‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments (volume 5)Chapitre 68 sur 104 · GE · texte numérisé non relu

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lages n'auraicnl pas d\\ altiTcr runili' du iialHmoino ; on invoque, à rappui de co syslcmc, quoUiues arguments, mais peu prohauls ; d'après Aristolc ', les membres de la famille s'appelaient dans les lois de Charondas, iaoTt'- TTuoi et dans celles d'Rpinn'nide de Crète c;jj.ô/.-/7rvo!, c'està-dire ceux qui mangent à la même table -; mais ce texte n'a aucune portée. A Sparte, à l'époque historique, phisieurs frères vivaient souvent ensemble du revenu d'un seul lot resté indivis, ne prenaient ([uel([uerois qu'une seule femme pour eux tous ; l'aîné était alors le chef de la maison, ^firtoTtâtAiov, les autres étaient ôaoV.aitvoi, c'està-dire du même foyer ^; mais cette situation ne se produisait évidemment (|ue quand il n'y avait pas assez de lots pour tout le monde et d'ailUmrs, à notre avis, loin de représenter le droit primitil', les institutions de Sparte représentent un droit arliliciel, créé pour une situation spéciale. Kn Crète, d'après la loi de Gortyne, les exploitations rurales occupées par des serfs sont exclues du partage entre les fils''; mais nous ne connaissons ni le sens ni le but de ce règlement. On trouve d'ailleurs de nombreux exemples du maintien de la communauté entre frères à l'époque historique, lorsque la loi autorise et ordonne le partage [ueriîditasj. D'autre part il y a dans les poèmes homériques, non seulement dans VOdijssée, mais encore dans les parties les plus anciennes de V Iliade et aussi dans Hésiode des exemples indiscutables de partages entre frères, ou, à défaut de fils, entre collat(:'raux i/YipojTTa; ) '. Si donc la propriété a été indivisible au début, elle a perdu ce caractère, au moins dans la plupart des villes, dès l'époque homérique. Il a dû en être de même du droit d'aînesse. Il se peut que primitivement le lils aîné ait eu, sinon comme dans l'Inde'', la possession, au moins l'administration exclusive du patrimoine et (]ue les cadets, pour jouir d'une fortune indépendante, aient dû, soit émigror dans une colonie, soit entrer par adoption dans une autre famille ou épouser une fille épiclère ; mais de bonne heure le droit d'aînesse a disparu ; dans les poèmes homériques nous ne trouvons qu'une supériorité morale en faveur de l'aîné à (jui obéissent les Érinnyes'' ; plus tard le fils aîné jouit encore dans certaines villes de privilèges politiques qu'on verra, et à l'époque historique, à Athènes, il reçoit généralement, dans l'héritage, par le testament du père, un préciput (TTOïaSsEa) et porte le nom de l'aïeul paternel*. Nous avons donc trouvé le système de la propriété familiale, mais nous avons constaté en même temps que dès l'époque homérique elle est déjà très voisine de la proprii'lc individuelle. Cette évolution était naturelle. L'esprit d'indépendance, l'amour du bien-être, le développement rapide du commerce, de l'industrie et par suite de la richesse mobilière, l'anlagonisme politique du YÉvoç et de l'État, la fondalion de nombreuses colonies grecques, pourvues de constitutions plus libérales que celles des métropoles, voilà quelques-unes des raisons qui liàtèrent l'émancipation de l'inilividu et la décadence de l'ancien régime familial ; rlle fu( coiniilêle lorsque le

fils de famille put avoir des biens propres et lorsque le père put disposer librement des siens. Nous ne savons pas à quelle époque apparaît le pécule; les textes homériques' où on a cru trouver des pécules composés de biens meubles ne sont pas probants; mais déjà, dans la loi de (iortyne "', les enfants ont des biens propres, meubles et immeubles. A l'égard du père, il est probable qu'une distinction s'établit d'assez bonne heure entre son patrimoine héréditaire, le x/.-?,ioç, et ses acquêts, par exemple les terres nouvellement défrichées; nous n'avons pas de textes pour l'époque primitive "; la distinction existe à Sparte, mais nous ne savons depuis quelle époque '- ; on put sans doute de bonne heure aliéner les acquêts et les pécules'^: l'autorisation d'aliéner les biens patrimoniaux fut le dernier pas : quand le fiton? Nous ne savons pas exactement. Il n'y a pas encore dans Homère de contrat de vente foncière ; mais Hésiode parle des dettes et de l'achat d'un champ'', et il est question de la vente des immeubles dans les lois de Charondas'^; toutefois l'opinion publique restreignit encore longtemps la liberté de l'individu en traitant avec défaveur l'aliénation des biens paternels, en la considérant comme un gaspillage immoral. A Milet"^ le citoyen qui avait commis cette faute était enseveli hors de sa patrie ; à Athènes la tribune lui était interdite '' et peut-être même pouvait-il être atteint par une accusation publique (ysa-if, -à Tix-owa xaTc3T,ooxÉva'.) '*. .Nous avons vu à quelle restriction la vente du patrimoine était soumise à Locres et à Leucade. Sparte continua à défendre absoluraenl la vente du lot primitif de l'àp/aîa [jLoîii '". D'autre part le père n'eut jamais pleine liberté testamentaire que quand il ne laissait pas d'enfants légitimes, naturels ou adoptifs. et même dans ce cas le testament ne désignait jamais d'héritier en dehors de la famille [testamentim]. Le système successoral de l'époque historique, tout en consacrant le triomphe du principe individualiste, maintient cependant autant que possible le patrimoine dans la famille par l'adoption, lépiclérat et la supériorité de la ligne masculine sur la ligne féminine^". .\ .\thènes les héritiers ab intestat sont d'abord les descendants directs jusqu'aux arrière-petils-fils -' ; c'est la vieille institution aryenne, la famille sapiiida des Hindous-': à défaut de descendants directs, la loi appelle les collatéraux paternels, d'abord les frères consanguins et leurs descendants jusqu'aux petits-neveux et aux petites-nièces du défunt-'; puis les sœurs et leurs descendants jusqu'au même degré; enfin les oncles, tantes, cousins germains et fils de cousins germains du défunt, d'abord ceux du côté paternel, puis ceux du côté maternel-' : cet ensemble d'héritiers forme le cercle de Vkyy.Tziix qui est exactement le même ici que pour le droit de vengeance et les funérailles. Il se divise en deux ordres de parents successibles, les parents par le père et les parents par la mère; le système successoral ne repose donc pas sur l'agnation, mais sur la cognation. S'il n'y a dans aucune des deux branches de parent successible jusqu'à la troisième géné-

1 l'ol. 1, 1,6. — i Cr. Hcsycli. s. //. r. — ^ l'olyli. £'.cc Vadc. li. (> 6, J S (Dùlol) — t 4, 33-3S. — « l)d. 11, 208-îlO ; //. 5, 158 ; IS, IST ; Hcsioii. (t/i. 37. — C Lois de Maiioii, 9, 103, 107, ISO. — 7 //. 13, iOi. — 8 Uem. 36, 33-33; 39, i7. C'est par uuc mauvaise inlerprêlalion de Deiu. -10, lii. que Fu^U'l de Coulangcs [Cite antique^ t, 7) a soulenu t|tic le lils aine ï^ardail à Alh6ncs. eu dehors ilu parlagc, la maison paleracllo. -- 'J //. I, I3i-I36; 8, ISS. — lu 0, 3; 9. 40-43. — " 0</. S4, i07, le cliamp dt^'fi'iclié par Laërte ne se disliiigue que du doinaiuc royal. — >2 Heraclid. eonl. Fm/i- 'i, 7. — 13 Cf. Lt:r. Gorlyii. 0, 3. — I' Op. C10-C17 cl 541.

— I ■ Thooplir. rrnii. 97, 5 (Slob. Floril. 44. îi. — '« Diog. Uerl. 9. 7, 39.

— 17 Acscli. I, 3U; Diog. Lacrl. I, 2, 5S ; f'ollui, 8, 53 : G, 39. — •» Cf. Meicr- Sclioomann-Lipsius, Dcr allische Process, p. 365. — " Heraclid. Ponl. /. c.

— 20 Nous n'indiquons ici que les tr,lits g^néraui. en renToyant \mit le détail à rarliclc HtatDirAs. — 21 (s. 8, 3i-34 : cf. Lex. Cwortyr.. 5. 10-13. — " Lois de Maaou, 9, ISO. — ï> Is. 11,1; cf. pour Gorlync, Lei Gortyn. 5. 13-17, pour Locres. hiscriptiotts Juridiques grecques, n* ! I , B, I. 4-6. — 2V |s. 7, 20 ; 11,15; Dem. 43, 51, 57.

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ration, on revient à la branche paternelle, aux parents les plus proches par le bisaïeul, le trisaïeul; à défaut de ces parents nous ne savons pas quel moyen on devait employer pour continuer la famille. A Gortyne les biens échoient en pareil cas' au xÀiçoç, c'est-à-dire sans doute aux colons du domaine patrimonial : mais à quel titre? la loi ne ledit pas. A Athènes l'archonte éponyme devait, comme on l'a vu, empêcher l'extinction des familles-, mais on ignore par quel moyen; on a conjecturé, mais sans preuve'', qu'on choisissait dans la phratrie du défunt un citoyen chargé de continuer son culte familial; la ressource de l'adoption devait rendre d'ailleurs ce malheur assez rare : mais, en tout cas, il n'y a aucune trace d'un droit de succession au proiit du ^évoç en l'absence d'héritiers.

7° Le i-évo; (ou la TiiTça) a été la première forme de société, le premier organisme politique; il y a eu sans doute une très longue période pendant laquelle les hommes n'ont pas connu d'autre groupement. C'est ce qu'avaient déjà reconnu avec raison les historiens et les philosophes anciens ■*. La réunion d'un certain nombre de YÉvr, a formé la cité, -koaiç. Quels ont été les rapports inimitifs du yivoç avec les deux autres divisions fondamentales de la cité hellénique, les phratries et les tribus? 11 se peut que la phratrie n'ait été au début que le yévoç dans sa plus large extension" et ainsi s'expliquerait la synonymie qu'on trouve à l'époque historique entre les mots ippaTGiot et tjuyyhs.'.oi, qui désignent la même division politique ^ Mais de bonne heure la phratrie a été l'association de familles sinon apparentées par le mariage, comme l'indique une définition de Dicéarque"', en tout cas réunies par un culte commun [puratria]'. Il se peut aussi qu'originairement il y ait eu un rapport de parenté entre les membres de la tribu, ouÀr, ; mais à l'époque historique les tribus ne sont plus que les races qui composent l'État, ou, s'il n'y en a qu'une, ses divisions politiques fïRiBUsJ. L'organisation militaire a peut-être reposé au début sur le yévoç : l'armée homérique parait rangée par races et par familles \

8° Tous les hommes libres faisaient évidemment, au début, partie des yévy, ; mais l'organisation gentilice qu'on a vue suppose un esprit de suite, un attachement aux traditions et surtout des ressources pécuniaires qui ne pouvaient se rencontrer partout : aussi n"a-t-ellc subsisté- que dans les familles les plus riches, les plus disciplinées; elle a disparu de très bonne iieure dans les pays doriens: inversement elle a été donnée dans quelques villes aux familles des conquérants ou des colons. C'est ainsi que les yé^-q représentent une partie essentielle de l'aristocratie, de la noblesse primitive ; leur histoire est jusqu'à un certain point l'histoire même des cités helléniques depuis les origines jusqu'à l'établissement des gouvernements démocratiques. Nous ne la connaissons malheureusement dans le détail que pour Athènes [eupa- TRiDEsj, mais on peut appllcjucr à la noblesse des autres

' Le:r. Gorlyn. 3, 2d-28. — 2 Is. 7, 30 ; Dcm. 43, 7.Ï. — 3 firasshnir, Di: successione ah inteslato iipud Alkenienses, p. 80-81. — '• Arislol. Pol. I, f. 7; l'Itil. /.ei/. 3, p. 680. b-e: Dicaearcli. Fragm. !>. — :■ Hom. /(. 2. 362-3G3. — <• Oii trouve des TuYYtvawi à Mjlasa, Kalyinna, Olymos et l.ahranda (Newton, Atic. gr. inscr. 2, 238: Le Bas-Wadington, Voy. arch. 360, 334, 483). —~L.c. —«Pour les rapports des -ivr] et des phratries à AlliiSues, voir l'article EoPATinDtà. — 9 //. 2, 302. — 10 Hom. II. t. 100, 705; 5, 613; 9, 15*; 13, 171 i 1 t, 417 ; 20, 220; 01. 11, 2S7 ; 14, 211; 17. 332-.ï33;Ilesiod. Fragm. 80. — "Strab. p. 336 ; Diodor. 11.54; 8, 0; Aristot. Pol. 2, 4,4; S, 3, 1; 5, 6,6; Xeu. Hell.^. 2, 7; Herodol. 7, 156; TIluc. 8,21: Plut. (Juaesl.gr. 57. — 12 /;. 16.436. — 13//. 2, 806 ; 8, 173, 551, 560, 574; 9, 40, 154.

pays les traits généraux qui caractérisent les Eupatrides, en faisant toutefois cette remarque que dans beaucoup d'aristocraties il n'y a pas ou plus de -,'JvT|, mais seulement de simples familles nobles.

La puissance de cette noblesse repose essentiellement sur la propriété foncière ; dans Homère et dans Hésiode, sa richesse consiste surtout en biens-fonds et en bétail '"; les Eupatrides, en Attique, ont accaparé presque tout le sol ; les iTiTToêoTai de Chak-is, les nobles de l'Ëlide, de Leucade, colonie de Corinthe, de Thurii, dcMantinée, de Samos, les yidjuiosot de Syracuse sont également de grands propriétaires fonciers ". Nous avons vu comment la législation maintenait la propriété foncière dans les anciennes familles. 11 n'est pas vraisemblable que les nobles aient eu jamais le droit exclusif de posséder seuls la terre ; dans Homère tous les citoyens paraissent avoir des terres et une maison '- ; mais en fait les conditions économiques et sociales permettent aux nobles d'accaparer le sol pendant longtemps. Si au début ils ont résidé sur leurs champs, de bonne heure ils se sont établis dans les villes, sauf dans quelques régions, telles que l'Élide, l'Arcadie, l'Épire où la vie rurale continue à prédominer; dès l'époque homérique, les grands propriétaires habitent surtout la ville et ne vont à leurs champs que pour surveiller les principaux travaux ; il ne reste guère à la campagne qu'une partie dos petits propriétaires, les ouvriers agricoles et les esclaves'^. Les nobles dédaignent en général le commerce et l'industrie, sauf à Corinthe "-

L'histoire de la noblesse montre, en général, les mêmes phases qu'à Athènes : chez Homère, les nobles forment une classe importante (àpuTXTiei;, àyaOo!', YÉpovxei;) '% qui se distingue par la naissance, la fortune, le courage; dans l'assemblée générale du peuple, à laquelle prennent part tous les hommes libres, tous les soldats"*, les nobles inspirent le respect et la crainte aux assistants, prennent la parole. Dans VIliade, ils sont encore subordonnés à la royauté, tout en limitant et en contrôlant son pouvoir [rex]; comme l'indiquent les épithètes de flo'jXT,o()po'., '^lyTiTopeç, jj.=3ovTci; ", ils délibèrent sur les atfaires publiques avec le roi qui est tenu d'écouter leurs conseils, tout en ayant le droit de les rejeter "; le roi les convoque, généralement dans sa maison ou sa tente, après le repas public, pour les consulter, leur faire jurer les traités, offrir des sacrifices aux dieux '^ : il les choisit ordinairement en petit nombre -", mais il se peut qu'à une époque antérieure tous les chefs des yâv/j aient fait partie du conseil royal. Enfin les nobles servent souvent de juges et d'arbitres et c'est parmi eux que se recrutent les serviteurs particuliers du roi, les OepotTrovreç qui l'assistent en guerre et en paix-'. Dans les parties les plus récentes de V/linde, mais surtout dans l'Orf/ys-sec, les nobles ont déjà considérablement élargi leur pouvoir aux dépens de la royauté ; à Ithaque, il y a une corporation de nobles qui descendent de Zeus comme le roi, s'appellent pxc7i)à|£ç et peuvent même aspirer au trône ;

328, 306; 15. 538; 23, 831 ; 18. 556; 24,700; Od. 6, 3 ; 7, 131 ; 10. 13, SI ; 1 1 , 14 ; 16, 27, 17, 206. — 1^ On a cpielques exemples de nobles coniiiierçants.Solon à .\tli(ïiies (Plut. So/. 2),desaniisdeTli6ognisàMégare(Thcosn. 179-180. 511). - 1^ /?. 7, 1.59. 184. 327, 383; 9, 334, 390; 19, 193; Otl. 2, 51 ; 4, 278 ; 6, 31. — 16 //. 1, 54; 7, 382; 9, 30. —iTJt. 2, 24; 5, 633; 7, 126: 9, 17; 10, 333; 11, 276, 587,816; 12, 376; 13, 219; 14, 144; 10, 16i; 17, 24S ; 22, 378; 23, 457; Orl. 7, 136. 186; 8, H, 26, 97; 13. 186. —1» fl.T. 327, 34t. 383; 9, 17, 100-102, 173.710; 10, 326 : Od. 7, 118, 220: 9, 344.— 13//. 2.402 ; 3. 270; 9, 74 ; 22, 119: Od.l3. 181. — 21 Sept dans //. 2, 404 et 3, 146-149; douze àScliéria (Orf. 8, 190-191); six à Kleiisis (Hijmn. Iiomer. 4, 149-133). — 21 //. 7, 122; 16, 273 ; 18, 497-507 ; 19, 113 ; 23, 374; 2t, 396.

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