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Ce mode d'élection a paru étrange et même quelque peu enfantin, non seulement à des théoricii'ns modernes, mais encore à des philosophes anciens. Aristote le qualifie de Tratoap!0)OY,i; '. D'autres se sont extasiés. Kopstadt reconnaît bien là l'adinirable prudences de l.ycurgue, sa sagesse en quelque sorte divine. Tout ce qu'il y avait de meilleur dans les divers procédés qu'employaient les aristocraties et les démocraties, était réuni sans les inconvénients parallèles. Aucun privilège n'était ainsi accordé, comme dans les aristocraties, à la naissance ou à la fortune, et rien n'était abandonne', comme dans les démocraties, au hasard d'un tirage au sort. C'était le plus notoirement vertueux qui était élu, et, par la perspective d'obtenir un jour le grand honneur d'une acclamation presque unanime, les citoyens étaient stimulés à bien faire ^ Il y a, de part et d'autre, exagération. Le système employé pour l'élection des sénateurs devait être en usage à Sparte pour beaucoup d'autres affaires, et notamment pour l'élection des éphores, puisqu'il était purement et simplement une application, avec les précautions nécessaires, de la méthode suivie pour connaître l'opinion de l'assemblée. Ce n'était pas au moyen de bulletins de vote, analogues aux '^fr^zioi et aux xûafiot d'Athènes, que les citoyens réunis dans l'àTreXXâ exprimaient leur opinion; c'était par des cris: Ivpîvo'jin y-xQ poY| xa'i w 'Ivi'ï-io ■'. 11 était donc nature! que les élections eussent également lieu, non pas 'i'/î'f <;), mais po?|.
L'élection terminée, l'élu, couronné de fleurs, allait dans les temples rendre grâces aux dieux. Ses amis, hommes, femmes, jeunes gens, lui faisaient cortège, chantant à l'envi ses vertus et exaltant ses mérites. Ses parents dressaient des tables en son honneur et l'invitaient à y prendre place. On le conduisait, enfin, dans le syssition, où, exceptionnnellemenl, il recevait deux parts. 11 en consommait une et offrait l'autre à l'une des femmes du cortège, qui étaient restées à la porte de la salle du festin, habituellement une parente à laquelle il décernait ainsi un témoignage spécial d'estime ''. Le roi Agésilas, pour bien montrer qu'il ne s'associait pas à l'antipathie que beaucoup de ses devanciers avaient témoignée au conseil des anciens, envoyait à chaque sénateur nouvellement élu un manteau et un bœuf ^.
Les YÉpovTci; étaient nommés à vie et n'étaient exposés à aucune responsabilité dans l'exercice de leurs fonctions".
La présidence de la "j-epouaia appartenait aux rois. Présidaient-ils simultanément ou à tour de rôle? Nous ne saurions le dire. Une opinion, très accréditée en Grèce au temps do Thucydide, leur attribuait un autre privilège''. Us auraient eu chacun deux suffrages. Ce n'est pas précisément ce que dit Hérodote : « Quand les rois n'assistent pas aux délibérations de la YEooudîa, leurs plus proches parents parmi les sénateurs peuvent voter à leur place; ils déposent alors deux suffrages (pour les rois) et un pour leur propre compte' ». Hérodote dit donc siuilemcnt que les rois, lors<iu'ils étaient absents, pouvaient voter par maiulataire. Mais, lors même qu'on
I Arislol. J'olil. Il, 6, §18.-2 KopstadI, De reriim Lnconicarum.,. origine et indole. IRli), |i. MO. — ■> Tliucyil. I, 87. — • IMul. Lijc. il>. — S Plul. Ages. i. — GArislot. Polit. II, fi, § 18. Colle irresponsabilité des membres d'un conseil ne s'impose pas aussi naturellement à l'esprit que paraît le eroire M. Ciccotti, la Coslituzione di Licurgo, p. 43. Noiro histoire politique en fournirait bien des preuves. Voir notamment le dcîcrel du 1" avril 171)3. — '• Tliucyd. I, io. —S Hcrodol. VI, 57. — » TImc. I, iO. — lOCuplius, tfist. grec<iue,l.ii.iî3. — " Schnmann, Anlir/. grecques. I. p. 017. — li Voir sii/ini, dooU, 1, p. 711. — 13 Pausiin. III, I,),
n'expliquerait jias comme nous le faisons le texte d'Hérodote, et qu'on 1<; rattacherait à l'opinion commune, il faudrait encore rejeter cette opinion ; car Thucydide nous la présente comme entachée d'une erreur inexplicable'.
M. Krnest Curtius a tiré du texte d'Hérodote une autre conséquence. L'historien grec parait, dit-il, supposer que les deux rois sont toujours absents simultanément et ([ii'ils se font représenter l'un et l'autre. Voilà pourquoi le conseilU'r qui les supplée dépose deux suffrages. Le dualisme royal, que Lycurgue avait établi, comme garantie contre des emi)iétements lyranniques, n'exigeaitil pas, en effet, que les deux rois fussent ou tous les deux présents ou tous les deux absents? L'un n'aurait donc pas eu le droit de siéger sans l'autre'". Mais n'y a-t-il pas encore dans cette conclusion une exagération, que n'impose pas le texte d'Hérodote? Toutes les fois que l'un des rois aurait été forcé de s'éloigner de Sparte pour diriger des opérations militaires, l'autre roi se serait donc trouvé par cela même exclu de la fzzo'j'jicL pour toute la durée de la campagne", si longue qu'elle dût être? Est-ce une solution admissible?
Y avait-il au début des séances quelque cérémonie religieuse analogue à celle que nous avons signalée pour le sénat d'Athènes'-? H est très vraisemblable que des prières étaient adressées aux divinités àaêo'JÀtoi, qui avaient à Sparte des autels : Zeùç ôaSoûXto;, '.\Ov,vï àfjLêouXta, AtoTxo'jpo! à[i.6oûX'.ot '^. Cicéron nous dit d'ailleurs qu'un augure devait assister aux réunions du sénat de Lacédémone ".
La théorie, presque universellement admise aujourd'hui, de la séparation des pouvoirs publics, quel qu'en soit d'ailleurs le nombre, ne fut pas mieux appliquée à Sparte qu'à Athènes. Les philosophes grecs, Aristote en particulier, ont proclamé, bien avant Montesquieu, que, dans tout État sagement organisé, il faut distinguer soigneusement le pouvoir législatif, représenté par l'Assemblée, du pouvoir exécutif, appartenant à des magistrats, et du pouvoir judiciaire, exercé par des tribunaux'". Mais, si désirable que fiU aux yeux des sages cette séparation des divers modes d'exercice de la puissance publique, en fait les trois pouvoirs étaient souvent réunis dans les mêmes mains.
Les attributions de la •feç.o-ji^ix de Sparte offrent, en principe, d'assez grandes similitudes avec celles de la BOULÈ d'Athènes. Gomme les sénateurs athéniens, les YÉpovTîç : 1° instruisaient les affaires qui devaient être portées devant l'àTTsAXâ ou assemblée du peuple'^; i° ils participaient au gouvernement de l'État: 3" ils étaient investis d'attributions judiciaires.
La YEpoufftaa mission d'étudier les questions qui seront soumises à l'assemblée et prépare un projet de résolution. D'après le texte même de la rhrli-a de Lycurgue '", c'est le peuple qui doit statuer souverainement : Azuco S'àyopiv sTasv xi't xpi-o;. La yspo'jdîz ne peut donc pas modifier le vote de l'assemblée.
Mais quel était, en face des propositions des YÉsovreç,
§ lî. — " Cic. De divin. I, 43. § 95. — 15 Arislot. Polit. IV. 11. li el 13. I). p. 5b'.>à.i64. — 16 plut. Agis, 11. — 17 Plut. Lyc. 6. M. C. Triobor. dans ses /•'orschungen zur Spartaiu Verfassungsgefehicftte. Berlin. 1S7I. p. i~ a 39, s'csl elTorot' dedi^monlrer qu'il ne faut pas accorder de créance à la rhetra de Lycui^e et ;i l'addition de TlnJopompe. Ces deui loites auraiejit Mé fabriqua par des historiens plus ou moins longtemps après la mort de leurs pr^teudus auteurs. Mais les arguments sur lesquels s'appuie M. Trieber ne sont pas irréfutables : M. G. Gilbert l'a bien raontri* dans ses Sludien sur altspartan. Gescfiichte, (jôlting. 187*. p. 1*2 et s.
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le droit de 1 aTtsXXâ? L'assemblée ne pouvait-elle qu'approuver purement et simplement ou rejeter, répondre par oui ou par non? Nous sommes enclin à croire qu'elle avait aussi la faculté d'amendement'. C'est précisément parce que le peuple, par ses additions ou ses retranchements, pouvait modifier à l'excès et même dénaturer complètement les propositions du sénat, que la rhelra de Lycurgue dut être corrigée. Au vni'= siècle, vers 7-iO, les rois Polydoros et Théopompos ajoutèrent au texte primitif un paragraphe portant que, si, grâce à des amendements de l'assemblée du peuple, la mesure proposée était maintenant jugée mauvaise par les rois et par les sénateurs, ceux-ci ne seraient pas tenus de faire exécuter la résolution de l'assemblée-. Il semble bien d'ailleurs que, dans certains cas, l'Apella se bornait à discuter, sur l'invitation du sénat, une résolution possible, sans qu'un vote fût émis; c'était pour les sénateurs un moyen de se renseigner sur les sentiments du peuple et de voir quelle direction devait être imprimée à une affaire.
Faut-il en conclure, avec M. Curtius, que, à partir de la réforme de Polydoros et de Théopompos, la communauté ne fut plus consultée que pour la forme et qu'elle dut se soumettre aux volontés de ses chefs militaires^? C'est aller beaucoup trop loin. M. Curtius pourrait avoir raison si l'on interprétait la rhetra du viii' siècle en ce sens que des propositions nettement rejetées par l'assemblée pouvaient être appliquées par la yspoucia et par les rois, comme si la réponse du peuple avait été affirmative. Mais, si on entend, comme nous le faisons, le texte qui nous a été conservé, c'est-à-dire en ce sens que le pouvoir exécutif n'était pas tenu de mettre en pratique la mesure dont il avait pris l'initiative, lorsque celte mesure, telle qu'elle lui revenait, amendée par l'assemblée, ne lui paraissait plus utile ou opportune, la conclusion sera très différente. Même sous l'empire d'une constitution qui refuse à une assemblée tout droit d'initiative et qui réserve exclusivement ce droit au pouvoir exécutif, la permission donnée à celui qui a proposé de ne plus tenir compte de sa proposition lorsqu'elle luj revient déformée par dos amendements inattendus, ne fait pas de l'assemblée un rouage inutile. On peut en juger parce qui s'est passé chez nous sous la charte de 1814.
Après les avoir ainsi raisonnablement interprétées, on constatera sans trop de surprise que les rhclrai de Lycurgue, de Polydoros et de Théopompos étaient encore en vigueur à l'époque classique. Il a dîl y avoir quelques vicissitudes; mais la je.zouGia. possède encore au m' siècle un droit absolu d'initiative. Le roi Agis demande au sénat de présenter au peuple un projet de décret abolissant toutes les dettes et ordonnant un nouveau partage des terres. Les sénateurs sont indécis sur ce qu'il convient de faire. Ils laissent un éphore convoquer l'assemblée du peuple*. L'Apella s'étant montrée favorable à la mesure, les YéiovTs; comprirent que, s'ils portaient devant l'assemblée la motion réclamée par Agis, elle serait infailliblement votée sans modifications et qu'ils ne pourraient pas ensuite traiter ce vote comme non avenu. Ils refu-
1 Voir suprà, EKKf.F.siA, |i. .'iU. — 2 l'iul. ii/c. 0. — 3 ffist. grecque, i, p. 249. — ' l'iut. Agis, 'J. — I' Ibid., 11. — 6 Acsch. C. Timarch. § 180, U. |). 01 ; Bekkcr, Anecd. praeca, I, p. 227, 29. — 1 Isocral. Panathen. !:§ 153 ol suiv. 1). p. 171. — 8 Polyb. VI, 45, b. — 0 Demostli. C. Leplin. § 107, K. 489; cf. Dion Ualic. U, 14. — 10 l'Iut. Lye. 20. — " Polit. II. C, § 17. — 12 Hod. loc. § IG. — r.! Hcrod. VI, 57. — ''• Aristot. Polit. III, 1, S 7; PIul. Apophth. Lacon. Eunjcralidas, 0. p. 271. — 15 Plut. Apophlh. Lac. Archidamas, D.
sèrent d'user de leur droit d'initiative et firent ainsi échouer la réforme ^
La -cepouo-îa partageait avec les rois et les éphores le gouvernement de l'État. Son action sur la marche des affaires publiques parait avoir été très grande. Les témoignages des anciens s'accordent sur ce point que la y£pou(7ia est la plus haute des magistratures, [j.ey'.tt-J) àp/T|''. Isocrate rapproche les attributions des yÉç,rjv-:Et; de celles qu'avaient les Aréopagites au temps de leur plus grande puissance ". Tous les intérêts de la République sont dans leurs mains'. Ils sont vraiment des maîtres, des ôeutiotoli', et tout le monde leur obéit. N'ont-ils pas, en quelque sorte, droit de vie et de mort sur leurs concitoyens, xùpioi ovteç xa'c Gavirou xtx'i àxiiAÎa; '"?
La yspouaia avait enfin des attributions judiciaires, sur lesquelles nous ne possédons que des renseignements assez vagues. Aristote nous dit qu'ils sont préposés au jugement des affaires les plus importantes" ; mais il nous dit également que les éphores xpiVsuJv Etat [AsyâXiov x'jp'.oi'-. A l'époque classique, les rois avaient conservé de leur ancienne juridiction, qui, comme dans tous les États grecs, était certainement très étendue, le droit de statuer sur les difficultés relatives aux voies publiques et sur quelques contestations se rattachant au droit de famille, par exemple au mariage des filles héritières". De leur côté, les éphores étaient compétents pour juger les procès qui s'élevaient à l'occasion des contrats, xà; Tcôv (TUfAëoXac'wv Si'xaç '', lorsque les parties n'avaient pas pu s'entendre pour recourir à un arbitrage'''. Ils étaient aussi autorisés, dans l'exercice de leur droit de surveillance et de police générale, à punir souverainement, et de pénalités très variées, un très grand nombre d'infractions "^. Ces éliminations faites, que restait-il à la yEpoufTÎa? Le jugement des affaires d'homicide, des oov.xa't Si'xa'. '', des attentats à la sûreté de l'État. Lorsqu'il y avait lieu dé mettre les rois en accusation, c'était la yspousca qui était compétente pour les juger. Pausanias dit que, en pareil cas, les éphores siégeaient avec les vingt-huit yépovTEç et le collègue du roi poursuivi ".
On notait déjà, parmi les anciens, comme singularités de la procédure en usage devant la yspouTia, les deux faits suivants : 1° Les yÉpcvT;; consacraient plusieurs jours au jugement de chaque affaire capitale '''. Quand il s'agit, disaient les Spartiates, d'intliger à un citoyen une peine irrémédiable et qu'on n'a pas de prouves décisives, il no faut pas se hâter; l'erreur ne pourrait pas être corrigée'". 2° Un accusé, sorti vainqueur d'une première poursuite, était exposé à être remis en jugement, non seulement si de nouvelles charges survenaient contre lui, mais encore si la première décision paraissait erronée-'. Lu d'autres termes, l'exception de chose jugée n'était pas recevable devant la Yspouci'a, parce qu'il doit toujours être permis de rechercher et de découvrir la meilleure résolution.
.luge des affaires capitales, la yezo'jii-j. pouvait certaiiKMuent iniligcr aux accusés reconnus coupabhîs la peine de mort et l'ulimie--. Diverses condamnations à l'exil et
p. 2tjT. — il) Athon. IV, 18, Ji. lU ; voir suprà, Kpnoniti, p. 053. — '^ Arisl. Potit. III, i. § 7. Diodore de Sicile, XVl, G.-i, dans un ri'rit qui donne d'ailleurs Iieaucoup de prise à la critique (voir Grole, Ifist. de la Grèce, .KVI, p. 2;)7}, nous inonlrc la YEf&'Jffta de Corinlho investie, comme la yipo-jota do Sparte, du droit do dejURer les ço/at.1 Si»».. — '« Pausau. III, 5, § S. —1» Plut. Apoplitli. Lac. Alexandridas, § G, U. p. 265. — 20 Cf. Thucjd. I, 132. — 21 plul. /. /. — 22 PIul. I.yc. 26.
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à ramende, rapportées par les historiens ', doivent également avoir été prononcées par les Yipovxcç. Notons, en passant, que les exécutions capitales à Sparte avaient toujours lieu pendant la nuit, jamais pendant le jour-. Le condamné était parfois étranglé dans sa prison; d'autres fois, et c'était le cas pour les malfaiteurs proprement dits, les xaxouçyo!, il était jeté dans un précipice appelé Kacoioaç, analogue au Baratliron d'Athènes ■'. A la peine de mort s'ajoutèrent, dans (luelques hypothèses, des circonstances aggravantes, mutilations ou mauvais traitements '.
Dans l'accomplissement de leurs fonctions, les YspcvTs; de Sparte n'échappèrent pas plus (\\w les rois et les éphores aux reproches de corruption et de vénalité". Ce n'est pas impunément qu'on d('clare à des magistrats qu'ils ne seront jamais responsables de leurs décisions. D'ailleurs, composée d'hommes nécessairement assez. âgés, puisqu'ils n'étaient éligibles qu'il soixante ans et qu'ils restaient en charge pendant toute leur vie, la yspoij^ria était forcément exposée à entendre appliquer à beaucoup de ses membres l'observation d'.\ristole que « l'intelligence a, comme le corps, sa vieillesse '^. » Aussi Pausanias, suus le coup d'une accusation capitale, espérait-il bien se tirer d'affaire au prix de quelques sacrifices d'argent '.
Au m" siècle, en 22G avant notre ère, sous prétexte de remédier aux maux dont Sparte souffrait alors, Cléomène résolut de briser l'oligarchie, qui, par la ysfou^îa et parl'éphorat, s'interposait entre lui et le peuple. Croyaitil rétablir ainsi l'ancienne constitution dans sa pureté primitive, rendre à la royauté le prestige qu'elle avait à l'époque héroïque, où le conseil des yÉpovTîç n'avait, en quelque sorte, que voix consultative '? Quoi qu'il en soit, Clé(unène, d'après Pausanias, détruisit la yspouTia et institua à sa place un collège de palronomes.
Cette abolition de la yspouci'a a été pourtant contestée. On a fait remarquer que Pausanias, dont les témoignages historiques sont suspects, estseulà en parler; que Polybe, dont l'autorité est bien plus grande, n'y fait pas la moindre allusion. Comment d'ailleurs Cléomène, qui voulait la restauration de l'ancien régime, aurait-il louché à une institution aussi antique, aussi nationale que la Yspo'jcîï de Lycurgue? 11 est facile de répondre que le silence de Polybe est loin d'être décisif. Cet historien ne parle pas davantage de la suppression des éphores, et celte suppression violente est cependant incontestée et incontestable. Mais peut-on même dire que Polybe garde un silence absolu sur la suppression de la yEÇiowsiix, alors qu'il affirme, à plusieurs reprises, que Cléomène détruisit les organes politiques de son pays, tô Tri-rsiov itoAiTEuuia )caT=Xuî='? La Y^f o'-KJ'a était bien un des organes les plus importants. Le témoignage de Pausanias est d'ailleurs confirmé par ce fait que c'est précisément à partir de l'épotiue qu'il indique que l'on rencontre à Sparte ces patronomes dont l'historien attribue expressément l'institution à Cléomène. La substitution de ces magistrats à la ye.^vji:i7. devenue trop puissante s'explique par le désir
1 Tliuc. V. 7i; Plut. Pelopidas, 6. — 2 Horoil. IV, llfi. — 3 Thuc. I, 13*. — iXenoph. Uisl.gr. III, 3, § 1 1. — 5 Arislol. Po/i(. II, li, § 18. — 6/*. j 7. TTIuic. I, 131.— spaus. Il, 9.§ 1. — 9 l'oUI). 11.47, § i: IV, 81. § 11. — 10 poljb. IX, i3. § 3. — Il Voir Dioyseil, Uisl. île l'hellénisme, III, p. 5iS. — 12 Voir Le Bas cl Waddington, Voyage arcltéol. en Grèce, 11" UÎ8, p. 89. — 1^ lUpckh, Corp. inscr. gr. I, p. C12, u" 3; ces gardes d'Iioimcitr sont les ffuvisïj6<>t. — 1^ Poljb. IV. i?, § 3; 34, § 3; 35, §5. — 16 Boeckli, Corp. inscr.gr. I, 11" li41. liCO, I2UI, Ii6i, 13iO,elc.
de Cléomène, que Polybe n'hésite pas à qualifier de tyran '", de faire disparaître tout intermédiaire gênant entre le roi et la communauté des citoyens".
Mais la disparition de la fE^owjioi ne fut pas de longue durée. En 'i-2\. ;ï la suite de la bataille de Sellasia et du départ de Cléomène pour l'Egypte, .\ntigone rétablit, au moins dans une certaine mesure, la constitution antérii'ure à Cléomène. Les patronomes ne furent pas supprimés, puisqu'on les trouve bien des fois mentionnés plus tard dans les inscriptions. C'est le président des patronomes qui donne son nom à l'année; il est vraiment l'éponyme de la cité '-, et l'importance de ses fonctions est attestée par ce fait qu'il a autour de lui une garde d'honneur composée d'éphèbes'^. Mais, au temps de Polybe, on retrouve mêlés aux affaires publiques, comme avant Cléomène, les éphores et les YÉpovT£ç".
F^a YcGO'jT'y. a même survécu à la conquête romaine. On a, en effet, n^trcmvé plusieurs listes de vÉiovTîç, que l'on peut rattacher avec certitude aux règnes des empereurs Hadrien et Septimo-Sévère '". L'une de ces listes parait complète '^ L'assemblée se composait alors d'un -piçÇ'j; ou sénateur doyen ", de vingl-deux yÉiovrôç, d'un ypaauLïTEÛ; et d'un ixi-fz'.'.oi. Ce dernier personnage, qui était, comme son titre de cuisinier semble l'indiquer, chargé de la préparation des repas que les sénateurs prenaient en commun fcooLUs], était-il véritablement un sénateur? Il est permis d'en douter". Si l'on en fait abstraction, en comptant d'ailleurs le vpauiïTîû;, on constate qu'il y avait à cette époque vingt-quatre sénateurs, et non plus vingthuit comme autrefois. Mais il est bien \Taiscmblable que les six patronomes, qui étaient, dans une certaine mesure, les successeurs des anciens rois, ainsi que ces derniers, siégeaient dans le sénat. On arrive ainsi au total de trente personnes ayant droit de séance dans la yt'^ou'jd. Trente! c'est-à-dire le nombre traditionnel, le chiffre fixé par la constitution de Lycurgue.
A la même époque, les yéoovte; ne sont plus, comme au temps classique, nommés à vie. Leurs fonctions sont devenues annuelles. Mais une réélection était possible. Les listes qui ont été conservées nous offrent de nombreux exemples de sénateurs réélus, et le graveur indique combien de fois cet honneur leur a été conféré. Nicocratès, doyen des sénateurs sous P. Memmius Pralolaus, est sénateur pour la quatrième fois et doyen pour la deuxième : ytoovTEÙisxc; 5', TTiEcêsixrai; p'". Dans une autre inscription, le premier sénateur nommé, le -oiçë'j; vïsôvTow, est sénateur pour la cinquième fois, le second pour la quatrième, huit autres pour la troisième, six autres pour la deuxième-".
On est autorisé toutefois à croire qu'une réélection immédiate n'était pas possible et qu'un intervalle d'une année au moins devait s'écouler entre le moment où un sénateur sortait de charge et le moment où il rentrait dans le sénat. Une liste mutilée de sénateurs, publiée par Bœckh-', nous a conservé les noms de onze sénateurs d'une année et de vingt-deux sénateurs de l'année suivante. Or aucun des noms de la première liste ne se re-
— Il' l.c Bas el Wadiiinglan, Voyage nrch. n' 1T3, a, p. 94 cl suiv. — 1" Btrrkh. Corp. 1. Il" li6l. — ISIx?i»i;i-.pr.;deriuseriplion 173, a, remplit ses ronctions pour la troisii^mc fois. II ^lait donc nonmiL^ .^ It mps, probablemeut pour un an. comme les si^natonrs do son temps. Sur d'autres listes de magistrals (Boeckli. Corp. I, n» IÎ3SI ou de ministres du culle (Le Bas et Koucart, Voyage, n" 163. o, b. c, rfl. on irouie souvent la mention du ni^noo;. — '9 Bo-ckli, Corp. I. n» lifil. — » Le tas el Fo uc«rt. Voyage. »' 173, a, p. 'ji ; cf. Ba-ckli, Corp. I, n» 13iO. - 21 Corp. I. n> IMO.
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trouve dans la seconde. De plus, dans le Cursus honorum de personnages qui ont été plusieurs fois sénateurs, on voit que, dans l'intervalle de leurs ionctions sénatoriales, ces personnages ont rempli d'autres fonctions'.
Nous ne pouvons pas dire avec certitude quel était sous l'Empire le mode d'élection des sénateurs, ni quel était l'âge exigé pour l'entrée au sénat. Ce qui ressort de l'étude des inscriptions, c'est qu'on ne devait être éligible qu'assez tard dans la vie et après avoir exercé d'autres magistratures. Ainsi Agathoclès, qui vivait à l'époque où Hadrien visita Sparte, avant d'être sénateur pour la première fois, a été diabète, hipparque, épimélèle et agoranome : avantdel'être pour la seconde fois, il a été épliore'". D'autres textes font supposer que, liabituellement, on Redevenait éphore qu'après avoir été sénateur^
Pausanias nous apprend que le lieu de réunion des sénateurs, le pouÀE'jT/jpi&v ty,ç y^pc/u^iaç, se trouvait sur l'agora'.
Y avait-il, sous l'Empire, à côté de cette -^^rjui^l-j.. que Pausanias appelle ituvéosiov xucuôxaTov Tf|Ç noXiTEiaç, une autre assemblée, une pouX?,, dont il n'a pas parlé? Les avis sont partagés sur ce point. Bœckh dit très nettement : « A ■^s.'^rMC'.x dislinguenda est T| [îo'jV^ ^ », et, en effet, à côté des inscriptions qui parlent des vépovTsç et de la "^gù'Mijix, il y a d'autres inscriptions, qui parlent des membres d'une flouXr, ou [JouXEuxai \ de décrets votés par une pouX-/j ('i/îa.i(7[ji.a pouX-ri; '), de magistrats élus par la très illustre pouXr, (aipeOévTa ù-'o t-?,; XauLTipoTaTï,; fiouXYii; *), de secrétaires de la pouX/j °. Bien plus, dans une seule et même inscription, on trouve mentionnées tout à la fois la Y^ûODcta et la fiouX-/,. Aristoklès iit partie de la vspo'j^îx, pour la seconde fois, sous Aristonicide, et fut, sous Alkaste, Y?a|j.;xaTEÙ; pouXàç". Cette dualité de sénats à Sparte ne serait pas plus extraordinaire que la coexistence, à Athènes, pendant la période classique, du sénat de l'Aréopage et du sénat des Cinq-Cents, à Argos, d'une pouX/, et du conseil des Quatre-Vingts". Nous pourrions, avec Tittmann'S citer beaucoup d'autres exemples, fournis par les cités grecques de l'Asie Mineure, de la Sicile et même de la Grèce proprement dite. M. Foucart est néanmoins convaincu ([u'il n'y eut à Sparte, soit pendant la période hellénique, soit sous les Antonins, qu'un seul sénat, la yisoucu, dont Pausanias parle exclusivement. S'il y avait eu un conseil, une pouX-/], distincte de la Y£iou(j!3(, les auteurs en auraient parlé et son nom serait mentionné autrement que d'une manière incidente. i< S'il fallait établir une différence entre les deux expressions, je croirais plutôt, dit M. Foucart, que yepouiTia désigne seulement les vingt-quatre yÉiov-Eç, et fiouX-r, la réunion des YÉpovrsç et des collèges de magistrats, «juvac- /l'ai'' ». 11 faut, à notre avis, différer la solution du problème et attendre la découverte de nouvelles inscriptions.
Beaucoup de républiques et de cités grecques ont eu, comme Sparte, un conseil de -(•sûovteç ou anciens, appelé
1 Bœckh, Corp. u" 12H et 124.). — 2 Bod. l. I, n" 1241. — i Eod, t. !, u" li49, 1234 et 1259. — 4 Paus. III, 11, § 2. — C Corp. I, p. 010. — « Bœckli, Coiyj. I, n» 1375. — 1 Eod. l. a' 1343. — 8 Eod. I. n' 1341. — 9 Eod. l. n" 12i8, 1253, 1259, 1345. — 10 Eod. l. n' 1241. — H Tliuc. V, 47. — 12 Griech. Slaalsverfassungen, 1822, p. 481. — 13 Le Bas cl Wadilinglou, n» 173, a, p. 05. — liAristol. Polit. II, 7, § 3. — ly Diodor. Sic. XVl, ti5. — m Voir suprà, chet^nsuih nKSPUBLiCA, p. 1565; cf. E. Ciccoltî, Le Jn.ltiluziimi pubbliche cretesi, dans les Studi e Documetiti di Storia e Dirilto, XIV. 18y3. p. 67 et s. ; A. SciHenolf. Antiquitates juris publici Cretensium, Pétersbourg, 1893, p. 41 et s.
CEKIIOM. < Demosth. De corona, iii, 2*. — ^ id . De corona, 137S, 20. — 3Stiab. 197, 294.
tantôt, comme en Crète '% pouXi^, tantôt, comme à Corinthe'% ys.orrjçix. Mais, exception faite pour la Crète, sur laquelle nous avons quelques renseignements '% nos connaissances présentes sur ces conseils d'anciens se réduisent à très peu de chose. Les auteurs et les inscriptions les mentionnent en passant et ne nous disent ni quel était leur mode de recrutement, ni quelles étaient leurs attributions. E. C.\illemer.
GERROX. — Divers objets faits d'osier, tels que certains boucliers tressés [clipeus, p. 1250] ; les abris qui protégeaient les vendeurs sur l'agora ', ou les cloisons qui séparaient les citoyens qui allaient voter des simples spectateurs ^; la couverture en cerceau d'un char''' [camaka]; unmanlelet servant de défense aux assiégeants devant une place [vinea], etc. E. S.
GERYON [hercules].
GESTICULARIUS, GESTICULATOR [pamomimus].
GESTIO. — Ce mot qui, en droit romain, indiquait d'une manière générale l'accomplissement d'une affaire [ncgolium gcvurv) recevait plusieurs applications spéciales.
I. On nommait negoiiorum gestio ' le fait de celui qui, sans mandat, maisavecl'intentionde nepasresterenperte sini animo donandi, gérait à l'insu du maître [dominus] les affaires de quelqu'un [negotiorum gestorum actio].
II. Il y avait encore (jeslio lorsqu'un tuteur dont le pupille était ijnfans ou empêché, administrait les biens de celui-ci, ne pouvant se borner à l'autoriser, auclor esse, auctoritatem interponere [tutela]. Le curator d'un fou [furiosus] ou d'un mineur de vingt-cinq ans '' avait également des actes de gestion à accomplir.
III. Au point de vue d'une hérédité déférée eœ teslamento ou ab intestat à un héritier externe, hei-es extranetis, appelé à accepter ou à répudier la succession, on nommaitpro hevede geslio '•, dans un sens large, tout acte d'acceptation de l'hérédité; mais, sensu stricto, ce mot désignait l'adition d'iiérédité résultant d'un acte de maître, par opposition à l'adi lion opérée par cvetto ou par une simple déclaration de volonté {unde voluntas). G. Hcmbert.
GIGANTES. — Les Géants sont au premier rang des êtres fantastiques et monstrueux qui, dans toutes les traditions de la race indo-européenne, servent à incarner l'idée des bouleversements volcaniques, des forces violentes et destructives de la nature, en opposition avec ses manifestations bienfaisantes. Dans la mythologie gréco-romaine, ils ont pris, grâce à la poésie et à l'art sous ses diverses formes, une place des plus importantes'.
Le poète de l'Iliade ne les nomme pas encore, quoiqu'il connaisse des êtres qui leur ressemblent, les Titans, par exemple, avec lesquels on les a plus tard confondus. Dans VOdijssée, ils sont conçus comme des hommes sauvages et monstrueux, pareils aux Lestrygons, habitant au voisinage des mystérieux Phéaciens, mais, au rebours de ceux-ci, pleins d'une folle insolence, à cause de laquelle les dieux n'ont pas tardé à les détruire. Leur roi
GESTIO. I Justin, lustil. Ill, 27, § 1 ; fr. 5. Dig. XLIV, 7 ; Cic. Pro Caecina, •■>; De benrf. IV, 27. •- 2 Gains, II, 64; Plin. Epist. IX, 13, 16 ; Justin. Instit. III. 27, §2.-3 Fr. 4, § 3, Dig, XXVII, 3; fr. 3, § 5, III, 5. — * Jnslin, Inslil. III, 19, 87 ; Gains, Comm. II, 167 ; Dig. XXIX, 2 ; God. Justin. VI, 30. — Buii in..ii*iHib. (iûschpii, Vorlesung. ùber dus (/emein. Citnlrccht, (ïi'illing. 1839, II. 2. p. 676- 684; Rein, Das Priualrecltl d^irRûmer. Leipzig, 1853, p. 526, 765. 8.10 ; Du Gaurrov. Inslilutrs de Justinieu explii/iiées, 3» édit. Paris, 1831, n" 677, 1093, lOOs.
tlICAlVTES. 1 V. Wiesi'Ier, Hallische all/jein. Encyclop. der Wissenscli. sert. I. 1. 67, p. l'.l sqq.; l'rellcr, Griech. Mythologie, I, p. 37 scj. i3'<5dil.): Kosclicr, Lfixikon dprgriech. und roem. Mythol. p. 1639 S4|, (articiesd'llberget d'K, Kulmert) ; }>) .^\vL\vr , Die Oigantenund die Titanentn der Antilcen Sage uiid Kunst. Berlin, 1887.
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Eurymédon était le père de la plus belle des femmes, qui donna le jour à Nausithoos, roi des Phéaciens, au temps où ceux-ci étaient eux-mêmes les voisins des Cyclopes'. Il est évident que tous ces êtres se mêlent dans une vue confuse du poète et qu'ils ont à ses yeux une signillcalion identique. Chez Hésiode, les Géants se rapprochent des iiéros proprement dits ; la partie la plus réccnle de la 'rhéorjimh; en fait dos mortels puissants, de haute taille, lout brillants sous leurs armures et munis de lances énormes; dans la partie la plus ancienne du même poème ils sont des fils de Gaia, au même titre que les Érinyes [ruKiAEJ et les Nymphes Méliennes, c'est-à-din; issus du sang d'Ouranos mutilé par son fils-. On a sui)])osé, non sans vraisemblance, qu'Hésiode fut le premier (jui, dans une partie aujourd'hui perdue de la Thror/onic, a chanté le combat des Géants coufn^ les dieux '. Il est certain lout au moins que ce sujet, où se résume tout ce que l'on peut dire sur ces créations de la faiitaisi(i mythique, est antérieur à Xénophane : celui-ci, on effet, nomme parmi les imasj;inations insensées des premiers âges f7rX7.17iJ.aTa Toiv TtcoTÉptov) les combats des (léanls, des Titans et des Centaures'. Ces combats chez Hésiode, tel que nous le possédons, ne sont encore que celui de Typhœus, être monstrueux né de l'union de Gaia avec le Tartare, après que les Titans eussent été chassés du ciel; etTypho'us sera, surtout pour l'art, le prototype des Géants '. Pour nous le premier poète qui ait chanté une Giganlomachie en localisant les exploits de ses héros est Pindare"; il a fait de cet épisode un drame animé, lui donnant pour conclusion la glorification de la race des dieux Olympiciues. Il a placé le théâtre de leur lutle à Phlégra, une plaine de la presqu'île volcanique de Palléné, que dominent à l'ouest, sur la côte Thessalique, les hauteurs de l'Olympe ; un Irait nouveau et caractéristique ajouté à leur légende, c'estl'intervention d'Héraclès, qui conquiert la divinité en prêtant son assistance aux Olympiens, pour qui la victoire est à ce prix ; plus lard Dionysos y est mêlé au même titre".
C'est dans la Bibliothèque d'Apollodore, grammairien du u" siècle avant notre ère, qu'il faut chercher la synthèse des plus anciennes légendes où la poésie grecque, s'inspirant des traditions locales, a chanté les Géants*. lAi nous voyons défiler, avec leurs noms et leurs caractères individuels, tous ces êtres monstrueux qui, sur les divers points du monde gréco-asiatique, représentent la lutte contre les dieux; à leur tête sont Porphyrion et Alcyoneus, le premier s'attaquant à Zcnis lui-même et à Héra à laquelle il veut faire violence, le second succombant sous les traits d'Héraclès qu'Mhéna a amené au
1 Oil. VII, 38; iûj sq. ; X. liO; cf. Pjus. Vlll. i'.K 2. I.c iio.Hc appclli: les (if'-ants, jKïçOu;*oi, «Ypia oùX«, Vài^ «tw^Ok).-!;. Voy. ce qu'Homère dit dos .\loades, OïL XI, 304 sq. Pour ces deruiers. v. Max. Mayer. Tilanen iind Gignnten, |,. Il sq. — 2 Theoi,. 50; ISâ; cf. Uulrach. 1; 171 ; 28i, — 3 Scliol. I.eid. //. XIX. 121 ; I.obeek. Aglaoph. 1, p. 567; Schoeniaiiu. fl/msc. acad. II, 140 ; Wioselcr. U,dl. Encyct. s. I. t. I.XVII. p. 16" sq. — • Allieu. XII. p. 401 : cf. Scliol. .\poll. Uliod. An/. V, 554; Xcuoiili. Fragm. l. il (édil. Karsten). — ■■ Pour Typhœus en gtjiu'ral. V. Ilom. //. II, 7S- ; Iles. Theog. S21 sq. ; pour ses rapports avec les (lOauls, Wcickor, Cn'iecft. Ooetterleftrc, \, p. 791, et, avec les restrictions nécessiiircs, Wieseler, O/i. cil. p. I.ÏO sq. ; /b. 167; 176. Cf. Mayer, Op. cil. p. 135 sq. ; S*4 s,,. 0 Piud. Pglh. VIII, 17 sq. ; iVeill. I. 67 ; cf. Ilor. OJ. III, 4. — : Cf. Kurip. Iferc. fui: 171 et 1163; Sopli. Tfncli. lO.iS sq. ; Caslor. Ai-njm. I ; Diod. Hihl. III, 70 et IV. 15 ; Scliol. Piud. .Vcm. I. 100 ; Ilor. Od. II. 19. 31 ; 12, 7 ; SU. |t. l'un. XII, 143 ; Macrob. Sal. I, ÏO, 8, — » Apollod. Ilitit. 1. « : pour le coninienlaire, Wieseler, p. 142, et Majer. p. 172 sq. La Gisantonlarlne de Claudjen et 37 vers grecs sur le nièuio sujet qui lui sont attribués s'inspirent ou d'Apollodore ou des sources auxquelles ceUii-ri avail puisé. Cf. encoi'o Sid. Apoll. Cann. IX, 73 sq. — » Sur le rùle de (iaia eufaulant des Liéanls pour se venijer des dieux qui
combat ; car l'oracle avait déclaré que les fils de Gaia ne pouvaient succomber que sous les coups d'un mortel. Athéna elle-même triomphe d'Encélade et aussi de Pallas qu'elle dépouille de sa peau pour s'en faire l'égide. Apollon lutte contre Éphialtès, Poséidon contre Polybotés qu'il écrase sous l'île de Nisyros, Dionysos contre Rlioelos, llécatii ou Héphaislos contre Clytios, etc. Démêler seule lie prend pas part à la lutte, sans doute à cause des liens de pareiiti; intime qui la rattachent à Gaia, mère des Géants ". C'est un raffinement de la poésie aiexandrinc (|ui taiiti'it veut qu'.Vphroditè seule avec Érossesoit enfuit! il(! l'Olympe au moment du combat, et qui tantôt fait tomber les armes de la main des Géants, à la seule apparition des divinités de l'Amour".
Un pareil sujet, groupant dans un seul épisode tous les dieux d'un côté et de l'autre toutes les personnifications monstrueuses de la légende hellénique, devait offrir aux poètes épiques et descriptifs une matière inépuisable : d'autant mieux (ju'ils y pouvaient faire entrer successivement presque toutes les légendes particulières et locales oti était exprimée, sous des formes variées, l'idée de la lutte du bien contre le mal, de la lumière contre les ténèbres, celle des forces destructives de la nature, éruptions volcaniques, inondations", cyclones, tremblements de terre, contre la loi d'ordre et d'harmonie: finalement l'idée des chocs de la civilisation hellénique et romaine contre la barbarie. La popularité en est attestée, antérieurement à tout monument artistique, par leur difiusion sur tous les points du monde ancien. Nous en relevons des vestiges en Asie Mineure, à Magnésia près du Sipylos, où des monnaies nous montrent Athéna en lutle contre Encélade'^; dans les îles de Crète, de Naxos, dans celle de Cos où l'on place d'ordinaire la lutte do Poséidon contre Polybotés; dans celle de Chios, dont on fait la patrie du Géant Mimas, dans celle d'Eubée qui est le berceau de la légende de Briarée-Aegeon ". Sur le continent les traces de la légende ne sont pas moins nombreuses ; la Béolie est la patrie de Typhœus à qui les Géants en général semblent redevables des traits caractéristiques que leur attribuent la poésie et l'art depuis le v' siècle " ; l'.Vrgolide a donné naissance à Eurymédon dont Homère déjà avait fait leur roi ; la Thessalie connaît les ,\loades qui ne tardent pas à se fondre dans la conception générale des Géants. Enlin r.\ttique a tiré de la Giganlomachie un des épisodes les plus populaires de l'histoire fabuleuse d'Alhéna; elle oppose tour à tour la déesse au Géant Pallas, dont le souvenir survit, tant dans le dème de Palléné que dans le vocable de Ptillf-nis que porte la déesse ' ', et au Géant Encélade qui dans la Bulra-
out jeté les Titans dans le Tartare. v. Apollod. 1. C,3;Tzet7. Lycophr. A /ex. 63 ; Seliol. Apollon. .4ii/oii. 11.40; Diod. Sic. III, 70, 6; Scrv. Afn. IV. 178 : .Mylhoyr. Vrt/. I, 11; II, 53 ; Claud. tfijaH/oHi. inil. ; Nonn. Dionys. 48. 10 sq. De même chez les Latins, I.ucil. .\eln. 66; Hor. Od. III, 4. 73. Fils de la Terre les Géants sont appelés ^r.Yivt"; {Batrac/i. 7 ; Sopit. Tracft. 1058. etc.'. el l'élyniologie la plus probable est colle qui rattaclie -t^a; à -^f,. — '0 Tlieniist. Orat. p. 217. 3 Si].. \édil. Dindorf) ; cf. Claud. Giganl. 43 et le bas-relief d'Aplirodisias. infra 92. — *' Varpon expliquait la giu'automachie par leti phénomènes d'un déluge : V. Serv. Aen. 111, 578. — '- Indioof-Blumer, Zntschr. far Ntimism. 1883, p. 8 el II avec la toble IV, 9-16; JUon. detl. Intl.. I, pi. ïiiv A. I: .Vylli. Val. I, 12 et infra. p. IS63. — " Diod. Bib! . V, 71; PseudoEraloslh. Calast. XXVII : Plin. Bisl. nnl. VII. 16. 73; Apollod. Itibl. I. 31 et 7, 4 ; Euslalli. Od. III, 172; Sirab. X. IS"» el R. 392; Paus. I, 2, 4. — 'V Sehorniaun, Dr Typhoco, p. 25 et Opitsc. Acadfm. II. p. 369; pour les liéants en .\rcadie et en .Xchaîe. v. Klausen, Aeneas und die I'eiiiilen,\t. 1228; pour Porphyrion et .\lc\oneiis localisé dans l'islhrae de t^orinllie. Scbol. Apollon. RhoJ. Jij/oii. III, lO'.il ; Pind. .Vei«. IV. 25. — '5 Euripid. 11,-racl. 819, 1031.
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chomyomachie succombe sous les coups de Zeus, mais qui partout ailleurs est l'adversaire d'Athéna, celle-ci recevant même dans cette lutte le surnom de Lyy.klxooç*.
Nous avons dit que selon Pindare et selon les poètes, peut-être plus anciens que lui, dont Apollodore recueille les traits, le lieu mythique par excellence de la Gigantomachie est la presqu'île de Palléné et dans cette presqu'île la plaine de Phlégra. On rencontre des localités portant le premier de ces noms en Attique encore et en Achaïe ; quant au nom de Phlégra, qui signifie la terre brûlée, il sert aux poètes et aux mythographes à désigner toute espèce de plaines, de champs et quelquefois de collines où la légende fait combattre les Géants contre les dieux-. Tel est le cas d'une partie de la côte de Campanie au voisinage du Vésuve et de Cumes, où d'ailleurs l'imagination des anciens aimait à. localiser plus d'une tradition d'un caractère mystérieux et terrible. On y plaçait le théâtre de la lutte des Géants dès les temps d'Aristote et le tombeau de Typhœus^; il est probable que plus anciennement déjà on les plaçait aussi en Sicile*. Virgile, sur la foi de quelque poète grec, y ensevelit Encélade que Jupiter frappa de la foudre et le relégua au fond de l'EIna, tradition qui est suivie par les poètes latins en général, tout comme les poètes grecs font écraser Polybotès sous l'île volcanique de Nisyros °.
Une autre preuve de la popularité de la Gigantomachie au v° siècle, c'est qu'elle est dès lors un objet de parodie. Le Scholiaste des Oiseaux en parle comme d'une matière rebattue ° ; Aristophane y fait lui-même au cours de son œuvre des assimilations plaisantes, surtout quand Pisthétère menace d'envoyer contre l'Olympe une armée de poules d'eau (en grec Tropouptûvai;) accoutrées de façon terrible, comme le maître des Géants l'était dans les monuments de l'art et de la poésie du temps''. Le jour où la défaite de Sicile fut annoncée dans Athènes, on y jouait une Gigantomachie du comique Hégémon", et nous voyons, par le Cyclope d'Euripide, que le drame salyrique exploita, lui aussi, le sujet, mêlant à la bataille les satyres avec Silène ; il est dit ailleurs que ceux-ci y luttaient montés sur des ânes qui par leurs braiements remplissaient les Géants d'épouvante'. Les vases à figures rouges, où Dionysos avec son thiase est le héros idéal do ce combat, laissent fort bien deviner ce que devaient être ces représentations parodiques '".
Après les conquêtes d'Alexandre et sous l'influence des pratiques de l'Apothéose, la Gigantomachie prend un caractère politique; c'est-à-dire que les poètes assimilent les grandes expéditions de ce roi et les campagnes de ses successeurs, considérées comme les lulli^s de l'hellénisme contre la barbarie, au choc légendaire des dieux etdes Géants". Quoique leurs œuvres soient aujourd'hui
1 Apollod. I, C, 2; cf. Virg. ,'Kn. III. j7" sq.: llcsycli. cl Elvni. Magn. s. v.
— 2 V Wicïflcr, p. I5G sq. ; ■l'V.i'Yfa; ctSiV/ (Piiid, Nem. I, tl7) ; rkit (Escli. lium. 293); Phletjraeus campus (Propcrt. IV, ii, 37 ; Ovid. Afelam. X, 130 ; Sil. liai. PunAX, 305); ailleurs PlUfljrnea ana.jiiga, cuslra. Ct. Polyb. //is(. Uii. III, 91, 7, 3 Slral). V, 213, 2i.-, ; Oiotl. Sibl. IV, 21; Dio Cass. LXVI, 23 ; Sil. liai. XII, U3, de. — ■• Serv. Aen. III, 57H et Virg. Aim. IX, 710. — 5 Virg. III, 577 d sq. ; Slal. Theb. III, 393; Claud. Jlnpl. Pros. I, 133. V. pour les aulres localisalions à liiaiim<s, Pilliécusa, Procli; la, elc. les li'inoignages chez Wieseler, Op. cil. p. 151 sq. Cf. sur le rayllie des Géanls eu llalic, Maycr, Op. cil. p. 207. — 6 "EmIov (dans la Didascalic en Icîlc do la piice). — ' Av. 821 sq. ; 1249 sq.; Mari. XIII, 78. — 8 l'olcni. chez Alhen. Deipit. XV, p. 699 ; el IX, eh. I.XXII.
— ^Ci/cl.r,; Hyg.P.Aslr.U, 23; Mylhogr.l, 1, 1 1. — m Knehncr, J/uscM rfe /'ranci', p. 24-26, pi. VI. — Il V. Fr. Koepp, De Gigantomachiae inpneseos nriisquc monttntenttx Uîii, Bonn, 1883, p. 7 et passini. — 12 Alex. fort. 10, p. 341 D. — 13 fleydeuiaun.
toutes perdues, il ne manque pas d'indices pour affirmer que celte innovation appartient aux poètes officiels du règne d'Alexandre. Le témoignage le plusexplicite est un texte de Plutarque où les ennemis vaincus par le roi de Macédoine sont appelés des Typhons et des Géants'^ Les vases peints où la Gigantomachie fait pendant à la course victorieuse de Dionysos dans l'Inde, ceu.\-là aussi où ce dieu est le héros principal de la lutte, Athéna et Zeus y passant au second plan, sont peut-être issus de la même inspiration ". Des assimilations semblables servent à idéaliserles épisodes de l'invasion des Galates en Asie el en Grèce, notamment leur défaite miraculeuse auprès du sanctuaire de Delphes. Attale, roi de Pergame, qui imita Alexandre dans ses prétentions à l'apothéose et qui se donnait, lui aussi, comme le fils du dieu aux coi-nes de taureau^', lit don aux Athéniens, qui les installèrent sur le mur sud de l'Acropole, d'une œuvre de sculpture aux vastes dimensions, où Dionysos avait son rôle'^; la Gigantomachie en était une des parties; elle faisait pendant à la représentation de la grande victoire de ce roi sur les Galates en Mysie, alors que, par une llatterie délicate à l'adresse des Athéniens, la bataille de Marathon répondait au combat des Amazones contre Thésée. 11 est probable que, dans la pensée d'Eumène II, successeur d'Attale, la grande Gigantomachie qui ornait l'autel de Zeus Sauveur à Pergame et dont il sera question plus loin, procédait d'une pensée analogue". Ces assimilations entre les batailles humaines des temps réels et les luttes fabuleuses où avaient triomphé les dieux passent de la poésie alexandrine dans celle des Romains ; les exemples en sont nombreux au siècle d'Auguste et cela au profit de cet empereur;, mais elles paraissent avoir été pratiquées déjà au temps de la République, comme le prouve le denier de la gens Cornelia où L. Cornélius Scipio Asiaticus, vainqueur d'Antiochus à Magnésie, est représenté avec les attributs de Jupiter abattant les Géants'". Elles continuent jusqu'à l'extrême déclin de la latinité, tantôt développées tout au long, tantôt indiquées en passant". Le dernier spécimen du genre est de Claudien, qui fut d'ailleurs l'auteur d'une Gigantomachie puisée aux mêmes sources que la Bibliothèqtw d'Apollodore ; la victoire d'Honorius sur Alaric, c'est celle de Jupiter sur les Géanls ; le poète, se mettant luimême en scène, rêve qu'il dépose aux pieds du maître de l'Olympe l'œuvre à laquelle applaudit la céleste cour". Les premières représentations figurées-" des Géants relèvent de l'épopée, moins toutefois des poésies homériques où ils ont plutôt l'allure d'être sauvages et fantastiijiies, que de la descriplion d'Hésiode telle qu'elle a été [\\éQ et complétée par Pindare ; c'est-à-dire que les Géants ne nous apparaissent tout d'abord que comme
Bie Vasensamml. des Mtiseo Nationale, p. 423 sq. n« 2883; Koopp. Op. rit. p. 44; Bull. Jnsl. Arcli, l!i4î, p. 67 sq. — 1* V. le poète Phaeuuis ap. Paus. X, 15,2; Diod. Fragm.l. V, p. 105 (M. Dindorf). — i» Paus. I, 25, 2; cf. Plut. Ant. 60. — 1'' Koepp, Op. cil. p. 32. — '7 Cohen, Médailles consulaires, pi. xiv, Cornelia, »' 1, et plus bas, p. 1503. — '* Ovid. Trisl. Il, 67 sq. 317 sq. ; Jix Pont. IV, S, 53; Luc. J'tiars. I, 33; Mart. VIII, 50; Sil. liai. Ptm. V, 107 sq. ; of. l'ode d'Horace, I, 12 tivec les conimenlaleurs et Prop. Il, I, 39 sq. etc. — 19 Chiud. Cnrm. XXVIll, 153 et Paneg. de VI consul. Honor. Augusli, XXVII, 17; cf. Stark, Gigantomachie auf untiken Reliefs, elc. Meideibcrg, ISOU, p. 23.— 20 Sur celle queslion. v. Overbeck, Kunstmijth. I (Zeus), p. 339-398: allas, t.-ib. IV et V; VVieselir, Op. cil. p. 137 sq. ; Roschcr, Lerikon der Mythol. p. 1G53 sq. ; MJilIer. llandbwh der Arch. % 300; Stark, Koepp, Op. cit.: Ilcjdeuianu, / el V/ Ifallisches Winckelmaiiiis-programm ; eu derniLM- lieu, M.njer, Op. cil. 2" partie, p. 203 sq.
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des héros semblables aux hommes, remarquables autant parleur beauté que parleur vigueur. Cela est vrai surtout lorsque les artistes nous les montrent combattant contre les dieux, tant est puissante sur l'art l'influence de la poésie épique. Sur les vases à, ligures noires, dont les plus anciens remontent au vi' siècle, ils ont les traits et l'armement des hoplites; ils sont le plus souvent imberbes, quelquefois barbus et presque toujours d'une expression vaillante et juvénile ; leurs armes sont la lance et l'épée ; ils sont coifTés du casque et munis du bouclier; ils combattent à pied. Le Louvre possède un des exemplairc^s les plus anciens de ciitte représentation sur une amphore ionienne trouvée à Caeré, d'autant plus précieuse que chaque combattant porte son nom inscrit h côté de lui; le combat s'y livre dans la même forme que celui des Troyens et des Grecs autour du corps d'Achille '.
Le type ainsi conçu avait le grave inconvénient de ne distinguer suffisamment les Géants ni des autres héros ni des dieux ; à une distinction par les différences de la taille il ne fallait même pas songer. C'est alors qu'on sentit le besoin de les caractériser, en les drapant dans des peaux de bêtes, en leur donnant comme armes des torches et des quartiers de rochers, ce qui veut dire les moyens d'attaque propres à la sauvagerie primitive. Ainsi nous les voyons apparaître sur les vases à figures rouges, en même temps que dans les témoignages littéraires de la fin du v° siècle-. Mais ces moyens destinés à les faire reconnaître étaient eux-mêmes peu expressifs; ils ne se prêtaient pas à toutes les situations '. Alors les artistes, s'avisant qu'à la légende des Géants proprement dits, il s'était peu à peu mêlé des êtres monstrueux qui avaient eu longtemps une personnalité indépendante, Typhœus, Alcyoneus, Briarée-Aegeon, etc., étendirent à tous les Géants sans distinction les traits qui caractérisaient les plus connus d'entre eux. Typhœus sur le trône d'Apollon Amycléen, Boréesur le coffre de Cypsélos étaient un mélange de la figure humaine avec le corps d'un serpent '•. A leur image, le type classique du Géant devint un corps héroïque dont les jambes, à partir des cuisses ou des genoux, affectent la forme du serpent, la tête du reptile formant généralement l'extrémité inférieure.
Il n'est pas aisé de déterminer à quelle époque cette transformation s'opéra : jusqu'à la découverte de la frise de Pergame les archéologues étaient plutôt disposés à l'avancer jusqu'au i" siècle avant notre ère', à faire même hommage de cette conception à l'art grec sous riniluence romaine. Cette opinion n'est plus défendable aujourtl'hui. Kulinort a fait cette remarque topique'', ((ue sur les vases peints d'ancien style, les Géants n'ont la ligure purement humaine que quand ils luttent contre les dieux ; le n'ile seul de ces derniers et
1 Mommieiili (/('//■ liisl. VI-VII. |>l. 78; coniparci [,[A. 51. Cf. Ovorbcck, Atlas, tab. IV, 3, 6, 7, 8,3 et (^ommenlairo, p. 3i! sq. ; Lonnrniant cl de Wilte, Klilf céramnyr. I, p. (i cl aO : pi. 1 , 2, 0, 8, 10. Il ; lU, pi. li, 31 .llcrlianl, Aiiserlet. Orieell. Yaxnibiltirr, I, p. i.ï, noies 2.1 cl sq., lab. 5, Cl, Ci; Slcpliaiii. Vascnsamml. fies kais. tymilni/e, n" 57, 84, S2I. — 2 l'Ial. Soph. 33, p. :!16 ; Arislopll. Av. an sq. ; Ii49 sq. ; Sopli. 7Vnc/i. 1058; Eurip. Phoeii. 1!8; cf. Hor. OtI. Ul, 4, m clc. cl les épitliMcs ; ;i«Oj/ttÎT«u paOy^*"'*"*» cbcj. Tzeti. I.ycopliP. Att^x. 03. Les vases ap. Oïcrbcck, lab. iv, 10, li ; V, 4. clc. el Maycr, O/i. cil. ; cf. ficrliard, Trinksehalen und Gefaesse, lab. ii cl m. — ;* Sur la question des Gisants antjuipedes, serpenlipeilfs el lie leurs rapports avec Tvpbœus. v. Wicselcr, p. 145, il. 2C el 27; 162 cl s.; Ovcrbeck, p. 3S3 et 374; cf. 580; Slark. Op. cil. p. i\ ; Maycr, Op. eil. p. i74 sq. cl passini. — V Pour Tjpluvus, Boréu, Atlas etc. prototypes tics Gt^aiils
leurs attributs caractéristiques, à défaut des noms placés auprès des figures, permettent de distinguer une Gigantomacliie d'un autre combat. Il n'y a qu'une seule exception, c'est un vase à ligures noires où Zeus, genou en terre, brandit sa foudre contre un monstre, barbu, à face humaine et ailé dont le corps tinit en queue de serpents'. Au contraire, quand les Géants sont groupés avec des animaux, ils sont eux-mêmes thériomorphiques. L'animalité est très probablement la forme la plus ancienne de ces monstres; si elle en a disparu dans l'épopée, c'est pour des raisons d'art; elle est pour les mêmes raisons écartée des premières représentations plastiques ; de même la mullipiicité des membres qui appartient par délinition aux Ilécatonchires n'a pénétré que rarement dans fart grec. Cette animalité qui appartient, même dans les représentations les plus anciennes à Typhœus, à Allas et à Briarée, comme elle est un des caractères des autochthones en général, apparaît moins comme une innovation du iv' et du m'' siècle dans la représentation des (ïéants qu'elle ne semble un retour à la conception primitive et populaire.
Un monument qui par le style et par l'exécution semble remonter jusqu'au temps d'Alexandre est le bronze du musée Kircher à Rome (fig. 3559) qui représente Athéna en lutte contre Pallas ou Encélade, sous les traits d'un héros dont les membres inférieurs se déforment à partir des hanches pour se terminer en têtes de reptiles qui se redressent menaçantes contre la divinité ".
A la même époque appartient la grande amphore de Ruvo dont les anses sont ornées de reliefs qui représentent l'un un géant barbu et ailé, terminé en dragon couvert d'écaillés ([ue terrasse Athéna, l'autre un géant imberbe, dont les jambes se contournent en spirales autour des cuisses, l'une des tètes s'élevant jusqu'à la poitrine de la déesse".
La frise de Pergame et les bas-reliefs romains auxquels elle a servi de modèle nous ofiTriront le type complet et parfait des Géants scrpeiilipedcs, habilement mélangés, tant avec le type du Géant héroïque qu'avec
tbériomoriiliiqucs, v. Paus. III. 18, 7; V. 1'.', I; Aeseh. Sept. Theti. 475; Hor. Od. III, 4, S3sq.; Imhoof-Blunier, /TeiV.icAr. filr jViimi.TOKifit, 1885. p. 138; Onitrrk, p. S'.n ; Wicselcr. p. 176 clc. : Jahii. Aiiiuili dflf fnstil. 1883, p. 244, d. 1 et IS6!>. (1. 190, 11. 2. — i" Pour Wicselcr, Varroii et Ovule seraient les premiers des Latins à les iigurer ainsi ; mais .Wicvius déjà les appelait bicorpores. ap. Priscî fust. Girtiii. (cdil Hertj, p. 198. l'aus-inias. VIII. 29, 2, cl F'hilostrale, J/eroica, p. 669, dt^clarcnl ce niébauge absurde et rôpu^ant. — 6 Ap. Roscber. Op. cit. 1671. — - GcrlLinl, Auseries. Vasenb. III. lab. 237. Cf. Baunieistcr. Dtnkmaeter der allcn Kttfist. II. t. 67, n* S50. g^anl aitt^. qui linit eu quadruple scrpcnl arec les lôtes à rcilri^miltî; Hoydemann. I Hitti. WinkelmaRiisprogr. p. 14. — 8 D'apnVs le Jour}iat ofhellen. sltiHies. 1383. p. 90. — » Diillel. .Vetipol. t, n' li ; Monum. il. /iisf. V,l,ab. 11. li; Oierbeck, lab. V. n" la. 7 4.
Fig. 3539. — Minerve et Encélade.
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celui du Géant Imrbii, d'aspect sauvage et même tliériomorphique. Alors aussi nous rencontrerons dans la représentation de ces monstres, qu'il s'agisse des œuvres de la poésie ou de celles de l'art, des rnffinemenls qui poussent jusqu'à l'horrible ce que l'art d'un goùl plus pur avait fait simplement effrayant. Sur un vase peint, le Géant se termine en serpent cjuadruple, avec la tète du reptile à chaque extrémité; ailleurs des petits serpents semblent sortir du bas-ventre ; ailleurs des serpents se hérissent sur les tètes en guise do chevelures et les oreilles affectent des formes animales. Nous avons déjà noté des déformations analogues dans le type des Furies' [furiae].
La péplographie panathéna'ique semble avoir exercé sur les représentations de la Gigantomachie, notamment par la céramique, une influence prépondérante-. Le long de la tunique de l'Athéna de Dresde [voy. t. I", fig. 932J, statue qui dans son ensemble a un caractère archaïque, alors que certains détails révèlent un art plus achevé, sont sculptés en relief onze motifs qui représentent des Géants au type héroïque, opposés en combat singulier à tout autant de dieux '. Zeus seul et Athéna sont nettement reconnaissables; quantaux Géants, il n'en est aucun que l'on puisse identifier avec certitude. Aux motifs de la péplographie sont également empruntés les vases oii la Gigantomachie fait pendant à la scène de la naissance d'Athéna \ 11 en est de môme du relief dont Phidias orna la face interne du liouclier de sa Parthénos, la face externe représentant le combat de Thésée contre les Amazones'; on a d'ailleurs cru reconnaître Athéna en lutte contre un (iéant sur une des métopes les plus mutilées du Parthénon". Enfin une amphore à figures noires, du meilleur style, nous offre la déesse armée de la lance, casque en tète [t. 1", p. 102, fig. 142], sur le bras gauche l'égide, sur la poitrine le gorgonéion, qui renverse le Géant Encélade armé de toutes pièces, avec le liouclier à l'emblème de la iriquelra; deux oiseaux complètent la scène, la chouette au repos près d'Athéna et, au-dessus de la tête d'Encélade, un oiseau de proie'; elle est armée de même sur une amphore à figures rouges du Musée du Louvre*. Lors même qu 'Athéna n'occupe sur les représentations de la Gigantomachie qu'une place subordonnée, les artistes s'attachent à faire ressortir son rrtle ; elle est la tueuse de géants (YiyavxoXéxtç) et partage l'honneur de ce titre avec Zeus (YfcavToXÉTtop) ; elle a conquis dans la lutte le surnom de Niké que lui donnent les Athéniens; même celui d'Hippia est rapporté à cet épisode de sa légende '.
1 Denkmaeler, II, 67. n" fi49 ; v. le vase cité, p. I5t>7. note 7; Nonn. Zïio)). passim et nmtAE, |i. 1419. — 2 Wiescler, Op. cit. p. 1^8 ; 0. Mîiller, /fonriàuc/t der Arch. i 396, 11. 4 ; Koepp, /. /. p. 56; Ovcrbcck, Ib. p. 34i. V. d'ailleurs Piocl. Plat. Tim. p. 2b F ; Scliol. Plat. Jiep. p. 143 et Plat. Eulyphr. p. 6 B ; Eiirip. ffec. 472 : Ipliig. Taur. 224. — ^ Hcttner, TJie JÎHdwerke der k. Anti/censamjnlttng in Dresden, 2" ddit. n» 143; Ovcrbeck, Atlas, v, n ; texte, p. 376. — '• Gerhard, Auserlcsme \asmb. I, p. Il et 30. — s piin. Hist. Nat. XXXVI, 8, 18; cf. Sid. Apoll. Carm XV, 18 sq. ; Mayer, Op. cit. p. 267. — i'> Métope n» 44; Micliaelis, Partkenou ; Overbeck. Gesch. der griech. Ptasti/c, I, p. 291. V.T. les reliefs en métal, Winkelmann, Monnm. ined. p. il; Mus. liorbon. X. t. XXXI; Gerhard, Ktrmh. Spier/el, I, 67, 68. — ' /ilile ci^ramographii/iie. I, 8. — ** Aïoitmu. pnbt. par CAssoc. des liludcs grccfjtœx, 1875, pl. 1. Sur les reprt'fsentations d'Athéna en lutte avee Encélade sur les vases peints, v. le catalogue dressé par Mayer, Op. cit. p. 309. — » Scliol. Aristid. J'aiiath. p. 327 4; Arislid. Miiierv. H, 11, p. 15 ; llornut. Nat. deor. p. lis (édit. Osann) ; Mijthoor. l'n(. II, 33; Sid. Apoll. Carm. VI. Pour les vocables de Niké et d'Hippia, v. Eurip. Ion. 1528: Paus. Vlll, 47, 1; Orph. llym. XXXII, 72. Cf. Drnchmann, Epilketa dcorum, Snppl. ad lîosclicr, I.cMkon, p. 9. V. les vases où Niké conduit l'attelage au combat; Miiller-Wiesclcr, Denkm. der ail. liunst, 11, lab. 66, n» 643.
Au-dessus d'elle et par droit de préséance plutôt que pour l'importance de son rôle actif, se place Zeus luimême '" ; il combat armé du foudre [fulmenJ qu'il brandit dans sa main droite; sur l'amphore du Louvre, sur le camée d'Athénion et la monnaie de Cornélius Sisenna, il tient en plus le sceptre de la main gauche. Son adversaire préféré est Typhœus ; parfois il est assisté de l'aigle qui lui apporte des foudres dans ses serres". Héra a pour adversaire Porphyrion, qu'aveugle un amour insensé pour la déesse; comme Athéna, elle est armée de la lance '^. Poséidon combat d'ordinaire contre Polybotès qu'il frappe du trident, plus rarement de la lance avec la main droite, tandis qu'avec la gauche il se prépare à l'écraser d'un quartier de roc ([ui représente l'île de Nisyros'^. Apollon manie Fépée plus souvent que l'arc; on le trouve luttant nu et avec l'arc sur la frise de Pergame '*, avec l'arc et une torche sur l'amphore du Louvre. Artémis figure avec l'arc sur le bas-relief du Vatican, dans l'attitude que lui donne la statue connue de Versailles ; près d'elle figure Hécate armée de deux torches; on trouve de même celle-ci sur la frise de Pergame, tandis que la coupe d'Erginos et l'amphore du Louvre donnent les torches à Artémis elle-même'" ; Hermès est armé de l'épée, quelquefois de la lance"'; Héphaistos combat tantôt avec un marteau, tantôt et plus souvent avec des tenailles et des masses de métal rougies au feu ''; on voit encore sur le vase du Louvre, Déméter ou Héra tenant d'une main un sceptre en guise de lance et de l'autre une torche, Proserpine armée d'une épée, les Dioscures à cheval, brandissant la lance. Dionysos et Héraclès sont particulièrement remarquables; celui-là fournit le motif principal de la première moitié d'une cylix oii Poséidon fournit celui de la seconde; il y figure barbu, vêtu de la tunique à longs plis, tenant dans la droite une lance, tandis que de la gauche il enveloppe le Géant de guirlandes de lierre. Le vase du Louvre nous le montre debout armé delà lance sur un char attelé de léopards, placé au centre de la composition à côté du quadrige de Zeus conduit par la Victoire. Ailleurs encore il est assisté de ses animaux familiers, du lion, de la panthère, du serpent; sur la frise de Pergame, où il est drapé dans la tunique courte et chaussé de Vcndromis, il a pour compagnons les Satyres '". Quant à Héraclès, il est le personnage divin qui nous offre les attitudes les plus variées; le plus souvent il combat avec l'arc, quelquefois avec l'épée et même avec la massue. Sur un grand cratère, de Ruvo, à figures rouges ", où les dieux combattent du haut de l'Olympe contre les Géants
— 10 Pour Zeus dans la giganloniacbie, v. Overbeck, Op. cil. 339 sq. ; Albricns Philos. lie dcorum imatjinibus, i : luppiler pingebatur in throno ebnrneo sedens, sceplrum regium in manu tentons, scilicct sinistra ; ex altéra vero, scilicel dextra fulmina ad inferos mittens et Gigantes repressos fulmine tenens sub pedibus et conculcans. — llServ. Ara. I, 394; IX, 564; Mylh. Vttt.l, H; II, 3, III. 3, 4. V. la monnaie de Bruzusen Phrygie, Mionnet. Descript. A/i''d. IV, p. 246, n" 31 1: Suppl.VIl. j). 524, n» 211 ; pl. xii,2; Lcnormnnt, Trésor de numistnat . c\. 1, sér. 1-3, pl. iv, 12 et p. 18; Dubois, Antiq. de Al. le comte de Pourtalès, n» 123. — '2 ApoUod. I, 6.1; Claud. Gigant. 1 14 sq. ; Ilor. Od. III, 4, 54; avec la lance sur la coupe d'Erginos (p. 1560) ; avec l'épée sur nue amphore à ligures noires du Musée Brilannique. n" 557 Overbeck, v, 3 et sur le vase de Caeré {/b. IV. 8). — ^'^ Vase d'Erginos (p. t560) et la cyii\ à figures rouges du musée de Bcrliu(l002) ap, Overbeck, iv, 124; Jahn, Vasensnmmlung des K. LudwigSfn" 1263. — *^ Vase d'Erginos, la frise de Pergame, Rajel, .Von. de l'art antiq. pl. 61, 62; Bauraeister, II, lab. xl, avec le carquois. — 'o Cf. le cratère de Ruvo à figures rouges, Overbeck, v,4; et pour le bas-relief duVatican, p. 1561.
— 16 Micali. .Mnnnm. inéd. 37, l: .Monnm. de l'assoe. des éludes grecques, l.l.
— 1" Gerhard, Trinkschalen des k. Muséums, lab. x, xi, a, n. Cf. Overbeck, Atlas, rv, 12 b et v, 1 b. — IS Overbeck, Ib. v, I (Cylix de Beugnot, au musée de Berlin): Dull. Insl. arch. 1847, p. 102; Baumeistcr,Op.ciMl,p. 1261.— '«Overbeck, pl.v,n»4.
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placés à l'étage inférieur, Héraclès, non encore divinisé, lutte seul au milieu d'eux, levant la massue sur le Géant qui clieiche à s'enfuir. Sur les vases à figures noires, qui ignorent ce raffinement orphi(]uc, il combat
en compagnie des autres dieux et cela dans une situation privilégiée, tirant de l'arc sur le char même et aux côtés de /eus. Une cslix de Vulci, à figures rouges, nous le montre marchant à côté des chevaux, vêtu d'un costume
Fig. 3560. — Les Géanls escaladant TOlynipe.
oriental d'étoffes bariolées, en manches longues et anaxyrides qui descendent jusqu'aux pieds. C'est lui enfin qui sur la frise de Pergamo étrangle un géant à tète de lion, comme dans la légende connue il étrangle le lion de Némée'. Sur la frise do Pergame on reconnaît en plus Niké, Cybèle, Nérée, Amphitrite, Hélios, Éros ou Phosphoros, etc.-. On reconnaît Ares dans la figure casquée et munie du bouclier de la frise d'Aphrodisias ^. Dans la composition du vase du Louvre, ce dieu combat à côté d'Aphrodite sur un char attelé de quatre chevaux, Éros est agenouillé, tirant de l'arc, sur un des chevaux.
Alhéna, Hermès, Hélios, Séléné et, sur la frise de Pergame, Éos, entrent également dans la lutte sur des chars; la composition de la coupe de Nicoslhônes comporte quatre chars dont deux ne son t montés que par des écuyers à longue tunique flottante '•. Deux des fragments principaux de la irise de Pergame, les groupes de Zeus et d'Athéna doivent être complétés par des chars au repos, sculptés à l'arrière-plan ^ Pausanias dit avoir vu, au temple de Démêler à Athènes, un Poséidon combattant à cheval contre Polybotès '^.
Les plus anciennes représentations ne se préoccupent point de déterminer le lieu de la lutte; il faut descendre jusqu'aux temps où l'art raffine et innove, îi la suite de la poésie, pour nous aviser d'un effort ii localiser le combat aux yeux du spectateur. Deux vases à figures rouges sont caractéristiques à ce point de vue : l'un met les dieux dans la partie supérieure, Zeus debout dans le (]uadrige avec Niké qui conduit ; à gauche Athêna debout sur le sol, dardant la lance vers le bas, à droite
1 V. Ovcrbeck, ,\llas iv, les 11"' 3. G. y, li a: v. 4; Haumcislcr, II, lab. xi.. — 2 Pour les dieux de la Giganlomacliie de rergamc voy. Johrtiùcfter der k, Preuss. Ktitistsamvilunijfn, 1880. I. j). ISO m]. ; Rayet, Monuni. de l'art, ant. pi. 61,63 cl plus lias, lig. 3.S6fi. — ■' 11 lij;uresur le vase d'Erginos; cf. I.iicil. Aetn. 61 ; Cbud. Cisi(iri(. 37, :.î; Slal. AcMll. I, 4S5. — 1 Ovcrbcck, iv, 7. — G y. l'arliclc PtTiyamoH, de 'rreudclctiburg ap. Bauiucistcr, p. i2j>8 sq. ; Michaelis, Par/AenoJj.
Artêmis assise tirant de l'arc dans la même direction ; les Géants occupent la partie inférieure, avec Héraclès armé de sa massue au milieu d'eux; celui qui occupe le centre est du type barbu, d'une expression sauvage, drapé dans une peau de bête. Près de celui qu'Athéna va frapper, un Géant imberbe saisit un rocher qu'il fait mine de lancer vers le quadrige de Zeus. Le second vase, (|ui n'est plus qu'un fragment, nous offre les deux zones séparées par une bande ornée; les Géants imberbes gravissent les pentes et font sauter les rocs avec des outils de carrier pour les lancer ou les entasser; de la partie supérieure il reste à droite le char d'Hélios qui entre dans la lutte ; au-dessus de lui sont visibles encore les chevaux du quadrige de Zeus et à gauche descend le char de Séléné (fig. 3300 - ". Ces vases sont les seuls monuments qui expliquent par une influence grecque les descriptions favorites des poètes romains ; ceux-ci seuls, en effet, sur les données d'Apollodore, chantent les Géanls qui escaladent le ciel et lancent contre lui des roches avec des arbres embrasés*. Dès lors aussi le lieu du combal se précise davantage encore, comme on peut voir par les deux bas-reliefs du Vatican (fig. 3561 et 3562), où des arbres aux branches tordues et des entassements de rochers donnent l'idée d'une contrée tourmentée par les révolutions volcaniques et tous les fléaux de la nature'.
On devine sans peine quels groupements variés a dû suggérer aux artistes le monde entier des dieux Olympiens, mis ainsi aux prises avec tous les Géants. Sur ce point encore la céramique grecque nous est un pré- {•ivvm témoignage ; nous n'en pouvons rappeler ici que
p. 144. — 6 i'aus. I, -2, \; cl le caillée du niusco de Berlin. Tfilkcn, Erktaer. Vrrzeic/i. III. I, n» 53. — ' .Vonumenti d. Insl. IX, pi. VI : cf. Oierbeck, t. 4 cl s. — » ll,)r. Od. II, 10, îî ; III, 4, 55 ; Virg. Georg. I, i" : Lucil. Afin. 56 : SU. II. Pun. IX, 303; Ov. FasI. V, 35; Afetmn. I, 151 clc. ; Claud. Giganlom. 103: n,ip(. Prosfi-p. III, 377 ; cf. Apollod. 1. 6. 10; Nonn. Dion. .\LV. i05 sq. cl la Giganlom. graee. fragm.'i'. Mil. KIoti. — » Oicrbcck. Alla%. v, i o cl 9.
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les spécimens les plus importants. En première ligne la coupe d'Erginos et d'Arislophanès (lig. 3561), une des œuvres les plus complètes et les plus intéressantes q ue nous possédions '.
Le fond de la coupe représente Poséidon groupé avec Gaia, la mère des Géants dont le torse seul sort de terre et qui lève vers le dieu des mains
suppliantes, tandis que Polybotès est maintenu courbé sous la puissante étreinte du dieu qui va le percer de son trident ; l'expression de tristesse de Gaia est particulièrement remarquable; nous retrouverons celte déesse dans la même altitude sur la frise de Pergame (fig. 3564), où elle supplie Alhéna en faveur d'Encélade -. La décoration de la coupe propre ment dite se compose de deux motifs qui comportent chacun six figures, trois Géants et trois divinités. Le premier se compose de Zeus au centre, qui avec le foudre frappe Porphyrion en fuite ; d'Athéna à droite perçant de sa lance Encélade tombé sur les genoux ; d'Arlémis à gauche, qui avec deux torches
attaque Aegéon. L'autre motif groupe au centre Apollon qui s'élance l'épée dans une main , l'arc dans l'autre sur Épliial-
tès; à droite Héra frappe Hlioelos de sa longue lance, à gauche Ares égorge avec une épéo plus courte un Géant sans nom qui porte un bouclier orné d'un serpent. Tous
1 Gerhard, Trinkschal. und Geffisne, pi. ii, ni; Ovorlieck, 3 (i, 6, c ; pour le commentaire, Mayer, Op. cit. p. :ii8 sq. — - Baumoisler, Op. cit. M, lab. XX.VVIII.
Fi^. 3661. — Combat des llienx et des Géants.
ces adversaires des Olympiens ont des traits jeunes, de beauté héroïque; ils sont armés comme des hoplites,
sauf Aegéon, dont le torse est drapé dans une peau de bêle.
Nous avons parlé plus haut d'autres groupements non moins intéressants sur des vases peints.
Une composition qui a beaucoup exercé les archéologues, alors que les découvertes de Pergame n'avaient pas jelé encore sur la question de la Giganlomachie leur vive lumière, est le basrelief du Vatican (lig. 3562) connu sous le nom de bas-relief Mallei '.
Dans un de ces paysages que nous avons décrits, deux déesses, Art('mis avec son arc et Hécate avec des torches, luttent contre trois Géants qui nous offrent précisément les trois types dans lesquels l'art grec à ses différentes périodes s'est attaché à peindre leur nature. Celui qu'Artémis va percer de ses flèches est le Géant barbu, aux pieds de serpents; l'un des reptiles mord le chien d 'Art é m i s qui s'élance sur lui, l'autre se rc dresse dans la direction (l'Hécate qui lui tourne le dos. Celui qui fléchit sous les atteintes de celle déesse est le Géant barbu a u type 11 11 main, mais à l'expression sauvage; celui enfin qui M droite soulève un quartier de roc, est imberbe l'I de beauté juvénile '. On a supposé longtemps
la ptaiielie r et i a. — '* Souvent i-<-produit ; Visconti, Mus. l'io Cii'mfitt. IV. 15 ; Overbcck, Atlas, V, 2 «, ^ 6 (ce second fragment provenant du l.atran rattaché
• 3 V. sur ce bas-reliof, Overbcck, p. 381 et Stark, Op. cil. p. 7, 13 et passira, avec I avec raison au premier) et Mucllcr-Wicseior, Z^en/c-maefcr, II, pi. 3i, u' 8iS.
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que le serpentipes représentait Typhon , (|ue le héros imberbe figurait un Titan et que le barbu
seul était un
Géant vérita- ' '^ '"-* ^^
ble. La frise de Porgamo, qui multiplie ces divers types do Géants, suivant les exigences de la variété décorative, exclut toute interprétation de ce genre; les trois figures ne représentent que des (iéants sous des traits difTérenls. Sur un autre bas-relief du Vatican (fig. 3363), la variété de la composi-
-e- yi
Fiff. 35G2. — Gif;unlomacliie
lion résulte seulement de la diversité des altitudes; tous les Géants qui y (igurent appartiennent au type Ihé-
rioinorphique, la télé des reptiles formant l'extrémilé des jambes.
Ce bas-relief, qui orne le piédestal de Y Ariadne. endormie el qui semble provenir de quelque sarco phage', se compose de quatorze Géants, dans toutes les attitudespossibles d'une lutte violente eldésespérée; les dieux qui devaient figurer à l'étage supérieur n'existent plus.
Fig. 3563. — Les GMnts vaiocus.
Quant aux Géants, les uns gisent morts déjà, les autres s'affaissent blessés; huit d'entre eux continuent de combattre avec des pierres qu'ils soulèvent et des arbres qu'ils arrachent, le bras gauche garanti par une draperie qui sert de bouclier. Le grouillement des reptiles, dont l'expression est elle-même ou violente ou affaissée, suivant la situation des personnages dont ils font partie, est d'un étrange effet. Pour leur donner la souplesse tortueuse et vivante, l'artiste n'a pas déformé seulement les jambes, mais les cuisses depuis les hanches^.
Il nous reste à faire l'historique de ceux des monuments de la (iigantomachie dont nous n'avons pas tiré partie encore pour l'explication du type des Géants. Le plus ancien dont il soi! fait mention est le Irône d'Apollon à Amyclées : outre quci pour l'un des bras, Typhœus se combinant avec la ligure d'Échidna y faisait pendant à deux Tritons formant le bras opposé, Pausanias dit qu'on y voyait sculplé le combat d'Héraclès contre le géant Thurios^ ; ce que nous savons par la légende du rôle d'Héraclès dans la Gigantomachie ferait penser que le Périégète sur ce point commet une méprise. Vient ensuite le fronton du trésor des Mégariens à Olympie, que nous connaissons à la fois par un texte du mémo l'ausanias et par des fragments de sculpture ''. Un morceau sculpté en haut relief représente un (icanl barbu et armé qui retombe en arrière sous l'efTort d'une divinité dont la jambe seule est conservée. Ces fragments
1 Ovorbeck, Allas, V, il, d'après Cavaccppi. Raccolta danliche statue, etc. Rome. 1768, Uï, lab. 21. — 2 Cf. Lucil. Aetn. 4(i : his natura xita est aifo ternis : ima per orbes squameus inlorlux sinitat vestigia serpens ■ Clatiil. Giiiatit. S. — 3 l'aus. III, 'S. 7.-4 Paus. VI, m, 9 cl li ; cf. Aiisgrabiiniien von Olympia, IV, lab. tS. — ''V. pour celle discussion, lîriiiui. ti,'St'/i. der ijnecfi. Kunstler, I, p. 34 (2'édil.J cl Oïcibcck, Op. ciV. p. 340. — n Scriadifalco, Anikii. di Sicilia, II, pi. ixviii, mix;
sont de l'époque même de la construction de l'édifice, c'est-à-dire du vr siècle ; Pausanias désigne comme en étant l'auteur Doutas, un élève de Dédale, mais les dates ne cadrent pas '. Du même temps sont les métopes de Sélinonle dont deux fragments importants se rattachent à la Gigantomachie. Tous les deux semblent appartenir à des divinités féminines aux prises avec des Géants ; le moins mutilé représente sans doute le combat d',\théna contre Encélade; le Géant gît renversé sur le dos; la tête barbue a une curieuse expression de désespoir farouche ^ On remarquera que les deux morceaux de sculpture les plus anciens représentant les Géants nous les otTrent barbus et d'aspect sauvage. Le combat des dieux et des Géants a été sculpté sur la frise d'un des Trésors de Delphes ; on en a vu les moulages exposés à Paris à l'École des Beaux-Arts ''. Au siècle suivant la Gigantomachie a fourni ou des métopes ou des frises pour le temple d'.\pollon à Delphes et pour celui d'Héra à .\rgos '. Il semble probable que le fronton Est de l'Olympiéion d'Agrigenle, si longtemps inachevé, ait été consacré au même sujet, le fronton opposé représentant la prise de Troie '^ Les Géants y étaient employés encore à l'intérieur, placés sur des colonnes ou des piliers pour soutenir la toiture de l'édifice. La description qu'Euripide fait de la Gigantomachie de Delphes permet de constater qu'on y voyait Athéna en lutte contre Encélade, Zcus contre Mimas et enfin Dionysos qui. de même que sur un vase déjà cité, enserrait son adversaire avec des guir-
beaaiorS, MelopenvonSelinunt, pi. v cl vi ; Millier- Wiesclcr, flfiiJtni. I. pl.v, 26, 27; Baunicislcr, I, p. 331 elc. — 7 Voy. les dcui articles de M. Homollc dius la Oazelte lies UeauJ-Aits. [iOi cl un.— »S.arif. /on. i05s.|.-. Paus. II. (T. 3. — «Diod. XIII, Si; cf. 0. Miillcr.//iiri(f6iicA der .ArcA.§ lo;>. n' iOii cl lienkm. derall.Kunsl. 1. 20; n« 102. Cf. pour ces -Uvcrs mouunienls de la Gigauloiuacbic. WcIcler, Antike Det^kmaeler, I. p.lilS, i:o, 191, 193; et pour celle d'Agrigenle, Jalin. Annal. delV Inslit. lS63.p.2«5.
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landes de lierre. C'est ici que se place, parmi les œuvres de sculpture, la Gigantomachie installée avec d'autres sujets, sur le mur sud de l'Acropole d'Athènes, par Attale, roi de Pergame'. A cette œuvre appartient, suivant toute vraisemblance, une figure de Géant barbu et velu, étendu mort sur le dos, avec une expression d'énergie sauvage, la main droite serrant encore, audessus de la tête, l'épée avec un geste de menace. Cette figure a la plus grande ressemblance avec le personnage du Géant barbu qui occupe le centre do la bande inférieure du cratère de Ruvo déjà cité ^.
On n'a connu longtemps la grande Gigantomachie qui ornait le soubassement de l'autel colossal de Zeus Sùler à Pergame ^ que par une mention du Liber memorialis écrit au n' siècle ap. .l.-C. par Ampelius, auteur d'ailleurs inconnu' : « il y a à Pergame un grand autel de marbre, haut de quarante pieds avec de très grandes sculptures : il représente une Gigantomachie ». Depuis que des exhumations récentes ontfaitconnaître cette œuvre dans presque toutes ses parties, par des fragments dont l'importance archéologiqueégale lavaleur artistique, l'interprétation de la Gigantomachie en général a fait un grand pas. Ce qui a survécu de la frise de Pergame se rattache à six épisodes de la lutte et comporte six groupes sculptés en haut
relief^ (certaines figures se détachent sur le fond de 50 centimètres), oùlespersonnages lesplus imposantsatteignenl une taille de près de deux mètres. Les groupes sont, dans l'ordre de conservation, celui d'Hécate, conservé presque en entier ; ceux de Zeus e t d'Alhéna dont les grandes lignes sont à peu près intactes mais où les figures ont beaucoup souffert ; ceux d'Hélios, d'Apollon et de Dionysos, ce dernier réduit à deux figures mutilées, les autres tant bien que malreconstituésavec des fragments. Les dieux, facilement reconnaissables à leurs attributs, combattent avec l'assistance de leur animaux familiers; Zeus avec l'aigle qui lui apporte des foudres dans ses serres; Athéna avec le serpent de l'Acropole qui enveloppe l'une des jambes d'Kncélade et le mord à la poitrine ; Hécate avec le chien accroupi à ses pieds et Arlémis avec le loup qui ronge la tète (l'un Géant tombé, tandis que celui-ci, pour l'écar-
1 l*au>. 1, 25, 2 ; cT. Plut. Ant. 80 ; poui' le coinmentuiiT, lîruiiu. Ojt. cit. 1, |). 310 l'taii; Overbcck. Op. ci(. p. 3G0 cl 379. — 2 V. p. 1558. iiolc 19; Ovcrbcck, AUas v, C ; liauincistor, 11, p. 1 246. — 3Sui' la Gigantomacliio Je Pergame voj . Trcnilclenbiirg np. Baumoisler, II, p. 1249 et sq.; Majer, Op. cil..]). 371 si|. — V Ampol. Lih.ilemor. Vlll^ U. — îi V. les reproductions chez Haumei.iter, II, lab. xxxvii cl s(j. — G Ih, lab. XL; cf. Clarac, Musée de sculji. p. 790 A, n" 1994 A, groupe d'Hercule d-tranglant un géant serpentipes. — T /&. lab. xx.xviii. Voj. un curieux mélange *ie dioux.
ter, lui enfonce l'index dans un œil. Ceux des Géants dont la tête est intacte appartiennent, les uns au type héroïque, de figure imberbe et juvénile, les autres au type du Géant serpentipcs, barbu et d'aspect féroce; dans l'état actuel du monument il est impossible d'affirmer si le type intermédiaire du Géant barbu, aux traits purement humains, y a aussi trouvé sa place ; on n'y rencontre pas davantage de Géant imberbe qui se termine en serpent; mais dans le groupe d'Apollon nous trouvons la figure curieuse d'un Géant au corps liumain, à la tète de lion, avec un mélange, pour les extrémités, du lion et du serpent, étranglé par un dieu en tunique courte qui ne peut être qu'Héraclès'''. On doit dire, d'une manière générale, que l'artiste a tiré un parti merveilleux des animaux, soit qu'ils assistent les dieux, soit qu'ils les mènent au combat comme les chevaux d'Hélios et le mulet de Séléné, soit qu'il les montre confondus en un seul corps avec les Géants. 11 arrive même que tel Géant est représenté ailé; ainsi Encélade, dont les ailes dans le groupe d'Alhéna (lig. 3o6i) font pendantaux ailes de Niké placée en face ". Prise dans son ensemble, la Gigantomachie de Pergame , œuvre du commencement du 11° siècle après .).-('.. doit être considérée comme l'expression achevée de la Gigantomachie dans l'art, de nième qu'elle fournit aux descriptions poétii|ues le meilleur commentaire. Les monuments de sculpture de la période romaine ne sont guère que des imitations timides de la Gigantomachie de Pergame. Tel est le cas des deux bas-reliefs du Vatican dont nous avons déjà parlé et dont le premier, s'il en faut croire une dissertation deSlark, aurait fait partie de la frise du temple de Jupiter Tcuians, érigé par Auguste au Capitole et restauré un siècle plus tard par Domilien". Bien loin encore derrière cette œuvre, mais intéressant au point de vue archéologique, est ce qui a été trouvé d'une frise dans les murs d'enceinte d'Aphrodisiusen Carie''. Celte Gigantomachie, sans grande valeur artistique, se compose de trois fragments dont le premier nous montre Zeus debout sur un Géant déjà abattu, cherchant à en frapper un second qui se jette en supphanl à ses pieds ; le même Géant est attaqué par Ares, tandis que de l'autre côté Héraclès, nu cl im-
dc fiéauls et d'animaux divers sur l'amphore do iMilo .lU Louvre, liavaisson, .Mommenis publ. par VAssoc. des études grecques, is:;;, pi. I ot 2. — » Slark, Op. cil. p. 24; l'hjpothésc que les deux fragments proviennent d'une frise, est acceptée par Overbecli, Op. cil. p. 381, mais ce que nous savons des dimensions du temple di> Jupiter 'l'onnant ne permet guère de l'y rattacher. — 'J Clie; le même. pi. ni u, li. r et texte, p. 23 ; d'après Texicr, Description de l'Asie Mineure. 111. pi. ilvui, A, c; cf. un basrelief tiou\é ;i Klagenfurl, l.ajard, Jleclierches sm- le culte de Millira, pi. xr.v, 1.
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berbe, va étrangler l'un ilos serpents qui font partie d'un troisième Géant. IjC second fragment représente deux Géants tournés vers la droite (|uApollon casiiué, en tunique courte, attaque avec son arc par derrière ; enfin le troisième nous montre un seul Géant attaqué à la fois de l'ace par Allu'na et de dos par Rros nu et ailé qui lui décoche ses (lèches. Tous les Géants sont à pieds de serpents, nus, le bras gauche enroulé dans un manteau, tandis que la droite brandit des branches d'arbres grossièrement sculptées. On peut rapprocher de cette frise un bas-relief très mutilé trouvé au théâtre de Calane ' où sont reconnaissables Héraclès archer, dans l'attitude que lui donne le fronton d'Ëgine, et peut-être Athéna. Le Géant scrpendpes offre cette particularité de ne finir ni en tète ni en queue de serpent, mais par un appendice qui ligure un Irèlle à quatre feuilles. On ne sait comment était conçue une (iigantomachie en bronze que le rhéteur Thémistius a vue à By/.ance, en face du Sénat -.
La peinture avait, elle aussi, exploité ce sujet; Philostrate parle ' d'un tableau où l'on voyait le combat de Zeus etd'Encéladeet il fait remarquer ailleurs que les peintres fondaient en un seul type le serpent et l'homme pour représenter le (jéant. Les peintres des villes de la Gampanie sembhint avoir eu peu de goût pour ces représentations '; ce (ju'on y a trouvé se réduit à deux échantillons, à la peinture d'.Vthéna.aux prises avec Encélade, sur un bouclier (|ue piute la déesse ; à l'image d'un combat du gryphon, animal symbolique d'Apollon, contre un géant; celui-ci est armé d'une pelta et d'une hache, tout comme les Arimaspes quand ils s'attaquent aux gryphons [gryi>iius .\rimaspi]. De même, sur une pierre gravée, nous trouvons un Géant attaqué par un cerf, l'animal d'Artémis". Les autres gemmes sont exclusivement consacrées ;\ la lutte de Zeus contre un Géant serpentipes qui peut bien être Typhon ; une sardoinc du cabinet de Florence nous donne le dieu debout, se détachant nu sur une ample draperie qui Hotte, et frappant de la foudre le monstre qu'il lient courbé sous sa main gauche". Le plus beau spécimen dans ce genre est le camée d'Athé-
nion (fig. 3oGo), datant du règne d'Auguste, qui représente le dieu dans son quadrige, le sceptre dans la main gauche, le foudre dans la droite. Sous les chevaux qui se cabrent se tord un Géant expirant; un second fait mine de résister en brandissant une massue; les serpents qui complètent son corps se retournent furieux contre les chevaux et contre Jupiter'.
Il y a peu de choses à dire des représentations de la Gigaulomachic par la numismatique ; elles sont relativement rares et d'une époque récente. Pour les monnaies grecques on ne peut citer sûrement que celle de
' SorradiTalco, Aiiliiliila Ji Sicilia. V, lav. IS, 8 ; ctStark, Op. cil. |il. iv. — 2 Themisl. Oral. XIII. i>. 217, lîd. Dimlorr. — 3 Pliiloslr. Iina;/. Il, IT ; Heioic. p. 669.
— ^Antichit. U'Eicol. Il, t. xi.i cl Vil. l. lxxv; cf. Helbig. Wandgemaelde, p. 153, u" 774 avec les texlos cités. — « Revu^ arcMol. nouv. série, X. pi. xv.
— COverbeck.Op. /. Zciisifiemmenlarci.n" !). — "//>. ii" i ei;*00 sq ; cf. Wicscler, Op. ci/.p. I.î',1. — «Ecklicl, Doctr.nmn.veter. III, p. 66, Ovcrboct. Op. ci(. p. 387 ; cl'. Raoul Rochclte, .Atlas, p. i! sq. — 9 Monimscn, Gcschichle des roem. Mûnzioesens. p. 540, 137 coll. p.47j ; Cohen, .VthlfiiltfS coiisiitairps,\}. liO ; pi. jiv, Conielin : Overbock, Op. cit. p. 3S7. — lu l.eiiorttiant. .Voue, galerie mythol. pi. iv, 4 ; et la planclie v rliizOveiberkOp. (. Zeus, lOolU ; cf. Colien, J/i'rfoi(/es im/jcV. Il, p. 331, ii« 403. 404; V,p. 01, n"U!t; p. 4SU, 11" 311-313 ; Ib. :ISÎ, n-eO-SJ ; p. 10'), W Î55 ; p. 4t7, u» 611.
Fis. 3365. — Camée d'Atbénion.
Fig. 3506.— bcnier romaÎD.
Cilicie qui parait mettre aux prises Athéna avec Encéiade. Celles où Zeus seul apparaît brandissant la foudre ne se rattachent pas nécessairement à l'idée de Giganlomachie*. Parmi les monnaies de la République romaine, une place à part doit être réservée au denier de la grejis Comclia, frappé au commencement du ii° siècle, où nous voyons (fig. IJ'JOfi) un personnage héroïque ou divin, debaut dans un char, entouré des attributs du soleil, de la lune et des étoiles, foudroyant des géants à corps double (bicoi'poves, avait dit d'eux le poète Naevius)dans l'attitude i]ue nous trouvons à. lupiter sur le camée d'Athénion. Comme le personnage est imberbe, il est probable qu'il y faut voir L. Cornélius Scipio .\siaticus, vainqueur du roi Antiochus à Magnésie, ville où, suivant la tradition, Typho'us aurait été vaincu par Zeus'. Le même sujet, traité d'une manière presque semblable, a fourni une belle monnaie à l'efligie d'Antonin le Pieux (lig. iio07) ; enfin des monnaies d'or et de bronze des pig. 3567. - Monnaie dAnlonin.
règnes de Dioclétien et de
Maximien Hercule nous offrent Jupiter nu, brandissant le foudre contre un Géant, qui a l'attitude de la supplication; en exergue jovi fulgeiiatori '". J. A. Hild.
GILLO. — Vase à rafraîchir le vin ou l'eau '. Il rentre dans la catégorie du psvkter, mais on n'en connaît pas la forme. Sous le Bas-Empire, certains serviteurs de la maison impériale sont appelés yillonarii, et leurs chefs rjiUamiviornm propositi- : il s'agit de gens préposés à la garde de vases faits de matières précieuses, comme les (aj
CRYSTALLI.NTS. E. PoTTIER.
GL.VDIARIUS. — On désignait sous ce nom les fabricants de glaives'. Ceux qui les vendaient s'appelaient negociaiores gladiarii- [gladius].
GLADI.VTOR. Movoulx/oç, ottÀoulÎ/oc Gladiateur.
L DÉvELOPi'EMENT DE l'i.nstitution. — On a attribué aux Étrusques avec apparence de raison l'origine des combats de gladiateurs ; ils durent d'abord chez ce peuple faire partie des cérémonies destinées à honorer la mémoire des morts ; égorger des prisonniers et des esclaves ou les obliger à verser mutuellement leur sang auprès de la dépouille d'un personnage regretté semblait être la satisfaction la plus noble que l'on pût accorder à ses mânes'. Les monuments mêmes des Étrusques nous montrent que les combats de gladiateurs lurent chez eux une institution nationale ; leur goût pour ce genre de spectacles est attesté notamment par les scènes qui
— Diiii.i»i;raphu:. Voj . les ouvrages cités à la première note de cet article. tlII.I.O. I AiiMo/ng. lai. II. p. 369, édit. Ëurmann; /Md. p. 406: cf. Joann. Cassian.
Pe coenob. i»st. IV, 16, où il a le sens plus simple d'une cruche à eau.
— ~ Du t'angc. Gloss. med. et inf. lot. s. r. t;iu-o:«Aiiics.
C.I.ADIAHIl'S. 1 Corp. inscr. latin. VI. !>l4e . I.\. 396i; X, 39S6. — S Braml>acli, Corp. mscr. rheil. 1076.
UI.ADIATOn. I Nicol. Dam. .ip. Atlien. IV. 39, p. «53 ; Tcrlull. Speel. 5 cl lî; cf. Serv. Ad Aen. X, 519; Liv. VII, IS; Val. Mas. Il, 4. 1. 4, 6 ci 7. Le mol la/lista a élé emprunté aui Htrus.|ues d'après Isid. (trig. X, p. i47. l'Iiaroii. une de leurs di\initt^ fa\orites, jouait un rvle dans les représentations de l'ainpbilbéàtre: Terlull. Apoi. 15; Dio LXXII. 19; cf. chakon, p. Ilôlt.
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-décorent leurs urnes funéraires (fig. 3568) '. De l'Étrurie les combats de gladiateurs passèrent dans la Campanie,
Fig. 3508. — GlaJialcurs sur une urne funéraire lîlrusquc.
contrée qui fut à une époque reculée soumise à la domination des Étrusques [etrusci, p. 819] .au temps de Strabon, c'était chez les Campaniens une coutume déjà ancienne de faire lutter des gladiateurs pondant les festins pour divertir les convives-. Enfin le Latium suivit l'exemple des pays voisins ; les historiens anciens ont eux-mêmes noté comme un fait nouveau l'apparition de ces jeux sanglants chez les Romains ; ce fut, suivant eux, en 264 av. J.-C. qu'ils furent célébrés pour la première fois dans la ville de Rome ; celte année-là Brutus Fera étant mort, ses deux fils Marcuset Decimus firenlcombattre sur la place aux Bœufs, à l'occasion de ses funérailles, trois paires de gladiateurs'. Ainsi cette institution chez les Romains ne remonte pas à une haute antiquité et elle fut empruntée à l'étranger, tandis que les courses de char au contraire [cmcus] datent de l'époque royale; il est même certain que longtemps encore après avoir fait, grâce aux fils de Fera, ce modeste début, les combats de gladiateurs ne furent repris qu'à intervalles irréguliers, toujours à titre privé, et d'ordinaire pour rehausser l'éclat d'une cérémonie funèbre. Il est vrai que peu à peu pondant le ni° et le ii" siècle le nombre des combattants que l'on met aux prises augmente d'une façon constante. 11 est de vingt-deux paires en 216'', de vingt-cinq en 200% de soixante en 183 ^ Dans le cours de la seule année 174 il y eut plusieurs représentations, dont une en mémoire de Flamininus, qui dura trois jours''.
i Urne func-raire .lu Musdc de Pérouse ; Coneslabile, Mon. di Perugia, lav. 62, 3; cf. Ingliirami, Mon. Elr. 48, 2; Canina, Elr. maril. tav. 83; Micali, Storia dei popoli liai. p. 53, lav. 60; Mûlk-r, Eirush. Il 2, 224. Sur celle qucslion, ï. encore, l'Ianck, Ursprunrj d. Glad. Spiele (Ulmer Gymn. Progr. 1866); Ânn. delf ht. arch. di Jlomii, 1881, p. 10. — 2 Slrab. V, 4, p. 230 c; Nicol. Dam. /. e. ; Uv. I.\, 40 ; Sil. liai. XI, 51. Capoue esl rcslée jusqu'à la (in une des villes où se Irouvaicnl rassemblés le plus grand nombre de gladiateurs ; Cic. Ad Ail. VII, 14; Vlll, 2; Liv. Epit. 95; Vell. l'ai. 11, 30; Flor. III, 20; Eulrop. VI, 7 ; AUien. VI, p. 272 K ; Hisl. Atig. Did. Jul. 8. Parmi les anipbi- Ihiilres connus, le plus ancien parail £lre celui de Pompéi ; v. Corp. inscr. lai. I, 1240 =X, 852. — 3 Uv. Epil. 10; Val. M.ix. Il, 4, 7 ; Auson. Jdijll. XI, 36 ; Griphus, v. — * Obsèques de M. Aemilius l.epidus, l.iv. XXIII, 30. — " Obsèques de M. Valcrius Laevinus, Liv. XXXI, 50. — 1 Obséc]ues de P. I.icinius, Liv. XXXIX, 40 ; cf. 42. — 1 Liv. XLI, 28. Jeux donnés vers la même époque par C. Terenlius Lucanus ; Plin. Hisl. nat. XXXV, 33, § .'12. Cf. Mommsen, Cesch. d. rùm. Mûnzw. p. 551, 104. 11 n'esl pas possible d'en préciser dav.inlagc la date. — 8 Ter. Hec. prol. 31. Pour le 11' siècle, v. encore, Liv. XXXIX, 42; l'iul. Cul. M. 17; flamin. 18; Lucil. Fragni. xi à xv, de la Sal. IV (L. Millier); Cic. De off. Il, 16, 55. -^ «Val. Mai. 11,3, 2; Einiod. l'aufg. in Theoderir. éd. Ilarlel, p. 284, 1. 15 ;
Le peuple une fois mis en goût se porta à ces spectacles avec une ardeur effrénée ; en 164, tandis qu'on donnait Vliéci/re de Térence, la nouvelle s'étant répandue que des gladiateurs allaient en venir aux mains, la pièce fui brusquement interrompue par un tumulte général*. Enfin il arriva un moment où cette passion fut si forte que le sénat se vit obligé d'admettre les combats de gladiateurs au nombre des spectacles publics : en 103, deux magistrats furent autorisés pour la première fois à y convier la fouie à titre officiel ; c'étaient les deux consuls P. Rutilius Rufus et C. Manlius. 11 est probable que le sénat lui-même vit là un moyen de tremper les courages et de développer le goût des exercices militaires; on suppose aussi qu'il songea à en tirer parti pour résister à l'influence des jeux grecs, que les Romains fidèles aux vieilles monirs jugeaient ou frivoles ou funestes'.
Cette mesure nouvelle ne lit point cesser l'usage de donner des combats de gladiateurs dans les funérailles des personnes riches et haut placées. Jusqu'à la fin de l'Empire, vumus est le terme propre qui les désigne spécialement par opposition aux jeux du théâtre et du cirque [ludi]; ainsi s'est perpétuée l'idée première qui avait présidé â leur institution : ils sont considérés avant lout comme faisant partie des devoirs que l'on rend aux morts : l'interprétation la plus vraisemidable du mot est celle qu'en donne Terlullien, lorsqu'il le définit « officium morluorum honori debiluin"' ». Sous le Bas-Empire 7nunus et ^minera, dans ce sens particulier, sont quelquefois remplacés par ludus cl Itidi gladialorii " ; mais Indus désignant toute autre espèce de jeu, n'est jamais remplacé par mnnus^''. Souvent au combat de gladiateurs est joint le spectacle d'une chasse [venatio] : mais à la bonne époque munits ne s'applique qu'au premier '^ : â la fin de l'Empire on l'étendil aussi à la venatio, quand les jeux de gladiateurs eurent été interdits "•. C'est par un mnniis funèbre '■'' (Ô7r>,ciij.a/!!x litiTXîpioç) que des hommes d'État, de grands capitaines, des magistrats occupant les premières fonctions de la république honorent encore la mémoire de leur père, César en 65, Q. Caeeilius Metellus Scipio en 62, Faustus Sylla en 39, G. Curio en 32, Tibère en 34, Germanicus et Claude en l'an 7 ap. J.-C. "^. Les historiens ont noté comme un fait nouveau digne d'une mention spéciale que César rendit le même hommage à sa fille Julia (45); c'était la première fois qu'on voyait une femme en être l'objet'". En l'an 6 av. J.-C, Auguste fit combattre des gladiateurs dans une solennité consacrée à la mémoire de son gendre Agrippa '". Ces mimera de l'an 43 et de l'an 6 furent célébrés plusieurs
liiiclieler, Die slaailiche Anerkenming der Glad. Spiele, dans le Jlhein. Mus. XXXVIIl (1883), p. 476-479. — 10 Terlull. Specl. 12. Le sens àe présent, libéralité (cf. Serv . Ad Aen. III, 07) doil par cousé(|uent élre écarlé ; v. Rilschl, Tesserae gladiolnrini'. p. 01, 1 ; Oarrucci. SuW epoca e stti frammenti dcW iscrizione delV anfiteatvo Puteolano, p. 5-8 ; Mommsen, Hijm. Forsch. I, p. 343. — n Hisl. Aug. Uadr.'i; Ilieron. Chron. ad a. 752; Sjmni. Episl. Il, 46; Serv. Ad Aen. VIII, 030; Lad. Inst. div. VI. 20 ; Dionjs. Exig. ad a. 399 p. C. ; Uscuer, lihein. Mus. XXXVll (1882), p. 479 ; Meier, Mitiheil. d. deuisch. Inst. in Alhen, 1890, p. 166. Le Itidns gladiatorius esl d'ordinaire I^écolc des gladiateurs; v. plus bas. cliap. ix.
— '2 Sauf dans Ov. FasI. V, 190, où il y a une métaphore poétique. — " Cic. De off. 11, 10, 35 ; cf. Ambres, beoff. II. 21, 109. — 1* Lacl./ii.W. div. VI, 20. 35; Cad. TU,:od.yi,4. 4; Corp. inscr. lat. Vlll, 8324, X, 339; Mommsen dans VEphem. Epiijr. Vil (lS90),p. 402, note I.— i"I)io Cass. LV, 8. — ICCic. Ad fam. 11, 3,1 et Vlll, 2, I; Plin. «isf.naf.XXXIlMO; XXXVI, 116; Ascon. in Cic. Intog.camI. 10; Suct. r,b. 7 ; Claud. 2 ; Dio Cass. XXXVll, 31 ; LV, 27; Hisl. Auij. M. Aulon. 8.
— " Suel. Caes. 20 ; Plut. Caes. 35; Pio Cass. XLIII, 22. Le fait dul se reproduire souvent dans la suite; v. Plin. Episl. VI, 31 ; Hisl. Aug. Hadr. 9 ; cf. Corp. inscr. lat. XIV, 350. — 18 Dio Cass. LV, S. Pour la période postérieure, v. Tac. Hisl. Il, U5; Hisl. Aug. Hadr. 7 et 9; M. Anlonin. 8.
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années après lu mort de la personne dont ils rappelaient le nom; mais à l'origine le spectacle devait commencer aussilôtaprès le convoi, lorsque le corps avait été déposé sur le brtcher {bustum); d'où le nom de irstuarius (fig. 898) donné au gladiateur contraint d'y jouer sa vie'. Dans un cas comme dans l'autre, les spectateurs devaient être, en signe de deuil, revêtus de la toge noire (logupuU(i), ou du manteau à capuchon nommé paenula-. Les particuliers se mirent sans doute de bonne heure à suivre l'exemple que leur avaient donné de grands personnages, et il devint commun, non seulement à Rome mais dans les municipes, de voir des citoyens léguer les sommes nécessaires pour ofï'rir au peuple des combats de gladiateurs, soit immédiatement après leurs funérailles, soit à l'anniversaire de leur movi'^ [editiones legaiarine)' . On prit si bien l'habitude de ces libéralités qu'il arriva au peuple de les exiger : un jour, dans une ville d'ilalie, aux obsèques d'un centurion, la multitude assaillit le convoi et le retint jusqu'à ce qu'elb; eût arraché aux héritiers de quoi payer un combat de gladiateurs ■'. En général on allait au-devant de pareils désirs : un auteur rapporte même que certains esclaves, remarquables par leur beauté, lurent désignés dans le testament de leur propre maître pour s'entre-tuer en public quand on lui rendrait les derniers devoirs; mais cette fois le peuple, plus humain que le testateur, s'opposa à l'exécution de ses volontés ^
A partir de Tan lOo av. J.-C, lorsque les combats de gladiateurs eurent été admis au nombre des spectacles officiels, les magistrats rivalisèrent de zèle pour les multiplier et pour en augmenter l'éclat; tous ceux qui aspiraient aux charges curules saisirent àl'envi ce moyen de conquérir les sufl'rages populaires. Unis le plus souvent aux chasses où l'on égorgeait des bêtes fauves [vENATioj, ils devinrent un des plaisirs favoris des Romains. En quelques années ceux qui les organisaient y déployèrent une telle prodigalité que déjà en a:i Gicéron écrivait : « Tout le monde en est rassasié' ». Mais il reconnaît ailleurs qu'aucun genre de spectacle n'avait autant d'attrait pour la multitude*. Ce qui suffirait à le prouver, c'est la quantité de textes et de monuments qui s'y rapportent. Les combats de gladiateurs excitèrent chez les Romains une véritable passion, qui se propagea de proche en proche jusqu'aux frontières de l'empire et dura pendant plusieurs siècles.
11. LxpKNsioN. — De Rome ils passèrent dans les diverses parties de l'Italie qui ne les connaissaient pas encore, puis de là dans les provinces. Dès l'an :206, Sci-
1 Cic. In Ptson. 9, 19; Serv. ad Virg. Aen. X, bl5 ; cf. Flor. III, ÎO, 9 ; Appian. Rom. hist. VI, 75. — 2 Cic. In Vutin. IS, 30 ; Bist. Ang. Commod. 16 ; Dio Cass. LXXII, 21. — J Cic. In Valin. fb, 37 ; pro Sullii, 19, 54 ; Hor. Sal. Il, 3, 84; Sen. De breu. vil. JO; Pctron. 45; Corp. inscr. lat. I, 1119; IX, 1(75, 5854; X, 4727 ; Orelli, SI ; Dig. 31, 49, § 4. — » Tcrlull. Spect. 6. — S Suet. Tib. 37.
— » Nicol. Uaiii. ap. Atlien. IV. 39, p. 134. — 7Clc. Ad fam. Il, 3, 1 : « Muneribus nemo est 911111 .^alietale jam defi:^sii$ sif. r II veut dire sciilenu-nl que dans les dernières aimècs on en avait vu un grand nombre se succciVler très rapidonieut.
— 8 Cic. Pro Sest. 50, 106 ; 58, 128; KIor. III, 12. — u Uv. XXVIII, 21. Celle coulutne se rt'-paiidit d'autant plus facilcnicnl cher les peuples barbares, qu'cuxniènies pratiquaient de toute antiquité les sacrifices humains; v. Cic. De rep. III, 0.
— 1"I)iod. XWIII, Fragm. 21 a, Ilind. ; Appi.-in. Itoiii. hist. VI, 75. — Il Corp. iiiscr. lat. I, 770 a = XII, liG'.M, I. — 12 Une liste compliSte des aniphithiVAtres connus a ôlé doiniéc dans l'ordre gi'ographiquc par Friediiindor, /. c. Anhang, i3.
— 1) Honi. Jl. XXIII, 173. — Il llcrodot. VI, 71-72; v. cependant liul. Them. 13 : Aris(. 11 ; Pelop. 21; Quaesl. gr. VII, 198 ; W.iohsnuith, Antiqu. hellen. II, 2, 221. — 15 Welcker, SyUoge epigr. gr. p. 62; Friedliinder, De propagalione munerum per Graeciam et Orienlem dans lo Progr. d. Kônigsb. Inivers., 1S60, VI ; cf. Siltengesch. t. c. p. 426 ot Anhang, 13 6, avec les additions de Liermauu,
pion l'Africain donnait un munus à Carthagène en mémoire de son père et de son oncle; il est vrai que ce fut un spectacle tout à fait unique; on n'y vit en présence ()uc des engagi's volontaires, qui ne demandèrent aucune rétribution''. En 1 iO, les Lusitaniens rendirent le même honneur à la dépouille de Virialhe '". En 63 av. .J.-C. les habitants d'Arles pouvaient assister à un combat de gladiateurs ". Les amphithéâtres dont il subsiste des ruines [AMPiUTnEATRtM] nous donnent la mesure du succès des mitneva; il n'est guère de région autrefois comprise dans le monde romain où l'on n'ait signalé quelque vestige de ces édifices '*. Ils sont naturellement beaucoup plus communs dans le Midi que dans le Nord; cependant c'est un fait très digne de remarque que les pays grecs n'ont pas eu, à beaucoup près, pour les coml)ats de gladiateurs le même goût que l'Occident. Il est certain qu"à l'origine les (jrecs, aussi bien que les Étrusques, ont dû pratiquer dans les funérailles l'usage barbare des sacrifices humains ''; mais ils y renoncèrent de très bonne heure; Hérodote, le retrouvant chez les Scythes, le signale comme un des traits singuliers des mœurs de ce peuple'*. Le génie propre de la race grecque lui inspira pour les combats de gladiateurs une , répugnance qu'elle ne surmonta jamais complètement, même lorsque l'Orient eut aussi ses amphithéâtres '^. Antiochus Epiphane (174-164 av. J.-C.) fut le premier qui organisa des spectacles de ce genre dans Antioche, sa capitale; Tile-Live dit expressément qu'il les emprunta aux Romains, et même qu'il fit venir de Rome les combattants dont il avait besoin. Ses sujets manifestèrent d'abord plus d'eifroi que de plaisir ; il fallut, pour les empêcher de quitter la place, user de ménagements ; après avoir commencé par des combats où l'on s'arrêtait au premier sang, on multiplia les représentations jusqu'à ce qu'on les eût habitués à voir sans horreur des combats à mort "''. Corinthe, devenue colonie romaine, dut être la première ville de la Grèce propre où parurent des gladiateurs ; c'est aussi la seule dont on puisse affirmer qu'elle posséda un amphithéâtre, et encore ne fut-il pas construit avant le ii' siècle de notre ère'". Vers la fin de la dynastie flavienne certaines villes, comme Rhodes, n'avaient pas encore pu vaincre leurs préventions'*. D'autres, et .\thènes était du nombre, se laissèrent gagner un peu plus vite '", mais à peine avaientelles suivi l'exemple de la capitale que les écrivains grecs firent entendre de très vives protestations au nom de la morale et de l'humanité outragées-", .\ussi les combats de gladiateurs furent-ils dans cette partie du monde
Anal, epigr. et agonist., Diss.phihl. Halenses, X (1889). p. 26. 3.ï et 37 en bas. Il u'v a jamais eu de combats de gladiateurs dans les jeui pubUcs des Grecs avant la conqut^tc romaine ; on ne saurait attribuer aux témoignages contraires une portée générale: Athen. IV. 41, p. 155. Mais ce sont les Grecs qui ont inventé l'eSTrimede l'épéc et qui les premiers en ont donné une théorie raisomiée ; c'est ainsi qu'il faut entendre Athen. IV, 41, p. 154 ; cf. Krause. Gymn. u. Aijon. d. Uell. I, p. 612. L'ho. PI.OMACHIA (v. ce mol) dans les eiorcices et les jeux des éphébes n'a rien de commun avec la gladialure, v. Grasberger, Erziehiwij u. Vnterricht, III, p. 139. Sur l'escrime chez les Gaulais, v. Athen. /. c. — " Liv. .XLI, 20. — '' Dio Chrvs. Or. XXXI. Dind. p. 323; Apul. .Velam. X, 18; Juliau. Kp. 35; Erp. toi. mtmdi, 52 {Geogr. tat. min. Hiese. 118. 19) ; Corp. inscr. gr. 1106: Bursian, Oeoçr. Gric' chenl. Il, 15 ; Curtius. Peloponn. Il, 527.— '» DioChrts. /. c. p. 386. — 19 Uio Cbrjs. /. c. p. 630 ; l.ucian. Daemon. 57. D'après Friedl. /. c. Anhang, 13 A, p. 607, U y a un anachronisnu' dans Philosir. Vil, Apollon. IV, 22. — 20 Dio Chrjs. /. c. cl LXVI, p. 606 ; Plut. Praec. ger. reip. V, 14, XXIX, I ; X.VX. 4 ; De cupid. dir. 5 ; .Von posse suav. 111). XVII, 6; De soll. anim. I, I ; Ps. Plut. De etu corn. Il, 2, 3 : Lurian. .4nac/i<irs. 37. Ouvrage spécial de Favorinus d'.\rles irij Ti* ;**vfl;A«)rtêv, d'après Philosir. Vit. Soph. 491 b, Kajscr.Cf. A. Gell. XVII, 12: Liban. De ri/a ma 3, qui /ait cxccplioa ; mais, il est aveuglé par sa polémique contre les chrétiens.
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romain, plus que dans toute autre, abandonnés au petit peuple. Il faut cependant faire une exception pour l'Asie Mineure et pour l'Egypte; depuis le temps d'Anliochus ils s'y étaient développés rapidement', grâce aux instincts naturellement sanguinaires des populations orientales qui s'y trouvaient en contact avec les Grecs. Sous Auguste il y avait déjà des amphithéâtres à Nysa en Carie, et à Alexandrie en Egypte-. Un autre fut construit à Laodicée du Lycus en l'çin 79 de notre ère^.
III. LÉGiSL.\TiON. — L'organisation des combats de gladiateurs fut réglée par toute une série de mesures législatives dont l'ensemble constituait ce qu'on appelait les leges gladialoriae''. Sous ce nom il faut comprendre d'abord les lois volées à la fin de la République et dont les plus anciennes doivent remonter à l'époque où ces spectacles furent pour la première fois donnés à titre officiel (105 av. J.-C.)\ Puis vinrent les constitutions impériales et les sénatusconsultes qui en modifièrent peu à peu les dispositions; et enfin il dut y avoir dans les municipes des règlements spéciaux établis pour l'usage des autorités locales. Ce que nous connaissons sur cette matière nous montre clairement que si les empereurs en général déployèrent le plus grand faste dans les mimera qu'ils donnaient eux-mêmes pour entretenir leur popularité, ils ne furent pas moins jaloux d'alléger autant que possible les charges que la nécessité d'amuser la foule faisait peser sur les villes et sur les magistrats. C'est ce que nous voyons surtout par un document découvert en Espagne en 1888 ° ; il est gravé sur une table de bronze qui a dû être affichée dans l'amphithéâtre de la ville d'Italica, près de Séville. 11 a été rédigé sous Marc-Aurèle entre 176 et 178; c'est un exemplaire d'un original dont un grand nombre do copies avaient dû être envoyées de Rome dans différentes villes de province. 11 donnait le compte rendu d'une séance du sénat, où l'on avait décidé de réduire les frais des munern imposés aux fiamines provinciaux [flamen]. Le document reproduisait le discours {relalio) prononcé par l'empereur pour introduire l'affaire, puis ceux des divers orateurs qui avaient appuyé sa motion, et enfin le texte du sénatus-consulle. Nous avons perdu le commencement et la fin, mais il nous reste un assez long fragment d'un discours prononcé par un des sénateurs probablement originaire de la Gaule"; c'est un morceau du plus haut intérêt; il nous éclaire non seulement sur l'objet principal de la discussion du jour, mais encore sur un grand nombre de questions relatives à l'histoire de la gladiature. Nous l'utiliserons donc dans ce qui suit, au fur et à mesure que l'ordre des matières nous en fournira l'occasion. Il importe seulement de retenir avant toutes choses que depuis le commencement jusqu'à la fin les munera sont restés absolument distincts des ludi, c'est-à-dire des courses de char et des jeux scéniques ; ils en diffèrent par leur origine, leur caractère et leur organisation. Nous étudierons donc ici en détail tout ce qui les concerne spécialement.
IV. Hautk surveillance ADMiMsinATivE. — Le soin de veiller à l'exécution des Icgcs gladidluriae dans la ville
1 l'iul. f.uiull. i3; Cic. Ad Attic. VI, 3, b; Joseph. Ant. jud. XIX. 7, 5.
— i Slrab. XIV, p. 639; XVII, p. 795. — 3 Corp. inscr. gr. 3935. Pour rAsie Minmire, il faut ajouter aux renseignements de Friedliindcr ceux de l.iermaun, l. c. p. 315 a 38. — V Cic. De har. resji. M, Sti ; Corp. inscr. tal. V, 7037.
— '" Outre les lois spi';cialos, il faut tenir com|)fc des dispositions introduite.s dans des lois visant un autre objet ; v. par exemple, .Schol. Bob. in Cic. Pro Sest. p. 309 (63 av. J.-C); Cic. Pro Sest. 64; Jn Yatin. Ib, 37; Cic. Jn log. cand.
de Rome dut appartenir d'abord aux consuls, puis au pracfedus itrbi ; mais la tâche de ce magistrat fut sans doute bien simplitiée à partir du principal des Flaviens, lorsqu'il eut été interdit aux particuliers d'entretenir des troupes de gladiateurs dans la capitale ; elle ne contint plus dès lors que des troupes impériales, placées dans une étroite dépendance et soumises à une hiérarchie de fonctionnaires savamment organisée*. 11 n'en allait pas de même dans le reste de l'Empire ; partout ailleurs que dans la ville de Rome un particulier avait le droit de recruter une troupe [familia gladialoria] et de l'exploiter; celui qui en prenait ainsi la direction s'appelait le lanisla. On conçoit aisément quels devaient être les devoirs des représentants de l'Etat; d'abord ils devaient veiller à ce que les munera imposés par la loi à certains dignitaires des provinces fussent régulièrement célébrés ; mais d'autre part ils étaient chargés aussi de protéger leurs intérêts en empêchant la spéculation de dépasser les bornes permises et en s'opposant à la rapacité des propriétaires de troupes ; ils devaient encore prévenir les dangers que pouvaient faire courir à la sécurité publique ces bandes d'hommes armés, enfin ordonner des enquêtes sur les infractions commises et châtier les coupables. Toutes ces attributions, à l'époque de Marc-Aurèle, étaient dévolues aux autorités suivantes'.
1° Provinces consulaires et prétoriennes. — La haute surveillance appartient d'abord au gouverneur luimême, puis aux magistrats placés sous ses ordres, à savoir : les legati pro praetore, les questeurs, les legati legionum, les juric/ici et enfin les intendants des finances appelés procurateurs.
2° Provinces procuralorienncs. — Le gouverneur luimême, c'est-à-dire le procurator, est seul à connaître de ces sortes d'affaires.
3° En Italie, la ville de Rome étant exceptée, elles regardent les praefecti nlimentorum., ou, si leur service les a appelés à Rome, les curatoi-es viarum, et, si ceux-ci étaient absents pour la même cause, les jwidici, enfin les préfets des flottes de Misène et de Ravenne.
V. Les organisateurs et les frais. — La dépense totale qu'entraînait un combat de gladiateurs était naturellement très variable ; elle dépendait du nombre des combattants, de leur réputation, de la richesse de leur équipement, et aussi, en grande partie, de l'habileté avec laquelle le lanista savait faire valoir ces divers éléments du succès. C'était une affaire à débattre entre lui et la personne qui couvrait les frais du spectacle, Veditor muneris.
1° Munera payants {assiforana'"). — D'abord la représentation pouvait être payante; en pareil cas, ou bien le lanisla était lui-même Veditar, et alors il percevait la totalité de la recette, ou bien un entrepreneur quelconque l'engageait à son service et, après lui avoir payé un prix convenu d'avance, gardait pour son bénéfice le surplus de la recette. De toutes manières c'était un champ ou vert à la spéculation et les inconvénients ne manquaient pas. En l'an 27 ap. .I.-C., un affranchi nommé Atilius organisa à Fidène, dans le seul but de gagner de
fr. 7. — u (;. imcr. lai. Il, 0i78. Hiibner ut Moniin^en ont décrit et conimentiS ce document dans l'Eptiem. Epigr. VU (1890), p. 383--ii8. — 7 Suivant Hiibner, le discours aurait H6 prononci! à Lyon dans l'assemblée des Trois Gaules, puis une copie en aurait été jointe à la rcUilin de l'empereur et comniunicpiée par lui au sénat romain. — !* .Moiumsen dans i'//cnnes, X.XI. p. 274 et .'>lantsrec/it, IP, p. 10TI, noie 3. — » Mommsen dans VEpliem. Epigr. I. c. p. 397. — i" Cor/i. inscr. lai. II, C278, ligne 29.
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l'argent, un munus où l'on accourut en loulc, même de Rome; l'amphitliéàtre en bois qu'il avait fait construire pour la circonstance s'écroula au milieu de la représentation; ce fut un des plus grands désastres du temps : cinquante milUî personnes furent estropiées ou écrasées. On exila Aliiius et un sénatus-consiillu défendit de donner désormais des combats de gladiateurs à moins d'avoir WOOOO sesterces (108 7 'i8 fr.) de revenu, et d'élever aucun aniphitliéâtre, que la solidité du terrain n'eût été constatée '. Cette mesure sévère était fort propre à restreindre le nombre des entrepreneurs de mimera payants; mais il est douteux que le sénatusconsulte de l'an 27 ait été longtemps appliciué ; car bientôt nous voyons paraître des lanislae drcumforanei^, dont les frais sont très modestes. Sous Marc- Aurèle la dépense moyenne d'un munus de ce genre est évaluée à 30 0U0 sesterces (81.^(1 fr.) '' : la raison en est sans doute qu'à cette époque il y avait presque partout des édifices plus ou moins propres à des combats de gladiateurs ; l'entrepreneur de passage n'avait plus à construire ; il lui suffisait de louer. 11 est arrivé aussi que la représentation fût en partie gratuite et en partie payante. On distinguait alors deux catégories de places : celles qui étaient mises gracieusement par Veditor à la disposition du peuple, des autorités ou de ses amis personnels, et celles qu'il louait, soit pour rentrer dans ses déboursés, soit pour affecter la recette à un emploi d'utilité publique'. Toutes ces combinaisons donnèrent de bonne heure naissance au commerce des revendeurs de billets : on les appelait locarii "'.
2° Munera exlraordhiaircs. — A l'origine les combats de gladiateurs, lorsqu'ils n'étaient encore que des spectacles funèbres organisés à titre privé, furent toujours offerts au peuple gratuitement, à des époques indéterminées, comme une libéralité purement bénévole de Veditor. Cette forme du munus, la plus ancienne de toutes, est toujours restée en usage, même quand une cérémonie funèbre n'en fut pas l'occasion.
a. Simples particuliers. — Ce n'étaient guère que les particuliers jouissant d'une certaine fortune qui pouvaientfaire les frais d'un munus, et, comme généralement ils passaient à tour de rôle par les charges publiques, ils attendaient d'en être revêtus pour se résoudre à cette dépense. M. Mommsen conjecture qu'un particulier ne pouvait donner un munus sans y avoir été expressément autorisé dans la ville de Rome par un sénatusconsulte, dans un municipe par un décret des décurions; car il devait être assimilé à un magistrat pendant tout le temps qu'il passait à l'organiser et à le présider'"'. Aussi les afl'ranchis durent-ils rarement être admis à cet honneur', si ce n'est quand ils faisaient partie du collège des seviri Auguslales*. A plusieurs reprises nous voyons la permission accordée par l'empereur lui-même, sans que l'on puisse déterminer exactement dans quel cas il était nécessaire de recourir à une si haute autorité ' ;
1 Tao. Ami. IV, 61. 03. — 2 Siii'U ViMI. li. — ;i Corp. iiiscr. lai. Il, CJ78, ligne 29. — 4 C. iitscr. lat. VIII, 6995; IX, 3â(i, M",; X. 7130; vliin. delV /si. iiivA. di Roma, 1836, p. 73, 1859, p. 130; Mommscii dans Gcrliard, Arch. Anz. 1857, 60*, 61*. Cf. ce qui se passait au cirque, Kriedlîiildcr daus Mar- ({uardt, llatidb. VI, p. -VUS, noies 1 et i. — •> Mari. V, 24. 9.-6 Ephem. epigr. I. c. p. 399 ; cf. Slaaisrecht, 1, p. .191 ; Corp. inscr. tal. Il, 1380. — ISucl. Claud. 18. — 8 c. i. lai. IX, 1703, 1705, 3SW ; X, 4760: Henicn, Jmcr. 7t6S ; ■Mommsen, Slaaisr. III. p. 431. — a T. i. lai. V, Sli4; IX, 1136; X, 1211,4760, 60IS, 7295; Mouimson, H)id. p. 1161. — 10 C. i. I. V, S124; IX. 1156, 1666, 4208; .X, 1211, 4760, 0012, 7295; Orolli, laser. 2345. - H C. i. I. IX, 1666!
on disait alors que le munus était offert ex indulgenlia imperntoris, ou tout simplement ex indulgentia '". Quelquefois aussi l'empereur contribuait à la dépense, lorsqu'il voulait favoriser Veditor**. Aucune restriction, du reste, n'arrêtait la vanité des parvenus; les poètes satiriques se sont mo(|ués des cordonniers et des foulons enrichis qui se signalaient par ces largesses '-. Un même personnage est loué dans une inscription d'en avoir revendiqué la charge jusqu'à huit fois'^. Les munera extraordinaires étaient souvent demandés aux particuliers les plus riches d'une ville par leurs concitoyens; dans ce cas ils les donnaient ex voluntate populi ou postulante populo''. Les occasions que l'on choisissait généralement étaient les suivantes :
Anniversaire de la naissance de Veditor, ou d'un membre de sa famille; ainsi un jeune homme célèbre par un munus le début de sa vingtième année ''.
Dédicace d'un monumentpublic, théâtre, amphithéâtre thermes, basilique, bibliothèque, autel ou statue ''"'.
Vœux ou actions de grâces pour la conservation, la victoire ou le bonheur de l'empereur ou de sa famille, pro salute, Victoria, heatitudine imperatoris, domus Augustae. On a noté comme un fait singulier que Claude refusa d'autoriser les mwwera qui lui seraient dédiés. Des citoyens poussèrent la flatterie jusqu'à faire vœu de combattre en personne comme gladiateurs pro salute prinripis*'.
Il faut ajouter ici les munera que les magistrats municipaux célébraient quelquefois à titre privé en sortant de charge, post honorem; ils n'y étaient obligés par aucun règlement, et c'était toujours de leur part un acte de libéralité exceptionnel'*.
b. Magistrats rornains. — Sous la République les munera furent toujours célébrés à intervalles irréguliers et par des magistrats d'ordre différent ; cependant depuis l'an 105 jusqu'à la chute de la liberté, les charges publiques furent l'objet d'une compétition si ardente que les grands personnages de l'État se montrèrent beaucoup plus disposés à multiplier les munera outre mesure qu'à en rejeter le fardeau; aussi le sénat dut-il se préoccuper de modérer ce zèle inquiétant : une loi promulguée sous le consulat de Cicéron (63), et par son initiative, défendit aux candidats de donner des combats de gladiateurs pendant les deux années quiprécéderaient l'élection, à moins que ce ne fût au jour prescrit par un testament pour une cditio Icgataria '■'. Mais pendant cette période aucune restriction ne semble avoir été apportée au droit des magistrats en fonctions, et ils en usaient largement-". Auguste se hâta de le restreindre en l'attribuant aux seuls préteurs; puis, comme nous le verrons bienti'it, il passa définitivement aux questeurs et il y eut alors un service de munera périodiques régulièrement organisé-'. Du reste il est probable que les autres magistrats ne tenaient guère désormais à se signaler par des libéralités qui ne les menaient plus à rien, si ce n'est à se rendre suspects. En ."i" Claude relira même aux gouverneurs de
— l-> Pers. IV, 51 ; Mail. III, 16, 59 et 99 ; Juv. III, 34. — 13 Orelli. I. c. — " C. i. l. X, 4760, 6012. — 15 /ftirf. |X, 1156. — i« Cic. Ad fam. SU, I ; Plin. Episl. I. S, 9 ; C. i. I. III, 607; IV, 1177, H78, 1180; V, 7617 ; VIII, 8324: IX. 1666: X, 6429 ; — " l'cpi. VI, 49; Suet. Calig. 27; Tac. Uùl. Il, 95; Dio Cass. LIX, 8; LX, 5; C. i.lat. Il, 1305; IV, IISO, 1194, 1196 à 1198; VIII. 7969. 8324; X. 4760; XIV, 2080. — l« C. i. lai. IX, 981 ; X. 6012. — «9 Cic. /n Va(i>i. 15-37. — » Uttfiera consulaires à celte époque. Val. Ma». Il, 3. 2; Cic. De o/f. II. 16; munera d'Miles, Cic. (. c: Suet. Caes. 10 : Dio Cass. XLVII. 40; d'un quoslcar, Atuvl. Vicl. De vir. ill. 74; d'un dicLileur, Plin. Hist. no/. XXVIII, 3, 14. — SI Plut. Caes. 55.
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province le droit de donner des munera, parce qu'il le eonsidérail, dit formellement Tacite, comme trop favorable à l'esprit d'intrigue'. Cependant on ne saurait admettre qu'il ait été absolument interdit une fois pour toutes à tous les magistrats romains, autres que les questeurs, d'organiser des représentations, même extraordinaires. Ainsi, au mois de septembre de l'an 70, les deux consuls célébrèrent des tramera magnifiques dans chaque quartier de Rome pour fêter l'anniversaire de la naissance de Vitellius^ ; plus tard encore, et jusqu'au m" siècle, nous voyons cet exemple suivi par d'autres magistrats curules'. Ce qui paraît vraisemblable, c'est qu'ils continuèrent à jouir d'un droit qui était accordé à tout citoyen romain, pourvu qu'ils se soumissent aux conditions communes fixées par Auguste : il leur fallait chaque fois solliciter une autorisation spéciale, qui leur était accordée par un sénatus-consulte, et ils devaient s'engager à respecter la loi qui limitait la durée du spectacle et le nombre des combattants '. Il est vrai que de plus en plus ils durent reculer devant une dépense désormais sans profit, et voilà pourquoi sans doute le cas s'est présenté si rarement depuis la chute de la République. c. Empereurs. — Autant les empereurs s'appliquèrent à restreindre les frais des mimera imposés à certains dignitaires, autant ils déployèrent de luxe dans ceux qu'ils donnaient eux-mêmes à intervalles irréguliers. Ici il n'y a pas de limites à la prodigalité. Auguste, suivant l'exemple de César S éblouit la population de Rome par l'éclat de ces fêles sanglantes; dans la récapitulation des actes de son principal, il rappelle comme un de ses titres de gloire qu'il a offert au peuple huit combats de gladiateurs, trois fois en son propre nom, cinq fois au nom de ses fils ou petit-fils (28,27, 15, 11, 6, 1 av. J.-C, 7 ap. J.-C), et que dix mille hommes environ y ont été présentés ^ ce qui donne une moyenne de 1250 hommes, soit 025 paires par munus. Celui de l'an 11 fut célébré pendant les quin'quatrus (20-23 mars) ' et il semble bien qu'il en fut ainsi de ceux qui suivirent jusqu'à la mort d'Auguste \ S'il faut en croire Dion Cassius, Trajan éclipsa la magnificence d'Auguste ; en 107, après la conquête de la Dacie, il donna un munus dans lequel le combat de gladiateurs, joint à la ven.\tio, ne dura pas moins de cent vingt-trois jours ; pour cette seule célébralion il aurait mis aux prises dix mille hommes % c'està-dire autant qu'Auguste dans tout son principal. Les empereurs tirent en ce genre de véritables merveilles pour tenir en haleine la curiosité publique '" ; rien ne le montre mieux que les épigrammes de Martial, et notamment que son Livre des spectacles, où il exalte les munera de Domitien. Les circonstances qui fournissaient aux particuliersl'occasion de leurs munera extraordinaires étaient aussi celles que choisissaient généralement les empereurs pour ces solennités ; c'étaient notamment les grands anniversaires de leur famille et les dédicaces de monuments publics. Mais il faut ajouter que le prince
' Tac. Ail». XUl, 31 ; KricdlSudei-, Sillengesch. l. c. |i. 378, note i. — 2 Tac. Ilist. 11, !I5 ; cf. Uio Cass. LIX, 14 (an iO). — 3 Juv. VIII. 1U4. Dig. 35, 1, 36 pr. ; IJist. Au(j. Albin. 0 ; Gardian. 3 ; Moinmscn, ICpImn. ICfiigr. l. c. p, 396, note 2, ri'cusc ces témoignages comme suspects. Je crois son o]iinion trop absolue. — '• Dio Cas8. LIV, 2. — Sl'lin. Ilist. iiaf.XXXlll, 3, 16. — c J/oii. Ancur.lV, 31 [C. inscr. lai. 111, 2, p. 780). I.a ilale d'une de ces représentations est incertaine; v. le commentaire (le Mommsen, ttd h. l. et Suct. Uctav. -43. — " Din Cass. 1,1V, 28. — » Ov. Fast. 111, 8II-SI3. Plus laid encore Uomiticn assigna la mime date i ses munera privOs d'.MIjanum ; Uio Cass. LXVII, I. — 'J Dio Cass. 1-XVlll, 15. — 10 Dio Cass.
en donnait volontiers lorsqu'on était à la veille d'entreprendre une expédition militaire, afin, dit un historien, d'exciter les courages"; d'autres fois, au contraire, elles relevaient l'éclat d'un triomphe '-. Les munera des empereurs étaient organisés soil par de simples affranchis de leur maison, choisis dans le personnel des bureaux, soit par des commissaires extraordinaires, de rang équestre, qui veillaient, sous la haute direction du prince, au détail de l'organisation ; on leur donnait le Wire Ac curatores munerum^^ . Cependant on trouve dt'jà sous Claude un procurator munerum, ou a tnuneribus, qui semble avoir été chargé de ce service d'une façon permanente; il avait sous ses ordres un certain nombre de comptables [tabularn) ". Un fond spécial, toujours prêt à suffire aux besoins du prince, était confié à sa gestion (/prijxaTa [j.ovo|A3t/ixot) '''.
'i" Munera facultatifs. — Magistrats municipaux. — Une charte, rédigée en 4't av. J.-C. pour un municipc d'Espagne, oblige ses duumvirs et ses édiles à donner annuellement soit un combat de gladiateurs, soit une série de représentations scéniques, munus ludosve scaenicos. Par conséquent ils ont le droit de choisir entre ces deux catégories: en ce sens les ?nî<«era sont pour eux facultatifs. De plus on exige qu'ils versent pour cet emploi une somme qui ne devra pas être inférieure à un minimum déterminé ; mais en même temps ils reçoivent une subvention fixe de la caisse municipale. C'est ce que montre le tableau suivant (les sommes sont indiquées en sesterces) :
P.WÉ ANNUELLEMENT par les magistrats. parla Aille. Total.
Un Ilvir 2000 (543 ") 2000 (543 t^) j ^^^^ ^^^.jj ,^^
Jeux des II viri. , ^^ jj^.^. .^^^^ .^^^ ,^^ ^^^^ ^^^^ f,^ ,
Jeux des édiles ^ "° ^"^"'^ *'""' ^^^^"^ '*"^" '"'''^ ' Jeux des édiles. ^y^^^^j.|^^^^^^.jgj,,j ^^^^ ^,.^„^^
Les jeux des duumvirs doivent durer quatre jours; il en est de même de ceux des édiles. Ces magistrats doivent, les uns comme les autres, dans les dix jours qui suivent leur entrée en fonctions, arrêter, de concert avec les décurions, la date où sera donnée la fêle; celle date est par conséquent tout à fait variable"^.
Il n'est pas douteux que les chartes des autres municipes continssent des dispositions établies sur les mêmes bases, avec cette différence toutefois que la somme minima, exigée de chacun des magistrats, variait, comme de juste, en proportion de l'importance de la ville. Même dans de petites villes les magistrats ont dû souvent dépasser d'eux-mêmes ce minimum ; d'autre part les conseils municipaux, quoique obligés d'arrêter leur subvention au chilîrc fixé par la charte locale, ont pu y ajouter parfois l'intérêt des capitaux que certains particuliers leur léguaient pour cette destination spéciale'''. Tels étaient les munera que les magistrats municipaux
LIV, 211 ; LXVI, 25; Ifist.Auij. Uailr.T -..Maxim, cl llalbin. »;l;-oli. )!>. L'histoire des rapports des empereurs avec la gladiaturc a i''lé l'aile par Uemcn.Mnsii). Hun/h. p. 70. — 11 llisl.Aug. Sever. 14 ; .l/n.rim. et Ualliin. S. — 12 Dio Cass. LX, 30 ; LXVI II, 10; Hist.Aug.Prnli. 19. — » Suct. fad'i/. 27 ; l'Iin. ffis^.iin/. XXXV,33, 52 ; XXXVII, 3, 45 ; Tac. 1/ist. 111, 57, 76; cL Corp. inscr. lat. XIV, 2922. — n C. i. Inl. IV, 1 186; VI, 1DI02, 8498 ; XI, 3612 ; de Rossi, /nscr. crisl. I, n» 5 ; HirscliHd, Itiim. Veruall. p. 177-178; cf. p. 167, note 1 ; Mommsen, Sliiatsr. ll'J, p. 951, notes 3 et 4.- — 15 Dio Cass. LXII, 19. — ICiex Jutia municipatis, C. i. (. Il, 5439. cap. Lix et Ll.vi; cf. C. inscr. lat. X, 829. - " C. i. l. IX, 2350; cf. Vifj. 30, 122 pr.
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