‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments (volume 5)Chapitre 73 sur 104 · JEO · texte numérisé non relu

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3° A l'est. — Comme du côlô du nord, li; proférés des connaissances géographiques à Test fut principalement le résultat d'expéditions militaires. Les armées des Perses, des (îrecs, des Romains ouvrirent aux explorateurs les routes de l'Asie.

Chez les Perses l'organisation des satrapif^s, la création des routes postales ' permettent de supposer l'existence d'une statistique générale de l'empire. D'autre ])art les souverains se montrèrent soucieux de connaître les diverses ressources de leur vaste domaine. C'est ainsi que Darius lit exécuter, vers l'an oOO av. J.-C, sur les limites orientales de son empire plusieurs voyages de reconnaissance par des Grecs de rionie. L'un de ces Grecs, Scylax de Caryanda, écrivit une relation de son voyage par mer du golfe .arabique à rindus, relation que ses compalriulrs llécatée de Milet, Hérodote d'Halicarnasse, durent mettre largement à prolit-. C'est aussi à des documents officiels ^ qu'Hérodote a dû emprunter ses détails si inti'Tessanls sur la division en satrapies et sa revue si complète des peupl(!S asiatiques enrôlés dans l'armée de Xerxès '.

Plus tard l'expédition aventureuse des Dix Mille" à travers r.'\sie Mineure permit aux Grecs de préciser leurs connaissances géographiques sur ce vaste territoire. Partis de Sardes, les Grecs à la solde de Cyrus se dirigèrent sur l'Euphrate par la Phrygie, le Taurus, franchirent l'Luphrate à Thapsaquc et s'avancèrent au sudest jusqu'à Cunaxa près de Babylone. Le retour s'opéra par la vallée du Tigre, les hauts plateaux de l'Arménie et les montagnes du Pont. Dans ce long voyage de plus de six mille kilomètres les Grecs avaient pu se familiariser avec tous les phénomènes des formations de plateaux et de montagnes. Au point de vue scientifique et au point de vue politique la campagne des Dix Mille prépara la campagne d'Alexandre.

L'expédition d'Alexandre fut encore plus fructueuse pour la science géographique. Le héros macédonien parcourut ° en effet l'empire perse dans toute son étendue, depuis l'oasis d'Ammon jusqu'aux limites de l'Inde; il en franchit même les frontières et s'avança au nord jusque dans le voisinage de l'Iaxarte (Syr-Dariai, à l'est jusqu'à rilyi)hase, affluent de gauche de l'indus. Cette merveilleuse conquête ouvrait aux sciences naturelles et à la géographie un monde presque entièrement nouveau : l'Asie Centrale et l'Inde. Les pluies d'été des plaines de l'Hindoustan, les grands fleuves de celte portion de la zone torridc, les neiges de l'Hindou-Kousch, les déserts de la Gédrosie, etc., offraient aux savants de nouveaux horizons. Dès lors un premier essai de synthèse devenait possible à l'aide de ces observations nouvelles. Quanta la méthode, Aristote l'avait fixée.

L'Iaxarte (Syr-Daria), l'indus (Sindh) et l'Hyphase (Vyàsa,Vipâçà, Beyas)marquentalors les frontières orien-

I lliicul. Ul, S9-a7 ; V, 5i-33. — 2 Surtout pour l'Inde. Ilc'caléc ilc Milet. Kscliylo connaissoiit ainsi les Iiidi. Hérodote (IV, H) nienlionnc le vojage dcScjlax.

— 3 Cf. Ileroil. 111, 89-97; Vil, 61-90, avec les inscriptions cunéiformes du Hamadan et de Bisoutoua qui sont des documents ofliciels. — '» llorod. III, 89-97; VU, 61-96.

— 5 Robiou, llinérairc des Dix .Ville. 1S73 {Hiljl. Ecol. Hautes ICtudes, n« 14) résume les travaux faits sur le terrain par les officiers anglais. — B II y avait dans l'armée macédonienne des géomètres ou bêmatistes. liinc, VI, il, cilo i>anni eux Diognète et Uaclon et leur emprunte des indications de distance (VI, 17). Atliénéc (X, § 59) donne le titre de leur recueil ; i^TaO;*!,! Tf;; *.\>.i;àvSj',i. î:ofi:'a;. C'est prolial»leinent lo mémo ouvrage que les i^Ta^ixo; 'Atji'xTix'.i tpie cite Stralion d'après Kratostliéuc (XV, 1.11; XV, 2, 8). Il sera question plus loin de la littérature géographique des anciens relative à l'Hindoustan. — 7 I-;ratosUi. ap. Strab. II, 1,

— sqq. Les Grecs continuaient cependant à fréquenter l'Indo. Mégaslliéne et d'antres

taies du monde connu des anciens. .\u delà de ces limites les notions recueillies par les Grecs sont encore bien incertaines et souvent bien inexactes. Ainsi Éraloslhène place très mal le Gange qu'il relève au nord jusqu'à la latitude d'Alexandrie. II attribue à l'Inde une fausse direction, la relevant également au nord", sans doute pour l'éloigner le plus possible de la zone lorride réputée inhabitable. La persistance de cette erreur chez les anciens" montre suffisamment que le tracé de l'Inde fut en quelque sorte fixé dans ses principales lignes par l'expédition d'Alexandre. Au ii" siècle ap. J.-C. Arrien s'en tient encore au témoignage de Néarque <;t de ses contemporains. Au nord de l'Inde un puissant rempart de montagnes, le diaphragme de Dicéarque', s'étendait de l'ouest à l'est, depuis les rivages de la Méditerranée jusqu'aux bords de l'océan Oriental. Celte longue chaîne, désignée sous diverses appellations, Taurus d'Asie Mineure, Paropamisus l'au nord de PAIghanistan), Emodus au nord de l'indus , Imaiis (au nord du Gange), n'a jamais été explorée par les anciens dans sa partie orientale. Mais les Macédoniens avaient aperçu l'Himalaya, et l'abondance des grands fleuves de l'Inde leur fit supposer l'existence à l'est d'autres renflements montagneux de grande importance. En outre, les indigènes de la haute vallée de l'indus, que suivant son habitude Alexandre dut interroger, fournirent sans doute aux Grecs quelques informations à ce sujet. .\u nord du diaphragme montagneux de l'.Vsie les anciens connaissaient l'Hyrcanie, la Bactriane et la Sogdiane entre le Paropamise et l'Iaxarte. Plus loin, à Iravers les vastes plaines de l'Asie Septentrionale, errent des tribus nomades de Scythes encore barbares'", qui s'étendent jusqu'à la mer Glaciale. Ératosthène, Slrabon, Mêla, Pline, la plupart des géographes anciens terminent en effet l'Europe et l'.Vsie à la mer Boréale. Ptolémée au contraire, qui limite partout les continents par des terres inconnues, place au nord et à l'est de la région des Scythes une terre inexplorée".

A l'Extrême Orient les écrivains anciens de l'époque d'.\ugusle '- mentionnent le peuple industrieux et pacifique des Sères" entre l'Oxus et la mer Orientale''". Un texte de Strabon '' nous autorise à penser que cette notion est un résultat des conquêtes des rois de Bactriane. Plus tard, le développement continu du commerce gréco-romain, l'envoi d'ambassades chinoises à Rome et d'ambassades romaines en Chine "^, furent des circonstances très favorables au progrès de la géographie. Ptolémée, qui écrit sous les .\ntonins, connaît beaucoup mieux les Sères que les écrivains du siècle précédent, .\insi il indique avec des détails suffisants l'itinéraire des marchands romains qui se rendaient par terre au pays de Sères ''^. Les caravanes se formaient à Hiérapolis et de là gagnaient la Bacenvoyés des SéIcncides pénétraient dans la vallée du Gange. — * Strabon. rtolémé«, Ole. — 0 strab. H, 1 ; Pliu. V, 27; VI. i\ ; .\galliem. I. ô. — 10 plol. VI, 14; VI. 13. — Il VI. Il, 1 ; VI, 13, I ; VI. 16, I ; VIII, 23, i; VIII, ri, 2, — ii Virg. Geori]. Il, 121 ; llorat. Ciii-m. I, 12,53-34; III, 29, 27; IV, 15.23. Horus^lV, 12' mentionne une ambassade des Séres à Auguste Strabou esl le premier géographe qui parle des Sères (XV, 1, 34 ; XV, 1, 37; XI, 1 1, 1). — '3 Ainsi nommés sans doute du nom chinois de la soie, sse. — H Occaluis Eous (Plin. VI, 11), mare Eoum (Pliu. \, 30), -:; 'Kr.ov i:i'i«ïi; (Agatlicm. passini.V — li XI, 11, I. — l» Cf. Rainaud, Jietations poUliques et commerciales de l'empire romain avec l'Asie Orientale. 1S63. Les documents chinois conrirnieul ou coniitlélent souvent les documents occidentaux. — 17 H emprunta ces informations .i ,^la^iu de Tyr qui lui-m^me les tenait d'un marchand, Titianus, dont les commis avaient fait plusieurs fois le vovage (l'tol. I, 11).

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Iriane en faisant route au sud de la mer Caspienne. A Bacires les caravanes venues de l'Occident s'arrêtaient quelque temps jusqu'à l'arrivée des caravanes parties de l'Inde. Puis les marchands se dirigeaient sur riaxarte et gagnaient le poste de la Tour de Pierre (.V'O'.vo; nOpY^;)- A partir de ce point (Taschkent?) les indications de Ptolémée cessent d'être précises et par malheur les documents chinois ne semblent pas combler cette lacune '. Quant à la longueur totale de la route, Marin l'évaluait à 62 180 stades, dont 26 280 de l'Euphrate à la Tour de Pierre et 3G200 de ce point à Sera, capitale des Sères ^ Ptolémée croit devoir réduire ces chiffres à cause des détours et des sinuosités des routes, et aussi à cause des exagérations habituelles aux marchands; il les réduit d'un tiers environ et évalue la distance à 42100 stades''. Il arrive à un résultat semblable en additionnant les distances par mer de rinde a Cattigara '. Une autre route conduisait par terre de l'Inde à Sera par Palimbolhra, mais Ptolémée ° ne nous donne sur cette route aucun renseignement.

Au sud du pays des Sères ou des Sines, car les deux mots nous paraissent synonymes ", les Romains du 11' siècle ont quelque notion de l'Inde transgangétique (Indo-Chine), de la presqu'île Ckryse (Malacca) et des grands fleuves indo-chinois. Ils savent qu'à l'est de cette péninsule s'étend un vaste golfe (mer de Chine) limité au sud par des îles', l'île du Bon Géme ou d'Agathodaemon (Sumatra ?), les cinq îles Barussac (petites îles voisines de la côte occidentale de Sumatra'?!, Jabadhi^ (Java?) et les trois îles des Satyres (Bali, Madura, Lombok?). Ces régions lointaines de rinsulinde ont élérévélées parle commerce maritime. Cattigara'', le grand port des Chinois, est fréquenté à cette époque par les navires venus de l'Occident, et il y a un courant d'échanges continu entre l'Occident et l'Extrême Orient. Rome reçoit la soie '", marchandise précieuse qu'elle paye parfois au poids de l'or ; la Chine s'enrichit du numéraire qu'elle tire de l'Occident, car elle exporte sans rien importer. Les principales routes du commerce de la soie sont alors les deux routes de terre par le Turkestan et l'Inde et la route de mer par l'océan Indien. Les conquérants n'avaient guère dépassé l'indus, les marchands s'avancèrent plus loin, Jusque dans les mers de Chine.

4° Au sud. — Au sud, l'horizon géographique des (irecs fut longtemps bien limité. Longtemps les Phéniciens et les Arabes exploitèrent seuls les côtes de l'Afrique. Avant Hérodote les Grecs ne connaissent encore que le littoral africain de la Méditerranée et n'ont aucune notion précise sur l'intérieur du continent noir. Mais au v' siècle av. J.-C. l'omvre d'Hérodote marque un progrès réel dans les connaissances géographiques des anciens. Le littoral de l'Afrique du Nord depuis le Nil jusqu'au détroit dé Gadès, l'Egypte avec sa riche vallée fluviale et ses oasis y sont décrits avec une

1 Raiiiaud, Op. c . , p, 194 sqq. — 2 Marin, ap. Plol. I, II. — 3 l'iol. I, lî. — 4 Id. 1, 13. — '■• M. I, 17. — e PioUtt^f.c dislinRue les Sères cl les Sines; il place la S^riquc au nord du pays des Sinao fVl, le ; Vil, 3). Il n'y a pas d'autre exemple de cette distinction chez les écrivains anciens. L'appellation de Thinac. Tsinae, Sinae est d'ori;;inc indienne. C. Hainaud, Op. c, p. 44 sqij. — 7 Ptol. Vil, 2, 27-30. t^f. I.assen, Indisvhe Altprihum&kunde . 111, p. 230 sipi. — R Jara-dvipa ou île Java. — î* Ptol. pa.tsim et surtout Vil, 3, 3. A t'est de Cattigara et du pays des Sinae, Ptol(?mée, suivant .son haliitude, place une terre inconnue (I, !7, 4; Vil, 3, 1 ; Vil, a, 2 ; VIII, 27, 2). — 10 Pariset, Histoire de la soie, I, 1862. — " IV, 181 et sqq. — 1-2 11,32. — » Cf. Vivien de Saint-Martin, Nord de l'Afrique dans

assez grande exactitude. De plus, Hérodote a déjà quelques notions sur l'intérieur de la Libye, l'Ethiopie, la région de Méroé, le pays des Garamantes. Cyrène, qui faisait un grand commerce par caravanes avec le Soudan, lui fournit sans doute sur ces pays de précieuses informations. C'est par les Cyrénéens ou par les Égyptiens qu'Hérodote dut apprendre l'existence de cette roule des oasis qui longe la limite septentrionale -du Sahara depuis la vallée du Nil jusqu'à TAllantique ". C'est par les Cyrénéens qu'il connut le voyage des cinq Nasamons. Partis du littoral de la Syrte, les cinq aventuriers traversèrent le désert en faisant route à l'ouest et après avoir franchi de grands marais arrivèrent dans une ville peuplée de noirs, arrosée par un fleuve qui coule de l'ouest à l'est'-. Ce fleuve est-il un oued saharien ou le Niger? Plusieurs oasis du Sahara ont une population noire '■'.

Un autre témoignage d'Hérodote'*, relatif au périple de l'Afrique par les Phéniciens, a depuis longtemps exercé la critique des érudits'"'. C'était chez les Grecs une tradition ancienne que la tradition de périples autour de la Libye "'. Préoccupés avant tout du préjugé de la zone torride, les anciens n'avaient pas une idée juste de l'extension de l'Afrique au sud de l'équaleur et la terminaient pour la plupart aux environs du tropique du Cancer. L'Afrique ainsi singulièrement réduite en largeur du nord au sud, un périple par la mer du Sud '' devenait relativement facile. Ménélas, Ulysse auraient précédé dans cette voie les Phéniciens de Néchao '^ Le témoignage d'Hérodote, le seul qui mentionne l'expédition des Phéniciens", ne renferme en lui-même aucune indication qui nous autorise à le rejeter-". Il soulève sans doute de grandes difficultés d'interprétation, surtout en ce qui concerne les semailles de céréales sur la côte de l'Afrique intertropicale, mais les objections faites contre la vraisemblance du récit ne sont nullement probantes. Quoi qu'il en soit, la science géographique ne retira aucun profit de ces anciennes tentatives. Au temps d'Hérodote, les prêtres de Memphis regardaient encore la merËrythrée comme inaccessible aux marins^'.

D'Hérodote aux Ptolémées la carte de la Libye ne subit pas chez les anciens d'importante modification, mais l'établissement d'une dynastie grecque sur les bords du Nil fut très favorable aux progrès de la géographie. Ératoslhène possède sur la partie orientale de l'Afrique, depuis l'Egypte jusqu'au cap des Aromates ^Guardafui), des notions beaucoup plus complètes et plus exactes que ses devanciers. Il connaît la vraie forme du golfe Arabique ; il connaît aussi l'Ethiopie ouverte aux Grecs depuis le règne de Ptolémée Philadelphe --. Par les Éthiopiens il reçut quelques informations sur les régions du haut Nil -\ par les Égyptiens ou par des marchands étrangers il obtint quelques renseignements sur les grands lacs du Nil et les hautes montagnes dont les eaux alimentent le fleuve naissant •*. Mais ses connais-

irtnlîfjuitè. p. 10-22. Suivant les commentateurs le pajs de l'Afriiiue inti'rieure où seraient parvenus les Nasamons serait ou l'oasis d'Ouargla ou le Touât ou bien encorcquelquc région riveraine du Niger. — 1"' IV, 42. — 1^> Cf. GalTarcI, Eudoxe de Cijzique et le jtrriple df l'Afrique dans l'antiquité, 1873. — **> W. Millier, Die t'msei/elunrj Afrikas durch phoenisische Schiffer, 1890 ; A. Rainauil, /,<■ Continent austral, p. M sqq. — 17 'H vo-i'ri 0«)i«ir»« (Herod. IV, 37). — <» Néko II, de la .\xvi« dynastie, régna de Cl 1-095 av. J.-C— '» Posidonius citait ce passage d'Hérodote (Strab. II, 3, 4 et 5). — 20 liainaud, O/i. c.. p. 70-76. — 21 llerod. II, 102. — 2i Jusque-là les Grecs n'avaient pas dépassé Syène (Assouan). — 23 Diod. Sic. 1,37. -2ï Strab. XVII, 1,2: 11,3,2.

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sances positives s'arrêtent à la région Cinnamoniifère (pays des Somàlis) dont le parallèle limite au sud la terre habitable ', rolzojy.ivij.. A l'ouest au contraire, on ne constate aucun progrès nouveau. Kratoslhènc; en est encore au tracé d'Hérodote et ne connaît la côte "Ccidentaliî d'Afri(|ue que par le périple d'Hannon-. Ftûléniée d'ailleurs n'est pas mieux r(uiseigné. Les anciens n'ont jamais franchi, à notre connaissance, les points extrêmes de l'exploration du capitaine carthaginois, le Char des Dieux et la Corne du Midi. Or les commentateurs les plus disposés à étendre au sud ces découvertes ne cherchent pas à placer le Char des Dieux au delà du massif des Camaroun, par 4° de lat. nord '.

Par contre, dans la mer Erythrée (océan Indien) les connaissances positives des anciens dépassaient les limites de l'équateur et s'étendaient jusqu'à la ci'jte du Zanguebar. Si, comme Ératosthène el Slrabon, Mêla et Pline ignorent encore les pays situés au delà du cap des Aromates, l'autour anonyme du Périple de la mer Erxjthrée., Marin d(!Tyret Ptolémée tracent la ci'ite oricMitale de l'Afrique jus(|u'au l.'i" de latitude sud environ. 11 y eut donc dans un court intervalle de temps, entre la mort de Pline (71 ap. .I.-C.) et la date de composition du Périple (environ '.•() ap. J.-C. ?), un ou plusieurs voyages de découverte le long de ces rivages. Marin de Tyr eut à sa disposition les journaux de trois navigateurs grecs : Diogène, Théophile et Dioscore, qui poussés par les moussons avaient été détournés des roules de l'Inde et jetés sur les C('ites de l'Afrique Orientale. Les Orecs connurent ainsi h' littoral de l'Afrique depuis le cap des Aromates jusqu'à Zanzibar, peut-être même jusqu'à la pointe nord de Madagascar (Menuthias?)'. Le succès du système de Ptolémée montre d'autre part que ces connaissances étaient encore bien vagues et bien incertaines ; sinon, Ptolémée et son école n'auraient jamais fait de l'océan Indien une mer fermée.

Ainsi, le golfe de (iuinée à l'ouest, les parages de Zanzibar à l'est marquent la limite des connaissances des anciens sur le littoral de l'Afrique °. A l'intérieur du continent ces connaissances étaient bien moins étendues, car le désert du Sahara offrait aux explorateurs des obstacles difficiles à surmonter. Cependant les Romains, fortement établis sur le littoral et sur les plateaux de la Berbérie, occupèrent quelques positions dans le Sahara du Nord. Des lignes de postes forliliés protégeaient contre les incursions des nomades les cités si nombreuses de l'Afrique romaine. Cydamus (Ghadamès), par 30° environ, était un de ces postes avancés. En Tripolitaine Bartli a signalé plusieurs ruines romaines, dont la plus méridionale se trouve près de Djerma*^, par 26°30' environ, dans le Fezzan, la P/iazanie des anciens, que l'armée de Cornélius Balbus" ])arcourut

* Strab. XVI, 4, i. Stralion adinol aussi pour sou coniplc ropiiiioit (l'Lratoslhèiic (II, 1, 13; II, ci, 7-8). — i ll.'roilote semble di'jà couuailrc ceUc lelalioil (11, 31 ; II, 3i; IV, 43; IV, 18a; IV, 191; IV, 196). Il cil est de ra,>me iicut-iHrc de l'arutéiiidc. Cf. H. Berger, op. c, II, p. 40. — -^ R. liurloii. Proceedings Soc. geogr. I.ond.W, "238 et sqq.; A. Perroy, Annaltis Voy. juillet tS(i3, p. 64 et sq(|, ; licrliuux, La Terre habitable vers l'équateur, p. 70-7 i ; Mer, Le Périple d' Hannon, l(i85, etc. — ^ C. .Millier, Geogr. graec. min. lab. XII; Vi%ieii île Saiiit-Martio, Nord de l'Afriiiue, p. 241 sqq. carte ; Sehlieliter, Proceedings Soc. geogr. Lond. I89t , p. 513 si|.(. ,'t capte. — îj D'autre part les voyages d'Kudoxe de Cyzique conlpibuèreiit à répandre la notion de la forme péninsulaire de l'Afrique. Cette vérilé, encore mal connue de l'oljbe (III, 3S), est aflirmée expressément |>ar les géographes de l'âge suivant, tels que Slrabon (I, i, 31) et Mêla (III, 9). Cf. sur les voyages d'Eudove, (iaiïarel. Op. e. : Kainaud, Op. c. p. 76 sqq. — fi Barlli, Heisen... I. p. li.i-166. — 't Plin. \', 5: cf. Tissot, Uéogr. prov. rom. Afr.

l'an 19 après Jésus-Christ. Mais rien ne prouve que les Romains aient pénétré dans le Soudan proprement dit. L'expédition d'.\gisymba n'est probablement qu'une inarchc de colonne romaine jusqu'à l'oasis montagneuse d'Air ou Asben «. Le seul point par lequel les anciens aient entrevu les régions soudanaises, c'est la vallée moyenne du .Nil. Après les Grecs les Romains avaient pénétré en Ethiopie''. Des centurions remontèrent le neuve sur l'ordre de Néron et s'avancèrent jusqu'aux vastes marécages de Nù par 9° de lat. nord '". Ce point fut l'extrême limite desexplorationsdesanciensdans l'Afrique intérieure. Au delà, les géographes ne possèdent plus que des informations" recueillies auprès des indigènes et surtout auprès des marchands de la mer des Indes.

Les Grecs et les Romains fréquenlaienl, en effet, depuis quelque temps la mer Erythrée qui, par son annexe, la mer Rouge, limitait à l'est l'empire des Lagides. L'ancien cabotage, tel que l'avaient pratiqué Scylax, Néarque, était délaissé depuis qu'Hippalos avait indiqué le parti qu'on pouvait tirer du phénomène des moussons pour abréger la route de l'Inde. Uippalos inaugura ainsi la navigation hauturière dans l'océan Indien '- et laissa même son nom '^ à cet océan. Dès lors les voyages à l'Inde deviennent plus faciles; au temps de Pline, ils sont réguliers et se font de la manière suivante ". D'Alexandrie à Coptos les marchands remontent le .Nil; c'est un trajet de douze jours par les vents élésiens. De Coptos ils se rendent à Bérénice sur les bords de la mer Rouge par une route de caravanes'^ que Ptolémée Philadelphe ouvrit dans, le désert, roule dont les stations étaient pourvues de citernes (ûSos'ju.a-a, lacci). Cette distance de deux cent cinquante-huit milles romains (380 kilom.) est également parcourue en douze jours. Puis, on compte environ trente jours de navigation de Bérénice aux ports de r.\rabie Heureuse, Ocelis ou Carne, et quarante jours, par la mousson favorable, de l'un ou l'autre de ces ports à Muziris, sur la côte occidentale de l'Inde. Le voyage daller se fait pendant l'été, le voyage de retour pendant l'hiver '■'■.

Au sud de l'Inde que les moussons rapprochent ainsi de l'Occident se trouve une terre, Taprobane, lile de Ceylan, sur laquelle les anciens n'eurent longtemps que des notions assez vagues. Certains se plurent à la considérer comme le commencement d'un autre monde, celui des Antickthones''. Sur l'ordre d'Alexaudre, Onésicrite alla reconnaître cette terre mystérieuse el en signala le véritable caractère. -Néanmoins l'erreur ancienne persistait encore, .\insi Ératosthène lui-même ne semble pas convaincu que Taprobane soit une île '*. Les écrivains postérieurs ''^ : Slrabon, Pline, Solin, mieux informés, affirment que Taprobane est séparée de la terre ferme.

L'histoire géographique de Taprobane est intimement

II, p. 711-7iO. — * Raioaud, Op. c, p. Si sqq. —9 EipédiUon de PctroDiu,> sous Auguste. Cf. Plin. VI, 33. — 10 Senec. Quaest. nat. VI, S: Plin. VI, 35. — " Ainsi la notion des liantes montagnes neigeuses du .Nil. Cf. H. Berger, op. c. I, p. 110-120. — 12 Cf. p. 1523. — 13 plol. IV, 7,41. Il faut suis doulc corriger 'InsiSo; en "Iira"«.«;. — '» PUn. VI, 26. — IJ Strab. XVII. I, 45: Plin. VI, 26 ; Itin. Anton. ; Tab. Peuling. ; Corp. inscr. lat. III. 6627. Suppl. iinscripl. de Copies.) — 1*> En dehors de l'Inde les navigateurs grecs el romains trè' quenlaient sans doute quelques autres parties de la uier Ervlliréc ; mais, en l'absence de tout doeunieut précis, on uc peut se livrer sur ce |>oint qu'à des conjectures. L'exploration scientifique des ruines de l'Afrique australe, a peine cominencée de nos jours (fouilles de .M. Bent. etc.), fournira peut-être qiu^lques précieuses indications sur ce sujet. — " Plio. VI, 24. — IS Strab. XV, 1, 1-1-15. — •* Cf. J. B. Paquior. Quid de Taprobane insula lettres geographi senserini, 1877.

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liée à riiistoire d'une hypothèse ancienne, l'hypothèse de la terre australe', ravToiy.ouiJ.ev7i comme l'appelle Ptolémée ^ Cette conception est bien antérieure au géographe alexandrin, car elle est nettement marquée dans Cratès de Malles ', grammairien du 11° siècle av. J.-C. Elle apparaît peut-être déjà dans la doctrine de Pythagore '*. Dans la suite les astronomes et les cosmographes professèrent ouvertement la théorie de VAntichlhonr ; les poètes eux-mêmes, Virgile, Manilius, Lucain, y firent directement allusion". Enfin un philosophe poète, Cicéron, se laissa séduire par cette poétique imagination et accorda dans sa République '^ droit de cité à cette étrange doctrine. Plus tard, un de ses commentateurs, Macrobe, en donna la formule classique ~' reproduite avec de légères variantes par beaucoup d'écrivains du Moyen Age. Ainsi formulée, incorporée en quelque sorte dans le système de la division de la terre en quatre continents opposés les uns aux autres, l'hypothèse traditionnelle de la terre australe, modifiée plus ou moins par le progrès des découvertes géographiques et des sciences, s'est perpétuée jusqu'à la fin du xviii'' siècle. Comme la plupart des hypothèses, celte théorie n'était pas sans avoir quelque rapport avec la réalité. L'imperfection des connaissances des anciens sur la véritable direction des côtes de l'Asie et de l'Afrique rendait cette conjecture très vraisemblable. L'Asie de Ptolémée infléchie au sud-est, l'Afrique d'Éralosthène dirigée d'un côté au sud-ouest, de l'autre au sud-est, semblaient se rapprocher l'une de l'autre, reliées par cette terre inconnue, qui dans le système de Ptolémée " limite au sud la mer Erythrée et la transforme en bassin maritime complètement fermé.

Tel est, résumé à grands traits, le développement de la mappemonde chez les anciens. Examinons maintenant les théories de l'antiquité sur les dimensions de la terre et principalement de la partie habitée de la terre.

La terre habitable. — Ses dimensions. — Les évalualions de ce genre supposent la mesure d'un arc de cercle. Or celte mesure a dû être exécutée. de bonne heure, car elle a peut-être servi de base aux principaux systèmes métriques de l'antiquité. Quant à l'opération attribuée àÉratosthène, il est probable qu'elle fut incomplète. Toute mesure d'un arc de cercle suppose une double opération : 1° une opération astronomique, le calcul des positions géographiques des deux points extrêmes de l'arc; 2° une opération géodésiquc, la mesure directe de la dislance qui sépare ces deux points. L'opération astronomique seule fut faite, et d'une manière très satisfaisante ' ; l'opération géodésique futnégligéc". L'évaluation d'Éralosthène (:2.'J0000 stades) dilTèrc trèssensiblemenld'autres évaluations mentionnées par les anciens. Ainsi les uns

' Cf. .\. lUinaud, Le Continent anstrat, hypothèses et découvertes, 1893. — 2 Plol. 1, 8, ) ; 1,0, 5. — ■•> Kainaiid, Op. c., p. 23. — '• Diog. I-acrt. VIII, 26. — 6 Virg. Georg. 1,237-239; Manil. Astron. I, 228-230 ; 1. 373 sqq. ; I.ucan. Phars. IK.SdSm'J.

— <■■ VI, i:i. — 7 In .Somn. Scip. II, 5 ; II, 9. —8 Plol. IV, s, 1 ; VII, 3, I ; VII, 3, 6 ; VU, 5, 2; VU, 5, 6; VIII, lii, 2; VIII, 27,2, de. Marci™ irlIf-racWc et daulres compilateurs de la basse )5poquc roproduîsirciit ce (racé. (^f. Uainaud, Op. c, p. 2i-2.'i.

— '-' ÈralosUiône prit pour point de diîpart cette double supposition : 1" Syc'-ne et A'tjxandrie sont situt-cs sous le niOmc méridien ; 2" .Sycnc est sous le tropique. Or Tare cuire ces deux points s'est trouvé égal à 1/50 du grand cercle, soit un arc de 7'')2'. D'autre part la dislance itinéraire était évaluée à 5000 stades. Donc en multipliant 5tlOO par 50 Êratosthénc obtient le cliilïre de 250 OOO stades pour la circonférence du méridien. Mais, comme Sy6ne et Alexandrie ont en réalité unedifféi-enco de longitude de 3" (cvactcmcnt 2" 58' 52''), l'arc de 7"! 2' doit subir une correction. La latitude fut calculée avec une grande exactitude ; l'écart entre les observations modernes et celle des anciens n'esl, en elTct, que do quelques minutes. — 10 Kratostliéne dut s'en (noir

attribuaient au grand cercle une circonférence de 400000 stades", d'autres de 300000'-, d'autres de 240000, d'autres enfin de 180000'». Voilà donc cinq estimations dilTércntesde la grandeur de la terre qui, réduites en stades de même longueur, ne présenteraient peut-être que des variations de faible importance. D'autre part, il se peut que ces chifi'res reposent non pas sur des mesures directes, mais sur des calculs systématiques a priori''.

Mais dans l'opinion des anciens la sphère terrestre n'est pas habitée dans toute l'étendue de sa surface. La terre habitée, Ytecumène, oixouaévr,, n'est qu'une partie, le quart environ, de la sphère. Sa largeur du parallèle de Thulé à l'équateur est d'après Ératosthène de 4(i3(IO stades, de 38000 stades seulement, si on limite la terre habitable au parallèle de la région Cinnamomil'ère. Strabon, qui se méfie beaucoup trop des affirmations de Pythéas, rejette naturellement les récils du navigateur massaliote sur Thulé et réduit à 38100 stades la largeur de Va'cuniène de l'équateur à la limile septentrionale de la terre habitable '^ Ptolémée"'' admet le chiffre de 40000 stades, soit en nombre rond 80°. Converties en degrés les évaluations d'Éralosthène et de Strabon correspondent la première à 00°, la seconde à 54°. Quant à la longitude, calculée de l'ouest à l'est, elle est notablement supérieure à la latitude. Ératosthène compte 77800 stades, Strabon 72500 et 70000 seulement de ribérie à l'Inde. Ces estimations varièrent naturellement avec le progrès des connaissances géographiques. Marin de Tyr évaluait à 225° la longueur de X'œctimène. Ptolémée, après avoir fait subir aux dislances de Marin des réductions importantes à cause des détours et des sinuosités des routes, ramène cette évaluation totale à 180° en chiffres ronds ". Des îles Fortunées au pays des Sères on compte 177°la'", distance qui se décompose ainsi: du pays des Sères à l'Euphrate, lOo"!')', de l'Euphrate aux îles Fortunées 72° dont 62° pour la Méditerranée! Onpeut juger par cette erreur de 20" sur l'étendue d'une mer très fréquentée par les navigateurs anciens de la valeur de la plupart des estimations de ce genre. Dans le calcul des distances par terre et par mer, les géographes ne tenaient sans doute pas suffisamment compte des détours des routes", des déviations produites par les venis cl les courants de la mer. En outre, laprali(iue du cabotage contribuait encore à fausser les distances par exagération. Hipparque, Ptolémée, tous les partisans de l'école astronomique avaient parfaitenuml senti le vice de ces méthodes pour l'évaluation des longitudes. Seul le calcul par les éclipses de lune pouvait donner dos résultats satisfaisants, mais cette méthode astronomique n'était guère ein|)loyée par les anciens-".

En comparant ces évaluations on voit que le rappor'

aux évaluations de distance admises en Egypte. Cf l.elronne, Les anciens ont-ils exécuté nne mesure de la terre postérieurement 4 l'établissement de l'école d'Alexandrie? (Œuvres choisies, édit. Fagnan, 2" série, I, p. 247 sqq.l — n Arist. De caelo. II, i'i, 10— 12 Arcbim.édit. Torelli, p. 320 (d'après les Clialdéens). — laPosidofiius ap. Strab, II, 2, 2. — ''' Letronne, Op. cit.. p. 288 sqq. — 1^ Cf. Millier, édit. Strab. cart. 1-2. — lO l'tol. I, 10. En n'alité 79"25'. — " Parce que Cattigilra est, au jugement de Ptolémée. située un peu plus à l'est qu'on le dit. — ^^ Plol. 1, 12. Ce cliiirre de 177''15' résulte de l'addition des distances fournies par les itinéraires de lerre{I. 12) cl de mer (I. 13 et H). i'A. pour d'autres évaluations moins importantes l'orbiger. Op. c., I, p. 540 sqq. — '!• C'est ce que Ptuléinéc reproche souvent à Marin de Tjr. — 20 Ptol. I, 4. 11 était bien i)lus facile de calculer la latitude soit par la hauteur do l'éloilo polaire, soit par la longueur du jour, soit principalement par la longueur de lonibre méridienne observée à l'aide du gnomon. Le même contraste entre l'exactitude relative des observations delatilutle et l'incorrection evlraordinairc des observations de 'longitude se retrouve partout jusqu'à la (in du wiri* siècle.

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