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La cuisson exigeait beaucoup de soin et d'attention. Si l'évaporation ne se fait pas bien, si la température est trop élevée, la figurine éclate ou s'effrite, les parties rajoutées se détachent. Les accidents de cuisson n'étaient pas rares, si l'on en juge par les fragments de Tarse dans lesquels M. Heuzey a reconnu des rebuts de fabrication détachés pendant la cuisson *. Pour éviter les accidents on portait les terres cuites au four seulement après qu'elles avaient séché pendant quelque temps à l'air libre, ce qui déterminait un retrait lent et progressif de l'argile : les parois étaient d'ailleurs très minces, afin que ce retrait fût aussi faible que possible. De plus, une ouverture assez large, de forme ovale, rectangulaire ou triangulaire, qu'on appelle le trou d'éveni, était pratiquée au revers de la statuette, afin d'offrir un passage facile à la vapeur d'eau. Le feu du four était maintenu à une température modérée, les figurines n'ayant pas besoin de devenir très dures : on remarque en effet que la plupart des statuettes antiques sont très peu cuites -.
Après leur sortie du four, |les figurines étaient remises aux mains de l'ouvrier chargé de les peindre. Toutes les statuettes antiques ont été peintes. La figurine était d'abord passée dans un bain de lait de chaux qui servait de soutien aux couleurs. Les couleurs les plus souvent employées sont toutes les nuances du rouge, depuis le vermillon jusqu'au rose, le bleu, le jaune, le brun, le noir, le vert. Les différentes teintes du rouge et du bleu sont de beaucoup les plus fréquentes '. Elles sont appliquées sur toutes les parties de la statuette, à l'exception du revers. Le jaune est le plus souvent réservé pour servir de soutien à la dorure, qu'on rencontre exceptionnellement dans quelques produits de Tanagra et de Myrina, sur les ornements du costume, bandelettes, diadèmes, boucles d'oreille, colliers, bracelets. Dans une seule fabrique, celle de Smyrne, on trouve la dorure appliquée sur le nu : quelques figurines de cette provenance sont entièrement dorées, de manière à imiter les petits bronzes dorés, contrefaçon analogue à celle des vases en terre cuite revêtus d'une mince couche d'argent ou d'or'. Toutes ces couleurs étaient appliquées à froid, ce qui explique leur peu d'adhérence à la terre ^
Nous possédons de très nombreuses figurines de technique romaine et gallo-romaine *. Les procédés de fabrication restent à peu près les mêmes, le façonnage au moule étant la règle, comme pour les terres cuites grecques Mais le modelé devient de plus en plus lourd et négligé : la science du coloris se perd : le revers est
^Les fragm. de Tarse au Mus. du Louvre (extr.de la Gaz. des Beaux Arts. nov. 1876). — 2 PoUier, Slatuelles, p. 258. — 3 PoUier et Reinach, la Nécropole de Myrina, p. 138 ; cf. Luc. Lexipfi. 22. — » Polticr, Statuettes, p. 260 et p. 191 ; Reinach, Esquisses archéol. p. 220. — 6 Voir l'aualyse de ces couleurs dans la Gaz. des Beaux-Arts, avril 1875, p. 30".» : on a trouvé au Piri'-e. dans un tombeau de femme, quinze coquilles contenant la plupart de ces couleurs {Coll. 0. Jtayet, p. 45. n° lui ; 'EfïimfU àf/.«io7.oYixï-, 1838. p. 99-102; Martha, Catal. Introd. p. 20. — 6 Potlicr, Statuettes, p. 227-245. — ^ Ibid. p. 233 ; von Roliden, Terracott. v. Pompeji, p. 22-23 ; Blanchet, Étude sur les fig. en t. c. de la Gaule romaine {Mém. de la Soc. des antiq.), p. 50 et s. — 8 Pottier, Statuettes, p. 244. — BuiLiucBAPHiE. DAgincourt, Recueil de fragments de sculpture antique en terre cuite, Paris, 1814 ; Avolio, Délie antiche fatture di argilla che si ritrovano in Sicilia, Palcrme, 1829 ; Van Baslelacr. les Couvertes, lustres, vernis, tnduits, engobes, etc. de nature organique employés en céramique chez les Itomains, Anvers, 1877 ; Bircli, [liston/ o( ancient poltery, Londres, 1858 ; Blumncr, Technologie und Terminologie der Gewerbe und Kûnstc bei Griechen und R6mem, Leipzig, 1879, t. II. p. 1-139 ; Brongniart, Traité des arts céramiques, Paria, i' édit. 1854; A. DcviUe. Recherches sur la peinture des vases antiques, Koucn, 1842 ; Dumont et Chaplaiu, les Céramiques de la Grèce projire, t. I, l'aris, 1883 ; Garjiulo, Cenni sa i vasi fittili ilalo-ijreci, Naples, 1831 ; H.ius-
de moins en moins travaillé : le trou d'évent disparaît : les figurines ne sont ouvertes que par la base'. L'industrie céramique se meurt : il parait peu probable qu'elle ait persisté au delà du iv' siècle de notre ère ; en beaucoup d'endroits elle a dû décroître rapidement à partir du ii° siècle '. P. Jamot.
FIMBRIAE. — Les Grecs appelaient Oûiravoi, xpoucoi, xîâîTreSa, quelquefois xopu[jLêot — ces mots s'expliquent les uns par les autres, dans les lexiques — et les Romains appelaient fimbriae tout ce que nous désignons proprement par le mot franges.
I. L'emploi des franges remonte à la plus haute antiquité, et semble originaire de l'Orient asiatique. La présence en est très rare sur les monuments égyptiens; cependant nous ne pouvons douter que certains vêtements d'Afrique n'aient été bordés de franges', et c'est à la Libye qu'Hérodote voudrait rapporter l'origine du costume porté par Minerve et de son égide à franges ^ [aegis]. Mais en Chaldée cet ornement était d'usage très ordinaire. De très anciens monuments chaldéens reproduisent l'image d'une étoffe recouverte de nombreuses rangées de mèches floconneuses imitant la fourrure des animaux^. Tel fut sans doute le point de départ d'une coutume qui devait rapidement prendre un caractère purement décoratif, mais qui, dans le costume primitif, était destinée à rendre le vêtement plus confortable et plus chaud. Du reste, comme l'a remarqué M. Heuzey', les tissus de ce genre existent encore aujourd'hui en Orient et en Grèce, et donnent à distance l'illusion d'une peau de mouton. L'antiquité grecque connaissait sous le nom de persis ou kaunakès une étoffe ainsi faite, qui servait d'ailleurs plus souvent à draper des lits et des sièges qu'à confectionner des habits'*. Le musée du Louvre en possède un spécimen recueilli en Egypte ^ La même étoffe se voit sur les sculptures assyriennes, mais plus rarement', et elle est en général remplacée par le vêlement simplement bordé d'une longue frange qui n'est plus qu'un ornement. A toutes les pages, pour ainsi dire, des ouvrages relatifs à la Chaldée et à l'Assyrie, à la Phénicie et à Cypre, on voit représentés des personnages dont les robes et les manteaux sont bordés d'épaisses et lourdes franges, assez courtes, de type peu varié du reste, qui gardent de leur origine l'aspect de bandes découpées dans des toisons de laine*.
C'est donc l'industrie orientale qui a inventé les franges. L'industrie grecque les lui a empruntées, comme tant d'autres choses ; mais il ressort assez bien de l'étude des monuments figurés que la faveur de ces ornements,
manu. De confectione vasor. antiq. fictilium quae vulgo Etrusca vocantur {Comment. Soc. rey. scient. Gotting. vol. V, 1823, p. 117 et s.) ; 0. Jahn, Einleitung zur Vasensamml. d. K6n. Ludwig, Mûnchen, 1854 ; Id. Ueber ein Vasenbild welches eine Tôpferci lorstellt {Bcr. d. Sdchs. Gesellsch. d. Wissensch. Phil.-bist. cl. 1854, p. 27 et s.) ; Jolin, Die Malcrei der Allen, p. 166 et s. ; Jorio, Sul metodo degli antichi nel dipingere i vasi, Naples, 1813 ; Kcller, Die rothe rômische Topferwaare, mit besonderer Rùcksicht auf ihre Glasur, Heideiberg, 1876; duc do Luynes, la Poterie antique {Annal. deW Inst. t. IV, p. 138 et s.); J. Marllia. Catal. des fig. en t. c. du musée de la Soc. archéol. d'.ithënes. Introduction, Paris, 1880 ; Pottier, les Statuettes de t. c. dam l'antiquité, Paris, 1890 ; Rayet et Collignon, Hist. de la céram. grecque, Paris, 1888; de Witle, Études sur le.s vases peints {Ga:. des Beaux-Arts, 1863, p. 25.Ï-208).
FlMnniAE. 1 RoscUini, J/oJi. (fe/;'£jiMll,pl. 75, 76. l.a tradition en subsiste dans une peiulure grecque, probablement ioniennc(vase do Busiris ii Vienne, Monumdi'W Inst. VIU, (1865) pi. xvi). Hérodote y fait aussi allusion en parlant àa calasiris (11, 81). — 2 Herod. IV, 189. — 3 Heuzey, Une étoffe chaldéenne, dans Jlev.nrch. 1887, I, p. 2j7 et 9.; pi. vcii et ix; cf. Id. Orig. orient, de l'art (1891), pi. ix. — i Jbid. p. 259. — 6 Arist. Vesp. 1131-llbC , Poil. Onom. VI, 11 ; X, 123 ; Xcu. A na A. VI, 29, 5; Hosycli. s. v. xauvàxat. — <• Itev. arch. l. l. pi. viii, n" t. — 7 /bid, p. 267. — 8 Voy. Perrot et Chipiez, Uisl, de l'art, t. II, III, l\,passim.
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assez grande à l'époque archaïque, parce que la civilisation était encore toute proche de la civilisation asiatique, iut très restreinte à l'âge classique, sans doute parce que les Grecs montraient alors une certaine répugnance pour les usages barbares. Les franges n'étaient guère conservées, par respect de la tradition, que dans les costumes religieux, surtout dans ceux des personnages du thiase de Dionysos. Avant de confirmer ce principe par des exemples, il faut noter que, dans la pratique, les franges sont de deux genres, ou bien tissées dans l'étoffe même, ou bien rapportées comme une bordure fabriquée à part. Le premier genre est de beaucoup le plus fréquent, car il est produit naturellement par l'opération même du tissage. Dans la trame les extrémités des fils verticaux forment à la base du métier un effilé qu'on peut faire disparaître en le coupant, mais qu'on est souvent tenté de conserver pour en faire un ornement. La frange rapportée est nécessaire quand on veut faire de cet effilé un décor tout à fait riche ; alors il est composé de matières plus précieuses, de fils plus soyeux, teints de couleurs diverses, même de fils d'or et d'argent'; quelquefois aussi il se surcharge de pierres précieuses qui en font un véritable joyau ^.
il. La plus ancienne représentation de franges que nous connaissions en Grèce provient de Mycènes; les curieux guerriers, bien connus, qui décorent les fragments d'un vase, portent jusqu'à mi-cuisses une tunique qui est bordée d'une frange rare, tout simplement des touffes de fils tombant à intervalles réguliers (fig. 3048) '. Mais c'est là une application des franges et un type tout particuliers; les franges, dans l'art archaïque, rappelant de bien près les longues franges asiatiques, servent le plus souvent à border les manteaux tlottants des hommes, surtout lorsque ces manteaux sont amples et confortables (fig. 3049) '. Ainsi une statue du Vatican qui reproduit un type archaïque, un Apollon lyristo assis, nous montre le manteau du dieu enrichi de cet ornement ^ et des franges analogues se retrouvent dans maintes peintures de vases, par exemple sur un vase de Naples où est représenté l'enlèvement d'Oreithye par Borée *, sur un autre où l'on voit une joueuse de flûte avec une courte tunique de dessus ornée d'une frange d'effilés légers'.
Dans l'art classique, les peintures de vases qui justifient notre assertion initiale sont très nombreuses; tous les personnages qu'on y voit revêtus d'habits frangés
* Pour les textes et les détails do fabrication, voy. Blîimner, Technologie unâ Terminologie der Gewerbc itnd Kûnste, I, p. 200 et s. ; cf. Mongez, Hecherchea sur les habillements des anciens (1810), dans les Mém. de littérature, p. 270 et s. - ! Treb. Pollio,; Trig. tyr. 29. — 3 Sclilicmann, Mycènes, lig. 213, 214; Rayct-Collignon, Uist. de la céramique, fig. 16; Furtw.Tnglcr et Lœsclicke, Myken. Yasen (1886), pi. 42. — ' Voy. cithauisti, lig. 1569; d.} Witto et Lcnorniant, Élite céramogr. II, pi. xxxvi D (les franges sont réduites i deux pendeloiiues en forme d'olives); Overbecii, Atlas der Kunslmythologic (Poséidon), pi. x, n' 17; Rayet-Collignon, Ilist. de la céramique, fig. 41 (fond de conpo du I. ouvre) ; fig. 56 (Poséidon, sur une amplioro d'Amasis au Cibinet des Médailles). La figure 3049 est einpiuntéc aune coupe à figures noires du vi« siècle ; elle représente Dionysos barbu avec un manteau à longues franges (Ingliirami,
Fig. 3048. — Tunique à franges.
Fig. 3049. — Manteau à franges.
sont OU d'origine orientale, ou attachés au thiase dionysiaque. Ainsi, sur une belle pyxis à figures rouges trouvée au Pirée, où est représenté le Jugement de Paris, le berger de l'Ida, en costume phrygien, porte une lunique à longues franges : ce sont de longs fils souples et voltigeants assez espacés, terminés chacun par une boule'.
Sur un vase de Naples, publié par Millingen, où est peint, entre autres scènes, un combat de Grecs et d'Amazones, l'une d'elles, qui, debout, appuyée d'une main sur sa lance et sonnant de la trompette, semble par la richesse de son costume tenir un grade élevé, porte une tunique courte et bordée d'une belle frange touffue '. La figure 1426 [chorus] nous montre un très bel exemple de vêtement à franges. Elle est empruntée à une amphore de Naples sur laquelle on voit, parmi de nombreux personnages, Dionysos et Ariane enlacés. Le dieu, à demi couché sur un trône luxueux, a le torse nu, mais tout le bas de son corps est perdu dans les plis d'un somptueux manteau brodé que borde un effilé long et épais'". Dans une peinture de vase béotien, deux Asiatiques groupés autour d'un joueur de lyre, Orphée ou Thamyris, portent une robe orientale bordée d'une frange légère que composent des pendeloques en forme d'olives; le musicien lui-même, qui est aussi vêtu à l'orientale, avec un bonnet phrygien, a le même ornement au bas de sa tunique". Nous retrouvons même robe et mêmes franges portées par une danseuse'^. Dans le même groupe de représentations, rangeons encore Déméter et Coré, qui, sur un vase où est représenté le départ de Triptolème pour sa mission bienfaisante, sont vêtues de longues tuniques talaires dont le bord inférieur est frangé; il y a de plus une bande de franges placée en travers de la poitrine, une autre plus bas, en travers des jambes '^ Enfin, quoique celte œuvTe appartienne à l'époque gréco-romaine, il est bon de noter ici un terme de Bacchus archaïsant recouvert d'une draperie à franges floconneuses", et l'Ariane endormie du Vatican qui est couchée sur un himalion dont le bout est frangé'^. En dehors de ces personnages orientaux ou en relations avec la mythologie orientale, on ne voit guère de franges qu'aux vêtements de quelques dieux et de quelques prêtres. Ainsi, sur un vase, Latone et Arlémis portent des robes semblables à celle que nous avons vues tout à l'heure portées par Déméter et Coré '^; ailleurs Héra est drapée dans un ample péplos très riche-
Museo Elrusco Chiiuino, pi. l); cf. Arch. Zeit. 1881, pi. lu. n- 3; pi. im, n" 5 (coupes cyrénéennes). — 6 Overbeck, Altos d. Kunstmythol. pi. m, n» 29 (= do Clarac, Mus. de sculpl. III, pi. 926, 4SI A). — 6 Museo Borhonico, V, pi. xxxï. — 7 Monumenti deW Instit. V, pi. x (= Raumeisicr, ûenkmaeler, fig. 590). — 8 Dumont et Chaplain, Céram. de la Grèce propre, I, pi. i, p. 368 et note 3. — 'Hilllngcn, Peint, ant. de vases, pi. 37 (loy. la bibliogr. dans Sal.
Reinach, Biblioth. des monum. figurés. Peintures de vases, p. 110, lit). lo Vo-
num. drlf Instit. III, pi. xni (= V. Buruy, Oist. des Grecs, III, p. 291). — Il Dûment et Chaplain, Céram. de la Grèce propre, I, pi. iit. — 1! /6id. I, pi. im.
— is Allas des comptes rendus de la commis, arch. de Saint-Pélersb. l$62. pi. ii.
— 1* Gerhard, Antike Bildwerke. pi. 41, o' 4. — 15 Baumeisler, Dtnhmief fig. 130. — 16 De Witte et Lenormant, Élite céramogr. II, pi. iiiti et au
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ment décoré que bordent de belles Iranges ' ; les statues d'Hermaphrodite portent assez souvent un grand manteau frangé au bord"''; enfin il est de règle que, sur les monuments relatifs au vole d'Athéna devant l'Aréopage, on voie, en face de la déesse déposant son suffrage, un personnage vêtu d'une longue tunique frangée par le bas, et dans lequel M. Michaëlis reconnaît, avec raison sans doute, un héraut, un serviteur de l'Aréopage ^ Rapprochons de ce personnage religieux le mystagogue qui assiste, dans une peinture de vase bien connue, à l'initiation d'Héraklès aux petits mystères'. En face de tous ces exemples, on en pourrait à peine citer un qui permette d'affirmer que les Grecs faisaient usage des franges pour orner leurs vêlements dans la vie ordinaire et civile : il s'agit d'une femme représentée sur une stèle funéraire ; encore cette stèle d'assez basse époque vient-elle d'Éphèse, et celte exception pourrait servir à confirmer la réglée
Les Grecs semblent, d'autre part, n'avoir évité les franges que dans l'ornementation des robes et des manteaux, car on en voit fréquemment adaptées à d'autres parties du costume, en particulier aux ceintures — la plus originale et la plus riche que nous connaissions est celle qui, dans une peinture de vase, recouvre l'ample tunique de Dionysos Bassareus^ (fig. 3030) — et aux écharpes ù franges. Les exemples de ces dernières sont assez nombreux, depuis celles dont Schliemann a retrouvé des représentations à Mycènes', jusqu'à celle qui tombe devant Alhéna sur un vase du musée de Berlin '. Bien entendu, les extrémités seules de ces écharpes étaient frangées. On trouve aussi lesfranges attachéesàdes vêlements très particuliers, comme le petit tablieràforme de pagne que porte un guerrier', ou le caleçon d'un autre guerrier qui, dans une peinture de vase de Crimée, danse une sorte de pyrrhique '"; onpeutrapprocher de ces derniers exemples une ceinture ornée de longues mèches floconneuses, donnée, sur un cratère du musée étrusque du Vatican, à une jolie figure de guerrier ", el aussi le vêtement que porte Héraklès furieux sur un cratère à figures rouges. Le type et l'accoutrement du héros sont du reste ici fort singuliers, et nous ne connaissons pas d'autre spécimen de la courte tunique transparente, ornée de perles, que lui a donnée le décorateur '^
i Oïcrbeck, Atlas d. Kunstmythol. pi. ix, ll« 19 (= Tliiersch, Abliandl. d. Mûnchai. Akad.phil. hist. Classe, iv Abth, I, laf. 3) ; cf. pi. xi, n" 9 et 10 (Apollon), et supra p. 2037. note 4 (le mantciu de Poséidon). — 2 Ghrac, Mus. de scu(p(. IV, pi . IHT, n» I549 A. —3 Voy. t. I, p. 3'J9, aueopaous, lig. 492, 49.3. —''Ai/as des corn pi rs Tendus de la commiss. arch. de Saint-Pétersb. 1S59, pi. u (= V. Duruy, Hist. des Grecs, I,p. 777, et dans le Diclinn. art. EtEosiNi», fig. 2034). — 6 Au Louvre. Cf. Hcydemaiin, Pariser Anliken, p. 27 (Ménophilc; entre deui servantes). — 6 Panofka, Mus. Blacas, pi. xui. — 1 Scliliemann, ilycènes. Cg. 351, 35i. 11 faut rcraar.iuer que la frange ne consiste pas ici en un simple eflilé; les (ils sont si^parés en houpiies qui s'attachent les unes aui autres par des nœuds. — > Gerhard, E(r. u. Kamp. \ as. pi. Il; G. Jalin, De antiq.Minervae simulacris allicis, tab. II, 1 ; V. Duruy, Hist. des Grecs, 1, 407. — » cingdi.um, Qg. 1483. — '» Allas de la commiss. arch. de Saint-Pétersb. 1864, pi. vi, n" 5. — H Bcnndorf, Das Ileroon von Gjœlbaschi-
Fig. 3050. — Ceinture à franges.
Fig. 3051. — Parasol i franges.
En dehors des vêtements d'hommes et de femmes, on voi t les franges servir à orner, dès l'époque la plus reculée , des meubles et des ustensiles divers, comme des lits de banquets" ou des trônes ", comme une plaque de poitrail de cheval '^, comme ce parasol (fig. 3031), au bord duquel, suivant une mode qui s'est retrouvée de nos jours, est attaché un effilé long et souple, mais assez clairsemé'".
On connaît ces petits tabliers qui, dans quelques représentations archaïques, tombent des boucliers de guerre;
ils se terminent au bord par une dentelure dont nous parlerons tout à l'heure"; nous le mentionnons seulement ici parce qu'on peut en rapprocher l'armure de Zeus ou d'Athéna, d'où suivant Homère, « pendaient cent Franges d'or " ». Il ne faut pas entendre par ces franges, Oûdavot (Hérodote a bien soin de faire la distinction"), les serpents qui bordent l'égide dans presque toutes les représentations, mais une véritable frange, telle que nous la montre la figure 141 du tome l" ^°; dans la même catégorie rentrent les franges qui terminent souvent, dans l'armure grecque, la tunique plissée qui sort, depuis la taille, de la cuirasse-'.
Enfin il est un objet symbolique que l'on voit presque toujours chez les Grecs terminé à ses deux extrémités par des franges plus ou moins longues et épaisses ; nous voulons parler de la bandelette [taenia] dont l'emploi religieux ou civil était si fréquent, surtout comme signe de victoire ou signe de deuil, pour décorer les athlètes triomphants, pour parer les lils funèbres ou les stèles des tombeaux ".
Parmi toutes les franges que nous venons de signaler, il esl assez difficile de distinguer celles qui étaient tissées à part et rapportées de celles qui étaient produites naturellement par le lissage, et qui devaient être de règle plus générale. Ces dernières conviennent tout particulièrement aux pièces d'étoffes destinées à servir de tapis ou de couvertures. Nous citerons celles qui bordent le tapis tendu comme un dais au-dessus du mort dans le cortège funèbre peint sur un vase bien connu d'Athènes ", et celle d'une draperie plus riche, peinte à une époque plus récente, sur une kélébé du Louvre; cette couverture est placée sur un lit de festin où repose Héraklès chez Eurytos". Un fragment d'étoffe, sans doute un drap funèbre, recouvrant un sarcophage, a été retrouvé, encore orné de sa frange, dans un tombeau de Crimée. L'âge de ce curieux débris est incertain, mais il esl assurément bien antérieur à l'ère chrétienne, et il nous renseigne
7'rysa, p. 243, flg. 182. — '- Moimme7ili delf Instit. Vlll, pi. i ; Annali, 1804, p. 32.1 (Hiriel) et dans lo Dict. t. Il, p. 3.15, (îg, 2501. — " Gazette archéol. 1887, pi. XIV, 1. — 1* Journal rf hellenic. .'étudies, 1884, pi. xi.i. — 16 Dict. (îg. 2729. — Ifi Klife ci^ram.. Il, pi. xxMi ; cf. Inglilranii, Mon. Etruschi, \, \, pi. 44; Gerhard, Trinkschal. pi. 10; Millingcn, Vases grecs, pi. 20; Millin, Tomb. de Canosa, pi. xmetia fig. 1308, p. 1006, art. cÉuts. — " cupeus, fig. 1043, 1044, 1045. — 18 |lom./(. Il, 448; cf. V, 738 j XV, 229; XVII. 593; Hcsiod. Seul. Herc. 225. — 10 llerod. IV, 189. — 20 AEOis, t. I, fig. 141. Cette Athéna est do stylo étrusque, mais il importo peu pour la question. — *' Voyez par ci. t. Il, fig. 1501, 150J, 1015, etc. Voy. lohica. — 52 T. I", fig. 182, 1335, et rarlicle tae.ma. — «3 i/on. deW Insl. IX, pi. xiiix-xl; Kayet-Collignon, Hist. de In céramique, pi. i; V. Duruy, Hist. des Grecs, I, p. 729. — 2i De Longpérier, Mus. IVapotilon III, pi. Lixi, ixxii ; Rayct-Collignon, Hist. de la céramique, pi. 0.
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Fig. 3n:i
Coussin à franges.
1res clairement sur les procédés de lissage en général, el particulièrement sur les franges qui nous occupent'. III. Si de Grèce nous passons en Italie et nous occupons d'abord des Étrusques, nous ne trouvons pas que ce peuple ait fait un usage bien fréquent des franges, du moins dans le costume; on ne pourrait guère citer que des figurines de plomb trouvées à Amelia; ce sont des guerriers avec de courtes tuniques à franges; et encore n'cst-il pas bien certain que ces images ■CîSîSh. archaïques ap-
'^ partiennent à
l'Élrurie^ En revanche les accessoires ornés de franges sont plus nombreux; nous avons remarqué les coussins d'un lit funéraire où repose une femme (flg.3052)^etles étendards samniles bordés de petits effilés en forme de houppes espacées qui sont figurés sur des peintures de Paestum • ; on connaît aussi une image de la Campanie personnifiée qui porte un étendard dumèmegenre". Les Romains, qui n'avaient pas les mêmes raisons que les Grecs de l'âge classique pour repousser les usages orientaux, et qui prenaient de toutes mains, ont adopté les franges avec assez d'empressement. Si l'emploi en
est encore rare à l'époque de la République, il est très fréquent à l'époque impériale, mais il semble néanmoins réservé, en ce qui concerne le costume, à quelques personnages bien déterminés. Suétone ci te comme un détail assez singulier que César portât une toge dont les manches étaient frangées sur les mains, mais la lecture de ce texte n'est pas certaine^. Parmi les monuments figurés, nous ne voyons guère à noter que le manteau velu, à capuchon du petit pécheur dormant de Naples ^ et, dans une peinture de Pompéi, le manteau de Briséis '. Mais les franges sont caractéris-
1 C.rendudetttcommm. de Sainl-Pétersb. 1878, p. 141, pi. vi— S Mon.dell. Jmtit. Suppl. (18!)1), pi. 6. — iMon. delC hi$(it., t. M. pi. i. — »/().,Vni,pl. xxi, n' I.— t JVolit. dif/nit. Occ. .xtiii. — 6 Suet. Cae». 45. Schulzo (fl/i. Mus. X\X, p. 122), prétend qu'il faut lire ad amussim striato, au lieu do ad manus fimbriato. — IMus. Borbonico. IV, pi. 54. — 8/6., II. pi. 58; Rij-helli, .Vus. dut Campidaglh, I, pi. 0. - 0 l)c Clarac, .l/uî. rfe sculpt.V, pi. 987, n» 2565 B ; pi. 988, n- 2574 B ; pi. 993, n" isn F; pi. 994, n« 2574 U et 2381 A; Foggini, Mut. Capitol. III, pi. 77; Lafajc, Hist. du culte des diviniti s d'Alexandrie, pi. 4. Cf. Niccolini, Case di Pompei, I (Temple d'Isis), pi. 12, B. Quelquefois les franges sont rL'scrï(!es au voilfl dont la di^esso a la li>te couverle: de Clarac, pi. 991, n" 2574 A. 2577; pi. 992, n-SSBO. -10 Voy. p. 2038, nute 2. —H De Clarac, O. l. IV, pi. 76:), u» I8S4; 702 B, u- 1892; Kiglielli, 1. 1. 1,61; Foggini, l. l. 111,44; Duruy, Wisf. Jes TJom., Il, p. 257.
Fig. 3053. — Voile i franges.
tiques de plus d'une divinité, comme Isisffig. 3053)' ou Hermaphrodite'", ou laPudicité", et de personnages que l'on représentait sous la figure d'une de ces divinités; telle une femme romaine dans l'attitude de l'Hermaphrodite, retroussant sa draperie jusqu'en haut de ses jambes et enveloppée dans un manteau à longues franges", telle .Julia Doinna'^, et d'autres impératrices ou matrones ". Par une conséquence assez naturelle, certains prêtres'^ surtout des sacrificateurs '", bordent aussi leurs vêtements de franges. Toutes ces franges sont à peu près semblables, courtes et touffues, posées au bord inférieur des robes ou des grands manteaux dont s'enveloppent les personnages. Les franges semblent donc un signe de dignité religieuse ou d'autorité, et il n'est pas étonnant qu'un grand nombre de bustes d'empereurs montrent le haut du torse couvert d'une draperie frangée tantôt avec des effilés floconneux, tantôt avec des brins roulés en torsades". Il est, en outre, deux catégories de personnages dont les franges sont pour ;iinsi dire un attribut distinctif : d'abord des prisonniei.s — Gaulois, Daces ou Germains — que des statues, conservées en assez grand nombre, nous montrent enveloppés d'un manteau d'où pendent des franges longues et épaisses comme des toisons", et en second lieu des acteurs comiques. Pour les prisonniers, les franges ne font que reproduire un ornement de leur costume national; pour les acteurs, il faut sans doute retrouver dans ce détail un souvenir de leur origine dionysiaque. De nombreuses représentations nous font voir des histrions revêtus d'un pallium â franges" ; l'un des plus intéressants est l'acteur du relief Farnèse, dans son manteau bordé de grosses torsades (fig. 3034) ^«, et l'on voit, sur une fresque de Pompéi, un pallium orné de franges en fils très longs et très espacés, comme on en a Fig. 3054. — Païuum i frang.-s signalé sur des monuments de l'époque archaïque *' . Il n'est pas étonnant que la Muse Thalie soit, elle aussi, sur une peinture d'Herculanum, représentée avec un vêtement à franges". En dehors de ces vêtements, on voit des franges, sous forme d'effilés très touffus ou de torsades, employées, suivant un usage emprunté à la Grèce, pour terminer la tunique que les empereurs et d'autres personnages portaient sous la cuirasse, et dont un beau spécimen est fourni
— 12 Gai. Ciusdiiinni,!, pi. 80. — laDuniv. 0. J., VI, p. 79. — l»DeClarac,V,|,|.8S9, n» 2274 A; pi. 979, n« 2519.-13 /6id.V, pi. 936 C, n«251l A.— is /i,i<i. U, pi. 218, n° 7J4; Brunn-Bruckmann, Denkmûler, n» 269. — " De Clarac, pi. 1071 et suIt. Foggini, .Vil.!. CnpiV. Il, pi. 20-23,34, 36, 37, 42, 54-56, elc; Righclli, I. pi. 3r,78,94, 162, elc; Duru),VI,p. 271,297, 405,519; cf. Bauraeislcr, />CT*i>iii(«T, (ig. 207, 622.
— 18 De Clarac, V, pi. 24« B, n' 2261 K ; pi. 852, a' 2161 E ; Diction, arek. de la Gaule, pi. sans n* (statue du Musée d'Avignon). Voy. aussi un bronze repnSïCntani l'Hercule gaulois, Gazcttearek. 1877, pi. 26. — 1» De Clarac. V. pl.S74, n" 2221 B,22J4 . 874 B, n* 2i21 E; 875 D, Qo 2221 G (cette demiôre statue est celle d'un personnage féminin). Voy. aussi Wiescler, Theatergeb. pi. «, n» 10; pi. m, u» 3. — «> Mus. Berl. IV, pi. 229; Wiescler, O. l. II. 1. — 2< Baunicister, Dmkmâler, flg. 912.
— «(Au Louvre) Pittur Ercol. U. pi. III; Helbig. Waiidgamilde, 878, 885 B.
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par la statue célèbre d'Auguste, au Vatican • [lorica]. Enfin, nombre de meubles et d'accessoires, chez les Romains comme chez les Grecs, recevaient une décoration de franges. Les housses et caparaçons des chevaux nous en fournissent d'assez nombreux exemples ^ et l'on
trouve des franges, entre autres monuments, ornant la serviette que porte un camillus ', ornant des rideaux dans une scène de mariage', ornant la chaise curule de l'empereur ^ ainsi qu'un étendard (fig. 3033), et plus tard le Labarum*^.
Dans une miniature du Virgile du Vatican on voit un lit avec des franges '. Du reste l'usage de cet ornemen t persista très tard, jusque sous le Bas-Empire, puisque l'art byzantin l'a recueilli; dans une Annonciation, la Vierge porte un vêtement à franges', et M. Heuzey fait remarquer qu'au moyen âge un certain vêtement ecclésiastique recevait encore le nom de floquet ".
IV. Nous avons plus haut signalé un genre de bordures qu'il convient de rattacher aux franges, bien qu'elles en soient très distinctes et forment une catégorie à part. Nous voulons parler des découpures en forme de dents ou de languettes qui se voient sur des monuments figurés dont quelques-uns remontent à une très haute antiquité. Outre les tabliers de boucliers, dont on peut voir des spécimens à l'article clipeus, on en trouve de nombreux exemples dans les figures déjà publiées dans le Dictionnaire. Ces découpures ornent tantôt des housses, des caparaçons de chevaux'", tantôt le revers des embades", tantôt des manteaux, tel que celui d'un maître menuisier
■ ÈLendard à frange^.
Fig. 3056. — Housse à découpures et à franges.
(fig. 734), ou le pallium d'un acteur comique (fig. 722). Il arrive parfois, aux caparaçons des chevaux en particu-
• Les exemples sont innombrables ; Toy. entres autres de Clarac, Mus. de sculpl. V, pi. 912 A, 912 B, 914, 916, 916,919 B; 924, 933, 034. Pour l'Auguste du Vatican, voy. Rayel, Mon. de l'art antique, pi. 71. Voy. aussi les fragments de statues de bronze trouvés à Dodone, Carapanos, Dodone, pi. 59 et 60. — 2 Voy. EruippiDM, fig. 2691, 269-2; EQaixES singolabes, flg. 2746, 2747, 2748, 2749; eooos, fig. 2762. — 3 Diclionn. fig. 41, 1053. — * Duruy, Hist. des Bomains, \ , p. 267.
— 6 Jbid. V, p. 189. — 6 Mon. delC Instit. X, pi. xsi, 3 ; Duruy, 0. l. IV, p. 177.
— 7 Dictionn. fig. 1704. — 8 Garrucci, Storia d. arte cristiana, Sculpt. pi. 453.
— 0 Heuzey, Bel. archéot. 1887, I, p. 266, note 3. — 10 Dictionn. flg. 2691, 2692, 2686, 2749. - H Fig. 2648, J649, 2650, 2653, 2654. — 12 Fig. 2691. — » De la colonne de Tliéodoso, dessins au Musée du Louvre, cf. Mûntz, Jiev, des études grecques, 1888. p. 318. — '* Suidas, ». ». ttivn'xtivoi, parait comprendre, à tort selon nous, qu'il s'agit de la façon mime do lisser. — " Voy. les fig. 798, 2744, 2748; cf. Schrcibcr, Bilderatlas. pi. 39, 1 ; 41, I ; 42, U.
FIiMUM nEGUNDonUM ACTIO. 1 Boeth. ad Cic. Tojtk. 10; Zic. De leg. I, 18;
lier, que les effilés ou les houppes sont employés de concurrence avec les dents '^ ; la figure 3036, assez curieuse à ce titre", nous présente une housse dont le bord est découpé en créneaux, et à chaque saillie est appendue une houppette. C'est probablement à ces ornements qu'Hésychius fait allusion en disant, au mot TtEVTexTevîi : èvSij|j.aTa olov irptdvwv oSoùdiv èfxçEpYi, c'est-à-dire : étoffes en dents de peigne ou en dents de scie'*. La bordure qui pare si fréquemment les tuniques collantes des soldats romains"*, et qu'on serait tenté de faire rentrer dans cette série, nous semble plutôt appartenir au genre des festons, à cause de la forme très arrondie et de la régularité des languettes. P. Paris.
FIIVIUM REGUIVDORUM ACTIO. — Action en règlement de limites. Regere fines signifiait déterminer les limites ' de deux fonds de terre [praedia rusiica) ". Cette action tire son origine de la loi des Douze-Tables, qui ordonnait de confier à trois arbitres le jugement de toute contestation sur les fines^. On entendait par finis l'espace de cinq à six pieds qui devait être laissé libre entre deux fonds contigus, en le prenant par moitié sur chacun d'eux, et que cette loi ne permettait pas d'acquérir par usucapion [usucapio]. Cette dernière règle fut d'ailleurs confirmée par une loi il/ami^ia*, dont la date est incertaine ^. Les arbitres, qui devaient être sans doute des agrimensores, statuaient, d'après les règles de leur art, sur les controverses (jurgia) concernant le finis ^, après visite des lieux (i?'e in locum,ire de controversiis) '. LaloiMamilia réduisit le nombre des arbitres à un seul, qui devait consulter les bornes, les livres du cens [census], les titres {auctoi-itas, instrumenta) ', en un mot, ce qu'on appelait observabilia, sans statuer sur les questions de propriété, de loco, et d'usucapion '. On procédait donc à une visite, ou descente de lieux, en présence des parties qui étaient appelées à demonstrare fines '". Un compromis des intéressés avait dû précéder la nomination de l'arbitre". Suivant RudorfT, il est probable que la loi Mamilia aurait substitué à la legis actio per judicis arbitrive postulationem, une procédure formulaire ; Rein pense qu'elle remplaça l'ancien arbitrium finium regundorum des Douze-Tables par une action ou judicium finium regtmdorum'-. Quand le débat sur les limites impliquait une question de propriété étrangère au fmis quinque pedum, c'était une controverse dite de loco '^ : il fallait certainement recourir à un judex ordinaire, et Vagrimensor ne pouvait plus que donner des avis comme expert sur les questions techniques; le juge était tenu d'observer les règles de droit sur la propriété et l'usucapion '*, sans préjudice toutefois de la faculté pour les parties de choisir encore ici un arbitre par compromis '^ Le principe de cette différence fut main-
Tibull. I, 3, 44; fr. 2, § 10, Dig. X, I, Fin. reg. — 2 Fr. 2, pr; fr. 4, § 10, Dig. X, 1.
— 3 Cic. De leg. I, 21. — '-Rein, p. 762, note 3 ; Voigt, Die XII Tafdn, § 150; Sic. Flaccus, p. 144 ; Aggenus Urbicus, p. 66 ; Frontin. et ad h. Aggen. Urbic. p. 9, 12 ; Hygin. p. 126, éd. Lactimann. — BRlommsen, Gromatici vet. Il, p. 224; Feldmesser, II, 225; Rudorir, in Zeitsch. f. Gesch. Bechtswiss. IX, p. 389; X, p. 347, 363; Feldmesser, 1852, II, p. 425, 435; Walter, Gesch. n" 772; RudorlT, /î. BeclUsg. I, § 43, note 4.-6 Nonnius, V, 34 ; Horat. Epist. I, 38 ; H, 2, 170 cl s. ; Varro, Ling. lat. VII, 93. — 7 Comm. ad Frontin. p. 16, I.aclimanu; Varro, De re rust. III, 2. 3.
— 8 Orclli, Inscr. n' 3G71 ; Rein, Privatrecht, p. 702 et s. — 8 Fr. 11, Dig. X, 1, Fin. reg. — 10 Frontin. p. 45, éd. Lachnmnn : Apul. Metam, iX, p. 216 et s.
— 11 Fr. 44, Dig. IV, &•; Frontin. p. 43 ; Orclli-llenzcn, n» 6432; Suclon. Otiw, 4, Tercnt. Ileauton. III, I, p. 89 et s. — 12 Hein, Privatrecht, p. 762, noie 3. — 13 Fr. 60, pr. Dig. L, 16; Frontin. p. 13 et 43, édit. Lachmiinn ; Isidor. V, 25; Hygin. p. 129. — 1» Fr. 4, pr. § 1; fr. S, pr. § I, Dig. X, 1 ; voy. du reste Rein, l. l. p. 761, note 1. — 11> Cf. Beliker, in Kritik. Zeitschr. I, p. 445 et s., et Rein, /. l.
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tenu, avec quelques modifications, par le droit impérial. Ainsi Constantin conserva le caractère sommaire de la controversia de fine, en confiant la décision à Yagrimensor, tandis que le juge ordinaire dut trancher le litige [lisde Zoco '), avec le concours seulement d'experts.
Cependant certains empereurs tentèrent ensuite d'étendre la procédure sommaire et la compétence exclusive des agrimensores aux controverses de loco. C'est ce que firent Valentinien II, Théodose et Arcadius en 385 - ; mais l'ancienne distinction fut rétablie peu de temps après, en 392'. Néanmoins, le système de Valentinien paraît s'être maintenu dans l'empire d'Occident, ainsi que l'atteste Cassiodore '. Plus tard, Justinien revint, dans son Code, à la législation simple de la loi des Douze-Tables, en réunissant les controverses de loco et de fine, pour attribuer seulement l'expertise aux inensores, et au juge la décision dans tous les cas. Cela résulte, suivant Rudorff ' et Rein ", de l'ensemble des constitutions que cet empereur inséra, en les interpolant, dans son Code'. Il va sans dire que les fragments des écrits des jurisconsultes classiques, admis au Digeste, ont dû subir des remaniements nécessaires pour les faire concorder avec le système adopté par Tribonien et par Justinien. Mais le fond doit s'en rapporter à l'époque où l'action finium regundorum avait été déjà réglementée par la loi Mamilia, en conservant la distinction entre les procès sur la propriété, et ceux relatifs au seul finis '.
Quoi qu'il en soit, dans l'état actuel des textes, l'action finium regundorum paraît pouvoir embrasser un triple objet : 1° le rétablissement des limites ou bornes déplacées ou arrachées'; 2° le bornage, quand les limites sont confuses ou n'ont pas été déterminées par des signes apparents, ou ne sont pas commodément établies'" ; 3° la délimitation, alors qu'il y a controverse sur l'étendue respective des deux immeubles contigus " {controversia de loco). Cela semble correspondre aux trois actions du droit français, savoir pour déplacement de bornes, en bornage, et action pétitoire, en délimitation. L'action finium regundorum était une action civile, in personam'^, et arbitraire, en ce sens que l'office du juge lui permettait, après avoir résolu par une sentence interlocutoire [pronuntiaiio) la question de Vintentio contre le défendeur, de lui prescrire par son arhitrium une certaine satisfaction, moyennantlaquelle il éviterait
1 C. 1 ù 3, C. Tbeod. U, 26, Fin. reg. ; Gromatic. vel. édit. Lachniano, p. -267. — 2 C. 4, C. Theod. II, 26, Fin. reg. ; Gromalic. vet. p. 269. — 3 C. 5, C. Tlieod. II, 26; c. 1, C. Theod. IV. 14; Gvomatic. p. 209. — * Cassiod. Var. II1,S2, 53. — E In Zeitschrifl, X, p. 393 et 412; Gromat. insl. p. 440, 444 et s. — 6 Das Privatrecht, p. 764, note 2. — 7 C. 3, 5, 6, C. Just. III, 39; c. i, § 1, C. Jusl. VII, 40. — 8 V. fr. 8, § 1, Dig. Fin. reg. X, 1; RudorlT, Feldmess. L. H. p. 443. — 0 Fr. 4, § 3 et 4, Dig. Fin. reg. X, 1 ; Instil. Jusl. IV, 17, § 6. — lOFr. 2, S 1 ; fr. 5, Dig. Fin. reg. X, 1. — " Fr. I, 7, 8, Dig. Fin. reg. X, 1. — '2 Fr. 1, Dig. X. 1 ; c. I, § 1, C. Just, VIII, 40, De annal, exe. ilalic. — " Fr. 4, § 3 et 4, Dig. X, I.— 1» Instit. Just. IV, 17, §6, in fine. — '5Fr. 7 et 8, Dig. X, 1. — 10 Fr. I, Dig. Fin. reg. X, 1 . On peut supposer que le demandeur, «f-tant diîjà en possession, ne pouvait Cire renvoyé à agir eu revendication au moj en d'un praejudicium ; v. fr. 1, § 1, Dig. X, i,Famil. erci.ic. — " Fr. 37, § 1, Dig. XLIV, 7, Deobtig. etact.;h. 2, §1, Dig. Comm.div. X, 3; fr. 14, Dig. Dejud. V, I. — 18 Instit. Just. IV, 6, § 20, De action. ; Du Caurroy, Jnslil. expl. Il, n« 1238. — 1» Fr. 2, § I ; fr. 5, Dig. Fin. 7-eg. X, 1 ; Savigny, System, t. V, §§ 209 et 21C. — M histil. Just. IV, 17, § 6, Deoff^.jud. ; Du Caurroy, Inst. expl. n° 1384. — 21 Dig. XLVll, 'i\,De termina moto; Rciu, Criminalreclit der liômer, p. 822. — Bibliograpiiik. lîrackcnlioffer. De finium regundor. tctione, Argentor. 17Si : Wiederliold. Dissert, in Zeitschr, f. civ. Praxis, .XIII, p. 35 a 66 ; llolTmann, in Archiv f. civ. Praxis, XXXI, p. 493-534 ; Pucbla. Aciio fin. legiind. 1837, et in Kteine civil. Schri/'ten.p.Hl-iSi; Id. Cursus institut. 5- Mil. I.cipiig, 1857, §234; WMer.Geschichtedesrôm. Bechts, 3'M.Boun, 1860, II,n»772; Ruiota, Itùm.Jteclitsgesch.i, p. 102,217; II, p. 137, 160,268,301 ; Id. in ScAn/f. der
la condamnation aux dommages-intérêts et serait, au contraire, absous. Cette restitution consistait, suivant les cas : 1" soit à abattre un arbre ou une construction empiétant sur la limite '', soit à rétablir les bornes, ou les pieds corniers (arbores finales) ; 2° soit à subir le mesurage''* et à poser des bornes; 3° soit à restituer le terrain usurpé ". Quelquefois cependant, cette action tenait lieu de la revendication {pro vindicatione rei est "), lorsque le procès présupposait une controverse de loco, à résoudre avant le placement des bornes, ou la restitution du terrain prétendu usurpé. En outre, l'action était une de celles qu'on appelle aciiones duplices ou judicia duplicia, puisque la confusion des limites pouvait donner lieu à des obligations réciproques, et à la condamnation, à cette occasion, de l'une ou l'autre des parties ; cette action était dite aussi mixta, parce que chacune d'elles pouvait y jouer ainsi le rôle de défendeur'''. En outre, cette action paraissait avoir mixtam causam*', un double but, en ce sens que le juge y était autorisé parla formule à prononcer des condamnations, et, par Vadjudicatio, à transférer, en certains cas, la propriété de l'une à l'autre ; ainsi, quand pour remédier à laconfusion des limites, il y avait nécessité d'établir une ligne plus régulière ", sauf à obliger l'un des voisins, par une condamnation, à payera son voisin une soulte pour le terrain enlevé à ce dernier-". Remarquons que le déplacement frauduleux des bornes était un délit [terminus motus], donnant lieu à une action criminelle et à des peines publiques^'. G. Hombert.
FISCELLA, FISCIXA. — Il est difficile d'établir d'après les textes et les monuments figurés une distinction très précise entre les différents mots qui servaient, chez les Romains, à désigner les corbeilles et les paniers, c.\LATHUs, cista, corbis, fiscus, et ses dérivés fiscella, fiscellus ', fiscina. Tous ces ustensiles, dont la forme n'est pas indiquée par les auteurs, pouvaient être fabriqués en osier, en jonc, en paille tressée, en toute sorte de tiges flexibles, et servir à des usages identiques. Nous sommes seulement en droit d'affirmer que les fiscellae ou fiscinae étaient tressées en osier, la matière par excellence de tous les objets de vannerie, en jonc^, ou en tiges souples, comme celles de la guimauve*; qu'elles servaient à recueillir les fruits', les grains", les feuilles destinées à la pâture des animaux de la ferme', et principalement la vendange ; pour ce dernier usage,
Fdldmesser, BerL 1852, II, p. 425, 43*) et s. ; et ia Zeitschrift f. BechtswiMenseh. X, p. 343 ets. ; Rein, Das Privatrecht derRômer, î' éd. Leipzig, lS58,p.76l els. ; C.Giraud. Recherches sur le droit de propriété chez les Jtom. Aix et Paris, 1838, p. 97 ets.; Du Caurroy. Institules expliq. S* éd. Paris, 1851, II, n" 1236-123S; 1383,1384; Ortolan, Explication historique des Institutes de Justinien, 12* édit. Paris, 1884,
I, Généralis. n" 299, 319 ; II, n" 299, 319 ; III. n" 1627. 1931, 1962, 2119 à 2125 ; G. Démangeât, Cours élémentaire de droit romain, 2* édit. Paris, 1867, II, p. 363, 563, 606 et s.; 3* éd. 1876, II, p. 616, 685; Barbe, De raction finium regundorum, Toulouse, 1870 ; von Vangerow, Lehrbuch der Pandeckten, 7* édit. Leipzig, 1C63, III, § 458 ; Belhiuann-Hallweg, Civilprozess, Bonn, 1866, I, p. 63, 166: II, p. 128, 463 ; Kunze, Cursus d. rim. Reehts, 2* éd. Leipzig, 1879, § 725; R. Holder, 7iutitut. d. rim.Rechts, 2» éd., Freiburg et Tûbing. 18S3, p. 179; R. Sohm. Imtit. d. r. Jleckts,3' éd. Leipzig, 1888, p. 287, 426; M. wUrni, II. Processgesetze, Leipzig, 1863-1891, II, p. 294 et s.; Lenel. Das Edictum perpeluum, 1883. p. 166; V.SchuVm. Lehrbuch d. Gesch.d.r. Beckls. Slullgart, I6S9. p. SS4, 418 ; M. Vnigl, Diss. in Berichted. k. Siichs. Gesellsch. d. M'issenschaft. Ph. h. kl. XXV, 1SS3. p. 33 et s. ; Id. Die XII Tafeln, Leipzig. 1883. Il, § 150, p. 63$ et s. ; Ollo l^arlowa, Beitràge z. Geschichte d. r6m. Civilprozeu. p. 141 et s. ; Id. B. Bechtsgesch.
II, 1, §42. p. 459 et s. Leipzig, IS!);.
FISCELLA, FISCLVA. • Cette forma se trouve dans Columelle, XII, SU, désignant un panier en bois. — ! Tib. II, 3, 15. — 3 Virg. Ed. X, 71. — » Cic. Pro Flaceo. XVIl ; Colum. De re rust. XII, 52 (baccam olivac... in doto 6sco adjicito) ; cf. XII, 50. — ' Ovid. Fast. K, 743. — 6 Id. Ibid. IV, 754 ; PUn. AaJ. Bist. ÏVIU, 74, 5.
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Columelle nous apprend quon les enduisait de poix '. Ce sont là, comme on voit, des usages surtout rustiques; cela tient sans doute à ce que ces ustensiles pouvaient être facilement fabriqués par les paysans eux-mêmes, avec les vimes, les joncs, les plantes souples qu'ils recueillaient sur leur domaine, aux heures mortes de la pluie ou de la veillée, ou par les pâtres peu absorbés du soin de leurs troupeaux.
Ces détails nous expliquent encore que le nom se soit transporté des paniers proprement dits à quelques objets rustiques faits de tiges tressées, les clayons, les éclisses ou les corbeilles destinées à égoutter ou conserver le fromage ^ [caseus], les muselières à bœufs ou à chevaux [capistrum], et les appareils qui servaient, comme le rapporte Varron, à protéger les brebis contre les ardeurs intempestives des mâles ^ P. Paris.
FISCUS. — I. Ce nom, comme ses dérivés fisci.va et nscella', a été appliqué à toutes sortes d'ouvrages d'osier, de jonc, de genêt ^ pouvant servir de récipient; mais on ne doit pas attacher à ce nom l'idée d'une forme rigoureusement déterminée. Des textes prouvent que les olives et d'autres fruits étaient placées dans des fisci sous le pressoir^; il s'agit, dans ce cas, de corbeilles larges et basses comme celle que l'on voit, servant à cet usage, dans la mosaïque de Saint-Romain en Gai, nouvellement entrée au Louvre '. D'autre part, le nom de fiscus, et aussi ceux de fiscina et fiscella, ont été donnés à des récipients monétaires pouvant contenir en numéraire des sommes importantes % et ceux-ci devaient être nécessairement d'une certaine profondeur, fermés et munis d'anses pour être facilement transportables. Sans doute aussi, après avoir été faits primitivement d'osier, ces fisci le furent de matières plus résistantes, telles que le bronze ou le fer. Enfin, on prit l'habitude de désigner par le moi fiscus plus spécialement le vase contenant l'argent du Trésor public ^ et, par la suite , il servit d'appellation au Trésor lui-même \
On a reconnu l'image du fiscus ayant cette destination officielle sur des monnaies et d'autres monu- ,
Fig. 3057. — Vase du Ose.
menls où il figure parmi les insignes de la questure', et l'on voit par l'exemple ici reproduit (fig. 3057) que le ré-
1 Cfilum. Ile re rusl. XII, 18 : Fiscellae toicnJao cl picanrfae ; Virg. Georg. I, 2ÛC ; Serv . ad. h. loc. — S Tib. II, 3, 15 ; Mari. 1, «, 7. — 3 Var. de R. Rust. II, ïï r Delcrrcnt ab saliendo fiscellis e junco aliavc qua rc quod alligant ad naturam.
fiscus. 1 S. Augustin. Knarr. in Psalm. 146, 17. — 2 Asconius, Proem. in Verr. act. Il, 3, 17. — 3 Colum. XII. M, 9; /*. 52, 8 et 10; cf XII, 38, 6 el 39, 3 (Sclincidcr). — * Lafajc, Rev. archéol. 189S (p. 25 du tirage à part) ; \oy. aussi le bas-rclicf du Mus«o do Naples, J/us. Borbon. II, pi. xi. — <• Ascon. l. l. : •■ Dsci, liscinac, tisccllac spartca sunt utensilia ad majoris sunimao pccuuias capicndas «. — 6 Cic. In Verr. 1, 8 ; 11, 3, 79 cl 85 ; Ad Quinl. fratr. 111, 4, 5 ; Suet. Claud. 18; Tacil. Ann. I, 37. — 7 Voy. la 2» partie de ccl article. — 8 H. de Longpérier, Jtev. urchéot. a. s. XVIU (1868), pi. ivu, p. 119 et s. — » Catalogua de la
cipient remplit toutes les conditions pratiques qu'exige sonemploi. Onaaltribué, peut être sans raison suffisante, la même destination à un vase un peu différent (fig. 3058), composé d'une panse de fer qui le rend semblable à une gourde et consolidée par une monture de bronze, comprenant un pied, un orifice avec un double couvercle fermé par une serrure et un bandeau circulaire orné d'élégantes figurines auquel l'anse est adaptée'. Ce vase a été trouvé près de Lyon, dans les atterrissements du Rhône. Un autre, moins orné'", a été découvert aussi à Lyon, dans la Saône. E. Saglio.
IL — Le mot fiscus, fut employé d'une manière technique sous Auguste et surtout depuis Tibère pour indiquer le trésor du prince", ou domaine de la couronne organisé par ce premier empereur. Cette institution correspondait à la distinction des provinces du peuple ou du sénat, et des provinces de l'empereur, administrées spécialement par les legati Caesaris [provi.ncia, legatus]. D'ailleurs au moyen de la séparation de VAerarium populi ou Saturni de VAerarium militare et du Fiscus, Auguste espérait obtenir à la fois un accroissement de ressources'^, et une action plus énergique pour le recouvrement des impôts. L'organisation des deux premières caisses a été exposée aux articles aerarium et aerarium militare; celui-ci a pour objet d'exposer succinctement quelles étaient les ressources, les dépenses et l'administration du fiscus jusqu'à Constantin, oti les deux trésors reçurent une nouvelle forme [aerarium sacrum et privatum].
1° Le Fiscus était considéré comme le trésorde la couronne, et, en ce sens, opposé'^ à l'Acrar/wrji ou trésor public, dont les éléments et l'administration étaient différents. Quelquefois, le premier est appelé Aerarium privaium, et le second Aerarium publicum ou niajus*^. Bien plus, Sénèque '^ et même le jurisconsulte Ulpien'* vont jusqu'à assimiler le Fiscus à un quasi patrimoine du prince : res fiscales quasi privatae et propriae principis su»t. Cependant le patrimoine proprement dit du prince semble avoir déjà à cette époque formé en fait, et depuis Septime Sévère endroit, une partie du Fiscus, res privaia Caesiis ou Augusti raiio^'' administrée séparément [pa- TRiMOMUM l'RiNCiPis]. On pourrait doncavec quelque raison assimiler plutôt le fisc d'Auguste à notre domaine de la couronne.
La création du Fiscus parait remonter à l'an li~ de Rome ou 27 avantJésus-Christ'*, époque du partage des provinces entre le peuple et l'empereur.
Le Fiscus renfermait d'abord les biens que le prince avait reçus de sa famille, ou ses domaines héréditaires, patrimoniaux, et ceux qu'il avait acquis d'une autre manière ; ils formaient déjà eu province des possessions considérables". Un édil du préfet d'Egypte, Tiberius Alexander, rendu en l'an 8 de J.-C.[praefectus augustalis]
callect. Paravey, n. 313; Rev. arch. l.l. pi. uni. —10 Cntal. des bronzes de la coll. Gréau, n. 322. — H En effet ce mot s'appliquait aussi aux rt^cipienls destinas à contenir des sommes considérables ; v. Serriguy, Droit publ. rom. n" 109, et la première partie de cet article. — 'S Wallcr, Gescliichle d. rôm. Recbis, a' 329; Ilirsclifeld, Uniersuchung. p. 1 et s. — 13 Dio Cass. LU, 25 ; LUI, 16, 22 ; LXI.X, 8 ; LXXI, 32; Tacit. Ann. II, 47; VI, 2; Front. De aq. 118; Plin. Paneg. 36, 42; Spart. Hadr. 7. — 1* Vulcat. Gallic. Avid. Cass. 7; Lamprid. Diadumen. 4.
— 16 ue benef. VU, 6. — 16 Ulp. fr. 2, | 4, Dig. XLIll, 8; v. Hunibcrt, Essai sur les finances, p. 196. — •' Suivant Puchla, /iis(i(. § 88, Caesaris ra(ro indiquerai! la fortune du successeur di'signé de Tempereur ; v. fr. 6, § uUim. Dig. XLIX, 14.
— 1» Blondeau, Tabl. chronol. à la suite de ses Jnslil. de Jusiinien, 1, Paris, 1839, p. 392. — 19 Agenuius, De conlr. at/rar. p. 65.
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etparvenu jusqu'à nous' donne un exemple, et s'occupe du privilège du fisc sur les biens des comptables. En outre, le produit des amendes [mulcïaeJ prononcées contre ceux qui se rendaient coupables de contravention [commissum] ou fraude ^ aux lois sur les douanes [fortoiiium] entrait dans la caisse du fisc. Ces amendes, en vertu des anciens règlements des censeurs ou du cahier des charges de l'adjudication des fermes, lege cemoria, s'élevaient au double ou au quadruple de la valeur des objets soustraits au fisc'. D'après Marcien, *, un rescrit des liivi Fratrcs, Marc-Aurèle et Verus, portait qu'en cas de déclaration erronée relative à des esclaves, l'introducteur payerait seulement un double droit aux publicains. Un troisième élément de ressources pour le fisc consistait dans I'aurum coronakium* que, d'après l'usage, les grandes cités d'Italie et de province offraient au prince dans des occasions solennelles. Quatrièmement, le fisc se grossissait encore des successions ou legs laissés fréquemment au prince par des particuliers" et recueillis pour lui par les procuratores uereditatium ou phaefecti PATRiMONii; nous pensons, avec Hirschfeld, contre l'avis de Mommsen, que les legs adressés au prince passaient au domaine de la couronne et non au patrimoine privé. Cinquièmement, depuis Caracalla les biens vacants {bo7ia vacanlia) et les successions en déshérence'' caduca ou ereplitia [caducariae leges], dans les provinces de César, faisaient également partie du fisc. Quant aux biens des condamnés, bona damnaïorum', le prince les attribuait à sa volonté, soit à VAerarium^, soit à la caisse militaire, AERAR1UM militare, soit au /"iscws proprement dit, ou bien en laissait une partie à des délateurs [delatur] ou à des courtisans [peiitores).
Les impôts perçus dans les provinciae Caesaris entraient-ils également dans la caisse du fisc ? Beaucoup d'auteurs soutiennent l'affirmative, parce qu'il parait assez naturel'" que les provinces de César, administrées parlai directement, aient alimenté le fisc de l'empereur. Mais Walter a combattu cette opinion (d'abord admise par lui dans la première édition de son Histoire du droit) en faisant remarquer que ÏAerarium, dont les dépenses étaient accrues par le traitement nouveau des employés, n'aurait pu perdre ainsi une notable partie de ses recettes ".Hirschfeld '^ croit que le fisc sousSeptime- Sévère finit par enlever au Sénat le tribut des provinces stipendiaires. En outre, on voit dans Velleius Palerculus que les impôts de l'Egypte, quoique province de César, entraient dans VAerarium ''. Enfin l'édit de Tiberius Alexander, préfet d'Egypte, distingue nettement le compte du prince (ï3io; àoyoç) et celui du trésor public (oT,u.d(rio; Xo^oç).
2° Quant aux dépenses '* qui incombaient au fiscus, il est certain que celui-ci supportait les frais des provinces
i V. Journal des sa». 182i, p. 669. — 2 Joseph. Ant.jud. .VIX, 1 ; c. 2, 3, 4, Cod. Jusl. De vectigal. IV, 61. — 3 Frag. De jure fisci, 18. — ' Fr. 16, § 10, Dig. De publ. XXXIX, 4. — B Dio Cass. LXXVII, 9; Monum. Ancyr. lab. 1 a dcilra; Plin. Hitt. nat. XXXIII, 16; Spart. Badr. 6; Capilolin. Ant. ph. + ; Lani;j. Alex. Sev. 32 ; Vop. Prob. 15. — 6 Fr. 1, § 2, Dig. I, 19 ; v. Mommsen, II, 2, p. 967 ; Hirschfeld, p. 27; Humbeil, p. 197 et s. — 7 Slrab. XVII, § 12. p. 797. — 8 Dig. XLVIII, 20; Cod. Theod. IX, 42; Cod. Just. IX, 49.
— 0 Dio Cass. LV, 32; Tacit. Ann. IV, 20; VI, 2; Hist. I, 90; Philo, Adv. Ftacc. p. 986 ; Plin. Paneij. 42; Sparl. f/adr. 7; Vulcal. Gall. Avid. Cass. 7.
— 10 Voyei en ce sens Puchta, Inst. § 88 et Burchardi, Jîechtsgesch. p. 72 ; Manjuardl, Htaalsv. V, 2- id. p. 306 cl s. ; Hiischfeld, p. 12. — " Walter, Gesch. 3' Mit. n' 332, note 111 ; Humherl. p. 20!. — 12 Op. c. p. 294. — 13 Vdl. Pal. Il, 39. — IV On a très peu de documents sur co point ^v. Marquardt, Saalvs. V, 2, p. 30C. — ISStat. 6y(u. 111,95. — IC Javolenus, fr. 11, Dig. De jure fisci,
patrimoniales comme en Egypte, ceux de la maison impériale et tous ceux de la cour en général ", et dès le II' siècle ceux de la poste; il est naturel d'admettre qu'il payait également les traitements des nombreux employés du fisc; enfin, en outre, les dettes" des hérédités recueillies par le Fiscus, soit directement, soit comme vacantes ou à titre de confiscation ; même règle pour les onera des biens enlevés pour indignité ". Les charges, c'est-à-dire les legs ou fidéicommis imposés aux dispositions testamentaires devenues caduques, devaient être acquittés par le fiscus, lorsqu'il succéda à VAerarium, à cet égard, sous Caracalla". Schneider toutefois pense que cet empereur attribua les caduca à son patrimoine privé, ratio Caesaris, et non au fisc"; mais cela n'aurait eu aucune importance, puisque l'empereur disposait du fisc comme d'un quasi patrimoine. D'ailleurs, en fait, il avait toujours eu la haute main sur la caisse de VAerarium laissée en apparence à la disposition du Sénat'", mais administrée par praefecti aerarii, choisis par l'empereur. 11 pouvait donc puiser dans le trésor public en cas de détresse du 'fiscus ou réciproquement. Stace-' suppose que le fisc contribue aux dépenses de l'armée non réservées au trésor militaire et à celles des monuments et des frumentationcs. On voit même que, sous Vespasien et Titus, -^ après une recherche des terres de I'ager pubucus, une grande partie des biens réunis [publicati) fut vendue au profit du fisc. le reste abandonné aux possesseurs par Domitien. Les biens du fisc ou du domaine de la couronne n'étaient point regardés comme inaliénables^', quoi qu'ils fussent imprescriptibles^'. L'empereur pouvait les attribuer à des donataires ou les vendre ; le plus souvent même, les hérédités vacantes ou caduques, ou les biens des débiteurs, étaient vendus aux enchères (subfidehaslae fiscalis] par tes agents de l'administration-»; seulement, il était défendu de vendre séparément ou d'affranchir les esclaves intendants [aclores) des domaines revendiqués par le fisc-% ce qui aurait nui à l'exploitation. La vente transférait la propriété '', dès que l'acheteur avait payé le prix; il n'avait droit qu'à la garantie au simple en cas d'éviction-'. Bien plus, Marc-.\urèle, en cas de vente de la chose d'autrui par le fisc, accorda une exception après cinq ans à l'acheteur contre le véritable maître -'.
Le fisc comprenait des créances (nomina ou obligaliones), soit résultant des successions par lui recueillies ou des contrats passés par ses agents [praes] ou pour les redevances à lui dues. Ces créances avaient pour gage les biens du débiteur et le fisc finit par obtenir pour garantie un privilège inter personales actiones [privilegium] qui était cependant primé par le privilège de la femme du débiteur pour le recouvrement de sa dot [dûs] " ; plus tard il acquit même une véritable hypo-
XLIX, 14. — 17 Fr. 16, § 2, Dig. De kis quae ut indig. aufer. .XX.X1V, 9. La publicatio a heu au profit de Vaerarium, la confiscatio pour le fisc.
— 18 UIp. Jieg. XVII, 2 et 3; llachelard. De faccroissemeni, p. 140 et suir.
— 19 Das Anwachsrecht, p. 193 et suiy. — 20 Dio Cass. LUI, 16, ïi
— 21 Sylv. III, 3, 85 ; Uumbert, p. 207. — Î3 Sueton. Domil. » ; Orelli, II, n* 348; Hjgiu. De condie. agror. p. 122; De gêner, conir. p. 133 ; Fronlin. De gêner, conlr. p. 81, 82, ap. Gromal. Veter. fd. Lachraaoa. — S3 SerriguT, Droit publ. rom. Il, n» 643, p. 23. — »l Instil. Jusl. II. VI. § 9. — SS Fr. 22, 41, Dig. XUX, 14 ; Cod. Just. X, 1 et s., et surtout Cod. Just. X, 3. — S« Fr. g el30, Dig. XLIX, 14. — 27 Le teite ne parle pas de tradition. — 28 Fr. 5, pr. et § 1, ibid.
— 29 Instil. 11,6, § 14. Zenon et Justinien allèrent plus loin en ne laissant au mailre qu'un recours de quatro ans contre le fisc ou U domus Caesaris tel Avguxta: t. Cod. Just. VII, 37. — 30 C. 9, Dejuredot. Cod. V, 12; t. Démangeât, Fonds doUil, p. 85, 213.
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Ihèque [pignus vet hypotheca)^ avec le premier rang-, sauf le privilegium dotis.
3° Administration. — Les employés chargés de l'administralion du fisc élaienl regardés moins comme des magistrats que comme des commissaires ou serviteurs ivùnistri) de l'empereur^. A l'origine ce trésor était régi par le prince et ses affranchis, et en province par des procwatores de l'ordre équestre, puis il fut centralisé sous Claude, dans les mains d'un directeur général, Pallas. Certains empereurs confièrent la direction à des chevaliers, ce qui fut généralisé sous Hadrien; puis M.-Aurèle créa un sous-directeur, curarum socius, qui put être un affranchi, sous le nom de procurator suinmarmn rationum''. Enfin au in° siècle, le ministre lui-même prit le nom de a rationibus °. En Egypte un loiolo^oç ou catholicianus dirigeait dès l'origine le patrimoine du prince ^; c'était le procurator a rationibus'' , qui recevait le plus haut traitement; on le nomme quelquefois aussi ralionalis fisci, ou procurator summarum, sans doute parce qu'il avait la direction de la comptabilité* et, si l'on en croit un passage déjà cité du poète Stace, le droit d'ordonner les dépenses d'après la direction de l'empereur. Suivant Hirschfeld', le fisc paraît n'avoir pas eu de caisse centrale à Rome avant le règne de Claude, elles fonds étaient déposés dans des temples. Ce directeur avait sous ses ordres un officium nombreux " d'agents de comptabilité numerarii ou iabellarii, au sein duquel les inscriptions nous montrent un adjutor tabularlorum a rationibus'^ ou servus adjutor a rationibus ''^ un coadjutor officii raiionalium " ou librarius a rationibus ou optio tabellariorum officii rationum ''', etc. Le procurator a rationibus était un personnage considérable, puisque, dans une inscription'^, on voit l'un d'eux commencer par être tribun militaire, puis procurator de plusieurs provinces, avant d'être nommé procurator a rationibus. 11 avait sous ses ordres, en province '^ des procureurs (procuratorespatrimonii ou Augusti) et des intendants ou adores*''., pris parmi les afl'ranchis du prince, puis parmi les chevaliers romains. Us étaient envoyés non seulement'' dans les provhiciae Caesaris, mais encore dans les provinciae populi , où le prince pouvait avoir des possessions et des droits fiscaux à recouvrer ". En province, il exista des caisses spéciales, un fisctis gallicus, etc., on arca provinciae ^'' ; il y eut bientôt, pour les travaux publics, une caisse dépendant du patr'imonium avec ses caissiers et leurs aides-'.
En outre, il existait des procureurs spéciaux-^ pour les diverses branches de revenus du fisc. Ainsi il existait des procuralores hereditaiium, qu'il ne faut pas confondre-^ avec les procwatores mces'imae hereditatium ou des ving-
1 Fr. 5, De jure fisci; fr. 68, § 1, de fideij. Dig. XVLI, 1 ; fr. 15, De dote praeleg. Dig. XXXIII, 4. — 2 Paul. Sent. V, 12, 10; Macer. fr. 34, Dig. 49, 14. 3 Marquardl, Slaatsv. II, 2, p. 307. — » Hirsclifold, Op. laud. p. 34.
— 6 Karlowa. I, p. 604. — " Marquardt, V, 2, p. 310 ; Madvig, II, p. 408.
— 1 Orelli, Jnscr. 2931, 3574; KclUrmann, Vigil. lat. n» 42; Sueton. Claud. 28; Hirschfeld, p. 30; Humbert, p. 231. — 8 Mommsen, In.icr. N. n' 2518; Vopisc. Aurel. 38; SUl. Sylv. III, 3, 85. — 3 Op. l. p. 3, 6, 278. — m Marquardt, iî. Staatsv. V, 2, p. 307 et s. ; cf. Mommsen, Stattlsr. II, î, p. S98 el s. ; III, 2, p. 2144; Corp. inacr. lat. VI, 8417, 31, 8505, 10 ; Hirschfuld, p. 32; Friedlandor, I, 121. — " Orelli, 2834. — «2 Orelli, 32. — 13 Orelli, 3427. — H Gori, Inscr. lat. II, p. 440, 17. — 15 OrcIIi, 3774 et Kellerraann, Vigil. 42. — 16 Suel. Claud. 28 ; Tacit. Ann. XIII, 1 ; XIV, 64. — " Plin. Panegyr. 36. — 18 Slrab. XVII, 1, § 12, p. 797; fr. 1, 2, 3, Dig. 1, 10; cf. Eichlioist, De procurât, p. 30.
— 19 Dio. Cass. LUI, 15 ; fr. 9, Dig. I, 19. — 20 Hirschfeld, p. 27. 43 ; Marquardt, t. Il, p. 307. — 21 Hirschfeld, p. 158, noie 2, 4 et 5 ; Momniicn, Corp. inscr. lat. V, 83 ; VI, 4S5, I, 233. — 22 Fr. 35, § 2, Dig. IV, 6. — 23 V. en ce sens \Valler, n* 332, note 110; Turre, in Monument, veter. Antii, p. 81 à 91 ; Hirschfeld, I, 54; Eichhorsl, Quaest . epigr. de procur. p. 16 et suiv. — 24 Orelli-Ilenzen,
tièmes qui appartenaient à VAerar'ium militare. Les premiers avaient un rang supérieur^* et un traitement plus élevé ; on y voit un ducenar'ius ^^. Eichhorst admet que ces procuratores appartenaient à l'administration du patrimoine privé ^''', dont la direction des hérédités formait une partie spéciale, aussi les appelle-t-on encore procuratores hereditatium patr'imonii privati; il croit" que ces agents recueillaient non seulement les successions laissées au prince ou vacantes, mais les caduca, parce que le titre de procuratores caducorum ne se trouve que dans des inscriptions suspectes. Marquardt-', au contraire, paraît les admettre. Du reste, tous ces procuratores hereditatium étaient choisis parmi les ingenui -" ; ils avaient une certaine juridiction pour statuer sur le point de savoir si une hérédité était ou non caduque. Les inscriptions concernant ces procuratores semblent appartenir au II' siècle, c'est-à-dire à une époque où le fisc commence à se confondre avec VAerarium. A partir de Septime-Sévère, il y eut des procuratores spéciaux pour la res privaia imperatoris^"; mais on ignore s'ils étaient appelés à recueillir les hérédités à la place des procuratores patrimonii ^' privati. Dans les provinces il y avait des bureaux, stationes, pour cette administration et des pi'omagistri^-, et, au-dessus d'eux, des procuratores Augusti stalionum hereditatium^''. Enfin les biens des condamnés étaient recueillis par des procuratores ad bona damnatorum^^ .
Vers le iii° siècle , un grand changement s'opéra dans l'administration financière : les questeurs cessèrent d'être chargés du maniement des fonds dans les provinces du peuple '°, et furent remplacés par des procuratores Caesaris ou rationales ; VAerarium militare luimême se confondit avec VAerarium : car on ne voit plus le premier mentionné que sous Héliogabale ". Enfin, Septime-Sévère institua à la tète de l'administration du Fiscus ", ou domaine de la couronne, un procurator patrimonii, qui avait sous ses ordres des rationales^' et des procuratores inférieurs ; à la tête du domaine privé un procurator, plus tard magister rationis privatae^^ à Rome, ayant sous ses ordres des procuratores rei privatae en province*". A cette époque, il s'opéra d'ailleurs une fusion entre VAerarium et le Fiscus, en ce sens qu'ils furent placés sous la direction immédiate de l'empereur*'. Aussi commence-t-on à distinguer plus nettement des autres parties de VAerarium et du Fiscus, le domaine privé de l'empereur, qui fut administré par le procurator ralionis privatae [patrimonium principis]. VAerarium enlevé à la surveillance du sénat était dirigé par un procurator ^'^ qui avait sous ses ordres les praefecti
n' 6442. — 26 Henzen, 6356. — 2ii Orelli, 3180. — 2' Cf. Mommsen, Ann. de finst. arch. 1833, p. 66, 67 ; et Hliein. Mus. 1848, p. 28. — 28 m, 2. p. 231, note 131 et 2" éd. p. 311, note 1 ; mais voy. Hirschfeld, p. 43, note S ; Borghesi. Œuvres^ V, 12. — 23 Neuf d'entre eux tous de l'ordre équestre dans les inscriptions; v. Eichhorst, p. 30. — 30 Sparl. Sever. 12; Hirschfeld, p. 4C, 54 ; Corp. inscr. lat. V, y. -t, VIII. 872. — 31 Au Digeste, on voit le procurator Caesaris faire accepter les hérédités par un esclave du prince ; fr. 1, § 2, Dig. I, 19. — 32 Heuzen, n' 6642.
— 33 Gruter, 431, 3; Hirschfeld, p. 4! ; Karlowa, I, p. 505. — av Orelli, II, n« 3190; Willmauns, 1278, 1291. — 36 Gains, I, 6, Dig. I, 19; c. 3, Cod. Jusl. X, 2 ; c. 4, Cod. Just. De fide hastae, X, 3. — 3C Orelli, t. I, n» 940.
— 37 Suivant Walter, n» 334; cf. Spart. Seaer. 12; Capil. Macrin. 2, 7 ; v. aussi Hirschfeld, p. 27 et 44 ; Marquardl, 2" éd. V, 2, p. 311. — 38 Vopisc. .\.urcl. 38. — 39 Orelli, I, 946 ; H, 3, 31 ; Henzen, 5530. — »o Fr. 39, § 10 Dig. XXX, 1; c. 3, Cod. Theod. IX, 42; Orelli, H, n» 3180; Lamprid. Comm. 20. Suivant Marquardt, V, 2, p. 307, 312, uolo 4, le procurator rei ou ralionis privatae ne fut qu'un administrateur du patrimoine propre du prince. — " I>io, Cass. LUI, 22, mais les deux masses do revenus domeurôrent dislincles. — ^2 Lani* prid. Diadum. 4
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aerarii^, et ceux-ci recevaient de l'empereur les mandats de payement. On comprend donc aisément que, dans le langage pratique^, on ait désormais pris l'un pour l'autre ces mots Aerarium et Fiscus, bien que les deux caisses fussent encore distinctes ' et administrées séparément. Le code Théodosien emploie encore une foisTexpressionAerariumpourindiquerla caisse qui recevait les caduca, et les biens vacants', bona vacantia, perçusjadis par l'ylej'oriMm, du moins en Italie et dans lespro- ' vinces du peuple. Mais les jurisconsultes déclarent qu'ils appartiennent au Fiscus'% puisqu'il n'y a plus de provinces de César. Sous Constantin, le Fiscus subsiste sous le nom de aerarium privatum ou de privatae largiliones, etil est administré parle comes rei privatae ou pj'iya/arum largilionum, ayant sous ses ordres un o/'/îcmni nombreux ''. IV. Contentieux. — De même que la compétence relative' au contentieux de \' Aerarium avait été attribuée aux praefecti aerarii, Claude, par un sénatus-consulte, con^\ai,d,,\x\procuratoresCaesans, enprovince, lesprocèsdu fisc', autrefois jugés par les tribunaux ordinaires'. L'empereur Nerva institua un préteur spécial, praetor fiscalis, pour juger les causes fiscales à Rome ". Toutefois dans les questions de propriété " et dans les questions d'état, causa liberalis status controversia, la compétence du juge ordinaire paraît avoir été maintenue ; seulement, depuis Adrien, l'avocat du fisc, advocatus fisci, devait être entendu sous peine de nullité '^ comme dans toutes les causes intéressant le fisc.
Au bas-empire, dans l'organisation de Constantin, les causes fiscales furent portées devant le raiionalis rei privatae'^, mais l'appel était déféré à l'empereur" ou à ceux auquel il en avait délégué la connaissance '^ vice sacra, c'est-à-dire au co7nes rei privatae [comes]. Valentinien et Valens, par une constitution rendue en36S, maintinrent la juridiction des tribunaux ordinaires en matière de proprié té "*, mais avec la présence du rationalis ; les mêmes empereurs appliquèrent cette règle aux procès dirigés contre un colon du fisc" mais le defensor domus nostrac c'est-à-dire l'avocat du fisc, dut assister au débat. A Rome '* l'appel des sentences du raiionalis était porté au praefectus urbi ou cusTOS urbis. Ceux qui avaient à se
I Vopisc. Aurel. 9, 12, 20. — 5 Fr. 13, Dig. XLIX, 14; fr. 9, § C, Dig. XLVIII, 13 ; c. Set 3, Cod, VII, ^~. — 3 Même sous Constantin, on distingua Vaerarium sacrum et Vaerarium privatutn. — * C. 5, Cod. Tlieod. De bon. vnc. X, 8. — BFr. 9. Dig. XXIX, 5; fr. 96, § 1, Dig. XXX, 1. —S Bethmann-Hollweg, II, 15, 73, 102; Willcras, p. 500; Serrigny, Droit public romain, Paris, 1862, 1, n"* 115 et suiv. ; Humbort, I, p. 263. — 1 Suet. Ner. 17 ; fr. 6, § 19, Dig. II, 15 ; fr. 12, Dig. XXXIV, 9 ; fr. 42, Dig. XHX, 14. — 8 Suet. Claud. XII ; Tacit. Ann. XII, 60 ; fr. 9, Dig. I, 6 ; c. 2 et 3,Cod. Just. III. 26. — 9 Dio. Cass. LVIl, 23. — 10 Plin. Paîie^. 36 ; Ponip. fr. 2, §32, Dig. De origin. Juj'is, I, 2 ; Walter, n" 740 ; Mommscn, Staatsr. 2' 6d. II, n''^ 979 à 984. — 11 c. 5, Cod. Tlieod. II, I, De jurisdict.;c. 3, Cod. Tlieod. X. 4. — 12 Fr. 3, §9 et fr. 7, Dig. De Jure fisci, XLIX, 14; Herrlich, De aerario et fisco, p. 25 et s. — 13 c. 41, Cod. Tlieod. XI, 30 ; c. 5, Cod. Just. III, 26 et c. 5, III, 22. — li C. 18, Cod. Th. XI, 30. — 16 C. 21, 28, 45, Cod. Theod. XI, 30 ; c. 13, Cod. Tlieod. X, 1 ; c. 4, Cod. Just. Il, 9. — 16 G. 3, Cod. Theod. II, 1. — n C. 3, Cod. Theod. X, 5. —18 C. 49, Cod. Theod. XI, 30 ; Sjmmach. Epist. X, 62. — 19 G. 9, Cod, Just. III. 26. — 20 Fr. 9, § 6, Dig. XLVIII, 13 ; c. 1, Cod. Theod. IV, 20 ; c. 4, Cod. Theod. De fisci débit. X, 16. — 21 C. 3, 7, Cod. Theod. XI, 7; W,iUer, Gesch. n" 753 et n* 755, note 70. — Bidliographie. Walter, Geschichte des rôm. Decitts, 3" Mit. Bonn, 1800, n- 282, 329, 332, 361, 403, 740. 743 ; Rudorff, Bôm. Gesch. II, p. 36 et 43, Leipzig, 1857 ; Heimbarch, in Weiskes Jiechtsiexicon, Leipzig, 1844, t. Il, p. 297-302 ; Turrc, ,UoillimCT(. vcter. Antii, 1700, p. 75 et 283 ; Beckcr- Marquardt, Rômisch. Alterth. III, 2, Leipzig, 1857, p. 223-226, 231; J. Marquardl. rtoem. .Snatsr. 2» Aufl. Leipzig, 1884, p. 300 et s.; Puchla, Cursus Institut, é^. Rudorif, lierl. 1856, g 88 ; Serrigny, Droit publ. romain, Paris, 1862, n" 98 à 109 et 615 4 688 ; Ileinoccius, Adleg.pap. Amst. 1726,4, p. 360 et s. ; Rein, in Pauly's Reaiencyclopàdie, VI, p. 2413 et s., Stullgardl, 1842-1852 ; Burmann, Vectigalia Populi Romani, Leidae, 1734, 4, cap. XI, et in Polesi, Thesaur. I ; Ilegewisch. Uist. Versuch 6ber die rôm. Finanzwesen, Altoni, 1804; Bosse, Grundzùge des Finanzwesens im rôm. Staat, Braunschweig, 1804 ; Mommsen, Rôm.
plaindre des injures ou des vexations des agents du fisc, actor ou procuralor rerum privatarum, pouvaient porter directement leur plainte au gouverneur de la province, rectori provinciae *" . Quant aux débiteurs du fisc, ils étaient poursuivis devant le rationalis et soumis à la contrainte par corps -°, sans bénéfice de cession possible. On n'introduisit quelques adoucissements qu'en ce qui concerne les moyens barbares employés pour accélérer le payement de l'impôt^'. G. Humbf.rt.
FISCUS CASTRE.\SIS [caSTRENSEs].
FISCUS FRUMEiVTARIUS. — On 'appelait /?se«s /"?•«mentarius la caisse spéciale chargée sous l'empire de la distribution du blé gratuitement ou à prix réduit [frumentariae leges, tessera]. Elle paraît avoir été instituée par Auguste qui créa des curalores ou praefecti frumenti dandi\ ayant des employés nombreux, un officium de scribae, librarii et accensi égal à celui des curalores aquarum^. A ces préfet» étaient soumis les agents du portique Minicia, où se faisaient les larr/iliones^, savoir un procurator Auqusti ad Miniciam, un curator Miniciae, un rationalis Miniciae etua publicus(servus) Minicianus, etc.'. Il faut rattacher aussi aux praefecti frumenti les employés de la caisse du fisc, tabularius fisci frumentarii^, c'est-à-dire un comptable, un intendant ou dispensator fisci frumentarii^. Cette administration parait avoir été distincte de la praefectura aerarii. G. HcMBEnt.
FISCUS LIBERTATIS. — On donna sous l'empire le nom de fiscus Ubertatis ou fiscus libertatis et pecuUorum à une caisse spéciale, destinée à centraliser le produit de l'impôt du vingtième sur les affanchissements [aurum vicesimarium ou vicesima manumissionum]. On voit mentionné dans une inscription ' un contrôleur ou tabularius de cette caisse : tabularius fisci libertatis et pecuUorum. Elle se rattachait au trésor du peuple ou aeraî-iuffi popuZi i-e/ senatus, ou Saturni [aerarium]. Les produits de cet impôt étaient levés d'abord par des publicains et leurs esclaves, socii vicesimae libertatis'', etseruisociorM/n, etc., etplus tard par des procuratores, employés impériaux, vicesimarius ', publicus ou praepositus vicesimae libertatis, arcarius, ou arcarius a rationibus vicesimae libertatis, dans les différentes régions de l'empire'. G. Humbert.
Staaisrecht, 2" M. Leipzig, 1S8S, II, p. 379, 984, 998 et s.. 1050 ; III. 1144; Hirsebfeld, Untersuc/iungen auf dem Gebiete der roem. Verwaltungsgeschichte, Berlin, 1877, p. 1 à 52 ; Herrlich, De aerario et fisco Romanor. quaestiones, Berl., 1872 ; G. Hurabert, Essai sur tes finances et la comptabilité publique cftez les Bomains, Paris, 1886, I, p. 193, 195, 202, 207, 231, 357, 360, 378, 4S2; Herzog, Geschicht'e und System, d. r. Staatsverfassung, Leipzig, 1891, II, 2, § 92, p. 664 et s. ; Otto Karlowa, Roem. Reschtsgesch. I, p. 97, p. BfS et s., Leipzig, 1885; Esmarch, fl. Rechtsgesch. 3' M. Kassel, 138S. p. .143; E. Hfilder, Institutionen des r. Rechis. 2' (d. Freiburg et Tubingen, I8S9, p. 68; Bethmann-HoUveg, Cicilprocess, Bonn, 1866, II, p. 153, 747, 760; III, 15,68, 73, 102, 230. 327; Friediiinder, Sittensgeschichte, 1,5, p. Oi, 152 et s. ; P. Willems, le Droit public romain, 5* éd. Paris, 1884, p. 493 et s. ; Madyig, Verfass. und Vencalt d. r. Slaats, II, p. 408, 431 et s., Leipzig, 1882, tr.id. en français par Morel.
FISCUS FRCMENTARIUS. I Suet. Uct. 37 ; T. Mommsen, Inser. neap. 5*71 ; Corp. inscr. lat. VI, 8474, 8475, 6476, 8477 ; 554, 634 ; XIV, n. 2045. — » FroQt. De aq. p. 108. — 3 Orelli, n" 510, 60, 1194, 3151, 2852 ; Gruler, 402, 4 ; 612, 5. — * Marquardl, Alterthùm. V, 2, p. 33, note 2.-5 Gori, Inscr. etr. I, p. 345 ; Morini, Atti, p. 553. — 6 Gori, p. 296 ; Orelli, n* 790. — Bibuoguphis. Marquardl, Bandbuch der rômiscken Alterthùmer, t. V, 2» éd. Leipzig. 1384, 2, p. 133; T. Mommsen, Rôm. Tribus in administrativer Beziehung, Altona, 1844; Inseriptiones rrgni iVeapotita/ii Latinae, Leipzig, 1852; SlaatsrecM, 2* éd. II, 962; Orelli, Jnscr. latin, sel. colleet. Zurich, I82$-I856 ; Hirichfeld, UntersucAung. auf dem Gebiete der rôm. Vertcalt. geschithte, Berlin, 1877, p. 54 et s.
FISCUS LIBERTATIS. 1 Orelli, n» 3335; Cagnat, p. 166. — S Or«lli, n* 3339; Hirschfcld, p. 71, note I. — 3 Pelron. fr. c. 65. ISuivant Marqu.irdl. III, 2, p. 210 (mais ïOï. 2' éd. t. V, p. 281 et 315. note 1 ; Hirschfeld, p. 69), le ticesimarius est un publicain.] — » Or«IU, a" 3335-3340; Gruler, il» 4. 4; 591, 49; Fabretli. Inscr. p. 35, 173. — Bibliographie. Ha^ubuch, Epistolae epigraphieae. 505,521; Burmann, Vectigalia populi romani, Leidae, 1734, p. 153 et suit. ; Marquardl,
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Fig. 30S0. — Fistuca.
FISTUCA. — Instrument en forme de pilon qui servait à fouler et aplanir le sol' et à le paver ^ [pavimentum] ou à mettre des pierres de niveau [structura]. On trouve employés comme synonymes les mois pilum' bacubts^, virga^, vecth *, et l'on peut en induire que cet instrument ne différait pas d'un lourd bâton. Nulle part ^ — on ne voit qu'il fût muni d'anses
/* ,4i«» oi I comme la « demoiselle » de nos
paveurs. C'est un bâton de ce genre que l'on voit (flg. 3039), sur la colonne Trajane', dans les mains d'un soldat occupé à la construction d'un mur.
Le même nom ^s^ica est donné par César' à»un pilon ou mouton, mû peut-être au moyen d'un mécanisme, avec lequel on enfonçait des pilotis. H Saglio. FISTULA. — I. Tube, tuyau. Il importe dès d'abord de distinguer nettement les fistulae, conduits fermés, des canalisations de toutes natures, gouttières, rigoles, chéneaux, etc., à ciel ouvert, aussi bien que des galeries souterraines taillées à même le sol sous forme de véritables tunnels de dimensions plus ou moins considérables, ou encore des conduites maçonnées telles que les specus des aqueducs', tous travaux rentrant au contraire sous la dénomination générale de cuniculus (voy. t. I, p. 1589). Leur principal emploi chez les anciens était la distribulion des eaux ^ ; mais, réduits même à ce seul usage, il ne saurait entrer dans le plan de cet article de suivre les différentes applications qu'en ont pu faire des peuples aussi habiles et bons ménagers de l'eau que l'étaient à un égal degré Grecs, Étrusques et Romains. 11 suffira de dire que, quoique moins fréquemment employés dans la construction des aqueducs que les conduites de maçonnerie ou de briques, par suite des dimensions considérables qu'avaient le plus souvent les specus^ ils n'y sont point pourtant inconnus là où des circonstances particulières contraignaient, tout en réduisant le volume d'eau, à porter à son maximum la résistance à la force d'impulsion, lorsque par exemple l'aqueduc, traversant une vallée, devait faire l'office d'un siphon renversé : la présence de tuyaux en plomb a été reconnue en particulier dans un aqueduc de Lyon ' (voy. aouaeductus, p. 341 ). Les fouilles d'une ville étrusque à Marzabolto, près de Bologne, ont fourni un exemple non moins intéressant de l'emploi de tuyaux, ici en poterie, destinés à la descente des eaux des gouttières d'une maison et témoignant du soin apporté à cette partie de la construction dès une époque qui n'est pas postérieure au V siècle avant notre ère* : la conduite qui traverse un mur se compose de deux tuyaux emboîtés, l'un horizontal, sortant au dehors et
Hanilhuchder rômiscnen Alterlliilmer, 2» Leipzig, 1884, V, 2, p. 281 cl 315; Wallon, Geschichte des rômisclien Hechts, n" 329 et note 69 ; Th. Moinmsen, Inscriptiones II. Neapolitani tatinae, Leipiig, 185e, n° 3674; Corp. inscr. lai. II, 4180; 111, 555 ; V, 3351 ; VI, 772, 915, 8450 ; VIII, 7099 ; X, 3875 ; XII, 2396 ; Hermès. I, 52 ; /(. Slaatsrecht, 2- éd. I, 176; III, 1123, 1155, 1235, Leipzig, 1888 ; Hirschfcld, Untersucliung. auf dem Gebiete d. rôm.Verwalt. GeschicUte, Berlin, 1877, p. 69, 71 cl s.; Cagnat, les Impôts indirects chez les liomains, Paris, 1882, p. 153 à 172.
FISTUCA. 1 Cato, i)e re ria(. XVIII, 7;Varr. Oere. rust.\, 51, 1. — SPlin. //k(. nat. X.\XVI,18{185).- 3 Calo, /. /. - * Vilr. H, 4, 3; VII, 3,6.-6 M. VII, 1, 7. — 6 Calo, Jl. rusl. 28; Plin. XXXVI, 55, 2?— 7 Frœlmer, Col. Trajm>e, pLiLi (= S. Uaiioli. Col. Trajane. pi. xn). — 8 Cacs Jiell. ijall. IV. 17.
dont rorifice à section elliptique débouche sur le trottoir de la rue, l'autre formant un coude et s'élevant
Fig. 3061.
Fig. 3060. — Tujau tic goutlii^re.
ensuite verticalement à l'intérieur de l'édifice (fig. 30G0) *.
La matière des tuyaux variait, on le voit, suivant les circonstances et il est difficile de s'expliquer comment Borghesi^ a pu nier l'existence en Italie de tuyaux d'eau en terre cuite. M. Lanciani en rapporte un certain nombre d'exemples remarquables, provenant des environs de Rome et des différentes , „,.,-
régions italiennes'. Hors de l'Italie, on a déjà mentionné (t. II, p. 1260), à Athènes, des conduits en terre cuite formés de deux parties rattachées par des agrafes de plomb, et d'autres (fig. 3061) ', d'une
fabrication élégante et soignée, découverts en Troade. Vitruve' et Pline'" d'ailleurs en recommandent l'emploi, comme particulièrement utiles pour l'adduction des eaux de sources, en leur donnant l'épaisseur de deux doigts et en les faisant s'emboîter l'un dans l'autre. Ils sont, ajoute "Vitruve", à la fois plus économiques, d'une restauration plus aisée et à la portée du premier venu, et plus salubres. Cependant l'emploi des tuyaux de terre cuite semble, M. Lanciani le remarque '^ avoir été adopté plutôt pour les eaux d'irrigation (jue pour les eaux potables.
Les conduits destinés aux eaux se faisaient encore en bois et même en pierre. Le pin, le picéa, les aulnes, dit Pline'*, se creusent en tuyaux pour la conduite des eaux; recouverts de terre, ils durent des années; non enterrés, au contraire, ils vieillissent rapidement. En pierre sont l'aqueduc de Patara en Asie Mineure'*, dont les blocs de calcaire formant le specus, percés d'une ouverture circulaire et placés bout à bout, constituent ainsi une sorte de tuyau (voy. t. I, p. 340), et surtout une conduite des environs d'Arezzo, formée de tubes de pierre dure encastrés l'un dans l'autre, longs de l'°,20, d'un diamètre intérieur de 0"i,35, avec parois épaisses de 0",18'^ La pierre s'employait encore à former des anneaux destinés à renforcer les joints des siphons de terre cuite '". Il est à noter toutefois que tous ces tuyaux,
KISTULA.I VilruT. Vlll. 7, p. 206 (cd. Tcubnor). — 2 Isid. OWj. XV, 8, 17; XIX. 10, 29. — 3 Rondelet, AtWif. aux Comm. de Frontin, p\.x\i. — '^Monumenti anticlii pubbl. p. VAccad. dei Lincei, I, p. 326. — s Ibid. pl. vi, 3.-6 Œuvres. VII, p. 503. — 7 Topografiadi Borna auticn, 1 Comentarii di Frontino intorno le Aque e gli Aquedotti, Sillage epigrajica a^fmrïa, dans les Atti del Accadcînia dei Lincei, série terza, Memorie, vol. IV, 1879-18S0, p. 399 et suit. — 8 llalin, Ausgr. auf d. homer. Pergamus, 1865, p. 22, pl. iv; voy. *QD*EnucTns, p. 338. — 9/6i(/. p. 209. — t<l Ilisl. nat. XXXI, 31, 57. — 11 Ibid. p. 209 et 210. — '2 Lanciani, p. 399. — 13 Hist. nat. XVI, 81, 224.— HTexier, Z>fscr.rfci'^si<îj/me«rs, III,p.22t. pl.cLxxix. — iliA'odJicf degli Sctivi, novembre 1878, dans les Atti del Accademia dei Lincei, série tcria, Memorie, vol. III, 1878-1879, p. 76; Lanciani, p. 399. — 16 Vilr. Ibid. f. 10».
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aussi bien de terre cuite que de bois et de pierre, sont compris plutôt sous la dénomination de tubuli que sous celle de fisiulae, réservée aux tuyaux de métal, et plus particulièrement de plomb, les tuyaux de bronze n'ayant jamais été employés qu'à l'état d'exception et pour supporter de très hautes pressions, tels que les fistulan soledae mentionnées dans une inscription d'AIatri '. La distinction est nettement indiquée dans les textes suivants de Vitruve : « La conduite des eaux se fait de trois manières, par des canalisations en maçonnerie, ou par des tubes de plomb (fislulis plumbeis), ou par des tuyaux de poterie [lubulis ficlilibusy »; et encore : « L'eau est beaucoup plus saine venant de tubuli que transmise par des (islulae; la raison en est que le plomb la vicie pour ce motif, semble-t-il, qu'il donne naissance à de la céruse ' ». Les tuyaux de plomb, de beaucoup d'ailleurs les plus fréquents, nous occuperont donc seuls dans ce qui suit.
Le métal en était tiré pour la plus grande partie des Iles-Britanniques' [plumbum] et remis aux flumbarU, [AciXoêooupYo'i, [AoÀtêooupYoi, formant à Rome une corporation nombreuse, chargés de fondre les tuyaux. La longueur en devait être de dix pieds ^, longueur ù laquelle correspondentpresqiie exactement, d'une soudure à l'autre, les tuyaux de la maison de Livie au Palatin (2°, 85)^. Le poids des différentes coupures n'était pas moins déterminé que leur longueur et nous est indiqué par Vitruve\ variant de CO livres, pour la fislula quinaria, à 960 pour la fisiula centenaria. Le procédé employé consistait à fondre le métal, sur des plaques de marbre, en lames dont, sauf peut-être pour les tuyaux des plus petits calibres dont plusieurs pouvaient être découpés dans la même lame ', la largeur était déterminée par la dimension du tuyau à obtenir : les tuyaux, en eff'et, disent à la fois Vitruve" et Pline'", prennent leur nom"de la largeur en doigts qu'avaient les plaques avant d'être courbées et arrondies. L'on se servait pour cette dernière opération d'une âme de bois : à la différence toutefois de nos tuyaux, les tuyaux antiques ne sont pas d'ordinaire parfaitement cylindriques, mais légèrement ovoïdaux, non sans doute à dessein, mais par suite des exigences de la soudure rendue plus aisée par la superposition des deux bords ou leur repliement vertical,
formant une sorte de gouttière où se pouvaient couler le plomb fondu et les alliages destinés à assurer le joint (fig. 3062) ".
11 esta noter d'ailleurs que la partie pointue ainsi obtenue était presque toujours placée sur le dessus, ainsi que le confirmerait d'ailleurs la seule disposition des inscriptions, sans doute parce qu'étant le point le plus faible on cherchait autant que possible à le soustraire au contact du liquide ".
Il va de soi que le calibrage des tuyaux n'était pas aissé à l'arbitraire, mais résultait des traditions et de
« Corp. Inscr. tal. X, pars I, 5807. — S Uid. p. 206. — 3 /4irf. p. SIO.
— * Plin. Uist.nnl. XXXIV, 49, 164; Tacil. Agricola, 12. — B Vitr. Ibid. p. SOT ;
Plin. llist. nat. XXXI, 31, 58. - 6 Lanciaui, p. 404. — 1 Ibid. p. 208. — ' I.an-
ciaiii, p. 405. — » Loc. cit. — lo Bisl. nat. XXXI, 31, 58. — H Lanciaui,
1. IX, l'-3'. — U M. p. 407. — 13 Fronlin. De aquaeduclibus liber, 31.
Fig. 3062. — CoupCB deluyaux.
prescriptions administratives ". L'empereur, en effet, lorsqu'il accordait à un particulier une prise d'eau, la réglait d'après le calibre du conduit concédé". « Les modèles des tuyaux se fabriquent, dit Isidore de Séville, d'après la capacité et la quantité d'eau qu'ils doivent fournir et répartissent l'eau en un certain nombre de mesures fixées, telles que l'once, la quinaire, le doigt carré, le doigt rond et les autres mesures". » Le mode de calcul en effet varia avec les époques. L'ancienne computation se faisait en prenant pour unité le doigt ou l'once, l'un équivalant au 1/16, l'autre au 1/12 du pied. Le tuyau du calibre d'une once avait 1 doigt 1/3 de diamètre'". Le doigt lui-même était évalué de deux manières différentes, le doigt carré et le doigt rond : le doigt carré supérieur au doigt rond de 3/14, le doigt rond inférieur au doigt carré, par suite de l'abattement des angles, de 3/11 de leurs parties respectives''' ; il en résulte que, tandis que le tuyau d'un doigt rond avait un doigt de diamètre ", le diamètre du tuyau d'un doigt carré, réduit en doigts ronds, atteignait un doigt et un sixième et demi ". L'époque impériale, au moins h Rome, — les provinces en effet, une grande partie de l'Italie, et notamment la Campanie, semblent être restées fidèles aux anciens étalons -°, — adopta une troisième unité différente des deux premières, la quinaire, dont Frontin s'occupe longuement " , ainsi appelée sans doute, quoique les opinions variassent, de ce que le diamètre du tuyau de cette unité de capacité était de 5/4 de doigt^^ L'échelle des fistulae se régla alors sur cette unité nouvelle ^\ le diamètre augmentant d'un quadrans ou quart de doigt d'une fislula à \h fislula immédiatement supérieure, et les noms des différents calibres se tirant du nombre de quadrantes de leur diamètre, sénaire, septénaire, octonaire, dénaire, duodénaire, quinum denum, jusqu'à la vicénaire-'', à partir de laquelle la raison de la progression devient différente : les fisiulae augmentent alors en proportion de leurs superficies et s'appellent vicenum quinum, tricénaire, quadragénaire, etc., centenaire, centenum, vicenum, d'après le nombre de leurs centimètres carrés'^. La pratique d'ailleurs s'éloignait quelque peu de la théorie et Fronlin remarque que, malgré la logique qui eût voulu le maintien de la régularité", les aquarii avaient modifié à leur profit et en commettant une véritable fraude " la capacité de quatre des calibres de fisiulae, \a. duodénaire légèrement augmentée, la vicénaire ramenée d'un peu plus de seize à treize quinaires, la centenaire et le centenum vicenum au contraire singulièrement exagérés, la première de plus de dix quinaires déjà, le second de plus de soixante-six et égalé à ce qu'aurait dû être la double centenaire'^'.
Les concessions, avons-nous dit, étaient faites aux divers impétrants d'après un calibre de tuyau déterminé et les exemples en fait de tuyaux communs à plusieurs possesseurs sont assez rares -'. Il avait fallu néanmoins tenir compte des nécessités matérielles qui imposaient de veiller au non gaspillage de l'eau, et, lorsque plusieurs quinaires avaient été obtenues, pour éviter le
— Il Lanciani, p. 560; FroDtin. 33-34. —15 Orig. XIX, 10, !9. — OFWntin. 24.
— " loc. cit. — 1» Jbid. 26. — I» Loc. cil. — » Ibid. 24. — »1 Ibid. Î3-1 1 ; Lanciani. p. 5C7-574. — 2S Frootin. 25. — 23 Voir le tableau dans l.anciiiii, p. 570- 57).— " FrocUn. 28. — !5 Ibid. i<>. — »lbid. 34.— »T Ibid. i3. — a Ibid. 31-32. — SO Lanciani. p. 408.
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percement trop fréquent de la conduite ', elles pouvaient être réunies dans un même conduit aboutissant à un castellum, d'où chacun recevait, dans les conditions de meilleure régularité, la part à lui afférente ^. L'usage d'autres castellu était différent. La jointure des différents tuyaux de plomb, en eflet, ne se faisait pas autrement que pour les conduits de terre cuite, par emboîtement du tube supérieur dans le tube inférieur, légèrement évidé en entonnoir à son extrémité. lien résultait que, lorsque les canalisations étaient assez longues, avec peu de pente, des fuites fréquentes pouvaient être à redouter. Les caslella servaient alors, au cas où quelque point du parcours était endommagé, à en reconnaître plus facilement la position exacte, sans éventrer à l'aveugle toute la conduite ^ ; mais de tels regards, Vitruve le recommande \ ne devaient se trouver ni dans une pente, ni dans une partie faisant ventre, ni dans une dépression, non en un mot dans une vallée, mais dans une partie de niveau continu.
La fabrication des fistulae se compliquait encore de l'habitude où l'on était, surtout du règne de Tibère à celui d'Alexandre Sévère, habitude dont la fréquence atteint son maximum à la fin du i" siècle de notre ère '% d'y faire figurer une légende. La gravure en creux aurait eu le défaut d'affaiblir la paroi et deux tubes seuls^ parmi les trois cents et plus de la silloge nquaria recueillie par M. Lanciani, en offrent des exemples : encore remarque-t-il que la partie recevant l'inscription avait été dans ces cas renforcée'. Il fallait donc réserver les caractères en relief et pour cela les couler en fondant le tuyau luimême. Les plumbarii employaient vraisemblablement à cet effet des plaques de marbre creusées de manière à recevoir une boîte à lettres, que l'on pouvait changer pour chaque conduit commandé au fabricant. M. Lanciani en trouve la preuve dans ce fait que, de tous les tubes examinés par lui, il n'en est pas où se trouve une seule lettre dépassant les autres : lorsqu'au contraire une lettre ou un chiffre doivent être surmontés d'un trait, comme caes^ser ou AVRELCiEs m et commiicos, ils sont toujours rapetisses de manière à laisser place au trait*. Il semble même que les caractères servant à la légende aient été mobiles, se rapprochant ainsi singulièrement de véritables caractères d'imprimerie, si l'on en juge par la fréquence des lettres retournées ou interverties, dont il serait trop long de rapporter ici les exemples'. Il suffira également d'indiquer en peu do mots les éléments, invariables ou facultatifs, dont se compose la légende, nécessairement astreinte à une grande brièveté. Le premier est naturellement le nom du possesseur au génitif, non sans doute que la mention en fût obligatoire et imposée dans la concession même faite par l'empereur; mais l'impossibilité en son absence de se reconnaître, en cas de réparations, entre les innombrables conduites qui devaient sillonner le soussol de Rome en faisait une nécessité pratique '°. Telle est l'inscription des tuyaux de la maison de Livie au Palatin, iVLiM. avg", dont la présence, en faisant connaître le nom de la propriétaire, a renversé la conjecture primi-
1 FroiiLin. 27 : k Ne rivus sacpius convtxlneretur. n J'ddopte le texte de Tédition TeuljDcr ; d'autres i^dilions donnent : " Ne in viis saepius convulnerentur fistulae », qui aboutit à un sens légi'Tcment dilli^reQt. — 2 Voir sur ces réservoirs et leur utiUUpour la r/'gnlarisation du débit des dilTi'Tents ralilires, Lanciani, p. 409. — 3 Vitr. Ibid.p. 200. — 4 ioc. cit. — C Voir la courbe dressée par Lanciani, p. 412. — ^ SUloge, a" 70 et 80. — ^ Lanciani, p. 416. — 8 Z.oc. cit. — 0 Siltuye, n" 63, 22S, 403,
tivement émise qu'on se trouvait en présence de la maison paternelle de Tibère'^ ; telle encore celle d'un fragment conservé au Louvre, MOPELLiSEVERmuDVMENLANi CAESPHiNCiv, M. Opelli Severi Diadumeniani Caes{aris)
ll,y iÊViMimiDWiil (hS 1 AM ICAi
Fig. 3063. — Marque de fabrique sur un tuyau.
princ(iph) ju[v[entutis)] (fig. 3063), trouvé derrière les thermes de Dioctétien avec d'autres fragments, dont l'un également appartenant au Louvre, portant les mots CASTRispRAETORis et témoignant qu'ils proviennent d'une canalisation destinée par la libéralité du jeune prince à approvisionner le camp des prétoriens ''. La mention du propriétaire, lorsqu'il s'agit d'une conduite impériale, est souvent suivie des mots svbcvra ou cvRAGEN(te) précédant le nom d'un procurateur, chargé par l'empereur de la direction du travail". Une mention fréquente également est celle du fabricant, suivie du mot rEc{it) ou KAC(it) ou précédé d'Ex officina "" ; tel est l'exemple donné par M. Lanciani du tube portant la légende n. MVNATICELSIUFORMIANVS FEG '^ L'on ne rencontrerait au contraire jamais sur les tubes authentiques, d'après le même auteur ", la mention de la nature de l'eau canalisée et la seule inscription qu'il n'ose absolument rejeter
AQVA PINCIANA | DN FLVALENTIMA | NI AVG '" ne s'explique
selon lui '" que par la substitution à une basse époque, à titre topographique, des mots Aqua Pinciana aux mots Hortorum Sallusiianorum, jardins de Salluste, situés comme on sait, sur une partie du Pincio et souvent mentionnés sur des fistulae parvenues jusqu'à nous ^''. Les dates consulaires ne se trouvent jamais non plus sur les conduites privées, qui, concédées à titre purement personnel, passaient par trop de vicissitudes pour qu'il y eût intérêt à fixer l'époque de leur octroi. Sur les conduites mêmes alimentant des établissements publics, une sévère revision en a singulièrement réduit le nombre^' et leur présence, à un exemple près, n'est sûrement attestée que sur des tuyaux desservant les casira praeloiia, où elles perpétuaient le souvenir d'une munificence impériale. Il faut noter encore que les inscriptions se terminent fréquemment par une indication numérale, mais le sens jusqu'ici n'en a été qu'imparfaitement établi : des exemplaires pesés montrent qu'il ne peut s'agir du poids, les nombres ne s'accordant ni avec les poids indiqués par Vitruve, ni avec les poids réels. L'hypothèse qu'ils exprimeraient des longueurs linéaires semble parfois admissible : tel serait le cas de deux tuyaux trouvés dans les environs d'Urbino portant les indications CCCXCV et CCCCX, soit qu'ils provinssent de canalisations longues de 395 et 410 pieds ou pas, soit qu'appartenant à la même ils fussent distants l'un de 395 pieds ou pas, l'autre de 410, de l'origine ou du terme de la conduite ". La même explication toutefois ne saurait le plus souvent être admise, et, ne pouvant entrer ici dans de longues
416, 425, 504. — 10 Lanciani, p. 411. — H Sillage, n» 163 ad. — U L. Renier. lïec. archéol. 1870, I, p. 3i8. M. Lanciani, à la dilTércQCC de M. Renier, croit quo l'inscription se rapporte à Julie, fille de Titus. — 13 Sillogey n** 117 et 118. — IV Lanciani, p. 417. — IB Loc. cit. — !*> Silloge, n" 135. — 17 Lanriani, p. 418- .il9. 18 Silloge, n" 03. — H Lanciani, p. 418. — *> Silloge, n" 88-91. 21 Silloge, n" 34, 106, 108-112, 114, 116, 255. — M Lanciani, p. 406.
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discussions, nous devons nous en tenir à la conclusion de M. Ltinciani, qui , après avoir remarqué que des vingt-cinq calibres officiels, trois seulement, la qui naire, la dénaire et le quinum denum, débitaient un nombre entier, 1, ^ et 9 unités, et que par suite les chifTres III, XIII, XIV, XXII, XXXXIIIl, figurant sur divers exemplaires, ne conviennent à aucun des moduli indiqués par Frontin, se résout, en attendant une interprétation plus certaine, à reconnaître dans ces indications des indications de capacité '.
La pose enfin des conduites en plomb distribuant les eaux non seulement ne pouvait traverser un terrain que du consentement du propriétaire, mais devait, de par la loi, en règle générale, se faire sous les routes et chemins du domaine public, ainsi que nous l'apprend une inscription de Venouse : Ne... fislidae aut rivas nisi sub terra, quae terra itineris viae publicae liynitisve erit, ponnntur conlocentur neve ea aqua per lociim privatuminvilo co cujus is locus erit ducatur'^. Il semblerait par suite que, pour éviter la perpétuelle destruction des chaussées,
— on jugera du nombre approximatif des conduites si l'on songe qu'à l'époque de Frontin il n'y avait pas moins de 3847 quinaires dans la ville de Rome, 2345 dans la banlieue, distribuées à des particuliers et de 3423 1/2 absorbées par les services publics relevant de la maison impériale % — les rues, au moins les principales, à Rome notamment, dussent avoir été munies de galeries souterraines remplissant à l'égard des tuyaux le rôle que jouent actuellement nos égouts. M. Lanciani néanmoins avoue que dans sa longue expérience des fouilles romaines il a rencontré bien peu de substructions de ce genre et les quelques exemples qu'il rapporte sont loin d'être concluants'. Il est bon toutefois de remarquer, et c'est là aussi une entre autres des raisons qui expliquent la faible proportion ^, étant donné leur nombre immense, des conduits de plomb parvenus jusqu'à nous, que le plus souvent les fouilles, tant publiques que privées, s'arrêtent au niveau du pavement des édifices et du sol antique des rues, et qu'il y aurait peut-être par suite quelque péril à généraliser une expérience, qui, à le bien prendre, est encore aujourd'hui très imparfaite, des dispositions précises qu'affectaient les canalisations souterraines de la ville antique.
II. Flûte, et particulièrement la flûte champêtre dite (lûte de Pan [tibia, syrinx].