‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments (volume 5)Chapitre 57 sur 104 · FIR · texte numérisé non relu

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c'est ainsi (ju'il faul interpréter l'épithèle de xy.ivy.r.onc, qui est donnée par Sophocle'. Euripide le premier leur il prêté des ailes, les assimilant à des Bacchantes qui, parmi les larmes et les gémissements, mènent le thiase sinistre sur les jias du meurtrier -. L'image qui domine est celle de chasseresses infaligahles, laquelle se change en celle de chiennes furieuses, aux yeux dégouttant de sang, aux aboiements sinistres. Lorsque Eschyle les mit pour la première fois sur la scène, il les fit pareilles aux Gorgones de l'art primitif\ entrelaçant leur chevelure de serpents, leur mettant aux mains de longs bâtons, des torches peut-être, que nous leur trouvons sûrement attribuées par Euripide ainsi que des serpents; aux pieds elles ont la bottine propre aux chasseurs; leur vêtement est d'abord la tunique longue (ttcoViOy,?), retenue par une ceinture de pourpre, puis la tunique courte qui laisse la liberté des mouvements et sur les épaules la chlamyde de couleur sombre K La tradition a consacré l'effet de terreur que leur apparition au théâtre d'Athènes produisit sur les spectateurs^.

Quant à leur être moral, il reste conforme, peu s'en faut, aux données de l'épopée. Elles vengent surtout toute espèce de crime contre les lois supérieures qui garantissent l'existence de la famille et de la société; en première ligne les crimes des enfants contre leurs parents''. Elles interviennent contre Oreste, meurtrier de sa mère ; contre les frères ennemis, coupables envers leur père et envers leur patrie ; OEdipe lui-même encourt leur funeste action, il raison du meurtre de Laïus. Cependant leur rôle a grandi dans la mesure même où les notions morales se sont étendues et purifiées. Clytemnestre chez Eschyle essaye de justifier le meurtre d'Agamemnon on disant qu'elle l'a immolé à Atê et à Érinys, à cause du sacrifice d'Iphigênio'' ; Jason chez Euripide invoque contre Mêdée l'Erinys des enfants qu'elle a tués '. Chez Eschyle elles déclarent expressément qu'elles ne poursuivent pas le meurtre de l'époux contre l'épouse parce qu'ils ne sont pas du même sang'. Euripide exploite la même idée mais avec une nuance de réfutation. Quant à, Sophocle, il les prépose à la garde des droits domestiques en général, lorsque tlyllas dans les J'rac/iininines les invoque contre Dèjanire au nom d'Héraclès, lorsque, dans VÉlccirc, l'héroine rend justiciable de leur action radultêrc, lorsqu'enfin, dans VAjax, on leur demande de châtier toute espèce de meurtre accompli au nom d'une passion coupable'". Eschyle déjà les avait appelées les « toutespuissantes malédictions de ceux qui ont péri «; mais, en fait, il a limité leur intervention aux cas où le meurtrier est du même sang que la victime; après lui, elles

1 Cf. Acscli. Scpt.c. r/i.ïyi.etSchoh-fî,;-:;, TK/.i™; -«f/Y^vi»»'/.!, cl non avec IK'sycliius: à-èi toùxà[A-T!ivT« YÔvwTK Twv ttjxaçTKvôvTwy . — ^ Or. 3 ifict S. : //;. 411 ; //et". 1078 : l!«x/.«i"AS',a;d(''jàclie/, Escli.&H/l.-i'JlinfoTo^zd^so.McttvàStvCf. Dillliej, Op.ci<. p.90.

— aAescli./Tum. SO ; cf. .Çopii. A/. 8W ; 0«/. Col Ail -.VWL Ih: sera iiiim. vind. M; Sprv. AdAen. III, iù9. Pour les Gorgones. Aescli. Jùim. 18 ; (Jhouph. 1043 : rf. Eur. Or. 261 ; Sopli. (ted. Col. M : l'aus. I, 28, 0 ; cf. 0. Mullcr, Aeschyhis Kumenidm, 105 cl s. ; du mtîme ; De Eriuyuni relit/iom;, Berlin. 184-4. — '* Strab. III. p. 17;i c; Lycoplir, Ctiss. 11,^7, ad. h. l. et T/etz. Diop. Lacrt. VI, 9; Suidas, v. zv.tù^. Pculèlrc. pour les lorclios. dfjà du temps d'Eschjlc, Hum. 1004. 1011 et lOil ; cf. Arisloph. Plut. Mi et sq. avec le Scliol. Sophocle ne nous fournil presque rien concernant les aiiparcnces physiques des ICrinyes ; liuripide au contraire est liôs expressif ; Or. 255, 200, 408, 1342; El. 124S; Iphiy. Taur. iH.i et s., S94 : cf. lîaumcislcr, Denkmaeler, I, p. 405. — !• Vit. Acsehyl. Mit. Tauciniilz, p. VI. — » Eum. 200 ; Sept. c. Th. 70 et 703 ; Choep. 912: IbU. 273 et s. ; Fraym. ap. Alljcn. XI, p, 405 ; cf. Soph. Oed. Col. 1299, 1434, 1391. — 1 Agam. I.t94 ; cf. 1491 et 1548.

— 8 Med. 1389 el 1300. — 0 Acsch. Eum. 212, 605 ; cf. Kur. Or. 584. — 10 Trach. B07 et 1050: El. 112, 27ii cl Um-.Aj. 835 cl 843. — H Choeph. -iOG: cf. Soph. iV. 112; Qcd. Col. 1375.— 12 «;i|ina).r„ Oi«;, Kur. Or. 584; fuirioçfuy, .•Usch. Choeph.

deviennent h^s vengeresses de tous ceux qui sont morts injustement ". Une fois le crime commis, les Erinyes combattent pour les victimes; elles gravent le souvenir du forfait au plus profond de leur mémoire; le châtiment est tardif quelquefois, mais il est immanquable. Le coupable est leur chose; elles s'établissent au sein de sa race, elles en dévorent la substance et la détruisent :

Non seulement elles sont identi(|iies au châtiment i^elles s'appellent simplement Ilo'.vaî sur les vases peints et itxâoTLxt chez les poètes ''), idenli(]ues aussi aux Kêres, personnifications de la mort sanglante et violente", mais leur nom sert à désigner tout ce qui est terrible, affreux, tout ce qui suggère l'idée du meurtre et de la vengeance criminelle. Les Frères ennemis sont appelés /ï.p|j.aTa 'Estvjcov; Médée est une Erinys meurtrière et misérable. Chez Eschyle, le filet jeté sur la tête d'Agamennon est un tissu fabriqué par elles; de même, chez Sophocle, la tunique du centaure qui consume Héraclès et l'épée dont se transperce Ajax sont sorties de leurs mains, l'olynico a leur image peinte sur son bouclier; un message de mort est le Péan des Êrinyes; les combats sanglants leur sont un prétexte à exercer leurs châtiments : 7tY||j.ovàv 'EptvÛMv '■■; elles soufflent à l'occasion, sur les pays qui sont l'objet de leur haine, un vent de mort (PpoTocpOdpouç x-(iX'oaç) et de stérilité "^.

Dans l'esprit des hommes qui deviennent leur proie, elles jettent de même, non seulement l'esprit d'imprudence et d'erreur qui les précipite dans la carrière du crime, mais la folie furieuse '''. Tout d'abord, cette action est tout autre chose qu'un trouble purement physiologique, c'est un égarement religieux, une sorte de terreur morale, qui paralyse la volonté et qui livre désarmé le meurtrier aux vengeances divines. Ainsi faut-il entendre " l'hymne chanté par les Erinyes, qui enchaîne la raison (oédULioç otEvoiv) » dont parle Eschyle; « la privation du sens droit et de la conscience » (Xôyou x'avoia xa'i ipEvwv) que personnifie l'Erinys chez Sophocle ". La folie spéciale du meurtrier, folie faite de remords et de crainte, c'est la blessure causée par les traits terribles qu'elle lance '". Toutes ces images, chez des poètes à l'âme religieuse, correspondent à un objet réel, à des personnifications d'essence surnatuTelle et divine; c'est pour cela qu'ils n'hésitent pas à montrer sur la scène les terribles déesses. Euripide, tout en conservant aux Erinyes la réalité poétique, discute peut-être au nom de la froide raison; il en fait un produit du délire qui succède au crime, une création suhjtictivc des âmes où l'action sanglante et coupable a porté le trouble et désorganisé le

v.jxovt;, Prom. 518 :

Ocd. Col. 43 ; àva->.àxr,Toî = ùisaXtr;,

Oed. R. : Aescli. ap Stobae. Ecl. p. 120; û(r:ï?n=Oôpo(, ufmçÔTzoïva : Agam.i^: Soph. Antig. 1073; Acsch. Eum. 921; Sept. c. Th. 781, 1040; Agam. 1 147, etc. Tour la persistance de leur action sur une race, .\esch. Choeph. 403; Ilerod. IV, 119. — l;i Aniiali del ht. 1804, p. 285; llesych. s. o. 'EpivOî; Aeschiu. Ttm. p. 190. — Il Sept. c. Th. 1064: Kr;jsi 'Kpivûi;; lli^siode. 77ieo.(/. 217, et Kuripidc. El. 1252, donnent aux Kùres les fondions vengeresses remplies par les Frinycs. Corp. inscr. graec. 2415; Kiiihcl, ICpigrttph. 218. — ^•> Eur. I*hoen. 1503; Med. 1 260; Acsch. Ag. 1518; Eur. /'/lOfii. 1123; cf. 252: 4j. fi43 : =aiV/ •EjivOo.v. Pour les r;ipporls d Érinys avec ArCs, .Scliol. Soph. Ant. 126; Aj. 1034 ; Trnch. 1052. Cf. le frugrn, d'Accius (Hihbeck) : me furiali veste irretiit; et Luc. l'harx. : .\on te furialibus armis pemequor. Hélène, ap Aescli. Agam. 721, est appelée vjii5f;x>.avTo; 'Epivjç. V, p. 1414, n. 9. pour Knnius qui nomme Hélène une Furie, ■l'yd'ée {Sept. c. Th.) : 'Efivi.; xXr,-:>;pa. — lii Eum. 769 et s. — " Ag. 143, 733, 1078, 1532, 1569; Choeph. 395. — <« Eum. 331 ; Ag. 1192: Chueph. 283; Soph. Aniig. 603. — 19 Eur. Or. 274: Iph. Taur. 1456: Mosch. IV. 14; cf. Paus. VIII, 34, 1 ; VII, 25, 4: elles sont appelées Mnvîîti ;i Megalopolis. V. la noie 2, p. 1114 ;

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