‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments (volume 5)Chapitre 86 sur 104 · II. Gâteau consacré de forme arrondie - [cf. globus · texte numérisé non relu

II. Gâteau consacré de forme arrondie - [cf. globus

GLUTEX', glulinum- et plus rarement ^/«s ^ KôXXa' colle. — On entend par ces termes non seulement la colle forte, appelée plus spécialement iraupoxôXAa^ [gluten, glulinum taurinum)'' et plus tard ;'j)io)coX)va', mais aussi la colle de farine '.

Il ne parait pas certain qu'il soit fait allusion à l'emploi de la colle ni dans les poésies homériques, ni chez Hésiode'. C'est dans Hérodote qu'il est nettement question pour la première fois d'une substance agglutilante appelée xgXXt,, au lieu de laquelle les embaumeurs égyptiens se servaient le plus souvent de gomme (xÔ(a[j.i) pour enduire les bandelettes des momies '°. De quelle

1 Arislol. Ihst. an. VIII, (7, |i. 6110 h ; c-f.()|i|p. Cijneg. Il, :i74. — î N" 83(1 du calaloguc. — ^ Amiii. Marc. XXVIII, i, 13.

V.I.OIUjS. 1 Cic. Aat. fhor. Il, 18, «. — 2 |d. Itep. VI, 16-, Tusc. I, 28, 68-, Slrab. 90. — a Id. llep. VI, llî; Lucrcl. V, 70 et 473.— '• Cal. ap. Kcst. s. v. Serra. — 5 Varro. Liiuj. lat. V, 22, 31 ; cf. Cal. De re ru-il. 79.

ULOMVS. 1 lierai. Ep. I, 13, Il ; Plin. Hisl. nat. XXXVI, l'J. — 2 Fcst. s. v.

GI.UTKN. I Lucrcl. De rer. nat. VI, 1067; Plin. Hist. nat. XVI, 215; XXXIV, 133. Dans Vir"ile, Georg. IV. 40 et IGO, lo mot est pris dans le sens mélaplioriquc. Cf. H. liliinincr. Technologie u. Terminologie lier (iewerbe u. Kùnste bei Griech. u. llômern,\, 287 et II, 308. — 2 Plin. VII, 198; XI, 231 etc. ; Vitruv. Archit. VII, 10, 2, 3 et 4. — 3 Vegct. ylrs velerin. III, G.ï, 4; VI, 14, 4. — * Hcrodot. II, 86; Arislol. iUrteor. 4,4; Dioscor. .iW«(. »i«/.lll,c. 91; Plularcli. ^ora/. p. 983E; Galcn. Xll, p. 33 (id. Kiihn). — ■' Arislol. l/isl. nnim. 3, 11,2; Polyb. VI, 23, 3 ; Dioscor. Mat. med. III, 91 ; (ial. XIX, p. 745. - o Plin. XXVIII, 243; XXXIV; 133, clc. — 7 Diosc. m, 91; Aclius ap. Ducangc, Append. Glos.i. p. 144; Orilias. V, p. 72 (éd. Bussemakor et Uaromberg). — * Uioscor. II, 107; Plin. XIII, 82 ; XXII, 127 ; Nil. JCpisl. p. 253. 4, cilé; II. ISUimner, Op. l. I. p. 319. — » On

espèce de colle l'historien veut-il parler ici? Nous ne savons ; car les anciens connaissaient la colle de gélatine ou colle forte (raupoxoXÀa, ç'jXoxdXXa, gluten, glutinitm fabrili'" ou tain-inam), la colle de poisson {lyOurjKollQi.,iclitktjocolla)'- et la colle de farine (xoXXtx, glulinum volijare)'^. On faisait remonter à Dédale l'invention de la colle forte et de la colle de poisson". Le détail de la préparalion antique nous est inconnu; mais nous savons que la première se fabriquaiton faisant bouillir [cxcoquerc, s'I-siv) des peaux de bœufs et principalement de taureaux'^; la meilleure était celle que l'on préparait avec les oreilles et les parties sexuelles de ces derniers. Mais il parait que des industriels "^' peu scrupuleux la falsifiaient souvent en employant aussi n'importe quelles vieilles peaux et même de vieilles chaussures''. Celle que l'on tirait de Rhodes était la plus belle et regardée comme la plus sûre, c'est pourquoi les peintres et les médecins la préféraient. Moins elle était colorée plus elle était estimée ; on faisait peu de cas de celle qui était brune et fibreuse". La colle de poisson la plus recherchée provenait des régions voisines de la mer Noire et de la mer Caspienne, où vivent diverses espèces d'esturgeons (o^ûsuy/o'.) dont la vessie natatoire sert encore aujourd'hui à fabriquer ce genre de colle. On vantait sa blancheur, sa limpidité, sa ténacité; elle séchait rapidement et, une fois sèche, devenait presque insoluble". Pour s'en servir on la faisait macérer dans de l'eau ou du vinaigre pendant un jour et une nuit après l'avoir concassée, puis on achevait de la dissoudre en la battant avec des cailloux de mer-", [ja gélatine et la gomme ayant le défaut d'être cassantes, on préparait une colle plus souple avec la fleur de farine (YOpiç, a-sjiioaXiç, flos pollinis) délayée dans de l'eau chaude et additionnée de quelques gouttes de vinaigre. Un autre procédé, qui donnait une colle extrêmement fine, consistait à délayer dans de l'eau chaude de la mie de pain fermenté et à filtrer la liqueur ainsi obtenue. Cette colle ne s'employait que fraîchement préparée ; elle ne devait avoir ni plus ni moins d'un jour-'. Usages. — On peut soupçonner que l'usage industriel de la colle forte et de la colle de poisson était assez étendu, mais, à ce sujet, nous n'avons que peu de renseignements. La première était très employée par les menuisiers pour l'assemblage des bois, le placage et les ouvrages de marqueterie. On s'en servait pour unir intimement les deux planchettes dont se composaient les boucliers des soldats romains. Pline cite comme une merveille les portes en bois de cyprès du temple de Diane, à Éphèse, restées quatre ans assemblées à la colle avant d'être posées et qui, après quatre cents ans, paraissaient encore neuves. L'emploi de la colle, dans ces divers

ne peut guiire songer à donner à l'adjectif verbal xi^).ïit(>; le sens do coll^, ajuste avec do la colle dans les passages suivants : Honi. /(. IV, 306 ; XV, 389 et 678 ; XIX, 395 ; Od. XVII, 117 ; XXI, 137 et 164; XXIII, 194; llcsiod. Scut. 309. — 10 llcrodol. Il, 80. — 11 Plin. XIII, 82 ; XXVIII, IS2. — 12 Dioscor. Op. cit. III, 92; Plin. XXXII, 73; Gcoponic. XIII, 14, 13; Gai. XIII, p. 602 ; Aelian. .\at. Anim. W'U, 32; Oribas. v, p. 71. — n Dioscor. II, 107; Plin. XIII, 82; cf. XVIII, 89 et XXII. 127 ; Gai. XII, p. 33. — !■• Plin. VII, 198. — 1" Dioscor. III, 91 ; Plin. XI, 231. — 16 Les fabricants de colle étaient .nppelés xM.tli'i, xoV».o-.;).a^ glulinarii, voy. Poli. VII. 183; Orelli, 4198 ; cf. 11. BHimncr, Op. cit. I. 287. — " Plin. XXVIII, 236. — '» Dioscor. III, 92; VUa.lbid.; Oribas. V, p. 72. — "Selon Dioscoridc (III, 92), cette colle se faisait avec les parties internes (xoiï-iw) d'une espace de cétacé (-/Ouo; xr.Tiiou). Pline (XXXII, 73), qui donne au poisson dont il s'agil le nom A'icixthyocolla, ne sait pas au juste si c'est la peau on les [jarlies internes qui servent à la préparation de la collo. Élien dit avec précision rpie l'on faisait cuiro les JvTija de ce poisson (iVnr. an. XVII, 32). Oribas, V, p. 71; .-f. M. Illiinm.T, Op. rit. Il, 309. — 20 Plin. XXXII, 73. — 21 Dioscor. Il, 107; riiu. Mil, SJ ; liai. Xll, p. 33; cf liliimner, I, 319.

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GOR

genres de travaux, était limité à certains bois qui, en outre, devaient être un peu secs, car on avait remarqué de bonne heure que quelques espèces no se laissaient lier par ce moyen ni entre elles ni avec d'autres'. On prisait fort dans la statuaire chryséléphantine la colle de poisson tirée des régions de la mer Caspienne [ebur]^ La colle de farine (et surtoutcelle demie de pain) était préférée dans l'industrie du papier, dont elle ne diminuait pas la souplesse, pour encoller le papier, faire adhérer l'une à l'autre les deux couches de bandes de papyrus dont se composait une feuille et pour coller bout à bout les feuilles dont on constituait des rouleaux [membrana, papyrus] ^ Les ouvriers chargés de la confection des rouleaux et des livres étaient désii,'nés par le nom deglutinatores. C'étaient généralement des esclaves: Atticus, l'ami de Cicéron, en avait un atelier chez lui'. En mêlant à la colle forte du noir de fumée ou en la pilant dans un mortier avec des charbons de sarments ou de copeaux de pin on faisait Vatramentum leclorium [aïramentum]. La lie de vin calcinée et broyée avec delà coUo donnait aussi un beau noir '■".

Les trois sortes de colles dont nous venons de parler entraient encore dans diverses préparations médicinales. La colle de peau (qlutinum laurinum), dissoute dans de l'eau chaude, s'ordonnait, en boisson, contre les crachements de sang invétérés, en lavement contre la dysenterie "; elle s'appliquait aussi en topiques : fondue, sur les plaies récentes faites par le fer ' ; on vantait son efficacité contre les brilhires' ; bouillie dans l'eau, c'était un remède pour les dents, son application devait être suivie de l'emploi d'un collutoire fait d'une décoction d'écorces de grenades douces dans du vin '' ; sa dissolution dans du vinaigre, avec addition de chaux, était recommandée contre la gale'°. Entre autres remèdes pour le traitement du lichen on cite une décoction de racine de guimauve avec de la colle forte et du vinaigre, bouillie jusqu'à réduction au quart ". La cendre de cette même colle servait de succédané à la spode [oxyde de zinc) '^ dans la préparation des collyres et des médicaments contre les ulcérations. On se procurait cette cendre en enfermant la colle dans un vase de terre crue qu'on laissait ensuite au four jusqu'à ce que la terre fût cuite". L'ichthyocolle, prise en boisson, passait pour soulager les maux de tête et les crampes''; elle s'employait en topique contrôles plaies de mauvaise nature'^ et pour faire disparaître les rides de la peau. A cet effet on la faisait cuire dans l'eau pendant quatre heures, puis on broyait et évaporait jusqu'à consistance do miel. Quatre drachmes de cette décoctinn, deux de soufre, deux d'an-

1 Luci-cl. VI, 1007 ; f'iiii. XVI, 21. i cl 2iG ; l'oljb. VI, ii, 3 ; Tlu'Ophr. Hisl. plant. V, 0, 2; V, 7, 2 et -4. — 2 Aeliau. (. (. ; Philostr. lynng. Ul, I ; cf. cnin, p.HS. col. 1.

— 3 Dioscor. H, 107 ; Liicîan. AlfX. c. 21 ; Advers. itttloct. c. 16 ; Olynipiod. ap. Pliol. mbl.(H\: Plin. XXII, 127; (ial. XII, 3.1 ; Isiod. Orig. VI, 10, 2; Digcst. XXXII, I, .ï2, 3 ; cf. J. Marijuardt, la Vie privtu; des Itûm. (Irad. fraiir.) Il, \~0. — fc Cic. Ad Allie. IV, 4 6. 1^ Lucil. ap. Non. Marccll. p. 372, 9 {^d. I,. Quiclierat) où Quichcral, |)rnse que glulinalor pout iHrc un iiiipi^ralif. Corp. itncr. Ial. X. 173."); cf. J. Mar- (inardl, Op.cil.\.\y. 184; II. 479. n. 7; Wallciibarli, Das Scfiriftirrsen im Mttlelatter, p. 324. — 5 Viliuv. Aich. VII, 10, 2-4; Pliu. XXXV, 13 ; XXVdl, 2.1(i. — 0 Plin. XXVIII, 191» et 200. — 7 Plin. Ibid. 2*3. Pour los blessures Dioscoridc recommande sa dissolution avec du miel cl du vinaigre, III, 91. — ** Plin. Ibid. 23ti; cf. Dioscor.

II, 91. —0 Plin. Ibid. 182. — l« Plin. Ibid. 241. — " rliu. XXVI, 21 ; cf. Uiosror.

III. 91. — 12 tlùfer, tfisf. * la chimie, I, 133. — M Piin. XXXIV, 133.— IV Plin. XXXU, 73, 120; cf. Uiosc. III, 92. — i:- Gai. XIII, 662. - 16 Plin. Ibid. 8t.

— I' Ibid. 119. — 1« XXII, 127; cf. Dioscor. II, 107. - l'J (ial. XII, p. 33. UI.ITIN MIllS. 1 Orclli, 4198 ; PoIIuj, VII, 183.

GI.VK(».\'. I Alexamtr. s. Psmdom. — ^ Ibid. 12, 15, 16. — 3 Ibid. 38, .39.

— 1 Ibid. 48. — '-' Ibid. 30, 60 ; cf. Waddinglon, l'aslex des provinces asiat. p. 236

chuse et huit de litharge arrosées d'eau et triturées ensemble, servaient à composer un enduit que l'on appliquait sur le visage quatre heures durant"^. Pour guérir les brûlures causées par l'eau bouillante on préparait des empli'itres en incorporant à la colle de poisson de la cendre de grenouilles, et pour faire repousser les poils de la cendre d'écrevisses de rivière'"'. Enfin on voit recommander même la colle à. papier (farina char(aria), prise tiède, comme un remède efficace contre l'hémoptysie'"; on en faisait aussi des emplâtres". Alfheo Jacob. GUITIXAIIIUS. KjÀ>.£!/o;. — Fabricant de colle '. GLYKO.N. — Serpent à tète humaine, adoré dans la ville d'Abonotichos, en Paphiagonie, sous le règne d'Antonin le Pieux. Cette divinité, présentée comme une incarnation nouvelle d'Esculape, avait été créée de toutes pièces par un thaumaturge, Alexandre, dont Lucien a narré les nombreuses fourberies dans un traité spécial ' ; c'était un serpent apprivoisé, alTublé, diton, d'une espèce de masque peint de façon à figurer une tête humaine sous une coiffure en crins de cheval*. La fraude réussit à merveille. Pendant un siècle au moins Glykon eut un culte, des prêtres et des dévots. On institua des mystères de Glykon^ avec des représentations qui mettaient en scène la naissance d'Esculape, celle de Glykon et l'union du devin .\lexandre avec Sôléné. Marc-Aurèle lui-même fit exécuter les prescriptions d'un oracle de Glykon '. Un proconsul de la province d'Asie, Hutilianus, épousa la tille de l'imposteur et recueillit la prêtrise du dieu quand son beau-père fut mort^. La véracité de l'incroyable roman, raconté par Lucien, est attestée d'autre part par des inscriptions en l'honneur de Glykon" et par des monnaies qui le représentent soit avec sa tête humaine', soit sous l'apparence d'un simple serpenta Nous avons reproduit plus haut [drago, fig. 2583] une intaille d'Antioche qui montre Glykon réuni à Esculape; son nom figure comme talisman sur une autre pierre gravée '.

On a voulu identifier Glykon avec le Deus amabilis d'une inscription de Rome '"; mais cette épithète pourrait convenir à un autre dieu". E. Pottier.

GiVOMOX IIOROLOGIUM,.

GOMPIII'S (r()[jtooç). — I. Clou, cheville [clavus].

11. Pierres taillées en coin et à tète saillant au-dessous du sol, placées de distance en distance le long d'un trottoir ' [via].

GORGOXES (Toivii, plus rarement Tosvujv; rosycivi;, plus rarement Voz'i'A et roofEso'.!.

1. Dans la mythologie. — Les Gorgones étaient filles de Phorkys et Kètô', et sœurs des Grées-. C'étaient trois

cUuiv. — c Corp. inscr. Ial. III, !Û2I. 1022; cf. Ephem. Epigr. II. p. 331, n' «93. 7 Mionnel, Descript . II. p. 473, n- 344; Sitppl. IV, p. 5S0. n« 5 ; V, p. 200, n" 1181, ll82;p. 214, n« 1270; Eckcl, Docir. niim. Il, p. 383 cl suir. — 8 Mionnel, Descript. il, p. 388, n" 3 ; Suppl. IV, p. 550. n" 3, 4; V, p. 203, n* 1201. Dans ces cas il est moins certain qu'on ait affaire â Glykon. — 3 F. Lenormaot. Catalogue Behr. Antiquités, p. 228, n' 76 iParis. 1857>. — 1» Corp. inscr. lat. VI. 112.

Il Stcuding ap. Roscbtr, Lezikon der ilythol . I, p. 998. — Bibliociaphic.

Nous n'avons f,aili]uc rt^sumer ici dcui articles de la Gazelle archéologiquf. li:'>, p. 179-183; 1879, p. 184-187. L'auleur, M. F. Lcnormant fsous le pseudonyme de L. l'ivel) avait dimand'> l'autorisation d'iosi-rer dans la Cazette. qu'il diri-cait alor>. celle éludccomposée express<?mcnt pour le Dict.des ajitiq.\'o\. aussi Drciler, art. ..i.vKos dans le Uiikan der .Vylhologk de Roschcr. I. p. 1692.

GOMPIU'S. I Slat, Sttlr. IV. 3, 48. Voy. Promis, Vocaboli latini di architettura, Turin, I87,ï, p. 130; Rich. liiclion». des antiq. roiii. et grerq. s. e.

GOnGONKS. 1 Iles. Theog. ilO: Piud. Pylb. XII, 13; .\eschyl. Phork. fragm. S6l, 262; Apollod. II, t, 2 ; Lucan. IX. 645 ; Eurip. {/on, 9S9i leur donne pour mère G«el Icurassiguc poursi^jour les Cliamps Plilfgrfens. — 2 Hes /.c; Aesch. Prom. 798; Apollod. /. (;..4;Tielies, Ad Ayc. 838, 84«.

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monstres. U'euxd'enlre ellesavaienl le don d'immortalité: Sthénù et Euryalè. La troisième, Méduse, était mortelle. C'est elle que la légende et l'art ont rendue particulièrement célèbre et fait appeler par excellence la Gorgone.

Les trois démons résidaient aux extrémités occidentales de la terre, près des enfers'. Leur vague patrie, la terre des Hespérides^, était située aux confins de la Libye ^

Méduse avait la figure d'une laideur repoussante* en sa forme ronde", avec un nez camard, une bouche immense, munie de dents longues comme des défenses de sanglier". Ses ailes puissantes' étaient d'or", ses mains d'airain''; d'airain élait sa chevelure'", où se dressaient des serpents", comme à sa ceinture'-. Mais ses armes les plus redoutables, c'étaient ses yeux grands ouverts qui lançaien t des éclairs ' ^ et pétrifiaient ceux qu'ils fixaient ' '.

La Gorgone n'en eut pas moins pour amant Poséidon : elle s'unit à lui « dans une molle prairie parmi les fleurs prin tanières''" ». Courtes amours, que suivit de près la mort. D'aprèsunelégende attique,Athèna l'immola dansla Gigantoinachie"''et mérita, aveclesurnom de Vooyry^ôvri'', le trophée fixé sur son égide. Une variante, qui n'a pu être imaginée avant la fin du V siècle, fait succomber Méduse à la jalousie de la déesse". Dans la légende argienne, communément admise, elle tombe sous les coups de Persée. Conduit par Hermès et Athèna, le héros destructeur s'empare d'abord de l'unique dent et de l'œil unique dont disposaient à tour de r('ile les Grées; il promet de leur en faire la restitution, si par elles il obtient la sombre coifTiirc (x'jvéy,), les sandales ailées et la besace (xîêtat;) dont il a besoin". Une fois prêt, il attend que Méduse soit endormie auprès de ses sœurs, se jette sur elle et lui tranche la tète. Du cou ensanglanté sortent sur le champ Pégase et Ghrysaor-". Mais Sthénô et Euryalè s'éveillent. Voyant leur sœur morte, elles poussent un cri affreux^' ; elles courent, elles volent, elles poursuivent le meurtrier. Il vole, lui aussi, invisible -^ et s'échappe. Il emporte dans sa besace la tète de Méduse -^ La puissance du démon passe à son vainqueur : Persée devient invincible. La tête de Méduse à la main, il

1 Hes. Tlieoi/. 274-275; Acsch. l. c .790-79.3 ; Phcrecyd. ap. Schol. Apoll. Rhod. IV, 1515; Ouint. Sniyrn. X, i95. — 2 D'après les Chants cyprmis (fragm. 21, i5d. Kiiiketl. c'était l'île de Sarpédou. Mais Sarp(jdon est le nom sémitique de l'Occident ou Hespérie (voir H. Lewy, Die semil. Frmxdwiirter m Crieeh., Berl. 1895, p. 235). — 3 Hcr. II, 91 ; cf. Iconomopoulos. Bev. des fliides gr. Il, 1889, p. 164-168; Panofka, Arch. Zeit. IV, 1846, p. 239-240 ; K. Tiimpcl, Die AelMopentaeitder der Andromeda-Mythos, Leipz. 1887. — 4 lloin. /(. V, 741-742; Od. XI, 634-633. — '^ Pind. Pyth. Xll, 16. — 6 Apollod. II, 4, 10 ; Scliol. Acscli. (. c, 792. — 7 Paus. V, 18, 15; Aescliyl. (. c, 798. — 8 Apollod. /. c. — » Ib.

— 10 Id. Il, 7, 3 ; cf. Suid. s. v. ,:>,i»iov riiçY«5"« ; '^"us. VIII, 47, 3. — " Pind. Pyth. X, 40-47; 01. XIII, 03; Acsch. /. c, 799; Apollod. Il, 4, 2, 10. — 12 Hes. Scut. Hcrc. 233; Aescli. Choeph., 1049. — I3 llom. II. XI, 35-36; VIII, 349.

— 14 Pind. (. c. ; Aescli. Prom. 800; Apollod. /. c. — '■' lies. Theog. 278-279 ; cf. Apollod. /. c, 12; Ovid. Uetam. IV, 798; VI, 119. — 1» Eurip. Ion. 987 s.

— 17/6. 1478; llymii. Orpli. XXXII, 8. —18 Apollod. 11,4, 3,1; Hygin. P. Aslv. II, 12. — 1» l'herecyd. /. c. ; Apollod. Il, 4, 2, 5-8 ; Tzetz. Ad Lyc. 838. D'après une autre li'gcudc (Aescli. Phork. ap. Allien. p. 402 b ; cf. Nouuus, Diomjs. XXV, 35; XXXI, 15; Ovid. (. C, 772), les Gri5es étaient les gardiennes des Gorgones, cl Persée jeta leur œil et leur dent dans le lac Triton. — 20 Hes. l. c. 281 ; Apollod. /. C, 12. —21 Pind. Pyth. XII, 0-12; Ctcs. Kplics. ap. Plut. De fliw. VI ; Nonnus, XL, 229. — 22 Hes. Seul, llerc. 226-227 ; Apollod. Il, 4, 3, t. — 23 Hes. /. c, 223-224, Apollod. l. c. — 21 Apollod. ;. c, 2-3. —25 Ib. 6. — 2G Ib.-,; Pind. (. c, 11-17 ; X, 47-48 ; Scliol. Apoll. Khod. ;. c. — 27 II. V, 742. — 28 Voir Ovorbeck, Gr. Kimstmylh., Zeus, 246 ; cf. Preller-Robcrt, Gr. Myth. 4' éd. 119-120. A citer des monnaies au type de Zeus «î^i'o/i; (liabclon, Catal. des monn. ijr. de la Bibl. nal., Ilois de Syrie, p. i.ix) ou portant au droit la létc de Méduse et au revers Zeus assis (cf. I)uruy, Hist. des Dom. 11, p. 30), une pierre gravée (jui représente Zeus tenant le Gorgonéion (Jahrb. d. arch. Inst. III, 1888. p. 249, n' 4 c). Voy. la lig. 1261, t. I, p. 975. — 29 /;. V, 738-7-12, et Scliol. — 30 Sur le fronton du temple d'Èginc, sur une statue de l'Acropole ('Eçnn.àf/aiol. 1887, pi. vni) et sur plusieurs vases {Mon. d. Inst. 1, pi. 1.1 ; Gcrliard, Auserl. gr. Vasenb. CV, CVI ; Jouni. of hell. st. V, 1884, pi. Xll) La statue attribuée à Undoios est du V siècle (II. Lccliat, Ilev. des

délivre Andromède-'', se débarrasse de Phineus et de ses complices '', pélrilic Polydectès '". Cette arme merveilleuse, il l'oiïre à Zeus ou à Athèna. Malgré l'autorité d'Homère ", l'attribution à Zeus n'eut aucun succès ^^. Athôna reçut l'égide de Persée ou de Zeus^" [aegis]. Elle la portait déjti sur (juelques monuments du vi" siècle^" ; quand elle la garda définitivement, dans le courant du v', elle y fixa pour toujours le Gorgonéion. Ce fut pour la déesse un attribut sacré". Elle est la yopYùJTrtç ^^, elle est Topyo') elle-même". Dans la mythologie, elle pétrifie ses ennemis^''; dans les temps historiques, on raconte qu'entrant de nuit dans le temple d' Athèna Itônia, la prêtresse vit sur le chiton de la déesse la tète fatale et tomba morte ^\

La tète de Méduse fut le plus efficace des àTtoxpoTtaia^'''. Argos se vantait de la posséder, enfouie sous un tumulus en pleine agora'". Tégée se disait imprenable depuis qu'elle était protégée par une boucle des cheveux de Méduse ^*. Chaque goutte de son sang fut capable ou de tuer ou de guérir''. De quelques gouttes répandues sur le sol naquirent les bêtes féroces ''" et les serpents venimeux '"' de la Libye.

Sur l'interprétation à donner au mythe des Gorgones déjà l'antiquité émit plusieurs hypothèses. Les évhéméristes n'étaient guère d'accord que pour placer la patrie des monstres en Libye '''-. Les uns faisaient de Méduse une reine, tuée par un conquérant '■' ; d'autres voyaient en elle le symbole de la laideur ou de la beauté '" ; d'autres encore identifiaient les Gorgones avec les bètes extraordinaires que les Carthaginois avaient aperçues à l'intérieur du continent ''". Ces explications ont été reprises de nos jours"; mais, en général, on a donné au mythe un sens naturaliste.

Longtemps a prévalu l'opinion des orphiques ''" : on donnait le Gorgonéion comme l'image de la lune et la légende de Méduse comme un mythe lunaire''*. Aujourd'hui " on croit volontiers à un mythe météorologique ''". Ces monstres horribles et sombres^' qui vivent parmi les ténèbres de l'Occident ■'-, ce sont les nuées d'orage. Leur colère, c'est le tonnerre et l'éclair. Leur nom même, dit-on ^•\ fait allusion au même phénomène que le cri jeté

et. gr.\, 1892, p. 397-402). — 31 Eurip. Erechth. fragm. 362. Voir deux pierres gravées dans Raspe, Catfil. n"* 13555, 13556. Cf. Hejdeniann, Arch. Zeit. XXVI, 1868, p. 5-7 ; Stepbani, Comptes rendus. 1876, p. 69. — 32 Voir cependant, R. Hildcbrandt, Philol. XLVI, 1887. p. 200. — 33 Euripid. t. c. ; Hel. 1313 ; cf. Lycopbr. 1349 et Scliol.; Palaephal. De incred. XXXII, 0,8. — 31 Claudian. Gigantom. 91.

— 3o Paus. IX, 34, 2. — 36 Lucian. Philopatris. 8. — 37 Paus. Il, 21, 5. — 38 Id. VIII, 47, 5; Phot. Suid. s. u. i:>dxiov TofiiS-,;. Cf. Apollod. Il, 7, 3; Joum. of Bell, st. VII, 1886, p. 109, pi. v, n" 22s. — 3'J Eurip. Ion, 1003 s. ; Apollod. III, 10, 3.

— '•0 Schol. Nicandr. Theriac. Il (= Fragm. hist. gr . IV, p. 313) ; Schol. Apoll. Rhod. /. c. — n Apollon. Rhod. IV, 1517 et Schol.; Ovid. Metam. IV, 618 s.

— 42 paus. Il, 21, 5-6; Iliod.Sic. III, 52 ; Alcxandr. Polyhistor. /. c. ; Luciau. Dial. marin. XIV, 2; Xcnoph. Lampsac. ap. l'iin. VI, 31, 200; Alexand, Myiul. ap. AUiou. V, 64, p. 221 b-c. — 43 Paus. l. c; Thcocr. ap. Fulgent. Mythnl. I, 26 ; Palaephat. (. c. ; cf. Diod. Sic. l. c. — 4'> llcraclit. Fab. 13. — 45 Xenopli. Lampsac. et Alexand. Mjnd. ((. ce. ; Procles Carihag. ap. Paus. l. c, 6 ; cf. Hcr. IV, 191 ; Pompon. Mêla, III, 9; Gcogr. gr. min. I, 13-14. — 46 Rôttiger, Furienmaske, 108; Lcvcîow, Die Entwiekelung des Gorgonen-Ideals, 14 s.; Cb. Tissot, Unll. de coït, hell.l, 1877, p. 269; Clermout-Ganiieau, L'imagerie phénic. et la mythot. iconot. chez les Grecs, 51. — 47 Plut. De facie in orbe lun. XXIX, 6, p. 944 B; Epigcn. ap. CIcm. Alex. Strom. V, 8, 50, p. 670 P. De là peut-être vient l'idée de placer le Gorgonéion au centre du zodiaque (Miillcr-Wieseler, Denkm. der ait. Kunsl. Il, pi. lixii, 11° 920). — 48 liûttigcr, Kiinxtmylh. I, 423 ; Beulé, Les monnaies d'Athènes, 25 s.; Strebcr, Veher die Gorgogenfabel, 10, 17 s.; Preller, Gr. Myth. 2» éd. II. p. 47 ; de Luyiies, Culte d'Hécate, 511 ; I'". I.ciiormaut, La .Minerve du Parth. 23. — 49 V. dans rautiiiuilé, Schol. Lycopbr. 17; IJuint. Smyru. XIV, •l54-4;i8. — SO Celle hypothèse a été émise |iar Kulin, Zeitschr. (. Sprachvergleich. I, 460, et Scbûmaiiii, De Phnrcyne ejust/ne familia, Opusc. acad. 11, 176. Elle a élé longuement démontiéc par Roscbcr, Die Gorgonen untl Verwandtes. — l>' Aescli. Choeph. 1049; cf. K. SittI, Jahrb. d. arch. Inst. M, 1887, p. 186. — M Cf. Roscber, p. 26 s. — '>3 Gargar, hurler. Toutefois R. Ilildcbrandt, Beilr. :ur Dent, der Gorg. dans les Comm. pliil. in lion. Ilibbeckii, p. 244-245, suit llesychius (yop^'J;' "«/i;. ty'"'i«r,-o;) et tire de nombreux rapprochcmcnls une conclusion assez vraisemblable.

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