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Tite-Live ', Romulus aurait levé trois centuries de cavaliers, les Ramnenses, les Titicnses, les Liiceres ; Tullus, auraitdoublécet effectif après Tincorporationdes Albains et Tarquin l'Ancien aurait ajouté six nouvelles centuries qualifiées de Ramnenses, T'Uienses, Luceres posleriores'-. Il n'y a donc pas dans Tite-Live le même rapport numérique entre les augmentations des centuries qu'entre celles du sénat et en fait il n'a pu ni dû être le même [équités']. La seule conclusion vraisemblable qui ressorte de toutes ces traditions, c'est que les trois tribus des Ramnes, des Tilies, des Luccres ne représentent point chacune une race, mais sont de simples divisions d'une seule race [tribus] et qu'elles ont dû avoir au début comme représentation politique un sénat de 300 membres. Comment expliquerons-nous alors la réforme de Tarquin l'Ancien'? En supposant simplement' qu'il ne s'agissait pas de doubler le nombre primitif (soit 100, soit loO) des sénateurs, mais de compléter l'effectif de 300. C'est qu'en effet, à Rome, dès les premiers siècles, les familles patriciennes s'éteignaient avec une grande rapidité. Festus '^ et Plularque'' donnent pour raison à la promotion de sénateurs qu'ils attribuent aux deux premiers consuls, la pénurie de patriciens. Les familles patriciennes ne paraissent pas avoir été très fécondes. On a soutenu à tort que le chiffre normal des enfants avait été de cinq^ Reaucoup de raisons, au contraire, condamnaient les familles à un épuisement précoce : les guerres, les mariages consanguins, la sévérité des lois religieuses qui rendait très difficile l'adoption de plébéiens et surtout le régime économique de la gens primitive. L'histoire des familles patriciennes aboutit, comme comme on va le voir, à la même conclusion; le patriciat de laroyauté et de la République esten voie dedisparition continuelle; l'étude des cognomina montre que, sur vingt-huit gentes qu'on peut suivre d'un peu près, quatorze ne paraissent pas s'être fractionnées ; sept autres ne le sont pas encore au m" siècle de Rome; c'est seulement plus tard, quand le régime économique de la gens s'est modifié, qu'on voit les génies survivantes se diviser en un grand nombre de familles. On peut donc admettre que Tarquin a combli' les vides du sénat en élevant au patriciat les minores génies. D'où venaii'utelles? La fusion rapide des deux groupes de gentes et peut-être aussi la vanité des nouvelles familles, préoccupées de faire oublier leur origine, ont rendu très difficile l'étude de cette question. 11 estcependant vraisemblable que cette augmentation du patriciat coïncide avec l'annexion, à l'ancienne ville, du Quirinal et du Viminal, en d'autres termes, de la Collis, car elle concorde avec le doublement d'un certain nombre de corps sacerdotaux et de fonctionnaires religieux : on a adjoint en effet les Luperci Fabiani recrutés dans la gens Fabia du Quirinal aux Luperci Quinctiales, tirés de la gens Quinctia du Palatin, aux Salii Palatini les Salii Collini, au Flamen Martialis, prêtre de Mars sur le Palatin, le Flamen Quirinalis, prêtre de Mars sur le Quirinal; on a porté de trois à six le nombre des Vestales, des augures, des pontifes. Le Quirinal et le Viminal constituaient-ils, comme on l'a
' I, 13. — 2 I.iv. I, 30, 36 ; Cic. De rep. S, 20. — 3 Voir sur ce poiiil Hlocli, les Origines, du Sénat romain, p. 22. — ^ Hypotlii>sc proposi^e par Blocli. t. c. c. 3,§ 4. — 6 P. 234. — 0 Poplic. 11. — ■; Jlionns. l. c. p. 69 (d'après co fait que quand il y a des cufanls issus du uiariajïe le pi-re garde un rinquii'me de la dot de la femme par enfant). — 8 Nous Désunions ici l'argutnentaliou de lilocli, l.c. p. 216-221. — D De ling. lat. S, 74. — lo Cf. Willems, I. c. p. 22.
souvent pensé, une ville sabine, contemporaine et rivale de Rome? Le principal argument', c'est l'existence sur le Quirinal de certains sanctuaires consacrés à des divinités sabines, Quirinus, Sol.Semo Sancus, Salus, Fortuna, Flora; mais le caractère sabin de ces divinités n'est nullement prouvé; Varron ne l'indique qu'avec hésitation''; il attribue la même origine sabine à quantité de divinités purement romaines ou communes à toutes les nations italiotes, Vesta, Jupiter, Diana, Janus, Juno, Minerva, Mars; il y avait à Rome, ailleurs que sur le Quirinal et dans d'autres parties de l'Italie, d'autres temples des divinités Fortuna, Sol, Flora, Semo Sancus; l'épithète de Quirinus accolée à Mars n'est pas probante, comme on l'a vu. Le Quirinal et le Viminal étaient donc plutôt un faubourg renfermant, soit une population plébéienne, soit les familles patriciennes des communautés voisines incorporées à Rome '".Pouvons-nous reconnaître les génies minores'^ On n'arrive qu'à des résultats très pauvres. On ne peut d'abord utiliser qu'avec défiance les cognomina de génies tirés de villes ou de nations voisines, par exemple Mugillanus chez les Papirii (de Mugilla du Latium), Medullinus chez les Furii Medulla du Latiuni), Fidenates chez les Sergii (Fidenae du Latium), car une partie de ces surnoms peut faire allusion seulement à des prises de villes, à des victoires " ; d'autres ne s'appliquent qu'à une branche de la gens; dans les familles dites albainesla plupart des cognomina, Fanchezles Quinctilii, Macerini chez les Geganii, ne se rapportent pas à la provenance. En second lieu, les seize gentes qui ont laissé leur nom aux seize premières tribus rustiques ne peuvent être mises d'emblée parmi les minores gentes, car on a vu que les plus anciennes génies de Rome avaient dû avoir leurs domaines genlilices aux environs de Rome, souvent à une certaine distance; peut-être cependant peut-on regarder comme minor la gens Pupinia qui avait ses terres aux environs de Tusculum, près de celles des Papirii '-. On ne doit donc mettre parmi les génies minores que les familles sur lesquelles on a des témoignages précis, la gens Fabia''', la gens Menenia sortie de la plèbe ", la gens Papiria'", la gens Claudia qui a dû être incorporée au patriciat non pas sous Romulus, comme le dit Suétone, ni après la chute des rois, mais entre ces deux dates, puisqu'on lui a donné un tombeau au pied du Capitole'% et la gens Tarpeia qui a peut-être laissé son nom à une partie du Capitole. C'est à tort qu'on a essayé '' d'augmenter le catalogue des minoi'es gentes en regardant comme telles les familles patriciennes qui ont à côté d'elles, au i" siècle de la Républi(]ue, des familles plébéiennes du même nom et celles qui ont soutenu lesTarquins soit avant, soit après leur chute. On peut citer comme majores gentes la gens Quinctia ", la. gens Valeria qui avait son tombeau sur la Velia", puis les gentes dites albaines, installées sur le Coelius, Tuliia, Servilia, Gegania, Julia, Curiatia, Cloelia, Quinctilia; Denys d'Halicarnasse-" y ajoute à tort la gens Mctilia qui n'est sans doute pas patricienne.
La dernière modification du sénat dont nous ayons à nous occuper eut lieu la première année de la Républi-
— Il Cf. lîloch. /. c. p. 236-237. — 12 Keslus, p. 223 et .Su/j/j/i'iii. p. :WI.
— 13 I.iv. 5, 46; les Lu/ierci Fabiani. — •' Uv. 2, 32. — 1= Cic. .Irf fam. !>, 21, 2. — '0 Sueton. Tilj. I ; I.iv. 2, 16. — " Casagrandi, Leininores gnites ed i paires niinoritm yentium, Palernio-Torino, 1892. — *8 Les Luperci Quinctiates et le prénom Kaeso qui rappelle les l.upcrcales. — 1» Plul. Poplic. 10, 23; Cic. De leg. 2, ^3 20 2 29.
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que ; dans une IradiLion représentée surtout par Festus cl Tite-Live', on aurait alors complété refTcclif des 300 sénateurs avec 164 plébéiens ; d'après Tacite et Denys- ces plébéiens auraient d'abord été élevés au patriciat et c'est de celte ép0(iun que, d'après la plupart des auteurs'', daterait la lorinule /*«<rcs co/)sr/-//j/t, les patriciens appelés paires et les plébéiens conscripli. Le sens de cette formule est très contesté [sicnatus]. Disons seulement qu'il y a ici deux systèmes en présence : celui de Mommsen, qui admet l'entrée des plébéiens au sénat à cette époque, et celui de Willoms, (|ui croit que les premiers consuls de la République ont seulement aboli la condition d'âge et admis au sénat le^ junior es, c'est-àdire les jeunes patriciens au-dessous de quarante-six ans, qui faisaient seulement partie des centuries équestres. Quoi qu'il en soit, la concession du palriciat a dû avoir lieu de concert entre le roi et les comices curiates qui procèdent à une sorte de cooptalio '' ; elle suppose de plus que les familles à coopter avaient déjà l'organisation genlilico. 11 n'y a plus d'exemples autlientiques de cette cooptation après la chute de la royauté ; César seulement recommencera !\ octroyer le palriciat en s'y faisant autoriser par un plébiscite '.
Peut-on, de ce qui précède, déduire le nombre primilif des rjenlcs'] Chaque gens était sans doute représentée au début par son chef ou l'aîné, de ses paires familias ; il dut donc y avoir 100 ou 300 génies, selon la tradition qu'on accepte. Ce nombre déterminé ne doit pas nous étonner : si Rome, comme l'ont pensé la plupart des historiens anciens ^, a été une colonie d'Albe, elle a pu avoir un nombre précis de colons, ou au moins de chefs de famille et c'est en ce sens que le texte de Denys', qui répartit les 300 génies en 30 curies et 3 tribus, a quelque valeur. Le témoignage de Varron ', qui parle de 1000 génies, Qsi isolé. Les essais qu'on a faits pour reconstituer la liste des génies n'ont pas donné de résultats complets. Les anciennes annales citent peu de noms en dehors de ceux que donnent les Fastes. Mommsen a surtout utilisé les noms portés par les titulaires de fonctions politiques et religieuses qui ont été réservées jusqu'à une certaine époque ou jusqu'à la fin de la République aux patriciens. Rejetant d'une manière définitive les Calpurnii et les Pomponii qui prétendaient remonter à Numa, lesCaeciliià Caecas compagnon d'Énée,les Cluentii liés à la légende d'Énée', les Octavii '", les Vitellii", les Melilii, il a dresse '- une liste de o'( noms de génies dont le palriciat parait prouvé, sauf pour sept '-^ : Aebutia, Aemilia, Aiiuilia, Ateniin, Camilia, Cassia, Claudia, Cloelia, Cominia, Cornelia, Curialia, CurlUt, Fabia, Foslia, Furia, Galeria, Gegania, Genucia, Hermenia, lloralia, .Iulia, Junia, Larlia, Lemonia, Lucretia, Manlia, Menenia, Minucia, Nautia, Numicia. l'apiria, Pinaria, Pollia, Postumia, Pupinia, Ouinclia, Quinctilia, Racilia,
• Feslus. p. 7, s. V. allecti ; p. 41, i. \\ con/tcripti ; p. 234, s. v. qtti patres, qui coincW/i/i; Liv. i, 1, 10-11. — 2Tacil. Ann. Il, S'i; Dioiiys. 3, 13. — 3I.iv.2,l; KmIus, p. 2,ï4; Phil. Hom. 13 ; Quae$t. rom. 58: Ljdus, De mag. I, 16.— » Liv. 4, 4, 7; Dionys. 4, 3; Suet. Tib. I. — 5 Dio. Cass. 43, 47; 43, i ; 46, 23 ; Sud. Cnes. 41 ; Tacit. Ann. 11,25. — 6 Liv. I. 3, 52 i tlionys. 3, 10, 31 ; 6, 20 ; Diodor. T, 3. — 7 2, 7. — 8 £i6. de praen. 3. — » Virg. Aen. 5, (16. — 'OSucl. Ocfoi'. S. — l'Sucl. Vitett. 1; I.iv.2,4. — 12 /îôm. ForscA. p.71-127. — 13 [.es noms des sept gentes suspectes si>nt eu italiques. — 1^ L. c. p. 86-88. — 15 L. c.p. 49-86. — Ifi Ajoutée par Bloch, ïiecherches sur quelques gentes patriciemies {,\félanges d'archéologie et ttltistoire de VKeote française de Home, 1882). — 17 Oentes rcpri'seuU^es par quatre personnages, diVemvirs, qui onl des prt^nonis et des surnoms qui les distinguent des familles pliHuWonnos Iioniotiynies 'I.iv. 4. 3; Oionys. tll, ^tS'i ; il y a en outre le mons Oppius ;"i Hnmr. — 1!^ Môme raison, cf. Willoms. p. .i'.l. — ^> Douteuse; cf. Wil-
Komulia, Sempronia, Sergia, Servilia, Sestia, Siccia, Sulpicia, Tarpe'in, Tarquinia. Tarquitia, Tullia, Valeria, Verginia, Veturia, Vollinia, Volumnia. Willems a fait à cette liste des additions importantes. D'abord il y ajoute 30 noms qui ont été portés par des plébéiens avant le milieu du iV siècle de Rome, supposant que les plus anciennes familles plébéiennes étaient des familles clientes pourvues du même nom que leurs patrons''; mais cette théorie est inexacte, car la plèbe ne sort pas exclusivement de celte clientèle ; il n'y a donc aucune certitude pour ces 3!) noms. Il y a plus de probabilités en faveur d'une vingtaine d'autres noms que donne Willems '^ pour différentes raisons; en rejetant les génies Fufelia, Taracia, la gens Caelia"', on peut ajouter environ 17 noms nouveaux : Antonia, Raboleia, Duilia, Oppia'', Atilia'", Poetelia", Mucia -", Orbinia'-', Pompilia'-', Potilia-', Roscia-', Verania-''. Canoleia ^% Cispia-", Fiilcinia -", Hoslilia ", Marcia'". Nous ne retrouvons donc les traces que d'environ 71 gentes. Onze ne sont connues que par la tradition ou pour avoir donné leur nom à un quartier de Rome ou à une tribu rustique ; nous ne savons à quelle époque elles ont disparu ; ce sont les génies : Camilia, Canoleia, Cispia, Galeria. Hoslilia, Lemonia, Pollia, Pompilia, Pupinia, Verania. Vollinia. Dix-sept disparaissent entre la fondation de la République et le Décemvirat, dix-sept autres entre le Décemvirat et les lois licinio-sextiennes; il n'en reste plus qu'environ quatorze au dernier siècle de la République ; après Auguste et Tibère il ne reste que les Aemilii, les Claudii, les Cornelii, les Fabii, les Sulpicii. les Valerii ^'. Sans doute nos connaissances sont insuflisanles; ainsi Denys compte de son temps cinquante familles dites troyennes et nous n'en connaissons qu'un très petit nombre, mais néanmoins on ne saurait mettre en doute le dépérissement rapide du palriciat.
Nous avons laissé de d'ité jusqu'ici l'histoire politique des génies. Dès la fondation de Rome, les génies nous apparaissent non pas isolées, indépendantes, comme à l'époque primitive où elles formaient le seul organisme social, mais réunies dans une cité, groupées en tribus el en curies, dirigées par un roi. Ce sont les membres des génies qui forment le palriciat romain : les patriciens, palririi^-, sont les seuls ingénus, an sens étymologique du mot ", les seuls citoyens de droit complet. Nous renvovons l'étude des institutions politiques de la Rome patricienne aux mois alctoritas r.\TRiM, comitia, clria.
IMPEHILM, INTERREGNLM, MAGISTRATLS, l'ATRICII, PLEBS, REX,
SEN.\TUS, TlUlUS.
A l'époque historique, les familles de la noblesse plébéienne se sont donné une organisation analogue à celle des génies patriciennes, ont adopté la parenté agnatique, et constitué des souches [slirpes . A l'époque de Cicéron des membres de familles plébéiennes, autres que les
Icms. p. 58. — 20 l.cs pratn Mucia (I.iv. 2.13; Dionys. 5. 251. —îl Inc Vestale de ce nom (Diony:. 9. 40). — 2J I.eroi Numa Pompilius; mais .Mommsen croit ce nom forg* à I iniilationduvieu\ nom pl«'b«eu Popilius. — 2.» D'après un récit li'gendaire que rejette Mommsen ^Uv. 1, C; 9, 29; Dionys. 1,40; Val. Ma\. 1. 1. 171. — 2*TKb douleui : une mcnliondans Plin. Hist. ual. 31,6. 23. — 2' Trèsdoulem ; cf. Plut. .Vi.w. 10. — 20UneVeil.iledocenom(Plul.A*imi.lO). — 27D'apr<>s le mon» Cis/jiui (Feslus. s. r. .SVp/i»loii(io) et des pIt'Wicns du mi'me nom. — 28 Douleut ; cf. Plin. Hist. nat. 31, 6, 23. — S' Doutent. d'apr>''s le roi Tullus lloslilius. — ^ Dionys. «. 93,; Liv. 2. 34-35; Dio. i;ass.56, 7 et le nom du toi Ancus Martius. Cf. Willems, p. 85, note ♦. -- 31 Voir lYtude diîtailU'e de cette disparition des jen/e« dans Bloch, /. c. p. 113-120 el daiu Willems, / f. l. I. -32 Dig. 10.16. 195. 2 ; l>. Be rep. 2. S, I4;2, .37.63: Festus, p. 246 et 339; Liv. 1,8. 2 ; 4. 4, 5. — ■" Cic. P. Cote. 35. Plus Urd les in^Onus furent les ciloveùs ni<s d'un p<>re libre, par opposition aoi alTranchis.
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ganats, invoquent pour la tutelle et la succession ab intestai un jus slirpis analogue au droit des geniiics '.
Cil. Lécrivain.
GEiVTILES. — I. Dans une premirTe signification, les lîomains membres de ranli([ue division de citoyens appelée GEXS.
II. Soldats barbares faisant partie d'une troupe de cavaliers de la garde impériale, au Bas-Empire. On voit en elfet parmi les troupes palatines', palatini numeri, un corps nommé schola Gentilium seniorum et un autre appelé schola Gentilium juniorum -, sous les ordres généraux du ministre de la police [m.vgister officiorum] et commandés chacun par un Iribunus ou rector ^ Recrutés parmi les barbares Germains, Goths ou Scythes, ils marchaient d'ordinaire avec les scuiarii, et formaient une sorte de garde à cheval' ou gendarmerie d'élite '^, jouissant de tous les privilèges des palatini''' .
III. On appelait aussi Gentiles des colons militaires d'origine barbare, placés en corps et sous des chefs spéciaux près des frontières, dans des terres vacantes concédées par les empereurs, à charge du service militaire, terrae limitaneae'' . CesGenfiles faisaient donc partie de la dernière classe de l'armée, nommée limilanei milites; comme les laeti, ils étaient commandés par des praefecti et jugés par eux d'après leurs usages, sauf appel aux magistrats délégués directement par l'empereur pcjur la cognilio proconsularis*. Dans la Notilia diynitatum, les Gentiles se trouvent placés à côté des Laeti et c'est une question controversée de savoir s'ils ne doivent pas être confondus entre eux au point de vue militaire, juridique et social. Plusieurs historiens et jurisconsultes éminents soutiennent l'affirmative'. Gentiles serait le terme générique pour les auxiliaires barbares, et môme la traduction latine de Lente ou Laeti, suivant de Pétigny. Cependant l'opinion contraire nous paraît préférable. La Nolilia dignitatuni distingue les colonies de Laeli de celles des Gentiles ; les préfectures de ce nom ont souvent des chefs distincts et d'origine scythique, Suèves, Sarmates, Taïfales, Quades, Tazyges ou Goths'", et sont placées après celles des Laeti, donc moins considérées" et créées postérieurement sur un modèle analogue, vers le iv° siècle, probablement sous Constance et Julien'-.
1 Cic. Dtiortit. i, 3ij ; cf. Corp. hiscr. lat. vi, \521 (laudatio Turîae). — Buimogral'iiiB. Spanlieim. /><; Vesla el pri/lanihits graecoruyn (Graevius Thés, antiq, rom, t. V} ; Oeuzcr, Symbolik. 11. 622-ti28 ; Wachsniulli, ^«s ^e/j/ium quale obtinuerit apud Graecos, Kicl. 1822; l'clersen. Dcf Haiisç/ottrsiJieitst tîer Griechen, Casscl. 1851; Kïihn, Ucber die Entstehung fier Slûdte <ler Allen, Leiinig, 1878; Leist, Graecoilutische liechtsgeschichte, K-na. 1884; Hcrmaiiirs Lehrbuch der griechischen Anliqiiiliiten,Staatsallerthiimer, 1. I. § 5, p. 28-34; Guiraud, (n /')-o/)riV(é /bnciére en Grèce jusqu'à la conquêtero7nnine,Pnrh, 1803; (iiibert, Handbnck der ijriechiscltenSlaatsallcrthïnner, 2" M. Leipzig, 1894 ; Miililriilirucli, De veterum Itomanorum gentibus !■( /nmi/iis, Rostcrk. 1807 ; Hciberg. De familiari patriciorum nexu, Slûsvici. 18:!9; Rubiiio, Untersuchungen itber rihnischc Verfassung und Geschichle, Casscl, 1839 ; Ortolan. fJcs gentils cite: tes liomains (lieo. de lè(/isL 1840, p. 257 et suiv.) ; Giraud, De la gentilité romaine (liev. de légist. 1846, p. 385 et suiv.; 1817. p. 24:i et suiv.) ; Troploiig, De ta tjentilité romaine {Itev. de léyisi. 1847, I, p. 5 et suiv.) ; Iliering, Geist des rômischen Ilechts, 1852-1853 (trad. de Meulenaero. 1877); Scliwrgler, liômisc/ic Geschichte, Tiiliillgeli, 1854-58; Mommsen, Jlêmische Forscliunyen, liei-lin, i8ijl; Wiilems, Le droit public romain, 1K70. 5"('d. 1883 ; le Sénat de la Itépublique romaine, Louvaiu et Paris, 1878; Fiistei Ae Coulanges, la Cité antique, 5' éd. Paris. 1874; le Problème des oj'igines de la. propriété foncière {lieu, des quest, histor. 1889, p. 349 et suiv.); Laugc, Itomische Atterthùmer, 'M iiA. Berliu, 1876; Gcnz, Das patricisclte Itom, Berlui, 1878; lionilioft, Stanî und liechl der rômischen Kônisszcit, Stuttgart, 18.S2; Mis[)oulet, les Institutions politiques des liomains, Paris, 1882-1883; Blocli, les Origines du Sénat romain, Paris, 1883 : Madwig, Die Verfassung und Veru^altung des rômischen Slaates, traduction Morel, Paris, 1882-1889; Voigt, Die XII Tafeln, Leipzig, 1883 ; Hcrzog, Geschichte und System der rômischen Staatsverfassung,iicrïiu, 1884-1888; Accarias. Précis de droit romain, t. I, 4» éd. Paris, 1886,; Bouclu^'-Leclcrcq, Manuel des institutions romaines, Paris, 1886; Schiller, .Staats und UechtsaltcrthUmer
Il y avait des colonies de Gentiles en Afrique, comme le prouvent deux constitutions du code Théodosien adressées au proconsul et au vicaire de cette province'^ et relatives aux Gentiles, en -'lOj et en 409.
Elles furent peut-être supprimées à la suite des guerres et des révoltes à la fin du iv" siècle et du commencement du v" siècle, car Va Notitia dicjniiatum , de date postérieure, ne montre plus de préfectures de Gentiles qu'en Gaule et en Italie ; celles des Laeti ne figurent qu'en Gaule et en nombre inférieur de près de moitié '\ On y rencontre dix corps de Gentiles, dont quelques-uns seulement sontsoumis au même préfet que les Laeli, tels que dans la deuxième Lyonnaise ou Normandie actuelle, les Gentiles Siievi de Coutances. Les autres étaient cantonnés dans la troisième Lyonnaise, au Mans ; dans la deuxième Belgique à Sentis; en Auvergne, les Taïfales'^; à Poitiers les Sarmates, dans les environs de Paris, entre Reims et Amiens, dans le Forez et le Velay, et enfin à Autun. L'Italie Inférieure ou Maritime, Italia inferior, renfermait deux garnisons de Sarmates Gentiles, celles d'Apulie et do Calabre et celles de Rrutium et de Lucanie ; il y avait dans l'Italie centrale, provincia Italia Mediterranea, deux préfectures dont les noms sont perdus dans Is^Notilia "'i enfin, dans l'Italie Supérieure treize préfectures de Gentiles, qu'Userait inutile d'énumérerici ''. L'Orient ne nous offre pas de Gentiles mais desBUCELLARii placés dans une position très analogue, en Galatie : c'étaient des vétérans barbares, chargés, après leur congé, de garder des postes près de terres à eux concédées. On retrouve ce nom en Espagne, dans la loi des Wisigoths", et en outre dans un corps de cavalerie des comitatenses au iv° siècle". Après les invasions du v' siècle -" en Gaule et en Italie, auraient disparu les Gentiles détruits ou fondus parmi les vainqueurs. Au point de vue juridique il ne paraît pas que la condition des Gentiles ait diflféré de celle des LAETI. M. Léotard admet'-' que les premiers, étant plus méprisés à raison de leur origine, étaient seuls soumis à la prohibition de mariage prononcée en 363 entre eux et les Romains par Valenlinicn'- et Valens; mais le texte de la constitution est général et parle des barbares : aussi, dans la rubrique De nuptiis Gentilium, \e mol Gentiles se prend dans son dernier sens-'.
l Ilandbuch der Idassichen Alterthums- Wissencltaft, [. IV), Leipzig, 1887 ; Momnisou, Bômisches Staatsrecht, t. MU, 1871-1887, Leipzig; Cuq. Institutions des Romains, Paris, 1891.
GENTILES. i V. Godefroy ad God. Tlicod. VU, 1, 18 et VIII. 1, 10. — 2 Aolitia imper. Or. c. 10, p. 38. 235; Occid. c. S. p. 42, 396. àdil. Bôcliing; Procop. Bell. Golhic. IV, 27; Kulin, 6'(ârf(. Verfassung, I. p. 140 et s. — aAnim. Marccll. XV. 5 : Agatliias, V, 15; Procop. Hist. arc. 24. — '♦ Animiau. XVIII. 9 ; C. Tlieod. III, 14, 1 ; Anini. XXVIII, 13. — 5 Serrigny. Droit pub. rom. 1, p. 451, 458, 478. — 6 Cod. Just. XII, 30, 1; IV, 65, 35. —1 Cod. Tiieod. Vil, 13, 1, De terrios, limit. —8 Cod. Tlieod. XL, 30, 62, De appellation. — 9 V. en ce sens, Kotli. Beneficialwesen , p. 46-51 ; Gaupp. Die German. Ansiedtung,\, p. 169-170 ; Rambacli. De Laetis, p. 24 ; Walter. Geschichte des rom. 7iec/i^'!,I,n"'4Hi, 420; de PtMignj, Êtud. sur l'époque méroving. I. p. 132 ; Kiilin, Stddt. Verf. I, p. 138 et s. : C. Giraud. Essai sur l'hist. du droit français, p. 43 et s., 196. — *0 Biicki ng, .id Notit. dignit. Il, De gentilibus, p. 1082, 1097; LC-oterd, Condit. dei Darbiires. \t. I'<'iels. — O Cod. Tlieod, VII, 20, 12 ; li.jcking,p, 1086.— )2Amrn. Marc. XVII, 12, 13. — " Cod. Th. VII, 13, 1; XI. 30. 62. — l'> Bôckiug, JVotit. dignit. de gentilibus. II, p. 119-122 et p. 1089; L6olard, 0. t. p. 162 ctsuiv. ; lYtigny, Étud. mérov. I, p. 210 et s. ; II, 97 et s. ; C. Giraud, Op. l. I, p. 191 et s. .- i:. H.icking, O. l. p. 1 139. et à TilTanges, eu Vendée. — '6 Proiiablcinent en Toscane et Ombrie, et une en Flaniiuie et Picenum ; Bucking, p. 1118. Voyez le tableau géu^înll des préfectures chez Léotard, O. c. appendice, p. 231. — 1' B<ickin,g, iVûtH. Or. p. 208; Du Cangc, Lexic. yraec. IV/,oyP""<'«. — '^ l'C^ï Wisigoth. V, 3, 1 ; Bficking, II, 1045. — « Zosiin. V, 13 ; Bôckiug. p. 26. - 20 Bockiug, p. 1093; Léolard. p. 160 et s. — 2' P. 91 et s. 126, p. 160 cl s. ; BSokiug. p. 1066 et 1087. — 22 Cod. Theod. III, 14, Conslit. unie. — ^■' Telle est aussi liuterprétation wisJgoUiique ; v. la suite du texte de la loi, C. Giraud. 0. c. L p. 196; on admit des dispenses, v. Eunap. /'Vrt^m. Icgnt. p. 14, éd. Iloesclicl ; Prudent. In Sgmmach. Il, 012 Sid. Apoll. Jip. I, 5.
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IV. En eflol il est parfois synonyme de barbares (génies exterae ou barbaricae ') [barbari] et par cela même bientôt de païens [i'aimni] dans les écrivains ecclésiastiques-. Mais les lois impériales leur appliquent ellesmêmes le nom de Gentilcs.
V. Quelle fut la condition des païens sous les empereurs chrétiens?
Elle ne fut pas longtemps égale à celle des orthodoxes. Sous le règne de Constantin, non seulement la religion chrétienne obtint le libre exercice de son culte', mais l'empereur lui-même, converti peu de temps après son avènement à l'empire, avait déjà concédé des privilèges aux clercs ' (en ;5i;i) et des immunités aux églises'^ ; il donna aux (''glises la capacité de recevoir des lihiTalités'"' en .'i^l, et (juand il eut professé publiquement le catholicisme en 326, il paraît avoir commencé de prendre des mesures restrictives du paganisme ', et notamment porté atteinte au patrimoine de certains temples [bo.na templorum] ; il dut même fermer certains d'entre eux pour cause d'immoralité". A-t-il réellement persécuté les païens? A cet égard les témoignages des auteurs anciens sont assez contradictoires', mais les textes législatifs n'indiquent aucune loi prohibitive. Les enfants de Constantin, au contraire, délenilircnt absolument les sacrifices, fermèrent les temples, en menaçant les gouverneurs tolérants de la peine capitale [)rononcéc contre les infracteurs'". Cependant ces ordres ne furent pas pleinement exécutés, surtout en Occident, où le paganisme subsista longtemps encore". Après la tentative inutile de réaction entreprise par Julien (lUlU-IilKJ) et suspendue par l'avènement de Jovien, Valens poursuivit surtout les philosophes et les devins ou magiciens païens '^ Théodose I" interdit les offrandes soit dans un temple, soit même dans une propriété privée", et .\rcadius établit des peines plus sévères que son prédécesseur". Honorius ordonna, en -428, de renverser les autels du paganisme et autorisa les évêques à intervenir en cette matière '\ Quant aux temples menacés par la foule chrétienne. Constance avait ordonné de conserverceux qui étaient hors de cause'", et Honorius de préserver les ornements des édilices publics ''; puis, en 391), les empereurs commandèrent de détruire sans tumulte les temples situés dans les campagnes" ; puis ils reviennent sur celte mesure". Enfin, en -42G, ïhéodose le .leuno prescrivit de démolir ceux quirestaicut, en mettant à leur place une croix, en signe d'expiation-". Leurs revenus avaient été confisqués depuis longtemps'^'. En ce qui concerne les personnes, les prêtres païens furent
1 InsUUll. Ju^lill. l'rooeiil. § 1. — 2 Cod. Tlicod. XVl, 10, 40, De Imerel. ; XVI, 10, 21;I.c'olaid, p. 150; Isidor. VIII, 10 ; C. Just. I, 11; Cod. Tlieod.XVl, lu, Depagaais; Novell. Thcod. /)(■>(/. III. — 1 Édils rendus en 311, 31 i cl 313. I.aclanl. Demort.pers. M ; Euseb. /lisl. eccl. VIII, 17 ; IX, 9 : X, 3. — '' Cod. Thood. XVI, i, I. - i Ib. X, 1 , 1 .
— HJb. XVl, i, 4 ;C. Jusl. 1, i, 1. — ^ Libanius, Oral, pio templ. ji. 9 et 10, éd. (lodefr. ; So/0"ien. I. 8 ;Nicei)b.Calli«t. Hist. ercl. VII, ifi; I.assauK, Der i'nturyang des Be- Uenism. |i. 31, 39, M, 51 et s. — » Euseb. Vila Constant. III, .ït, 56; IV. S3, S5 ; Socral. I, 17 ; Sozomon. Il, 4, 5 ; Oros. VII, â8 ; Tlieodorcl. V, 21. — » Euseb. Vit. Con.^tant. II, 45, 50, liU et les testes cités à la note précédente. — '0 Cod. Th. XVI. 10, c. 2 et 0 ; Cod. Jusl. 1, i. I, De pagan. — H Syinmacli. Ëpist. X, 54; Rein, Crindnalrecht der Itômer, \i. 802 et s. — 12 Soiomeu. VI, 35 ; Socral. IV, Itl; Zosiin. IV, 13-15; Aniin. Marccll. XXIX, 1. 2 ; Sozomen. VI, 7, 21 ; C. Theod. IX, 16, c. 7 à 9, De malef. — a C. Th. XVl, 10, c, 7 à 12 ; Zosiin, IV, 37; Ccdi-en. p. 207. — I* C. Th. XVl, 10, c. 13, 14, 16, De pagnn. — Ir. Q. Th. XVl, 10, 19, Kod. tit. — 10 C. Th. XVl, 1, 3, Eod. lit. — " C. Th. XVI, 10. c. 15, eod. lit. - l« C. Th. XVI, 10, c. lii. eod. — l'J C. Th. XVl, 10, 18, eod. — 20 C. Th. XVl, 10, 25, eod. — 21 C. Th. XVl, 10, 19, 20, § 1, eod. et l'article uom TjiU'UiHtJM.
— 22 c. Th. XVl, 10. 20, De pagnnis. — 23 C. Th. XVl, 10, 21, De paganis : Zosini. V, 46.— 21 c. Th. XVl. 10, 22 et 23, De paganis; C. Jusl. I, 11, 7, 8, De pai/ams.— 2SC. Th.XXI, 10, c. 24, § 1 ;C. Just. I. Il, Ccl 7,0i'/<n.»«ms. — SOCJusI. I, 11, 9, De paganii. — 2i C. Just. 1. U, 10. § 3. eod. — 28 C. Jusl. I, II. 10, § I,
renvoyés à leurs lieux d'origine et déchus de tous leurs privilèges" sans préjudice des peines menaçant tout exercice du culte païen par quelque personne que ce filt. En 410, les païc-ns furc'nt exclus de toute fonction publique^'. Théodose II, puis Marcien et Léon renouvelèrent contre leur culte les édits de proscription""; cependant on défendit de molester et de piller les païens et les juifs qui se tenaient en repos ^'. Ils sont néanmoins déclarés ensuite incapables de recevoir à titre gratuit, par donation ou testament ^"j d'enseigner ou de toucher aucun traitement public [annonne^') ; enfin .lustinien ordonne de leur imposer le baptême sous peine dexil et de confiscation^'; quant à ceux qui sont convaincus de sacrifices ou d'idoliïtrie, ils sr'ront traités comme les Manichéens'', c'est-à-dire frappés de la peine capitale'" [uaeretici]. En résumé, sous leBas-Empire la condition des pafensélait inférieure à celle des juifs [judaei], mais longtemps supérieure à celle des hérétiques. Le paganisme, qui laissa des traces assez longtemps dans les campagnes, s'éteignit à peu près vers le milieu du vi' siècle''. G. Humbeut.
GEODESIA [V=.mZx:'s\x). — Arpentage, mesure de la terre [castrum, castrorum metator, agrimensorI.
On s'accorde à reconnaître que l'art de l'arpentage prit naissance en Egypte, où son emploi s'imposa dès que l'agriculture y fut en usage, à cause des débordements du Nil qui, chaque année, faisaient disparaître en partie les limites des propriétés. M. de Rougé' a retrouvé le texte d'une de ces mensurations, dont parle Hérodote -. Le Brilish Muséum possède un papyrus (papyrus de Rhind; datant environ du \\' siècle av. J. C. qui contient un traité d'arilhmi'tique, de géométrie et d'arpentage. On y trouve des règles pour mesurer les surfaces et les volumes du rectangle, du triangle, du cercle et de la pyramide ; les propositions y sont énoncées sous forme de problème avec des nombres déterminés; ainsi on demande de trouver la surface du terrain circulaire ayant pour diamètre six unités. Ce papyrus n'a, je crois, jamais été publié et il parait, d'après les descriptions qui en ont été données, ne contenir la description d'aucun instrument. On en est donc réduit aux conjectures pour déterminer la nature de ceux dont se servaient les Égyptiens.
Le plus ancien dut être l'équerre d'arpenteur que les Egyptiens, et d'après eux les Grecs, appelaient \' astérisque ou l'é/ot/r? (à<;T£pt'«rxo;) ; les Romains la nommaient ferramentum ou g/-onia, d'où est venu le terme grûinalicus pour désigner un arpenteur '. Elle se composait de
2. 3, eod. I, 5, l.s pr. De haereticis. — 89 c. Just. I, 11, H, J i. De paganis. — .m C. Just. I, V, c. Il cl 12, De haereticis. — 3' .Maixiuardt, Ilôm. Alterih. IV p. 140 : Lasaulx. O. c. p. 142 à I4S. — BiBi.lOGBjiruiE. J. Uotlefroy ad Codic. Tlieodos. III, 14 cl XVl. 10, t. VI, p. 274 à 332. éd. Rilter. Leipzis;. 1745; Rûdi^r. Detlalu et conditione paganorum suit imperafor. cAris/iaiii'j, Vratislaw. 1825; C. RifTel, 6V*chichte Enticickl. u. Darsleilung der Yerhâllniss. zwischen Kirchen und Staat, Maiiiz, 1836; BôcklDg, A^)(i/io dignital. Il, De genlilibus, p. 1080-1097. Bonn, 1853; <iaupp, Diegennan. Amiedtung.V, p. 169 ets..BresIau, 1843 ; Ranibach, De Laetis, p. 24 el s. Ilalae, 1772; LéoUrd, Essai sur la condition des Bai-bares ètahl. dans t'rmp. rû"i. ail IV» si«/(', ch. VI, p. I51à 169, ï'ai'is. 1873; Wallcr, (rtficA. des rvin. /techts, 3' éd. Bonn, 1860, n" 559, 416, 420; Pétigo;. Jitud. sur l'époque mérocing. I, p, 130-132, 256; Kulin, Die stàdtische Verfassung des rôm. Heicks. I. V, p. Ï60 et s. l.ei|)zig, I8G5 ; C. Oiraud, Essai sur l'hist. du droit français. I, p. 106 el s. Paris, 1846; Scrrigny, Droit public et administratif rom. u** 144, 451, 471 el s. Paris, 1862; Becker-Marquardt, Sandbuch der ri'nn. Alterth. IV, p. 137 el s. Leipzig, 1856; l^sauU, Der l'ntergang des Uellenismus. Uûnclicn, 1854; bougnol. Hist. de la destruction du paganisme, Paris, 1835; Rein, Dos Criminalneht der liitmer, p. 892 cl suiv. Leipzig, 1844.
lIKUDESIA. 1 Année géogr. 1886, p. 45. — 2 Voy. ce que dil llérodolc. III. 109. du partage du sol par S^soslris. — 3 Sur les noms de cet inslniment, loy. RudorlT. Die Schriften der rùm. Feldmvsser. II. p. 336 el suiv. Berl. 1852.
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Fis. 3349.
deux liges fixées à angle droit aux extrémités desquelles pendaient des fils à plomb ; le pied devait être disposé de manière à ne point gêner les visées.
La figure 3549 montre une des dispositions en usage. Elle est la reproduction d'un dessin, trouvé àivrée, gravé sur le cippe sépulcral d'un certain vEliutius Fauslus qui y est qualifié Mensor\ La l'orme de l'instrument prouve qu'il était en métal. 11 se composait d'une tige formant, à l'extrémité inférieure, une douille destinée à coiffer la tête d'un jalon en bois. Dans un plan perpendiculaire à cette tige se croisaient, à angle droit, deux réglettes dont chacune portail, à l'une de ses extrémités un 111 à plomb, à l'autre (dans le milieu de la partie élargie) une encoche ou une petite pointe formant saillie [coniiculum] devant laquelle l'opérateur suspendait un lil à plomb mobile qu'il tenait à la main et qui lui servait à déterminer les deux directions perpendiculaires en le dégauchissant successivement avec l'un et avec l'autre des deux fils à plomb fixes. Au point de croisement des trois tiges était ménagée une ouverture ou œilleton [lumen] qui permettait ce dégauchissement. La lige ù douille, dont le prolongement supérieur permettait les tâtonnements préliminaires, étant rendue verticale, le plan des deux réglettes se trouvait horizontal. C'est ce que l'on recherchait pour l'arpentage et le lever des cartes, car les anciens avaient déjà reconnu l'utilité de se borner à reproduire la projection du terrain sur un plan horizontal ; car, dit Frontin, les végétaux croissant toujours suivant la verticale, un terrain en pente ne produit pas un plus grand nombre d'arbres que ne le ferait sa projection.
Cette projection sur l'horizon s'appelait culteilatio ad pcrpendkuluin (coupe à l'aide du fil à plombl ou simplement cu//e//a?Jo ; son exactitude dépendait beaucoup de la précision avec laquelle on établissait l'horizontalité du plan des deux réglettes dans l'instrument que nous venons de décrire.
« Les personnes qui s'en servent, dit Ibron-, ont éprouvé les graves inconvénients qui résulleni de ce que les fils d'où pendent les poids, au lieu de se fixer promptement, continuent, au contraire, à remuer pendant un certain temps, surtout si le vent souffie un peu fort; c'est pour cela que quelques-uns, voulant remédier à cet inconvénient, essayent d'y adapter des tubes de bois dans lesquels ils introduisent les poids afin de mettre ceux-ci à l'abri du vent. Mais, quand ces poids viennent à frotter contre les parois des tubes, les fils ne restent plus exactement perpendiculaires à l'horizon. Ensuite, lors même qu'on est parvenu à mettre ces fils en repos et perpendiculaires à l'horizon, les plans conduits suivant ces fils ne sont pas pour cela perpendiculaires entre eux. » 11 démontre en etfctque les deux plans ne seront perpendiculaires entre eux qu'autant que l'astérisque sera horizontal, l'angle droit tracé sur l'astérisque n'étant la mesure de l'angle dièdre formé par les plans verticaux qu'autant qu'il se trouve dans un plan qui leur est perpendiculaire.
* Gar-Tcra, Lapide Eportultcse, Acc-id. di Toriiio. sér. il, \o\, XIV, p. 25, pi. IV ; Promis, Sloria di Torino, c. xviii ; Cavcdoni, Uiillel. Napolel. 1, p. 70, pi. vil, 3.-2 Ilif'c Siis-f»,;. Le lexlc de ce IrailC^ a Ht iniblii! avec une
Fig. 3530. —La dioplro de Héron (restitution).
Les ingénieurs avaient donc cherché un instrument plus parfait ; Héron dit qu'il existait de son temps une foule de dispositions différentes, mais qui toutes laissaient à désirer, parce qu'elles ne donnaient la solution que d'un petit nombre de problèmes. Nous ignorons complètement aujourd'hui en quoi elles pouvaient consister; heureusement il nous est resté la description de l'appareil inventé par Héron sous le nom de dioplrc et qui fut certainement le plus parfait de tous.
La figure 3550 donne la restitution proposée par M. Vincent, d'après le texte et le dessin qui l'accompagnait. Elle suftit pour donner une idée générale de l'appareil qui se composait, comme ou le voit, d'une alidade de deux mètres de long portée sur un pied vertical. L'alidade pouvait prendre une direction quelconque grâce à deux systèmes de roues dentées et de vis sans fin agissant dans des plans perpendiculaires l'un à l'autre. Suivant les cas, le niveau d'eau qui est représenté sur la figure était remplacé soit par un simple viseur soit par un plateau circulaire divisé en degrés et pouvant se fixer à volonté dans un plan oblique quelconque.
Cet instrument était donc destiné soit à faire des nivellements, soit à mesurer des angles. Le lecteur curieux de le connaître plus en détail pourra se reporter soit au texte lui-même publié par M. Vincent^, soit à la description que j'en ai donnée ailleurs*.
Comme annexe à la dioptre. Héron décrit un système de mire divisée et à coulisse tout à fait semblable à celle dont nous servons aujourd'hui.
Héron décrit un certain nombre des problèmes qu'on pouvait résoudre avec la dioptre. Voici les principaux : Mesurer la distance et la ditférence de hauteur de deux points inaccessibles; — percer une montagne suivant une ligne droite qui joigne deux points donnés sur ses lianes; — une galerie souterraine quelconque étant donnée, déterminer sur le sol, au-dessus, un point tel ([u'en y creusant un puits vertical il aboutisse à un point donné de la galerie; — les extrémités d'un port à construire étant données, en tracer le contour sur le terrain suivant une figure semblable à une figure donnée; — exhausser un terrain de manière à lui faire prendre la forme d'une surface donnée quelconque ; — diviser un champ donné de forme quelconque en parties ayant des surfaces données, à l'aide de lignes droites partant toutes d'un point donné; — mesurer un champ sans entrer dedans; — trouver l'aire d'un triangle en mesurant ses trois cotés; — déterminer la distance de deux lieux situés sous des climats différents.
Pour mesurer les distances on se servait d'une corde; pour mettre celle-ci hors d'état de s'allonger et de se raccourcir, « on la tend fortement entre deux pieux, et, après l'avoir ainsi tendue pendant quelque temps, on la lire de nouveau; après avoir répété celle même manuMivre à plusieurs reprises, on frotte la corde avec un mélange de cire et de résine; il est préférable, au lieu
tradurlion fr:iniaise par 11. Vincent dans les Mémoires de l Académie des iiisvriptions et Itctles-lellres (1838). — ^ Voir la note précédente. — ' La Science dans l'anliiiuilé. {Uiblioth. de la Nature), p. 234 et suiv.
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de la tendre entre deux pieux, de la suspendre verticalement pendant un long temps avec un poids suffisant'.
Les arpenteurs romains se servaient aussi d'une perche longue de dix pieds, d'où leur était venu le nom de Vecempedalorea (|u'on leur donnait quelquefois.
La dioptre de Héron servait, nous l'avons vu, pour les nivellements; mais les anciens employaient également à cet usage d'autres instruments plus simples, que Vitruve décrit-. » On se sert, dit-il, des dioptres, des balances à eau ou du chorohate. Le choroljate est le plus exact, les autres peuvent induire en erreur. »
Le ciiORon.vTKS, dont la ligure .'loSl présente une rcstitution, était une règle
Le cliorobale (reslitulioii).
Fig. 355:i. — La lampe (reslilulionj.
longue de tj à 7 mètres portée à ses deux extrémités par des pieds munis de lils à plomb de manière à pouvoir constater l'horizontalité de la règle; on employait également pour constater ci^tte horizontalité un niveau à bulle d'air. La balance à eau n'était autre chose que notre niveau d'eau actuel.
Les anciens faisaient encore usage, pour prendre la hauteur d'un mur ou d'une tour (fig. 333:2), d'une simple règle AR terminée par un fil ii plomb à ses deux extrémités, et mobile en A autour d'un axe horizontal fixé à un pied AC que l'on plantait verticalement en terre. On inclinait la règle de façon à viser le sommet G de la hauteur à évaluer.
On mesurait les longueurs AD, BD et CT, et par les triangles semblables on avait la hauteur GH ; d'où on lirait GT en ajoutant la hauteur connue du pied.
Cet instrument s'appelait Àu/vîa, lampe ; il est décrit dans la Géodésie de Héron le Jeune et dans les Gestes de Jules l'Africain '.
Les ingénieurs de l'école d'Alexandrie avaient imaginé pour mesurer automatiquement l'espace parcouru par une voiture ou un bateau des compteurs tout à fait analogues à ceux que nous avons réinventés sous le nom de horijiaèlves. On en trouve la description dans la plupart
des manuscrits à la suite du Traité de la diojilrc par Héron l'Ancien, ainsi que dans Vitruve '.
Les ligures 3353 et 3a3i ne sont que des reproductions sous une forme plus claire des dessins des manuscrits grecs ; elles suffisent pour en donner au lecteur une idée suflisanle. Le cylindre coupé qu'on voit au bas de la ligure 3333 représente l'axe de
' lluio, A:ti;,i«T« (Vel. mal/iem. IC91. p. 243). — i Vilniv. Arch. VUI, 6, I. — ^ Celle descriplioit a H6 Iradiiile dans les ouvra^^es indiqués par les uolea 2 <'l i de la page piéciideiile. — • Vitiuv. Arcli. X, (l, I. — S Hist. Àug. Scriptores
Fig. 35:»3. -- Compteur pour voilure \i-estilutiou).
la roue de la voiture ; on voit sur le derrière dans la figure 3334 la roue à palette adaptée au bateau.
mvm
Fig. 3354. — Compteur [lOur lialeau (restitution).
Ces appareils n'ont point été de simples spéculations d'ingénieur; car, dans l'inventaire dressé par JuliusCapitolinus des objets vendus après la mort de l'empereur Commode ', on voit mentionnés entre autres objets précieux c( des voitures marquant les distances et les heures ».
Le Traité de géodésie de Héron le Jeune, dont nous avons parlé plus haut, a été composé au x° siècle de notre ère; il est tout à fait analogue au Tmilé de la dioptre de Héron l'Ancien. Le texte grec, qui se trouve notamment dans des manuscrits d'Oxford et de Bologne, n'a jamais été publié, mais Baroccius en a fait imprimer une traduction latine. M. Th. -Henri Martin l'a longuement analysé et commenté °; il fait remarquer qu'il n'y a aucune trace de calculs trigonomélriques.
Je résumerai cet article par un fragment des Institutions arithmétiques, dans lequel Anatolius,évèque de Laodicée au iv" siècle de notre ère, expose l'objet de la géodésie telle que la comprenaient les anciens. « La géodésie, dit-il, prend pour objet des formes qui ne sont ni parfaites ni exactes, parce qu'elle s'applique à une matière corporelle, de même que la logistique. Elle mesure un monceau comme un cône, des puits circulaires comme les figures cylindriques, des acicjsï comme des cônes tronqués. Comme la géométrie use de l'arithmétique, de même la géodésie use de la logistique. KUe emploie divers instruments pour prendre des alignements sur le terrain, par exemple les dioptres, les régies, les cordeaux, les gnomons et autres instruments semblables servant à mesurer les distances et les hauteurs soit par l'ombre, soit par des visées. Quelquefois même, pour résoudre des problèmes, elle a recours à la rétlexion de la lumière. De même que souvent le géomètre emploie des lignes idéales, de même celui qui pratique la géodésie appelle en aide des lignes sensibles. Les plus exactes de ces lignes sont données par les rayons du soleil, soit qu'on trouve ces lignes à l'aide de la dioptre ou à l'aide d'objets qui arrêtent les rayons. D'autres lignes plus corporelles sont prises à l'aide de la chaîne d'arpenteur ((at|oîv6oç) que l'on traîne ou du cordeau (TtiOuLY,) (pie l'on tend. Car, à l'aide de ces instruments, celui qui pratique la géodésie mesure de loin des lieux inaccessibles, des hauteurs de montagnes ou de murailles, des largeurs ou des profondeurs de tleuves et autres choses semblables. En outre, la géodésie établit des divisions, non seulement en parties égales, mais en parties qui ont certains rapports entre elles, en parlies proportionnelles, et même quelquefois en parties plus ou moins grandes suivant la qualité des terres'. »
A. DE Rochas.
^forlinav, p. 56, Paris I6S0). — 6 Mémoires de t'Académie des inscr. et belleslellres, IS5*, V* partie. — "> Trad. de M. Vincent, Mémoiies de l'Académie des tixscr. et tieUeS'tettres, p. 4i5.
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GEOGRAPHIA (rcoiYP»?'")- ~ Définition. — Comme l'indique l'étymologie, la géographie (y-fi, Ypïï.£iv) est la description, scientifique et raisonnée, des phénomènes terrestres. Son objet propre est l'étude des faits qui se passent à la surface de la terre dans leurs rapports avec les diverses manifestations de l'activité humaine. En prenant pour point de départ cette définition, il est facile de distinguer le domaine de la géographie du domaine de lu géologie. Tandis que la géologie étudie la structure interne du sphéroïde terrestre, ses éléments constitutifs (géognosie), son histoire intérieure (géogénie) et ses modifications profondes, la géographie en étudie l'aspect extérieur, l'état actuel, les modifications superficielles. De plus, les deux sciences sont encore distinctes par leur méthode. Le géologue rapporte tout à la terre ; le géographe tout, ou presque tout, à l'iiomme, car les phénomènes terrestres l'intéressent principalement parce qu'ils forment le milieu dans lequel s'exerce l'action de l'homme. Cette double influence delà nature sur l'homme et de l'homme sur la nature est en réalité le véritable sujet d'étude du géographe.
La méthode géogr.vphiol'e cuez les .anciens. — Sur la (juestion de méthode les idées desanciens différaient notablement des idées des modernes. Chez beaucoup d'écrivains la conception de la géographie est singulièrement étroite. Ainsi Plolémée', que l'école de la Renaissance plaça si haut, ne voit dans la géographie que l'art de dresser des cartes. La géographie, dit-il, a pour objet d'imiterle tracé de toute la partie de la terre connue avec les choses principales qui s'y trouvent. Le géographe dresse des caries générales dç la terre ; le chorographene dresse que des cartes partielles, des cartes de détail, des cartes régionales ou chorographiques, comme nous dirions aujourd'hui. C'est donc jusqu'à Ptolémée qu'il faut faire rémon ter une erreur grave, encore assez répandue de nos jours, la confusion, involontaire ou systématique, de la géographie et de la cartographie. D'accord avec ses principes, Ptolémée déclare nettement qu'il se bornera à donner des listes de positions géographiques et qu'il négligera de parti pris ce qu'il appelle dédaigneusement « ce fatras de détails relatifs aux peuples », à moins qu'il ne s'y trouve par hasard une particularité à son sens digne d'attention ^ Strabon, qui de tous les écrivains de l'antiquité réalise le mieux l'idéal du géographe, fait preuve sur ce point d'une plus grande largeur d'esprit. Il considère la géographie comme une science philosophique', au sens antique du mot, et fait remarquer à l'appui de cette affirmation que les plus anciens géographes, Homère, Anaximandre, Hécatée, étaient aussi des philosophes. Démocrite, Eudoxe, Dicéarque, Éphore, Ératosthène, Posidonius sont égalementdes adeptes de la philosophie. En outre, la multiplicité des connaissances nécessaires au géographe suppose chez celui-ci une culture philosophique développée. Enfin la variété des applications de la géographie implique également chez le géographe un esprit philosophique habitué de longue date à la réflexion". Ce n'est pas qu'en signalant ce rapprochement entre philosophes et géographes Strabon veuille
GEOGRAPniA. 1 PLol. 1, 1. — 2 X w ç o yç« s eYv el. les niotssitililaires ont dans les t'ci'its do strabon et de Ploléniôc le sens Lien diMini de descriptions rt^gionales, particulières. Strabon et Ptolémée opposent souvent ces termes à celui de ^ î w -^ p « = e V v, et aux autres de mênic forniiition. T'>-'.yjaïfa est parfois employé par Strabon comme synonyme de /wjs-Yjasta. Cf. il. Esticnne, Thcsaurus iinf/uac graecae. — '■* l'iol.
éloigner le géographe de l'étude de la nature, il déclare expressément au contraire que le géographe doit posséder, entre autres sciences, celle des choses célestes (astronomie, météorologie) et celle de la géométrie et de l'histoire naturelle". Mais il place au premier rang les connaissances qui ont l'homme pour objet, car la géographie, dit-il, a surtout rapport à la vie civile. Si l'utilité de cette science est grande en toutes les circonstances de la vie, elle l'est surtout pour la vie politique (ttgoç T-J.Ç /ûsiaç xàç ■Kolt.Ti.xy.ç) , pour la politique, pour l'administration, pour la guerre ". C'est à ce point de vue de l'homme d'État que Strabon se place d'ordinaire. Ce qui l'intéresse dans un pays, c'est son importance actuelle, politique et économique, ou bien le parti qu'on en peut tirer '. En conséquence il décrit très brièvement la Libye et s'étend longuement sur d'autres pays, Italie, Grèce, Asie Mineure, qu'il juge plus dignes d'intérêt par le chiffre de leur population, l'éclat de leur civilisation, l'importance de leur rôle historique ''. D'autre part, le géographe, qui, comme Strabon, écrit pour la partie intelligente et cultivée du grand public, doit estimer suffisamment connus beaucoup de faits d'ordre mathématique et physique. Ici on voit nettement que Strabon préfère à la méthode scientifique la méthode littéraire.
Voilà donc deux tendances diverses, deux méthodes géographiques nettement opposées. Ptolémée peut être considéré comme le chef de l'école astronomique, Strabon comme le représentant le plus éminenl de l'école littéraire et philosophique. Mais, tandis que Ptolémée n'a voulu être et n'a été qu'un cartographe '", Strabon n'a pas été exclusivement un géographe littéraire, car il a su mêler à ses récits des indications scientifiques qui ne sont pas à dédaigner. Seulement il ne voit guère dans les faits d'ordre scientifitiue qu'un appoint à la description; s'il les cite, c'est pour mentionner des particularités curieuses qui complètent ses descriptions, et non, du moins le plus souvent, pour expliquer ces faits et en formuler les lois ". Sa timidité sur ce point contraste singulièrement avec l'audace des partisans d'une troisième méthode, la méthode physique; représentée par les philosophes de l'école d'Ionie. Pour les Ioniens la géographie n'est (ju'une des formes de la physique, elle ne parait même pas avoir de raison d'être en dehors de la science qui (Hudie les combinaisons générales des éléments.
Telles sont en résumé les trois méthodes, ou, si l'on veut, les trois tendances maîtresses des écrivains de l'antiquité dont les ouvrages intéressent la géographie. Hérodote, Polybe, Strabon, Mêla se rattachent à l'école littéraire et philosophique ; Ératosthène, llipparque, Marin de Tyr, Ptolémée à l'école astronomique ; les Ioniens à l'école physique. S'il s'était trouvé à l'époque romaine, sous l'empire, un homme de génie capable d'appliquer à propos chacune de ces trois méthodes, la synllièse géographique eût été créée bien longtemps avant Al. de Humboldt. H n'en fut rien ; l'esprit pratique des Romains ne sut tirer de la géographie que des routiers, des livrets de poste, des listes de provinces et de villes, toute une série de très médiocres compilations où
11, prol. — l Strab. I, 1, I. — S Id. 1, I, I. — 6 Id. 1, 1, 20. — ■; Id. I. I, 10, 17, 18, 22. — 8 Id. il, S, 8. — 8 Id. 11, ."i, 18, — 10 Les indications autres que les positions géographiques ne figurent dans le texte de Ptolémée qu'à titre d'indications purement accessoires (i'tol, I, 19). — " V.(. pour la méthode géographique de .Strabon M. Oubois. Kxamini de la Géographie de Sliation, 1891,
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rien ne rappelle l'esprit scientifique des écoles de la Grèce. Le seul écrivain qui ait parfois compris la nécessité de cette synthèse et qui ait essayé, non sans (juelque succès, d'appliquer cette méthode, c'est Strabon. Aussi bien Strabon restet-il pour nous le seul géographe que nous connaissions des temps anciens, le j^éographe par excellcnce(ô yeuYfïaio;), comme l'appelaient dé jii certains commentateurs. C'est dans Strabon, bien plus que dans IMolémée, qu'il faut étudier la géoi,'raphie ancienne. L'œuvre de Strabon est en effet celle (|ui répond le mieux à la conception moderne de la géographie.
RArPOHTS DE LA GÉOGRAPHIE AVEC LES AITRES SCIENCES
PUYSIQL'ES. — La géographie, qui jiar délinition a pour objet l'étude des phénomènes terrestres, a nécessairement de nombreux points de contact avec les autres sciences physiques ; elle leur emprunte tout à la fois des faits et des explications. Aussi le géographe doit-il posséder des connaissances variées {■Kolu^i.âOv.a] '. Il doit être initié aux méthodes astronomiques pour comprendre le calcul des longitudes et des latitudes, les discussions sur la forme et le mouvement de la terre, le problème des zones; il doit aussi être instruit dans la pratieiue de la géométrie pour déterminer la configuration et l'étendue des pays qu'il décrit; il doit enfin avoir quelque notion de la science des animaux et des plantes pour apprécier exactement la valeur économique d'une région. Mais le géographe ne doit emprunter à toutes ces sciences qu'un petit nombre de notions et de notions élémentaires; il n'a pas à se livrer à des études approfondies comme les spécialistes ^ Il n'a pas non plus à se soucier d'atteindre dans ses descriptions le degré de précision qu'on exige a bon droit des travaux de l'arpenteur-géomètre (agrimensor) '. Faisant une œuvre d'ensemble, il peut aussi négliger quelques détails ; il ne doit même pas embarrasser son récit de détails trop scientifiques, trop techniques '*. Strabon réserve naturellement une part beaucoup plus large aux connaissances littéraires, historiques et philosophiques. Le document humain lui semble plus digne d'intérêt, parfois même de créance'% que le document d'ordre purement scientifique. Ptolémée au contraire place au premier rang les connaissances scientifiques. La géographie, et il faut entendre par là la cartographie, doit se lire dans le ciel et s'appuyer sur les observations astronomiques ; car les indications de dislance par terre et par mer fournies par les voyageurs sont beaucoup moins précises à cause des détours des roules ''. Quant aux relations de voyages (IsTopta TTEptoo'.xfi), Ptolémée déclare qu'il faut s'attacher de préférence aux relations les plus récentes à cause des changements physiques qui se produisent à la surface de la terre et à cause aussi des nouvelles découvertes".
Ainsi, malgré la diversité de leurs tendances et de leurs méthodes, les écrivains anciens faisaient une place assez large à l'élément scientifique dans la description de la terre. Bien (ju'ils n'aient jamais formulé expressément les rapports de la géographie avec les autres sciences, on voit néanmoins par leurs écrits que l'horizon scien-
1 Slrali. 1, 1, li;!l; II, 3. 1-4. — ^ la. 1, 1, il. — a 1,1. XllI, l, ti. A itlusieurs reprises (II, 1, 39: II, 1.41) Strabon oppose la mt^tliodc ^!;éo<;raplii(iiK> à la nuHlioJe gi^omiSlrique. — l Id. II, S, 31; VI, 3, 10. —5 1,1. H, |. i|. — 0 l'iol. I, ch. 11 et IV. — " Id. I. 5. — 8 Strab. XVII, I, SO. Cf. larliclc ASTitûNuMiA dans ce Dictionnaire, I, 476.504, et P. Tannery, Hechercltes sur i'histoire df l'astronomie ancicnti'^, 181*3. — 9 Cf. l'tacita p/iilosophorutn. dans Diels, Doxngraphi graeci, 1870, et H. Berger, Ocschichte tter wissenschaftlichcn
tilitiue des géographes ne manquait pas d'étendue.
Asti'onomic et cosmoffrap/nc. — Les problèmes qui sollicitent tout d'abord l'attention du géographe et par l'examen desquels commençait sans doute l'enseignement de la géographie dans les écoles étaient les pro- Jjlèmcs élémentaires de l'astronomie et de la cosmographie : forme du monde, mouvement, harmonie des diverses parties de l'univers (y.ô'ni.o^), révolutions des astres, etc. Dans cet ordre de recherches scientifiques l'influence des écoles orientales dut se faire sentir dans une mesure qu'il nous est impossible de déterminer. En plus d'un passage Strabon fait allusion aux doctrines astronomi(]ues des prêtres d'Héliopolis (Kgypte) et déclare nettement que les astronomes grecs et romains ont puisé largement à cette source, comme ils ont puisé d'autre part dans les écrits des Chaldéens*.
Les problèmes cosmographiques étaient également abordés dans les traités généraux de géographie. Longtemps les philosophes se plurent à disserter sur les premiers principes, sur les éléments primordiaux et même sur l'élément unique, principe constitutif de l'univers. Ce n'est pas ici le lieu de mentionner avec quelque détail ces imaginations dont l'étude n'est pas de notre domaine'. La géographie scientifique et positive ne pouvait se développer que plus tard, quand les pythagoriciens lui eurent dunné pour base la doctrine de la sphéricité de la terre, doctrine qu'ils fondaient uniquement sur des considérations théoriques relatives à la perfection intrinsèque de la forme sphérique. Aristote, le premier, donne une démonstration scientifique et raisonnée de cette grande vérité '". En même temps, les géographes furent mis en possession d'un autre principe cosmographique non moins important, le principe de l'attraction". Dès lors il n'était plus nécessaire de recourir au mythe d'Atlas supportant le globe sur ses puissantes épaules : la force qui maintient l'équilibre de l'univers était connue. Or les constatations de cet ordre exercèrent une influence considérable sur l'évolution des théories géographiques. La doctrine traditionnelle des antipodes que l'imagination populaireplaçait à l'ouest et au sud de la terre connue, de roixoj;jL£VY,, ne se serait pas développée si rapidement si la loi de l'attraction n'eût été formulée de bonne heure dans les écoles'-.
Mi'trofolofjic. — Les problèmes généraux de la météorologie fixaient aussi l'attention des géographes anciens. Si l'on en juge par le résumé très complet d'Aristote, on voit que la science météorologique était étroitement unie à la science géographique. Aristote en effet aborde dans ses MiHéorologifiues plusieurs études qui ne sont plus du domaine propre de la météorologie et qui appartiennent évidemment à la géographie, telles que l'étude des phénomènes océanographiques (liv. Il), l'étude des phénomènes séismiques i liv. II, ch. vu et viii), l'examen des diverses combinaisons des quatre éléments (froid, chaud, sec, humide) qui constituent tous les corps. Ce n'est pas tout. Aristote, qui définit'^ la météorologie l'étude de tous les phénomènes qui se produisent au-dessous des astres et au-dessus de la terre, arrive ainsi naturellement
Erdkumle dcr Gri^chen, 1, 1887. — 10 De Coflo. Il, 4, 5 : II, 8. 6: II. 14, S ; II, 14, 13; II, 14, 14. — Il Id. De Coelo, II, 14. S ; ileteorol. H. 7, 8: Slrab. I. I. U; i, 1, 20: II, 5, 2; Geniinus, hagoge, XIII ; Plin. II. 65 ; Manil. Aslron. I. 21S sqq. ; .Macrob. In Somn. Scip. Il, 5. — •! Cf. pour les antipodes de l'ouest Galfarel. Ètudr sur les rapports de l'Amériguc «'/ de l'ancien continent avant C. Colomb, 1869; pour les autipodes du sud Rainaiid, le Continent austral, 1893. — '3 .Veteor. 1, 1, 2.
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à traiter dans son ouvrage des questions de cosmographie, d'astronomie, de chimie, de géologie, de géographie physique. On voit par cet exemple combien les pliysiciens de l'antiquité, et Aristole surtout qui les résume tous, avaient étendu le domaine de la météorologie. Examinons maintenant très brièvement chez les auteurs anciens les rapports de la géographie avec la météorologie.
Tempéralure. — Sur les lois de la température les physiciens de l'antiquité nous ont laissé de bonnes observations. Un des faits les plus importants de la climatologie, le contraste si marqué entre les climats continentaux et les climats maritimes, fut noté de bonne heure par Théophraste'. Répandus sur les rives de la mer Egée, les Grecs étaient bien placés pour connaître les conditions normales d'un climat maritime. Quant aux climats continentaux, ils en avaient quelque notion par ce qu'ils avaient observé dans l'intérieur de la péninsule des Balkhans et ce qu'ils avaient appris des plaines de la Scythie. Strabon observe justement que les hivers sont très rigoureux dans la Scythie et que les étés y sont très chauds ^ D'autres causes, l'exposition ', la latitude , l'altitude, exercent encore une influence directe sur la température. Ainsi, si le climat de la Susiane est un climat de feu. c'est que la région est entièrement ouverte au midi et abritée du nord par le puissant rempart de l'Éran '. Quant au rapport de la latitude et du climat, les Grecs, qui de bonne heure sillonnèrent la mer Egée, purent en allant du nord au sud constater l'élévation croissante de la température. En outre, les habitants de l'Egypte, de laCyrénaïque leur firent connaître l'existence des vastes déserts de la Libye intérieure. D'ailleurs, le climat saharien se fait déjà sentir directement sur les bords de la Méditerranée, sur cette côte de la Syrte à juste titre si redoutée des anciens. De plus, les Grecs avaient remarqué que les vents qui soufflent du midi sont secs et brûlants". Tous ces faits, tous ces indices semblaient justifier complètement le préjugé classique de la zone torride. D'autre part, par un effet inverse de la même loi, les régions du Nord étaient déclarées inhabitables à cause du froid". Cette doctrine des zones inhaliilables au nord et au sud fut modifiée notablement par le progrès des découvertes.
Habitant un pays très montagneux, de relief très varié, les Grecs devaient également observer la décroissance de la tempéralure avec les progrès de l'altitude. La connaissance de cette grande loi, encore très incertaine chez Hérodote ^ est nettement marquée chez Strabon*. Le géographe d'Amasée connaissait trop bien les plateaux de l'Asie Mineure, sa patrie, pour ne pas être familier avec cette loi fondamentale de la climatologie. D'ailleurs, depuis l'expédition d'Alexandre, on ne pouvait plus avoir de doute ;i ce sujet. Les Macédoniens avaient en effet contemplé de leurs yeux des cimes blanches aux abords de l'Inde; ils avaient même vu
1 Tlieoplir. De ventis, vu. 11 nous semble diffieile d'admeUrc qu'IIippocrate (De aère, aijuis et locis, xn et \v) ail fait allusion à celte distinction. — - Vil, 3, 18.
— 3 lliiipoer. De Diaela, II, 37. — '• Slrab. XV, ï, 10. — ■'■ Arisl. Mcteor. II, 5, 19.
— *• Hairiaud, le Continent austral, p. 34 sqq. — 7 lR.i-odole (11, 22) ne croît pas qu'il puisse y avoir de la neige en Ethiopie. — s II, 1, l.",; IV, 6, 9; VII, 3, 18; VII, 5, 10 ; ,X1, I, 4; XI, 5, 7 ; XII, 2, 10, etc. — » .^rislobulc dans Slrab. XV, 1, 17. 10 I, 38. — Il Arisl. Meleor. 1, 13, 21 (montagne d'argent): Ptol. IV, 8, 3 (monts de la Lune); inscription d'AduIis, Corp. inscr. //raec. t>li7 lî, lignes 7-9.
— 12 riin. II, 44, 45. l'Iiue reiirochc aux navigateurs de son temps de ne pas
tomber de la neige sur les routes de l'Indus'. Dés lors l'existence de montagnes neigeuses dans la zone intertropicale était un fait indiscutable. Que si quelque écrivain comme Diodore de Sicile'" refusait encore de se rendre à l'évidence, c'était là une protestation isolée et sans effet, car les anciens connaissaient de source certaine les neiges persistantes des hautes montagnes de l'Ethiopie ".
Vents. — Les lois de la circulation atmosphérique, lois beaucoup plus difficiles à saisir que celles de la température, ne paraissent pas avoir été nettement formulées par les géographes anciens. La théorie des vents est toujours restée chez eux très imparfaite. Ce n'est pas qu'on ne trouve dans les écrits de