GE.M
Hadrien gralilia la Junon d'Argos, (l'uvre chrysOléphanline de Polyclèle, d'un paon en or dont les plumes étaient incrustées de pierreries'. Ces statues gemmées n'ont jamais cessé jusqu'à la fin des temps antiques d'être appréciées et recherchées, car Nicétas Choniatès cite une statue d'Hélène, femme de Constantin, qui était ornée d'or et de pierres précieuses ^.
L'orfèvrerie gemmée fut aussi toujours particulièrement en honneur, et Grecs et Romains paraissent encore en avoir emprunté le goût aux Orientaux. Polémon, cité par Athénée', racontait qu'à Athènes, Hippaeos fabriqua pour les noces de Pirithoiisune œnochoé et une coupe en pierre fine, dont les lèvres étaient cerclées d'or. Dans un tombeau de femme, à Kertch, on a recueilli entre autres objets d'orfèvrerie, un superbe flacon à parfums, en or, constellé de vingt-quatre grenats syrians cabochons". Ce flacon et la grande coupe du trésor de Pétrossa, au Musée de Bucarest '■" sont les plus beaux spécimens qui nous soient parvenus de l'orfèvrerie gemmée. Clitarque, cité par Strabon, mentionne des tables, des coupes, des sièges de bronze incrustés de pierreries iXiOoxôXÀYiTa), telles qu'émeraudes, béryls, escarboucles*. Dans la pompe dionysiaque de Ptolémée Pliiladelphe, à Alexandrie, tous les vases de la table étaient en or, émaillé de pierreries loiâXiOal ; il y avait un cratère colossal en argent, dont la panse comportait une zone d'or incrustée de gemmes; trois trépieds d'argent, quatre trépieds d'or étaient pareillement incrustés; le lit de Sémélé avait des couvertures diaprées d'or et de gemmes (/tTÛvaç Sîa;(pij<jou; xai ài6oxoXV/|TO'jç) ; une couronne d'or gigantesque, de huit coudées de diamètre, était aussi rehaussée de pierreries (XiOotç TioXuxEXÉfjti, et à la proue du vaisseau royal, on avait installé le sanctuaire de Bacchus tout en pierres fines et en or". Les poètes de l'empire romain considèrent l'orfèvrerie gemmée comme le dernier mot du luxe et de l'opulence : Ovide attribue au Soleil un palais, un char, une lyre incrustés de gemmes'. La voluptueuse Capoue était remplie de vases gemmés, dont les Romains s'emparèrent : poculaque Eoa luxum irrilantia gemma '\ Cicéron insiste sur les vases d'or gemmés que Verres s'était indûment appropriés: pocularx auro gcmmisdistincla clarisshiiis '". Pline, Juvénal, Martial, Trébellius Pollion et vingt autres mentionnent avec admiration tous ces gemmât a poioria, Ttoxiipia /i6oxoÀXY,Ta, ces cnlices cjemmnt'i, ces scyphi gemmati^ ces calices allassontcs qu'à l'imitation des Orientaux les riches Romains s'arrachaient". Les harnachements des chevaux, les boucliers, les casques, les fourreaux des épées, les baudriers, les sceptres, les libules, les chaussures [socculi e margarilh, gemmne in calceis), les chars sont incrustés de gemmes ; gemmalus miles, dit Martial '-. Caligula donne à son cheval Imitatus un collier de pierreries; il fait construire des galères gemnialis puppibus ". Les coffrets, les échiquiers, les lits, les instruments de musique sont décorés de carnées et de cabochons [detisi radiant testiidine tula sardoni/rhrs) ; les
' l'ausau. II, 17, — 2Xiccl. CUoni-dl. De statnis. Coilsta)Uinop(n.\ïb.\l;li-dnd[in, hnp. Orient, t. 1. pars 3, p. 111; Cli. de Liiias, (). /. p.ïSl i-l s. — ;l Allieii. XI, 0. — •Gli.del.inas, O.IA. I, p. li:2-123et pi. iv, fig. 5;cr. ^Iji/i'y. du /hsphore cimmèricn, 1. 1, pi. XXIV, 25, et fid. S. KRinacli, pi. xxiv, fig. :i5. — •> F. de l.aslejrie, Merveilles d-: iorfévrerie, 1873, p. 70 ; Cli. Aa Linas, dp. cit. 231-233 et pi. v. — 6 Slrab. XV, 718 ; Clilarch. fragm. p. 81, M. Didol. — 7 Atlieii. V, 0. 7, 0. — » Ovid. Metam. X, 2, 2. — a Sil. liai. Puiiica, XIII. 235. — m Cic. In Verr. IV, 27,02. — " Trcb. Poil. Gall. duo, 16, -i; Sil. liai. Pim. XIII, 255 cl XIV, 001,002; Flav. Vopiscus, Vit.
couronnes, les sceptres impériaux et consulaires sont surinonlés d'aigles ou de bustes en sardonyx (voy. iig. 3331). Un allait jusqu'à incruster de pierres précieuses les parois mêmes des appartements. Le palais de Cléopàtre, comme celui du Soleil, est couvert d'incrustations"; les rois indiens ont des pavillons gemmés '^; les Parthes dépassaient encore les Romains parleur luxe des pierres fines appliquées à tous les genres d'ornementation. Héritiers des Achéménides, ils sont, comme eux, couverts de vêtements de soie brochée d'or, avec des agrafes et des boutons en camées; comme eux, ils ont des tiares, des écharpes, des colliers, des bracelets, des chaussures constellées de gemmes gravées ou en cabochon. C'est dans son plein le luxe asiatique qui éblouit les contemporains de Claudien et d'Ammien Marcellin: Parihus gemmis luxurians. Aussi, en dépit des luttes politiques et des répugnances de l'amour propre national, les Romains et les Byzantins recherchent-ils avec passion les produits de la bijouterie et de la glyptique de leurs plus redoutables ennemis. Le faste impérial ne rougit pas de s'en parer; Honorius a, comme eux, des vêtements et des armes constellés de gemmes" ; le sarcophage de sa femme Marie, tille de Stilicon, trouvé à Rome sous le pontificat de Paul III, renfermait un vase d'or gemmé, de nombreux vases de cristal et de petits animaux en agate '^ Rappelons enfin que les patères gemmées figurent parmi les pièces les plus admirées de la vaisselle du palais et des églises chrétiennes de Constantinople.
<c Du reste, remarque Ch. de Linas, l'antiquité classique regarda toujours l'incrustation des gemmes comme une spécialité de l'Orient ; cette industrie n'avait pas même de nom chez les maîtres occidentaux du vieux monde, et des adjectifs ou des périphrases, /pû^soi; XiOoxoXXr|Toç (incrustation avec ou sans rabattu), yptiscoç SisiXiOoc; (semis de pierres serties en bâtes), X(Ooç Trsf.txexa- Xu[j.[j.Évoi; y^tjnio) (pierre montée en bague), aiirum gemmatum, aurum gemmis distinctum, gemma auro inclusa, désignaient seuls ses produits. On n'est guère plus avancé relativement aux joailliers, fabricants ou revendeurs; ils étaient probablement confondus avec l'orfèvre, /fudoydoç, yfuTOTtotôç, aurifex, aurarius. .le trouve niargaritarins sur les inscriptions; quant aux iuïmasgcmmator, gemmurius, inclusor, ars gctnniaria, opiis gcmmaiium, ils ne sont pas antérieurs au iv" siècle. Les textes, d'accord avec les monuments, expliquent la pénurie ou l'âge récent des expressions relatives à l'ailiaiicc des pierreries et des métaux précieux » ".
Les gemmata potoria ou pocitla étaient fabriqués de telle sorte que les pierres, camées, intailles ou cabochons, étaient serties au rabattu dans des bâtes plus ou moins espacées; on pouvait parfois assez facilement détacher ces gemmes avec l'ongle ; aussi prenait-on certaines précautions contre les voleurs ou même les indélicatesses des convives ; il y avait dans la salle à manger, dit Juvénal ", un gardien : gui numerel gemmas, unguesque obsrrvet anitos. Dans la maison impi'riale, la garde des
Salurn. I. H. 20'.', rd. l'ctcr ; W. Frouliiior, La verrerie antique, p. 40. — 1- Suet. Caliij. 37, ;>2. 53; Jipist. 76; Mari. Kpigr. XIV, 20 cl 10; VII, 72, 8; Lauiprid. l^lag. 23. Hadrien est reinarquf^ parce que son baudrier est sans pierreries ; Vit. Uadr. 10. — la Suet. Calig. 37, 52. 35; Plin. XXXVII, 0. — 1^ l.ucan. l'hars. X, 119 à 122; Ovid. Met. X, 2, 2. — 'û Claud. SdVic. I, 168. Vo;e/. d'au Ires édincos avec des gemmes ineruslc''cs, cit>!s dans Cli. de l.inas, O. e, t. I, p. 187. — lii Claud. De IV cous, l/onorii, 584 et s. ; Slilic. Il, 88. — n Cli. do l.inas, t. I, p. 301. — m Ib. I, 130; cf. W. Froebuer, O. c. p. 5». — •» Juven. IV, .150.