‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments (volume 5)Chapitre 72 sur 104 · BOREAS · texte numérisé non relu

BOREAS

ZEPHYROSI

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Fig. 3557

l'antiquité de nombreuses observations de détail sur ce sujet, mais ces observations n'ont pas amené les physiciens à une théorie générale satisfaisante'-. Le système d'orientation par la direction des vents est encore bien simple chez les géographes anciens, car il n'a jamais dépassé la rose de douze vents.

A l'origine, les Grecs ne distinguaient que les deux directions générales du nord et du midi'^ Borée etNotos (fig. 3o5o).Puislenombre des vents s'éleva à quatre ''(fig. 3536), à huit '" (fig. 3So7) et enfin à douze "' (fig. 3538).

La distinction essentielle entre les vents généraux et les vents locaux avait été faite par les anciens'". Dans la classe des vents généraux, ceux qui avaient le plus attiré l'attention des géographes étaient naturellement les vents périodiques et réguliers. Les Grecs, riverains de la mer Egée, avaient de bonne heure remarqué la régularité des vents étésiens" (£Tr,(7''at) qui facilitent le cabotage dans les eaux de l'Archipel. Ces vents qui soufflent chaque année (de là leur nom) pendant l'été, du nord, rarement de l'ouest, étaient annoncés par les prodromi (irpdSpojxoi, précurseurs) qui se font sentir huit

s'intéresser à la science. — 13 Strabon (I. 2, 21) nous apprend que certains auteurs tenaient encore à celle classificalion si primitive. — l* Odyss. V, 205-296. — t'J Timostliiïuo. Posidonius. l'Une (H, 46, 47). La lour des Vents à AUu^nes est octogone. — IB Arisl. Meleor. II, 6; Senec. Quaesl. nattir. V, 16, 17 ; Plol. Vil, 6, 15; Cl. Kaibcl, Anli/ce ^Vhntrosen {f/ermcs, XX, 18S5, p. 579 sqq.). Il rignc encore beaucoup d'incertitude sur cette théorie. — '' Hippocr. De aère, aijtiiK et locis, i; Pliu. Il, 48. — 11* Ilippocr. De ntorbis popularifms, liv. II, secl. vu, eh. i ; Merod. Il, 20; VI, 140 ; VII, 168 ; Arisl. Meteor. II. 5 et sqq. : Theophr. /le venlis, 1 et sqq. ; Slrab. III, 2, 5; XV, \, 13; Pliu. II, 47,48.

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jours avant la canicule et viennent également du nord. D'autres vents aussi réguliers, les moussons, étrangers à la Méditerranée, ne furent connus des Grecs que beaucoup plus tard, à l'époque des Lagides, quand les navigateurs gréco-romains fréquenteront ruci'an Indien.

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Fig. 3358.

Pline le premier mentionne expressément sous le nom d'Hippalos la mousson qui poussait les navires de la ci'ite d'Arabie à la côte de l'Inde'. Mais il y a lieu de penser que Strabon connaissait déjà ce phénomène. C'est à l'action des vents étésiens, c'est-à-dire des moussons de la mer Erythrée, qu'il attribuait l'abondance des précipitations pluvieuses dans les plaines de l'Inde'. Hippalos n'aurait donc pas le premier signalé aux Grecs le phénomène des moussons révélé par le hasard ; il aurait seulement indiqué le parti qu'on en pouvait tirer pour abréger la route maritime de l'Inde. Il serait bien étonnant, en effet, que les Grecs eussent ignoré pendant quatre siècles depuis leur arrivée aux ports de l'Inde un lait aussi facile à constater. C'est dans les diverses relations sur l'Inde, les Indica, que Strabon a dii vraisemblablement puiser cette information.

Quant aux vents locaux, Sénèque ^ nous fournit une abondante nomenclature qu'il sérail inutile de reproduire ici, car, suivant la remarque de l'auteur, il n'est presque aucun pays qui ne voie quelque vent naître et mourir dans son territoire ou dans ses environs. En général les anciens sont très sobres de détails sur ce sujet. Strabon fait exception à la règle quand il décrit avec quelque développement ' le mélamborée (mistral) qui souffle si violemment dans le champ de pierres, la Crau provençale '\

l^liiies. — La loi de l'inégale répartition des pluies sur les diiférentes parties de la surface terrestre et dans le même lieu suivant les saisons avait également attiré l'attention des géographes anciens. F^es Grecs, qui habitent une région de pluies d'hiver, durent être fort surpris d'apprendre que d'autres pays, les plaines de

' VI, -0. Uip[i:ilos U\is^a son nom à i;i iiiuuiisoii de l'ouesf (Itnd-). — - XV, 1, 13 et 17. — ;i Qiiacst. ualur. V, 17. — * IV, I, 7. — ô Cf. pour les tliéorios iinciciincs sur l'origine et la formation tles veuts. Forbigcr, Htindbuch der alteu CeograjMe, I, § 18. — r. Slrab. XV, 1, 13, 17 et 18 ; XV, 1, i7: XV, S, 3 ; Arrian. Indic. VI, 4 et siiq. — ^ Strab. XVI, 1, 5. — 8 Ilcrodol. III, 10. — 9 Indic. I. — 1» Slrab. Il, 3, 3; XV, 1, iS; XVII, I, 3: Sencc. Qiincsl. natur. III, 6; VI, ï.

l'Inde par exemple, reçoivent pendant l'été des pluies abondanti;s". L'armée d'Alexandre apprit à ses dépens à connaître un régime de pluies tout différent de celui des contrées méditerranéennes. D'autres régions passaient pour èlre totalement privées du bienfait de la pluie. Ainsi Strabon remarque qu'il ne pleut ni dans la Susiane, ni dans la Babylonie, ni dans la Sitacène '. Dans la ilaute-Kgypte on regardait la pluie comme un fait très extraordinaire *. L'Inde fut aussi considérée pendant quelque temps comme une région entièrement sèche. Au temps d'Alexandre seulement la conquête macédonienne dissipa ce préjugé accrédité comme tant d'autres par le témoignage de Ctésias '. Une erreur analogue sur le climat de l'Ethiopie fut également réfutée par l'expérience quand les Grecs eurent dépassé au sud les limites de l'Egypte '".

Attires phénomènes méléoroloçjiques. — Les anciens nous ont laissé aussi de nombreuses observations, souvent confuses et contradictoires, sur la formation des nuages, de la grêle, de la neige, du givre et sur d'autres phénomènes du même genre ". Ainsi les Grecsqui parcoururent plusieurs fois l'Asie Mineure et pénétrèrent jusque dans l'Inde par les passages élevés de l'Hindou-Kousch, les Romains qui franchirent si souvent les Alpes, eurent naturellement quelque connaissance des phénomènes météorologiques de la haute montagne, des neiges, des névés et des glaciers. Si au temps d'Aristote'- les faits de cet ordre n'avaient pas encore été observés, au temps de Strabon ils paraissent déjà suffisamment connus. Strabon nous parle en effet d'avalanches de neige qui ensevelissent parfois les caravanes surprises dans les hautes montagnes de l'Arménie " ; il décrit également les glaciers et les avalanches des Alpes", les glaciers du Caucase '■' et les vastes champs de neige de ces montagnes que les indigènes traversent sur des raquettes.

Hijdrograph'ie. — 1" Hydrographie terrestre. — Les phénomènes hydrographiques sont étroitement liés aux phénomènes météorologiques. Les cours d'eau de toute nature ont en effet pour origine les eaux pluviales". Les vapeurs humides exhalées par la surface terrestre sont condensées par les montagnes ; il y a donc un rapport entre l'abondance des fleuves et la hauteur des montagnes qui leur donnent naissance. Selon la remarque d'Aristote '", que les géographes modernes ne sauraient accepter sans réserve, les fleuves les plus considérables prennent leur source au pied des montagnes les plus élevées. Plusieurs, disait-on, présentent des particularités curieuses ; certains se partagent en deux bras loin de la mer. Ainsi rister (Danube) se diviserait en deux fleuves tributaires, l'un du Pont-Euxin, l'autre de l'Adriatique'-. De telles hypothèses ne pouvaient évidemment plus subsister (|uand les Romains eurent pénétré dans le région du haut Danube. Aussi Strabon n'hésite-t-il pas à déclarer invraisemblable et absurde une pareille imagination'^; l'isler, dit-il, ne se bifurque qu'au voisinage de la mer -". D'autres fleuves, par un phénomène peut-être encore plus étrange, se perdent pendant une partie de leur cours dans le sein de la terre. Les disparitions de ce genre ne sont

— il Cf. les textes dans Forbigcr, Op. cit. I, S -16. — *- Aristole ne semble pa£ connaître les glaeiers, car i! assigne aux Heures une origine unique ; les eaut pluviales [.Mettor. I, 13, 8; I. 13, Î5). — " Strab. XI, U. 4. — "Id. IV. 6. 6.

— 15 Id. XI, 5, 6. — 16 Arist. .V.(eor. 1, 13, 8. — 1' Id. ibid. 1. 13, 14. — 1* C'est par ccUo voie que Jason-ct les Argonautes seraient rentrés dans ta MédilerranOe.

— 1» I, 2. 39; PUn. III, ii. — 20 Strab. I, 3, 15.

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pas rares, on le sait, dans les contrées de la Méditerranée orientale ; elles sont même un des faits caractéristiques des foi-nialions calcaires de Karsi si largement développées dans le littoral illyrien et dans la Grèce. Il était donc facile aux géographes grecs d'en citer des exemples '. Strabon, entre autres, mentionne plusieurs phénomènes de ce genre observés dans l'Istrie, l'IUyrie, la Grèce et dans dautres pays de même formation -. Les zi'i'èthres^ ou gouffres d'Arcadie sont évidemment les katavothres des géographes modernes. Les mythographes et les poètes allaient encore plus loin que la nature, ils n'hésitaient pas à supposer que certains fleuves pouvaient ainsi franchir les mers par des canaux souterrains. Pour Pindare, comme pour Timée, l'Alphée, fleuve de l'Élide, communique avec la fontaine Aréthuse en Sicile par des conduits de ce genre. De même Sophocle fait passer l'Inachos de la Grèce continentale dans le Péloponnèse '•.

Les anciens avaient encore noté avec soin le travail des alluvions. Ils avaient d'ailleurs sous les yeux les formations si caractéristiques de l'Egypte et de l'Asie Mineure. Le délia du Nil connu de bonne heure des navigateurs grecs leur servit d'exemple typique pour leurs études des phénomènes de cet ordre ". Ces grandes masses d'alluvions qui forment à l'intérieur des terres des plaines fertiles et riches prolongent aux dépens de la mer le domaine de la terre ferme". Il y a comme une lutte engagée entre les vagues de la mer et le courant des fleuves, lutte qui se termine toujours à l'avantage des fleuves ' . Ainsi des îles se trouvent peu à peu rapprochées du rivage et parfois même reliées à la côte : telles l'île de Pharos près d'Alexandrie et les îles voisines de l'embouchure de l'Achéloiis *. Ailleurs des golfes et des mers sont comblés progressivement. Le Pont-Euxin est ainsi colmaté peu à peu par les alluvions des grands fleuves de Scythie". Il en est de même de l'Adriatique où le Pô s'avance rapidement dans la direction de l'est. La ville de Spina, jadis située au bord de la mer, était déjà au temps de Strabon à 90 stades du rivage ">. Sur les côtes d'Asie ces phénomènes sont tout aussi marqués. Ainsi le golfe d'Issus est destiné à disparaître, comblé par les alluvions du Pyrame de Cilicie ". Les alluvions du Méandre modifient également le contour de la côte et éloignent progressivement de la mer la ville de Priène '-. Les dépôts du Caystre envasent le port d'Éphèse ". Ailleurs, sur la côte d'Hyrcanie, la marche des alluvions est bien plus rapide . Le Cyrus (Kour) a déjà, au témoignage de Strabon. gagné 500 stades sur la mer, envasant les plages, reliant les îles au rivage'*. De même l'Indus signale ses progrès par une ligne de bas-fonds'^.

Mais tous les fleuves n'arrivent pas jusqu'à la mer.

' Arislot. Meleor. I, i:t, 27 à 30: Ovid. Metam. XV, 273 et sqq. ; Senec. Quaest. natur. III, 26 ; Pliii. II, 106. — :! Strab. V, I, S (Tiraave); VIII, 6, 8 ; VIII, 8, 4(Erasiiius) ; VI, 2, 9; VIIl, 3. 12 : VIII. K, 4; IX, 2,16, 18 et 19 (lac Copaïs) ; VI, 2,9 (SiciIe);VI, 2.9;XVI, 2. 7; XVI, 1,12 (Oronle); VI,2, 0 ; XI, 4, 8;XVI,1, 21 (Tigre); XII, 7, 18 et 17; XII, 2, 4; XIII, 1 , 43 ; XIV, .ï, 5 (neuves d'Asie Mineure); VI, 2, 9 (\il). Cf. Plin. III. 20 (Pu); Vilruv. VIII, 2; Plin. V, 10 (Nil); Ptol. IV, 0, 13 (Gir). — ;> Slrali. VIII, 8, 4. — '• Strab. VI, 2, 4 : Seucc. Qnaesl. nntur. Il[, 1 ; III. 26 ; Plin. .\XXI, 30 ; Pausan. V, 7.2. — 5 Les textes anciens snr la formation alluviale de l'Egypte sont trop nonilircux pour i^U-c indiqui's ici. Depuis IlL-rodotc les (écrivains anciens ont toujours considiM-c l'Egyplc* comme lui " présent du Ml ». Cf. H. Berger, Op, t. passim (index). — C Pline (VI, 31) dit que nulle part la progression des alluvions n'a Hv plus rapide que dans la région de Ciiarav. au fond du golfe Persique (alluvions du Tigre et de l'Eupliralc). — 7 Strab. 1,3, 8-9 ; Plin. II, 87. — 8 Strab. I, 2, 23 cl 30: X. 2, 19. — 'J Id. I, 3, 4; Arist. Meteur. I, 14, 29-30. — 10 Strab. V, I, 7. Cf. Plin. III, 20. — Il Strab. XII, 2,4. — 1-' Id. XII, 7, 17. - 13 Id. XIV,

.\insi en Arahie plusieurs se perdent dans des plaines, dans des lacs"; d'autres, dans la Gétulie, dans l'Asie Centrale sont bus par les sables'". D'autres arrivent bien jusqu'à l'Océan, mais, au lieu de former un delta triangulaire d'alluvions, débouchent dans des estuaires. Ces estuaires oflrent d'ailleurs de grands avantages à la navigation ; ce sont d'excellents ports naturels, et ils permettent parfois, grâce aux marées, de remonter fort loin dans l'intérieur des terres'*. Mais nulle part, à ce qu'il semble, les géographes anciens n'ont nettement marqué les lois de ces deux formations si distinctes : fleuves à delta et fleuves à estuaire.

Ce n'est pas seulement par son delta, c'est encore par ses crues que le ÎS'il attira tout particulièrement l'attention des physiciens de l'antiquité. Il n'est sorte de conjectures que les anciens n'aient inventées pour expliquer ce phénomène si étrange des crues énormes d'un fleuve qui coule dans les régions desséchées de la zone torride ". Suivant les uns c'était les vents étésiens qui soufflant du nord, faisaient refluer les eaux du fleuve dans la direction du sud ; d'autres avaient imaginé que le Nil sortait de l'Océan; d'autres, mieux renseignés, attribuaient les crues à la fonte des neiges sur les hautes montagnes de l'Ethiopie ; d'autres y voyaient le résultat de pluies d'été ; d'autres enfin, faisant appel à la théorie daVAnlichthone^ expliquaient le phénomène par lespluies de la terre australe où les saisons sont inverses des nôtres-". Ailleurs les crues de l'Èbre étaient produites, disait-on, par le vent du nord qui pousse les eaux du fleuve avec une très grande rapidité-'. Dans l'Inde ce sont les pluies diluviennes de l'été qui font déborder périodiquement le tiange et l'Indus --.

D'autres observations hydrographiques intéressantes peuvent être recueillies dans les écrits des anciens. Ainsi les physiciens de l'antiquité avaient observé le rapport qui existe entre les surfaces boisées et les sources -•% entre la culture et les eaux des fontaines ^^ Ils savaient aussi que le déboisement développe le régime torrentiel des fleuves -\ Cette distinction capitale des fleuves et des torrents est rarement marquée dans leurs descriptions'^. Les Grecs, qui habitaient un pays de régime torrentiel, n'avaient pas sur ce point des idées très nettes ; il leur arrivait le plus souvent de confondre sous la même appellation de fleuve, TcoTxao;, de vrais fleuves et de maigres torrents-". Les lacs salés ^*, si répandus sur les hauts plateaux de l'Asie Mineure, les eaux thermales et minérales -', si recherchées des Romains, attirèrent également l'attention des géographes.

2° Hijdrographic maritime. — Les eaux fluviales alimentent la mer qui occupe une étendue immense, la plus grande partie de la surface terrestre^". Sur ce point les

I, 24; l'Un. V, 31. — H Strab. XI, 1, 1. — lô Id. XV, I, 20 et 34. — 16 Id. XVI. 4, 2. — '', Id. XI, 11, 5; XVII, 3, 10. — 13 Id. III, 1, 9; Ili, 2. 4 et 5; VI, 2, i.

— lï" Cf. les diverses solutions indiquées par H. Berger, Op. l. I, p. 104-122; Mêla, I, 9; Senec. Quaesl. ualur. III, I cl 2; Plin. V, 10. — 20 lîainaud, Conlinent austral, p. 34-35. — 21 Strab. III, 3. 0. Strabon oriente Timbre parall(!lenient aux Pyrénées, c'est-â-dirc du nord au sud (lil, 4, 6 et 10). Ces erreui's d'orientation ne sont pas rares cbeïi les anciens. — 22 Strab. XV. i, 13, 17 sqq. — 2;i Senec. Quaest. natur. III, 11. — 2'. Theopbrast. ap. Senec, Quaest. natur. III, 11.

— 2o Plin. XXXI, 30. - 26 strabon l'indique parfois (VII, 7, 8 ; IX, 4, 4). — 27 Ainsi un simple torrent de la Cyréna'npie est qualifié de iJn'ya; t:ot«|jiô;. Cf. Rainaud, Quifi (le natura et fructibus Cyrenaicae Pentapolis antiqua monumcnta cum recenlioribus coltata nobis tradideriiit. p. 51. - 28 strab. XI, 13, 2 ; XI, 14, 8; XII. 5, 4 ; .XII, 6, 1 ; XVI, 2, 42. — 20 Cf. dans ce Dictionnaire l'arlicle AQrAt ; Plin. XXXI; Scnec. Ouaest. nn(m-. III, 2; III. 20; III, 24; III. 25; SIrab. IX. 4, 13; X, 1, 9; XII, 3, 38; XII. 7, 17 ; XIII, 4, 14 ; XIV, I, 36, elc, — M Cf. les textes réunis par II. ISerger,

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géographes anciens étaient d'accord, mais ils n'essayèrent jamais de préciser le rapport d'étendue des terres et des mers. D'autre pari, ils n'admettaient pas tous la théorie classique de la continuité des mers que professaient Homère, Hérodote, Ératoslhène, Cratès de Mallos, Posidonius, Slrahon et les stoïciens. Par réaction contre Kratosthéne, Hipparque cl son école s'élevèrent avec force contn; cetlo doctrine. A l'appui de sa théorie des hassins maritimes, des mers fermées, Hipparque citait le témoignage de Séleucus de Babylone, d'après lequel l'Océan ne présente pas partout les mêmes phénomènes ' . Cette nouvelle doctrine reposait peut-être sur des notions positives mal interprétées. Quelque navigateur avait pu remarquer que les côtes de l'Asie, au lieu de s'étendre au nord, comme le croyait Ératosthène, se dirigent au contraire du côté du midi (Indo-Chine, Malacca) et peuvent ainsi rejoindre le littoral de l'Afrique qui d'abord (pays des Sômalis) s'infléchit nettement à l'est. De même, en prolongeant à l'ouest la côte occidentale de l'Afrique comme semble l'indiquer la direction du rivage jusqu'au cap Bojador, on arrivait facilement à fermer au sud l'océan Atlantique. Cette singulière théorie, peut-être antérieure à Hipparque, fut admise par l'école d'Alexandrie. Après Marin de Tyr, Ptolémée la formula expressément dans sa Géographie. Ce fut, on le comprend, une révolution complète dans le tracé de l'Océan sur les cartes et sur les globes; on ne vit plus le grand fleuve marin entourant la surface terrestre, mais de grands bassins maritimes séparés par des terres inconnues qui gisent au sud et rendent impossible toute communication par mer entre la mer Erythrée et la mer Extérieure.

Les observations des anciens sur les phénomènes océanographiques étaient consignées particulièrement dans les traités relatifs à la géographie maritime : périples, portulans, etc. L'œuvre la plus importante de cette littérature était sans doute le traité de Posidonius, Sur l'Océan , IJspi 'lixEavoù, malheureusement perdu. C'est dans ce livre que Slrabon a puisé la plupart des indications qu'il nous donne sur les mers connues des anciens. Les géographes de l'antiquité avaient déjà quelque notion du relief sous-marin. Ainsi ils divisaient la Méditerranée, la mer Intérieure, en deux bassins -. Par où passait la ligne de partage? Strabon néglige de nous le dire. Strabon du reste, dont les préférences ne vont pas aux recherches purement scientifiques, nous laisse voir clairement que de son temps on ne savait encore rien de précis sur ce sujet'. Ailleurs, on avait cru remarquer une différence de niveau sensible entre la Méditerranée et la mer Rouge, et cette considération empêcha les anciens de creuser un canal direct entre les deux mers*. Straton signalait aussi une dilTérence de même genre entre le fond de la Méditerranée et le fond de l'Océan^. Quant aux évaluations de profondeur, elles étaient natu-

I, i>. li'J ; Senec. Quae&t. nat. praef. ; IMin. Il, G8. Diverses considérations pouvaient justifier cette hypothèse. Les anciens, qui ne paraissent pas avoir accompli lo périple de la spht^re terrestre, trouvèrent toujours la tner devant eux, sans en rencontrer jamais les limites. En outre, comme les physiciens admettaient en général que les astres sont alimentés par les vapeurs de la mer, il fallait nécessairement ipie le domaine de l'Océan fût très vaste. Cf. Slrab. I, 1. 9; Plin. II, 68 ; Maerob. Satura. I. 2;î. — 1 Cf. les textes réunis par Letronne, Discussion lie l'opinion d'Uipparque sur le prolongement de l'Afrique au sud de l'èquateur et sur la jonction de ce continent avec te sud-est de rAsie {Œuvre.*; choisies, édit. Fagnan, 2" série, 1, p. 317-330); II. Berger, III, p. 133-Hl ; Rainan.l. Continent austral, p. lii-lS. — 2 Straton dans Strabon, I, 3, 4. — 3 Strab. I. 3, 1. — » Plin. VI, 33. Il en fut de même, dit-on. pour le canal de Corinlhe (Str&b. 1. 3, m. — (■ Strab. I, 3,4 et 5. — '■ l'iin. II, lOa, — " Id. II. 10.;. — 8 Ari«(. .Weteor.

rellement très incertaines. D'après Fabianus, la profondeur maxima de la mer serait de \"> stades ". Il y aurait cependant dans le Pont-Euxin un abime sans fond". La mer de Sardaigne passait pour être la plus profonde qui eût été sondée*. Or Posidonius lui attribuait une profondeur de 1000 brasses'. D'autre part, les anciens avaient entrevu le phénomène des oscillations lentes du sol, phénomène assez sensible danslaMéditerranée orientale'". Les courants furent l'objet d'observations plus nombreuses et plus précises à cause de leur importance pour la navigation. Dès l'époque homérique l'imagination populaire assimile l'Océan à un grand fleuve dont le courant puissant enveloppe la terre ". En outre, les popuia- I lions helléniques répandues sur les rivages d'une mer I très découpée, semée d'ileset de presqu'îles, avaientaussi remarqué de bonne heure l'irrégularité des courants dans les eM)(/3e« et lesdélroils formés par rupture ou érosion'-. Mais les anciens ne semblent pas, en dehors d'observations purement locales, s'être élevés à la conception des courants généraux. Les courants de ce genre sont d'ailleurs trop faiblement marqués dans la Méditerranée pour que les savants de l'antiquité aient pu les étudier. Les observations relatives aux marées son t beaucoup plus fréquentes. Quand ils furent arrivés au détroit deOadès, les Grecs purent contempler ce phénomène nouveau pour eux '^ Dans la suite ils arrivèrent à connaître la véritable cause des marées qu'ils surent expliquer par l'influence du soleil et de la lune ". D'autre part les Grecs furent naturellement amenés par la configuration de leur propre pays à comprendre la supériorité des rivages découpés qui présentent des ports sur les rivages reclilignes qui n'offrent pas d'abris''. Cet avantage contribue dans une large mesure à assurer la prééminence de l'Europe sur les autres continents et de la Grèce sur les autres parties de l'Europe'". On trouve également chez les anciens la classification des îles" en iles d'origine océanique, sorties de l'Océan et situées au large, et îles d'origine continentale, situées près des côtes et détachées de la terre ferme par quelque accident physique.

Géologie. — Cette classification des iles nous amène naturellement àl'examen de la géologie géographique des anciens. Il ne saurait être question ici de ces spéculations dans lesquelles l'imagination des philosophes aimait à se donner libre carrière. Toutes ces discussions sur l'origine des éléments, sur leurs diverses combinaisons, sur la série des révolutions qui ont modifié la constitution interne de la sphère terrestre ne sont pas du domaine de la géographie. Qu'il nous suffise de remarquer qu'on trouve dans les doctrines de ces anciennes écoles philosophiques les principales tendances des écoles modernes. Neptuniens et plutoniens, partisans des causes anciennes et partisans des causes actuelles opposaient déjà leurs observations et leurs systèmes. Derniers témoins de ces

II, 1. 13; Str.ib. I, 6, 9. — 9Strab.l, 3, 9. — 10 strab. I, 3. 5. Il sera qucsUon plus loin (p. I5i6) de remarques analogues. — " Odyss. .\ll. 1. .Ainsi l'cnteDd Strabon, I. 1, 7. — 1» Strab. I. 3. 7; I, 3, Il ; I, 3. li: VI. i. 3. — U Strab. III, 5. S 019. Rien ne prouve que les textes de ïllia.le ,. XVIII, 399; et de \' Odyssée iXII, 103)citéspar Strabon (I, 1, 7; I, i. 361 se rapportent aui marées de l'Océui. l.os marées de la Méditerranée furent aussi observées par les anciens : marées des Syrtcs (Strab. XVII, 3, ÎO : Plin. V, +1; marées de I Adriatique (Strab. V, t, 5 et 7). — 1^ Plin. Il, 99. C'était, en germe, l'explication développée ensuite par Nenton, Bernouilli, Euler, Laplacc. Posidonius faisait dans ses écrils une larïvplace aux observations de marées. Strab. I, 3. \i: III. 5, S. — 15 Slrab. VH, 5. |8. — f- Id. II. 5, 18; II, 5. i6; VIII. 1. 3. Comme Pline ie remari^uc avec raison, l'Afrique est la |>arlie du piondc qui présente le moins de golfes (V, I). — 17 Slrab. VI, I. «.

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révolutions géologiques, les fossiles ', si répandus dans les régions calcaires de la Méditerranée orientale, avaient attiré l'attention des physiciens de l'antiquité. Les coquillages marins ainsi que d'autres traces laissées par la mer dans les lacs aux eaux saumâtres montrent suffisamment que telle partie de la terre ferme a été jadis occupée par la mer. Aristote, Ératosthène avaient longuement étudié ces phénomènes. Pour Aristote, ces empiétements réciproques de la terre et de la mer causés par le froid et la chaleur doivent se succéder selon un certain ordre et une certaine périodicité, mais leur succession nous échappe parce que ces faits se produisent très lentement. L'intérieur de la terre peut être assimilé à un organisme humain, il a ses périodes de vigueur et de dépérissement-. Ératosthène ^ Posidonius '*, d'autres encore " avaient fait des remarques analogues et entrevu sans aucun doute ces grands phénomènes d'oscillation lente du sol, les bradisismes'^.

Quant aux oscillations brusques du sol, les anciens les rattachaient aux phénomènes volcaniques qu'ils pouvaient observer directement dans les îles de l'Archipel (Théra, etc.), sur le littoral d'Asie Mineure (Lycic, etc.) et en Italie (Campanie, Sicile, îles Lipari, etc.)'. Les géographes de l'antiquité signalent même des volcans sous-marins dont l'action intermittente se manifeste parfois par l'apparition d'iies temporaires dans la mer Egée' et dans la mer de Sicile". L'activité volcanique n'a pas seulement pour effet de faire surgir des îles au scinde lamer; elle peut, dans certains cas, rattacher des îles au continent ou bien s'exercer en sens contraire et, par une dislocation brusque, creuser un détroit'".

Comme les phénomènes volcaniques, les phénomènes séismiques se produisent fréquemment dans les régions orientales de la Méditerranée. Pour ce motif, et en raison des désastres qu'ils causent, ils ont vivement préoccupé l'imagination des anciens. Sénèque consacre tout un livre de ses Questions naturelles, le sixième, à l'étude de ces faits, de leurs causes et de leurs conséquences, ainsi qu'à l'examen des théories diverses dont ils ont été l'objet. Slrabon d'autre part nous apprend qu'il existait dans l'antiquité plusieurs recueils d'observations de ce genre et cite celui de Démétrius de Scepsis comme un des plus complets sur la matière". Un autre écrivain, Démétrius de Callatis, avait dressé le catalogue de tous les tremblements de terre survenus en Grèce '-. Aristote, Strabon, Pline mentionnent aussi avec quelque détail ces grandes catastrophes. Les uns, comme Démocrite, les attribuaient aux eaux souterraines; d'autres, comme Anaximène, au tassement de la terre qui se contracte peu à peu par suite du refroidissement progressif de la masse; d'autres enfin, comme Aristote", y voyaient l'action de gaz intérieurs. La plupart étaient d'accord pour faire une large part à l'influence de la mer. Dans les croyances populaires

1 Xcnopli. dp. llippolyt. Philosoph. XIV (Diels, p. 566) ; Ovid. Melam. XV. 204; Eudox. Cnid. ap. Slrab. XII, 3, 42; Eratostii. ap. Slrab. I, 3, 4; Strab. XVII, 1, 34; Herod. II, H; Terlull. Oe pallia, II; Paus. I, 44, 6 ; Poil. VII, 100.

— 2 Arist. Mcteor. I, 14. — 3 Ap. Strab. I, 3, 4 sqq. ; XVII, 1, 35-36.

— 4 Id. II, 3, 6. — " Slrab. I, 3, 5; Ovid. Metam. .\.V, 293-295. — 0 Nous nous conlentprons d'iiuliquer ici un autre ordre de recherches scientifiques à peine soupçonné par les anciens, riiydro-gfologic souterraine. C'est dans les Questions nalurdlcs de Sc'mèque qu'on trouve le plus de rcnsciRncments sur ce sujet. Sénijque connaît rciistcncc de profondes cavités souterraines avec leurs eaux courantes, leurs étangs, leur faune aveugle, etc. (III, 10, 17 et 19; V, 14-15; VI, 7). L'auteur ne semble pas comprendre le rôle des roches poreuses ou fendillées dans la production des eaux souterraines (III, 7 et 10). — 1 A. .Serbin, Bemerkungen Slrutio's uber don Vul/ainismus... 1893. — 8 Sencc. fjtiaest. naliir.

c'était Poséidon qui agitait la terre et qui arrêtait ces secousses''. L'hypothèse de l'origine aqueuse des tremblements de terre '^ est donc un héritage de l'antiquité.

Orographie. — La science du relief terrestre, l'orographie, est étroitement liée à la connaissance du sous-sol. Cette science, dont les lois essentielles n'ont été formulées qu'au siècle dernier par Buache et de Saussure, paraît avoir tenu peu de place dans les préoccupations des géographes anciens. Cependant Slrabon a le mérite d'avoir nettement marqué une distinction importante, la distinction entre les plateaux (ôio7i£0'.a) et les plaines (TTEoia). Originaire de l'Asie Mineure, le grand géographe avait bien saisi le trait dominant du relief de celte région. Les plaines, surtout celles qui présentent le moins d'ondulations, sont en général d'anciens fonds de mer ou de lac. Ainsi la plaine Ihessalienne formait jadis un vaste lac avant qu'un tremblement de terre eût séparé rOssa et le Pélion, laissant une fissure par laquelle le lac s'est vidé. Mais deux lacs sont restés, témoins du passé "'. De même la plaine d'Arménie était un bassin lacustre avant que Jason eût pratiqué la coupure qui livre passage à r.\raxe ". Quant à la notion de plateaU; on ne la trouve bien définie que dans Strabon. Strabon en effet oppose assez souvent les plateaux (ôço-rTÉoia) aux plaines (Tieoia)'*. Il emploie cette appellation de plateau pour désigner certaines régions de la Sicile, de la Germanie, de l'illyrie, de r.\rménie, de la Lycaonie, de l'Inde, de la Cyrénaïqae ".

Sur les montagnes, les connaissances des anciens étaient encore bien imparfaites. Les géographes de l'antiquité paraissent s'être bornés de parti pris à observer la direction des axes montagneux -" et à évaluer grossièrement l'altitude et l'étendue des principaux massifs. Les campagnes des Grecs dans l'Asie Mineure et l'.\rménie, les fréquentes traversées des Alpes par les armées romaines auraient dû, semble-t-il, développer bien davantage la science de l'orographie. Quelques rares touristes se mettaient en route, plus par amour du paysage que par goût pour la science, limitant d'ailleurs leurs exploits à des ascensions modestes comme celles de l'Etna, du Vésuve, du mont Casius près d'Antioche. Seuls les plus intrépides se risquaient à affronter l'Argée de Cappadoce, ce qui arrivait rarement-'. Plus adonnés en général à l'étude de l'homme qu'à celle de la nature, les anciens ne comprenaient pas la montagne comme les modernes^-. Ils éprouvaient d'ailleurs une crainte religieuse à l'endroit de ces hauts sommets où se forment les orages et où gronde la foudre. Ainsi s'explique l'imperfection des connaissances orographiques chez les anciens. On sait par exemple que les écrivains de l'antiquité avaient singulièrement exagéré la hauteur des Alpes. Au témoignage de Polybe, il faut cinq jours pour faire l'ascension des hauts sommets des Alpes, tandis qu'un seul jour suffit pour atteindre la cime du

11.26. — P strab. VI, 2, H. — lu Pliu. II, S8-(!9 ; II, 90-91. — H Slrab. I, 3, 17.

— 12 Id. I, 3. 20. — i^Meteor. II, 7-8. — ** De là les surnoms typiques donnés au dieu de la mer : évoci/Ouv, evoffiYam;. xivïifft/.Owv, atiixljjlta-t, et aussi : ««çàAto; ou àifaXIuv, Y«"ii»Z'>5 ou Y«ioàx<>;- Cf. Hcrodot. VII, 129. — lu Hypothèse soutenue jiar Ampère, Lyell, Stoppani, Tyndali, Hopkins, etc. — i*"' Herod. VII, 129 ; Strab. IX, 5, 3. — 1- Slrab. XI, 14,13. — 18 I.c mot mémo d'ôpo^îStov ne se trouve, à notre connaissance, que dans Strabon. Il n'y en a pas d'aulre exemple dans le Thésaurus linijnae (jraecae. L'idée est assez bien rendue par Pline 'VI, lr>).

— I» Slrab. VI, 2,6; VII, I, 5; VII, 6, 10; XI, 4, 4; XI, 12, 4; .\II. fi, 1 ; XV, 1, 44 : XVII, 3, 20. Dans ce dernier passage r i S i '- v aévidcmnlcnt le sons de o &<■, r i Sto v.

— '-*> Non sans commettre des erreurs. Ainsi Strabon oriente très mal les Pyrénées.

— 21 Strab. XII, 2,7. — 22 Cf. VT\QA\Ànier,Siltengeschichle Roms, II, g 1 ;li.Schwar7, Die Erschliessunr/ der Gebinjc von der ùtlcslen Zciten bis mif Saussure (1877

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Taygète'; c'était attribuer aux Alpes une hauteur d'au moins 10000 mètres. Les seules mesures hypsométriques à peu près exactes sont dues au Messénien Dicéarque, élève d'Aristote, qui les avait consignées dans un ouvrage spécial sur les Mesures des Montagnes du Pélojionnèse ^ . iJicéarque évaluait à un peu moins de lo stades la hauteur du Cyllène d'Arcadie', et à moins do l'i stades celle de l'Atabyrios dans l'île de Rhodes*. 11 attribuait au l'élion de Thessalie 1230 pas d'élévation perpendiculaire''. Nous ignorons par quel procédé Uicéarque avait obtenu ces estimations. Le même auteur a répandu chez les géographes anciens l'idée d'un axe montagneux ou diaphragme situé à peu près sous la parallèle de l'île de Rhodes et divisant l'Asie en deux parties ''. Marqué à l'ouest par le Taurus, le diaphragme est continué à l'est par les monts de la Bactriane, le Paropamisus, l'Emodus, rimaus, formant pour ainsi dire le l'aile oro-hydrographique de l'Asie. Un autre axe montagneux, également dirigé de l'ouest à l'est, forme comme le rebord des régions septentrionales : c'est la chaîne des monts Rhyphées d'où proviennent les grands fleuves de la Scythie'. Un examen plus prolongé des notions des géographes anciens sur l'orographie montrerait, encore plus clairement que cet aperçu rapide, l'insuffisance de leurs connaissances même sur les montagnes que les anciens avaient le plus pratiquées.

Etude de l'homme: Anthrofologie. — Ethnographie. — Par leur éducation avant tout philosophique et littéraire les anciens étaient amenés à faire une place assez large à la description de l'homme, de ses mœurs, de ses usages, c'est-à-dire à l'ethnographie. Quant à l'étude de l'homme considéré comme être physique, c'est-à-dire à l'anthropologie', il n'en est guère question dans leurs écrits. On peut noter cependant çà et là quelques indications relatives à ce sujet. Si la tradition mythologique des Géants' ne relève guère que de la fantaisie, d'autres notions comme celle des Pygmées de l'Afrique intérieure'" reposent sur des informations en somme assez exactes. Hippocrale, Strabon " mentionnent les déformations artificielles du crâne si fréquentes encore dans l'Asie occidentale. Ailleurs Strabon note les différences de teint produites par l'ardeur du soleil et la sécheresse de l'air'-, llippocrate, Pline abordent plusieurs importants problèmes de géographie médicale ". D'autres écrivains. Ctésias, Mégasthène, Solin, etc., décrivent avec complaisance une grande variété de monstres que l'imagination populaire plaçait aux limites du monde connu, dans les froides régions de la Scythie et dans les solitudes brûlantes de l'Inde et de l'Ethiopie. Cet ample répertoire a été, comme on sait, largement mis à

' Ap. SIrali. IV, 0, 12. — 2 C. Mûllcr, Fragm. hitt. graec. Il, p. 253; Slrah. VIII, 8, 1 i l'Iiii. Il, 05. — 3 Soit 2400-2600 inMrcs, en r(!aliU' 2374. - l Soil 2250-2450 niiîlrcs, en réalil(^ environ 1500. — '> Soit iS50 lurlrea. en rivalité I6iS.

— *> Ce diaphragme est nn des traits essentiels de la carte d'Êratosthène et de Strabon. l'iine y fait encore allusion iV, 27 : VI, 21). Cf. Strab. II. I : .\gathcin. I, 5.

— 7 Cf. pour celte liypotlii*se et d'autres relatives aux connaissances des anciens sur le relief terrestre, Hainau<l, Le Continent austral, p. 4i-49. — * Le mot ne se trouve pas chez les (écrivains anciens. La science anthropologique ne date que do l.inmS bulTon et niunienbacli, c'est-à-dire du xvni" siùcle. — 3 Pline mentionne la diminution de la taille humaine (Vil, IGl. — 10 it\oncc!xax, Uevue hixtorigue, XI.VII (1891), p. 1-64.

— Il Hippocr. De aère, aguis et tocis. xiv : Strab. .\I, tl, S. — 12 XII. 3, 9; XV,

I, 24; XVI, 1, 2. Les monuments figuriîs nous offrent des roprésciilations parfois très exactes du type ui>gro bien di^crit par Posidonius (Slrab. II, 2,3). — 13 Hippocr. passim et surtout, y)e «ère. '/</u/s fi' .'ocis; r'Iin.XXVlI, 120. — ''«Hippocr. De aère, u et sqq. ; xiiE et sciq. ; .\xnr, xxiv ; licrodot. IX, 122: l*lat. Leg. V (édit. Didot,

II, 348); Arist. J'robl. XIV; Polyb. IV, 21 ; Vitruv. VI, 1. On sait quelles conclusions défavorables les Athéniens tiraient lie cette théorie ;i Tendroil île leurs voisins

contribution par les écrivains du moyen âge, qui l'ont enrichi à leur tour de nouvelles fantaisies. Les anciens étaient mieux inspirés quand ils formulaient avec une certaine précision les lois de l'influence du climat sur le caractère physique et moral des différents peuples, llippocrate, Hérodote, Polybe, 'Vitruve'' sont les vrais précurseurs de cette théorie si favorablement accueillie par les modernes. Plusieurs, en exagérant la vérité de cette doctrine, glissaient déjà sur la pente du fatalisme. Strabon, en sa qualité de philosophe sympathique au stoïcisme, proteste avec raison contre ces excès. Pour les hommes comme pour les animaux, dit-il, les qualités ne tiennent pas uniquement à la nature des lieux. En dehors de ces influences, il faut tenir compte de l'exercice, de l'habitude. Strabon d'ailleurs n'entend nullement rejeter la théorie de l'influence du climat, car à plusieurs reprises il la formule nettement, mais, à coté des influences physiques, il admet les causes morales '^.

Comme complément nécessaire de l'histoire, l'ethnographie descriptive était traitée avec soin par les écrivains de l'antiquité. C'était pour eux l'effet d'une préoccupation littéraire. Soucieux d'observer en tous les genres les règles de l'art, ils n'introduisaient pas dans leurs récits une population étrangère sans la faire connaître; avant d'exposer le drame, ils présentaient les acteurs. Fidèles à cette excellente méthode, Hérodote, Éphore, Diodore, César, Tacite, pour ne citer ici que quelques exemples, nous ont transmis d'amples informations sur les peuples mêlés de près ou de loin à l'histoire de la Grèce et de Rome ' °. C'est peut-être par les renseignements de cet ordre que les écrits des anciens intéressent le plus les géographes, car ils marquent une date dans l'histoire de l'évolution des peuples. De plus, ces faits, plus faciles à observer en général que les faits physiques. s'y trouvent souvent notés avec une grande exactitude.

Les anciens ont également entrevu quelques-unes des lois les plus importantes de la démographie. Ils savent que les hommes ont d'abord habité les montagnes avant de coloniser les plaines et les villages''. Hs savent aussi qu'une bonne position sur les bords d'un fleuve, sur un isthme, etc., explique la prospérité d'une ville de commerce, comme d'autres conditions topographiques celle d'une forteresse. Les Grecs n'avaient qu'à observer leur pays de relief et de contour si variés pour comprendre l'importance stratégique et commerciale de ces avantages naturels '*.

Géographie botanique et zoologique. — Après l'élude de l'homme l'élude des plantes et des animaux doit solliciter laltention du géographe. Nous n'avons pas ici à signaler les progrès de la science antique dans ce double

de Béotie. — 1= Slrab. H. 3, 7; II, 5, 26 : III, 3, s ; |||, 5, 1 ; V, ». 7 ; VU, 5, 12 ; IX, 2, 2 ; XI, 7, 1 : XI, 13, 3; XII, 7, 3 ; XIV, 2, 16; XVI, 2, 18 ; XVII, 2, I. Pline (XI, 114) nous permet de voir en Trogue Pompée un pn'-curseur éloigni^ de Lavater.

— IS Parfois les anciens s'élèvent au-dessus des observations de détail. Strabon par exemple se montre à plusieurs reprises préoccupé du soin de distinguer les races d'après la langue, les mœurs, les caractères physiques des populations (I, 2. 31 : 1,2,34; U, 3, 4; IV. 1, I ; IV, 2, I ; V. I, 10; v'ill. 1, 2; XII, 1, 1 et 2, etc.). S'il conserve encore la distinction des peuples en Grecs et Barbares IV, I. 2i. c'est sans doute pour se conformer à l'usage. Il est mieux inspiré quand il oppose les nomades aux agriculteurs (XL 2, 1 : XI, 2. 4; XI, 5. 7 cl S ; XVI. 4, IS. etc.). .Nous trouvons dans llippocrate {Dr aère, aguis et toeis, xix, xxiu. xxiv) une observation singulière. Dans les pays qui n'éprouvent pas de grandes variations de saisons, comme en Scythie, les hommes se ressemblent beaucoup entre eux. C'est l'inverse, ajoute Hippocrale, dans les pays où les variations des saisons sont très grandes. — n Plat. £«9. III (édit. Didot, U, 298 sqq.); Strab. XIII, I, 25.

— IS Slrab. II, 5, 17; IV, 6, H; VIII, 6, 20; XIL 3, Il ; XII, 3, 39; XVII, I, 7; XVII, 1, 13.

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domaine. Le géographe, qui d'ailleurs n'examine que les lois de la répartition des êtres vivants sur la surface du globe, ne trouve pasbeaucoup d'observations importantes ;V ce point de vue dans les écrits des anciens, même dans ceux d'Aristote et de Théophraste. On peut signaler cependant quelques remarques de Strabon sur les zones agricoles de la Gaule ' et sur les dangers du déboisement-. Pline, qui résume les connaissances acquises de son temps, nous a laissé aussi de bonnes observations sur les migrations des oiseaux et des poissons ^ sur le rôle des couleurs protectrices ', sur la localisation extraordinaire de certaines espèces animales, sur le rapport fini existe entre la taille des animaux et le milieu dans ieciuel ils vivent, entre leur fécondité et leur taille ', sur les ravages causés par de petits animaux ennemis de l'homme : serpents, rats, lapins, etc., qui ont dévasté des lies entières et en ont chassé les habitants, etc., etc.'"'.

D'après cet exposé très sommaire de leur géographie scientifique, on voit que certains faits généraux de la science de la terre n'ont pas échappé à l'attention des anciens. Mais les observations de ce genre restèrent isolées; elles étaient d'ailleurs encore trop rares, parfois même trop contradictoires, pour permettre une œuvre de synthèse.

Horizon cÉOGRApmouE des anciens. — Après avoir étudié, principalement dans Strabon, l'horizon scientifique des anciens, nous allons examiner rapidement le développement de leur mappemonde. La carte du monde connu au temps des poèmes homériques servira de point de départ à cette étude '.

La carie homérique. — A cette époque {x-w" s. av. J.-C.) les connaissances positives des Grecs ne dépassent guère les limites de leur propre pays. La Phénicie (Sidon) et l'Asie Mineure à l'est, les îles Ioniennes à l'ouest (Ithaque), la Libye maritime et l'Egypte (Thèbes) au sud, l'Épire, laThrace, la Paphlagonieetlepays des Halizones (région de l'Halys ?) au nord marquent les limites du domaine sur lequel les Hellènes ont des notions géographiques assez exactes*. La Crète représente assez bien le centre de ce domaine. Au delà les indications contenues dans VOdyssée sont très incertaines ; elles proviennent sans doute d'informations transmises par les navigateurs phéniciens et plus ou moins dénaturées par l'imagination du peuple et celle des aèdes. Les Phéniciens sont encore seuls à fréquenter la Méditerranée occidentale et pour sauvegarder leur monopole propagent habilement des légendes comme celle des Cyclopes. Il est possible cependant de discerner dans ces légendes quelques notions exactes sur l'existence des Tyrrhéniens\ des îles Lipari(îles d'Éole), des peuples de Sicile (Sicules), du détroit de Messine (Charybdc et Scylla). Quant à Schérie, l'île des Phéaciens, il est impossible de la fixer sur la carte, tant les indications de VOdijssée sont incohérentes et contradictoires. C'est là sans doute, comme le pays

1 IV, I, 1!. — 2 XIII, 1. es. — 3 IX, 17 H sqq. ; X, 30 ; X, 31; X, 32; X, 33; X, 34, elc. — '• Vlll. 35 ; IX, 46. — :■ IX, i ; X, 83. — 6 Cf. en dcliors des écrits spiJeiaux (J'Avistote. de 'l'hC'Opliraslc et d'Elien, 0. Relier, Scriptores (jraeci minores rerum uaturalium, Tcubner, 1877. — ^ Avant celte t'poque l'Iiisloricn de la géographie grec(juc ne trouve à citer aucun document de quelque importance. I.a U-geude des Argonautes, telle qu'elle nous a été conservée par Apollonius de Rhodes, est de plusieurs siècles postérieure à lage homérique. A l'époque de VOdy:isêe elle est encore peu dévelopiiéc ; elle ne le fut que plus tard, lors de la coloiiisalion hellénique. — " Nous ne (louvons dans ce résumé très rapide indiquer tous les textes des poèmes homériques relatifs à notre sujel. Il sera facile de les retrouver avec l'index d'une bonne édition. — 0 Hymn. ad Bacch. S. — 10 Oïlys'i. I. JS-i'i. Crntès de Mallos expli()uait oe passage par

des Lestrygons el celui des Cimmériens, une de ces îles légendaires que l'imagination des peuples a semées d'abord dans la Méditerranée, ensuite dans l'Océan. Au sud de la Méditerranée les Lotophages occupent la côte de la Syrte, les Ethiopiens sont répandus à l'est el à l'ouest'" et plus loin, sans doute dans l'intérieur, habitent les Pygmées ". A l'est, du enté du .jour, en arrière de la Phénicie, se trouvent les Érembes'-, les Arimes ", les Solymes'', les Amazones. C'est aussi à l'est, non à l'ouest Comme le font la plupart des commentateurs, qu'il faut placer Aea, l'île de Circé'^ Au nord ou au nord-ouest les poèmes homériques mentionnent les Cimmériens.

Tous ces peuples sont répandus sur la surface du disque terrestre, de toute part entouré par le lleuve Océan : conception primitive toujours populaire dans l'antiquité.

Telle est, esquissée dans ses grandes lignes, la mappemonde homérique. La valeur géographique de ces données était déjà l'objet de vives discussions chez les anciens ; l'insistance même que met Strabon à défendre Homère comme géographe le prouve suffisamment. Ainsi Ératosthène ne voulait voir dans Homère que le poète, qui cherche toujours à amuser, jamais à instruire. Hipparquc, au contraire, considérait le grand poète comme le fondateur de la science géographique. Strabon partage cet avis. Homère est pour lui un philosophe. Si comme poète il n'a pas dédaigné la fable, il a su malgré tout faire dans ses narrations une part très grande à la vérité. La vérité est le fond sur lequel il bâtit; la fable n'est qu'un ornement accessoire. En conséquence Strabon examine avec le plus grand soin les notions géographiques contenues dans l'/Z/'of/f et VOdyssér et les interprète naturellement dans le sens le plus favorable à l'érudition et à la science du poète "'. Plus sévère dans sa méthode, la critique moderne a relevé dans la topographie de VOdyssée un certain nombre d'incohérences et de contradictions manifestes '■ qui s'expliquent suffisamment par le mode de composition de l'ouvrage.

Ainsi aux x-ix= siècles av. J.-C. l'horizon géographique des Grecs ne dépasse guère les limites de la Méditerranée orientale. Dans la suite d'aventureuses navigations favorisées par les vents ou les courants, quelques grands voyages d'exploration commerciale, le développement de la colonisation hellénique, et surtout les guerres et les conquêtes des Grecs dans l'Asie, des Romains en Europe, en Asie et en Afrique, ont singulièrement agrandi, comme nous allons le voir, à l'ouest, au nord, à l'est, au sud, le domaine du monde connu des anciens.

Développement de la mappemonde. — i" A l'ouest. — A l'ouest, — car suivant la méthode de Strabon, de Pline et de Ptolémée, nous commençons par l'ouest cette revue de l'horizon géographique des anciens, — les Grecs ne semblent pas avoir acquis beaucoup de notions nouvelles avant le v' siècle. Les Phéniciens et les Cartha-

la théorie de l'Antichtlionc, théorie sans nul cloute élran^èro a l'autour de l'Odysttéi'. e.L Rainaud, Le Continent austral, p. -3. — 1' Iliad. III. U. I.e texte [uenlionne les Pygmées sans fixer leur position. — •- Arabes'? Certains commentateurs ont cru y roconnaitrc les Blemmyes ! 'l^oî^f>oi (Ody.iS. IV, 8tJ.

— '^ C'est une transcription du nom indigène do la Syrie. Aram. "A^i^loi iltiad. Il, 783). — !'• llierosolyma (Jérusalem) semble avoir conservé le nom do co peuple syrien? Eri)iunoi {11. VI, 184; VI, 204; Odyss. V. -283). — is Odysa. XII, 3-4.

— !'► Strab. \. passim. La plus faraude partie du premier livre est consacrée à la défense dllomoro connue géographo, Cf. Dubois. E.camen de la Géographie de Strabon, p. ICI sqq. — H 1'. 'l'aunery, Ann. Fac. Leil. Bordeaux. 1887, p. 24 sqq. Nous croyons comme M. Tanncry {';;). cit., p. 35) qu'il e>^l impossible de dresser une mappemonde suivant Homère.

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ginois connaissent seuls les régions extrêmes de la Méditerranée occidentale et les abords de TAllantique qu'ils exploitent avec un soin jaloux. Leurs mipona ou comptoirs sont naturellement fermés aux marchands des autres nations. On trouve bien çà et là dans les poèmes d'Hésiode quelques mentions des peuples riverains de la Méditerranée occidentale, mais ces indications sont des plus incertain(^s. Hécatée de Milet (vers oOO av. J.-C.) est le premier parmi les (jrecs qui ait quelque notion exacte des pays situés au delà des Colonnes d'Hercule. Les fragments conservés par Etienne de Byzance nous montrent qu'Hécaté(! avait donné une description assez détaillée de la Libye'. Hécatée cite aussi des villes dans l'Ibérie, la Celtique et le pays des Ligyens-. A cette époque les (irecs avaient déjà pratiqué le détroit des Colonnes d'Hercule. Le premier d'entre eux qui ait franchi ce passage, alors plus étroit et moins profond qu'il ne l'est aujourd'hui ', est Colaeus de Samos^ "Vers l'an 6i0 av. J.-C, Colaeus, pilote d'un navire samien qui faisait voile vers l'Egypte, fut poussé par les vents d'est jusque dans le redoutable détroit et parvint ainsi au riche comptoir de Tartessos, le grand entrepôt du commerce phénicien et carthaginois dans l'Occident. Les Grecs furent par ce fait mis en contact avec des peuples qu'ils ignoraient jus(|ue-là. Bientôt même ils eurent quelque notion des côtes atlantiques de la Maurétanie. Hérodote connaît déjà le promontoire Soloeis ' (cap Cantin?) : information qu'il doit sans doute au Périple d'Hannon. Ce périple décrit encore une partie notable de la côte occupée par des colonies liby-phéniciennes depuis le détroit jusqu'au cap Noun. Quant à l'intérieur de la Maurétanie, il ne fut connu que beaucoup plus tard, lors de la création des voies romaines % après l'expédition célèbre de Suetonius Paulinus dans les hautes régions de l'Atlas ''.

Bien que les Phéniciens et les Carthaginois tissent tous leurs efforts pour cacher le secret de leurs navigations', il était impossible cependant que les Grecs n'en eussent quelque connaissance. Ces vagues indices de terres et de mers inconnues furent exploités par l'imagination populaire et donnèrent lieu de croire à l'existence de vastes terres situées à l'ouest des Colonnes d'Hercule, dans la mer Atlantique '. Une de ces terres, V Atlantide de Platon'", était une île plus grande que la Libye et l'Asie réunies, voisine d'autres iles, prospère et puissante jusqu'à la catastrophe terrible qui l'anéantit en une seule nuit. Elle était située à l'ouest du détroil de Gadès; c'est la seule indication positive que nous ait laissée Platon au sujet de l'Atlantide ; le reste ne relève plus de la géographie, mais de l'imagination et de la fantaisie". Quoi qu'il en soit, cette légende prouve au moins l'existence chez les anciens d'une tradition relative à de vastes terres dans la direction de l'ouest, au delà des limites du inonde connu. C'est de celte

manière qu'on peut interpréter d'autres mythes analogues, le mythe de la Méropide conservé par Théopompe '■ et le mythe du Continent Cronieu rapporté |)ar Plutarque''. C'est également à l'ouest, dansées paragosencore inexplorés, qu'Homère plaçaitles Champs Elysées, Eschyle le pays des Gorgones, Hésiode et Pindare le séjour des « Héros ». Les géographes et les savants eux-mêmes déclaraient qu'il peut exister des terres dans l'Océan occidental ' •. Sénèque enfin exprimait dans des vers souvent cités le même pressentiment'".

Quant aux notions positives sur l'Atlantique, elles étaient encore bien imparfaites. En dehors des c<'ites de la Lusitanie et de la Maurétanie les anciens ne connaissaient guère que les iles Fortunées 'Canaries . Ces iles sont mentionnées pour la première fois d'une manière précise par les écrivains de l'époque romaine, Strabon, Mêla, Pline"', .luba le jeune fit à ce sujet une enquête dont Pline a consigné les résultats. Ptolémée enfin résume tout ce que savaient les anciens de cet archipel situé à l'extrémité occidentale du monde '^ Au delà, les géographes ne connaissaient plus de terres, mais ils avaient quoique notion de l'aspect de l'Océan dans ces lointains parages. Ils connaissaient les lirumessi épaisses de la côte occidentale de l'Afrique " et les bancs de sargasses'\ Qu'on ajoute à ces dangers réels d'autres circonstances défavorables exagérées par l'imagination des marins: calme des vents, faible profondeur de la mer, violence des marées, rapidité des courants, etc. '°, et l'on comprendra que les anciens aient jugé l'Océan innavigable au delà des Colonnes d'Hercule-'. Les marchands phéniciens, carthaginois, gaditains qui seuls auraient pu dissiper ces préjugés, les entretenaient avec soin pour sauvegarder autant que possible leur monopole. Xu xV siècle seulement, après de longues et périlleuses tentatives, les Portugais parvinrent à saflranchir de ces imaginations et de ces terreurs. Les anciens ne pouvaient donc connaître l'extension véritable de l'AHanlique dans la direction de l'ouest. Les uns, le plus grand nombre sans doute, attribuaient à cet Océan une très grande largeur, car ils ne refusaient pas d'admettre qu'il pouvait exister de vastes terres au milieu des Ilots de l'Atlantique ; d'autres au contraire réduisaient de beaucoup l'étendue assignée à l'Océan occidental, .\insi Aristote avait répandu l'idée qu'une navigation de quelques jours suffirait pour atteindre des ports de l'Ibérie les extrémités orientales de l'Asie --. L'existence d'éléphants dans l'Inde et dans l'Afrique occidentale lui paraissait être un fait suffisant pour justifier celle audacieuse conjecture. L'hypothèse d'Aristote fut propagée par ses nombreux commentateurs qui la firent pénétrer dans les encyclopédies du moyen âge et stimulèrent ainsi le zèle et les espérances de Christophe Colomb -\

-1° Au nord. — Du côté du nord le développement des connaissances géographiques fut d'abord très lent.

1 l'ragm. hi$t. graec. de Muller, I, p. 23-23. — - Ibiil. 1, p. 1-2. - 3 Cf. Tissol, Hecherches sur la gfhgraphie comparée de ta Maurétanie Tingitane, dans .Mémoires présentés par divers savants à l'Acad. des Inacr. i" scrie, IX. !39 sqq.

— i Herodol. IV, 132. — 5 id. 11, 32: IV, 43. — 6 Tissol. Op- cit. cl carte.

— ^ Plin. V, 1. — 8 Strab. Ill, 5, 11. — î> Le nom se trouve dtîjà dans iU^rodote. 1, 202. — 10 Plat. Tim. (!dit. Bihl. gr. Didot, H, p. 202 ; Cril. ibid. Il, p. 231-252 ; rlularcli. Sol. 26 et sqq. — It Cf. pour les diverses identifirations de IWlIantidc (Scandinavie, Spilzberg. Sahara, l'alestiue, Perse, An)êri(|ue, elc.) GatTarel, Ktude sur les rapports de l'Amérlifue et de l'ancien continent avant C\ Coloinh, p. 3 sqq.

— li Aeliaii. Uisl. Var. [Il, 18. — 13 De facie in orbe lunae. XXVl. Cf. CalTarel. op. cit. p. 63 sqq. — '• l'seud. Arist. De ntundo. III; liratoslh. dans Slrab. I,

3. 2; Slrab. I, 4. 6. — '-< .Medea, U, 373 sqq. — "> Pline a puisé dans Statius Sebosus, qui tenait ces rensciguemeals de navigateurs gadilaios (VI, 37 t. — 17 Ptol.

1. 12, Il ; 1, U, 9; VII, 5. 14; Vlli, 15, 10 ; VIII. 27, 12. — 1* Kralostb. a|.. Slrab. XVII, 3, 8; Avieil. Or. maril. 387-3S9. — ''•' Scjl. Peripl. % 112: Tlieophr. Uist. plant. IV, II, *: IV, 7, 1; Pseud. Arist. De mirab. auscull. 136; Slrab. 111.

2. 7 ; l.ucian. UiU. rer. Il, ii : Avien. Dr. mar. 122 sqq. : 408. — 20 Cf. leites dans Hainaud, Continent austral, p. 32-33. — 21 ,\escb. Prometli. -S9 el sqq.: Pind. Otymp. III. 44-43; Huripid. Hippol. 741 et sqq. : Senee. Suasor. I: Suid. (. r. icAMT». — 3S De Cael. Il, 14, 13 : Meteor. Il, 5, 14. Cf. Senec. Quaesl. natiir. I. pr.aef. II. — 23 cli. Jourdain, De l'inffuence d^Arislote et de ses interprètes snr la découverte du .Xouveau Monde. 1S61, p. Usijq.

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Entre l'époque d'Homère et celle d'Hécatée et d'Hérodote on ne constate presque aucun progrès. Durant ces cinq siècles la colonisation grecque s'étend rapidement sur tous les rivages de la Méditerranée, mais sans dépasser au nord le Pont-Euxin. Il devait cependant de ce fait résulter quelque accroissement des connaissances géographiques sur les pays du Nord. Grâce à leurs colonies de l'Euxin, les Grecs obtinrent en efTet quelques notions précises sur la région Maeotide, sur le pays des Cimmériens et des Scythes, sur le cours de l'Ister (Danube). Ces informations nouvelles ont été recueillies par Hécatée de Milet et surtout par Hérodote. Ainsi Hérodote connaît le Danube et plusieurs de ses affluents de droite ; il connaît aussi les principaux fleuves de la Scythie. 11 sait déjà, ou il suppose théoriquement, que la Caspienne est une mer fermée'. Au delà, dans la direction du nord, il ne trouve à mentionner que des monstres ou des peuples légendaires comme les Hyperboréens -.

L'Europe du nord-ouest, encore ignorée d'Hérodote, fut révélée aux Grecs par les voyages de Pylhéas. Cet audacieux voyageur, si mal traité par Strabon qui ne manque aucune occasion de le déclarer charlatan et menteur-', n'en a pas moins rendu de réels services à la géographie '. Envoyé dans les régions du Nord par les négociants massaliotes pour y aller chercher l'étain et l'ambre jusque-là exploités seulement par les Phéniciens et les Carthaginois, Pythéas fut assez heureux pour suivre dans l'Océan les traces d'Himilcon. Il découvrit ainsi la Grande-Bretagne, la mer du Nord et s'avança jusqu'aux Orcades par 61° de latitude nord environ. S'il parle de Thulé, c'est d'après des informations fournies par les Bretons. Au delà de cette île mystérieuse (Islande ?) s'étend une mer glacée, la merHyperboréenne, Scythique, Gelée, Glaciale des écrivains anciens ', celte mer engourdie par le froid, aux eaux épaisses et dormantes, alourdies par les glaces polaires et enveloppées de brumes redoutables. Si à part quelques exagérations cette description est en général assez exacte, le mérite en revient en grande partie à Pythéas qui a fourni à la plupart des géographes anciens leurs informations sur ces lointains parages. Sans doute Himilcon " avait frayé la voie au navigateur marseillais et l'avait précédé sur la route d'Albion. Mais le capitaine carthaginois ne paraît pas s'être avancé aussi loin dans le nord <jue son successeur. De plus, tandis que les découvertes d'Himilcon, tenues secrètes par les Carthaginois, n'exercèrent aucune influence sur le progrès de la science, celles de Pylhéas modifièrent notablement plusieurs théories, en particulier la théorie des zones. C'est sur la foi de Pythéas qu'Ératosthène étendit jusqu'au cercle polaire les limites de la terre habitable '.

Les Carthaginois et les Grecs avaient été amenés par le commerce sur les côtes de la (irande-Bretagne, les

1 Herod. I, 202, "203. — 2 |d. IV, 13 ; IV, 3i sqq. ; 111, 116 ; IV, 23. — 3 Strali. II, 4, I ; II, S, 8 ; III, 4, 4, etc. — '* Cf. sur Pvllié-as H. Berger, Op. cil. vol. III; MmieiiliolT, Deutsche Allerllmmskunik, I, i>. 2'i9-4!)7; G. Ilcrgl, Die Nordlnndfnhrt îles Pi/tkeas^ 1803. — t' Les Scyllies r.iiipelaicnt mer Amalchienne, c'est-à-dire nier « Gelée », les Cimbros Morimaruse^ mot qui aurait daus leur langue la môme signilicatioil (l'Iiu. IV, 27). Les écrivains grecs et romaius emploient des désignations de même sens : ttôvto; nï;:/.y-.';, tîîawyo; ^ïitîïitôç, TtticïiYwi'a OiV.'A—a, Oceanus glacialis, mare congelatum, mare concretum, marc pigrum, marc mortuum, marc Crouium (de l'irlandais CJ'oïn^ gelé). Cf. Forbiger, Op. cit, II, ]). 1-3. — 6 Le voyage d'Himilcon ne nous est connu que par quelques mots de riiue(II, 67) et quelques vers d'Avicuus (6/ra maril. 118, 380 et sqq.; tl2). — "î Stral). 1,4,4. — * Le nom d'Albion, '.\"/.o-j?mv se trouve cher, les anciens : Plin. IV, 30; Pscud. Arist. De viundo, Ht. L'Irlande porte les noms d'Icrne, 'It'fv/.

Romains furent amenés par la guerre sur les rivages de la Germanie. Ceux-là n'avaient fait qu'indiquer d'une manière très vague les contours de quelques terres de l'Europe septentrionale, ceux-ci précisèrent ces indications et en augmentèrent le nombre. Pou-r apprécier l'importance de ces nouvelles acquisitions, il suffit de comparer' la carte d'Ératosthène et celle de Ptoléméc. La première ne présente que le tracé encore informe des côtes septentrionales de la Gaule, d'Albion ', de l'Hibernie, de Thulé ; la seconde, beaucoup plus complète et beaucoup moins inexacte, indique assez bien la position des îles Britanniques et des mers voisines jusqu'à la Scandinavie. En outre, tandis que la carte d'Ératosthène est à peu près vide de noms de peuples et de lieux, la carte de Ptolémée nous présente une abondante nomenclature. Cet accroissement si sensible de la mappemonde est un résultat direct des conquêtes de Rome \ Pendant plusieurs années César a sillonné la Gaule et s'est trouvé en contact prolongé avec plusieurs peuples riverains de la Manche et de la mer du Nord. A deux reprises il a pénétré dans la Bretagne, région peu connue des Gaulois eux-mêmes. La conquête géographique de cette terre, commencée par César, continuée par Claude, futachevée parAgricola*", qui soumit l'Hibernie (Irlande) et exécuta le premier périple de la grande île.

La Germanie était en même temps ouverte aux armées romaines. Depuis César, Romains et Germains se trouvaient en présence entre le Rhin et l'Elbe. Drusus, Tibère, Germanicus s'enfoncèrent dans les épaisses forêts de la Germanie occidentale. Domitius Ahenobarbus franchit même la barrière de l'Elbe. Strabon, Pline ", Tacite nous ont transmis les informations géographiques qui résultèrent de ces longues guerres. Plus loin, à l'est, les marchands venaient encore par la roule de la Vistule chercher l'ambre précieux sur les côtes de la Baltique. Cet antique commerce, pratiqué par les Phéniciens et les Grecs, fut également exploité à l'époque romaine, comme le prouvent suffisamment les monnaies impériales trouvées dans le sol des provinces Baltiques. Restait à explorer la péninsule Scandinave. Ni les Phéniciens'- ni les Grecs ne paraissent avoir eu connaissance de cette région. La Basilia de Pythéas, la Baltia de Xénophon de Lampsaque'^ cette île immense située à trois jours de navigation de la côte de Scythie, est encore une terre à moitié légendaire. Pline '■ et Ptolémée'-' ont à ce sujet quelques notions plus exactes, grâce à la conquête de la (jermanie par les armées romaines. Au delà du pays des Suiones, habitants de la Scandinavie, s'étend une mer"^, une de ces mers boréales qui inspiraient aux anciens une vive terreur, peutêtre parsemée d'îles remplies de monstres''. 11 s'y trouve aussi peut-être une vaste terre inconnue, symétrique de cette terre australe <]ui ferme au sud la mer Krythrée ".

(l'seud. Arist. De mundo, 111 : Strab. passim). Le rseudo-Aristote {De inundo, III) ut Strabon {passitn) emploient aussi la dénomination de ÏIjtTavixaî vtîir'.i. — 3 Polyb. 111, SCI; Slrab. I, i, i ; Plin. IV, 28, 29, 30; Tacil. Germait, i. — '» Agricola prouva que la Bretagne était une île et non le commencement d'un vaste continent (Tacil. Aijrie. X ; Dio Cassius, XXXIX, 50). — H L'ou\ragc de l'Iino sui- les guerres de Germanie (Plin. Epist. III, î») est mallieui-cuscnient perdu. — 12 L'Iijpotbéso de M. Svcn ^i!sson sur l'existence de colonies sémitiques dans la Scandinavie, Habitants primil. de la Scandin. (trad. franc, p. 311), nous paraît entièrement gratuite. — » Plin. IV, 27. — H Plin. IV, 27; VIII, 16. Il mentionne (IV, 30) l'île .^candiu (Scandinavie) et les îles Benjos et Xerigon dont les noms sDUtà rapproclier de ceux de Bergen et do Norwége. — lîJ Ptol. II, 1 1 , 33 ; Vlll, 0, 4 ; -- I» Tacit. Germaii. xi.v. Cf. Plin. Il, f.7. — " Plin. VII, i. — I» Ptol. V, 0. I. VI, 14, 1 ; VI, la, I; VI, 10, I : VII. o, .; : VIII, 10, i ; VIII, 18, 2; VIII, 23, 2.

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