Archiv. f. Vatert, Gesckichte, vol. XXII, 18C3, p. 60 et 8. ; Brongniart, Traité, I, p. 423) ; à Heiligenberg (de Caumont, Cours d'antiq. monum., t. Il, p. 211 ; Brongniart, Traité, I, p. 428; Atlas, pi. iv, fig. 1, 2 et 3 ; Bliimner, II, p. 27, fig. 4 et 5); près de Francfort sur le Mein (Otto Donner et von Uicbter, Sopra le antiche fornaci di pentolaio, Ann. deW Instit. 1882, p. 182- 186) ; à Westerndorf (Ilefner, Op. l. p. 1 et s.) ; près de Luxembourg {Public, de la Soc. du O. D. de Luxembourg, 1855, t. XI, p. 75, pi. iv, 2) ; en Angleterre, ij, NormantOEi-Field Castor, Nortliamptonsliire (Brongniart, Traité, 1, p. 426, Atlas,

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raient peu des briqueteries', et, en général, là où l'on cuisait des briques, on cuisait aussi des vases et en '^énéral toute espèce d'objets en terre. Les questions relatives à la construction des fours en général seront étudiées dans l'article fornax. Il nous suffit ici do dire que les fours à poterie se composaient de deux parties distinctes, de deux chambres superposées : le foyer, où était introduit le combustible, et le laboratoire, chambre où les pièces préparées pour la cuisson étaient placées, soit sur le sol même, soit sur des supports.

La construction des fours eux-mêmes était une branche de la céramique : on trouve dans les auteurs les mots invoTroioç et iTivoTtXâOTjç ^. Ils étaient en général construits, partie en briques cuites, partie en briques crues '.

Les produits qui sortaient des briqueteries étaient fort nombreux; parmi les principaux il faut citer : les briques ordinaires pour la construction des murs, irXivOot, lateres : elles étaient en général plus minces que celles dont nous nous servons aujourd'hui : on en trouve de carrées, d'autres en forme de rectangle oblong, d'autres encore en forme de triangle ; — les briques employées pour paver le sol, tantôt carrées, tantôt en forme de triangles allongées (/estera, spica) : certaines mosaïques était faites de morceaux de terre cuite peints de diverses couleurs ; — les briques arrondies, employées à la construction des colonnes ou des murs circulaires, des fours, des tombeaux ; — les tuiles plates ordinaires, avec les bords relevés des deux côtés (x£paij.oç, xsoaaîç \ icgula); — les tuiles creuses qui recouvraient les bords réunis des tuiles plates (xaXuTCTîip, imbrex); — les tuiles de faîtage ou antéfixes, en général, décorées de reliefs; — les tuyaux pour les conduites d'eau [aooaeductus], les calorifères, etc. ((KoXfiveç, tubuli flciiles) ; les tuyaux employés pour les aqueducs, les égouts, étaient généralement ronds, ceux servant au chauffage carrés. Les briques romaines et autres membres d'architecture en terre cuite, portent souvent des inscriptions : tantôt le nom du fabricant, tantôt une marque de fabrique, ou dans les produits des ateliers militaires, le nom de la légion '\ Nous possédons quelques poinçons en terre cuite ayant servi k imprimer ces marques : il y en avait sans doute aussi en métal, en bois et peut-être en plà'.re.

Les briques et tuiles provenant de Grèce sont plus rares. Pourtant nous en possédons un certain nombre portant des inscriptions. M. Paris ° a dressé le catalogue des briques et tuiles grecques estampillées, déjà publiées : il faut y joindre les fragments, au nombre d'une soixantaine qu'il a lui-même recueillis dans ses fouilles d'Élatée. En étudiant ces divers fragments, il est arrivé à quelques conclusions intéressantes. Il semble que l'inscription n'était pas obtenue, comme on pourrait le croire, à l'aide d'un cachet mobile, mais qu'elle était préparée en relief dans l'intérieur du moule; la tuile

[il. IV, 4; Birch, U, p. 305 ; Rich, Dictionn., art. Fohkax; Arlis, Durobriva; Blumuer, lig. 2 et 3) ; â CastiT, près de Norwich (lirongniart, p. 4i0-430, Atlas^ pi. xxv, lig. 20; Archeologia, do Londres, vol. XXU, p. 413, pi. xxx\i ; Uirch, II, p. 305) ; en France, au Chàtolet, en Champagne (Brongniart, Traité, I, p. 439); à Lezoux, en Auvergne (Brongniart, TraiU', I, p. 444 ; Mongez, flist. de l'inst. royal, 1818, t. lit, p. 15) ; à Bcllevuc, près d'Agcn {Hcv. nrch. IS6S2, pi. xxni); en Italie, à romp(''i (Fiorelli, Poiupei, p. 416, n. -9) ; près de Modùne (Cre?pe!lani, Bull. d. Inst. 1875, p. 192); à Marzabotto (Monum. d. Lincei, I, p. 2S2, pi. vnt, 7), etc. - 1 Bliimner, II, p. 24; la briqueterie et la poterie de Rheinzabcrn ne dilTèrent qu'en ce que la première est carrée et la seconde est ronde (llefner. Op. taud. p. 59) ; on retrouve les mêmes noms, Tiborius, Luranus, Priscus, Attilianus, sur les grossières iigurines en terre cuite de l'époque impériale, et sur les poteries â

recevait ainsi l'empreinte en même temps qu'elle prenait sa forme dans le moule. Suivant M. Paris, chaque tuile ne portait pas une estampille complète et spéciale. Dans chaque édifice on marquait de quelques lettres un certain nombre de tuiles, lesquelles, alignées dans un ordre prévu, formaient une inscription, indiquant d'abord si les tuiles appartenaient à une construction publique ou privée, et portant ensuite le nom du magistrat éponymc et de l'entreiircneur.

II. Vases. — A l'époque la plus ancienne, le potier (zspaixsû;) fabriquait non seulement des vases de toute sorte, mais aussi toute espèce d'objets en terre. Plus tard, les progrès de l'industrie amenèrent comme toujours une division du travail de plus en plus grande, au point que certains ateliers ne produisirent plus qu'une certaine espèce de vases. La preuve en est dans le grand nombre de dénominations spéciales que nous trouvons dans les auteurs grecs : xaSoTrotd; (fabricant de jarres), xtoOtovc/iroto; (celui qui fabrique lescothons), àt,x'j0o7:o'.ôç (fabricant de lécythes), Xu/voticoç (fabricant de lampes). La même division du travail s'introduisit aussi sans aucun doute àRome : mais les dénominations spéciales manquent: le mot figulus désigne indifféremment tous les ouvriers qui travaillent l'argile.

Les opérations essentielles pour la fabrication des vases sont : 1° la préparation de la terre ; 2° le façonnage; 3° la cuisson. Tout le reste, enduit, peinture, glaçure, vernis, décoration en relief est en quelque sorte accidentel, el Aarie suivant les temps et les espèces de vases.

1° Les auteurs anciens ne nous apprennent rien sur la confection des pâtes céramiques. Nous savons en tout cas qu'on attachait beaucoup d'importance aux qualités de la terre. A l'époque où l'on fabriquait chez soi les poteries destinées aux usages domestiques, les auteurs anciens demandaient qu'un bon maître de maison assistât lui-même à la préparation de la terre". Comme pour la fabrication des briques on humectait d'eau l'argile, on l'épurait de tout élément pierreux, et on la pétrissait soigneusement.

2" Le façonnage pouvait se faire de trois façons différentes, au tour, à la main, ou au moule.

Le tour (tdo/ôç xepaatxôç, OU simplement ^po/o;, plus rarement Topvoc, rota, rota jigularis, orbis)a. été connu dès l'antiquité la plus reculée. Nous avons peu de renseignements sur la forme et sur le mode d'emploi du tour en usage chez les anciens. Nous ne savons pas si les anciens le mettaient en mouvement avec les mains, ou, comme aujourd'hui, avec les pieds. Dans les vers de Y Iliade auquel nous avons déjà fait allusion', Homère parle seulement des mains. Nous trouvons en effet des représentations du tour mis en mouvement avec les mains, sur les peintures murales égyptiennes', et aussi sur un certain nombre de monuments grecs, en particulier sur deux

vernis rouge de la même époque ; d'où l'on peut conclure que la Taisselle d'argile el les statuettes étaient ordinairement fabriquées dans tes mômes ateliers (Pottier. les Statuettes de terre cuite dans l'antiquité, p. 241 ; cf. Blanchet, Étude sur les figur. de t. c. de la (iaule romaine, p. 51-23). — S pial. Theaet. p. 147 A ; PoU. VII. 163 : Luc. Prom. 2. — 3 Bliimner, II, p. 24. — * Les «pa^-Sii xop.'vfttat paraisseol jouir d'une réputation spéciale; voy. Corp. inscr. attic. II, 1054 ; add. 834.

— t Voy. C. i. Inf. X, p. S4t et s. ; p. 683 et s. ; pour les tuiles légionnaires, Toy. C. i. lat. III, p. 578 et s. ; sur les briques légionnaires d'Afrique, Païlu de Lesserl, lleiiie de l'Afrique franc., I8S3, p. 206, 233 — ' P. Paris, Élalée, p. 110-118.

— 7 Gcopon. VI, 3.-8 /liad. XVIII, 600. — » Brongniart, Atlas, pi. m, fig. 4 et h; Rosellini, J/on. civ. II, SI; WilkiosOD, Mttimers and CuslO¥ns, 111, 163; Bircb. 1, p. 46.

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fragments de vases à figures noires (fig. 3033)', sur une plaque corinthienne du musée du Louvre ^ et sur une

Fig. 3Ûj3. — Tour i3c [Jutirr.

hydrie à figures noires du musée de Munich^ (fig. 3034). Dans la plupart de ces représentations, d'ailleurs, il s'agit de grands vases auxquels deux ouvriers travaillent en même temps :

l'un, assis, tourne le tour avec ses mains, tandis que l'autre, debout, façonne la terre.

Pourles vases plus petits, fabriqués par un seul ouvrier qui tournait et façonnait en même temps , la combinaison si simple en usage aujourd'hui devait être connue des anciens : le potier

donne avec le pied l'impulsion au grand tour inférieur (rpo/ôv éXaûvEtv) ', tandis qu'avec. les mains il façonne la masse de pâte placée sur le tour supérieur plus petit, et uni à l'autre par un arbre de couche ^ Cette dernière opération s'appelait 'éXxeiv, ducere ° : l'ouvrier enfonçait les deux pouces dans la masse de terre, et avec les paumes il façonnait les parois extérieures du vase à mesure qu'elles se formaient sous l'action du tour. Un fragment de vase à figures rouges, malheureusement en très mauvais état, trouvé dans les fouilles de l'Acropole d'Athènes, nous montre deux ouvriers assis près d'un tour : l'un d'eux a la jambe étendue, comme s'il mettait le tour en mouvement avec son pied : mais la roue inférieure du tour n'est pas suffisamment indiquée pour qu'on puisse rien affirmer". On tâchait que les parois fussent le plus minces possible, pour rendre le vase plus léger, sans toutefois lui faire rien perdre de sa solidité. Au dire de Pline \ il y avait dans un temple d'Érylhres deux amphores remarquables par leur peu d'épaisseur : c'était le résultat d'un concours entre un maître potier et son élève. Les anses, et aussi le col et le pied des vases, étaient tournés ou moulés à part et ajustés après qu'on avait laissé sécher le vase à l'air libre. Pour obtenir une surface parfaitement lisse, et effacer toute trace de la soudure des parties rapportées,

1 Antike Denlemaler. vol. I, 1860, pi. vi.., Hg. 17-18 - s Rajcl cl Collignoii, Bhl. de la céramique grecque, p. 147, Ùg. 6G. - 3 Jalin, Berichte d. Sachs. Gescliscl,. d. Wissensch. 1854, pi. i, 1 ; Bircl., I, p. 249 ; Bliimncr, II, p. 47, fig. 8 ; Rajet et Collignon, Op. laud. Inlrod. p. 7, fig. 2. - ' Arisloph. Ecoles. 4 - 6 Blûmner, II, p. 38 ; Uirch. II, p. 229-230. - 6 Dio Chrjsost. LXll, « ;

Fi". 3035. — Façonnage du \ase.

Fig. 3034. — Atolier de potier.

on soumettait ensuite le vase au polissage. Une coupe de Corneto, appartenant au musée de Berlin' (fig. 3035), nous montre un ouvrier travaillant à un skyphos déjà muni de ses anses, mais qui n'a pas encore reçu sa décoration peinte, tandis que d'autres vases déjà vernis sont posés près d'un four. 11 tient à la main un outil qui a suggéré aux archéologues plusieurs hypothèses diflércntcs. La moins vraisemblable

est celle de Birch, qui pense que l'ouvrier est occupé à modeler les anses delà coupe. Jahn, suivi par M. Blûmner et MM. Rayel et Collignon, suppose qu'il polit le vase avec un morceau de bois ou de cuir. Mais la position et le mouvement de la main ne paraissent pas très bien s'accorder avec cette expiicaliiin. 11 est possible que l'instrument tenu par l'ouvrier soit un calibre, instrument de métal donnant la courbe du vase, dont les potiers se servent continuellement, encore aujourd'hui.

Dans les fouilles pratiquées sur les emplacements des

Outils de jjotier.

fours à poteries romains, on a souvent trouvé des outils en bronze et en ivoire, assez semblables à ceux qui sont

Quiiilil. II, 17,3; l'ini. XXXV, 161. -^ Millh. Alh. 18S9, XIV, p. 197 (article de M. bliimncr). — 8 Plin. VII, 51.i-57. — 5 Gerliard, Feslgedanken an Winckclmnnn, lierlin, 1811, pi. ", 3; Jalm, Ber. d. Sâchs. Ces. d. Wiss. 1854, pi. l, 2; liircli, I, p. 233; Blilmnor, II, p. 50. lig. 10; Rajet el CoIIiguoil, /nirad. p. 9, Cg.7.

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Fig. 3037. — Ajustage des anses.

en usage aujourd'hui. La figure 3036 représente des outils provenant d'Arc/zo ' : les uns sont dos ébaunhoirs; un autre, celui qui se termine par une sorte de roulette,

servait sans doute à enlever le superflu de la pâte pendant que la pièce tournait sur le tour. On peut reconnaître un de ces outils sur une pierre gravée (fig. 3037) % où Ton voit un ouvrier probablement occupé, soit à modeler les anses d'une petite amphore, soit plutôt à effacer les traces de la soudure, après avoir ajusté les anses au corps du vase.

Sous tous les rapports, les vases grecs se distinguent par une perfection technique qui n'a jamais été atteinte depuis. Certaines pièces présentent à l'ouvrier moderne le plus habile de véritables problèmes de fabrication ^ Les anses offrent souvent des méplats tellement réguliers qu'ils sembleraient avoir été laits à la filière. Les collages des parties exécutées à part sont si bien faits que, dans les vases qui nous sont parvenus, les anses sont plus souvent cassées que décollées. Il n'en est pas tout à fait de même des pieds, qui sont souvent séparés et laissent voir le plan de section, — piqué ou gratté au moyen d'un instrument tranchant [chiquetage) — , qui avait servi à recevoir la barbe tine*.

Les vases n'étaient pas tous façonnés au tour. Nous avons un nombre considérable de vases, surtout italiotes ou de provenance provinciale, dont la forme grossière et la surface rugueuse prouvent qu'ils ont été façonnés à la main. Ce procédé a toujours été une exception pour les petits vases, mais a été fréquemment employé pour les pièces de grande dimension, telles que jarres, cuviers, amphores, qu'il n'est pas facile de confectionner au tour. Celles-ci étaient en général montées rondes par le procédé du colomhin et du façonnage à la main sur le plateau ou iournette : ici ce n'est pas la pièce qui tourne devant l'ouvrier, c'est celui-ci qui tourne autour de la pièce ^ La fabrication des grands vases passait pour difficile : on le comprend quand on voit comment les anciens savaient les faire à la fois minces et pourtant solides.

Une autre catégorie de vases était façonnée non pas à la main, ni au tour, mais au moule. Ce procédé, qui est rare à la belle époque de la céramique grecque, a été employé pour un très grand nombre de poteries romaines et étrusques.

3° Une fois le vase façonné, le pied et les anses ajustés, on le faisait sécher à l'air. Les poteries les plus simples étaient alors terminées. En effet, nous savons que certaines poteries, surtout d'usages domestiques, étaient seulement cuites au soleil : on les appelait vasa cruda,

« Fabroni,S(or. d. vas. fitlil. Arel. pi. m, 9, 10; V, 7, 8, 6, p. 64; Bliimncr, II, p. 110, Rg. 25; cf. Brongniart, Traité, I, p. iH. — 2 Millin, Peint, de vnses, t. I, vignelle du lilre (= Panofka, Hild. ani. Lf-brns, pi. viii, 9; Jahn, Ber. d. Sadis. Ces. d. Wiss. 1851, pi. i, 4; Brongniart, Traité. I, Tignetto du titre; Blumncr, II, fig. 13. — 3 Voir les exemples et les expériences cil(5s par Brouenart, Traité, \, p. 657-55!>. — » Brongniart, Traité, I, p. 555-556. —6 Brongniart, Traité, I, p. 21 et u. 1 et 2 : il cite d'âpre I.etronne un passage des Géoponiqttes qui a rapport à la fabriralion de ces grandes pii^ces ; « les nîOoi sont des vases propres .\ conserver les denrées : les petits se font à la roue, les grands

wu.i'^. Mais, dans la plupart des cas, les vases étaient cuits au four comme les briques. Cette opération était une des parties les plus importantes de la fabrication. Une température trop élevée peut faire éclater les vases, altérer les couleurs des fonds ou des peintures, par exemple changer l'enduit noir en rouge ou en brun'^. Quelquefois la fumée mal dirigée a noirci des endroits originairement rouges' : d'autres fois il se produit des boursouflures ou même des gauchissements de la forme qui viennent sans doute de ce que les vases, encore à l'état de mollesse, ont été mal disposés dans le four et comprimés les uns contre les autres. Une plaque corinthienne du musée de Berlin ' (lig. 3038) nous montre le

Fig. ^038. — Fnur rempli de po'.eries.

plan de l'intérieur d'un four garni de vases; il est probable que la perspective est tout à fait conventionnelle : car on a peine à croire que, dans la réalité, les vases fussent ainsi couchés sur le flanc : la flamme arrive par des ouvertures percées dans la circonférence du four. Il est vraisemblable que les vases étaient en général dressés, isolés, soit sur le plancher même du laboratoire auquel aboutissaient des tuyaux de terre cuite distribuant la chaleur, soit même sur des supports en terre cuite'". Les vases grecs que nous avons conservés nous fournissent de nombreux exemples d'accidents de cuisson ". Ces accidents étaient fort redoutés des potiers anciens : on les attribuait à l'influence de génies malfaisants que nous fait connaître le petit poème pseudo-homérique intitulé Le Four, Kiatvo; : Syntrips (celui qui brise), Smaragos (celui qui produit les craquelures), Asbetos (celui qui noircit). Pour détourner ces maléfices, on plaçait près des fours des àTroxpôiiata : l'hydrie de Munich, déjà citée, nous montre un four placé sous la protection d'un masque de Silène (fig. 303 4). La plupart des vases grecs, quoique beaucoup moins cuits que les poteries modernes, ont été soumis à deux cuissons successives ou même davantage. Les vases étrusques de bucchero nero étaient seulement exposés à une chaleur douce. D'ailleurs, il n'y a pas de règle générale, comme le prouvent les différences qu'on peut remarquer entre des vases de même espèce et de même fabrication.

Les trois opérations que nous venons de décrire suffisaient à l'achèvement des poteries les plus simples,

se façonnent à m^me la terre ■ (Geopon. VI, 3). D'après un texte peu clair (PoU. VII, 161), pour tes pièces non façonnées au tour, on plaçait le ballon de pâle autour d'un noyau de bois appelé xàwaÇo;; voy. Bltlmner, lï, p. 42 et n. 3.

— '• Plin. XXXI, 130. — 7 Brongni,irl, Traité, I, 553 et 560. — 8 Id. Ibid. I, p. 56n.

— 0 Antike Denkmaler, I, 1SS6, pi. vui, fig. lO»; Ravel et Collignon, Introd. p. 14, flg. S. — 10 Brongniart, Traité, I, p. 428-429. — H .M. Durand-Gréville. dans deux articles ingénieui, publiés par la Hev. arckéol. (1891, H, p. 99 ; 1892, I, p. 363) sur La couleur du décor des vases grecs, attribue les altéralioas de couleur, nou pas à des accidents de cuisson, mais i l'aclioD du t«nip$.

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particulièrement des vases de ménage, qui sont restés à peu près semblables à toutes les époques de l'antiquité. Pour les vases plus compliqués, un certain nombre d'opérations prenaient place entre le façonnage et la cuisson. Nous les décrirons à propos des diflérenles catégories de vases que nous allons passer en revue au point de vue technique.

Vases peints grecs. — La terre des vases peints grecs est en général très tendre : elle se laisse rayer facilement, ou même couper avec un instrument tranchant : elle est très fine et très homogène, mais de texture poreuse. Les éléments principaux qui entrent dans la composition de cette pâte sont la silice, l'alumine, l'oxyde de fer, la chaux, la magnésie. Les analyses, qui d'ailleurs ont été faites seulement sur des vases de provenance italienne, et principalement campanienne, donnent les proportions suivantes pour ces différents éléments'.

Silice

varia n

t de

Alumine

O.^yde de fer. .

Chaux

Magnésie

La couleur de la terre est très variable. La plus ordinaire est l'ocre dans toutes ses nuances, depuis le blanc jaunâtre jusqu'au brun rouge. Les potiers antiques semblent avoir obtenu la belle coloration rouge, qui était la plus appréciée, par des additions d'oxyde de fer. D'après les auteurs, la terre d'Attique, et spécialement celle qu'on trouvait au cap Kolias, était renommée, non seulement à cause de sa finesse, mais aussi parce qu'elle se laissait facilement mêler au minium ^ Pourtant les expériences les plus minutieuses faites sur les vases grecs n'ont jamais donné aucune proportion de minium ni de cinabre ^ Dans certains ateliers, on mêlait aussi, paraîtil, à la terre des substances odorantes'.

Une observation curieuse, faite sur quelques vases grecs, semble prouver que les anciens doublaient quelquefois leurs vases c'est-à-dire qu'ils les façonnaient avec deux pâtes différentes, la plus fine et la plus rouge occupant le tiers de l'épaisseur et formant la paroi extérieure destinée à recevoir la peinture, tandis que la paroi intérieure, plus épaisse, était d'une terre plus ordinaire, quoique encore assez fine ^.

Les vases les plus anciens, ceux de la Troade, d'Ialysos, de Tbéra, de Mycènes, et aussi les vases à décor géométrique, trouvés en Grèce et en Italie, montrent en général la terre avec son aspect naturel, tantôt jaunâtre, tantôt grisâtre, mais sans aucun mélange d'ingrédient colorant : la pâte est ordinairement d'une texture assez grossière, et incomplètement cuite. A la belle époque, la terre rouge devient dominante, et présente les tons les plus riches et les plus brillants. Avec la décadence de la peinture et du style, la qualité de la terre diminue. Dans les produits locaux de l'Italie méridionale, la couleur de la pâte devient plus pâle; c'est souvent un jaune rougeâtre d'aspect sale. Dans une classe de vases grecs

1 Voy. le tableau des analyses faites sur les vases de Vulci,de Campanie et de Sicile par Campanari, Brongniart, Miltin, Gargiulo, Abeken, dans Bliimncr, II, p. 56. — 2 mî>.toî, rubrica : voy. Suid. s, v. xu^idSo; xtpaix^c;. — 3 John, Die Malerei der Allen, p. 174; cf. Biiimner, 11, p. 57. — * Atlien. XI, p. 464 B et C ; Bliimncr, II. p. 36, — & John, Op. latid. p. 176; BIGmner, II, p. 57. — 6 Compte rendu de Sairtt-Pétersb. 1874, p. 42. —1 Ecoles. 093 et 1032; cf. le schol. de Platon, Ad f/iiip. min. p. 368 C (il nicnlioune aussi l'alabastrej ; cf. Atben. VIII, p. 3C8 D ; XI, p. 46U B, Piutarch. JJe

de la Russie méridionale, décrits par Stéphani *, la pâle est une terre grossière, à gros grains, à surface rugueuse, employée telle qu'elle a été trouvée : les parois sont très épaisses : les vases sont trois ou quatre fois plus lourds que les vases grecs ordinaires.

Une fois le façonnage terminé, le vase passe aux mains de l'artiste chargé de le peindre.

La technique employée pour les vases primitifs est très simple : les ornements sont directement appliqués au pinceau sur le fond naturel de la terre. La couleur la plus ordinaire est un noir qui, surtout dans les traits les plus fins, a pris souvent des teintes brunâtres, rougeâtres, ou jaunâtres, soit par l'effet de l'humidité et du temps, suivant l'hypothèse de M. Durand-Gréville, soit plutôt sous l'action du feu mal dirigé pendant la cuisson.

La technique des vases qu'on a l'habitude d'appeler par excellence les vases peints est plus compliquée. Bien que ces vases nous soient parvenus en très grand nombre, nous trouvons sur eux peu de détails significatifs dans les auteurs. Les lécythes peints d'Athènes sont mentionnés par Aristophane '. Pindare cite les vases panathénaïques '. Athénée, Pollux et les lexicographes ont laissé de nombreux renseignements sur les noms, les formes et la destination usuelle des vases'. Pour la technique les monuments seuls peuvent nous instruire.

Le passage d'Aristophane auquel nous venons de faire allusion montre que l'artiste chargé de peindre le vase n'est pas toujours celui qui l'a façonné. Ce fait est prouvé également par les nombreuses signatures d'artistes qui nous ont été conservées. On trouve souvent sur le même vase deux noms différents : r*in, avec la mention ÈitoiTia-e, l'autre avec la mention 'Éyoa'le ; le premier désignant le potier, l'autre le peintre'". Mais cette division du travail n'a jamais été absolue, comme on peut s'y attendre dans un pays où l'industrie et l'art n'ont jamais été complètement séparés : les artistes les plus renommés ne dédaignent pas de s'exercer aux opérations techniques du façonnage; on rencontre souvent accompagné du verbe Inorr^Gs. le nom d'un artiste qui, sur d'autres monuments, signe comme l'auteur des figures.

A part quelques groupes de céramiques exigeant une technique particulière, les vases peints grecs se divisent en deux grandes classes représentant deux méthodes qui furent successivement en faveur : les vases à figures noires sur fond rouge, et les vases à figures rouges sur fond noir. Le premier procédé a longtemps régné sans partage et a été employé jusqu'à la fin du v" siècle, et même plus tard". Le fond est donné par la couleur naturelle de la terre. L'artiste cherche d'abord son esquisse au pinceau, en se préoccupant seulement de ne pas entamer la partie du vase qui ne recevra pas de couleur '^ Cela fait, il cerne le contour général des figures d'un trait incisé dans la terre au moyen d'une pointe, et il remplit ensuite avec un pinceau chargé de couleur noire l'espace ainsi délimité. Le dessin n'a encore que la valeur d'une silhouette. En se servant d'une

genio socrnt. 5, p. 577 E; Slrab. VIIl, 23, p. 382. — 8 Nem. X, 33. — 9 Voy. la priîface d'O. Jahn, Vasensamml. .Miinclien, p. lxxxv et s. ; Krause, Arir^eio/o^ie, Halle, 1854 ; Ussing,Z>e?tomi7ii6.ya5orum, Copenhague, 1844. — 10 II est possible que ï-oftiai tout seul dt'signe celui qui à la fois a façonné le vase et peint les figures (voy. Klein, Meiste'Siffnal. p. 14). — tl Los vases du Kabirion peuvent être de la fin du v* siècle. Certains vases italiotes à figures noires sont du iv" sii>cle, au plus loi. — 12 Peterscû. Vasenstudien, Arch. Zcit. 1879, p. 1-19 ; Bayctct Collignou, lntrod.\\.^.

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Fiff. 3U39. — Sécliage du vase.

pointe aiguë qui fait reparaître le ton rouge do la terre, l'artiste indique alors avec la plus grande minutie tous les détails de la musculature et du costume. C'est une véritable gravure au trait qui rappelle les procédés employés dans l'art du métal, et en particulier pour les ornements gravés sur les plaques de bronze archaïques'. Evidemment on ne pouvait procéder ainsi qu'avant la cuisson définitive. Si le vase avait été complètement cuit, le burin aurait fait éclater le vernis noir, et les traits n'auraient pas la pureté et la finesse qu'on admire dans les vases grecs. Là-dessus tous les archéologues sont d'accord, mais il est difficile de décider si l'opération de la peinture avait lieu après un simple séchage au soleil, ou après une première et douce cuisson. Quelques savants ont môme pensé que les vases étaient peints en sortant du tour, quand la terre était encore fraîche^. Le plus vraisemblable est de supposer soit un séchage, soit une première cuisson à, un feu très doux. Une pierre gravée publiée par Millin^ semble confirmer cette hypothèse (fig. 3039). On y voit un ouvrier qui place, sur le sommet d'un petit four de forme particulière, une amphore, sans doute pour la faire sécher ; afin de ne pas imprimer ses doigts dans la terre encore molle, il se sert de deux petites baguettes, à l'aide desquelles il porte le vase sur le four. M. De Witte suppose qu'une autre cuisson, encore très modérée, intervenait entre l'application de la couleur noire et la gravure des détails à la pointe, ce qui porterait le nombre des cuissons à trois, et même peut-être à quatre , pour les vases à engobes \ L'examen des vases à figures rouges montre qu'eux aussi ont été seulement exposés, soit à un simple séchage, soit à une chaleur douce, avant de passer entre les mains

de l'artiste chargé de les peindre. Le procédé est ici différent, les figures étant réservées sur le fond qui devait être ensuite couvert de couleur noire.

Un petit fragment de coupe inachevée, appartenant au musée de Sèvres "" (fig. 3040), nous donne un exemple significatif de la méthode employée par les potiers grecs. Une fois l'esquisse établie au crayon sur la terre encore un peu molle, l'artiste prenait un

* Rayot et CoUignon, Tntrod. p. 10 ; sur lo rapport de la technique des vases à fleures noires avec celle des plaques de bronze gravOes, voy. Mllchliofer, Die Aitfuiige der Kunst in Griechetiland, p. 170. — 2 I)uc de Luynes, Annal. deW tnnl. l. IV, p. 143-144. — SMiUin. Peint, de vases, t. Il, vignette du litre = Panofka, Uild. aitl. LeOens, pi. vni, 8 = Jalni, Ber. d. Sàchs. Ges. d. Wiss. 1854, pi. i, 3 = lirongniart. Traité, II, vignette du litre = Bliimner, II, llg. M. — * Do Witle, 1-Studt's sur les vases peints, p. 28 = Gazelle des Beaux-Arts, 1863, vol. 1, p. 258. — b Brongniart, Traité, I, p. 563, fig. S3 ; Blumner, II, p. 79, fig. 14 Itayel et CoUignon, Jntrod. p. 10, Cg. 3.-6 Peut-ôlre se servait-on d'un cestre, esptVe de lire-ligne (Voy. De Witle, Et. ». les vases peint», p. 89). — ' Jaliii, Einleil. zur Vasensnmml. d. K6n. Ludwig, p. 142, n. 1073 ; Blûmner, 11, 79. —S Voy. De Witle. Et. s. les vases peints, p. 33. — » Brongniart, Traité,

Fig. 3040. — Esquisse.

pinceau chargé de couleur noire, et cernait les contours d'un large trait destiné à les protéger contre tout écart maladroit, quand il s'agira de remplir le fond; il pouvait en même temps rectifier légèrement son ébauche primitive. Celte précaution prise, il dessinait au pinceau tout le détail intérieur des figures : ici les tâtonnements et les retouches sont impossibles : il a fallu à ces ouvriers-artistes une admirable dextérité de main pour tracer au pinceau des traits dont la finesse, la sûreté et la précision nous étonnent^. Le dessin terminé, il ne reste plus qu'à étaler la couleur noire entre les figures, opération facile et purement machinale qui était probablement confiée en beaucoup de cas à des ouvriers moins habiles''. Jamais les potiers grecs n'ont employé, comme on l'a supposé autrefois, ni pour les figures ni même pour les simples ornements, les procédés mécaniques du calque et du poncif, non pas même quand ils voulaient répéter un motif. Nulle part on ne trouve deux dessins absolument identiques. Le musée de Sèwes possède deux fragments de vases, donnés par le duc de Luynes, qui représentent le même sujet, composé et dessiné de la même manière : mais on remarque de légères difi'érences, suffisantes pour exclure l'hypothèse d'un procédé mécanique '. D'autres exemples montrent d'ailleurs avec quel soin les artistes grecs établissaient leur esquisse. En regardant à jour frisant certains vases à figures rouges, on distingue dans le fond noir des lignes brillantes qui suivent de près les contours des figures, mais sans concorder avec elles : ce sont les traces de l'esquisse primitive que l'artiste a cherchée sur la terre encore molleavec un crayon durou une pointe émoussée '". On n'est pas d'accord sur la composition de l'enduit noir qui forme le décor des vases peints grecs. Les nuances varient un peu d'un vase à l'autre : le noir foncé est la couleur dominante; quelquefois, le noir tire sur le brun ou le rougeàtre, quelquefois même sur le grisou le verdâtre. On rencontre souvent ces différentes nuances sur une même pièce. Ces teintes changeantes sont très probablement dues à des accidents de cuisson. L'éclat de cet enduit est très variable. Certains produits négligés sont tout à fait ternes : les produits soignés de la bonne époque se font en général remarquer par leur lustre brillant. L'épaisseur de cet enduit est loin d'être toujours la même : la couche de couleur est quelquefois si épaisse qu'on en sent le relief au doigt. L'enduit adhère très fortement à la pâte, sans cependant se combiner avec elle. Il tient mieux sur les vases d'un bon travail que sur les poteries ordinaires. Il n'est pas rare de voir des places entières d'où l'enduit s'est détaché en laissant reparaître le fond rouge de la terre. Les différentes expériences faites par les chimistes et les archéologues pour déterminer la composition de l'enduit noir ne sont pas très concluantes ". Il semble que les éléments prin-

I, p. SCiî. — 10 Voy. entre autres une coupe de Chaclirylion do la colleelioo

0. Rayet (Rayel et CoUignon, p. 176-177, fig. 71 ; dans la figure on > indiqué an pointillé les traces del'esquisse première). — '• On trouiera eiposi<3, dans le livre .le M. Blûnincr (II, p. 78), les résultats des principales analyses, el les hypothèses de Hausmann [Deconfeclione rasorum fictilium quae vulgo Elrusca vocantur, dans les Comment. Soc. reg. scient. Gotting. rec. vol. V, 1823. p. 133 et s.) ; Jorio [Sut melodo degli antichi nel dipingere i vati, Napoli, 1813) ; Caylus {Becueil d'antiquités, I, p. S6 et s.); Grivaud {Antiq. gaul. et rom. p. 126) ; d'Hancarville {Antiq. gr. Il, p. 148); Scheerer (BOlliger. Grireh. Vaseng. I. lir. 3, p. 27); Vauquclin i.Millin, Peint, de rases, p. 7, n. 47); Duc de l.ujnes [Annal, d. Inst. Is3i, p. 142 et s.) ; Keller [Die rotke rim. Tôpfenoaare, p. iS) ; cf. Brongniart, Traité,

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