‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments (volume 5)Chapitre 87 sur 104 · CA · texte numérisé non relu

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par les Gorgones voyant lour sœur morte'. On voit pourquoi Tune est la « Forte», et les deux autres « Celle qui saule au loin- » et la « Sauteuse^ »; on comprend ce que signifient leurs grincements do dents'*, leur langue tirée, les ailes qui leur font fendre l'espace. Les anciens croyaient ([ue la foudre pétrifie''; les regards de Méduse pétrifient en foudroyant. La victoire de Persée est celle du héros solaire qui tue le démon de l'orage. La naissance de Chrysaor et de Pégase rappelle la naissance d'Athèna : quand la nuée se fend, il en jaillit le génie de l'éclair au glaive d'or et le cheval ailé du tonnerre dont le sabot ouvre la source des eaux célestes'^. Il est tout naturel que Pégase apporte à Zeus la foudre'', que Zeus porte le surnom de Chrysaoréen ", que la tète de Gorgone soit un prodige de Zeus a.r(l.oyo^ et devienne l'attribut de la déesse issue de la tète de Zeus.

Cette exégèse est incomplète : elle ne se contredirait pas, si elle montrait encore dans les Gorgones des démons de la mer'. Kn cette qualité, elles ressemblent fort aux Grées. Elles sont issues des mêmes génies marins'" el habitent le même pays". Les Grées, il est vrai, n'étaient que deux dans la théogonie hésiodique, et on les représentait comme des vierges « aux belles joues », habillées de clair et dont les cheveux étaient blancs dès leur naissance. Mais on compléta la triade'^ : Ényo, Pephrôdo, Deino '' eurent alors un corps de cygne, avec un seul œil et une seule dent pour elles trois '*. Le mythe des Grées a donc subi de plus en plus l'influence de celui des Gorgones '\ Les Grées n'en restent pas moins, par essence, des démons de la mer (OaXtÎCTaïai SaîfjiovE,-)'", et si les Gorgones leur ressemblent, c'est par la communauté d'une existence océanique. Méduse est aimée de Poséidon : c'est dire que les Gorgones sont des nuées d'orage qui se forment sur la mer.

Le masque du Gorgonéion doit être considéré indépendamment de la Gorgone. Il est avant tout un de ces amulettes qui préservent du mauvais œil [amuletum, fascinum]'". Tous les peuples primitifs'* imaginent ainsi des monstres dont la tète grimaçante met en fuite les malins génies. Le Gorgonéion prophylactique accompagne les Grecs et les Romains dans tous les actes de la vie. Us

1 Rosclier, p. 'H-92. — 2/6. 120. Aitlrcs cxplicalîoiis daniï Schumaliii, /. c.,2ll, et llildebrandl, /. c.,2i0-'i4l. — ^ C'est rc'lymologin proposi^c pour Mi^oj^a par H. Lewj. Semit. Freimlloùrt, p. 2'tf'i. Kilo est conricmée par l'attiltiite ordinaire des Gorgones sur les monuments : d^-ja S. Rciriacli [Itcv. arch. 1887, 1, lOTj voyaitdans leurs gestes le mouvement du saut et non de la course. — ^ Hosclier, p. 69, 83. — 5 p. Lenormant. Ileo. ilet'hisl.desreliy. III, I8S1, p. 38 s. — Ollcs. Theog. 280-283. —Tlh. 585-î8ti.

— 8 En Carie. — s Mais on ne peut pas suivre, dans leurs exagérations, N.-G. Politis, i T.ii\ iSv r',fY»™» l>^0";. et Flililelirandt, Op. m(., 235-219. — 10 Od. I, 72; XIV, 96, 34,ï ; Scliol. Iles. Tlieog. 270 ; cf. Seliûniann, t. c, 214. — •' Aescli. Prom. 790 s. (plaines de Kistlii>nèi ; Palaeplial. /. c. (ilc Kernè); Hj'gin. /. c. (lac Triton); lleraclit. /. e. (jardin des llespérides) ; Ovid. Metam. IV, 772 (Atlas). Tous veident parler d'un pays oci^aniciuo et occidental. — li Aescli. /. c. — 13 Voir sur ces noms Uapp, dans le icj icoii de Uosclicr, p. 1730-1731. — I'- Aescli. /. c. , el Scliol. ; Flierecyd. l. c. ; ApoUod. II, 4, 2, 4; Tzetzes, t. c. — l^t Pataepliat. /. c. va jusqu'à donner aux Grées les noms des Gorgones. Invers.-'mcnt ou a altriluié aux Gorgones l'o-il unique et commun des Grées (Schoi. l'ind. iVem. X. 0; Scliol. Aescli. Prom. 793; Servius, .li( Àeit. VI, 289; Tzeties. .1./ £yc. 810). — l« Kust.alli. Ad il. 116, 23 ; 970, S4 ; cf. Scliol. Iles. Thcog. 271 ; Servius, .4(( Aen. V, 823 ; ,[<l Georg. IV, 403.

— 17 Voir la bibliogiaphie dans Uosclicr, Lexikun^\i. 1697. — 18 Nombreux exemples, dans Six, De (iorgone, p. 94-95, el Furtwiiuglcr, art. Gorgones du Le.rikûn de Rosclier, p. 1705. — 'y Eurtp. /on, 1421. Cf. Stepluini, Comptes rendus^ 1865, p. 70-71, 63. — 20 Kurip. llhes. 1292-1294 ; cf. Slcpliani, (. c, p. 169-170 ((ig. 3301, p. 1343..

— 21 Jnh. Lyd. De j»ensibuSy IV, 17. — 22 Voir la base de la Vénus Euploia au Louvre. — 23 Paus. I, 21, 4; V, 12, 2; 10, 4j cf. Cic. Ver:: 50. — 2'. Bull, de COrr. Iiell. II, 1S78, p. 530 s. 11-13, n» ), 3, 5, 29-32, 35, 57 ; VII, 1S83, p. 33, 35; VIII, 1884, pi. i, n' 27, 32; pi. n, n» 62 ; pi. ni, n» 95; cf. Millli. d. arch. Insl. m A//(. XIX, 1834, p. 203-207, n° 4. 6, H, 14,18,21; p. 208, n» 1 ; p. 209, o» 6 ; p. 210, n" 1. 2. — S5 [Kig. 2627, p. 303]. — 2C Sclilumberger, lier, des et. gr. V. 1892, p. 189-192; lîalielon, /,a ji'oo. en pierres fines, p. 223.-2' Maxim. .Mayer. Jtthrl). d. arch. /)>sl. Vil, 1892. p. 200-202.— 28 Od. XII, 634-635. — 29 Apollod.

le perlent sur leurs vêlements " el leurs bijoux, sur leurs armures et leuisliarnachements-", sur leurs instruments et leurs outils ; ils en ornent meubles, horloges-', lampes et vases; ils le rnultiplienl à l'intérieur et à l'extérieur des maisons privées et des édifices publics, l'appliquent sur les navires", le consacrent dans les temples"; l'image protectrice se retrouve sur les monnaies, les tablettes judiciaires '% les phalères" ; mais c'est sur les tombes et à l'intérieur des lombes qu'ils aiment surtout à placer ce signe de préservation. Pratique universelle, invétérée ! Le christianisme même n'y put rien : à l'époque byzantine on portait encore sa pierre magique à tète de Méduse, rjuand on avait peur de la goutte ou de la colique -\

Comme àTioTcoTiatov, le Gorgonéion a eu, à lorigine, des rapports avec les divinités chthoniennes". Dans VOdt/ssce ^", Perséphonè envoie la tête du monstre à ceux qu'elle veut faire périr; d'après une légende étolienne-', la Gorgone a résisté à Héraclès dans les enfers. Mais c'est avec Apollon, ledieu iTioTioTra-oî, quel'emblèmeprophylaclique est surtout en relation étroite^". L'Apollon de Hiéropolis portait un Gorgonéion". Les monnaies montrent le Gorgonéion accompagné dWpollon^' ou de ses emblèmes '', ou alternant avec lui '■'•. Très souvent le Gorgonéion est associé aux animaux cliers à ce dieu. Sur un bronze'^, il a des têtes de bélier en guise d'oreilles : comme pour expliquer cette bizarre conception, le masque de Gorgone et la tête de bélier se trouvent ensemble sur de nombreux monuments "■' et décorent la base dune statue d'Apollon''. Le Gorgonéion est figuré avec le lion'*, dont la crinière est l'emblème du soleil. 11 paraît en compagnie de cygnes" sur des vases'", sur des sépulcres et sur des monnaies où ce double attribut est parfois expliqué par la présence d'Apollon". Partout, en tout temps, il est joint au grifi'on. 11 est associé à la figure du soleil sur un médaillon de bronze du musée de Saint- Germain '^ Enfin il se voit quelquefois au centre du triquètre. Le plus ancien exemple d'un Gorgonéion ainsi placé nous est offert par des monnaies de Syracuse frappées sous .\galhoclès (317-310) ". Ce type monétaire, répandu en Sicile ", y fut conservé à l'époque romaine '^ el se propagea en Zeugitane '° et en Bétique ''. Le Gorgonéion

11, 5, 12, 4. — 30 Stepliani, /. c. 1863, p. 85 ; 1866, p. 61 ; Id. Âpolto Boedromios, p. 41 s.; llomoUe, Bull, de corr. hell. XII. 1888. p. 470 s. — 31 Uacrob. 1. 17,67. — i- A Gariibréion iSix, p. 44), Anacloriou (Id. p. 51) el probablement Populooia (cf. .Martha, l'Arl étrusque, fig. 397). — 33 Avec le cygne à Clazoméne (Six, p. 35 . le daupliin à Olbia (p. 26), le palmier à Molya (p. 47), la lyre à Oea (L. Millier, .V«tnism. de t'anc. Afr. II, 16, n" 32), une couronne de laurier sur les lablelles judiciaires d'Atliénes(/^u/^ de corr. hell. VIII, 1884, pi. i, n» 32l. — 3l Sur les monnaies dApoUoniadu Rbvndacos (Six, p. 40-42), de Claiomèue (.Mionnel, Descripl. 111,65, n*» 27 ; 66, n" 33) et de Séleueus I Nicator ^Babelou, Calai, des »toji'i. gr., les rois de Syrie, pi. iir, fig. 8-11, n" 86-96). A Rhodes, le Gorgonéion remplace la léte d'Hêlios (Six, p. 66); Abydos (p. 37) cl Parion (p. 43-44) ont lour à tour les types du dauphin, du Gorgonéion cl d'Apollon. — 3^ Babelon el Blancliet, Catal. des bronzes ant. de la Bilil. nat. p. 313, fig. 707. — 36 Monnaies phocéo-lcsbiennes (Six, p. 34, n» 4, 5) ; inonumcnls funéraires (Micali, Sloria dei aniichi popoli llaliajii, pi. ux. 3 ; nombreux exemplaires de l'art romain, comme le cippc de Fundanius Veliuus, au Louvre) ; ornements de morts (Kondakof. Tolsloi el Reinacli. Antig. de la liussie .Mer. p. 115). Voir U. Gaedecliens, Eberknpf wid Gorg. aU Amulele. — '^' Bull.de corr. hell. XII, 1888, pi. xm. — ^8 Monnaies pliocéo-lesbiennes (Six, p. 34, n* I). Sur quantité d'objets, acrotéres, anses, bijoux, breIo<)ues. les tèlcs de lion alternent avec les tètes de Méduse (Kondakof, Tolsloi, Keinacli, Op. cit., p. 67 ;yrtAri.rf. arcA. fnst. 111, 1888, p. 250, n" 5). — 3a Stepliani, (. c, 1863, p. 85-86, 89. — W Vases riiodiciis (/ourn. ofhell. st. VI, 1885, pl.ux ;p. 281. fig. D); vasei fig. noires, cité par Stepliani. l.e., p. 41. note. — il Gorgonéion avec cygne à Caniarine i.Coinbe, Mus. Bunt. pi. xiv, 12; Mionnet, Descript.. Suppl. I. 377, 142) ; Gorgonéion ou Apollon avec cygneàClazomOne ; Gorgonéion avec cjgncel Apollon à Caulonia iStephani, //. ce). — '2 S. Kcinacb, Antig . dit Musée de Saint-Germain, Uronzes, p. 1 20, n. 1 22, — w Head, .Yum. Cbron. N. S. XIV, pi. vui, 7, S cl p. 40-H ; cf. Six. p. 76. — '^ A Panorme. laelia, Agrigente (cf. Six, l. c). — '3 Babelon, Descript. des monn. de It Rép. rom. 1, p. 350, n» 9 ; p. 425, n»64: 16. p. 218, n" 14; II, p. 71, n' 194: Sis, p. 76-77. — 16 L. Mûllcr, .Vum. de lanc. Afr. II, p. 171,0" 381. — »• Ileiss, Monnaies de fEsp. pi. xlviu, 3, 4, 5, 10.

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sert donc à compléter le sens symbolique du triquètre, emblème du soleil, attribut d'Apollon : sur une pâle de verre et sur une pierre gravée ', une petite tigure d'Hèlios eslplacée au-dessus d'un triquètre à Gorgonéion. Ainsiles Gorgones sont en rapports continuels avec Apollon, et il semblait naturel aux Grecs que leur puissance tutélaire s'étendit sur le siège le plus sacré du dieu, sur l'omphalos de Delphes-.

11. D.^NS l'art. — Les origines. — Cette figure grimaçante que les Grecs appelèrent Gorgonéion leur était connue avant d'être réservée aux Gorgones. Elle était commune à toute une catégorie de génies. Sur le coffre de Kypsélos une Kère aux dents bestiales^ une Éris « à la face immonde" " portaient toutes deux le Gorgonéion'; mais pour rendre la Kère reconnaissable sous cette forme, l'artiste avait di*i la désigner par son nom. Sur un vase étrusque ° est peinte une Harpyie avec un corps d'oiseau surmonté du Gorgonéion. Dans Eschyle, les personnages qui voient les Érinyes, les prennent un moment pour des Gorgones et ne les en distinguent qu'à l'absence des ailes '. On voit des Érinyes de ce type par bandes sur de vieux bronzes ' : sans ailes, elles ont des têtes de Gorgones du type primitif sans serpents et sans barbe. L'Élrurie a souvent donné aux démons la figure des Gorgones. Tantôt c'est un démon mâle, portant un félin de chaque côté sur l'épaule et le bras', ou coiffé d'un bonnet sous lequel semblent se dresser des oreilles d'animal '". Tantôt c'est un démon femelle, dans la pose indécente de Baubo, qui étrangle de chaque main un lion". D'origine orientale, ces personnages se sont affublés du Gorgonéion hellénique. On a cru '- saisir des rapports plus étroits entre la légende de Méduse et certains Centaures dont la tète est figurée par le Gorgonéion à serpents '■■' ; mais ces images ne sont encore que des combinaisons dues à l'imagination fantasque des Étrusques.

Le Gorgonéion n'est donc pas inséparable de la Gorgone. Lorsqu'on recherche hors de Grèce les origines de ce motif, il n'y a pas à se préoccuper de rapports mythologiques à établir entre la Gorgone et les génies exotiques qui lui ont, pour ainsi parler, prêté leur tête. Les Grecs ont reçu un masque tout fait : ils l'ont essayé à plusieurs démons avant de trouver celui qui devait le garder.

C'est en Orient qu'il faut chercher ce prototype du Gorgonéion. 11 suffirait, pour s'en assurer, de remarquer l'origine des masques monstrueux qui ressemblent à celui de la Gorgone. Longtemps on a pris pour le

1 Tùllicn, Krkl/ir. Vcrzeichn. III, i, 24, p. 89 ; Ficoroni, Gcmmae ant. lit., ciU par GaeHecIicns, art. Gorgo, dans X'Encycl. de Ersch et Gruber, p. 403. — ~ Eurip. Ion, 224. — 3 paus. V, 10, 0. C'est la Kère du Bouclier d'Héraclès (v. 249), qui fail « grincer ses dents blanches ». — * i6. 2; cf. Arch. Zeil. XXIV, 1866, pi. ccvr, 2. — iJ Cf. Six, p. 82 ; Furtwiingler, art. Gorgones, dans le Lexilcon de Rosciier, p. 1707. — 6 Furtwanglcr, Beschrfiib. der VasensammL ini Antiguar, zu Berlin, n" 2157. Inversement, on trouve les Gorgones aven une tète de Harpyie lArch. Zett. XL, 1882, pi. ix et p. 197-20S). Sur les rapports dos ïlarpyies et des Gorgones, voir Milcliliofcr, Anfânf/e der KHn:it, 236 s. ; FurtwJingler, Arch, Zeit. l. e., p. 204. — 7 Aescli. Enm, 4S-iil ; Choeph. 1048-1050. — 8 Micali, Storin, pi. cil, 14. Cf. à l'Auliquariiini de Berlin le n** 6305; ,\litlk. d. arch. înst. in Ath. IV, 1S79, pi. IX, 10. — 9 Arch. Zeit. XXXV, 1877, pi. xi, 1, et p. 110 s. : cf. Six. pi. 1, Ml, ! d; Bull, d, Inst. 1877. p. 11. — 10 Micali, Storia, pi. un (ïase d'Anubis) ; cf. ib. pi. en, 6. — n Ingliirami, jl/on. e/r. III. pi. xxni — Micali, Storia, pi. xxvni, 5 = Levezow, pi. i, 2 — Miiller-Wieseler, Denkm. der ait. Kunst, I, pi. tix, n° 298. — 12 Milcliliôfer, Anf. d, Knnsl, 236; Furtnangler, p. 1707. — 13 Deux scarab^'cs (Micali, Storia, pi. xlyi. 17, 18 = Lajard. Cttlte de .Miihra. pi. Lxvin, 19, 20 = Oiniefaisch-lîicliter, Kypros, pi. civ, 11, 12; cf. Millier- Wioseler, l,ri'*:{24}. — 1^ Coiue, Melische Thonijefûsse, pi. m = Six, pi. i, i, 1 a — Duruy, Hist. des Gr. Il, p. 480. — <ô Cf. Furtniinglor, p. 1706. — 16 P.aus. V, !9, 2. — 17 l'errot, lixplor. arch. de la Galatie et de la Bithynie, pi. xi.viii M.

plus ancien exemplaire de Gorgonéion le masque qui décore un bouclier sur un vase de Mélos'*; mais à mieux considérer, la largeur du cou, la mâchoire inférieure, le cercle de rayons qui figure la crinière, on y reconnaît la tête de lion'°. C'est le ^dSo; à tète de lion représenté sur le coffre de Kypsélos '" ; c'est, en raccourci et de face, le démon à mufle de lion qui est sculpté sur un bas-relief de Cappadoce '' ; c'est un monstre assyrien. On a encore voulu ramener la Gorgone au type de Bès". Ce nain'' trapu, ventru, barbu, muni de longues oreilles, hideux avec sa bouche large ouverte et sa langue tirée -", presque toujours pris de face, avec des serpents^', les mains retombant sur les cuisses torses, les épaules couvertes d'une peau de félin, présente bien des traits communs avec la Gorgone ". On a pu, d'ailleurs, le suivre d'Egypte-' en Phénicie et en Grèce -'". La différence de sexe ne constituerait pas une objection irréfutable : la Gorgone porte souvent la barbe ; d'autre part, Bès, symbole de l'Orient, estaccompagné d'une parèdre^'', symbole de l'Occident '". Cependant ce n'est qu'à Cypre, en Sardaigne, en Etrurie, dans les pays longtemps soumis à l'inlliience simultanée des Grecs et des Phéniciens, qu'on observe une fusion intime entre les deux types. Souvent alors le Gorgonéion emprunte à Bès ses oreilles de bête. Surlaschenti d'une statue découverte à Golgos-'^, est sculpté un Gorgonéion qui a pris à Bès les oreilles placées haut et nullement humaines. Les mêmes oreilles singularisent des Gorgonéions sur un petit sanctuaire en argile provenant de Tharros -", sur des vases en bucchero à reliefs -'. Le Louvre possède, sur une plaque de bronze^", un génie grimaçant : ses oreilles prouvent, aussi bien que sa course dirigée vers la gauche, que ce n'est pas la Gorgone des Grecs.

C'est chez les Hittites qu'on trouve le prototype du Gorgonéion ^'. Ce peuple gravait volontiers sur ses inscriptions un masque à la langue pendante ^-. Le costume des plus anciennes Gorgones et leur.s talonnières se retrouvent sur les monuments hettéens".

11 semble que la légende des Gorgones ait d'abord été connue des Grecs établis à Cypre, et que le Gorgonéion soit arrivé sur le littoral grec d'Asie Mineure par les plateaux de l'intérieur. Un vase archaïque de Tamassos^' représente, à côté d'une scène de chasse peinte d'après un modèle hittite, une scène de meurtre où il est difficile de voir autre chose que Méduse tuée par Perséc ; mais la tète, présentée de profil et couverte d'une coiffure indigène, n'est pas le Gorgonéion. C'est !a Plirygie qui

— IS Voir surtout Hyac. Husson, Mythes et mon. coynparès, dans la //t'y. ijèn. de Varchit. et des trac. publ. 1868. — !'■> De Longpérier, Mus. Ntip. III, pi. xix; cf. Hcuzey, Catal. des /iynrines ant. de terre cuite du Louvre, 77. — 20 Cf. Lepsius, Denkm. I, pi. cviii, 2. — 21 Gliampollion, H, pt. ci.xviu, 3; Heis^. J/on. de VEsp. pi. Lxiii, i.xiv. — 22 Cf. Six, p. 95-96. — 23 Voir la savante monograpliie de Krall, dans Benndorf et Niemann. Hrroon r. GjôUiaschi-Trysa,

— 21 Heuzcy, Bull, de corr. hell, VIII, 1SS4, p. 161 s. — 2:; Micali, Storin, pi. i., 3; Pleylc, Chap. suppl. du Livredes morts, 146-148; Deville, ffist. delà verrerie, pi. lUC. — 21". Krall, /. c. — 27 P.ihna di Cesnola, Aniiq. of Cyprus, I, pi. xii — . Pcrrot et Chipiez, Ilisl. de l'nrl, III, p. 533, fig. 359 = OhncfaIhi-h-I!iclilor. Kypros. pi. xci, 5 et CXI-, 7; cf. Six, pi. n, m, 0 a et p. 31 . — 28 A. della Marniora, Memor. d. Accad. d. .scienze di Torin", 2' série, XIV, 1834, p. Ï36. — 2;i Micali. Storia, pi. xvii, I, 22; Id. Mon. iued. pi. xxxi, 2. — 30 Salle des bronzes antiques (XXXIV, vitrine 4). — 31 Cf. l-'nrtwanghT, p. 1705; K. Tum\it}\, Aethiopenlùniler. 192.

— 32 Voir l'inscription de Djerabis (d'après Saycc, the Mon. of the Hitliles) dans les Transactions of Soc. of llibl. arc'i. VII, p. 273 et pi. m. — 33 Cf. Six. p. 97.

— 31 S. Ueinach, Rev.arch. 18S7, I, p. 80 = Ohnefalsch-Uichler. Kypros, pi. cxxxvn, 6. Un autre monument de Cypre. le sarcophage do Golgos (Palma di Cesnola, Op. cit., I, pi. i.xxiv = Bcv. arch. I87.i, pi. n = G. Colonna-Ceccaldi, Mon. ant. de Chypre, pi. vi = Pcrrot et Chipiez, Op, cit., III, fig. 419 et p. Gif.) est liop peu ancien pour être cité à propos des origines du tj [le.

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