‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments (volume 5)Chapitre 80 sur 104 · GL · texte numérisé non relu

GL

GLA

remplissant un nMe aclif dans des jeux, quels qu'ils fussent [i-uni] '. Mais le retour fréquent de ces mesures suffirait à prouver combien elles furent impuissantes; la cause en est dans l'indulgence que l'opinion publique réservait aux coupables, et plus encore dans les encouragements qu'ils reçurent de certains empereurs, très épris eux-mêmes de cet art cruel : « Ils employèrent l'or, dit Tacite, plus souvent la contrainte, pour faire descendre les nobles à cet abaissement, et la plupart des municipes et des colonies se faisaient une servile émulation d'y entraîner à prix d'argent leur jeunesse la plus corrompue. » ^ Les inscriptions désignent les gladiateurs de condition libre soit i)ar les tria nomina, soit par le prénom et le gentilice ; ainsi : o- ducenmius opta-

TUS-'', ou 0- CLEPPIUS '*.

b. A/franchis. — Si la sévérité des lois n'empècliait pas les ingénus d'entrer dans la gladiaturo, on peut penser que les affranchis y répugnaient encore moins ; en effet nous savons par Pétrone qu'il y en avait dans certaines troupes et que le public établissait entre eux et leurs camarades de condition servile une différence marquée; le spectacle paraissait d'une classe plus relevée, lorsque figuraient au programme famllia non lanislicia, scd plurimi liberti ■'. Cette préférence s'explique fort bien ; l'afl'ranchi, qui se proposait pour servircomme gladiateur moyennant salaire, pouvait avoir obtenu la liberté par l'exercice de toute autre profession ; dans ce cas, comme l'ingénu, il apportait déjà à l'amphithéâtre, où il entrait de plein gré, beaucoup plus de zèle que l'esclavô, qui y était poussé par la volonté d'un maître. Mais on outre l'affranchi avait pu arriver à la liberté par la gladiature même; le premier usage qu'il en faisait, c'était de s'engager, et comme il avait alors derrière lui plusieurs années de pratique, on conçoit qu'il l'emportait aisément, par son expérience des armes, sur ceux de ses compagnons qui n'étaient pas encore sortis de la condition d'esclave. 11 est probable môme que ce dernier cas devait être le plus commun, et que le gladiateur de la classe des liberli était en général un sujet d'élite, déjà libéré au moins une fois. Nous devons supposer aussi que le liberlus qui s'engage pour l'arène est soumis aux mêmes formalités que l'ingénu, c'est-à-dire à la déclaration devant un tribun, et au serment d'usage. La dégradation est pour lui beaucoup moindre que pour l'ingénu, par la raison que ses droits antérieurs étaient plus restreints. Une fois qu'il est engagé, le patron à qui il doit sa liberté n'a rien à prétendre sur les bénélices qu'il tire de l'amphithéâtre; toute convention, que son patron lui aurait imposée, pour obtenir de lui ce genre de services [operaé) après l'affranchissement, serait nulle de plein

1 r*our ce qui concerne seiileiiioiil la gladiature, v. Senec. Qu. nat. Vil, 32; Tac. Ami. XIV, 14; XV, 32; Juv. VIII. 1!>5 ,i 210; Suel. Cw-s. 30; (ktaii. 43; Tib. 35; Culig. 30; ?\'er. M;I)om.t,\ Uio Cass. XLlll, 23 ; XLVUI, 43; M, 22; LVI, 25; LIX, 13; LXI. 17 ; LLX, 8.-2 Tac. Hist. 1[, 02. — i Corp. inscr. Int. XU, 5836. — ■• Ibid. IX, <C5.— ii Polron. 45. — 6 Uig. XXXVIII, I, 38 pr. — " C. i. lat. VI, I0i03. —i Millheit. Jlom. l. c. —3 C. insci: f/r. 2S89. I.a sigiccsl ordinairement suivie du cliilTre des combats livrés par le personuayc. Ainsi : I.lli- VIII. Corp. inscr. lat. V, 4ol I . Moniinsen entendait |iar là » lilj{ertitus) oclava fpM(;/m), affranchi après son huitiènio condiat », ce qui prcsenlerail un tout .lutre sens. Il a tlouué une liste des foruudes de cette caliîgorie dans Bolin et Seluicliliardt, AllerlbAmer von Aet/ae, p. 67 ^Jahrb. des deutsch. arch. liist. Krijûnz. Hpft II, 1880). V. aussi, Kphem. Epifj. l. c. p. 400, uote 6. L'no théorie toute ditlv-rente est exposée par Meier. D( glad. p. 18, note 2, et Mau, .UItticil. I. c. p. 3S ; 1801, p. 151. Les arguments de CCS deux savants me paraissent décisifs ; j'adopte lei leur opinion et j'entcuds comme eux lib[ertus), octo {pvgnariim), V. C. hi^cr. tat. IV, ;»3S bis. 1421, 1422, 1174, 2387, 250S ; VI, 10180, 10104, 10196, 10203 ; XII, 3323 et s. 3331 ; Mau, /. e.

(Iriiil'\ Dans les inscriptions le liberlus gladiateur est nommé seulement par son nom servile, accompagné de la sigle L- , UB- libk- liber- ; ainsi : martialis- l- \ SDVEHVS- LiB- '; de même en grec : hehaoe EAEr(0£io;)'.

Toutes les catégories qui viennent d'être énumérées pouvaient se trouver réunies dans une même troupe. Les documents dont nousdisposons nous permettent d'apprécier approximativement dans quelle proportion elles fournissaient des sujets à la gladiature. Il est évident que les esclaves y formaient la grande majorité. ,\insi sur cinquante-neuf fesserae gladialoriae reconnues authentiques, il n'y en a que cinq qui portent des noms d'hommes libres'". Dans un munus donné à Pompéi, sur seize combattants qui ont été mis en ligne on compte cinq hommes libres et onze esclaves": ailleurs les hommes libres sont dans la proportion de six sur vingt '^ M. Mau conjecture qu'entre ces deux classes de gladiateurs il y avait une grande différence : c'est que les esclaves étaient nécessairement enfermés au Indus, au lieu que les autres logeaient en ville dans leur ménage ; en effet nous en connaissons plusieurs qui ont été ensevelis par les soins de leur femme, à un âge où il semble bien qu'ils fussent encore en activité de service". Cette opinion peut être admise, à condition de n'être pas trop généralisée ; les hommes libres non mariés devaient trouver beaucoup plus d'avantage à être entretenus au Ittdus qu'à vivre au dehors ; il est probable qu'il y avait entre eux et le laniste diverses formes de contrat, qui comportaient beaucoup de nuances '^

Terme du service [liberalio)'^. — Un gladiateur, vainqueur ou non, peut sortir vivant non seulement d'un combat, mais d'une série de combats. Pendant combien de temps doit-il ses services au chef de troupe et combien de fois pendant cette période est-il tenu d'exposer sa vie, c'est ce qu'il est difficile de dire, d'autant plus que le nombre des épreuves et la durée du service devaient varier suivant la condition des individus'". Il faut d'abord distinguer soigneusement l'école, le Indus, où le gladiateur habite et s'exerce, et l'amphithéâtre, qui est son champ de bataille'". Il est dispensé une fois pour toutes de l'obligation de jouer sa vie dans l'amphithéâtre le jour où on lui donne, comme un symbole de congé, une épée de bois (rudis ", semblable à celle dont on se servait pour apprendre l'escrime ; mais tout gladiateur n'est pas libéré de l'école par le seul fait d'être rudiarius (à7toTa;iu.£voi;)". Ainsi nous savons quel'homme condamné à l'arène par jugement d'un tribunal, et devenu de ce chci servus pocnac, peut être dispensé au bout de trois ans de l'obligation de combattre ; mais il doit rester encore enfermé au ludus pendant deux autres années

1800, p. 31, n' 06, etc. — lO C. i. l. I (1S63), n" 717 à 776. Voyoi les d" 745, 747, 749, 736, 776. Depuis 1863 on a signalé beaucoup d'autres tesserae. V. plus bas eliap. II. — " C. i. I. IV, 2508. — IS Ibid. IX, 466. — 13 Jbid. V, 4306 c, 5933 ; XII, 5836; Mau, /. C. — ''* Scn. Epist. 37, 1 ; Qui manus harenae locantedunt ac bibunt c/iMC pcr sanguinem rcddant. » II ne peut être question là duprflium une fois paré au moment de Vauctorafio; il était, comme on l'a vu, tr^s modeste; Séni^]uc parle évidemment ilcs frais d'entretien. Les gens perdus auxquels il fait allusion auraient été probablement très fâchés d'avoir à chercher un autrtï domicile que le twiiu.

— li» C. inscr. lat. Il, 6278, ligne 62. — "• Il faut se garder de confondre la lib'ratio ou manumissio >vvec la missio, qui est la gr.ice de U vie acconlée au gladiateur vaincu, après un seul combat. V. plus bas, cliap. xvii. 5* 6; Mommseu, Ephem. Fpigr, I. c. p. 413, noie 3. — 1< Sur un monument de Rhodes (v. la ftg. 3582', on lit ; irtl-.,lr, r-« «oJSoj. Meier (.Uillbrit. Ath'n. I8t>0, p. 162) entend par "«,;S-,; l'amphithéâtre; son opinion est difricilemcnl acceptable. — '* Cic. Ph'it. Il, 29, 74 ; Hor. Epist. I, I, 2; 0v..4»i. 11,0, 22; Trisl. IV, 8, 24; Mirt. III, 36, lOtJuv. VI, tl3; VII, 171.

— OSuct. Tib.T; Corp. inscr. lat. XII, 4IS2; Oloss. Lait. s. d.

ir)7G —

GLA

avanl de recevoir le bonnet de l'affranchi [piliîus], qui le libi^re complètement. 11 lui faut donc, au total, fournir cinq ans de service, et encore n'est-ce là qu'un minimum, qui devait être dans la pratique souvent dépasse'. On voit quel avait été le but du législateur en imposant ce minimum : il avait voulu empêcher qu'un criminel, favorisé par la chance et par les spectateurs, ne fût trop vite rendu à la liberté, mesure d'autant plus nécessaire que les criminels, assassins ou autres, ne devaient pas faire les plus mauvais içladialeurs. Pour le gladiateur esclave, la volonté du maître était souveraine; celui-ci avait seul le droit absolu de l'affranchir et il était libre d'en choisir le moment à sa convenance; quelquefois, il est vrai, les instances du public étaient si pressantes que Vcdiior avait la main forcée et qu'il se laissait arracher une promesse; mais la inanitinissio ex occlamatione poptili fut toujours considérée comme un abus; il y avait même un édit de Marc-Aurèle qui la déclarait nulle de plein droit, si le propriétaire de l'esclave établissait qu'il avait dû céder contre son gré aux sollicitations populaires- : par conséquent l'esclave qui avait obtenu de ceindre l'épée de bois {rudem ind.ucre) pouvait attendre encore longtemps avant de coiffer le bonnet [pileari] ^ Pour VaiicloraUis il n'était pas question de gagner le bonnet, puiscjuil n'avait jamais perdu en principe sa qualité d'homme libre; il pouvait même se racheter (se i-edhnere) avantd'avoir combattu, s il parvenait à réunirune somme suffisante pour rembourser au ianiste le prix de son engagement et les frais d'entretien qu'il lui avait coûté; les rhéteurs avaient imaginé sur cette donnée l'histoire d'un gladiateur que sa sœur avait plusieurs fois tiré de l'école; à la lin, désespérant de venir à bout de ses mauvais instincts, elle lui avait coupé le pouce pendant qu'il dormait, pour le mettre hors d'état de tenir une arme '. Mais tout dépendait des termes du contrat; peut-être ce rachat n'élail-il pas toujours possible; peut-être aussi dans certains cas l'ingénu, qui avait obtenu la rudis^ avait-il encore quelque temps à passer à l'école avant d'être cxaucloralus. Ainsi il faut distinguer trois catégories de rudiaiii : 1° ceux qui en avaient fini une fois pour toutes, et sans esprit de retour, avec l'école et l'amphithéâtre ; 2° ceux qui avaient été libérés de l'amphithéâtre, mais non de l'école et qui attendaient leur libération délinilive; 3° les rengagés, qui retournaient volontairement et à l'école et à l'amphithéâtre, ou à l'amphithéâtre seul. Rengagement. — En effet tout gladiateur libéré, quelle qu'eiU été sa condition, pouvait se rengager {inslaurare difcrimen)^, s'il était encore assez valide et si un propriétaire de troupe voulait bien le reprendre (reyocaie) ^ Le gladiateur faligué, (jui ne cherchait qu'un gagne-pain, devait naturellement, à supposer qu'il trouvât preneur, accepter le prix le plus inlime, fût-ce les 1000 sesterces (271 fr.) que l'on donnait au gregarius pour un premier engagement'. Mais le rudiarius encore robuste, surtout celui qui s'était signalé par des victoires, avait de tout autres prétentions. Alin d'y mettre des bornes, la loi de Marc-Aurèle fixe le maximum du prix de rengagement,

lCoHn/io/e»..)/o.s.XI,7,4. — 2£)ij.l,X,9, 17; cf.Gell. V, U, 20; Proiiloa(/.l/.Coe.î. II, 4,4;DioCass. LVII,I1;LXIX, l6;TorlulI. Spicl. l'.i.il.U faut aussi lijnii- coniplc des casd'citcmplioii pour iiifir miles ou blessures graves. C'est i cela (|uc semble se rap [.orlcr Curp.inscr. lat. 11, 6 278, lignes 62 cl suiv.; te passige est incomplet et obscur. V.Mommsen./i^Aem. 1-^pîijr. ^c. p.-U3, note 3. — ^Coll. leg. Mos.t.c. — V Ouiiitil. /nsl. or. Vlll, 5, 12. —6 C. i. l. 11, /. c, — « I.iv. XI.IV. 31 ; S-ict. Tib. 7. — î V. plus Iiaut, cbap. V, 1". — 8 C. I. (. i. — ' V. plus baut le tableau des prix d'aclial, mitnus d.

pour le gladiateur qui traite lui-même, à 12 000 sesterces (3262 fr.)'; ce qui n'empêchait pas le Ianiste d'y ajouter encore sa commission, si on avait eu recours à ses services, mais sans qu'il pût toutefois, commission comprise, dépasser le maximum de 13000 sesterces (iO'ÏS fr.) ".

Location. — Jusqu'ici nous n'avons envisagé que le cas dans lequel le gladiateur se vend ou est vendu pour un temps indéterminé, sous la réserve du bon plaisir du public. Mais il y avait encore un autre cas : l'homme pouvait être loué pour un seul combat ; seulement il courait un tel risque que la location se faisait alors sous condition. Gains donne un exemple d'un contrat de ce genre : on stipulait ([ue le preneur, après le spectacle, payerait 20 deniers 1^21 fr. 75) pour chaque homme qui sortirait de l'amphithéâtre vivant etsans blessures graves [in s'inguUis qui intcgri exicrint); cette somme représente la rémunération de sa peine [pro siidore). Au contraire pour tout homme tué ou estropié le preneur s'engage à payer 1000 deniers (1087 fr.); c'est-à-dire qu'en réalité ceux-ci lui coûtent, comme le fait observer tiaius, ce qu'ils lui auraient coûté, s'il les avait achetés, et non loués'". On voit néanmoins par ces prix que l'organisateur d'un munies, s'il n'était pas riche, pouvait encore trouver une combinaison qui lui permit de rester même au-dessous des frais prévus par la loi de Marc-Aurèle. Il n'est pas douteux que beaucoup de gens y recouraient avec empressement. Ainsi on pouvait louer un gladiateur pour 20 deniers, soit 80 sesterces, et comme les lanistes se faisaient concurrence les uns aux autres, il est possible même que ce prix fût encore abaissé quelquefois; seulement les sujets à bon marché tâchaient de se faire le moins de mal possible. Pétrone a tracé le tableau d'un comliat ridicule, dont on attendait des merveilles, et oii parurent, au grand désappointement du public, des gladiateurs d'aspect lamentable, loués pour quelques sesterces par tête, des gladiaiores sesteriiarii : « Ils étaient si décrépits qu'un souflleles eût renversés. L'un était si lourd qu'il ne pouvait se traîner; l'autre avait les pieds tortus ; un troisième était à moitié mort, car il avait eu déjà les nerfs coupés; à la fin ils se firent tous quelque blessure pour terminer le combat; c'étaient des gladiateurs à la douzaine, de véritables poltrons [fugae merae) ". »

VII. Patries, races des gladiateiks. — Les gladiateurs se recrutant surtout dans la classe dos esclaves, une même troupe pouvait réunir des hommes appartenant aux races les plus diverses'^; elles devaient être très mêlées, notamment dans les écoles impériales, par suite de la facilité avec laquelle leurs adminislrateurs faisaient des échanges d'une province à l'autre. Mais il arrivait aussi dans des jeux d'une splendeur exceptionnelle que l'on montrait au peuple par grandes masses des prisonniers étrangers, comme on lui montrait des animaux rares à l'occasion des ve.nationes ; on comptait alors sur la singularité de leur aspect pour réveilli;r la curiosité des spectateurs blasés. Au temps de la République on avait vu parailri! dans l'arène des Gaulois et des Thraces''. Sous l'Empire, au fur et à mesure que

U' classe. — "1 Gains, lll. H') ; Mommsen, /Cph. Ep. t. c. p. il 2, note 2. — '* Pelron. 4.S. — 1- Sparlacns, cnfermi^ dans un lifius de (^apjuo, i^tait .Numide, Plut. Crass. 8. Dans les inscriptions la patrie des gladiateurs est souvent indiquée : C. i. t. II, 1739 ; V, oUi,S'.lo3; VI, 10l8t, 101(17, I0I!>4, 10l;)7, lOlOU; X, 7J'J7; XII, 1243, 33i3à 33ÎÏ, 3327. 3321>, 3332, ;i837. — t^ On peut le conjecturer d'aprC-s les noms des armes spi^eiatcs, au xipiclles leur nom est resté atlaclié dans la suite, ipioiquo le i/alliis soit peut-être, aussi bien que le samiiUe, antérieur aux prcniiors mun'H-a romains; v. plus bas, cliap. x, S*.

G LA

s'c'tondil la conquAlc, on lit ciimliallro dans la capitale des Ijarhai'Ps amenés dos conlrres les plus luinlaines : des Daccs et des Suèves sous Auguste (dH av. J.-C.) ', des Bretons sous Claude (47) ^ en 274 Aurélion, à la suite d'un ti'idmplio, mit aux prises huit cents paires de f^ladialeurs choisis parmi les nations vaincues, Gotlis, Mains, Roxolans, Sarmatos, Francs, Suèves, Vandales et Germains^ En 282, Prohus condamna à la mèiiK! peine des lilémyes venus de l'r^lhiopie, des Germains, des Saimales et des l)rigands Isauriens''. Plus tard encore des Saxons furent envoyés à l'amphitliéàtre^ C'était déjà pour la foule un puissant attrait (|ue la vue de ces barbares aux types si variés, qu'elle ne connaissait encore ([ue par les Iiitlletins des dernières campagnes; mais ce qui ajoutait à l'intérêt du spectacle, c'est que les combattants conservaient dans l'arène le costume et les armes de leur patrie et qu'ils appliquaient à cette lutte suprùm(! le genre de manœuvre qui leur était habituel. Toutefois ces grandes tueries ne peuvent jias être classées parmi les spectacles ordinaires de ramphitliéàtrc ; comme on l'a déjà vu, les captifs étrangers n'étaient pas, à proprement parler, des gladiateurs; sauf dans la période des origines, ils n'exercèrent aucune iniluence durable sur l'art particulier de la profession. Certains empereurs sont cités pour s'être livrés dans ce genre d'exhibitions à des fantaisies extraordinaires : Néron organisa à Pouzzoles, en l'honneur du roi des Parthes Tiridate, un miinus où on ne vit paraître que des nègres " ; Domitien fit combattre des nains"; on alla jusqu'à armer des femmes, dont quelques-unes de familles nobles, pour les mêler à ces jeux sanglants*. En l'an 200 une troupe de femmes y déploya une ardeur si désordonnée qu'elle provoqua des troubles dans h; public ; do. là un édit de Scptime Sévère qui interdit de recruter des femmes pour l'amphithéâtre'. VIII. Les propriétaires et le trafic. — Dès le temps de la Ré|)ublique beaucoup de personnages riches et puissants formèrent des bandes d'esclaves et d'engagés volontaires {familiae, ^afiiXiac), pour leur faire apprendre le métier de gladiateur'". Ils voyaient d'abord un avantage considérable à avoir à leur entière discrétion un grand nombre d'hommes armés, toujours prêts à accourir à leur appel; en outre ils pouvaient ainsi à tout moment subvenir aux besoins des muncra organisés à leurs frais ; et enlin ces troupes constituaient un capital qu'ils exploitaient avec grand profit. Atticus ayant acheté une troupe très bien exercée, Cicéron lui écrit qu'il aurait dil la mettre tout de suite en location ; elle lui aurait, on deux représentations, rapporté ce qu'elle lui avait coûté". Ces bandes pouvaient faire courir à l'État de graves dangers ; on le vit bien pendant les guerres civiles et dans les révoltes d'esclaves; Spartacus,Catilina, César en tirèrent des auxiliaires redoutables '-. Déjà cependant en 6o, le sénat, suffisamment inslriiil par l'expiTicnce, s'en était ému : un sênatus-consulte détermina li; maximum du nom-

1 Dio Cass. U, 22, — 2 Ibiil. I.X, 30. - a IliU. Anrj. Aurcl. 33. — l Hist. Aiig. Prob. 19. — CSyinm.ff/iisMI. 10. — C|)ioCass.LXIlI,3.— inioCas*. LXVII, 8 ;Slal. SU». I,f., 51; Mart. I, 43, 10; XIV, 213. — 8 Mail. Spect. 0 h; Sucl. Djm. 1; Tac. Ann. .XV, 3i. Dio Cass. LXI, 17; LXVl. 25. V. de I.oriqiiot, Lti mosaUjnc des promenades, \i\. II, iiMl. — 'J Uio Cass. LXXV, 10; cf. Nieol. Dam. ai). Atheil. IV, p. 154 A.

— '"Val. Max. 11, 3, 2 (105 av. J.-C); Pompon. Auctoraliis, fragm. I, Itibbcck. iI'an.V,i'a est doiiniSparCorp. iiiscr. jfi'. 21UW<,ndi.p. 1028; 2.111. Î~~i9 h.adJ. \i. 1109; 3213, 3t>77; Mitlheil. Alhen. VI (ISSl), p. 36(i, n» I. — " Cic. iid AU. IV, 4 4 cl S.

— <2 Cic. pro Sulla, 19, 3 1 ; pro Sesl. 39, 85 ; ad AU. VII, 2 ; VIII, 1 1 ; Cacs. Bell. Civ. 1, 14 ; Sui't. Cacs. 31 ; Dio tiass. XXXIX, 7 ; l-lor. III, 20. — " Sud. Caes. 10 ; Plul. CiKs. S; l'Ii.i. Ilisl. nul. XXXIII, IC. — I» Dio Cass. LIV, 2. — 15 Sucl. Tià. 34.

bro de gladiateurs qu'un citoyen pourrait posséder dans la ville de Rome ; le clnlfre qu'il fixa n'était cependant pas inférieur à trois cents paires''' ; Auguste l'abaissa à cent vingt paires ", et Tibère se montra peut-être plus sévère (uicore '''. Caligula, au contraire, permit de dépasser la limite établie par ses prédécesseurs; mais ce ne fut là sans doute qu'une complaisance exceptionnelle, qui ne changea rien à la législation""'. Ce furent les Flaviens, à ce qu'il semble, {|ui les premiers retirèrent aux particuliers le droit d'entretenir des troupes dans la ville de Rome, à dater du jour oii ils y eurent fortement organisé les troupes impériales ; elles sont désormais les seules que l'on y trouve rassemblées à demeure". Mais on a assez vu, par tout ce qui précède, que ce même droit ne fut jamais retiré aux particuliers en dehors de la capitale. Peut-être même le gouvernement se montrat-il disposé à remanier pour eux dans un sens plus libéral les règlements antérieurs, 'une fois qu'il se fut rendu seul maître des bandes casernées dans Rome; sous Domitien en effet le sénat fut consulté de amplimido numéro (/laillnloru7n, ce qui doit s'entendre, suivant toute vraisemblance, des gladiateurs de l'Italie et des provinces". Après comme avant cette époque, les magistrats et les flamines, à qui incombe l'organisation des munera dans les municipes, peuvent entretenir des gladiateurs s'ils en ont les moyens. Ainsi font également les chefs d'armées ; au début du principal de Tibère, nous voyons Junius Blaesus, commandant supérieur des légions de Pannonie, entouré d'une bande de gladiateurs, qui lui sert de garde particulière et le protège contre ses soldats révoltés". Enfin tout particulier est libre de former une troupe pour en faire un objet de trafic, à la condition de se mettre en règle avec les h^ges gindialoriae. Une inscription de l'île de Thasos mentionne plusieurs gladiateurs appartenant à une femme ". Quelquefois une même troupe est exploitée par plusieurs associés {socii), ayant tous des droits égaux sur chacun de ses membres-'. Pour favoriser les transactions entre les propriétaires il y avait des marchés publics, où on mettait les gladiateurs aux enchères. Un jour on vit Caligula venir présider en personne à une vente sous la haste; on avait rassemblé là un grand nombre d'hommes, sortis vivants des jeux publics {rcliquiae), et qui se trouvaient compris dans la succession de magistrats ou de riches particuliers, morts depuis peu. L'empereur surenchérissait luimême; il fit monter les prix à des chiffres extraordinaires, abusant de la nécessité où se trouvaient alors les préteurs, chargés par son ordre de donner des munrm à bref délai ; le fisc percevait un droit de 4 pour 100 sur la vente des esclaves. " C'est un fait notoire, dit Suétone, que, voyant Aponius Saturninus endormi sur les bancs, il avertit le crieur de ne pas oublier cet ancien préleur, qui ne cessait do lui faire signe de la tête: et il ne mit fin aux enchères qu'après lui avoir fait adjuger, sans

— 16 Dio l^ass. I.IX, 14. V. encore Sucl. Autj. 42 ; Dio Cass. I.V, 36. — Ï7 Momniscn, Slaalsr. II. ii3, p. 1071, noie 4 cl JCph. Epiijr. I. c. — •* Plin. Paneg. 54, 4; Mominsen, Die Gladiat. Tesseren dans Hermès. X.XI (ISSéj, p. 2T4. 3. — *• Tac. A»n. I, 22. La lot do Claude qui intordit les munera .lux gouverneurs de provinces (Tac. Ann. XIU, 31) n'iMait pas applicable aux munera donnés dans les camps, v. (dus bas. chap. ix, tes gladiateurs et l'armée. — *> Corp. inscr. gr. 2164. Autres troupes particuli.>res, C. ùïscr, lat. IX. 465, 466 ; C. inscr. gr. 2194 b, 251 1 ; 25794; 3213.3677, 39l2;Bolm et Scliuchlurdl. A((«-/A. vonAegae.p. 23. — SI t". i. gr. 251 1 cl Add. Il, p. t023. On dit, en part'il cas. PampMtus sociorum, Capratinus Curtioruni\ Corp. inscr. lut. I, 7.ii ; Bull, deli Jst. di Borna, 1^65, p. 105 : Ep^. lipigr. \\\, p. 204 (cf. Plin. Bist. uat. XXVIII, 120 ; Scncc. E/msI. }5, 25).

GLA

ir)78 —

GLA

qu'il s'en doutât, treize gladiateurs pour9 millions de sesterces » {2'i'i6 830 fr.), soit par homme 188 217 francs'.

Le lanisla (XouooTsoaioç, u.ovou.xy c/Tpdcioç, j-TtimiTYi? jaovo- (iâ/wv). — Aucune réprobation ne s'attachait à la personne qui s'occupait de ce genre de négoce, si elle avait d'autres moyens d'existence; des magistrats, des gens liaul placés pouvaient y être obligés à l'occasion, et même ils ne dérogeaient pas en profitant de leur expérience pour tirer de là une source de revenus ; on avait des gladiateurs qu'on faisait valoir, comme on avait d'autres esclaves, ouvriers, pédagogues ou musiciens. Mais en revanche toute la sévérité de l'opinion retombait sur l'homme dont l'unique ressource consistait dans le commerce des gladiateurs, la lauiena ou laitislalura. Le lanista, ou marchand de chair humaine-, était assimilé au LENO ; aussi bien que les malheureux dont il trafiquait, il était in f amis ; la loi lui refusait le jus hunorum''. Bien qu'on pût se passer de ses services*, c'était un intermédiaire fort utile pour les organisateurs de fêtes, qui n'avaient point de troupes en propre et que le temps pressait. En pareil cas, comme le dit l'orateur dans la loi de Marc-Aurôle, lelaniste savait se rendre nécessaire, se eliam nccessarium faciebal". Vente, achat et location rentraient également dans le cercle de ses affaires; il était en relations constantes avec tous ceux qui avaient des hommes à vendre, notamment avec les pirates". Ouelquefois aussi il prenait chez lui des esclaves, appartenant à plusieurs mailres différents; il les instruisait' et les plaçait, en prélevant une part dans les bénéfices; ainsi nous possédons une liste de gladiateurs, qui ont été enrôlés sous la direction d'un certain C. Salvius Capito; sur dix-neuf esclaves qu'elle comprend, un seul lui appartient à lui-même, les autres lui ont été confiés par dix propriétaires différents '. Certains lanistes avaient une maison de commerce où ils traitaient les affaires sur place : tels ceux qu'Auguste chassa de Rome, dans une année de disette, pour éloigner les bouches inutiles". Mais d'autres voyageaient (/anis^ne circumfovanei), soit pour offrir ou recevoir la marchandise'", soit pour donner des représentations à leur propre bénéfice". Ces personnages réalisaient quelquefois de belles fortunes; leur profession était même une de celles qui conduisaient le plus sûrement à la richesse'-. Mais on conçoit qu'ils n'aimaient pas, sur tout alors, à se parer de Unir litre; aussi l'un d'eux, dans une inscription, est-il appelé, par un habile euphémisme, negolialor familiae gladialoriae ".

IX. L'ÉCOLE [ludus, XoùSoç, naTaYiûyiov [A&vc/|jLâ/^iov, [aovo- |j.a/oTpo:p£iov ''').^ Les écoles les plus anciennes que mentionne l'histoire sont celles de Capoue; à la fin de la République cette ville était encore comme le (juarlicr

1 Dio Cass. LIX, 14; Sud. Catiij. 39. Il ne peut 6lrc qucslion là du veciigal glad'uUorium^ qui ne frappait que les lanistes. Ce ([ui nio ferait croire que celui-ci était ntie taxe annuelle, c'est qu'autrement il aurait fait flouble emploi avec la xxv* vi^imliuin mmicîpionini. V. Moinmsen, IC/thfjn. Kin<jr. I. c. p. -Sli. — ^ Le mot a la môme étymologie que laniits, bouclier; IsiJ. Orig. X, p. 217. — ^ Lex Julia mumcip. (C. i. (. Il, St39), cap. vin, ligne 49. — ' Il n'y aurait qu'à r(!pélcr ici ce (jui a ilé dit au cliap. I. — 5 Ligne 12. — c Calpurn. Flacc. Dect. 50. — 1 On a cru rclrouver l'image du lanistc sur un certain nombre de nionumeiils (v. les fig. 3573 et 3581). Je crois plutôt que le personnage en tunique qu'on y voit repriî'sentij, tenant à la main la rudis, doit èlrc considéré comme un doctor ; le lanisle est avant tout un marcliaml. Cependant quelquefois il devait contribuer à l'inslruction de ses lionimes; Ilirt. IJelL a/'/'. 71 ; Suet. Caes. 20. V. aussi, Pass. Pi-rpet. et l'elic. 19 « ferens virgam quasi lanista ». — 8 Corp. inscr. lat. I.V, 405-466 — 9 Dio Cass. I.V, 26; Suet. Aiir/. 42. — '0 Suet. VileU. 12. — » Tac. Ann. IV, Ci. V. plus haut, cliap. v, 1°, ce qui a été dit des munera payanis [asiifuranu). — '^ Mari. XI, 66, 3. — " Coi-p. inici: lat. XII, 727. V. cependaiil

général de la gladialure ; c'élait là que les plus riches propriétaires de Rome tenaient leurs bandes enfermées; ainsi en 105 av. J.-C. nous y voyons installée celle d'un consulaire, Aurelius Scaurus'°; en 73, celle de Gn. Lentulus Batiatus, où Spartacus prépara ses plans de révolte avec la complicité de deux cents de ses compagnons "^ ; en -iO, César avait à Capoue une troupe importante qui fut licenciée par les chefs du parli adverse''' ; au moment de passer le Rubicon, il étudiait les plans d'une école nouvelle, qu'il voulait faire construire à Ravenne ". Il semble donc qu'à cette époque les bandes, qui avaient à combattre dans la ville de Rome, ne pouvaient y séjourner longtemps et qu'on évitait autant que possible de les y installer à demeure dans des édifices spécialement aménagés pour elles. Cependant, en 44, un ludus a pu exister dans les dépendances du théâtre de Pompée ''^ Ce fut sans doute lorsque Statilius Taurus eut édifié dans la capitale (29 av. J.-C), un amphithéâtre de pierre [ampuitheatiium] que l'on sentit le besoin d'avoir, à proximité de l'arène, un bâtiment spécial, où l'on piit loger et exercer les gladiateurs; on a conjecturé que ce bâtiment, de peu postérieur à l'amphithéâtre, pouvait être le Ludus Aemilius, qui est mentionné sous Auguste-". Caligula eut aussi un ludus, où il entretenait vingt paires de gladiateurs, sans doute pour ses spectacles privés^'.

Ce que pouvait être un édifice de ce genre, nous le voyons clairement par celui qui a été découvert à Pom-

Fig. 35C0. — Écolo de gladiateurs à l'oiiipti.

péi près du grand théâtre (fig. 3oC9). Il s'étend en forme de quadrilatère autour d'une cour de 5o mètres de long

/liiil.W, I0I7I, lOîOO. Celle de X, 1733, parait suspecte. — IVSuid. ». ». ; Corp. insci: ijr. 6058; Mcier, Mitlheil. Alhen. 1890, p. 102; Hcrodian. I, 15, Set 16, 3. — 1. Val. Max. Il, 3, 2, no meulionne pas Capoue expressément ; cependant on a probablement raison de rapporter ici ce tt'nioignage. — 16 Flor. III. 20; Hut. Cross. 8. n Cic. Ad Alt. VII, 14 et VIII, 2; Caes. De bell. eio. I, U. V. encore Sali. Calil. 30, 7 ; Cic. Calil. Il, 12; Pro Sesl. 4, 9. — « Suet. Crics. 31. Je ne vois pas pourquoi llirsclifeld, Iliim. Verwall. p. 181, noie 4, doute que ce texte s'applique à Uavcnne. Cf. Plut. Caes. 32; Strab. V, 1, 7. — m Dio Cass. X1.IV, 10. A l'ompéi le licdu! se trouve aussi adossé au grand tliéàlre. Sur les gladiateurs et le lliéilre, cf. l'er. Ilec. prol. 31 ; Cic. ad fam. VII, I ; Dio Cass. LXVllI, 10. Autres écoles dana Cic. Calil. 11,5, 9 (03 av. J.-C); ai AU. IV, 4 4 (57 av. J.-C.) ; Jordan dans Y Hermès, IX, 416. — s» llor. Ars poel. 32; Jordan, /. c. ; Urliclis, Archaeitl. Anal. 1885, p. 13. — 21 Plin. llist. nat. XI, 54 et 100; le cbiffrc serait bien faible s'il s'agissait do spectacles publics. Cf. Joseph, Ant. Jud. XIX, 4, 3. D'après uno inscription trouvée à l'omiiéi, Mau {.Villheil. flom. 1890, p. 39) suppose que les Slalilii Tauri oui im avoir aussi un luJas à Capoue dans la première moitié du i" siiclo.

GLA

GLA

sur -i'i de largo ; cet espace vide, où se faisaient les exercices, est bordé d'une colonnade, destinée à supporter le toit d'un portique. Sur les côtés s'ouvrent des cellules (cellae, clxoi), mesurant chacune 4 mètres de large, qui devaient être éclairées par une imposte'. Des indices certains permettent d'affirmer que le bâtiment avait un étage au-dessus du rez-de-chaussée ; si h; nombre des cellules était égal en haut et en bas, il y en avait en tout 66; en admettant qu'elles fussent habitées chacune par deux hommes, on arrive à un total de 122 gladiateurs, ce qui n'a rien d'excessif. Une chambre servait de prison, peut-être pour les criminels livrés par la justice ; on y a retrouvé, au milieu de fragments de chaînes, les squelettes de trois hommes, qui, n'ayant pu

s'échapper au moment de l'éruption, ont été brûlés vivants. Une autre salle contenait encore dos armes d'une grande beauté (voy.

plus loin fig. 3574) ; les murs étaient décorés de peintures représentant des trophées (fig. 3570).

Ces circonstances, jointes à la situation de la pièce, donnent à penser que ce pouvait être une salle d'honneur.

Le logement du laniste se trouvaitsans doute au premier étage, au-dessus du vestibule et de la cuisine. Les habitants du lieu y ont gravé un peu partout des figures el des inscriptions à la pointe; le programme d'un combat était tracé à l'extérieur près d'une porte-.

Quelquefois on exerçait les gladiateurs dans des cryptes [chypta], d'où le nom de cryptariiis donné au gardien du lieu'.

Écoles nvmicipales. — Si l'on excepte la capitale, certaines villes ont dû avoir des ludl au nombre de leurs établissements municipaux; car nous voyous un magistrat de Prénesle faire don à cette ville d'une école construite entièrement à ses frais et décorée « pro nilore civilatis » '. /•Scoles impériales. — Dans la ville de Rome il y avait à la lin des temps antiques quatre grandes écoles impé-

< Cf. Ouiiilil. Dec!. IX, 21 ; Uio Cass. LXXII. lii. — - Pomp. atil. Iiisl. I, I, 19l)-3»6, 228; II, 46, 5V. 151 : III, i7:l ; Maiois, III, p. 12-IS, pi. u: Goll, Pompciantt, p. 181; Ovcrbeck-Mau, Powpeji, p. lOS-lVS; Eiigelhar*!, Ucsifireib. p. 2-3 ; JUus. Dnrb. V, lav. xi; Garrucci, Bull. Xap. N. S, 1, 1833, p. 98, lav. vu ; Mincrviiii, Ibitl. vu, 1S59, p. 116 et 175, lav. x; Niccolini, Le case ed i mon. rf/ Pompei, lav. ii; Nissen, Pomp. SluJ. p. 253 ; Fiordli, Descr. di Pomp. p. 350-35S ; Corp. insct'. tat. IV, 24G4 à 2483. Une restauration dtl Indus par M. Nt^iiot est conservée à l'École des lioaux-arls. — ^C. l'user, lat. VI, 631. Cf. Sud. Calûj. 38. Ce pourrait être aujisi la prison du ludus : v. Sidon. Canii. 23, 311), mais la prciiiiùre explii'alioii parait prt^f«5rable. — ^ Monunsen, Slautsr. 11. ii'', p. liiTl, note 3; C. i. /.

, .'iSTO.

Armes de j^Iadialeurs.

riales. Nous n'avons rien à dire ici du Ludus matutinus vp,NATio],oiiétaientlogés les bestiaires; peut-êtrecxislaitil déjà sous Claude''. Les trois autres furent probablement construits par Domitien, comme des dépendances du Cotisée ; ce fut aussi ce prince, à ce qu'il semble, qui leur donna une organisation définitive". Le Ludus magnus était situé près du Cotisée, dans la troisième région, mais sur la limite de la seconde. M. Lanciani en fixe l'emplacement au nord de la Via Labicana, à égale dislance entre l'église de Saint-Clément et celle des Saints Pierre et Marcellin '. Le Plan du temps des Sévères nous permet de nous faire une id(''C assez exacte de la partie principale de l'édifice (fig. :}."i71)«; il est impossible de ne pas être frappé de la ressemblance qu'il présente avec l'école de Pompéi.

Ici aussi nous voyons une cour entourée d'un portique, sur lequel s'ouvrent les cellules des

Fi». 3571

Plan du Ludus magnus d Rome

gladiateurs; seulement il y a de plus qu'à Pompéi une arène en forme d'ellipse, qui remplit la plus grande partie de la cour intérieure; ce devait être un mur semblable au podium de l'amphithéâtre, dans de plus petites proportions, avec des ouvertures ménagées à l'extrémité des deux axes : les gladiateurs que l'on exerçait là se trouvaient ainsi placés à peu près dans les mêmes conditions qu'au Colisée le jour du combat. A peu de distance s'élevaient un spoliai-ium, où on apportait les morts de l'amphithéâtre, et un samiarium, ou atelier pour la fabrication et la réparation des armes'; une inscription nous fait connaître un rnanicarius, c'està-dire un ouvrier qui a dil être employé dans cet atelier à la fabrication des brassards '". Toutes les armes nécessaires à la gladiature étaient ïassemblées dans un arsenal [armanœnlarium), d'où on ne les lirait que les jours de combat, et sur autorisation spéciale, pour les porter directement à l'amphithéâtre; suivant M. Lanciani, cet arsenal devait occuper le terrain situé entre le Colisée et l'église de Saint-Clément. Au nord de la même église, de l'autre côté de la Via Labicana, se trouvait encore le cuoRAGiuM, où Ton conservait des machines et des accessoires décoratifs, principalement nécessaires pour les théâtres, mais qui servaient aussi quelquefois dans les spectacles du Colisée". L'arsenal était placé sous la direction d'un pvaeposilus, affranchi de l'empereur; il est probable qu'il en était de même des autres sections '-.

XIV, 3014, cl Add. rapprocli.:- de VI Add.ad IT44 a. Dans Tac. Anii. XV, 46, rien ne prouve qu'il s'agisse d'une école impériale. — ^ V. Hirsclifeld, liôm.* Yencatt. p. 170, note 2; je crois son opinion tout à fait fondée. — *» Chronogr. de SS4, ISO : llieronjm. Chroii. p. ICI. — " Curios.^Xolit. D. reg. 111, ligne 5 ; Preller, /ttujiùufii Homs, p. 120; Jordan, Topogr. II, p. 21 et 133; Gilbert, Topogr. Ul, p. 332; Linciani, Forma urb. Rom. fasc. III (1805), îab. 29. — * Forma urb. Rom. éd. Jordan, lab. I, 4. — 9 Curios. Xotit. rvg. Il, lignes 15 à 18. Spotiarium : Senec. Kpist. 93 ; Bist. Aug., Comniod. 18, 19; C. inser. lat. VI, I0I7I, 1744 <i, p. 855. Samiarhon :. Lyd. De mag. I, 46. — 1* C. i. /. VI, 631. — H l.uiciani. ;.<■. - '2 r. I. /. VI, 10164. Curalor spoliarii, ibid., 171.

lil'.t

GLA

GLA

Toutle personnel du Ludus obéissait à un procuraior [irJ- Ts&TTOi;) ', et à un subprocwator, tous deux de rang équestre ; au-dessous de ces personnages on trouve encore un économe [dhpensator), esclave impéiial, et un valet servant de piqueur [cursor], sans doute de même condition que le précédent-. Le Ludus magnus était la plus grande des écoles affectées à lafnmilia gladiatoria Cacsaris; c'était un avancement pour le procuraior du Ludus malutiuus de passer à la direction du Ludus magnus'-'. On choisissait ce fonctionnaire parmi les tribuns de légion, ou parmi les administrateurs d'ordre financier, même parmi les intendants des provinces; de là il pouvait passer aux plus hautes charges de la carrière des finances *.

Le Ludus Giillicics et le Ludus Daricus, mentionnés comme ayant fait partie de la seconde région, à peu de distance du I^wlus magnus, nous sont moins bien connus^. M. Mommsen croit que les textes ijui s'y rapportent sont altérés ; d'après lui ces ludi n'auraient rien de commun avec ceux que construisit Domitien, ni même avec les gladiateurs impériaux de la capitale ". Si l'on accepte l'opinion commune, ces deux écoles devaient sans doute leur nom à l'origine des gladiateurs qu'on y avait logés tout d'abord, lorsqu'elles furent construites.

Le nombre des gladiateurs que contenaient les écoles impériales de Rome était considérable; en (J'J, Othon en prit deux mille pour les incorporer à son armée'; en 248, l'empereur Philippe en fit combattre autant, à l'occasion du millième anniversaire de la fondation de Rome '. Sous d'autres princes on les voit figurer dans une seule série de fêtes au nombre de 1200, de 1600 et même de 10000'. Mais il ne faut pas oublier que les ludi impériaux étaient en relations constantes les uns avec les autres et qu'ils pouvaient très facilement s'envoyer des gladiateurs, suivant les besoins du moment; ainsi ces chiffres peuvent être les uns trop laibles, les autres trop forts.

En Italie et dans les provinces il y avait en effet d'autres écoles impériales, organisées sur le modèle des écoles de Rome. Il y en avait probablement une par province ; mais comme elles ne contenaient chacune qu'un nombre d'hommes assez restreint, on avait placé les troupes de plusieurs provinces sous la même direction administrative. De là des groupes régionaux qui embrassaient une très vaste étendue de territoire. Les renseignements qui s'y rapportent datant d'époques did'érentes, il est assez difficile de déterminer exactement quand et comment ces groupes avaient été formés. Voici cependant ceux que nous connaissons :

1° Italie. Des ludi impériaux étaient l'iablis dans les villes de Capoue et de Ravenno '".

2" Transpadane ".

3° Asie, Bilhynie, Galalie, Cappadocc, Lycie, Pampliylie, (lilicie, Chypre, Pont et Paphiagonie '-.

1 Aniiin. ICpict. diss. I, 20,37.-2 Procuraior, C. i. (. VI, ta43, 1647; VIII, 8:i2S: XIV, 2'J22; llcnzen, 0947; Subprocuratnr, C. i. l. Il, 1083; Di.yteiisalor, VI, 10160; Cllisor, 10165; Familia, 7639,10167-10170; IlirsclifeUI, Gilhcrt, II. CC.\ Mommsen, Slaalsr. II, ir3, p. 1070. — 3 C. i. l. XIV, 2022. V. encore sur ce luJus Suet. Dorn, 4 cl 17; Iloroilian. I, 13, 8 ; cl 16, 3 ; llisl. Amj., Commod. Il, Pertinax, 8 ; Dio Cass. I.XXIl, 22. Ilirschfcld ((. c. p. p. 170, noie 3) croil que le Ludus magnus csl ideiiUquc AHiiVeclilianae acdes doV//ixl. Au(j., f'tmtnwd. 10; lùiseb. Citron, II, 174, Scliônc : Chronogr. d<i Sîii, § 017, Moinniseii. — V V. les iiiscriplioiis cilùcs cl cf. Corp. inscr. lat. VIII, 7030; XIV, 160. — '■■ Cwios., lYolit. icg. II. ligne U; Jordan, Tnpogr. p. 2:1, 32, n» 18 cl p. 131. — r. Mommsen, Slaalsr. L c. p. 1071, noIc I.Cependanlunc inscriplionde Romcincnlionr.c un ^U(/usG{n//*ci(S?), Corp. inscr. lat. VI, 0170; Gilbcrl, L c. p. 332, noie 2. Des rcslcs d'un Indus ont éW découvertes sur rKscpiilin, près île la Salila di S, l'iulro in Vincoli, Kot. d. .Se.

A" Egypte. Il y avait au moins un ludus im])éiial à Alexandrie ".

.5° Gaules, Bretagne, Espagne, Germanie et Rétie ''.

H fautsupposerencore aumoinsdeuxgroupes,run pour l'Afrique, l'autre pour les pays du Danube et r.Vchaïc. Chaque groupe était placé sous la direction d'un pi-ocuraior''^; il avait sous ses ordres des employés chargés de la correspondance et de la comptabilité \labu/arii), que l'on choisissait parmi les affranchis impériaux'".

Certains groupes étaient plus importants que d'autres; ainsi un procuraior trouvait avantage à passer d'Asie en Gaule avec le même titre''. Ce personnage était généralement choisi, comme ses collègues de Rome, parmi les tribuns de li'gion ou les intendants des finances'". Il devait avoir pour fonction spéciale de veiller au recrutement et à l'entretien des troupes de son ressort; il ordonnançait les états de payement et prenait, d'accord avec les gouverneurs des provinces, les mesures nécessaires pour que le transport des gladiateurs et des armes ne fit courir aucun danger à la sécurité pul)lique". Lorsqu'il avait sous sa dépendance plusieurs ludi impériaux, situés dans des villes différentes, il est à présumer que chacun d'eux était administré par un de ses subordonnés, peutêtre un subprocuralor. Un poste de soldats [praesidium , ^uÀâïïdovTs;), placé à côté du ludus, était toujours prêt à accourir au premier appel et à réprimer toute tentative de révolte^".

Les gladiateurs impériaux [fiscales)-' ne servaient pas seulement aux inunera donnés par le prince. 11 pouvait, si tel était son bon plaisir, en mettre gratuitement quelques paires à la disposition des magistrats chargés des fêtes publiques--. Mais, en outre, il est très proliable qu'il exploitait cette partie de sa fortune comme tout citoyen avait le droit de le faire; sespi-ocuralorrs devaient être autorisés à louer ou à vendre aux particuliers un certain nombre de leurs hommes dans une proportion déterminée. En effet, nous voyons à Pompéi, dans des troupes privées, des gladiateurs dont le nom est suivi de la mention Julianus ou Neronianus. L'un d'eux s'appelle, par exemple, Faustus Ilaci Neronianus^^; comme le pense M. Mau, on n'a pu désigner par là qu'un gladiateur de condition servile, acheté par son maître Itacus à une école impériale fondée par Néron ; il est fort possible que ce ludus Neronianus se trouvât à Capoue, et qu'il y eût aussi dans la même ville un Indus Julianus, qui ne serait autre que celui de Jules César. Ces établissements étant les mieux montés et les mieux administrés, il est naturel que les gladiateurs qui en sortaient fussent très recliercliés, et en effet on observe dans les inscriptions qu'ils sont toujours vainqueurs de leurs adversaires ". C'était là pour le fisc une excellente source de revenus. Quand on voit Marc-Aurêle imposer un tarif aux lanistes, on est porté à croire ((ue l'empereur philosophe a cédé au

ISSS. p. 67. — ■ Tac. Ilist. Il, II. —8 llisl. Aug.,CorJ. tert. 33. -0 Dio Cass. I.XVIII, 13; Hisl. Aug. Gallien. S; Aur>tlian. 33. V. aussi Josepli Anl. Jud. XIX, 4, 3. — 10 Capoue, Ilist. Aug.. Did. Julian. 8; liavcinie. SLrab. V, 1, 7: cf. Suel. Caes.il ; Plut. Cacs. 32. Cf. Gocllling dans les Ami. rf. Inst. di II. 1841, p 00. II nie paraît douteux (pie IV^cole de Pr(încsle (Tac. Ann. XV. 40) fiU «ne école impériale. Cf. C. inscr. lai. XIV, 3014 et Add. = VI Add. nd 1774 n. — " Corp. in.scr. Int. V, 8639; Not. d. Se. ISOO, p. 173. — 12 C. i. l. III, 240 = Add. 0753.

- " C. I. l. X, 1083. — IV md. Il, 4319; III. 240. — I-' Ibid. III, 249 ; V, 80ï9; VI, 1618; X, 1083. — >» /*. II, 4319. — n //,. ||(, 219.— 18 [I,. X, 1685.

— la Dio Cass. I.XXVI, 10; Dig. XLVIII, 10, 31 ; cf. Plut. Crasi. 8. — 20App. nM. cil'. I, 116. Voy. les léllesions de Tac. Ann. XV, 40.- 21 llisl. Ang., Gord. tcrl. 33. — 22 Suet. Dont. ',. — 23 C. i. (. IV, 1421. — 2» C. i. l. IV. 1182, 1421, 1422, 1474, 2387, 2308; IX, 466 ; Mau, Millheil. Ilôm. 1890, p. 3S.

GLA

GLA

dégoiU quo lui inspiiuil leur commerce; mais on peut aussi se dciiuuidcr si au fond son but n'élail pas de centraliser de plus en plus ce commerce entre les mains de l'administration impériale, pour le jilus grand avantage du public et du fisc lui-même.

L(i disripliiii; et les révoUes. — Ouinlilien, dans un exercice d'école d'un ton déclamatoire, a peint sous les couleurs les plus sombres la vie du ludus. Celle qu'on menait à l'ergastule, dit-il, était douce en comparaison [ergastulum] ; il n'y avait pas de geôle plus all'reuse ; les gladiateurs y étaient enfermés dans des cellules d'une saleté repoussante, et surveillés avec une extrême rigueur'. Il est certain, en effet, que toutes les précautions avaient été prises pour contenir dans le devoir ces bandes redoutables. D'abord on ne laissait pas à leur disposition une seule arme do combat; on ne mettait jamais entre leurs mains, pendant leur séjour à l'école, que des armes d'escrime ^ Ensuite aucun châtiment corporel ne paraissait trop dur pour des hommes de cette sorte, et en cas de désobéissance le chef de troupe avait l)ient('it fait d'appeler à son aide, dût la mort s'ensuivre, le fouet, le fer rouge et les autres instruments de supplice^. La rigueur même de cette discipline eut souvent pour résultat d'exciter les révoltes au lieu de les prévenir : celle de Spartacus * laissa dans la mémoire des Romains un souvenir qui les faisait encore trembler au bout d'un siècle. Cependant il faut bien reconnaître que ces tentatives devinrent extrêmement rares sous l'Empire, grâce à l'organisation nouvelle de la gladiature et à la vigilance de l'autorité : elles furent presque aussitôt déjouées que signalées^. Ce qui fut plus commun à toutes les époques dans les écoles, ce furent les suicides. Les esclaves et les prisonniers que l'on y envoyait de force aimaient souvent mieux se donner la mort que de se préparer pour la lutte; le regret de ce qu'ils avaient quitté s'ajoutant à l'horreur de leur situation présente °, ils n'attendaient même pas le moment déjouer leur vie dans l'amphithéâtre ; mais comme ils n'avaient point d'armes tranchantes et qu'ils étaient l'objet d'une surveillance continuelle, il leur fallait pour se tuer beaucoup d'ingéniosité; on en cite qui se broyèrent la tète, en l'engageant dans une roue de la voiture qui les transportait ; d'autres se firent étrangler par leurs camarades''.

Le ri'gime. — Mais heureusement pour les gladiateurs, leur propriétaire, quel qu'il fiU, avait toujours le plus grand intérêt à atténuer de son mieux les misères de leur condition. Il fallait, pour augmenter leurs chances de succès, développer leurs muscles et leur donner cette apparence de force et de santé qui attirait sur eux dans l'arène l'attention du public : le fnrmonsus gladiator avait une valeur marchande supérieure, que reconnaît môme le tarif de iMarc-Aurèle*. .Vussi choisissait-on loujoui's pour construire l'école l'emplacement le plus

I nuinlil. [h:cl. l.\, il. — 2 Appiau. Bill. civ. I, llH; Vell. Paloi-c. Il, 30, 3; Floi-. III. i«: i'Iul. Cross, s. — 3 Cic. Ad fam, X. 3J. V. plus haiil, cliap. ïi, 4», la runnulo ihi sennoiil de Vmictoratio. — ^ Luoan. II, boi; Flor. III, :20 ; App. Uetl, civ. 1, IIU; l'iut. Crass. 8; l.iv. Ejiit. 93; Oros. V,2l; liulrop. VI, i; Kioiil. Stral. I, 3, iO à li ; 7, 0 ; Augustin. Cio. D. III, SO ; Claudiau. Dell. Cet. 153. — o Tac. Aim. XV, 10; Zosini. I, 71. — li Ouiulil. Decl. IX, 7. —7 Soiiec. Episl. I.XX, SO; Syuimacli. Kpisl. II, 40. — 8 Coi'p. iiisct'. lat. Il, Gi7S. ligne 34. — 9 Strab. V p. 213. — II) Uninlil. llecl. 0; Tac. Ilist. Il, SS; Cpiiaii. Ê>is/. 2; I.ipsius, Saturii. II. cliap. 1 1. — I' l'iin. Uist. nal. XVIII, 72 (11); Suel. De clar. r/iel. î ; Galcu. De alinifiil. fui: I, l'.l, t. VI, p. 32!) Kiilin. — 12 Juv. XI, 20; l'rop. IV, S, 23. — 13 Galcn. /. c. — H Tac. llht. II. 8S. — '5 Prop., Juv. /. c. ; Sciicc. Epiil'. XXXVII. — IG Ouintil. Decl. 302. — " C. inscr. la!. VI, G3I, li; Mcicr, J)e ij/ad. p. 31), nolo 1. — 18 Vair. ap. Plin, Ui'^l. nal. XXXVI, Î7, 00. — 19 Galcn.

salubre '. Chaque jour on servait aux gladiateurs une nourriture très substan tielle, quoique grossière [safjina] '" : elle se composait en général de farineux, de fèves et surtout d'orge, d'où le surnom do hordearii, donné par dérision à ceux que leurs maîtres nourrissaient exclusivement de ces aliments à bon marché ". On raillait la pâtée {miscellanea) de l'école'^; elle passait pour faire des sujets plus bouffis que vigoureux"; mais beaucoup de jeunes gens dénués de toute ressource étaient encore bien heureux de trouver la ration soigneusement mesurée'", qu'on leur oll'rait en échange d'un engagement'^. Il y avait autour d'eux, dans rétablissement même, tout un personnel de domestiques (ministri)'^, entre autres des unclores, chargés de les oindre et de les frictionner régulièrement pour leur assouplir les membres'". Quand ils avaient fini leurs exercices, on leur faisait avaler une décoction de cendres [cinis lixius): Varron assure que cet étrange breuvage avait sur leur santé des effets souverains'". S'ils revenaient blessés de l'amphithéâtre, des médecins, spécialement attachés au ludus, pansaient leurs plaies et les soignaient jusqu'à complète guérison. Le fameux médecin grec Galien se montre très satisfait d'avoir été choisi par les grands prêtres d'Asie pour ■ veiller sur la santé de leurs gladiateurs, lorsqu'il n'avait encore que vingt-neuf ans ".

L'escrime {ôatuale, •jxizu.x/îa)^". — Aujourd'hui nous ne voyons plus dans les combats de gladiateurs que leur issue sanglante, et c'en est assez pour qu'ils nous paraissent abominables. Il en était autrement aux yeux des Romains ; pour eux la gladiature était avant tout une institution destinée à encourager l'art de l'épée et les vertus guerrières qu'il développe. De là un point d'honneur spécial à la profession ; le gladiateur, quelle que soit l'abjection dans laquelle il est tombé, reçoit une sorte d'anoblissement par le fait de jouer sa vie les armes à la main ; puis il a appris patiemment, avec méthode, une théorie compliquée; comme ceux qui l'ont instruit, comme ceux qui le contemplent, il a d'ordinaire une très haute idée de son rôle; l'éducation a fait naître en lui des sentiments qui, à très peu d'exceptions près, lui cachent ce que son métier a d'horrible. Aussitôt entré à l'école, il est immatriculé dans une arme et confié à un instructeur [ductoi; magister]. Il y avait dans chaque troupe autant de doctores qu'il y avait d'armes-'. Ces personnages étaient d'ordinaire d'anciens gladiateurs; mais probablement, comme les médecins, ils ne résidaient pas dans le indus; ils y venaient seulement pour les heures d'exercice--. Les conscrits apprenaient l'escrime sous leur direction avec un fleuret de bois [rudis, sudis, ii6ooç, votpÔT,;) " ; ils tiraient sur un un pieu (palus], fiché dans le sol(fig. 3372)-' ; comme celui dont on se servait dans l'armée pour le même usage, il devait avoir audessus de terre une longueur de six pieds; le gladiateur,

Cunip. nu'd. st:c. jeii. III 2, t. XIII. p. 309. Kiihu. Des rcccllcs spéciales pour les blessures «les gladiateurs sont donuées par ScriLou. Larg. De compend. med. lOi. 203, 207, 208. Cr. l'Iin. Hisl. ual. XXVI, 133; C. inicr. gr. IlOfi = Kaibel. Epigr. gr. S33, 6C3S ; C. i. lai. VI, 10173 aullicnliritc douteuse). V. aussi Ibid. fattae, 2360*. — 20 Dio Cass. LXVI, 13; LXXII, 19. — SI Cic. De or. III, 23; JlaH.

V, 25; Donal. l'i(. V>i-7. 7, 28; Cor/J. l'iiscr. Ult. 11,2391; V. 1907,4302,5124;

VI, 632, t, 1333, il42. 10174, 10173. lOISI, 10181, 10192, 10198, 10199; XII, 3312; llaupt irniVllermes, I. 41. —iî Ouiulil. Dxi. 302. — » Cic. Ad fam. IX, 22 ; De upl. geii. or. 6. 17 ; De or. III, 23, 86 ; Tac. DM. de or. 34 ; Juv. VI, 248el scliol. tut A. I. ; Dio Cass. I.XXII, 19 (;■:=.; ;iVi>-.-.); Oloss. Labb. rudU jiW,; ». s:, ïKiTraT-.v T~v ;*'ïvr.;ii;„v. — âv Ulm|ic dc Kl coll. llrauD, Hcnzeu, JUusiv. Bitrçh. Ut. vir, (ig. 4. Cf. Dull. deir fsl. arc/i. d. Doma. ISO, p. 91. Le 'musée du Louirc |K>ss^de un exemplaire semblable.

GLA

GLA

tenant d'une main la 7'udis et de l'autre un bouclier d'osier, faisait assaut contre ce pieu, visant tour à tour

les points qui, suivant la hauteur, représentaient la tète ou la poitrine de l'adversaire, et il devait avoir le plus grand soin de ne jamais se découvrir '. Se livrer à cet exercice s'appelait batuere, d'où le français battre ; on trouve aussi pour désigner l'exercice luimême b a tua le, plur. batualin, d'où bataille -. On voit dans plusieurs monuments un maître d'armes, qui, la rudis à la main, se jelle entre deux gladiateurs pour les séparer^ (flg. 3373). Quelquefois, au lieu d'armes légères, le gladiateur dans ses exer-

Fig. 3572. — ^Gladiateur s"cxerrant au pieu.

cices en portait, au contraire, de plus lourdes que celles dont il devait être revêtu le jour du combat, afin de s'ha-

Fig. 3573. — Maître d'armes st-^parant des gladiateurs.

biluer à ne rien perdre de la vivacité de ses allures; les belles armes que représente la figure 357 4 ont été trouvées dans le ludus de Pompéi; d'après leur poids on suppose qu'elles n'ont pu servir qu'à des exercices de ce genre ''. 11 y avait, pour désigner les différents coups, tout un langage technique^;

Fig. 3.S74, — Armes de gladiateurs.

on en peut juger par ce passage de Quintilien : « Dans l'escrime des gladiateurs les attaques qu'on appelle de seconde main [manus qiiae secundae vocantur) deviennent de troisième main (fiunt tcrtiae), si la première n'était qu'une feinte, destinée à attirer l'adversaire [si pnma ad cvocandum adversarii ictum prolala eral) ; et même de quatrième, si on a provoqué deux fois [et quartac, si geminata captaiio est), de manière qu'on ait eu à parer deux fois, comme on a attaqué deux fois [ul bis caverc, bis repetere oportucrii)^ n. Comme aujourd'iiui dans nos salles d'armes, on s'exerçait à tirer de la main gauche; quelques-uns même arrivaient à être assez habiles pour ne jamais tirer autrement : Commode par

1 llir. IIM. afi: 71; Vcg. De re mil. I, Il ; Juv. VI. 248; Mari. VII. 3î, S. — 2 Closs. lut. gr. éd. Ooeli, Oalualin yj?iv«cj;«i ■:.;■, n.,ïo<i.iy.«.,. — :i HiVon de Villcfossc dans les Mon. cl Meut, th- lu fondation Piol, t. II (1805), p. !)(;. Cf. Allmcr et Uissard, Trion, n' IS23 ; Frôhuer, Calai, dc.t bronzes Gn-aii, ii» 373 ; Wiuckclmaun. Mon. ont. ined. tav. i!i7-l9S; Bcllori et Barloli, Lucern. vcler. sepulcr. pars I, tav. 22; Bull, délia Commis, arch. munie, di Roma, 1872, p. 20 ; l'acho, Voyage dans la Marmarique, pi. 53, 2; Loriquel, Mos. de lleims, pi. v]ii,8; Garrucci, Graffili de Pompei, XI, 1; Bull. IVap. IV, tav. 1; Mazois, Huine.t de Pom/)«, IV, pi. -18; Wilmowsky, nom. Villa zu Nennig, pi. xi ; Meicr, Ithein. Mns. -12, p. 133. Voy. aussi les lig. 3377, 3581. — 4 Mus. Boih. III, lav. 60, IV, tav. 13; VII, tav. 1 1, X, lav. 31. — s Poplitem coniendere, poplilibus sedere, se fendre, prendre la posi-

exemple était gaucher [scaeva, <7xïioç, k-Kxd'JTE'^ot;) et s'en faisait gloire'. Un assaut ou un combat, dans lequel deux gauchers étaient mis aux prises, s'appelait scaeva pugna *. L'élève devait avant tout se familiariser avec la langue technique du métier, pour pouvoir comprendre les commandements [dictata] de l'instructeur'. A force de voir et de fréquenter des gladiateurs, h: public lui-même était arrivé à la connaître assez bien : les jours de combat, on entendait des spectateurs qui, emportés par leur ardeur, criaient les commandements d'usage à leurs favoris pour leur conseiller de bons coups, et il paraît que ceux-ci en effet s'en trouvèrent bien quelquefois '". Il dut y avoir, du reste, des traités où était exposée la théorie (medi-

lion de la garde ; Hor. Sal. II, 7, 117 ; Juv. VI, 203. — c (luiiitil. V, 13, 54; rf. IX, 1 , 20 . Autres vestiges de ce lang.ige tcrliniquc dans Cic. Catil. l, G ; Ot'at. 08 ; Ilirt. Ilfll. afr. 71 ; Serv. Ad Aen. IX, 43!l; v. Lipsius, Saturn. Il, 20. — ^ Dio Cass. I.XXll, 19. 22. — B Ijiiclieler, Jnd. Bonn, aestiv. 1877, p. 12; Dig. XXI, I, 12; Senec. Controv. praef. III, 8; Aurel. Vict. Caes. 17; Ilcnzen, l^uU. deW Ist. arch. di lioma. 1879, p. 40; Corp. inser. tat. VI, 10180. 10196; C. inscr. gr. iSM ; Kaibel, Epigr. gv. 529 ; Ilcuzcy, Mission de Maeédoine. p. 2S3 ; Loewy, Arc/i- Epigr. Mittkcil. aus OeslerreichtUl.p. 173, n° 5. Meior. Westdeutsch.Zeitschr.f. Gesch. u. Kunst, I, 168, laf. iv, 3, reproduit un monument oii un gladiateur lient son (•yiCv de la main gaucho. — 9 Petron. Sat. 45; Suet. Caes. 26 ; Juv. XI, 8. — 1" llieroii. Episl. 48, 113; Praef. in comm. Ezcch. 13; Tcrtull. Ad Mari. 1.

GLA

GLA

talio); elle passionnait encore sur leurs vieux jours les dociores en retraite'.

Les amriteurs an ludux. — 11 no faut donc pas s'étonner de voir des personnages du plus haut rang fréquenter les écoles des gladiateurs ; déjà au temps du poète Lucilius il était de lion ton pour un jeune homme de s'escrimer en leur compagnie, pourvu que ce ne frtt pas son unique occupation et qu'il ne perdît pas de vue les études libérales qui convenaient à un citoyen-. Un complice de Catilina, G. Marcellus, voulant soulever les gladiateurs de Capoue, se jeta dans leurs écoles sous prétexte d'aller faire des armes avec eux^ César confia l'instruction des siens à des chevaliers, et même à des membres du sénat, qui passaient pour de bons tireurs ; on avait de lui des lettres, où il leur recommandait do prendre chaque homme en particulier cl de lui réciter la théorie eux-mêmes '. Beaucoup d'empereurs parlagùrenlce goût: Titus, Hadrien, Lucius Verus, Didius Julianus, Caracalla, Géta sont cités pour l'avoir poussé très loin '. On assure môme que Caligula eut de véritables duels, où il parut avec des armes de combat ''. Au contraire, on a noté comme un des traits singuliers du caractère de Domitien qu'il n'aimait pas à manier l'épée'. Le plus passionné de ces amateurs illustres fut Commode ; il était enrôlé dans l'arme des srculores et il avait sa chambre au Liidus maçjnus ; il y occupait la première cellule dans le corps de logis qui leur était réservé '. Enfin il n'était pas jusqu'aux femmes du monde qui ne fussent gagnées par l'engouement général. Elles venaient à l'école, et là, revêtues d'une armure, faisaient rage contre le poteau ^. Quelquefois, au lieu de se rendre chez les gladiateurs, on les mandait chez soi et on donnait à ses amis, au moment du souper, le spectacle d'une séance d'escrime '". Ainsi nous savons que Lucius Verus et Hélagabale prenaient beaucoup de plaisir à voir, pendant leur repas, les gladiateurs de leur troupe privée faire assaut dans un endroit du palais appelé lusorium'K

Les gladiateurs et Varmée. — Si la gladiature jouit de tant de faveur, ce fut en grande partie parce qu'on la considérait comme dépositaire d'une tradition, dont le maintien importait essentiellement à la pratique de l'art et des vertus militaires. En 105 av. J.-C, P. Rutilius, un des deux consuls, (it venir d'une école de Capoue des dociores pour donner aux soldats, dans le maniement de l'épée, l'habitude d'un jeu plus souple et mieux raisonné'-. 11 n'y a d('Soruuiis aucune ditlérenco, au moins pour les armes qui leur sont communes, entre

1 Val. Maï. II, 3, 2; Cic. De or. 111, 33. 80, et l'idcril, <i(( h. I. l'our ce sens parliculierde medilatio, v. Pljn. Paneg. 13, 1 ; Schol. ad Juv. VI, 247. — 2 Lucil. ap. Cic. l. c. — i Cic. Pro Srst. 4, 9. — 4 Sucl. Caes. 26. — 5 Dio Cass. LXVI, 15 ; LXXVI, 7; Hisl. .Il/;/ , Uculr. 14; M. Anlouin. S; Did. Jul. 9.— i' Suct. Catig. 54; Dio Cass. LIX, S. — '' Suol. Dom. iO. — 8 Dio Cass. LXXII, 17 i 22. — 9 Juv. VI, 246 à 267. - W Hor. Epist. II. n, 98, Liv. IX, 10. — " Hist. Aug., Vcr.i: Helag. 25. Le nom môme de lusorium exclut l'idée qu'il s'agisse ici d'uu combat avec elTusioa de saiip. — 1- Val. Max. II, 3, 2. Cette « armonim tractandorttm meditatio » pourrait bien ùlrc le titre d*uu ouvrage rtMig»^ par Kutilius avec la collaboration des dociores. Cf. Ilirt. Uell. afr. 71. — 13 Cic. Tusml. Il, 20, 46: 17, 41 ; Scncc. De prov. 4, 4 ; 3, 4 ; Const. sap. 16, 2; L'pisl. .30, 8; Epict. Diss. I, 29, 37. — !■• Joseph. AnI. Jud. XV, 6, 7 ; Bell. Jud. I, 20, 2 ; Dio Cass. LI, 7. — is Vcll. l'at. II, m, i ; Tac. Ilùt. II, 11, 23, 34, 43 ; III, 57, 76 ; Appian. Bell. cit. III, 49; V, 30, 33; Suct. Aug. 14; Uist. .\ug., Did. Jul. S; Hcrodian. 7, 11. En campagne cependant les gladiateurs ne valaient pas les troupes rt^gulières pour la solidité el la discipline : Tac. fïisf. 11. 35; ils étaient bons surtout pour les corps à corps : App. Dell, cil: V, 33. — K f/ist. Aug., .M. Anion. 21 et 23. — 17 Tac. Ann. I, 22 ; vase de Colclicster représentant une seine de gladiateurs avec un nom de légion, Iliibner, Monaisberichie d. Ilerl. Akad. 186S, p. 89; Smith, Collectati. aniiiju. IV, pi. XXI = C. inscr. lai. VU, 1335, 3: Chabouillcl, Camées

l'escrime de l'armée et celle de l'école; la langue de l'une est celle de l'autre ; la gladiature est comme le conservatoire de cet art plein de finesses. Le gladiateur devait aussi au soldat l'exemple de la bravoure ; très souvent il le lui donnait avec orgueil et recevait le coup mortel sans faiblesse. On en cite même qui attendaient avec impatience le moment de paraître devant le public et qui se plaignaient quand on les laissait dans l'inaction'^. D'autres ont montré â l'égard de leurs maîtres une fidélité inaltérable, qui aurait pu faire honneur à des troupes régulières : ceux d'.\ntoine persistèrent à soutenir sa cause après Actium ; établis par lui à Cyzique, ils enlre]>rirent d'aller le rejoindre à Alexandrie, en traversant toute l'Asie Mineure". Aussi chaque fois qu'il y eut des discordes civiles dans le monde romain, les chefs de partis incorporèrent des gladiateurs dans leurs armées, et en pareille circonstance, comme l'observe Tacite, « même des généraux sévères sur l'honneur ne dédaignèrent pas ce secours humiliant" ». Marc-.\urèle eut l'idée de l'utiliser contre l'étranger ; au moment d'entrer en lutte avec les Marcomans, il emmena de Rome une troupe de gladiateurs qu'il appela Obsequenles"'. Du reste, il semble qu'il y en ail toujours eu dans les camps; c'était pour le général une garde qui lui fut quelquefois précieuse au milieu des séditions militaires et lorsque tout était tranquille, on pensait que leurs exercices procuraient au soldat une distraction salutaire et instructive '". Dans la ville de Rome il y avait un nmphitheatrum casti-ense spécialement réservé aux cohortes prétoriennes et urbaines; il est prouvé qu'il existait au temps de Septime-Sévère ; il en reste encore des ruines très importantes".

X. Les différentes armes iarmalurae)^^. — On distinguait parmi les gladiateurs plusieurs armes, dont chacune était désignée par un nom particulier, suivant son origine, son costume, son armement ou sa manière de combattre. Une troupe en état d'entrer en lice comprenait toujours des hommes de plusieurs armes différentes ; mais en dehors des liidi impériaux ou des ludi appartenant à de très riches particuliers, il devait être rare qu'elles fussent toutes représentées dans une seule troupe. En outre, il faut avoir soin d'observer que ces armes n'ont pas toutes été créées à la même époque, et que quelques-unes, transformées de bonne heure, ont été désignées sous des noms nouveaux. Un des mérites de M. Meier est d'avoir mis ce point important en pleine lumière ; nous ne ferons guère, dans ce qui suit,

rff la llilil. imp. p. 535, n' 3110; Uabelon et Blaiichet, Bronzes de la Bibl. nat. n° 1363, cf. 1364; Cagnal, iïei). archéol. 1895, p. 218; Suel. Tib. 72; Ortlli, Inscr. 3395. — 1* Curios. .Volit. reg. V ; Corp. inscr. lat. VI. 130; Reber, Buin. Botns. p. 533; Gilbert, Topogr. d. St. Bom. p. 333 ; Lanciaoî. Acque, p. 217 et 307; Bull. d. Commiss. arch. munie, di Boma. 1876, p. 90, 188 : 1879, p. 16; Forma urb. Bom. fasc. 111 (1895), lab. 32. Autres amphilbéâtres militaires à Lambése (Cagnal, Guide à Lambèse, p. 48) cl à Pclronell ^Kubilscbek, Fùhrer durch Carnunlum 2, p. 59). — 1» Plin. Hisl. nat. VII, 19. 1 (81); Suct. Calig. 32, 54. 55 ; Titus, S ; C. iiis. lai. VI. 10197 ; Isid. Orig. XVIII, 51; FcsU p. 285 U. Sur ce sujet, oulrc les ouvrages cités dans la Biouociuruii:, v. eu particulier, LctroDnc dans la Ber. arch. III (1846), p. I , V (1819), p. 562; Long|>drior. fbid. VI (1849), p. I9S ; VIII (1831), p. 323 = Œuvres, t. II. p. 242 el 269; ChabouHIel, Bec. arch. Vlll (18521, p. 397; Leeraans, /bid. IX (1S52|, p. 63; Oléninc. Sur le costume des gla'hateurs; FriedlSnder, /. c. Anhang, 6, Kostûin und BetcnffnuHg der Glad. P. J. Meier traite la question avec le plus d'abondance et de sagacité : outre son De gladialura (De gtad. armaturis. p. 13 cl suiv.). v. Glad. D'irstellumgen auf Bhein. J/o>mm.. Westdeuisch. Zeitschr. fiir Gesch. u. Kwtst, I(I8SÎ). 153, 177; Glad. Heliefs des Berl. lias. (Arch. Zeit. XL, 1882. p. 147, Uf. 6, I); Uonumcnli rappresentanti gladiatori {Bull. deW ist. arch. di Borna, 1884, p. t3T- 160).

GLA

GLA

que résumer ses conclusions. Notons aussi que certaines pièces du costume étaient communes à toutes les armes, ou du moins pouvaient être portées également par des gladiateurs d'armes ditïérentes ; telles sont par exemple les FASCiAE, c'est-à-dire les bandes d'étoffe ou de cuir qui entouraient les jambes' ; telle est la manica, pièce d'armure destinée à protéger le bras ; elle consistait en un réseau de lanières, parfois garnies de lames de métal, qui pouvait se prolonger jusque sur la main^. Tel est encore le pagne [subligaculum], qui vient se rattacher au ceinturon [balteus]^. Enfin, quoiqu'il y ait eu sans aucun doute des détails de costume tout à fait distinclifs pour chaque catégorie de

exemple quelques années plus tard, c'est-à-dire vers le début du nr siècle, aussitôt qu'on y donna un munus (i6i av. J.-C). L'armure du fantassin samnite était pesante et magnifique '; elle comportait d'abord un scutuin, ou bouclier long fcLiPEUS, p. 1254 et suiv.l; la jambe gauche était protégée par une jambière en cuir [ocrea, y,v-r,[j.!'ç], peut-être garnie de métal'; sur la tête le samnite portait un casque [galea], orné de plumes {pimiae) et d'un panache [a'isla) très élevé, qui grandissait sa taille et lui donnait un aspect imposant. Ces armes distinctives du soldat samnite furent attribuées au gla-

diateur'; il avait aussi l'épée

n/ Sî^ '■■

HIPPoiYluiFvv

FiîT. 3d7:

gladiateurs, il faut se rappeler qu'une même arme, telle que le casque [galea, xxxil ou le bouclier, a pu, dans une seule et même catégorie , affecter des formes difl'érentes suivant les lemps et les lieux; les monuments nous montrent que des exceptions sont toujours possibles, en partie parce qu'il y avait des munera plus riches que d'autres, en partie parce qu'on a pu, pour raviver l'intérêt du spectacle, imaginer de temps en temps des combinaisons qui n'ont eu ni précédents, ni suite. En général le principe dont s'inspirèrent les Romains, quand ils créèrent les différentes armes, quelles qu'elles fussent, semble avoir été, comme le remarque M. Meier, de découvrir le torse, où une blessure peut être mortelle : car la lutte, sauf le cas de grâce, doit nécessairement entraîner mort d'homme; aussi d'ordinaire les gladiateurs ne portent-ils ni cuirasse, ni cotte de mailles, ni tunique'.

1° Samnite [samnes] ■• . — L'arme des samniles est la plus ancienne de toutes. En 310 av. J.C., les Romains infligèrent au peuple samnite une sanglante défaite; les Campaniens, leurs alliés,^ se firent attribuer une partie des costumes et des armures abandonnés par les vaincus sur le champ de bataille, et rentrés chez eux ils en habillèrent des gladiateurs qui furent, pour cette raison, appelés samniles '^. Rome dut suivre cet

1 Juv. Vi, 263. — 2 Il/id. 256. V. ici plusieurs des fig. et, cnlre auU'es, Maïois, Pompéi, I, |)1. 32; Fabietli, Col. Traj. p. 2SC ; Rev. arch. V (1848), p. 563; VIII (1851), pi. 109; Hall. Nap. N. S. 1, lav. vji, 11; Henzen, Miisiv. Burgk. lab. m. — 3 Juv. VI, 23C. — * CcpeudauL on connaît ({ueU]ucs exceptions ; reliarii lunicttti, luv . Il, 113 ; VIII, 207; Suet. Cnlig. 30; Sutl. Nap. IV, 1846, tav. 1 ; Loriquct, p. 233-235 ; Meier, Ârch. Zait. XL, ISSâ, p. U7, laf. 6, 1. Quelquefois le ceinturon monte assez baut pour prolâgcr en partie le lorse, Rev. arch. IX, IS52, pi. 183, 1 ; Meier, De glnil. \>. 17. —S Celte foruie du nominatif est Aom\(-c par Corp. iiiso: lai. VI, 10187 ; cf. Rliciii. Mtis. XXXVl, 241; elle semble avoir Hé usuelle. — 0 Liv. IX, 40. — " lùiil.: cf. Juv. VI, 250. — 8 Cf. Polyb. VI, 23, S; Sil. liai. VIII, 418; Arrian. Taet. 3; Macrob. .Sn(. V, 18, 13; Vcget. I, 20; Menzcn. Mttsir. Buivjh. p. 109. — ^ D'après Tito-Live, l. c. le soldat portait en outre sur la poitrine un pla>lron liT-pongc {.ipongia). On l'a vainement cherclié sur les monuments cpti représentent des gladiateurs ; on scl'expliquc sans peine si l'on admet ave.; Meier ipi'cn général ceux-ci ne devaient pas avoir la poitrine couverte. Four la tnômc raison, ils no portaient pas la luni(]iie, qui faisait anssi partie du costume du soldat (T. Liv. /. c), Cependiiut on connaît quelques exceptions, v. Meier, De glail. p. 18. — 1" Cic. De or. Il, 325; Monum. de Scaurus dans Mazois, Ruines de Pomp. I, pi. 32; Garrucci, Graffiti., XIII, 2; .Meier, Deglarl. p. 34. — H Maiois, (. c. ; cf. Ibid. IV, 48; Garrucci, Graffiti, X, 2; BM. Aap. IV (184C), lav. I; labrelti, Cul. Traj. p. 238; Monlfaucon, AnI. expl.

hwjum c

Page 1