‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments (volume 5)Chapitre 52 sur 104 · FI!(;A LAÏ.V ^KXSII.IL'M · texte numérisé non relu

FI!(;A LAÏ.V ^KXSII.IL'M

FULLOMICA [nr.s fuUonia',y.'/-x-^vjT'.y.i, ttÀuvt'.xv- '), métier, industrie du foulon'. Le terme fullonica sert encore à désigner le local, l'officine, l'atelier (y.vioîTov) ', où était exercée cette industrie '\

On a connu dès une haute antiquité la propriété que possèdent les (ilaments de laine et les tissus qui en sont formés de se feutrer {coffi, coneiliari'', par le foulage. C'est sur cette propriété que repose l'industrie des foulons', à laquelle la tradition donnait pour inventeur un certain Nicias de Mégare '. .Mais ce métier très complexe ne comprenait pas seulement le foulage des étoffes de laine dont on voulait faire des draps, il embrassait encore toutes les opérations et manipulations relatives tant au nettoyage et à l'apprêt des tissus de laine neufs {vestes rudes, de tcla), qu'à la remise en bon état interpolatio) de ceux déjà portés en vêtements [veslimenta ab iLsu^, vestes tritae, defloreatae). Aussi les foulons '/.■/x-^bU, yv^'is?; '") sont-ils encore appelés ti/.jve!; ", -tz'/.jzt.: '^ (fullones, lavatares, lotores, luiores) ".

On sait, par les inscriptions, qu'il y avait des foulons en Grèce au vi° siècle avant notre ère. Si l'on ignore quels furent les premiers procédés de leur industrie, au moins connaît-on, par un passage d'Hippocrate''*, l'ensemble des opérations pratiquées de son temps. C'est par celles-ci que nous allons commencer.

Les laines étaient nettoyées avant d'être mises en œuvre ; mais durant le iilage et le tissage, elles contractaient inévitablement des souillures dont il était nécessaire de les débarrasser; aussi commençait-on par soumettre au lavage (ttXjvs'.v, lavare] '" les tissus neufs tout comme ceux qui avaient été portés. Pour en effectuer le nettoyage, on agitait les étoffes et on les foulait aux pieds (XxjtTÎ^eiv '^ (ru(i7raT-rj(>a! ", argutari pedibus "), selon un très ancien usage, qui remonte aux temps homériques", dans de l'eau à laquelle on mélangeait des substances alcalines-", par exemple, le sel appelé v;t-

BLimner, p. 137. — » Plin. VII, 190. — 9 Arislopli. Vcsp. 1127; .\elian. V.»-hist, V, 5 ; Edict. Ilioclel. 54-63 ; cf. Marquardt. La rie privée des Romnius (Irad. franc.), t. Il, p. 166; Macrob. Sal. Il, 2, 29 ; Ov. Fast. III, 281 : Hor. Epist. I. i, 96 ; Non. Marc. (éd. y>'iel"î™'). P- ' '■ ■='• Jalin. Berichte d. Sàchs, Gesellseh. rf. Wissenscb. Phil. Iiisl. cl. 1856, p. 296. — m Herodol. IV, 14: Lucian. Jud. roc. c. 4; Aelian. /. t. ; Scliol. Arist. ad Plut. 166; PoU. VII, 37. On lit aussi r'iï^f- Manéthon, IV, 422. — " Mœris. p. 329 : ainsi disaient, selon lui, les premiers .\lliqucs; il est contredit par Tliomas Mag. p. 282. Tl\j,f.; se lit Corp. inacr. gr. 1, 435. Cf. encore K. Curlius, Abbandlung ùber griech. Qnell-und Brunn^ninscltriften. p. 23 dans Abliandl. der kônigl. Gesellseh. der Vi'issemch. zH Gô'.lingen, (. VIII. 1839, et Miltlteil. d. deuisch. archaol, /nstit. in Alhen, 1SS5, p. 77; Poil. Vil, 38, olïre aussi ^/.V/Tr.;. — 'S /n,slit. IV, I, 15. On trouve encore les Toulons désignés p»r le terme ttiCeT;, cf. Scliol. Apoll. Rli. Il, 30 ; Scliol. Nicandr. Tber. 376. où OD lit »TtS:;; Hcsvcli. s. V. TTii6o;ii.T.. — " Edicl. Diocl. Vil, 54; Corp. inscr. lai. X, 813; Orelli-Ilenzen, 7210 ; Spon, .Uisc. p. 64;Fabrelti. Iitscr. VI, 19. Quant «u terme nticea, nacla, ou îialta, il est rare. cf. Fest. p. 166, 2; .\pul. Met. IX. 22 el peut-être mis en mauvaise part. cf. H. Bliimncr. p. 159, n. 2. — *4 Hippocr. Oe diaela, I. 14. Sur l'iulerpr,-lation de ce |>assage, cL H. Bliîmner. -V. Jahrb. f, phil. 1873. p. 317. — H Tlicoplirast. Char. 22 cl 30 ; Schol. Arist. ad Vesp. 1126: Poil. VU, 39 ; Arlemid. Oneiroi, II, 3; Titinius. ap. Non. .Marcell. (éd. OuichentI, p. 270. — 16 Hippocr. (. /. ; Sjnes. EpisI, 44, p. 182 D. — >' Poil. VII, 37. Clin lloméro c'est le verbe «rttîSw qui signifie celle opération ; de là. le nom de ffriiSiT;. donné quelquefois aux foulons, voy. plus haut, n. 12. — 18 Titio. /. /. : Mari. .\IV, 51, dit aussi lerere. C'est pour cela que sur les liiéroglyplics égyptiens deux Jambes dans l'eau signiliaicnt un foulon. Horapoll. Bierogl. 1,65: cf. H. Blrimner. p. 102. — 1'.' Iloni. (id. VI, 90 et suiv. Seulomenl clicï Homère, il n'est pas question de substances alcalines mélangées à l'eau. — îo Ces sulistauces sont designées par les termes ginéraux f j;i;««i, t:ji;»it«. i;,~.:Yi-,, f j!rr,«dt ; cf. Plat. Rep. IV, 429 E et 430 .\ : Albeu. VIII, 351 E. XI, 481 A; Poli. Vil, 40; Alciph. 111.61; Tim Ler. Plat.t.v.b;f..ix; Ni-

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pov' (ÀcTs&v chez les Ailiques-, Jiilrum^)^ mol qui désigne tantiM le carbonale de potasse, tanlôl le carbonale de soude*. Celui que Ton extrayait des eaux du lac de Chalastra, en Macédoine et que l'on appelait i)our cette raison yaXxtJxsatov, était particulièrement estimé ". Les louions se servaient aussi de lurine de Fhomme ■' ou des animaux'; enfin ils connaissaient et utilisaient les propriétés absorbantes de l'argile smectiquc ou terre à foulon (y?, -niXuvTp!';', (;[AT,XTS'';''et iu.Yjî'.t:;"', Cf('/rt/'(///oH(«") qui a toujours joué un rôle important dans le dégraissage des tissus de laine, qu'elle rend plus souples et plus moelleux.

Les anciens distinguaient plusieurs sortes de terres à foulon. La plus estimée se lirait de la petite île de Cimolos '-, une des Cycladcs, d'où le nom de cimolla {y.:<xM- "iJ.a. Y'f|, crela chnoUa) " [ciîeta] fut étendu à toutes les argiles du mémo genre. 11 y en avait deux variétés, la blanche et la colorée". Après la terre cimoliée venait celle d'Ombrie [umhvica terra) et celle que l'on appelait roche {saxuin). Celte dernière se vendait au poids, tandis ([ue la sorte la moins recherchée, la terre de Sardaigne [sarcla), se vendait à la mesure '■'. On avait aussi trouvé des argiles propresau dégraissage à Lemnosetà Samos "■'. Ces diverses terres, comme nous le verrons, n'étaient pas employées aux mêmes usages.

La terre de Sardaigne et la roche se mélangeaient fi l'eau, mais la première ne servait que pour les étofTes

blanches '" .

Afin de favoriser ou d'achever le feutrage com-

mencé en les foulant aux pieds, les tissus étaient ensuite

soumis au battage

puis, selon toute prol)a-

bilité, bien que ce ne soit dit expressément nulle part, rincés et séchés ". Désormais l'étoffe avait pris du corps, elle était devenue un drap plus ou moins serré, selon que le foulage et le battage avaient été plus ou moins prolongés. Mais les poils de la surface, tout enchevêtrés, avaient besoin d'être démêlés pour être convertis en un duvet que l'on pût tondre régulièrement. Cette façon, appelée aujourd'hui lainage, se donnait en cardant le drap (e^xeiv^", xv^tûtsiv -', peclere)-- avec une espèce de chardon (vvx'iixT, àxxvOa-^ fullonia spina)-': on employa au même usage l'hippophaeston [centavren spiiwi!ar'%\e cardère à foulon {dipsacus fullomnn) -°, enfin on utilisa aussi la peau du hérisson ^'. Au i" siècle de notre ère, comme on en peut juger d'après une peinture de la fullonica de Pompéi (lig. 33U2 1, ce travail s'exécutait en suspendant l'étoffe et en la peignant de haut en bas avec un instrument, probablement en métal, appelé f/om -' (xviooç)-'-' auquel étaient fixés les chardons, épines ou aiguillons servant à cet usage. Mais peut-être dans le principe, cardait-on les tissus en les traînant sur les plantes épineuses groupées à cet effet (è-1 xv7.ï,o'j é'/.xsiv, k-z\ ToG (Ttôpo'j (àxxvOiôv) xv^tt-eiv) '■"'. Telles sont les premières opérations auxquelles étaient soumis les tissus, d'après le texte hippocratique, dans lequel ensuite il n'est plus nettement question que du tondage'".

En Italie, les draps, une fois cardés, étaient exposés à l'action de l'acide sulfureux, le soufrage avait pour but de relever l'éclat des étoffes blanches; il servait aussi à rc-

Fjg. 3302-3304. — Peinlurcs de la Fullonica do l'onipéi.

connaître si les tissus de couleur étaient teints ou non. Pour les soufrer {sulftire suffire ^-, ôstoùv)'^ on les étendait sur une sorte de cage semi-ovoïde [cavra viiniiii'ii)'' formée de baguettes d'osier qui partaient d'un sommet

c;aiid. Alex. 9fi. Les anciens connaissaient aussi la Icssi\c de cendre, cf. Ar. lian. 711 ; IMat. Itep. 430 B ; l'oll. VII, 30 cl 40 ; XV, 67. — 1 Syncs. Epist. 44, p. 182 I) ; Alciphr. Ul, Cl ; cf. Illiininer, p. 162. — 2 llerod. II, R6 : Mœiis, p. 246; cf. Ar. Unix. 711; Hcsvcli. S. V ; Gieg. Cor. p. 148; Poil. VII, 39 et X, 135.

— 3 Isid. Ocifi. XVI, 2, 7. — 4 H dî-signait aussi (juelquefois, mais plus rarement l'a/otatc de potasse. Uoefer, Hisl. de la chimie, 1,146 ; cf. lilijmner, p. 163, n. t.

— •■ Plat. Jlep. IV, 430 A; Alcipli. l. l. ; Plut. De sanit. praec. 22; Tlicmist. Or. 32, p. 359c; Suid. s. u. ; Poil. VII, 31*, où il est dit que Cratinos appelait aussi ce sel 7 aÀa;j-jT:<.v ; cf. Hesycli. s. v. ■/t'i.i^-j-vr, Sleph. liyz. s. u. •l'ù.ki-.Yi. ; Plin. X.XXI, 107. Rlœris (5crit ■i'jXir.v*.''.vi ; c'est aussi la Ir-adilion du texte de Platon. — G Atlien. XI, 484A; Plin. XXVlJl, 06 et 174. — 7 Plin. XXVIII. 01. — 8 Tlieoplir. Caus. pinnt. II, 4, 3. — 0 Snv.xTpi; v^, poli. VII, 40, d'a[)rès Ci^'pliisodore et Nicochar^s.

— 10 Galcn. Gloss. hipp. p. 00 et p. 130. — u Plin. XVII, 46 et XXXV. 105 ctsuiv. ; cf. Titin. ap. Non. Marcell. p. 270. — '2 Arist. Ilrxii. 712 et Schol. ; Strab. X, p. 484; Poli. VII, 30.— 13 Plin. XXXV, 105 et 106. — i'. Diosc. V,I76; cf. Plin. Jhil. 105. — fo Plin. Iljid. 100-107. — 1» fjalen. XII, 170 ; Tlicoplir. /.ap. 03-64; r.al. XIII, 034; llesych. s. v. oiijiV.Àav"? cf. II. liliimner. p. 16 't.— 17 Plin. XXXV, 106.

— <« Ilippnor. I. !. : Poil. VII, 37. — 10 Dig. XI.lll, 10, 1, 4. On voit sur une peinture murale de la fullmiica de Pompéi (fig. 3304j, une pitïcc où des morceaux dVHolTe sont étendus sur une barre soutenue par des cordes qui pendent du plafond, cf. H. lîliim-

unique et étaient maintenues écartées par des cercles horizontaux. Dans l'intérieur de cette cage se plaçait, vraisemblablement, un réchaud contenant du soufre allumé, comme on peut le conjecturer d'après une des

lier, p. IGoet 177. — 20 llippocr. ^ l. Nous adoptons, ici, pour eXxeiv l'interprétation do II. Kliimner, p. 164, u. S, qui nous parait ahsolumeut juste. — 21 plus tard vvck-Tf.v, voy. n. 2;Poll.VII, 37;Etyni. Mngu. 52, 1,40; Ilcrodi.in. (I.enli). 1,440, 12; Suid. s. V. x;Ù.T.-.v,. — 22 Hor. irpi-î^. I. I, 0,'i; Mart. 11,58; Plin. VIII, 101. — 23 Diosc. IV, 160; Phot. s. V. xvi=o;. — 2'. Plin. XVI, 244. — 2ï Plin. XVI, 2« ; XXVII, 92.

— -'"' Ser. Sam. S42. — 27 J'Iin. VIII, 135. Il parle à ce propos d'une fraude, d'un monopole qui procui'aient de grands bénéfices et qui soulevèrent bien des plaintes; mais nons ne savons à quoi il fait allusion. — 2< Plin. VIII. 102; XXIV, III ; XXVII, 92.

— 29 I.e ternie xv«^'.;, clie/ les sclioliasles et les lexicographes, sert à désigner laiilôl le cardére lui-même, tantôt un instrument garni île piquants, dont se servaient les foulons; cf. Suid. S. r. xvùro; et s. v. i'\ )(y«5'.j i'axe;; : Ilerodian. II, 914, 23 ; Scliol. Arist. IHill. 166; Poli. VII, 37; Eust. Ad Od. XIII, 401 ; llesjch. s. v. «vis»; et Ui îevàs'.v (sic) EAxoiv. Ce mot désigne culîn un instrument de torture (Tim. Lex Ptttl. s. v.\ cf. Pliot. et Suid. s. r.). Ceci fait supposer à II. Bliininer (p, 168; que pour le cardago des draps, on usait aussi d'étrillés ou de brosses de fer et que c'était là l'inslrumenl appelé yTt'i; Y''"=*'<''î- — ^^ Voy. la note précédente et cf. Ileroilot. I, 02 et Plat. Jt'-p. \, 616 A. — 31 Ici, je conserve des doutes au sujet de la correclion proposée par liliimner (p. 173, n. 2, cf. A". Jahih. f. cltiss. phil. 1873. p. 317 sqq.) de r-.ii-.irXi.,-,-.-.:; en Traiar.l'^r!; Ou yA-.-AT.-.C,',;-.,;. — 32 Plin. XXXV, 17S cl lOS; Isid. Or. XÎX.

lu, 6. — 33 Poil. VII, 41. — 34 Apul. jl/ef. IX, 21; cf. H. liliininer, p. 169 et 176.

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— 13ol

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pointures Je la fullonica de Poinpéi, où l'on voit un ouvrier apporter sur ses épaules, en la soutenant de la main droite, la cage entre les barreaux de laquelle il a passé la tète, tandis qu'il porto de la main ^'auclie une espèce de i)etit réchaud (fig. '.i'.i0-2j.

Les opérations qui restent à exécuter constituent ce qu'on appelle l'apprêt (/3o//re)'. Le soufrage terminé, les tissus, neufs ou autres, étaient frottés [desquamnrc, -, s'ils étaient lilancs, avec la terre appelée saxum; ou, en Grèce, avec le gypse de Tynipliée (Ëlolie)^ Ceci relevait leur éclat et rendait leur hlanchrur plus durable, l'our les étofl'es de couleur on prenait soit la terre d'Ombrie, dont c'était le seul usage, soit la terre cimoliée, qui avait la réputation de rendre du lustre aux couleurs pâlies parle soufre''.

Quant au brossage, dont il n'est fait mention nulle part, peut-être se confondait-il avec le cardage parce qu'il s'effectuait avec des instruments analogues. Comme il ne semble pas qu'on pût l'omettre, nous devons supposer qu'il avait lieu. C'est aussi chez les foulons que se tondaient les draps (xeîsetv, àTroy.sîpsiv)^ ; mais, si nous sommes assurés que celle opération se pratiquait, nous n'avons aucun renseignement sur la façon dont on y procédait". Tous les tissus naturellement n'étaient pas tondus; on fabriquait des couvertures et des vêtements auxquels on laissail leurs poils (u)//() ' soit sur les deux faces [hi.y.ii.xWrji * àuL-oixaTTO! ', a)iiphimalla, ainphimalUn, ainphitapai:) '", soit sur une seule (■V.Ài, pxila ", àrspo- |ji.a)Ja)'-. Parmi les tissus de ce dernier genre on range celui que l'on appelait r/awsr/yja, gnusapuw et qui se fabriquait à Padoue au temps du père de Pline l'Ancien '^.

Après toutes ces manipulations il restait, comme de nos jours, à plier les étoffes et à les mettre en presse (koùv, TTuÇetv)'' [l'RELUiMj. L'ouvrier chargé de ce travailles étendait avec soin (diducerctendiculis) et les aspergeait (èa^u- C7ïv'% adsprrgcrc) légèrement avec de l'eau contenue dans sa bouche, qu'il lançait en la divisant le plus possible"'. L'étoffe en sortant de la presse {sohdis pressoiiis)''' avait tout son lustre et tout son éclat.

Ce n'était pas seulement les étoffes neuves que traitaient les foulons, ils se chargeaient encore non seulement de nettoyer, mais aussi de remettre à neuf (interpolarc) les vêlements usés ; ils le faisaient même avecasspz d'habileté, parait-il, pourquil fût quol(]uefois diflicile de distinguer une vieille étoll'e d'une neuve". Ce nettoyage des vêtements constituait dans la vie antique une dépense assez importante pour qu'elle fît, dans les comptes de tutelle, l'objet d'un article spécial '^ Nous savons par un passagi> d'Aristophane -" que pour une tunique (/.'•t<.')v) on payait trois oboles (0 fr. 4!) cent.).

Une foulorie était donc, en général, un établissement important, qui exigeait un outillage et un matériel con-

1 riiii. VIU, 133 cl 102; Caiu<, III, ll.i; l'aul. S^'iil. Il, 31, V), ciU- p. Mar- .lu;mU, Vie ;.Ww'c, p. lO'i, ii. 0. — i l'Iin. .VXXV, I9â ; cf. Tiicoplir. CUnr. 10; l'Iaul. AuUil. 674. ^Ulnnd il s'agit de vt^lemonls bl.anrs les Grecs se servent de l'expression ^cjxatv».) ; cf. Aesop. /-'a/j. il ; Scliol. Ar. /'lut. ItiG : 11. BUimner' p. 170 cl p. t.'iS, n. 4. — ;l l'Iin. Ihiil. ; Thooplir. Lap. 61. — l Plill. XXXV, 197 et 198. — 5 Hippocr. t. l. ; l.ueiaii. Fui/it. tîS. — fi Bliimner, p. 171. — 7 Mari. XIV, 136; Sid. Apoll. Kpis'.. V, 27. — » Poil. VIII, 57. Il donne ce Icrnic ponr synonyme de à'^ç.'S'/Tj; el de 4;i=i';«it'ï;. Cf. Aeli.ln. Vnr. Hisl. 111. 40; (jeoponic. XIII, 13, 11; Slrab. V, p. ils. — 9 Poil. VI. P ; Suid. .«. r. ; Bekker. Anecd. 38!>, 13; Eusl. p. 746, 39 et 1037, S ; Allien. V, p. 197 IS. — 10 Var. Linf). lai. V. 167 ; Plin. VIII, 193 ; cf. Scliol. ,ad Juven. III, 283; l.ucil. ap. Non. Mare. p. 630; Dig. .XXXIV, 2.23, S. -M Alli. V,17'Jl!; VI, i33 E ; XII, 54SE; Diod. Sic. V. 30, 1 ! Isid. ùrUi. XIX, i6, 5. — 12 Slral). V, p. 218; Enst. 746, 39; llcsycli. s. i). M,iN.,ivr.. — '■■l Plin. VIII, 193; Slrab. /. /. — 'v Poil. X, 133 cl VU, 41 ; cf. ShrI. H, 46, 3 ;

sidérables, dont tous les éléments ne nous sont pas connus. Outre les Instruments dont il a élé question déjà, les brosses et les ciseaux dont nous devons supposer l'emploi-', il y avait encore le crpoosoç, dont la forme et l'usage nous sont inconnus --. Il fallait, pour le lavage, des bassins à eau, pour le foulage, des cuves ou auges (ttÀuvoî", lncus-'\ larnnnc-'', pilae fulloiiicae)-'' disposées à cet effet. Vu la grande consommation d'eau que l'on faisait, les fouleries étaient généralement établies dans le voisinage de sources ou de fontaines", et, à Rome, au])rès des aqueducs publics, où les industriels pouvaient prendre de l'eau moyennant redevance à l'État, au temps de la République". Dans la grande fullonica découverte à Pompéi en ISi.'j, et dans une autre de moindre importance mise aujourenl875", on voit (fig 330.5) de grands

Fig. 330S. — Fullonica de Porapéi.

bassins en maçonnerie construits à des niveaux différents

et reliés les uns aux autres^". Tout auprès se trouve une série de niches semblables à celles que l'on voit lig. 3302) représentées sur un

des piliers de l'établissement^'. Là devaient être disposées les cuves dans lesquelles on foulait les étoffes tant pour les nettoyer que pour les feutrer. C'est probablement dans celte partie du travail que les ouvriers se livraient à cette évolution particulière appelée /'«//ok/ux snltus'-'- et qui est peutêtre représentée sur une des peintures

dont nous venons de parler (fig. 3303), où l'on voit un ouvrier se soulever dans sa cuve en appuyant ses bras sur les cloisons de la niche où il travaille. Un bas-relief

XI. 8, 3 ; Claudian. Epilh. Pall. 101 . — I J PIul. flt- placil. phil. IV, 19. — i« Sou. Quacst. liai 1, 3. 2 ; cf. lil.'imner, p. 172. — 17 Amni. Mare. XXVIll, 4. 19. — 18 Edicl. Diocl. Vil, .34-63 ; Cic. Ait fjiiinl. fralr. II. 10. 3 ; Macroh. Snl. Il, 2. 9 : Xon. .M.ireell. p. 34; Dig. XVlll, 1.45; Front. Ad Mnrc. Ant.de orat.p. 161 (iM. NabcrI.

— 19 l.ys. XXXII, 20. — M Ar. Vm/). I12S. — 31 H. Birminor, p. 171. — S Scliol. Arisl. lù/uit. 386; cf. II. Blûmncr. p. 160, n. 3. — 2J llcsycli.. FlioL. Suid. J. r. . l.ucian. /'m/. 12; Scliol. Ar. Ptiit. 1061 ; Poil. VII. 37.38: X. 135: cf. ilom. II. XXII. 133 el s. — 2- Fronlin, De nf/iiaeduet. c. 98. — 25 Cf. Mommscu. ZfitscAr. f. gcscliichll. /Irclilmlssenseli. XV. p. 316. — 26 Cal. De re rust. X. 5: XIV. 2.

— 27 [lig. XXXIX, 3, 3. De là viennenl les loculions cottegiiim fontanormn. cotlegiunt aquae Mommson, Zeitsclir. p. 329 cl 3l<i; Blûmncr. p. 161. — «8 Fronlin. D.- (Kiuned. 94 cl 98 ; cf. Marquardt, Vie privée (Irad. franç.l, p. 167. — 29 J. Ovcrbcck. l'onipeji (1884). p. 390 cl 393. — 30 Oïcrl>eck, /ftirf., p. 394. — 31 Id. It.id., p. 392.

— 32 Sciicc. Kjiist. XV, 4.

Fig. 3306. — Foulon.

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du musée de Sens', qui représente (fig. 3306) un foulon ;i son travail, offre une cuve disposée de façon que l'ouvrier puisse poser ses mains sur les parois de droite et de gauche, plus élevées que les autres.

Pour s'approvisionner de l'urine dont ils avaient besoin, les foulons disposaient dans les rues de grands vases de terre [ieslae)- qu'ils enlevaient et remplaçaient lorsque les passants les avaient remplis.

Les diverses besognes qui constituaient l'industrie si compliquée des foulons, besognes pour lesquelles il était indispensable d'avoir des ouvriers habiles, ne pouvaient guère, on le conçoit aisément, faire partie des travaux domestiques accomplis par les esclaves. Seuls les riches propriétaires pouvaient se permettre d'avoir une foulerie à leur usage exclusif. En général on envoyait les objets d'habillement à l'établissement le plus voisin, avec lequel on traitait quelquefois à forfait pour une année'. Aussi les foulons formaient-ils un corps de métier très important et les voyons-nous çà et là organisés en collèges et sodalicia'. Ils avaient, comme tous les artifices, pour divinité protectrice de leur corporation Minerve, dont ils célébraient la fête le 19 mars". Ceci nous explique la présence de la chouette sur le sommet du clayonnage d'osier dont il a été question à propos du soufrage et la couronne d'olivier dont est ceinte la tète de l'ouvrier qui la porte (fig. 3301) ».

A Rome, sous la République, la loi était intervenue pour réglementer l'industrie des foulons; elle avait fixé l'ordre des manipulations par lesquelles devaient passer les étoffes et, autant (]u'on en peut juger d'après le texte de Pline, stipulé quelles matières devaient être employées ^. Alfred Jacob.

FITLMKX. Kspa-jvo;. — L'apparition du feu céleste frappa les hommes primitifs comme la plus soudaine et la plus éclatante manifestation de la puissance divine. Us l'ont interprété comme une vision surnaturelle, avant de songer à le concevoir et à l'expliquer comme un météore. Les croyances religieuses, dans ce cas particulier, ont précédé et même provoqué les théories des philosophes: celles-ci ne sont souvent que le commentaire spéculatif de la Fable.

I. C'est en Orient qu'il faut chercher le point de départ des croyances les plus anciennes des Grecs sur la foudre. Sous ses aspects divers, éclair, foudre, tonnerre, le feu céleste paraît tout d'abord avoir été considéré, non pas comme un phénomène extérieur à la divinité, comme un effet de sa colère, mais comme l'apparition et le mouvement de la divinité elle-même. Avant d'être un attribut du dieu, elle était le dieu en personne. Ainsi,

1 BiiUet. monumental, 1865, p. 506. 11 y en a un moulage au musée de Sninl-Gcimain sous le n° 2094). — 2 Mai-1. VI, 93; Xll, 4S ; Macrob. Sal. 111, 16, 15. liliimner (p. 163, n. 3) pense que pour cela ils ont peut-clre pa\i^ un droit sous Vespasifn, cf. Suet. Vesp, 23. Ils avaient certainement le droit de faire sécher les (^tofl'es sur la voie publique, cf. I>ig. XLIII, 10. 1, 4: liliimner, p. 165, n. 3. — 3 Varr. De re rust. 1, 10, 4; cf. Marquardt, ViV pràve,ii. 166. Dig. XXXIV, 5, 28 ; XIV, 4, 1. 1; Lamprid. Alex. Sev. 42, 2. l'ne fullouicn n'était pas toujours la proprii'ti de celui {[ui l'exploitait; l'élablissement était quelquefois donné ii bail (Dig. VU, 1, 13, 8, Ephem. epit/r, 111, p. IGï; Marquarilt, Vie privée, p. 16G, n. 11). Mais \\i les aniénajienicnts spéciaux que nécessitait l'industrie du foulon, elle était de celles pour l'exercice desquelles l'usufruitier testamentaire d'une maison d'iiabitation ne pouvait la louer (.Marquardt, Op. cit. p. 167, n. 7). — 4 On en signale dans diverses villes.: à Spoléte (Orelli,409l), à Ponipéi ; un soflalicium à Paierie [Corp, inscr. tat. IX, 5,50); un magister artis fuiloniae, à Cologne (Brambaeli, Corp. iiiscr. rhen. 371). Le collège des foulons fut peut-être au nombre des neuf plus anciens dont on faisait remonter l'orgaulï^alion à IS'utna. Cf. Plut. Numa, 17; lîUimner, p. 159; Marquardt, Le culte cliez les /tomaius, p. 166, n. 2 (trad. franc.). — î» Marquardt, Vï'e nrivée, p. 167; liUimner, p. 159. On possède une pierre

les Assyriens adoraient, semble-t-il, dans le dieu Bin, la puissance fulgurante. Chez les Phéniciens, Reshep-Kes était une personnification de la foudre, transportée en Egypte sous le nom de Reshpou '. A Chypre, le dieufoudre se dédouble en deux divinités de sexes difl'érents, le dieu Kéraunios et la déesse Kéraunia de Cition ^. Colporté dans les pays grecs par les tribus pélasgiques, le culte naturaliste delà Foudre s'est perpétué en Arcadie, au v" siècle, par le culte de Zeus Kéraunos à Mantinée', par celui des 'A'jTzxT.xi, Bpov->.;', 0 J;ÀÀx! ', dans le sanctuaire de Bathos à Trapé'/.ous. dans celui de Zeus Kataibatès °, c'est-à-dire qui descend lui-même, incorporé sous une forme visible, à Olympie*^ et dans maint autre endroit. On voit revivre cette identilication du dieu et du phénomène dans les cultes romains, à l'époque impériale, comme l'attestent les les dédicaces k Jupiter Fulgiir, à Jupiter Fulincn et à la déesse FuUjora' . Mais ces dieux récents n'appartiennent pas au fond propre de la religion romaine ; ce sont des rellets de cultes orientaux, empruntés à des villes gréco-asiatiques, telle que Séleucie de Syrie. Dans cette ville, la foudre était l'objet d'un culte et les monnaies y représentent un foudre placé sur un autel *.

Néanmoins, le mot de saint Cyrille de Jérusalem : Grarci fulmen adorant'', doit être réduit au sens le plus restreint. A la bonne époque, le culte de la Foudre est plutôt une exception, comme un reste de croyances primitives presque partout oubliées. Il y avait longtemps que, dans l'esprit des Grecs, la séparation de la personnalité divine et du phénomène était accomplie. Elle l'est déjà dans les premiers textes littéraires, dans Homère '°, dans Hésiode " et dans les Hymnes orphiques '^, où la foudre n'est plus que l'attribut ou l'arme de la divinité. Kéraunos y est déjà absorbé par Zeus, de qui relèvent tous les phénomènes célestes et qui manifeste par eux son omnipotence. Zeus est présenté comme le dieu qui assemble les nuages, qui fait gronder le tonnerre, briller l'éclair et jaillir la foudre". Comme tel il est adoré sous les épithètes d'àirpa-iraioç, de xEoaûvioç ou y.ssa'jvoêdXo;, de Ppovraïoç, Pçovrôûç et ppovTôiv ", et chez les Romains de Jupiter Fulminator, Fulgeraior, Tonans.

D'après la tradition hésiodique '^, la source du feu céleste était placée dans les profondeurs de la terre; la foudre n'était qu'une émanation du feu souterrain. Les fils d'Ouranos, ensevelis par leur père dans le sein de Gè, et délivrés par Zeus, avaient olfert ce présent à leur libérateur. De cette conception dérivent certains détails de la légende de Promélhée; le feu terrestre, ravi aux hommes au profit du maître de l'Olympe, leur avait été

vo'.ive dédiée par les foulons à la déesse, Orelli, 4IJ9I. — BIÎKinuier, p. 176. — " Plin. XXXV, 197.

Fl'LME\. I Clermont-Gauneau, Rev. arehêul. 1876, 11, p. 3SI ; de Vogiié, Méla>H/es d'arclièol. orient, p. 79. — 2 Le Bas-VVaddington. luscr. tt'.isie ,Mïtieure, 12739 ; Syrie, 2557 a ; lîiitglien, Beitriige zur .ternit. Iteîigionsgeschichtt', p. 82, 103.

— 3 Foucarl, /nscr. ttu Pélop. 352 a. — * Pausau. VIll, 29. — S Hcsjch. Ki<t«-.- SiL-.i.i ; F. Lenormanl, i)et\ archéol. 1864, 49-51. — 5 Pausan. V, 4, 8 ; voy. Rosclier. Mylhol. Lexic. Kataibatés. Culte de Kataibatés àTarente, Atbenac. XII, 23, p. 522 F.

— 7 Rosclier, Mythol. Leric. Juppiter ; Burmann, Zij; K«TatSà-:r,; seu Jupiter Futi/eralor, Lugd. Batav. 1700; Cli. Lenormant, -Voui'. (jiilerie mythol. p. 56 cl suiv. ; Ephem. epigr. I, p. 39. — 8 Appian. Syriac. 58 ; Kckliel, Doctr. mtmorum. III, p. 320. — a Catéclies.. 13. — '0 Jl. ISi-ISS. — " llesiod. Theog. 887. Weil {Hev. iirc/iéol. 1870, p. 50-51) veut reconnaître dans le xpwTtpiiTtBov a'*.).* xipa-jvou la mention expresse du dieu Kéraunos; mais cjlte interiirétation est contestée par Preuner (Juhresber. ùber die yr. Mylhol. 1870-1J83, p. 133). — 12 Hymn. orph. .\IV, 9. — 13 Kérauuobolia, la personnification du lancement de la foudre, figurait sur un tableau d'Apelle avec Bronti^ et .\slra|ié (Plin. //ist. uni. XXXV, 90).

— l'> F. I.enormant, JUe. archèol. 1864, 49-51. Sur toutes ces épithètes, voy. RoicUcr, Mylh. lexic— ISUcsiod. TVieoj. 131-160, 501-505.

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restitué par Prométhée, qui était allé, suivant la version la plus ancienne', le reprendre h sa source, dans le Mosykhlos, volcan do Lemnos, où Homère- plaçait le séjour d'IIéphaistos; il l'avait rapporté dans une tige de narthex ou do férule'. Plus tard, les rôles furent intervertis : l'origine du feu terrestre fut reportée dans le ciel, oii Prométhée fut censé être allé le dérober, soit en allumant une torche au char du soleil, soit en faisant tomber la foudre sur terre '.

Mais si, dans colle légende, la foudre était considérée comme la source bienfaisante du feu terrestre et, par suite, de la vie et de la civilisation", elle paraissait d'ordinaire sous un aspect plus redoutable, comme l'instrument de la colère de Zeus. C'était grâce à la foudre que le dieu souverain avait établi sa suprématie dans l'Olympe et terrassé les Titans ''. Hésiode ' et après lui de nombreux poètes grecs et latins désignent la foudre comme un lrait(p£Xoi;, ^sXsixv&ç, 'Éy/oç, ôïsto;, lelum). Elle était forgée dans les dilTérents ateliers souterrains d'Héphaislos par les Cyclopes Brontès, Astrapès et Stéropès ^ Elle était portée à Zeus par Pégase, né de Neptune et de Méduse'; Zeus la conservait dans une tige de férule'". L'aigle avait pour mission de rapporter à Zeus les foudres lancées sur terre ".

Nous n'avons pas à discuter ici le sens des différents mythes où des divinités autres que Zeus sont en rapport avec la foudre ''. Il n'est guère de génie igné, solaire et même slellaire qui ne soit susceptible de rapports avec l'éclair, le tonnerre cl la foudre : les fables relatives à Athéna'^, à Héphaistos'", à Apollon '% à Dionysos'", à Hélios'", à Phoroneus'", à Typhon", aux Cabires, aux Dioscures -", aux Cyclopes-', aux Gorgones'-, confirment la parenté dans l'esprit des anciens, entre les phénomènes ignés de toute nature, célestes et volcaniques.

II. C'est surtout comme expression de la volonté de Zeus (A'.ocY,a;y.!) -' et comme présage que la foudre, les éclairs, le tonnerre et leurs effets ont tenu une grande place dans les préoccupations des anciens, au même titre que les autres prodiges pour eux connexes, tels que apparitions de bolides, chutes d'aérolilhes, éruptions volcaniques". Il y a à distinguer entre l'art d'interpréter les prodiges supérieurs (|xsTÉwj,a), qui constituait la divination météorologique, et celui d'en conjurer les eft'ets, qui relevait de la magie. Les pythagoriciens pensaient, à l'instar des Chaldéens, que la foudre et le tonnerre

1 Hcsiod. Tluog. ÔC7; Op. et liiiis. 32. — 2|Iom. /;. l,39i; OJys. Vlll, 283; Eullniaiin, Mosykidos. {Mus. des AUerlhumxwiss. I, p. 293-312). — 3 Hcsiod. Theoij . 507; Op. et dies. 52; Aesch;!. Prometh. 100; Apoltod. Bihl, I, 7, I ; Hjgiu. Astronom. 15; Fab. 1+4 ; Pliil. Hist. tint. VII, 30, 37. — V Scrv. in Virg. L'i/log. VI, 42. La foudre derrière rronii!'tliL^e, Guigniaut, Relig. de ta Grèce, pi. cLvri b, 601, 6.

— ^ A. Kuhu, Oie Hcrahlctmft des Fetters, 1839 ; GauJi-y, lieo. gennaniij. p. 338 ; Cornulus, De nat. deor. XVIIl, p. 97, XIX, p. 100 ; Ticti. in llesiod. Op. et dies, 32, p. 45. — 0 Hcsiod. Thcog. 501 sq. ; Apollod. I, i, {. — ^ llesiod. Thcog. 708, 8.53; Pindar. AV»i. X, 15; .Acsdiyl. Prom. 358, 917; Sept c. Tlieb. 235, 433, 513; So|ili. Tracliin. 1087 ; Arislopli. Av. 1714; Nonnus, Dionysiac. II, 470, 311 ; VI, 212. Sur KtpajvO; dc rnroïi, llôclie, voy. Pictot, Orig. indo-europ. I, p. 129i:ii1. 8 Hcsiod. Tlieog. 139-111; Apollon. Argon. 1. 730-73i; Virg. Aen. VIII, 424 sq.; C-illim. Ilymn. ad Pian. 40 sq. — 5 Hcsiod. l'/fog. 280, 280.

— 10 Nonn. [lionys. VII, 3i0. — H Manil. Astron. V, 431, 493. — 12 Voy. pour les nionumculs Winckotuiann, liist. de l'art, I, p. 149-150. Zeus et ses deux frères armés du foudre. Arch. Xeit. 1831, pl. wvii ; Uuruy, llisl. det Grecs. I, p. 237. Foudre dans la main de Junon (sépullurc de Melunl, Cirésy, Mémoires lus à la Sorboime, IS04, p. 84 ; cf. Virg. Aen. I, 42. — 13 Alliémi, lille de Bronleus. TiiUH. in Lycophr. Cassandr. 111. La foudre altribut de Minerve sur un scarahée, Bullet. dell Instit. 1861, p. 60. — !■• Dans llom. //. XVIII, 3*2, l'atelier dllcpliaislos est dans lOIympo. Voy. la foudre représciiléc sur des anses de rtVIiaud, à la lin dc l'article. — lii Apollon avec foudre, Guigniaut, Itetig. de la Gr. IV, pi. ci,n, 5S5a et surdos pierres gravées. Mus. Corlon. lav. ixvii ; Sopli. {Oed. rex, 470) montre Apollon armé

étaient les manifestations des puissances divines éparses dans l'atmosphère". Mais les spéculations des philosophes et les observations des prognostiques-'"' enlevèrent de bonne heure en Grèce à des phénomènes aussi fréquents leur caractère prodigieux, et aux esprits la foi superstitieuse en la vertu fatidique des 'jr^u.iîx ou <j-f|U.aTx^'. Il ne subsista que la terreur invincible des effets meurtriers du trait de Jupiter, perpétuelle menace de danger suspendue sur la vie des hommes et sur la durée des choses. L'art fulgural en Grèce resta dans l'enfance. Il n'y avait pas, semble-t-il, d'école de devins spéciaux pour l'inlerprélalion des foudres, ni un faisceau de traditions précises fondées sur un ensemble d'observations et de distinctions combinées dans le but de lire l'avenir des individus et des nations. Tout se réduisait à quelques règles générales. En principe, l'éclair et le tonnerre lïtaient les augures les plus forts, contre lesquels aucun autre présage ne prévalait-'. L'éclair marquait simplement l'assentiment ou la désapprobation du dieu à l'égard d'une entreprise projetée, selon qu'il se produisait sur la droite ou sur la gauche. L'éclair qui luit à leur droite est de bon augure pour les Grecs au moment de s'embarquer pour Troio -'' ; il est interprété de même par Hector et les Troyens l'ivoîi-.z çv^uLara)'". Les Grecs ne semblent pas avoir attaché d'importance, au point de vue divinatoire, à la couleur et à la forme des éclairs, bien qu'ils en eussent, comme on le verra plus loin, distingué différentes espèces^'. L'apparition des éclairs dans un ciel serein était considérée comme un heureux présage '-. Nombre de villes soutenaient qu'une semblable augure avait présidé à leur fondation". Les marins attribuaient aussi une vertu protectrice aux flammes du feu Saint-Elme, considéré comme les étoiles des Dioscures de Samothrace ^'•, et comme précurseur du beau temps après l'orage. Le feu d'Hélène était au contraire de mauvaise augure^'', sauf dans Euripide, qui l'associe à l'influence bienfaisante des Dioscures '°. A Athènes, le collège des Pylhaïstes était chargé d'observer, de l'autel de Zeus Astrapaios, l'apparition de l'éclair qui devait donner le signal du départ à la théorie sacrée de Delphes^''. Quand le tonnerre ou d'autres A'.07-/',a''ai se produisait pendant une assemblée ou une conférence, les délibérations étaient suspendues, et les eségèles [exegetae] chargés de l'interprétation du prodige '*. A Sparte, les éphores, tous les neuf ans, devaient passer

de la foudre. Le trait dont il se servit pour tuer les t^yelopes fut changé en étoile (Arat. Phaen. 311 ; Hyg. Astron. Il, 13, 3). — "> Dionysos GroDta|>ais; Diod. Sic. IV, 5; Dio Clirys. Oral. XXVII, p. 527 — •" Li foudre rayon solaire d'après Empédoclc {Carmina, Anist. 1836, p. +36 sq.) ; Wiescler, Bull, dell Insl. 1852. p. 184. Le lion, symbole solaire, avec le foudre : Lajard, Culte de Vénus, V, 6.

— 18 Hercule fulminant sur une médaille de Hércunius Elruscus. Mionnct, H, p. 585; Off. MûIIer. Etrusker, II 2, p. 168. — 19 Foudres vomies par Typiiocus, .Non. Dior. I, 299-309, VIH, 326. — 20 Sur les étoiles des Dioscures. de Samothrace, voy. plus bas. — 21 Les Cyclopes sont des génies de l'éclair et du tonnerre, comme l'indiquenl leurs noms. Plierccjd. ap. Scliol. in Eurip. Alcest. 1. — ~ S\x, De Gorgone, Amstel. 1885; Kosclicr, Go-gonen; Id. Lex. der Myth. s. v. — 23 Suid. Aio7r,;A:'«: ; Joli. Lyd. Osleut. + (Bekker). — S' Voy. dbookiji. — 23 LyJ. O. l. 21, p. iO».

— 26 CIcni. Alei. Strom. 1, p. 15; Bouclié-Lcclcrcq. Ilist. de la dicinalion. I. p. 199. Voy. DiviNATio. — 27 Voy. les idées de Socrate à ce sujet, Xcnopl». Meinor. IV, 3, 1 4 : 8, 6; cf. Grcg. Nai. Or. X.XVIII, p. 319. — 2S Xcnoph. Socr. 12. — 2J Hom. /(.H. Î53.

— 30/6,'ii.IV,230; cf. Pioà.Pylli. IV, 23 : Eurip. /*/io,;iii>. 1189. Dans Pauianias, IV. 21, 7, les éclairs qui éclatent aux yeux des Messéiiiens à droite des l.acédémoniens sont interprétés par le devin Ilécas comme un atVîv ffT.;*£;<i>. Voy. aussi XcDOpti. Anah. III, 1 ; Polyacuos. Sti-atag. I, 12, 32. — 31 Arislol. .Veleor. li, 9, S. — 32 Hom. Odyss. XX, 103.104, 113-114; Herod. 111, 86. — 33 Appiau. Syriac. 33. — 3i H;m. Nom. XXXH ; Diod Sic. IV, 43 ; Max. T\r. Diss. XV; Plutarch. Lysand. li; Ilcsych. iii:»»»o„f«i. — 3i Solin. I,p. +. — 35 Hel. lOSt; Or. 1633, 1706. — S7 Slrab. LX. 2. Il ; Eurip. /ou. 298. — 3'.\risloph. Acharn. 170; .Vii6. 579;Thucyd. V, 43.

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une nuit claire et sans lune à guetter le ciel; s'ils apercevaient un bolide, ils pouvaient suspendre et mettre en accusation les rois'.

Dans la plupart des cas, comme dans celui de Phidias, qui, ayant demandé à Zeus s'il était content de sa statue, était censé avoir vu tomber la foudre en signe d'approbation-, on sollicitait la divinité de se prononcer par oui ou par non. D'une manière générale, le coup de foudre était considéré comme une marque de bienveillance'. Cyrus le Jeune voit en songe la foudre tomber sur la maison paternelle; il juge le songe favorable, puisque la lumière de Zeus lui était apparue au milieu de ses peines et de ses soucis. Les individus qu'elle touchait sans les tuer passaient pour les favoris des dieux'*. Le feu céleste qui frappe les tombeaux de Lycurgue, d'Euripide, et les statues de l'athlète Euthimos, à Locres et à Olympie °, est également pris en bonne part, comme un témoignage honorifique. Même quand il tue ou détruit, c'est toujours au profit de quelqu'un '', ne fût-ce que de la justice et de la piété, violées par des attentats ou des sacrilèges''.

Si le génie raisonneur et naturellement optimiste des Grecs s'est dérobé aux subtilités de l'exégèse fulgurale, il n'était guère plus inventif en matière de préservatifs contre la foudre. Les seuls propliylactiques dont les Grecs aient usé consistaient en incantations ou en amulettes, que la crédulité du vulgaire demandait aux charlatans '. Le centaure Chiron avait, disait-on, recommandé de crucifier sur les purtes des fermes des oiseaux de nuit. Le fer, les clous, les peaux de phoque, d'hippopotame, d'hyène, les feuilles de laurier, de figuier et d'autres arbres qu'on croyait respectés de la foudre, les morceaux de corail, la pierre cêrauma passaient pour éloigner le trait de Zeus'.

Les lieux frappés par le météore (tô-o; zEpajvo-X/,;) étaient l'objet d'une terreur superliticuse qui les rendait sacrés (Aiô; ispôv). On croyait que Zeus se les était consacrés en y descendant et qu'il y était toujours présent'". Aussi étaient-ils transformés en xo-jtiz ou aSara ou àia'jTTa". A Olympie, la maison d'UEnomaos, brûlée par la foudre, fut remplacée par un autel deZeusKéraunios'-, et tout près de là, l'autel de Zeus Kataibatès était entouré d'une barrière ". En Grèce, comme en Italie, la religion exigeait de transformer en lieux clos (îvT,X'jî7ia, ÈiAopovTxTî:, xîpx'jvoSoÀ'.a, xîpz'jvoo).Ypa), les endroits où la foudre était tombée'''. Artémidore rend irJ.rr^ixyi les endroits acYiaa, à cause des autels que l'on y élève et des sacrifices que l'on y offre à la divinité '^ ; mais on ignore de quels rites était accompagnée la consécration des âvvjXûcia à Zeus Kataibatès ou Zeus Kéraunios ""'.

Quant aux cadavres dos foudroyés, ils étaient sacrés ;

1 riuU Aijis. 11, — 2 paiis. V, 11,4. — 3 Xen. Anah. III, 1, D'après Virgile, par le toinierro, Jupiter ratifiait les traités, Aen. XII, 200, — '* l'Iut. Quaest. coiwiv, IV, 2, 3.— S Plut. /.yc. .31: AiUhol. Palal. VII, 49:r'iin. VII, 152. - C Herod. VII, 42;

VIII, 37; Diod. Sic. XI, li; .\cnoph. Hfllen. I, 3. 1 ; IV, 7, 7; Pausan. III, 5, 8;

IX, 23, 7. — 7 AUicn. XII, S3, p. 522 F; llcrod. V, 83; Diod. Sic. XVI, C3. — 8 Sur les incantations des sorciôros lliessaliennes pour disposer du tonnerre, v. Lucan. Pliars. VI, 467 et sur la conjuration du feu d'Hnthte par les femmes, Solin. I, 4.

— 9 Plut. Quaest. coin-iv. IV, 2, o ; V, 9, 14; Ompon. I, 10, p. 06 ; I.yd. De mens. III, 52; IV, 90; Plin. XXXVII. SI; Solin. 23. — lo Pollux. X, 41.

— 11 Ktym. Magn. ■Kvr,"/.;».n; 341,5; 428,30; llcRycli. •H5.g,i.,ï. 12 Pans, V, 1 i. 7 cl 10. Etym. Magn. Kr/TasôiTr,;. Scliol. Aristopli. Pa.v, 42. — 13 cf. I.yroplir. Akxamli: 13701371 ; Atlien. XII, 23, p. a22F. — l'> Plut. Pi/rrlms, 29. — 1» Arlemid. H, 8. — Ifi l'Uym. Ma;»!». 341. 10 ; ivr./.j-ri'/. Exemples ilc seniblaldes expro- ]]rialions au profit de la divinité ; la .maison de l'arcliitecle Agathoclùs à Syr.icuse (Diod. Frai/.V, 17) ; leTliulamos de Séni:l6, àTlièbcs. (liurip. floccA. (!) ; — Pausan. I

on devait, selon Euripide, les enterrer à part, ou, suivant d'autres, les recouvrir de terre,au lieu même oti ils avaient été frappés, sans qu'il fût permis de les ensevelir dans une fosse. D'après Lucain, Artémidore d'Éphèse et saint Cyrille de Jérusalem, on leur rendait un culte et des honneurs divins ''.

m. En Italie, l'art fulgural était le monopole incontesté des Etrusques. La compétence hors pair do ce peuple dans l'exégèse des foudres reléguait dans l'ombre la science des augures romains, des astrologues orientaux, chaldéens, arméniens et égyptiens '^ Les Romains, en peuple plus politi([ue que philosophe, comprirent le parti qu'ils pouvaient tirer de cette réputation pour le gouvernement desafl'aires publiques. Tandis qu'en Grèce le rationalisme avait de bonne heure tué l'art de deviner l'avenir par les phénomènes naturels, à Rome, la politique s'appliqua à enrayer la décadence de l'haruspicine étrusque '".

Les ftilQwatores'-" faisaient remonter au héros Tagès leur science divinatoire. C'était lui qui avait révélé à Tarchon les livres fulguraux (Hbri fulgurales), sorte de colloque où les questions étaient en vieux latin et les réponses en étrusque-'. Le reste de la .doctrine était exposé dans les Hbri lonilntales, ariispicini, rilunks--. A l'instigation du sénat, les secrets de l'haruspicine étaient soigneusement conservés dans certaines familles : il y avait des écoles d'exégèse fulgurale à Paierie, à Caeré, à Tusculum -^ Les Étrusques avaient observé avec minutie, de temps immémorial, les variétés de la foudre, les circonstances de sa chute, son point de départ dans le ciel, sa direction oblique ou verticale et son retour. Ils se disaient en mesure d'en retirer la connaissance des intentions et des infiuences dont chaque espèce de foudre était l'expression (manubiae)., suivant la planète ou la divinité dont elle était censée émaner, et de conjurer ces intluences, quand elles étaient néfastes, par des cérémonies expiatoires-'*. Mais ils n'avaient guère rélléclii aux causes physiques de ces phénomènes. Tout au plus admettaient-ils certaines causes secondes, découvertes par les philosophes, telles que le choc des nuages, mais pour les attribuer à l'intervention et à la volonté particulière de tel ou tel dieu, ce qui ne changeait en rien leur point de vue superstitieux-'.

Les opérations de l'art fulgural, d'après Caecina cité par Sénèque, étaient de trois sortes : 1" la conmllatio ou explorai io., c'est-à-dire, l'observation des mamdnac et leur classification; 2° Vinlerprelalio, la détermination de leur caractère, favorable riu non, et de leur sens fatidique; 3° Vcxoratio, c'est-à-dire la conjuration de leurs effets-*.

1° Vobsaroaiio comprenait l'examen attentif de l'éclair (fulgur, fidfjrlriim'), du tonnerre [ioniiru) et du coup de foudre [fulmen) et l'identification de ces maniihinc avec

V, 23, i.) Les Athéniens, ayant [lar excès de flatterie, décerné à Démétrius Poliorcète le titre de Zens Kataibatès, transformèrent en adyton avec autel l'endroit où il avait posé le pied en descendant de cheval. (Plut. Di'mfti: 10.) — n Knrip. Siifipl. 930; nul.fjKnest. coiwii\ IV, 2, 3 ; l.uc. Pfiars. Vlll, 803 ; Arleniiil. Oiieir. II, 9 ; Cyrill. Citli'ch. 13; cf. l'auteur des Jleco!)niliuiies, IV, 27-29. — 18 Cic. Dii-iii. I, 12; II, 33; A. Cell. IV, 5; l.ucan. I, 384; Tac. Ami. XI, iS; Juvcn. VI, 518. — iy Sur la situation des harns|)ices à Rome, voy. IJouclié-l.eclerrq, flist, dp la fliviiiat. IV, p. 100 sq. ; Maiiucl tVantiq. rom. p. 550; Ot. Millier, Die Etniskei', |.|9o et l'art. uARUsnCKS. — 20 Haruspex ftilguriator (Orelli, 230II, fidfjerator (Non. p. 45), fiilgm-ator (Sil. Ital. Punie. VIII, 479). — 21 l.yd. Ostait. 3, p. 275- 276; Cic. Z>e (/l'oin. Il, 33. —iïlbid.; Amm. Marc. XVIIl, 7, 10. — 21 Liv. V, 27;

VI, 25; IX, 36. — 21 Cic. Divin. I, 41. 42 ; II, IS, 19; Senoc. Kat. quaest. II, 32- 39, 41, 47-50; Plin. II, 52-51 ; l.yd. 0.v/e>if. 21-58 ; Pest. .ç. v.: mannhiae, pcremp- Uilia. — 2i Scnoc. ,Yn(. quaest. II, 32, 2. — 20 //„',;. Il, il ; Surv. .id .\,'n. I, 234; VIII, 430.

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lolle ou U'.Utj divinit(^ donl rinflutincc (Hait connue cnininc; bonne ou mauvaise. F^os Ktrusiiuus dislin^'uaienl trois foudres diverses, attribuées à Jupiter, et une nocturne, attribuée à Sumrnanus '. Les autres divinités fulgurantes, reconnues par les liaruspices, étaient au nombre de sept : Junon, Minerve, Mars, Vulcain, Saturne, Védius ou le Jupiter néfaste, (b)nt les manubiae étaient déclarées cxsecrahil-s-, plus une inconnue. Les indices qui pernieltaient d'identilier les nianidnae rX leur auteur, étaient: 1° la région du Icmplum céleste. Certains attribuaient;! Jupitork'S foudresdes trois premières ri'gions''; — 2° le moment et la saison. Les foudres du jour venaient de Jupiter, celles de la nuit de Sumrnanus, celles du crépuscule et de l'aube leur appartenaient en commun [proviirsa fubjura). L'équinoxe de printemps était l'époque de Minerve, l'hiver celle de Saturne ' ; — 3° la couleur. Le rouge vif caractérisait la foudre de Jupiter, le rouge sombre celle do Mars, le blanc celle de Minerve, le fuligineux celle de Saturne^; — 4° les effets. 11 y avait les foudres inofTensives et simplement comminatoires, que Jupiter pouvait dépêcher à son gré ; les foudres brisantes et explosives, pour lesquelles il devait consulter les dii consentes ou dieux assesseurs , les foudres incendiaires, dont l'émission ne pouvait se faire que sur l'avis des grands dieux cachés ou du involuit. Chacune de ces espèces se subdivisait en une inlinité de variétés secondaires : foudres qui percent sans briser, qui noircissent, qui consument, qui décolorent, qui colorent, etc.''. 2° L'inlerpretatio des présages fulguraux, au point de vue fatidique, reposait : 1° sur l'intention de l'observateur : foudre conseillère [fulmcn consiliariian), confirmative (/■. au'Uoritalls), monitoire /. monitoruim), etc. ; 2° sur la qualité du lieu touché, suivant qu'il était public ou privé: foudre à l'adresse du prince, du général, delà cilé tout entière, etc. ; 3" sur l'objet de la consultation : leçon concernant le passé, foudres prescriptives ou péremptoires {/lereMplalia), conlirmatives; — ou bien, pronostic pour l'avenir".

Il serait oiseux autant qu'impossible de condenser en un système le fatras des distinctions que les auteurs nous ont transmises. La doctrine toscane a subi des retouches à mainte reprise' : le fond primitif s'est trouvé disloqué par les réformes des siniplilicateurs, comme Nigidius, Figulus et noyé par les additions hétéroclites des compilateurs, comme Jean de Lydie.

3° h'xoratio. Cette partie comprenait les praticjues destinées à réparer les effets passés de la foudre comme à en conjurer les efïets à venir, à la fois par une purilicntion liturgique des lieux touchés et par l'oifrande d'un sacrifice à l'auteur du présage. L'ensemble de ces opérations est désigné par les termes d'exoralio, de procuratio ou d'expiaiio, souvent employés comme synonymes ^ La procuralio devait être appliquée à tous les prodiges par les pontifes romains. Mais, pour la conjuration des fou-

1 Paul. Uiac. .1. V. Dium fulgur ; Flin. //. nnl. U, ni; Augusliii. Civ. Dei, IV, 23; Fesl. s. V. I'ro\orsum fiilgur. — - l'Un. l. t. ; Scrv. ad Aen. 1, M ; Boucliél.cclorcq, liist. de ta divin, IV, p. 37, n. 1. — 'i Acron. ad llorat. Carm. I, 2, 2.

— ' Sorv. ad Am. XI, 230; Plin. 11, l.lil. — s Acron. (. /. ; Clauil. Rafit. Proserp. Il, 229; Teilull. A' pallio, 2; Apolog. .iO ; Obscijucns, 112 — 6 Scucc. .Vo(. quacsi. Il, il ; [Min. 11, I3S ; Scrv. ad Aen. 1, 230; 11,040 ; Vlll,609 ; Georg. 1, 332. — 7 BoucluVLeclcrcq, Hist. de ta divinat. IV, p. 43 sq. — 8 Seucc. iVrt/. quaest. Il, ^0. — 0 Foslus s. u. Procuralioiics, Procurare, porter rcmOiic : exoratv, conjvircr par îles priiVcs; e.rpîa''e, expier (par nn sacrifice) le pri^sag;e.

— I» A. Gell. IV. 5. — Il l-Vslus s. i: Fiilpurilum. — '2 Plin. H, 140 ; l.yd Oslenl. 45, — 13 Uescriptiou d'une procuratio par l'haruspice Aruns au diJbuL de la guun c

dres {prociti-afio fulfjuriloriim), le collège s'en déchargeait sur les haruspices étrusques, seuls (|ualifiés pour procéder suivant les prescriptions du rituel toscan'", dont le prestige était bien plus considérable dans l'opinion publique que le rituel romain. D'abord, on règle générale, les atteintes de la foudre n'étaient pas considérées par les Romains avec autant d'optimisme que par les Grecs. Tous les endroits touchés par elle (fidguriium] devenaient sacrés [fidrjur sacrum et inviolables, suivant la tradition grecque". Us appartenaient à la divinité. Mais il fallait d'abord en (exorciser les influences néfastes que le météore avait aijporli'es dans sa chute. C'était l'objet d'une première formalité, l'enterrement des foudres (fulmen condere). Les fulguralores s'acquittaient de cet office. Il était admis par les livres fulguraux que la foudre ne pénétrait pas à plus de cinq pieds sous terre''. Les liaruspices ramassaient dispersas fulminis ifjnes, dit Lucain '^ c'est-à-dire les traces du passage de la foudre, les débris des objets à demi consumés par elle, parmi les- (juels, d'après la croyance accréditée, se trouvaient les restes mêmes du trait céleste sous forme de pierre". Puis il les enterraient avec des chants funèbres et les recouvraient d'un petit tertre dallé ou gazonné'^ L'endroit était entouré d'une margelle [puteal]. On s'imaginait ainsi avoir enterré la foudre elle-même ifulgnr condilum) et l'avoir rendue inoffensive. Un sacrifice de brebis [bidens] apaisait la divinité, d'où le nom [bidemal] souvent donné au puteal. li'après Ammien Marcellin", les livres fulguraux exigeaient que les lieux frappés par la foudre fussent dérobés au regard et ne pussent être foulés aux pieds. Les sources qui étaient censées jaillir à la suite d'un coup de foudre étaient aussi enfermées dans un puteal couvert ''. Mais il devait toujours subsister une ouverture [foramen aperlum) qui mit l'endroit consacré en communication avec le ciel ". C'est pourquoi le temple de Jupiter- Fulgur, cité par Vilruve, est hypèthre et sub divo constitutum'''. Les objets frappés par la foudre en lieux clos devaient être transportés à ciel ouvert, avec certaines invocations-". Mais on ne pouvait déplacer un puteal^'.

Ce rite toscan ^^ de ïexoralio était plus compliqué et réputé plus efficace que le rudimontaire sacrifice expiatoire enseigné, d'après la légende romaine, à Numa par la nymphe Égérie ou par les faunes Picus et Faunus, et qui consistait dans l'offrande à Jupiter Elicius d'une tète d'oignon, de cheveux et d'un poisson".

Des rites analogues étaient célébrés quand la foudre avait tué un homme. Les haruspices ramassaient les membres de la victime -'% les enterraient sur le lieu même, mais sans lui accorder \es jusla obseijuia-', et la tombe était sacrée comme un bidental". Quand un homme était frappé dans le cirque, où l'érection d'un bidenlal eût été fort gênante, on obtenait un oracle qui autorisait son transport au dehors ^".

civile, Lucan. Phars. I, 00 sq. ; cf. Juvcu. VI, 537 el scliol. Pcrs. Sal. Il, î".

— U Scliol. Pcrs. Il, 30 ; Plin. XX.VVII, ol. Ou croyait aussi que la foudre laissait après elle des obJeU métalliques, haches, lames de fer, fragments d'airaio (Plia. XXXVU.ôl).— ir. Lucan. V11I,S04.— 16 Aniin, Marc. 23.— •■Hesvch. î. r. -Evr,'»;»-.»;.

— 18 Fcsius, s. V. Scrihonianum ; EcWhoI, JJocl. num. 130. 302. — " Vilniv. I. 2, 5.

— 20 A. Gell. IV, 5. — 21 llorat. Ars pocl. ITi. Î2 Les Étrusques disaient le tenir de lan\mphe Bu^f^oiîou Végoia(Serv.aii .Afn. VI, 72).— Si Valcr. Aat. ap. Amob. Adv. genl. V, p. 134-1 53 ; Plut. -Vimin, 15; Ovid. Fasl. III, 2S0 sq. — SVScncc. Ctrnu-nl. I, 7. — 25 Fcst. t. v. Occisum. — S6 Ovid. Trisl. III, 5, 7; Sencc. De ir,i. 11, 23 ; Pcrs. Sal. 11, 27 ; Lactanl. in Stal. Thei. X, ad fin. — 2' Fcst. s. v. Slalui.

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Les arbores fulguritae élaient réputés funestes et exigeaient une cxpiatio. On les entourait d'un puteal, comme le ficus Rutninalis ; on attachait à leurs branches des bandelettes, et les slrufertarii^ déposaient près d'eux des gâteaux [fircta, strues) avec des formules propitiatoires à Jupiter'. S'il faisait partie d'un bois sacré, on remplaçait l'arbre avec force purifications ^ [arbores saciiae].

En dehors de leurs attributions divinatoires, presque officielles, la crédulité populaire voyait aussi dans les haruspices toscans des mages en possession de talismans contre la foudre. Sur ce point, ils ne paraissent pas avoir été mieux pourvus que les thaumaturges grecs. Tarchon, l'initié de Tagés, protégeait ses biens de la foudre en les entourant de vigne blanche "", et Tagès employait dans le même dessein une tête d'âne. Certains sacrifices passaient pour avoir la même vertu contre la foudre. Se cacher dans des souterrains ou des grottes, tenir à la main la pierre de foudre [cerauniaY et les amulettes en usage chez les Grecs, telles étaient les précautions préconisées chez les Romains ".

La question de savoir si les Étrusques s'attribuaient réellement le pouvoir d'attirer la foudre [eluere fulmen) a été discutée. Nous ne voulons pas parler des hypothèses de certains savants modernes qui ont dépassé sur ce point la crédulité antique en reconnaissant aux haruspices toscans le mérite d'avoir devancé Franklin". Mais on .peut se demander si le culte de Jupiter Elicius ne comportait pas certaines pratiques destinées à faire croire au vulgaire que les Étrusques étaient maîtres de faire descendre à leur appel le présage désiré ou d'attirer sur l'ennemi les feux de Jupiter. Quelques anciens l'ont affirmé, entre autres Tile-Live*, Pline' et Servius'". La légende contait que TuUus Hostilius avait été victime de celte tentative mal exécutée ". Mais il se peut que les anciens eux-mêmes aient confondu lart d'évoquer certaines divinités, entre autres Jupiter Elicius, que Numa avait su forcer à comparaître devant lui '-, avec un pouvoir supposé de provoquer la foudre. Quand les formalités rituelles de l'évocation élaient insuffisantes, le dieu se vengeait sur l'expérimentateur indiscret et maladroit : tel fut le cas de ïuUus Hoslilius ". Il est, de fait, probable que les haruspices se disaient être en mesure d'annoncer l'apparition de l'éclair et du tonnerre, et même de l'obtenir par leurs prières, comme Pline l'a constaté ''. La superstition populaire avait exagéré leurs prétentions miraculeuses : rien n'était plus facile que de les embarrasser en les sommant de justifier leurs promesses par des résultats immédiats, comme fit le pape Innocent en /t08'^ Mais la croyance contraire n'était pas moins répandue, comme l'attestait le proverbe : « 11 n'est pas possible de s'approprier la

1 Fest. s. «. Strufertarios et Firclum. — 2 piin. XV, 77 ; Paul Diac. s. v. Strurerlarios; Scrv. ad Aen. X, 423. — -^ Acta l'ratr. Arval. 221, 4. — '* Colum. De re rialic. X, 344 sq. — S piin. XXXVII. 9. — 6 Solio. c. 23; Scncc. Nal. qunesl. VI, 1, C; Sud. Tib. 09; Oclav. 90; Califi. 5; Plin. X, 3. — 7 Th. H. Marlln (La foudre, l'élcctrir.ité et le maf/nctisme citez tes anciens, 1866, p. 293 sq.) a fait justice des tlit^'ories électriques de Scliwciggcr (Ucber die ûUi'Stc Physik, Jahrbuch der Chemie u. Pliijsih, Nuremberg, 1821-23), do Fischer {Deilrdi/e zur Urgeschichte der Physi/c, Nordhauscn, 183S), de Salverte (5c. oc- C'illes, p. 398). d'Idclcr (m Arist. MctcoroL II, p. 240), d'Arago, do J. J. Ainp6re et autres. — 8 I, 19. — 9 11, 53; XXVIII, 2. — W In licloq.Vl, 42; in Aen. XII, 200. — Il I,. Pison. ap. Plin. II, 53. — 12 Valer. Ant. ap, Arnob. Adv, Gent. V, p. 15i. — 13 Sencc. Nal. quaest. Il, 49. — H II, 140. - 16 Zozim. V, 41. — I6 Macrob. Saturn. V, 3. — " Aen. VI, 590. — 18 Cic. Diiiin. II, 12-32; Colum. I, 8 sq. ^ 1» Aslron. I, lOi sq. — M Virg. Aen. II, 619 ; Liv. XXVIII, 23; Ovid Pontic.

foudre de Jupiter'^» elle non imilahile fulmen de Virgile".

IV. Aux idées religieuses des anciens sur la foudre se rattachent étroitement les spéculations qu'elles ont inspirées aux philosophes. Le débat entre la mythologie et la science se termine en Grèce par la victoire du rationalisme. A Rome, les esprits éclairés comme Caton et Cicêron " ne croyaient plus à la valeur intrinsèque de riiaruspicine toscane ; ils ne la soulenaicnt que comme un procédé de gouvernement. C'est pourquoi Manilius " a pu dire que la science avait enlevé à Jupiter la foudre et le tonnerre pour en rendre le bruit aux vents et la flamme aux nuées : cripuUque Jovi fulmen vircsque ionandi. Il n'en est pas moins vrai (pie certaines théories sur ce sujet n'étaient que la ])araplirase des mythes antérieurs, parce qu'en cette matière la croyance et la philosophie étaient établies sur le même fond d'observations.

Dans les hypothèses des anciens sur les phénomènes de la foudre sont distingués plusieurs éléments : 1° l'éclair, tantôt simple sillon lumineux des hautes régions atmosphériques, tantôt foudre quand il tombe à terre;

— 2° le tonnerre ou bruit qui accompagne l'éclair; — 3° le souffle de la foudre : fnlminis afflari ventis^"; — 4" le choc et la rupture des nuages, cause de l'apparition de l'éclair.

Les philosophes, comme les devins, distinguaient plusieurs cas dans la production de ces phénomènes : l» les éclairs sans tonnerre et les tonnerres sans éclairs-' ; — 2° éclairs, tonnerre et foudre sans nuages --, cas exceptionnel nié par Aristote-' et Lucrèce-', confirmé par Cicêron" et Pline" ; — 3° les éclairs volcaniques, non suivis de foudre, que la fable attribuait au souffle impuissant de Typhoée -''; — 4° les éclairs dus au passage des bolides ou il la chute des aérolithes, parfois accompagnés de détonation -*. (3n les confondait souvent avec la foudre; les dél)ris des aérolithes étaient qualifiés de pierre de foudre (xepauvîa). On croyait aussi que la foudre laissait un déchet de soufre-' ou se transformait en pierres^". La même origine était attribuée aux silex taillés et aux pierres polies de l'âge néolithique, ainsi qu'aux bélyles [baetyua]. De là, à admettre avec la foudre la chute d'objets tels que fragments de bois, d'airain, d'armes, fers de hache, boucliers, etc., il n'y avait qu'un pas bientôt franchi par la superstition " ; — o" les foudres issues de terre et rampantes [fulmina alterranea) '^ qui se produisent en lieu clos {quae in incluso fiunl).

De même pour le tonnerre, Arislole^^ et Sénèque ^'' admettent des variétés : 1° le fracas {fragor) qui suit la foudre; 2° le roulement [murmur) (]ui accompagne les éclairs simples.

Sous le rapport de la couleur et de la forme, les Grecs discernaient trois sortes d'éclairs: 1" ràpy-iî; [clarum fulmen) ■''', éclair mince et blanc; 2° le >]/o).oyjç '^ [fulmen humidum) ou éclair rouge, fumeux et diiTus; 3° l'a'iY'ç '',

m, 6, 17; Scncc. Nat. quaesl. Il, 40 ; Plin. II, B4. — 21 Arist. Mcleor. Il, 9, 8; Sencc. Nat. quaest. II, 21 ; Arleniid. Oneir. II, 8; Plin. Il, 55. — 22 Anaximand. ap. Scncc. O. (. I, 1, 13 ; II, 18. — 23 Meteor. II, 9, 13. — 2V Luc. VI, 97, 399.

— 25 Dioin. I, 11. — 26 II, 51. — 27 Nonn. Dion. I, 299-3119; VIII, 326. — 28 Plut. /.jjs. 12; Dio Cass. XL, 47; Sencc. O. l. II. 53. — 29 Philo Jud. Abraham, p. 370 A; Nemcsius, Nal. Iiom. V, p. 135.— 30Schol. Pcrs. Il, 27. Voy. plus haut, p. 13.Ï5, note 14. — 31 Athen. XII, 21, p. 528 ; Pausan. IX, 12, 3; Ovid. fast. III, 368 ; Plin. XXXVII, 9; Philopon. In l'rocl. ari). X, 3; Suet. Galba, 8. — 32 Senec. 0. l. Il, 49. — 33 Meteor. Il, 9, 7. — 3k 0. /. Il, 27. — 3U Hom. Jl. VIII, 133 ; Aristoph. Av. 1747; Plin. Il, 51 ; Arrian. ap. Slob. Ed. pays. 1, 30, p. 006 606.

— 3'; Hom. Odyss. XXllI, 330; XXIV, 539; Hesiod. Theoi/. 515; Arislot. .1/rtwr. III, 1, 9, 10; Pseudo Arist. De miindo, IV, p. 3M; l.yd. De mens. III, 52; IV. 96; Ostent. 41. — 31 Arist. Mele.or. II, 9, i; De mundo, IV, p. 393 ; Scncc. O, L 11, 40; Arriun, l. l.

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fiihmn siccmn, ou foudre en globe. — Sous le rapport de kl direction : i" les éclairs verticaux, ny.-r^TiT'J^, xïTaiSâTY,!; ' et obliques; — 2° les éclairs en '/.igzag, É'Xtxe; ou éX'.xiat y.spauvoî^. Eschyle l'appelle frùi';, fio^Tpuxoç, crispiculans; — 3" 1(!S éclairs doubles'. Les épithètes tri/idiim, Irisulcuni fiilmm, employées par les poètes, ne se rapportent pas à une catégorie d'éclairs observés expérimentalement, mais au symbole du foudre trifide popularisé par l'art (voy. plus loin, § v) ; — 4° la trombe enllanimée ', itpYidT/iO, •jircsler °.

On pensait généralement que la foudre remontait à son point d(ï départ, verticalement si l'éclair avait été vertical, obliquement s'il avait été oblique, et suivant un angle de réflexion égal à l'angle d'incidence ". Elle l'amassait ses feux épars et causait non moins de dégâts en s'en allant qu'en tombant '. Elle pouvait pénétrer à travers les murs dans un lieu clos*. On avait aussi constaté le pouvoir que possède la foudre de déplacer les objets' et de les projeter au loin. Sur ses ravages, tantôt imperceptibles, tantôt violents, sur ses facultés de perforation et de brisement, les physiciens s'accordaient avec les Étrusques, mais ceux-ci concluaient de la diversité des effets à celle des causes efficientes '". Son action sur l>s liquides était celle d'un poison", mais favorable il la végétation *-.

Quelques-uns soutenaient que les cadavres des foudroyés étaient incorruptibles ". Les effets stupéfiants de la foudre sur les per.-^onnes étaient observés", ainsi que la nature bizarre de ses coups et de ses blessures '% dont les gens endormis passaient pour être exempts'".

Th. H. Martin" ramène à quatre classes les hypothèses des anciens sur l'origine du feu céleste : 1° La foudre est un gaz (TcvEuixa, spiritiis) contenu dans les nuages et qui s'enflamme par l'effet de la compression, du frottement et du choc. C'était la théorie d'Anaximandre ", d'Anaximène '^ d'Heraclite-", de Métrodore de Chio'-', d'Aristote", de Posidonius^^ de Sénèque^', de l'iine ^', d'Arrien^". Ce gaz est le produit de Vexhalaison sikhc de la terre", théorie qui est déjà contenue dans le mythe des Cyclopes, de Promélhée, de Typhoë et de l'origine volcanique de la foudre. Quelques-uns le faisaient venir de Vexhalaison hiivMf;'^ qui constituait la substance même des nuages, conception déjà exprimée par le mythe de Pégase, être aquatique, portant la foudre à Jupiter -'. — 2° Le feu céleste est une fraction du feu cosmique épars dans tout l'atmosphère, et qui se condense dans les nuages à la suite du vide produit par leurs chocs et leurs frottements; il s'en échappe alors avec violence, comme l'étincelle qui jaillit de deux pierres"". — .'i° Le feu céleste dérive d'un feu supérieur, accumulé dans les nuages, soit celui des rayons solaires,

1 Arist. MeAmr. Il, S, 8; Demutuh, IV. 305; Sciiec, Quaest. nat. 58. 3. — 2 Arist. Ihid. ; l.jd. rislenl. 441. — 3 Aescli. Piom. 1043 ; Cic. Topic. 16. — t Arrian. /. /.

— £j Hcsioil. 7'lteng. Sia; f/ijm. orp/t. ,\LVII, j ; llerod. Vil, 45; Xeiiopli. I/ellen. , 7, 1 ; Slrab. XIII, 4, 11; Aiislot. Atelror. III, I, 8 ; Hcraclil. a|.. Slob. p. 504.

— 0 An-, ap. Slob. Kcl. phys. I, 30, p. 008. — ^ l.ucaii. I, 151-157. — 8 |.,icr. I, 400; VI, iii7-383. — 9 Serv. ad Am. I, 4C-i9. — 10 Arisl. Meleoi: III, I, 9-11 ; Lucr. VI, m sq. ; Scnec. O. t. Il, 21 ; 11, 40 ; [Min. Il, 51 sq. — il Scnoc. 0. l. 11. 31, Si; Allicn. Il, 15, p. 42. — 12 l'Iul. OtC'es'. conviv. IV, 2 j Çiiaest. pliys. 4.

— l;i Plul. Qiiaesl. conv. IV, 2,3 ; I.jd. Df mens. III, 52. — " Scnec. O. /. Il, 27; Xen. llellm. IV, 7, 7; Pollnx, 1, 117, 3; Cols. III, 26. — IS Philostr. Sophis. I. 21, 2 ; Plut. Quaest. cotw. I, 6, 2 ; Tbco Sinj rn. Arillim. 34. — 10 Plul. (Jiiaesl. conv. V, 2, 3, 4 ; Plin. Il, 54. — " La foudre, clo. p. 244, — 18 Si-ncc. O. I. II, 18 ; Slob. Ed. phys. I, 30. ^ 19 Slob. /4irf. — 20 lOid. — 2l Uid. — 22 Meleor. Il, 0, 5 cl 21. — 23 Scnoc. 0. l. 11,54. — 21 /«,V. Il, 10. — 2B I|, 43 et 48. — 20 Ap. Slob. liid. — 27 Arist. .l/<.'(.'oi\ 11, 0, 2, 5 et 21 ; .Scnec. Qiineat. nat. II, .57, 3; l-jd.

d'après Empédocle^', soit ceux des étoiles filantes, d'après Anaxagore '^ ou bien des planètes supérieures, suivant l'opinion des Clialdéens^' peut-être admise par les Étrusques^'. — 4° Enfin les hypothèses mixtes qui cf)mbinaient les précédentes^''.

Quant à l'éclair simple il apparaissait comme une foudre imparfait*' ou comme une phosphorescence".

Le tonnerre provenait du choc des nuages ou delà sortie violente du gaz qu'ils contenaient, et le bruit en était répercuté par l'écho que faisaient les cavités des nuages ''.

Pour expliquer avec ces théories la chute rapide de la foudre sur terre et son prétendu retour à son point de départ, les anciens étaient fort embarrassés. Aussi leurs solutions de ce double problème sont-elles très vagues": Socrate considérait ces recherches comme particulièrement oiseuses et stériles^'.

Les phénomènes secondaires de l'électricité atmosphérique, tels que les aigrettes lumineuses, les feux Saint- Elme, les auréoles qui voltigent autour de la tète d'un homme avaient été remarqués, mais moins étudiés et nullement expliqués. Pline en déclare '° la cause inconnue; Sénèqiie les rattache aux manifestations incomplètes de la foudre ".

V. Il nous reste à examiner les représentations figurées de la foudre, c'est-à-dire le type du foudre, à en résumer le développement, el à dégager les idées principales dont il est le symbole sur les monuments.

On a vu (lue, aussi loin qu'on puisse remonter dans les textes littéraires, la foudre est désignée comme l'allribul de Zeus et comparée à un trait, forgé par Héphaislos et par les Cyclopes. La forme la plus ancienne de celte arme est celle d'un trident à long manche, que tient dans sa main, sur un cylindre chaldéen, le dieu de l'orage '^ : la dent médiane est rigide; les deux dents zigzaguées simulent l'éclair. Mais à côté de cette représentation conventionnelle, l'art chaldéo-assyrien en présente une autre d'un caractère plus réaliste. Sur un bas-relief de Nimroud*^, un dieu tient dans une main la double hache et dans l'autre un foudre composé de trois rayons ou flammèches ondulées et entrecroisées par le milieu en forme de %. Ces deux types, celui du trident simple à manche, et celui du faisceau de rayons entre-croisés, se sont fondus dans le symbole du trident redoublé, tel qu'on le voit entre les mains du dieu Mérodach combattant le monstre Tiamat. sur un bas-relief ninivite ■••. Les Grecs n'ont donc pas eu à créer le symbole du foudre en forme de double trident [fiilmcn ivifidum, Irisulcum)^^ ; ils l'ont seulement perfectionné (!t embelli. La figure 3307, empruntée à un vase à figures noires'", reproduit le type primordial dans toute sa simplicité. Mais la fantaisie des artistes grecs se dégagea de bonne heure de la servile

n.'slent. 21. — 28 Scnec. Ibid. — 2» Hcsiod. Theog. 280-286; Ticti. in Hes. p. 245.

— 30 Slob. Ed. pliys. I, 30; Luor. VI, 203, 270, 293 : Manil. Astron. I, 587.

— 31 Arisl. Meteor. II, 9, 10. 12, 13 ; Slob. /6iA. — 35 Ibid. ; Scnec. /. /.: Fronl. SIralag. I, 12, 10 ; Plin. II. 43. — 33 Ibid. II, 20. — 31 Ibid. Il, 52. - 35 l.ucr. VI, 172 ; l'iolcni. .Vathem. H, 2. — 36 Arisl. Meteor. II. 9, 18. — 37 Scnec. O. I. Il, 27 ; Arisl. Meteor. Il, 9, 6. — 38 Scnec. O. t. 41, I ; Plin. Il, 54; Dion. Halic. IX, 6.

— 39 Xen. Memor. IV, 3, 14. — «> II, 37. — n Scnec. 0. t. I. I, 12. — « Rawlinson, Tbe /ire great rnonarcfiies, II, 521. Ile mt^me Honis, d'aprts l'inscriptioD d'Iidfoii, a pour arme la lance à trois pointes; Brugsch. Abhaudl. der kônigl. Oesellscli. d. Wissensch. :u Gûtting. XIV (ISC8-1869), p. 201. — « Uyard, Mon. of Niniveh, I, pi. iav. — '» Ibid. Il, pi. v. Le caraclère fulgurant de celte arme est ciaireincnl iiuliqui^ par l'ondulation dos brandies cxl4^ricur*s. — ^ Dans le^* auteurs givcs, r»^pilbclc ToiYÀ«x'* n'est cependant jamais appliqua à la foudre, ni aucun .lulrc adjectif de iniinc sens. — w P.anorka, Mus. Blacas, pi. ii\ ; de Wille el I.cnormanl, Elite cértimoyr.i. \*\. xviv <i.

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imitalion de Tarme symbolique. Ils la transformèrent en un motif ornemental, susceptible de mille variantes sous lesquelles le schéma primitif du double trident est à peine reconnaissable. On pourrait voir dans un chapiteau du temple d'Athénaà Priène' la forme transitoire, dans une œuvre de l'art gréco-asiatique, du trident assyrien au foudre héraldique des monnaies éléennes,s'il était sûr que l'ingénieuse adaptation architecturale, qui a transformé ce symbole en volutes Fig. 3307. — Fou- ioniques, ne fût pas une interprétation du dre en double tri- jessinateur. Le sujet sculpté qu'il domine

dent. •^ ^ '

est la copie d'un motif chaldéo-assyrien, l'arbre sacré entre les deu.v personnages alïrontés, sur lequel on voit d'ordinaire planer le symbole oriental du globe solaire aux ailes allongées -. Cette parenté du foudre et du globe ailé a peut-être donné naissance à la fable de l'aigle porteur du feu céleste. Il n'est pas douteux qu'on ne doive lui rapporter la présence, sur les représentations (lu trident fulgural, d'un autre élément, les ailes d'oiseaux ^ Le foudre ailé est déjà ancien dans l'art, comme dans la littérature : Aristophane' l'appelle TTTEpocpopov A'.bç riÉXoç. Les graveurs de monnaies, en particulier ceux d'Élis, se sont complu dans l'accumulation de tous ces accessoires décoratifs; ils ont créé un type complexe, aux variétés aussi imprévues qu'élégantes, où l'on retrouve la figure générale du trident primitif, les ailes de l'aigle, emblème de la rapidité, les feuilles et les fibrilles de la férule, emblème de la plante dont la moelle conservait, entre les mains de Promélhée et de Zeus, le feu céleste, et, couramment, entre celles des hommes, le feu terrestre ■. Ajoutons encore les rayons brisés (ïxtîvî;, rndii), emblèmes de l'éclair et peut-être

Cependant, dans certains monuments, se distingue nettement un aspect particulier du foudre, celui du trait

Fig. 3308.

Fig. 330D.

Foudre sur des monnaies.

Fig. 3310.

Fig. 3311. — Foudre ailé.

des douze rayons, trois de vent, trois de feu brillant, trois de grêle, trois de pluie, qui, d'après les poètes, entraient dans la compositi(jn des foudres de Zeus, et les flammèches, symboles de la nature ignée du météore. Dans ces caprices composites de l'art, il serait difficile d'établir des catégories bien délimitées. Les figures 3308, 3iU9, 3310, 3311,3312, 3313, empruntées à des monnaies grecques'' et romaines'', présentent quelques spécimens de ces représentations conventionnelles et décoratives.

' Raycl, Milet et te golfe Lalmit/ue, |)i. xi.ix, n» 5. — 2 Goblet d'Alviclla, /.r mif/ration des symboles^ pi. iv, fig. C. — 3 Sayre, The ïtnnged tliundei'fiotty Acndemy, 1860, fait dériver le foudre ailé des nioiiuaies d'Èlis du doulile aigle des monuments liillites et, par cet intermédiaire, de Babylouie. Cf. Perrot, Hist. de l'art, Chaldéo, p. 7G. — * .An. 1714; cf. I.ucrel. VI, 382: Virg. Aen. V, 310 ; Claud. Ilupt. /Vos. Il, 240. li Virg. Aen. VHI, 420.130. — 0 Monnaies d'Élis, Duruy, Hist. des Grecs, î, p. 481 -, II, p. 098; cf. l'erey (îarduer, The coins of IClis, dans Numism. cliroilicl. N. S. XIX, pi. ji-xiu; Monn. de Laeédénione, Duruy, 0. l. 11, p. 437; Monn. d'Alex. d'Épirc, /liid. III. p. 228; Monn. de Macédoine, /hid.

Fig. 3312.

Foudre ailé

Fig. 3313.

. T0!O(//.0! XOLIOULEVO'.

incendiaire (irupo-Yoso'. ôïdTO!, 7rup'.popa p£À-i TcupoêôAa, mallerili, faloi-'icne) dont les anciens se servaient pendant les sièges pour enflammer les tours en bois, les machines de guerre et les boucliers d'osier de l'ennemi*. La comparaison de la foudre avec les traits incendiaires se présente souvent chez les poètes : ilu(,7:voov psXoç ^ Ttup- '.poçov hc/oç '". Ils se ramènent à quatre types principaux : 1° La falarica incendiaire [falarica] qui se composait d'une javeline à dard unique ou multiple. Le manche en était garni, un peu au-dessous de la pointe, d'une grosse boule d'étoupcs saturée de poix et de soufre qu'on enflammait avant de lancer le trait. On reconnaît un instrument de ce genre dans le foudre représenté par la figure 3314. C'est une falarica sans ornement parasite" ; les flammèches qui s'échappent de la boule d'étoupes sont seulement rabattues de chaque côté du manche de façon à reproduire l'aspect traditionnel du foudre trifide. Le foudre de la frise de Pergame '^ (fig. 3315) est un TOiêoAoç xaioiAcvoç, c esl-àdire un trident incendiaire; derrière les dents de métal.

Fig. 3316.

Foudre en falarica.

on aperçoit un brandon d'étoupes roulées en spirale comme celles des torches, dites funalia [funale]; entre la base des dents et la poignée, un réservoir de matières incendiaires, d'où les flammes s'échappent de chaque côté et s'étalent en forme d'ailes.

2° Le malleolus ou pistillus, uTcspoç, au double pilon de bois, décrit par Énée de Stymphale '■'. Les deux boules du pilon étaient hérissées de dards et entourées d'étoupes enflammées; on le lançait par le milieu, où une place était réservée pour la main. C'était une sorte de grenade double, qu'il est facile de distinguer, s'échappant comme un bourgeon incandescent entre deux larges feuilles de féruh-. sur la figure 3316, tirée d'une monnaie d'Élis ". Un objet

111, p. 522, etc. — 7 lironzoe irAiitoniu, llurny, f/ist. des lîoinants I, p. cxxiv. — «Thucyd. II, 7û; Arrian. Anab. Il, 21; Pollui. I, 137; Diod. Sic. .XX, 88 et 00; l'hil. Byz. De la fabric. des traita, p. 95 et 100 ; Apollod. Potiorcet. p. ir cl 32; Liv. XXI, 8; Veget. IV, 18. — » Acsriiyl. Promcth. SSO. — 10 Arisloph. Ar. 1740 ; cf. Piiid. l'yth. 1 ; Virg. Aen. IX, 705-700 : « Conlorla falarica vi^nil, F;dminis acta modo ■' ; Sil. Ital. I, 350-301. — H Conestabile et (iolini, Pillitre scoperle pressa On^ieto, pi. xv. — 12 Atterthûwer von Pergnmon, pi. xxxvii (Groupe de Zeus) ; Baumcisler, Antike Denkmôler, 11, lîg. 1410. — ï^ Poliorcet. c. xxiii, p. 106-107, éd. Orelli. - l* Iluruy. l/isl. des Grecs, 111, p. K:!.

Fig. 3316.

Foudre jnalleolns.

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^eml)l;lble ost Icnu par Zeus sur un vase peint de la collection de Luynes (fig. 3317)'.

3° Une autre espèce de malleolus

J'Û^J consistait en une gerbe de joncs % ..«^./^ ou en un paquet d'étoupns enduites

eig. 3318.

Foililrc pn malleithis.

de poix et munies d'une poignée au milieu. Le foudre ailé de la ligure 3318 ^ en est un spécimen. 4° La double torche composée de deux fuseaux d'étoupes roulées en spirale [funalis] et rattachées par leur base à une virole ou poignée Ce fuseau incendiaire figure entre les serres des aigles romaines (Tig. 3319) '. Un très beau spécimen se trouve entre les serres de l'aigle que surmonte le buste en bronze de Claude, au musée de Madrid '■".

Cette forme fuselée offrait à la statuaire un attribut simple et commode. Aussi les sculpteurs en ronde bosse l'onl-ils adoptée de préférence à toute autre pour les statues de Zeus ou des empereurs romains figurés en Jupiter ". Parfois, il est ailé et hérissé de dards des deux côtés. Très souvent, tous ces types sont amalgamés ! le brandon fuselé traverse de part en part une grosse masse d'étoupes, d'où font saillie des pointes de flèches ou des rayons'. Comme aucun attribut n'a été plus fréquemment représenté que le foudre, nous ne saurions en examiner ici tous les spécimens.

Plus rarement, la foudre est symbolisée par un faisceau de lièches', ou bien de baguettes ou rameaux de narthex', ou encore, par une simple llamme'", ou par des tiges de fer recourbées et entre-croisées".

Le symbole du foudre a subsisté jusqu'aux derniers siècles du paganisme. Il alterne sur les monuments gallo-romains avec le maillet à deux tètes, la croix gammée '% la rouelle cl autres emblèmes solaires ; il se retrouve sur des amulettes, des armes, des parures, des

1 Afoiium. lii'W Istit. II, tav. X ; Duruy, ff. des fîmes, I, p. 22!. — 2 ^oïl. Marc. XVIll, il. — ^Mon. deW Istil. pi. 50-51. Cf. Mon. /mbik's par l'Assoc. des étuil. (jfccq, 1875, pi. I. — * Stt^le de Mayence, Lindensohinil, Attevtltùmer unser. heidnisch. Voyztiit, I, 4, 6, 1. Cf. l'aiglfi des pri-toriens sur In bas-relief du Louvre, Duruy, Uist. des Rom. III, p. 741. — G Hiibncr, Anlilcc Bihiw. in .Madrid, p. ISO ; Bartoli, Admiran da roman, pi. 80. — 6 Voy. le petit brouze archaïque d'Olympie, Aus-/rab. zu OUjmina. IV, pi. xxiv; cf. le Zeus Itliomatas des monnaies de Mcssî^ne, Overbeck, Kunsimy'.h. II, ii, 3; le Jupiter du Louvre (Overbeck, h'unslmythol. I, Zeus, (ig. I(>) ; le Zeus en bronze do Florence (Overbeck, Ktinstmyt/tot. I. Zeus, !ig. 17 ^ Bauineistcr, Denkmdlcr, III, fig. 2384), le buste en bronze de Vienne {Irid. 2389, et mieux chez Sacken, Zeu.^ l'on Dod'ina, Bronze d. antUc. Sammtung. zu Wien, 1879); l'Auguste en Jupiter de Napîes iMonaco, pi. lxxxv); le Jupiter du cani('-o du Cabinet de France (Duruy, Hist. des Hom. V, p. 359f : le Jupiter du Capiiole {AJus. Capitol. III, pi. m). Voy. aussi les iig. de l'art, doi.ichknus. Forme décorative de cet attribut, sur une peinture de l'ompéi (Braun, Kunstmyth. pi. XTv). — T Par ex. Tischbein, I, 3i ; do Witte, L'iite céramogr. I, pi. ui cl sut. — " .Museo liresciano, pi. xixv ; Gerhard, Etrusk. Spirget, l, pi. lxxiv. — '.> Guigniaut, Itelig. de ta Gr. IV, pi. ci.vu bis, 601 bis ; Inghirami, Vasi fittili, \i\. ct.xxxix; do Witte, li'tite ct'ramogr. I, pi. xv ; Le Bas-Ueinacb, Mon. figures, pi. cxvxui, 2. — lO Bronze do Vienne et marbre de Xaples (Itannicister, Denkmà!. III, Iig. 2:!S2, 2383). — " Schliemanu, llios, p. 809 (Irad. fr.). l'cul-êlre faul-il reconnaître des doubles pilons incendiaires dans les ligures 1599 et 1600

autels votifs provenant de camps romains, en Bretagne, en Germanie, en Scandinavie, en Angleterre et près des Pyrénées ".

VU Depuis qu'Alexandre eut emprunté les attributs de Zeus, le foudre devient l'emblème de la puissance souveraine. A Éphèse, un portrait exécuté par Apelles, représentait le roi, un foudrcà la main''". Les Diadoques imitèrent cet exemple : bémétrios fut honoré comme Zeus Kalaibatès à Athènes '^; un Ptolémée reçut le surnom de Kéraunos; l'aigle et le foudre figurent comme (imblèmes sur les monnaies royales, entre autres sur celles de l'tolémée II Philadelphe, représenté en Ammon, de Philippe V en Hi-lios et de Persée.

Les empereurs romains qui se firent, en plusieurs choses, les continuateurs des traditions monarchiques des rois hellénistiques, reprirent cette coutume. Auguste "', Claude '", Caligula '", Dioclétien ", furent représentés en Jupiter, avec le foudre pour attribut. Parfois, l'idée de la puissance souveraine se combinait avec le caractère fatidique des manubiae de Jupiter. C'est à ce titre qu'Antonin le Pieux, désigné, disait- on, à l'empire par un coup de tonnerre -", faisait figurer la foudre sur ses monnaies. De même, nombre de villes grecques et gréco-romaines avaient adopté cet emblème, soit pour rappeler l'heureux présage qui avait précédé leur fondation, soit comme symbole de leur puissance, cl non pas toujours pour un motif religieux et parce que Zeus était adoré chez elles sous une des épithètes commémoratives de sa nature fulminante ^'.

Comme arme de Jupiter, le foudre devait être considéré comme l'arme par excellence, la plus terrible et la plus rapide ^^ C'est pourquoi le foudre figure sur de nombreuses balles de fronde en plomb [gla.ndes", ailé ou non ailé, isolé ou tenu dans les serres d'un aigle". 11 se transforme ainsi en un symbole guerrier; il se trouve associé à Mars sur les monnaies des Mamertins-' et sur les premières monnaies d'or de la république romaine ^^ ; il figure sur les cnémides de Mars'". 11 devient les armoiries de l'armée romaine, porté au milieu des légions dans les serres de leurs aigles ou en écusson sur le bouclier des légionnaires, comme le signe de la force irrésistible -'.

On le retrouve aussi dans une autre catégorie de monuments bien différents avec un tout autre sens. Sur des anses de réchauds en terre cuite -* [focus], le foudre qui accompagne une tète barbue et difforme, coiffée d'un

représent<''OS au même endroit. — '2 Sur la croix gammée, symbole de l'éclair, cf. Schwarlz, Der Blilzals geomeirisches Gebild, dans le Jubilûumschrifl der Posenar Xalurwissenschafll. Vereins, 1S87, p. 221-234. Il inlerpr^lc le su-astika comme une représentation d'éclairs croisés. — *3Grcg, Archaeotogia, 1885, pi. xii, Iig. 31, 32, 33; pi. XX, Iig. 2; Lud. Millier, Del saatkaldle Uagekors. Copenhague, 1877. p. 21-22. — Ii riin. .VXX, 5, 10; Aelian. Var. hisl. 11. i: XII, 3i. — is Plut. Démet. 10 ; Clem. Alex. Proir. 16, p. 48. — '6 Statue de bronze de Napics. Monaco, pi. i.jxxv. — '7 Buste de Madrid, vov. plus h.iut. n. 5. — 18 Dio Cass. LiX, 28. — 1^ Dioclétien prit le surnom de Jovius, et le foudre figure sur ses monnaies ; De l.ongpérier. Œuvres, III, p. 297-298. — «> Capilolin. Anton. 3. — 21 Stcphini {Comptes rendus, 1872, p. 86. n. 4) désigne connue un Zeus Kéraunios le Jupiter des monnaies de ï'étilia, des Drutiens et des Lucaniens. Si ce raisonnement était juste, il faudrait léteuilre à toutes les villes oii le type de Zeus armé du foudre, ou bien l'aigle au foudre, ou seulement le foudre isolé, ne sont accomjK»gni^ d'aucune inscri|>< lion en l'honneur d'un Zeus Kéraunios ou d'un Jupiter Kulgurator. — Î2 P; rrhus i Plut. fyrrh. 29) rêve qu'il anéantit Sparte à coups de foudre. — ^^Corp. in.«rr. gr. $S3Û*I, balle avec inscription Ktf(«u>«0. — -' Dnruy. Hisl. des Boni. I, 4+4. — 2^ Ihiruy, O. I. I, p. 520 . — 26 Bull, des antiquaires de France. I S72, p. 68. — S7 Valer. Flaccos. VI. 56. Cf. le nom de la A"//' L^gio Fulminea ou Fu'minata ; LelronDO. Statue focale de Memnon, p. 119-120 et 258; voy. cupecs, Iig. 1656. — ss Jnhrbuch des deuisch. inslit. 1890 (V), p. IIS: 1891 (VI;. p. 110. Furl\»'âiigler pense que ces ligures sont des Cyclopcs ; voy. Focos.

FUN

bonnet pointu, est l'attribut soit d'Héphaistos, soit des Cyclopes. Il symbolise la nature bienfaisante du feu céleste, source du feu terrestre, à qui l'homme doit l'entretien de sa vie par la cuisson des aliments.

G. Fougères.

FUMAUIUM. — Chambre située k l'étage supérieur d'une maison, où la fumée du foyer était conduite et où l'on faisait chauffer le vin et sécher le bois [vinum, acapna] '. E. S.

FUIVALE. — Chandelier, candélabre, propre ii recevoir un ou plusieurs flambeaux de cire ou de poix [funalis]. Quand c'était un chandelier, le flambeau y était généralement planté par labase sur une pointe [cuneus, stimulus, uncus); dans certains candélabres ces pointes étaient placées horizontalement, de telle sorte que les flambeaux y étaient piqués de côté [canoelabrum, fig. 1071 à 1087]'. 11 est probable que souvent dans l'usage funale désignait à la fois le chandelier et le flambeau dont il était garni; tel paraît être le cas notamment lorsqu'il s'agit des luminaires qu'on portait à la main pour s'éclairer dans les rues^ ; il faut alors se représenter le support du flambeau comme un simple manche, analogue à ceux dont on se sert pour tenir les cierges d'une seule main dans les processions de l'église [candelabrum, fig. 1073, 1074 et 1084]. Peut-être les Romains ont-ils eu pour les bougies des lustres suspendus au plafond, comme ils en avaient pour les lampes [lycunus] ; funale semble avoir été appliqué quelquefois à un appareil de ce genre ^ Lustres ou candélabres, les funalia étaient réunis en grand nombre dans les salles où l'on donnait des fêtes, et c'était un des luxes qui distinguaient les maisons riches'*.

Engagés dans un simple manche, les flambeaux de cire ou de poix éclairaient les amoureux qui couraient les rues en quête d'aventures; c'était un des allribuls de la jeunesse galante^ En 200 av. J.-C, le sénat romain, pour récompenser Duilius do la grande victoire navale qu'il avait remportée sur les Carthaginois, lui accorda pour toute sa vie le droit de se faire précéder d'un joueur de flûte et de serviteurs portant des funalia, chaque fois qu'il sortirait de sa demeure ou qu'il y rentrerait la nuit tombée °. Cette décision est mentionnée comme un honneur nouveau et extraordinaire par les auteurs anciens et par une inscription, récemment découverte, qui avait été placée au forum d'Auguste sous l'image de Duilius [elogium]. On s'est demandé comment il pouvait y avoir lu un privilège de nature à distinguer ce personnage de tous ses concitoyens; lorsque la nuit était sombre, il était impossible d'aller par les rues sans éclairer sa marche à l'aide d'un flambeau ; non seulement les jeunes débauchés, comme nous l'avons vu, ne s'en faisaient pas faute, mais c'était une précaution que chacun jugeait

FUMAIIICM. I Colum. I, 6, 20; Martial. X, 30, l; cf. Galcn. De, antid. I, U, p. 17, Kiilin; L. Fulvio, dans Pompei e ta rcyionn sotevrata del Vesuvio {Mcmorii; publ. deW l'fficit; tecniced. scavi d. provincie meridionali, 187ii), p. 290.

FUi\Al.li, 1 Varr. Oevita pop. rom. ap. Serv. Ad Aen.], 727 : -. Facibusautcandcla sitiiplici,uutcx fuiiirulo facta, pera vcslita; quibii^ ca figebant appellabant fiinaba; •> cf. Varr. De linij. lui. V, H'J : « Calldclabruin acaildcla; px bis ciiini funiculi ardentes (igcl)aiiliir. " Donal. ad Ter. Andr. I, 1, S8 ; « FunaUbus, id est uiicis vel cuneis candelabronint, (piibus debbuti funcs picc vel ccra iiingunlur. « Isid. XX, 10 : i< Funalia candclabra apnd vclercs exstantes stimules babucruut aduncos, quibus funiruli ccra vel bujusrnodi alimenta hnninis obliti figcbanlur ». — 2 Ilor. Od. III, 26, 7. V. plus bas les notes C à 10. Nous disons de même en français i)Our désigner ù la fois le llanibeau et l'appareil qui le supporte : « Donnez-moi une bougie n, ou « Donnezmoi un clrandelier ». — 3 Claudiau. Nupl. Uon. et Mur. 206, rapprocbi! de Virg. A&x. I, 727; mais celle iuterpriîtation est assez dontousc; dans Ov. Met. XII, 21G, il s'agit d'un candélabre, ol non d'nu lustre, quoi qu'en aient dit certains com-

indispensable, par exemple lorsqu'on sortait du thétilre'. Mais, au temps de la première guerre Punique, les mœurs étaient encore simples et rudes; il n'y avait pas de théâtre permanent dans l'enceinte de Rome; les gens paisibles avaient rarement l'occasion de se trouver hors de chez eux après la tombée de la nuit; un personnage, qui traversait la ville à la lumière des flambeaux et au son de la flûte, devait attirer sur lui l'attention publique. En outre, il est très probable que les funalia et ceux qui les portaient furent mis à la disposition de Duilius aux frais du trésor public, et c'était en cela surtout que consistait le privilège.

Les auteurs classiques et l'inscriplion du forum d'Auguste ont conservé le souvenir de celte innovation, parce qu'elle devait être mentionnée comme un événement par les premiers annalistes. Mais il n'est pas douteux que l'honneur, dont Duilius avait joui autrefois à titre exceptionnel, fut depuis accordé régulièrement à certains magistrats, comme une des prérogatives inhérentes à leur charge; car, dès le temps de César, nous le voyons attribué aux duummri et aux édiles d'une colonie romaine d'Espagne, et il est inscrit une fois pour toutes dans la charte de cette ville ' ; il faut en conclure que cet usage fut introduit dans les provinces à l'imitation do ce qui se faisait à Rome pour les personnages revêtus de magistratures curules. Horace parle aussi d'un brasier [batillum], qui devait être porté devant les duumviri municipaux' ; sans doute il servait surtout à allumer les funalia, quand le magistrat et son cortège étaient surpris au dehors par les premières ombres de la nuit. Sous les .\ntonins il est question, dans les textes, du fm et de la lumière (irùp, cpôiç, lux) que l'on porte devant l'empereur et devant l'impératrice '" ; ces expressions doivent désigner k la fois les cierges et le brasier où on les allumait. A cette époque il semble que l'État ne conférait plus à aucun magistrat, en dehors de la maison impériale, le privilège des /"toirt/fa officiels. G. Lafaye.

FUNALIS. — Les Romains appelaient de ce nom tout flambeau qui se composait d'une mèche [funis], enduite de poix ou de cire ' ; il y en avait de toutes les grosseurs, depuis celle du cierge jusqu'à celle de la bougie ; la mèche était faite d'étoupe, de papyrus ou de toute autre fibre végétale tordue ou tressée^. Comme il résulte delà définition même, ce genre de flambeau ne peut être confondu avec la torche [fax], toujours formée de brindilles de bois résineux, assemblées et liées. D'autre part, il y a entre le funalis et le cereus [cera] la difl'érence qui sépare le genre de l'espèce; cereus était à l'origine un adjectif; on a dû dire d'abord, pour désigner un flambeau do cire, funalis cereus, avant de dire cereus tout court, <>t la première expression du reste s'est maintenue dans l'usage

nicntaleurs. — * Virg. Ov. Claud. /. c. — B Hor. Od. III, 26, 7.— 6 Cic. DeSenecl. n; Tit. U^.F.pit. 17; Val. Max. III, 6, 4; Sil. liai. VI, 077; Florns, 11, 2, 10 ; Aur. Vict. De vit: ill. 38; Hull. iiisl. di corr. areh. di Iloma, 1890, p. 305; Bull, délia rnminiss. arch. comunuli- ili Rotiia, 1891. p. 166-107. — 7 Dio, I.Vlll, 19. Sur tout ceci v, Mommseu, .^'tnulsrecht. I, p. -iOO. — 8 /-ex colojùae (leuetivac, dans le Corp. imer. lut. M, .Supjil. ;>139, lab. I, 3, ligne 21 : .■ Ilvir[is] aedilibusqnr, dum eum uiagfislralunij babebunt, togas praetextas, funalia, coreos liabere jus poteslasq[ucj esto ». — 9 Ilor, Sat. I, 5, 36. Mouunsen applique ce texte à un préteur romain. — 1" Marc. Aur. 'KU iiivTov. I, 17 ; Dio, l.XXl, :i.ï ; llerodian. I, S, 16; II, 3 et 8 ; Vil, 1 ; Coripp, De laud. Jiist. II, 209. Mommscn rappelle à ce propos «[ue chez les Perses on avait coutume de porter du fou sur un autel ilevant le souverain; IJ. Cnrt. m, 3, 0; Amin. XXllI, 6, 3i.

FUIVAI.IS. ' Varr. De l'iln pop. mm. ap. Scrv. Ad Aen. l, 727 ; Douât, ad Torenl. Andr. 1, I, 88; Isid. XX, 10; v. ces textes rcproduiU i\ l'article funai.k, uole 1

— 2 Anttiol. /'((/. VI, 249 : Tta|ATC«Sa «Tip'j/îiwvtt... ff;(ofv',» xet^ '/.inrri ffçiyyojitvirlv nwiïùpi».

FUN

FUN

à côto de la seconde ' ; là où funnlis est expressément dislinf^iié de ccrcus-, il faut sans doute l'appliquer à un tlaaibi'au composé d'une mèclie enduite de poix. Aucun texte ne mentionne de funalis de suif^ ; ce peut être un hasard; mais il est possible aussi que celle matière fût réservée pour la candela ; en eiïet nous voyons la chandelle distinguée par Varron du fnnirulus, c'esl-ii-dirc du funnlis de cire de la plus petit»! dimension '. On a supposé que le funalis devait avoir nécessairement la forme d'une spirale ; les ciriers modernes donnent souvent colle forme à leurs produits, et elle était en usage au moyen àgc ; il est fort possible qu'elle remont(! à l'antiquité; mais rien ne prouve ([u'elle fût spéciale au /'(()?r//(s et qu'il en ait tiré son nom. C'est par luw fausse interprétation de l'étymologie qu'on a été amené à voir dans le funalis un flambeau dont la forme propre aurait été celle d'une corde".

Les ilaaibeaux de cire et de poix, comme les chandelles de suif, sont d'origine italique [candela, géra]. Il n'y a point en grec de mot qui corresponde exactement à funnlis'^; c'est par une erreur, commune de leur temps, que les auteurs classiques de Rome ont prêté à des peuples étrangers et à des époques reculées l'usage des funnles'. G. Lakaye.

FIIXAMBULIJS, SycivoÇâ-fiÇ. — Funambule, danseur de corde. On trouve aussi le mot grec sous la forme latinisée schoenobales^ ; elle est restée en usage à coté de funambulus, malgré les efforts que faisaient pour la bannir certains écrivains, qui auraient voulu que la langue latine se suffît à. elle-même-.

11 est très probable que l'art des funambules (ayoïvoSa- TixT|)^ se développa chez les Grecs bien avant d'être connu à Rome; car Juvénal le classe avec dédain parmi ceux où les Grecs excellaient et qui pouvaient leur procurer un gagne-pain dans la capitale". En llio av. J.-C, le jour où Térence faisait jouer pour la première fois son flécijrc, la foule abandonna le théâtre et se porta autour d'un funambule, qui s'était installé près de là ; elle y demeura « saisie d'admiration et n'eut d'yeux que pour lui », si bien que la représentation de la comédie n'alla pas justju'au bout\ Depuis lors, les funambules ne cessèrent pas d'être en honneur auprès du peuple; on disait, en manière de proverbe, « marcher sur la corde raide », pour dire : accomplir une chose dil'licile et périlleuse-'. Beaucoup d'auteurs anciens ont ilécrit avec une grâce ingénieuse les exercices du funambule, qui s'avance sur la corde à pas comptés, tenant en main un balancier, ou les deux bras étendus à droite et à

* Val. Max. III, 6, 4; cf. Cic. De sfiiect. 13; avec Morimison, Stantsrecht. I, p. 409, noie 4, au lieu de cebro, jolis cereo. —2 Corp. inscr. lai. Il, Suppl. :i430, lai). I, 3, ligne 21. — 3 Ouaiul Isid. .\X. 10, dil n cera vcl liujusmoili alimculo lumiiiis 1', la seconde expression pour lui c^cpiivaut sans doute à « picc », qui se peuconlre seul dans les autres lexles citt^s note 1, p. 1360. — 4 VaiT. De vita pop. rom. dans Serv. Ad Aen. 1, 727 : « Kacilius aut candela siuiplici, aut ex funiculo facla, ccra veslita ». lùtuiciUits se Irouvc encore dans Isid. XX, 10. — i> La figure donni'o par Ricli, Dict. des antiq. au mot FtNAi.E, d'après Pignorius, De servis (IH13). [1. 13.H, est |)rise sur le nionutucnl dit londjcau de saint Luc, dans l't^glisc de Sainlc-Juslinc à l'adouc. C'est un ouvr.ige du xiv» siècle. V. Selvatico, Guida di Padova (18011), p. 180-181. — 6 La traduction la plus approchante est encore la périphrase employée par Aiitipatcr dans VAnlItol. Pal. VI, i49 : iaiini; xr.jo- ■/ÎTwv T;ti>ivi;, cçtYYi;*i'vii ; entende/ r(ue la cire, comme une rohe, fornio une enveloppe autour do la nuVlic (.t/oVvo;). — '' Virg. Aen. I, 7i7 ; Ov. .Vcl. XII, 246. — liuiLiuGuipiiiE. liecker et Gûll, Gallus (1681), t. II, p. 390 cl suiv.

l'UiMAMIlliLUS. I Juvcn. III, 77; Sidon. Apoil. Paneg. 337.S ; Johann. Cassian. Collai. XXIU, 9. L'cxcmplo du Corp. inscr. lai. III, 1266, cité p,ir de Vit, Lexic. s, V. schoenobateSy d'après le recueil de liruler, ne s'appliipie pas ici; il faut lire avec le dernier éditeur le nom propre Scenoli{itrb<i)x. — î Porphyr. ad llor. Sal. I, X, Î8. — 3 Dion. ïhrac, ap. Rekker, Anecd. Il, p. 652, 8. — ' Juvcu./. c. — E Ter. /lec. Prol. I, 4; cf. Piot. Il, 26. — s -g-i ^^vi'ou iîijuïtiTv, Arriau. Epict.

gauche pour garder son équilibre, llsont dépeintaussil'ûmotiondont les spoclaleurs étaient saisis en contemplant les prodiges d'adresse exécutés par les funambules dans les théâtres '. La fresque d'IIerculanum que reproduisent en partie les figures 3320 et 3321 " peut nous en donner une

FiR. 3320.

Danseurs de corde.

idée; on y voit des danseurs de corde portant la queue de cheval et la nébridc, attributs des Satyres, compagnons de Bacchus; ils exécutent une danse de caractère en rapport avec leur rôle ; les uns agitent un thyrse en prenant tour à tour diverses altitudes; les autres jouent de la double flûte ou de la lyre : d'autres versent du vin dans une coupe. On remarquera la coiffure qui couvre leur lêle; elle semble être de peau. On a supposé que c'était une sorte de calotte particulière à leur profession, et qui avait pour utilité d'amortir les chocs, lorsqu'ils venaient à tomlier; mais rien n'est moins certain'. Une autre peinture, trouvée à Pompéi, représente une femme nue et un homme vêtu d'une tunique courte, qui dansent tous deux sur la corde en tenant à la main des vases à boire '". Les funambules anciens marchaient aussi sur une corde tendue obliquement depuis le sol jusqu'à l'extrémité supérieure d'un poteau plus ou moins élevé, effectuant la montée [adversis funibus subiré) jusqu'à une plaieforme disposée au sommet, redescendant ensuite par le même procédé. On donnait au câble qui servait à la descente le nom de xaTàopofioç (t/oîvoî); cet adjectif pris substantivement a été latinisé sous la forme caladromus'^. Quelques-uns poussaient la hardiesse eU'habileté jusqu'à accomplir, dans ce double parcours, des tours extraordinaires,tels que de s'habiller et de se déshabiller, «comme s'ils eussent été assis sur un lit'-. » On voit ici reporduite (fig. 3322), d'après un exemplaire du Cabinet des

111, 2; s Justin. Epist. ad Zenam. 4; Hor. Episl. Il, i, 210 cl .\cro, ad h. t.; cf. Scn. De ira. II, 12, §3.-7 Manil. V, 652; Ouinlil. Insl. or. II. 13, § 16 ; Juicn. XIV, 266-272; Lucian. Rhel. praee. 9 ; Apul. Ftorid. I, S cl IV, 18, § 1 ; Galcn. Kxhorl. ad arl. 9 ; Prudent. Hamartig. 367 ; Firraic. VMI, 15 ; Anthol. lat. (Kicsc).

112, 281, 286 {Symph'isii aenigmala), a' LXXXXV; Augustin. Ep. IX, 3 cl CXX, 5 ; /il Psatm. XXXIX, 9; Manelho, Apolde^m. IV, 287; V, 146; VI, 440: .\moli. Ado. gent. Il, 38. Il faut exclure le texte d'Hippocr. ni^^'. $'.«(Tr,;, III, 6S, où on avait lu à tort «/oivoÇa-:î»i(n i,éd. Lillrê, t. VI, p. 596 >. — 8 pitture d'Ercolano, III, tav. XXXII, XXXlll. p. 157,1 165; A/uffo /lorb. VII, 50-52; Gcrliarvl, Seap. .»«(. Bildic. p. 427, n. 10-13; Mclldg, n'andgem. n" 412. — * Sur celle question, t. Pitture d'Ercolano, t. c. p. 157, note 5, cl Wicselcr, Dos Satyrspiel, 1847, p. 178, noie I. — 10 Houx et B.Trré, fferculanumet Pompei,\U\. iO = Helbig. Wandgem. 1503; Bu//. deW Isl. arch. di lioma, 1865, p. 231 . Autres exemples : Graffitciï Rome, BhU. deW Ist. arch.di Homa, 1873, p. 36; Gemme à l'lrechl,/a/trA. rf« Xer.derAUfrlh.fr. im Rheinl. IX (1846). p. 26. n» XXI. — " Scn. De ira. II. 12, 4: Plin. Bill. mal. VIII, 6; Plin. Episl. IX, 26, 3; Suel. .Xero. Il: Dio Cass. LXI, 17, S; Dig. XIX. I, 54 ; J. Chrysosl. /n illud vidi dominutn Homel. III. 2. p. 114a; Homet. in Malt. XX, 5, p. 2666; Homel. IX in 1 Thessat. V, 4, p. 492 rf; ffomel. XV/ in ffebr. IX, 4, p. 162 d; Homel. XIX ad popul. .intioch. IV, p. 196rf; Donat. In Aeneid. V, 64. — '2 J. Chrys. In illud vidi dominum Homel. III, 2, p. 114a.

FUN

Fi^-. STî-. — Danseurs de corde.

médailles, une monnaie de Cyzique, frappée en l'an 212 de notre ère, où l'on a représenté des exercices de funambules. Doux cordes ont été tendues sur des chevalets; elles aboutissentàdeux grands vases en forme de forteresses, rruiplls de palmes. De chaque ciité monte un funambule tenant d'une main son balancier, tandis que de l'autre il s'apprête à saisir le bord du vase. Au-dessous de l'appareil, ligure dans des proportions évidemment conventionnelles, s'empressent plusieurs hommes, dont les uns peuvent être des concurrents évincés, les autres des serviteurs du théâtre, chargésde maintenir l'ordre, ou d'assujettir les montants du chevalet'. I:;n ifiO, au milieu des réjouissances célébrées pour le triomphe de L. Verus et de Marc-Aurèle, un jeune garçon tomba du haut de l'appareil où il faisait ses tours; Marc- Aurèle décida que dorénavant on placerait des matelas {culcitas) au-dessous de la corde des funambules. On cite ce trait comme un témoignage de l'humanité de l'empereur philosophe. Au temps de Constantin cette précaution était toujours en usage à Rome, sauf qu'aux matelas on avait substitué un filet {rete)^. Mais là où la surveillance de l'autorité ne s'exerçait pas aussi sévèrement, il arrivait encore à des funambules imprudents ou maladroits de s'estropier ou de se tuer. Le jurisconsulte Paul se pose cette question : Si un esclave danseur de corde a été vendu et s'il se casse la jambe en descendant le catadvomus, son ancien maître, qui l'a dressé à cet exercice, est il responsable? Paul se prononce pour l'affirmative^.

On vit quelquefois dans les théâtres, à l'époque romaine, certains animaux marcher sur la corde raide, par exemple des chèvres '. Des éléphants même, d'après des témoignages dignes de foi, accomplirent ce prodige à plusieurs reprises sous les yeux du peuple. Ce fut Germanicus qui lui en donna le spectacle pour la première fois, en l'an 12 ap. J.-C." Cet exemple fut suivi en l'an 30 par Galba, qui n'était alors que préteur". En il!}, dans les jeux qui furent donnés par Néron après la mort d'Agrippine, un éléphant, portant sur son dos un chevalier très connu, fut conduit à la partie la plus élevée de l'abside d'un théâtre, et de là il dut redescendre dans l'orchestre par le cal adromus'' . Sénèque vit aussi un cornac éthiopien obtenir d'un éléphant qu'il montait cette preuve extraordinaire d'obéissance et d'adresse '. On a cherché à atténuer ce qu'elle a pour nous de merveilleux en supposant que le caladromus se composait de plusieurs câbles très épais, réunis les uns aux autres de façon à former une sorte de sentier suspendu; on a fait remarquer que les auteurs qui parlent de ces éléphants

funambules disent au pluriel per funes ambulare, funihus suiî're'. Cependant Sénèque dit au singulier : pcr fiincm '".

On a retrouvé à Home Tépitaphe d'un catadrumarius, qui s'était fait applaudir dans les jeux Romains : « caladromum decitrril, dit l'inscription, CCXXVI in Glauce. » On conjecture que Glauce était le nom d'un cheval, dressé, comme les éléphants mentionnés par les auteurs, à descendre le caladromus avec un homme sur son dos. Une palme, gravée à côté de l'inscription, montre qu'il y avait à Rome, aussi bien qu'à Cyzique, au moins dans les bas temps, un prix spécial pour les funambules".

On s'est demandé s'il fallait considérer comme de véritables danseurs de corde les ncurobalae (vsKpoSirat , qui sont mentionnés par quelques textes ''. En 28'i, dans les jeux Romains, l'empereur Carin fit paraître un de ces acrobates chaussé de cothurnes ; il était si agile « qu'on l'aurait cru porté par les vents ». Saumaise voyait là un funambule, qui dansait, non sur une corde épaisse, comme tous ses confrères, mais sur une corde assez mince pour être presque invisible à une certaine distance ; c'est ainsi que quelques-uns aujourd'hui emploient un fil de fer dans leurs exercices ". Boissonade a pensé que ces neiirobatae étaient plutôt des pantomimes, qui, au milieu de pièces à grand spectacle, traversaient les airs, soutenus par des cordes fixées autour de leurs corps, comme le font certains figurants dans les ballets de nos opéras ; le neuvobaia de Carin aurait joué un rôle de Mercure : de là ses cothurnes''. Cette explication ne vaut cependant pas celle de Saumaise; si le neurobata dansait sur la corde, on comprend beaucoup mieux pourquoi l'historien insiste sur ce détail qu'il portait des cothurnes; car sa chaussure augmentait la difficulté ; il avait bien moins de prise sur la corde que les funambules qui dansaient les pieds nus ou couverts simplement d'une étoH'e souple et légère. 11 est à remarquer qu'en 284 ce spectacle devait être encore nouveau, ou au moins peu commun chez les Romains; car on en avait conservé le souvenir au Palatin, dans une peinture qui décorait le portique des écuries '°. La même année, et aussi à titre de curiosité exceptionnelle, parut un iichobata hiv/ofAT-rfi) qui courait sur la crête d'un mur, poursuivi par un ours". Il faut citer enfin Yoribaia (ôpsiêiTTi; '''; revêtu d'un costume mythologique, il devait exécuter des prodiges d'équilibre sur des parois élevées, qui figuraient les escarpements des montagnes, où les adeptes de certains cultes orgiastiques se laissaient emporter par leur délire en des courses vagabondes et périlleuses '^ Ce genre particulier d'acroliales n'apparut que sous le Ras-Empire, lorsque, pour réveiller le goût d'un public blasé, on eut nuiltiplié les spectacles extraordinaires.

D'une façon générale on a appelé aiOcfoêâtai " et îtpY,iAvo6âTai ^^ tous ceux qui exécutaient ainsi leurs tours sur des appareils places à une grande hauteur au-dessus

1 Une autre monnaie légèrement dilTércnle a été nitcpprôlée par l'abbé de Camps dans Spon, Hech. d'antiqu. diss. XXII, p. 407; Vaillant, Num. imp. rom. moduli ma-timi tab. XVIII, li; Eckhcl, Doctr. nvmm. vel. II, p. 433; Mionnel, V.scr. II. p. 546, n. 210 ; lioclligcr, Kleine Schriften, III, p. 336, taf. I, 7 ; Culil cl Kochncr, Leben der Gr. u. II. I>, p. 689, lig. 497. V. dans Nii-épliorc Gr.-gor.ns (\iv* siècle), Hist. fiijz. VIII, 10, p. 214, la curieuse description des tours qu'il avait vu exécuter à Conslanlinoplc par une troupe de funambules égyptiens ; ce passage contribue beaucoup ;i éclairer les textes plus anciens. — 2 Capiloliu. .V. Anton, phil. 12. — » Uig. XIX, 1, 54. — » Philo, Animal, ii. — '- Plin. //i,!(. nat. VIII, 2, 2 ; cf. Ibid. 3, 3. — 6 Sucl. Galba, 6; Suélonc a donc tort de dire novmn sprctacitli genus. — ^ Suel. Aero, il; l)io Cass. LXI, 17, 2. — 8 Son. Kpist. LXXXV, 41. -. 0 Gin/rot, Falirw.'d. Gr.u. H. t. Il, p. 243. Le texte de Dio Cass. LXI.

17, est celui qui se prête le mieux à cette explication. — 10 Seu. Epht. LXXXV, 41. — 11 Corp. inicr. lai. VI, 10137. — 12 Vopisc. Carin. XIX, 2 ; Kirmic. Malhfs. VIII, 17; Hesycli. s. V. xpT;;4voS4Tr,î. — '3 Vopisc. Carin. l. c. et S.iumaise, ad h. t. — 1'» Dans le Tliesaur. ling. tjraec. d'Henri Estienne (Didot), x. v. — 16 Vopisc. /. c. Nicépliore Illenmiidas (viii' siècle), Epilome logica, 111,7, parle encore de la vi-jpo- Sktix^ ; il la range an nombre des aris frivoles (nataiote/vîaij; c'esl exactement dans les mômes termes que Dcnjs de Tlirace {dans Itekker, Anccd. gr, II, p. 652, 8) jugeait ta ff/itvoSaTixT, ; il est évident que les deux mois ont le mémo sens pour les deux auteurs. — 16 Vopisc. /. c — 17 l'irmic. Ji/athes. VIII. 27. — 1» Slrab. XII,

4, p. 504 ; ifiiS»»;» Otaui'jovTuy. — ■» iManetli. Apostelem, VI, 440. — 2" Hesycli.

5. r. xp,i[tvo6àT,i; : Cyrilli, Lexic, iued. ms. Brem. ap. Alberli, Lex. Hesycli. (1766).

s. V. xf r,;tvùSàTr,ç, vf.rso6à*r,;, ô i-î T>îç xoojyi]; tiùv -"a'ji'iuv Sid T,*,v ff^oivwv v.-/t^/é^:^

FUN

FLN

ilu sol. D'niitri's, tels quo ]o ckunuus, le Gi(.\i,LATnii el le ' l'iCTAUiiiSTA se mêlaient (luelfiuefois aux rimaiiilmlcs; on trouvera leurs exercices décrits dans les articles spéciaux qui se rapportent à chacun d'eux V. aussi ci.xAiiuus,

LUIllU, MIML'S, SALTAïOK]. (icnllCES LafAYC.

rU.\l)A fi:ï,£voovY,). — 1. Fhonde. — Bien i[nr. l'haliitude de lancer à la main des projectiles se soit conservée dans les années romaines jusqu'aux derniers temps de l'empire', l'idée de substituer à la main dans cet oflice une arme d'une portée plus grande s'est de bonne heure présentée à l'esprit des peuples primitifs. Les tribus barbares qui entouraient l'IOgypte et les Asiati(iues ^ ont connu l'usage de la fronde. Les peuples sémiti<iues, Israélites ^ et Phéniciens, l'ont maniée avec une rare habileté. l'iine affirme même que celle arme est une invention lihénicienne '; les autres auteurs (|ui l'attribuent aux habitants des îles Baléares sont, au fond, du même avis; en clTet, au témoignage de Strabon ", l'incroyable adresse des frondeurs baléares était un legs de la domination phénicienne. Le cas devait être le même pour les Ithodiens et les Siciliens. D'après le même auteur ', la fronde fut importée en Grèce parles Ktollens, au moment de leur émigration en Klide et de leurs luttes contre les Épéens. Il n'est pas ceilain ((u'IIomère fasse mention de la fronde; les deux passages ([ue l'on cite d'ordinaire pour prouver que celte arme était connue des guerriers homériques ne sont pas probants. Dans le premier ", il est question d'une (;ï,£voôvyi, faite d'une laine bien tressée lÈiiTTpo-iw oiô; àwxw), que tient l'écuyer d'Agénor el dont il se sert pour bander la blessure d'Hélénos; dans le deuxième', le poète parle des Locriens d'Ajax, lits d'Oïlée : ils combattaient de loin avec des arcs et « la laine bien tressée ». Ces expressions peuvent être interprétées comme désignant, dans le premier cas, une bandelette ; dans le second, la corde des arcs. C'est Archilo(|ue '", vers 700 avant Jésus-Christ, qui mentionne le premier la fronde, dont il oppose la longue portée à celle de l'épée et de la lance. Toutefois, si le témoignage des poèmes homériques reste équivoque à ce sujet, la question de fait est tranchée par les découvertes de Troie et de Mycênes. Schliemann a retrouvé à Hissarlik des balles de fronde ". Mais le document le plus probant el le plus curieux est donné par le fragment de vase en argent trouvé à Mycènes (fig. 3323) '-. Il représente le siège d'une ville. Des frondeurs figurent parmi les défenseurs rangés au pied des remparts. L'usage de la fronde en Grèce remonte donc à la période mycénienne.

La fronde la plus simple se composait d'une seule lanière élargie au milieu pour contenir le projectile, ou d'une pièce de cuir en forme de pochette fixée à deux brides (xwXa '■', hnbcnn '■, funnlia '^) en peau "■' ou en cordelettes de lin '', de crin '", de boyau tordu ", de mélancranis •'" ou même en chaînettes de mi'tal -'. Le projec-

v'iî. Cf. ps. l'allaii. HcIlmio[>o1. D<^ grntihm Jndiac tt Orai/manifiit^ (H^i^ve, i005).|».D. — BiBi-iocnACiiit. Rai-lliius (Gasp.), Aftvcrsnriu (I62i), V. 19. p. 2i8 ; BiileiigeriJ.C), fie theatro, I, xr.i, ffc funambtU/'s d.ins le l'hesaur, nul, roin. île Gracvius, t. W (1008), p. 903; Pitllire iVErcolano, t. III (1762), p. 137 à 165; C. A. Boclligcr, • Klcine Schriflcn (83S), III, p. 333, Die SeiUamzer zu Cyzicus; Mayor atl Ju- VCN. XIV, ï-i (1881)3.

rr.NDA. 1 V. p. rit'iG, noies 1-3. — ~ Wilkiuson. Manners and custoinx, I, 316; Wi'iss, Kosliimhiii'-h\ I, p. 56, 423. I.a fronde chez les Troj;IoJ;lcs. Ilelloilor. Art/u VIII, 10;cliezlcs Barbares dAsio, IJ. Ciirl. III, 9, l,.i; IV. 1 1. i ; V, 3, !'.>; VII. C, i; Xonoph. Anal,. 111, 3, IT; IV, 3, 5. IS. ~ 3 /lois. III, iï ; .'«J,'!, XX, 16; Woiss, O. I. I, p. 3W. — '• Plin. /list. iml. Vil, ;u (201). — C Sorvius ail Virs. <!.-org. I, son; rlorus,lll, 8; Vcgot. De remil.l. 16. — 6 Str.ili. III, .i, 1. — 7 gu-ab. Vlll, 3, 33. — 8 /(, XIII, 5U9-6U0. — a /'. XIII, 716. — 10 Ar.-bil. fiag. 4' éd.

lile déposé dans la pochette, on rapprochait les deux brides dont les extrémités étaient ramassées dans la

l-'ig. o323. — Frondeurs sur un fragment de vase d'argent trouvt? à Mycôues.

main droite; puis, avec la main gauche tenant la pochette. on tendait l'autre extrémité ù hauteur des yeux pour viser le but; après (juoi, on imprimait avec la main droite à la pochette ciiargée un triple tour de rotation rapide, au-dessus de la tête --, et on laissait le projectile s'échapper, emporté par la force centrifuge, en lâchant !)rusquement l'une des brides. Au lieu de trois tours, Végêce recommande ilhabitucr les soldats à n'en faire qu'un -^ La ligure 3324, empruntée à une amphore de

Fig. 33Î4. -- Frondeur d"aprcs un vase peint du v siècle.

Xola, représente la fronde simple, chargée d'une grosse pierre -'. Les figures suivantes nous montrent des frondeurs au moincnt où ils ajustent leur tir ".La ligure 3323

Bcrgk ; cf. AescliU. Aijani. luIO; Eurip. /•/loiim. 1142; ArislopU. Aret, 1185. — » llias, p. 5HI. — lî Kph. arch. 1891. pi. n ; Pcrrol el Cliipici, Hisl. deCart, t. VI, p. 774, lig. 365. — l;> l'olvb. XXVII. 9. — I' Virg. .1™. IX, 586; XI, 579. — li Liv. 42, 65. — '6 Vcgcl. /><■ re mit. III. II. — i ' IbH. — I» IhiJ. — IS x.a;,-. va-, Slrab. III. .■>, 30. — 20 Ihid. ;»:i.»vi;».r.j;. Dapr-'-s Sprcngd, le Sthofiiia mucroiiattiSt mais plus vraiscniblableincnt.suivanl fr:ias,\c ScftoennsniyrieansporTCipond au mélancranis de Strabon (Mcvcr, Dotanischc; £rlitutcr. su Slrab. Gtogr. IS52. p. <ii. — 21 Telleesltiu moins rapparonce Je la fronde, sur nn petit plat en lcrr« rouge du musée d'Alliénes. décrit par ('ollignon, Catitloijnf */« vases prints dit mus. d'Athènfi. n»62S. — 22 Virg. .Imi. 586.— »Veg. II. îi. —i' Collection rjciiij^r,f\.fr,. — i^Werruie, eliassant les oiseaux de SI) nipliale, est figuré sur plusieurs lases pcinif dans relie altitude; De Wilte, Gaz.arcli, l;>76, p. 8, pi. ni. L'u vase analogue fait partie du musée Je Uouloguc-surSIcr (.-l/6uni ai'Chéo!G'j. des musées de procincf, ï. pi. mxJ.

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reproduit iino monnaie d'Aspendos '. La figure 33-26moulrc un frondeur du v"^ siècle en attaque, accroupi. Les auteurs mentionnent difTérentes espèces de frondes dont les effets étaient appz'éciés des tacticiens. La fronde achéenne se composait de trois courroies cousues en plusieurs endroits comme une sangle : ce système de brides avait lavantage d'être plus compact et rigide, et de donner, pendant la rotation, un rayon toujours tendu'.

Fig. 3325, — l-'ronilcu pamphylicD. Moiinaii d'Aspendos.

Une fronde est aussi figurée parmi d'autres armes surun bas-relief de Pergame '■ ; on distingue une pochette de cuir ovale, rattachée à ses deux bouts à

Fig. 3326. — Frondeur d'aitrùs un vase point du v* siècle.

d'épais cordons. Polybe et Tite-Live ° décrivrul une fronde à lancer des traits : elle a été étudiée à l'arliclc CESTROSPHt.NDONÈ. Végècc ^ parle souvent d'une fronde à manche de bois qui se maniait à deux mains : c'est le KUSTiBALLS. Enfin la fronde transformée en machine de guerre devenait une vérilalile halisle, du genre des onagres '' [tormenta] sous le nom de faiulihalum ou fiuidibalus.

Les projectiles étaient tantôt des pierres brûles plus ou moins grosses, du calibre du puing comme celles qu'employaient les Perses *, du poids d'une mine ('(36'^'', 60) comme celles que lançaient les frondeurs baléares ', tantôt des cailloux naturellement polis et triés avec soin, au point de vue de la forme et des dimensions '". Les frondeurs achéens, dans leurs exercices, se servaient de galets qu'ils lançaient dans la mer ". Mais de bonne heure on inventa des projectiles artificiels, comme des bisca'iens en argile cuite, de la grosseur d'un œuf de poule '^ : rougis au feu, ils devenaient de véritables gre-

* Zcitschrift f. ^>'umi.vmati/c, IV, |)1. vin, R ; de Luj ncs, Cfioix de monn, nntiq. pi. .*::, Il" 4.Reprfseutalion analogue sur les monnaies de Selg(^ cl sur celles 3es Acniancs [Catat. nf grcek coins, Thossalv. II, 2, 3, ;i). Dans le personnage figuri^ au revers de ces derjiiêrcs, on roconnail le frondeur légendaire Plif'.nios, roi des Aenianes, qui avait lu6 d'une pierre Hypérochos, roi des luacliiens ; celte pierre était adorée clicz les Aenianes (Plut. Quaest. gr. XIII). — SHartwig, Meislersclialpn.f. 184, pi. xvin, 1. — 3Liv. -12, 05 ; celle description a dû ôtrc tirée de PoKbe. Voy. une communication de M. Mowat sur la fronde acUéenne à VAcad. des /mer. Séance du 18 déc. 1874.

— 4 Alterthrimer von Pergamon, II, pi. xux, 10. — 5 Polyb. XXVII, 0; Liv. XMI, c:;. — 6 Z*e re mil. 111, U. — ^ Procop. Bell. Goth. I, 2 : £=f,Jc;./e(i; Si «Jt»; t!».-,

l;L?EptYç xal ovaypot ÉR'.'xctXoCryTat. — ^ XttpoRXr.flEi; ÀÎOat, Xcn. Anttb. III, 3, 16,

— ' 0 niod. XIX, 100. — 10 Uv. XXXVIII, 20, 21. — Il Uv. XXXVIll, 20.

— 12 On en a rclrouvé à Enua, eu Sicile (Momm'îcn, X'ùtachrift filr d. antifc. Wissensch. 1846, p. 782) cl, en très grande quantité, sur l'emplaecmcnt d'anciens fours à poteries à Djcbel-Alimar, prés le BelvédiVre, ii Tunis. — 13 Cacs. Bell. gai. V, 43, — I* Balle en bronze do Corcyrc, Visclicr, Kleine Schriflen, II, p 8.

nadcs capables d'incendier des baraquements '-V f>ès le v'= siècle, on connaissait déjà en (irèco l'usage des balles de fronde métalliques, en bronze " et surtout en plomb [glandes, ixoXuêot'ocç) [glandes], duni a trouvé un certain nombre sur le champ de bataille de Marathon. Ces projectiles perfectionnés paraissent être d'invention grecque. Leur poids considérable sous un faible volume et sous la forme la mieux appropriée à leur deslination '% donnait à la fronde des qualités balisliqucs très supérieures à celles de la fronde à pierres, de l'arc et du javelot. De plus, outre la longue portée, ils avaient l'avantage d'être invisibles et de frapper sans qu'on put se garer au préalable '".

Le maniement de la fronde demandait un long apprentissage. Aussi était-il, chez les Grecs, le monopole de certains peuples, où les enfants y étaient exercés dès l'âge le plus tendre. 11 se créait ainsi des écoles de frondeurs (<7tp£voovT|Ta!) dont l'adresse tenait du prodige : les villes grecques les prenaient à leur service comme mercenaires. Ils combattaient dans les troupes légères(']/'.Xoi')'', car la fronde ne fut jamais une arme noble, au même titre que la lance, le javelot ou même l'arc ". Par exception, les hoplites ajoutaient parfois la fronde à leur armement ". Dans certaines armées ils entraient cependant pour une assez forte proportion. Ainsi Gélon de Syracuse, surun effectif de 20 000 hommes qu'il offrait de mettre à la disposition des Grecs pour combattre les Mèdes, comptait 2000 frondeurs-". Dans la Grèce propre, ce sont surtout les peuples montagnards qui fournissaient au v'siècle les meilleursfrondeurs. Thucydideciteà plusieurs reprises les .\carnaniens -' , qui excellaient à désorganiser de loin les lignes des hoplites, et les Maliens^- auxquels on doit ajouter les /Enianes -■^ lesËtoliens '^' et les Thessaliens -■'. Il y avait aussi des frondeurs dans les troupeséléennes -"^ et béotiennes " . Mais ce sont les Achéens qui acquirent dans celte arme une supériorité éclatante. Pendant la guerre sociale, en 219,PhilippeV employa trois cents frondeurs d'Achaïe ^^ Leur renommée était telle et l'excellence de leur arme, décrite par Tite-Live, si bien établie, ([ue le consul M. Fulvius, en 180, ne pouvant venir à bout de Samè, \ille de Céphalonie, manda cent frondeurs d'.Egion, de Patras et de Dynié : grâce à eux, les sorties furent empêchées et la ville réduite à capituler ^^. L'expression à/aïxôv pÉXoç était devenue proverbiale pour désigner les bons tireurs ^°.

Hors de la Grèce, les frondeurs rhodiens sont cités par Thucydide ^' et par Xénophon dans l'expédition des Dix- Mille '-. Ils se servaient de balles de plomb, cl dépassaient de beaucoup la portée des frondeurs barbares, iiui n'employaientque des pierres '■'. .Ma suite des guerres

— lîj Scniper, Vrher die bleiernen Schleudergexchosse der Alten., Francfort, 1859 (élude matlléraatiquc). — 16 Onosander, 10. — n Thucyd. IV, 32, n. — 18 D'après .Xeuopli. Cgrop. VII, 4, Cyrus la réservait aux prisonniers dépouillés de leurs armes et aux esclaves, non pas qu'il considérât les frondeurs, mêlés ,à d'autres troupes, comme sans utilité, mais parce que, seuls et quel que fût leur nombre, il les jugeait incapables de tenir léle à une poignée d'iionunes bien armés. — 19 .Sur une autre amphore à ligures rouges du Miisée britannique [Calai. 912), ou voit nn frondeur, avec le casque à crinière, le nasal et les garde-joues; il a deux lances fixées en terre auprès de lui. C'est un hoplite, (pli à ses armes ordinaires a joint la fronde.

— 20 Herod. Vil, 158. Le chilTro des fi-ondcurs (rhodiens) dans le corps expéditionnaire de Sicile élail de 700 sur un effectif de .HOOO bopliles et tic 480 archers, Thucyd. VI, 22, 25,43. — 21 VU, 81 ; II, 31 ; Polhii, Onom. I, 1,Ï0 : Xenoph. Hellen. IV, 0, 7. — 22 IV, 100. — 23 Plut. Quac.'!t. graec. XIII. — 2'. .Strab. VIII, 3, 33. ^ 25 niod. XV, 85. — SB ,\cn. FTiM. IV. 2, 10. — 27 Larfeld, Sylloge, 184. Voy . KXEnoiTus, p. 800n.— 28 Polyb. IV, Gl, 2. — 29 Li,-. XXXVIII, 29. — 30 .Suidas, ,5. r. ■A,.,i'.. -31 Vl,43.— 32..1„a4. m, 3, 10; III,*, 17; 1V,3,1. — saDansParraécdAlesau-

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l'uuiques, ce sont les frondeurs gymnésiens ou l)aléaros, employés par Hannibal', (|ui se dislinguèrenl plus parliculièremenl. Leur répulalion devint populaire et l'antiquité tout entière lésa exaltés'. Diodoro^ et Servius '■ prétendent même que l'élymologie do Baléares vient de pàÀÀsiv. Ils étaient les plus habiles à lancer de grosses piernis avec la lorce de calupultes. Ils se munissaient de trois frondes de longueur dJIfiTentes, suivant les distances auxquelles ils devaient atteindre : Tune à longues brides ([j.axsôx(oXoç) pour ]o.s longues portées, une autre! courte (pc.c^z'j/'.ioXo;) pour tirer de ])rès, l'autre moyenne (p-£!J'f|) pour les distances intermédiaires ''. Ils les portaient l'une autour de la tête, en diadème, l'autre en ceinture, la troisième à la main ". Rien ne résistait à leurs projectiles, ni cuirasses, ni boucliers, ni casques ''. Ils ne manquaient jamais le but. On les forçait tout jeunes à l'adresse en les all'amant : leurs mères attachaient leur pain en manière de cible au bout d'une perche, et ne leur permettaient d'y goûter que lorsqu'ils l'avaient atteint. Cependant, d'après Tite-Live, les Baléares étaient inférieurs aux Achéens. Ils avaient surtout pour eux la l'oree brisante de leurs lourds projectiles (une mine, voy. p. 1364); mais les Achéens possédaient une précision de tir telle qu'ils pouvaient frapper de leurs balles la partie du visage (ju'il leur plaisait de viser *.

En I talie, la fronde était Cl innue des Étrusques' (voy. plus loin, lig. 33'29)ct des peuples italiotes que Rome employait comme auxiliaires. Dans l'ancienne armée romaine, les frondeurs [funditures) faisaient partie de la cinquième classe de Servius; ils étaient placés hors d(! la phalange, parmi les accemi, les rorarii et les fcventarii, quifundis ac lap'idihus pugnabant '". Ils devaient alors être fournis par les contingents auxiliaires des peuples italiotes. Leur rôle était très secondaire. Us ne cessèrent pas, sous la République, d'appartenir à la levis armaiiua qui faisait partie de la légion ; ils étaient placés derrière les principes et les hastati ". Cependant, après la deuxième guerre Punique, leur importance s'accrut et les Romains comprirent la nécessité d'opposer aux Baléares et aux Maures d'Hannibal '- des frondeurs plus experts que les anciens ferentarii. Ils iirent alors appel à des mercenaires étrangers, Siciliens " et Baléares '*, puis dans les guerres de Macédoine, de Syrie et de Galatie, à des Achéens '° et probablement à des Grecs d'Orient "^. Bien que le maniement de la fronde lût réservé à ces corps spéciaux, les légionnaires, par occasion, étaient ap[ielés à user de cette arme ". Végèce rei'ommande de la dtjuner aux jeunes soldats, parce qu'elle n'est point embarrassante et qu'elle peut leur rendre des services, s'ils se trouvent

(Irc, K;s fi-omleurs ne sont ^igll;lK'■s par Arrion i|uc tieiulant la cant[)ai,'no do l'huip (l\', 12, 2 ; V, 30, \). Mais c'est là un simple liasanl ; il n'est nullement [irobable iju'en l'ace des nomlneuses troupes barbares «jui se servaient tle la fronde, l'arnice marédonienne ait été dépourvue d'une arme aussi importante (voy. d'ailleurs 0. (lurl. 111, '^, 11). — I l.iv. .\.X1, ïl, 22. — 2 Virg. Georij. 1, 309; Veget. Milil. I, Itl.

— ■' Diod. V, 17, 18. — * Sorv. AU Virtj. Geory. I. 30'J. — û Slrab. III, 5, 10 [ou Ij; IJiod. V, 17. 18. — 6 Ibid. Quinte-Curce dit aussi que les Mardes porUiicnt leur fronde eu guise de diadème autour ilu front, V, G, 18. — " Métellus imagina pour protéger contre eux ses trou|>es de débarquement de couvrir ses navires avec des lenluros de peaus (Strab. 111, îi, 1). - * l.iv. .VX.WIII, 28. — » Scène de chasse sur une fresque étrusque; Murtha, l'Art ëtrustjlltj, p. 3i'y, fig. 272 i= JJonumenti delt' Isl. XII, pi. xiv). Les Gaulois employaient aussi la fronde (Slrab. IV, 4, 3; Caes. Bell. liai. V, «). — 10 Kest. Epil. 369; Liv. 1, 43, 7 ; Nonius, p. 552, 31 ; Dion. Il.il. IV. IT ; Veget. De re mil. 1, 20 ; III, 14; 11, 2, 15 — " Vegct. ibiJ. 1, 20; H, 2, 17. — H Liv. X.KI, 21, 22 ; XXII, 37, 7. — 13 Après frasimùno, en 2li;, Uiéron de Syracuse leur envoya 1000 frondeurs et archers. Liv. XXII, 37, 7.

— e* Prontiu Slrat. IV, 7) cl Végéco (I, l:î) parlent des frondeurs de Scipiou

en terrain pierreux ou bien au sommet d'une hauteur d'où il leur faut atteindre l'ennemi de loin ". Sous les empereurs, les fundilores étaient recrutés parmi les auxiliaires [irovinciaux '''. Vi'gèce comprend souvent parmi les fundilores, les fuslibalutores ou frondeurs armés non de la funda, mais du fustibalus °". Mais il ne parle plus (|ue de i)ierres comme projectiles, comme si l'usage des halles avait été abandonné.

Dans la tactique grecque et romaine, le rôle des frondinirs était lemèim!. Ils étaient placé-s aux ailes-', avec les archers--, et devaient préparer rattaijui; de la grosse infanterie en désorganisant la ligne ennemie, qu'ils accablaient d'une grêle de projectiles. Ils devaient d'abord se porter en avant des hoplites ou des légionnaires, quitte à se réfugier dans leurs rangs ou à regagner les ailes si l'ennemi tenait bon. Ainsi opèrent les frondeurs acarnaniens, dans Thucydide -'\ les Thessaliens d'Ëpaminondas à la batailhi de Mantinée en 302 -' et les fundilores de Manlius dans sa campagne contre les Galates -'. Durant le combat, ils devaient continuer à harceler l'ennemi, en ([uelqu(! point (ju'ils fussent du champ de bataille ". Ils rendaient surtout les plus grands services pendant les sièges, en dégarnissant les créneaux de leurs défenseurs, pour préparer l'assaut, ou en repoussant les sorties, comme ils Iirent au siège de Samè ^'. De même dans les combats navals, ils avaient pour mission de préparer l'abordage -'. Végèce les considère aussi comme la meilleure troupe à opposer aux éléphants, dont ils peuvent de loin atteindre les cornacs -'.

L'équipement des fundilores est représenté par quelques monuments. Ils figurent sur la colonne Trajane ^° avec les vélites, hors du vallurn, et repoussent une attaque de barbares.

Ils portent la tunique , le sagum , une èpée courte et un bouclier ovale (lig. 332"). Leurs pierres sont contenues dans un pli du sagum ; les frondeurs grecs se servaient d'un sac de

cuir (tiv-çi >.;0o)V,

5iï.0£oa)^' ; on voit aussi un frondeur avec son sac à munition sur une stèle funéraire romaine (lig. 3328}^-; ceux de la colonne Antonine paraissent être des barbares^'. Derrière les fundilores de la colonne Trajane, appa-

Kmilien i Numaucc. — 1= Liv. XXXVIII, 29, 3. — IC Ibid. XXXVII, 40. Antioclius avait des frondeurs c; rtécns ci élyinéens. Le consul Maalius comptait beaucoup de frondeurs parmi ses vélites, mais Tite-Live ne dit pas qu'ils fussent étrangers (XXXVlll, 20;. L'armée réunie par i'ompée pour la guerre civile comptait, avec 3000 archers de Crète, de Sparte, de Pont et de Syrie, deux cohortes de 600 froodeurs dont la nationalité n'est pas indiquée par César {BeW. ci». Ilï. 4, 3). — *7 Sali. Jug. 57, 4; App. Uillir. 32, 33.— is £ie re mil. !, 16. — "Tac. Ami. 13, 39 ; Slar>|uanll, .iittiq. rom. Irad. Humkert, t. XI, p. I'J2. — W De rr mil. Il, 13 ; III, 14.

- 21 Vogct. De re mil. I, 20. — 22 Jbid. II, 17. — 23 H, si. — 2* IHod. XV, 85.

— 25 l.iv. XXXVIII, 20-21. —26 Sali. Jug. 99; Val. Mai. II, 7, 9 cl 15. —27 Uv. XXXVlll, 29. — 23 Veget. V, 14. — 29 Vegct. III. 24. — M Frûhner. Col. Traj. (1872-74), pi. ICI, 145 cl s. et p. 10, 21; Barloli. Col. Traj. pl. 40. Us ïi>liles étaient préposés à la garde eitérieure du camp; Val. Mai. II, 7, 13. — 3' Slrab. VIIl, 3, 33; Diod. III, 49. —'32 Silz. Berichie d. Wien. Akadcm. Ilislor. Gassc, 1S5I, pl. IV ; cf. Mali et v. Itulm, Bildtcerke, 1881, n' 3877 ; de Minicis, Dister- (ii:i'oiii, etc. lig. 3. Four l'inscriplion Corp. inscr. lai. VI. 17343. — 33 Bellori, Codininii At . Aur. Anton., Konie, I7ul, pl. \i: l>e Minicis, pi. i, 4.

Frondeur d'aprî-s la colonne Trajane.

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raisscnl les lanceurs de pierres ù la main. \èlus di même, mais sans armes. Ils sont menliounés par ïliiuy

Fiî. 3328. — frondeur d'après une slàlc i'Om.iinc.

dide ' parmi les ■j-iXoi qui allaciueiil les Spartiates à Sphaclérie, et, sous le nom de ~£tço6oào!, parXénoplion-, parmi les troupes de Tlirasybule. Même après l'invention clés fuslihales, des arbalètes, et autres armes de jet, Végècc recommande toujours d'Iiahiluer les soldats à lancer des pierres avec la main •'.

Pour déterminer la portée des l'rondes à halles, on a les données de Xénophon ''. Les arcs perses ne portaient pas à u plèlhres (loi mètres); les frondeurs rhodiens, avec leurs balles de plomb, portaient deux l'ois plus loin que les frondeurs persans avec leurs pierres, et même ils atteignaient les archers barbares. Végèce ^ considère une distance de (iOO pieds, c'est-à-dire de 177 mètres, comme une bonne portée pour le /'«s^irt/i/s, puisque c'était la dislance réglementaire des cibles pour les exercices de tir Ce chiiïre doit être considéré comme un maximum.

En dehors de la guerre, la fronde était employée à la chasse ", particulièrement à la chasse aux grands oiseaux de marais, ainsi qu'on la voit représentée sur (pielques peintures. C'est pourquoi elle est, par exception, substituée à l'arc entre les mains d'Hercule massacrant les oiseaux de Stymphale'. La ligure li^-iO' représente, d'après une fresque étrusque, une chasse aux oiseaux d'eau. La ligure 3330, empruntée au vase François % représente un Pygmée à cheval sur un bouc et armé d'une fronde chargée ; il donne la chasse aux grues; on en voit d'autres dans la môme peinture, qui ont enroulé leur fronde au col des oiseaux j^mr les étrangler.

1 Tlmry.l. IV, 32, 31. — 2 Xcn. Jh'Vvn. II. 1, I.:. I.cs l.ibjcns aUiiicnl .lU coinl.al avec Irois liinces et quplques pierres dans un sac de cuir, Diod. III, 40. Sur un sarcopli.agp de lîeiins (Marlot, U'xsl. do IMrrnt, l. I, p. lifti ; I.e Riant, Re«. arcItiJoL 1879), David est figurt'- avec un sac plein de pierres suspendu au cou par une courroie et une pierre dans la main. — 3 Vegel. De re mit. I, 16; II, 23 ; III, U. IXon. Anab. III, 3, 10 ; 3, 10; 4, l(i ; IV. 3. 1, :i, 18. — S Vcget. De ve mil. II, 23. — C Aristopli. Aiws, 1185. — ^ Voy. p. 13C3, noie 25. — « Voy. p. 1305, noie 9.-0 .Von. rfcr/«s;. 1848, pi. i.vni; Wiciwr Vorlegehlmter, 1888, pi. iv, 1 b; llawkins, dans VArchacologia, t. XXXII, ISi7, p. 00 cl s. — '0 Virg. Georg. I, 141 ; Servius, Ad h. t. ; Isidor. Ojirj. XIX, .'i, 2. — " Macrob. Snl. II, 4. — 12 U- Uurl. V, C, 18. — 13 Plin. fUst. nat. X.^LXVIl. 37 cl 42. — liim.iOfitiArnrE. Jusle Lipse, Poïiot'Ceiîca^ liv. IV, Anvers, IGO.'i ; Delfioo, Délie, anliche f/Uiande missili tU piumbo. Napoli, 1820; de Minicis, Di.iserta:ioni délia ponllfeia accad. roin. di aicli. t. XI, p. 187-231), Komc. 182j; llawLins, Anhueoluijiii,

La fronde est parfois donnée comme attribut à Némésis, pour indiquer que la justice divine sait atteindre le coupable même de loin '".

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