Dii.MNACEs ET iiîinc.MiONS. — Itulic. — Dans la Tos
co genre à Auguslc. (jui aurait rli''le errateur ilc la fnfiaa lalrrale à l'Appia. c'esl une erreur ; voy. La Blanclii^rc, Op. cit. p. 102-103. — ^ /bid. appcnd. E. — ** l'Iin. Uist. nat. III, 5. — 9 llor. Sat. V, 5. — 10 La Blaiicliiïre, La po,thr sur la voie Appiimnc [Mélanç/es de l'Ecole fr. de Rome. ISSU, p. (10-07) — H Corp. inscr. lat. X, 68;i0, 6851
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cane et le Latiiim, la nature du terrain et le régime des neuves ne se prêtaient pas à des ouvrages comme ceux qu'appelait la vallée du Pô; et, l'écoulement superficiel devant être (■vite- le plus possible, le di'ainag(> d'ensi^iiiMe fut d'abord souterrain [cunicullsJ. Néanmoins ce travail et la canalisation des grands cours d'eau naturels, dont le Tibre et l'Arno portent encore les traces, ne firent pas disparaître entièrement les petits; maisceux-ci ne lurent pas livrés à eux-mêmes, et le nom de» fossi», que gardent encore ceux qui parcourent la Canijjaj^ne Romaines, atteste pour tous autrefois un étatai'tifiiiei. Le système des/'ossoe se liait à celui des cuiiiruli, \v' hii-mèinc aux émissaires des bassins fermés qui dominaient le pays : il on était le dernier chaînon avant les fleuves et la mer[i:MissAiiiUMj.
Les Romains n'eurent pas occasion d'appliquer dans les provinces ces procédés qu'ils avaient oubliés, et qu'avaient suggérés aux Étrusques les conditions géologiques spéciales de leurs contrées. Mais d'autres peuples, plus anciens encore, avaient atteint la perfection dans les drainages superficiels et les irrigations de toute nature.
Egypte. — Personne n'ignore que l'Egypte a toujours vécu, vit encore de ces canaux ; ce sont eux qui ménagent et distribuent les eaux du Nil et celles des crues, et, dès l'aurore des temps, ce rôle leur a été dévolu en môme temps que celui de chemins navigables. Les Ptolémées, ensuite les Romains, ont, les textes en font foi, travaillé à leur entretien ; Auguste ' fit remettre en état tout l'ensemble, les Antonins prirent le même soin. Ce système, qui faisait l'admiration d'Hérodote ^ ne difl'érait pas, dans ses grandes lignes, de celui qui fonctionne aujourd'hui. Commencé par les plus anciens rois, il fut complété, et son fonctionnement assuré par les princes thébains de la XIP dynastie^. Ousortesen l" fit l'endiguement du Nil dans la Haute-Egypte, Amenemhat III alla observer les crues à. Semneh et les fit repérer sur les rochers. Amenemhat V avait amené les eaux dans le Fayoum, Amenemhat III y créa le lac Moeris.
On canalisa particulièrement ' trois sections d'un ancien lit du fleuve, parallèles au cours actuel, le long de la chaîne Libyque, la Sohagieh dans la Haute-Egypte, le Bahr-Yousouf et son prolongement dans la Moyenne. Les principales terres de culture étaient entre les deux lignes d'eau formées par eux et le Nil, convenablement aménagées. L'une comme l'autre présentait, à des hauteurs diverses, des épis, ou même des barrages, destinés à élever le niveau, et à répandre le liquide dans les campagnes. Presque toujours ces ouvrages servaient de racines aux digues qui fermaient le territoire commandé par eux. L'Egypte tout entière se trouvait ainsi divisée en compartiments étages dans lesquels les eaux étaient réparties par des canalisations secondaires. Plusieurs des digues actuelles correspondent à ces anciennes, par exemple celle de Kosheish, que l'on disait créée par Mena, et sans laquelle le Bahr-Yousouf inonderait les emplacements ilc Memphis et des Pyramides. C'était ce canal qui portait une grande part des eaux dans le Payoum par la brèche qui s'ouvre A Illahoum au travers
• Suel. Aug. 18 ; Aur. Vict. Epil. I, 5. — 2 lliiod. Il, lOS, ele. — 3 G. Maspcro, Hisl. anc. îles peuples tie l'Orient, cli. m. — » Sur le sysWme des canaux d'KgypIo, voir les cli. i. u, m. du livre de Liilaiit de Bellefonds Hey, Mémoire sur les principaua- travaux d'utilité publiijue 'ej:é€utés en Egypte depuis tti nlus haute antiquité Jusqu'à nos Jours, Paris, IS73. — 1> Le cli. ii de l'ouvrage pri'cilc! est consacré au lae Sloeris. — G Pour ce» noms voir le Dictionnaire de Brugsch-
de la chaîne Libyque. .\u sortir du défilé, le liquide était retenu dans la partie haute de cette région, qui est au niveau de la plaine du Ml, par une immense digue de près de ;K> kiiomèfrcs, oiuvre d'Amenemhat III, et formait là II' lac Moeris; ce réservoir servait à irriguer les terres en pente du Fayoum, énorme oasis, après quoi le trop-plein se rendait dans une dépression, à 'i'.i mètres au-dessous de la Méditerranée, au Birket-el-Korn. Si la crue manquait dans la Basse-Egypte, on pouvait, par le prolongement du Halir-Yousouf, qui finissait vers Beni- Souef près de la fourche du l)elta, ramener une part des eaux dans la vallée du Nil "■. Tous les canaux de l'Kgypte avaient des noms distincts, que les monuments ^ nous enseignent avec leur histoire. Nous voyons Séti et Rhamsès II nettoyer, compléter ceux du Delta ', Shabak, Psamétik réparer', Néko II refaire"' ; et les conquérants étrangers, Perses, Grecs, Romains, Arabes, Turks, n'ont eu qu'à suivre de leur mieux les traces de ces devanciers. Orii'iil. — A toutes les époques, l'Orient a été le pays des irrigations, et il n'a presque pas de contrée qui puisse vivre et se bien peupler sans l'arrosage artificiel. En Assyrie, le Tigre et ses tributaires, dès l'époque la plus antique, étaient munis de barrages, dérivés en canaux, et ([uelques-uns de ceux-ci sont au nombre des plus merveilleuses oîuvres humaines. Tel celui du Grand Zab'", qui alimentait d'eau potable la ville de Kalah (Nimroud;, et servait aux irrigations de l'espace compris entre cet affluent et le Tigre. Les inscriptions qu'on y a trouvées " attribuent sa création à Assour-nazir-pal (883-8.î8), et sa réfection à Sennachérib. La prise d'eau était faite au Zab par le tunnel qu'on appelle le Negoub; plus tard, le fleuve s'étant détourné, un autre tunnel, beaucoup plus long, alla prendre l'eau au Ghazr-Sou. D'ailleurs, si l'histoire du Gyndès divisé par Cyrus '- est sans doute une légende, elle prouve du moins que ce fleuve, aujourd'hui le Djaleh, était, comme ses voisins les deux Zab, réi)arti entre de nombreux canaux. Quanta la Mésopotamie, on ne comprendrait pas son existence sans une canalisation très complète ". Terre basse et plate, traversée j)ar deux uniques fleuves, énormes et très rapides, gonflés outre mesure pendant la moitié de l'année, elle n'est, de par la nature, qu'un grand marécage, coupé d'espaces arides et nus. Le drainage et l'irrigation s'y firent par des dérivations de fleuves, canaux navigables qui seront décrits plus loin : plus de 100000 hectares, entre Tigre et Eiiphrate, étaient ainsi mis en valeur. La Syrie, la Palestine, l'Asie Mineure furent, depuis les premiers âges jusqu'aux invasions musulmanes, couvertes de canaux. Les [daines, oasis ou vallées de Damas, d'.\nlioche, d'Alep, de Séleucie, d'Epiphanie, les bassins de l'Oronle, du Jourdain, le Hauran étaient entièrement garnis de travaux", eltout autant, ou plus, la Lycaonie, la Cilicie, la (ialatie, la Rilhynie, tous espaces où les déserts alternent maintenant avec les marécages, et qui étaient couverts d'opulentes cités'". En Perse, où Daniel fut, dit une légende, intendant des eaux, où toute mise en culture exige l'adduction d'eau superficielle ou arlésienne, on voit jusqu'aux derniers grands rois, un Schahpour par
liiv. — " Ma<i|iero, Op. laud. cli. v. — 8 Ibid. cli. xii. — » IbiJ. — 10 Ranliuson. .\ncient monarchies, l, p. 564-5tt3 avec fig. ; Capt. Joncs, Journ. o( Asialic Soc. t. XV, p. 310. — Il Layard, .Mnereh and Babylon. I, p. 80. — 13 Herod. I, ISt) ; V, 5i, — 13 Hcrod. I. IM. — n Voy. A. Ronna Les irrigations, 3 vol. ti» Paris. Didol, ISS8-I890, liv. Xll. cli. I. (1. III. p. 5«:-568}. — » P. de TchibalrbcIT Asie Mineure, I. II. p. 56».
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exemple, construire le réservoir, avec digue et canal, de Shuster'. La devise de tout l'Orient semble être la déclaration que la légende prêtait à Sémiramis dans l'inscription lue par Alexandre au delà de la Bactriane, pays de canalisation par excellence : « J'ai contraint les tleuves de couler oii je voulais, et je ne l'ai voulu qu'aux lieux où ils étaient utiles ; j'ai rendu féconde la terre stérile en l'arrosant de mes fleuves- ».
Occident. — Les peuples d'Occident ne le cédèrent pas aux vieilles nations orientales, sinon pour la grandeur, au moins pour l'universalité et la réussite des efforts. On a vu les travaux des Grecs en Béotie, en Italie, en Arcadie, des Étrusques et des Latins en Italie. Dans la Grande-Grèce % Tarente arrosait aux dépens du Galèse les meilleures prairies que l'on connût ; Sybaris fit de même avec le Gratis et le Sybaris, Héraclée avec le Siris et l'Aciris. Cette ville a même fourni un texte curieux relatif aux eaux canalisées*. On y voit, au m" siècle avant notre ère, un grand domaine, dont le sanctuaire de Dionysos est propriétaire, borné par le fleuve et par un canal, ayant son réseau d'eaux courantes, ses fossés d'irrigation xpâ^ojç xiç 3ià tûv yiôpcov osoSsaç; et les magistrats stipulent qu'il ne doit pas être fait de prises nouvelles, que l'eau n'est dérivée que peur l'irrigation, qu'elle ne doit être ni gaspillée ni retenue, et ils règlent les obligations du fermier. En Sicile, les plaines irriguées d'Enna furent célèbres; la légende de Dédale endiguant l'Alabon" pour créer le lac de San Gusmano, où les bajoyers d'écluses sont encore à leur place, l'émissaire du lac de Perguse, les canaux de l'Hipparis °, font voir un pays bien pourvu d'organes de drainage et d'arrosage. La pratique grecque y rencontrait la pratique des Carthaginois, aux mains de qui Agathocle voyait l'Afrique « irriguée par des ruisseaux et des canaux'' ».
Afiique. — Mais nulle contrée n'en profila autant que tout ce nord de la Libye. L'expérience des Carthaginois, des Grecs et des Romains s'unit pour en faire vraiment le chef-d'œuvre de l'aménagement hydraulique. Dans les premiers siècles de notre ère, pas une goutte des eaux courantes n'y est abandonnée à elle-même. Depuis le sommet des monts jusqu'à la mer, tout ce qui tombe est saisi, dirigé, conduit, distribué. Dans les plus petits ravins des montagnes, des barrages rustiques en pierres sèches [maceria), dont beaucoup subsistent, arrêtent l'eau et les terres, empêchant la fuite rapide du liquide et la dénudation des pentes. Dans les vallons, d'autres barrages retiennent les eaux déjà réunies; à l'entrée de chaque principale vallée, un système d'ouvrages assure, non seulement l'arrosement de cette vallée, mais le passage du liquide dans des conditions de lenteur et d'absorption voulues. Au débouché de chaque grand oued en plaine, il y a toujours un ouvrage important, généralement barrage [inolrs) de retenue et de distribution, qui empêche les crues de se pré('ipiter tumultueusement dans le bas pays, et répartit leur produit dans les terres de culture. Enfin, en plaine, un n'senu de canaux saisit, répand, reprend et relâche le liquide, et le jette ensuite aux fleuves ou à la mer. Aussi l'eau est maîtrisée et employée sur tout son cours; elle ne pcul nuire par l'éro-
1 Voy. Ronna, Op. limd. p. 551-534. — a Poljacn. Slrnlaij. VIII, 20. — 3 Voy. Roniia, Op. laiul. p. 578-580. — 4 Analys*? dans Bortagnoli, Délie vicende delV ayricollura in Itatia, p. 07. Ce sonl les lignes 82-84 de l'inscription grecque, lab. 1, »cgm. 2 ; lioeckli, Corp. inscr. gr. 5774. — = Diod. IV, 78. — G Pind. 0. l.
sion, l'inondation, les actions brusques; elle traverse lentement toutes les terres, les imprégnant utilement *. Ces réseaux de canaux se reconnaissent partout. Les plaines de l'Entida, sur la côte orientale de la province, en offrent un superbe exemple ". Dans la plaine centrale, celle de Dar-el-Bey, trois torrents, l'oued Brek, l'oued Mousa et l'oued Boul se précipitent ; mais autrefois ils n'arrivaient que successivement, retardés, diminués par l'aménagement des vallées supérieures. Une canalisation habile répartissait le premier dans la partie septentrionale, le second dans la partie centrale du bas pays ; suivant un système semblable à celui que les Anglais appliquent dans leurs prairies sous le nom de " catch-water », les eaux étaient émises, puis reprises par des lits plus ou moins parallèles, à niveau de plus en plus bas. Quant à l'oued Boul, canalisé et en partie même endigué, il n'avait pas, comme aujourd'hui, la faculté d'inonder, de bouleverser cette plaine pendant les crues, pour la laisser sans eau six ou sept mois par an. Un ouvrage fait d'une jetée centrale, dont la maçonnerie existe encore sur 151 mètres, entre deux têtes ou bajoyers qui permettaient, à droite et à gauche, d'adapter un appareil de réglage dont les vestiges ont disparu, servait de branchement à deux canaux : celui de droite, quand l'autre était fermé, faisait franchir aux eaux le faible col qui limite la plaine d'El-Menzel, pour aller abreuver celle-ci ; celui de gauche pouvait les amener à la plaine de Dar-el-Bey, mais dans la partie inférieure, et, après avoir fourni aux arrosages, servait de collecteur final à tout le réseau de canaux. Ces procédés furent d'une application générale dans toute l'Afrique.
IW. Fossés et rigoles. — Le dernier aboutissement des canalisations agricoles, ce sont toujours les saignées temporaires ou permanentes, et les fossés qui représentent, dans cette circulation, les petites veines, les capillaires. On découvre quelquefois, par hasard, dans la campagne même de Rome, préservés de la destruction par un envasement ancien, des tronçons isolés de ces humbles ouvrages'". Irrigation. — C'est encore l'Afrique qui, vu son état d'abandon, a conservé le plus de traces. On y reconnaît quelquefoisjusqu'aux infimes ramifications des systèmes, après lesquelles il n'y avait plus que les rigoles et les sillons. Tel est le cas dans les terrains vallonnés commandés par les retenues d'eau établies au débouché des Itassins de montagne. Au nord de l'Enfida, sur les contins du Byzacium et de la Zeugitane, entre Uppenna et Aplirodisium, on en trouve un modèle, à dimensions restreintes, dans les terres qu'arrosait le petit oued Kaslela. Son cours supérieur est dans une vallée annulaire n'ayant d'issue que par une seule gorge. Un barrage magnifique, dont les ruines s'y dressent, la fermait, permettant de laisser échapper le liquide à différents niveaux. L'eau allait arroser une contrée vallonnée, en pente générale v(!rs la plaine d'EI lvhley,etqui était toute divisée en compartiments étages par des levées de terre [agger] enracinées à des maçonneries; dans celles-ci, des martellières, dont les montants sont à leur place, livraient passage au liquidi^ ([u'on émettait de l'un dans l'autre; finalement, la jikiine lormnit comme un dernier cninjiartiment, ouvert
V, 27. — " Diod. XX, 8. — 8 La lilanclière, l'Aménagement de l'eau courante dans r.ifrique ancienne {Acad. des Inscr. et Belles-Lettres, siîaucc du 18 déc. 1891). — y Un des canaux qui les traverse porto encore, chez les Arabes, le nom significatir de Saguia(-er-Roumi. — 10 La Blancbèrc, ('n chaji. d'hisi Pontine, p. 123.
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du côtù de la mer, à travers lequel serpentait un réseau de petits canaux, dont ijeaucouj) encore^ se discernent'. Les anciens ont connu, pratiqué, toutes les formes d'irrigation. Le système de Toscane par « gora e scolo », tradition élrusiiue, est celui même qu'(jn vient d(! voir en Afrique, suivi depuis les Carthaginois jusqu'aux By/.anlins, aux Arabes, fitant donné le canal d'amenée, iissavaioiitarroser par déversement, système des peuples primitifs : les irrigations par rigoles de niveau avec reprise des eaux, ne sont que l'application, sur une échelle moindre, du procédé des canaux étages, faite dans les intervalles de ceux-ci, ou dans les plaines à faihhï pente et près du rivage de la mer ; les razes, les planches à ados [iira, porca), les « marcite » même de la Haute- Italie n'en sont que des modiliralinns, et, n'exigeant nul outillage que ne possédassent les Etrusques et les Gaulois, sont venues d'eux par héritage direct. Ils irriguaient par submersion, système dont témoignent les compartiments signalés ci-dessus, et qui, dès l'aurore des âges, était employé en Egypte; par infiltration, comme l'attestent les réseaux infinis de rigoles destinées à faire courir l'eau sur les surfaces absorbantes ; par aspersion, l'arrosage ayant été de tout temps conuu. Mais, dans ces opérations, interviennent d'autres agents que les fossw. Drainage. Fussaf inciles, caecac, pairitles, eHcès, colliquiae. — Avec l'irrigation se combine le drainage. Dans les terres prodigieusement humectées du Latium, il eut la première place, et c'est de lui que les agronomes romains nous ont enseigné la technique. Pour évacuer les eaux superficielles, c'est-à-dire, de l'automne à l'été, celles des sources temporaires qui apparaissent sur les coteaux et des « acquitrini >> ou mares qui se constituent dans les fonds [cumculusJ, il y a des organes permanents, que l'on doit curer chaque année au commencement de l'automne^ : ce sont les fossae. inciles ^ sur les hauteurs, et des sulci'\ saignées, dans les dépressions. Au moment des labours, on devra établir des sillons d'écoulement, sulci aquarii'% elices'^, dont le produit sera recueilli par des colateurs {colliciae, coUiquine) qui aboutiront aux fossés ". Tel est l'aménagement superficiel. Mais ce qui importe le plus, c'est d'atteindre l'eau dans le sous-sol, d'en débarrasser celui-ci, sur l'espace où l'on veut établir une plantation par exemple. Caton veut * qu'on fasse un drainage pour l'olivier, la vigne et tous les autres arbres. Pour l'olivier, les fossés, en forme de canal, auront 4 pieds de profondeur, 3 d'ouverture, 1 pied et 1 palme au fond. On les comblera de pierrailles. Si la pierre manque, on la remplacera par des perches de saule superposées en lits transversalement alternés. Faute de perches, on se contenterait de fagots de sarment. Des tranchées de même dimension viendront aboutir aux fossés, et on y plantera les arbres. Pour la vigne, le système est le même ; mais les mesures sont réduites à 2 pieds et demi (>n tout sens.
Columelle distingue deux espèces de fossés'. Les uns sont ce qu'on appelle en Italie des « forme cieche ». c'est-à-dir(! des drainages aveuglés, fossae caecae; les autres sont à ciel ouvert, fassar patenles ou npertae. Les
* Tous ces ou\ rages sont di-frils dans une des parties de la Descfipitou tie i' Afrique du .Vorrf entreprise par ordre de M. le Ministre de l'Instruction Publit]ue. rjui a pour titre i'Amênatfcment des eaux courantes et iinstaltation rurale, et qui paraîtra procliainement. — S Cat. J{. rusl. I.'iâ. — 3 Ikid. 45. — t Col. Il, 18. — li nid. 8. — 0 Plin. X, 59. — i Id. XVIII, 49 — S Cal. fl. rust. 63.
drains couverts conviennent aux terres friables; les collecteurs qui recevront leurs eaux seront seuls à ciel ouvert. La section de ces derniers aura la forme d'une gouttière, car des parois verticales durent peu. Les drains aveuglés, ou couverts, auront .i pieds de profondeur; on les remplit à moitié de cailloux et de gravier, puis on comble avec la terre de la fouille. Si l'on n'a ni cailloux ni gravier, on fait une fascine de sarments semblable à un énorme câble, qui remplisse le même vide, on la couvre d'aiguilles de pin, de feuilles de cyprès ou, à délaut, d'autres arbres, puis on tasse vigoureusement avec la liirre de la fouille. La tranchée où se plante l'olivier [sci-ûfiis\ aura 4 pieds en bon sens. Aux deux extrémités on dressera trois pierres, deux en piédroits, une en linteau, i/iore ponliculoium, pour que les eaux aient un passage facile. Bien que l'auteur indique une façon assez habile de combiner les deux genres de fossae, ces moyens n'étaient pas suilisants dans les tufs imbibés du Latium; ils n'y eurent tout leur effet que quand ils se superposèrent au drainage cuniculaire '". Mais, dans la plupart des pays, ils donnaient, associés à un aménagement général, des résultats stlrs.
Marais salants. — L'installation des salines exigeait, comme l'agriculture, un jeu de rigoles creusées dans le sol, fossae, et de chéneaux revêtus ou non, canales, pour inonder et assécher successivement au moyen de vannes les cases entre lesquelles le marais salant était divisé. Cette disposition n'ayant pas changé depuis les temps antiques, il est inutile d'insister. Rutilius en donne une description fort jolie et précise "- ...
V. Voies navigables. — Dérivations de fleuves. — 1° L'Euphrate et le Tigre. naXXaxoTraç, Flumen Regium, Nahar-Sares, Fossa Semiramidis, etc. — L'existence de la Mésopotamie, de la Chaldée, ne s'explique pas sans une canalisation très complète : à l'état de nature, ce sont d'immenses marais au milieu de déserts. Les mêmes canaux doivent donc à la fois drainer les parties inondées, arroser les parties sèches, régulariser les deux fleuves, et fournir des voies navigables. Ils furent d'ailleurs établis comme les anciens établissaient celles-ci, par simple dérivation. L'Euphrate, étant d'abord plus haut que le Tigre '^ était versé dans ce fleuve à gauche; puis, plus bas, c'était le contraire, et, recevant des canaux venus du Tigre, il se déversait lui-même, à droite, dans le lac Nedjef ou dans le golfe. Ces dérivations étaient en très grand nombre ; la plupart étaient des canaux sur terre, portés entre deux levées. Quatre surtout méritent d'être nommés.
Le Pallacopas", aujourd'hui Nahar-Abba, aussi vieux (pie Babylone, en drainait l'emplacement même, portant l'excédent de l'Euphrate depuis Sippara jusqu'auprès de Borsippa,auLac, grand réservoir d'irrigations. Alexandre trouva 1(! chenal impraticable: et la prise, qui ne se fermait plus, saignait le fleuve même en basses eaux : il la refit à 30 stades plus bas, et prolonga le canal jusqu'à Térêdon, sur la mer.
Le Nahar-Malcha '% Flumen /iegiuin*^ œuvre de Nabuchodonosor, défendait Babylone en amont, versant
- 9 Col. II. 2; Killad. IV. 3. — 10 u Blanclièw. fn ckap. ifAi»/. Pont. p. 84-S9
- >l Rutil, I. V. 475-190. — IS Arriau. Anah. VII, 7."— " Jbid. SI. Appian llell. civ. II, I.H3 ; Strab. XVI. I : Ranlin^on. Aue. Mon. III, p. 36. — U isid. Cbarac. yarmacha: Zos. III. i7, K.pjiaAdir.i; Plin. VI, i6,.innafr/uir.Surresdeui plus anciens canaux, Raivliuson. Op. laud. III, p. 56-58 *'" Anira. Marc. XXIV, 6
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une bonne part de l'Euphrate dans le Tigre vers Séleucie. Il était secondé par des fosses parallèles'. Trajan et Septime-Sévère le déblayèrent; entretenu par les Parthes ou les Romains, suivant le temps, il servit encore à Julien, qui y passa avec sa tlotte.
Le Nahar-SaresS dont on voit les traces, suivait un ancien lit du fleuve, sur la rive droite, et, d'au-dessus de Babylone, allait linir dans le bas du pays.
Enfin une immense fossa, le Kerek-Saïdeh des modernes, enveloppait toute la Babylonie le long du désert Arabique, sur plus de 160 lieues, de Hit sur l'Euphrate à la mer. S'il n'est pas l'œuvre de Shahpour'', on ne voit que Nabuchodonosor ' qui ait été assez puissant sur l'ensemble de la contrée, pour mener à fin une telle œuvre. On ne sait si c'est ce canal que Pline '^ appelle Nariay a, PloUmée NaipSa, la Table de Peutinger Naharsa ; et il est possible que la tranchée attribuée par Hérodote à Nitocris, sa seconde Sémiramis \ y corresponde pour une partie.
Quant au Tigre, gonflé par les eaux de l'Euphrate, il irriguait les pays, sur ses deux rives, moyennant une série de barrages, dont les ruines jonchent encore son lit. Alexandre les fit couper tous, pour rouvrir la navigation jusqu'à Opis".
2° La Meuse et le Rhin. Fossa Corhulonis. — Les historiens ^^ racontent que Corbulon creusa un canal de 23 milles entre le Rhin et la Meuse. Ce canal débouchait dans le Vieux-Rhin, au nord de Leyde; par conséquent c'était auprès de Maasluis qu'il devait partir de la Meuse; la direction et la distance le disent. Il existe encore en partie, sous le nom de 'Vliet; le château qui en défendait l'embouchure a laissé des ruines dans la mer, à un kilomètre environ de Katwyk.
Canaux- tiiai-Uimes. —1° Le Nil. Canaux d'Alexandrie : K»vw6uJi oiojpu?, canal du Marcotis. — Il y a une soixantaine d'années, le prolongement du BahrYousouf, dont les eaux se perdent dans le Nil entre le Caire et El-Ouardan, pouvait encore les envoyer jusqu'au lac Maréotis par un ancien canal, aujourd'hui inactif '\ Cet ouvrage est probablement celui que mentionne Pline '°, et qui se versait dans la lagune par un euripc, après au moins 25 lieues de cours. La date n'en est pas connue ; mais il avait évidemment pour but de mettre Alexandrie en communication avec le lleuve, près de la fourche, par conséquent avec la branche Pélusiaque et le canal de la mer Rouge ; la création de cette ville ne se comprendrait pas dans une pareille voie.
Alexandre choisit l'emplacement , non seulement comme se prêtant à l'établissement d'un port, mais comme se trouvant hors des bouches du Nil, et n'ayant à portée que celles qui étaient alors les moins fortes. Un canal de communication avec la branche Canopique dut accompagner la fondation, car le site n'a pas d'eau douce. Ce canal, Kavit>etxr, ouôpuç, est remplacé aujourd'hui parla Mahmoudieh, qui part de Foueh. Il avait son origine ù Schedia (El-Nahou), à 0 lieue? d'Alexandrie, envoyait une branche sur Canope par la lagune, parallèlement à la çôle, et une sur Alexandrie par le Maréotis et Eleusis ".
1 Xenopli. Anah. I, 7. —2 Ptol. V, 20, Maaj (jif r.î ; Anim. Marc XXIll, C, Marsi's.
— 3 RawIiiisoDs, Herochlus, t. I, p. 409, note 7. — '• KaMliiiMii, Ane. Mon. 111, p. 57.— 6 Pliii. VI, iC. -^ 6 Hcrod. I, 18Ô-186. — 1 Anian. (. c. ; Strab. XVI, !i.
— 8 Tac. Ann. XI, 2« ; Dio. Caa». I.X, 30. ^ » l.inant de licllvfonds, Op. laud. p. ■».
— 10 l'Un. V, M. — " Strab. Il, S l XVII, 10 ; SKpli. liji. ». v. ; Le Wro, Mémoire aur le canal des Deux-Mers. p. I2t-I31,d»ii^ Desunpliijn du i'Jigypte, 'M
11 fut refait par les Arabes, avec départ à Rahmanieh.
it" Le Pô. — Les Sepiem Maria, Fossiones Plidistinae, Fossa Carbonaria, Fossa Clodia, etc. — Depuis l'époque où les Étrusques dominaient dans la vallée du Pu, ce fleuve a gagné sur la mer de 30 à 35 kilomètres, et déplacé complètement ses embouchures '-. La principale était alors la bouche Spinétique, aujourd'hui Pô di Primaro, qui seule, avec sa voisine, la Caprasienne, aujourd'hui Magnavacca, parait avoir été naturelle; elles sont au nord de Ravenne. Entre cette ville et Altinum, qui est au nord de Venise, sept grandes lagunes, les Septem Maria, couvraient l'espace qu'occupent encore celles de Venise et de Comacchio et tout le delta d'aujourd'hui; on pouvait naviguer sur elles, parallèlement au cordon littoral, pendant 120 kilomètres.
Les Étrusques " jetèrent le fleuve dans le milieu de ces lagunes, qui recevaient déjà le Meduacus (Brenta et Bacchiglione) et l'Adige. Ils lui ouvrirent, par les Fossionrs Pliilisiinar, une ligne droite jusqu'à l'embouchure du Tartarus, où était le port d'Hadria ; puis d'autres plus au sud, la Carbonaria, VOlana, le Sagis, vinrent encore prendre ses eaux ;d'autres enfin, au nord, enlacèrent l'Adige et le Meduacus. Ces ouvertures, refaites et entretenues à l'époque romaine, puisque la dernière porta le nom de Fossa Clodia ",d'où la moderne Chioggia,furentpeut-ètre, à l'origine, pourvues de régulateurs plus ou moins efficaces; mais, à l'époque historique, elles n'étaient que de nouvelles bouches du fleuve, et par la suite devinrent les principales. Ce sont elles qui ont comblé les lagunes, formé l'immense delta actuel, et mis lladria à 23 kilomètres de la mer : soit que les Étrusques eussent voulu à la fois colmater cet espace et débarrasser l'ancien Pô de ses troubles, soit qu'ils n'aient pas prévu la marche du phénomène. Celle-ci était d'ailleurs moins rapide, les bouches n'étantpas entièrement endiguées comme maintenant, et les alluvions se répandant sur les lagunes et les basses terres. Au temps de l'Empire, on naviguait encore'^ de Ravenne jusqu'à Altinum; au siècle dernier, le rivage ne gagnait annuellement que 28 mètres; depuis les endiguements actuels, il en gagne 100. Les fossae néanmoins s'obstruèrent, sauf la Clodia qui continua à assécher la Polésine; et tout le delta redevint marais.
La Fossa Augusla, Fossa Asconis. — Comme tous les fleuves à delta, le Pô, à ses bouches, tant naturelles qu'artificielles, présentait des barres gênantes; et, de plus, les bras de gauche tendaient à accaparer le débit. Aussi Auguste, pour Ravenne. où était une des flottes d'Italie, ouvrit-il un canal maritime. La Fossa Au(justa^'^ ne fut peut-être qu'une dérivation naturelle arrangée, la Padusa ou Messanique. Elle eut elle-même une dérivation, la Fiissa Asconis '' , de façon à envelopper Ravenne au nord comme au sud. Malheureusement Ravenne était toujours dans la zone des atterrissemenls; et ce canal, à pente encore moindre que celle du fleuve, était voué à l'ensablement. Au v" siècle, la ville était déjà à 350 mètres de la mer; au ix", elle n'avait plus de port; le rivage aujourd'hui est à 1 kilomètres.
•4" Le Rhône. Fossuc Marianne. — Les prodigieux
modernt'y t. I, Paris. 1809. — 12 Sur la question des pniboiicliures du Po, voir principalement : Ella \.b\n\i^Yti\n\. liiturnoat sistenm idraulicodel Pd, 1840 ; Deicangi»menli del l'u nel terriloriodi Femini. IS.ÏS; Kod. Lunciani, Sul Brenta e sut Noviasimo, 1872 ; ti.Kud.t;redner,Z;it' Iteltas, Pèlerin. M illlteil.,i,'rgûiizu>iy u'IiU.— '3 Pliu. /. c. sup. 30. — H Ikid. 111, 16. — 15 //. Ânl. p. liO ; Tal>. Peut. — " PUu. III, 20. — U Jordan, Cet. iiv ; Vib. Seq. p. 2S3 ■ Krn. Desjardins, Tab. Peut. p. 158.
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alterrissements du delta du RhAne avaient fait chercher un doijouché hors de leur atteinte. Marius le trouva dans le golfe de Fo/., a l'est. Campé entre Arles ut la mer pondant le répit que lui laissèrent les Teutons avant de marcher contre l'Italie, il (employa son armée à faire une grande fossa ouverte, qui, partie de la branche principale ii\A kilomètres au sud d'Arles, détournait une grosse part des eaux. Klle a formé, pendant tout le moyen ;\ge, le liras orientai, qu'on trouvait encore plus ou moins accessilile, dans le xvii° siècle, à la petite navigation. Sa direction, peu éloignée de celle du canal actuel d'Arles à J'ort-de- Bouc, est marqué par une suite ('ontinue de marais et d'étangs depuis le Capeau jusqu'au (ialégcon. Là, très probablement, une issue secondaire lui était ouverte en ligne droite vers la mer, correspondant au (irau de (Jalégeon; puis, entre deux digues colossales, dont les restes existent encore sous le nom des deux Card<juillières, le cours d'eau principal, dont l'étang allongé do la Fousse représente un dei-nicr souvenir, s'en allait, parallèlement au rivage, à la ville et au port de Fossan Marianne, dont les ruines sont au bourg de Fos, à 40 milles de Marseille, vers l'entrée des étangs de Berre et de l'Estomac. Pendant toute la durée de l'époque romaine, le canal fut entretenu, et demeura accessible aux plus forts bâtiments ; il fut la voie du commerce dont l'entrepôt était le port fluvial d'Arles. Sa profondeur devait être grande, puisque son débris, l'étang de la Fousse, a encore, seul de tous les étangs, des parties au-dessous du niveau de la mer. Sa largeur l'était également, puisque les Cardouillières ont entre elles un écartement moyen de 100 à 150 mètres. Ces deux digues, dont on suit l'alignement sur une lieue et demie, sont faites de pierres apportées de la Grau, les interstices remplis de terre; elles mesurent une quarantaine de mètres à la base, et sept environ au sommet '.
5°L'Argens [Argeuteus). — La belle création d'Agrippa, le port de Forum Julii- (Fréjus), était menacé par l'Argenteus(Argens), grand ouvrier d'atterrissements, qui n'a pas manqué de l'ensabler. On fit dans le bassin déboucher un canal latéral. Mais ce canal, porteur lui-même de troubles, a contribué à l'envasement. Le port est aujourd'hui à 2 kilomètres de la mer, et le canal est devenu fleuve^. C'est ce qui s'est passé pour le Tibre à Ostie.
6° Le Rhin. Fosfin Drusiava. — Le Rhin, (juand la province de Germanie inférieure fut constituée, appela également l'attention des Romains. Nous ne connaissons pas tous les travaux qu'ils firent, et le pays est si fort remanié que la plupart ont disparu. Mais nous savons qu'il y eut un canal maritime, tournant le delta commun du Rhin et de la Meuse. C'est la Fossa Drusiana, creusée, onze ans avant noire ère, par Drusus ', pour gagner, par la Sala (Yssel), le lac Flevo, et, par l'émissaire de ce lac, la mer. Forcé par le fleuve, ce canal, qui allait d'Iseloort à Doesborgh, est mainlenant l'Yssel même, comme le lac, forcé par la mer, (;st devenu le Zuyder/.ée.
6° Le Tibre. Fossae Quiritium , Fossa Claudia, Fossa Tvajana. — Antérieurement il l'histoire, le littoral du Latium occupait la place du bord nord-est du marais ('t de la
' l'Iut. Mar. I.'i ; Slrab. IV, I, S; Mcl. Il, S; l'Iiii. Ilisl. nul. III, S; fl. AnI. p. Ui, ils ; Krn. Desjardins, Tnf>. Peut. pi. vu; l'tol. Il, 9, § i, etc.; Ern. Desjardins, Apernt historiqut' sur tes embouchures ttu lihtjne^ Paris, 1866 ; .\mivelles observations sur les Fossae .Wnrianae et le canal du Ras-llh6ne, P.iris, 1870, — 2 Plol, II, 10. — a VoT, A, l.iigcr. Op. t. pi. VI, — » Tac. jlnii. Il, 8; Sud, Claud. 1. A ce liavail correspomlil l'cndigucmcnl ilu Hliin (Viciu-Rliin
saline d'Ostie. du Campo Salino et des marécages du Stagno di Ponente jusque vers Paie: le Tibre y tombait quelque part vers le lieu oii est la Vignola. Mais, dans les premiers temps de Rome, ses alterrissements avaient déjàchassélamerdessalinesdedroiteetde gauche; et luimême, le long d'un cordon latéral, s'infléchissait vers le sud, et avait son embouchure à l'Oslia d'aujourd'hui. C'est \k que fut construite la ville d'Ancus .Marcius' : à sa création se rapporte celle des/''oMac(>i!Jri/iMm°, dont les légendes ont postérieurement altéré le caractère et, qui étaient, sans aucun doute, des ouvrages purement hydrauliques. Les attorrissements formèrent bientôt une espèce de delta, le Tibre, outre sa principale embouchure, envoyant .ses eaux de crue dans la lagune d'Ostie, qui se déversait par l'émissaire existant. Plus tard encore cette lagune fut entièrement séparée de lui, et le rivage s'éloigna de l'Ostio royale. Celle de la République se bâtit plus bas, celle de l'Empire plus bas encore, ce qui n'empêcha pas les alterrissements de les distancer et de combler les ports l'un après l'autre'. César lui-même renonça à la lutte *, et aujourd'hui l'ancienne ville cet à 7 kilomètres et demi de l'embouchure. Claude résolut de transférer le port à 2 milles et demi plus au nord% et d'ouvrir un canal maritime'"; ce canal, rectifiant le cours du fleuve, diminuait les inondations dans Rome. Le bassin de Claude fut doublé d'un second, creusé par Trajan, qui fil aussi une branche de canal". La Fossa partait du Capo due Rami, point où le Tibre, rencontrant l'ancien cordon littoral, faisait un coude pour aller vers Ostie ; elle s'ouvrait là sans doute parquelque barrage, afin de régler le débit et d'écarter les apports des grandes crues ; elle allait tout droit à la mer, envoyant un bras dans les ports. C'est aujourd'hui la branche septentrionale du Tibre, la plus abondante, qu'on appelle Fiume di Porto. Elle a joué, dans des proportions moindres, le même rôle que l'ancienne, et contribué, malgré les soins assidus qui ne lui ont pas fait défaut pendant six siècles, et l'entretien tel quel qu'on lui a donné par la suite, à reculer le littoral de 2 milles '-. Pour être dans les mêmes conditions que celui d'Alexandrie, le port impérial aurait dû être, au plus près, à Alsium (Palo), c'est-à-dire à dix bons milles plus au nord, hors de la zone des accroissements; où il est, le constant entretien de son canal empêchait celui-ci de l'envaser, mais n'interdisait point au fleuve lui-même de le faire.
8" Le Huges. — On sait, par Pline ", qu'un fleuve de Scythie, qu'il appelle Hypanis, dont le cours naturel tombait dans la lagune Coretus, au l-mg du Palus Méotide, avait un bras artificiel qui allait dans une autre lagune, le lac Buges, qui lui-même, par une fossa, était déversé dans la mer. 11 est clair qu'il s'agit, non de l'Hypanis (Bug), qui est fort loin de là, mais, soif d'un autre du même nom, soit, par une erreur de l'auteur, du Pasiacès, ou même du Rugès, cjui se jetait efTeclivement dans la lagune ainsi appelée, aujourd'hui Sivaché. On ne sait d'ailleurs à qui attribuer cette dérivation.
•J° Le Danube. Praji-I dr J'rnjan. — Ce projet, qui ne fut pas exécuté, du moins entièrement, consistait à avoir
el lie la Sala, rcctcaste depuis l'abouUssfnicul ilu bras de jonclion jusqu'au lac. •■ nion>s. m, H : Roms, Epit. I, I, — ^ Liv, I, 33; Feshis, ». r. Quirilium, — ■ Slrab, V, 3. — 8 Suct, Claud. iù. — » Ibid. ; Dio. Cass. LX, 5 ; Jut. Sal. XII, V. 75; Plin. Htst. nal. XVI, 76. — 1" C. inseï: lai. XIV, S5. — " Plin. £p. VIII, 17 ; C. iriser, lat. XIV, 38, — ISVoy,, entre autres «udcs. Desjardins. Op l. p, ll-IS et pi. m, — Il Plin. Hisl. nal. IV, J6.
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un canal maritime au sud des bouches, par le lac Kara. Il était mal conçu, la nouvelle embouchure était dans la zone des atterrissements, et aurait eu peu de durée.
En somme, il y a trois moyens de vaincre les barres des fleuves : le dragage continu, qui les défait à mesure qu'elles se font ; le resserrement des embouchures, qui force le courant et les lime ; l'établissement d'un canal latéral maritime, qui les tourne. Le premier dépassait les moyens des anciens. Le second, adopté par les modernes, mais condamné par de constants échecs, était dans la pratique romaine, et c'est d'elle que procède le système italien, qui consiste en jetées pleines ou à clairevoie, faites de palis espacés et recépés au niveau des basses mers. Le troisième, qui est le seul logique, leur réussit partout où ils ont pu, ou su, écarter les troubles des prises et placer les débouchés franchement hors de la zone d'atterrissements, comme pour le Mil et pour le Rhône ; il a échoué dans le cas contraire, comme pour le Tibre et le Pô.
Navigation iniérieurr. — Canaux à niveau. — 1° Percements d'isthmes. — Malgré les railleries de Juvénal', il est certain que Xerxès a l)ien et complètement percé le collet de l'Athos -. Son canal, que les anciens ont appelé Ufoctùlxl, est encore visible ; c'était un pertuis droit d'environ 2200 mètres, sur à peu près 6 mètres de large : les bâtiments dclilaient un à un^. Il fut bientôt abandonné, et plus tard une chaussée de 200 mètres de large rétablit solidement l'isthme.
Ces percements paraissaient aux anciens une entreprise hardie et presque sacrilège, comme dénaturant le plan divin de la création. Les Cnidiens, au temps de Cyrus, cessèrent une entreprise de ce genre par ordre de l'oracle de Delphes :
Ze'j; Y>-p /."ÉOyjXs vïiTov. et' y's^rjùXero '.
Cependant les ouvrages de ce genre, l'utilité forçant les scrupules, devinrent nombreux. Ce sont les colons corinthiens qui ont fait de Leucade une ile par leur AtdpijxTo; ■', ouvert entre elle et l'Acarnanie sur une longueur de 3 stades'' ; ensablé postérieurement, il fut, à r('p(i(|uc romaine, rétabli et muni d'un pont". Alexandre avait projeté un canal de 7 milles de long entre les golfes où se jettent le Caystre et l'Hermus, pour isoler la péninsule du mont Mimas *. On prêtait à Séleucus Nicator le projet d'en percer un entre le Bosphore Cimmérien et la mer Caspienne'.
2° L'isthme de Corinthe. — Périandre conçut '°, la superstition lit échouer", Démétrius Poliorcète reprit, puis abandonna par la crainte chimérique que les deux mers ne fussent pas au même niveau '^ César '' arrêta le projet du percement de l'isthme de Corinthe. Caligula" fit faire le tracé et les nivellements. Enfin Néron'», avec une bêche d'or, inaugura lui-même la fouille ; cinq ou six mille ouvriers y travaillèrent trois ou quatre mois ; six mille Juifs prisonniers, envoyés par Vespasien, étaient en marche pour les rejoindre, quand l'insurrection de Vindex fit discontinuer l'entreprise, à laquelle seul
1 Jnv. V, 17*. — 2 Herod. Vli, li ; Tljuc. IV. IM'.i; llioil. XI, 1 ; l'Iin. Hlsl. nnl. IV, 10. — 3 Kt non deux par dcnx. comme le dit lU-rodole, à moins qne la seclion n'aîL bien changé. I,e canal i^-tait encore plein d'eau, sinon navigable, au temps d'Elien, //;,!(. muni. XIII, SÎO. — i llcrod. 1, I7i. — 6 l'ol. V, i>. — » l'Iin. IV. 1. — ^ Uï. XXXIII, 17; Slrab. X, 2. — « Pliu. V, 31. — 0 Ibid. VI, 12. — i« Uiog. Laerl. I, 7. 03. — Il Tac. Ann. I, 79. — 12 Slrab. I, 3, Il . — 13 Suct. Caes. « ;
Hérode Atticus"^ songea par la suite, sans la renouveler. La percée qui est en cours a fait disparaître le travail de Néron, étant exactement sur le même tracé. Ce qu'il prétendait faire était évidemment un canal à niveau, tout droit, dans la partie la plus étroite, surfiOOO mètres, embouchures comprises. L'esquisse était complète'': deux tranchées, l'une sur loOO mètres, l'autre sur 2000, partaient des deux plages, et entamaient, larges de 40 à 50 mètres, déjà profondes, en certains points, de 30, la pelile montagne, haute de 80 k peine, qui fait l'arête de l'isthme; sur celle-ci, une troisième était amorcée, et vingt-sept puits de sondage et d'attaque étaient déjà poussés jusqu'à i2 mètres. L'œuvre n'offrait aucune difficulté, que ses dimensions : elle était aussi liien commencée que bien conçue. Le cube extrait étant d'environ 'iOOnOO mètres cubes, et le total à extraire d'environ 13 millions et demi, la partie la plus dure, c'est-à-dire le trajet en montagne, restant à faire, mais le chantier devant être presque doublé par l'arrivée des forçats juifs, il semble possible d'admettre que l'ouvrage eût été terminé, peut-être en sept années, en une dizaine au plus. 3° La Fossa Neronis de VAverne au Tibre. — C'était aussi un canal à niveau que projetait le même empereur'* entre Ostie et Misène, et dont Tacite " a si mal compris, ou si étrangement travesti, la conception. 11 a raison de dire qu'il n'était pas d'une nécessité urgente, qu'il était gigantesque pour le temps, puisqu'on devait trancher le cratère de l'Averne, l'isthme de Gaëte, le mont Sant'Angelo. Mais qu'il fût inutile, impossible et absurde, et surtout qu'il dût manquer d'eau en dehors des Marais Pontins, c'est ce que nous ne saurions croire. Rome faisait son deuil d'Ostie ; Agrippa avait joint le Lucrin à l'Averne, créant le Portus Julius, et doublant ainsi Misène, où était la flotte. Severus et Celer firent souhaiter à l'empereur de mettre le golfe de Baies et ce vaste établissement naval en communication directe avec Rome, sans dépendre plus de la mer. Le canal, soit qu'enjoignit l'Averne au Fusaro ou seulement celui-ci au golfe, rencontrait, sur tout son parcours jusqu'au delà deSinucsse, une série de lagunes appuyées au cordon littoral, et pouvait s'alimenter d'eau vive au Vullurne et au Liris. L'isthme de Gaëte franchi, et c'était le seul pas difficile, il retrouvait la même chose sur la plage des Speluncae et de la plaine de Fundi, et, aux Lantulae, l'émissaire d'un grand lac. Il ne lui était pas plus impossible qu'il ne le fut à la Voie Appienne d'entailler pour passer, à Terracine, le Sanl' Angelo. A partir de là, il était fait, ou le fut. Un canal a toujours existé le long du cordon littoral, de Terracine à Astura. Il passe au pied de Circcii, coupant l'isthme du Monte Circello, et visible sous le nom de Cavo d'Augusto, qui semble trahir son origine impériale, sur 5 kilomètres de longueur. Enfin il joint toutes les lagunes qui sont au nord-ouest de ce mont, et, s'il n'existait pas au delà, il y était du moins facile à creuser, et à mener jusqu'à Ostie. L'Amasenus, l'Ufens, et toutes les eaux des Marais Pontins, avant Circeii, le Nymphaeus et les eaux supérieures, aux Clostra Romana, l'Astura, le Numicus et tous les « fossi » de la Campagne Romaine, le Tibre
Dio. Cass. XLIV, 5; Plut. Caes. 58. - n l'iiii. IV, 5; Suel. Citius, i\. — 1= .Suel. Ner. 19; Dio. Cass. I-XV, 10, 17; l'Iin. IV, 4, 5; l'aus. 11,1. S; Lucian. ,V«-. J. We foss. Jsthm.; ias.llM. Jtiil. III, 10. — K- l'hiloslr. Vil. sop/i. II. fi. — " Gerstor, ihthme de Corinthe, tattatives de percement dans l'antiquité {Bull, de corr. hr'll. 1884. p. 2i0-23î cl pi. vin); P. Monceaux, Oa:. arch. 1885, p. il3-21*. — 18 Suct. t\er. 31. — 1» Tac. Ann. XV, 42.
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enfin, l'eussent plutôt embarrassé d'eau qu'ils ne l'en eussent laissé manquer. En tout cas, le rêve de Néron fut, ou était, réalisé entre Astura et Terracine ' ; et de mémo le lonf;de la plage dos Spoluncae ot d'Amyclac, où, si Pline dit vrai, c'est à lui que lut duo la jonction des lagunes littorales ^ Le récit de Suéldno nnmtre qu(,' l'entreprise ne resta pas à l'étal de projet; elle l'ut peutêtre terminée dans toutes les sections do plainii.
Malheureusement, dans les sections de montagne, on mit à peine pioche en terre : si bien qu'à l'exception d'œuvres de petit parcours, les canaux de ce genre ne noussont, dans l'antiquité, représentés que par desessais.
Canaux à point de partage. ' — 1° Canaux de la mer Rouge. — On a reconnu, dans l'isthme de Suez, deux tracés de canaux destinés à faire communiquer la mer Rouge avec la Méditerranée, l'un par le Nil, l'autre directement. Les auteurs les confondent, ou du moins les distinguent rarement, ou ne parlent que de l'un d'eux; mais on sait, par leurs écrits : d'une part, qu'un canal fait par Sésostris, et entretenu ou refait depuis lors, a fonctionné ; qu'un autre, fait par Néchao, n'a été ni achevé ni mis en usage ; d'autre part, que la communication par le Nil a existé. 11 y a donc lieu d'attribuer à Néko 11, conformément à ce que dit Diodore^ le canal par l'isthme. Ces deux ouvrages ont précédé les deux percées faites de nos jours, le canal des Deux-Mers et le canal d'Eau-Douce, qui les ont détruits en partie.
A l'époque où ils furent creusés ', surtout le premier, le seuil d'El-Guisr, haut maintenant de 23 mètres, et large de 80 kilomètres entre Héroopolis et Péluse, mais seulement de 11 entre les dernières dépressions des lacs Menzaieh et Timsah, séparait presque seul des lagunes pélusiaques le golfe de Suez, dont le fond était aux Lacs Amers. Là venait finir une ancienne branche du Nil, l'Ouadi Toumylat, qu'envahissaient encore les crues, et où fut établi le canal des Pharaons. Des monuments du règne de Séli montrent celui-ci en activité " ; il fut refait par Rhamsès 11, dont les constructions couvrent ses rives. Parti de Bubaste sur la branche Pélusiaque, il fournissait, dans l'Ouadi, à deux grandes dérivations, arrosant tout le pays de Goshen; il atteignait le fond du golfe où est maintenant le lac Timsah, après un parcours de 20 lieues.
Le grand défaut de cet ouvrage était do n'être qu'un bras du Nil. Le Delta et le Nil lui-même étant bien plus bas qu'à présent, il avait d'ailleurs moins de pente qu'il n'en aurait si on le créait maintenant. Aussi, dans la décadence de l'Egypte, il s'envasa. Les atterrissements du golfe et l'élargissement de l'isthme lui enlevèrent son débouché ; et le seuil du Sérapéum, aujourd'hui élevé de 11 mètres, qui isole les Lacs Amers, était sûrement en formation à l'époque de Néko 11.
Le canal de ce Pharaon se voyait, avant les travaux de celui de Suez, qui le remplace, depuis le lac Timsah jusqu'au lac Menzaieh. Il a, par conséquent, été tracé tout entier, et même creusé. Il nc^ lui a manqué que d'être approfondi et muni de ses ouvrages d'art; son plafond
I Voy. Terracine, /. c. — ^ pliii. XIV, S. — 3 Diod. I, 33. — ' Hcrod. II. 108, 138; IV, 30 ; Aristol. Meleor. 1, o4 ; UioJ. I, 33; Plin. Hixl . nal. VI, 20; Strab. I, 31, XVII, 25 : Plol. IV, .ï. 5t, etc. Pour Vélwio dos oaimiu de llsthmo, voir principalement : Le Pure, fip. lauff. |>. -21-186, avec un appendice i|ui contient tons les tovlcs dos auteurs i;recs, latins ot arabes ; t^galement dans la Inscription de VEfjypte, Antiquil<^s, M(>inoires, t. I, Rozii^res, De la gt}ographic comparée (te la mer Ilotige; Letronne, l'Isthme i1e Huez, dans Afétanges d'érudition et de critique historique, p. 49-84 ot 6d. Fagnan, t. I, p. 3S7-35I ; Linant
était à 14 mètres au-dessus de la Méditerranée. Les légendes ont donc raison d'attribuer son inachèvement à d'autres causes qu'à des empêchements techniques. Darius en reprit l'idée, mais ce fut pour attaquer la partit; f(ui! rendait m-cessaire l'tUal du golfe, qui n'était plus qu'un bas-fond entre le Sérapéum et Suez; on a trouvé sur co parcours les souvenirs de son travail, des inscriptions où il se nomme'''. Mais, somme toute, la communication ne fut jamais ouverte.
Dans les trente-cinq siècles au moins qui nous séparent du creusement du canal pharaonique, un soulèvement, qui dérouta les anciens par sa lenteur et sa continuité, releva le seuil d'El-Guisr, et créa d'abord celui du Sérapéum, ensuite la barre, puis le seuil, de Chalouf, qui a 'S'",Ai ', ces points servirent de soutien aux atterrissements désertiques, aux sables, par lesquels fut envahi, une fois séparé de la mer, le grand ravin qui formait auparavant le fond du golfe. C'est ce phénomène qui exigea les recreusements périodiques dont nous avons connaissance.
Ainsi Ptolomée Philadolphe eut à refaire, sous le nom de IlToÀEfxaio; -oTxao;, l'œuvre de Darius, c'est-à-dire la voie navigable depuis les Lacs Amers jusqu'à Arsinoë, et la fit s'abouter au canal des Pharaons, réparé. Mais le mouvement continua, et, à l'époque de Cléopàtre, le passage était fort difficile, sinon tout à fait obstrué. La voie totale avait alors une longueur de 3a lieues. Hadrien, exécutant probablement un plan dressé sous son prédécesseur, le remit en état, fit peut-être le quai auprès des Lacs Amers, la grande dérivation voisine, la maçonnerie de l'euripe à Suez. 11 augmenta surtout la pente initiale, en reportant la prise d'eau de Bubaste à Babylone, c'està-dire beaucoup plus haut. Le nouveau canal, de ce point à l'entrée de l'Ouadi Toumylat, était appelé Tsi'iavbç TroTa|ji.ô<;. Grâce à lui, le passage dura jusqu'aux siècles de la décadence ; la longue dépression entre le Sérapéum et Suez était, dès lors, à peine humide, l'isthme prenait son aspect actuel. Oblitéré à la longue, recreusé de Belbéïs aux lacs par Omar en 622, le canal put encore plus ou moins servir jusqu'en 775, date à laquelle il fut bouché sur l'ordre du khalife Al-Mansoùr.
De tous les ouvrages antiques, c'est celui dont il importerait le plus de connaître le fonctionnement. Ce n'était pas un vrai canal à point de partage ; encore moins celui de Néko l'eùt-ilétè. L'œuvre des anciens Pharaons ne fut, en définitive, que la réouverture d'un bras primitif du Nil. Son lit paraît s'être terminé, dès l'origine, par une espèce d'euripe. Était-ce, comme l'a cru Le Père, pour demeurer fermé pendant les basses eaux, obligeant les navires à un transbordement, puis ouvert pendant le temps de la crue? N'était-ce pas plutôt pour enipèt^her les marées d'y refluer? Jusqu'aux nivellements exécutés depuis 1847 par Bourdaloue et Linant de Bellefonds, on a vécu dans la crainte tle la mer Bouge, qu'on supposait beaucoup plus élevée que la Méditerranée, et même que le Delta. Ses grandes marées effrayaient les anciens, et on doit peut-
de Bellefonds, Op. laud. cl .\tla5; Rawlinsons Berodotut, II. p. J05, noie î: l.cnormaul, Hisl. ane. I, p. 403; Ra«linson, ffifl. of anc. Egypt. Il, p. Î9", 316, 4:1 ; Wilkinson, Manners and eustoms of anc. Egyptians. I, p. 47-49, m ; Bi-ugscb, Hist. d'Egypte, p. 135, 25i-253, 274; A. Haricll». Aperrn derhitt. de l'Egypte, p. 39, etc. ; et les documents contenus dans le recueil de M. F. de Lcsseps. l'Isthme de Suez, Paris. S vol. 1SS4-1S69. — ^ Maspero, Op. laud. ch. v ; Bircli, .\ncienl EgypI. p. 117. — « Rawlinson's Herodotut, p. îOi, note 3.
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être aUrihuer à cette peur l'abaiulon de la percée directe. L'euripo de Suez eut donc un dmible l)ut : forcer l'embouchure du canal pour avoir une chasse qui prévint Tensablement, et la fermer à marée haute pour que la mer n'y entrât point. Des témoignages confus des auteurs et des vestiges que l'on a vus, il semble résulter qu'un ouvrage analogue, qui existait à l'ancien débouché, vers le Sérapéum, fut conservé dans le canal complet. Il devait, en effet, y avoir une différence de pente entre les deux tronçons, qui exigeait une retenue, et c'est aux lacs que se sont arrêtés les apports de limons du Nil.
Ou peut croire que, dans le canal achevé par les Antonins, le fonctionnement était celui-ci. Nous ignorons s'il y avait un réglage au départ sur la branche Pélusiaque. Quoi qu'il en fût, pendant la crue, le canal demeurait ouvert : les eaux s'y engouffraient, fournissaient aux dérivations agricoles, et atteignaient les lacs, qui formaient une retenue naturelle, suftisante pour emmagasiner le débit d'entre deux marées; l'euripe de Suez, fermé à marée haute, s'ouvrait à marée basse. La navigation devait se faire à la cordelle pour monter, au til de l'eau pour descendre; dans le premier sens, on marchait pendant la fermeture, dans le second, pendant la lâchée. Durant les basses eaux, l'euripe du Sérapéum était fermé, et les deux tronçons du canal formaient deux biefs, d'où l'on sortait, soit par transbordement, soit en attendant les làohures; à chaque làchure de Suez en correspondait une du Sérapéum, et automatiquement une entrée d'eau du Nil : c'est ce qui explique comment les lacs étaient, à l'époque impériale, considérablement dessalés.
Les deux canaux étaient de simples tranchées, garnies de deux cavaliers faits avec les terres de la fouille. Celui de Néko, dans l'état où il l'a laissé, avait jusqu'à 100 mètres de large, 40 seulement à El-Guisr. Quant à l'autre, tant d'après ses restes que d'après les indications mal concordantes des écrivains, il parait, à l'état parfait, avoir mesuré en moyenne oO mètres de largeur à la ligne d'eau, 3 mètres de tirant d'eau, 6 à 7 mètres de profondeur de déblai, 96 kilomètres de tranchée'. La section était moindre entre les lacs et Suez que dans la partie supérieure.
2° Projets aniiqxics. — Fossa entre la Saône et la Moselle. — Le canal de l'Isthme est le seul de son genre que les anciens aient réalisé. Mais les projets, pour en faire d'autres, n'ont pas manqué. Sous Néron, L. Antistius Velus- conçut l'idée grandiose de tourner les colonnes d'Hercule. Il voulait joindre la Saône et la Moselle, pour faire passer les troupes de la Méditerranée dans l'Océan par le Rhône et le Rhin. C'eût été là un véritable type ; mais ce grand canal ne semble pas avoir reçu commencement, et nous ignorons les moyens qu'on se réservait d'employer ^ 11 en est de même pour les autres projets dont l'existence est attestée.
Fossa de Pline en Bithynie. — Un peu plus explicite est le plan que Pline soumet à Trajan", et que cet empereur discute. Il s'agit de louvrir et de terminer un canal entrepris par les rois d(! lîithynie pour faire communiquer l(^ golfe d'Ismid avec la mer Noire par le lac Sabandja et le Sangarius, ou du moins le lac avec
I A. I.f'gcr, >Jjj. l. p. 410. — 2 Tac. A)lll. Xlll, :i3. — a m |.|i ol de même du projet qu'avait jadis annonct't Solcurus ISicator pour la jonction de la Caspienne ut du Poiil-Iiuxin, et qui est nicntionn6 ci-dessus. Pliu. Ilist. nal. VI, J2. Est-ce le canal du Don au Volga qu'il s'agissait dt?jà d'établir ? On l'ignore. — '» l'iiti. /;'/>. X, 41, a, 01, 6i, ùd. Kcil. — '" Léger, Op. laud. p. 3o3. — s Voy. Clianipiouuièrc,
ce fleuve. Il ne doute point de la réussite, et il indique deux solutions. L'une, c'est de mener la tranchée depuis le lac jusqu'à la rive du fleuve, en réservant un bâtardeau naturel; les bâtiments transl)orderont. L'autre, qu'il préfère, consiste, pour ne pas épuiser le lac, à détourner et ramener dans le canal, alimenté d'ailleurs par des sources captées, l'émissaire même de la nappe, et à ne faire que des lâchures intermittentes, moyennant des calaractae. Mais il semble difficile, s'agissant d'une pente totale de 40 coudées, qu'on ait pu établir le projet sans prévoir quelque chose comme des biefs étages. Or, faute d'avoir les écluses telles qu'on les fait depuis le xv° siècle, les anciens, pour qui les canaux étaient avant tout un moyen d'éviter les risques maritimes, ne s'aventuraient pas volontiers dans un genre d'essais toujours assez dangereux. On peut concevoir toutefois qu'ils exécutassent ce qui a été essayé, dans ce siècle, sur l'Yonne'*, une série de retenues échelonnées, surtout s'ils ont su appliquer aux valvae emissoriae un système de fermettes quelconque, permettant d'abaisser l'eau avant de faire la grande lâchure, ou s'ils ont fait des cataractae assez grandes et assez bien réglées pour laisser passer leurs bateaux après avoir obtenu le môme résultat par soulèvement progressif. Toujours est-il qu'ils ne nous montrent, en fait de canaux de cette espèce, que des projets, des entreprises manquées ou des ouvrages imparfaits.
VI. LÉGISLATION. — Il n'y a pas, dans le droit romain", de législation spéciale aux canaux de navigatit)n. Celle des autres cours d'eau leur est applicable. Fossa manu facta per quam flitit pubUrum /lumen', le canal suit le sort de Vaqua publica ; fossa privala ', il suit le sort de Vaqua privata. De toutes manières, il rentre dans le droit commun des flumina.
Quant à l'eau d'irrigation, d'assez nombreux textes la visent, depuis, chez les Grecs, la table d'Héraclée, formule d'un bail de ferme, qui règle les obligations du fermier et des cultivateurs riverains des canaux et rigoles', jusqu'au titre XXXIV du livre XI du Code, De servitutibus et aqua. Mais on ne peut séparer l'étude de ces textes de l'ensemble du droit des eaux [aoua, irrigatio, rivus]. Remarquons seulement ici que, chez les Romains, l'eau, courante ou non, est la propriété absolue du propriétaire du fonds où elle se trouve ; si elle est mitoyenne, le droit des riverains est égal. Il semblerait même qu'en ce cas, elle fût, ou ait été, du moins à une époque ancienne, au premier occupant'". Tel est, en tout cas, le régime des cours d'eau puljlics non navigables; ils paraissent avoir été chose commune; les riverains pouvaient y faire des prises d'eau d'irrigation par le moyen de fossae, à condition de ne pas se porter dommage l'un à l'autre"; le droit sur cette eau s'actiuérait, comme sur tout bien vacant, par l'occupation, se démontrait par l'usage'-, se confirmait, comme les autres du même genre, par prescription ''\
VII. Fossés de confins. — Comme les modernes, les anciens ont eu pour usage de marquer par des fossés les limites des domaines. L(;s arpenteurs romains ont laissé des indications ptiur le tracé des fossae et la détermi-
ne la. prnpriflé des eaux courantes, Paris, 1S40; L. Wodon, le Droit des «lux, Bruxelles. 1874, t. 1. — ■! Dig. XLIll, tit. .\1I, I, § 8. — » Jbid. til. XIV, I, § 2, 5, C. — 5 Ma/.occhi, Comment, in aeneas lab. Heracleenscs, Naples, 173*. p. iîi- ■223. 10 Dip. XXXIV, tit. 11,20. - " Dig. Vlll, lil. 111. 17. — li'l^nd. III, lil. XXXVI, 7. 13 Dig. .XLIV, Ut. UI, 7.
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nation de leur régime, suivant qu'elles sont sur l'un ou l'autre des terrains, c'est-à-dire pm/triar, ou exucteuient finales, suivant qu'elles sont piihlirm: ou vicinales'. Un manusrrit donne même un modèle d'une fossu ruinnda in riipilc fossali -,
Les frontières des États se traçaient aussi de cetto façon. On voit Carthage' enclore par les 'l'oiv.x'oeçTa'^poî ' ce qui resta jusqu'à la fin son territoire de possession directe. Le peuple romain lui-même marquait parfois la frontière de l'empire par un simple fossé continu. Nous savons que la province d'Afriijue, à sa création, fut ainsi encadrée de Thabraca à Thenae '', où ahoutissait la fossa inter Africanum sequcntcm et reyes perduela''.
Vlll. Lieux-dits. — Indépendamm(!nt des travaux mentionnés ci-dessus, le nom de Fossa ou Fossae, accompagné ou non d'un déterminatif, était fréquent, dans la géographie romaine. Les bouches de Bonifacio et les îles qui s'y trouvent^ s'appelaient Fossac, Ta-^poi ; il y avait une ville de ce nom près de Sirmium, une Fossa Graeca en Campanie', qui certainement était un ancien travail d'aménagement agricole, une Fossa Papiriana ou Fossae Papirianae', qui est Viareggio, un endroit dit Fossa Cluilia ou Fossae Cluiliae sur la Voie Latine, au temple de la Fortuna Muliebris, et dont le nom rappelait une très vieille légende '", et bien d'autres, sans compter la ville de Fossae ", aujourd'hui Tornova, dans les bouches du Pô, qui devait son nom aux Fossae Philistinae.
M.-R. DE La Blanchèhe.
FOSSARIUS, FOSSOR. — La qualification de fossor, dans son sens le plus large, s'étend à tous ceux dont le métier est de creuser des fossae et son extension, à le prendre ainsi, n'est guère moindre que celle du verbe /'orfece d'où il dérive'. Virgile appellera ainsi fossor l'ouvrier des champs qui travaille et retourne la terre-. 11 sera aussi parlé de fossores dans le même sens, dans l'énumération des ouvriers qui sont spécialement nécessaires à la culture d'un vignoble' [vinum].
Le travail de creusement, d'autre part, de toutes les conduites et galeries souterraines, qui, dans la Campagne Romaine spécialement, lémuignent des elTorls faits dès les temps les plus reculés pour l'assainissement du sol, a nécessairement occupé toute une population de fossores^ et si nous n'avons pas grands renseignements sur les auteurs de ces durs travaux, les éléments au moins de leui' outillage, qui sont les mêmes qu'emploieront plus lard les fissores des catacombes, nous
* Aggi'ii. De coiilrou. aijror. p. 12; Sic. Place. De coiidit. agror. p. 147, éd. Lachnmun, t. 1 ; elc. — 2 Ibid. pi. xxxviir, fig. 343. — i Phlcgon. fragm. 47, dans MiiUcr, b'ragm. Insl. praecoi: t. NI, p. Cii. — * App. VIlI, 5(. — 5 Plin. V, 3. — c II lie faut pas confondre ce fossé- de déliinitatioa avec le fossalum du LUiKii de la basse époque ((lod. Tlieod. VII, lit. XV, 1. 1, De terris limitaneis), qui ■^lail une tortilioation. — ' Plin. //. mit. III, 13. — 8 Liv. XXVIII, 4(i. — 9 Desjardins, Tab. Peut. p. 103. — 10 l.iv. |, a ; II, 33 ; Dionys. Vlll, ii ; Canina, Ami. Ist. Arch. 1834, p. 60. — " Desjardins, Tab. J^euliiiger, p. 160.
Fig. 3279. — OuliU Ae fot$uT.
Fig. 3280,
sont connus: au musée Kircher notamment sont conservés une lampe, un crochet et une sorte de gros pic de fer sans manche (fig. ',m9) retrouvés dans les cnniruli des environs de Rome'".
Les lraiii-li('es destinées à l'attaque ou à la défense d'une place sont encore des fossae et à ce titre sont encore des fossores les soldats spécialement chargés de cette partie ' ; mais la langue des camps avait forgé pimr les désigner un terme plus précis; de cuniculus elle avait fait cuniculator^ ou cuuicularius'- [cu.nkjulls], et Végèce nous apprend qu'un corps de ces soldats était, du temps de l'empire, sous les ordres du praefeclus fabrum '.
Le sens toutefois sous lequel il conviendrait d'envisager surtout ici le terme de fossor, parce qu'il se rattache le plus intimement à l'histoire des mœurs chez les anciens, sens auquel se rapportent, semble-t-il, exclusivement les exemples de la forme fossarius^, est celui de fossoyeur. L'on sait qu'aux dilférentes époques de la civilisation grecque et romaine l'ensevelissement et l'incinération tmt été côte à côte en usage, quoique dans des proportions variables suivant les temps; mais qu'il s'agit d'ailleurs d'un véritable cercueil ou d'une cassette cinéraire, il y avait lieu le plus souvent de creu-
stu- un tombeau pour l'y placer. Les scènes funéraires, si fréquentes sur les vases peints, nous montrent rarement le moment de l'enfouissement proprement dit.
Il faut citer pourtant la peinture d'une loutrophore trouvée aux environs d'Athènes et conservée au musée de la Société archéologique '°, où l'on reconnaît aisément (fig. 3280), dans les — deux personnages vus à mi-corps et dont le buste seul émerge de terre, les deux fossoyeurs qui ont creusé la fosse et qui se préparent à recevoir le cercueil pour l'y descendre ".
Nous ne sommes guère plus renseignés pour l'époque romaine, au moins en ce qui concerne les premiers siècles de l'Empire. L'entreprise de funérailles qui avait son siège au temple de Libitina et à laquelle il était d'usage de s'adresser, devait avoir dans le nombreux personnel ((u'elle entretenait toute une troupe de fossores'*.
FOSSAniUS. 1 Forcellini-ric Vit. s. v. — » Georg. (I, 264: Et laitfacta movens robiislus jugera fossor. — 3 Coluni. 111. 13. 3 : 13, 2. — * D'aptes C. Tomniaso Crudcii, Lantica fognatura dette campagne romane, voy. ccsicclcs. p. lô'.'l, noie 4«. — 5 Stal. neb. Il, 418. — 6 LacUnl. in Stal. /. r. — 7 Anim. Marc. XXIV, 4. — 8 Vcg. Jtil. II. 11. — > Forccllini-De Vil. s. V. — lo Ami. d. Inst. ai-ch. di Roma. 1864, p. 1S4. — » Mon. iiied. d. Inst. VIII, pi. IV. — M Mommsen.Marquardt, Alan, des antiq. rom. t. XIV, Irad. Henrv, p. 150.
ssoyeurs grecs (peinture il'iui vase attique).
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Mais aucun texte ne nous révèle leur org;anisation , nulle mention d'un collège de fo:>sores, par exemple, ne nous est parvenue, et une des seules inscriptions qui mentionne un fossor, un cippe trouvé dans la Vigna Amendola et conservé au musée du Lalran, monument élevé par Ti. Claudius Cratinus à sa co-affranchie. ne le l'ait que dans la curieuse formule finale : Fossor parce hic jam cubai '. Il faut arriver jusqu'à la période chrétienne et aux sépultures des catacombes pour trouver sur les fossores de plus amples renseignements. Les fossores forment alors un certain nombre d'équipes attachées aux différents cimetières, où plus d'une fois ils se sont fait représenter par les peintres qui décoraient les tombeaux avec leur lampe et leur pioche- : tel le fossor Diogène, contemporain du pape Damase, dans le cime-
Fig. 3281. — Fossoyeur clin'ticn ([)ciiitiii'e d(\ la calacombe ilo Domilille)
tière de Domitille (flg. 3281) ^ 11 semble même qu'à quelque titre, ils fissent partie du clergé, sans toutefois avoir reçu un ordre religieux proprement dit*, et leur importance s'affirme au cours du iv' siècle, où nous voyons le code Théodosien (qui les désigne sous le nom de copiatae, terme qui paraît se rattacher à un verbe x&TTÎaft) signifiant travailler °), leur accorder de grandes immunités''. L'autorité ecclésiastique, en leur abandonnant le droit d'assigner les sépultures dans les catacombes, où se développe le désir de reposer près des tombes saintes des martyrs et où par suite certaines places sont particulièrement désirées, leur donne l'occasion de s'enrichir par toute une série de contrats, dans les(juels ils vendent des tombes moyennant finance'. Ils deviennent alors véritablement les maîtres des cime-
( Corp. iiiscr. lut. VI, 7343. — 2 Bosio, Jioma soltfranea, p. 305, 335, 339, 373 ; Ai-inghi, Jioma suhierranea. 11, p. l'A. ti.'l, 67, 101 ; de Rossi, Homa sotterr. II, pi. xviii, 3-4; Hottari, Scutt. epitt. sagre d. ciitift. d. Borna, II, pi. xc, xcviir, xcix, cxviii ; Garrucci, Storia d'arte crint. II, pi. vu, 3; vm, 2-3; xl, 2; xi.i, 1; XLU 2, ; xi.iii, 2; l, 2 i.xvxii, 2. — 3 Garrucci, II, pi. xi.i, 1 ; Perrel. Catacombes de Borne, I, pi. XXX. — '• Marligny, IJict. des ant. chrét., s. v. p. 180. — « Foroellini- De Vil, V. Copiatae. — c Cod. Theod. 13, Il ; lll, 2, 15. — 7 De Rossi, Inscr. christ. 1, n" 395, 488, 480, 517, etc. — •' Id. fluiim soll. I, p. 210. La dernière mention est de l'an 42tj.
FIIENUM. 1 V. nolamment Ovid. Amor. III. 4, I»; Edict. Dioclot. X, 5, Frenitm et/neslre (la bride) cum salibario (le mors); Hesycli. zr.;AÎ); ïTSoç y/i\ivùj : Fust. ad llom. Jl. IV, 142. C'est là la raison pour laijuelle frenum est plus employé au pluriel qu'au singulier comme le fait observer Servius ad Aen. \\\, 5G8. — 2 pausan. Il, 4, 1; Scliol. ad Aristopli. A'it6. 967. Remarquez l'imporlance donnée ù la bride dans le beau bas-relief du palais Spudu. <|ui repré-
tières, dans lesquels leur domination abusive se traduit plus d'une fois par des dégradations ayant pour but, sans souci des peintures, de trouver des places recherchées pour de nouveaux défunts, jusqu'au moment où, dans la première moitié du v'' siècle, ils disparaissent et ne sont plus nulle part mentionnés*. Etienne Michon.
FHEAiTM. XaXivoç. — Bride pour les animaux de bât, de selle ou de trait. Le mot grec, comme le mot latin, désigne non seulement le mors, qui est la partie essentielle de la bride, mais, d'une façon générale, l'ensemble des pièces destinées soit à le maintenir en place, soit à le faire agir; quelquefois même il s'applique à des appareils qui ne comportent pas de mors'. Nous réunirons donc ici tout ce qui concerne le harnais de tête.
Origines. — Une légende attribuait à Athéna l'invention de la bride ; elle aurait elle-même enseigné à Bellérophon comment il devait s'en servir pour dompter Pégase; d'où les surnoms de Aau.â7i7r7i!jç et de XaÀivïx'.ç, qu'on a parfois donnés à cette déesse^; dans le bourg de Colone, près d'Athènes, on l'appelait "iTrTTï'ot^ Suivant d'autres traditions fabuleuses les Lapi thés, habitants de la vallée de Péléthronium, enThessalie, auraient eu lespremiers l'idée de conduire un cheval à l'aide du mors [equitatio]*. On rapportait encore que Poséidon, qui avait fait sortir de terre le fameux Arion, ancêtre de tous les coursiers, l'avait aussitôt dompté par ce moyen [neptunus] ^ Enfin l'apologue témoigne à sa façon de l'importance que les Grecs attachaient à une invention aussi utile : Stésichore passe pour leur avoir le premier raconté comment le cheval, ayant voulu se venger du cerf, implora le secours de l'homme et comment celui-ci lui mit dans la bouche un frein qui l'asservit à tout jamais". En réalité l'invention de la bride date, au moins en Grèce, d'une époque antérieure aux temps historiques; Homère parle déjà du mors que « l'on introduit entre les mâchoires des chevaux"».
Cependant on ne saurait douter que certains peuples, qui excellaient dans l'art de l'équitation, aient dédaigné ce secours et leur exemple nous autorise à admettre que les Grecs eux-mêmes aient pu s'en passer dans un Age très reculé. Au temps de Trajan, les Numides, qui formaient dans les troupes romaines un corps de cavalerie redoutable, ne mettaient aucune bride à leurs montures, comme on peut le voir sur la colonne Trajane où ils sont représentés"; ils les dirigeaient en les touchant avec une houssine'^ Telle était aussi la coutume des (iétules'", des Garamantes", des Massyliens'^ et en général de toutes les populations africaines avec lesquelles les Grecs et les Romains lurent en rapport'-'. Les Indiens dressaient des chevaux à obéir uniquement au son de la voix". Claudi(>n vit encore, sur une route au bord du Rhône, des chariots traînés par des mules dont la bouche
sente Belléropbon abreuvant Pégase ; Braun, Zirolf Bas-reliefs i/riech. Erfindung. u. 1. Cf. Engeinian, dans les Aiin. /nst. arcli. di Borna. 1874, p. y. n*» 5 à 12. ^ spind. 01. \m, 70 et Schol. ad h. t.; Sopb. Oed. Col. 1071; l'ausan. I, M), i; Mnaseasap. Phavorin. I.exik. s. v. gcjxaî'.s- l'n vase en brome, de l'ancienne collection r)uran<l, représeiile deux tôtes de femme, dont une est bridée à la façon d'un cheval ; peut-être faut-il y voir, coninie on l'a pensé, une image d'Atbéua /«■mvTt'.;. Ann. /nst. arch. di Borna, XXX (1858), pi. r. et p. 85. — V Virg. Georg. III, 115; Serv. et Philargyr. ad h. t.; Hygin. Fab. 274; Fucan. Phars. VI, 396 ; Plin. Ilisl. nat. VII, 30. — 6 Stal. T/teb. VI, 303 ; cf. Diod. V. 60, 4. — C Arisl. Bhet. II. 39 ; Horal. Epist. I, x, 34 ; Pllacdr. IV. 4. — 7 //. XIX, 393. — « Froeliner, Col. Traj. pi. 86-87. Voy. équités, fig. 2742. — 9 Sil. liai. I. 215.— 10 Id. II. 64, III, 2!l3, XVI, 200. — Il l'.laudian. Idgll. IV, 20. — « Fucan IV, 682. — " Virg. Aen. IV. 41 ; Strab. XVII, p. 828; l.iv. XXXV, 14 ; Mari. IX, 23 ; Claudian. Bell. Gild. 439; Nemes. Cyneg. 264; Appian. Cytinj. IV. 17. llerodian. VIII, 9. - 1* Aebcn, Uist. o.iim. XIII 23.
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était libre de tout frein*. Mais c'étaient là, même chez les nations étrangères, des exceptions que les auteurs classiques ont jugées dignes d'être signalées. Il est certain que les Étrusques et les Celtes, sans parler des grands peuples de l'Orient, connurent le mors dés une très haute antiquité-. A diverses reprises, il arriva aux troupes romaines d*; le retirer à leurs montures avant de charger l'ennemi''. On cite aussi che/. les Grecs des écuyers assez hahili's pour soumettre à leur volonté un cheval dépourvu d(; l)ride'*(à/a)vtv(oTo';,ày7.À'.voç, l'Ifri'nus, iiifrrnisj; c'était un genre de prouesse auquel s'exerçaient parfois les desultores et les acrobates qui se donnaient en spectacle comme aujourd'hui dans les cirques^. Mais d'une façon générale on [x'ut dire que l'usage de la bride fut conslanl chez, les peuples classiques pendant toute la suite des siècles dont les mœurs nous sont connues.
Voici quelles étaient les différentes pièces dont pouvait se composer le harnais de tête.
I. La léiièrr (xopu-^aîa)'"'. — C'est la courroie qui, passant derrière les oreilles et le toupet, maintient le mors dans le sens de la hauteur et l'empêche de glisser en avant. La têtière était quelquefois reliée au milieu du fronteau, comme le montrent les monuments'', par une autre courroie, de sorte que chacune des deux oreilles était complètement entourée par le harnais; par là sans doute s'explique dans toute sa précision un passage où Xénophon dit du cheval qu'il reçoit la têtière tteoi Ta (ôxa*. Sous cette forme elle a pris chez les Latins le nom d'aureae^. Xénophon recommande au palefrenier « de ne jamais nouer le licol d'écurie à l'endroit où porte la têtière, parce que souvent le cheval , ense grattant la tête contre la mangeoire, s'écorche si le licol n'est pas bien mis autour des oreilles, et cette partie une fois blessée, il est inévitable que le cheval devienne ensuite difficile à bridre et à panser. '" >> On attachait parfois un panache {li'foq, 1.1'isla) sur la têtière, quand elle était destinée à des chevaux d'apparat; les monuments de l'empire romain qui représentent les courses du cirque nous offrent de nombreux exemples de cet ornement". C'était aussi à la têtière que venait s'adapter le filet (xsxpûcpaXoç, reticulum) dont on enveloppait la crinière ; c'était là enfin qu'on suspendait le sac (/iÀo)tY|p) '- dans lequel était enfermée la pitance du cheval, lorsqu'il devait la manger loin de l'écurie.