VIII. Limite d'un cliamp ". G. Lafaye
FASCIIVUM, FASCINUS (Ba^xxvîa), fascination. — Le mot grec et le mot latin, qui ont probablement la même racine', désignent en particulier l'inQuence pernicieuse qu'une personne peut exercer sur tout ce qui l'entoure sans recourir à aucune cérémonie, à aucune formule magique, quelquefois même sans que sa volonté y soit pour rien. C'est là le caractère propre de celte action funeste, celui qui la dislingue de tous les autres maléfices [devotio, imwrecatio, magia]. Elle est d'autant plus redoutable qu'elle est plus secrète, puisque celui-là même qui en est cause peut n'en avoir pas conscience. Aussi la croyance à la fascination, ou, comme on dit en Italie, à la. jettntura, a été pour les anciens une source de craintes journalières; les objets de tout genre auxquels ils attribuaient la vertu de les en garantir abondent dans les musées. Aucune superstition n'a été plus répandue et plus vivace; le christianisme même n'a pas pu la détruire ; les Pères de l'Église ne nient pas la réalité de l'influence mystérieuse qui inspire tant de frayeur aux hommes ; ils la rapportent seulement à une intervention de l'esprit du mal'. Aujourd'hui encore les voyageurs qui parcourent la Grèce et l'Italie sont frappés de voir aven quelle persistance celle vieille superstition s'y est perpétuée, même dans la classe instruite; mais les savants qui se sont consacrés à l'élude des traditions populaires la retrouvent partout, et jusque chez des peuples qui n'ont jamais fait partie du monde gréco-romain.
Dans l'esprit des anciens le genre de maléfice appelé fascimim pouvait se produire par l'intervention de la parole, même si l'auteur du dommage n'avait pas eu la volonté arrêtée de nuire. Dès les temps les plus reculés, les Grecs supposaient qu'un bonheur excessif excitait la jalousie des dieux [nemesis]; on devait se garder d'y donner prise par des paroles imprudentes, qui auraient
1 .Sud. Gnll,. n. V. aussi A. GpII. XVI, S. — 2 Cic. J),: diein. II, (i:;, 134; Mari. V, m, 0; XIV, 1311; Pelron. 97; Cato. /> ,r i: X, 5 ; llor. Epod. XII, 12; Ari5to|ih. Ai: 817 et Schol. nd h. L; l'Iul. .4/ci7>. i6;SaIoni. Proti. 7 (16).; Hesycli. s. M. ^îivjTTa. — 3 l'Iin. Hisl. nnt. XV, 18, 0. — 1 Mari. Cap. VI, 196. — ô Varro ap. Non. VI, p. 4d1. — o Vilruv. III, 5, 10. — 7 Duttel. de la Snc. des aniiq. </. France, 1888, p. 150; Conip. les timitex fasciati des .agronomes. Bœlliii, Demotistr. art. t/eometr. (Grom. vet. rec. Lachmann, l. I, p. 408). Le mol se reuconlriencore au moyen âge dans ce sens. voy. Dneange, Closs. s. v. — Ribmogkaphik. Casaubonad Suet. Ortnn. 82 (1393); Saumaise ad Lamprid. Al. Sei: 40 (I6i0); Mongol, Becherches sur les liatiillemeiils des anciens {.Mém. de t'Instil. Classe d'hisl. et de lilt. nnc. t. IV, 1818), p. 301; lieekcr-GocII, Charildes, 11, p. 21; Beckcr-
trahi trop de confiance en soi-même, ou simplement une trop grande satisfaction du présent. Aussi des louanges qui dépassaient la mesure pouvaient attirer sur celui qui en était l'objet la malveillance des dieux ; les enfants surtout, pour lesquels leurs parents tremblaient à toute heure, pouvaient être compromis dans leur santé, dans leur existence même, par les louanges hyperboliques que ceux-ci leur prodiguaient; il fallait y mettre de la mesure'. On racontait qu'il y avait en Afrique certaines familles, dont tous les membres pouvaient, par l'effet de ces dangereux éloges, faire périr les troupeaux, sécher les arbres et mourir les enfants'*. On en vint, par conséquent, à considérer une louange immodérée comme un artifice employé par l'envie ou la haine pour attirer sur autrui la colère céleste : c'était ce que l'on appelait fascinare lingun ^ Il y avait pour se préserver de ce genre de fascination des prophylactiques spéciaux ; ainsi on pouvait échapper au danger en approchant de sa personne quelques branches de la plante que nous nommons gantelée (bacchar)^. Du reste le simple son de la voix, l'odeur même ou l'haleine d'un homme doué par la nature du triste pouvoir d'ensorceler, suffisaientquelquefois, en dépit de sa propre volonté, à répandre tous les maux autour de lui''.
Mais c'est surtout par le regard que pouvait agir l'influence maligne; aussi d'ordinaire le mot /"a^cinum désigne-t-il plus particulièrement le mauvais œil (ooOa).u.iç Tcovfipoç, ^Oovspoç, oculus maUgnus, invidus] '. On s'imaginait que le regard de certaines personnes avait la propriété de consumer comme la flamme [urere] les corps sur lesquels il se portait ; d'où l'on fut amené à employer les mots ô:j.OïÀu.î'Ç£'.v et £zc.ç.OaX[A{Ç£iv pour exprimer l'idée de jalouser el de haïr, ç.Oov£!v'. Cette croyance était si profondément enracinée dans les esprits, que des enfants à la mamelle, encore incapables de proférer une parole, passaient pour avoir le mauvais œil'". Plutarque a examiné assez longuement la question de savoir si l'opinion populaire mérite d'être partagée par les gens graves et éclairés" ; il résulte de son témoignage qu'à l'époque où il écrivait il y avait déjà des incrédules, qui n'hésitaient pas à voir là une superstition grossière et qui s'en moquaient ouvertement '-. D'autre part cependant, certains philosophes admettaient l'influence du mauvais œil et cherchaient à en donner des explications rationnelles; ceux-là se prévalaient de l'autorité de Démocrile, qui, dès le v" siècle avant notre ère, s'était attaché à en démontrer la réalité par des arguments tirés de son système général sur la nature. Il admettait l'existence de certaines images (eïotoXa', qui se détachaient des corps au moment où ceux-ci tombaient sous la perception de nos sens et qui, en pénétrant par cette voie dans nos âmes, rendaient la connaissance possible. S'il en est ainsi, on peut croire sans absurdité " qu'il sort des yeux di^ ci'ux (|ui fascinent des images, qui ne sont pas
Hall, <,uU:if!, II. 33.1, III, »i5, îSi; liœlligor, Sabina, 11. se. .'. [.I. !• : Olf. )lûller, Handh. d. Arch. §339,3; 0. Jalin, Berlchle d. Sâr/i». Ceselhehaft d. Wisarn- .vltapen. 1S31, p. I6i : yMh. Annal, dell' /nst. nrck. di floiiia. I84J. I.XIV. p.5û. FASCIXl.M, KASCIXUS. I Cloalius Vcrus ap. .Aul. Goll. XII, I i, 4. — 2 Hi«ron. ad Ji/iiit. ad Gai. III, 1 ; Terlull. De rel. rirg. 13. — ' TcrtuII. De carne Chr. i : Tncent et anus illa ne fa.^cinel puerum. — '• Plin. ffisl. nal. Vil, i. — » Catull. VII, 11. — 6 Virg. Ed. VII, i7. —7 Plul. S!/mpn.s. V, 7. 1. —8 Schol. ad Arislopli. riul. 371 : Theocr. V, li ; Tieli. Chil. SI4. — 9 Hesych. et l'hol. .«. r. iztti-^n-.: Suid. i,:iî8RÀ;A!t«iu V. encore Hcsycli. s. r. xoixjVÀiiv cl Schol. ad Aristoph. Thesm. S52. — '0 Augustin. Conf. 1, 7. — *' Sj/mpos. V, 7, «pi S»» ^av«miv ÎLiya^v»,». — H Ibid. 1.
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entièrement privées de sentiment et d'action, et qui, portant tous les caractères de la méchanceté et de Tenvie de ceux dont elles émanent, les impriment et les transmettent à ceux qu'ils veulent charmer et portent un trouble funeste dans leur corps et dans leur âme ». Démocrite, parait-il, avait soutenu celte théorie « en termes magnifiques et presque divins ». Le personnage qui se fait à son tour, chez Plutarque, Tavocat de la croyance vulgaire, ne doute pas qu'il se dégage du corps du fascinaleur certaines émanations ou effluves (àTrôpôoix'.) participant des propriétés qui lui sont inhérentes : « C'est surtout par les yeux qu'elles se communiquent. L'organe de la vue, naturellement très mobile, exhale avec l'esprit lumineux qui en sort une vertu ignée d'une activité étonnante, qui fait que l'homme éprouve et opère bien des effets sensibles. » C'est ce qu'on peut constater notamment dans les passions; elles s'allument en nous et quelquefois d'une façon soudaine sous l'impression des objets extérieurs qui frappent notre vue; pourquoi ne pas croire qu'inversement le regard peut servir d'agent à notre volonté et réaliser au dehors, par une vertu secrète, ce que nous ressentons au fond de l'àme? D'ailleurs l'expérience est là pour démontrer la vérité de cette hypothèse ; Plutarque enregistre un certain nombre de faits, où il lui semble en trouver la conlirmation ; quelques-uns, qu'il considère comme dûment constatés, sont du domaine de la fable; d'autres, entre lesquels il établit un"rapport de cause à effet, ne sont unis que par un simple rapport de consécution. 11 n'en est pas moins curieux de le voir discuter des questions qui. de nouveau, sollicitent aujourd'hui l'attention du public; quelquefois même on pourrait, avec un peu de complaisance, soupçonner d'après les expressions dont il se sert qu'il a eu comme une vague intuition des phénomènes du magnétisme animal. Il revendique pour le savant, comme on le fait souvent aujourd'hui, le droit de ne pas rejeter a priori le merveilleux. On sait combien de thaumaturges, sous l'empire, sont sortis des écoles philosophiques; à aucune époque elles ne se sont mieux accommodées des superstitions populaires.
Une théorie peu différente de celle de Plutarque est développée dans le roman d'Héliodore (iV siècle de notre ère) '. Une jeune fille est tombée malade après une fête; tandis que son père s'inquiète, un ami survient; il déclare aussitôt qu'au milieu de la foule qui l'entourait elle a dû être atteinte du mauvais œil. 1-e père sourit d'un air ironique et s'écrie : « Quoi donc ! toi aussi, comme le peuple, tu crois à la fascination? » Et l'autre de répliquer : « Certes, rien ne me parait plus certain. » Il explique alors qu'il se dégage do chacun de nous des atomes impalpables, qui se propagent par l'air, de sorte ([uc dans une nombreuse réunion d'hommes il y en a (\m flottent de tous C"tés, portant en eux-mêmes le pouvoir de réaliser les désirs de ceux dont ils sont issus; rien surtout n'est plus naturel et plus commun que de voir la beauté attirer sur elle et absorber, en (juelque sorte, les germes pernicieux auxquels uu regard jaloux a servi de véhicule '.
1 Heliodor. Aelhinp. Ml, 7.-2 cf. Ihi'l. IV. ii ol Alex, A|ihrO(iis. l'rohi. phys. II, 53. — 3 Plut. l. e. i. — * Theucr. V, li; Antlml. Pal. XI, UU.
— S Isocr. A'Mff. 0 ; Slol,. Ftor. XXXVIII, 1, II. 18.— 6 Sloh. Fior. XXXVIll, 29; Mcincke, Fragm, corn. gr. IV, p. 235, 12; Anthol. J'iil. X. 111 et XI, l'I.l.
— 1 Corp. inscr. gr. 1035, 6702 ; de Boissieu. Inscr. Je l.yon, p. WO, 10. — 8 l'iul.
L'imagination populaire ne raisonnait pas tant sur les causes du mauvais œil; mais elle avait inventé toute espèce de fables sur ses effets. On prétendait que le fascinateur pouvait être la première victime de son propre pouvoir; une épigramme citée par Plutarque rapporte qu'un certain Eutélidas, s'étant regardé dans l'eau d'une fontaine, commença à dépérir aussiti')t après ^ De là ce dicton que la malveillance porte en elle-même son châtiment'; non seulement elle tourmente l'âme de celui chez qui elle a pris naissance % mais elle consume son corps". C'est ce que rappellent même les inscriptions qui ont été gravées sur des monuments publics ou privés pour les protéger contre la dégradation et la ruine''. A supposer que le malheureux affligé du mauvais œil échappât au danger de s'ensorceler lui-même, il pouvait encore ensorceler involontairement ses amis et ses proches. Des pères atteints de cette infirmité faisaient la terreur de leurs femmes ; elles écartaient leurs enfants de leurs regards et restaient longtemps sans vouloir les leur montrer*. Le mauvais œil passait pour être héréditaire dans certaines familles, notamment dans des tribus barbares et lointaines ; les écrivains grecs avaient répandu à ce propos mille contes absurdes. A les en croire, il y avait chez les Triballes et les Illyriens des hommes qui fascinaient par leurs regards et qui donnaient la mort â ceux sur lesquels ils fixaient longtemps leurs yeux, surtout leurs yeux courroucés; les adidtes ressentaient plus facilement leur influence funeste; ils avaient deux pupilles à chaque œil. En Scythie vivaient des femmes de la même espèce qu'on appelait Bithyes. On citait aussi les Thibiens, peuplade du Pont, qui avaient dans un œil une pupille double et dans l'autre l'image d'un cheval; ils ne pouvaient être submergés, même chargés de vêtements'. Ovide s'est souvenu sans doute de ces récits fantastiques lorsqu'il attribue le mauvais œil au peuple légendaire des Telchines '°. Cicéron " assurait que toutes les femmes qui avaient les pupilles doubles nuisaient par leurs regards" ».
D'une façon générale le mauvais œil détruisait tout le bonheur de la victime ; il pouvait l'atteindre non seulement dans sa personne, mais dans ses biens et dans tout ce qui lui était cher'^. Il frappait de maladie le bétail et les animaux de basse-cour; pour les préserver il fallait les entourer d'amulettes ; mais cette précaution pouvait ne pas suffire; si l'on s'apercevait qu'un animal languissait, que sa démarche devenait plus lourde, son corps ])lus maigre, c'est qu'il avait été ensorcelé, et il n'était (jue temps de conjurer le charme'^. On tremblait surtout pour les enfants. On croyait communément qu'ils étaient plus exposés que les adultes à subir les effets du mauvais o'il; cette idée reposait sans aucun doute sur un fait fiue l'observation justifie; c'est que l'fiomme dans les premières années do sa vie contracte ])liis facilement les maladies épidémiques; mais comme on en ignorait la véritable cause, on les attribuait â une inllucuicc surnaturelle. Les philosoplies (jui cherchaient à expliquer le merveilleux prétendaient (jue la fascination était jiarficulièremeul funeste aux enfants
/. r. l. — 9 Min. //;,»(. mil. VII, i ; cf. Aul. Gdl. IX, 't, S ; .Solhi. /'"/. I : l'iiil. /. r. I. — 10 Ovid. Mi'tam. VU, 63.». — " Dans un ouvrage aujourd'hui IH'fdu, l'Iin./. c— lillor. £'/<mM, li, 37;A|ml. .IWnm. IV. H, p. 270 ; Svminacli. /ijiist. I, 18 ; AhI/,oI. l'ut. V, 22, 5. — l» Virg. Ed. 111, 103 ; Grat. Cyiwj. -Ull ; Vi'm'l. .l/iitom.V, 73.
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i< parce que la mobilité et la iaihlesse de leur constitution les rendent plus susceptibles de ces impressions fâcheuses, lesquelles agissent beaucoup moins sur les corps que l'âge a rendus plus solides et plus compacts' ». Les Romains avaient placé les enfants sous la protection d'une divinité spéciale, Cimina, qui avait pour fonction de veiller sur leur berceau [cunae] id de les soustraire à l'inlluenen du mauvais œil ^.
Enfin on se ligurail ([ue les animaux sauvages euxmêmes pouvaient en souffrir et que buir instinct les portait à s'en garantir en i)laçant dans leur gite des plantes et des pierres, dont ils connaissaient la vertu secrète^; les colombes, à ce que l'on assurait, préservaient leurs petits en les humectant do salive '. L'insecte que nous appelons manie religieuse ((jLâvxtç, (jÉp.cpcii;) passait pour avoir le mauvais œil et pour ensorceler non seulement les liommes, mais les animaux". Au contraire, par une association d'idées qui est constante dans ce genre de superstitions, son image était considérée comme très propre à éloigner les sortilèges; Pisistrate en avait fait mettre une sur l'Acropole d'Athènes en guise de préservatif. Il est probable que beaucoup d'autres animaux, dont la figure est souvent reproduite sur les monuments, ont eu à la fois cette double réputation. Prophylactiques (■:Tpo6a<rxâvta, àirorpÔTtaia). — Tous les moyens que l'on avait imaginés pour se garantir du mauvais œil [praefascinandis rébus)'' avaient été inspirés uniformément par la même idée : obliger le regard fascinateur à se détourner, en lui opposant un objet indécent (jcTOTiov, turpe) ou ridicule (ysXoiov, ridiculum) '. On pensait que cette marque de mépris neutralisait les effets des sentiments dont il était chargé. II s'agissait de montrer qu'on était [irèl à rendre le mal pour le mal. C'est ce qui explique que les mois fJacxavia et fascinuui, qui désignent la fascination, ont pu être aussi employés dans un sens absolument contraire, pour en désigner le remède'. Les prophylactiques indiqués parles auteurs anciens sont encore en usage dans beaucoup de pays où subsiste la croyance au mauvais œil.
1° Les gestes. — Lorsqu'on se croyait en danger immédiat, on pouvait se défendre en faisant promptement le geste qui est aujourd'hui connu en Italie et dans d'autres contrées sous le nom de la figue ; il consiste à fermer la main droite, le pouce étant inséré entre l'index et le médius et à l'étendre vers la personne par qui on se sent menacé. Un grand nombre d'amulettes antiques représentent une main faisant la
1 l'iut. /. c. 1 et Afft\ Ejjicnr. p. 1090 c. Cf. Hcsycli. .ç. ï'. xçaup- ; Hicron. ad Epis!, ad GnI. lU, I ; Plin. Hisl. nal. VII. 2; Tcrtull. Se carne Chi: ï: Aies. Aiilirod. Pru/,1. phijs. II, .-i.). — :! Lacl. Insl. ilie. I, 20, 36; Augusliu. Civ. Dei, IV, 11. — i Aelian. Hist. an. I, 35; Geopon. XV, i. — ' Atlicn. IX, p. 3111 B; Aelian. Vitr. hist. I. lii, Arislot. ffist. an. IX, 8. ni Schneider, ad h. t. — " Seliol. ad Tllcocr. X, iS ; Hesycli. xala;x«!a ci n^n'-jyr, ; Sllid. àpa-j^a:« jAàvTi; et Yçay; ffifiço; ; Zenob. II, U4. — 6 Hesycll. xaT«/r.vir.. Cf. JtfV. nrcftéol. VI, pi. 114, M, 13. — ^ IMrphyr. ad Hor. Epod. VIII, 18. — 8 Plui. l. c. 3 : iUtjjiïvr.ç Sià xr.v «toi:(«v tîj; oitwî, .otte î;— ov c:TE^;t$E'.v toT? -ào^ouff». — '*• Phrynich. Echgae, p. 8G, liekkcr, Anecdot. p. 30. 3; Aristoph. fragrn. 310. — Sirali. XVI, p. 773 D. — 10 Ovid. Fast. V, -133 ; Sigiiaqiie dut difjitis medio citm poilice jitnctis^ Occurrat tacito ne tevis lanOi'a tibi. Sur cette question v. Echtermever. Veber Namen und symholificfie Bedeutung der Finger hei den G. u. II. (Ilallei. 1833, p. 3i et suiv. : Jahn. .Mrm. cité, p. 80. Parmi les monuments il faut ciler Pignorius. Tnti. Isiacii, p, 33 ; .iiil. J'elnii.iO : .iul. di Eirolnno. VI, 'J'J : .Wu.i. .\ap. IV, pi. 30 A ; (ïi-ivaud de la Vincellc, Bec. lab. 3, 6. 8, tO (ceux dos pi. 4 et 3 d'une autheuticilc douteuse) ; Mus. Tliorwaldsen, I, p. 168, 1 l-t, 1 IS ; Ucrli, Calai, p. I Ki. 314; Caylus, Bec. IV, 7i, 6, pl. iv, 10; Jahn, t. c. p. SI, lut. IV, 9 et 10; Stephaui.
2883. — Geste contre la fascination.
figue ; on en peut voir une dans le collier que reproduit la ligure 310 [amuletum] '°. Celle qui est ici reproduite (fig. 288o , destinée à être suspendue, est en ivoire ; elle a été trouvée à Tindaris en Sicile ".Ce geste simulait l'union des organes génitaux des deux sexes, qui leprésentés chacun à part passaient pour de puissants prophylacti- <|ii('s '-. On jxiuvait encore étendre seulement h; médius au milieu des autres doigts repliés; c'était celui que l'on appelait infamis, parce qu'on le dirigeait vers les personnes qu'f)n tournait en dérision; mais il avait reçu en outre les noms (.Vimpudicus l'A de verjjus parce que dans c(!tte position il prêtait à une comparaison obscène ". C'i'tait aussi la raison qui le rendait propre à repousser linlluence du mauvais o^il ; lorsque l(;s mères ou les nourrices la redoutaient pour un nouveau-né, elles trempaient leur médius soit dans de la boue, soildansde la ftoussière humectée de leur salive et elles le lui appliquaient Q £':
sur le front ''.
Enhn on pouvait étendre à la fois le pouce, l'index et le médius en repliant les deux autres doigts '° ; Otto Jahn, et plus récemment Dil they ont catalogué un certain nombre de mains enm6lal,qui ont été fabriqué'es
par les anciens comme des pièces distinctes pour servir d'ex-voto dans des temples ; elles sont d'ordinaire couvertes d'animaux et d'objets mystérieux, qui passaient pour préserver du mauvais œil"''. On en voit ici une qui est actuellement conservée au musée de Berlin (fig. 2886). Sur la base onaperçoit dans une sorte de niche une femme couchée, tenant un enfant sur sa poitrine ; c'est sansdoute la personne qui a dédié le monument ; elle avait dû pendant ses couches être préservée du mauvais œil par Sérapis, dont l'image est sculptée au-dessus'". Les trois premiers doigts de la main sont tendus pour faire le geste traditionnel. Il n'est pas impossible qu'à l'origine on ait voulu par là simuler les cornes des animaux et que l'action de faire les cornes à quelqu'un ait été déjà considérée chez les anciens comme un témoignage de mépris et par suite comme un moyen de se préserver du mauvais œil ".
Comptes rendas pour 1806, pi. ii. 13i. Cf. Complus rendiu pour 1865, p. 78.
— " Jahn. /. /. pl.!). IV. p. 81.— 12 Le raol /fra désigne en italien les parties sciuellcs de la femme. L'expression française a donc probablement une origine bien plus ancienne que celle qui est indiquée par I.ittn'-. s. v. : d'autant plus que le fruit du figuier, en italien, est toujours désigné par le mot nia.sculin fico. — 13 Pers. II. 33: Ju\. X. 33: Kchtcrraeyer, /. c. p. il; 0. Mûllcr, Uandb. d. Arch. § .335, 9.
— !'• Pcrs. II, 32 : fivnlemqiie atque uda labella Infnmi riigilo et luslmlibui anie .lalivis Expiât. Cf. Petron. Sal. 131 : Joh. Clirys. in Ep. I ad Cor. li, 7, t. X. p. 126, Par. — 15 Augustin. Epist. XVII. 1: cf. Marcellus Burdig. c. 8, p. 2711. Sleph. — 16 Jahu. /. c. p. 101 à 105: lieckcr (J.), Die Beddernheimer \otichand, XX Yersammlung deiiisck. Philolog. Frankrurl. 1861 ; .Mittheil. d. Antiqtt. su Zurich. XI 1 1SS61, tef. 3 ; XIII |I86I). p. 123 ; XVI . 1867, t.f. IS: L'sencr, Bhein. Mu.i. XXVIII {1873), p. 407 cl suiv.; Oillbey. dans les Archaenl. epigraph. Mitiheilungen aus Oeslerreieh, I (1877). p. 44 et suiv.; II, (18TS1. laf. III et IV. — 17 Causscus, .Vus. Boni. 11. 6, 11, 12; Monlfaucon. Ant. erpl. II, 137. 1 ; Kireher, Oed. Aeg. II. 2, p. 451 : lieger. Thés. Brand. III, p. 404: Jahn, /. c. p. loi, taf. IV. 2 n el 6, et 3: Uillliey, /. c. clc. — IS De là vient qu'on employait comme amulette [axcletcii] la Wle do taureau el aussi le scaraU^ a
g. 2886. — Main voliie.
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C'est riiabilude de ces démonstralions hostiles qui explique qu'on ait souvent fait un amulette du masque de la Gorgone ; une ligure hideuse, hérissée, montrant les dents et tirant la langue, fixait à perpétuité dans une image portative lexpression qui devait glacer l'ennemi d'horreur et d'effroi, et qu'on ne pouvait pas toujours prendre soi-même au bon moment '.
(3n avait encore une autre ressource : c'était de cracher. On se hâtait de cracher sur son sein (ei; ,jioX-ov 7itù£tv, in sinum spiierc) si on se surprenait à avoir quelque pensée trop ambitieuse qui pouvait attirer la jalousie des dieux-; on crachait aussi sur les autres, si on leur donnait une louange excessive qui pût leur causer le même préjudice^. Ce moyen n'avait pas moins d'efficacité contre le mauvais œil; on y recourait, et même jusqu'à trois fois de suite, quand on voulait protéger contre la fascination un enfant en bas âge, ou quand on se trouvait en présence d'une personne atteinte d'une maladie qu'on jugeait contagieuse \ Inversement ce procédé défensif, comme nous l'avons déjà constaté pour d'autres, pouvait à l'occasion devenir offensif; il accompagnait quelquefois, pour leur donner plus de force, les incantations et les pratiques superstitieuses de la magie °.
Enfin plus une posture était indécente et plus elle paraissait propre à détourner le regard fascinateur. Souiller d'ordures un monument, c'était se rendre coupable d'outrage envers ceux à qui il appartenait et s'exposer à leur malédiction ; mais si l'on donnait cette marque de mépris à une personne qui passait pour avoir le mauvais œil, on croyait être à l'abri de ses atteintes. C'est sans doute à cette superstition que se rattachent les amulettes qui représentent un homme accroupi (cossim encans). On en a ici un échantillon dans la figure 2887 '"'. Il faut attribuer la même origine à certaines statuettes féminines, dont le geste rappelle celui par lequel la légendaire baubo réussit, dit-on, à faire rire Déméter en deuil'.
Tous ces moyens de défense pouvaient être accompagnés de paroles consacrées, qui en augmentaient l'effet salutaire". Ainsi les Grecs disaient, pour exprimer le souhait que le maléfice contenu dans le regard pernicieux, retombât sur la tête du fascinateur : Eiç y.za3l-r,y (7oi'. L'expression xai cû, qui est quelquefois une formule de salut, pouvait aussi, à l'occasion, être employée comme une menace'". On trouve encore dans ce sens '£5f£, va-t'en à la malheure" ! Chez les Latins l'adverbe praefiscinï a dû à l'origine être pris comme un souhait ou un ordre destiné à chasser l'influence maligne'-. Parfois on se mettait sous la garde de Némésis, en l'invoquant d'avance par cette fornmie : Trp&Gxuvw 'ASpic- TEtav; en môme temps on se mouillait l'annulaire avec sa
longues aiUcnncs, que nous appelons capricorne, le xi;a;i8'.; des Crocs. Scliol. ad Icsaia. p. 70;Hesjch. xiçinênAo. cti^fivo-, Sio; ; Antonin. Liber, 22; Plin. XI,2S,:ri, XX.K, Vi ; Jalin, i. c. p. S8, note 110. — ' Jalm, p. 50 ; Stcpliani, Comptes renilus ilc Snint-PrtiTSb. pour 1865, p. 70; pour 1870, pi. vi, 15, p. 204; Ciaedekens (H.) ICberkopf und Gorgoneion als Anudele (Jahrb. il. Vereins von Allerth. Freimil. im nhcinl. Hefl -40 (1865), p. 2G-39, laf. 5); Rosclier, Lii.rik. d. Gr. u. R. Mythoi. .-irl. Gorijonfs, p. 1697. — 2 Theocr. VI, :i'.l el Schol. ad h. I. ; Anthol. Pat. XII, 223; Plin. XXVIII, 4, 7; Lucian. Nav. 15; Juven.VlI. 15:i.— 3 Liban. Episl. 71 i.
— '• Tlicoplir. CImrnc. 16; Plaut. Capt. IIL i. 13 ; Tibull. I. 2, US; Plin. X, 23, 3; XXVllI, 4, 7. — ■•• Diog. dans Pbol. Ilibl. Ilill. p. 360 R; Serv. ad Virg. Acn. 11. 247;Tlicocr.',Vll, 120 et Schol. al h. 1. ; Tibull. I, 2, 54; CMs, 372; Pclrou. 131 ; Plin. XXVI, U, 00; XXVIII, 4, 7; Varro, /(. r. I, 2, 27. Sur celle coiilume on général, V. Hecker, Charildes, I, p. 2-40 ; Boissonade ad Psell. J)t' Opiiral. ilann. p. 247 ; Jalin, II. 83 et s.; Stcpliani, Comptes renilus de Saint-Pélersb. pour 1873, p. 1S2.
— li Jalin, p. 80 à 02, laf. III, 1 ; laf. IV, 11 et 13. — 7 Plin. XXVill 7 23; Jalin,
salive et on se l'appliquait derrière l'oreille droite". -2" Les amiiletlcs (Trîp'.a-xi, -£pîâu.;a.zTa . — A aucun moment de sa vie l'homme qui croit au mauvais œil ne peut être assuré d'y échapper, s'il n'a sur soi, sur sa demeure et sur tout ce qui lui appartient des objets doués de la vertu d'écarter le danger à sa place, quand sa vigilance est en défaut. On trouvera dans les articles ABRAX.iS, AMULETUM et CLAVus de nombreux renseignements sur ceux qui étaient en usage chez les anciens. La plupart des amulettes servaient contre les maladies, contre les incantations et les sortilèges de toute espèce aussi bien que contre le mauvais œil. Nous n'avons donc pas à y revenir ici. Il convient seulement de rappeler que celles qui reproduisent le corps humain ou ses parties avec les attitudes et les gestes qui viennent d'être décrits paraissent avoir été inventées plus particulièrement contre le mauvais œil. Entre ces amulettes il n'y en avait pas d'aussi commune que le phallus, à tel point que le nom même de fasciniun pouvait lui être appliqué '*. Il était le préservatif souverain contre la fascination, ou, pour employer l'expression de Pline, le " mcdicns invidiac » par excellence. On en suspendait l'image au char des triomphateurs, afin que dans le moment où ils atteignaient le plus haut degré de la gloire, ils fussent à l'abri des regards jaloux '\ Cette vertu surnaturelle du phallus était reconnue par la religion ; son image figurait au nombre des objets sacrés qui étaient confiés à la garde des vestales dans le sanctuaire du Forum'". Les vieilles coutumes locales du Latium voulaient qu'aux fêtes du dieu Liber, qui se célébraient chaque année avec beaucoup d'éclat, notamment à Lavinium, un phallus en pierre ou en métal fût orné publiquement d'une couronne par la main d'une des matrones de l'endroit; c'était une manière d'écarter le mauvais œil des récoltes qu'on avait obtenues de la protection du dieu''. Par suite de la même superstition le phallus avait été assigné comme attribut dislinctif au dieu latin Mutunus Totunus " ; dans son culte comme dans celui de Priape [pel^pus] '% il était à la fois le symbole de la fécondité et le préservatif le plus puissant contre la fascination qui pouvait détruire les fruits de la terre ; aussi avait-on soin de le représenter sous une forme très apparente à la partie antérieure des statues de Priape, que l'on dressait sur le bord des champs el des jardins. On le sculptait en bas-relief sur les murs des villes et sur toute espèce d'édifices publics et privés '-'' ; un exemplaire trouvé à Pompéi est accompagné de l'inscription : liir habitat Felicltas'^aiiirma.lion de bon augure destinée surtout à empêcher le malheur d'entrer^'. Enfin le phallus était un des éléments les plus ordinaires des amulettes que l'on portait sur sa personne; les objets de celle
p. 'M h 05. taf. IV, 12 à 14. — 8 ]a\m, p. 00 à 62. — » Schol. ad Aristoph. Plul. .,2,i ; Plalo, liulhyd. p. 283 E; Cic. Ad Allie. VIII, 3, 1. — l» Corp. insrr. gr. 0131c: Jalin, p. 01, noie 122. — H Judica, Aiitieh. di Acre, 10, 3. — 12 Titin. ap. Charis. H, p. 180 et 210. — n Begler ad Alciphr. I, 33 ; Plin. XXVIII, 2, 5; XI, 43, 103; Zocga, Abliandl. p. 43; Blonincld, Gloss. Aescli. 072; Walz, De Armesi Graec. p. 23. — 11 Porphyrio ad Hor. Kpod. VIII, 18 : Fttscinum pro viritî parte posait iinmiiiim prnefascinandix relias haec membri di/forinilas apponi solet ; Jalm, p. 00 à 70; Hei\ archéol. 1837, 2 ; Welcker, .ille Denkm. V, p. 206 ; Grivaud de la Viucelle, Ant. gaul. el rom.pl. ix ; Boclliciier, Trktonik, IV, xii, p. 333; Gaz. lurhéol. I, p. 112, etc. — 1» Plin. Hist. nat. X.XVIII, 30. Cf. I)io Cass. I.IX, 17. — 10 Plin. /. c. ; Preller, Uoen\. Mythoi. 113, p. 170, note 3 ; Cilbert, Stadl Ilom. Il, 211. — " Augustin. De cio. Dei, Vil, 21 ; Preller, /. c. p. 40. — '» l.ucil. ap. Non. X, 31 ; Preller, (. e. p. 218, note 2. — '8 Plin. Hisl. nal. XIX, 4, 10 ; Diod. IV, 0. — 20 J.ilm. p. 74, 75. — 21 Corp. iascr. lat. IV, 1434. Cf. 1435 et 2320 ; V, 3301 ; Jalm, Jalirb. d. Allerth. Fr. im Wieinl. XIII, p. 111; Preller, l. c. p. 255.
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catégorie où on l'a roprésenté sont innombrables, il nest point de colleclion d'antiques qui n'en possède. Quelquefois, pour augmenter l'efficacité de l'amulette, on y a réuni l'image de plusieurs phallus en les groupant de façon à en former une sorte de corps monstrueux; ou bien on a ajouté au phallus des ailes et des patios ; de là des compositions grotesques, où la fantaisie licencieuse des anciens s'est donné libre carrière '.
L'oeil fascinateur est souvent r('près('nt(' lui-même au milieu des divers objets qui devaient en combattre l'influence. C'est ce qu'on peut voir notamment sur la figure 2887 ^ Elle reproduit un bas-relief en marbre de
Fig. 2887. — liuage [ircservative contre la fascination.
la collection du duc de Bedford, qui a dû être encastré jadis en guise de préservatif au-dessus d'une porte ou dans le mur d'un édifice. Le centre est occupé par l'œil redoutable ; au-dessus du sourcil on a sculpté un homme accroupi {cossim cacans) ; le bonnet phrygien dont il est coifl'é indique sans doute un adepte de quelque culte oriental, tel que celui d'Attis, de Mithra ou de Lunus; près de lui est un gladiateur réliaire, tenant à la main un trident; au-dessous de la paupière inférieure sont rangés un corbeau, une grue, un scorpion, un serpent et un lion. L'œil semble être entouré d'autant d'adversaires qui se dirigent contre lui pour le braver. Fig. 2SS8. Des combinaisons du même genre se ren-
Mi-daiiie jioii/c en contrent fréquemment sur des lampes ^
amulette. * *
sur des gemmes et sur des petites médailles d'or et d'argent qu'on portait suspendues au cou (fig. 2888)''. Il faut noter aussi les représentations, oii
1 Jalin, Leijiz. Dcr. is;i.i, p. TT-T'.l. — 2 Wohurn. MarUes, pi. Il; Millingcn dans VArchaeolorjin, XIX, p. 70; Jalin, p. 30, pi. m. I. Voir encore Bitllel. délia Cnmmiss. arch. comimale di Homii, XVlll (1890). p. 19, pi. i. — 3 Jalin. pi. iv, 1.
— ^ Jailli, p. '.)G, pi. ii[, 2 à 7 ; King, Oemnis and t'hti/s, pi. i.vi, 'J. — ^ .\insi Gaz. archrol. V (1870), p. 140. — C Micali, Mon. incd. pi. XLni. Voj-. l'œil figuri'au bec d'un vase noir étrusque, ibid. pi. xxx, 2 [colum, fig, 1734], Jalin, p, 64,
— 7 Mon. ined. dAV ht. arch. di Jloma, V, 16 ; Migliarini, Ann. delV Isl. arcli. di /îonin, 1832, p, 83; Jalin, /. /. ; XXllI" Versaniml. dinitsch. P/iilotoi).
Hanovre), 18C,ï, p. 42. — 8 Jalin, p. 63; Monfaucon, AnI. expl. IV, pi. 141 ; liocrkh, Allisrh. Sivwexen, p. 101; Jal, Archéol. navale, p. 105; Ciristic. Jrc d'Oi-anr/r pi. xvi ; l.olliug dans les .Milllidl. d. dnitsch. Insl. m Alhen, 1680, p. 384, Annal, p. 144; Assninnn dans le Jahrbuch d. arch. Jnsl., 1889, p. 99.
— 0 /Inlt. dM' Ist. di Iloma, 1864, p. 17; Frœlincr. Col. Traj. p. 17, note 4.
— 1" Ingliiranii, Xasi filhli, 11, pi. 104. — Il Cliabouillcl, Colteet. Fould, n' 1142
Fig. 2890. — Pierre imitant UD œil, moDt^'e en bague.
l'œil semble tenu en échec par le phallus tutélaire'. Mais s'il y a des yeux funestes, il y en a d'autres qui ont le pouvoir de les combattre et de les vaincre. Par conséquent le mauvais œil, qu'une personne est exposée, sans le savoir, à rencontrer sur son chemin, l'épargnera sûrement, si elle a soin de porter sur elle l'image d'un bon œil, qui puisse la défendre.
De là vient qu'on voi t quelquefois des yeux représentés
sur les vases grecs Fi„. ,,„. va,« décoré de deux veu,.
(lig. ;288!)j; tantôt
ils sont peints à part, sans lien avec les autres figures"'; tanti'it ils ornent un des objets qui font partie de la composition, par exemple une lyre, un siège ou un escabeau'. C'est cette superstition qui a inspiré l'idée de peindre ou de sculpter un œil à la proue des vaisseaux, comme on peut l'observer sur les plus anciennes monnaies de Rome [as, fig. 555 à 558] et sur une foule d'autres monuments antiques [\avis] ', ou même à l'entrée des ports'*. Quelquefpis aussi les Grecs figuraient un œil sur leurs boucliers '" ou sur le tablier qui y était suspendu [CLIPEUS, fig. 1644] : c'était un emblème destiné à protéger ceux qui le portaient en terrifiant l'adversaire et en repoussant ses regards hostiles. Enfin l'œil prophylactique se rencontre encore sur des bagues (lig. 2890j " et jusque sur des monnaies'*. G. L.iF.*.TE.
FASTI. — Expression elliptique (pour fasti dies)^ qui signifie, au sens propre, « jours fastes », c'est-à-dire laissés par la religion romaine au travail et aux afi'aires. Comme la liste des jours fastes indiquait nécessairement les jours non fastes ou « néfastes », elle comprenait, en somme, tous les jours de l'année. Fasti se trouve ainsi avoir exactement le sens de calendrier religieux, et même, par extension, de calendrier ou almanach quelconque'.
Mais l'idée la plus générale que contint le mot fasti devenu substantif, celle d'indicateur annuel, pouvait s'appliquer à d'autres objets que les jours du calendrier. On appela également» Fastes >> les listes annuelles des magistrats, particulièrement des consuls Fa.<;ti consu- /nct's), dont les noms servaient à distinguer les années et se trouvaient ainsi en rapport étroit avec le calendrie^^
Enfin, ces listes de magistrats pouvaient ne pas se borner à consigner leurs noms, mais relater leurs faits et gestes, notamment leurs triomphes [Fasti triumphales). Fn.<:li prit ainsi le sens de chronique annuelle — qui faisait du mot un synonyme de annales [libri) — puis celui de chronique en général ^ C'est le sens que lui donnait
p. 3;i et pi. XI. — '2 Monnaies de Cithrum en Tliessalie. Longpérier dans la Reeue .Yumism. 1S43, p. 421, pi. xvn. 4. — BiBLior.BAruiE. Jalm (Ollo). feifr dot Aherglauben des hôsen Ulick bel den Allen, dans les Ilmchie d. SxcJis. Gesellachaft der Wisnenschaft. zit Leipzig, Phil. Hisl. Classe. 1655, p. 28 i 110; Stcpli.ini, Comptes rendus de la commission archcol. de Saint-Pélertbourg, pour 1805, p. 180 et suiv.
tWSTl. — 1 l'astonnn libri appetlantur in quibus totius anni fit descriptio Fesl. £711/. p. 87, s. r. Faslorum). Tels les Fasl,-s d'Ovide. Cf. Lucan. Phars. X, 187. Suct. Caes. 40. — 2 Cic. Pro Sest. 14. Ad Atl. IV, 8. Ad Fam. V, 12. I.iv. IX. 18. Sparliail. Helius, 5. Ce sont les modernes qui ont l'Icndu le sens de Fasti jusqu'à y comprendre les lislos de niagislral.- non r'pon.vnics. Fasti triumphales est à plus forte raison une eipressiou impropre, les triomphes n'étant pas .nnnucis. Pline (ffiJ^ nat. I s. On.) appelle ces documents acfa triumphonim. — 3Ex omnibns hisloriaruin alijw annatinni fa.'ilis 0ms. Prol. 10'.
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déjà Horace, quand il parlait de « dérouler les fastes du monde' », et qu'il a gardé eu français.
En résumé, les Fasti nous apparaissent sous deux aspects bien distincts, quoique connexes :
1° Comme calendrier ordonnant les jours dans le cadre de l'année religieuse et indiquant la qualité de chacun d'eux au point de vue liturgique.
2° Comme liste des collèges de magistrats éponymes, disposés dans l'ordre de leur succession annuelle.
Mais le calendrier religieux a pour support nécessaii-e le calendrier astronomique, et, d'autre part, la rédaction des listes d'éponymes suppose une comparaison constante entre les deux séries parallèles, sinon concordantes, des années calendaires et des années consulaires. L'étude du calendrier astronomique, dégagée des calculs minutieux qui ont trouvé place dans un autre article [calendarium], formera donc le lien et la transition entre les deux parties du sujet. Fastes religieux ou hémérologe pontilical, fastes astronomiques ou calendrier pontifical, fastes éponymiques, dressés par les annalistes pontificaux, sout autant de produits sortis de la même officine. Rien n'indique mieux l'unité du sujet que la commune origine de toutes ces listes, dues aux mêmes auteurs et désignées par le même nom.
1. Fastes religieux. — Il n'est pas de religion qui n'ait exigé de ses fidèles, entre autres sacrifices, l'abandon d'une partie de leur temps. Les Pontifes romains, dépositaires et interprètes de la tradition religieuse, avaient pris à tâche de fixer, avec toute la précision possible, la part réclamée par les dieux dans les jours de l'année.
Le culte romain, formé de coutumes hétérogènes, les unes antérieures, les autres postérieures à la fondation de la cité, était assez compliqué pour que le peuple eût perpétuellement besoin de ses directeurs de conscience ; et ceux-ci n'avaient aucun intérêt à simplifier cette procédure liturgique qui rendait leur intervention nécessaire. On y distingue trois ordres de cérémonies que l'on pourrait rapporter à trois religions distinctes, la religion domestique [saa-a prlvata), la religion populaire (sacra popularia) et la religion de l'État [sacra pro populo) ou officielle.
La religion domestique était surveillée et protégée par les Pontifes, mais ses fêtes et anniversaires, variables d'un groupe (famille, gens, sodalité ou collège i à l'autre, restaient affaire privée et ne pouvaient être notés dans le calendrier public. Celui-ci ne connaissait que les commémorations générales des Morts, qui avaient fini par être incorporées à la religion populaire, les Lemuria des 9, 11 et 13 mai et les Feralia du 21 février.
Les fêtes populaires étaient le fonds même du culte public, qui leur devait tout ce qu'il contenait encore de traditions préhistoriques et de coutumes nationales. Elles avaient d'abord occupé seules le calendrier religieux, et elles y gardèrent la place d'honneur. Les lapicides du temps de l'Empire gravent encore en grosses lettres sur les calendriers les noms des solennités populaires, et, parmi les anniversaires de création plus récente, la fête des Aur/usialia, instituée en 19 avant .l.-C, est la seule qui leur soit assimilée, pour la plus
iUor. Sut. 1,3, 112. Cf. 0</. IV,13, IS; 14, 4. Sil. liai. /■««. 11, 10. - 2 Apparlicnncnl ;m cullt- des curies la f6lc des Fordicidia (15 avril) el celle des Fornacaliu. Ccllcti, résilie indiclive ou mobile, ne figure |ias dans les calciKlriers ; mais elle liait remplacée en fait pour une grande i)ailie du peuple, par les Quii-inalia du 17 tiivrier.
grande gloire et sécurité de la dynastie impériale. Les fêtes populaires intéressaient le peuple tout entier, soit considéré comme collection d'individus, soit groupé en curies [sacra rurionia)-; chaque citoyen avait ces jours-là des devoirs religieux à remplir, et le loisir nécessaire lui était assuré par l'obligation du chômage.
La religion d'État, au contraire, instituée par les pouvoirs publics et surajoutée, mais non égalée, à la tradition vénérable des anciens âges, bornait ses exigences à un petit nombre de cérémonies célébrées pour le bien du peuple [pro populo), mais sans sa participation, par des fonctionnaires, magistrats ou prêtres. De ces cérémonies, les unes étaient dépourvues de toute solennité extérieure et ne faisaient guère plus de bruit que les « messes basses « dites dans nos églises. Tels étaient les sacrifices offerts chaque mois, le jour des Kalendes, à Junon, parun pontife mineur dans la Curia Calabra, parla reg'nia sacrorum dans la Regia'^; les sacrifices également ollerts chaque mois, le jour des Ides, à Jupiter, par son llainine dans Varx du Capitole '. Ces hommages officiels ne s'imposaient pas à l'attention du peuple et n'interrompaient pas le cours de ses occupations. 11 en était de même d'une quantité de rites célébrés en l'honneur de différentes divinités, pensionnaires de l'État, par les flamines ou les collèges sacerdotaux. D'autres cérémonies officielles, le plus souvent extraordinaires ou votives, triomphes, sacrifices solennels, supplications, lectisterncs, processions, jeux divers, procurations et lustrations de toute espèce, étaient des spectacles qui intéressaient tout le peuple, mais sans exiger de lui une participation active ni lui imposer, à moins que les Pontifes n'en eussent autrement ordonné, l'obligation du chômage".
Parmi ces fêtes, soit populaires, soit officielles, bon nombre étaient inscrites à poste fixe dans le calendrier; on les appelait fériés statives [stativae-stalae)^ . Les autres étaient ordonnées à nouveau chaque fois par les magistrats [indictivae), soit en vertu d'un usage qui les ramenait tous les ans [conceptivae), soit par suite d'un vœu ou de toute autre circonstance accidentelle [impcrativae). La classification des fêtes en fixes et mobiles acquit une certaine importance au temps où le calendrier religieux, immobilisé dans ses grandes lignes et porté à la connaissance du public, n'était plus que le canon des fériés statives; mais il y eut un temps où, la conduite du calendrier demeurant le secret des Pontifes, toutes les fêtes étaient pour les profanes des fêtes mobiles dont ils apprenaient au fur et à mesure la date'. Peut-être les Pontifes eux-mêmes les considéraient-ils comme telles et les faisaient-ils osciller autour du quantième où elles finiriml par s'arrêter. Ce dut être le cas surtout pour les fêtes agricoles, qui devaient suivre le cours des saisons et ne pouvaient le faire sans se déplacer dans les compartiments d'un calendrier lunaire ou lunisolaire. On sait que les Snlunialia (17-23 décembre) — (!t probablement le groupe des Saturnalia, Consualia et Opalia (15 et 19 décembre) — ne se fixèrent qu'en 217 avant J.-C. a la fin de décembre*. Trois fêles rustiques, les Seineniivae, les Paganalia et les Compitalia, gardèrent jusqu'au bout leur caractère de fériés conceptives et res-
— •' Macrob. .S'«/. I, lij, 19. — '* Macrob. 1, lo, 10. — ti Dans les calendriers t^pigra- [iliiiiues. la plupart des jours de tudi sonl fastes ou coniiliaux. — 6 Macr. 1, 10, .'i. .Slatu sacri/icia {Fest. Fpit. p. 37), s(a(n sacm (Kest. iWrf. Maor. I, l.'i, 8), 5/n(»(i dus (Varr. L. lai. VI, Ï5). — 7 Cf. Macr. I, 15, 0-13, el ci-apriSs. — 8 l,iv XXII, I.
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turent ainsi en dohors du calendrier porpûtuel. De même, les « fériés latines «, qui devaient se régler sur la succession des collèges consulaires et suivaient, par conséquent, les fluctuations de l'année onicieilr'.
FoiHilaires ou officielles, fixes ou mobiles, annuelles ou extraordinaires, toutes les fêtes ou fériés publiques constituaient dans la série des jours de Tannée la paît des dieux, prélevée et uiar(|uée d'une cslanipillc spi'ciale par les soins de leurs intendants attitrés, les Pontifes. Mais tous ces jours consacrés à des exercices religieux n'étaient pas séparés des jours profanes au même di'gré et par des exigences identiques. Les plus solennels intéressaient même la vie privée et en suspendaient l'activité normale par l'obligation du chômage, minutieusement réglementé [feriae]'; d'autres n'arrêtaient que la vie publique, dans son ensemble ou dans certaine de ses manifestations, pour toute la journée ou seulement pour une partie de la journée. La casuistique pontificale s'était donnée ici libre carrière, etnous n'avons pour nous guider dans ses arcanes que des textes toujours incomplets, souvent contradictoires, des gloses de grammairiens, des termes dont l'usage a progressivement changé le sens, enfin, des calendriers datant d'une époque où les anciennes coutumes s'étaient modifiées, où les vieillesrègles avaient dû bien des fois capituler devant les exceptions ^
1° Distinction des jours fastes et néfastes. — Toutd'abord, on ne s'entend pas sur les qualifications génériques qui conviennent aux jours revendiqués par la religion et aux jours ordinaires, les uns et les autres pris en bloc.
Macrobe, qui doit avoir puisé ses renseignements dans Varron, rapporte que Numa divisa les jours de l'année en festi et profcsti, les premiers consacrés aux dieux, les autres laissés aux hommes pour leurs affaires publiques et privées'. « Dans les jours de fête sont compris, dit-il, les sacrifices, banquets, jeux, fériés; dans les jours profestes, les jours fastes, comitiaux, les délais des jours d'assignation en justice (dies comperendini-stati)°, les jours propres à la gnerre {proeliares) ^ ». De cette énumération confuse, où se mêlent des classifications faites à des points de vue divers, nous ne retenons que le fait principal, à savoir que les jours réclamés parla religion s'appelaient /cx/î" et les autres pvo festi.
Cette distinction assez simple, qui rappelle l'opposition parallèle de fanum et profanum [fanum]', est battue en brèche par Festus. « Il y avait, remarque celui-ci, des fériés sans jour de fête, comme les Nundines; d'autres avec fête, comme les Saturnales' ». Ici, les « fériés » ne sont plus une espèce comprise dans le genre « fête »;
* Cf. Th. Moriimsen. Die neniyn Fragmente tfer Jahrtnfel des latitùschen Festes (Hernies, V (lb71), |). 379-384, et liôm. Forscli. II, p. 97-112). J.-B. do Rossi. De fnstis fei'inntm Latintirnm (li|iliem. Epigr. II [1874], p. 93). La collection complète lies frajjinents dans Corp. inscr. tat. VI, p. 4c);i-V.HS. — 2 Sur les i-i^glos, exceptions et dispenses concernant les fêles cliôiiK^es ou " ft-ries " piihliques, cf. Bouclié-Leclercq, Les Pontifes de l'ancienne Rome. p. 117-123. — 3 Les calendriers de l'i^fioi]ue impériale [une vinjftaine environ, dont la plupart citt^ à l'article CAi.K.NnAiin:ji (p. 836)] nous donnent en sigles les qualificalinns poiitilicales attribui^es à cliaqne jour de l'année julienne. Les fraïiiuents de tous ces calendriers ont été publiés et rapprochés dans le tome premier du Corp. inscr. tat. (p. 293-412) par Mommsen, ijui en a établi la date approximative et relevô les variantes. Ceux de provenance romaine, y compris les Fa.'i/i .irralium, sont reproduits dans Corp. inscr. tat, VI. p. 625-039. Les fragments découverts depuis la publication du Corp. inscr. Int. I, (1803) ont été insérés dans l'Epliemeris Epigraphicn. t. III (1877) et IV (1881). Ce sont VIfemerologiiim Caeretannm (III, p. ;>-9). Hemerol. urbnnum viae .-Inwdei {ihid., p. 10), Hemerol. Xtlifnni fragnientuin nlternm (ifiid. p. 8o-8li), fr. tertium (IV. p. 1-2). Nouveau fraprment de " cal^-ndrier nistiqu • » dans Xotizie degli scari di antichiln, 1892, p. s. Le cali'udrier i\f l'hilocalus {Corp. inscr. tat. I. p. 332-3.57), qui fait partie de l'œuvre du ■■ Chronoi^raphe de 3.'>1 », n'iuiiiiiue plus les jours fastes et néfastes, mais il indique eqfore un certain nombre des
mais les fêtes sont une espèce de fériés. Dans un autre passage'", il oppose feriae à profesti dies, et définit le jour profeste diem sine feriis. Cette division des jours de l'année en dies ferinti Plprofesti était conforme à l'usage, et on la trouve déjà employée par le vieux Caton". Elle n'avait pas satisfait Varron : d'abord parce que feriatus n'est pas, comme festus, l'antithèse grammaticale de pni festus, et ensuite parce que, feria signifiant " chômage », il n'était pas ou il n'était plus exact de dire que tous les jours non profestes ou non profanes fussent des jours chômés. Mais, d'autre part, pour établir l'antithèse festus-pro festus, Varron luttait contre l'usage, qui attachait au mot festus l'idée de solennité joyeuse'-, et il s'engageait dans des difficultés inextricables où il nous a probablement égarés à sa suite.
En effet, les jours que Varron qualifiait de fesli s'apjielaient, dans la langue de la tht'ologie et du droit, jours « néfastes »; les profesti ou jours ordinaires étaient ou simplement « fastes » ou « fastes et comitiaux <>. Si l'on songe que festus, fastus, fa{s)num, feriae ou fesiae sont vraisemblablement des dérivés d'un même radical '^, on conviendra que l'étymologie n'est pas un procédé commode pour expliquer comment festus et ne fastus peuvent être à peu près synonymes. Varron, pour y parvenir, avait dû dériver festus el fastus de thèmes différents. La définition qu'il a donnée de fastus et ne fastus^'' est devenue classique, et on n'a guère fait que la répéter depuis'^ D'après Varron, fastus vient de fari, au sens de « prononcer, édicter », l'application du mot étant restreinte à la fonction juridique du préteur. Sont " fastes » les jours où le préteur peut sans péché prononcer les trois mots solennels [verba legitima-solemnia) qui résument et affirment les divers aspects de sa compétence : do, dicQ, nddico ; néfastes, ceux durant lesquels la religion le lui défend. Toute la différence entre les jours fastes et néfastes, considérés d'une manière générale, consisterait en ce que le tribunal civil du préteur était ou pouvait être ouvert les jours fastes, et qu'il était obligatoirement fermé les jours néfastes '*.
11 est difficile de croire que cette distinction fondamentale, qui sert de base à toute l'économie du calendrier, ait été appuyée à l'origine sur un caractère aussi extérieur, sinon étranger, au culte. Quoique les Pontifes aient été les premiers détenteurs de la science juridique, au temps où elle était encore incorporée à la théologie, et qu'ils aient sans doute alors rendu la justice, comme assesseurs indispensables des magistrats ", il n'est pas probable que, faisant le triage des jours de l'année, ils
fêtes de l'ancienne religion païenne. Ces indications deviennent rares dans les Fastes de Polémius Silvius [ibid.) — V Macr. I, 16, 2-3. Certains jours mixtes sont dits intercisi {ibid.). — 5 Cf. Fesl. p. 314. s. v. Status dies. — 6 Cf. Fest. Epit. p. 226, s. V. Proelinres dies. Il s'agit des guerres ofTensives. réguUiïremcnl décUrées au bout des jitsti dies (Macr. I, 16, 15. Fest. Epit. p. 103, s. v. Justi).
— 7 Cf. dies deorum immortalinni festi attfue sollemnes (Cic. In Pison. 22).
— 8 Elle figurait dans une loi somptuaire d'.\ugusle (Gell. II. 4, 14). — 9 Fest. Epit, p. 86, *. V. Ferias. — *<> Fest. p. 253, s. v. Profestum. — n Cat. ap. PKn. Hi$t. nat. XVIII, .S 40. —ii Profesti sunt a festiritate r<if«i(Non. p. 434. 7).— 13 Peutêtre du radical fes = consacrer (en osqïie fiisnu, en ombrien fesna\ d'où une série de dérivés allant de fas à feriae, feralia, etc. Cf. W. Soltau. Jahrbb. f. Phitot, 1889, p. 50. — tl Dies fasti, per guos praetoribus omnin rertta sine piaculo tieet fari. Contrarii Itonim rocantur dies nefasti, per quos dies nefas fari praetorem do. dico, addieo (Varr. L. Int. VI. 29-30 ; id. 53V — 15 Kal. Praen. ad i Jan. [ml, .Mommsen]. Fest. p. 363. Ovid. Fast. I. 47. Suel. ap. Priscian. VIII, 4. 20.Gaius. IV, 29. Macr. I, 16, 14-17. Isid. Origg. V. 30, 12; VI. 18, I. — 16 .\olal Vnrro utnar. /nstns ret nefastus dies sit... ad sotas hoc actiones respicere pritatas (Macrob. I, 16, 27). — 17 Pompon, in Pig. I, 2. 2, S 6. Cf. Jhering. trad. Meulenarrv. I. p. 293 u\t\. II. SI sqq. Bechmann. l'eher die ricbtertiche Thâtigkeit der Pontifice* im altrûmischen Civilprocess (Sitiunsgber. d. Bay Akad. d. Wiss. 1890. II, î).
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aient dénommé la part des dieux et celle des hommes d'après une circonstance accessoire comme l'ouverture ou la fermeture des tribunaux. Ou bien les termes /as/us, nefastus, avaient primitivement un autre sens — indiquant, par exemple, permission ou défense de vaquer aux occupations ordinaires — ou bien ils ont été substitués à des qualificatifs qui n'étaient plus aussi clairs, ni d'un usage aussi commode. Supposons, en effet, que la distinction originelle ait été entre dies festi et profesti. L'expression dies profesfus avait bien gardé le sens de jour ouvrable, mais feslus [dies] ne signifiait plus que jour de fête, tandis que l'idée de chômage, qui y était contenue, avait émigré dans un synonyme ou doublet, fcnne, dies feriaius. D'autre part, ni festics, ni feriae ne s'appliquaient plus, dans ce sens restreint, à certains jours restés théoriquement propriété des dieux [nefasi\], mais qui, grâce à la tolérance des Pontifes, n'étaient plus ni fêtés ni chômés. On conçoit donc qu'à l'occasion d'une de ces grandes réformes qui, comme nous le verrons plus loin, remanièrent toute la structure du calendrier, la distinction des jours en fastes et néfastes ait pu être substituée à une autre plus ancienne.
En tout cas, c'est elle qui a fait loi à l'époque historique, qui a donné au calendrier son nom usuel (Fasii) et que les monuments épigraphiques nous ont conservée. Nous allons l'étudier de plus près.
2° Des jours néfastes et de leurs variétés. — C'est par le lot des dieux qu'il faut commencer. Malgré la forme négative du mot nefastus, c'est de ce côté que sont les devoirs positifs et les principes sauvegardés par le calendrier. La catégorie des jours néfastes est aussi celle qui s'est accrue avec le temps aux dépens de l'autre. Le lot des dieux était, en théorie du moins, intangible et inaliénable; la piété romaine n'a pu qu'y ajouter au cours des siècles, toutes les fériés d'institution nouvelle ayant été prélevées sur des jours antérieurement libres'.
La catégorie des jours néfastes comporte dos subdivisions, indiquées dans les calendriers épigraphiques par les sigles 19 et N. Le sigle rf* (variantes N*', iP) a été diversement interprété. Ni Varron, ni Ovide ne le mentionnent. On en peut conclure qu'ils ne le connaissaient pas, et que ce monogramme, d'invention récente, avait échappé à leur attention ^. Mais les érudits postérieurs ne l'expliquent pas davantage, sauf peut-être Festus% dans un texte trop mutilé pour être utilisable. Suivant que l'addition énigmatique accolée à l'N est prise pour une forme archaïque de l'N, pour un P, ou pour un F, ou pour une combinaison de l'F et du P", les hypothèses varient. N est unanimement reconnu pour l'abréviation de ^{c/'astus) ou N(e/ff,s'| : l'appendice, considéré comme P, a été traduit par publicus, jtarte, principio., prior, pos-
* Mommseii, Corp. inscr. lat. I, p. 2bù. On ne cilu puLTc qu'une exoe|ttion ;\ ccUc règle, pour les Ides de septembre {ibid. p. 377), d6jà manjuées i\* avant l'institution des fd-ries commémoratives de la découverte du complot de M. Libo, en 10 p. Cbr. (Kal. Amit.) — 2 Le plus ancien des calendriers épifîrapbiques, le /*jhcianum, parait dater des premières années du règne d'Auguste. Or, Varron est mort en 27 avant J.-C, et Ovide ne se souciait guère de pareils détails. — 3 Fest. p. ItM, s. V, A'ep. Mommsen, Corp. inscr. lat. I, p. 307. — 4 On trouve FP pour N* dans le Kal. Caeretanum au 23 avril, et au 19 août dans le Maffiùnnum. — !> Cf. Merkel, Dii ohscuris Ovidii Fastorum [Frolégoniènes des Fastes d'Ovide, Berlin. 1841], p. xxn sqq. ; Mommsen, liôm. Chrou. p. 133. Corp. inscr. lat. I, 3(37; Lange, Mm. Alt. P, p. 357-359; Soltau, Jiùm. Chron. p. lO'i sqq. ili. Mommsen pense que N* n'est qu'un X arclia'ique, et il traduit ce siglc (d'après Fest. p. 1G5, s. V' Aep.) par nefastus hilaris. — C l^^'eria a ferinndis victimis vocata (Fest. Epit. p. 85). Mais d'abord, certains jours de sacrifices (les Kalondes, par eveniple) ne sont pas fériés, et il y a au contraire des jours I^* où le» saci-idces sont inter-
teritir, punis ; considéré comme F, par fastus. festvs, feriaius; considéré comme FP, par feriae publicae'''. Ce qui est certain, c'est que tous les jours N* sont des jours fériés, et que parmi eux figurent les fêtes les plus solennelles de l'année, celles de la religion populaire. L'expression nefasiusferiatus oane f as feriae publicae, contestable comme transcription du monogramme, a chance d'en être au moins la traduction exacte. Les jours N^ étaient des jours « néfastes pour cause de fériés publiques ».
Mais que faut-il entendre au juste par « fériés » et par « fériés publiques »? L'étymologie du mol feria est douteuse" : fiit-elle assurée, il ne faudrait pas prétendre en tirer le sens usuel du mot. Feria ou dies feriatus, on l'a vu plus haut, parait signifier spécialement jour de repos obligatoire, fête chômée. C'est le sens qui se retrouve dans toutes les acceptions analogiques et métaphoriques du mot, le sens qui est passé dans le latin ecclésiastique et de là dans les langues modernes '.Tous les règlements édictés par les Pontifes au sujet des fériés concernent les exigences et dispenses relatives à l'obligation du repos, imposée aux particuliers et aux magistrats. « Fériés publiques » signifie donc (par opposition aux fériés privées, imposées par la religion domestique) chômage ordonné par l'autorité publique et obligatoire pour tous les citoyens.
Mais la complaisance avec laquelle les Pontifes accommodaient les règles aux nécessités de la vie pratique avait introduit bien des degrés dans l'obligation du repos, et il se pourrait qu'il ne fût resté que l'affirmation du principe dans bien des fériés dites publiques. Pour éclaircir ce point, il faut faire l'inventaire des jours marqués X* dans les calendriers dressés aux abords de l'ère chrétienne.
Les jours X* étaient, à la fin du règne d'Auguste, au nombre de soixante-six, à savoir :
1° Trente-cinq fêtes populaires, sur les quarante-cinq qui constituaient l'apport de la religion nationale en fériés « stalives ». Les dix autres, pour des raisons qui seront exposées plus loin, portent le signe N (ou F).
2° Le premier jour de l'année religieuse [K'al. Mart.).
3° Les Ides de tous les mois, sauf celles du mois de juin, marquées N*.
4" Dix-neuf anniversaires introduits dans le calendrier par le culte impérial', dont cinq en l'honneur de Jules César.
11 est hors de doute que l'obligation du chômage avait été maintenue, dans les limites où la bornait l'indulgence pontificale, pour les fêtes populaires. 11 en allait de même pour les Kalendes de mars, jour consacré à Mars, et — depuis 375 avant J.-C. — fête des Matroiiulia, marquée, comme les Saturnales, par des banquets cl des cadeaux. C'était un jour de repos affairé
dits (voy. ci-après les trois dies atri ou postriduani marqués K*) : ensuite fe est long dans feria, bref dans ferio, et, plus loin (p. 88), Festus dit : ferlas antiqui fesias vûcabant, ce qui rapproclie feria de festus, fastas, elc. (Cf. p. 989. note 13). Du reste, l'étymologie varronieune de fastus a élé aussi appli()uéeiï feriae {a fando iiuncupanlur. Isid. Oriij. V, 30, 12). — ' Les jurisconsultes entendent \mr feriae (dies frrinti ou feriatici) les vïicauces des tribunaux. Cf. les titres Z>.' feriis dansDig. 11, li; Cod. Tbcod. Il, 8;Cod. Just. 111, li. — 8 Dans le V«iksitiujn et peut-être le Maffeianum. antérieurs à la réforme de l'an s avant J.-C, Mommsen {Itùm. Chron. p. 238) suppose N dans le .Ma/feianum. Cependant, le lo juin était la fêle des Quiuijualj'us minusculae, el, de plus, les Kal. Venus, et Tu.seul. y inscrivent des feriae Jovi. — a II se peul que trois de ces fériés (5 févr., 2(i juin 10 août), n'aient élé inscrites que sous Tibère. Les anniversaires impériaux étaient plus nomlireux (Monnnsen, dans le Corp. inscr. lat. I, p. 370-377, en compte 30, sur lesquels 24 iV, 1 N, 2 F cl 3 C) ; mais il en est qui ne ri'mlent les jours ni féi'iés, ni néfastes. ,*
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pour los famillos, de solitude pour les célibataires '. Les l'éries publiques des Ides paraissent être d'institution plus récente. Sans doute, les Ides, jour de lu pleine lune, étaienteonsacrées à Jupiter (Lucetius) et marquées par des sacrifices {Idulhi sncrn ■ — lduU>; ovis /', qu'oll'rait le llamine Dial sur Varx ou observatoire du Capitule''; mais les Kalendes, jour de la nouvelle lune, étaient aussi consacrées à Junon (Lucetia) cl donnaient lieu à des sacrifices non moins solennels'', sans que les Kalendes aient jamais été fériées. Il est probable que le caractère férié a été attribué aux Ides par César, qui, ayant allongé la liste des jours fastes, fit passer dans le lot des dieux un nombre équivalent de jours fériés". Mais le mot « férié » doit être pris ici dans son acception la plus large. Rien ne fut changé aux habitudes courantes. La preuve que les Ides ne suspendaient ni les affaires des particuliers ni môme la vie publique, c'est que, le jour de ces fameuses Ides de mars oii César fut assassiné, il y avait séance du Sénat.
Quant aux anniversaires impériaux inscrits dans le calendrier en l'honneur de César et d'Auguste, il est évident que le prince dut chercher à les entourer de toute la solennité possible. Mais cela ne veut pas dire que le prudent fondateur de l'empire ait tenu à y attacher le caractère propre des fériés, l'obligation du chômage. D'abord, les fêtes susdites furent considérées comme des fériés privées ou g'entilices de la gens Julia et ne figuraient dans les Fastes qu'il titre honorifique. Les quatre calendriers gravés antérieurement à l'an 8 avant J.-C. [Pincianum-AUifanum-Tusculanum-Venusinum) relatent ces commémorations , mais sans changer la marque des jours y affectés, lesquels sont indifféremment fastes ou comitiaux. Le sigle IV ne leur est attribué que par le Maffànmim, rédigé un peu après l'ère chrétienne. Cette modification a pu être faite lors de la correction apportée au calendrier julien par .\uguste en l'an 8 avant J.-C. (Cf. ci-après). Une fois élevées par sénatusconsulte au rang de fériés publiques, ces fêtes durent être chômées ; mais il n'était plus question d'obliger les consciences. Le désir de plaire au prince suffisait.
En résumé, le sigle X" désigne spécialement les fériés publiques ou fêtes chômées. L'utilité pratique de ce monogramme a été de mettre en relief non pas l'obligation très relative du repos, mais la différence entre les jours de fête, les anniversaires joyeux, et les jours simplement néfastes (N), que la langue courante s'habituait de plus en plus à considérer comme des jours de mauvais augure.
Les jours néfastes proprement dits, marqués N dans les calendriers, sont — à l'époque impériale et défalcation faite des jours partiellement néfastes — au nombre de cinquante-huit'. En analysant les motifs qui les onl fait déclarer néfastes, on peut les répartir en plusieurs groupes. Ce sont, en général, des jours de purification, de pénitence ou de préparation aux exercices religieux
< Cf. Uoral. Oil. III, 8 : Marliis ciii-lfhs (jiiid nijam kah'iidh, clc. W. Soltaii {Jahrb. f. Pltilot. 1889. p. 55 sqq.) ponse cpie la qtialiU'' de ft^rie a f tiî aUrilanÎP auv Kalendes de mars par Ct^sar et qu'elles iMaient fastes jusque-là. — 2 Fest. p. 290, .t. V. Sacram. — ^ Fest. Epit. p. 104, s. v. Iditlis. — ^Fest. ibiti. et p, ^90, s. v.Sacyatn VianiA'avr.L.lal.V, 47.0vid./'ns/. I, 5(i. 587.Macr. I, l.ï, 14-18. — 50vid. FostA. 55. Macr. I, 15, 18-20. lo. Lyd. Mfns. III, 7. — « Cf. W. Soltau, Jnhrhh. f. Pliilol. 188G, p. 279. Ces jours N* oui pu t^tre pnMev(^s sur des jours F ou N, ou former l'équivalent de jours « religieux ■> effacés ailleurs. — 7 Eu comptant les I i et 15 septembre, marqués N dans les KaL Mnff. S/ifùn. Amitt'rn. t-t C ilans VAutiatinitm ïri^çrne de
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des fériés, analogues aux Quatre-Temps et aux Vigiles de la liturgie catholique. En voici le relevé :
l"Dou7.e jours allant du 1" au 14 février inclusivement, les Nones et Ides exceptées (celles-ci marquées .V;;
2° Quatorze jours allanlduoau 22 avril inclusivement, interrompus par trois jours fériés (A"^) : l'anniversaire de la bataille de Thapsus ffi avrilj, les Ford'uidin 'i:i avril) et les l'uidïa (21 avrilj ;
3° Dix jours continus, du 5 au 14 juin inclusivement;
4° Sept jours allant du l" au 9 juillet, interrompus par deux fériés (.V) : l'anniversaire du vfx'U d'érection de \'araPaàsAuguslae[h\\x\\\c\.) » Qi\6S PopUfugia{a\\x\\\.);
5" Les 12 et lo septembre;
6° Les trois premiers jours de décembre ;
7° Les trois Vigiles des Tubilustria (22 mars-22 mai) et des FiirrhuiUa (24 juillet) ;
8° Onze solennités, populaires ou officielles, qui auraient dû figurer parmi les fériés publiques, mais ont été marquées iS comme étant de caractère triste, ou semiprivé, ou particulières à certaines fractions du peuple. Quatre d'entre elles (Cerealia-Vestalia-Malralia-Quinqunlrus minmndnc) ayant déjà été comptées dans les séries mentionnées ci-dessus, ces onze jours se réduisent, pour l'addition, à sept.
Ce sont -.a. — Le /{egifugium (24 février), sacrifice expiatoire offert par le /{e.v sur le Comitium ;
b. — Le premier jour des Quinqualrus (19 mars), fête des artisans et commémoration de la dédicace du temple de Minerve sur l'Aventin (fête plébéienne) ; de même, les Qiiinqiiairus mhmsculap aux Ides de juin le 13), fête des musiciens [Ubicincs) employés au culte public ;
c. —Les Cermlia (19 avril), dernier jour des jeux de Cérès (fête plébéienne;' ;
4 Les Lemuria (9, 11 et 13 mai) ou jours des Revenants, consacrés aux dévotions domestiques ;
g — Les Kalendes^ de juin ou « Kalendes aux fèves [fahariae) », fête de Carna, instituée, dit-on, par le consul M. Junius Brutus en actions de grâces pour l'expulsion des Tarquins;
f. — Les Vesldlia (9 juinj, anniversaire compris dans une série de jours néfastes et même « religieux », durant lesquels le penus Veslm' était ouvert aux matrones : fête des meuniers et boulangers;
g — Les Matralia (11 juin), appartenant à la même série : fête de Mater Matuta, à l'usage exclusif des matrones ;
/(. — Les Kalendes d'octobre, anniversaire de la dédicace de Yni-di'x F'idei sur le Capitole: sacrifice offert à l'origine par la grus Horatia, depuis par l'État, au Tigillum sorovium, pour expier le fratricide commis par le vainqueur des Curiaces.
Au caractère simplement néfaste (N) de ces jours s'attache l'idée de commémorations dépourvues de pompe ou même lugubres, et on s'explique ainsi que le mot <> néfaste » ait dévié de son sens originel pour prendre une acception fâcheuse '". Les explications des
filaude!. lu revanche, le même Aiitinl. marque N le 0 oel., qui «t C partout ailleurs. Ce sont sans doute des retouches onlonnées (lar Claude. — • Jusqu'à ce vœu (13 a. Clir.), le 4 juillet était probaldement N. La date de la dédieacr de Vara Pacis (30 janv. 9 a. Clir.) est aussi jour férié (N'). — ' Mar^iui'-e .V dans le Ka!. Ciu'ivlnnum, récemment découvert (Ephem. Epiijr. III. p. 7), ce qui supprime leïceplion. Pour les Quinqualrus aussi, l'exception est supprimée dans les Kal. \'aticmtum et Caeretanum. — 10 Le plus ancien exemple est d'Horace : llltet nefatlo posait le die. etc. (Orf. II, 13, I). A. Celle proleste et rectifie à deux repriscs(IV, 9, 5. V, 17, 1). .Mais déjà Suétone et Tacile emploient couramment nefasius comme s;no-
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savants et les récriminations dos puristes no purent empêcher l'instinct populaire d'interpréter nefastus autrement que Varron, et c'est même à cette raison que nous avons attribué plus haut l'emploi du sigle spécial X» pour désigner les jours de fête.
3" Jours mh-lrs. — Le collège pontifical, qui avait du goût pour les solutions compliquées, avait poussé l'analyse jusqu'à diviser onze jours de l'année en parties fastes et néfastes, les parties néfastes marquant la durée de certains exercices religieux accomplis par les prêtres officiels.
Sur ces onze jours, huit sont marqués EN, sigle dont la transcription comporte de légères variantes, mais dont le sens est expliqué par des textes précis'. EN [dotercisus) est une forme archaïque de inirrdsus. Ce qualificatif s'appliquait aux jours où s'offraient des sacrifices, probablement divinatoires et de rite toscan, qui exigeaient une longue cuisson des entrailles. Le laps de temps qui s'écoulait 'inier hostiam caesam et exta porrectn était faste ; le reste de la journée, néfaste. Ainsi les jours EN étaient divisés en trois parties, dont deux, la première et la dernière, néfastes.
Les trois autres jours mixtes {dies fissi-), scindés en deux parties, dont la plus longue était faste, portent dans le calendrier le sigle F, mais précédé d'une mention explicative. Ils n'étaient néfastes que le matin, durant une cérémonie religieuse qui devait être de courte durée. Deux de ces jours (2i mars-2i mai) ont la mention Q. R. C. F., expliquée par Varron et par Festus (Quando Rex Comilinvit Fas^). Il s'agit sans doute des jours où le Rex sacrorum présidail, à titre honorifique, les comices calâtes destinés à la légalisation des testaments \ Le troisième jour « scindé » (13 juin) est accompagné de la mention Q. S. C. F. {Quando Siei-cus Delatum Fax ^). C'était la clôture de la série de jours néfastes durant lesquels le pcyius Vestae était ouvert. Le matin de ce jour, le sanctuaire de Vesta était balayé et les ordures portées dans un lieu spécifié, situé hors la ville, à miciMe de la pente du Capitole du côté du Tibre. Cette opération une fois terminée, le jour était faste.
Les jours mixtes, qui se rattachent, par leur caractère dominant, les uns aux jours néfastes, les autres aux jours fastes, forment une transition aussi logique qu'on peut le souhaiter entre les deux grandes divisions de l'hémérologe pontifical.
A" Jours fautes et comiliaux. — Le caractère spécifique des jours fastes était, on l'a vu plus haut, que le préteur pouvait exercer ces jours-là ses fonctions judiciaires. Mais, à côté des tribunaux, il y avait les assemblées —
nyme de al/'i', reliffinsttfi, elc. Momniscn, :i l'onronlrc de l'o|tinioii exprimée ici, soutenait d'<ibnrd [Jtôm. Chron. p. 233 sqq.) que nefastiis doit se traduire par vitiosm ou riUigioaiis. Plus tard {Corp. inscr. lat. I, p. 373), il concède que les jours N sont des jours anciennement religieux, mais dont le caractf-re s'est transformi^, de telle sorte que le sigle N n'a pu servir à désigner les jours reconnus plus lard comme « religieux " (voy. ci-aprùs) et restés définitivement tels. Ceux-ci sont dépourvus de notation spéciale. — 1 Kal. Praen. ad iO Jan. Vîirr. i. lat. VI, 31 : cf. Oïid. Fiv!t. 1, «I. Macr. I, llî, i-3. — 2 Serv. Aen. VI, 37. — i Varr, L. lai. VI, 31 ; Fest. Epit. p. ioS, s. v. Quando. — '• Momnisen, Staatsreclit, 112, p. 37, 1. III. p. 310, 1. — 5 Q. ST. D. F. dans les Kal. Ma/f. et Venus. L'interprétation d.ins V.irron(/,. lai. VI, 32) et Festus (p. 34i, s. v. SIercus). OviAc (Fast. VI, 707) prétend ([ue Von jetait ces ordures dans le fleuve. — G Comitiates sunt fjuihus cum populo agi licet ; et fautif quidem Icgt; agi potf-'St, cum populo non patent, comitialihus utrumquc jiotest (Macrob. I, Ifi, \). Ce texte suffit à prouver que les jours comitiaiix sont â plus forte raison fastes. Cf. Varr. L. lat. VI, iO ; Kal. Praen. ad 3 Jan : Ovid. Faxt. I, 33; Fest. Epit. p. 38, s. i: Cnmitiales. — ^ Cf. le relevé de séances du Sénat tenues en des jours X ou même N*, EN, F et C dans Lange, ilmn. Alterth. 113, p. 350-383; Momnisen. .'itaatsi-ccht. III. p. <Jll. U loi Pupia, de
soit du Sénat, soit des comices — et la réunion des assemblées pouvait retenir loin de l'audience aussi bien les juges que les parties, leurs patrons et leurs témoins. U se fit donc un départ entre les jours simplement fastes, réservés aux audiences — ceux-ci marqués F dans les calendriers — et ceux qui, complètement libres, pouvaient être indifféremment jours d'audience ou jours d'assemblée °. Comme les séances du Sénat échappaient aux restrictions du calendrier'', la règle ne portait que sur la convocation des comices. Les jours propres à la tenue des comices reçurent donc le nom de coniitinles, indiqué par le sigle C dans les calendriers. Lorsque, sous l'Empire, certains jours furent réservés pour les séances ordinaires du Sénat [Senatus Ir/ji/imi), mention en fut faite sur les calendriers, mais sans sigle spécial '.
Sur la façon dont s'est formée et subdivisée la liste des jours fastes, nous en sommes réduits aux conjectures. On peut imaginer un temps primitif, âge d'or de la jurisprudence pontificale, où à certains jours appelés fastes (probablement les Kalendes, Xones et Ides), les interprètes du fas rendaient la justice au nom des magistrats. Le développement de la cité aurait obligé les Pontifes à multiplier le nombre des jours d'audience, et enfin l'institution de la préture aurait permis d'étendre la qualité de faste à tous les jours ordinaires.
La distinction entre les jours F et les jours C doit avoir été introduite assez tard et sous l'influence de préoccupations politiques''. Elle permit de réserver au préteur les jours F sans lui interdire les jours C, et, par surcroît, de restreindre l'exercice de la souveraineté populaire. Le tribunal du préteur et les comices ne pouvaient occuper en même temps le Comitium, et les parties ne pouvaient à la fois plaider et voter. U est difficile de démêler à quel degré la foi dans l'influence heureuse ou malheureuse de certains jours a influé sur ce triage des jours F et C. Le principal effet des décrois pontificaux déclarant certains jours " noirs » ou « religieux » (voy. ci-après) a été de rendre ces jours impropres aux comices '". Au temps de la troisième guerre Punique, les lois /Elia et Fufia (loi?) durent s'occuper de borner et de définir les jours comitiaux ". Plus tard, le démagogue Clodius (.'58) supprima la différence entre les jours fastes et comitiaux pour les comices législatifs '- ; mais les principes furent restaurés et maintenus par l'Empire, qui cependantn'avaitplusguèreàse préoccuper des comices.
Si l'on veut analyser de plus près la valeur respective des termes fastus et C07nitialis, on touche à des questions sur lesquelles l'accord n'est pas fait.
Los auteurs répètent à l'envi que les jours fastes per-
dalc inconnue (vers 16\ avant J.-C. suivant Momnisen. 71 suivant Lange. Cl suivant \N'illerns), interdit la convocation du Sénat aux jours C ; mais le Sénat savait se dispenser des lois, et, quand il n*\ avait pas comices, ou quand ils étaient terminés, la dis|)ense ne scandalisait personne. Cf. liardt. Die Senalssilzungslage der sptiteren Jlrpuhlifc (Hernies, VII [1S73], p. 11-37). Lange, Die les J'ii/iia und die an dies coinitiales gehaltenen Senatssitzungstage der sjiiiteren Bepublik (Hh. Mus. XXXI |lS7i], p. 321-33G = Kl. Schriften, II, p. 175-194), et deux autres articles de polémique entre Hiirdt (Hernies, IX. p. .105-318) et Lange (Kli. Mus. XXX, p. 330-3117). - 8 Cf. les calendriers de Philocalus et Polémius Silvins, dans le Corp. inscr. lat. 1, p, 33V-357. — U Lange {H. Alt. 13, p. 3(J2) attribue la différenciation des jours F et C aux Décemvirs. .Mais le tilre de Fasli donné au calendrier montre que les jours fastes ont dil être longtemps en grande majorité. Il n'en restait que 37 à la Wn de la République contre iS-l comitiaux. — '0 i't hi dies ncque proeliares, neque puri neijue comitiates essent (.Macr. I. Il), 2i;. exception pour le 11 juillet, marqué C. — 11 Leges t/uae .tunt de Jure et de tempore legum rogandarum (Cic. Pro ."Hest. 2li). Le détail de leurs prescriptions est matière à conjectures. Cf. Lange, De legibus Aelia et Fufta. Giessen, 18111 (Kl. Sclir. I, p. 37i-3H). —12 f-ata lex est... ut omnibus fastis diebns legein ferri liceret (Cic. Pro .Sest. 15. Prov. cons. 19).
PAS
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menaient au préteur de prononcer les paroles sacramentelles do, dico, addico, et qu'on pouvait alors suivre la procédure civile dite « selon la loi (Icge n/jerc-lcgis actio) ». On en lire cette première conséquence, confirmée par les faits connus, que la juridiction criminelle — celle du moins qui n'est pas exercée parles comices — n'était pas soumise aux empêchements du caUmdrier'. Une deuxième conséquence, c'est que tous les actes juridiques dans lesquels le préteur ne jouait pas un rôle actif n'étaient pas visés par les prohibitions pontificales et pouvaient avoir lieu même un jour néfaste. Ainsi, le calendrier n'a de prise ni sur les faits et gestes des parties -, ni sur l'instance in jiidir/o, où le préteur déléguait ses pouvoirs à un ou plusieurs juj^es. Il ne reste donc plus à considérer que l'instance in jure, où le préteur « dit le droit ». Mais là sury;it une grave difficulté. Les textes les plus sérieux et les plus explicites^ s'accordent à dire qu'on ne peut, aux jours néfastes, lege agerc, parce que les trois mots sacramentels do, dico, addico, sont indispensables à cette procédure*. Or, lege agere a, dans la langue juridique, un sens précis; on désigne par là l'ancienne procédure verbale des « actions de la loi », par opposition à la procédure écrite des « formules » [actio, formulae]. De plus, les paroles sacramentelles, prélevées sans doute sur une phrase plus ample, comme [judicem] do, {jus) dico, (rem) addico, ne se rencontrent pas dans les types de formules donnés par les auteurs ; et enfin, même si elles y figuraient, elles ne tombaient pas sous le coup de la prohibition pontificale, qui défendait de les prononcer [fari), mais non pas de les écrire. Donc, la procédure formulaire, c'est-à-dire la procédure usuelle depuis le 11° siècle avant notre ère, échappait aux entraves du calendrier, et peut-être futelle précisément imaginée dans ce but \ Mais, s'il en est ainsi, on ne comprend plus l'importance qu'a gardée, jusque sous l'Empire, la distinction des jours fastes et néfastes. On se demande pourquoi César, ajoutant dix jours à l'ancienne année lunisolaire (voy. ci-après), « les marqua du caractère faste, afin de donner plus de liberté aux actions judiciaires*^ » ; pourquoi Marc-Aurèle, préoccupé du même souci « ajouta aux (jours?) fastes des jours d'audience ' ». En un mot, si la procédure formulaire n'avait rien à démêler avec le calendrier, l'influence de ce dernier sur l'exercice de la juridiction devint tout à fait négligeable, et il est étrange que l'on s'en soit tant préoccupé. En outre, on fait valoir, pour contester l'immunité de la procédure formulaire, quelques textes où ne se trouve pas l'expression restrictive legc agere ", ou bien tel passage qui parait donner
1 i^'utat Varro, utrum fnstns vel iiefastus dies sit,.. ad suUis hue avtiones respicere privtUas (Miicr. I, 16, ^7). Cictjron plaide poui' C;clius diebus fi-stis tudisqUL' puhlicis omnibus net/otiis forensibus intermissis {Pro Caei. 1;. — 2 Par cicMii|tk-, iii'fttsto quoque die, i. c. quo non iicebat lei/e agei-e, pif/nus capi poterat (Gaius, IV, iVj. — 3 Cf. les n^l'ùrcncos (p. 992, note 6, cl p. 993, notes i el 13). ^ Nucesse eiiim aliquo eorum uti verbo, ctuii h'-iji' qnid peratjilur (Varr. L. tat. VI, 30). — IJ Ainsi raisonne G. 11. Uarlniiinn, Onto Judiciontiti, etc. [ouvrage cotuplcl : L'eber die rôm. Gerivhtsverfasfiunt/, publié par A. LXbelolule. Gottin;;eii, 18S(i], p. I9-i3. M6. 147. Jheriiig, L'esprit du droit romain^ trad. de Meulenaere, 111, p. 330, I, approuve liai'luiaun, dont le systùinc a contre lui la presque unanimité des liistorieus du droit, Puchta, Walter. Keller, Betlunannlloltweg, etc. — G Macr. 1, l-i, li. — " Faslis dii-s judiciarios addidit, itn ut CC.VA'.V dii'S anmtos rebuJt ayendis lilibusi/ue discepttmdis coitslitun'et (Capitolin. M. Ant. Phit. 10). Hartmann (p. 1-V9-15J) fait observer que le tevte ne dit pas fastis diebus, et que fasti signiiie ici sim|)lement « calendrier o. il ne s'agissait donc pas d'augmeulcr le nombre des joui-s f, mais d'ouvrir les tribunaux les jours de jeux, etc. — ^ A pi'opos des dies intercisi, Macrobe dit : iltoruin eniiu dirruiii ipnhiisdtiiii hnris fns l'st. i/nilitisdtrut fii^ itnn est jus dicrre l\l:ict'. I,
à lege agere le sens général de plaider au civiP. Pour trancher le débat, il faut rappeler que la distinction des jours fastes et néfastes fut établie en un temps où il n'y avait pas d'autre procédure que celle des actions de la loi. Elle était donc alors pleinement justifiée. Lorsque fut instituée la procédure formulaire, la juridiction contentiiHise s'en servit de préférence à l'autre, sauf pour les causes plaidées devant les cenlumvirs'"; mais la juridiction gracieuse ou volontaire continua à user des demandes et réponses verbales de la legis actio, et cette juridiction gracieuse, chargée de légaliser les actes émanés de l'initiative privée, Vin jure cessio, l'adoption, rémancipalion, la manumission par vindicte, etc., fut de plus en plus occupée ". Ce n'était donc pas une quantité négligeable que la somme des affaires réglées par k-gis aciio. En outre, les Pontifes ne voyaient aucun intérêt pour la société à entraver l'exercice de la juridiction contenlieuse, tandis que, la plupart des actes légalisés par la juridiction volontaire entraînant des dérogations au droit commun, il était bon de ne pas les affranchir de tout empêchement. Nous restons donc d'accord avec les textes et avec la vraisemblance en soutenant que les prescriptions du calendrier ne visaient pas la procédure formulaire, mais seulement les legis actiones, soit devant la juridiction contenlieuse, soit (et c'était le cas le plus fréquent) devant la juridiction volontaire. Une preuve entre autres qu'il en était ainsi, c'est que les théologiens prévoyaient le cas oii le préteur exercerait sa juridiction volontaire un jour néfaste. Le péché était plus ou moins grave, suivant qu'il avait été commis par distraction ou en connaissance de cause '*. Or, le casuiste eût à peine cru la distraction possible si le préteur avait été constamment, et pour tous les actes de sa juridiction civile, asservi au calendrier. Le préteur était, au contraire, si exposé à oublier ce scrupule archaïque, que l'on crut devoirmenacerégalement de péché ceux qui recourraient à son ministère un jour néfaste '^ Les jours comitiaux (C) — la moitié environ des jours de l'année — pouvaient être indifféremment laissés à la discrétion du préteur ou employés aux comices'". Mais il y avait à Rome jusqu'à quatre formes de comices {euriata — ceniuriala — tributa et concilia plebis) el il serait étonnant que les règles pontificales se soient appliquées d'emblée à toutes, surtout aux réunions de la plèbe, qui, en théorie, n'étaient point des comices proprement dits ou assemblées du peuple entier. Les rapports des conciles de la plèbe avec le calendrier ne pourront être complètement élucidés que plus loin, dans le paragraphe consacré aux Nundines. 11 suffira provisoirement de dire
16, 3j. Fasti dies sunt quibusjus futur, t. e. dicitur, ut nefusti quibus non dieitur (Suet. ap. Priscian. Vil, 4, iO). — » En 56 p. Clir. prohibiti Iribuni... cocare ex Italia cuin quibus lege agi imsset {Tac. Ann. XIII, i!<). Le sens est obscur, cl, du reste, il est rare que Tacite conserve aux mots leur acception courante. — *û Datnni infecti et si centumviraie Judicium fit (Gaius, IV. 31). — H Sous l'Empire, consuls et préteurs étaient absorbés par cette juridiction, et les causes centumvirales s'étaient nmltipliées, surtout par extension de la quereta inofficiosi testamenti.
— 12 Quod si tum imprudeus id rerbum etnisit ac quem manutnisit, ilie nihilominus est liber, sed vitio.,. Praetor qui tum fatus est, si imprudeus fecit, piaculari hostin facta piatur; si prudens di-rit, Q. Jlucius ambigebat eum expinri ut impium non passe (Varr. L. lat. VI, 30). La défense fui levée sous l'Empire (Paul. 1, 23, 3. Cf. Cod. Thcod. I, 2. 8). — " [Beligiosum] quod homini ita non faeere liceat, ut, si id faciat, contra deorum voluntatrm tidealur facere : quo in génère sunt Aaec... die nefasto apud praetorem lege agere (Fesl. p. 27S, s, r.).
— 1^ On a vu plus haut qu'une loi Pupia avait voulu prévenir la coïncidence des .issemldées du Sénat et du peuple. H n'était |kas besoin de loi pour eaip^lier le préleur de siéger pendant les comices ; rinlereession en vcrlu de la /«ir majorre l"destns y snfllsail.
FÂS
que, dans les derniers siècles de la République, on ne distingue plus, à ce point de vue spécial, entre les comices et les conciles de la plèbe ; qu'il n'a pu en être de même à l'origine; que l'assimilation s'est faite dans l'intervalle, et qu'on a tout lieu de l'attribuer à une disposition de la loi Hortensia (287). Enfin, il est bon de noter que le calendrier s'occupe des comices, et non pas des conciones.
Le compte des jours F et C, abstraction faite des trois dics fixxi marqués F (cf. ci-dessus), s'établit comme il suit dans les calendriers de l'époque impériale.
Sont fastes (F) :
1° Trente-six jours appartenant à l'ancien calendrier républicain. Ce sont les Kalcndes, Nones et dies poslriduaiii qui n'ont pas été affectés accidentellement d'un autre signe (30 F contre 24 N et X»);
2° Les dix jours ajoutés à l'année par Jules César, sauf le 30 janvier, jour de la dédicace de l'ara Pacis (??) ;
3° Un jour férié, appartenant à la religion populaire, et qui, comme tel, aurait dû être marqué A'», à savoir les Feralia (21 févr.). Cette exception est sans doute motivée par le fait que les cérémonies des Feralia étaient exclusivement à la charge des familles, et, par conséquent, en dehors du culte public'.
Soit un total de 46 jours F, distribués assez irrégulièrement entre les divers mois. Février n'a pas d'autre jour F que les Feralia, dont le caractère est des plus douteux ; juin n'avait qu'an jour F (le 2) quand César lui en ajouta un second (le 29); juillet n'en a qu'un seul (le 16). Cette irrégularilc doit avoir été produite par des suppressions accidentelles de jours fastes au profit des catégories N et 19. On remarque que, en dehors des jours fastes ajoutés par César, tous les autres coïncident avec des Kalcndes, Nones, et lendemains de Kalendes, A'ones et Ides. Il est possible qu'à l'origine, les Kalendes, ÎSones, Ides de tous les mois, et peut-être ensuite leurs lendemains, aient été jours fastes-.
Sont comiliaux (C) tous les jours non compris dans les catégories et subdivisions précédemment énumérées. On en compte dans le calendrier julien 18i, dont la moindre partie en février et avril, la majeure partie de septembre à décembre.
En résumé, le bilan total du calendrier julien vers la fin du règne d'Auguste comprend '■' :
EN
F {dies fissi). . .
F (nnté-juliens).
F (juliens)
Jours If as les et] comiliaux (C)..
Total
Jours néfasfes (132)
Jours fusliis (49)
6G 8 ) Jours tuixtes
'M'ih jours.
1 FesluR fp. 24.H, s. V.) di'*finit les Pnblicn sncra, ijuni' Jiufilico smiijilil jn-o impuln fumt. 1.C Kal. Cauretnniim porle au 21 février FF^, qu'il faut sans doute traduire par feriae jmUicnf. Restent des variantes difficiles à expliquer pour ileux fcHes populaires que nous avons coniptifTS plus haut parmi les jours i\*, les Vinn/in priorn {-a avril; et ruslica (l'J août). On trouve, au 23 avril, !•' dans le l'rai'iieslinum. FI' dans le Cni'relaïutm, \' dans le Mo/f<-ianiim, où l'exception dis|>arait ; au 19 août, F dans VAntinlinum, FP dans le Mn/feianiim, N' dans le Vallmse, (|ui supprime l'eiception. Il est facile de son iirendre aux graveurs : mais ces variantes, et surtout le sigle M', qui est un essai de transaction, semblent prouver que le earactOre des jours en (juestion était contesté, les uns voulant conserver, et les autres corriger l'anomalie. — ^ Cf. iMonuusen, Jlùm. Chron. p. '230. — 3 A cause des variantes des calendriers, les érudils arrivent à des résultats diiïérents. (C,{. Mommsen, Jtôm. Citron, p. 228-2i)5. Corp. inscr. Int. I, p. 373-377. Husclike, Dm nlte rômische Jahr und seine Tnije, lircslau, 18C'J, p. 277. Hartmann, fji. cil. p. 110. I.ango. /lôm.
Pour restituer approximativement la distribution des jours dans le calendrier anté-julien, au cours de l'année commune de 3oo jours, il faudrait en éliminer d'abord les dix jours ajoutés par César (9 jours F et un jour V), réduire à trente-cinq jours la catégorie X* en l'allégeant des dix-neuf fériés impériales, des onze Ides autres que celles de juin, peut-être même de la férié du 1" mars — et cela, sans pouvoir malheureusement répartir les jours ainsi repris dans les catégories N (?), F et C aux- (juelles le régime impérial lésa enlevés'.
Sous l'Empire, la distinction entre les jours F et les jours C n'a bientôt plus de raison d'être, et même la distinction entre jours fastes et néfastes tombe elle-même en désuétude, parce qu'elle ne correspond plus à la réalité. Nombre de jours donnés comme <i fastes » n'en étaient pas moins envahis parle chômage, sous prétexte de jeux et autres réjouissances publiques". Les empereurs se préoccupent d'assurer au moins le service des tribunaux, en inscrivant au calendrier des jours qu'ils appellent non plus fasti, mais judiciarii ou juridici. Marc .\urèle porta le nombre de ces jours d'audience à deux cent trente ^. Une constitution impériale de 389 déclare que les tribunaux peuvent siéger tous les jours', sauf les exceptions mentionnées dans ce même décret. C'est la fin du vieux système des « fastes ».
o" Jours de mauvais augure [religiosi — atri — vHiosi). — Il n'a été question jusqu'ici que des qualificatifs inscrits sur les calendriers épigraphiques. Mais les marbres n'ont pu donner place à tous les motifs de classification imaginés par la casuistique pontificale. On a déjà dit un mot plus haut de la confusion que faisait le vulgaire entre les jours néfastes et les jours de mauvais augure. La croyance à l'inHuence heureuse ou malheureuse de certains jours est de tout temps et de tout pays. L'astrologie ne l'a pas inventée; elle n'a fait que la pousser à l'extrême et la suivre jusque dans les subdivisions infinitésimales de la durée. Cette croyance est née tout naturellement de l'attribution des jours à des divinités bienfaisantes ou malfaisantes, attribution motivée ellemême par des circonstances de la biographie mythique de ces êtres surhumains, le tout corroboré par de prétendues expériences comme en citerait encore de nos jours la crédulité populaire.
Les Grecs appelaient àTtocppiSs; ■^ijj.spa! [AroruRAnES he- MERAiJ les jours où, sous peine d'insuccès, ni les particuliers, ni les cités ne devaient rien entreprendre d'iml)ortant. C'étaient, à Athènes, pour toutes les assemblées publiques, y compris le Conseil elles jurys, des « jours de congé » [apuetoi hemerai], analogues aux jours néfastes des Romains, mais imposant une abstention beaucoup plus rigoureuse. C'est que les àTiocppàos; ou à'^sToi vi|jiépa>* réunissaient en eux deux caractères ou aspects que
.1//. |;i, p. 33C-360. Soltau, iïôm. Chron. p. 105-109. Kruns, Fontes juris Homani •inliqid. p. 3S-40). Celui-ci est d'accord (sauf pour le 26 juin et le 10 août, à qui j'avais e.insené le sigle C) avec le calen.lrier inséré dans mon Miiniirl rl,:i /nstil. romainfs, p. HS7-3S!I. l Voy. dans Soltau (o/). cit. p. iSi-lSS) un ess.ai de reconstitution du raleiidrier avant César (depuis 1 0 1 a . Chr.) et la comparaison des calendriers de César et d'Auguste. — ' Sous ^éron, C. Cassius réclame o]iorlfrr iliriiii sacras et neijoliosos •lies (Tac. Ann. XIII, 41). Réduction des jours de fétc par Claude (Uio l'ass. LX, 17), Vespasien (Tac. Bist.W, 40), Nerva (Dio Cass. I.XVlll, 2), Mare-Auréle (ci-dessus, p. 003, note 7), Septime Sévère (Capitolin.i'eWiii. IS), Macrni (l)io Cass. I.XXVllI, 17), ellorts impuissants d'ailleurs, car on trouve 173 join-s de jeux ordinaires (.s(i7(i) dans li's Fastes de l'Iiilocalus. — C' Ci-dessus, |i. 903, note 7. — " Omnes dirsjuliumus esse ;«ri(/ico5(Cod.Tlieod. II, 8, lO). — » Lcssuionymcsncmanquenlpas : <i|.iça\»xjOç»>,:«;, H'.!<f«i, àiToftr.Toi, ânfaxToi etc. Ilcsiod. 0pp. et (lies) avait dressé à l'usage de l'agriculture le compte des jours heureux et malheureux. Sur ce sujet, cf. Plut. Catnill. 10.
FAS
FAS
lasubtilitéponlificaleavait su distingunr et mômo séparer.
Le jour nofasle romain (Nj était tel parce qu'il appartenait aux dieux; il ne suspendait que la vie publique. Encore la prohibition ne portait-elle (|ue sur certains actes, la tenue des comices et l'audience du préteur. Les jours malheureux en sol, dont l'inlUicnco se faisait sentir jusque dans la vie privée, roniiairnl une calé^oric à part, et c'est d'eux qu'il s'agit ici.
Les Pontifes n'entendaient jias endosser la responsabilité de toutes les fantaisies de la sufierslllion vulgaire, de ces faiblesses d'esprit dont Auguste; lui-même avait sa bonne part ', pas plus qu'ils n'employaient la variété de synonymes [dlcs teiri, infiiusd, inomiiifilcs, lugubres, funcsti, Irisles, 7niseri, inmispicati, posln-i. Impofluni et surtout nefasti) pour désigner les jours do malecliance. Les jours accidentellement viciés pour les particuliers, par suite de mort, funérailles, anniversaires funèbres, etc., ne pouvaient non plus entrer dans le calendrier public. Les Pontifes ne s'occupaient donc que des jours officiellement donnés comme » religieux », par opposition aux jours « purs ».
Les termes rcligiosi, vltiosl, al ri [dli's) ne paraissent pas correspondre à trois espèces distinctes de jours stigmatisés. Ce sont des définitions difl'i' rentes appliquées aux mêmes objets. Un jour est » religieux» parce que les prohibitions qu'il comporte s'imposent sous peine de péché, et sont affaire de conscience - ; « vicié » parce qu'il rend irréguliers les actes interdits '; << noir » parce qu'il a un caractère lugubre et menaçant. 11 faut avertir que ce sens usuel du mot nier n'est peut-être qu'une méprise, due au besoin de comprendre et de rajeunir des termes surannés. D'abord, il est étonnant que les Pontifes — • pour éviter au moins Vomrn des mots — n'aient pas remplacé un pareil vocable par un euphémisme '•. Ensuite, Verrius Flaccus, h qui Aulu-Gelle emprunte l'explication historique du mof', remarque luimême, à propos de Quhhpuitrus, que, dans certains pays latins, les jours après les Ides étaient désignés par des nombres ordinaux terminés en alrns^, et Varron, qui connaît aussi le fait', en tire la conclusion que « les lendemains de Kalendes, Nones et Ides s'appelaient atri parce qu'ils commençaient une nouvelle série de jours* ». La désinence en ntrus, inintelligible pour le peuple, aurait donc été transformée en atfr et dotée du sens de « noir », après que — par le décret pontifical de 389 avant J.-C — tous les « lendemains » [dies postriduam) eurent été notés comme malheureux. C'est là un fait normal, bien connu des philologues '". Ainsi, avant de devenir un terme générique, synonyme de « religieux» et de c< néfaste », l'épithète niri [dies.) ne s'appH-
I Suc-t. nci. !)2. — 2 Frai. s. V. Iteliriinsus. p. i7«; Coll. IV, 'J. .'i. — 3 Viliusiis(Cf. Kal. M;itT. et Praen. n. 0. XIX Knl. Ft'lir.) doit apiiiirteiiir à la langue augurale (Cf. Cir. Li'f/f/. Il, H; Divin I, Iti). Nous no connaissons il'autio dies vitiosus ex SC. (c'esl-ii-(lire ofliciellcrnont qualifié ainsi) que le 11 janv., déjà (lies afer comme lendemain des Ides. I.e SC. a dû faire disparaître rohli[;a(ioii de sacrifier (indiquée par le sigle KN). ineonq)atiltle a\ ec le caractère de i/ies ati'V (cf. Corp. inscr. ttif. I, p. 373).
— l Certaines |)ers(innes suhslituaient â nIri le mol coiumitnes, velut ad emendtttioueui iiumiuis (Macrob. I, IG, il), Atri suut dirs tjui et coiiiiimnes vucatiliir i Isid. f)e nat. rer. 1). — « (iell. V, 17, — 6 Ap. Fest. p. 25V-2:i7. s, v. ituinguatriis. Cf, Gell, 11, a, 7, — 7 Varr, L. lat. VI, I i, — <* Dies jHtslridie Kaleiidas, Xona^, Jdiis appellati nlri, tjitod per eos dies novi incijterent (Varr. /-. tat. VI, i9). — *J Gcll. V, 17. Cf. l'iut. Q. Jl„m. 23. — 10 Cf. 0. Uruppe, Dieu nier (Hermès. XV [1880], p. 6il),
— t' On trouve le sens général et le sens propre ju\tapos*^s dans Noiiius Marcellus (p, 73) : Atri dies dicttntur quos nunc nefttstus vel posteras vacant. Afrnniiis /'Vn^-iis ; Septembris heri Katendae, liodie atri dies. Feslns classe les jours .. noirs .« parmi les dies religiosi (p, 278, s. », Jieligiosumj. — >• Cf. Uouclic'-Leclercq, Les
quait qu'aux lendemains de Kalendes, Nones et Ides".
Un certain nombre de jours ont dû être « religieux » do tout tem[)s : c'étaient les jours voués aux commémorations des morts. On sait que les Mânes tenaient le milieu entre la nature liumaine et la nature divine, et que ce (|iii leur appartenait, n'étant ni profane ni sacré ^ia.mm!, était défini chose « religieuse » par le droit pontifical '^ Étaient religieux à ce titre :
1" Les dies ferales ou pnrenlalcs du mois de février (du i;} au 21) ", soit neuf jours comprenant 3 X', 1 N, i EN, 1 F et 3 C ;
2° Les trois jours des Lemuria i9. Il el 13 mai] '• marqués N, elles trois jours duranllesqucls l'ouverture du miindus donnait libre sortie aux }ilines (mundus palet, 24 août, o oct., 8 nov.), jours C '';
3° Les huit jours (dont 7 N et 1 .V, durant lesquels le pnius Vestae restait ouvert (du 7 au li juin) '° ;
4" Enfin, il est probable que les jours et mois intercalaires de l'ancien calendrier étaient considérés comme de mauvais augure. Du moins, on sait qu'ils étalent tonus pour néant par les juristes ' ', et que, au iv» siècle de notre ère, le jour « bissextile ■> passait encore pour dangereux".
A ce legs des vieux âges, la chancellerie pontificale ajouta des jours reconnus par expérience comme portant malheur, dos anniversaires de deuils patriotiques'''. Le type de ces anniversaires est le dies AUiensis (18 juillet), jour de complète abstention [rei nullius publice privatimqiie agendae^"). Les Romains, hésitant entre leur foi et leur amour-propre, tenaient à ne pas perdre le souvenir dos expèrioncos fâcheuses, mais ne voulaient pas en encombrer leur calendrier. Ovide sait que le 23 juin rappelle Trasimène -'; mais ni cette bataille ni même colle de Cannes (10 août) n'ont laissé de traces dans les Fastes. C'était aux généraux de connaître les dates dangereuses. Ainsi, les officiers de Lucullus hésitaient A se battre le 6 octobre 09, se souvenant qu'à pareil jour, Ca'pion avait été battu en 107 par les Cimbres--. Les seuls jours que nous sachions avoir été stigmatisés par un décret pontifical les déclarant impropres aux sacrifices, en souvenir do mainte expérience fâcheuse, sont les jours «noirs », les U'cnic-sx'a. dies poslriduani mentionnés plus haut '". Peut-être, après le désastre de Cannes, survenu a. d. IV non. .te.rtil., songea-t-on à traiter de la même façon les n quatrièmes » jours avant les Nones — et, par analogie, avant les Kalendes et Ides —, car certaines gens considéraient ces jours-là comme malheureux-'. Là encore, les particuliers avaient plus de mémoire que le calendrier.
La liste des jours officiellement religieux n'est pas
Pontifes de l'ancienne Home.p. 88-90. — " 0\ id. FasI. Il, 5M-3GS. — H Ovid. Ftut.
V. 119- 192. — i:>Festus(pp. m. 13»; Epit.p. 156, i. r, .Vunrfui) dil que, ces jours-là, non comilia habebanlur, ce qui csclurail la lettre C. Varron (ap, ,Macrob. I, 16, 16) ne parle que de la mobilisation de l'armée. — 16 Ji dies religiosi habentur {Feit. p. 230, s. r. Peniis). — <"• flig. L, Uî. 98. — '« Anmi. Mare. XXVI. I, 7, — IS Diet qui essent notait rehits adeersis (Macrob. I, 16. 19). Cf. Rr. Uclmi.inn. De die Altiensi aliisl/ue diebus religiosis reteruni Romnnoriini. Côlting IS22. — 20 Ijv.
VI, 1 ; Flor, 1,13,7; Lucan, Pliars. VII, 109 ; Gell. IV, 9, 6. On prétendait aussi que le dies Allinsis avait déj,-i été ensanglanté en 177 par le massacre des 306 Fabius (Liv. VI. 1 ; Tac. nist. II. 91 : Plut. Camill. 19 : Macr, 1. IC, 21) ; mais Ovide iFast. II. 193-196) aflirnie que ce désastre eut lieu aui Ides de février. — S' Ovid. Fast. VI, 7;i7. 22 Plut. Lueiill. 27. — 2;l Les dies ixtstridnnni sont flétris i ro<rcasion de la bataille de lAUia. quoique le dies Alliensit ne soit pas poslriduanm. Il y a la une bilarrcric qui préoccupait déjà Tite-I.ivc (VI. I) et PIulan|ue (0- rom. 25). On en fut réduit à imaginer que le sacrifice précédant la bataille avait él* offert 'et repoussé par les dieux) deux jours avant, c'est-à-dire le 16, — S' Cell. V, 17, 3-5 ; Macr. I, 16, 26.
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restée invariable. La République aA'ait hésité à l'allonger'; l'Empire se lit un point d'honneur de la raccourcir en mettant des dispenses à la place des prohibitions, et des victoires à la place des désastres. Le dics AUii'nsis, encore redouté au temps de Cicéron -, reçoit la note C, qui cependant n'efface point la tache trop invétérée-'. Le 2 août [dics cttrr) devient jour férié {fp) en mémoire des victoires remportées par César en 49 et 47 avant Jésus-Christ '■ ; le dirs atcr du G avril est également férié (ÏV) en souvenir de la victoire de Thapsus ^ Un autre dics atrr, le 2 septembre, devient férié commémorative de la bataille d'Actium °. Auguste supprima aussi, vers l'an 28 avant notre ère, la religiosité associée aux Ides de mars depuis la mort de César''. Quand il eut marié Drusus avec une fille d'Antoine, il put bien effacer également la flétrissure imprimée par sénalusconsulte au jour de naissance d'Antoine *. D'autre part, il se garda bien de perpétuer le souvenir de la défaite de Varus, le dies AlUensis de l'Empire, dont, au reste, on ne sut peut-être pas la date exacte. Ses successeurs ne furent pas tous aussi sages. Tibère songea à classer parmi les jours « néfastes » — au sens populaire du mot — le jour de naissance de la première Agrippine', et Néron flétrit ainsi le jour de naissance de sa mère, la seconde Agrippine '". En revanche, on déclarait jours de fête les anniversairesde lamort de Libo", de Séjan ", et on voulait en faire autant pour la mort deCaligula.
Mais bientôt, il devint inutile de toucher au calendrier national, qui ne réglait plus les mœurs. La mode était aux almanachs égyptiens ; chacun consultait son Pétosiris pour savoir s'il devait agir ou s'abstenir '\ Les dirs Aegyptiaci se substituent aux jours <> religieux » : on les rencontre dans les calendriers de Philocalus et de Polémius Silvius, et ils font partie des superstitions léguées par l'antiquité au moyen âge ".
Il nous reste maintenant à spécifier les prohibitions attachées aux jours religieux, sans confondre les règles officielles et les usages populaires. Tous les jours religieux ne le sont pas au même titre, et ne visent pas les mêmes modes de l'activité publique ou privée.
En dépit de l'obstination du langage courant à confondre « religieux >> et « néfastes », et des raisons qui expliquent cette confusion, il faut affirmer à nouveau que les jours religieux n'ont officiellement rien de commua avec les jours marqués N. On a vu que le dies AlUensis lui-même est marqué C. Sur les vingt jours signalés plus haut comme ayant dû être religieux de tout temps, on compte 4 .V, 8 N, 1 EiN', 1 F et 0 C. Les trente-six dies atri comprennent vingt-deux jours F, neuf jours N, trois jours ?P, un jour EN et un jour C. Rien n'autorise Merkel'' à soutenir que les jours religieux
1 Elle pul même prolili-r des vicloin>s de Sjlla, Lucullus, l'ompd-e, César, pour supprimer des jours religieux. Le 0 oclobre, par exemple, dut être réhabilité par la victoire de Tigrauocerte (cf. ci-dessus). — 2 Cic. Ad Att. IX, 5.-3 Suet. Vilell. 11-, Tac. Hist. 11, 91. — 4 N' Viclni-ia ffisjiaiiica dans les calendriers. — 5 N' V'/t/o;'ia ad Thn/isiim. — c N> Vicloria Acliaca. — 1 Dio Cass. XLVll, 19; Suet. Caits. 88 ; Orclli, ùVA. Cf. Morkel, pp. vri, xu, ux. — 8 Dio Cass. 1,1, 19. — 0 Suet. Tih. 53. Suivant Tacite (.l,i,i. VI, 25), Agrippine était morte deux ans après Séjan, mais le même jour, et c'est ce jour (18 oct.) qui aurait éti! fcHé. — 10 Tac. Ami. XIV. 12. — H Tac. Ann. Il, 32. — 12 Dio Cass. LVIll, 12. — l;> Cf. Juveu. VI, 581. — 14 Liste des 25 dies Aeijyptiaci dans Co/yj. iii.'icr. lat. I, p. 374. On remarque (|u'ils suivent de près un égal nombre de dics senntus leyifimi, ceux-ci fixés par Auguste. Vov. J. Loiseleur, Lus Jours égyptiens et leurs variations dans tes calendriers du moyen àf/e {JJém. de la Soc. des Antiq. de France, XXXlll [1872], p. 198-253). — is Merkel, op. cil. p. xxxu-xxxm. — 15 On a vu plus haut (p. 993, noie 3) qu'il est incompatible avec
avaient reçu d'abord la note N, et que ceux qui ne l'ont plus ont été réhabilités par Auguste. Les jours N, étant propriété des dieux, n'auraient pu être « profanés » sans compensation. Si donc des jours antérieurement connus pour religieux portent sous l'Empire la marque F, il est prudent de conclure qu'ils ont toujours eu ce signe. On pourrait même dire que le caractère religieux, quand il comprend, comme pour les dirs atri, l'interdiction des sacrifices, est théoriquement incompatible avec le caractère néfaste (à plus forte raison X*) ni'fastus étant synonyme de dis su crains"^. Nous ne saurions admettre non plus, avec Mommsen'", que la différence entre les jours néfastes et les jours religieux consiste en ce que les jours N ont été primitivement des jours religieux, peu à peu dépouillés de ce caractère, tandis que les dies religiosi proprement dits sont des additions postérieures, dépourvues de sigle spécial et restées en dehors du système de notation traditionnel. Entre ces deux catégories, la différence est non pas accidentelle, mais spécifique.
Le type parfait du jour religieux, le dies AlUensis, est impropre à toute espèce d'usage, public ou privé, aux exercices religieux comme aux entreprises profanes". La note C lui fut sans doute adjugée comme étant la plus commune (surtout en juillet, mois des élections), et avec la condition sous-entendue de n'en pas user, si ce n'est peut-être pour achever des élections commencées; car il était interdit, aux jours religieux, de « commencer », mais non pas de continuer quoi que ce soit ".
Après le dies AlUensis, les jours les plus religieux sont les « jours noirs « {atri — posieri — postriduani). L'interdiction mise en première ligne — la seule dont parle le décret pontifical de 389 — est la défense d'offrir ce jourlà aucun sacrifice ■'". Certains théologiens prétendaient qu'on ne pouvait même pas faire ses dévotions aux parents défunts [ptircntare), autrement dit célébrer des anniversaires funèbres, parce que les noms de Janus et de Jupiter, inscrits dans les Offices des Morts, ne devaient pas être prononcés en un jour « noir »-'. De cette prohibition principale, il résultait (jue les jours noirs n'étaient propres ni à la mobilisation de l'armée, ni à la tenue des comices, ni à tout acte de la vie privée exigeant un jour « pur » --. En revanche, ils étaient propres aux audiences du préteur, et il est possible que le but du décret pontifical ait été de les réserver à cet usage. Cependant, la superstition ne paraît pas avoir respecté une distinction aussi subtile. Si les jours noirs étaient dangereux pour « toute espèce de chose» ^^, ils l'étaient aussi pour les procès. Suétone cite comme une bizarrerie do Claude le fait qu'il rendait la justice, même les jours de fête et les jours « religieux » '^'\
1(! caractère EN. — n Voy. ci-dessus, p. 991, note 10. — 18 Liv. VI, 1. Los décurions de Pise, déclarant le jour de la mort de G. CoRSar(21 févr.)p/'o Alliensi lugubrcm, décident qu'il n'y aura ce jour-là île quod sacrifieium puhlicitm neve quae stipplicationes nive sponsalin nive convivia publica... nive qui ludi scaenici circiensesve (Cenot. Pis. ap. Orelli, (143 ; Cor/ï. j/j.scr. /a^ XI, 1421). — ^'J Hem quampiam noram exordiri (Cell. IV, 9, 5). Cf. lliou. liai. IX, 23. Plut. Q. roin. 25. Augustin. Jinr/iimM. — 20Gen.V, 17. Cf. ci-dessus, p. 995, notes 9, 22 et 101.— 21 Marr. I, IC, 25. — "Ut lii dies nequeproidiares, neque puri, neque coinitiales essent {^l^ef. I. 16, 2't;. Pour les comices, la cousé(lueuce n'est pas rigoureuse : car, quoi qu'en dise Hartmann {op. cit. p. 28), aucun texte ne prouve t\ue le [(résident des comices fût tenu (i'oil'rir un sacrilice préalable. Cf. Mommsen, A^/(Ta/.s/*t'f/i^ III, p. 380, 1. Du reste, un des dies atri (10 juiU.) porte la marque C. L'expression neque puri [glose introduite fiaus le texte ■.'] est synonyme de religiosi: parus signifie « net », dégagé de toute lidravc. — 2J Ad omnia cavendos (Macr. I, 10, 21). — 2i Suet. Clnud. 14. Cf. Tifjer. 61. Soulcineut, ces jours religieux n'étaient peut-être pas les postriduani .
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Nous no savons rien do particulier sur les observ'ances imposées par les plus anciens dirs ri'lirjiosi. Évidemment, les dies pnroilak's laissaient toute liberté à la religion domestique, pour ce qui concernait le culte des morts, et contrastaient sous ce rapport avec les « jours noirs ». On connaît les cérémonies expiatrices des Lemuria. Pour ce qui est des jours où le mmidus est ouvert, Foslus ' dit qu'on évitait en un pareil moment de livrer bataille, de faire des levées, de réunir les comices, et qu'on se bornait, en fait d'activité publi{iue, au strict nécessaim. Dans les calendriers impériaux, la défense de tenir les comices est levée — théoriquement, du moins — comme pour le dies Allierisis^. Festus est plus laconique encore au sujet de l'ouverture du pcnus Vrsiai:; il se contente de signaler ces jours de juin comme religieux.
Le jour de la mort de César (i.'J mars;, religieux entre l'an 4 i et l'an 28 avant notre ère', avait été déclaré impropre aux séances du Sénat; en quoi il était plus religieux que tous les autres, car le Sénats'était soustrait à toute observance, même à celle des dies atri, bien que son président fût tenu de sacrifier avant la séance'.
La superstition populaire poussait la crainte des jours religieux plus loin que la théologie pontificale, et elle rétendait à des jours qui n'étaient pas officiellement religieux. Les gens prudents se gardaient par-dessus tout de partir en voyage ou de se marier un jour religieux ^ et les gens très prudents ne se mariaient pas davantage la veille, pour ne pas inaugurer par un pareil lendemain leur vie de famille. De cette façon, les Kalendes, iN'ones et Ides — les Nones surtout — devinrent à peu près aussi religieuses que leurs lendemains". Au point de vue spécial du mariage, il y eut des mois entiers, comme mars et mai, qui, à la façon du Carême catholique, mettaient obstacle aux unions matrimoniales'. Le mois de mars était encore religieux à un autre point de vue. Les jours durant lesquels les ancilia étaient en mouvement — c'est-à-dire le mois entier" — passaient pour religiosi ad iler; et cette superstition, légalisée ou non par la théologie officielle, était si puissante qu'elle arrêta en 190, sur les bords de l'Hellespont, l'armée conduite par Scipion '.
En outre, chaque famille devait avoir ses souvenirs tristes, ses jours religieux à titre privé, qui s'ajoutaient aux entraves créées par la religion de l'État ou par l'opinion publique.
6" Des frvics niohi/ps ri des Nundines. — On ne s'est occupé jusqu'ici que des jours inscrits à poste fixe dans le calendrier et qui gardent la qualité à eux attribuée. Mais toute la série des fêtes ou même des jours religieux ne s'était pas immobilisée ainsi.' On a vu qu'un certain nombre de fériés annuelles était restées « conceptives » ; que, de plus, l'État pouvait à tout instant ordonner des
1 FcsI. p. I;il-ln7, /i'//i7. p. ISO, .«. V. Muiuhta cL Mundum. — 2 Voy. ci-iicssus, note 2, p. 996. — iî Cf. ci-dessus, noie (i, p. 996. — i Voy. le relevt'- des séances tenues iulx jours atri dans Lange, Rôm, Alt. Il*^, p. :i92 sqq. — îi Ovid. Fast. II. 557 ; VI, lit'J ; .Macr. I, 16, 18; Plut. Q. rom. 2.ï. — B Macr. I, 15, 21-23; Suet. Ocl. 92. — ' Maio iiittise reliqio est nitljere, tU idem Martio, in quo de nnptiis haliilo certamine a Miitt-rva ^/nrs rictus est et ohtrnfa virt/iuitate Minrrrn Neririir est ap/iellota
Porplnr. ad Ilor. Kpist. II, 2, 209). — 8 Les Fastes de Pliiloralus portent Annn ancilia tuovent au 9 mars : mais ou sait par ailleurs (lo. Lyd. Mens. III. 15 ; IV, 29 ; Merkel, p. i.v ; Corji. inscr, lat. I, p. rtST) tpie ce y mouvement » conuneneait li-
l"' mars, — '.' I,iv. XXXVII, ."^3. Il est vrai que Seipinn était Salien et fort oce\ipé de ses dévotions. On ue cite pas, croyons-uous. daidre exemple trini pareil scrupule.
— 10 Les liauçailles de Tullie avec Crassipes sont relardées par les (lies duo ijui )insl Lnlinas ernnt religiosi (Cic. Ad Q. frut. Il, 4). — H Gell. IV, (>, 9-l«.
— '^ Eu 67, la loi Manilia de stfffrnr/iis lihertiiwntm fut cassée comme ayant été
cén'îmonies religieuses à titre extraordinaire — cérémonies joyeuses comme les triomphes et jeux; tantôt joyeuses, tantôt tristes, comme les supplications et lectistcriies, Vniithur/jinin, le lustrum ou ainhdnslrium ; sévères comme {asncrin/i novemdinle (fériés de neuf jours motivées par des pluies de pierres), ou décidément lugubres comme le deuil public appelé juslitium. De ces jours, les uns étaient fériés; l(;s autres s'approchaient du tyi)e des jours religieux ; d'autres enfin traînaient après eux des lendemains et même des surlendemains de caractère religieux, comme le La liar ou. ferine Lfititiae'".
Toute cette partie irréguliôre du culte tenait en éveil la vigilance des Pontifes. Il fallait éviter que les fériés ainsi ordonnées ne tombassent sur des jours déjà fériés ou sur des jours religieux. Tant qu'il ne s'agissait que de dates choisies, et non pas imposées, un peu d'attention y suffisait. Encore arrivait-il aux Pontifes de commettre des inadvertances. Un jour, Tiberius Coruncanius [Pont. Max. de 2:j'i à 243 av. J.-C), ayant sans doute désigné pour une grande fête le lendemain d'un dies aler, n'avait pas songé que la veille de la fête devait être férié préparatoire Iferiae praecidaneae). Il fallut, pour lever ce scrupule, un décret du collège, qui couvrit son chef, mais aux dépens des principes". Enfin, Pontifes et .\ugures tenaient la main à ce que le caractère X ou X^ des fériés conceptives ftit respecté '^
Mais les Pontifes avaient à compter avec un élément perturbateur du calendrier, qui, à lui seul, exigea d'eux et des pouvoirs publics plus d'attention que tout le reste de l'Annuaire'''. On voit, sur les calendriers épigraphiques, se dérouler une série continue de huit lettres A B C D E F G H qui se répètent invariablement dans le même ordre d'un bout de l'année à l'autre. Ce sont les semaines de huit jours (»>tiiillna), dont le jour initial ou final'' — ■ peu importe — revenait tous les neuf jours [.n'undinae], autrement dit, au bout de huit jours révolus '^ Cette série ne connaissait ni mois ni années"' : elle se continuait d'une façon uniforme à travers la durée. Le nombre des jours de l'année n'étant pas un multiple exact de 8, il en résultait que, chaque année, sur les calendriers perpétuels, les Nundines coïncidaient avec une lettre différente, qui restait « lettre nundinale » dans tout le cours de l'année. Depuis quand les Nundines promenaient-elles ainsi leurs étapes mobiles à travers les étapes fixes du calendrier, nul ne pouvait le dire. On racontait que ces dimanches romains avaient été institués pour que la plèbe de la campagne pût se réunir ii la ville et s'y occuper de ses affaires privées ou politiques ". C'étaient des jours de marché (àYosai), et en même temps, pour la plèbe, des fêtes religieuses où elle associait au culte de Saturne, dieu de l'agriculture, la mémoire de Servius TuUius, le roi
votée au jour indiqué pour les Compilalia (.\scon. p. 63 : Dio Cass. XXXVI, Î3). — 1! .\undiiia... de i/iiUms oliservntio tam diligens qiiam cauta narralur (Macr. I 1.; ji. IV Initial pour Mommsen, final pour llusclikeel Sollau; le chois est arbitraire. — '•• Q"i noiio semper ah orbe reilit (Ovid. Fast. I, 34) : noundinat, pour uorendiiiae. le même mol, au fond, que .Vonae (cf. M.icr. I, Iti, 2S). On sait <iue, dans toutes les langues, on majore d'un an le nom des cycles : le c; de de quatre ans s'.appelail =tv:«tT> f t';, etc. Nous disons encore aujounlhui • tous les huit jours • a\cc une semaine de sept joui-s. — '« .Yunrfiuiini finit |ttr prendre le sens de » laps tlo temps •, série alternante en jiénéral. On ap|K'lail ainsi la dun^e des fonctions d un collège consnlain-, .-lu temps où l'.wnéo élait |>arlagéc enlre plusieurs collèges de consuls, ordinaires et suffccts (Lamprid. Alex. Ser. iS, 43; Vopisc. Tac. 9). Cr. W. llenieu. De mmdinis coiisu'.nribiis aeinlis imperalorine (liphcm. Epigr. I [I87i], p. IS7-I99). — " Varr, R. rlut. IL praef. I. ap. Serv. r.eorg. I. i7'i; Macr. I, 16. 33-33; Colum. I, praef. IS.
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pléliéien et palron de la plèbe, à qui on faisait remonter l'institution des Nundines'. Certains érudils en faisaient commencer l'observance après l'expulsion des rois-, tandis que d'autres les croyaient établies par Romulus lui-même '\
Il résulte de ces textes, comme de ceux qui signalent l'existence de semaines pareilles chez les Étrusques '% que les Romains ignoraient l'origine des Nundines, et c'est une preuve que nous sommes en présence d'une institution archaïque. Que la période de huit jours révolus, usuelle à Rome [novemdiale sacrum], ait été la durée maximum d'une phase lunaire, le fait est possible; mais il ne faudrait pas abuser de cette présomption pour imaginer, avec Mommsen, des Nundinac fixes ou secondes Nones, qui auraient été le jour initial d'une quatrième fraction du mois {nono die a. Kal.) et auquel se rapporteraient les textes législatifs concernant les Nundines. La confusion de ces Nundinac fixes avec le jour initial des nundina mobiles eût été par trop grossière, et Mommsen désavoue aujourd hui son aventureux système ^ Il n'y a jamais eu que des Nundinae et nundina mobiles. Quant à la date de leur institution, il suffit pour le moment de constater que cette date peut être reculée jusque dans la période royale.
On verra plus loin à quels expédients le désir d'éviter la rencontre des Nundines avec les jours fastes a condamné les ordonnateurs du calendrier. Mais on ne saurait comprendre la nature du problème qui leur était posé sans avoir déterminé le caractère qu'ils attribuaient aux Nundines.
Le fait initial — déjà complexe en lui-même — d'où il faut partir, c'est que les nundinae étaient pour le peuple des campagnes ou plèbe un jour de chômage, en ce qui concerne le travail quotidien, et de dévolions particulières ; de plus, un jour de réunion à la ville, de marché, d'affaires commerciales et autres. Depuis que la plèbe avait ses magistrats particuliers, les tribuns utilisaient les Nundines pour tenir les assemblées de la plèbe {concilia plebis) et n'entendaient pas être dérangés dans leurs colloques par des ordres contradictoires émanés des magistrats du peuple. D'autre part, les campagnards auraient trouvé bon qu'il y eût ces jours-là audience du préteur, et même que les comices se tinssent de préférence pendant qu'ils étaient tout portés à la ville. Ainsi, les Nundines étaient en même temps, de par la religion, jours néfastes et fériés; à un autre point de vue, jours d'affaires, qui (si l'on tient compte de la juridiction arbitrale des tribuns ou des Xviri Utibus judicandis et des conciles de la plèbe) étaient pour les plébéiens ce qu'étaient pour le peuple les jours à la fois fastes et comitiaux. Pour ajouter à la confusion, certaines personnes considéraient les Nundines comme des jours
) Cass. Hcniiii. ap. Macr. I, 10, 33. La religion officielle tenait aussi compte des Nundines, car, ces jours-là, la flaminica JDialis oflrait un sacrifice à Ju|>itcr [i JunonV] dans la Jlei/ia (Macr. I. 16, 30). — 2 Gcniin. et Varr. ap. Macr. I, 16, 33. Cf. Plut. Q. Rom. 42. — 3 Dion. Mal. 11. 28; Vli, M; X, 1; Tuditan. ap. .Macr. I, 16, a. — 1 Macr. I, 15, 13. — 0 Moniiuseu, Uom. Cliron. p. 16-17. iiO-233. Il s'est ravisé et déclare son système » insoutenable » dans le Slaatsrccht, III [188"!, p. 373,1. —6 lingues reseca?'i imndinis Ilomanis... religiosum est (Plin. XXVIll, § 28). Les Nundines étaient, en effet, les dies parentales de Servius Tullius (Macrob. I, 16, 33). — 7 Auguste obsenabat... ne aut postridie itttndinas ijuoquam proficisceretur aut Nonis quicqunm rei serine inclioaret (Suel. Oct. 92). — 8 Macr.l, 13. 16-18. Ce point, qui est la clef de voûte du syslime de Sollau, est contesté par l'école adverse. Mommsen (/(. Citron, p. 25), lejelant les témoignages de Dion Cassius (XLVIII, 33 :6,ttf ici, toJ tiAvu «9/afo -j î = u). i^LtrcTETo) et de Macrobe {ut nunâinae modo in anni principmi
religieux '^ — néfastes au sens populaire du mot — ou comme traînant après elles des dies airi '. En tout cas, la rencontre des Nundines avec les jours-étapes du mois [Kal., A'on., Id.), surtout avec les Kalendes, et plus encore avec les Kalendes initiales de l'année, passait pour être de fort mauvais augure '.
Au point de vue Ihéologique, ce chaos ne fut jamais débrouillé. La preuve, c'est que les érudits du temps de Varron ne pouvaient même pas s'entendre sur la question de savoir si les Nundines étaient ou non des fériés. Consultés sur ce point par l'augure (M. Valeriiisi Messala, les Pontifes avaient répondu nnndinas sibi fcrias non rideri^; mais ils n'avaient pas tranché le débat par décret officiel, et l'opinion contraire parait avoir gardé plus d'adhérents'".
L'embarras des érudits et des Pontifes tenait aux transactions bizarres qui avaient été consenties par les pouvoirs publics et qui prêtaient elles-mêmes à la discussion. La plèbe avait formulé des exigences contradictoires. Elle avait voulu garder aux Nundines le caractère férié, mais plébisciter de préférence ces jours-là, cl même, s'il n'y avait pas assemblée, faire ouvrir le tribunal du préteur. Les conciles de la plèbe n'étant pas des comices, on dut accepter le fait" ; seulement c'était une raison de plus pour interdire absolument ces jours-là les comices ordinaires, et même les concionc '-. Mais un jour férié ne pouvait être en même temps « faste ». Toute concession sur ce point était contraire aux principes. La transaction se fit pourtant en 287 par la loi Hortensia. Les plébéiens paraissent avoir renoncé à choisir pour leurs conciles le jour des Nundines, moyennant quoi celles-ci furent déclarées « fastes '-^ », c'est-à-dire impropres aux conciles comme aux comices et réservées aux audiences du préteur. De là date celle monstruosité de jours à la fois fériés et fastes, contre laquelle protestaient les érudils qui comprenaient encore le sens des mots. Les Nundines continuèrent à être des jours de chômage et de fête; mais le préteur ne chômait plus, et la crainte de voir lus Nundines se rencontrer avec les jours fastes n'avait plus d'objet.
En décidant que les Nundines seraient désormais fastes, le législateur ajoutait sans doute ou sous-entendait la clause : sauf empêchement de droit. Il n'est pas ])robable que la rencontre des Nundines avec les jours ÎV ou N ait enlevé à ceux-ci leur caractère spécifique : la loi a dû avoir pour effet de transformer en jours simplement fastes les jours qui autrement auraient été comitiaux. Dans la période antérieure, où les Nundines étaient assimilables aux jours N^ ou N, leur action devait être plus marquée et plus gênante ; elle rendait également fériés ou néfastes les jours fastes et les jours
dîem, modo in JVonas caderent... utrumque perniciosum It/i. puUibatur... unndiuae vel primis Kalendin vel .\onis omnibus cavrbnntiir, I, 13, 16), restreint I;i superstition au l*"" jour de l'an et la croit née à la fin de la Képuliliquc. De mémo Snltau (i?. Citron, p. 611-126, 171, 2U) insiste sur la tliébe contraire. — 3 .Macr. 1, 16, 28. — 10 Pour l'affirmative. Corn. Labeo, Granius Liciniauus, Varron, Vcrrius Flaccus, etc. auteurs cités par Macr. I, 16, 28-35. IVundinas fertarum dicm esse voluerttnt, etc. (Kest. Epit. p. 171, j. r.) eumque nefastum, etc. (Fest. p. 173, s. r.) — Jt C'est par inadvertance que Tite-Live fait proposer le plébiscite de Terentilius per omnes comiliales dies (Liv. III, 11). — '2 Macrob. I, 16, 2'J. — i3 Lrge Hortensia effectum est ut [nnudinae"] fastae essenty uti rustici qui nundinandi causa in L'rbem r'enirbant Utes componerent {iilacroh. I, 16, 30). Ce texte a été interprété tout dilTéremmenl, conmie si les Nundines étaient devenues fastae comittales; mais on sait qu'il ne pouvait y avoir même de concio un jour de Nundines (J. Caes. ap. Mu-r. I, 10, 20; Cir. Ad Altic. IV, 3).
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comitiaux. La suppression de quelques jours comitiaux pouvait être sans inconvénient; il n'en était pas de même des prélèvements opérés sur le nombre restreint des ^ours simplement fasics, c'est-à-dire réservés aux affaires judiciaires. C'est ce perpétuel souci, raisonné d'abord, superstitieux ensuite, qui nous fournira le moyen d'expliquer un certain norijbr(' tic pertui'batioiis et anomalies remarquées dans la structure du calendrier astronomique, tel que l'ont conçu et réglé les Pontifes.
II. Fastes ou caliînurieh asïiuj.nomioi'k dks Romains. — Les recherches portant sur la structure du calendri(;r romain aux diverses époques de sou histoire devraient suivre une marche régressive, allantdu connu àl'inconiiu. Mais l'ordre chronologique s'impose à qui ne veut qu'exposer les résultats de ces recherches.
L'iiistoirc du calendrier romain sera divisée ici en cinq périodes :
1° Des origines à Servius Tullius ; 2° De Servius Tullius aux Décemvirs ; 3° De la réforme décemvirale à la loi Acilia ; i" De la loi Acilia à la réforme de Jules César; S° Régime du calendrier julien.
1° Des origines à Servius Tullius. — Si l'on rapproche les textes anciens qui prétendent nous renseigner sur l'année de Romulus et colle de Numa, on tombe dans d'étranges perplexités. Avec ces textes, torturés en tous sens, les érudits modernes ont construit des systèmes tellement divers que le profane, scandalisé par un pareil abus de l'hypothèse, passe de la perplexité au scepticisme. Prenons d'abord les textes, qui ne sont eux-mêmes que des débris de systèmes discordants, imaginés par les érudits de l'antiquité.
D'après les analyses fournies par Censorinus et Macrobe', on enseignait généralement que Ilonmlus avait institué une année de dix mois, soi-disant lunaires, dénommés par lui, dont quatre « pleins » à 31 jours et six « creux» à 30 jours, comptant ensemble, du 1" mars au 30 décembre, 304 jours. Vint ensuite Numa- — à moins que ce ne soit Tarquin' — qui ajouta à l'année 51 jours, et, avec ces 51 jours augmentés de six autres prélevés sur les mois roniuliens, créa deux nouveaux mois (janvier, 29 jours -\- février, 28 jours), placés non pas à la fin, mais au commencement de l'année '. Numa, pythagorisant avant Pythagore, avait eu soin que l'année, et, à l'exception du triste février, tous les mois de l'année eussent un nombre de jours impair (29 et 31). Seulement, l'année, portée à 355 jours en l'honneur du nombre impair, dépassait d'un jour la véritable durée de l'année lunaire. Plus lard — à moins que ce ne soit dès le début ^ — on imagina l'intercalation, pour tenir l'année lunaire en concordance avec l'année solaire.
Abstraction faite de toutes les variantes, ces textes afiirment qu'à côté de l'année religieuse (Numa), qui était une année lunaire, il en existait une autre, d'origine politique ou civile (Romulus), divisée en dix mois ou
1 Censoriil. Du ilic nalali, iO--i:t ; Macroli. I. 12-13. Cf. Lujniann. Ih- retustissimo tjuo Jtomaiiî usi suiit anno, l'rugr. Anisborg. iS.'iï; Htii^cliki*. Dns tttte rômisclir JaUr iiwl seine l'iij/c, lireslau, ISOU. — 2 l,iv. 1, 19 — aCcnsoriii. D. ,1. H. 20, -V. — V (jcei en coulradiction mec lo fait bien connu que ft^vrior i^lait le ilernicr mois du l'anui'c religieuse. Ovide (Fasl. 11. l7-,iV) a trouve' quelque pari une expliration siusulière (acecptcV' par l'elau et llarlniaiui) de l'anomalie. Numa aurait placé janvier au déluil, fi^vrier à la fin de rauuée; mais les HiVemvirs auraient mis février à la suite de janvier. l,e poêle oublie (lu'ailleurs {Faxl. l, -Vi) il adopte l'opiniou commune. — !> Tite-I.ive (1, l'.i) fait appliquer par Numa les régies du cycle de Melon. — » Durée du deuil, des délais inipailis jiour la restitution de la
périodes. On a cru retrouver, en effet, des vestiges de cette année « romulienne » dans certains usages de la jurisprudence civile et internationale des Romains^. Quant à l'année lunaire, on pourrait en supposer a prioci l'exisleiice, car la Lune aété en tout pays le premier régulateur du calendrier religieux, et toute l'histoire du calendrier romain démoiilrt! qu'il est parti de l'année lunaire.
Mais une année de dix mois, et surtout de 304 jours — ces prétendus mois lunaires étant de plus de trente jours en moyenne — est une pure monstruosité. Monimsen ])ense avoir rendu l'absurde intelligible. Il prétend que les écarts énormes d'une année lunaire à intercalation ou lunisolaire de 355 à 383 jours rendaient indispensable une << année d'affaires »; que celle-ci, ordonnée en raison décimale, fut de dix mois calendaires additionnés et se suivant en série ininterrompue, comprenant ensemble de 282 à 298 jours ; enfin que, le système d'intercalation adopté par les Décemvirs ayant, avec son mois intercalaire de 22 ou 23 jours, gravement altéré la durée moyenne du mois et de l'année, les jurisconsultes avaient pris le parti de considérer comme « mois » le douzième de l'année solaire de 365 jours et porté ainsi la somme des dix mois à 30-4 jours'. Huschke et Hartmann, dédaignant le sens symbolique attaché par la tradition aux noms de Romulus et de Numa, prennent le contre-pied de cette doctrine. Pour eux, l'année de dix mois n'est qu'une partie de l'année réelle; c'est la période d'activité religieuse, suivie d'une période complémentaire non divisée en mois'. D'autres, Bergk, Holzapfel, Unger ', supposent que cette année de dix mois est une pure fiction, imaginée par les érudits en vue d'expliquer pourtiuoi les noms ordinaux des mois ne dépassent pas le nombre dix iDecember).
Une solution, sinon définitive, du moins satisfaisante du problème a été cherchée dans une autre voie par Pellengahr, Finâly, W. Soltau'". Si le culte se règle partout sur la lune, nul peuple n'échappe à la nécessité de régler sa vie active sur le soleil, qui fait les saisons. Or, bien qu'il soit difficile de mesurer exactement la durée de l'année solaire, on en avait fait de bonne heure une estimation approchée. En Italie comme en Grèce, le laboureur et le matelot savaient reconnaître, par les levers et couchers des constellations, les principales étapes de l'année solaire. Hésiode suit pas à pas, pour l'instruction des cultivateurs, la marche d'uneannée solaire de 365 jours, qu'il divise en dix périodes. Qu'Hésiode ait ou non adapté à la latitude d'Ascra des indications empruntées à la Chaldée ou à l'Egypte, et que son almanach n'ait pu se transporter sans retouches dans la Grande-Grèce et le Latium", peu importe. Ce qui est certain, c'est que, au grand étonnement des érudits, des villes latines comme Albe, Aricie,Tusculum, avaient dans leur calendrier des mois de longueur variable, allant de 16 à 3'J jours '^ Ces mois ne peuvent être de véritables ic mois », mesurant la durée d'une révolution lunaire. 11
dot. pour le ver^emenl du priv de vente, pour les Irtïves. clc. Cf. Mommscn, Bôtn. Citron, p. 48-49, réfuté par W.Sollau, Hôni. Chron. y. S4-S6. — " MommseD, Itôm. Chivn. p. 47-33. — 8 Husclike. op. cit. p. 9-14; 0. K. HarlmaDU. Di^r rôm. Kalenift'r. Leipzig. 1882. — 0 Th. Bergk. Iltfitràtje zitr rôm. Chj-onologie (in Jahrbb. f. l'hilol. Supplem. Xin (1884). p. 579-662};l.. Ilolzapfel. /fdm. Chronologie. Leipzig. 1 886 ; G. I'. Vnger. /loin. Zeilrechnnng. dans le Hamlhnrli d'I. MûUer, 1. 1 (1866), p. 608- 'i."»4. — 10 A. Pellengahr. Die techniscli'' Chronologie der Jlômer, etc. Rkcinc. 1881 ; II. l-'iuàly, Der altràmisehe KnlenfUr, l!uda|K'st, l!*82; W. Sollau, Itôm. Chron. p. 72- 86. — " Voï. dans W. Sollau (op. cit.), le chapitre intitula Dos italische Sonnenjnhr (p. 72-9S). — IS Censorin. 22. fi. ('f. Moinmscn, Rôm. Chron. p. SIS.
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faut que ce soient des périodes appartenant à une année solaire, et ces périodes, on les retrouve, à quelques variantes près, dans l'année hésiodique'.
La conclusion s'impose. L'année romulienne de dix mois, ailleurs année latine, n'est autre chose que l'année solaire hésiodique-, laquelle, commençant au lever vespéral d'Arcturus, soixante jours après le solstice d'hiver, a réagi sur l'année religieuse (lunaire\ indifférente par nature à la marche du soleil, et en a fixé le début à la nouvelle lune de février-mars. On a attribué cette année solaire à Uomulus, parce qu'elle était à la fois très ancienne et étrangère à la religion, et — au temps ofi l'on n'en comprenait plus l'économie — on lui a départi 304 jours, parce qu'on appelait abusivement « mois » les dix périodes dont elle se composait " et qu'on ne connaissait pas de mois de plus de 31 jours.
Avec l'année lunaire dite de Numa, nous abordons le calendrier romain proprement dit. C'est à elle qu'appartient la division du mois en étapes correspondant aux phases de la lune. Ici, même sans tenir compte des textes qui attribuent à Romulus l'invention des Kalendes, Nones et Ides*, on se heurte tout d'abord à une première difficulté. 11 est évident que les « Kalendes » étaient le jour où les prêtres annonçaient en comices « calâtes » l'apparition de la nouvelle lune {l;ali'iidfie de calare; cf. xaXoo), et que les Ides, quelle que soit l'étymologie du mot, correspondaient à la pleine lune"; mais c'est en vain qu'on s'évertue à mettre les Nones en rapport avec le premier quartier", et Mommsen a renoncé lui-même à faire coïncider le dernier quartier avec une deuxième espèce de Nones ou nundinav'. On en doit conclure, sans souci des textes — qui attribuent l'invention des Kalendes, Nones et Ides tantôt à Romulus et tanti'it à Numa — que l'année religieuse de l'époque préhistorique, dite année de Numa, se contentait de noter les deux phases principales de la lune (la conjonction et l'opposition)'. Il esta croire qu'on les notait du moins avec soin, par observation directe, et que « l'année de Numa » était bien une année lunaire de 35î jours. Elle ne comptait pas encore des mois de 29 et de 31 jours, additionnés jusqu'à concurrence de 35a jours.
2° De Servius Tullhis aux Décemvirs. — Nous arrivons ainsi, non pas encore aux réalités palpables, mais au calendrier qui doit avoir précédé et subi la réforme dôcemvirale. Ce n'est point par pure conjecture que nous le ferons dater de Servius Tullius, le second fondateur de Rome et le rénovateur de ses institutions. Même avec l'idée préconçue que Nones et Nundines remontent au temps de Romulus, les auteurs remarquent que le peuple fêlait aux Nones la naissance de Servius Tullius' et que la plèbe lui rendait un hommage funèbre aux Nundines'". Varron et d'autres encore affirmaient que les Nundines avaient été institués par Servius Tullius". Nous pouvons considérer l'introduction des Nmies dans le mois
' W. SoUau, Ilôiii. Citron, p. 7'J-XO. — 2 Cdli.' q\iv Moiiirubuu ;iiii)i'lle « l\iu n<!-c (ips cultivateurs n {Da.s Bnucrnjahr in Jïônu Chron. p. 54-71)). — ^11 \ii sans dire qu'on Ips supposait mois lunaires et que ïtotiuitita,,. initiiim cujiixipf'^ mensis ex Uto sumehat dii; quo novam lunam cnntigixfiet vidi'n (Maer. I, 1."». 5). Mais Plutarque {Numa, 18) a lu quelque part (]ue les mois de Kniinilus ('■laient fort in^-gaux, et que l'important ^^tait le total de .105 jours ([^évte yii\] U/,- X ovT» ïtKi Tf taxofft'wv ^ lAÉû wv, corr. W. Soltau. o;;. ci(. p. 82, i). — * Maernh. I, 15. 7 etc. — 5 j(hts de vhiarii = diviser en deux, ou de tîSo; = face de la pleine lune (voy. Macrob. I, 15, 14-18). — <■ Idelcr et Mommsen, R6m. Chron. p. 10. 250. — 7 Voj. ci-dessus note 3, p. 998. — » Cf. Soltau, ItOm. Chron. p. 132- 134. — 9 Macrob. I, 13, 18. — <0 Macrob. I, 10, 33. — H Macrob. I, 13, 20;
et des Nundines dans l'année comme le trait caractéristique de la réforme de Servius Tullius, surtout s'il est possible de saisir une corrélation entre ces deux mesures.
Suivons l'enchaînement des hypothèses ingéni«uses proposées par W. Soltau. Servius Tullius, en donnant aux Nundines, jusque-là simple jour de marché, le caractère légal de jour férié ou néfaste (N^* ou N), qui protégeait le loisir des gens du peuple contre l'arbitraire des pouvoirs publics, n'entendait pas diminuer le nombre des jours fastes. Au contraire, aux deux jours d'audiences mensuelles prévus avant lui (Kalendes et Ides), il ajouta, dans la première partie du mois, à peu près vide de fêtes religieuses, un troisième jour faste. Seulement, sous peine de compromettre les avantages de la réforme, il fallait éviter la rencontre des Nundines avec les jours fastes. En tant que fériées, les Nundines n'étaient pas moins incompatibles avec les autres fériés publiques (jours N^). Ainsi se posait le problème qui domina depuis lors l'histoire du calendrier romain.
Pour en simplifier les données, Servius Tullius lia indissolublement le nouveau jour faste aux Ides, en le plaçant juste neuf jours (huit jours révolus) avant les Ides, d'où son nom de Nonae^^. Les Nones sont à un inindinum des Ides ou sont des Nundines par rapport aux Ides '^, et l'affinité étymologique des mois(Nonne — nounditiai' — Il iiiidinniii)vépond à une connexité réelle. Il résultait de cette disposition que la rencontre des Nundines, une fois évitée avec les Nones, l'était avec les Ides, et réciproquement : il n'y avait plus à surveiller que les Kalendes et les Nones, les Nones surtout''*, puisqu'en cas de collision l'effet était doublé. Quant aux fériés publiques, il suffisait de les placer après les Nones et aux jours impairs pour que, les Nones (jour impair) une fois évitées, les fériés N^ ne fussent jamais atteintes par les étapes d'une série aritlimélique ordonnée sur le nombre 8. Les Nundines suivant une marche invariable, il fallait, pour prévenir les rencontres, donner aux Nones et Kalendes une certaine mobilité, désarticuler, pour ainsi dire, le cadre du mois lunaire. Alors commencent, la superstition des nombres pairs ou impairs aidant' ', ces bizarres arrangements qui placent les Nones tant('it à cinq, tantôt à sept jours des Kalendes (Nonae quinlunac-septimanae)., rapprochent ou éloignent les Kalendes des Ides précédentes en allongeant ou raccourcissant la durée du mois (de 29 à 31 jours) et gardent, pour parer à toute difficulté, la ressource de i'intercalation. Avec l'inttu'calalion du mois supplémentaire d'abord, puis d'un jour additionnel [dics iniercalaris) "' qui pouvaitoccuper tous lesposles etportaitle totaldes jours de l'année cominunr à 3oo, on modifiait au besoin la durée de l'année elle-même pour éviter la rencontre, particulièrement redoutée, des Nundines avec le jour de l'an.
Les anciens ne savaient pas plus que nous à quelle ('poque le système do l'intcrcalation avait été appliqué
li>, !(;J. — 1- Fesl. p. 173. a. V, Nitnnx: Macrob. 1. 15. l.j. 11 est siufïulier que il'auires (Mymologies insoutenables (a nova Luna ! Kost. iliid.; l'iul. Q. liom. 24; 'ina.ii novae initiiun ob.ii-rvntinni.'i, Macr. ibid.) aient eu cours à côté de celle-là. — 1^ Aussi les assimilait-on parfois .aux Nundines. Messala demandait an Nundinarnm romanarnm Xnnarnntque dies feriis trni'rrntnr Ol:irv. 1, 10. 28). — H Cttvi.ise ut nonae u nundinis segret/arenlur (Macrob. 1, 13, 18), — 1j Sur celte superstition appliquée au calendrier, voy. Censorin. 20. 4-5; Alacrob. I, 2, 1 ; 13, :, ; 11, 2, 1 7 ; Solin. 1 ; l'est. Ejiit. p. lO'J, -s. i'. Imparcm ; Virg. Eel. VlU, 75 ; Serv. ad toc; Plin. XXVlll, § 23; Plut. Q. Jlom. 102. — m Macrob. I. 13, 19. L'existence de ce dles intt'mihiri.'i a^anl César esl <''uer;:ii[uciuenl nire par Mnnun^en {Hfint. Chron. p. 24).
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au calendrier romain'. L'écart des opinions va de Romulus aux Décemvirs, et même au delà. Li; besoin de remettre de temps à autre Tannée lunaire d'accord avec le soleil est si impérieux qui' rien n'empêche de supposer « l'année de Numa >> ordonnée en cycles à inlcu-calations. Ces cycles étaient-ils de deux, de quatre, de huit ans? La qui^stion est fort discutée et ne comporte pas de solution appuyée sur des documents-. Mais une véritahle année lunaire ou lunisolaire n'admet que l'intercalation de mois lunaires entiers. Le calendrier de Serxius TuUius, avec ses mois de 31, 29, 27jours, etsesKalend(!s, Nones, Ides artificiellement déplacées, prit avec la lune de telles libertés que l'astre passait à l'état de régulateur nominal. Il ne suffisait plus d'observer; nul ne pouvait connaître à, l'avance les caprices de la lune officielle. C'est à cette époque que le collège pontifical, complètement maître du calendrier, dut pratiquer dans tout son imprévu le système d'annonces exposé par les auteurs^. Le jour où était censé apparaître le croissant de la lune nouvelle {kalendac), un scribe du collège {poDtifrx minor) annonçait au peuple réuni en comices « calâtes » sous la présidence du roi combien de jours (5 ou 7, y compris le jour des Kalendes) allaient s'écouler jusqu'aux Xones, répétant de la formule pontificale le mol calo autant de fois qu'il y avait de jours d'intervalle. Puis la docile assemblée, réunie de nouveau aux Nones, apprenait alors de la bouche du roi les noms et jours des fériés à observer, et, en général, « ce que l'on avait à faire dans le mois* ».
Tout, dans ce calendrier, le nombre, la qualité, la répartition des jours, était comme à l'état fluide et se fixait au fur et à mesure par des procédés qui restaient le secret des Pontifes. II est bien question d'une certaine loi Pinaria (-'t'':2), qui passe pour avoir réglementé la confection du calendrier, ou tout au moins l'intercalation; mais les textes qui nous en parlent" ne contiennent pas ce qu'on a cru y voir. La susdite loi s'occupait probablement d'un tout autre objet; elle réglait certains délais de procédure, et elle spécifiait à ce propos si les jours ou mois intercalaires entraient ou non dans ces délais légaux. Du reste, si elle avait touché au calendrier, elle n'eilt fait qu'enregistrer et imposer quelque décision pontificale, car nul profane à cette époque n'eût pu lutter avec l'autorité du collège. Seule, la commission décemvirale, chargée de fixer les principes du droit, put essayer en même temps de doter les Romains d'un calendrier perpétuel.
* Voy. les opinions divL-rgentes dans Macrob. I, 13, 20-21. — - Moninisen croit aux cycles prof;ressivement iterfectionnés de deux (Sieteçi'î ou TitETioi;). de i/utUre (TtTpaE-rEff; OU -EvTat-EoU), de huit ans {o'xTatTEft'î ou ÈvvsaETiftî) : mais la plupart des clironograplies, \V. Soltau entre autres, se rangent aujourd'hui à l'avis de Bœckh, qui considère l'oclatHt^Tide comme le cj de le plus facile à trouver et à conduire. — 3 Macr. 1, l.'i, 9-1.1. Varr. L. lat. VI, 27. Cf. Kal. Fracn. ad I Jan ; Plut. 0- linm. 24; Serv. Aen. VIll, 654. lo. Lyd. Men:i. 111. 7 ; H. Diintzer, /)«.■/• Ausfuf au den Kalendeu (Pliilologus, XVll [lS()i],p. 3(ii-3G3). La formule dans Varron; Dies te quiuque calo, Juno covella ou Sc/item dies te cah, Juno covelta (= xoiXii ou novelln?). Diintzer propose de lire : Dies quinque cala. Juno^ te compelio. — ^ Macr, l, 15, 12. — ~^ Autiquissimam legem... iucisam iu columna aerea a C. Pinario et Furio cos. eut mentio iutercalaris adserilfitur (Vaj-r. ap. .Macrob. 1, 13. 21). l't autem [die] XXX judex [dar]etur pee legem Piuariam fnvtwn est ; aule autem eam legetn [stat]im dalmtur judex (Oaius, IV, 15 : texte mulik^ et peu sur). On a beaucoup disscrtt^ sur cette mentio iutercularis^ qui n'est pas une expression des plus claires. — 6 Mereedoiiius {a mercede solveuda ; Fest. E/iit. p. 124. .ç. r.) ne nous est connu, comme nom de mois, cjue par IMutarque (Xuma^ 18 : Caes, 59) : le terme ofliciel et usuel était ynensis inteeealaris ou iuteeenlnrius (Cic. Pro Quinetio, 25 ; Liv. XXVll. 59 ; .\scon. In Miloiiian. p. 145 Orelli ; Cels. io Dig. L, 16, 98. § 1. kal. mrEBK. et idib. ivterk. dans les Fastes triompliaux). — 7 Varr. L. lat. VI. 13; Macrob. 1, 13, 15. Censorin. 20, 6. Cl. la distinction proposée par Monuusen {Hôm. Chron. p. 20-23, 281, d'après
.'1° /Jt> la rfiformc tli'Tfmvirale à In loi Acilia (449-194 av. J.-C). — Le calendrier décemviral est celui qui, à peine modifié par quelques retouches, a duré jusqu'au teinjis de César. C'est dire que nous avons chance d'en connaître assez exactement la structure. L'année romaine avant César était une année lunisolaire, avec cycle quadriennal dans letiuel alternaient lesannées communes et les années emholismiques. L'année commune était de :}5o jours, répartis en douze mois, dont quatre à .'il jours fmar.s-mai-juin-octobre), un à 28 jours (février), les sept autres à 29 jours. L'année embolismique était tantôt de 377, tantôt de 378 jours, le « mois intercalaire [Mi'ixcdnnius) '' « comprenant tantôt 22, tantôt 23 jours intercalés entre le 23 [Terminnlia) et le 24 février'. Le total des jours compris dans le cycle quadriennal était de 1405, soit quatre de plus que la somme de quatre années juliennes. Autrement dit, la durée moyenne de l'année dépassait d'un jour celle de l'année solaire.
C'est autour de cette inconcevable erreur d'un Jour ]>ar an que tournent tous les systèmes des érudits contemporains, systèmes nés de deux états d'esprit opposés. Pour les uns, les Romains, incapables même de comprendre les calculs des astronomes grecs, qu'ils avaient cru suivre, incapables de redresser des erreurs dont les conséquences devaient être, au bout de quelques années, visibles à tous les yeux, ont laissé errer leur année à travers les saisons ou l'ont corrigée à l'aventure' : pour les autres, les Pontifes n'ont commis ou accepté que des erreurs voulues, gardant par devers eux les moyens de les redresser et les corrigeant en effet, de façon à maintenir le calendrier d'accord avec le soleiP. Ainsi, on ne s'entend même pas sur le point de fait : à savoir si le calendrier pontifical a eu ou non une marche régulière, en dehors de certaines époques oii le désarroi a été manifeste, mais peut avoir été provoqué par l'astuce des Pontifes plutôt que subi par leur incapacité. C'est sur ce point de fait, où les textes historiques peuvent seuls décider'", que porte tout l'efiFort des deux écoles rivales: Mommsen-Matzat d'un côté ; Unger-Soltau de l'autre. Ne pouvant comparer et discuter ici les systèmes contradictoires de ces deux écoles, nous suivrons de préférence celui de W. Soltau, qui parait donner satisfaction à la fois aux textes et aux vraisemblances.
Tout d'abord, il n'est pas démontré que cette erreur d'un jour par an ait été commise par les Décemvirs. Le collège décemviral était renseigné par une commission d'études préparatoires, qui avait séjourné deux ans en
l.iv. XI. III, 11, \LV, l), rejetée par Matzat et Soltau. Moramseu pense que le mois était intercalé tantôt après le 23. tantôt après le 24 février, selon que l'année embalismique était de 377 ou de 388 jours. Voy. ci-après, p. 1004, notes 13 à 17, la discussion à propos du jour bissexle. Ceisus (in Dig. ï, 16. 98, 2) fait erreur quand il dit : mensis autem iutercalaris constat ex die'iui vigiati octo: il confond avec février. — 8 Cf.. après Mommsen, H. Hatzal. Jlâm. Chronologie, i toI. Berlm, <8S3-IS34, surtout l, p. 1-78. Sur le système de » l'année vague • des Romains, imaginé par de la Nauze (1759) et repris par H. Matzat. voy. l'ample réfutation de \V. Soltau (Rùm. Chron. p. 181 sqq.). Cf. A. Groening, Qunestiones et controversiae de die intercalariy Groning. 1843. — 9 C'est la thèse de Unger et Soltau. Cf. les ouvrages cités plus loin, p. 1005, uote 6, et les études spéciales de G. F. L'nger. Der r^mitehe Ka- 1,-uder 218-215 luirf 63-45 foc Chr. (Jahrbh. f. kl. l'hilol. CXXIX [1884], p, 545- 590, 745-765) ; Der Gang des altrômi.tchen Kalendt^rs (Abhand!. d. Bayer. Akad. XVIII M889], p. 481-397). — 10 Un précieux moyen de contrôle est fourni par le cilcul des éclipses, appliqué à ceux de ces phénomènes dont riiistoirv a conservé le souvenir et la date. Les anciennes Tables de Pingre idans Vffist. de fAcad. des Inscr. XLII [1786]. p. 78-150), sont aujourd'hui remplacées par de plus exactes. Voy. Th. von Oppolzer. Kanon der finsternisse. Wien, 1887; Gittzel, Finstemis- Kanon fur das L'ntersuchung.tget}iet der rômischen Chronologie (Sitzujigsber. d. Berlin. Akad. d. Wiss. 1887, p. 109S>-1133). Giniel (ibid. p. 1122-1133) donne la bibliographie relative aux discussious portant sur les principaux sy nchrooismes.
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pays grec et en avait ramené Hermodore d'Éphèse'. A défaut de ces lumières spéciales, il devait connaître, par la tradition hésiodique ou italique, la véritable durée de l'année solaire-. La superstition du nombre impair n"a rien à faire ici. Les Décemvirs, d'ailleurs assez libres penseurs, pouvaient conserver à l'année commune ses 353 jours ^ et intercaler quatre jours de moins dans leur cycle, de façon à avoir pour total 1461 jours.
Supposons que le premier collège décemviral ait commencé son œuvre législative par le commencement '', c'est-à-dire par la réorganisation du calendrier. Le but visé étant de faire un calendrier perpétuel, avec intercalations lixes, l'exactitude était de rigueur. Le souci qui avait causé toutes les perturbations antérieures n'existait plus, car les Décemvirs comptaient faire des lois pour le peuple entier et supprimer la constitution particulière de la plèbe. Dès lors, il n'y avait plus à se préoccuper des Nundines, qui n'avaient d'importance politique que pour la plèbe et qui allaient redevenir simplement jours de marché. Les Décemvirs prirent donc comme base de leurs calculs le chiffre de lifi! jours pour quatre années solaires. Ce chiffre, divisé de l'açon à conserver aux mois leur nombre traditionnel de jours (31, 29, 27 pour 28 en février), donna quatre années — soi-disant lunisolaires — de 351 -|- 37fi -|- 354 -)- 377 jours. Le nouveau calendrier dut être affiché avec les autres <i Tables ».
La réforme eût été définitive sans les abus de pouvoir et la chute du second collège décemviral. La plèbe reprit ses exigences; elle réclama ses tribuns et la jouissance exclusive de ses Nundines. Avant d'abdiquer, les Décemvirs durent faire voter une loi de intciralando '' qui, sacrifiant l'exactitude mathématique aux vieux scrupules, restaura le régime antérieur et chargea les Pontifes de prévenir, comme autrefois, la collision des Nundines en intercalant au besoin un jour supplémentaire [dicf: intcrcalarh], le 3oo'""' de l'année commune.
De perpétuel qu'il devait élre, le nouveau calendrier devenait donc mobile comme l'ancien, quoique dans une moindre mesure, et, par là même, il cessait d'être jiiililic pour devenir comme la propriété des Pontifes. (iDinnient ceux-ci ont-ils manié le nouvel instrument, ([u'ils avaient intérêt à ne pas laisser se détraciuer entre leurs mains ? W. Soltau se livre à des calculs compliqués pour démontrer qu'avec le dies iniercalaris placé en lieu op[)ortun trois fois en quatre ans, et la suppression d'un mois et un jour intercalaire (23 -|- 1) sur trente-deux années, — au besoin, et comme ressource extrême, en ordonnant une férié conceptive fN') pour enlever à un jour de collision le caractère faste, — les Pontifes devaient arriver à satisfaire la superstition des Nundines sans déranger le calendrier". Quel que fût le secret des Pontifes, il fut surpris et livré au public, avec d'au-
< Uv. 111.31-33; Dion. X, .Ï2; IMin. XXXI V, §21 ; l'om|ion. I)'orir/f/.juris,S^ 4 (in Di(/, I, 2), etc. — 2 Soltaii (p. 231) se refuse à croire tiue le calendrier (lfceTnvtr.il ait (!'t6ca!qu('' sur l'octat'-lt'ridpattique (contre Monnnsen, lioin. Chron. p. 2S-30). — 3 Avec l'ann('e de 35i jours, février, le seul mois pair, aurait eu i" jours au lieu de 2îl. — V \V. Soltau. Pmli^gomenn, p. 137. — ■'■ Macroh. f. 13, 21. — C Voy. Soltau, Ilijm. Chron. p. 127-130. 227-230. Aucun texte (sauf rinintelligible Ccnsorin. 20, 13) à l'appui de cette liypothôse. — 7 Piso ap. Gell. VII. It; Cic. Pro Muren. 1 1 ; .1// Att. VI, I, 8 et 18; Diodor. XX, 30; I.iv. IX. 40; Val. Max. II, :>, 2. I\, 3. :i ; Plin. XXXIII, §§ 17-20; Pompon, in Difi. I, 2, 7; M.icrol). I, 13, 9. Tite-I.ive dit : faxtox circn fnrum in nlbn propoHuit, Moninisen (/ïom. Clirmi. \}, 211) croit plutôt à une ptihlicalion « par la voie du livre «. 0. Seeck {Kfileniierta/'el der PontifiCfR, p. 33) pense que le calendrier était gravé sur les parois de Vacfïicula aei'ca dédiée par Flavius in Grnfcostasi (Plin. ibid.). — 8 \V. Soltau {Wiin. Chron. p. 223, 3) propose de placer la publication des Fastes par Cn. Flavius apriïs la loi Hortensia
très arcanes (par exemple, les actions de la loi) par un ex-scribe du collège, l'édile curule Cn. Flavius (304 av. J.-C), qui fit afficher, à la grande joie du peuple, des Fastes perpétuels'.
Ce coup ne dessaisit pas les Pontifes de leur fonction, mais il les empêcha de mener le calendrier à leur guise et rendit inutiles les proclamations des Kalendes et Nones. Au bout d'un siècle, les Pontifes avaient trouvé le moyen lie reprendre ce qui leur avait été enlevé. Dans son calendrier tixe, Cn. Flavius avait dû immobiliser le dies intnrcalaris, qu'il plaça sans doute après les Terminalia, là où César introduisit plus tard le jour intercalaire des années bissextiles, .\utrement dit, il ne s'était plus soucié des Nundines, soit que celles-ci eussent déjà été déclarées fuslrs par la loi Hortensia, soit qu'il eùl escompté par avance l'adoption d'une mesure déjà réclamée par la plèbe *. Mais une superstition, même née de motifs raisonnables à l'origine, ne se laisse plus éliminer ainsi par le raisonnement. Nombre de gens craignaient encore la rencontre des Nundines avec les Kalendes, Nones et Ides, et tous considéraient comme redoutable une collision avec le premier jour de l'an (primae Kalendaé), fixé de temps immémorial aux Kalendes de mars. Des superstitions analogues, qui trouvèrent des arguments dans les malheurs de la deuxième guerre Panique, pullulaient autour de celle-là. On croyait, par exemple, que les années à intercalations portaient malheur", ce qui faisait souhaiter de pouvoir les ajourner dans les moments de crise.
Les Pontifes, en partageant peut-être ces faiblesses d'esprit, n'oubliaient pas l'art de s'en servir pour des fins particulières. Ils supprimèrent un certain nombre d'intercalations '", si bien qu'en moins de vingt ans de ce régime, le calendrier se trouvait en avance de 125 jours sur l'année solaire". Le désordre étant, à la fin, devenu intolérable, il fut entendu que les Pontifes étaient seuls en état de remettre le calendrier au point. Ils demandèrent pour cela de pleins pouvoirs, qui leur furent accordi'cs par la loi .-ic(7((7 île inlerralando (101), due à l'initiative du consul M'. Acilius Glabrio '-.
'i" J)e la loi Acilia à la réforme julienne (191-46 av. J.-C.) — Les Pontifes s'étaient enfin débarrassés du cal(>ndrier perpétuel ; ils avaient la permission d'intercaler h leur gré'^ On prétend qu'ils abusèrent sans pudeur de la confiance du peuple, allongeant, raccourcissant l'année pour favoriser ou desservir soit les magistrats, soit les pubiicains '', et cela sans prévenir au moins à l'avance l(> public. Ces récriminations ont dû être justifiées durant le désordre qui provoqua le vote de la loi Acilia, ou celui qui précéda immédiatement la réforme julienne ; mais, dans l'intervalle, les Pontifes paraissent avoir convenablement corrigé, quoique sans trop de
(2S7). II ne parait pas nécessaire de f.aire cette violence au\ textes, qui attribuent précisément ii celte publication, déjà faite ou annoncée, la popularité de Cn. Flavius et son élection à l'édilité curule (Plin. XXXIII, 17). —0 \V. Soltau (/Mm. C/i/'OH. p. 218) cite à l'appui les années 218, 216, 21t, 210 av. J.-C. — 10 A partir lie février 208, suivant Soltau {Proleg. 175; Jlim. Chron. p. 218), année où l'in- Icrcalalion aurait, [lar surcroît, amené la collision des Nundines avec les Kaleiules di' mars. — » \V. .Soltau, Hôm. Chron. f. 39, 193 sqq., 211 sqq. Cf. Macrob. 1,11, i ifuit luuijms cum jimpler superstitionem intercalalio omnis omissn est). — 12 Macr. I, 13, 21 ■ Censorin. 20, 0. — 13 Eorumquc arbitrio intcrcalandi ratio prrmi.lsa (Ccnsorin. ibid.). Cela n'empêchait pas Fulvius Nobilior d'afliclier vers 189 a. Chr. {in Fastis (/nos in anip Musarum imsuil, Macr. I, 12, 16) un calendrier perpétuel, sans doute le calendrier déceni\iral, auquel on allait revenir. — 'i Censorin. i7*)(/; Macr. I, 14, 1. Solin. F, 43. Cf. Plut. Cai's. 50. On discutait encore, en février 50, >i l'intercalation aurait lieu quelques jours plus tard (Cic. Ad Alt. VIII, 0).
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hâte', et mené ensuite le calendrier remis à leur tutelle. Eiilin, ils profitèrent de Toccasion qu'ils avaient fait naître pour accomplir une réforme dont Thahitudc? de la guerre avait fait sentir la nécessité, l'endanl. des siècles — nous aurons occasion de le répéter plus loin — le début de l'année officielle, marqué par l'entrée en charge des des consuls, avait oscillé, au hasard des circonstances, à travers tous les mois du calendrier civil et religieux. On avait senti les inconvénients de cette instabilité, et depuis 2:22 avant .I.-C. on avait maintenu la date initiale de l'année ofliciellc aux Ides de mars, ([uelques jours après le début de l'année calendaire. La superstition, qui à Rome servait souvent à consolider les mesures jugées utiles, avait dil protéger celle-ci contre un retour possible aux anciens errements. Il semble qu'on ait craint depuis lors d'ouvrir rann(M' oi'licielle armil l'année calendaire. Même à la fin de la K('publique, ce scrupule, survivant à sa cause, empêchait encore les consuls — sauf urgence — de faire voter la loi curiate, qui leur permettait d'emporter de Rome Vhnperhtm militaire, avant le mois de mars -.
Cet accord approximatif des deux computs ainsi obtenu, les choses n'étaient pas encore au mieux. Les nouveaux consuls avaient besoin de quelques mois pour expédier les affaires courantes, et, en cas de guerre, ils n'étaient pas prêts assez tôt à entrer en campagne. Il y avait avantage à placer en hiver le commencement de l'année officielle, et, puisque celle-ci était désormais liée à l'autre, il fallait avancer pour toutes les deux la date initiale. Grâce à l'avance anormale du calendrier depuis 208, les Pontifes avaient satisfait aux exigences de la pratique. Restait à modifier la théorie, ce qui était plus difficile. Les plus ignorants savaient à Rome que le dernier mois de l'année était le mois de février, où la religion ordonnait les grandes purifications et plaçait la fête des Tcnninalla, où s'inséraient les jours intercalaires, ce mois enfin qui n'était si court que parce qu'il était formé avec le reliquat des onze autres. Il eût fallu, pour touchera celle œuvre anliciue, la main d'un Numa. Mais les Pontifes n'étaient jamais à court d'expédients. La voix du vieux Numa pouvait encore se faire entendre. Justement, en 180, le hasard fit rencontrer le tombeau de Numa, qui se trouva contenir des livres de droit pontifical et de philosophie pythagoricienne, livres remplis d'ailleurs de doctrines assez subversives. On les brûla, sans doute pour faire disparaître les preuves de la supercherie; mais il en resta l'idée que la vraie tradition pouvait dispenser d'un certain nombre de scrupules ^
Quels qu'aient été les auteurs et les intentions des auteurs de cette dangereuse expérience, qu'elle ait servi à justifier une réforme déjà faite par la loi Acilia, ou à la faire considérer comme désirable'', il est à supposer
1 Snllau (p. o9-C0) estime que lerarl, île I2:i iniirs ou 1" jamier 1(10, ('■tait tonibl; à 78 au 1" janviei' ICS. à 2'J dans les aimées suivânles. et qu'il ilispamt quand les Pontifes eurent transporté le déliut de l'année au 1" janiier M 33).
— 2 Jlommsen. lUchtsfmgi; p. ii scp]. MOmc après les rectifications de P. Guiraud (Le ili/fcrend enlre César et le Sénat, p. 19-32), on peut admettre que c'était à la pratique ordinaire. — '^ Ciim (iiiiiiiaili'eiiisset plerayue dissolivndantm reli-
gioniim esse (Liv. Xl„ -.JU). Cf. Val. Max. I, IS ; Plin. XIII, ^ 81-S7 ; Plut. JVuma. il.
— '■ Sollau (Pi-alei/imieiia. p. 1 ii mq. ; Jlîini. Climn, pp. Si-H, JI8-2ta) attriliuc le déplacement du délint de l'année à la loi Aeilia (l!l|), la seule loi concernant le calendrier que Ion rencontre a\ant César. En ce cas, les ['ontifes auraient fait la réforme d'abord et l'auraient justifiée ensuite. Ideler et Mommsen (/;. C/ii'oii. p. 103, 27U.27S) ne la font dater que de César. On sait que l'usage de commencer l'année au mois de mars se retrouve au niojen âge. —5 Censorin. 20, i; Macrob. 1. 13, I.
— 0 Februario meiise... 7nortuis paratlari votuerunl; i/uuJ lanuit L. liiulus
que les Pontifes en tirèrent parti. On découvrit alors ou on put prouver que Numa, à l'encontre de l'opinion reçue, avait bien mis en tête de l'année le mois de Janus, du dieu qui préside ii tous les commencements". Le début de l'année calendaire fut reporté en janvier, et l'histoire rétrospective du calendrier fut accommodée de façon que l'innovation parût un retour aux vieux usages. De là proviennent ces anachronismes rencontrés plus haut, qui attribuent à Numa et à son calendrier les habitudes soi-disant restaurées par la loi Acilia. Du reste, rien n (Hait changé par là dans l'ordre des cérémonies du culle. On continua, comme par le passé, à liquider ses dettes de conscience au mois de février. Ceux qui, au nom de la logitiue. prétendirent faire leurs dévotions aux défunts en décembre, comme I). Rrutus", n'eurent pas d'imitateurs.
Le début de l'année calendaire — désormais plus civile que religieuse — étant ainsi placé aux environs du solstice d'hiver {brunia), il n'y avait plus qu'à y transférer égahunenl le début de l'année officielle, principalement visée par la réforme. Pour cela, il n'était pas besoin d'une loi ", mais d'une occasion qui fit sentir à nouveau l'avantage d'avoir des consuls disponibles de bonne heure. Cette occasion, on la trouva, parait-il, dans une révolte qui éclata en Espagne à la fin de 1.j4 avant J.-C. Les consuls de 133 entrèrent en fonctions aux Kalendes de janvier ", et cette date resta désormais invariable.
De quelle façon les Pontifes, réinvestis par la loi Acilia du droit de gouverner à leur gré le calendrier, s'acquittèrent-ils de leur tâche? Celte tâche était notablement simplifiée depuis la loi Hortensia, en ce qui concerne la collision des Nundines II n'y avait plus à éviter que la rencontre des Nundines avec les Kalendes de janvier. Mais, au point de vue astronomique, il fallait toujours éliminer l'excédent produit parle dies iniercalaris annuel. Macrobe affirme — sans viser d'ailleurs une époque déterminée — que les Romains allégeaient la surcharge de leur calendrier en éliminant 24 jours dans le dernier tiers d'une période de 24 ans '. Au lieu de rejeter ce texte et son « jour intercalaire », on peut l'utiliser pour la période qui suit la loi Acilia '".
Quoi que l'on pense du cycle de vingt-quatre ans et de la possibilité d'échapper avec lui, tous les ans ou presque tous les ans, à la lettre nundinale A, il parait certain que le calendrier pontifical est resté d'accord avec l'année solaire jusqu'au moment où les Pontifes ont jugé à propos de le déranger. On croyait jusqu'ici trouver la preuve du contraire dans les textes relatifs à la naissance d'Auguste en 03 avant J.-C, l'année du con.sulat de Cicéron. Les uns affirment qu'Auguste est né sous le signe de la Balance ", et il est certain que
(cos. 138 a. Cbr.) ffccetnliri facere solebat... A/eitsem, credo, extretntim aiini, ut l'eteres febrtiarhtm, sic liic dcceinbrem setjiiebnttir (Cic. Lcgg. II, 21 , § >i). Cf. PIul. Q. n. 3i. — 7 SloraiMscn cl Lange insistent, pour attribuer la réforme à C^sar, sur la nécessité juridique d'une loi; Soltau [Rùm. Chron.^. 21G), sur le fait que les déplacements antérieurs s'étaient opérés sans cette formalit,.^ L'ngcr propose de lever la difficulté eu attribuant le transfert aux lois Xclia et Fttfia, que l'on peut placer en t5V. — " Liv. Epit, 47. — 9 Tertio quoqne octennio ita intercaîandos dispensabant dies ut non nonaginta sed sexaginta sex intercalarent, comft^nsatis viginti et quattitor diebu.^ pro illis qui per totidem amios supra Graeconiiri tiumeruni creveraut (Macrob. I, 13, 12). Cf. L. Lange. De viginti quatuor annorum cgcio inlercnlari, Progr, l.eipiig, IS81 (=A7. Schrift. 11. pp. S-ll-CilS). — 10 Vnv. tes calculs de Soltau et .sa n rOgle pouLificalc d'iulercalaliou « dans ftùin, Chron. pp. Gl-71, — H Manil. Astron. IV, 517-3S3, 770 sqq. Cf. Vir?. Givrg. I, 32 sqq.
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le 23 septembre était fêté comme son jour de naissance'. Mais on entend dire aussi qu"Auj;;uste est né sous le signe du Capricorne-; qu'il fit lui-même publier son horoscope avec le Capricorne pour maître de la géniture; et l'existence de monnaies frappées au signe du Capricorne ^ prouve que Suétone ne se contredit pas ainsi par pure inadvertance. 11 est assez commode de résoudre la difficulté en disant que, en 63, le calendrier avançait sur Tannée solaire aupoint d'indiquer décembre et le Capricorne à la date julienne de septembre, date rétablie après coup par le calcul*. Mais la discussion des textes relatifs au consulat de Cicéron ne permet pas d'admettre un tel écart% et la concurrence entre la Balance et le Capricorne s'explique très simplement par la théorie astrologique d'Archinapolus °, qui attachai t l'horoscope au moment de la conception. C'est la Balance quia vu naître le londatuur de l'Empire; mais c'est sous l'œil du Capricorne qu'il avait été conçu neuf mois auparavant. L'éclectisme romain associait les deux systèmes astrologiques, au lieu d'opter entre eux.
Si le calendrier était en ordre à la date de 63 avant J.-C, on le trouve en avance sur le soleil cinq ans plus tard. Les Pontifes ont dû omettre l'intercalation en février .58. En 56, nouvelle omission; de même en 50 et 48 '. Le calendrier finit par avancer de trois mois pleins (90 jours) sur l'année solaire. Si l'on cherche à deviner les motifs de ce désarroi voulu, on n'en trouve guère d'autres que l'animosité de l'aristocratie contre César. Les années abrégées tombent toutes dans la période occupée par les proconsulats du futur dictateur. L'événement trompa l'attente des Pontifes. Une fois maître de la situation, César, en qualité de dictateur et non de Grand-Pontife, les dessaisit de leur privilège et fonda un calendrier perpétuel, qui fut désormais hors de leur atteinte.
5° Régime du calctulrier julien (45 av. J .-C. ). — On discute encore sur les règles suivies et les modèles imités dans les calculs qui ont servi à établir le calendrier julien ^ En adoptant résolument l'année solaire de 303 jours 1/4, mais conservant la date initiale du 1" janvier et les mois inégaux de 31 à 28jours,Césaratransigéavecles habitudes prises. 11 en résulte que son calendrier n'est exactement repéré ni sur les divisions de l'année astronomique — équinoxes et solstices — ni sur les signes du Zodiaque. Les mathématiciens employés par César, ayant à répartir entre les douze mois les 10 jours dont l'année solaire excède l'ancienne année de 355 jours, ne paraissent pas s'être beaucoup préoccupés de suivre les inégalités constatées par les Grecs dans ladurée des saisons,
) Suol. Aug. 5. Cf. Kai. Mail'. \'all. Pigli. Pinc. Sabin. ad 23 scpl. (K' Natalis Aur/iali); Act. Fr. Arval. in Corp. inscr. lai. VI, p. 631. —2 Suet. Aug. 91.
— 3 Morclli, Thés. uum. Imperat. I, loi sqq. — 4 Cf. A. W. Zumpt, De imperaloris Aui}iisli die natali fastisque ab dictatore Caesare emendatis (Jalu-bb. f. Philol. Huj.plembd. VII [1875], p. 541-605). — tl Cf. Soltau, hùm. Chron. p. m-Wl.
— d Al). Vilruv. IX, G. Cf. Onsorin. 8, -l; Bouclié-Leclircq, Mist. de la Smnulioii, I, p. 1W.~ 1 Voy. Soltau, Rom. Ckron. p. 46-49. îjo. —« Momniseii fait dériver le calendrier julien de celui d'Eudoxo ; Soltau {Hom. Cliron. yi. 130-1S6), des calculs d'Hip|iarque, de Callippe, cl surloul de la vieille ann(^'e solaire italique (lii'siodiquc). C. Riel {Vas Soiinen- und Siriusjahr der liamessidcn mit dem Geheimniss der Schatiuiig imd das Juhr des Julius Cacsar, Leipzig. 1875) pri5lend que le mode d'intercalulion adopté par César était jadis le secret des prêtres égyptiens, qui l'cdou- Idaient le l.'i Tliolli dans leur année solaire fisc. On sait maintenant, par le décret trilingue de Canopc {.louni. des Snminls. 1883, p. 21 1-240), que, dès 238 av. J.-C, Ptolémée ÉvergiHe ordonna d'intercaler un jour tous les quatre ans, de façon à fixer l'année vague. — « l,a terre marchant plus vite au périhélie, hiver de l'hémisphère boréal, qu'à l'aphélie (été), ou compte environ 187 jours de l'équinoxe de prinUinps à l'équinoxe d'autonuir. contre 17s pour le li sir du jJitrc i:i ,. - to ^,,p| | jour H Nov.
d'allonger les mois d'été et de raccourcir ceux d'hiver '. Ils ajoutèrent, au contraire, six jours entre l'équinoxe d'automne et celui du printemps, et quatre jours seulement aux six autres mois'». La qualité de « fastes » (F), que nous savons avoir été attribuée par César à ces jours additionnels, nous permet de les retrouver dans les calendriers épigraphiques, aux places indiquées par Macrobe " et choisies en vue de ne rien déranger dans l'ordre traditionnel des fêtes religieuses.
Dans le nouveau système, la correction du calendrier perpétuel se réduisait à l'intercalation d'un jour tous les quatre ans révolus (quarlo quoque anno eonfecio, nnleqiiam cjuinlus inciperet^-). 11 s'agit de ce « jour intercalaire » dont l'existence avant César, affirmée par les témoignages anciens ", est niée par les érudits qui le considèrent comme partie intégrante — et non mobile — de l'ancienne année de 353 jours. On ne s'entend pas encore aujourd'hui sur la place assignée par César à ce jour vide, qui ne comptait pas plus dans les dates et délais prévus par la jurisprudence que l'ancien « mois intercalaire " ». 11 est certain que le jour intercalaire s'appelait a. d. bis VI Kal. Mari., d'où le nom de « bissextiles » conservé depuis lors aux années embolismiques. Mais était-il intercalé avant ou après le jour(cr. d. VI Kal. Mart. = 24 février) qu'il doublait? Après est plus conforme au sens de bis sexiiis, et c'est ainsi que l'entendent les juristes du temps de l'Empire '^. Une inscription de l'an 168 après J.-C. affirme que le 3 avant les Kalendes de mars (23 février) suit immédiatement le jour bissextile '^ celui-ci intercalé, par conséquent, après le 24 février. Mais ces arguments ne sont pas aussi péremptoires que le pense Mommsen. 11 y a eu de tout temps des gens mal informés". Les textes précis deCensorinusetde Macrobe, corroborés par l'usage traditionnel de l'Église, qui, dans les années bissextiles, transporte aux 25-29 février les Saints inscrits aux 24-28, doivent prévaloir contre ces informations suspectes '^ Nous tiendrons pour démontré que l'intercalation du jour supplémentaire dans le calendrier julien s'opérait entre le 23 et le 24 février.
On a vu plus haut que César avait remanié la liste des jours fériés, néfastes et fastes : nous n'y reviendrons pas ici. Disons seulement que le législateur, trouvant les Romains aussi complaisants que jadis les Athéniens pour le Poliorcète, se paya de sa peine en faisant attribuer par la loi Antonia [i-'i] son nom [Julius) k l'ancien mois Quinlilis, qui avait eu l'honneur de le voir naître".
Pour mettre en vigueur le nouveau calendrier, César ilutau préalable corriger l'écart produit par les intrigues
1 -f- Dec. 2 -|- Janv. 2 — G : Avril I 4- Juin i-\- Août 2 = 4. Ainsi, la saison d'été est â celle d'hiver comme 184 à 181. — 1' Januurio dies quos diciinus IV et III Kal. Febr. (29-30 janv.) dédît, Aprili VI Kal. Mai. (26 avr.), Junio III Kal. Jul. (20 juin). Augusto JV et 111 Kal. Sept. (20-30 août), Septembri 111 Knl. Oct. (20 sept.), Novembri III Kal. Dec. (20 nov.), Decembri vero IV et III Knl. Jan. (29-30 déc.l; Macr. I. 14, 9. — 12 Macr. I, 14, 13. — " Censorin. 20, 6 et 10; Mari-. I, 14, 6. Cf. ci-dessus, note 16, p. 1000. — H Un enfant né a. d. bis VI Kal. .Maet. avait son jour de naissance a. d. VI Kal. Mart. dans les années ordinaires (Uig. IV, 4, 3, §3. L, 16, 08). Le problème a déjà élé posé plus haut (note 7, p. 1001) à propos du mois intercalaire, dont le jour bisscxtc tient évidernineut la place. — 1" Posterior dies intercalatur, non prior (Ccls. in Dig. L, 16, 98). Cclsufi oublie que l'on comptait en remontant. — IG V. Kal. Mart. gui dies post bis VI K. fuit (ap. .Mommsen, Hum. Cliron. p. 280; Soltau, Dbm. Chron. p. 1:)9). — 17 JeaTi de Lydie prétend bien {.Meus. III, 7) que, dans les années bissex- Ules, c'est le 25 et 26 févr. que l'on appelle «. d, VI Knl. Mari. Eu revanche, l'olemius Silvius (Corp. inscr. lat. I, p. 337) affirme que l'on double le 23 févr. (il. d. VU Kal. Mart.) — 18 Cf. Soltau, Hum. Chron. p. 1:.(1.160. — 1» Suet. Caes. 76 ; Flor. IV, 2 ; Appian. //.//. cir. Il, 106; V, 07 ; Macr. I, 12, 31.
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ponlificalf's, c est-fi-din; combler un déficit dn 07 jours — ou 90 jours en comptant l'avance normale du cycle lunisolaire sur le soleil dans une année commune. La litjuidation du passé se fit au cours de l'anni'e M'> {rinnux confnsioiiis '). D'après Ccnsorinus, César intercala pour la dernière fois en février 46 l'ancien mois intercalaire de 23 jours, et, dos (')7jours restants, il fîtdnux autres mois [inU'vcalafis prior ri poslrrior), insérés entre novembre et décembre ; de sorte que cette « année de confusion ■> compta /(io jours, répartis on quinze mois^
Cette solution si simple parait monstrueuse à Mommsen-'. II en propose une plus élégante, appuyée sur un postulat déjà rejeté '•, à savoir la coïncidence de la réforme julienne avec le transfert du début de l'année calendaire au 1" janvier. Suivant lui, les consuls de l'année 4G, entrés en fonctions au 1" janvier 4(5 (onzième mois de 47 vieux style) et sortis au l"' janvier 45 (nouveau style) sont bien restés en activité durant quinze mois ou 44a jours; mais il n'y a pas eu d'année calendaire de cette durée. L'année 47 (de mars 47 à mars 40) était une année embolismique de 378 jours. L'année de transition 40, commencée au 1" mars, a, grâce aux deux mois extraordinaires (67 jours) intercalés entre novembre et décembre ', achevé ses douze mois au 31 décembre 40, et li!S deux mois (janvier-février) qui auraient dû lui appartenir d'après l'ancien style sont adjugés par le nouveau à l'année 43. Mais, comme nous admettons que l'année calendaire commençait depuis longtemps déjà au l""' janvier, il ne nous parait pas nécessaire de supposer que « le grand médecin » ait eu <c la main si légère » et que personne jusqu'ici n'avait compris son procédé opératoire.
Si bien équilibré qu'il fût, le calendrier julien se heurta dans sa marche à un obstacle imprévu. D'abord, César lui-même, après l'avoir mis au point, paraît avoir commis la faute de pratiquer le système de l'intercalation anticipée, en ajoutant, dès 45, le jour supplémentaire qui aurait dû n'être intercalé qu'en 49, à la fin du cycle quadriennal". En outre, soit pour provoquer une retouche et arriver à l'intercalation normale en fin de cycle, sous prétexte de satisfaire l'incurable superstition des Nnudines', soit par pure ignorance, les Pontifes comprirent mal ou feignirent de mal comprendre la règle d'intercalation. Ils interprétèrent quariù quorjue anno, comme l'eût fait le vulgaire, par « tous les trois ans révolus ». Au bout de trente-six ans de ce régime, ils avaient déjà intercalé trois jours de trop et mis d'autant le calendrier en retard sur le soleil.
Alors Auguste intervint. Pour redresser les erreurs commises, il suspendit l'intercalation pendant douze
I Macr. I, 11, :). — 2 Ccnsorin. 20, 6. Maciobe (I, 1 i, :)) dit : i/iindrini/eiitos quadragiiita tri's (lies. .Solin {ti'ecentos quadraginta quatuor, I, 43) est iiiin- Lelligible. Dion Cassiiis (XLIII. 26) lient à faire remarquer que la seule inlercalation extraordinaire est celle des li7 jours. — 3 Mommsen, /îdni. Chron. p. 27G- 278. — • Cf. ci-dessus, notes 4 à 7, p. iOtl3. — ■> Ces 67 jours se composent de 29 -t- 2fi (équivalent de janvier et février 47 vieux stjle) + 10 jours ajoutés à l'ancienne année coniniune. de sorte (lue lanaée 16 aurait en 36o jours. La seule différeuce entre cette année et l'année normale jidieune, suivant Mommsen, c'est que les 10 jours n'ont [las été répartis entre les douze mois, mais insérés celte fois en Moc. — *! t^'est là une question délicate, qui a donné lieu à d'interminables diseussions. Pour l'intercalation anticipée en 45, Ideler, Mommsen (Cf. Jiôm. Chron, p. 282-29y). Matzal. Siiltau {Hfiin, Citron, p. 170-175); contre, l.epsius, tïœckli, A. Moninison. llolzapfel. Le débat continue. Voy. A. Mommsen, W^formendes rùmixclien Knlt'nders in den Jnhren 4à unds \mr Chr. (Philoiosus. XLV [ ISSO]. p. 41 1-438) ; H. Malzat, Dit Anfangstag des juiianischen Kalruders (Hermès, \X1II [1888] p. 48-69); L. Holiapfel. Die Anfùnge des Juiianischen Kalenders ^l'Iiilotogus. XLIX [1890], p. 65-88).
ans", ot il attendit encore quatre aulres années avant de reprendri! l'intercalation, qui d'anticipée devint ainsi consécutive. C'est donc en l'an 8 avant notre ère que commence la série des années bissextiles continuée jusqu'à nos jours sur des années de nombre pfiir. Auguste, en tout imitateur de César, profila de l'occasion jiour remaniiir la liste des fériés, désormais surchargée d'anniversaires dynastiques, et pour donner son nom au mois Sextili.s, qui était plein de ses victoires'.
Le calendrier julien, enfin affermi sur son assiette, franchit sans encombre le règne de Claude, dont la manie archéologique se contenta de déranger quelques Nundines pour éviter des rencontres fâcheuses'". Il échappa de même aux tentatives faites par les empereurs pour substituer ou accoler leurs noms aux anciens noms des mois. Ceux qui voulurent déposséder les dieux éponymes firent scandale, et ceux qui se contentèrent d'envahir les mois désignés par leurs numéros d'ordre (de septembre à décembre) ne réussirent pas mieux". Quant au vice de construction qu'il portait en lui-même, aperçu ou non de ses auteurs '-, il ne devint sensible qu'à la longue. On sait que le calendrier julien suppose à l'année solaire une durée de 363 j. 6 h. tandis que l'année solaire réelle (tropique), accourcie par la précession des équinoxes, n'est que de 365 j. 5li.48'° 46%83. Il en est résulté que, au bout d'environ 138 ans, l'année julienne relardait d'un jour sur le soleil. Cet écart atteignait dix jours au mtmient où il fut corrigé par la réforme grégorienne (1582) et prévenu, pour les siècles à venir, par un cycle d'élimination qui supprime trois jours intercalaires en quatre cents ans. C'est aux astronomes litturs qu'il appartiendra de remettre le calendrier au point, quand la petite fraction de jour négligée par Grégoire XllI l'aura de nouveau déséquilibré.
111. Fastes CONSULAIRES. — Le calendrier romain, malgré quelques écarts, malgré les vicissitudes subies en passant de l'année lunaire à l'année lunisolaire et de là à l'année purement solaire, aurait pu fournir à la chronologie historique une mesure suffisamment stable de la durée. Mais, pour compter, comme nous le faisons aujourd'hui, les années à l'éfat anonyme, désignées seulement par leur numéro d'ordre, il faut avoir préalablement marqué, sur la route infinie du temps, un point de départ, le commencement d'une rve. Ce point de départ ne peut être fourni que par un événement marquant, dont le souvenir est rattaché, par synchronisme ou par mesure exacte des distances, à quelque autre date antérieurement connue, qui la fixe à la façon d'une amarre, en prenant elle-même, par l'effet de cette solidarité, une fixité plus assurée. Or les peuples grandissent au jour le
— 7 Dio Cass. XLVIII. 33, ad ann. 41 a. Clir. — « Macr. I, 14. 13; Plin. XVIII, § 211 ; Solin. I, 46. — 9 SC. el loi Pacuvia ap. Macr. I, 12, 35. — 10 Dio Cass. I.X, 2 1, ad .ann. 4-t p. Clir. Déplacer les Nundines éUil un moyen radical, mais inusité. Dion, qui .ijoute : xai -nJ-r, ^îv xaî qî'aXqt! ^o'A'Aâzt; l ;f é v £ •: ft, s'osi sans doute exprimé d'une façon inexacte. Il vent dire que les fêles (îif.5v Tt>Mv £»sx») ont été dé(il:icées. et non pas les Nundines. Lors de la n'forme de l.'îSi. on ne loucha pas non plus aux jours de la semaine : le lendemain du jeudi 4 octobre s'appela le vendredi 15 octobre. — <• Sous Néron, avril prend le qualilicalif de .Xer^ineus (Tac., Ann. XV. 74. XVÏ. 12); mai devient Clandïus et juin Germanicns (Tac. Ann. XVI, 12). Sous Doniitien. seplcmbre s'ap|ielle Gf'rmnnicu.^, octobre Domitianus (SueU Domit. 13; Macr. L 13. 36). Sous Antonio. le Sénat propose Jn/o«ini« |)Our septembre, ynuxtinus pour octobre (Capitol. Ant. J*ius. 10). Sou> Commode, septembre, octobre, novembre, décembre sont remplacés par Hercule.^. Invirtiui. Ex.<;u]>^ntoriwt, .4mn;oniH.'t (Laniprid. Commod. II). — *- Sosijr^ne. le collaborateur de César, élait très préoccupé de rectifier les systèmes d'intercalation (Plin. XVIII. S 212) el il ne devait [Kis ignorer la précession des é,|uinoxes, connue depuis Hippar^iue.
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oiir: quand la réflexion leur vient, il y a longtemps qu'ils ont perdu le souvenir de leurs origines, et la trace des événements marquants — qui ne paraissent tels qu'à distance — flotte dans le vague du passé.
Vers le début du ni' siècle avant notre ère, Cn. Flavius croyait pouvoir fixer la date de sa dédicace du temple de la Concorde à deux cent quatre ans après la dédicace du temple de Jupiter Capitolin'. Denys d'Halicarnasse ^ a retrouvé dans les archives de grandes familles romaines un document qui évaluait à cent dix-neuf ans le temps écoulé entre l'expulsion des rois et le consulat de L. Valerius Potitus et T. [M.] Manlius Capitolinus (392 av. J.-C). En supposant, comme on le fit, que le temple de Jupiter Capitolin avait été dédié la première année de la République (le 13 sept.), on arrivait par des voies différentes à une même date qui put servir de point de départ à une ère républicaine {posi rr(jes exacios ou posi ardrm CapUohnmn dedicoimn). Mais cette date initiale restait elle-même suspendue dans la durée. Quand les Romains furent persuadés qu'ils descendaient des Troyens, ils conçurent l'espoir de rattacher leurs origines mêmes à la grande date qui dominait depuis longtemps toute la chronologie des Grecs, à la prise de Troie. 11 fallait atteindre d'abord, au moyen des listes de magistrats, la fondation de la République, remonter de là, à l'aide des noms de rois, à la fondation de Rome, et combler l'intervalle restant entre la fondation de Rome et la prise de Troie avec des générations de rois albains issus d'Énée. Caton et d'autres annalistes se mirent à l'œuvre ; mais de données hypothétiques sortirent des résultats divergents. Avec le temps, ces divergences s'atténuèrent; il se forma une opinion courante, et vers la fin du ii"' siècle avant notre ère, on commença à user discrètement de l'ère ab Urlie conditn '. Encore cet usage ne fut-il jamais adopté parle comput officiel, ni pour les actes de chancellerie, nipour lesconventions privées '.
On reviendra plus loin sur ces questions; il suffit actuellement de constater que les Romains sont restés fort longtemps dépourvus de tout système chronologi(iue leur permettant de compter arithmétiquement les années. Il est tout naturel dès lors que, nommant des magistrats annuels, ils aient désigné les années isolément par les noms des consuls. Les Pontifes, qui dirigeaient le calendrier, n'eurent qu'à l'annoter, à y joindre les noms des éponymes, pour dresser, en regard des années calendaires, une liste parallèle de collèges consulaires ^ Le nom de Fasti, qui n'appartenait proprement qu'au calendrier, fut donné par extension à cette annexe du calendrier, les Fnsli rnnsulari's.
Si les collèges consulaires s'étaient succédés d'année en année à époque fixe, les années ofliciciles auxquelles ils donnaient leurs noms auraii'iil iiiarché du même pas
1 Incïditque in labulla aerea factam eam aedem CCI III atinis post Capilalinam dedicalnm (Plin. XXXIIl, § 10) —2 Dion. I, 74. — 3 Concurremmcnl avec Yfrc pnst reges exacios et une foule d'autres façons de dater : « ajjr&s 1rs Di'cemvirs, après la prise de Rome, aprt^s les fruerres du Saninium, après la première ou la deuxième pucrre Punique », etc. l/ère ab U. C. n'entre dans l'usage courant que sous l'Knipire. — ■* Au v" siècle de notre ère. tous les actes civils devaient encore être datés par les noms des consuls, à peine de nullité flo. Clirys. Ilom. Il de Osia, 0pp. VI, p. 110). — B II est <iuestion aussi de libri magistratuum distincts, conservés depuis 3il av. J.-G. d.ins le iem|ile do Juno Moneta (I.iv. IV, 7, 20; VII, 28). Cf. ci-après. — 0 Bredow, Zu welclifr Zt'it des Jahres ti-nten die rôm. Comtutn ilir Amt an? {Untcrstich. ilber alte Cesc/i. I, p. 138-181, Alloua, 1800); Mommsen, II6m. Chron. p. 80-1.13; G. K. Unjïer, Die rômiscite Stadtaera, Miinclien, 1870 {Âhhaiidi. d. Bayer. AUad, XV [I88IJ, p. 83-180); Inten-egmim imd Amlsjahr (PliiloloRus .Suppl. IV [1884],
que les années calendaires, et la cause de tous les embarras des chronographes, anciens et modernes, n'eût pas été posée. Mais les Romains ont longtemps maintenu, avec un entêtement de juristes, le principe de l'annuité du consulat. Élus pour un an, les consuls avaient le droit strict de gérer leur magistrature un an durant, quelle que fût la date de leur entrée en fonctions. Or, cette date pouvait à tout moment être avancée par des morts ou des abdications prématurées, refardée peut-être par des interrègnes. Ces variations perpétuelles de l'année consulaire ont eu pour résultat inévitable un défaut de concordance entre la série des années calendaires et la série parallèle des années officielles. En d'autres termes, un certain nombre d'années calendaires ne correspondait plus à un nombre égal d'années consulaires.
Sur la réalité historique de cette discordance, nul doute n'est possible; seulement, les textes qui l'établissent ne suffisent pas à en marquer toutes les oscillations. Bien que ces textes aierftété l'objet de patientes etminutieuses éludes", ce qui frappe le plus dans les résultats de ces doctes essais, ce sont les divergences. 11 suffit, pour être renseigné sur ce point, de jeter un coup d'œil sur les tableaux dressés par Mommsen, Unger, 0. Seeck, Soltau et autres. Les conflits des systèmes avertissent assez que l'exégèse des textes est souvent conjecturale; mais personne ne conteste que — jusqu'en 153 avant notre ère — les fluctuations de l'année officielle ou consulaire n'aient été amples et fréquemment répétées. Il résulte de là que les rédacteurs des Fastes consulaires n'ont pas pu, sans altérer l'ordre réel des faits, mettre chaque collège consulaire en regard d'une année calendaire. Ce parallélisme artificiel, qui existe dans les Fastes épigraphiques comme dans la chronologie des historiens, n'a pu être obtenu qu'au moyen de fictions légales, de transactions et d'approximations perpétuelles. C'est de cette conclusion préalable qu'il faut partir pour expliquer les divergences relevées dans les documents dont nous disposons.
Ces documents sont de trois sortes :
1° Les textes des annalistes et historiens qui peuvent, par juxtaposition, former des listes plus ou moins complètes de collèges consulaires. De 509 à 293 avant J.-C, les Fastes ne sont entiers que dans Tite-Live. Denys d'Halicarnasse va de 509 à 443; Diodore, de 480 à 302.
2° Les Fastes dressés par les chroniqueurs et chronographes de profession, comme les Fastes du Chronographe de 354 (Anoiujmus IVorisinnus), complets de 509 avant J.-C. à 354 après J.-C. '' ; les Fastes attribués à Idatius {Fasti Hispani), de 509 avant J.-C. à 4(i8 après J.-C. * ; la Chronique de Prosper d'Aquitaine, avec Fastes consulaires de 29 à 455 après J -C. ° ; la Chronique de Cassiodore, avec Fastes consulaires de 509 avant J.-C. à
p. 281-333); 0. E. Hartmann, D,-r rùmische Kalender, Leipzig, 1882; Lange, Dr dielim ineimdo consulalui sollemnibiu), Lips. 1882 (Kl. Scliriften, II, p. 307- :;H); II. Mal/.at, Itrim. Chron. I [1883], p. 133-160; A. fra'nkel, /)«■ Amtsantrill der rôm. Consuln u-âhrend der Période 3S7-53i der .ttadi {.<?/«(/. :. rôm. Gesch. I. Brcsiau, 1884); 0. Seeck. Die Kalenderlafel der Ponlifices, Berlin, 1883, p. 134-134; L. Holzapfel, ROm. Chron. Leipzig, 188C, p. 79 S(jq.; W. Soltau, Prolegomena^ Berlin, 1886, p. 180 sqq. ; Die rôm. .\mtsjahre ouf wahre Zeit reducirt, Freib. i. B. 1888 ; liiim. Chronologie, l'reili. i. B. 18SU, p. 302-333. — 7 Publiés par Noris en 1680, plus réceninuMit par Tli. Mommsen '^Ahhandl. d. Sâchs. Ges. d. Wi.ss. Phit.-Ilisl. Classe, I, [Leii)/.ig, 1830], p. 611-023, et dans le tome IX des Monumenta Germaniae hislorica [1801], — 8 Dans le Thésaurus de Gra-vius. XI, p. 216 sqq. et la Patrotogie latine de Migne, Ll, p. «Ol-Slll. — '■' Puliliée par Slonunsen {.ilihandl. 1861, p. 601-674).
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olO apr^s J.-C. ' ; le Cln-miiron Pnsrlinlr on A Ii'.rniulrimnii, dont les Fastes vont jusqu'il l'abolition du consulat impérial (628 après J.-C.) ^
;{" Les inscriptions, et, en première ligne, les fragments des Fasii Copilol'nn, gravés sur les murs de la /{l'gin au temps d'Auguste (vers 36 a. Chr.)et tenus au courant jusqu'en l'an 22 après J.-C. Ils (Uaient accompagnés d'un supplément, les Fastes triomphaux ou liste des triomplii^s, celle-ci rédigée et gravée plus tard (lii av. J.-C.)'. Des noms de consuls se trouvent cités, comme mention de date, dans des fragments de Fastes municipaux '•, dans les Actes des frères Arvales ^ et autres Fastes sacerdotaux, ainsi que dansune foule d'inscriptions particulières.
Avec les textes et les inscriptions, on a pu contn'ilcr, compléter les compilations des chronograplies et reconstituer les Fastes consulaires depuis les origines jusqu'à la suppression du consulat en .511 après J.-C. *"'.
L'étude des Fastes révèle des divergences qui portent toutes sur la partie la plus ancienne et se trouvent confinées entre 482 et 301 avant notre ère. On distingue, pour cette période, trois systèmes concurrents : celui des annalistes, suivi par Tite-Live ; celui de Diodore et celui des Fastes capitolins.
1° Le trait caractéristique du système des Fastes capitolins (suivi par la majorité des chronographes postérieurs) est l'intercalation de quatre années « dictatoriales », données comme sine consulibus (333, 32i, 300, 301 av. J.-C). Ces années, jointes à cinq années d'anarchie (soi(<wrfo magistraiuum, Slo-Sli a.\ . i .-C.) , constituent dans les Fastes un total de neuf années anonymes.
2° Le système des annalistes'', abstraction faite de quelques variantes, admet aussi les cinq années d'anarchie, mais ignore les quatre années dictatoriales. Seulement, comme il alloue deux années pleines aux Décemvirs, tandis que les Fastes capitolins associent un collège consulaire aux Décemvirs dans la première année décemvirale (-iol a. Clir.), l'écart entre les deux listes se réduit à trois ans. La date initiale des Fastes consulaires, qui correspond à 309 avant J.-C. dans la liste capitoline, se trouve ramenée à 506 avant notre ère.
3° Le système de Diodore fourmille de singularités, où il semble bien que de faux calculs se mêlent aux inadvertances. Au lieu de cinq années d'anarchie, Diodore
1 Publir-f |iar MoinmscTi {iijid. p. oTI-lia'J). — 2 Dans la collection tiii^ Scri/itore^ Hist. By:. de lînini. Il faudrait ajouter les Clironiijues d'Eusc^tie. de saint Jérôme, les fragments de Fastes dits de V(^rone, du 439 à 4li4 p. t^lir. (Monimsen. in f/fnufs. VU [187:)]. p. -171- iSI = Ilôm. Forsch. II, p. Sti-OG) et la Chronique dite de Ravenne (cf. G. Kaufmann, Dû' Fasten dur spiïteren Kaiserzeit in Pliitolorfus. XXXIV [1870], p, 235-295, 380-H3, 7i7-73U ; Dir Fasten von Constantinopel nnâdif Fasten von Jtairenna, in Philologits, XLII [1884], p. 471-510). Los Fastes rédig<5s par Ausone (cf. Fpigr. t-4) no nous sont pas parvenus. La plupart de ces compilations fourmillent de fautes grossières. — 3 Les F'astes t^pigraiihiques. découverts en 1547 et augmentés depuis de divers fragments (cf. C. Fea, Frammenti di Fasti consotari e ti'iunfali, etc. Homa, 18iO; Bor-gliesi, ^""«01^' frammenti dei Fasti consotari cnpitolini, Milano. ISIS et 1820 =: Œuvres, IX, p. 1-250), sont dits capitolins parce qu'ils so trouvent au musée du Capitolo. Les éditions de Gruter. Sigouius. Iteland. Piranesi, Laurent, sont reléguées dans l'oubli p-ar la pviblication déliniti\e de W. Ilenzen, Fasti consulart's ah anno F. t\ CCXLV ad annnm U. C. Dt'f^LXXV (509 a. Clir.-22 p. Chr.) dans Corp, inscr, iat, \, p. 415-425. Nouveaux fragments dans Kphrm, Epigr, III (1877), p. 11-15; IV (1881), p. 253-255. Les F.a.stes ou .Xctes Irioniphauv capitolins dans Corji, in.tcr. Iat. I. p. 453-401 (les Talinlar Iriumplioruni liarltcriniaii^r, p. 477). Nouveaux fragments ilans F/iit-m. Fpif/r. III, p. !0 : IV. p. 2.'itî-258. Un a relrou>é en I88S {.Xlli d. It. Arrnil, d, lincri, 1888, p. 410; ffiTmrs, XXVllI 1 1889], p. 570) un morceau qui donne U-s trioniplies de 178 à 175 a, Clir. Sur la date de la rédaction des Fastes Capitolins. voy. Henzen tu Corp, inscr. tat. I, p. 417 sqq.; Mommsen, Dit' Ca/iitoiinisch''n Ma ffislralstafrf a (llcrmoa, IX [1875], p. 207-280: X [1870], p. 409-171 = liôm. Forsch., II. p. 58-85), contre 0. Ilirsclifeld, Die Kapilotinischen Fa,itcn (Hermès. IX, p. 93-108. XI, p. 15H03); Chr. Hûiscn, Die Abfassunyeils: dei Capitolinischen Fasten (Hernies, XXIV [1889], p. 185-194). — 4 Fasti
n'en compte qu'une seule, e( il ne connaît pas plus que les annalistes les années dictatoriales des Fastes capitolins. Parmi les permutations, interpolations, omissions que se jjermcl Diodore, la plus étrange est la répétition, aux dat(;s de 380-38."j avant J.-C, de cinq collèges éponymes déjà placés aux cinq années précédentes (394- .300 av. J.-C), répétition compensée d'ailleurs par l'élimination de cinq collèges, qui figurent dans les autres Fastes entre 423 et 419 avant J.-C. et sont absents de la liste de Diodore. Enfin les Fastes de Diodore sont en retard de six années sur le comput varronien". Ces particularités ont attiré depuis longtemps l'attention des érudits.On ne peut que renvoyer ici aux nombreuses éludes publii'es sur les sources, les intentions, les procédés de la chronologie gréco-romaine de Diodore''. Vantée par les uns, dédaignée par les autres, l'œuvre de Férudit sicilien sert le plus souvent à infirmer ou à confirmer les inductions tirées de l'examen comparatif des autres systèmes.
C'est donc entre les deux autres systèmes qu'il convient d'instituer une comparaison. Il reste à examiner et, si faire se peut, expliquer les divergences graves, mais peu nombreuses, existant entre les Fastes que nous appellerons annalistiques et les Fastes capitolins.
Les uns et les autres proposent tout d'abord à notre foi une sorte de miracle prétendu historique, la suspension des magistratures durant cinq ans entiers (373-371), suspension expliquée par les violences des tribuns qui parvinrent ainsi à faire voter les lois Liciniennes (367 1. Une "pareille àvxp/ta a-t-elle jamais été possible'? Invraisemblable en soi, le système devient absolument suspect, quand on voit que Diodore s'en passe. Diodore ne connaît (pi'M?((' année d'anarchie. Quant aux Fastes capitolins, ils contiennent une invraisemblance de plus, discréditée à l'avance par le témoignage contradictoire des Fastes annalistiques, à savoir, les quatre années dictatoriales. On sait que la dictature ne pouvait se prolonger au delà de six mois, et qu'elle se greffait, pour ainsi dire, sur un consulat ordinaire. Ces années « sans consuls » ne peuvent être qu'une fiction de chronographes en quête d'expédients.
La première idée que suggère la vue de ces lacunes ouvertes dans les Fastes, c'est que les cinq années d'anarchie comme les quatre années dictatoriales ont été in-
Vennsijv (Corp, in.'icr, Iat. I, p. 407-471), Praenestini (ibid. p. 474). — 5 Publiés après Marini (1795; et Hcnzeu (1874), dans le Corp. inscr. Iat. VI. p. 2023-2119. De nouveaux fragments ont i!té trouvi^s en 1880. 1888. 1892. —6 Voy. J.-G. Baiter. Fasti consulares triamplialesf/ae Jtomanornm ad fidrm optimorum auctorum, etc. Turici, 1838 (insérés dans l'0;(omrt5/icum Tnttianum d'Orelli, Pars II fj; Boucha Leclorcq, Maiiitrl dfs Iiistit. liomaines, Pai'is. 1886. p. 593-613. — Parties étudiées à part. Mommsen a rapproché et comparé sept rédactions des Fastes (Capilolini, Clironogr,, Hispnni, Chron. Pasch., Diodor., Liv.. Lie. ap. Cassiod.i pour la partie comprise entre 509 av. J.-C. et 22 ap. J.-C. (dans le Corp. inscr. Iat. I. p. 4*l-5.'»n; J. Klein, Fasti consutares inde a Caesaris nece usque ad imperium Diocletiani^ Lipsiae, 1881 ; G. Lacour-Gayet, Fastes consulaires des dix premières années (TSntonin (Mél. de l'École franc, de Home, I [1881]. p. 68-110. reproduits dans Antonin le Pieux et son temps [Paris, 18S8],p. 468-490); J. .\sclibacli. Die Consutarfatten vom Tode Domitians bis zum dritten Consulate Hadrians {Jahrb. d. Ver. r. AU terlh. inltliein. LXXII [1882], p. 1-51). Les reclicrclics et les découvertes à faire portent sur les collèges de cos. suffecti, très nombreux au début de l'Empire. — ' Soltau, [Rùm, Chron. p. 341 et ailleurs) insiste sur le fait, nié par d'autres, qu'il y a eu une chronologie généralemeul suivie par les annalistes jus.]U 'au jour où Coru. Nepos. Atticus et Varron l'eurent réformée. — 8 Diodore inscrit en regarvl de t)I. LX.W. I '480 a. Chr.) le collège consulaire qui correspoml â 480 a. Chr. et garde jior la suite ce relard de six ans. — '^ Dissertations de J. G. Drojseu. Mommsen, Clason, Cohn. K. Meycr. Niese, Klimke. Kaerst, etc. Le sujet est d'ailleurs abordé dans toutes les études de « sources » et dans les traités de chrouologic romaine. Cf. Maijal. Rôm. Chronol. 1. p. 263-319; Soltau. Jiôm. Chron. p. 307-386. Mominscil {Falnus und Diodor in Hermès. V [1S71J. p. 222-2.10, XIII [1878], p. 305-334 = Aon. Forsch. II, p. 220-290) est un partisan décidé do Diodore.
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terpolées pour allonger la liste des collèges consulaires, cello-ci, comparée à la série des années calendaires, s'étant trouvée trop courte. Une première rédaction des Fastes aurait estimé le déficit à cinq ans, et l'aurait comblé soit avecla soUtudomarjhIraiuum, soit avec les quatre années dictatoriales et une année d'anarchie; une revision postérieure aurait ajouté les autres interpolations. Le délicit dans la liste des collèges consulaires s'explique d'ailleurs tout naturellement par l'accumulation des interrègnes [interregnum] anonymes, qui s'étaient interposés entre les années officielles et en avaient accru la durée sans en augmenter le nombre.
Mais cette explication si simple, admise par la majorité des chronographes depuis Niebuhr, suppose démontré un postulat que les faits semblent démentir. 11 faut admettre que toutes ou presque toutes les années officielles ont eu la durée intégrale d'une année calendaire, et que la durée des interrègnes n'y était pas comprise. La raison alléguée par Niebuhr — à savoir que les consuls avaient droit au maximum de la durée de leur fonction, en vertu de la formule : uf qui opihiw jure fiicii shil — n'a aucune valeur, et la question de fait a été vivement débattue'. Il résulte de nombreux textes : 1" que l'année officielle n'a jamais dépassé la durée d'une année calendaire, et cela, en vertu du principe fondamental du régime républicain, principe qui n'a jamais été enfreint, sauf par le second collège décemviral; 2° que l'année officielle a été souvent abrégée par des morts et abdications prématurées; 3° que des interrègnes bien constatés n'ont pas déplacé le début de l'année officielle, et cela, bien avant le temps où l'on se décida à rendre ce début invariable. Enfin, même en comptant à part les interrègnes, on n'en trouve pas, à beaucoup près, assez pour faire une somme de neuf années, et il faut suppléer au silence des textes par des conjectures. Le système niebuhrien de l'autonomie des interrègnes une fois ébranlé, l'explication qu'il fournissait aux chronographes devient caduque à son tour. Si la durée des interrègnes, au lieu d'être intercalée entre deux années officielles, était imputée sur l'une d'elles, les variations de l'année consulaire (susceptible d'être accourcie, mais non allongée) n'ont pu qu'en accélérer la marche, et, en fin de compte, la liste des magistrats a dû marquer plus de collèges consulaires qu'il n'y avait d'années calendaires écoulées dans le même laps de temps. Par conséquent, bien loin de chercher à allonger la liste des magistrats, les rédacteurs des Fastes ont drt chercher à la raccourcir, puisque, d'une part, ils ne pouvaient créer des années calendaires fictives, et que, d'autre part, ils voulaient instituer un parallélisme exact entre les deux séries.
C'est donc par des amputations pratiquées sur la liste des collèges consulaires qu'il faut expliquer les vides constatés dans cette série. La thèse est, à première vue, paradoxale; mais, si la thèse contraire est ruinée par les observations faites sur les interrègnes, il faut bien essayer de celle-ci.
Supposons avec W. Soltau cjuc, à une ('ihkiik' où l'écart entre les deux séries était déjà d'environ (juatre années,
1 Voy. les ouvrages ciii''S ci-dessus (noie 6, p. i006)el le résumé des discussions dans Soltau, /tnrn. Ckroa. p. 203-309. — 2 Cf. SolUn, Wim. Cliron. p. 3ia, .»55. — 3 On sait que la dfrmiiatio mimioriae prononcée contre un éponj nie entraînait sa raiiiulion des Fastes. Il n'y a pas d'exemple de ce genre de proscription sous la Hépulilique. quoique déjà Cicéron {Pro Sest. 14) dise des consuls de ;»s : quos wrmo est ijui non modo ex memoria aed ex [astis eucUcndos putet. Mais on voit sur les mar-
un rédacteur de Fastes, soit Cn. Flavius (après 28"), soit plutôt (vers ioQ) le Grand-Pontife plébéien Ti. Coruncanius^ se soit aperçu que la liste des éponymes excédait de quatre collèges le nombre des années calendaires. Il a dû pratiquer des suppressions, et, soucieux de la morale autant que de l'arithmétique, les faire porter de préférence sur les collèges qui passaient pour avoir été irrégulièrement élus. Or, les élections n'avaient jamais été plus suspectes qu'au temps des débats sur les lois Liciniennes. Il se rencontrait là des collèges de irib. mit. COS. pot. qui, malgré l'opposition ardente et compacte des plébéiens, étaient entièrement composés de patriciens. Ce sont ces groupes d'intrus que le Pontife justicier expulsa des Fastes'. Il laissa vide une année, qui avait été réellement une année plus ou moins complète d'il anarchie » [soUtudo rnagisiraiimm), et la place occupée par les quatre collèges rayés fut répartie entre les collèges maintenus, qui se trouvèrent ainsi correspondre chacun à une année calendaire.
Mais ce parallélisme, artificiellement obtenu, dérangeait la succession réelle des faits. Les quatre années supprimées en bloc représentaient la somme de nombreuses fractions d'années qui, dans la réalité historique, se trouvaient dispersées sur toute la série des collèges antérieurs à l'époque du correcteur. Il arriva nécessairement, quand les annalistes introduisirent la chronologie dans l'histoire, que certains faits, bien constatés et datés par des noms de magistrats, ne pouvaient plus entrer dans l'espace rétréci par des coupures pratiquées toutes à la fois sur une courte période. Le seul moyen d'obvier à cet inconvénient, c'était de rétablir les années officielles éliminées, et c'est probablement ce que fit le Grand-Pontife P. Mucius Scaevola, lorsque, vers 130 avant J.-C., il se décida à clore et à publier en quatre-vingts livres, dit-on, la collection des Annales pontificales [annales]'". Ainsi, la correction opérée par Ti. Coruncanius aurait été annulée par un de ses successeurs, elles années supprimées aux alentours de l'année d'anarchie auraient été réintégrées dans les Fastes. Seulement, comme le nouveau rédacteur ne retrouvait plus ou ne se souciait pas de restituer les noms des magistrats précédemment éliminés, les quatre années susdites restèrent anonymes et furent ajoutées à la période d'anarchie, qui devintainsiunc soliludo magisiraliuun de cinq années.
Mais l'annaliste pontifical ne renonçait pas pour cela à corriger l'écart entre les Fastes consulaires et les Fastes calendaires. De son temps, après les travaux de Polybe et de Caton, qui avaient comparé les Fastes au comput des Olympiades, on savait que la prise de Rome avait coïncidé avec la paix d'Antalcidas (01. XCVIII, 2 = fin 387 av. J.-C). A l'aide de ce point de repère fixe, on crut pouvoir remanier les Fastes en connaissance de cause. Tout compte fait, l'écart à corriger était de trois ans et demi. Pour amener en regard de l'année olympique désignée le collège de magistrats qui gouvernait Rome au moment de f invasion gauloise, il fallait supprimer trois des collèges postérieurs et intercaler six mois dans la liste des collèges antérieurs. L'intercalation
bres Capitolins que, à la date de 31 a. Clir. le nom d'Antoine a été martelé (cn 30 av. J.-C. ; cf. Plut. Cic. M), puisgravé de nouveau plus tard. Aussi est-il aliseut des Fastes de Cassiodore et du Chronograplie de 351. lin iO ap. J.-C, Tibère refuse de faire cITacer des Fastes le nom de Pison (Tac. Ann. 111, 17-18); mais le nom de Séjan, consul n\ 31, a été si bien pourchassé qu'on ne le retrouve plus que sur 1rs monnaies (lickliel, D. A'. VI, p. lOti). — 'Cic. De Oral. Il, 12; Serv. ad A™. I, 373.
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se fit en portant de dix-huit mois à deux ans le laps de temps occup('^ par le second collège décemviral'. Les suppriissions, habilement (ailes, portèrent sur des collèges consulaires insigniliants, de prélérence sur ceux qui, durant une partie de leur année, avaient cédé leurs pouvoirs ù. des dictateurs-. Ainsi disparurent, sans laisser de traces, les collèges et les annéiis officielles qui correspondaient aux années 421, 430, Mo U. C. (333, 324, 30!) av. J.-C.) du comput varronien.
Mais, de même que le rédacteur des Fastes « annalistiques » était revenu sur les corrections opérées par son devancier, de même, et pour des raisons analogues, son système à lui fut rejeté par lesérudilsdu temps de Varrcm. On sait que Corn. Nepos écrivit (avant .">'< av. .J.-C.) des Chron'ica^; que, sous le titre de Libev nnnaUx, Atticus puhlia(avant4r>)un grand ouvrag(ule eh ri )nolngie, embrassant sept siècles de l'histoire romaine', dans le(iuel tous les magistrats étaient '< mis en ordre » et les principaux événements datés''; que Yarron compila ensuite trois livres (VAn)i(dcs. Ces consciencieux kI méticuleux clironographes, pour faire entrer dans l'histoire une masse de faits retrouvés par eux dans les archives publiques ou particulières, se crurent obligés de rétablir les trois années rayées, sur la foi du synchronisme de Polybe, par l'ordonnateur des Fastes annalistiques. Ils allongèrent môme d'une année supplémentaire — c'est-à-dire de quatre années en tout — la partie des Fastes postérieure aux Décemvirs, sauf à supprimer une année sur deux au sëcand collège décemviral. L'année ajoutée, ouplulôl déplacée, correspond à l'an 433 U. C. (301 av. J.-C.) du comput varronien. La nouvelle rédaction des Fastes, comparée à la précédente, ajoutait donc, en fin de compte, trois ans à la durée du régime républicain, dont la date initiale se trouva reportée de nouveau à 509 avant J.-C. (au lieu de 500 dans le système annalistiquc '"). La trace des interpolations attico-varroniennes se reconnaît encore aux quatre années sans éponymes (333, 324, 309, 301 av. J.-C), dites années « dictatoriales »,où les Fastes capitolins introduisent la mention : Hnr nnno dictalor cl magislrr rquilum sine cos. fuerunl. Les nouveaux correcteurs aimèrent mieux laisser ces années vides que d'y insérer des éponymes douteux et de date mal assurée.
Lorsque Auguste fit dresser les Fastes officiels connus aujourd'hui sous le nom de Fastes capitolins, le rédacteur chargé de celte lâche (Verrius Flaccus '?) se contenta de transcrire les Fastes varroniens, avec leurs cinq années de soliludo mnçjhiraiuum et leurs quatre années dictatoriales. La seule innovation qu'il se permit ne porte pas sur les Fastes consulaires : elle consista à retrancher une année à la période royale (cf. ci-après). La date initiale des Fastes consulaires n'est pas changée par rapport à l'ère chrétienne (509 av. J.-C), mais seulement par rapport à la date de la fondation de Rome, qui se
1 I.cs six mois ujoult'S ont pvi i^tri^ iir('lovi''s sur une aiuiL'O roiisuhiiro sup- Itrlmée dans la paille de la liste antérieure à 3S7 av. J.-C. — 3 Suivant \V. Sollau {lifim. ChronnL p. .'i:i;i-;nN), le correcteur a eu soin de ne supprimer ipie des consuls dont le nom (le leur ou celui de leur lionionyme) figvu-ait ailleurs daijs les Fastes, ou de les replaeor eu dautres endroits à titre de cos. su/fecli, — 3 Catull. I, 5 sqq. ; Auson. E/ilsl. 16. — 'Cic. JJriil. .'! ; Oral. .11, c'esl-à-dire des origines jusqu'en -W a. Clir. (Cicliorius. p. 2.-)7). — ■"' Corn. Xep. Attic. iS. D'apri-s tinter, le ',/iht'r) iniuaiis de l.ilio (L. Scribonius). puldié vei-s la nii^me i?poi|ue <cf. ('ic. Atf Attic. Xill, 30 et :îi!), était une elironos;r.'iphieau:i!oi;ue. mais cnnicnant tous les magistrats curules. — 6 I,os Varrouiens revenaient à la date initiale qui parait avoir été adoptée par les premiers urdunnatcurs île la chronoloiîic romaine, Cn. Flavius
trouve placée en 7.>2 avant notre ère, au lieu de 753.
Ainsi, par une série d'hypothèses habilement enchaînées, W. Soltau arrive à conclure que les vides des Fastes, c'est-à-dire rjunli-c années d'anarchie sur cinti et les quatii; années dictatoriales, marquent les endroits où ont été pratiquées à deux reprises, par des correcteurs préoccupés d'arithmétique, des coupures qui ont été rouvertes ensuite et comblées avec des étiquettes anonymes par des érudits préoccupés d'histoire.
Ce système s'appuie sur un certain nombre de faits qui y trouvtmt pour la première fois une explication plausible. Ainsi Diodore, seul entre tous les historiens, n'admet qu'uni! seule année d'anarchie. C'est qu'il reproduit, sauf variantes de détail', l'étal des Fastes tels qu'ils étaient sortis des mains de Cn. Flavius ou de Ti. Coruncanius. La plupart des historiens, Polybe, Denys d'Halicarnasse, Tile-Live, Appien, enregistrent cinq années d'anarchie', mais ne connaissent pas plus que Diodore les « années dictatoriales »; ils nous donnent la rédaction annalistiquc des Fastes. Fniln. comme on l'a vu, les quatre « années dictatoriales » apparaissent au temps de Varron et prennent place dans le comput officiel des Fnsii Capitolini. Nous avons donc réellement sous les yeux des rédactions différentes des Fastes ; il n'y a d'hypothétique que leur date et leur arrangement par étapes successives et motivées.
W. Sollau se charge même d'expliquer, avec sa théorie, certaines anomalies bizarres, restées jusqu'ici à l'état de mystère. On sait que le Chronographe de 354 comble le vide des cinq années d'anarchie (375-371 av. J.-C.) avec des collèges soi-disant consulaires' qui ne figurent nulle part ailleurs, et que les Fastes capitolins comptent, entre .394 et 307 avant J.-C, dix-sept ou dix-huit trib. mil. cos. pot. de plus que Diodore, parce qu'ils augmentent et doublent parfois le nombre des membres dans plusieurs collèges. Or, on remarque que tous les noms inconnus de Diodore — ■ sauf un — appartiennent à des patriciens, et on y retrouve huit des neuf soi-disant « consuls » cités par le Chronographe. Voici, d'après W. Soltau, la solution de l'énigme. Les noms interpolés dans les Fastes capitolins sont ceux qui avaient été rayés par Coruncanius, et qui, retrouvés dans les archives des grandes familles, ont été complaisamment replacés par Atticus et Varron aux alentours des postes d'où les avait chassés le Pontife. D'autres rédacteurs de Fastes ont pu s'en servir pourcombler \a. .•'oliliido itiagistrat II III , et c'est leur version que reproduit le Chronographe '".
En dehors de ce système, conjectural, mais cohérent, la critique n'a proposé jusqu'ici que des solutions de détail, moins démontrables encore. Mommsen s'abstient; Unger accepte comme historiques les cinq ans d'anarchie et suppose les années dictatoriales faites par addition de dictatures de six mois à des consulats de six mois; Mat- 7.al trouve dans la période d'anarchie quinquennale trois
et Fabius Pictor (cf. ci-apri>sj. — ^ Diodore n'attribue que </t'(u: auniVs en tout aux Déeenivirs. — 8 Quatre années dans Ruiiu. Eulro|)0. Vopiscus. les Fasti ffixliani d'idatius et Cassiodorc. C'est nue variiuitc qui ne mccoureit pas les Fastes, mais remplace p,ar des éponymes la première des " cinq » ,inmVs d'anarchie. — 9 Soit neuf noms pour ciniy années, l'an 379 U. C. (= 375 a. Clir.) étant occupa par Baecho Knlo. I.c Clirono^raplie De dislin^c mille part entre consuls et trib. mil. cos. jxit. et ne counail que deux éiionymes par an. — to Sollau. o/j. cit. p. 310-348. Les noms sont tellement défigurés par le Chronographe qu'ils se prêtent à toutes les fantaisies. t^. F. Unger {Jahrb. f. Philnl. 1891, p. 6.t8) soutient que ces noms sont plébéiens et appartiennent à des édiles de la plébc, qui, à défaut de magistrats enniles. ont servi d'épouvmes durant \;i xiititinln. Ilvpothése contre h) |iollièsc.
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années historiques et deux interpolées, tenant d'ailleurs, lui aussi, les années dictatoriales pour des interpolations opérées par Atticus; Holzapfel se rallie, sauf réserves de détail, à Unger pour l'anarchie, à Matzatpour les années dictatoriale?.
Ce qui n'est contesté par personne, c'est que, de toutes les listes de Fastes actuellement connues, aucune n'est exempte de combinaisons artificielles. Est-il possible, du moins, de se faire une idée de la nature et de la qualité des matériaux mis en oeuvre par les chronographes de l'antiquité ' ? Afin de simplifier le problème, — qui ne se pose que pour la partie la plus ancienne des Fastes — il faut commencer par éliminer toutes les rédactions postérieures à l'ère chrétienne, les considérant comme des copies plus ou moins éclectiques, ou plus ou moins fautives, d'originaux antérieurs. On sait que Cassiodore suit à peu près Tite-Live ; que les Fastes du Chronicon Paschale et ceux d'idace {Fnsll Bispani) sont identiques et se ramènent, par un certain nombre d'intermédiaires supposés, àla source « annalistique»où ont puisé Tite-Live etDenys d'Halicarnasse; que le « Chronographe de 354 » reproduit, en l'abrégeant et en y introduisant quelques modifications de détail, la nomenclature des Fastes capitolins avec le comput varronien. Le système de Diodore reste isolé.
Nous voici revenus aux trois rédactions principales, qui ont déjà été examinées au point de vue de la chronologie. La plus récente, celle des Fastes capitolins, dressée d'après Atticus et Yarron, est aussi la plus complète. Elle donne non seulement le prénom et le nom gentilice de chaque magistrat éponyme, mais aussi le surnom (cognomi'n) ou les surnoms — souvent deux, parfois trois - — ajoutés à son nom. De plus, elle indique pardes initiales le prénom du père et du grand-père de chacun des éponymes. C'est précisément cette abondance d'informations qui rend suspect le travail des rédacteurs. Mommsen ' a démontré, par l'étude des textes épigraphiques, que l'usage d'insérer les cognomina dans les actes officiels (lois et sénatusconsultes) ne i-emonle pas au delà du temps de Sylla' : ils apparaissent plus tôt sur les monnaies, éloges et autres inscriptions privées, mais pas avant le milieu du v'^ siècle de Rome ''. Les auteurs qui citent des inscriptions plus anciennes, dédicaces, traités, lois, etc., n'en ont extrait que des noms dépourvus de cognomina ''. 11 en va de même pour les indications généalogiques. Absentes des anciens monuments, elles apparaissent plus lard : le nom du père au v° siècle de Rome, celui du grand-père au milieu du VI" siècle. On est donc en droit de penser que ni les cognomina ni les généalogies des anciens consuls n'ont pu être transmis pardes documents contemporains. Les
1 Vov. K. Ciclioi-iiis, J)i' fnstis cnH.iitlfirifiufi antii/iti.->simis (Leip/ilîer Studirii, IX [1887], p. 171-2(i2). Celle vigoureuse Uiôse, qui (-bnuile di^'finitivenient la foi en la valeur hislorique des Fasles, a H(' lY-fuk'e par G. F. Uugcr, Die Glaubwur/lif/h-if lier capitolmischfii Cnnsulntafdii {Jalu-b. f. Philut. CXUII [IS'.IIJ. p. -iSO-.lil, Wâ- 40G, 625-653); mais la réfutation, en rectifiant quelques points de détail, laisse sul)sisler les doutes émis. — 2 l.cs co^»0"i//m doubles et triples ont été quelquefois supprimés, faute de place ou par la négligence du graveur. On les retrouve, soit à un autre endroit <ies Fasles capitolins fex. !.. Manlius A. f. P. n. Vulso Longus, cos. 2yO a. Chr., et L. Manlius A. f. P. n. Vulso II, cos. 2.'i(l a. Clir.), soit d.ans le Chroimgraplie de 3i5l. Il y a une année, une seule (40^ a. Clir.), où un consul, Sex. (Juinctilius, n'a pas de cof/iioiiioi dans les Fastes capitolins. Le Ciironograplie lui altribue celui de Varus. — 3 Mommsen, Vie rtim. Eigmtiamen (UIi. Mus. XV [1800], p. 160-ilO = Jiôm. Forsch. |2, p. 1-G8). — * Le plus ancien exemple est fourni par le sénatusconsultc de Asclepiatlc, de 78a. Chr. {Corp. mscr. tat. I, 2û't). — :• La plus ancienne inscription avec cognomen est celle du tondteau de L. Scipio liarbalus {Cor/i. inscr. lat. I, 29-311), cos. i'M a. Clir. - » Sauf peut-être Lii. IV, iO (dédicace de
rédacteurs des Fastes ont dû les restituer d'après une méthode qu'il s'agit de découvrir.
On suppose généralement qu'ils avaient à leur disposition les archives des vieilles familles patriciennes, et on fait valoir les travaux généalogiques d'Atlicus '. Mais rien ne garantit ni l'antiquité, ni l'authenticité, ni la véracité de ces archives, surtout des « éloges funèbres » que Cicéron désigne comme une source de falsifications historiques'. En outre, il restait peu de ces anciennes familles patriciennes — quatorze au temps de Cicéron' — et, à supposer que les archives des familles éteintes eussent été conservées, il ne faut pas croire qu'on y trouvât des siemmala complets et bien ordonnés. Cornélius Népos dit lui-même que <i la partie la plus difficile de la tâche d'Atticus a été de débrouiller l'origine des familles et la généalogie des grands hommes'" ». Si les indications généalogiques des Fastes capitolins sont dues aux recherches d'Atticus. il paraît bien qu'il lui arrivait de combler avec des conjectures les lacunes de sascience. En effet, tandis que, dans la partie vraiment historique des Fasles, on trouve entre le consulat du père et celui du fils un intervalle moyen de trente-trois à vingt-cinq ans, cet intervalle s'abaisse à dix-neuf, treize, dix ans et au-dessous dans la période ancienne". Ce qui est plus significatif encore, c'est que — sauf le cas très rare où une gens ne compte qu'un seul représentant dans les Fasles — tous les ascendants indiqués pour la période ancienne des Fastes capitolins se retrouvent parmi les magistrats antérieurement nommés. Le fait est d'autant plus singulier que les familles patriciennes comptaient alors un grand nombre de membres, et que, plus tard, lorsque les généalogies pouvaient être mieux établies, il ne se reproduit plus. On voit que, à défaut de documents, le rédacteur des Fastes dressait ses généalogies avec les noms fournis par les Fastes eux-mêmes, dût-il se résigner pour cela à hâter la marche naturelle des générations '^
En ce qui concerne les cognomina, le rédacteur des Fastes capitolins paraît s'être contenté le plus souvent de comparer et de combiner des rédactions antérieures. Il suffit de rapprocher les fragments des Fastes capitolins des parties correspondantes dans les Fastes annalisliques et dans les Fastes de Diodore pour remarquer que les Fastes capitolins réunissent les cognomina contenus isolément dans les deux autres listes. Quand cellesci ne fournissent, à elles deux, qu'un seul cognomcn, ce cognomen figure seul aussi dans les Fasles capitolins'^.
La conclusion tirée de ces méticuleuses analyses est que le rédacteur des Fasles capitolins, novateur en fait de chronologie (voy. plus haut) et de généalogie, a emprunté son onomastique à deux rédactions antérieures.
A. Cornélius Coxaim). — T Corn. Nepns. Àllic. 18. — * Cic. Hnil. 16. s 6i. Les débris do tous les éloges funèbres connus ont été réunis et commentés par F. \'olbuer, Laudationum funebrium Romanorum liî.iloria et refù/itianim edilio {■Inlirb. f. Pliilol. Supplem. XVIII [1892], p. 34ri-;ii8). — 3 Cf. Monmisen, flôm. /■'m-xrli. I, p. 422 ; C. ISIocIi. Ilech. sur qiieliines fferiles patriciennes iMi'l. rie l'Ec. fr. lie Home, II [1882]). — '0 Corn. Nep. Ine. cit. — " II n'y a que treule-deux ans cMlio le consulat de P. Servilius Priscus (W3 a. Clir.) et celui de son iietit-fils I'. Servilius Sp. f. P. n. Priscus (163). M. Cornélius Maluginensis est Déceravir en 1.50, neuf ans après le consulat de son père (139). P. Cornélius Cossus est Irib. mil. co.î. jicil. en «8, et son fils Cn. on .406. — 12 Cichorius, p. 238-2*1. — 13 Cicliorius, p. 230-232. La comparaison est instituée, pour les cngnomina doubles, sur douze années : 479, ■466, 464, 461, -459, 450-433, 431, 449, 359 a. Chr. ; jiour le cor/nomen unique, sur les années 476, 472, 460-459, -432, 453 a. Clir. A l'an 432, Cichorius {p. 232, I), après ins|ierlion du marbre, restitue à P. Seslius le coi/nomen unique Capilo[linui], au lieu de Cn/iilo [Yalicanu.i] admis par liorghcsi, llenzen et Mommsen.
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auxquelles il n'a fait que des corrections ou additions insignifiantes. Plus soucieux de ne rien omettre que de choisir entre les divergences, il a accumulé dans son œuvre toutes les données fournies par ses devanciers, sans songer que la vérité historique ne s'obtient guère par des transactions'. Son travail à lui n'a donc qu'une importance secondaire; c'est à ses devanciers que la critique doit demander compte des sources où ils ont puisé.
Examinons d'abord les Fastes « annalisli(}ues ». Cichorius croit pouvoir établir, après Nit/.sch et Peter, que, « le premier et le seul entre tous les annalistes », Licinius Maccr (•]- 60 av. J.-C.) a ajouté le cognomen au nom gentilice des éponymes antérieurs au v^ siècle de Rome, tandis que les autres chroniqueurs cités par Tite-Live et Denys d'Halicarnasse connaissaient tout au plus les surnoms les plus célèbres, ceux des Brutus, des Poplicola, des Camille et des Cincinnatus^. Qu'il y ait excès de précision dans la thèse ainsi pr(''sentée, et qu'il faille répartir entre plusieurs annalistes l'élaboration des Fastes, peu importe. Nous ne prenons Licinius Macer que comme type de l'annaliste du vu" siècle de Rome, en vue de simplilier notre exposition. La liste dressée par Macer aurait été utilisée çà et là, capricieusement, par Denys d'Halicarnasse et Tite-Live, qui tantôt mentionnent, tantôt omettent les cognuminit, et Cichorius pense la retrouver en série intégrale — à quelques variantes près — dans les Fastes d'Idace, qui ne désignent les consuls que par leur corjnomrn (un seul pour chacun d'eux).
Tout le poids des objections élevées plus haut à propos d'Âtticus relomb(! maintenant sur Licinius Macer. Si l'on admet comme vérité démontrée que les cognomina des anciens consuls n'ont pas pu être transmis par des documents contemporains, il faut bien que Licinius Macer les ait ou empruntés à des traditions douteuses ou restitués par voie de conjecture. On sait, par Tite- Live', que Macer consultait les archives publiques et notamment les Ubri Untei déposés dans le temple de Juno Moneta. Impudent dans ses discours, au dire de Cicéron'', il était peut-être scrupuleux dans ses recherches. Mais, depuis que Mommsen a imputé une série de falsifications historiques soit à Licinius Macer, soit aux Ubri lintci eux-mêmes ^, l'autorité de ces « saints livres tenus sous clef" » est bien ébranlée. Du reste, fout ce qu'on sait de ces archives, c'est qu'elles contenaient les noms des magistrats et qu'elles passaient pour remonter au delà de la prise de Rome par les Gaulois, au delà par conséquent de la construction du temple même de Juno Moneta, qui lut bàli en 344 avant notre ère. D'où venaient-elles, comment avaientelles échappé à l'incendie (jue la critique invoque perpétuellement pour qualifier d'apocryphes tous les documents antérieurs à 389'? Étaient-elles tenues au
I Cicliorius (p. i'^\) lui reproche d'avoir inst'T)^, à la date de i78 avant J.-C. (pu un lonips où l'on ignorait les cos. suff'ecti), le cos. suff. C. Sergius, pour no pas opler entre C. Sergius, cité par l'annaliste, et G. Servilius, donné par la liste de Diodorc. — 2 Cichorius, p. 18i-l«8. — 3 Liv. IV, 7 et i3. — l Cic. Legg. I, 2, § -27. — 6 Mommsen, /lôm. Chron. p. 93-98. Voy. la r(!fnlalion de G. F. Unger. op. cil. p. 651-653. — 6'i,j,:,ts ««'i i-oOiTuy pi'Sluv (Dion. XI, 62). — 7 Cette ol)sossion de l'incendie, dont on a tant abust^, a H6 combattue par G. Thourot {Ueber tien ndllisclien Bramt, in Jahrb. f. Philol. Sujiidh. XI [1880], p. !)5-188). — 8 .\on luhet scribere quod in tabula apud pontifict'm mnjcimum e.U, etc. (ap. Gell. II, iS, 6). — 0 Cic. De orat. II, li. Cf. n,'ii. I, 10, iS. Legg. II, \i, 5 52. — W 0. .Seeck, Die Knlendcrlafel der Pon-
courant et par qui ? Autant de questions sans réponse. Il nous est bien difficile de partager la foi que Licinius Macer, suspect lui-même, montrait à l'égard des Ubri Untei. La prédilection de Macer pour les Ubri Untei porte à croire qu'il ne faisait pas autant de cas des Annales pontificales [a.n.nales maximi], ou même qu'il ne les a pas consultées. En effet, parmi les citations de sources éparses dans Tite-Live et Denys, où figurent diverses annales et divers annalistes, les Annales Maximi ne sont pas une seule fois mentionnées.
La critique négative a, du reste, singulièrement déprécié la valeur de ces Annales des Pontifes, connues par une boutade de Caton * et mentionnées pour la première fois sous leur nom par Cicéron, en termes peu propres à les mettre en crédit, car il les fait remonter ab initia rennn roinnnarum '. Il y avait donc eu restitution artificielle et conjecturale des parties anciennes de la susdite chronique. A quelle époque commençait la rédaction contemporaine des événements, on l'ignore; et, très probablement, les Annales, ayant la prétention d'être authentiques d'un bout à l'autre, n'en disaient mot. Le scepticisme de 0. Seeck'° va plus loin. Il pense que les prétendues Annales des Pontifes étaient tout simplement les calendriers (Fasti) affichés tous les ans par le Grand -Pontife à l'usage du public et annotés çù et là dans le courant de l'année, à la façon d'un agenda. On aurait cessé de les afficher lorsque le collège pontifical voulut se réserver la liberté d'intercaler à sa guise, au temps de P. Mucius Sca-vola, qui passe pour avoir compilé, en quatre-vingts livres, le maigre contenu des susdites tables".
En somme, il importe peu que les rédacteurs des Fastes annalistiques se soient ou non servis de la chronique pontificale. Celle-ci n'eût pas donné à leur travail une valeur qu'elle n'avait pas elle-même. Il faut revenir à la question posée plus haut. On ne peut plus savoir si — dans la partie la plus ancienne des Fastes — les noms des consuls sont authentiques ; mais on a lieu de croire que les cognomina ont été restitués arbitrairement, d'après ceux que portaient, au temps du rédacteur, les familles issues des vieux éponymes ou de leurs clients. L'arbitraire se trahit par certains anachronismes que nous ne pouvons relever ici, et qui autorisent une légitime défiance '-.
11 semble même que cette défiance ait été ressentie déjà par Denys d'Halicarnasse et Tite-Live, qui se sont servis des Fastes annalistiques. En effet, sur soixantesept années de régime républicain que contient la partie conservée de l'œuvre de Denys ('")011-i33 av. J.-C.\ cet auteur ne donne le cognomenqaà quarante et un consuls. Tite-Live est plus irrégulier encore. Il attribue rarement le cognoinen aux consuls antérieurs à iio, et, quand il le fait, il ne le fait pas toujours pour les deux consuls d'un même collège à la fois. 11 s'est donc réservé le
(l'/îct's, p- .■)7-75. — 11 Annales pontificum maj-imorum, guibiis nihil polesl ette ji'junius (Cic. Legg. I, 2, | 6). Peul-ilre, dans ces 80 livres (Scrv. Aen. I. 373), y a\ail-il place pour des notes et commentaires qui auraient grossi la compilation (?). — IS Par exemple. App. ClauJius appcli'^ Caeeus avant sa cécité: des surnoms grecs comme Chilo ou Philo avant lliellénisation de Rome ; un Hiculus dés 498 a Chr. ; un Galltis dés 161. L'aulhenlicilé des noms eui-mémes devient suspecte, à cause des noms plébéiens (Junii. Cassii. Aquillii. Siccii, denucii, Curlli) introduits dans des collèges qui devaient être eiclusivement p»triciens. Les consuls de 454 sont tribuns de la plèbe cinq ans plus tard. Sur ces questions délicates cl litigieuses, voy. Mommsen, Rûm. Forsch. I, p. 111-112, 302, etc.: Cichorins. p. 221-223; Ungcr, op. cil. p. 478-483.
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droit de choisir, et même de substituer ses conjectures à colles de son guide'.
Qu'il y ait eu alors en circulation des listes différentes, et même sur plus d'un point incompatibles, c'est ce que démontre surabondamment l'existence des Fastes de Diodore. Ceux qu'on peut extraire des liwes XI à XX de la Bibliothèque Historique vont de 486 à 30-2 avant J.-C. Il a été question plus haut des bizarreries chronologiques qu'ils présentent. Non moins bizarre est la méthode suivie par l'historien en ce qui concerne les cogiwviina. Il les donne le plus souvent pour les plus anciens éponymes, entre 486 et 427 avant J.-C, et, à partir de cette date, il cesse de s'en préoccuper-: il les ignore même d'une façon tellement systématique, qu'il parle huit fois de M. Furius sans lui donner une seule fois son célèbre surnom de Camille ^ Autre singularité. On constate que le cofjnomen fourni par la liste des éponymes ne figure jamais dans le corps du récit, lorsque l'historien parle des faits et gestes desdits éponymes. Cichorius conclut de là que, dans son récit et pour la partie de ses Fastes postérieure à 427, Diodore se sert d'un ancien annaliste qui ne lui donnait pas les corj)iomina, tandis qu'il a pris les Fastes antérieurs à 427 dans quelque chronographe converti à la méthode nouvelle des cognomina indispensables . L'historien a dû se livrer d'abord à un travail de combinaison dont il a fini par se lasser.
Comme on ne peut désigner que par voie de conjecture les auteurs utilisés par Diodore, il est chimérique de prétendre retrouver les sources dont se sont servis ces auteurs eux-mêmes. Le fait acquis, c'est que les Fastes de Diodore restent, avec leurs divergences irréductibles, comme une protestation contre les deux autres systèmes.
II faut bien avouer, en fin de compte, que, pour aucune des trois rédactions principales des Fastes — celle de Diodore, celle des annalistes, celle des Fastes capitolins — la critique n'arrive à saisir les sources premières et à en contrôler la valeur. De là une défiance qui croit en raison même du soin apporté à la confection des listes, et qui signale comme la plus artiflcielle de toutes celle des Fastes capitolins. Ce n'est pas que les attaques dirigées contre l'authenticité des Fastes soient toujours irréfutables ; mais la négation d'une négation ne produit pas la certitude, et les variantes des diverses rédactions sont un motif de défiance qu'il est impossible d'éliminer.
III fl. — F.\STES ROYALX DE ROME ET d'AlBE. — A pluS
forte raison ne peut-on tenir pour historique la prolongation des Fastes à travers la période royale, jusqu'à la date de la fondation de Rome. Une tradition unique en imposerait peut-être; mais là aussi on se heurte à
1 Ainsi, en -ill av. J.-C, M. Papirius porte dans Titc-I.ivc le liurnon de Atrfttirtits au lieu de AJ ugillanm ; Postumus jEbulius (cos. +i2) s'appelle Cornicen (partout ailleurs ffeha). On trouve di^jà dans Tite-Live des cognomina doubles, qu'il doit avoir tirés de sources ditTérontcs (cf. Liv. IV, 2C). Du reste, il lui arrive de discuter les variantes (cf. Liv. 11, 8. ô% ; 111, l; VII, 18. 22 ; VIII, IS. 23; I.X, 15) au lieu de les comliincr, et il avoue que, à ses yeux, parvi refert quid veri sil (VIII, 18). — 2 D'apr6s la statistique de Cichorius (p. 2O0). sur 123 noms dV'ponynies inscrits entre 'V8fi et -^27 av. J.-C, non compris les Décemvirs, G;j ont le coipxomim ; entre 427 et 302 av. J.-C, sur 313 noms, 7 seulement ont le cofftiomi'u dans le meilleur manuscrit de Diodore [eod. Palmius). — 3 Cf. DioJ. XIV, H. 82. 93. '.17. 117. XV, 2, 2j. 'W. — * t^icliorius, p. 2I:>-21G. L'annaliste est, pour Momtnson, Kabius Pictor : le clironograpbe est, pour Cicliorius, Castor, lequel se sérail servi surtout des 4nna/trs Mtucimi. Cf. Collmann, De Diodori SiciUi fontibus, Marburg, ISG'.t ;
des divergences. En dehors des sept noms de rois, qui se suivent toujours dans le même ordre, tout est variable. On se contenta longtemps d'estimer approximativement la durée des sept règnes et d'en placer le total au delà de la date — mal fixée elle-même — de l'avènement de la République ou de la dédicace du temple Capitolin. On aboutissait ainsi à placer la fondation de Rome à des dates très diverses : en 01. VIII, i (748/7 avant J.-C.) d'après Fabius Pictor-^; en 01. XII, 4 (729/ 8 avaat J.-C.) suivant L. Cincius Alimentus''' ; en 01. VIII, 4 (745/4 avant J.-C.) suivant Caton. C'est sans doute Caton, le chronographe attitré de l'annalistique romaine', qui commença à préciser les chiffres et à les répartir. En comptant trois générations par siècle, on obtenait 200 ans pour les six successeurs de Romulus (201 en y comprenant un an d'interrègne entre Auma et Romulus). Quant au règne de Romulus, comme la légende voulait qu'il eût commencé et fini par une éclipse de soleil, il fallait que sa durée fût un multiple exact du cycle chaldéen (de CiSo jours et un tiers, ou 223 lunaisons) qui servait à calculer les éclipses. Ce calcul avait pu être fait avant Caton, et Caton dut être renseigné sur ce poiut par son contemporain C. Sulpicius Gallus (cos. 166 av. J.-C), auteur d'un Traité sur les éclipses*. Le double du cycle chaldéen donnant 36 ans et un quart, — soit 37 en chiffre rond — ces 37 ans, ajoutés aux 201 des six règnes suivants, formaient un total de 238 ans'. La date initiale des Fastes consulaires une fois fixée, par Caton lui-même, à o06 avant notre ère — début des Fastes « annalistiques » (cf. ci-dessus), — • l'addition de 238 ans donnait pour la date de la fondation de Rome l'an 745/4 avant J.-C.
Mais, au temps de Caton, la légende d'Énée était en pleine faveur, et Caton lui-même se préoccupait de Troie. 11 estimait que la prise de Troie avait eu lieu 432 ans avant la fondation de Rome '°. Lorsque la Chronique d'ApoUodore (vers 144 av. J.-C.) eut vulgarisé la date assignée à la prise de Troie par Ératosthène (1183 av. J.-C), cette date devint le point de repère auquel les érudits hellénisants voulurent rattacher la chronologie romaine. Au lieu de déterminer, comme Caton, la date de la prise de Troie d'après celle de la fondation de Rome, qui était elle-même lixée d'après le début de l'ère républicaine, on suivit dès lors la méthode descendante. En décomptant de 1183 les 432 ans de Caton, on arrivait à la date de 751/0 avant J.-C, (01. Vil, 2) pour la fondation de Rome. C'est là le point de départ de l'ère Cl annalistiquc », faussement attribuée à Caton cl attachée six ans plus haut que la date catonienne, mais obtenue à l'aide d'une mesure fournie par Caton ".
La nouvelle méthode obligea nécessairement à remanier les calculs pour la période royale. 11 fallait allonger
lïnruemann. De Castoris chronicis Diodori Sietdi fonte, Lilbeck, 1878. — r» Dion. I, 7i. — c Dion, ihid, — 7 Cf. Soltau, Die Bedeutitug Calo's filr die rôtii. Chi'oii. {Phihhgent'et'samnd. in Giessen, 1885); Das caloniselw Gi'ùiiduiigsdalum {Jahrii. f. Phil. 1883, p. 533-500) ; Roms Gnlmlungslag in Sage iind Gcscliichle {Philulogus, XI.V [1880], p. M9-MS). — 8 Plin. Il, g 33. — S Ce total do 238 ans. Soltau (/(. Citron, p. 401) pense le retrouver dans Cic. De Hep. H, 30, § 52 {rcgiis XL unnis e( CC jiauUo cum iuten'eijnis fere ampliusK 11 le suppose aussi déjà connu de Kabius Pictor, car il suflit d'ajouter 238 à 50& (au lieu de 301») pour obtenir la <latc do 718-7. Cincius aurait fait un calcul identique pour les six successeurs de Houiulus, mais n'aurait compté le régne de celui-ci que pour un cycle chaldéen de 18 ans, d'où, avec 300 pour point de repère, la date de 728 av. J.-C — to Dion. I, 7i. — 11 Faussonienl attribuée aussi, et pour les mêmes raisons, à Ûriitostbénccl à Apollodoro (Solin. p. Il éd. Monunsen. Cf. Cic. Hep. il, 10, >! 18).
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cell(!-ci ou (li'placcr le conimcnccmciil de Tore républicaine. Ciiai'uii résolut le |)r()l)lènie à sa guise. Les lonanls convaincus de Galon el d'Apollodorc portèrent de 238 à 24't ans la durée de la périotU; royale. C'est très proi)al)leiiK'nt le système d'après le(|ucl P. Mucius Scaivola ordonna les Annaks Maximi, car Polybc a vu <( sur le tableau déposé chez les Pontifes' » la date de 01. VII, 2(751/0 av. J.-C.) attribuée à la fondation de Rome, cl l'on a tout Hou do penser que la chronique pontificale pla^-ait on .j()(! le début do l'ère républicaine. D'autres restèrent fidèles à l'estimation de Fabius Pictor-, ou bien, soit opinion personnelle, soit inadvertance, combinèrent divers systèmes. I)e là ces sommes de 240, 241, 243, ou même 251 ans que l'on trouve, pour la période royale, dans certains chroniqueurs el abrévialeurs de basses époques, et que le mauvais état des manuscrits autant que l'ignorance présumée dps auteurs empêche de discuter'. Diodore se tira d'embarras avec sa maladresse ordinaire. Hésitant entre la date généralement acceptée (731/0 av. J.-C.) et celle de Fabius Pictor (748/7 av. J.-C), il les a prises toutes les deux ; en ce sens qu'il a bien mis la fondation do Rome en 01. VII, 2 (731/0 avant J.-C.) '', mais qu'il a compté lus 244 ans de royauté à partir de 718, ce qui l'a auîené. comme on l'a vu, à faire commencer l'ère républicaine six ans après Varron (en 501/3 av. J.-C.)^
Diodore éprouvait d'autant moins de scrupules que, de son temps, tout était remis en question. Cornélius Népos, Alticus, Varron, s'occupaient d'établir une chronologie dénnitive, établie sur une révision des Fastes consulaires et appuyée sur des synchronismes collectionnés avec soin. La majorité de ces synchronismes leur ayant paru infirmer celui que Polybe considérait comme un point de repère incontesté, celui qui avait déterminé Caton à placer le début de l'ère républicaine en 506 avant J.-C, Atticus cl Varron reportèrent ce début à la date que lui avaient assignée jadis Fabius Pictor ou même Cn. Flavius, à 509 avant notre ère. Puis, au lieu de faire dépendre la date de la fondation de Rome d'un autre point d'attache, ils demandèrent à la science astronomique de la fixer d'accord avec les traditions les plus respectables. On considérait jusque-là comme chose indubitable que la fondation de Rome avait coïncidé avec une éclipse de soleil", et le système annalistiquo réformé avait tenu compte de cette exigence. Mais il était plus certain encore, et plus conforme au caractère lugubre du phénomène, qu'une éclipse de soleil avait couvert de son ombre la mort de Romulus". A l'aide du cycle chaldéon, l'astronome L. Tarutius Firmanus* put marquer une éclipse à la date de juillet 717 avant J.-C Les autres données furent fournies par des tra-
l Polyb. ap. Dion, i, 71. Comme Dcnys ajoute rt'vaxoç tvî»ç m«1 ixôvoy, il no s'apiL pas du j;ros livre des AnnaUs AltLi-imi; mais il jie faudrail pas croire non plus c{uc l'on ait nionlrt^ à Poljbe un rilimm soi-disant contemporain de Romulus. 11 suflit que l*ol\be ait vu le tableau de l'amure où il a consullt^, et, sur ce tableau, la date tf. (\ de la présente année {cf. 0. Sceck, Kal''nd';Ftafel, p. tia-lj(i, contre 0. Hirscbfeld, qui |iii Hri-mes, IX, p. lOG] coupe eu deux la phrase de Denys et oppose, au contraire, la chronologie de Polybe à celle du -îva; pontilical). Du reste, il a fallu, pour en tirer uu scus, corriger le texte do Dcnys (&^;(te^eOr<Tt pour ' Av/iffe jfft). — - EUo se retrauvc encore dans Jean de Lydie {Mtins. I, 14 :
X'ITà -Zh TfÎTOV TiîÇ ïxTiîî ?,, rO ; k'iipot, ««Ttt T^ SeÛTE^OV Zf^^ il ^ S <i 1) ;).
■J Cf. Soltau, /}. Chian. p. 411-llS. — l'oiod. ap. Sjncell. 1, p. 3CG. Euseb. I, p. 38(1 (Aucher). — •> Explication fournie par Mommseu {Rùm. Chron. p. 127-Ii8. Itàm. Forsch. p. ili'J). rejetée par tlicliorius [op. cit. p .217), qui en donne une autre beaucoup moins intelligible. — G l'\\i\.. liomul. 13. Cf. Ennins ap. Cic. Divin. 1. 18, § 108. Soltau, n. Citron, p. 131, i. Cf. Unger, Die rim. Sladtaeia, Mfinclien.
ditions (|u'il était prudent de ne pas ébranler. En conservant ;i Romulus s(!S trente-sept ans de règne, la fondation d(! Homo tombait cn 733 ou 734avant J.-C, suivant que l'on considérait le règne comme finissant dans sa trente-septième année ou après trente-sept ans révolus. Tarulius paraît s'être décidé d'abord pour les trentesept ans révolus, et les avoir môme allongés de trois mois pour conserver à la fondation de Rome l'anniversaire traditionnel des l'nr'dia (21 avril); car, d'après Cicéron, il avait fixé à ce jour le d'œs natalis de Rome et dressé un horoscope où figurait la Lune dans la Balance, le Soleil étant en opposition, c'est-à-dire dans le Taureau''. Or le calcul montre que cette opposition ou pleine lune n'a pu avoir lieu au 21 avril 733, mais seulement aux environs des l'arilia de 734 (exactement le 24 avril). Mais Plularque cile des dates qui ne s'accordent pas avec CCS conclusions tirées du texte de Cicéron. Suivant lui, Tarutius, à la demande de Varron, avait fait des calculs extrêmement précis el fixé " sans nulle hésitation » la conception de Romulus en CI. II, 1 (772/1 av. J.-C), le 23 du mois égyptien Ghoiak. à la troisième heure du jour, pendant une éclipse totale de soleil; la naissance de Romulus au 21 Thoth de l'année suivante, vers le lever du soleil ; et la fondation de Rome le 9 Pharmoulhi, entre la deuxième el troisième heure. La donnée qui manque ici, à savoir l'âge de Romulus au moment do la fondation, se retrouve dans Solin '". Romulus avait dix-huit ans, ce qui met la fondation en 754/3 avant J.-C. Le texte de Plularque ne résout pas les questions qu'il pose. Faut-il prendre ces mois égyptiens dans l'ancienne « année vague » — comme le font Pelau, Unger, Matzat — ou dans l'année alexandrine, réformée à la mode julienne vers l'an 20 avant J.-C. '? Avec l'année vague, le 9 Pharmouthi tombe, en 733 avant notre ère, le 4 octobre (julien), c'est-à-diro fort loin des l'arilia, el l'on ne voit pas pourquoi Tarulius aurait fait naître Romulus au mois de juin. En dates alexandrines, au contraire, le 9 Pharmouthi tombe le 4 avril julien — qui correspondait probablement, pour Tarulius, à la date des Parilia de 733 avant J.-C. dans le calendrier lunisolaire — et Romulus naît le 18 septembre, c'est-à-dire sous le même signe cl le même jour qu'.\uguste, le second Romulus ". L'astronome courtisan avait donc remanié son premier calcul, de façon à identifier dans le même horoscope le fondateur de Rome et celui de l'Empire'-. D'après la date donnée par Plularque pour la conception do Romulus (19 déc. 772 avant J.-C), la fondation do Rome se trouvait placée aux l'arilia de l'an 753 avant notre ère, et le règne de Romulus terminé dans sa trente-septième année.
Xous venons d'aboutir enfin au point do départ de
1879 {Abhandl. il. Buy. Akad. XV [1881], p. 85-180). Die ttomuliadnia {Jahrb. f. Philol. CXXXV [1887], p. -Hi sqq.). — 7 Illam [defeetionetn] qune -Von« Quinclililiu.^ fuit régnante Itomnto (Cic. flep. I, Ifi. S -5i- — * ^-'<"- Dirin. Il, 47, S 98- l'Iut. ibid. Tarulius peut avoir pris fiour point de dé|>arl l'éclipso du 19 juillet !0t av. J.-C. et avoir complé. en rcmonlant. 31 cycles clialdéens (Soltau, p. \M). — ' Cic. Dirin. Il, 47. § 98. La position du Soleil est donniïc par Solin. 1 {sole in Tauro, luna in Libra)ci lo. Lyd. Mcn-s. I, 14. qui ajoute : «tW..!;; Si !:af(ltvi|i. — iO Romulus nuspicato fundamrntn muroruM jecit duoilcrifiinli nalux annos, XI Kal. Mains (il avril, date des l'arilia). — " W. Soltau, Roms Grùnduni/staij {Pliilol. XLV [1880], p. 439-44S1. Rûm. Cliron. p. 434-433. Tarulius calculai! la date de l'cnlréc du Soleil dans la Halance : mais, dans le calendrier anté-julicn lel qu'il était cn 63 av. J.-C le rfi« natalis Aug. corrcspoodail el resta toujours depuis au IX Kal. (ici. (Sucl. Aug. 5), soit le i3 scpicmbrc. — 12 Manilius {Asiron. IV. 770) va jus<iu a faire naitrc Rome aussi sous le signe de la Balance : Libra... i/na condila Roma. Qua genitus Cofsiiryuf meus, elc
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l'ère varronienne ab Urbc condUnK II ne reste plus qu'à expliquer pourquoi les Fastes capitolins, issus évidemment de la même origine, semblent diminuer d'une année la période royale et prennent pour date initiale 732 avant notre ère. Soltau retrouve là l'efifet des deux estimations successives de Tarutius ; mais on peut, ce semble, donner de cette légère divergence une explication moins hypothétique. Elle tient à ce que Varron, ne cherchant pas à faire coïncider exactement les années ab U. C. et les années juliennes, comptait comme l'an 1 de Rome l'année même de la fondation, à partir du 21 avril; tandis que le rédacteur des Fastes capitolins ne numérote pas cette année initiale écourtée et compte comme première année « après » la fondation de Rome celle qui commence au l" janvier 752. Ce scrupule, du reste, n'a pas été jugé opportun par les chronographes postérieurs. Ils ont accepté la légère contradiction qu'il y a à compter comme appartenant à une année U. C. les trois moisantérieursau moisd'avril, qui appartiennent en réalité à l'année U. C. précédente. L'ère usuelle est restée celle de Varron.
Si les Fastes royaux ont été restitués par des estimalions tout artificielles, à plus forte raison, les Fastes des rois albains. Les anciens annalistes, Fabius Pictor, Naîvius, Ennius, faisaient de Romulus un petit-fils d'iînée par sa mère Ilia. Mais déjà Caton comprenait la nécessité de retoucher la légende pour la concilier avec la date assignée à la prise de Troie par Ératosthène (1183 av. J.-C). Comme il estimait à 432 ans l'intervalle compris entre la destruction de Troie et la fondation de Rome-, il fallut combler cet intervalle avec des généalogies royales. Les chronographes grecs, Alexandre Polyhistor et Castor, vinrent ici au secours de l'érudition romaine. Avec des noms empruntés soit à la famille d'Énée, comme Capys, soit à des étymologies personnifiées comme Aventinus, Tiberinus, Silvius, Albas, Latinus, ils dressèrent des listes surabondantes dans lesquelles chacun choisit à son gré les quatorze ou quinze générations jugées nécessaires pour raccorder les deux dates extrêmes. Ce travail, auquel César et son héritier étaient pressés d'attribuer une valeur dogmatique, dut aboutir à un canon définitif vers le temps de la bataille d'AcLium, et, depuis lors, la critique n'osa plus toucher à ces archives de la royale et impériale maison des Jules ^. L'historien ne saufait aujourd'hui, sans être taxé de naïveté, prendre pour une perspective réelle ce décor brossé à la hâte sur des dimensions données et dans un but que nous connaissons.
III b. — Fastes triomphaux. — En sortant des Fastes consulaires proprement dits pour remonter aux périodes antérieures, on risque de perdre de vue le sens originel du mot Fasti. On passe aisément du sens de « calendrier » à celui de liste chronologique ; mais à la condition que cette liste soit composée d'étapes annuelles et avance du même pas que le calendrier. Au delà, l'extension du sens est abusive. Les listes des rois de Rome ou d'Albe ne sont pas, à proprement parler, des Fastes. Il en est de
1 Consorimis {De die nat. 21) fixe très cxaclcmont la date iuilialo dûdtiilc par Varron des calculs astronomiques à 991 ans avant le consulat do Pins et ï'ontianus (238 ap. J.-C), et quidem ex Parilihus, umle Urbis anni numerantitr : par cous(''quenl, au 21 avril 753 av. J.-C. — 2 Cf. ci-dessus, p. 1012, note 9. — SMommsen, H.Chrou. p. 151-161. H. Gelzcr, S. Jidius Africaniis, II, p. 8i. Voy. dans Soltau (/f. Chron, p. 417) le tableau de dix listes avec ril^partition ' des annijcs entre h-s rois albains, depuis la liste do Denys d'IIalicarnasse jusqu'à celle de Cassiodore. Les divergences portent sur les chilTres plus que sur les
même des Fastes triomphaux, qui procèdent aussi par étapes irrégulières et accidentelles. Mais l'abus que nous constatons est consacré par l'usage, et nous ferons même passer, au mépris de la logique, les Fastes triomphaux avant ceux des magistrats annuels autres que les consuls, pour ne pas les séparer des Fastes consulaires, à côté desquels ils étaient gravés sur les piliers de la Regia.
Les Fastes triomphaux capitolins, dressés vers l'an 12 avant J.-C, au jugement des épigraphistes, donnaient les noms des triomphateurs, la date et le motif des triomphes, depuis Romulus jusqu'en 19 avant notre ère. Les fragments que nous possédons laissent entre eux des lacunes assez considérables (notamment de 437 à 361 av. J.-C). Les indications chronologiques que contiennent ces Fastes triomphaux ne peuvent pas servir à contrôler les Fastes consulaires, car les uns et les autres ont été mis d'accord par le rédacteur officiel ; mais elles sont précieuses à d'autres égards. Les triomphes célébrés durant le mois « intercalaire » du calendrier anté-julien nous renseignent sur la date d'un certain nombre d'intercalations. De plus, tout en suivant le comput des années ab U. C, le rédacteur conserve, en réalité, l'année officielle telle qu'elle était ordonnée au moment de chaque triomphe, et il nous donne ainsi le moyen de constater les déplacements de ladite année par rapport à l'année calendaire. C'est ainsi, par exemple, que, pour l'an 488 U. C. (266 av. J.-C), il relate quatre triomphes, dont le premier au 26 septembre et le dernier au o février. Évidemment, février se trouvait alors faire partie de la même année officielle que le mois de septembre antérieur. Au lieu de répartir cette année entre les années calendaires 488 et 489 U. C, le rédacteur a préféré lui conserver son unité historique aux dépens de l'exactitude chronologique.
Comme les Fastes consulaires, les Fastes triomphaux ont été confrontés par les érudits modernes avec les mentions de triomphes éparses dans les divers auteurs, et cette collation n'a pas manqué de faire apparaître des divergences. Comme pour les Fastes consulaires aussi, les listes les plus complètes sont les plus suspectes. Étant donné que les familles romaines avaient intérêt à surcharger leurs archives de si glorieux souvenirs, l'hypercritique considère comme la plus digne de foi la liste la plus pauvre et déclare interpolé tout ce que les autres y ajoutent. Le silence de Polybe ou de Uiodorc prend la valeur d'un démenti opposé à une affirmation de Tite- Livc ou des Fastes capitolins''. D'autres exagèrent en sens inverse. Mommsen se contente de regarder « les principales dates triomphales, protégées par la mémoire des maisons nobles», comme des points de repère silrs''. D'après 0. Seeck, il faut « réintégrer la Table triomphale dans ses anciens droits et rejeter absolument toute estimation chronologique qui se trouve en contradiction avec elle" ». Il est cependant difficile d'accepter en toute confiance les triomphes du temps des rois, les quatre triomphes remportés sur les Gaulois de 367 à 3'i0 avant J.-C",
noms. — ■'» Cf. Kaerst, ICrit. UntersHchimgen z. Gcsch. des zweilen Samnitcr^ krieyes [Jahrb. f. kl. Phitol. Siip/ilfiiM. Xlll [1884]) ; Die rûm. Xachrichten Diodors und die constdarisehc Pi-qvinzcnvertheilunfi in der ùUeren Zeit der rfm. /lepiMik {Philotogiis, W.Vm [1889], p. 300-339); Malzat (/?. CAroii. I, 162-101) retranelie un bon tiers des triomphes de la Tid»le ca|iitoline et suspecte le reste. — *> Mommsen, It. Forsch. II, p. 377. — G Knlnidertnfet, p. 96. — 1 l.e premier (3ti7) dans Tile-Live (VI, 12), les trois autres (301. 35S. 3V0) dans les Fastes capitolins.
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en un temps où Polybe assure que les Gaulois se tenaient trau(]uillos ', et tant d'autres, consécutifs à de petites escarmouches livrées par les Romains à leurs plus proches voisins. Les érudits qui, à la fin de la République, ont restitué l'histoire des premiers siècles de Rome ont dû se montrer complaisants pour les prétentions des familles à « images » et pour le patriotisme romain en général. Mais il n'est plus possible aujourd'hui de séparer le vrai du faux, et ceux qui s'y essayent méritent largement le reproche qu'on leur fait de refuser oud'accorder arbitrairement leur confiance. On remarque seulement que Tile-Live a réglé son récit sur les Fastes triomphaux capilolins, et qu'on ne peut, par conséquent, se servir de lui pour contrôler ceux-ci. Les arguments a silentio qu'on opjiose aux Fastes sont tous empruntés à Polybe et à Diudore. Les doutes soulevés par la critique ne sauraient cependant envahir les parties les plus récentes de l'histoire romaine. S'il est sage de les laisser planer sur les deux premiers siècles de la République, on doit croire qu'à partir du troisième, les triomphes furent consignés, comme les noms des éponymes, dans des documents contemporains etauthenliques. LesFastes triomphaux capitolins sont solidaires des Fastes consulaires. Extraits probablement, les uns comme les autres, des mêmes sources, des tables chronologiques d'Atlicus et de Varron, ils ont la même valeur historique : valeur nulle pour les origines, mais qui croît avec la sûreté des informations mises à la portée de leurs auteurs.
III c. — Fastes des magistrats non éponymes. — Les Fastes capitolins contenaient, à côté des noms des consuls, ceux des dictateurs et maîtres de la cavalerie, et aussi ceux des censeurs, c'est-à-dire de magistrats dont l'élection ou la nomination n'était pas annuelle. Ni les dictateurs ni les censeurs ne risquaient de passer inaperçus, et les noms des censeurs particulièrement pouvaient se retrouver dans leurs archives. Aussi n'y a-t-il de divergences entre les traditions qu'au sujet des premiers dictateurs et de l'époque où la dictature fut instituée^. Nous possédons, dans les textes d'auteurs et dans les Fastes, la série complète des dictateurs romains. La liste des censeurs n'offre qu'un petit nombre de lacunes ou de points controversés^.
Les Fastes des magistrats annuels autres que les consuls échappent en grande partie à notre curiosité. L'État n'avait qu'un intérêt médiocre à conserver les noms de magistrats qui étaient à la fois nombreux et relégués dans des fonctions obscures. Pourtant, on dit que les Pontifes inscrivaient en tète de leur chronique annuelle
1 Polvb. I!, 18, 8; 19, I. — 2 Liv. II, 18. Les nomina dictatorinn donnés par le Clironographc de Soi (Mommscn, p. 645) ne sont qu'un fouillis tlo noms estropias et sans ordre chronologique. — 3 Elle a H6 dressée par C. de Boor, Fasti censorii. Berl. 1873. — 4 Serv. Aen. I, 373. — 5 Cf. ci-dessus, p. 101 1. — G P. Wehrniann. Faxti praetorii ah anno U. C. 6SS ad annum 7 10, Bcrl. ISTo ; M. Hulzl, Fasti praetorii ab anno U. C. US? ad annum 710, Leipz. 1876. G. BIocli, les Origines du Sénat romain [Paris, 1883], p. 3il-3ÏO (tribuns et édiles de 4M à 367 avant J.-C). P. Garofalo, / fasti dei tribuni delta plèbe délia liepubblica roninna, Catan. IS.'^O : / fasti degli Edili plebei, Catan. 1850. — 7 H. Lcvison, l'^asti praetorii ab Octaviani imperii singularis initio usfjue ad l/adriani exitum. Vralislav. 1892. Plus importants, au point do vue liistorique, sont les « Fastes » des provinces romaines, dont les éléments dispersés s'agrégcnl peu à peu dans des ouvrages commo ceux de H. Waddington. Fastes des provinces asiatiques, etc., jusqu'au règne de Hioclétien. Paris, 1872. Cil. Tissot, Fastes de la province rom. d.kfrigue. Paris, 188.1; C. Pallu de Lessort, /.es Fastes de la Numidie, c(c. Paris, 1886. Vicaires et comtes d'Afrique. Paris, 1891. Le relevé général entrepris par J. Klein, Die Verwaltungsbcamten der Proeinzen des rôm. neichs. I. 1. Bonn, 1878. n'a pas dépassé la Sicile et la Sardaigne. Il a été fait, pour les provinces impériales, par W. Liebenam, Forschungen zur Yerwaltungsgeschiclite des rôm. KaiserreicliS,l.Die Legaten in
les noms des consuls « et des autres magistrats' «, et rien n'empêche de croire que les Ubri lintei ou magistratuum ■• enregistraient aussi tous les noms des élus du peuple. D'autre part, les fonctionnaires plébéiens, tribuns et édiles, avaient leurs archives particulières dans le temple de Cérès; les édiles curules et les questeurs avaient aussi des bureaux et des archives où pouvait se conserver la série des titulaires de ces magistratures. Enfin, les archives domestiques devaient relater avec un soin particulier les magistratures curules, celles qui conféraient le jus imaginum.
Mais tous ces noms ne sont jamais entrés dans des Fastes publics; ceux-là seulement sont parvenus jusqu'à nous qui se trouvent mentionnés accidentellement par les historiens ou les inscriptions. Nous ne pouvons plus que colliger ces épaves. Le travail a été fait, pour les préteurs (de 67 à 44 avant J.-C.) ainsi que pour les tribuns et édiles de la plèbe ^. Même la période impériale fournit matière à ces recherches, dont l'intérêt se borne à restituer ou compléter çà et là un cursus honorurn''. Les magistrats sont alors éclipsés par les hauts fonctionnaires, préfets de la Ville, du prétoire, etc., dont la charge n'était pas annuelle, sans quoi le préfet de la Ville fût devenu sans doute un éponyme*.
III rf. — Fastes sacerdotavx. — Il est probable que toutes les corporations sacerdotales de Rome' ont, sinon dès l'origine, du moins de fort bonne heure, conservé et tenu au courant les listes ou « Fastes » de leurs membres. On rencontre de temps à autre dans Tite-Live la mention de décès et de cooptations dans le personnel des collèges, ou même parmi les desservants isolés, comme le rex sacrorum, les flamines et le curio Maximus. La plus ancienne remonte à 463 avant J.-C. '". A la date de 453, Tite-Live relate, outre le décès du flamine quirinal Ser. Cornélius, la cooptation de l'augure C. Veturius en remplacement de C. Horatius Puhillus", renseignement qui suppose l'existence de fastes auguraux. Comme la seconde décade est perdue, nous ignorons à quelle date Tive-Live a commencé à enregistrer régulièrement les morts et nominations dans les collèges des Pontifes (et Épulons), Augures, Xviri S. F., et parmi les flamines On a pu, avec ses indications, reconstituer assez exactement le personnel des grands collèges entre 216 et 167, et rectifier ainsi ses propres assertions concernant le nombre des sièges dans le collège pontifical '-.
Les Pontifes, chargés de la nomination du rex sacroritm, des flamines et des vestales, ont dû insérer dans leurs archives les noms de ces auxiliaires, avec des indi-
den rôm. Provinzen von Augustus bis Diokletian. Leipzig, 1838. — 8 La liste des Praef. Vrbi de 254 à 304 ap. J.-C. figure à la suite des Fastes consulaires dans le Chronograplie de 354. Voy. les listes dressées par Corsini {Séries praefeetonan Vrbis. Pisis, 1766). Borghesi i,Œurres IX, p. 252-S'J.sl; G. Tomassetli (JAus. liai. di antichità classica. III [1890], p. 41-68. 479-330) : celle des préfets du prétoire sous le Haut Empire dans 0. Hirsclifeld (C'ntersucftungen, p. 219-239) : celles de leurs vicaires dans L. Cantarelli, La série dei vicarii L'rbis Romae (Suit. d. eomm. Arcbeol. di Roma. 1890, p. 27-47, 79 94) cl Lugari (ibid.. p. 162-173'. — 9 C'est en Grèce, où foisonnent les sacerdoces, même éponymes, que les •* fastes sacerdotaux • olfriraient le plus d'intérêt. On sait le parti qu'avait tiré Hcltmicus des archives des 'Hjc'riSt; d'Argos(fr. Hist. Gr. I, p. .Sl-5i. IV. p. 633-6351. Maison s'abstient d'introduire ici, sous la rubrique fasti, l'inventaire des matériaux de la chronologie grecque, caleudriers, listes de magistrats éponymes. etc. — 10 ilortui et aïii dort viri : M. YaleriuSf T. Verginius liutitus augures. Ser. Sulpicius curio maximus {Liv. III, 7). — 11 Liv. III. 32. — 12 Mercklin. Die Cooptation der Rômer, p. 216-217 ; c. Bardl, Die Priester der vier gi-ossen Collégien au.i rôm.'^repubtikanischen Zeit (Progr.) Berl. 1871. D'après la statistique de Bardl (qui porte sur le personnel des pontifes et épulons, .augures, .Yriri .S. Z'., de 216 à 167), il y avait neuf places dans lo collège des pontifes, cl non pas huit, comme le dit Tite-Live ^X, 9).
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calions chronologiques. C'est d'uiinlbum de ce genre qu'a dû être extraite une date aussi précise que celle dont Pline faitmentionàpropos d'un fait d'histoire religieuse'.
On ne possède point de Fastes sacerdotaux épigraphiques remontant au delà de l'époque impériale; et ceux qui nous restent de cette époque appartiennent non pas aux grands collèges, irrémédiablement déchus, mais à ces sodalités insignifiantes que le régime impérial s'était plu à régénérer, comme les Sodalcs Angusinles et surtout les Fratres Arvalcs [arvales]. H. Dessau- revendique pour les Sodalcs Atigustales un fragment de Fastes ^ que Borghesi attribuait aux Augures et où l'on trouve des dates allant de 574 à <S70 U. G. Les trouvailles de ces dernières années '• ont ajouté quelques fragments aux archives des Frères Arvales, si connues par les éditions de Marini et de Henzen.
Lorsque le grand Corpus des inscriptions latines sera achevé, les Index fourniront la matière de tous les Fastes sacerdotaux qu'il est possible de reconstituer aujourd'hui \ En attendant, ceux des Pontifes et Épulons, Augures, Quindécemvirs S. Z'., Haruspices, se trouvent provisoirement établis, d'après les auteurs et les inscriptions, dans les appendices de certains ouvrages traitant des institutions religieuses".
111 e. — Fastes des collèges et corporations qiiolconques. — On sait combien fut actif et général sous l'Empire l'esprit d'association, surtout dans les classes populaires [collegium]. L'État, armé d'un pouvoir discrétionnaire contre les associations illicites, encourageait les autres, qui suppléaient dans une certaine mesure à l'insuffisance des institutions municipales et des lois concernant le négoce et l'industrie. Les inscriptions nous ont conservé les noms d'une partie des innombrables corporations, collèges funéraires, corps de métiers, etc., qui couvraient la surface de l'empire. Ces textes ont permis de reconnaître les traits généraux des statuts de ces corporations, qui avaient toutes pour centre un culte commun, ne fûtce que celui du Génie de la corporation elle-même '. La collection des noms des adhérents n'ofl'rc évidemment qu'un intérêt très secondaire. Ce serait presque déprécier le nom de Fastes que de l'appliquer à des listes de cotte espèce ^ dépourvues de chronologie et sans rapport avec les faits historiques. A. Bouché-Leclercq.
FASTIGIUM. — Point culminant, sommet, faîte d'une
1 L. Postumio Aibino rege sncroi'um, post CXXVI olympindum, citm rcx Pyrrhus ex Italia decessisset, cor in extis haruspices inspicere eoeperunt (Plin. XI, § 186). — 2 H. Dessau, De sodalibus et (laminibus Augustalihus {Ephem. Epicjr. III [1877], p. 203-217). — 3 Corp. inscr. lut. VI, 108-t = Griitcr. 300, 1. Murator. 330. 2. Orclli-Henzcn, 11021. Cf. Boifriicsi, Œuvres, I, p. 3.W- 350. Fastes des Sodales Antoniniani dans Borghesi (Fasii Saccrdotali. CEuvres, III, p. 389-460) = Corp. inscr. lat. VI, 2001. — '• Bullelt. delta commiss. archeol. comunale di Jtoma, nov. 1880. Notïzie der/li scavi di antichità, 1888, p. îiOl. C.-B. de t'Acad. des Inscr. 18 mars 1802. A ajouter aux Acla du Corp. inscr. lat. VI, 2023-2119. — » Voy. la coiloetion des textes épigrapliiques provenant de Rome dans le Coi'p. inser. lat. VI, j). 439-023 {Fasti, acta, tituli sucerdotum publieorum P.Ii.) — c Fastes pontificaux drcss{''spar Bouclu^-Leclerci], /-es Pontifes de l'ancienne Home, p. 427-43a ; revus et eoniplétés par P. IlalicI, dans la traduction du t. III de la Staatsvervaltunt/ de Mnrquardt par M. Brissaud {Le culte chez les Humains, 2 vol. Paris, 1889-1890), vol. I, p. 383-404. Fastes auguraux par Bouclié-Leclercq, JTist. de ta Divination, IV, p. 3G3-372, insériïs dans iMarquardt-Brissaud, op. cit. 11, p. 128-134. Fastes des Ilviri {.\'viri, XVviri} .S. /''., dans ITist. de la Divination, IV. p. 373-373, et Marquardt-Iîrissaud, II, p. 103-106. Fastes des haruspices dans tlist. de la Divination, IV. ji. 376-377. Fastes des ('^puions (y//î,'i/'i Epnlones) dans Marquardt-Brissaud, II, p. 40-i2. — 7 te nombre est grand des dissertations parues depuis dix ans sur les collèges et (pi'on pourrait ajouter à la bibliographie de l'article coi.r.Ediuii. Nous ne citerons que la plus rt/ccnle, celle de W. Liebenani, Zur Grschichte und Orijnuisation des romischen Vereinswesens, Leip/ig, 1890. — 8 Cf. les fragments des Fastes des sex primi ou présidents des scribae quaestorii dans le Corp. inscr. lat. VI, 1493,
construction quelconque ' ; plus particulièrement le frt)ntispice d'un temple, ce que les Grecs appelaient àéTO)[jLa, avec l'ensemble des figures et des ornements qui en décorentles acrotères [ackoterium] elle tympan [tympanum] -.
C'est cette décoration réservée aux temples, que Jules César fut autorisé exceptionnellement, par un décret du Sénat, à placer sur le fronton de sa maison '\ Ce sont des figures semblables, faites alors en terre cuite ', creuses et seulement fixées par des chevilles ^, qu'une tempête, on l'an 1<S2 av. J.-C. arracha des frontons de plusieurs temples de Rome'. Les auteurs parlent aussi de statues du temple d'Apollon in aede ApoUinis in fastigio'^, et des quadriges du temple de Jupiter au Capitole in fastigio delubri Jovis Capitolini^, qui ne pouvaient être placés que sur les acrotères du fronton'.
Dans ces exemples et dans d'autres encore il n'est pas douteux que le mot fastigium ne s'applique au frontispice d'un temple. Ailleurs il est employé à propos de figures décorant le faîte des maisons : par exemple dans un passage où il est question d'une statue d'Apollon tombée du haut du toit, qui fut trouvée à l'intérieur couchée sur un lit {ex summo fastigio in lectulo '"). E. Saglio.
FATUM. Alra, Motpa, PARCA. — L'idée du destin a tenu, dans les préoccupations de l'antiquité gréco-romaine, une place considérable ; c'est affaire aux historiens de la philosophie et des religions de la suivre dans ses phases diverses et d'en expliquer la véritable portée' ; nous n'avons à la considérer ici que dans son expression poétique, puis dans ses rapports avec l'art et le culte ou elle a pénétré par le canal de la poésie.
Des deux mots (|ui traduisent l'idée du Destin chez Homère, altroc et [j.otpa, le premier semble impliquer une idée d'égalité (taoç), le second une idée de partage (jxépoçj^ On ne saurait dire que a'aa ait jamais été personnifiée par le poète; tout au plus fait-elle partie des daenions d'apparition fugitive qui n'ont de réalité que dans la mesure où le poète les emploie'. Elle ne perd son caractère vague et indéterminé qu'en s'associant à l'idée du dnenion proprement dit ou à l'action de quohjuo divinité, surtout de Zeus". La Moïra a un peu plus de consistance, sans qu'on puisse affirmer qu'elle s'élève jamais au rang d'une divinité ou d'un démon distinct. Homère lui donne la personnalité poétique à l'aide d'opithétes comme xpaxaiTi, oXorî. Suo-tôvuiAoç^, etc., ou en
14yii, iMonunsen in BuUett. d. Institut. Gerinan. 1S9I, p. 1.S7-162. — Biiu.iocaArHu:. La plupart des ouvrages spéciaux ayant Hé cités au fur et à mesure, on s abstiendra de dresser ici une bibliographie générale, qui reproduirait en grande partie celle des articles c\r,K.NnAitnjM et ciMtoNOGRApniA, et ne pourrait être complote qu'en prenant des i)ropnrtions démesurées.
l'A.STIGIUM. 1 Vitruv. VII, 1, 4, § 1, emploie môme ce mot pour le point le plus élevé d'un pavé; cf. T. Liv. 1, 38 in fine: Virg. Aen. Il, 458; Veget. IV. 30, etc.
— 2 Plin. //i.s( )»!/., XXXV,43,2ct'rli I ;XXXVI, 2et4, 3 et4, 23 ;!. Liv. XXXIV, 4; XIL, 2; Cic.Deorat. 111,41). — 3 Plut. Cae.s. 03; Suot. /. Cn.es, 81,76;Cic. Philipp. 11, 43; l'ïor. IV, 2, 91 ; cf. Saumaise, ad. J. Capitol, p. 156; Letronne, Lettres d'un antiquaire à un artiste, Paris, 1830, p. 336; Promis, Vocafioti latini di archilettura (Extr. des M^m. de VAcad. des se. de Turin, s. II, t. XXVlll), p. 91.
— '>T. Liv. XXXVl, 4;Plin. XXXVl, 2. — .'iVoy. Hg. 2816 et mhm, I fronloni di iin tenipio et runco {dnns le Museo italia^m, I, p. 5). — G T. Liv. XL, 6. — 7 piju, XXXVI, 4, 3. — 8 Id, XXVlll, 4. 2 ; XXXV, 43, 4, Voy. les fig. do l'arliclc cAerToi.iusi. — a Promis, (. l. — 10 a. Vospisc. Florian. p, 232, Paris, 1020 ; Cic. ,1'/ ','• fi'atr. 111, 17: « Suiiraconciavia non placuerat tibi esse muituni fastigiorum ».
rA'ITM. ' V. chezNu'gelsbach. Homer. Theoloijie, III, p. 120(2^ édit. Nuremberg, Isoi) la bibliograpliie très riche du sujet. Ajouter l'opuscule plus récent de M. A. Christ, Scliicksal luid. Oottheit, Inspruck, 1877, qui discute toutes les opinions antérieures, (if. encore Welcker. Griech. Gfrtterlehre, I, p. 184, n. 1. — 2 I),fdei'lein. Glossar. ■129 et Curtius, Grundzûfje, etc. n" 300. Cf. Na'gelsbacli. Ouv. cit. p. 122 et suiv.
— 3.\iizsch., Odys. pracf. I, p. 23. Cf. l'article dakmo.n. dans le Dictionnaire, II, p. I ■>. — '• ii>,; ou Salnovo; aT(7« ; (Id. IX, 52 ; XI, 01 ; fli/m, in Aphrod. 160, etc. — S II- \\\. I hi; Od. XXIV, 29. II. XVI, 849; XXIV, 209, etc. Cf. Soph. Oed. Col. 122).
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animant son action par des verbes comme 7:ïçécty,x£, oiit.tn'jcz, llXoL^js, èKY|3Y,(j£, (ùpffî', ctc. Le plus souvent la force (ju'elle personnifie se confond il ses yeux avec la volonté des dicmx, particuliùrcum-nt do Zeus-; (luolqucfois cependant celte force est considérée commis indépendante et revêt tous les caractères d'une divinité spéciale, mais si^ulcment ])arce rpie la lo^ifpio du poéli; en a Ix'soin pour explique^' les événcunents extraordinaires '. Moîp-x n'est employée au pluri(d cpiune seule l'ois dans Vlliado; et le vers de VOdijssre où nous trouvons AtTx personnifiée, associée aux Pileuses (KXwOeçj, c'est-à-dire aux Moïpai, peut difficilement être mis au compte d'Homère'*, c'est dans la Tlu'nf/oiùe d'Hésiode, où abondent les abstractions pcrsonniliées, que les Destinées (M&ïpaij, au nombre de trois, prennent pour la première fois une réalité mythologique ''. Elles y sont appelées d'abord des filles de la Nuit, et font partie d'une nombreuse lignée de démons, pour la plupart funestes. Dans un appendice peut-être apocryphi! du même poème, elles sont présentées comme les filles de Zeus et de Thémis, ce qui en fait des divinités favorables ou tout au moins équitables. En tant que démons issus de la Nuit, elles s'appellent Clotho, Lachésis et Atropos, noms qui expriment les divers as|)ects du Destin devant l'imagination primitive. Clotho estla/i7eu47'qui tisse, comme dans une trame compliquée, les événements de la vie des mortels ; Lachésis (XïyyivEtv) personnifie le- caractère arbitraire et fortuit de ces événements; Atropos (a priv. et rpé-co) en signifie le caractère immuable". A partir de ce moment, les Destinées font partie du culte populaire et sont représentées par l'art.
Ce qui domine dansleurlégende, d'ailleurs très simple, c'est l'idée de leurs rapports, tant avec Zeus, le dieu en qui s'incarne de préférence la loi suprême du développement du monde, qu'avec les divinités spéciales qui président à la naissance, au mariage, à la mort. Zeus est invoqué en divers lieux sous le vocable de MoipayéTT,;, régulateur de la destinée''; ainsi au temple de Delphes, où Apollon participe, lui aussi, à l'honneur de ce litre, et où les statues des Moipai, au nombre de deuxs(uilement, flgurent; au temple d'Olympie, où un autel de Zeus appelé MoipïY£TY|Ç est flanqué d'un autel des M&fpai et d'un autel d'Hermès ; au sanctuaire d'Artémis Aéctioiv-jc en Arcadie, où un bas-relief représentait Zeus MotpayÉTY,; avec les Moïpai. AMégare, elles sont représentées avec les Horae' au-dessus de la tête de Zeus, sans doute pour exprimer cette idée que le cours naturel de ce monde et l'enchaînement obscur des forces morales procèdent également de sa volonté. Un fragment d'Euripide nous les montre assises dans le voisinage immédiat de son trône'.
La force de la destinée humaine éclatant particulièrement dans les deux événements qui résument la vie, c'est-à-dire dans la naissance et dans la mort, nous trouvons les Moïpat associées surtout à Eleithyie et aux
1 Od. III, ifiO; XI, 291 ; IX, 52 ; XXII, 41i, ctc. — 2 Cf. Nïcgcisbach. Ouv. cit. p. l^.'i; Welckor, Gfiecli. Gœttert. I, 18;i cl s., pour qui la jxoYç« cL la ^oa/vj Aiô; uo font (ju'un. — ■' Ainsi quand elle assiste d'autres diviniti^s, comme Zeus. Eiinvs. .\poUo.i(//. XV1,84'J; XIX. ST, 410: XVIII, 117, etc. —i 11. XXIV. 4»; Od. VII, l'J". où il f;iul lire : xaîOt KX.r.O:; tî p«fEV«t. Les p.assajïcs sont nombreux où. mi^nie sans faii-e inlervonir la Moïf«, le po^le se sert de l'idt'e de fUer poin- exprimer le coui-s du destin. //. XX, Ml ; XXIV, iO'J. Ud. iOS. etc. — S Ilesiod. Tlu-oij. i\l . La seconde gém^alopie est an vers 901. — fi Prcller, Oriech. .Mythot. I. 434: cf. Welckcr, Giicc/i. CœtUrMi,;; III, 14. — 1 Taus. X, S4, 4; cf. l'iut. De e! ap. IJdjih. 2. — » Pans. V, 15. 4 : VIII, .17, 1 ; on les vojail do nu^me à Tiièbes, (Kl. IX, 25, 4) et sur le trône d'AmjcIée (Id. III, 19, 4); Kurip. /'el. fragni. 033.
diverses personnifications de la mort. Sur le miroir Horgia, l'une d'elles assiste à la naissance de Dionysos". Eleithyie chez Pindare est appelée compagne (Tripsopo;) des Destinées au sens profond"; toutes ensemble, elles rtitardent auprès d'Alcmène, la naissance d'iiéraklès. ou elles assistent '^ sur l'ordre d'Apollon, Evadné dans les douleurs de l'enfantement''; c'est pour cela qu'Euripide peutinvoquer les MoîpY.! avec le qualificatif de Ào/;ai, getù- /rt/t's, etque déjà, chez Homère, le roi Agamemnonestsalué par l'épithète de aotpYjysvY^ç qui, jointe à celle d'oÀÇ'.'yîa''|jLc.)v, célèbre son heureuse destinée'''. Nous retrouvons les Moïpat mêlées d'une façon spéciale à l'acte du mariage, chez, les dieux et chez les hommes; elles conduisent vers Ztms ou Thémis ou Héra, et président à leur union sacrée '" ; de concert avec Artémis, elles interviennent dans le mariage d'Âlceste et d'.\dmète. La jeune fille, au moment de prendre un époux, est vouée aux Moïpat en même temps qu'à Héra et à .\rtémis, elle leur fait le sacrifice de sa chevelure'^. A ce titre, elles figurent dans le chant nuptial qui, à la lin des Oiseaux, célèbre les noces de Basileia et de Pisthétère; chez Catulle, elles chantent elles-mêmes l'épithalame de Thétis et de Pelée, tout en dévidant leur quenouille.
La participation de la Moïpa à la mort, surtout quand elle est violente, imprévue et prématurée, n'a pas peu contribué à lui donner.le relief personnel dans les poèmes homériques. Elle y est très souvent identique, soit à Wâva-oç, soit à KyiP dont elle implique d'ailleurs l'idée'". La Moïpa est alors la force secrète qui pousse les héros au-devant de leur perte, elle est surtout l'incarnation du mystère qui destine les uns au trépas avant l'âge et qui réserve les autres pour une vie heureuse et glorieuse. Patrocle peut dire qu'il succombe sous les coups de la Moïpa et du fils de Lalone, tout en annonçant à Hector que la mort et la terrible Moïpa le guettent à son tour". Une description, étrange par son caractère démoniaque, en fait chez Hésiode des divinités sanguinaires, qui, avec lesKères, se mêlent au carnage des champs de bataille". Elles figuraient aussi, d'après Apollodore, dans la lutte des géants et des dieux-".
Le dualisme de la vie et de la mort dans lequel se résume l'action de la Moïpa n'est qu'une des formes de celui du bien et du mal qui, nous l'avons dit ailleurs-', a déterminé l'être de tous les démons dans la religion hellénique. Le symbole de ce dualisme est la balance que Zeus manie en qualité d'arbitre des destinées ([jio!paY£~Y|Ç Ta|j.;'Y|Ç TToX^aoïo)^^, et OÙ il pèse, tantôt le sort de deux guerriers rivaux, tantôt les deux influences contraires d'une même existence. Ce symbole a été recueilli par la poésie des âges suivants; Eschyle, dans la l'sychoslasis'-', l'a même transporté sur la scène et Virgile fait peser à Jupiter : fala diversa, les Destinées inégales de Turnus et d'Énée. Si les Moïpat sont honorées au nombre de deux seulement à Delphes, alors qu'elles
— 9 l'aus. I, 40. 3, — iO JJus. l'io Clein. Tab. Ba. — H -Vtoi. 7. I; Ollfmp. VI, 41. — 12 Anton. Lib. Melam. 39. — 13 l'ind. (Mymp. VI, 42. Cf. Plat. Symp. 25, p. 20:i d ; Eur. /phig. Taur. 2ûfi. — I' //. III. IS2. — 1^ Pind. fragm. 6 (B<e«kh); Apollod. I. 9. 14; Kurip. AU. 015 et s. — 16 PoU. III, .18. Aristoph, ir. 1731. Cal. (il, 305 et s. — 17 /(. XIII, 602; XXI. S2 : Od. III. 236 et s., ctc. Cf. Nxgclsbach. Ho»i. Thtd. p. 130 et s.: 147. « A/oiru. chez llonu^rc. est simplement ia mort. • Weloker, Oiw. cit. Il, 189, n. 53. — IS //. XVI, «49. 853. — 1» Seul. Htrc. 233. .\lropos y est représentée plus petite que ses sœurs et toute rabougrie par r%e.
— 20 Apollod. I, 0. 2. — 21 DAEKos, p. 15. col. I : ib. 17. — Si II. XXII, 208 : ib. Vlll, 69, etc. Cf. N.Tgolsbach. Oin\ cit. p. 133. — 23 Acsch. Fragm. (Alir«»s-Uidot). p. 211. .ivec les textes cités Virg. Aen. XII. 723.
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sont trois dans la légende ordinaire, c'est sans doute en vertu de cette conception dualiste qui a influé également sur la représentation des divinités du destin dans la mythologie étrusque'.
Peut-être faut-il expliquer de même les deux versions différentes que donnent de la généalogie des Moïpai, les poèmes hésiodiques. En tant qu'elles représentent les malheurs de l'existence et la mort, elles sont les sœurs et les alliées des Érinyes. Comme elles, filles de la NuitS elles possèdent un autel dans le bois sacré de Colone où va mourir OEdipe, et le tombeau d'Oreste à Sparte est voisin d'un sanctuaire qui leur est dédié ^. Mais de même que chez Eschyle, les Érinyes se transforment en Euménides, ainsi les Moîpai terribles et funestes deviennent dans la légende des divinités équitables et bienfaisantes, filles de Zeus et de Thémis, gardiennes de l'ordre, expression de la justice absolue'; Pindare les invoque comme telles en faveur de son héros, pour qu'elles le comblent de leurs insignes faveurs. Déesses du mal et de l'ombre, elles ont pour adversaire Apollon, dieu lumineux, qui les malmène à cause d'Alceste, avec aussi peu de ménagement que les Érinyes acharnées sur Oreste°; mais à Delphes même, Apollon est invoqué comme MocpayÉTYi? et les Moïpai sont associées à son culte. L'esprit hellénique va plus loin encore; il fait de ces déesses, à l'origine ou si vagues ou si terribles, la personnification des lois naturelles, de la règle physique et surtout morale des choses. Elles interviennent, dans la fable, partout où il s'agit de faire rentrer un être quelconque, mortel ou divin, dans sa condition primordiale °. Elles règlent le partage d'immortalité que fout entre eux les Dioscures, dont l'un seulement a droit de prétendre par sa naissance au privilège des dieux '. Esculape, Chiron ne peuvent exercer leur art, qui semble limiter la puissance naturelle de la mort, sans tomber sous le contrôle des JMoïpai'; et si Hélios s'avisait de quitter sa route, les Érinyes, disait Heraclite, se chargeant d'exécuter les décrets de la MoTpa, le rappelleraient à l'ordre". De même quand Déméter, après le rapt de sa fille, veut empêcher les moissons de pousser, Zeus, suivant une légende arcadienne, lui dépêche les M&ïpai qui fléchissent sa résolution". Comme ÎSémésis, en qui s'incarne et par qui s'épure la conception de la jalousie des dieux, elles maintiennent entre les êtres de ce monde l'équilibre et l'harmonie ; sous sa forme la plus élevée, la croyance à la '^Wiz.-j. n'est pas autre chose que la croyance à la règle qui préside au désordre apparentdc la nature et de l'humanité". C'est pour cela que, sur l'autel Borghèse(fig. 2891), nous trouvons les Moïpat en compagnie des Charités et des Horae'-. Nous les avons vues, dans un temple de Mégare, représentées avec ces dernières, au-dessus de la tête de Zeus, alors qu'à Thèbes elles faisaient cortège à Zeus et à. Thémis. Aphrodite Urania, qui n'est pas seu-
1 TrcUcr, Ùm. cil. p. «4. — SAescli. Prom. 510; cf. Jlnm. 001; Sept. c. Theb. 07S. — 3 Paus. II, Il 4; III, 11, K. — '• l'ind. Isdml. VI, 10; cf. Aescli. Choeph. 306; Nœgclsbach. Naclihom. Tlimt. p. 150. — c Aesch. Eiim. 173, 724; Kurip. Aie. 32. — 6 Cf. Lchrs. Popiil. Aufmrite, p. 218 et s. ; cf. p. 50. — 7Apollod. III, 11; Pind. Nem. X, 80. — » Pind. Pylh. III, 10(1; Pliilostr. Ber. p. 708. — 0 CIlCï Plut. De exil. H. Il faut, avec Lclirs, ouo. cit. lire. 'Efiv'J!;... Moîça; îifxouDoi, au licu dc iîj»;;. — 10 Paus. VIII, 42. — H Cf. Lolirs, Ouv. cit. p. 226. — 12 Musée du Louvre, Visconti, Mus. Pio Clementino. VI, pi. n, p. 285, i-dit. de Milan ; Id. Monum. Gattini, pi. a-c ; Opère varie. IV, tt2S; Claruc^ Mus. ih scidpt. II, pi. 171; Bouillon, Mus. des nntiqws., III, autels, pi. i; Frœhner, Notice de la sculpt. antiq. n. 1. Visconti voil dans ces trois figures les Elilliyies, Frœhner les EumOnides. — 13 Paus. I, l'J, 2; une inscription
lement une personnification de la fécondité universelle mais celle de l'ordre dans la nature, est appelée la plus ancienne des Moîpai avec une intention analogue ''. Un
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Fig. 2891. — Les Destinées.
lyrique inconnu implore leurs bienfaits en ces termes" : <c Clotlio, Lachésis et vous, filles de la Nuit, écoutez nos prières, divinités redoutables qui régnez dans le ciel et sur la terre; envoyez-nous Eunomia au sein parfumé de roses et ses sœurs au trône étincelant, Diké et Eiréné qui porte la couronne. » Ainsi envisagées, les Moïpïi ne sont pas des puissances aveugles, mais les personnifications de la force intelligente et juste qui préside au gouvernement de l'univers. Aussi les stoïciens n'ont-ils eu aucune peine à adapter ce mythe à leurs doctrines, en Taisant de Eia^pf^Év/-, ou nî7rpcou.£VT,, expressions qui dérivent en droite ligne du vocabulaire homérique, la raison suprême des choses'". Si on peut leur reprocher d'avoir fait prédominer l'idée de fatalité dans la notion du Bestin^'^, il est inexact de dire que la fatalité est le grand ressort de la tragédie athénienne, particulièrement dc celle d'Eschyle; cette tragédie est la parfaite expression de la morale grecque au temps des guerres Médiques; la liberté humaine y est entière, mais placée sous la garantie et le contrôle de la Jlotpa, c'est-à-dire d'une loi d'ordre et d'harmonie qu'elle applique au nom de Zeus''. Un intéressant mélange de conceptions philosophiques et d'imaginations fabuleuses, d'ailleurs conformes à la tradition, nous est offert par Platon, célébrant les Mo?pai comme les puissances suprêmes qui président au mouvement du Cosmos". Elles sont pour lui filles d'Anankè, c'est-à-dire de la force abstraite et indéterminée qui se manifeste dans les phénomènes de la nature physique et morale. Il les montre trônant sur des sièges élevés, revêtues de robes blanches, la tête couronnée; tout en dévidant leur quenouille, elles accompagnentde la voix la musique des sphères célestes, Lachésis chantant le passé, Clotho le présent et Atiopos l'avenir; chez Aristote, Clotho garde son domaine, ses deux sœurs échangent le leur.
de Sparte {Corp. iiiscr. gr. 14U), mentionne une pri''tresso (l'Ai-téniis Ortliia et des déesses qui lui font cortège; Mo-.ç.ùv Aa;t£rï£wv xal WsfjSsTr,; £v'.->.ioj. Fnnius a gardé le sens de cette tradition l'orsqu'il dit (p. 7, éd. Vahlen) que Vénus enseigna à Anchise : fala fari divinum ut peetus hnberet. — 1* Clioz Stob. Kcl. I, 6, p. 172. — l" V. la définition du Fatum suivant le Portique cliez Cicéron. Div. i, 53, et la polémique chez saint Augustin, Civ. Dei, V, 1 et 8. Sur les rapports de la dortrine des stoïciens avec la croj.'ince religieuse à la Moïyi V. Lelirs, Ouv. cit. p. 221, Welcker, Griech. Oœlterl. II, 188 et III, 17. — 16 L'expression populaire de ce fatalisme est chez Hérodote, I, I, 91 : tîjv nîrçwixjvr.v jioîp^v âSjvaTà lirtiv àiîo euY::iv xcti Oîùî. — 17 V. l'article de Preller liealencyklop. de Pauly, III, p. 432, cl notre Élude sur les Démons, p. 108 et s. — 18 Plat. Hep. X, p. 017 c. Cf. Arist, I)e mundo, in fin.
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Nous retrouvons l'écho do quelquos-unes do ces idées sur la nature du Destin chez les Étrusques. La religion de ce peuple a fait une large place aux puissances qui d(''cident de la vie et do la mort' ; tantôt olh; les incarne dans quelque grande divinité comme Minerve; tantôt elle les représente, sous des noms dont le sens n'est pas sAr, comme dc^s femmes ailées qui lieiiiu'nt à la main ou un tlamheau ou un rouleau, ou enlin le marteau symbolique et le clou de la Destinée-. Que Minerve ait rempli pour sa part, chez les Étrusques, le rôle d'une Moira comme Aphrodite Uranio chez les Grecs, la chose n'est pas douteuse; Gerhard rapporte avec raison le nom de Meuii, plusieurs fois donné aux figures que nous avons décrites ', au même radical ; à fiome, au temple du Capitule, le magistrat le plus élevé de la cité enfonçait chaque année, lors des Liait Romani, à l'endroit où la. ce Un de Minerve conlinait à celle de Jupiter, le clou qu'à Volsinies on plantait dans le temple de Norlia''; le nom de cette dernière divinité [fortuna] est identique par le sens à
Fig. 289'2. — Atrojtos lixaiiL le clou de la Dostini'-o.
celui d'Atropos ^ Un miroir (fig. 2892) nous offre d'ailleurs la troisième Moîpa [Aihrpa), en train de fixer audessus de la tète de Méléagre, un des héros dans l'existence desquels l'arbitraire de la Destinée s'est surtout manifesté, le clavus Irabalis ''. Ailleurs la Mûïîoc [Miura] est en compagnie des divinités delphiques, d'Apollon, de Latone et d'Artémis [Aplu^ Lrlun, Thalnr] '• ; Aesa (alca) est probable sur des monnaies de Fiésoles ". Les reliefs des tombeaux, de même que les miroirs, nous montrent
1 Oorliar.l, 1,-lm- ilic dolllu'ili'ii il,-i- Etnisker (ilalis si'S Akiulrm. Ahhaiiâl. I, 294, etc.); Coi'sson, Spriiclw iltfr IClrufk. I, fil! t. — 2 11 est douleuv que les g^^nies réniiuiiis appelés Lam sur les miroirs, tenant un vase el une longue aiguille (\oy. AGDs, t. I""", p. 03) aieat queliiuc rapport a^ec la Destinée, Gerhard, p. 331. notes 121, 122, 123, pi. xxxvui. lig. I, 2. 3, etc.; Kti'usk. 5/*j(',(/''A xxxi et suiv. cxv, ci.xxxi, CGcxxxix; mais cf. Miillor-Deecke. f'Jtriixker, II, p. 97, note 50, p. 110, n. 936.
— J Id. Metalispirgrt dfr Etruxk. {Ahlwnill. p. 108 et s.); cf. 295, 328, 331. — * Vo; . ci.ÀVUs, p. 12iO. — ^ Bergk. l*hilùl. 1(1, -4-13: .Vo*7m, .Yecor/m. *'Atjo;:«;.
— C Gerhard, Elnisk. Spiffj. Il, ITli. M(^h^agre avait iHù mis sur la scène atht'-nieinic par Phrxnietuis ol hicn des fois après lui, eoninie l'exemple le plus fameux de la
Fig. 2893. — Gf-nic funéraire.
parfois des figures de femmes ailées 'ûg. 2893) qui semblent garder les morts et ne sont autre chose que les personniQcations de leurs destinées'. Les rares renseignements que nous y)Ossédons sur les Du involuti des Étrusques font pimser qu'ils représentaient h.'s deux faces mystérieuses du sort des mortels et de l'ordriuinivcrsel; c'estdu moins ce (|ui résulte d'un passage de Servius où il i^sldit que, suivant les livres Étrusques, on pouvait obtenir de différer les maux de la vie, en s'adressanl soit à Jupiter, soit aux Fata '°. Les divini tés cachées ou voilées peuvent être rapprochées de la Fortune double d'Antium, telle qu'elle figure sur les monnaies de la çiens Ruslia'K Les peuples de race italique ayant apporté à distinguer les nuances morales dans la personnalité de leurs dieux beaucoup moins de subtilité que les Grecs, il s'ensuit que l'idée de la Destinée, Falum, qui correspond chez ces derniers à une force équitable el intelligente, se confond très souvent pour les premiers avec l'idée de la Fortune (Tû/y,) qui est la destinée aveugle [fortlnaI. Cette confusion que nous constatonschezles Étrusques, se retrouve plus manifeste encore chez les Romains.
Le nom qui traduit en latin les termes de acTpa et d'aîca est fatum ; il se rattache, ainsi que fas, désignant le droit divin par opposition à jus, au verbe fari. Fatum est originairement la parole inspirée, divine, celle qui annonce l'avenir et qui, par conséquent, le représente ; c'est ainsi que les oracles et les prédictions s'appellent
fnta^K De là le mot passe à l'expression de la volonté des dieux, particulièrement de Jupiter'^; il devient le synonyme exact de aliia, de même que fas est celui de
puissance de l.i MoTça. Kckulè, De fabula ileteagrea^ Berl. 1861. — " Etr. Spieg.
I, 77. — "Cavcdoni, Bull. 1SV2, p. 156. — oinghiranii. Monum. einischi. I. pi. xxit (= Gerhard, Abliaiult. pi. xxxvui) ; cf. Ingliirami. Op. l. I. pL xivii-xxxi, xxxv. xxxvii. XLii, X1.XVIII, xci-xcni ; Micali. Ital. avant la iloniin. des Rom, pi. xx\t. xu, xLiv, xLViii. etc. ; Gerhartl. Arch. Zeit. 18Ui. pi. XLvii; Miillcr-Docckc Etntsker. M, p. 109. — 10 Sen. Qunesi. nat. II. 41 ; Scrv. Aen. VIII. 39S. Cf. 0. Mûller. Etnuker,
II, 83 et 112.— " Cohen, Mon. cons. pi. n. 30. Jluslia. i: cf. Mon», imp. Oclace Aug. 379; Babelon, Mon. de In Itt^puhliijue. II, /tustia. — ** V. entre ault<s Varr. Ling. tut. 7, 36; Fesl. p. 323.5n(«riio; Serv. Aen. VIII, 314, etc. V. Peler, art. riim dans Roschcr, p. 1446 et s. — >3 Scrv. ^eii. \, 628 : Isidor. Or. Vill. Il, 90, etc.
J?'J4. — Ui Ut.»Uilèv.
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DISFATfr
OÉui'.ç '. Tout comme les Grecs, les Latins voient surtout Tintervention de cette volonté dans les phénomènes de la naissance et de la mort. L'enfant, à son entrée dans la vie, est sous la domination du Fatum personnilié; dans la vieille religion romaine, la divinité qui détient le secret de son avenir, s'appelait Parca, que Varron rattache, avec raison sans doute, à parère (enfanter)-. Il est probable qu'on ne connaissait d'abord qu'une seule Parca, laquelle lut simplement la déesse présidant à l'enfantement; mais cet acte étant mis aussi sous l'influence de AoHrt et de Dccuina, qui incarnent l'action décisive du neuvième et du dixième mois, l'identification avec les trois Moïpai des Grecs dut s'opérer très aisément : d'où les trois Parques ou tria Fata des Romains.
Terlullien nous apprend qu'au'der nier jour de la semaine où l'en fant était mis au monde, on invoquait on sa faveur les Fata Scribunda, ce qui veut dire les Destinées en train de rédiger les événements à venir de son existence. Il est probable que cette idée de divinités qui écrivent, inconnue des Grecs, est venue d'Étrurie à Rome'. M. Peter ' a cru voir une représentation
d'une de ces Destinées sur l'une des faces d'un cippe funéraire (fig. 2894) dont l'autre représente le génie du sommeil avec un flambeau renversé. L'inscription fatis caeciL[US FEROX FiLius\ l'attitude générale de la femme qui rappelle, moins les ailes, l'image des Destinées sur les tombeaux étrusques et qui s'accommode fort bien de l'action d'écrire (les mains et le visage manquent), rend cette interprétation plausible; quant à la roue sur laquelle elle s'appuie, l'emblème convient autant à une personnification des Fata qu'à la Fortuna proprement dite. Les poètes, eux aussi, ont exploité à leur manière les registres de la Destinée' ; pour Ovide, qui décrit le palais où elle réside, ils sont ou en fer massif ou en diamant inaltérable. On peut rapprocher les tablettes que le prologue du Ihidriis prête à Jupiter, tablettes sur lesquelles ce dieu conserve la mention des actes bons ou mauvais accomplis par les mortels, suivant les renseignements que lui fournit chaque jour le Génie familier ^ Les trois Parques, sous le nom de Fata diviiui, sont représentées dans une peinture (fig. 2895) d'un tombeau' voisin des catacombes de Praetextatus. Le groupe entier ligure le jugement de la morte, auprès du trône de Dis Putcr et d' Aerccura ';
i lirf-al el !!aill;. Diction. iHym. fatil — 2 Varr. ap. Gel. III, lO; Tertul. Dianim. 30. — 3 Cf. Gerhard, Gesam. AbhaniU. I, 330, noie 1 15, — 4 Art. cité, p. 1443 ; ZocRa, BttssIriiievI, I, 13. — 5 C. i. Int. VI, 2188, 2185. — GOv. Met. XV. 808 et s. Cf. Mart. X, 44, G : om7iis scj'ibitur hora tihi. — ^ Plaut. Ritd. 9 et s. : eorum (malorum) referhnus tiomina ad Jovem... Sonos in ttliis tabulls exct'iptos habet. — 8 Ferrct, Catacombes dt Jtome. pi. i.xxm. — !* Voy. l'art, dis patkh et Guidox. Itiiv. archéol. 1892, p. i'J8 et s. — lOCf. !*etr. Sat. 42 : medici illiim perdïderunt,
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Fig. 2803
les Parques sont placées à leur droite et voilées: Vibia, la défunte, leur est amenée par Alceste, l'héroïne de l'amour conjugal et par Mercure conducteur des morts. Il en est de la personnification du Fatum comme de celle des démons ou génies; la foi populaire la détaille en quelque sorte et l'applique au sexe, à la condition des individus; elle en fait des divinités préposées à la vie des familles, des maisons impériales, des villes et des nations. L'emploi du mot Fatum, toujours au pluriel avec ce sens, est tellement fréquent chez les auteurs que des citations détaillées sont superflues. Ce qui est surtout digne de remarque, c'est que dans les inscriptions très nombreuses, tant en Italie que dans les provinces, où les Fata figurent, cespersonnifications sont parfois ou au masculin FatuH ou au féminin Fata '". Il est même probable que souvent, aux cas indirects du pluriel, nous avons à faire à des Fati ou Fatae, expressions qui appartiennent toutes sans restriction au langage populafre; ces divinités sont à peu de chose près identiques aux démons personnels nommés Genii quand il s'agit des hommes. Maires et Junones lorsqu'ils sont attachés à des femmes [genius, juno]. Un texte de Laclance citant Gavius Bassus, un grammairien du temps de César ", donne à penser que Fatua-Fauna. divinité prophétique à l'action bienfaisante, était considérée comme une des Fatae. Le souvenir des Moïpït helléniques, qui est sans doute à Rome l'explication de leur trinité, l'est aussi de ce genre; ailleurs on devine le genre masculin par assimilation à VAgathodaemon des Grecs, nom que les lettrés traduisent de préférence par Bonus Eventus, mais pour lequel le langage vulgaire semble avoir préféré Fatus Bonus^-; il existe une dédicace:
Fatis .MascuUs'''. L'invocation aux Fata dans les inscriptions et sur les monnaies a souvent pour objet les empereurs; le spécimen le plus remarquable en ce genre nous est fourni par des monnaies de Dioclétien et de Maximien Hercule qui portent en exergue'': fatis vic- TuiciBU-s, autour d'un groupe de trois femmes debout, se donnant la main (Oi;-. 2890). Un aurcus du premier de ces empereurs leur donne pour attributs la corne d'abon-
iiiiiiin maçjls malus lalus.; d. Tt el 77. Cf. C. I. l. 4:):u, IW'-ii, 10127, etc.; au friiiiiiin, ib. II, 89; V, 4Î09, 5005, Pour les genres douteux, les inseriptions accompagUL^es des figures des trois l'arques, II, 3727; III, 4151; Vil, 370, ctc,
— 11 Jnstit. div. I, 22. — 12 Ib. V, 8217, 4208, 773, ctc. Cf. Ilcnzen, 1770, 3390 :
GENIO I.OGI, FOftTUiNAK KEDUCI, HOM.VE AhrTEHN.VE ET I-'ATO BOKO, ClC — '3 Jb. V, 5002.
— Il Eckliel, Doctr. num. VIII, p. 0 ; Cohen, V, pi. xi, p. 376; VI, p. Mi, n" 50, 67, et p. 303, n" !10. Cf. Orelli-lleu/en, 1773 ; rATls AUC. SACliUM.
Une morte amenée devant les Destins.
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