TINTINNABULUM
donnaient au harnais de tête un brillant aspect. Les Orientaux y déployaient un grand luxe ; en 333 , après la bataille d'Issus, Alexandre trouva dans le trésor du roi de Perse des brides couvertes d'or*^; il en Ut mettre aux chevaux de sa Fig. 329c. -
propre armée ,
quand il se prépara à envaiiir les Indes, ne voulant pas paraître moins magniiiciuc que les peuples qu'il allait soumettre'. Plus tard, chez les Romains eux-mêmes, les riches et les nobles imitèrent ces exemples ; on vit aussi sur les brides de leurs chevaux ces ornements ciselés et ces joyaux coûteux *. A la fin du v° siècle, une loi de l'empereur Léon défendit aux particuliers, sous peine d'une amende de cinquante livres d'or, d'enchâsser des
1 Ooziadini, p. 12. — - Hcrodot. I, 215. — 3 Anstopli. Par, 153; Virg. An. Vil, 270; sut. Tlieh. 111, 2CS. — 1 Malt. I, lur., 4. — 1' Claudian. Epigr. XX, 7, et X.XIII, 8. — C Q. Curt. III, 13, IIJ. — " Ibiil. VIII, 5, 4. — 8 Apul. De deo Socr. 23. — 9 Cod. Just. XI, 11, I ; cf. Vu^ut, Yi'lerin. II, 33-, Hesjcli. s. V. xïiix-;; ; Du Gange, Gloss. med. et infini, ht. s. v. ; luveniizzi, p. 101. — lu II est itiipossiblc d'en donner une liste. Il faut inontionner cependant quelques ntununients qui offrent pour le sujet un iut(5r(>t particulier. Ainsi des brides sont représcntûes au milieu de piiices d'armure et do liaruais sur la balustrade du temple
Fig. 3205. — Bride et mors
perles, des émeraudes ou des hyacinthes sur la bride, la selle et le poitrail; les autres pierres précieuses étaient tolérées. Mais toutes quelles qu'elles fussent étaient également interdites sur la muselière [curctimn) '.
Les sculptures elles vases peintsnousofTrentun grand nombre de représentations tigiirées, où l'on peut étudier dans toute la variété de leurs formes les brides dont se servaient les anciens'". Outre les mors dont il a déjà été question, on a souvent retrouvé dans les
fouilles diverses pièces, anneaux, phalères et autres, qui ont dû faire partie du harnais de tête. Nous citerons, à
cause de leur f^'^-TH beauté etdeleur
état de conservation exceptionnel, les deux brides antiques dont on peut voir ici la reproduction. La première (fig. 3293) vient de l'Italie méridionale :
elle a fait partie de la collection Castellani et se trouve actuellement au Musée Britannique, où elle est exposée telle qu'on la voit ici; elle se compose d'une série de chaînons en bronze, qui étaient appliqués sur une monture de cuir, les ailes du mors ressemblent beaucoup à celles qui ont été observées dans les mors de fabrication étrusque". La seconde bride (fig. 3296) a été trouvée en 1837 sur les bords du Bosphore près de Kertch, l'ancienne Panticapée ; elle avait été enfouie avec un grand nombre d'objets précieux dans le tombeau d'une femme, qu'on suppose avoir appartenu à la famille des rois qui gouvernèrent ce pays au III'' siècle de l'ère chrétienne. La monture de cuir
irAtlnSna Poliasà l'ergamc: A(/eWA. non Pergam.{HSi), pi. 13, I. Il, p. 111. Les détails du harnachement sont IrO-s distincts sur les li'^tes de clic\au\ I.iidés, i|ui ont été citées plus haut, note 68. V. encore la rjiosaïque île la bataille il'Arbéles, Mus. Uorb. Vlll, tav. 30, 37, 42. Bride en bronze sur un cheval en marbre du Mausolée illlaliciruasse. Newton, Travch in Ihe LeoanI, l. Il, p. III-IIS; Uiilicaynasse, p. lu.l. Une bride semblable vient d'Ctre trouvée sur l'Acropole d'Athènes, Salom. Ucinach, Clcronii/ues d'Orient. 1888, p. 363. — " Sinilh, Iliilionarij ofijn-elc. nnd rom. antiquilies,'i' ài\.[ii'JÙ),s. n. frcnuni.
Bride et mors.
FRE
FRI
sul)sisle encore en partie; on y voit fixées -tic distance en distance des plaques en or avec des cornalines ou chatons; au fronteau était suspendue une pendeloque, qui rejoint presque la muserolle; la sous- gorge se compose de deux courroies réunies sans doute autrefois par une boucle ; sur les plaques qui les terminent à leur extrémité inférieure sont gravés une étoile et un monogramme inexpliqué. Le mors, à barre brisée, est d'un métal dans lequel on a cru reconnaître une composition de cuivre et d'argent; la boucle suspendue à l'un des anneaux devait être destinée à attacher la gourmette '.
Parmi les brides communes répandues dans le commerce, l'Édit de Dioclétien en distingue de deux sortes : la bride de cheval (frmum rqurxtrc) avec son mors {cum salibario insfructum), dont le prix est lixé à cent deniers (3 fr.firj)-, i'X la brid(^ de mu\nl(frriuc)ii imilare) avec im licol [cum cnpisicllo), qui doit se vendre cent vingt deniers (4 fr. 40) '. Ceci montre qu'en général le mulet, étant considéré surtout comme une bête de somme, n'avait pas de mors, mais un simple licol.
Manière de brider le cheval fyaXîvcoiJci;) ''. — Xénophon a exposé avec beaucoup de soin les règles que l'on doit observer quand on bride un cheval : « Premièrement, dit-il, le palefrenier l'approchera par la gauche ; ensuite, passant les rênes par-dessus la tète, il les posera sur le garot: puis il prendra la têtière avec la main droite, et de la gauche présentera le mors à la bouche du cheval ; bien entendu que s'il le reçoit sans difficulté il faudra le coiffer; mais s'il n'entr'ouvre pas la bouche, il faut, en même temps qu'on applique le mors contre les dents, introduire, à l'endroit des barres, le grand doigt de la main gauche; la plupart cèdent à cela et ouvrent la bouche; mais s'il résistait encore, on pressera la lèvre contre le crochet ; il en est bien peu que ce moyen n'oblige à desserrer les dents. Le palefrenier saura de plus qu'il ne faut jamais mener le cheval par une des rênes ; cela g;\te la bouche. On lui apprendra aussi comment le mors doit être placé, à quelle distance des dents molaires : trop haut il blesse la bouche qui deviendra calleuse et par conséquent moins sensible ; trop bas, le cheval pourra le saisir avec les dents et forcer la main. Ce sont là des choses qui méritent toute l'attention et les soins du palefrenier; car cette docilité à recevoir le mors est une (lualité si essentielle au cheval qu'avec le vice contraire il ne peut servir à rien. Lui mettant d'ordinaire la bride nun seulement [loiir travailler, mais encore au moment de prendre sa nourriture, ou de rentrera l'écurie après sa leçon finie, on le verra bientôt saisir de lui-même le mors dès(|u'on le lui présentera''. » Quand on achète un jeune cheval, qu'on n'a pas encore éprouvé, il faut voir
1 Antiquités lie la Jttissie méridionate, fig. 270 ; de Liuas, Origines lie rorfèvrerif, t. Il, |>. 1 15 = Saloiii. Uoinacli. A\ntiqiiitrs fin Bosphore Cimmêrien, pi. xxix, n" 4. Cf. dans le Lexlc les explications do la pi. i. Autres fragments de brides en or et en bronze doré, Keinacb. Il>id. pi. xxxix, n"* 1 à 3 et 5 à 13 = Stepliani, Comptes rt'«- (lits lie la commiss. arcli. de Saint-Pétersb. pour 1865, p. 189. V. eneore Antiq, de la Itussie mérid., passim, entre la p. 210 et la p. 27i. Les ornements de brides trouvés dans les tombeaux de la Russie méridionale se comptent par centaines.
— 2 Gloss, gr. l. T«Xi!if lov lupa, et Du Cange, Gloss. med. et infim.lat. s. t>. — 3 Ediet. Dioclelian. cap. x, 3 et 6 {Corp. inscr. ht. III, p. 8331. — V Xeo. De re egu. III, II.
— '• Xei). De re egu. VI, 0. Traduction de P.-l,. Courier. — 6 /tiid. III, ".. On disait en \nliH frenum injicere et detraftere. — Hiiîlioghai'hik. ScliefTer, J)e re re/iieulari (1671), I, xni : De armis vectantiuin seu fraenis (publié .à nouveau dans Poleni, T/tesaur. antig. t. V (1737). p. Ilh3): Montfaucon, Autiqu. crpliguée, I. IV, I (171'J) p. 72 et Suppl. t. IV (1721), p. 21. pi. xn. 2 ; Inverniïzi, De fi-aenis eorumque tjeneribits et partiljus apud veteres. Komae, 1785; Giuzrot. Die Wagen u. Faltrwerlii' dcr Crieclt. u. Dimier, Munich, 1817, t. II, cap. xxv; Bracy Clark. Clialinology, l.ondr. 1835; Schlicben, Die Pferdc des Allerthums, Leipzig, IS67,
avant tout « comment il se laisse mettre le mors dans la bouche et passer la têtière par-dessus les oreilles ; c'est ce qu'on éclaircira en le faisant brider et débrider devant soi (tôv yakvih'j £|jtÇ7.AÀ£'.v xotl àçat'pE'.v') ». G. L.vfaye.
FRIGIDAIUCM [baLNE.\e].
FRITILLUS. — Le cornet à jeter les dés, aussi appelé phimus, pyrr/us, Inrricula, en grec '.ftaôç, /.v,u.oç, ■/.'rfiur,'/, xTjOâp'.ov, TT'JpYoi;, {/Yi'io^oAov. La variété des noms correspond à celle des formes données à cet objet. Seul fritillus aurait une origine différente, s'il faut le faire dériver, comme on h; fait généralement, de /■/•(/)'»;((>); il rappellerait le bruit que font les dés agités dans le cornet' .
Le nom de forme latine, fritillus, qui se rencontre le plus fréfjuemment, parait être un terme général applicable à tous les cornets à dés; phimus et pyrgus, employés souvent comme ses synonymes ^ désigneraient, à les pr(!ndre dans leur sens strict, des objets qu'il faut distinguer. Phimus est la transcription latine de iptfAÔi; ; c'est le nom de la muselière de jonc ou d'osier, resserrée à son ouverture, que les Grecs mettaient à leurs chevaux [capistrum, fig. 1140]; ce nom devint celui du cornet à dés ' ; on peut en induire que l'instrument à l'usage des joueurs avait à peu près la même forme. Les Grecs l'appelèrent aussi îcY|U.ô;, d'un autre nom de la muselière : ou plutôt xy,u.ôi;, aussi bien que zf,Oiov et xviôâpiov, employés dans le même sens, signifient proprement une sorte d'entonnoir à travers lequel les juges, à Athènes, faisaient tomber les suffrages dans l'urne, afin d'éviter toute fraude, et dont on se servait pareillement au jeu, quand on voulait se prémunir contre l'adresse des tricheurs '.
Ainsi par phimus, x.-f\^oç, y.rfif.oyj^ il faut entendre tantôt le gobelet où l'on mêlait les dés et d'où on les jetait ensuite», tantôt un vase ayant deux ouvertures, celle du bas, ■/lôjj.ôç, plus étroite que celle du haut, et qui servait à introduire les dés dans le gobelet.
Pyrgus, irûpYoç, (urricula " a de même deux significations : ou bien c'est un terme général, qui se confond Si\ec frilillus ", ou bien il s'agit d'une boîte spéciale, dont la forme cylindrique ou carrée rappelait celle d'une tour" et qui présentait à l'intérieur des arêtes saillantes {g7'adus, xX'.jjia;'), que dégringolaientles désavant de tomber sur la table de jeu, nouvelle précaution pour déjouer les ruses des
tricheurs. Ce pouvait être un cornet que l'on prenait à la main pour jeter les dés; on en voit un (fig. 3297)
II Tlieil. V ; (iozzadini. De quelgues mors de cheval italigues, BologDO, 1875. FIUTIM.L'S. 1 ^Vi7iHHM*f, gazouiller, fredonner. Schol.Juv en. XIV. 5; Saumaise, ad Vopisc. Proc. p. 470 E, éd. 1620 ; cf. Mari. I V, U, S : . December sonal fritillis • ; Scnec. De morte Ctaud. 15 ; " résonante fritillo ■'. — - Hor. Sat. Il, 7, 17 : Mittcrvt in phimum talos » ; Scliol. Cruq. ad A. /. : « In pyrgum seu frilillum • ; Porphyr. /I>id. : «Phimum quodnos fritillum « ; SclioI.Juv. /. l. : « Fritillus qui phimus dicitur... fritillum pyrgum dixit •>. — ■* Aesch. C. Timarch. p. 9, éd. Stepb. : xa- ç![i»i; »«i
M'jÇtyTixtt ÏTtça ôfvavw ; Etym. Magn. et Suid., s. v. ^vy.\, ajOUtcDl ; et;xo; Si («TïV s x«"<ioù;itvo; »r,|»o; lU » IvtSd/iXoyTii. — ' Schol. Arisloph. Yesp. 671 (694) ; Pollui, VIII, 17 ; X, 150 ; Hesycli. ». v. rr,\L>ii et ijoivivoî >;(i«i.; ; Pliot. s. r. xT.nô; et x-iX.t-, ; Scbol. Cruq. /. /. : *■ Phimus est iuslrumeutum slricli oriscx quo coujiciuntur tesscrae ne
pOSSit f.llli is qui cum .ilio ludit ". — ô HcSJch. xr6f.a, XT.iia-.»- -ri iî;JSa=« l> ^?; T.,j;
«OÇsj; iîiXlov ; cf. Phol. if.Sta ; Diphil. ap. Suid. /. /., et chez Meinccke, Fr. com.gr. IV, p. 413; SchoI. Juv. /. /. -«Mari. XIV, 16. — 7 Schol. Jiiv. /./.—« Id. fb. : • Piiis conica»,el Aoroad Hor. /. /. — 'Sid. .^poll. JTp.VIII, U:cf.V, 17; .Kxaoa. Profess. I, 27 ; Anihol. lat. III. 77 (PocUe lal. niio. IV, J73, Boehrens); .\gaUiias. fn Anthol. gr. IX, 487, 23 (Jacobs, I. H, p. 172}.
Fig. 3297. — Cornet à dés.
FRO
FRO
Cornet à dc-s.
avec des intervalles ainsi gradués, qui a été trouvé à Rome' ; ou une gaine fixée au tablier et que Ton ne pouvait agiter, mais dans laquelle on jetait par l'embouchure supérieure les dés qui ressortaient après avoir descendu tous les degrés - par une ouverture placée en bas.
L'image qui caractérise le mois de décembre, dans un calendrier de l'an 354, en ofTre un exemple '. On y voit (fig. 3298), debout sur ime table une petite tour carrée; elle est surmontée d'un faîte en pyramide, que l'on doit supposer mobile pour qu'on pût introduire par en haut les dés; ils sortaient par le devant, où une porte s'ouvre sur un escalier, dont ils avaient à franchir les degrés.
Le pyrgiis est appelé 'lïitpoêôXov chez les Grecs du Bas- Empire '.
On a fait à tort du mot orca un synonyme des précédents : il d('signe, dans le vers de Perse ^ que l'on cite à ce propos, un vase à col étroit où le jeu était de faire entrer d'un seul coup des dés, des osselets ou des noix [nuces, tropa]. E. Sa(;lio.
FROIVTALE. — 1. Fronteau de cheval, partie du harnais de tète qui passe au-dessus des yeux et réunit l'un à l'autre les deux montants de la bride. Dans ce sens froniale traduit exactement les mots grecs âixTiu; et àu.7tuxTr,p [amPYX].
Dès le temps d'Homère le harnais du cheval comportait un fronteau ; dans les attelages des grands cette pièce se composait parfois d'une plaque d'or, d'où l'épithète de /puTiiATtuxeç donnée par le poète aux coursiers des dieux'. Par sa forme et par les matières précieuses dont les riches se plaisaient à l'orner, le fronteau ressemblait beaucoup au bandeau qui ceignait le front des femmes- [ampyx, fig. 296, 297 et 298]. Il resta toujours en usage chez les anciens ^ ; il figure comme une partie essentielle du harnais sur la plupart des monuments qui représentent des chevaux bridés [eouitatio, équités, EQUus, FRENUM, etc] . Tantôt la courroie dont il est formé est dépourvue de tout ornement ; tantôt elle est couverte de bossettes [pualerae] '• plus ou moins rapprochées ; souvent aussi elle est reliée à la muserolle par une autre courroie, qui suit le milieu de la figure et à laquelle sont adaptés divers accessoires décoratifs. Nous savons par les auteurs qu'on enchâssait sur le fronteau de véritables bijoux ^•, les rois d'Orient, qui, dans l'antiquité comme de nos jours, paraient leurs montures avec un
1 Boldetti, Osserv. sopra icimiteri de SS. Martiri, 17:;o, p. -147 ; Marligiiv, Dict. des antiq. chrétiennes, 2» 6d. 1877, p. 368. — 2 Anth. lut. l.L : m In parle alvcr.li pyrgiis velal unia rescdit, qui \oiiit iuloniis tessci-uhis gradibus » ; Acro, l. L : " FjTgus pixis sine fundo ». — •' I.ambccius, lîiblioth. Caes. IV, col. IGGo; Slrzygowski, Die Calenrlarhilder des chronof/raphes vom Jahre 354, lierl. 1888, pl. \\\n (d'aprôs le Cod. liarberini, XXXI, .30, fol. 23. — 4 Gcorg. Ccdren. j). ISS, et ap. Siiid. .!. c. TàSXa ; cf. Saumaise, 0. l. p. 463, 469. — •■ III, 50.
FIIOIVTALE. 1 Jl. V, 3.ï8ctEuslatll. adh.l. ;7(. Y, 303, 7iO, VIII, 382. — 2Acscii. Suppl.iîO. — 3 V. encore Aesch. Sepl. c. Theli. iOl etSchol. ad h, 1,; Sopli. Oed. Col. 1008 ; Gloss. gr. lat. xtoaAôSïŒiKi;, capitale, frontale. — * V. Atnm. Marc. XX, 4. — 6 Apul. IJedco Socral. 23. — G piin. Hist. nal. XXXVM, 74, I. — 7 Kondakof et Tolsloï, Antiqu. de la liussie méridionale, (d. Sal. Itcinacli, p. i'48. Ccl
grand luxe, fixaient en cet endroit des pierres précieuses d'une grosseur exceptionnelle'. Mais le fronteau pouvait être aussi un vrai diadème entièrement en métal ; on en connaît un en argent, qui est orné de stries figurant des rangées de crins". Le mot grec qui sert à désigner le fronteau a quelquefois été appliqué par extension à la bride tout entière '.
II. Chanfrein, pièce d'armure destinée à protéger la figure du cheval dans les combats (TrpofjLsxwTtîç, npojjLeTUTcî- 3tov) '. Xénophon veut qu'on en munisse le cheval de guerre ; il considère le chanfrein comme aussi nécessaire que le poitrail, ■jrpoaTspvi'Stov, pectorale, et les garde-flancs, TrotpaTtXEupîoia '". On peut avec certitude conclure de là que la cavalerie athénienne en faisait usage de son temps. Les troupes perses en étaient également pourvues ". Un chanfrein, au milieu d'autres armures asiatiques, est représenté sur la balustrade du temple d'Athéna Polias '^, édifié à Pergame par les Attales. Plusieurs chanfreins en bronze, de fabrication grecque, ont été retrouvés dans l'Italie méridionale; le musée de iVaples en possède trois '^ ; sept autres ont été acquis par le musée de Carlsruhe '* ; tous remontent à peu près au Y" siècle avant Jésus-Christ. Le plus simple rappelle beaucoup le chanfrein sculpté sur le bas-relief de Pergame; on observe tout autour, sauf en haut, de petits trous destinés à fixer la doublure ; quatre autres, plus grands, percés de chaque côté, à la hauteur du front et des naseaux, devaient recevoir les courroies du fronteau et de la muserolle. Le chanfrein qu'on voit ilig. 3299) porte une ornementation repoussée et gravée ; dans la figure casquée, qui en forme le sujet principal, les yeux sont en ivoire. Une tête de Gorgone décore un autre chanfrein; ses yeux sont aussi en ivoire, ainsi que la langue et les dents; la même matière remplissait encore les cavités qui imitent à la surface de l'objet les yeux du cheval placés au-dessous.
Sur un autre exemplaire de la collection de Carlsruhe, ces cavités sont remplies par une pupille en verre. Plusieurs chan freins , découverts dans des tombeaux scythiques de la Russie méridionale, doivent être rapprochés des précédents; la figure 3300 en reproduit un '" où est manifestement empreinte l'inlluence hellénique; il est en or, et, comme ceux de la Grande Grèce, décoré d'ornements en partie repoussés, en partie cise-
objet a été ti'ouMJ encore en place sur un sipicielle de cheval. Cf. amcvx, (ig. 29.Ï cl 298. — 8 Sopb. Oed. Col. 1008; Hcsycli. Suid. in^j; ; Bekker, Anecd. i/r. p. 388, 0, 7.— 9 Kurip. Jihes. 306; Suid. s. v. Photius, p. 638, 2; Kli/m. Matin, p. 767, 9; Poilus, Onom. I, 140, II, 46-, Gloss. lal.gr..J-'rontate, sjofitT.i'.-tov. — 'OXcnopli. H'- re equ. XII, 8. — " Xenoph. Cyrop. VI, 4, 1 ; Vil, 1, 2; Anab. I. 8, 7; Adriani, Klict. PrMiiimn. dans les Rhct. t/r. de Wah, I, |i. S3I. — 12 Allerihucmer ron l'frfinmon (1883), laf. 43, et dans le oncninculaire de llans Droysen, t. II, p. 114. — IJ Millin, Descr. des tombes de Canosa, p. 4. pl. ir, 7; Ceci, Piccoli bronzi del Museo iVazionale di Napoli, lav. VII, 55 ; Fiorelli, Armi aniichi del Mliseo di Xapoli, n" 19, !iO et 51. — H Schumacbcr Orossherzngl. Saniml. zu Karlsruke, Ant. Bronzcn (1890), n" 780 à 785, laf. XVI, 18, 19, 20 cl XXII. — '" Kond.ikof et Tolstoï, Antiqu. de la Russie méridionale, M. Sal. Reinacli, p. 209, fig. 241.
Fig. 3299.
Fig. 3300.
Clianfrcins.
FRO
FRU
FiL'. 3301. — Chanfroii
lés '. Une pointure d'un lomljoaii do. Paestum (fig. 3301)nous montre de quelle manière le chanfrein s'ajustait au
harnais ; le modèle représenté parle peintre offre avec les pièces découvertes dans la même région une ressemblance frappante.
Le chanfrein n'excluait pas toujours le fronteau; deux ])ièccs de ce genre, la première en or, la seconde en argent, ont été retrouvées en Russie sur la tête d'un même cheval ". On conjecture que les chevaux des troupes romaines sous la République étaient protégés par un chanfrein et par une armure semblable à celle qui était en usage chez les Grecs à la même époque '. En tout cas on doit les avoir abandonnés bientôt après ; car on n'en trouve plus l'image sur les monuments de l'Empire qui se rapportent à la vie militaire ; Arrien mentionne encore le chanfrein et les garde-flancs; mais il ne dit pas que la cavalerie romaine en fût pourvue de son temps ^. Il est probable qu'on y renonça, par suite de cette tendance toujours plus accentuée qui porta les Romains de l'Empire à alléger autant que possible le poids de leurs armes ^. Toutefois, dans les exercices, on continua k couvrir la figure du cheval avec un chanfrein, pour qu'il n'eût pas les yeux blessés par les javelots que les soldats apprenaient à lancer'.
Les éléphants de guerre, dans certaines armées, eurent, comme les chevaux, le front couvert d'un chanfrein. Tels étaient ceuxqu'Antiochus mit en ligne contre les Romains, en 190, à la bataille de Magnésie '. On peut voir une armure de ce genre, à l'article elepuas (lig. 2623), sur une tête d'éléphant enbronze, qui a fait partie de la collection Gréau'. Cette pièce semble se composer d'une plaque de métal attachée par des courroies et ornée, sur le devant, d'une bossette surmontant une arête en saillie: à la naissance delà trompe, elle se continue par un tablier, formé de lamelles de cuir ou de métal. La partie supérieure du chanfrein était quelquefois garnie de panaches (C7islae) '", qui rendaient l'aspect de l'animal encore plus redoutable, en ajoutant à sa hauteur [elepuas, fig. 2('i2(l] ". On voitaussisurun médaillon {Ib'id., fig. 2(128) une sorte de corbeille, qui couronne le front de l'éléphant
ï Un autre plus barbare, Ibid. p. 272, fig. 243. Daulros tout à fait simples, Stcphaui, Comptes rendus de la comm, arch. de. Saint-Pèlerh. pour 1S76, p. 133, n" ."îiol p. 135, n» 6. — 2 Bull, ai'cfi. Xapotet. nuova série, IV, pi. iv à vi, p. 177; cf. Eurip. Dlifs. 30C. — ;i KoiiHakofcl Tolstoï, /. c. p. 218. — ^ Mnrquardt, Itoem. Staatsvcrw. V2 (Militaerwes.), p. 348, note 3. Oïl n'en a d'autre preu^e qu'un passage lie PoKbe (VI, 25), où il n'est question que de l'artinu-o du ca\alicr, et nullement de celle du cheval. ■ — '' Arrian. Tactica^ 4; cf. .\e!ian. Xat. aitim. VI, 10. — fi Vegot. I, 20. — " Arrian. 7'actica, 31. On pourrait peut-tître avec Ginzrot (t. tl, p. ni) voir un fronteau semblable sur tes chevaux de course que repn'seutc un >liplj.|ue de lirescia (mervcuoîi, fig. 2l3ô). — 8 Tit. Liv. XXXVII, 40. — « Cillai, illiislré de la coll. Gréait, n" 118; Gazette des Beaux-Arts, 1866, l. XX, p. 171. — 10 Tit. Liv. ;. c. — ■' Armandi. Blsl. milil. des éléphants. lig. 2; lluruy. Hist. des Grecs, t. III, p. 303; Longpérier, Œuvres, 1. Il, p. 212. On a pensé que ces cristae n'étaient partie simples ornements; maison ne voit pas (juellc utilité aurait eue chez un animal, qui ne peut baisser la léte, une arme
et forme une balustrade, derrière laquelle le cornac se tient accroupi '-.
Des fronteaux décoratifs, rappelant plus ou moins le chanfrein par leur forme et leurs dimensions, furent en certains cas ai)i)liquésà d'autres animaux que le cheval. En 283, dans la fameuse procession organiséeà Alexandrie par IHolémée Philadelphe, en l'honneur de tousies dieux, on vit défiler des ânes et des taureaux portant sur le front des plaques d'or et d'argent'-'. Les victimes représentét^s sur les monuments ont souvent le front couvert d'ornements, dont certaines parties, faites sans doute de métal ou de matières solides, peuvent être comparées à un fronteau '' [SACRiricif.M].
Enfin les Grecs désignaient aussi sous le nom de -so- \i.£TO)-n:îo:v/ un médaillon enchâssé à la partie antérieure d'une couronne [coro.na, p. l.")23, fig. 1977 et 1986^ ''.
111. On a, par comparaison, appelé frontalia l'extrémité de Vhiilépole, machine de siège analogue au bélier
[ARIES] ""'. GEOnfJES L.\FAYE.