FAR
ne sp piquaient pas d'aller au fond des arcanes Ihéologiques, profanum désigne le domaine humain, par opposition au domaine ou propriété des dieux. Seulement, ce domaine divin, ils ne l'appellent pa.sfanum, mais sacrinn. C'est qu'en effet le sens de profanum ayant gardé une extension qui permettait de l'appliquer à toute chose, et même à toute personne', libre d'attache religieuse, tandis que fanum ne se disait plus que d'un immeuble, et plus spécialement d'un terrain voué au culte, les deux termes n'étaient plus comparables. Mais, bien qu'on se contentât généralement de définir profanum, quod non est sacrum-, le mot sacrum n'est pas non plus l'antithèse exacte de profanum. Les Pontifes classaient les choses non profanes en trois catégories, choses sacrées, saintes, religieuses — abstraction faite du terme hybride sacrosanclum — et ils attachaient une importance extrême à ces étiquettes : wler décréta pond ficum hoc maxime quaeritur, quid sacrum, quid profanum, quid sanctuni, quid reli()iosu?n^. En effet, les choses non profanes étaient inaliénables par vente ' et ne pouvaient rentrer dans la condition commune que par des « profanations » rituelles, distinctes pour chaque catégorie". Nous avons donc une dernière question à nous poser. Le mot fanum n'étant applicable qu'aux propriétés immobilières des dieux, l'est-il du moins à toutes, c'est-à-dire aux lieux sacrés, saints et religieux, ou seulement — comme nous l'avons admis jusqu'ici — aux lieux sacrés? Autrement dit, le sens de fanum, qui aurait dû être l'antithèse adéquate de profanum, s'est-il rétréci au point de ne plus embrasser qu'une subdivision d'une partie du domaine divin?
C'est, une fois de plus, la définition varronienne (fanum = lieu consacré par les pontifes) qui est en cause, et à la merci de textes contradictoires. On ne peut même pas maintenir la ligne de démarcation entre le droit pontifical et le droit augurai sans se heurter à une expression impropre qu'Âulu-tielle insère, de son propre fonds, dans l'analyse de Vlsagogicon de Varron. Suivant lui, les trois curies Hostilia, Pompcia, Julia, ont été « constituées en temples par les augures, cum profana ea loca fuissent'' ». Aulu-Gelle s'imagine qu'un lieu simplement inauguré n'est plus un lieu profane; il verso, sans s'en douter, dans la théorie combattue par Varron luimême, celle qui assimile locus cffatus à fanum et fait constituer les fana par les augures. Ce texte une fois récusé, nous n'avons plus affaire qu'aux trois catégories pontificales.
11 est facile d'éliminer d'abord les loca sancta. En fait de lieux « saints », nous ne connaissons guère que les murs de Rome'' et — par extension — des municipes romains', ou le vallum des camps romains'; et personne n'a jamais dit que ces immeubles fussent des fana. Des expressions littéraires comme sanctitudo fani'" ou sancta fana" n'enti'cnt pas en ligne de compte, et on
1 Aiiiiliqui- ;iu\ pcrsoniics. jirofamts ïti^nifie Iton initiatus, i-AJr.To; (Sei'V. Acu. VI. 258), ou mime imjjius lAniob. I, 26), sens aussi incom|i:itiblc avec la Ihùoric de Tichatius qu'avec celle de Varron. — 2 Fest. Epit. p. 228, a. v. Cf. Sorv. ad At-n. XII, 771) (snc/o profnnum contvarium). — 3 Macrob. III, 3, 1. Cf. snncla inlermédiairc entre sacrn ci profana (l)ig. I, 8, S, §3); rniiijiosum opiiosi A profnnum (Cod. Jusl. III, U, i)). — '• UI|H.in. i]i I)i». XVIII, I. 22. Cf. iliiil. 7:1. — s Sur la conversion en argent " profane .-des dons faits au temple de Furfo, et la reconversion de cet argent en objets sacrf'S, voy. l'inscription citcjc plus Iiaut, p. 975, 0. Cf. Serv. Kcl.\'l\, 31 ; Am. III, 287; IX, 408. — « (iell. XIV, 7, 7. I.a preuve que la |)brase n'est pas em])runtée à Varron, c'est que Vari'ou ("'crivait son laaffof/icon pour servir do guide à Ponqu'-e k consul désigné pour la première fois "(en 71 av. J.-C), et que la construel ion des curies Ponipeia et Julia est postérieure à cette date. — 7 Fest. p. 278, s. v. IMir/iosus; p. 285, s. i'. RUunlfs: Macrob. III. 3. 5; Inst. Jusl. Il, I, §10.-8 Marcian. in Dig. I, 8, 8,
peut même les accepter, car le caractère « sacré » contient et dépasse le caractère « saint'- ».
11 n'y a plus à exclure de la catégorie des fana que les lieux «religieux». Ici, on peut appuyer certains doutes sur des textes. Le caractère religieux n'est guère susceptible d'être défini autrement que d'une façon négative. Sont religieux tous les lieux qui, sans être ni sacrés, ni saints, ne sont pas non plus profanes, étant mis hors de l'usage profane par une obligation de conscience ircUgio) que l'on ne peut enfreindre sans péché. Les raisons pour lesquelles ce caractère leur a été attribué sont très diverses. Elles sont empruntées tantêit à la légende et tantt'it à l'histoire, à des souvenirs le plus souvent douloureux, attachés au sol comme une malédiction. Dans ces nombreuses variétés figurent les lieux frappés de la foudre et les tombeaux. Or, on a vu plus haut qu'un arbre frappé de la foudre, objet « religieux », était dit arbor fanaiica'^. La valeur de ce texte, abrégé d'un abrégé, se réduit à peu de chose quand on songe que nous ignorons si l'expression fanatica est ici un terme technique ou une catachrèse populaire, signalée comme telle (f/ic//»/')dans l'ouvrage original de VerriusFlaccus, et si elle n'est pas susceptible d'une autre interprétation.
Une autre objection plus sérieuse est tirée de Cicéron. Après la mort de Tullie, Cicéron veut absolument élever à sa fille, non pas un simple tombeau, mais un fanum. Ce n'est pas un mot qu'il emploie à la légère; il tient à ce que le monument porte ce nom". On serait tenté d'en conclure qu'une chapelle mortuaire pouvait être un fanum sans cesser d'être un lieu « religieux »; car Cicéron. qui a eu jadis l'occasion d'étaler sa science du droit pontifical'", n'ignore pas que son fanum, bâti sur sa propriété et pour sa dévotion privée, ne saurait être un lieu sacré'". En examinant le texte de près, l'objection s'évanouit. Cicéron veut donner à son monument l'apparence d'un fanum pour affirmer l'apothéose de sa fille; mais il n'espère pas en faire un faiiam réel, classé comme tel parmi les lieux publics et sacrés, .\ussi avouet-il lui-même que l'idée fixe dont il est dépossédé est quelque peu déraisonnable'", et il s'excuse en disant fiue, par ce moyen, il obtiendra peut-être de la postérité, juiur son fanum, le respect que l'on doit aux lieux religieux (reUgionem)"*.
11 faut donc maintenir à fanum le sens de lieu sacré, et le définir — dans le domaine où le droit pontifical peut être rigoureusement appliqué — un lieu public consacré par les pontifes romains ù. une divinité, pour être sa propriété et sa résidence. A. Boucué-Leclercq.
FAR [CIBARIA, p. il-i'ij.
FARCIMEX. — Farce, ingrédients hachés menu, introduits dans un mets. Boudin'.
FARI\'A [CIBARIA, PAXIS].
FARRAGO. — Sorte de fourrage mélangé [i'ASTiû].
S 2. — 'J Modestin. in Dig. XI.IX, 10. 3, § 17. — 10 Ou.adrigar. ap. Gell. XVII, 2, 19. — 11 Lucret. V, 70. — 12 Cf. Trebat. ap. Macrob. III, 3, ô ; Liibberl. Comm. /mniif. p. 46.— 13 Fest. Epit. p. 92. Ci-dessus, p. 975, 13. — H Cic. Arf.4». XII. 35. 30, 37. — IS Dans le discours Pro lîomo sua ail pontifices. — 16 Gnttm Aelius ait sacrum esse qnorlcunque modo atque instituto civitntis consecratum sit.. quod auteîll privnli suac religionis causa... deo drdicent, id Pontifices fiomanns non existimare sacrum (Fest. p. 321, s. v. Sacer).C(. Gains, II, 5; Marcian. in Dig, I. 8, 0, § 3. Le pillage des sacra privata n'est pas un « sacrilîïge » (Paul, in Dig. XI.VIII. 13, 9). — *7 'aaôyw; fartasse nollem ilhid {monumentum) ullo nomine, nisi fani, appellari {Cic. Ad Att. XII, 35). — 11 Mihi videor a.tsequ! pusse ut j osterilas halieat relif/ionem {ibid. 30).
F.Vnr.l.ME.V. IVarro, I.inr/. lat.V. 22; Isid. Oriij. XX. 2, 28: l.aber. ap. Gell. XVI, 7.
FAS
FAS
F.VRREATIO, FARREUM [mathimomcm].
FARTOR (de fiirciu). — Nom d'un esclave chargé de nourrir et d'engi-aisscr la volaille '.
Selon la plupart des interprètes, ce mot désignait aussi un aide de cuisine qui faisait les farces, les saucisses -.
Far une métaphore assez bizarre, on appelait aussi fiirlori^s des nomenclatcurs qui accompagnaient les candidats et leur souillaient à l'oreille les noms des électeurs qu'ils rencontraient '. II.
FARTURA. — I. Engraissement de la volaille [pastio].
11. Heniplage, construction faite en toutes sortes de pierres irrégulièrement taillées ou de débris remplissant un cadre de maçonnerie' [caementum, structuka]. E. S.
FAS [fASTI, JL!S].
FASCFS [lictor].
FASCIA. — Les acceptions diverses de ce mol sont à peu près toutes rendues par le terme général de bandr. 11 y a lieu d'en rapprocher les synonymes infula, mitka,
TAEiNIA et VITÏA (àT:doETjj.oç, [xîxçot, ■x-j.riiu., xsXajAojv) ; Ce qui
distingue fdscia, c'est qu'il s'applique particulièrement à une bande enroulée autour d'un corps ou d'un objet solide. Pourtant, dans l'usage, la nuance qui le sépare de ses synonymes n'est pas toujours appréciable. On fera donc bien de compléter par les articles relatifs à chacun d'eu.x les renseignements que nous réunissons ici.
I. Fascia désigne d'abord des rubans et des bandes d'étolTe plus ou moins ornées, qui jouaient un grand rôle dans le vêlement des anciens.
1" Blinde d'étoffe, que l'on enroulait autour du corps des nourrissons (cuâpyavovj. — Ce fut chez les anciens la coutume ordinaire de bander le corps des enfants dès leur naissance (cTraoyavoùv, fasciare^). Les Lacédémoniens appliquaient une autre méthode; ils laissaient l'enfanl absolument libre de ses mouvements ^ ; mais c'était là une exception unique, en rapport avec les principes d'éducation particuliers à ce peuple. Platon veut que l'enfant soit bandé jusqu'à ce qu'il ait accompli sa deuxième année '. En général, on était plutôt disposé à exagérer cette V/ précaution usuelle qu'à s'en relâcher; la CTiaiyivtociç, telle qu'on la pratiquait dans le peuple, emprisonnait même les bras du nourrisson en les serrant le long du buste ilig. 2875)'. Quelquefois, pour prévenir jusqu'aux moindres mouvements de l'enfant, on l'assujettissait plus solidement encore ; ainsi en Thessalic on le plaçait sur une couchette en bois, de forme oblongue, qu'on garnissait de paille; on l'y couchait tout bandé, puis on le maintenait dans cette position par d'autres liens, que l'on passait dans des ouvertures ménagées à cet effet sur les côtés de la couchette. Une pierre sculptée du musée de Beaune (fig. 2876] nous
FAUTon. 1 Colum. VIII, 7.-2 Voj . lloiiat. aJ Ter. Eun. Il, i. 16: cf. Cic. /).■ of/ic. I, ^k'I. — 3 .. Qui clam vclul infercirciil noniiiiu saUilalorum in aurem candidaluruni. " rostiis, .1, v. Fartores.
KARTLUA, 1 Vilr. Il, 8, 7.
FASCIA. 1 Honi. Hi/mn. mise. 301 et 306 ; Hcsiod. 7'Aeo;/. 4So ; l'iud. Xem. I, 38 ; J'i/IIl. IV, 1 14 ; Acsch. Chu ji'J, 733, 759 ; Ag. ICOG ; Sopli. Oeil. Tyr. 1833 ; Euri|p. luit. -M et 033; Arislopli. Ach. 430 ; Arislol. .\mm. hist. Vil, 4. 5 ; Lycoplir. iiOi, Aiilhot. J'iuii. XV, 4; Haul. Trucill. V, 13 ; Am/y/ii//-, V, l,3i; l)io Clirïs. Z) /j^ioiin. p. iû3 Reiskc, l'iul. De fart. Alex. II, p, 337 D ; Sympos. 2 ; l'rabl. liom. p. i63 A ; llnrodian. 1,5, 14; V, i, 16 ; VU, 1,5; l'Iiilo, Vita .1/o.îis, I, p. 613, cl île Jmlti.swh. liu.; Id.ïol. i, p. 361-T; Scxtus, A<li\ JJalh. 41, p. iH; Vopisc. Aurelian. 4;Pliol,
Fig. 2«73. — Maillul.
Fig. 2876. — Enfant emmaillota- cl couché.
montre que l'on s'y prenait de même dans la Gaule romaine. Certains médecins recommandaient cette méthode''. Aristote au contraire la condamne ; il ne veut pas de « ces machines 1) qui empêchent les membres de l'enfanl de se déveloj)per dans des conditions normales'. Tel est aussi l'avis d'un médecin grec, qui a écrit au temps de Trajan, Soranusd'Éphèse. Cependant celui-ci n'est point partisan non plus du système sparliate; il ne pense pas que l'on doive laisser au nourrisson la liberté pleine et entière de ses mouvements ; mais, s'en tenant à la coutume vulgaire, il expose dans le plus grand détail comment il faut s'y prendre pour que la cTrxpYivojÇ!; protège le corps de l'enfant sans le gêner. On devra avoir des bandes de laine [T£Àaij.wv;i;) bien souples et parfaitement unies, les unes de trois doigts, les autres de quatre doigts de large. On commencerapar bander les bras avec les plus étroites, en partant de la main et en remontant jusqu'à l'épaule; les plus larges serviront pour la poitrine. Puis on bandera de même chaque jambe séparément, en ayant soin de serrer davantage entre les pieds et les genoux. Ce n'est là que la première partie de l'opération. Les membres étant ainsi enveloppés chacun à part, on prendra une des bandes les plus larges et on l'enroulera tout autour du corps de façon que les bras et les mains y soient enfermés ("îvooOsv ty,; -£ç,uiX/,5£fe);) ; on empêchera ainsi que l'enfant se blesse en les agitant et qu'il les porte à ses yeux, ce qui le ferait loucher ''. Il n'est pas douteux que, sauf les exceptions qui ont été indiquées, cette méthode fut celle que les Grecs et les Romains pratiquèrent de tout temps [educatio]'. Cependant la coutume générale admettait des différences de détail ; ainsi nous voyons par une terre cuite de Viterbe, conservée au musée Ravestein de Bruxelles, que le corps de l'enfant était quelquefois enveloppé d'un lange, autour duquel on enroulait la fascia, et les pieds restaient à nu (fig. 2877)'. Les bandes pouvaient être de couleur, et même d'une couleur Fig. 2*77. voyante ; la pourpre indiquait en général un enfant de haute naissance '°. C'est peut-être de là qu'est venue la locution familière non est nosirae fasciac employée pour dire : il n'est pas de notre monde".
N'ous avons conservé un grand nombre de monuments antiques, qui représentent des petits enfants enveloppés de fasciac. C'est ainsi que sont figurés quelquefois les Dioscures " et Télèphe, fils d'Hercule '^ On voit dans
Lcx. s. V. er=af|»v«;«i-:« ; Bckker, Anecd. p. 304, 14 ; Ccls. VIII, S : llcraclid. Alleg. hom. p. 408; Uippocr. p. 766 c; Eust. Opusc. p. 268-70. — - Plut. Lycurg. 16.
— ^ l'ial. leg. Vli, p. 789. — l Gcrbard, .ikadciii. Ahhnndlunijen, I, pi. lïxi, 2.
— ^ Auligcncs ap. Sorao, Eplics. De muliebr. affection. (Enncrins, 1S69), § 28.
— Il Arislol. /Jf;). VII, 15, 2. — '* Soran. Eplie*. l. c. — 8 V. esucatio. notes 80 à 82: I'. Cirant, VKducation athihiienHe, p. 68-69. — 9 Auvard et Pingal. Hygiène infaittite ancienne et moderne \^16S'}\, p. 9, iig. 3 ; Catal. du musée Harestein (1884), p. 130, n« 486. On en peut voir d'autres a j)cu pr^ semblables au must^ du Louvre.
— 10 Pind. .Vem. I, 38 ; Py/A ; IV, 114. \'\a\. De fort. A/rx. II, p. 337 I) : Capitolin. Albin. 5; llcrodian. Commod. I. 5, 14. — " Polron. Sat. 4«. — 12 ilittheil. des deuisch. Instit. in A(/i<;n.,X(tS85),pl. 4, n» t.— '.J Winckclmann, J/oii. inrif. pi. 71.
Maillot.
FAS
FAS
Fis, 2878. — Maillot.
une peinture de vase un enfant exposé, ainsi entouré de bandes [expositio, fig. 2859]. Des enfants morts au berceau sont aussi représentés sur les bas-reliefs funéraires'; d'autres, ayant échappé à de graves maladies,
ont donné lieu à de pieux ex-voto qui reproduisent leur image sous une forme plus ou moins grossière.
Telle a été sans doute la destination de la statuette gallo-romaine que représente la figure 2878 ; elle a été trouvée à Sainte-Sabine, dans la Côte-d'Or; elle est aujourd'hui conservée au musée de Dijon '■'. On remarquera que la fascia ici n'a point la forme d'une bande enroulée en spirale, mais plutôt celle d'un cordon qui, croisé plusieurs fois sur luimême, entoure le lange d"une sorte de réseau; la tête est coiffée d'un petit capuchon, qui accompagne d'ordinaire le vêtement du premier âge [cucullus]. Certaines déesses, telles que cehes ou la bosa dea (voir fig. 868i, portent souvent sur leur bras un nourrisson entouré de fasciae ; on a retrouvé près de Capoue des statues d'une divinité de cet ordre, qui offre cette particularité curieuse que chacune tient plusieurs enfants à la fois ; l'une d'elles en a jusqu'à douze sur ses genoux ''.
2° Bandeau ou ruban dont les hommes et les femmes entouraient leur chevelure pour la maintenir. — En ce sens fascia traduit le grec oiâof|[ia, particulièrement lorsqu'il désigne l'attribut de la royauté [coma, diadema] '.
3" Fascia pectoralis (iva(i.a(7y aXi(7Tr,p, à'n:ô3£(7jx(jç, [/.''rpa, -£pioï(7u.oç, (7TY,0ooî!7ixoç, Tatvia, Taivîoîov) \ — Baude quc les femmes portaient enroulée au-dessous des seins pour les soutenir. Ce qui caractérise cette fascia, c'est qu'on l'appliquait à même sur la peau, avant de revêtir la tunique intérieure °. Par là elle se distinguait de la ceinture, cingulum, i^ûvri, î^ûviov, qui se portait au contraire par-dessus. Les Latins la désignaient encore par
les mots AMICTORiUM^ MAMILLARE * et TAENIA ''. DauS le
même sens on employait quelquefois le mot strophium'", mais il semble avoir été moins précis; car en certains cas il désigne la ceinture de dessus et même la bandelette dont on se ceignait la tète. Homère attribue à Vénus une ceinture brodée, xecxoç, qui ajoutait à ses charmes un moyen de séduction irrésistible ' ' ; tout porte à croire que pour le vieux poète cet ornement était placé sur le vêtement de la déesse, et non au-dessous'-; mais
I De Saulcy, liai', arclwol. 1843, p. 207 ; Sybel, Katalog der Sciilpl. in Alhrn. Il" 2922; Lucy Milcliell, A history of ancieni sculpture, p. 499; Heydcmanii. Terfakotten aus di'm Museo Nazionnle, p. 29, 76; JMittheil. d. deutsch. Just. in Athen, III, p. 324. — 2 Mémoirps d'Antiquités de la Câte-d'Or. 2, p. 115, pi. vin [Rapport de M. Baudot sur les découvertes archéolog. faites aux sources de la Seine). — 3 Paul Girard, dans la Reo. archéol. 1876, t. Il, pi. 15, p. 112. Autres exemples de fasciae : Mmeo Pio Clem. t. I, pi. A, n" 4; Panofka. Wcihijeschenlic, I, 12; Museo Borbonico, 1, pi. 21; Hclbig, Waiidqemûlde, 1465; Raotil-Roclielte, Amours des dieux, p. 83, note i ; AnnaL deW Instit. 1829, p. 395; 1830, p. 154; Archaeolog. Zeit. 1868, I, p. 34; Stepliani, Comptes rendus de Saint-Pétersbourg pour 1839, pi. 4, n. 3; 1860, pi. 4, n° 3; 1870-71, p. 194, pi. V, n» 9; J. Marlha, Catal. des fig. en terre cuite du Musée de la Soc. archéol. d'Athènes, 22, 238, 415, •>22. 31-7, S43, 544, 781, 782, 863; Âncient marbles of the \Rritish Mus. IX, 11; Poltier et Reinacli. Nécropole de Myrina. p. 91, n" 16; p. 560, n° 296; Mélanges de Rome, 1887, p. 252. pi. vn. n° 2. — V Varro, Lin;/. Int. V, 130; Suot. Caes. 79; Sen. Kpist.SO.— ôprop. IV, 9, 49; Ovid. Ârs am. III, 274; Remed. 338; Mari. XI. 104, 7; XIV, 134; Hioion,/n Isai, 11, 3, 24; Isid. Orig. XIX, 22, 7; Hesycli. s. v. i.-m-^^iTi'ù.-.n-i.; : Anacr. XX, 13; Theocr. XXVII, 34; Anthol. Pal. V, 199; VI, 88; Lucian. Dial. mer. 12; Aristcn. 1. 23; PoUux, VII, 65. — G Au xvii* sic^clc on mettait encore son buse « entre sa chair et sa clicmisc ». (Sévigné, Lettre du 22 mars 1676.) — ^ Mari. XIV, 149; llieron. In Isai, II, 3, 23. — » Mari. XIV, 60. — o Apul. Met. X, 21.
2879. — Fa.Kia pectoralis.
dans les œuvres d'art des temps avancés on a quelquefois représenté Vénus avec une ceinture appliquée sur la peau, au-dessous des seins, par analogie avec celle que portaient les femmes de cette époque ".
La bande d'étoffe qui soutenait les seins pouvait être de couleur; sur une peinture de Pompéi on voit une femme qui porte une fascia verte ''' ; sur une autre elle est rouge '°.
La figure 2879 reproduit une statuette du musée de Florence, qui représente une femme, peut-être une Vénus, occupée à enrouler une fascia au-dessous de sa gorge ; d'une main elle tient le rouleau, de l'autre elle assujettit sous son aisselle l'extrémité qu'elle vient de développer '°. Sur les deux figures 2880'^ et 2881'* on voit, de face et de dos, des femmes qui portent la fascia déjà fixée autour du corps. On remarquera dans la première, qui représente une leçon de danse armée, les deux fils attachés à la ceinture par des boutons et qui la soutiennent comme des bretelles. Il est possible que cette bande servît quelquefois, comme le corset moderne, à prévenir un embonpoint excessif. Térence déplore la sottise de ces mères de famille qui « s'étudient à déprimer les épaules de leurs filles et à leur serrer la poitrine pour qu'elles soient sveltes (vincto pectore ut gracilae sient). Quelqu'une at-elle un peu d'embonpoint, elles disent que c'est un athlète, et elles lui coupent les vivres ; la complexion a beau être solide; le régime en fait des roseaux '". » La pièce étant imitée de Ménandre, on peut juger que cette plainte remonte assez haut. Nous voyons aussi par d'autres témoignages que les femmes, chez qui la gorge avait pris des proportions disgracieuses, la comprimaient à l'aide de la fascia ; c'est ce que Martial appelle pcctus coustringere, dans une épigramme où il se moque d'une personne très corpulente, qui s'imposait cette souffrance-". Dioscoride recommande, pour obtenir un effet
— in Catull. LXIV, 63; Cic. De harusp. resp. 21, 44 ; Non. 538. — H //. XIV, 213. Cf. III, 371 et 375 et Schol. ad II. XIV, 213; Phot. s. v. «iTriç, p. 337, M. Xabcr, l^iH; Hesycli. s. v. kecttôv î[iâvTa et îT&'ÀJxETto; ; Alcipliro, I, 37, p. 180; Aristaen. J'Sp. 1 ; Eumalh. p. 341. — 12 Winckelmann, E.rplic. des jnon. de l'antiq. \, c. xn ; Bist. de l'art, IV, c. v et note de Fea, irad. franc. Paris, 1790, I, p. 509 et s.; Heyne, Antiqu. Aufsûtze,\,p. 148{trad. par Janscn. Recueil de pièces concernant l'antiq. et les beau.T~arts, I, 42); Helbij;, Homer. Epos, p. 136; Sludniczka, Reitriige zur Gesch. d. altgr. Tracht {Abhandl. des arch, epigr. Seminares d. Univ. Wicti, 1886), p. 123, noie 89. — " Anthol. Pal. II, Cbrislodor. Brscr. stat. 99 cl 288; Otf. Mullcr, i/anrfd. d. Archneol.^ 339, 3 et 377-5. — H Ilelbig, Wandgemaelde, 1.452; cf. 1303, 1506. — 1» Zalin, Die schoenste Gemnelde aus Pompei, l, a. — IC Galler. di Firenze, 1. 27; Caylus, Rec. d'antiq. VI, pi. i.xxi, 3 et 4. Autre.s semblables : Caylus. ibid. LXXII, 4 et 5 : Rronzi d'Ercolano, II, p. 65 ; Ant. d'Ercolano. VI. 17, 3 ; Grivaud de La Vincelle, Arts et métiers des anciens, 1SI9, pi. lOD, 1; I.ou;:p6rier, Bronzes du Louvre, 161. — 17 Stackelberg, Graeber der Hellenen, pi. 22 ; Panofka, iîi7(/*'/*. antik. Lebens, XVIII. 7. — 18 Campana. Ant. opère in plastica, 48 ; Autres exemples: Conestabile, Monum. di Perugia, pi. 33 : cf. pi. 43. Bellorl, Admiranda Roman, pi. 47 ; Clarac. Mus. sculpt. pi. 206, n. 194 : Archaeot. ^eitung, 1864, p. 148, pi. 183, 3; Clarac, .Mus. de srulpl. 2116-460, 226, 443, pi. 620-1207 ; Gerhard, Ant. Bildw. 100; Galleriadi Firenze, Gemme. V, pi. 8, 1; Annal. Inst. di Routa, XIV, pi. F. ; Jahrb. des Alterth. Vereins im Rheinl. VIII, pi. I, p. 140. — 1» Ter. Eun. 11,1V, 23. — 20 Hart. XIV, 66: cf. 134 et Ovid. Ars tttn. III. M' : Remed. 338.
Fig. 2880. — Fascia pectoralis.
l'AS
Fig. 2881. — Fascia prcto-
plus sûr, do saupoudrer \a. fascia avec la poussière d'une pierre de Naxos écrasée'. En pareil cas, au lieu d'employer une élofl'c souple, on pouvait se serrer la gorge avec une JKindi! (|ui oirrait plus de résistance et de rigidité; Marlial parle d'un i/iiiiiiillar<; de peau -. Le cai'Itil'm (fig. H4o) semble avoir répondu au même besoin. Mais il est certain, d'autre part, que ce n'était pas là l'unique raison d'être de la fascia.
Quelquefois même la fascia n'était pas fixée au-dessous des seins, mais au-dessus (fig. 2S81) ■', ou bien elle était jetée obliqu(inient, comme une écharpe qui partait d'une épaule et passait sous le sein du côté opposé '. Dès lors elle n'avait plus rien de commun avec le corset moderne.
Ce n'était autre chose qu'un ornement, destiné, comme ces chaînes que l'on portait entre-croisées sur la poitrine nue [catexa], à rehausser la beauté des formes et l'éclat du teint.
Les femmes glissaient parfois sous la fascia, ou bien entre la fascia et la tunique intérieure, les objets qu'elles voulaient conserver à l'abri des regards indiscrets. On en voit, dans la littérature légère, qui usent de ce moyen pour dissimuler les lettres ou les gages d'amour qu'elles viennent de recevoir '.
4-° ZwTTÔv. — Bandes dont 1rs bestiaires et les cncheis du cirque se ceignaient le buste depuis les hanches jusqu'aux aisselles [bestiae, fig. 833; cmcus, notamment fig. 1333]".
5" Fasciae crurales et pedules. Bandes que l'on portait à la jambe et aux pieds. Il y en avait qui, à la façon de nos jarretières, ne faisaient qu'un seul tour ou s'enroulaient en cercle sur elles-mêmes; ce n'était alors qu'un simple ornement. Certaines peintures de Pompéi nous montrent cet ornement à la jambe des femmes^ Cicéron, peignant Clodius déguisé en femme, dit qu'il avait aux jambes des fasciolae de pourpre'. Les moeurs des Romains, à l'origine, répudiaient ces élégances; elles s'introduisirent chez eux vers le i" siècle avant notre ère sous l'intluence des mœurs grecques, non sans soulever de vives protestations. Pompée parut en public les jambes ornées de fasciae blanches', ce qui faisait dire à un de ses adversaires, qui l'accusait d'aspirer à la royauté : « Peu importe quelle est la partie du corps que couvre le diadème [ihadema] '". » Un historien assure pour le défendre qu'il avait un ulcère qu'il voulait cacher". Dès le début de l'empire les fasciae crurales blanches semblent avoir fait partie du costume impérial'-.
* Dioscor. V, 1G8. — 2 Mari. /. c. — - Cjn)|miiâ. Ant, opefe in jitaslica, 48; Mon. Mnlteiana, III. 12, i; Jailli, Jahrh. f. Philol. XXXVII ()848), p. 210 ; Ritsclil. Ino icKCo(Am (1863), p. 21.— 4 Clirislodor. Descr. slal. 99 {Anlhot. Pal. Il), Mii.1. Flor. I, IV, pi. 82, ,1; Boelliger, Sabiiici, pi. vi. — 6 Turpil. ap. Non. XIV, 8 ; Lucian. Diiil. mer. 12; Arislacnct. I, c, p. 25; Hcliod. VIII, 22; X, 28; FcsUis. p. 177 Liinloniann, AVe miUùrri née greniio cretli oportere. — *• Galen. Dr
fasciis. 11, -472. *E7î;5i(r;iotî nXeKToT; m; Îï' ♦/*•.'*/".> fjjvo/^^q twv r/.îjoùlv evsxïv.
— 7 Mu.srn lîorbonko, XII, pi. v. Nous ne parlons pas ici de« cordons trùs dtUius que l'on voit quelquelois. sur les vases peints, noui^s autour de la jambe d'Iiomnies ou de feniiiics ligiurés nus au bain, au gjninasc ou dans d'autres circonstances; ce ne sont pas des fasciae. Voy. ceux qui sont cités, .in?i. dt:ll' Insl. arch. il. Jiom. 18S8, p. 2H; 1801, |i. 160. — 8 Cic. De hanisp. reup. 21 et fragm. ap. Non. XIV, p. oS6. — 9 Cic. Ad Ail. 11, 3, Crelalae fasciae. — 10 Val. Ma\. VI, 2, 7. - Il .\nini. Marc.ll. .XVII, 12. - 12 Pliacdi-. Jah. V. 7, 37. — 13 Voir nolainnicnl Ulp. Diij. XXXIV, 2. 2, 23: » Fasciae crurales podulesquc et inipilia
Il y en avait de plus longues, qui s'entre-croisaient ou s'enroulaient en spirale. Celles-là, bien qu'on pût leur donner aussi une forme élégante, avaient surtout pour but de protéger la jambe. 11 est possible même qu'en certains cas elles servissent à maintenir sur la peau un maillot d'étofTe, comme les fasciae qui entouraient les langes du nourrisson, ou comme les curriole qui assujettissent les ciocche portées aujourd'hui encore par les paysans de la Sabine ''. Quelquefois elles ne montaient pas plus haut que le genou et ne descendaient pas plus bas (lue la cheville; c'étaient alors seulement des iihiulia'K Mais il y avait aussi des feminalia qui recouvraient les cuisses'', et des fasciae crurales et pedules, (|ui partaient du genou et allaient jusqu'au pied, et s'introduisaient dans la chaussure "'. Toutefois il ne faut pas confondre avec les fasciae les lanières attachées à une semelle, qui maintenaient certaines chaussures telles que la CREPiDA ou I'e.mbas. Les Grecs entouraient leurs jambes de guêtres de peau ou de feutre. Mais on ne voit pas qu'ils aient fait usage, avant l'époque romaine, de ces fasciae, qui emmaillotaient les jambes pour les préserver des injures de l'air; les mots grecs qu'on rapproche du mot latin, tels que cxsXéat, 7L£piE!X/,u.aTï7roo(Sy, ont bien l'air de n'être que des éfjuivalents approximatifs ; ce qui prouverait que la langue grecque manquait d'un terme précis pour désigner cette partie du vêtement, c'est que l'on trouve, là où il en est question, sea:vihx, oy.'JY.-J.x, oaTX'VLov, qui no sont autre chose que des transcriptions de mots latins ''.
Du reste les Romains eux-mêmes ne mirent d'abord ces sortes de fasciae (|u'à la campagne, à la guerre, ou lorsqu'ils se livraient à une occupation violente, dans laquelle les membres avaient besoin d'être protégés. Ces bandes étaient généralement de toile ou de toute autre étoffe tissée et on les fabriquait exprès pour cette destination"; elles étaient d'un usage ordinaire parmi les paysans", les chasseurs -", les bergers -', les gladiateurs [gladiatores] et les cochers du cirque [ciRCUS, fig. 1332 et 1333] ; on voit ici reproduite (fig. 5882) une statuetteen terre cuite trouvée en Italie, qui représente Diane chasseresse^^; on peut remarquer que les fasciae dont elle est revêtue montent bien au-dessus des genoux. Les officiers et les soldats en campagne portaient aussi quelquefois des fasciae". Enfin, comme les oreillers et les foulards, elles faisaient généralement partie de l'attirail
veslis loro sunt, quia parlem corporis vcstiuul : alia causa est udooum. quia usum calceameutorum pracstanl •. Cf. Quintil. XI. :i, lii. . Fasciae .piibus crura vesliunlur -. Dio Cbrysost. (De hjrann. p. Î03, Keiske) coni|>arc fonnellenient les /Vi5ci«t' des jambes au maillot des enfants. — 1^ Suet. Octav. 82. — 13 Suel. lôirf. Cf. Justin. XXXVIII, 1.— 16 Plia. Hi.'H. un/. Vlli, 82, 1 ',221);rip. Dig. f. c. ; Hieron. £>. I.XIV. 10. — n Pollui, II, 166 ; Blym. J/.p. 7W, 41 ; Schol. ad Arisloph. Plut. 588 ; llcsscli. *. r. &va;-.i^BSt{, -oSs-.a cl TtAa^v; Saumaise. ad l.aniprid. Ser, Alej'. 20 ; Waddinglon, JJdil de DiocUl. p, 40, I. 37. Corp. iiiJtcr. lat. III, p. S40, |. 37. — 18 Galcn. De faiciis. II, 472 : 'E;;-.Si«/ii; ili toJt-. ; = »»-^vo:;, à; «=!. riv >v>r.-Cv sjXaxi;; Twv qteamv jràsiv t^iSt&^ivqi^. ^^m^xeSk. — 1^ Lafave, Mosaïque de Saint-Romain dans la Rev. archéol. 1892, lig. 6. — 20 Pctron. Snl. 40; Grat. Falisc. Cyneg. 33i ; Galen. /. c. ^ 21 H suffit de rappeler les (lasleurs si souvent ûgurvs sur les sarcoplia.scs clin'liens ; Garrucci. Storia dell'arte cristiana. pi. 295 et s, Vov. auccu, lig. 217. — 22 Bull. Anh. .\ap. Vil (1839), p. 187, pi. xiv. — 23 Pliu. 'ffi»». nat. VIII, 82, I ; Dij/. XLIX. 16. 14, § 1.
Fig.2882. — Fasciae crurales.
FAS
FAS
dont s'entouraient les malades: elles étaient nécessaires à ceux qui avaient pris un relVoidissement, ou qui souffraient de la goutte'. Mais, en général, sauf ces cas particuliers, la coutume pour les hommes, dans la vie civile, fut primitivement daller les jambes nues; on considérait comme un signe de mollesse de les couvrir ; s'il faisait froid, on avait la toge pour se préserver. Aux yeux de Varron, un jeune homme qui reçoit une éducation virile ne doit porter, comme c'était l'usage, dit-il, quand il était jeune, que des calceamenla sine fasciis'-. La tradition romaine était particulièrement exigeante pour les hommes qui paraissaient en public devant une foule assemblée, et surtout pour les orateurs. Quintilien ne veut pas qu'ils prennent la parole revêtus defasciae; il n'y a qu'une mauvaise santé qui puisse excuser un pareil accoutrement'. Cependant, malgré les protestations des gens attachés à la tradition nationale, l'usage des fasciae s'était déjà introduit dans les manirs des citadins dès les premiers temps de l'empire. Auguste, qui était très frileux, portait en hiver des feminalia et des tibiaUa''. Son exemple fut suivi par Alexandre Sévère ^ Peu à peu l'usage de garder les jambes nues disparut de plus en plus, lorsque les Romains pénétrèrent dans des régions plus froides et que les barbares leur apportèrent jusqu'en Italie les habitudes du Nord; on vit alors paraître dans la vie civile les culottes et les pantalons [braccae], que les lexicographes comparent quelquefois, en se servant d'un à peu près, aux anciens /l'iniiialia^; les Grecs du bas-empire appelaient TtepKJxeX-ri le vêtement que les anciens nommaient feminalia et braccae ' et Lydus leur donne le nom de -spiaxeÀ'îsç '. Il faut aussi distinguer des fasciae les bas et les chaussures de feutre [iMPiLiA, LDo.NEs] que quclqucs textes en rapprochent'. 6° Bandes portées autour des bras (xaç.'irooEdiAoi). — Dans cette catégorie, comme dans la précédente, il faut distinguer d'abord des bandes qui servaient surtout d'ornements '". Mais on en faisait aussi de plus simples en toile, qui, entre-croisées en spirale, étaient destinées à protéger particulièrement l 'avant-bras et à donner de la fermeté au poignet dans les exercices qui exigeaient un grand déploiement de force .
C'est ainsi qu'on voit (fi g. 2883) des lutteurs combattant avec le poing, dont les mains ne sont pas garnies du ceste des pugilistes [i'ugila- Tus], mais qui ont seulement l'avant-bras entouré de ligaments ne dépassantpas le poignet. L'exemple est tiré d'une coupe inédite dumusée de Bologne". Ces sortes do bandes, couvrant même le dessus de la main jusqu'à la naissance des doigts, faisaient souvent partie, comme les crurales, du costume des chasseurs '- ; on peut aussi les observer sur le bras des gladiateurs dans un grand
1 Cic. Brul. I,X, 217; Hor. Sat. Il, 3, 253 et Scliol. ad t. l. Le faux Hippocralo. TTïp: St«:Tr.î ô;twv -.oOa, 8, recommande de tenir chauds les picJs des malades en y appliquant des emplâtres de cire «at lutvtSîoifft î:£fie>.iffffuv (Litlrt'', t. 11, p. 42i).
— 2 Varro, lidUju. «Sd. Riese, Logistorici, Catns de lib. educ. XIX (Non. 11, p. 108, s. V. epftippium). — 3 Quintil. XI, 3, IW ; Fascîas qnihus entra vestiuiititr sota potest excufiare valeludo. — * Suct. Octav. 82. Cf. Dio Clirys. De Tyvann. p. 203 Rcisk. — s Lamprid. Alex. Sev. 40. — 6 Hesycliius, s. v. ivaïufi'Sn, ppixt; et lîtçtffxiAiw. donne comme synonyme cenivàXia. De raCme Suidas s. v. T.i^\.'nt\7,.
— 1 Hieron. Ep. LXIV, 10. — 8 Lyd. De mag. I, 17, irijisxs/.i'Stî l-iuxac. oiov Tô (r/t).&; (Tùv Toïç T.'ifti fficé-ouiac. V. Jullian dans les Mélangea de Rome, 1882,
2S83. — Bandages pour les bvas.
nombre de monuments d'époque romaine; il ne faut pas les confondre avec la /s'!p ou la mamca, pièce d'armure qui répondait aux mêmes besoins.
7" Des fasciae, ou rubans de couleur, pouvaient être cousus sur les vêtements en guise de bordure [limbus]. Un jour, à l'occasion d'une fête publique, Caligula distribua aux femmes et aux enfants de la ville de Rome des fasciae de pourpre destinées à cet usage ''.
II. Bandes employées pour le j^an sèment des plaies et des fractures (sTiîSefjixot, èizioiniLOii:^, ôôôvta) *\ — Plusieurs des auteurs anciens qui ont écrit sur la médecine ont enseigné en détail la manière de les appliquer. Il y a sur ce sujet un traité spécial de Galien ; il y indique avec le plus grand soin comment la déligation [ÈTitSsaiç, deligatio) doit être pratiquée suivant la nature et le siège du mal ; nous pouvons juger par là de l'habileté extrême que les médecins anciens déployaient dans cette partie de leur art'°. Ils se servaient généralement de bandes de toile, lorsqu'il était nécessaire d'exercer une forte constriction sur le membre blessé ; on employait plutôt la laine lorsqu'il s'agissait seulement de le recouvrir ou lorsqu'il y avait intlammation ; llippocrate conseille un bandage de cuir pour la fracture de la mâchoire"'. Les anciens arrêtaient la bande en nouant les deux extrémités l'une à l'autre (âaax, nodus), ou bien encore ils fixaient le dernier tour aux tours inférieurs par une couture (pâ[A[Aa, sutura). Cependant lorsque plusieurs bandes étaient placées l'une sur l'autre, on pouvait encore les assujettir à l'aide d'une fibule (àYXT-/,o) [fibula] '". Il est inutile de reproduire ici les noms techniques que portaient dans l'antiquité les différentes formes de bandages; le lecteur désireux de les connaître trouvera dans les auteurs médicaux de quoi satisfaire amplement sa curiosité. Rappelons seulement ce principe général, toujours recommandé par les anciens depuis Hippocrate, que les bandes doivent être « légères, fines, souples, propres, d'une largeur convenable, sans coutures ni aspérités, et non usées, de manière à pouvoir soutenir une traction ». Il faut distinguer de réittSetriç rÛ7roo£!J!ç, c'est-àdire les compresses qu'on plaçait en certains cas sous la bande ".
La figure 2884, d'après un basrelief trouvé à Rome sur l'Esquilin, représente llithye donnant ses soins à Jupiter après la naissance de Bacchus ". La bande avec laquelle elle panse la plaie est frangée à rextrémi({'' ((u'ello tient dans la main gauche et forme un rouleau prêt à être déroulé de l'autre main, conformément à la pratique constante de la chirurgie. On peut voir, en se reportant à l'article cuiririha, plusieurs figures (fig. 1399, l'tOO, I-'tiO et 1 il I qui représentent des blessés,
]i 17. ~'J Ulp. Dig. XXXIV, 2, 23. — <0 PoUux, VU, 91. — n Cf. Schol. Ciuiiu. ail Uor. Sat. Il, 3, 233: Fasciolae ornamenta quaedam sitnt bracc/tiorum, pédant, articutorum. — 12Galcu. De fasciis., 2 : t^tSÉo^ot; xçwjjitOa sic t» Jto uoaajttvoi;, ,iî l-i T'ûv )cjvr,Y*^'V oyi-ax*:; "Sv (n(e).™v yàçtv l-iSEo;iîvii;, xat Toî; xap-oSlojtot;
»«lou]iév«i5. — "Suel. Catig. 17. —1' Suet. Dont. 17. — '5 Hippocrat. M. Liltré, passim (v. à l'Index Bandages et Bande), notamment De l'officine du nttUlecin, 7 à i:i; D.'S ffacttires, 4 et suiv., 2!1, 32, etc. ; Gels. V, 20,24; VU, 20; VIII, 10, 1 ot 7 ; \ III, 15 ; Galon. t.i^\ Trâv li.Siijuov tout entier ; Soranus Eplies. l. c. — "J Galen. /. c. 2; Hippocr. IV, Ibl. — " Galon, l. c. 7; Cols. V, 24. — I8 Hippocr. Dr off. medic. 11. — m Ballet, arclt. comunale di Borna, II (1874), pi. i, 3.
Fig.2S84.— Bandage chirurgical.
FAS
auxquels on applique des bandes sur diverses parties de leur corps.
Les médecins de lantiquité, comme les noires, se servaient aussi (le bandages junir fomprimnr des infirmités permanentes; l'empereur (jall)a avait au côté droit une excroissance énorme, qui l'obligeait à porter en tout temps un appareil do ce genre ' .
III. Sangles entre-croisées et tendues sur un cadre, qui supportaient le matelas d'un lit; cette partie du meuble s'appelait aussi institue et lova [lkctus]. On disait en grec dans le même sens xe'.pia -.
IV. Junci fasciae. Bandes de sparterie, d(uit on enveloppait les raisins secs pour les conserver^.