FOL
FON
Souftlet eu forme d'outre.
FOLLICULARE [remusJ.
FOLLIS (<^û<Ja,!p^JaYlT"/îp, cp'jTriTYÎpioViàixd;). — I. Le mémo nom a été appliqué à divers objets ayant pour caractère commun d'être faits d'une peau gonflée : un ballon f i'iLA],un coussin ou matelas artificiellement rempli d'air' [torus], le sac [follis pugilalorius) ^ qui servait aux exercices des pugilistes [coRYCUS], un soufflet. Nous ne nous occuperons ici que de cette dernière acception et nous renvoyons pour les autres aux articles qui viennent d'être indiqués.
Le souffleta été inventé de bonne; heure. Dès qu'on a senti la nécessité d'activer le feu pour obtenir une haute température, on en a trouve le moyen en se servant de peaux de bétes, d'où l'air, chassé par la pression, était dirigé à l'aide d'une tuyère faite d'un roseau ou d'un
bois évidé. De pareils instruments sont encore en usage chez des peuples presque sauvages et ont été conservés par d'autres (dans l'Inde, par exemple ■') dont la civilisation est ancienne et qui ont atteint dans beaucoup d'industries à une très grande habileté.
Tels nous pouvons nous figurer les soufflets employés à l'époque homérique, ceux que le poète montre, dans la forge de Vulcain, se mouvant d'euxmêmes à son commandeet c'en est un semblable, pareil à une outre ", l'ait de la peau velue d'un bouc et muni de deux tuyères, que nous voyons encore, sur un vase peint du V siècle", porté par un Satyre qui accompagne le même dieu (fig. 3132). Les soufflets sont par la suite constamment nommés chez les auteurs qui parlent des outils à l'usage des ouvriers occupés du travail des métaux''. L'emploi ordinaire chez les Grecs, du pluriel, tpùaai, (pua-f|TYÎpia, àuxoi, donne à penser qu'ils assemblaient deux soufflets, comme on le fait encore, pour former le soufOet à deux vents actuellement employé dans les forges*. Il fallait aussi que l'on ne se contentât plus d'une simple peau de chèvre' ou de
Athènes, Pai-is clCaen, 1870 ; Maltliiass, Las foenusnauticumuud die geschichtUcht' EtUwickelung der Bodmeyei, 1881. •— Rome. V. outre les ouvrages cités dans le cours de l'article et surloitt celui de M. Troplong, Streiber. Der Zinsfuss bei den Homeni, liasel, 18d7 ; Walter, Geschichte des rùm. liechts, 3= édit. Bonn, 1860, II, u" liOD ; Rciu, Prieatreclil der Rômer, Leipzig, 1858, |i. Oit et suiv. ; RudorlT, /to//(, Bechtsgeschicftte, Leipzig, 18o7-185U, I, p. 40 et suiv. où l'on trouve une liste complète des teges fvneltres et de aère alieno; Husclike, Nexum, Leipzig, 184fi. p. 96-li8 ; Kachorcu, Dus AVxum, Basel, 18i:i ; F. Blatz, Excursus ad Tacit. ann. VI, 10, UlTonisljui-gi, 18;iO ; Schrader, in Hngos Civil. Magas. V, p. 160 et s.; W, Scll.iu Setls Jahrlnich, Braunschweig, 1841, I, I, p. IH-'M; Baunistark, ia Paulgs Jimlaicijclop. Stuttgart, 1841, l. III, p. 447-401 ; Soliilling, Inslit. Leipzig, 1834- 1840, p, 101-130; Zachariâ, Sulla, Hcidelberg, 1834, I, p. 103-111; G. Xoodt, De foenore, m Oit. Liii;d. Pat. 173.5, I, p. 179 et suiv. ; Hcincccius, Antiq, syntagnia, édit. Muhlenliruch, 1841, p. 530-534 ; J. Millier. Historia et ratio odii guo foe7ius hattitum est, Gùtliiig. ISil, p, 20-57; Gronovius, De sestert. Lugd. Bat. 1091, 111, ',c. 13; Dureau de la Jlalle, Économie polit, des llom. Paris, 1840, II, p. ioU-iOO; Exupére Caillemcr, Des intérêts, Caeii, 1861 ; Giraud, Des ne.ci, Paris, 1847; Ortolau, Explic. hist. de^ Instituts, ii' M. Paris, 1885, III, »*•• 1058 et s.; G. Deiuaugeat, Cours êlëin. de droit romain, 3" éd. Paris, 1876, II, p. 176, 404; 657 et s.; Kunzc, Cursus d. rôm. JiechtSt i" éd. Leipzig, 1879, 11" 667, 073, 675; Id. Excurs. i' éd. Leipzig, 1880, u" 454, 537; F. Schulin, Lehrb. d. Geschichte d. rôm. Jiechts, Stuttgart, 1889, p. 398, et s.; M. Voigt, Mm. Jtechtsges. Leipzig, 1 892, 1, p. 610 et 8i0 ; Vcrnet, Textes sur les obligations. Paris, 1865, p. 51 et s. ; Willems, Droit public romain. S' éd. Paris, 1884, p. 678; J. Marquardt, /). Staatsverw. i' éd. II, i et trad. Vigie, De. l'org. financ. des Hom
bo'uf '" et que l'on perfectionnât la fabrication des soufflets pour en rendre le maniement plus commode, en y ajoutant le bois. On fit ainsi, en disposant obliquement des planchettes jouant par leur bout comme sur une charnière, des instruments semblables aux nôtres, la peau ne servant plus qu'à remplir l'espace qui sépare les bois.
Fig. 3133. Soufdcls à planchettes. Fig. 3134.
Le lambeau de peau ou d'étoffe qui formait soupape à l'ouverture pratiquée dans une des planchettes pour l'introduction de l'air est appelé panna par .\usone, qui décrit dans une comparaison un soufQet de ce genre à parois de hêtre". On trouve chez les Grecs, pour désigner la tuyère par où l'air débouchait, les mots àxiocpù-iiov et àxpocToatov '-. Des soufflets de la forme qui vient d'être décrite sont figurés sur deux lampes antiques'-'. E. S.\gli(i.
II. Follis (cpôXXtç), après avoir signifié une bourse, fut. sous l'empire byzantin, le nom de diverses monnaies de compte et d'une monnaie réelle.
Comme monnaies de compte il y avait trois espèces de folli-^ : 1° la follis auri qui équivalait à une livre de ce métal''; 2° la follis nrgenti qui valait 125 miliakensia ou 9 soLmi d'or'"; 3° \a. follis aeris^'^ ou simplement /"o/Zi*'" qui valait en cuivre 312 livres 1/2 et en argent 2o0 argen- Ici de 96 à la livre '". Ces monnaies de compte, dont on trouve déjà quelques traces au m'' siècle, cessent d'être mentionnées par les auteurs ou dans les textes judiciaires à dater de la fin du iv' siècle.
Comme monnaie réelle, la follis était la même pièce que la pecunia tnajorina'^, puis, à partir de Zenon, ce nom désigna les grosses monnaies de bronze marquées des chiffres XL ou M, et valant 40 deniers de compte, c'està-dire 1/6 de la siliqua d'argent-" [solidus]. F. Le.norm.\xt.
FOXS. Kpr|VY,. — L'eau est dans les pays méridionaux, tels que la Grèce et l'Italie, un élément trop précieux de
Pans, 1888, p. 71 et s.; Lange, Rôm. Atterlh. 3- éd. Berlin, 1876, 11, p. 6iO et s.
FOLLIS. 1 l.amprid. Heliog. 25. — 2 Plaut. Rud. III, 4, 16.— 3 Percy, Traite
de mitallurijie. II, 397. — l Jl. XVIll, 468 et s. — 5 Ces soulUels sont souvent
nommés à^ic-', Etym. M. p. 53, 20; 155, 21; S02, 54; Hesych. s. v, âzso^^T-.a.
— 6 Oe I.uyucs, Descript. de quelques vases, pi. xxxui. Voy. aussi Lcuormant et de Witlc. Élite des mon.céram. pi. lUT, iiviu, l.i. — 1 Uerodot. I, 68; Aristot. De respir. 7 ; Thcopbr. De igné, 37 ; Hippocr. De corde, 1, p. 269 ; Pollui, I, 147 ; cf. 187 ; Etym. M. p. S02, 54 et 155, 21 ; Ilesjcli. ,t. o. ài}o=0»'.i ; Cic. -Va/, deor. 1,20, 54; Curt. IV, 2, 13; Liv. XXXVIII, 7; Virg. Aen. VlÙ, 449; Juv. X, 61, etc.
— 8 Herod. Ar^lot. Poil. /. /. et poétiquement chez .\poll. Rh. 777, rjr.Triîoe;. a Cf. Ilor. I, 4, 19 : Bircini follis. — ") Thcod. ap. Poil. X, 187 : =a(niTfl-,i; ■yjXy.-^'A. Virgile dit poétiquement, f. taurini. — H Aus. X, 268 : • .\ccipit altcrno coliibetquc foramino ventos lanea fagincis alludeus parma cavernls ».
— li TImc. IV, 100; Etym. .M. p. 53, 20; Hesych. s. r. ; Eust. ad II. XVIll. 470. — Il l.icetus. De luccrnis antiq. 1052, p. 739; Barloli, .A>l^ lucern. III, 21.
— 1» (T. MommscD, Geschichte des rôntischen Mûnzicesens, p. 838, note 355.
— Ij Mommsen. p. 839, note 356. — '6 Lauiprid. Heliog. 22 ; cf. Uommscn, p, 839, noie 357. - " Cod. Theodos. XI, .30, 2 cl 3; XIV, 21. I ; Euseb. Hist. rccl. X, 6; Muralor. p. 815, n* I : p. 810, n* 4 ; Mommsen, Inscr. regn. Xcap. u*» 207 cl o792. — 1* Gloss. nomic. s. v. çiiÂVi; ; Epiphau. De pond, et mens. 2 ; cf. Gronov. Pecun. vei. p. 375. — ISCod. Theodos VI, 4, S ; VII, 20, 3; IX, 23, I ; XIV, 4, 3.
— 20 Procop. Hist. arcan. 25. Voy. sur ce sujet Du Cange, De inferioris aeci nitmismatitjus, Rome, 1755 ; Mommsen, Geschichte des rùmiscAen Mûtizicesens, part. VIII, § 10 et 14 (tome lli de la traduction frao^sc du duc de Blacas. Histoire de h monnaie romaine).
FON
FON
richesse pour que les habitants s'en remettent uniquement à la nature du soin de l'assurer et de le distribuer. 11 s'ensuit qu'en dehors des drainages servant à ménager et à répartir l'écoulement des eaux de pluie, des dérivations et des canaux appelés à compléter l'œuvre d'irrigation des rivières et à en porter les eaux aux populations trop éloignées de leurs rives pour en profiter sans intermédiaire, des puits enfin et des citernes, les sources elles aussi, même des sources d'importance secondaire, ont été dès la plus haute antiquité l'objet de travaux où la main de l'homme complète ou modifie l'œuvre du sol. La raison religieuse d'ailleurs s'ajoutait sur ce point aux motifs pratiques et aux considérations d'intérêt, le culte professé envers les fontaines (voy. nym- PUAE et la deuxième partie du présent article) remontant aux plus anciennes et aux plus intimes croyances des Grecs et des Romains', et la piété par suite ayant dû, pour une large part, contribuer à la décoration architecturale et plastique dont les uns comme les autres se sont plu à les entourer : les témoignages nous apprennent ainsi qu'on aimait à les parer d'ex-voto-, et, sur plus d'un vase peint, nous voyons l'édicule qui les abrite enguirlandée en quelque sorte par de nombreuses statuettes de terre cuite (voy. I, p. 333, fig. 395) ^ Le lecteur trouvera, en ce qui concerne les moyens mis en œuvre par les anciens pour assurer la captation, la bonne conservation et l'adduction des eaux, les renseignements nécessaires, aux mots aquaeductus, castellum, cisterna, puteus. Il ne s'agira donc ici, à l'exclusion de ce qui a trait aux sources minérales qui ont fait l'objet d'un article distinct [aquae], que des fontaines proprement dites, deleurarchitecture et de leur décoration, en laissant de côté les réservoirs ou récipients, tels que les vasques, destinés à recevoir les eaux, toutes les fois qu'ils ne seront pas en relation immédiate avec une alimentation d'eau continue [cantuarus, puiala]. L'examen des monuments et sculptures qui n'ont avec les sources qu'un rapport indirect de personnification, statues de divinités des fontaines ' et notamment d'Anchirrhoé ', masques d'hommes et d'animaux, tètes ornées de cornes si souvent représentées sur les bas-reliefs dédiés aux Nymphes', a également sa place ailleurs et n'est incidemment mentionné que pour l'éclaircissement qu'il apporte àl'emploi des mêmes représentations servant de bouches d'eau dans les fontaines. l. Il n'est pasdouteux qu'il n'y ait eu en Grèce et dans les pays grecs, comme dans tous les pays de montagnes et de rochers, de ces fontaines consistant simplement en une cuve taillée dans la pierre où se recueille le filet d'eau sortant de terre, dont la présence encore aujourd'hui, sur le bord de nos routes, rend si grand service aux voyageurs et aux animaux altérés. Le nom de o£;a[AEVT,, commun ainsi que l'indique la racine à tous les réservoirs d'eau, s'appliquait notamment à de tels bassins, qu'avoisinaient souvent des bancs pour l'usage des buveurs ou des femmes venant laver". L'attention des voyageurs malheureusement a été peu attirée sur ceux de
FONS. * Voyez noLammcnt Curtius, Deber grîechische Quell. u. Brunneninschriften, dans les Abh. d. k. Gesellscktift d. Wisseiischaften z. Gôtiingen, 1859, et Die Plastik d. Hellenen an Quelten u. Bnlnnen dans les Abh. d. k. A/cnd. d. Wissenschaftfn z. Berlin^ 1876, p. 1-tO et suivantes ; et |)our Rome, Jordan, Topographie d. SladI Ilom, 12, p, 140. — 2 Plat. Phnedr. 230 li; Anth. l'alat. IX, :)i6. — '-ï Mon. d. Inut. arch. IV, pi. xiv et xvlii ; Arch. Zfit. ISii, pi. xvui ; 0. Jalni, Ibid. 1848, p. 240 ; Bull, .\eapol. 1843, pi. VI. — l Curtius, Die Plastik d. Dellenen^ p. 160 et suiv. — 5 Statues d'AncIiirrlioù à Ince lilundell Hall et au (.ouvre, .Matz, Arch, Zeil. 1873, p. 31 ; Slichaelis, /iiV 1874, p. 24; Clarac, .Vusce
ces monuments trop simples qui ont pu survivre jusqu'à nous. Il est rare, lorsqu'ils en ont rencontré, qu'ils se soient attardés à les décrire : ainsi les explorateurs anglais de Cyrène, Smith et Porcher, en signalant au fond d'un ravin voisin et à un endroit où la route taillée dans le flanc du roc s'élargit, la présence d'une fontaine dont l'eau était anciennement recueillie dans une succession de bassins, se bornent à faire remarquer le rafraîchissement qu'on avait pris soin, dès l'antiquité, de ménager à 1 entrée de la célèbre colonie, aux arrivants, hommes et bêtes *. L'Expédition de Morée pourtant reproduit un
Fig. 3135. — Fontaine en forme de bassin, au mont Ljucée.
bassin (fig. 3133) taillé dans un bloc rectangulaire, de "2", 30 de long sur 0°',46 de haut et 0"",6o de large, percé à l'une de ses extrémités d'un trou circulaire '' : il se trouvait auprès de ruines et de restes d'un hippodrome au pied du mont Lyncée et appartenait évidemment à quelque fontaine du genre qui nous occupe. Des cuves assez analogues, sont figurées sur des vases peints'"; dans une de ces peintures, le réservoir est décoré sur le
Fig. 3130.
devant de pilastres sommaires et sur le rebord, vraisemblablement couvert d'une dalle horizontale, une femme est assise causant avec sa compagne, tandis que se remplissent les hydries déposées à ses pieds (fig. 313li)". U est également question d'un de ces réservoirs, mais de grandes dimensions, 20 mètres de long sur 11 de large, partiellement coupé dans le roc, aux environs de Séleucie de Pisidie, dans le voyage d'exploration publié sous les auspices du prince Lanckoronsky '-, et deux
de Sculplure, pi. 32t, 1834 et 7.iO, IS2S ; Descr. des antiques du Miutée Boyal, n* 73. — G Kurtwiingler, Coll. Sabouroff, pi. xxxvn et xxvvni, 1 : Poltier, Bull, de corr. hellén. 1881, p. 351; Conze, Arch. iSeit. 1880, p. 8; Furtwiinglcr, Mittheil. Athen. III, p. 19!) ; Micliaelis, Ann. d. Inst. 1863, p. 29i. — 7 Curtius, p. 140. — s Discoveries at Cyrene, p. 36. — ï" Expédition scientifique de Morée, II, pi. xxxiv. — 10 Winckelmann, .Wonum. inéd. I, 26 {— Duruy. //ist. des Grecs, ùAH. illustrée, II, p. 701 ; .Vuseo Borbon. t. XVI, pi. xi. — " lleydemann, Berichle d. Akad. zu Lei/izig, IS7'J, p. 113, pi. v, I. — 12 SMi'/e /'"«'/l'iy'ie'i 11. Pisidien, II, p. 186.
FON
FON
rimluiiics cnliu dr, mémo nature, (iiioiqiir déjà d'importance et do conslruction plus considoraljlos, sont mentionnées, l'une dans VIthérairc de Le Bas, près do Mistra au nord-ouest de Sparte ', l'autre, creusée dans la colline avec des bancs et un vaste réservoir, à l'entrée de la ville de Navarin, dans un voyage en Moréo^: le paysage, dessiné malheureusement dans la manière conventionnelle en faveur au début du siècle, laisse reconnaître, dans une enceinte, un triple réservoir adossé à un haut mur de soutènement orné d'une rangée d'arcades soutenues par des colonnettes.
Il ne semble pas, en revanche, que jamais en Grèce de telles fontaines, directement taillées dans la montagne, aient reçu un aspect monumental ni que rien y rappelle, même de loin, une œuvre par exemple telle que la célèbre fontaine assyrienne de Bavian, au nord-est de Mossoul : il fallait un peuple plus habitue que ne le furent les Grecs à la sculpture rupestre pour ciseler ainsi, dans le champ dressé de la paroi, les deux lions symétriquement affrontés qui appuient leurs pattes de devant sur l'orifice d'un large vase, du col duquel, seule partie non engagée dans le roc et vue en perspective, l'eau sortait et tombait dans une vasque arrondie au bord de la route ^ Les Grecs toutefois n'ont pas reculé à l'occasion devant l'excavation de chambres souterraines, soit à vif dans la montagne, soit garnies de maçonnerie, destinées à la captation des sources à leur sortie même du rocher. Telles sont par exemple (fig. 3137, 3138, 3139), à Syllion en Pamphylie, une succession de quatre chambres à toit triangulaire ' ; un long et étroit couloir, qui s'enfonce de 21", 50 dans la montagne, réunit la première chambre A aux trois autres B CD qui communiquent entre elles et, par d'ingénieuses disposi-
Fig. 3138.
Fonlaiiic de Svllion.
Fig. 313».
lions où les Romains n'ont fait que suivre leurs prédécesseurs, sont combinées de manière à laisser déposer les eaux et à ne les déverser successivement qu'avec une clarté de plus en plus grande. L'excavation de Syllion avait d'abord été prise pour un tombeau ■'. Il en est de même d'une autre constructi(m à Cypre, à peu de distance de Larnaka, nommée dans le pays Piniaghi Phmuroumeni", que des observations plus précises ont fait reconnaître comme ayant abrité une source. Les différences qui les séparent sont surtout dues à la nature du lorrain, qui ici est en plaine, de telle sorte qu'il a fallu le tailler non plus horizontalement pour pénétrer dans le cœur
I Le Bas-Rcinai-h, lliii. pl.xxiv, p. 33. La même fontaine, vue d'un autre point, est reproduite dans V/i.rp. de Morée, U, pL xi.n. — 2 (.^aslellan, Ullres sur ta Mori'i: 1808, î' partie, p. 81, pi. xx. — ' Perrot et Cliipiez, Hisl. Je lArt, l. 11, p. 610. (Ig. 311. — V Lanckoronsky, Op. I. I, p. "4, fig. 3i. — " Hirsohreld, Monalshn: il. Berlin. Aknd. IS7+, p. 726. — 0 L. Ross, Arcli. Zeil. 1851, p. 3i7, pi. xsvni, 5 ; l'n- Rer el Kotsrh;, Oie Insel Ci/pern, p. 5S7 ; Cesnola, Cypern, p. 5i. — " Oneralseh- Itii-liter, .■liY/i./rei/. I8si,p. :ill,pl. xvni. — «Ross, Ai-cA..?ei/. l«SO.p. ill.pl. xxii ;
d'une colline, mais verticalement. Les deux chambres, construites en matériaux peu appareillés, sont formées de murs dont la largeur varie de O^iSO à l"",»!) et recouvertes de monolithes dont la face supérieure dépasse à peine le niveau du sol : une porte fait communiquer la première, qui est carrée, avec la seconde, arrondie en abside et au centre de laquelle jaillit encore aujourd'hui la source". La plus remarquable surtout des constructions de ce genre est celle qui se voit dans l'ile et à peu de distance de la ville de Cos ' : la forme de la couverture y rappelle, ainsi qu'à Syllion, l'architecture adoptée dans les anciens trésors ou caveaux funéraires et se
Fig. 3140. — Fontaine Burinna, dans Lîle de Cos (coupe).
retrouve presque identique dans les tombeaux à coupole de Mycones'. Elle se compose (tig. 3140 et 3141 d'une chambre unique, circulaire, dans la paroi même de laquelle l'eau sort d'une faille du rocher : de dimensions assez restreintes, 2°", 83 de diamètre, la chambre s'élève
Fig. 3111
Flan de la même ronlaiue.
à une hauteur de 7 mètres et se trouve surmontée d'un puits cylindriiiue aboutissant à la surface et destiné à aérer la source; un canal souterrain, de 35 mètres, dont la première partie, plus large, forme comme un second réservoir, amène l'eau au dehors'".
La fontaine qu'abritaient ces constructions ne nous est pas inconnue : elle avait nom Buriuna, el Théocrile en a chanté la beauté ". 11 est peu de villes qui n'eussent ainsi, soit à l'intérieur de leurs murs, soit dans leur voisinage, une fontaine plus ou moins célèbre. Les traditions les plus anciennes, quelque légende locale, souvent celle du héros éponyme, le souvenir d'une divinité pro-
/iiselreise, III, p. 131. — > Curtius Die stditdsclie Wasserbaiiten (extrait de VArch. Zeit. 1817). p. 7. Telle est aussi à Rome l'arcliiteclure du Tuilianum. dont la destination primitive semble avoir tHi^ de servir de ri'servoir : Promis, Voeaboli anlic/ii ili arcliilelt. (extr. des .1/i-m. de l'.iea'l. des Se. de Turin. IS73, p. i08) ; Ijuiriaiii, Topogrnfio di Roma nnlict, .Uein. d. Aecad. d. Linrei, IV. 1880, p. i35 ; Jordan, ToiMigraphie. 1 2. p. 133 ; 0. Rieliler, ^opograp^ie, p. 6t. — lO itaumeisler, Peiikimiler d. ktass. Allerl/iums. I. p. 336. (ig. 379. — " Thcocril. VII, 6.
FON
FON
lectrice, s'y rattachaient. La fontaine avait ainsi sa place dans la vie religieuse de la cité, que lui assuraient en outre certains usages, l'obligation par exemple à Athènes pour les jeunes filles à la veille de se marier de se purifier avec les eaux de la fontaine Kallirrhoé'. Là aussi, sur' la place publique, se donnaient rendez-vous les promeneurs ; on aimait à s'y retrouver et à se reposer à l'ombre et au frais. La Pirène était ainsi une des curiosités de Corinthe-, au point de mériter à la ville elle-même le nom de ville de Pirène ^ et, aujourd'hui encore que les eaux en coulent aussi abondantes et limpides qu'autre-
P'ig. 3142. — La fonL-iinp Pirène à Corinllie.
fois dans une sorte de grotte (fig. 31 i2) '' sur le rocher de la citadelle. Ton ne semble pas s'entendre sur les causes qui donnent naissance à une source aussi riche à pareille hauteur '" : ses eaux, disaiton, étaient les mêmes • (ui, par des nappes souterraines, rejaillissent sous le même nom dans la ville inférieure. Les eaux de Thèb e s , dont c|uelquesunes passaient pour avoir été canalisées par Cadmus lui-même '', n'étaient pas moins fameuses", et dans le voisinage coulait la célèbre Dircé, alimentée par plusieurs sources", dont l'une, à droite d'une petite caverne, tombe par liuil i)ouclie3 dans un bassin de marbre^. La fontaine
1 Thui'jd. M, 15, S. — 2 Eurip. 7'm/. 209, Med. 68; Stratioii, Vlll, C. ; l'nusan. II, 3, 2-3 ; Curlius, Die sUiill. WasserO. p. S. —3 Pindar. 01. .Xlll, RO ; Herodol, V, 92, 2. I, 'adjectif Pirenis est pris de mùme p.ir les iioèles latins dans le sen^ de Corinthien : Ovid. Met. Vil, 391; Pont. I, 3, 75. — '• Arch. Urilurg. 18.t4, p. 326. — i^ Joanne, Guide en Gri)ce, II, p. 19C. — fi Dicearch. i3 (Grographi Qraeci minore.^, M. Didot, I, p. i03). — " Cui-tius, /. /. p. is ; Ungcr, /iei.it* in Grieckentand, p. 195. — 8 Joanne, U, p. 12. — ^ Magasin pittoresque, 18aU, p. 224. — 10 Sur ces dérivations. Curlius, Ihid. p. 10. Voir aussi du ui(>me, Die Qucllen der Âkropolis, Hennés, 1886, p. 108 et suiv. — 1' Waclisinutli. Berîchtc d. Akad. z. Leipzig, 1887, p. 381 et suiv. Voyez cependant W. Doei-p-
Fig. 31 i3. — Fonlaino Kallii-rlioi'. à Athènes, d'aprOs un vase peint.
de Kallirrhoé enfin, pour nous borner à Athènes, seule ou presque seule avant l'adduction des eaux des montagnes voisines '", assurait l'alimentation de la ville en eau potable, et son renom resta toujours considérable même à une époque postérieure. U semble difficile, quoiqu'on en ait souvent discuté la place, de ne pas la reconnaître dans la fontaine qui coule dans le lit même de l'ilissos et porte aujourd'hui encore le nom de Kallirrlwi". Sans doute elle est loin et du volume et de la qualité qui en faisaient jadis la réputation. L'eau qui sourd du rocher s'élevant verticalement au-dessus du lit du ruisseau s'amasse au pied et forme deux flaques'-. L'œuvre de la nature est seule restée, l'œuvre de l'homme a disparu, et nous savons qu'elle avait grandement concouru à l'embellissement de la Kallirrhoé : à elle la fontaine avait di*i son surnom d'EwEa/.pouvoç, dont l'explication toute naturelle se trouve dans les travaux de Pisistrate, murant dans une construction architecturale les ■i:i\-(hn cj/ocvEpâ; de la fontaine, telle qu'elle s'offrait auparavant à la vue '^, et la faisant tomber dans un bassin par neuf bouches distinctes". Les vases peints qui nous montrent des femmes remplissant leurs hydries à la Kallirrhoé (fig. 3143) nous la font voir sous cet aspect embelli, précédée d'un portique et déversant ses eaux par des masques sculptés'".
La réputation d'autres fontaines venait du caractère particulièrement sacré dont elles jouissaient"', lorsqu'elles coulaient par exemple dans le voisinage immédiat d'un temple. Tel était entre autres l'Asterion, qui peu
au-dessus de l'Heraion d'Argos tombait dans une sorte de caverne , d'où peut-être il se distribuait dans le sanctuaire ''. Il arrivait en effet , quoique le plus souvent, on le sait, l'approvisionnement nécessaire aux purifications fût apporté par des femmes, la cruche sur la tète, dans la pose reproduite par tau td'œuvres d'art, que des dérivations l'amenassent sans qu'il devînt nécessaire de recourir à l'intermédiaire des porteuses. L'eau, seml)le-t-il, était ainsi conduite par des canaux souterrains, et des réservoirs destinés à la recueillir
fcld, Mittiu'il. Alite», XVll, p. 03. --■ 12 Joanno, Guide en Grèce 1, Athènes, |). 09. — l;i Thucyd. Il, l."i, 5. — <'• Wachsmntli, /. /. — 16 1,'inscription KaU.pi KçEvï, qui .se lit sur cette liydrie de rancienric collection Rojjers (Gerhard, Auscries. Vasenhilder, IV, pi. cccvn ; Bronstedl. A brief descript. of S? ancient greek vases, n" 27; Rayet et Collignon, Hist. de la céramique, p. 113, lig. 54) donne à croire que la fontaine représente dans les scènes d'hydrophorie si fréquentes sur les vases attiques à ligures noires n'est autre i{uc la fontaiiie Kallirrhoé. — Itl 11 faut rapprocher de ces fontaines sacrées de la Oréce quelques fontaines analogues à Rome ; sur une fontaine sacrée dan> 1 ih- di- Tilire. \ûii' Mitlli. il. Insl. I, p. 170. — n Pausan. Il, 17, i.
FON
FON
ont été reconnus, aux templos notanimont de Déméter à Patras', d'Asklepios à Paros -. La Iholos d'Ëpidaure avait sans doute également pour destination d'abriter une source sacrée d'Asklepios'. Les sources salées, de leur côté, revenaient de droit à Poséidon et sont plus d'une fois mentionnées dans ses temples'. Les plus célèbres toutefois des fontaines ainsi consacrées sont la Kaslalie et la Kassotis à Delphes, consacrées à Apollon ''. Un bassin creusé dans la pierre reçoit aujourd'hui encore, au pied de la paroi du rocher, les eaux que l'on
croit être la Kastalie ", ombragées par des platanes qui, disait-on, avaient été plantés par Agamemnon lui-même '. La Kassotis, de son cAté, passait pour inspirer, par les vapeurs qu'elle dégageait, les divinations de la Pythie", et ses eaux, après avoir arrosé les myrtes et les lauriers du péribole, se répandaient, non seulement dans le pronaos, mais jusque dans l'adyton où siégeait la prêtresse '.
11 y avait enfin place pour les fontaines, en dehors des maisons particulières, oii b'ur emploi ne semble pas