‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 103 sur 137 · S KO · texte numérisé non relu

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rameau de myrte'; la flûte préludait. On sait d’ailleurs que l’aùXTjrpi'ç figurait toujours dans les scènes des banquets* (fig. 1695). Le jeu du cottabe [kottabos] est souvent associé aux chansons de table; Athénée rapporte que les scolies des anciens poètes étaient remplis d’allusions au cottabe3. Nous savons peu de chose de l’harmonie; on disait que Pythermos avait introduit dans le genre l’harmonie ionienne4.

Nous connaissons plus de cent peintures de vases représentantle cottabe. Sur la plupart de ces vases sont représentés une joueuse de flûte, des convives jouant de la cithare, d’autres levant les mains comme s’ils chantaient ou s’ils déclamaient5. Sur un vase décrit par Tischbein6, on voit trois hommes couchés sur un lit, un d’eux lance le cottabe; à gauche un homme barbu avec une torche amené par deux éphèbes; l’un d’eux semble chanter1. Une amphore du Louvre, au nom de Léagros, et une coupe de Tanagre montrent des personnages couchés sur des lits de banquets et chantant des vers inscrits dans le champ, à côté d’eux 7.

11 y a enfin un genre de scolies qui est un jeu de société, quelque chose comme ce qui a été, dans nos salons, l’i npromptu et le bout rimé, avec les différences que les mœurs, la langue, les formes poétiques imposaient à ce genre d’amusements. Le scolie se transforme en une scène de comédie où tous les convives jouent un rôle. Aristophane, dans la pièce des Guêpes, a porté sur le théâtre une de ces scènes 8. Bdélycléon, voulantapprendre les belles manières à Philocléon, lui demande entre autres choses comment, dans un banquet qu’il imagine, il recevrait les scolies 9. Les convives supposés sont Cléon, Théoros, Eschine et d’autres amis du démagogue. Les libations sont faites, la joueuse de flûte a commencé *°.

Bdélycléon. — Je suis Cléon ; je chante le premier la chanson d’Harmodius; tu recevras, toi: « Jamais aucun

homme ne fut dans Athènes" . » — Philocléon. —

Aussi scélérat et aussi voleur. — Bdélycléon. — Tu lui diras cela. Tu périras sous ses cris; il dira qu’il veut te perdre, t’anéantir, te chasser loin de ce pays. • — Philocléon. — Et moi, s’il menace, je lui chanterai cet autre scolie. « O toi dans ton ardent désir du pouvoir suprême, tu renverseras la cité, qui déjà penche vers sa ruine 1 2. » — Bdélycléon. — Et quand Théoros, couché aux pieds de Cléon, chantera en lui prenant la main : « Instruit par la parole d’Admète13, aime les gens braves. » Quel scolie lui diras-tu? — Philocléon. — Moi, voici : « Il n’y a pas à faire le renard et à être l’ami des deux partis14». — Bdéjycléon. — Après lui, Eschine, fils de Sellos, recevra le scolie, homme habile et ami des Muses ; il chantera :

« Richesse et longue vie à Cleitagora15 et à moi avec les Thessaliens ». — Philocléon. — « Tu as fait de grosse dépenses16 avec tes vantardises et moi aussi ».

On voit en quoi consiste le jeu. Les convives se pro voquent et ripostent par des citations de morceaux poéLiques connus n. C’est àqui trouvera dans sa mémoire la citation qui donne à la riposte de l’à-propos, de h verve, de la causticité; le convive doit avoir de l’esprit et des lettres; à une citation poétique qui le provoque il doit répondre par une autre citation et cette citation doit non seulement faire une réponse ingénieuse et piquante, mais aussi s’adapter pour le mètre au mètre de la provocation. Une faute de goût, une erreur de métrique excitent les moqueries et exposent au ridicule18.

Ce jeu est assez semblable à celui que nous voyons décrit dans le Symposion de Platon 19. Alcibiade, qui est arrivé à la fin du repas, est invité à parler sur l’amour comme l’ont fait les autres convives, en commençant par la droite. « Quand tu auras fini, lui dit Eryxomaque, tu prescriras à Socrate le sujet que tu voudras ; puis Socrate de même à son voisin de droite et ainsi de suite. » La différence essentielle est que les convives discourent en prose. Les scolies, les chansons, les airs de flûte20 sont méprisés des philosophes. Avec Platon et Xénophon commence cette littérature des aufATToiriaxo! Xoyot qui devait prendre un si grand développement.

Telles sont les diverses formes que le scolie a prises en Grèce. Les anciens ont essayé de les classer et de les expliquer21 ; la chose n’était pas facile. Le nom même du scolie les embarrassait fort; il a plusieurs sens et aucun de ces sens ne se rapporte bien directement aux choses de la table. L’explication, qui jouit aujourd’hui de plus de faveur, est celle de Dicéarque **. Le scolie, dit cet auteur, est une chanson de table; il y a trois sortes de chansons de table, irapomx: l°tous les convives chantent en chœur; 2° tous les convives chantent chacun à leur tour; un rameau de myrte ou de laurier circule; chaque convive doit le prendre et chanter; 3° une lyre circule; seuls les gens habiles, oi auvs-roi, la prennent et chantent. C’est seulement à cette dernière catégorie de chansons que Dicéarque donne le nom de scolie; ce nom viendrait des circuits que fait la lyre passant aux mains des gens habiles, au hasard de la place qu’ils occupent ; le substantif axoXtov se rattacherait donc à l’adjectif crx&Xtôç, oblique, tortueux, avec un déplacement d’accent. Plutarque23 ajoute certains renseignements à ce que dit Dicéarque; mais il donne une autre interprétation du mot crxdXiov ; les ignorants, incapables de jouer de la lyre, sont refusés; c’est ce qui a fait donner a ce chant le nom de scolie, parce qu’il n’est pas facile et que

l Aristopli. fr. 430 : ô |j.èv ’Aip-tj-cou Xô^ov «pôç ; Cratinus, 236 — 2Aris-

topli. Vesp., 1219; Cratinus, 236 ; Plat., Symp. 17G Eet la note 7 de lap 28 de i’éd. liug, Tcubner, 1884. — 3 X, 427, D-E. — 4 Atlien., XIV, 625 C. Dans ce passage il faut corriger «rxaià par «rxoXta. — 5 Nous citerons : Reinach, llépert. des vases peints, I, 36, 5, 111, 5 et 7 ; 320 ; II, 4, 199, 329. — G Collect. Engravings , t. V, pl. x = S. Reinach, II, 336 ; cf. aussi 0. Jahn, Phi loto g us, t. XXVI (1867), Kottabos auf Vasenbitdern , vase 2, pl. iii, p. 225. — 7 Sludniczka, dans Jahrbuch. Inst. 1887, II, p. 162; E. Potlier, Catalogue des vases du Louvre, p. 902; Album des Vases an tiques, p\. 90, G 30 ; Kœhlerdans Ath. Mitth. IX, 1884, p. 1, pl. i. Cf. Hartwig, Meistersch. p. 255, note 2. — 8 1219-1249. — 9 V. 1222 : Tà axôXia 5éÇn. — 10 Confirmé par Cratinus, fr. 236. — 1 1 C’est là une variante du scolie des tyraunicides. — ** Ces deux vers sont d'Alcée, d’après le scbol. v. 1232; cf. Bergk. Poet. lyr. 25. — 13 Commencement d’un scolie (dit le scholiastc), peut-être de Praxilla? Voir Cratinus, fr. 23G ; Aristoph. fr. 430. Reitzenstcin, Skol. p. 17, attribue are passage la scholie mise dans les éditions au v. 1241 (cf. la notesuivanle) ; Wilamowitz, Op. I. II, 321 sq. — Attribué à Alcée ou à Sapho, mais de Praxilla, dit la scholie. — 15 Poétesse lhessalienne,

disent les scholies. Cratinus, 234 ; Aristoph . Lysistr. 1237 ; Bergk, *Rel. com. att. anl- 238. La vérité a été trouvée par Ad. Rocmcr, Studien zu Arütophanes ( 1902), p. 1,1 il s'agit d’un mélos sur Praxilla, comme il y a uq mélos sur Admcle, un autre sur H " modius et Aristogiton ; il n’est rien dit d’une femme poète. — 16 Passage conlrovcisi •

— 17 Le jeu est expliquédans le scolie du v. 1222. — 18 Cratinus, fr. 236: Kfoitayopai

«Setv otav ’A$|aiî)toi> aiXîj ; Aristoph. Lysistr. 1236 ; fr. 430. 19 -l <■ ^

— 20 Sympos. 176 E ; Protagoras, 347 C-D. — 21 Didyme dans Etymol. M- 1 ^ ’

crxôXia. - 22 Le passage est tiré des Moua-txoî Nous complétons la scholie Sl11 ^

Gorgias de Platon 451 E par le passage de Plutarque que nous ci tons plus loin. ^ans scholie du Gorgias se trouve la définition d’Aristoxènc ; il ne parle que des banque noce, ce qui est assez singulier ; chaque convive chante en tenant un rameau de mj i •« 1 de laurier à la main ; la définition du mot est la même : il est ainsi appelé S tà • v |i.uppivvjî (rxoXiàv SiàSoCTiv. Photius et Suidas („*<mov) ont répété en partie les explication» de Dicéarque et d'Aristoxène. ire rattachent encore à Dicéarque : Artémon (Afli XV, 694 A) ; Schol. Aristoph. Nub., 1364 ; Vesp. 1239; Ilesychius. Voir ReiUmstein, 4. — 23 Quaestiones conviviales, I, 1, 5 (615 B) ; Reilzenstein, 5.

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