‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments (volume 5)Chapitre 67 sur 104 · EM · texte numérisé non relu

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ulijels f^oinmc's ùlait confiée à un esclave spécial (jui prenait le litre de pru'ixis'Uus ab auro ffunimalo^ . Les camées étaient gardés dans des écrins d'ivoire llocuits eburnis) d'où on ne les sortait qu'aux jours de fête et dans les grandes cérémonies.

D'ailleurs, les richesses que cet esclave avait à garder étaient un véritable musée ot l'on collectionnait les gemmes et les objets gemmés, comme aujourd'hui on constitue les collections d'objets d'art. Dès l'époque alexandrine, il y eut des trésors d'orfèvrerie gemmée, de bagues, de fibules ornées de gemmes. La première collection de ce genre que mentionnent les auteurs est celle de Milluidate. Quand les Romains s'emparèrent de son trésor de Taulara, dont l'inventaire dura trente jours, on y compta jusqu'à deux mille tasses d'onyx serties dans des montures en or. Tout ce riche butin figura dans le triomphe de Pompée et l'ut déposé en ex-voto dans le temple de Jupiter Capitolin -. Dans un tombeau de femme, à Kertch, on a trouvé huit bagues de dimensions telles qu'elles n'ont guère pu être portées au doigt: c'était un luxe d'écrin '\ Mithridate, ([ui eut une si riche dactyliothèque, donna son portrait monté en bague au sophiste Arislion. Tel fut l'engouement des collectionneurs romains pour les gemmes montées en bagues que le sénateur Nonius fut exilé pour n'avoir pas voulu en céder une à Marc Antoine qui la convoitait".

M. Aemilius Scaurus fut le premier, à Rome, qui eut une dactyliothèque, c'est-à-dire un écrin de bagues et de camées ■; après lui Pompée mit celte mode en honneur '^ ; Jules César aussi eut une dactyliothèque qu'il offrit en ex-voto dans le temple de Vénus Genetrix'', et Marcellus consacra la sienne dans le sanctuaire d'Apollon Palatin*. Comme tous ses contemporains. Verres était très amateur de joyaux et d'orfèvrerie gemmée ; mais il poussa cette passion jusqu'à la plus cynique indélicatesse. Émerveillé à la vue des ustensiles et des vases d'or rehaussés de pierres précieuses qu'un jeune prince syrien, Antiochus, passant par la Sicile, portait à Rome, au temple de Jupiter Capitolin, Verres les lui emprunta souspré texte de lesmontrerauxciseleurs qui travaillaient pour lui, et il se garda bien de les rendre dès qu'ils furent en sa possession'. Cicèron dit même en parlant de Verres: nerjo in Slcilia tota... fuisse... uUain fjemmam aui margarilaiii... quin conquisierit, etc.

Jules César alla jusqu'à payer une seule perle six millions de sesterces '". Pompée lit porter dans l'un de ses triomphes un échiquier fait de deux pierres précieuses, ([ui mesurait trois pieds de largeur sur quatre de longueur". Pline parle d'un vase en onyx qui tenait une amphore, et d'un autre .qui, bien que contenant à peine trois si\i(arii,hd vendu 70 talents. Auguste offrit au temple de Jupiter Capitolin la valeur de 30 millions de sesterces en perles et en pierreries '^ Livie consacra au Capitole un bloc de cristal pesant l.aO livres. Néron acheta une coupe gemmée 300 talents, et un bassin de cristal 130000 sesterces ; dans un accès de colère, il brisa deux coupes de cristal sur lesquelles étaient gravés des sujets empruntés

1 Corp. inscr. lut. l. V!, 873i-8730; Marquanil. La vie priait; tifS Humains, l. U, p. 360. — 2 Pliii. XXXVII, 1. — a Annali MV Inslit.arch. ISIO, y. i-ii. — V Plin. XXXVll, SI. — s Plin. XXXVU, o. — « l'iiii. /oc. cit. — ^ l'iiii. lue. cil. Suct. tac*, l". — 8 l'iiu. /oc. cit. — ^ Cic. In Yerr. IV, i7 et iS ; cf. do Unas, L. 1, p. 165 ; Mvii'iiii.iriU, La vie privée ties Homains, t. Il, p. 366. — '0 Sud. Caes. 47, 50. — Il l'Iin. XXXVU, 6. — '« .Surt. Auy. 30, dOI. — 13 l'iiu. X.XXVil, 9, 37. — li Marlial, X, W, I. — lu Sicl. Apoll. Kp. II, 10; cf. .\pul. II, i. 10 Trcb.

à VIliade. Pline, qui nous fournit ces détails, cite une statuette du même prince qui avait 13 pouces de long et qui était sculptée dans un seul bloc de jaspe '^ D'autres écrivains nous parlent également de vases taillés dans des blocs d'améthyste, de cristal, d'onyx, de jaspe ''*. Au temps de Sidoine Apollinaire on boit encore le bon vin dans des coupes d'agate, comme au temps d'Horace'^.

Cet engouement extraordinaire pour les gemmes et pour les parures gemmées devait nécessairement provoquer l'industrie des faussaires et des imitateurs. On fabriqua (m pâte de verre des camées, des inlailles, des coupes, des statuettes qui ressemblaient à s'y méprendre aux joyaux en pierres fines '''. Pline nous met au courant de l'habileté extraordinaire des verriers dans ce genre et insiste sur la difficulté qu'il y a souvent à distinguer ces pâtes vitreuses des vi^ritables gemmes''. Pour les amateurs les moins fortunés, on fabriqua en pâle de verre des vases, des camées, des intailles qui sont eux-mêmes des merveilles et qu'une analyse attentive peut seule, parfois, réussir à distinguer des ouvrages en véritables gemmes : il existe des fausses intailles de ce genre dans toutes les grandes collections. Le célèbre vase conservé à la cathédrale de Gênes sous le nom de sacro callno a passé jusqu'au commencement de ce siècle pour être taillé dans un bloc d'émeraude, tandis qu'il n'est qu'un admirable verre opaque'*; il en est de même d'un verre bleu du trésor de Monza, donné par la reine Thèodelinde (-|- 625), qui a longtemps passé pour un saphir. La suprême perfection du genre consistait à appliquer l'une sur l'autre deux couches de verre de nuances différentes, de façon à imiter l'irisation et les stratifications de l'agate. La couche supérieure offrant ainsi tous les éléments d'un décor en relief était sculptée et affouillée à la façon des camées. On peut voir de faux camées antiques de ce genre, notamment au Cabinet des Médailles; parmi les plus célèbres produits de cette industrie que l'antiquité rattachait à la glyptique, il faut citer le vase Porlland au Musée Britannique ", le vase de la Vendange au musée de Naples, et des fragments d'un autre vase, au Cabinet des Médailles-". Tous trois sont en verre bleu foncé avec décor de figures blanches en relief : l'industrie moderne n'a rien exécuté de plus achevé en ce genre IvitrumJ.

Les Byzantins et le moyen âge occidental conservèrent à l'égard des gemmes antiques le même culte qu'avaient eu pour elles les Romains et le rôle que ces derniers leur avaient assigné. Le bijou du Cabinet des Médailles, que nous reproduisons ci-contre (lig. 3341)-' a une monture en or avec une bélière pour le suspendre au cou; il est de l'époque byzantine. L'inscription, en relief sur

la gemme enchâssée au centre, est une formule amoureuse connue par plusieurs autres exemples qui prouvent que ces

l'oll. tlaltien. (i : i/uitin 'Quidam grtiwiai vilrt'as pro viris rcnilidissel. Cf. Bull. tlelV Inslit. di corr. nrch. 1S79, p. 4* ; .\ch. Dcvillc, Hisl. tie l'art de la vtrrtrie dans t'Antiijuité, p. 61 ; W. Frocliiier, L*t verrerie antiquf. p. 4.1. — 17 Plin. A'at, Aïs/. XXXVIII, 107. — I» W. Froclincr. /h. p. 4S. — 1 J S. Murray cl Smith. Catalog. p. iio, n* i'iii : cf. \V. Frocliner. O. c. p. S4. — » .\ch. Dcvillc, II. c. p. 74 et pi. s. et XI. — 3' //il//, de ta Société des antiquaires de France, I8U4, p. 156; Cbabouillet, Catatotjue rft's camées; etc., n"^ i6S à i'i.

Fîg. 3541. — uciuuic L«zanlme.

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sortes de camées porte-bouhour élaienl très répandus. Dans le livre des Cérémonies de Constantin Porphyrogénète, on voit l'empereur, les évéques, les grands dignitaires de tous ordres, portant dans les processions, les fêtes de la cour, les réceptions d'ambassadeurs étrangers ou toute autre occasion solennelle, les dépouilles de la glyptique romaine, comme insignes de leur dignité et de leur rang. Les barbares, à leur tour, s'ils firent fondre l'or des montures, conservèrent curieusement comme des objets de dévotion ou comme des talismans magiques ces coupes d'agate, ces camées et ces intailles dont la destruction ne pouvait être d'aucun profit. D'aucuns d'entre eux, à l'imitation des empereurs de Constantinople, ont même des collections de pierres précieuses, et ils prennent à tâche d'embellir les croix, les châsses et tout le mobilier des églises, des gemmes grecques et romaines qui tombent entre leurs mains; ils continuent à sceller leurs actes avec les intailles des Romains '. Ainsi se transmettent à travers le moyen âge les débris de la glyptique antique : ils continuent à remplirle triple rôle de sceaux, de talismans et d'ornements qu'ils conserveront jusqu'à l'aurore des temps modernes.

E. Bauelon.

f.EXESIA [fu.nus, p. 13801.

GEXETIILIACE, GEiXETHLIACL'S [NATALIS DIEs].

GENETIILIOLOGIA [divinatio, p. 303].

GEXETIIYLLIS ÎK0LI.\s].

GEJVIUS. — Les premiers témoignages relatifs au culte du Genius dans la religion romaine ne remontent pas au delà de la seconde guerre Punique ' ; et il n'en est point oii l'on ne sente l'inllucnce des idées helléniques sur le DAEMO.\ et bientôt celle des doctrines stoïciennes. Il n'en est pas moins incontestable que le getiius a fait partie avec les Lares, les Pénates et les Mânes des plus anciennes divinités du Latium. Souvent confondu avec ces esprits d'essence latine et romaine, il semble désigner un genre dont ils sont les espèces, la notion générale dont ils détaillent les aspects divers. Étymologiquement, les anciens ont rattaché le nom de genius à gens, geno ou gigno-; quelquefois, par une erreur de linguistique qui n'est pas sans intérêt pour l'explication du rôle de genius, îigero'^. Jl est la force (|ui engendre au point de départ et qui conserve dans leur individualité propre jusqu'à leur destruction et l'être do l'homme et les êtres de raison que l'homme s'est forgés à sa propre image^^

1 Voyez siii'Lout les études que poursuit M, Deloclie. tians ia Hevtie archéoL depuis le (. XL {1S80) jusque présentemeuL (18!>.ï). — Bidi.ioguaphib. — A la fin du t. II du Traita des pierres ifravées de P.-J. Mariette {Paris, 1750, iafolio), on trouve le catalogue des publications sur la glyptique parues jusque-là, sous le titre : Bibliothèque dactyliot/raphif/tte ou Cataiofjue raisonné des ouvrages qui traitent des pierres gravées, p. 245 à 4G8. Voyez aussi la liste dressée par H. Brunn, Oeschic/tte der f/riech. Kiinstter, l. II, p. 44:1 {6d. de 1859). G. \V. King donne également une bibliogr.lpiiic des pierres gravées dans le t. 1 de ses Antique fjcms and rinijs (Londres, 1872), sons le titre : Works upon the Qhjptic art an l cabinets of (feins, p. 4G2 l'i 470. Les notes du présent article complètent les indications contenues dans ces Ijibliograpliies générales. Le recueil de Cadès que citent souvent les auteurs de ce siècle, est un recueil considérable d'empreintes empruntées à tous les musées; mais ce recueil n'a été publié qu'à un très petit nomlirc d'cxcnqilaires. Le Calnlot/ue de la collection de M. Louis de Clercq lin-folin. en cours de publication) est le recueil de pierres gravées orientales le plus iniporlaul qui existe. Citons encore le Trésor de nnmismutiqne et de glyptique publié sous la direction de Cliarles l.enormant, et les ouvr.agcs suivants : .1. Overbeck, Gricc/iisc/ie Kunstmytholoijic (clriquc volume renferme un cboix de pierres gravées se rapportant à une divinité spécial(^) ; L. .lanssen, Les inscriptions grecques et e'trusques des pierres gravées du Cabinet de S. M. le roi des Pnr/s-/tas (La ilayc, I8G0); l'ricdricb VVieseler, Ueber einiije beacfitcnswerthe geschnitlene Sleine des vierten Ja/irhunderts 1,3' tascic. Uûltingcn, 1883, 1884 et 1885); Mai Sommervillc, Engraved geins, their place in the history of art (Philadelpbie, 1889);

De là ses innombrables applications dans le monde de la pensée aussi bien que dans celui de la réalité. 11 y a des génies partout, depuis la nature matérielle, les lieux et les choses'', en passant par l'homme individuel et les collectivités de toute espèce, jusque dans la sphère des dieux. Le genius est en définitive la personnification religieuse de la vis abdila quaedam qui tient lieu de divinité à l'épicuréisme de Lucrèce '' ; dans la littérature, qui s'est forcément imprégnée de beaucoup de philosophie, il joue le même rôle que le daiîmon des Grecs' : il exprime ce (ju'il y a de plus subtil dans la conception de l'être divin. Pour la foi populaire, il sert à rendre l'être divin présent à tous les degrés de la réalité, avec la double qualité de producteur et de conservateur, la conservation n'étant qu'une création successive, comme l'action dans les individus n'est que la manifestation de leur force intime. On sait la grande place que fait la religion romaine au.x divinités qui président à la génération". On peut dire qu'il n'en est pas un parmi les grands dieux, ceux que Varron appelait les dei selecli, qui n'y participent de quelque manière. C'est pour cela qu'Ennius a pu les désigner tous ensemble par l'épitbète do gcnilales^, plus lard appliquée, d'une manière spéciale, aux divinités qui sanctifient le mariage. 11 existait sous le nom de Genila Mana une vieille déesse à laquelle on sacrifiait des chiens et que l'on priait pour la conservation des membres d'une famille, comme on offrait à Mania, la mère dos Mânes, des poupées de cire, afin de la rendre propice aux personnes dont ces poupées représentaient l'image'". Le genius faitparlie du même groupe des divinités familiales, il résume en lui leurs inilucnces particulières, il se substitua à elles, lorsqu'une philosophie rudimentaire les fit dédaigner et tomber en désuétude. Pour expliquer sa présence dans la religion romaine, il n'est pas plus nécessaire de remonter jusr|u'à l'Étrurie qu'il n'est sensé d'exjiliquer par une étymologio lointaine le mot latin d'ingenium^'.

Le gciiius est avant tout la force divine qui engendre :]| genius noniinalur qui me genuit ; il est l'auteur de la race des liommes, geinris tioslri parens '-. La première mani- ' festation de son action date de l'union des sexes; le lit nuptial est sous sa protection spéciale, c'est pour cela qu'il est appelé genialis^'. Toute atteinte portée à la sainteté du mariage est un crime contre le génie". Comme il incarne la force qui conserve le monde par la procréation, il devient identique à tout ce (jui est expan-

Midillelon, The Lewis collection of geins and rings in the possession of Corpus CUrisli Collège Cambridge (Londres, ,1892); Chaboudlct, Etude sur quelques camées du Cabinet des Médailles (Extrait de la Gazette archéot. 188G).

OKMUS. 1 Tit. Liv. XXI, 62, 9.-2 Varr. ap. Aug. Civ. D. VII, 13; l'aul. D. p. 94; Censor. De die nat. 3 ; certe a gignendo genius appellatur ; Serv. Aeu. VI, 743; Apul. De deo Socrat. 151; cf. la Fortuna Primigenia de Pracnosle, supréf, p. 1270. — 3 Paul. D. p. 94 et p. 05 : géniales {dii) dicti a gerendo ; Mart. Cap. Il, 152. — '• Ilartung, Die Heligion dcr Itoemer, I, p. Ç2. — 5 Scrv. Georg. I, 30i : geniuin dicebant antiqui naturalem deum unïuscujusque loci vet rei vel hominis. — 6 î\'at. rer. V, 1231 ; cf. Ib. 1237 : poleslates magnas mirasque... quae cuncta ijubernent. — 7 V. daemon, I, p. Il et sq. — 8 Cf. Preller, Hocm. Mythol. p. 69. — 9 Enn. ap. Scrv. Aen, VI, 764 ; cf. Paul. D. p. 95 : géniales deos dixernnt aquain, terrain, ignein, aerein ; ea enim sunt seinina rerum, etc. Cf. la Deiva qi'iieta lie l'iuscriptiou votive d'Agnone en langue osque, Moinmseu, l'uteritalische Dialecte. |i. 128. — 10 l'Iut. Quaest. rom. 52; l'Iin. Ilisl. nat. XXIX, 58; cf. Macrob. Sat, 1, 7, 14. — " Manso, Ueber den Genius der Alten, dans ses Versuchungen ueber einige Gegeiistdnde, etc. Leipzig. 1791, p. 465 et sq. ; 0. Millier, Die Etruski'r. Il, p, 88, réfutés par Scliocmann, De diis manibu^, p. G et 15 ; dans ses Opuscula Acadeni. 1, p. 350; Ukert, Ueber Daemimcn, Ueroen und Genien, dans \e% Abhnndlnng. d. Saechs. Gesellschaft. II, p. 201 et S({. — '2 Laberins ap. Non. Marc. p. 119; Paul. 1). p. 91. — 13 Paul. 1). Ibid. : LfCtus genialis qui uuptiis .?/<•»•nilur in honorem genii, unde et appellatus. i'.î. Cul. 64, 47 ; Prop. IV, 1 1 , 85 ; lloi\ Ep. I, 1, 87; Cic. l'ro Cluent.V, 14; Arnob. 11,69; Censor. Op. cil. 3.— I* Juv. VI, 22.

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sion des facultés de jouissance cl diiilcllij;ence '. Profiler de la vie et de ses plaisirs, c'est s'abandonner au f/r)iiiis, hidulfjcrn rjenio^ prendre soin du r/(;iiiiis : curare iji'iiliim-. Vivre dans la peine et dans les privations, se refuser les plaisirs permis et possibles, c'est faire tort au ffi'tiius : di'fraiidare grninin ; c'est entrer en guerre avec lui : tel est le cas de l'avare ^. Par cette Identilication du (jciiim avec tout acte bon et agréable, on explifjue l'emploi du mot gnnius chez les comiijues, qui en associent la mention à celle d'une rencontre heureuse, d'un ami par exemple que l'on retrouve d'une façon imprévue. Il y a là comme un hommage à l'adresse de l'inlUience (|ui procure une joie, à l'instant même où on l'éprouve''; dans ces cas la notion du genius est identique à celle de Farhmn.

Après s'être appliqué d'abord à la couche nuptiale, aux idées et aux personnes dont cette couche suggère l'idée', l'adjectif /7e)n'a/(\î s'applique aux dieux qui signifient abondance, joie, prospérité, à Bacchus, à Cérès, à Saturne, aux saisons où l'homme goûte en paix les fruits de son travail, à tout ce qui dans la vie est heureux, fécond ". C'est par là que dès l'antiquité rjenius, de même que l'adjectif (7('/»'a/(s, et même, en certains cas, ingrnium, en sont venus à signifier la plénitude des facultés intellectuelles, l'heureuse facilité de l'esprit à enfanter les conceptions belles et originales '.

Le geiiuis, qui a présidé à l'acte de la génération, se manifeste surtout le jour de la naissance. C'est lui qui détermine le caractère individuel de l'être qui vient à la lumière, qui va être à la fois le iirincipe directeur de ses actes, le gardien de son existence et l'explication idéale de ce qui lui est réservé d'heureux ou de contraire ^ A ces divers titres le gc7iius natalis rappelle, trait pour trait, le dânmon des Grecs; il est difficile de dire, dans le plus grand nombre des cas, si les auteurs qui le font intervenir puisent à la source des croyances purement romaines, on s'ils accommodent,suivant les idées helléniques, une notion beaucoup plus vague de la vieille religion populaire. Il semble, par l'emploi c]ue font du geiiius les comiques et plus particulièrement Plaute, le plus latin d'entre eux, pour qui le génie est simple et un, que la multiplication des génies individuels, variant d'un homme à l'autre et doubles chez chacun d'eux, soit due à l'influence de la littérature et de la philosophie grecques. Lucilius le premier, suivant en cela les idées d'Euclide le Socratique, admit pour chaque homme deux génies, l'un bon, l'autre mauvais, qui expliquent, chacun pour sa part, ce qu'il y a d'heureux ou de malheureux, de vertueux ou de coupable dans les existences ''.

A plus forte raison n'est-ce plus le même genius qui , répand sur tous les hommes une influence égale ; le genius se fait individuel, variant de qualité morale et d'énergie; il y a des génies plus puissants les uns que les autres et, dans la lutte des ambitions rivales, c'est leur

• Sanlra ap. Non. M;\ic. y. HT. — i PlaiiL Pcrs. I, 3, il ot II. 3. l.'!; Slich. IV, i, 42; Capl. II, î, 40; Puis. V, l.il ; Sen. ICp. 93, 41 ; cf. Hor. OJ. III, 17, 14 et Juv. VI, 502 : ffeniuni îndcitinatum habare, jouir pleinement de la vie.

— 3 l'iaut. /lu/. IV, 0, IS; Truc. I, 2, *0; Ter. Phorm. I, 1, 11; Lucil. ap. Non. I, 17, 31. — l Cajit. IV, 2, 99; Curai/. II, 3, 22; Menaec/im. I, 2. 29.

— SOv. An am. I, 125 ; Tib. II, 2, 4 cl ,1; Stal. 6i7u. II, 3, 108 : genialia jura pour coiijiigalia. — C Virg. Georg. I, 302; Ov. Fast. III, 3S cl a»3; AJel. IV, 14 ; X, 95; XIII, 929; lleroid. XIX, 9 ; .4iii. III. 15. 19 ; Juv. IV, CG ; Slal. Jlieb. XII. C18; Plin. Ilist. nat. XVII, 9, 0. — 7 Mail. VI, r.O ; VII, 7S ; Juv. VI, 21 ; 362. l'our ingt'niuiu, v. entre autres, Hor. Arl Poet. 323 ol 410, — 8 Hor. Ep. H, 2, li>7 ; cf. fl). I, 144 ; Censor. Op. cil. 3, 2 et S ; M,-irl. Cap. II. 152 ; Anini. Marc. XXI. 14 cl XXX, 5. — 3 Censor. Op. cit. 3 ; Seiv. ,lfii. VI, 74) ; .\pul. De deo Sacrât.

force' respective qui explique le résultat; ainsi un prêtre égyptien apprend à Antoine que c'est son génie qui cède devant celui d'Octave'". Les d(!ux génies apparaissent à l'empereur .Julien, l'un, expression de sa bonne fortune, en Gaule avant son élévation au trône; l'autre, d'allure désespérée et d'aspect terrible, après son expédition contre les Perses". Brulus et Cassius ont reçu tous les deux, avant leur chute, la visite du génie mauvais en qui s'incarnait leur funeste destinée. Au contraire, dans la vieille langue latine, le même génie servait à expliquer tous les accidents de la vie : on l'avait tour à tour bon ou mauvais : propiflum, iralum, sinislrum hahere '-. Il naissait avec chaque homme, il mourait avec lui. c'està-dire qu'il rentrait au sein de l'âme universelle dont il était l'émanation ".C'est la doctrine qu'Horace exprime dans les vers connus '■ :

Scil Geniu.i, natale cornes qui tempérai astrum. Nalurae deus liumanae, mortalis in loiuin Qiiodr/iie caput, vollu mutabilis, albus et ater.

Le genius est un esprit de nature màli', il ne figure que dans l'existence des hommes, ce qui prouve une fois lie plus qu'il fut originairement le princi|)e divin de la génération : tatcla geiterandi^''. Le rtile qu'il remplit visà-vis de l'homme est exercé auprès de la femme par la JLXO individuelle, laquelle doit être tenue pour la lutela pariendi ; ce n'est en somme qu'une application à tous les cas particuliers de l'idée de Juno Lucinn qui préside à l'enfantement. Pour tout le reste, les Genii et les Junones sont semblables. La Juno était appelée natalis comme le Genius et une femme expliquait les malheurs de son existence en se référant à sa Juno irritée (Junonem iralam habere), comme l'homme s'en prenait à son Genius. Juno mea correspond dans le langage à Genius meus. De celte conception des Genii et des Junones, résulta, dit Pline, une telle multiplicité d'êtres divins que le nombre en dépassa celui des hommes '°.

Ce génie individuel était l'objet d'un culte très simple qui a laissé de nombreuses traces, grâce aux inscriptions votives érigées en son honneur. Il élail d'usage de lui sacrifier au jour anniversaire de la naissance ; les offrandes qui lui étaient destinées avaient un caractère de simplicité pieuse; elles ne comportaient aucune efifusion de sang. Elles consistaient surtout en vin, symbole de gaieté et de vigueur, en fleurs, image de la beauté qui passe, en gâteaux et encens ; le sacrifice était suivi de danses'". Horace associe le culte du genius aux réjouissances champêtres par lesquelles les anciens laboureurs du Laliuin célébraient la fin des travaux et le repos hivernal; tandis que Tellus reçoit le sacrifice d'un porc et Silvanus celui du lait, Genius, qui sait combien la vie est courte, est honoré par des Heurs", -\illeurs cependant il est question du sacrifice d'un chevreau ou d'un porc

p. 15i); cf. Pers. VI. IS. — 10 Plul. A„l. 33; M. Knit. 36. «S ; Val. Mai. I, 7, 7 : Ainni. Marc. XXI, 14. Horace, dans le passage cit^, noie I 4, distingue les deux génies par la couleur : albus et ater ; c'est une idée d'origine étrusque, v. t>AuiON, p. 18. — Il Amin. Marc. .XXV, 2 ; cf. XVl, 12. 13. — <* Pers. IV. 27, etc. Cf. O.Jahn sur ce pass.igc; et placare genium, Hor. Art. Poel. 210. — U Bp. Il, 2. IS7. — " Ep. il. 2, 187. Il n'y a pas lieu de corriger mortalis dans le levtc d'Horace: v. ApuI, iii dto Socrnt. 15 cl S. Aug. Cic. D. VII, 6. Cf. d'ailleurs les comnicntalcurs d'Horace, nolainment Scliûlz cl !.. Mfdlcr. — ^^ V. l'article Genius de Birt. chez Rosclier, .\usf. Lexikon d. Mijthcl. p. 1615. — 16 Plin. Hist. nat. Il, 5, 3; Scn. Ep. 110 ; Tib. Hl. Il, 47 ; IV, 6, 1 ; Pctr. Sat. 23 ; Corp. inscr. lat. VIII, 1140 ; 3695 ; luscr. reg. .V«ip. 2327;2340.— 17 Tib. 1,7.49; 11,2, 5; IV, 5,9; Ov. Trist. U, 13, 18; V. 5, IS.oii il n'est p.as question de ffcHiHî: cf. Sen. Ep. 114 ; Censor. toe. eit.~ '^.f/'. II. I, 144.

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en son honneur : il est évident que ces deux victimes rappellent sa qualité de dieu de la f;énération '. Dans la vie ordinaire, on jurait par le génie, soit parle sien propre, soit par celui d'un ami ou d'une maîtresse. On aimait à associer à son nom l'invocation aux Pénates, gardiens du foyer et implicitement la religion de Fides, par l'appel i\ la main droite qui en était le gage-. Le serment par le genius se faisait en se touchant le front, siège de la force intelligente qui préside à la vie^

A l'origine et même après que des représentations plus artistiques eurent assimilé le Genius latin au bon Daeinon des Grecs, il était, comme ce dernier dans la religion populaire, figuré par le serpent'. Dans les maisons où mari et femme vivaient en une union parfaite, ydeux serpents, l'un mâle et l'autre femelle, représen- '' talent le Genius et la Juno auprès du lit nuptial. De ce chef le culte domestique du serpent jouit à Rome d'une telle faveur que, s'il en faut croire Pline, la race en aurait envahi la ville, sans les incendies fréquents qui la décimaient '. Une foule de légendes, peut-être imitées de celles que le culte des héros enfanta chez les Grecs, parlaient de serpents mystérieux qui, ayant commerce avec des femmes, auraient engendré des hommes éminents. Tel est le serpent dont serait issu Scipion, le deuxième Africain '' ; celui de la maison des Gracques'; les deux serpents qui s'étaient montrés à D. Laelius sur le lit de son épouse et dont la disparition aurait été l'indice pour le couple d'une mort prochaine". Atia, la mère d'Auguste, avait eu commerce, disait-on, avec le génie même d'Apollon, qui se serait uni à elle sous la forme d'un serpent divin : scrpcns draro '. Suétone parle du serpent familier de Tibère, qui, mourant, présage la mort de l'empereur. Mais, après la mort encore, le serpent qui garde les tombes [drago, fig. 2586] ou qui se réchauffe à proximité du foyer domestique, continue de représenter le génie de la race, l'ancêtre fameux à qui elle doit son illustration'". On peut voir chez Virgile la forme que revêtait cette croyance dans les Imaginations populaires " : tandis qu'f^née sacrifie sur la tombe (l'Anchise, un serpent aux couleurs brillantes vient goûter les offrandes funèbres; les assistants ne savent s'ils ont affaire au genius du lieu ou au serviteur [famulus) du mort divinisé; ils immolent des victimes et répandent des libations de vin, tout en invoquant l'âme du grand Anchise et ses Mânes renvoyés pour un moment du fond des Enfers : ce qui implique que le serpent est pris aussi pour la figure symboliquedu mort en personne. Par la suite, le Genius du chef de famille fut figure sous les traits d'un homme vêtu de la toge, quelquefois élevée sur la tête, dans l'attitude du sacrificateur faisant une libation, avec la patère dans la main droite, tandis que de la gauche, il porte une corne d'abondance (fig. 3542 et 20i)6) '-. On le voit quelquefois réuni à d'autres divinités; le plus souvent il est figuré debout entre les Lares domestiques. La Juno de la femme est peinte avec le

1 0,1. IV, II, 8, ol III, 17, 4. Plus t.lril i-noore l'on'iMiicIo |niii(-i|Kilo riait le vin : voir les prohibition';, Coil, Theod. lil). XVI, lit. .\ et le comment, de Goilcfroi. — 2 Ilor. Ejt. I, 7, 91; Til). III, 6, .17; IV, .ï, 8, où le serment est par les yeux cl par le génie. Cf. Sen. Ep. \i. 2 et ailleurs. — 3 Scrv. Ed. VI, 3 ; Aen. III, 007. — '. Pers. I, 1 13 ; Serv. Aen. V, 83 ; cf. Preller, Op. cit. p. 306 et ISirt, Loc. cit. p. Iii2:i. — 6 Plin. Hist. nal. XXIX, 4, ii. — li T. I.iv. XXVI, 19 ; cf. .\ul. Gell. Noct. ait. VI, I. — 7 Cie. fliuiii. I, 18, 30; Plut. Tib. fJmcrh. I. — » Jul. Ohseq. Prod. lib. :;«. — 0 Suet. Del. Oi; cf. T";*. 72; Dio Cass. Xl.VIl. — 10 Plin. Hiil. nal. XVI. 44, 83; Val. Flac. III, 4:,7 ; Sil. Ital. II, 681. — H Virjr. Aen. V, 85 et sq. — 12 lias-relief ilela villa Mcdici.AHiin/.ffe r/nj(.airA. 1862, pi. R.4(=Malz-Dulm,

Genius du mari dans le laraire d'une maison de Pompéi". C'est dans la vague notion de la survivance de la per-

3342. — Le Genius et les Lares.

sonnalilé humaine après la mort que \e genius confine à dos esprits généralement considérés comme distincts de lui, aux Mânes, aux Lares et aux Pénates, qui ont sur lui l'avantage de représenter des personnificalions plus précises. Servius nous apprend que ces divinités du foyer sont prises couramment les unes pour les autres'", que par exemple on attachait à chaque existence humaine, dès la naissance, deux Mânes, l'un bon et l'autre mauvais, qui survivaient et continuaient d'habiter la tombe. Varron confondait les Mânes avec les Lares et ces deux classes avec les Génies, les assimilant d'autre part aux héros des Grecs [héros]. Il y a des inscriptions tombales où l'idée de Genius redouble celle deg Mânes : Manibus et Gcnio ' '. Aux p.xriïnt.alia on honorait le genius des ancêtres, tout comme Enée vénère celui de son père Anchise, en leur offrant des guirlandes de fleurs, des graines infusées dans du vin, du sel et des violettes"^. Ovide, parlant desLAiiENTiNALiA, dit que ces fêtes sont les bienvenues pour les génies : geniis accepta. Sur une lampe sépulcrale, un personnage voue son génie aux dieux souterrains : Helenius suom geniom dis inferis mandat'''. Dans les calendriers de la fin de l'Empire, les it.ralta sont appelés Genialia et les jeux célébrés en l'honneur des morts genialici '".

La confusion du mot Genius avec celtii de I.at' est tout aussi fréquente. Granius Flaccus, dans un traité sur les Indigitamenta qu'il adressa â César, disait que, suivant les opinions des anciens, lar et genius ne différaient point''. Il est certain que le lar familiavis, gardien du foyer et esprit permanent d'une race, est identitiue au genius generis. Les inscriptions où le genius est associé

Ant . Bildwt'vke in liom, 3030; ; voy. cnruro nnico, lig. 2587, et J'ittin'C d'Ercolano, IV, 13, p. 65; Museo llorlion. XI, 37; Ilelbii, Wandr/em/llde. 31 et s,, 40 et s., 60 et s., atlas, pi. ii et m; cf. Jordan, Yesta und die I.aren. Bci-l. 1865, p. 11 et 9. — l-KVilllieit. d. dmtsch. arch. Inslit. liOm. Ablhoil. Il, p. 114. — 1'- Serv. Aen. III, 63; cf. S. Aug. Ou. 1). IX, 11 ; Arnol). III, 41. — 13 V. Fabrclli, Inscript. p. 70 et sq. ol le recueil d'Orclli, n» 1723 et sq., »'.I121 ; cf. Corp. inscr. lai. V. 240; WiUnanns, E.rempla, 23Î). De mî'mvJiino associée à Mnnes : In.^cr. reg. Xeap. 2327; 2310 : 3037 ; 3788 et Wilmans, 2181, 2182; cf. 237 et Orelli, -4577. — m Ov. FasI. 11, 533 et sq. ; III, 58. — n /luIM. delV hlil. arch. 1860, p. 70. — I» V. fklUi.iA.p. 1040. — 19 Censor. De die nal. 3; cf. Son. Ep. 90.

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r,EX

aux Lares sont, pour la plupart, des témoignages du culte des Lares pubUci et compllalku, après que l'empereur Auguste eut remis ce culte en honneur et placé l'image de son propre génie entre les deux (igures qui gardaient la ville et l'empire '. Tel est le sens de l'inscription : genio AuuiiSTi ET LAiîiiins l'ATEiiNis. La variante : larihus augusïi El' iiENio AUGUSTi SACRUM al)sorl)e compléteMien I , dans la divinité impériah^ celles qui personnifiaient la vie même d(; l'État républicain. Au sein de la famille le /^o' demeure plus spéciaiemenl res]H'il divin mi s'incaine une race; le gi'uius est le gardien spécial des individus (|ui la renouvellent. Quant aux Pénates, il semble i|ni' ce mot nr soit qu'une simple épitliéte di'signant (aati'il les Lares, tantôt les Génies, dans leur fonction de pourvoyimrs du garde-manger'. Les inscriptions en l'honneur du Genius domus, donius simc sont à l'intenlion même des Pénates'. 11 arriviî cependant qu'on les dislingue, comme dans le vers où Horace les prend à témoin : Ouail /<• pcr Geniitm dexlrcniii/m; dfuaqur Peiuilrs obsccro t;l ubli'slor '.

Nous avons déjà dit que le yenius des Latins a toute la variété des aspects du daevion des Grecs ''; cette identité de nature contribua sans doute beaucoup à introduiri^ dans la littérature, et par elle dans la pratique de la vie, des usages et des croyances qui n'étaient pas indigènes en Italie. Chose assez singulière! Gicéron, à qui s'était offerte mainte occasion de parler du g''?»»*», n'en prononce même pas le nom; quand il a à traduire 5aî[ji.(ov il se sert du mot Inr'^; mais, après lui, c'est bien genius qui sert à cet usage. De même que oa;aojv n'est pas seulement associé dans le langage à tû/T| mais que souvent il se substitue à elle, ainsi Genius est parfois identique à Foriuna ; on a pu dire que la Tychè de chaque homme est son génie ^. Dans certaines inscriptions Genius joue auprès d(f Foriuna le ri'ile du dieu mâle auprès de la divinité femelle, comme le bon Daemon à côté d'Agathe Tychè.

En définitive l'idée de Genius se résout dans celle de numen qui signilie l'action tutélaire de la divinité sur les hommes et les choses. Tandis cju'une inscription placée sur un chùteau d'eau est en l'honneur du numen qui l'alimente, nous en avons une absolument analogue, où genius semble raffiner encore l'idée de numen en la redoublant : GEN'us NLMiNis FONTis*. Sénèque remarque que les Latins mettent un esprit divin dans les phénomènes et les accidents naturels qui produisent sur l'Ame un effet d'étonnement religieux' ; souvent cette idée s'exprime par l(> mot genius, identique à celui de tutelu. Il y en a pour les vallées, pour les montagnes, pour les tleuves, pour des lieux quelconques, alors qu'ils ont ému la piété de quelque manière : de là les nombreuses inscriptions en l'honneur du genius ou de la iutela Uici, hujus loci '° (lig. 3o-43). On peut voir chez Virgile "comment l'idée de ce génie se

V. les iuscriptions clie/. Orelli. Hiiii, 16G7, 16:»8 el M\. ; ot Corp. inscr, reg. Xeu/i. 19T0, l'I C. iiiscr. lat. M. 189(1. l'our rinllueuci! du cullc <ics Lares pubUci. cf. Prellei-, Dp. cit. p. 467. — i ['ic-IIit, Ibid. p. li. — a Oiclli, 1237 et Coiv». inscr. lat. VMI, 2508; 263i ; cf. Pruileiil. Contra Sijmm. II, 44.5 : cum domibus... soleatis adsiynare suos t/enius, — V llor. Kp. I, 7, 94 ; Calp. /!>/. V, 26. — »Apul. De deo Socriit. l.il cl 218; Uel. Div. insl. Il, 2!i ; Tcrt. Apol. 32; cf. PIul. Def. or. p. 421. — '■ Tim. Il : quos Graeci SaiV-ï^a; appcUant, nostri aittem lares.

— 7 Clmi'is. Lib. I, /tist. p. 26; cf. le glossaire iI'Henri Eslieiiue, p. 611 ; rj^r, îxâttTiu «vOpwno-j !/i'nius, L't les insn-iptioiis chez Orplli, 1690. ;{4;i8. V. fobtc.%*, p. 126.";. — » Cf. lc< iiiscriplions d'Oivlli-llciui-n, 1770, .'i7ôS, et Falirclli. p. 77, S7.

— 9 Ep. 41. — "> l'.iiil. l). p. 91 : (i/û ifi'iùum esse putanmt tinhtsatjusque loci ileiim. a. Corp. inscr. lat. VII, 167, 2:!3. 370, 886; VIII, 9749; 9180 ; Ib. II, 2694, 3021 ; /nscr. reii. .Xeap. 213; Ephem. epiijr. III, p. 134 ; p. 122, 313. Cf. le recueil dOrelli, 1698, 1700; Acta. l'ratr. Ari>. 32; Eckliel, Doctr. niiiii. VIII, p, 136 el SI]. ; Falm'Ui, hiscr. p. 79; Boissieu. Inscr. de Lyon, p. H, n" 9; 0. Jaltii ad

CENivs

Hl/l'/5tOCI iAOHUS

l'i?. 33 il.

Le Gf-nie prolectcur d'un lieu.

mêle à celle des Pénates, protecteurs de la famille et à celle du premier ancêtre, héros sacré d'une race, comment, invoqué de concert avec les divinités primordiales, avec la Terre, les iNymphes, les Fleuves, la .Nuit (il les divinités souterraines, le génie sert à donner une force particulière à la notion de patrie.

.\illeurs encore ce genius lori est iiomiiié en compagnie des grands diijux comme .Jupiter, .lunon, Gérés, Minerve, etc., avec l'intention spéciale de localiser une croyance ou une pratique religieuse '-.

Une particularité qui distingue le genius des Latins du daemon des Grecs, c'est qu'il est transporté par la piété jusque dans les dieux personnels; il en représente, par une sorte de raffinement, la divinité idéale en opposition avec leur expression anthropomorphique. Cette forme du culte des génies est même assez ancienne en Italie, témoin l'inscription de l'an 08 av. J.-C. du temple de .lupiter Liber à Furfo '"; le génie de Jupiter y est distingué de Jupiter lui-même. Arnobe nous cite le passage d'un ancien érudit, probablement Caecina, l'ami de Gicéron, où le génie de Jupiter, Genius Jovialis, est cité parmi les quatre Pénates d'Étrurie " ; c'est là un des documents sur la foi desquels on a fait hommage à la civilisation étrusque de la croyance aux génies chez les Latins; cependant le genius des dieux est d'un usage courant el vraiment populaire chez ces derniers. Des inscriptions el des textes mentionnent les génies de Jupiter, de Juno Sospita, d'Apollon, de Mars, d'EscuIape, de Priape, du Sommeil'" et même de personnifications morales comme Fama, Virlus et Virtules; on ne sait au juste ce qu'est le genius Forinaruin que nous avons cité ailleurs'^.

Cette distinction du genius d'un dieu et de sa personnalité était surtout commode pour les Romains en pays étranger; elle leur servait à préparer l'identification des divinités exotiques avec celles de la religion nationale, à concilier, dans la pratique, le culte romain rendu au genius avec l'hommage qu'ils tenaient à rendre aux dieux des vaincus. C'est ainsi que nous avons des inscriptions en l'honneur du génie de ilercurius Ataunus. de Jupiter Dolichenus, divinités celtiques''; une inscription encore inédite, trouvée tout récemment dans le département de l'Indre et (ju'on doit faire remonter au règne d".\uguste, esl en l'honneur de la divinité impériale et du génie d'.\poIlon Alepomarus : xuM Au(^) ET gexio ai'OLLixis atepcmaki ".

l'ers. I, 1 13. 1-1 gPîivuro ci-conlrc (fig. 3541) est prise d'uue fresque d'Ilerculaiiuiu, future dlSrcotano. I, 207. — Il .ien. VII, 132. — 12 Corp imcr. lat. III. 3231 ; 1U32; VIII, 4578; Inscr. reij. Xeap. 1387; Corp. inscr. rh. 1883: Ephem. epigr. Il, 399. 818, 842, 843. — 13 /nscr. reg. .\eap. fioll; cf. Orelli. 2488 el Corp. inscr. lat. I, 603 : si qnei ad Itoc tcmplnm rem deirinam fecerit Jovi Libero aut Jovis genio, etc. — il Amob. III, 40. On peut rapprocher de ce genius Jovialis des Étrusques le dieu-enfant Tap"^s appelé : Genii filins el nepos Jovis (Paul D. p. Î39). — I" Corp. inscr. lai. II. 2W7; Mari. Cap. I. 54: Orelli. 1882: Cmiicr. Deutsche Schripea. Il, 2. 361 ; Orelli. 1352 et Corp. iiuer. lat. III. 4401 ; Orelli. 1351 et 1731; Pelr. Satyr. 29; OrcUi. 1881 ; cf. dans les .4c/a Fralr. Are. 32 el 43 une Juno />ene Diae à côlé de Dea Dia. — '6 Mari. VII. 12, 10 ; Corp. inser. lat. I, ï407; VIII, 2343; VI. 422 el Orelli, 49. 1712. — " Orclh-Henien, 58S6; SeidI, Dolichenns-Kult. p. 69, u» 43 ; ,:fmo J,i\i9 o. n. iku.icurm. — 18 Cf. Suel. Oet. 94 et 60 ; Hinul. Fel. Ilclav. 39 : sic ejus (.\ugusli) numen rorailf. <irf imagines suppticant, genium i. r. darmonem ejns implorant.

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Colt(> inscription est douiîlenH'nt intéressante, en ce que l'épithète donnée au dieu romain est encore nouvelle' et en ce que l'hommage, rendu à la lois à la divinité d'Auguste et au génie d'Apollon, rappelle la légende de lempereur issu du serpent mystérieux qui aurait eu commerce avec Atia.

Il apparaît bien, par ces divers témoignages, que les génies des grands dieux sont autre chose qu'une émanation affaiblie de leur divinité, autre chose que des messagers ou des serviteurs, chargés d'exécuter parmi les mortels les œuvres où ne devait point se commettre leur majesté, ce que sont les ûai|j.ov£; TtpoTroXoi des Grecs-. Cette dernière opinion se heurte à ce fait caractéristique que, même dans le cas où les divinités personniliéessont prises au pluriel comme les Forinae et les l'irluies, le genhis est toujours au singulier. On ne saurait admettre davantage que le gctiius des dieux ne soit jamais que leur numen localisé'', grâce à une sorte d'extension de la notion du geniiis loci. Le gcnius des dieux a été conçu, absolument comme celui des hommes, pour exprimer, sous une forme plus liée à leur personnalité anthropomorphique que le numen, leur action morale ; il est leur ingen'tum. Tel est le sens du génie de Priape chez l'i'lrnne, de celui de Faiim chez Martial''.

On ne saurait nier toutefois que les procédés de localisation n'aient joué un certain rùle, lorsque la piété, toujours en quête d'aliments nouveaux, s'ingénia à séparer le genhis du dieu lui-même. C'est dans le culte privé des grands dieux que se rencontre surtout ce phénomène : Apollon, qui est dieu pour tout le monde, est le génie tutélaire de la maison de Sylla, Minerve de celle de Cicéron qui en partant pour l'exil lui confie la garde de Rome, Victoria de la puissance du peuple romaine Dans une inscription métrique de Lambèse, Liber l'aler est invoqué comme le genius d'une famille dont le père lui recommande femme et enfants, à qui il demande un prompt lelour dans Home". 11 existe des dédoublements analogues pour Mercure, Hercule et Mars; pour Altis, appelé le genius des dendrophores; pour Auzius, génie et conservateur de la colonie qui portait son nom; pour Cocidius, un dieu celtique idenliliê avec Mars'. Un sentiment analogue a fait appeler Mithras : genilor deus domini nostri, expression où se retrouve en plus le sens originel du mot genius, c'est-à-dire de la force divine (|ui engendre*. Avant les temps mêmes du syncrétisme religieux, le genius en vint ainsi à servir de trait d'union entre le monde des dieux et la nature des humains. Aufustius, un archéologue contemporain de Cicéron, l'appelait : deo7-uin filius et parens hominum". Mais c'est là un point de vue où la spéculation religieuse tombe dans la philosophie pure.

Celle-ci ne pouvait du reste manciuer d'exploiter l'idée du genius, tout comme les Grecs se servaient du daemon,

1 Alepomarus est un nom connu par des niarcjucs de polcrk- ; cf. Richard, Mai'(jttes de fiotiers, dans les .\/t''moirt;s ilt; In Socirté dtf.v Antitiuaires de l'Ouest, 1889, 43, 46 cl 47; cf. 311. 11 signifie : cuvalier illustre. V. A. Holder, AU. celtischer Spi'achscliatz, p. 258. — 2 Théories de lireuzcr, IMutsclie Schriften, M, 2, p. 361 ; liX'keri. Op. cit. p. 137. el de Schneinann, Op. cit. (Opiisc. acad. 1, p. 350 cl sq.) — 3 Thi''orie de Prcller, Jioem. Mxjlhol. p. 73 ; réfutée par Birl, cher Roschcr, Op. cit. p. 1619. — ' Pclr. Satijr. 29; Mart. ; VII, 12, 10. — "' l'iul. Sulta, 18, 29; Val. Max. I. 2. 3 ; Plut. Cic. 31 el Cic. Fam. XII, 23; Leii. II, 17, 42; Anthnl. gr. IV, 20, 2. — 0 Henzcn, 5726 et Corp. inscr. lai. VllI, 2632; cf. aussi l'inscripUon chez Orelli, 1257 ; jovi iiegi hf-mo domi;s isidori laiiiSATiB. — 7 Corp. inscr. lai. VIII, 262; 7956; 8438; 9014; VII, 644. Cf. soi.l ciMio i.uNAK. chez Mommscn. fnscr. tielv. 133 el Inscr. reg. Neop. 2470. — » Corp. MCr. lai. III, 60S. - 0 Ap. Paul D. p 94. — ") Aug. Cir. I). VII, 13, 23 cl 63 ;

pour se donner un air d'orthodoxie et soumettre à l'interprétation rationaliste les idées populaires sur les dieux. Varron, après avoir placé le genius parmi les dti selectl, entre Saturne et Mercure, fait de lui l'àme raisonnable de l'homme, par opposition avec les facultés inférieures et les passions; puis il en fait l'âme même du monde qu'il appelle : universalis genius, suivant la doctrine stoïcienne. Dans la région sublunaire, à la source des nuées et des vents, se forment des esprits élhérés, inaccessibles aux sens, qui dans la langue vulgaire portent les noms de Héros, de Lares, de Génies '". Ces doctrines ont leur écho jusque dans la religion des foules; par elles il faut expliquer les inscriptions relativement récentes au genius sa7ietus et anonyme, qui sontautant de manifestations d'un monothéisme irraisonné".

Ce qui a surtout popularisé sous l'Empire le culte du genius dans toutes les parties du monde romain, c'est que d'une part il était une divinité toute trouvée pour les collectivités de tout ordre et que d'autre part il devint une des formes du culte des empereurs. 11 n'y a pas de réunion d'hommes, pas d'agglomération politique, pas d'association professionnelle, pas de caste et de communautcqui ne se soienlplacés sous la protection d'un génie spécial, à défaut d'un dieu et même de préférence à un dieu : car ce dernier était à tout le monde, le génie avait la grande qualité de se plier à tous les cas particuliers. Comme les anges dans le christianisme, dont il a été dit qu'ils sont répartis sur les nations et les cités : xarà... -ri iOvr, xa't TtoXstç'-, les génies du polythéisme romain sont partout; nous en avons pour les quartiers {vici), pour les pagi, pour les curies, pour les décuries '^, à plus forte raison pour les villes et pour les peuples, pour les municipes et les colonies ''. Les Grecs ont leurs héros éponymes, guerriers et fondateurs, dont la poésie a chanté les exploits, dont l'art a idéalisé les traits. Les génies des Latins n'ont rien de ces allures anthropomorphiques ; ce sont le plus souvent des esprits anonymes, qui n'ont été que tard et par imitation des Grecs l'objet de quelque représentation figurée. De ce nombre est le Genius Publicus Populi Romani '% distinct sans doute du Genius Urhis Itomae à qui un bouclier était consacré au Capitole, avec celte mention qui rappelle les plus vieux cultes de l'Italie : sive mas sive femina '°. Le premier est mentionné au début de la deuxième guerre Punique (218 av. J.-C.) : un oracle sibyllin prescrit alors en son honneur le sacrifice de cinq grandes victimes. On lui sacrifiait annuellement, le 9 octobre, en compagnie de Fausia Félicitas et de Venus Victrix sur le Capitole''. Une dédicace l'associe à Jupiter 0. M. ; une inscription, contre les violateurs possibles d'un autel, en appelle à sa colère et à celle de la divinité des empereurs'". Dion Cassius mentionne un temple élevé en son honneur, mais nous en ignorons l'emplacement aussi bien que la

ef. Apul. J/e deoSocral. 15 cl sq. ; Mari. Cap. 11, 133 elsq. — H Curp. iiiscr. rh. 1192 et les inscriptions do Pouzzoles où le génie est appelé : SAScnssisius decs. sANcrissiuLS I1EU5 i-ATBius ; Covp. iiiscr. Xeiip. 2163 el sq. — li Cleni. Alex. Strom. VI, p. 298 ; cf. Synimach. ICp. \. 6; Prudent. Conlra Symm. II, 369; Arnob. 1, 26.

— l;l Corp. inscr. lat. VIII, 2614; V, 4909; VIII, 1548; II. 4072; cf. Orelli, 1683 el sq. ; Henzen, 5778. V. encore Corp. inscr. lat. VI, 24.1 et Inscr.reg. Neap. 675", l'une de l'an 19, l'autre de l'an 18 av. J. C. — " Corp. inscr. lat. II. 2186; VllI. 6947 el 48; V, 4911 ; 111, 4108 el Vil, 22; Ib. 1113 et Corp. inscr. Neap. 2464 à 72; OrcUi. 1690; Henzen, .'1775 elsq.; lioissieu, Jnscr. de Lyon. p. 46. — "> T. Liv. XXI, 62, 9; Plul. Qii. rum. 02; Dio Cass. XI.VII, 2 et L, 8. Cf. les inscriptions: jovio. M. FTGENro e. H. chez Orelli, 1G83; 16s4: Henzen. 5774; Corp. inscr. lat. II, 2522; Ephem.epigr. II, 736. — ICServ. Aen. Il, ^31. — 1" Corp. inscr. lai. p. 408.

— I» Orelli, 1683 et 1684.

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Fig. 33

Kig. 3S45. — Uenier de Cornoltus L<'nlulus MarrcUinus.

dédicace. Il existe des représentations de ce rjunuis suides miinniiirs de Cn. Cornélius Lenluius, Mareellinus, puis il est représenté par une tète d'homme bart)u, reconnaissable à l'exerj^ue G. P. U. ' (fig. 35ii); plus tard le f/eniiis ainsi désigné prendra parfois les traits de l'empereur régnant'. Aurélien lui voua une statue d'or auprès des rostres; la représentation la plus récente nous est fournie par des monnaies de Dioclétien. L'image f|ui sous la République lui avait été élevée, non loin du temple delà Concorde, lui donnait les traits d'un homme vigoureux portant toute sa barbe, sur la tête un diadème, dans la main droite une corne d'abondance et dans la gauche un sceptre, c'est le genius de la monnaie reproduite plus haut. Sous l'influence des statues de Praxitèle, représentant l'une Tychè et l'autre Agathodaemon ou Bonus JSvenIns, qui furent transportées au Capitole, ce type semble s'être modifié; on lit du gniius un jeune homme imberbe, portant le modius sur la tête, une patère dans la main droite et dans la gauche une corne d'abondance : c'est celui dont d'autres monnaies de Cornélius Lentulus Mareellinus (lig. 3o'(5) et celles de Cornélius Lentulus Spinther (fig. 3546), plus lard aussi celles de Dioclétien nousofifrent l'image '■'.

D'autres villes que Rome eurent leur génie particulier. Terluilien nous en cite pour l'Italie un certain nombre avec leurs noms caractéristiques' : les uns mâles comme DelventinusàCasinum, Numitericus à Atana, Pater Curis à Paieries, Visidianus à Narnia; les autres femelles, .\ncharia à Asculum, Nortia à Volsinies, Valentia à Ocriculuin, Hostia à Sutrium. Nous en connaissons, sans désignation spéciale, pour Ostie, Brixia, Pouzzoles, Novi, Stables, Bénévent, grâce à des inscriptions votives érigées en leur honneurs En dehors de l'Italie, il serait superflu de citer les génies prolecteurs qui sont le plus souvent des divinités topiques, localisées dans une source, un cours d'eau, une montagne'^; mais il faut mentionner le génie de la ville de Lyon sur les monnaies d'Albinus' (tig.35i7); des temples en l'honneur du genius, sans doute de l'empereur, à Antioche et à Alexandrie*; le génie du peuple de

' Coliei), .Voimiii'cç consulaires, p. 104, 25 et 2(i, pi. xiv, 10 ot II ; Rabclon, Mann, de la Itrpubl. mm. I. p. 417; Ecklicl, Doctr. num. V, p. 181; VU, p. 97 ; liaschc, Lciikon rei nummariae, s. v. Genius. — -' Kcklicl, VIII, p. 8 ; Colicii- IVuarJcnl, Mimmiirs impér. Adrien, t. II, p. 173, n«' 7!>6 ol s,|. ; DiocliHieu, I. VI, p. 4i5 et si|. — J Babclon, O. l. I, p. 419. On ne sail ce nue fui le génie dont fuit mention, sous la forme rh:-,;. une inseriplion nnUriiiuc trouvée à Ascaplius, parlantdunc statue élevée cn son lioniieur par reconnaissance (t'or/i. iiiscr. jfi-.eSIO; Kailiol, ICpiijraph. 8)5). — » Ad nat. 11. 8 et Apol. H. — 5 Marini, Imcr. A/4, p. 56 ; Corp. inscr. lui. M\ i ; III, iniO ; luscr. rfij. .\cop. ;4C3 ; 5007 ; il73, ilC9 ; "■'^9— '' V. IcsarliclcsioNTKsetn.LMÈNA; pour tous les génies colleclifs en général, l'index du recueil dOrelli-Ilenieu, p. il et sq. — '■ Colien. .l/oiiiioic.« impér. 111, p. 419, n« 40; Kroelnier, .Vusées ,le France, pi. nv, i ; de Witte, Compte.': rendus de l'Acad. des In-m-ipl. 1877, p. 85 et sq. — » Amm. Mare. XXIII, I, 6; XXII, U. 7. V. encore la mention d'un autel avec sculptures en l'hoinicur du genius, Jnscr, ivn. Neap. 6739. — 'J l.ongpérier. Œuvres. 11. p. 301. — 10 V. Fricdlaeilder,

Fig. 3ol7. — (Jéuic delà ville de l,\ou.

Osltische .Vilnzen. 1. IX, 1 à :

Kphem. epigr. IV. p, li ; Corp. inscr.

! Cirta, celui de la Pannonie Supérieure, celui de la terre de Bretagne. Le Musiie du Louvre possède un vase des premiers temps d(! l'ère chrétienne, dédié au génie des Tournaisiens igenio 'J'urnacensium)'' .Un cas isolé est celui du génie même di- lllalie, sur des monnaies du pays des Osques, au temps de la guerre sociale; il est représenté dans une attitude hostile contre Rome, debout, le pied posé sur un étendard coui-hé à terre, portant la cuirasse, la lance et l'êpée; à côté de lui est l'image du taureau, symbole de l'Italie". Genius, dans ces divers cas, fournit un pendant exact à la Tychè des villes, telle que nous l'avons vue honorée, surtout en Grèce et en Orient ^fortl'Xa .

Outre ces génies des villes et des Ëtats, il faut citer ceux qui à Rome (-t ailleurs étaient les protecteurs, soit d'une caste comme les afl'ranchiset les esclaves publics", soit d'une entreprise commerciale ou d'un métier. Les recueils d'inscriptions sont particulièrement riches en tiimoignages de ce genre; il est des génies qui sont préposés à la garde d'un grenier d'abondance, d'un port ou d'un marché: il y en a pour les écoles, les théâtres et les bains"; il y en a surtout pour les collèges et les associations de tout genre, servant à réunir, par des liens religieux, les gens d'un même métier". Au déclin de l'Empire il n'y a pas de recoin dans une ville romaine, pas de place, pas de rue, pas de porte, il n'y a pas d'édifice public ni même de maison particulière, qui ne soient placés sous la garde du génie, où il ne soit fait appel k sa divinité pour étendre ses faveurs sur les hommes, pour écarter des lieux toute souillure et toute dégradation : le poète Prudence le constate en raillant, sans s'aviser que, dès lors, les anges et les saints sont en train de prendre toutes les places de ces esprits païens '•.

Une mention spéciale est due à la religion du génie dans la vie des camps ; nous y rencontrons le génie de l'armée comme nous avons, dans la vie civile, celui du peuple; le génie du camp correspond à celui de la ville; le génie de la légion ou de la turma, le génie des prétoriens, des équités singulari's, etc., aux génies de quartiers. Les signiferi, les vexillavii ont leur génie spécial : la sainteté même des étendards est incarnée dans un génie ' '.

Et au-dessus de tous ces génies particuliers, souvent nommé avec eux, plane le génie des empereurs, associé depuis Auguste au culte des Lares publics'". Lorsqu'il remit en honneur la fête des compitalia, il lil placer dans chacune des chapelles de quartier (il y en avait iiîo . entre les deux Lares, l'image de son propre génie ; et le Sénat décréta que dans toutes les maisons, au début de chaque repas, on ferait des libations au génie de l'empereur, comme les Grecs en faisaient au bon Daemon ' ' . .\lors aussi commença l'usage de jurer par la divinité [numen]

lat. Il, 1980 ; cf. r.cKlo JlvtNTetis. Corp. in^cr. rh. 1138 cl 1410. — ^iC. inscr. lai.

VI, 231'. ; rf. J33 à 238; U, 2091 ; III, 751 ; VIII, 6339 cl 7930; Il .8413: Vlll. 2601 et 8926. Pour le genius draeo du ll)é;ilre de Capoue, v. In.^cr. retj. Xcap. 3577: représenté chez Mazoclii, M. Campau. wuphitheatrum, Napl. 1727. pi. i. p. 158 l ^ Millin. Iialeric mytkol. 38, 139 ; Guigniant, .Voue. gai. myth. XCV, 351. Il v a une Mieution épigrapliique (Wilmann, Exempl. 2348') de l'érccUon d'une sUlue au genius de la curie à Agbia en Afrique. — '3 Corp. in.ser. lat. V, 421 1. 7595, 2041 ; 710 ; cf. Orelli, 1704-1711 ; 4087 cl 2922 ; HcDzeD, ,5780. — •' l'ers. I. 113 : Serv. Acn. V, 85 ; Prudent. C, Symm. Il, 414. — ^^ Corp. inscr. lat. VI, 209, 210, 220;

VII, 1030; Vlll, 2531 ; i;.27 ; Ï329 ; Ëphcm. epigr. Il, 343; III, p. 117 ; Corp. inscr. i/i.692;69:!; DuUet. deW tsiit. arch. 1862. p. 109; Dull. communal, di Roma. 1889, p. 145. — *fi Hor. Od. IV, 5, 34; Corp. imcr. lat. VI, 307: cti.Toa laHiii ir ijiac. MC. (159 ap. J. C): tb. VI, 449, 431 el 445; cf. Orelli, 585 : ctMO Diin jcui. I. Ov. FasI. Il, 1.37 ; V, 145; l'iin. Hist. nat. III, 66: IHo Cass. Ll, 19; cf. Marquardt-Momnisen, //antJ&vcA, III, p. 127 et 206; Boissior. Religion romaine, I. p. 157.

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ou par le ijénie du souverain, cp que les Grecs traduisaient par sa Tyché ' ; en vain Tibère se raidit contre cette forme de l'apotliéose -. La pratique de ce serment et l'hommage au génie impérial devinrent ohligatoires; ceux qui y contrevenaient étaient punis par la bastonnades Dans les provinces, l'adulation des peuples vaincus rivalisa avec celle de l'Italie; nous savons par Suétone que les rois d'Orient songeaient à se cotiser pour achever l'Olympiéion d'Athènes et le consacrer au génie

d'Auguste'. On a trouvé un peu partout des inscriptions où le grniits est invoqué de concert avec les Lares; nous citerons notamment: lares et GENIUS cuM .\EDiciLA, vouée par les esclaves et les afïranchis en Espagne ^, et, dans le même pays, une têle de marbre couronnée de lierre, avec la dédicace : GENIO Aie. UUJUS LOCI '' .

Plus tard il arrive que le getiius d'Auguste est identifié avec les Lares et distingué du ijenius des autres empereurs:

LAIUBUS AUG. ET GENIS CAESA-

RUjr. La statue du Vatican que nous reproduisons (fig. 3548) donne à l'empereur les attri-

Fig. 3548. — L'empereur sous les Jj^^^g gveC IcS fonctiOUS du traits du Géuie du peunle ro- n • n Ll' n ^ I' 0«

' ' Gmuis Publicus Populi Ho-

main. '

mani ; parfois la tête est découverte et le personnage dans l'attitude du sacrificateur ' J. A. HiLn.

GEXS. TÉvo;. — GRÈCE. — Le mot ysvoç, comme la racine yev et les mots dérivés YiYvoaat, yovEÛç, "cuv/i,

£vj(7!;, renferme l'idée de filiation ' ; il signifie la famille au sens propre, c'est-à-dire l'ensemble des personnes issues d'un ancêtre commun. C'est donc primitivement une communauté naturelle et non pas une association factice; le lien originel qui réunit les membres du yév&ç est le lien du sang. C'est ce qu'exprime aussi un mot synonyme de yévoç, le mot Tzi-ça qu'on trouve usité à Gortys d'Arcadie, à Thasos, à Rhodes, à Olymos, à Labranda - et d'où est probablement venue à Athènes l'épithète d'.\pollon, dieu des y^^^i ^arpcôo;. Théoriquement toutes les branches du vÉvo;, si nombreuses qu'elles soient, continuent à former un seul groupe qui se rattache au tronc commun et qui peut comprendre un nombre considérable de personnes : mais, en fait, tant que les tribus helléniques n'ont pas été établies à demeure, il a dû y avoir à chaque instant des démembrements du Ysvo;; d'autre part le souvenir des ancêtres éloignés a di"i disparaître assez vite pour limiter à quelques générations successives les relations vi-ritables de

1 Ilor. ICp. M, I. 15.-2 Dio Cass. LVIl, 80 et I.Vlll, 2. S, 12. — 3 Sucl. Cal. 27; CImd. 1 1 ; Tac. Anii. 1, 73; Plin. Pan. 32; i;ip. Dig. XII, î; fle Jm-ejur. 13, 6; C. i. lal.U, 172; C. i. (,'•• 1533; Apul. .1/e/. IX, 41 , elc. — • Suel. Oc/. 00.— 5 C. I. 'a(. II. I9R0. — 6 Birl, chez Kosciicr, Loc. cil. p. 1023. — '' C. i. lai. VI, 451. — 8 Viscoiili. Mus. Pio Ciem. III, 2; à comparer avec Antich. /i'rco/. VI, pi. :i2. — Bidlio- (■.u.M'iMK. Oulrc les ouvrages déjà cités, v. Klauscu, Amans iiiid ilU Peiialen, Ilanib. 1830, 1014 et sq.: Herl/bcrg, De diis Jlomanonm patriis, liai. 1840; Preuncr, Heslia Vesta. p. 237 et s. ; Mariai, Alli dci Fratelli Amati, p. 01 elpassim ; Jordan, Aniiali delV Ut. arch. 18l)2, p. 320; 1872, p. 19; G. Scharbe, Dr (/ciiii.s. manihus et laribus, dissert. Casani 1854; Ribbeck, in Schriften der Univcrsitai zu Kid. 18GS.

GE\S. ' Oji trouve aussirtvii à lilis 'Caucr, Vcleclus, 2' M. 233).

• rétvmolo''ic

parenté. Or, d'après la durée moyenne de la vie humaine, quatre générations, depuis le bisaïeul jusqu'à l'arrière-petit-fils, peuvent se trouver en présence; ces quatre générations constituent précisément le -[ivoq au sens étroit qu'on trouve dans l'ancien droit de la race aryenne; chez les Hindous c'est la famille saphida^; chez les Grecs, c'est le cercle de ràY;^!rTT£!a dont nous verrons le rôle et l'importance. On peut donc distinguer dès l'époque primitive le ■fi'joq au sens large et le yévoç au sens étroit, la simple famille, oIkoç''. Il n'y eut évidemment qu'un nombre restreint de familles qui gardèrent constamment leur unité, leur cohésion, où les différentes branches maintinrent le souvenir de leur parenté, grâce à des généalogies véritables ou artificielles qui remontèrent jusqu'aux héros fondateurs ; ces familles constituèrent de bonne heure l'aristocratie hellénique. Quels sont les éléments du yévo;? Il comprend : 1° Toutes les personnes qui descendent par les mâles de l'auteur commun, i" Les fils adoptifs, car il est vraisemblable, comme on le verra, que l'adoption a fait partie du plus ancien droit grec. 3° Les femmes de familles iHrangères introduites dans le -'ivoç par le mariage; les principales cérémonies du mariage à l'époque historique, le transport de la femme dans la maison du mari, la 7100.717], ou bien l'enlèvement symbolique, conservé à Sparte % les libations qu'on lui verse sur la tête comme au nouvel esclave ^ sont évidemment aussi de très anciens usages [matrimonium]. La fille, sortie de son yévoç à la suite d'un mariage, perd-elle toute parenté avec les siens ? Les enfants du frère et de la sœur, en ce cas, restent-ils parents? en d'autres termes, la parenté est-elle purement agnatique? ou tient-on compte de la parenté naturelle des cognais? On admet généralement la première liypothèse'. Elle repose cependant sur des vraisemblances plutôt que sur des preuves. Car s'il est vrai que le culte du foyer domestique et le culte des morts ne se transmettent, comme on le verra, qu'en ligne masculine, que la fille sortie de son y^vo;, ne participe plus à son culte', il ne s'ensuit pas nécessairement qu'on ne puisse être parent par les femmes. C'est le caractère particulier qu'a pris la puissance paternelle à Rome qui dans la gens romaine a rendu la parenté strictement agnatique. La puissance paternelle n'a pu produire le même résultat dans la Grèce ; si on persiste à croire que la parenté y a été au début exclusivement agnatique, il faut avouer qu'elle a très rapidement perdu ce caractère. ■'t" Différentes personnes qui ont été rattachées au yivo; pour diverses causes, communauté de domicile ou d'occupation, culte d'une nir^ne divinité, raison politique. Tout en refusant d'admettre (|ue les yL-jr^ soient des créations artificielles, en rejetant par exemple la tradition qui attribue à Thésée la formation des 360 y^^'''i de l'Altique, on peut croire cependant que des législateurs ont à différentes reprises modifié les cadres des familles, surtout

de Y^vi; et les termes aualogues daus les langues indo-européennes, voir Curtius, Gfimd:ùge der t/riechisclien Elymologie, :'•' éd. 187!!, n" 1 28. — 2 Coip. inscr. gr. 1S35, 2161 ; Newton, Ane. qr. inscr. 2, 332; Le lias-WaJdinglon, Voi/. arch. III, 334 Cf. la définition de la -iTça dans Uicaearch. Frag. 9 {Hist. gr. éd. Didol, 2, 238). — ;i Lois de Manou, 0, 186. — l Dem. 43, 79. nuclr|uefois le mot -,;»•>; désigne un ■(i-.; {Corp. inscr. ail. 2, 841 b, à Atliènes ; Miltli. il. d,:iitsch. arch. /nsl. 9, p. 320 à Géos). Invcrscmcul le mot yê'"»; signifie très souvent la simple Tamille (Aristot. /*roblem. c. 3 ; l'ol. 5, 7, 12 ; Andoc. I. 98). — 5 Plut. Lgc. 15 ; Xcn. /mc. pol. 1,3; Dionys. 2, 30. — O Scliol. Arislopli. Plut. 708. — 7 C'est une des idées rondament.ilcs de la Cité antique de F'nstul de Goulanges. Cf. Guiroud, la Propriéli' foncière fit Grccc, p. 49. — ** [licacarcb. Frag. 9.

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pour un iiKiintenir le nnmhre piiiniUr. A Alhénes l'ensemble des membres du -j-évoç s'appelle les ';vn~f(t<3.\ [EUfATRiriEsJ : nous ne savons quel était pour les autres pays leur nom générique.

11 faut aussi rattacher au y^voç les esclaves; l'esclavage ne parait pas avoir joué au début un rôle considérable; il ne tient pas une grande place dans les poèmes homériques, quoiqu'il y existe cerlainenienl ' : l(!S esclaves, SiAwïç, oixY|£ç se recrutent par la naissance, la guerre ou l'achat-; ils sont employés surtout à l'élevage des bestiaux et paraissent bien traités, (luoirpii' légalement leurs maîtres aient sur eux le droit de vie et de mort; ils peuvent avoir une famille, un pécule ^ A Athènes, à l'époque historique, le nouvel esclave était amené à côté du foyer cl on lui versait sur la tète des noix et des figues (xi. y-ïTa- /ûdfAaTa) comme aux nouveaux mariés ' ; cette cérémonie archaïque montre que l'esclave entrait primitivement dans la famille. Ajoutons comme autres preuves qu'à l'époque historique il est enseveli dans le tombeau de ses maîtres et qu'à Gortyne les esclaves agricoles ont une sorte de droit de succession sur la fortune du maître en l'absence d'autres parents '. Le yévoç avait-il primitivement une clientèle? Nous manquons de renseignements sur ce point. Le thète (6t|ç) de l'époque homérique n'est pas un client; c'est un ouvrier agricole de naissance et de condition libres, qui loue ses services pour un temps et un salaire déterminés et qui, outre ses gages, a généralement la nourriture et le logement". C'est plutôt l'affranchi qui a dû être le véritable client; les liens qui, à l'époque historique, l'unissent au patron, ont été certainement plus étroits encore à l'époque primitive : dans VOdysséc l'esclave Eumée dit que si Ulysse était revenu de Troie, il lui aurait donné une maison, un champ et une femme". Eumée eiU été sans doute un affranchi attaché au sol. Il a pu y avoir beaucoup d'affranchissements et de concessions de ce genre qui ont constitué une véritable clientèle; les citoyens de droit inférieur qu'on trouve plus tard, par exemple à Athènes, les thètes et les Tzila.-z'xi du temps de Solon sont peut-être des descendants d'affranchis qui ont acquis leur liberté complète et leur émancipation par la disparition des familles de leurs patrons [eupatrides, p. 835, col. 21.

Quels sont les rapports qui unissent les membres du ■(■Évoç? Ils dérivent à la fois de la religion domestique et de la parenté naturelle. Une des parties essentielles de la religion primitive est, en effet, le culte du foyer qu'on trouve dans la Tirèce, comme en Orient chez les Hindous ". La maison et la cour sont entourés d'une enceinte ê'sxoi;; dans la cour se trouve généralement l'autel de Zeùç kfXEÏo; et dans une grande salle le foyer unique, iii'.x, ÈT/âpa, qui est considéré comme le centre de la maison' et sur leciuel bri'ile le feu sacré. 11 n'est pas absolument prouvé qu'on y ait entretenu perpétuellement le feu; on

1 Erreurs d'IIcroJoto (0, ISTioldc Timvc [Frag. 67) sur cepoinl. — '- //. 18, i8 ; Od. I, 398 ; S, 4li ; 4, 735. — 3 Orf. 3, iii ; 13, îîi, W4 ; 14, 7, 3'.P, 6i, 7i, 440 ; 15, 363-373 ; 17, 200,217; 18, 3-22-387; 19,'Jl ; 21, 15, 83, 214; 2Î, 103,411. - l Dcni. 45, 7 l; Aristoph. Plut, et Schol. 768. — '" La Gorlyn. 3, 26-28. — « //. 18, 350; 21, 444; Od. 4, 644; 10, 84; 18, 357-361. Cf. Hcsiod. Op. 600-604; llcrodol. 8, 137; Pausan. 5, I, 9; Hcsycli. s. v. spt9ot. — 7 ()d. 14, 62-64. — 8 Voir sur ce sujet, Kuslel de Coulanges, /. c. I,c. 3; Ftosclier, AtisfCih'tiches Lexieon der griech. und rôin. Mythologie, art. Hestia, p. 2C05-2654. — 9 /f. H, 771; Od. 0, 59, 305; 7, 153; 14, 159; 17, 156; 19, 304; 22, 334. — 10 Od. 5, 488; Tlioocr. 11, 31; Callimacli. Epigr. 40,2. — Il Acsclljl. Chopph. 629 ; .igam. 1030 ; Kuripid. Heracl. fur. 503, 509 ; cf. TImc. I, 136. — 12 Hgmn. orph. 81; Euripid. Ahfsl. 162-168. — 13 Acscli. Aijam, 1015; Eui-ip. Ilerc. fur. 523. — I» [Mut. Qitaest. rum. 64; Comtiicnt. in

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ne saurait le conclure des textes qu'on a'"; c'est cependant mw hypothèse vraisemblable, car le foyer suppose au moins habituellement l'existence du feu et les expressions foyer éteint et famille éteinte sont synonymes". On distingue malaisément le culte rendu au foyer, i':-ix, du culte rendu à la déesse 'l-^Tta-Vesta, personnification du feu [vesta] ; mais il est certain que c'est le culte du foyer qui est le premier en date; il s'est maintenu même en face du culte de 'Vesta; tous les éléments de ce dernier ont été empruntés au culte du foyer et la personnalité de la déesse ne s'est jamais bien séparée de son suljsiratum, le feu sacré. Le foyer est une sorte d'être divin qu'on prie pour en obtenir des faveurs'-; c'est au foyer qu'on olïre le premier sacrifice d'actions de grâces au retour d'un voyage, dune expédition"; il a droit à une part de chaque repas '■', à la première invocation et à une libation dans les sacrifices aux autres dieux '■; on trouve souvent, surtout chez les poètes comiques, le serment sur le foyer'"; c'est le foyer qui est le lieu de refuge des suppliants"; le feu du foyer doit toujours rester pur'*; il peut donc être considéré comme une sorte de divinité familiale dont le culte unit les membres de la famille. C'est pourquoi l'introduction des nouveaunés dans la famille se fait encore à l'époque historique par la cérémonie dos .\MPniDRûMiA qui consiste essentiellement à les promener autour de l'autel domestique, le cinquième jour après leur naissance ".

En second lieu la parenté naturelle impose aux enfants un certain nombre de devoirs généraux à l'égard de leurs ascendants; il n'y a pas dans la langue grecque de mot, correspondant au mot latin obseqiiium, qui les désigne dans leur ensemble, mais ils n'en constituent pas moins une partie essentielle du droit primitif. C'est pour cette raison qu'à l'époque historique la conduite de l'enfant à l'égard de ses parents tient encore une place considérable dans le droit public et sert plus que toute autre preuve à faire apprécier la valeur morale d'un citoyen-"; à Athènes on demande au candidat à l'archontat s'il a bien traité ses parents-' et l'autorité publique a fait de bonne heure respecter ces devoirs de famille ; en cette matière l'archonte éponyme peut frapper d'amendes les fautes légères--; il y a une accusation publique, la -'pasTi xxxoJTEcoi; "covÉoiv contre le manque de respect, les mauvais traitements, le refus de subsistance, la négligence de la sépulture à l'égard des ascendants et les enfants n'ont aucune excuse à invoquer " i^RAKôsÉôs grapuè ]. 11 n y a que les enfants issus d'un concubinat et ceux que leurs parents ont prostitués ou n'ont pas élevés conformément à leur rang social qui sont dispensés de l'obligation de nourrir et de loger leurs ascendants-'. Un orateur peut être exclu de la tribune et frappé d'atimie si sa conduite à l'égard de ses parents n'a pas été irréprochable '\ Le fils doit donc d'une manière générale le respect à ses

l/,-siod. ■.l;//ym«. homer. 29; Hcsiod. Op. Ti8. — " • Plal. Cralgl. 18, p. ICI a; Theoplirast. in Porpliyr. De abslin. i. 5 ; Aristoph. Ac. 865 ; Schol. Arislopb. Vesp. S4I-S46; Dio. Clinsost. Il, p. 160; Hcsicli. s. v. «s' •Ect-;»;; Scliol. Plal. Kuti/ph: p. 233;Cratcs, /■>. 32 (Com. att. frag. M. Kock . - " Arisloph. Plut. 393 : Antipliau. ap Athcn. 3, p. 96 B; Annaudrid. ap Alhen. 4, p. 166 D : Sopb. Electr. 881. — >'• Od. 6, 303; 7, 133, Î4S ; .\esch. Agam. lS-^1 ; Suppl. 365; Eumenid. 577, 699; Eurip. Heracl. fur. 715. - <« Eurip. Heracl. fur. 715; Hcsiod. dp. 731-2. — 15 Harpocr. s. «. à;.=-,5îi;»-.« ; Hesjch. s. d. tf«;i;«:-.«. — *> U. 7, 34.-21 .\rislol. .4M. Po(. 55. - S l'bid. - *> U. I, 39 ; 8. 32 ; .^cschio. I, 28; l.yc. In f.eocr. 147; Dcm. 10, 40 ; 24, 107 ; Xen. .Vemor. i. î, 13 ; Arisloph. Ar. 757. 1337; Diog. Ucrt, I. 35;yuiiitil. 5, 10, 97;cf. Plal. Ifff. Il, p. 932 A ; Lipsius. Der allisc/ie l'rocns. i: 333.-" .\eschin. 1, 13; Plut. Sol. 22. - îi.\cschin. I. 28-32.

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parents; comme devoirs positifs il leur doit la nourriture et la sépulture. Théoriquement ce n'est pas seulement le père et la mère qui ont droit à la nourriture, mais tous les autres ascendants, s'il en reste; en fait, l'obligation ne peut guère s'étendre au delà de la quatrième génération et c'est ce que reconnaît la législation athénienne à l'époque historique'. Les devoirs funèbres sont la continuation, outre-tombe, des soins dus par le descendant à l'ascendant. On sait quelle en est l'importance et le caractère dans la religion primitive : à l'origine chaque famille a son tombeau dans son champ, honore exclusivement ses morts; les étrangers sont exclus du repas funèbre. Négliger les devoirs funèbres est l'impiété la plus grave qu'on puisse commettre [funus]. Ce culte des morts est le lien le plus étroit qui unisse les générations successives; théoriquement il s'étend jusqu'aux ancêtres les plus éloignés; c'est pour cette raison qu'un certain nombre de familles se sont fait des généalogies plus ou moins artificielles qui remontent jusqu'à un héros fondateur. Le culte des héros est évidemment sorti du culte des morts, après la fixation définitive des tribus helléniques, sous l'influence de croyances populaires, de chants d'aèdes, de traditions de familles qui se sont attachées à des tombeaux, à des lieux déterminés; il ne parait pas remonter à une très haute antiquité; car dans la poésie homérique, les grands personnages célèbrent bien les hauts faits et la naissance divine de leurs ancêtres, mais sans leur rendre un véritable culte-; c'est seulement dans les parties les plus récentes de l'Iliade et dans ÏOdf/sséc qu'on trouve des héros revêtus d'un caractère divin et honorés à ce titre, par exemple Patrocle, Ménélas, les Dioscures^ On peut admettre que le culte des héros a commencé vers le viii'^ ou le vu' siècle; le héros possède alors une double personnalité : c'est d'une part un liomme morlcl (jui appartient à un passé légendaire, roi, prince, chef de tribu, guerrier, ancêtre fondateur d'une famille; d'autre part c'est un être divin qui est généralement fils d'un dieu et d'une femme mortelle ou d'une déesse et d'un homme mortel et qui établit ainsi la transition entre le dieu ou la déesse et la série des ancêtres humains; ainsi à Athènes les Alcméonides remontent à Poséidon, les Philaïdes à Zeus, les Anthcades d'Halicarnasse à Poséidon, beaucoup de familles Spartiates à Héraclès '". Quelquefois le héros a été, en même temps que le fils ou le favori, le premier prêtre de la divinité dont la famille conservera plus tard le sacerdoce |uEROs]. A l'époque historique, on honore généralement les héros soit à leurs tombeaux réels ou supposés, soit dans des sanctuaires dont l'emplacement est très variable^; mais à l'époque primitive on les adorait sans doute surtout au foyer de la maison; il est probable que ces autels sans base, è(T/ipa!, destinés au culte des héros °, dont on possède des exemplaires et des représentations sur des bas-reliefs ", se trouvaient alors dans les maisons et ne différaient pas essentiellement du foyer; aussi les héros portent souvent les épithêtes de koi<JT'.o'., Èi7TioO/oi. 11 y avait ainsi une association

* Is. s, 32 où les ascciutiiiils îles trois dogrf^-s coiislilueiiL ràj/r, toj -(iv.j^. — 'i 11. 5, 12b, 2.V6; 2. COI; 10,413; II, 100, 371 ; 20, 105, 203, 215 ; 21, 18-1. —3 0d. \ 361 ; 5, 333; 11, 300-30». — M'Iierccyd. Fr. 39 ; Plut. Sol. 10; Apoll. Argon. 3. 12, 6-7; Corp. inacr. Qr. 1353; l.e Biis-Watldington Voy. areli. 213; Dittcnljerger, Sylloffe iiiscr. gr. 372. ^ I> Exemples d'omiiUiccmcnts dans Kosclier, /. c. p. 2491- 2-194. — fi Cf. Curtiiis, T)ic Altàre von Olympia, p. 21 et s. — 7 .Monvm. det. [nsl'U. are/i. 4, 22 li; Millli. ri. d. nrcli. Insl. Ath. 1887, 203 : autres textes

étroite entre le culte des morts et le culte du foyer.

Dans les devoirs funèbres il faut naturellement distinguer le culte des ancêtres que tous les membres du ysvo; doivent pratiquer et les cérémonies des funérailles proprement dites; les descendants les plus éloignés à qui ces dernières pussent incomber étaient, pour les raisons qu'cm a déjà vues, les représentants de la quatrième génération par rapport au bisaïeul et à la bisaïeule ; aussi de bonne heure, dans beaucoup de villes, la loi dut sanctionner cet état de choses; à Athènes, dans la législation de Solon, pour les funérailles des ascendants, les descendants sont assistés ou en cas de besoin remplacés par les proches parents, jusqu'aux tils de cousins, jusqu'aux àv£']/taoo(, et les seules femmes autorisées à entrer dans la maison du mort et à suivre l'enterrement sont les femmes âgées de plus de soixante ans et les parentes jusqu'aux filles de cousins** ; il y a des prescriptions analogues dans la loi funéraire d'Iulis de Céos [funus]. Si donc la loi établit une sorte de lien sacré entre les proches parents jusqu'au degré de fils de cousins, c'està-dire entre tous ceux qui descendent d'un bisaïeul commun, c'est qu'à l'intérieur du yév&i; (au sens large) elle oblige plus particulièrement les unes à l'égard des autres les quatre générations qui se suivent, du bisaïeul à l'arrière-petit-fils et qui constituent la famille simple.

Cette union et cette solidarité particulières des quatre générations successives ne se montrent nulle part mieux que dans un des plus anciens usages de la Grèce, dans le droit de vengeance familiale ; à l'époque primitive, en effet, la répression du meurtre ne regarde pas l'État ; c'est la famille du mort qui a le droit et le devoir de le venger. Dans VOdyssée, le poète énonce cette maxime que le fils est le vengeur naturel de son père et, en effet, les parents des prétendants essayent de venger sur Ulysse le meurtre de leurs frères et de leurs fils'; la déesse Athèna rappelle à Télémaque la gloire que s'est acquise Oreste en tuant Égisthe'"; les parents peuvent renoncer dans certains cas à leur vengeance moyennant une composition, dont la plus ancienne forme a peut-être été celle qu'on trouve dans les légendes primitives, c'est-à-dire la prestation de services auprès des parents pendant un temps déterminé; Apollon se met au service d'Adinêle, Hercule à celui d'ipliitos; mais d'assez bonne heure apparaît la rançon pécuniaire, ànoiva ",tioivï) ; dans le procès que représente dans Vlliadc le bouclier d'Achille '-, le meurtrier ollre le prix du sang et les deux parties se rendent devant les vieillards pour savoir si cette proposition doit être acceptée ou refusée; il est probable que le tribunal doit apprécier si le meurtre a été volontaire ou involontaire : dans le premier cas il y aurait exil perpétuel du meurtrier; dans le deuxième cas les parents pourraient accepter la réconciliation et la rançon". L'opinion publique non seulement accepte, mais recommande ce genre de transaction et blâme les familles qui s'y refusent" ; après la transaction, le droit de vengeance cesse et le coupable rentre sans aucune déchéance dans la société civile et religieuse"'; mais si

dans Kosclier, (. c p. 2301. — 8 [Icni. 13, 60-62. — » Od. 3, 106-197; 2+, 1.30- 13(1. — III (hl. 1, .17, 298 ; 3, 197, 307. — H Dcin. 23, 33. — 12 18, -lOS-SOS. — 13 Celte interpri'lalioii, qui est celle de Darestc {Annuaire des études f/recques, 1884, p. 90-97) et de Leist (Graeco-italische /lechtftpeschichte, p. 329) nous parait plus vraiscndilable que celle de Selioinann (Antiquités grec(fues, tr. Cialuski, I, p. 33) et do Tlionisscn {liroit pénal d'.ithénes, p. 27), qui ne voient dans ce proct^s qu'une simple question de quittance. — >'• II. 9. 496-506:326-526,632-638. —1^.//. 9,634.

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la famille n'accopln pas la ranron, le meurtrier ne (leul éviter la mort que par l'exil vulontaire, sans doute perpétuel' [exsilium|. Il se peut que primitivement ee droit de vengeance ait appartenu à tous les nienibres du -/évoç; mais déjà, dans h^s ])nèmes homériques, il n'aiiiiartienl plus régulièrement qu'aux proches parents, lils, petitsfils, pères, frères; il peut s'étendre jus(|u'aux cousins, 'ÉTa!^ àv£'|;ioi' qui tantiU assistent, lanlùl remi)lacenl les frères, et quelquefois à des parents plus éloignés, tels que le gendre et le beau-père'. C'est sous la même forme que ce droit de vengeance apparaît dans les légendes de l'éporfue primitive!, rtqjroduites ou inventées par les historiens, les poètes dramatiques, les philosophes ■•. A l'époque historique il va se restreignant de plus en plus; à Athènes ce n'est plus que le droit d'intenter la poursuite ou de l'abandonner; la famille du défunt peut seule poursuivre le meurtre même volontaire et le dénonciateur doit indiquer dans le serment qu'il prête son degré de parenté"^; les parents font la déclaration solennelle (Ttpocnrsïv) qui interdit au meurtrier de fréquenter les lieux publics '. Quels sont les parents autorisés à jouer ce nMc? Il y a de nombreuses obscurités dans la loi de Dracon dont nous possédons des fragments sur une inscription cl dans un discours de Démostliène ' [epiif/1'ai|. Elle mentionne les parents èv-bç àvs']/toTT|Toi;, c'est-à-dire le père, les fils, les frères, les cousins, les oncles; il faut sans doute ajouter à c»tte liste les petits-cousins, àvsj/fxoo!; ces parents peuvent être secondés dans la poursuite parles gendres, les beaux-pères, les membres de la phratrie. Dans le cas de meurtre involontaire, entraînant seulement un exil temporaire, les parents autorisés à accorder la réconciliation (aïSsctç) d'un consentement unanime sont le père, les frères, les fils : faut-il admettre qu'il y avait d'autres parents dans la lacune des lignes 13-10 de l'inscription? elles mentionnaient peut-être encore les cousins et les petits-cousins; cependant ils ne figurent pas dans le texte de Démosthène. A défaut des parents autorisés, les éphètes choisissent pour cette mission dix membres de la phratrie. En cas de meurtre volontaire, si aucun parent ne se présente, on porte à l'enterrement une lance et on demande à haute voix devant la tombe s'il n'y a pas de parent qui demande vengeance '. A Élis, d'après une inscription qui paraît antérieure au vi' siècle'", une loi sur les incantations ordonne à la phratrie, à la yevsi, et à d'autres personnes qui ne sont pas clairement indiquées, de ne pas se venger elles-mêmes; la punition est confiée au premier magistrat, sans doute T'EX^avcoix-/-,; et, à son défaut, au collège des démiurges; il y a une amende de dix mines contre celui qui flagellerait le coupable pendant que le procès est engagé, et contre le scribe de la phratrie. On voit qu'à l'époque historique, les parents chargés de la vengeance sont à peu près les mêmes que dans l'épopée homérir|U('. Signalons encore un cas particulier; à Athènes, dans la procédure de l'androlepsie, [androlei'SIAJ, pour le meurtre d'un Atlicnicii dans un

Ui'sioil. Sait. Uni: \i, 31<,i; Od. 13, i73-2T8. — iOil. 15, ii;t, ili.

— 3 11. 9. 464; 15, 55,1. Cf. Pausan. 3, 15, 4-6. — l Od. 8, 5*i. — :> Acscli;!. Choeph. Ïfi9, 310; Sopli. Oedip. rex. 14, 100; Pausan. 3, 5, 4; Diodor. 4, 58, V; Plut. De ser. num. cind. IJ; Quaest. gi: c. 46. — 6 Dom. 43, 57; 47, 70-72 : 58, 28-îa. — 7 Deiii. 43, 57. — » C. insa: ait. I, 61 ; Dcra. 43, 57, 72.

— 9 Deni. 4T, 60 ; llarpocr. .v. v. irtvîviritv Sôsj. — 10 Roelil, Iiiscr. antiqitiss. 112.

— Il Deni. 43, 59. — I2 Dom. 45, 53. — 13 Lois de Manon, ». 33, 35. Cf. AbscIijI. Agam. 65" cl Mii\. ; Kuriii. l'nigm. 8S7 [M. DidolV ~- !'• h. î. 7. -16; 3. 61 ; 7. 30 ;

pays étranger, ce sont les parents de la victime qui doivent saisir les trois otages; ces parents sont sans doute les mêmes que dans les autres cas; quant aux autres parents plus éloignés, ils n'ont ni le droit ni le devoir de poursuivre "; ce soin appartient plutotaux membres de la phratrie. Enfin Démoslhène signale encore une application curieuse de la solidarité des àY/.t<rT£îç : entre ces parents, dit-il, le faux témoignage ne viole pas seulement les lois écrites, mais la loi naturelle ".

Le culte du foyer et le culte des morts ou des héros ne doivent jamais ni être interrompus ni cesser; d'autre part, ils ne peuvent se transmettre que de màle en mâle; c'est là un des principes fondamentaux de l'ancien droit et de l'ancienne religion et qui tient à la supériorité que les croyances primitives attribuent à l'élément màle dans toutes les opérations de la vie et en particulier dans la génération'''. Ces deux caractères du culte du foyer et du culte des morts ont amené dans le droit privé des conséquences importantes que nous allons voir.

11 n'y a pas de plus grand malheur pour les anciens que l'extinction d'une race, soit d'un vévo;, soit d'une simple famille (£pY,|j.'!a oVxou) ; c'est en même temps l'extinction d'un culte; à l'époque historique cette préoccupation religieuse est fortifiée par la préoccupation politique de maintenir le même nombri- de familles dans le corps social. Cette considération explique les institutions de Sparte et des villes doriennes: elle revient à chaque instant dans les discours des orateurs altiques'*; à Athènes l'archonte éponyme doit faire en sorte que les maisons ne s'éteignent pas'". Aussi ce ne sont pas seulement les croyances religieuses, mais les lois qui interdisent le célibat et recommandent le mariage agamiol GRAPHE]. Nous ne savons pas si, comme dans l'Inde, d'après les lois de Manou"^, la veuve qui n'avait pas eu d'enfants devait se remarier avec le plus proche parent de son mari. Le mariage est donc obligatoire et il a essentiellement pour but la procréation des enfants légitimes, TïaiSiov ÈTï'àpoTio yv-riTitûv ''' ; la possession d'enfants achève la vie ; le mariage est la fin naturelle, -ilo^ : la maison où l'homme reste sans enfant s'appelle -/;u.!T£X-f|;'*. Il faut naturellement que le mariage soit régulier [matrimo.mumI; autrement les enfants sont des bâtards, vofio-.; dès l'époque homérique, ils sont inférieurs aux enfants légitimes; leur part d'héritage est moindre"; à .Mhènes, au moins à l'époque historique, depuis Solon, ils sont exclus de la succession, comme étant en dehors de l'ày/'.GTE'x, ne touchent que les voOsïa de mille ou cinq cents drachmes, n'ont pas part au culte, ne peuvent le continuer non plus que la famille-". Nous ignorons si, comme dans l'Inde, le divorce était obligatoire en cas de stérilité de la femme; nous n'avons pas d'exemples probants; l'obligalion qui fut imposée à plusieurs rois de Sparte de répudier une femme stérile ou d'en prendre une seconde, s'explique par des raisons politiques spéciales-': mais nous savons que quand le mariage était stérile ])ar la faute du mari, à Sparte les femmes en

10, 17; llonl. 43, M. 80; Isocr. 1',", 3.34. — <■' h. 7, 30. - "6 'J. 09, t4«. — 17 Menandcr, Friii/m. 185 (éd. Didot) ; .Mciplir. A"/j. 1. 16; PM.Conjug. praec. iî: Dem. 40, li: r. inscr. ait. î, I. 2081, 2116. 2541. 36S2, 3903. — 18 II. î. 701; Slob. Florileg. 67, 21, 23, 25 ; C. inscr. gi: i. 3445. — la Od. 16, 208-210. — 30 Dem. 44, 49 ; .Arisloph. Av. 1660; Harpocr. Suid, s. r. >oliT« ; Schol. .Aristopli. .4r. 1656. C'est ce qui explique le grand rûle des kilants dans les colonisations ; .\nliocIi. Fragm. 14 ; Nicol. Damas. Fragm.'63M. Didol . — ilHerodot. 5.39; 6. 61 ; Pausan. 3, 3, 7.

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général, à Athènes les femmes épiclères seulement avaient le droit et le devoir de se livrer à un parent du mari pour en avoir un enfant qui pût continuer la famille et le culte domestique' ; et une loi de Solon qu'il n'y a pas de raison de rejeter ordonnait au mari de la femme épiclère de remplir ses devoirs conjugaux au moins trois fois par mois, sous peine de s'exposer à une Ypaïr-J) xaxco(7£ioç ". C'est également de la nécessité de maintenir la famille qu'est sorti l'usage de l'adoption [adoptio]': quoique nous n'ayons pas de textes à ce sujet, il est vraisemblable que l'adoption a fait partie du plus ancien droit grec et qu'elle y était soumise à peu près aux mêmes conditions qu'à l'époque historique. Y avait-il alors une forme d'émancipation, corrélative de l'adoption? Nous n'avons aucun renseignement sur ce point : peut-être employait-on ràT:oxY,ptj^tç qui subsiste à l'époque historique [apokeryxisI. Enfin nous verrons tout à l'heure que le droit successoral repose aussi sur les principes qu'on a exposés.

Quelle est la constitution, quel est le rôle social et politique du yÉvo;? En même temps qu'une famille naturelle, c'est une corporation dont voici les principaux traits.

1° Chaque ys'voç a son nom propre; les noms des yévvi se ramènent partout à deux classes, les plus nombreux, ceux qui ont une désinence patronymique et ceux qui sont tirés de diverses racines, noms de lieux, métiers profanes ou sacrés'. Les noms patronymiques se réfèrent généralement au héros fondateur et protecteur; ils sont le plus souvent, comme à Athènes, terminés en tSr,? ou aZ-ffi; le nom du yévsç se transmet ;i toutes les générations ; au début il a eu sans doute la même importance que le nom geniilice de Rome et chaque individu devait le porter après son nom particulier et le nom de son père [xoMENJ ; ainsi Pindare rappelle toujours dans ses éloges le nomgentilice de ses héros; mais de bonne heure il a cessé d'être usuel et presque partout les régimes démocratiques le remplaceront, comme troisième nom, par le nom du dême.

2° Le yévoç a un chef; nous ne le connaissons que par des documents de l'époque historique où il s'appelle Cl àf^-iov Toù yjvou; et OÙ il n'a plus sans doute que des débris de ses anciennes fonctions ; à Athènes, parexemple, il représente sa corporation, est chargé de certaines missions ; il est sans doute annuel et tiré au sort [eupa- TRiDES, p. 8o9J. A Chios, le chef de la famille des Klytides administre ses biens-'. On peut conjecturer qu'à l'époque primitive ce chef, sans doute le membre le plus âgé de la corporation, était à la fois son administrateur, son grandprêtre, son juge et son représentant politique; mais nous n'avons pas de textes sur ce sujet. Le morcellement du yÉvoç a certainement enlevé de bonne heure toute importance, sauf peut-être au point de vue politique, au chef de la corporation ; il n'est resté que le pouvoir du père sur la famille simple, c'est-à-dire la puissance paternelle proprement dite. Il n'y a pas en grec de mot qui corresponde au mot latin, potfstas; mais l'idée de puissance se trouve dans le mot Tzut-v^^^". A l'époque historique la

1 Plul. L)jv. lô; Sol. 20; Xcn. Lnced. pol. I, 7. 8. — 2 piut. Sol. 20; Schol. Ari^loph /ùiiiil. V}0 ; Luciau. Bi.i uccus. 27. — 3 Cf. Lois de Manon, 9, 10. — * Pour AUii^ncs voir l'arliclo eupathioes, p. 8j*; pour Kliodcs, Newton, Ane. gr. inscr. 2, 252; pour Cliios, Pausan. G, 17, 7; Bull, de coït. hell. 3, p. 45-58 cl 2.11-255; pour Cop, Corp. inscr. gr. 2372 b et Mitth. d. deutsch. arch. Inst. Alh. 9, p. 319-323. — "Bull, de corr. Uelt. 3, p. 45-58 et 231-255. — c Sur les mots tirés de la racine pa, voir Curlius, /. c. n" 377. — " plut. Sol. 12,

puissance paternelle en Grèce est singulièrement faible : en a-t-il toujours été ainsi, ou est-ce l'effet d'une décadence rapide ? Le problème est difficile à résoudre, faute de documents. La puissance paternelle comprenait d'abord les éléments qu'elle a gardés à l'époque historique ; le père, comme chef religieux, célèbre la religion domestique à sa guise; comme maître de la propriété, il administre la fortune; il a le droit de répudier la femme; il a le droit de reconnaître l'enfant à sa naissance ou de le repousser et de le faire exposer [expositio] ; à Athènes jusqu'à Solon le père pouvait vendre ses enfants; d'après la législation de Solon il n'y a plus que le cas d'inconduite qui autorise le père à vendre ses filles, le frère ses sœurs '. Mais dans tous les autres pays grecs la vente des enfants, quoique désapprouvée par l'opinion publique', continue à être pratiquée par les parents pauvres, même sous la domination romaine, jusqu'à l'époque chrétienne^ Le père peut expulser ses enfants par rà7co)tYiç,u;iç. Mais a-t-il sur eux dans le principe un droit illimité de vie et de mort? On ne peut citer que quelques cas, plus ou moins légendaires, par exemple le sacrifice d'Iphigénie, le supplice infligé à la fille d'un archonte d'Athènes au viii° siècle pour son inconduite'" : si ce droit de vie et de mort a existé en théorie, il a disparu de très bonne heure, car la puissance paternelle a été rapidement battue en brèche par l'autorité publique qui émancipe entièrement le fils dès sa majorité civile et ne laisse au père que la tutelle perpétuelle des filles et des femmes [epitropos, kyrios], et c'est surtout pour celte raison que la puissance paternelle n'a pu constituer, en Grèce, comme à Rome, une famille purement agnatique.

3° Il y a entre les membres du ykvoç une solidarité d'abord très étroite, mais qui se restreint de bonne heure aux membres de la famille simple. Nous en avons vu un exemple dans le droit de vengeance ; il y en a un autre exemple dans une inscription archaïque, malheureusement mutilée et très obscure, de Mautinée". La solidarité du ysvoi; se maintient plus longtemps dans le domaine politique ; parexemple la faute de quelques Alcméonides à .\lhènes amène l'exil de tout le clan '- devant les tribunaux de l'Aéropage et du Palladion ; l'accusateur invoque la malédiction divine sur lui-même, son yàvoç et sa famille dans le cas où son accusation serait mensongère ".

4° Le yÉvoç a son tombeau commun [funusJ, son lieu de réunion, lesché "; dans l'Attique, le dieu des Ttirpai, Apollon, était vraisemblablement le dieu protecteur de ces lieux "^ ; à Sparte la Xéa/-^ est devenue un lieu de réunion plus large pour les phratries et les tribus'". Le yÉvo; se réunit pour faire des règlements, Oic-ixia : il est probable qu'il exerce un contrôle sur l'admission des nouveaux membres, mais nous n'avons d'exemples de ce fait que pour l'Attique [eupatrides, p. 8o8-8ofl].

t)" Le yévoç a généralement plusieurs cultes, d'abord, comme on l'a vu, celui de son héros, puis d'autres cultes domestiques qu'il garde même après leur transformation en cultes d'Ëtat ; mais nous ne les connaissons guère que pour Athènes; à Chios les Klytides, issus duliérosKlytios,

13, 23. — 8 Plul. Df amor. prol. 5, p. lOM E. — '■< V.t. Licrivain, Éludes sur te Bus-Empire, p. 25G-262 {Mélanges d'archéologie et d'histoire pulitiés par l'École française de Home, t. X). — i" Aesch. I, 182; Suidas, s. v. 'U-o^iivr.î. Autres exemples dans Pausan. i, 9, 50 ; Plut. Paraît, p. 383. — " Bull, de corr. hell. 1892, p. 508-590. — li Arislot. Ath. pol. I. — " Dem. 23, 07-59, 10.

— 'V Hcsiod. Op. «1-499; Honi. Od. 18, 329. — 15 Harpocr. s. o. /,.»/«;.

— 10 Plut. Lljc. 21, 25.

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paraissent avoir, on outre, le culte genlilico de Zeus Patroios; <i f'phèse, les Ba<7iXÎ5a'. gardent la culte de Démêler Rleusinienne, à Milet les Skirides celui d'Artéinis Skiris, à Halicarnasse les Anthéades celui de Poséidon', à Athènes les membres des ysvy, pratiquent seuls pendant longtemps les deux cultes de Zeus Herkeios (Ze'jç ' K'y/.dot;] et d'Apollon Patroos ('AttcIXXwv ■kxtç.moç); nous trouvons à Cos un privilège du même genre : les cultes d'Apollon et d'Héraclès au sanctuaire d'Halasarna sont réservés aux seuls membres des trois anciennes tribus, c'està-dire sans doute aux descendants des anciens yâv/-, '■'.

()" Le yévo; est-il propriélair(! do biens? A l'époque historique, comme toutes les autres corporations, phratries, tribus, il a des biens administrés par son chef; nous en avons de nombreux exemples pour Athènes [eui'A- TRinEs, p. 859], pour Tanagra, pour Mélos, pour Cos; ce sont en général des terrains, des immeubles, des objets sacrés^ ; sont-ce là les restes d'un régime ancien où le YÉvoi; aurait eu des possessions plus considérables, ou même aurait été le seul propriétaire? (lela revient à chercher quel a été le caractère primitif de la propriété l'oncière en Grèce. Plusieurs auteurs' ont cru trouver le communisme aux origines do la société holh'nique ; il est aisé de réfuter les arguments qu'ils ont apportés à l'appui do cette théorie;'. Les prétendus souvenirs de l'âge d'or, où il n'y aurait pas eu de propriété privée, n'ont évidemment aucune valeur historique '' ; les théories socialistes des philosophes et des liommes d'Etat en (irèce, les mesures plus ou moins révolutionnaires, relatives au partage des terres, à l'abolition des dettes, que 1(!S gouvernements démagogiques ont pratiquées à différentes époques, surtout dans la période de la décadence, ne nous éclairent en rien sur les origines delà propriété. C-erlaines institutions de droit public ou privé n'ont nullement le sens qu'on veut leur attribuer; par exemph; 'l'Iiéophrasle signale parmi les formalités de la vente des immeubles à Thurii la remise d'une pièce de monnaie à trois voisins''. C'est là, dit-on, la reconnaissance en faveur des voisins, d'un ancien droit de copropriété sur la terre vendue; en réalité, les voisins n'interviennent ici que comme témoins de la vente. On a également et avec aussi peu de vraisemblance trouvé dans les repas publics des cités lielléni(iues un souvenir de la communauté primitive des terres : les repas publics étaient probablement à l'origine une des formes du culte public rendu parla cité à ses dieux; ils existèrent dans toutes les villes, mais ils sont peu à peu tombés en désuétude ou se sont transformés comme à Sparte et en Crète en une institution politiqueet militaire [ei'ul.\j; tout ce que nous en savons implique plutôt la propriété privée que le régime de la communauté. On met sur le compte de * Pythagoro l'iUablissement du communisme dans plu-

1 Bull, ilecori: heil. 3, p. 4o-5S ol iSl-iôS; Slrab. |). C3:i ; liev. aich. 1*71, i, |i. lot; irMfnhrfgcr, Sijll. î-i. — i Bull, (le corr. hell. ISSi, p. a l'.l-2liT.— 3 /nscc. jr. sept. 547 ; l{ang,ibf. Antiq. hell. 1194; Paton cl llicks, /nw. of Cos, 14!1, 150. 151 ; Bull, lie corr. hell. 3, p. 45-58. — V ]in particulier Viollol. Dit caractère collectif des premières propriétés immobilières {Bibliothèque de l'École tles chartes, 1S72, p. 4."i5-504) ; de Luvcicyc, De la propriété el île ses formes primitive.^, i" éil. p. 369 et suiv. ; Hsmeiii, la Propriété foncière dans les poèmes homériques (Xouv. Devue hisloriiiue ilu ilroil. IS91, p. 821-845). — >• Celte réfutation a déjà et.;- faite plusieurs fois, eu partioulier par : Fustel de Coulanges, le Problème des orif/ines de la propriété foncière [Bévue des i/uest. hisl. 18S9, 1. 1, p. 391-4061; UVrivain, Note »ur le caractère de la propriété foncière dans les poèmes homériques {Mémoires de t'Acad. d. .ït. inscr. et bell.lett. de Toulouse, I. IV. 1892, p. 218-226); Guiraud, la Propriété foncière en Grèce, 1893, p. 1-23, 36-45. — » Virj;. Georg. I, 123-128; Tibul. Eleg. I, 3, 43-44; Justin. 43, 1,3.— " Stob. Floril. 41. 22. — 8 Dioï.

sieurs cités de la Grande-Grèce; mais les textes relatifs à ce sujet ne remontent pas au delà du ni' siècle av. J.-C; ils ont plutôt le caractère de légendes que de documents historiques et sont d'ailleurs démentis par les autr<!s renseignements que nous avons sur la vie de Pythagore et les institutions dites pythagoriciennes; Pythagore avait en effet maintenu à Crolone une constitution oligarchique qui reposait sur la propriété foncière''; il y avait des propriétés particulières ainsi que plusieurs de ses disciples'" ; on a remarqué avec raison (|uelos anecdotes relatives aux succès de la prédication de Pythagore supposent en général chez les pythagoriciens l'existence de la propriété privée ".Un texte obscur d'Aristole, concernant Tarente'-, ne prouve certainement pas que cette ville ait pratiqué le communisme foncier; il s'agitsimplemontd'une mesure politic|ue dont nous ne connaissons pas le sens exact, prise par l'aristocratie en faveur du peuple. Des aventuriers de Cnide et de Rhodes, établis vers le vr' siècle av. .I.-C. dans les îles Lipari, y avaient maintenu pendant quelque temps une sorte de régime d'indivision'^ ; mais c'était là un ri'gime artificiel créé sui' un très petit domaine pour et par une association de pirates et qui ne fut pas de longue durée. Dans la plupart des établissements des Grecs, dans presiiue toutes les fondations do villes et de colonies, à la suite d'une conquête ou pacifiquement, nous trouvons la tradition généralement vraie d'un partage des terres et d'une distribution des lots, depuis l'époque homérique jusqu'à la période macédonienne " ; le mot x/Yipoç qui désignera plus tard l'héritage a désigné primitivement le lot tiré au sort; Platon, fondant son État modèle, s'occupe d'abord de la division du sol '^ Cette opération a-t-elle marqué généralement, comme on le prétend, le point do départ et l'origine de la propriété privée? Témoigne-t-elle d'un régime antérieur d'indivision? En aucune façon : elle prouve simplement que les Grecs apportaient partout avec eux la notion de la propriété privée. Dira-t-on que ces partages de terres n'étaient pas définitifs, mais qu'ils étaient renouvelables périodiquement et qu'ils ne conféraient par suite qu'un simple droit de jouissance? On a cité à l'appui de cette opinion les textes d'Hérodote relatifs à la colonie grecque de Cyrène '% le partage établi par Lycurgue à Sparte'' et des textes homériques. A Cyrène le réformateur Démonax aurait partagé entre les citoyens les terres restées jusque-là communes; en réalité il ne s'agit que des pouvoirs politiques transférés de la royauté au peuple, et dans les prétendus partages successifs des terres opérés sous les premiers rois de la Cyrénaïque, il ne faut voir ([uo des déplacements de colons, des invasions de nouveaux émigrants. Le partage des terres attribué à Lycurgue n'a été également qu'une réforme nécessaire qui n"a

l-aerl. S, 1. 23 ; S, I, 10 ; Pliot. Lex. p. 174; Porpbjr. Vil. Pythagor. 20; Janiblicb. De Pythag. vil. 168, 260; Schol. Plat. p. 737, Il M. llidoli; .\ul. Gell. I. 9, 12. Voir sur cette question Zelter. la Philosophie des Grecs (trad. Boutrouxi, I, p. 280-2S2, 320. — S Janiblicb. De Pylhag. rit. 260 ; Polyb. 10, I, 16. — lo Diog. Lacrt. 8, 1, 5 cl 39; Janiblicb. De Pythag. vil. 170. 197, 233. — » Oiodor. 10. 4 ; Jamblicli. De Pythag. vil. 237-239, 257. — là Pol. 6, 3. 3. — 1^ Diodor. 5, 9. Voir sur ce poiul, Tb. Reinacb, le Collectivisme des Grecs de Lipari [Bec. d. èlud. çr. 1890, p. 86-96). — Il A Sclieria, Honi. Od. 6. 9-10: à Lesbos. Samos. Rbodes, Tiinédos, aux Cyclades, Oîodor. 5. 5u, SI. 83, 84; à Zancle. Thuc. 6. 4 ; en Sicile. .\llieo. 6, p. 167 D; à Cyn>ne, Herodot. 4. 159; dans l'.Vrgolide. Diodor. Srcrrp. Escortai, ci Slrab. p. 377 ;dans la Mcsst'-nie, Kpbor. Fragm. 53 iDidot, I, p. 247 1 ; à Olynios. Le Bas-Wad. Voy. areh. 3, 339. Cf. Thuc. î, 27 ; Hi-rodol. 1, 60; Strab. p. 333 ; Apollon. Argon I, 367-868. — li Leg.5, p. 737c. — l'i, 135-161. — 17 Plut. Lycurg. S.

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été renouvelée que sous Agis m [laceiuemoniorum respublica]. Les textes homériques ne sont pas plus probants : les nombreuses dotations foncières que le peuple accorde aux rois, aux nobles, prouvent non pas qu'il est le seul propriétaire du sol, mais simplement qu'il dispose d'un immense ager publiais ' ; l'épithète ÉTrîçuvo;, employée à propos d'une terre, indique un champ indivis que les deux propriétaires veulent partagerplutùl qu'un domaine public possédé collectivement-; dans la scène champêtre représentée sur le bouclier d'Achille, les laboureurs paraissent plutôt être des ouvriers au service d'un grand propriétaire que les délenteurs momentanés et provisoires de parcelles communales qui feraient simultanément les labours''. Quand, après la mort d'IIcclur, Andromaque craint que ses concitoyens n'enlèvent ses terres à son lils orphelin, elle ne veut pas dire qu'on fera rentrer ces biens dans la communauté, mais simplement qu'on s'en emparera par la force''. En somme il n'y a pas un seul argument sérieiix qui prouve que les (irecs primitifs aient connu et pratiqué le communisme agraire. Il n'y en a aucune trace, ni dans Homère ni dans Hésiode. Les rites religieux les plus anciens s'appliquent à la propriété privée, délimitée par des bornes''. C'est la propriété privée qui, selon toute vraisemblance, a régné dès le début de la civilisation hellénique. Gomment a-t-elle pris naissance? On a émis l'hypothèse que c'était la religion qui lui avait servi de fondement". Ce serait l'obligation d'avoir pour la sépulture d(^s ancélrns une place immuable ([ui aurait assuré à chaque yevoç la possession exclusive d'un champ. Il nous semble qu'il y a là une pétition de principe; le y^voç a dû établir le tombeau de ses ancêtres dans le cluunp (jui lui appartenait déjà ; en réalité c'est l'occupation et le travail qui ont constitué la propriété foncière": il n'y a pas de raison de rejeter ces modes naturels de l'acquisition du sol à l'époque ancienne. Ajoutons d'ailleurs que la plus grande partie des propriétés date seulement des grandes migralions et des partages de terres qu'elles ont provoqués. En tout cas les lois civiles et religieuses ont assuré de bonne heure à la propriété foncière une protection sérieuse, l/habitude ancienne de prêter serment sur le foyer d'autrui indique quel respect l'entoure*; les bornes des propriétés ont un caractère sacré, ôpoi, Osol c/'pt&t et sont sous la protection spéciale de Zeusopr.oçet d'Hermès'' [ïERMiNis, HERMES]; il cst probable qu'i'i l'origine c'était à Athènes, comme à Rome, un sacrilège que de les déplacer; les prescriptions que renferment à ce sujet les lois de Platon correspondaient sans doute à la législation athénienne '" ; dans les lois de Charondas, appliquées à Ces, il y avait une amende de 1000 mines contre toute incursion sur le leri-ain d'autrui", les lois de Dracon qui reproduisaient des coutumes antérieures punissaient de mort le vol dos fruits'-.

Quel a été au début le caractère de la propriété privée'? S'est-elle présentée sous la forme de la propriété familiale (m sous la forme de la propriété individuelle? Il se ])eut que la propriété ait été au déinit purement gentilice, c'est-à-dire (juc la cor|>oraliou du yivoç ait possédé

i //. 0, 574-380; Orf. 7, 130; 20, 184-180. —i 11. il. iH-iU. — ■> 11. 18, 5.11-."i49.

— '> //. 22, 489. — 6 //. 12, 421. — » Fustel ilc Coulangos, Cité aïK/V/iie, i. 0 ; ol Nouvelles recherches, p. 18-20 ; Guiiaud, /. c. \i. 24-34, — i Cf. Od. 20, 264-205 ; 24, 203-208. — 8 Od. 14, 139. — u Pollux, 9, 8; Hesych. s. u. ïpo? ; Aclian, Episl. rust. 15, p. 648. — to leg. 8, p. 842 E. — " Herond. .Mmiamh. n' 2 (M. Mcislcr).

— 12 l'iul, Hal 17; Gell. 11. 18. — 13 Corp, inscr. gr. 3064. — 14 Pausau. 8, 45,

collectivement la terre en en laissant la jouissance à ses membres de père en fils ; chaque yâvoç occupait sans doute une portion délimitée du sol, car à l'époque historique, dans l'Attique plusieurs des dèmes de Clisthène, à Cos les anciennes divisions territoriales, les TriJoyoi '\ à Tégée quelques dèmes " portent encore des noms patronymiques empruntés ;"i d'anciennes familles. Mais ce régime de la propriété geiililice a disparu do très bonne heure, ne laissant comme débris que les biens sans importance que nous avons vus, La propriété s'est rapidement morcelée, nous ne savons comment, entre les différentes branches du ysvo; et c'est en ce sens qu'on peut l'appeler familiale. Elle a les caractères suivants. Elle est d'abord strictement héréditaire ; sur ce point il n'y a jias de doute; les témoignages abondent dès l'cpoquc homériquiï ' '. En second lieu elle est inaliénable et ne peut sortir de la famille. Sur ce point les règles du droit primitif ont été fortifiées en beaucoup d'endroits par des prescriptions moins anciennes et purement politiques, établies parquidques législateurs pour maintenir à perpétuité un nombre à peu près immuable de familles et de propriétés; ainsi, d'après Aristote "',en beauc'oupde cités, |)articuliôrement à Sparte ''', la loi défendait de vendre les anciens lots (oi Tipwrot xXyipoi — ■/; àp/aia (Aoîpa) ; un des législateurs de l'Élide, Oxylos, avait interdit d'affecter la terre à la garantie des créances"; à Locres il était défendu de vendre son patrimoine sauf en cas de détresse dûment vi'riliéi!; il y avait la même règle à Leucade''\ à Corintlie Phidon s'était proposé de maintenir le même nombre de patrimoines el de citoyens-". C'est sur le modèle des anciennes législations que Platon interdil, dans ses Lois-', la vente du lot de terre. D'autre part le testament était inconnu dans l'ancienne Grèce ; il n'existe pas encore dans la loi créloise de Gortyne et il n'a été introduit à Athènes que par Solon, à Sparte par la loi d'Épitadée, postérieure à la guerre du Péloponèse -- [ïestame.ntumI. La femme ne pouvait pas non plus faire passer la terre dans une maison étrangère par son mariage, car à l'époque primitive il est probable qu'en principe elle ne peut rien posséder; sa dot, comme on le voit dans les poèmes homériques, est un simple don manuel qui ne consiste jamais qu'en bestiaux et en objets mobiliers et qui, après la rupture du mariage, revient à celui ((ui l'a constituée" [dos]. Quant à l'héritage, la lille, incapable de continuer le culle du foyer et des ancêtres, en est en principe complètement exclue; si donc il y a des enfants mâles, elle n'a rien à réclamer; c'est par une innovation tardive que la loi créloise de Gortyne-^ donnera à la fille une demi-part virile ; s'il n'y a pas d'enfants mâles, la fille, alors épiclère, se trouve dépositaire de l'héritage et doit épouser le plus proche parent ou le lils adoptif pour fouimir un héritier qui puisse continuer la famille [epiklerosJ. Ce système de l'épiclérat parait être une vieille institution de la race aryenne; il ligure dans les lois de Manou-" et dans celles de Charondas-". La propriéb' héréditaire est-elle indivisible? Il est difficile de répondre fi celle question; en théorie les héritiers n'auraient du être que des usufruitiers el les par-

I, 1.-; llom. /;,5, 15i; 22. 189; Od. i6, 73-77, 128, 313;20, 264-2C5, — «^ Pol. 6,2, o. —I- Ilciacliil, Ponl. î,- {Fi-aij. hisl.gr. M. Didoi, 2, p.22l). — «8 Arislol. l'ol. 0, 2, 5; Slrab. 8, 1, 2. — l'J Arislot, J'ol. 2, 4, 4, — SO [hid. 2, 3, 7, — 21 5, p. 741 li, — 22 Plut, Sol. 21 ; Agis, 5, — 23 Hom, //, 6, 394; 9, 117; 16, 178; 28, 51, 88; 2;l, 472; Od. I, 277-278; 2, 33, 132-133; 6, 159; 8, 318; 11, 282 ; Pollux, 3,30; Hcsycli. s, », ÏS.«. — 2^3. 1. — 25 9, 127, 130. - 20 Diodor. 12,13, 18.

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