I-ig. 6519. — llypnos dans une scène funéraire
blable à la mort ou la mort tjui n’est qu’un sommeil c. Sur les sarcophages, Somnus est souvent le vieillard barbu et il aspect sévère dont nous avons parlé; ici le bas du corps drape, le buste libre, les ailes placées aux tempes, ailes de papillon ou d’oiseau de proie; là il tient dans ses bras Endymion, ou lui soutientla tête. Sur un des sarcophages les plus récents, le vieillard est debout, les jambes croisées, de vastes ailes au dos; il dort appuyé sur un bâton '. Citons encore deux sarcophages du Louvre, l’un qui représente Somnus sous les traits d’un jeune homme se penchant sur Endymion endormi et versant sur sa tète le liquide soporifique, tandis qu’un Amour entraîne Séléné vers le héros8; l’autre est une touchante application du mythe à la vie réelle ; Somnus, sans ailes, tenant une tige de pavots dans la main gauche, étend sa main droite ouverte sur une femme endormie du dernier sommeil; un enfant se penche comme pour la réveiller, le jeune mari contemple la morte d'un air rêveur : entre les deux ligure un Amour aux ailes étendues, le visage empreint de désespoir (fig. 6519)°. J. A. Hild.
SOIWTREIA (ücoTtâTpeta). — Fête célébrée à Délos1.
SOI’IlROiVISTÈS (SuxppovuTT-qç). — Tel était le nom, chez les Athéniens, d un magistrat spécialement chargé de la surveillance des éphèbes [ephebi, p. 626] ; pour une même promotion d’éphèbes il y avait plusieurs sophronistes. Il est difficile de dire a quelle époque exactement fut créée
cette magistrature.
Ni Thucydide, dans les rares occasions où il emploie le mot (7co<ppovu7Tv]ç ', ni Démosthène, dans le passage souvent cité du Discours sur l'ambassade où ce erme figure2, ne désignent par là une fonction publique2.
D après Wilamowitz- Moellendorff, les sophronistes dateraient seulement de l’administration de l’orateur Lycurgue4, et l’archonLat de Ctésiclès (334/3), antérieur d un an aux quatre décrets rendus en l’honneur des éphèbes delaCécropis inscrits sous cet archonte, et de leur sophronisle, Adeistos d’Athmonon 6, marquerait 1 année où l’institution prit naissance; elle se rattachait, selon toute apparence, à la réforme de l’éphéb>e proposée et menée à bien par cet Épicralès dont
n”> 957, 960, etc. ; Gerhard, Ant. Uildw. 36, 39;.4rcA. Zeit. 1662, jil. 139, ), 2 ; 1860, pi. 1 41. Une représentation particulièrement intéressante est celle d'un relief à Pise, Lasmio, Seul, del Campo santo , p. 63 : éphèbe nu avec de petites ailes à la tête et aux pieds et tenant la corne; de mémo notre fig. 6519. — 8Clarac, pl. ci.xv, n" 72 9 Id. pl. ccxxu, n° 58 ; cf. Winncfeld, Hypnos, p. 28 et passim.
SOPATREIA. I Bull, de corr. hell. 1882, p. 144 ; Dittenbergcr, Sylloqe 2 n 858 SOPlinoiVISTiSS. 1 Thuc. III, 65, 3; VI, 87, 3; VIII, 48, 6. - 2 Demosth De male gesta Icg. 885. - 3 J'ai admis (Éduc. athén. 2" éd . , p. 44 ; kosmè rts, p. 865, cul. I) que. dans I t xwchos(p . 367 A), misjovuroj; pouvait désigner une magistrature. Un examen plus attentif du contexte me persuade du contraire. Pourtant, l'AxiocAo» faussement attribué à Platon, parait bien n ôtre que du m» siècle, et si à ce momeut, les sophronistes n'existent plus, ils ont existé. Je n'en crois pas moins au sens tout littéraire de dans ce dialogue. Il eu est de môme de
employé par Platon (Leg. VI, p. 772 A), contrairement à l'interprétation proposée ailleurs [kosmkt4s, l. c.]. — 4 Aristoleles und Athen, I, p. 194. — 5 Inscr. gr. Il 5 ( Supplem . 1895), 563 6 ; Ch. Michel, Dec. 693 ; Dittenberger, Syll. 2' éd. Il, 519.'
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parlait Lycurgue dans un discours aujourd’hui perdu, le TtEçà oixvjueü);, comme ayant été honoré d’une statue de bronze pour sa loi sur les ephèbes (Bii tôv vogov xov xiüv ètpyjSojv) 1 . Cequi est certain, c’est que les plus anciens témoignages qui nomment les sophronistes ne remontent pas au delà de la seconde moitié du iv,: siècle. La liste en a été donnée ailleurs [ephebi, /. c.]2. Je renvoie à cet article pour le mode de recrutement des sophronistes et pour le rôle qu ils jouaient auprès des jeunes gens. Dans une certaine mesure, ils dépendaient du Conseil, comme en dépendait à celte époque toute l’éphébie; ce qui le prouve, c’est qu’au nombre des décrets concernant les éphèbes de la Cécropis inscrits en 334/3, et Adeistos leur sophroniste, il en est un qui émane des Cinq-Cents. Nous voyons de plus par ce décret que le Conseil exerçait sur l’activité financière des sophronistes une sorte de contrôle. Ceux-ci, en effet, géraient les fonds destinés à 1 entretien des éphèbes de leur tribu et rendaient leurs comptes3 : or il semble bien que le Conseil se faisait, tout au moins, renseigner sur leur gestion, puisque le décret en 1 honneur d Adeistos porte qu’il ne sera récompensé qu après avoir reçu décharge (Èiretoiv txç eùOûvaç ow)L D’autres documents nous éclairent sur les rapports des sophronistes avec la tribu et le dème auxquels ils appartenaient. C’était, pour les démotes, un honneur que le sophroniste de la tribu eût été pris parmi eux; aussi décernaient-ils volontiers a leur concitoyen un eloge public et une couronne, ainsi qu’aux jeunes gens du dôme qu’il avait eus sous sa direction, après avoir entendu de lui un rapport sur leur bonne conduite3. Un rapport sur la conduite du sophroniste parait de même avoir été nécessaire pour lui faire obtenir les félicitations de la tribu : c’étaient les pères des éphèbes qui le présentaient0. On sait que c’étaient eux (pii choisissaient dans la tribu les trois candidats dont un devait être élu sophroniste par le peuple'7, et qui les choisissaient parmi ceux des phylètes offrant le plus de garanties 8 : il était donc tout naturel qu’ils fussenl appelés, quand ce personnage sortait de charge, à apprécier ses actes et à demander pour lui une récompense, s’il le méritait.
Le décret de la Pandionis en l’honneur des sophronistes des éphèbes de 303/2 est la dernière inscription avant 1ère chrétienne qui mentionne cette magistrature. A partir des vingt ou vingt-cinq premières années du me siècle, les marbres éphébiques semblent ne la plus connaître8. Les sophronistes ne reparaissent que sous l’Empire
1 llarpocrat. s. v. Cf. Di tien berger. Op. c. Il, p. 161, note 1 ;
Arthur Alexis Bi vaut, Boyhood and y ont h in t/ie days of Aristophanas {Harvard Studies , 1907, p. 87). Après avoir proposé ( Èduc . athen. 28 êd. p. 48, 53, 60 ; ephebi, p. 626, col. Il) de faire remonter les sophronistes jusqu’au temps de Solon (cf. Iv. J. Freeman, Schools of Huilas, p. 70), je me rallierais volontiers à l’ opinion de Wilamowilz-MoellendorfT. Dès lors, l'ào/vj dont parle Eschine {In Tim. 10) comme ayant exercé anciennement, semble-t-il, fine surveillance active sur les jeunes gens [ephebi, /. c.], serait l'Aréopage. — 2 Je la reproduis, pour les inscriptions, avec les références nouvelles et les additions nécessaires : 1° décrets enl'honneur des éphèbes de la Cécropis inscrits sous Clésiclès (334/3 ; v. note 5. p. 1 399) ; 2" fragment d'un décret des Elcusinicns faisant suite à une dédicace des éphèbes del'llippollionlis inscrits sous le même archonte (Inscr. gr. Il, 5, 574 d ; 3° dédicace de Théophanès de Khamnonle couronné par les éphèbes inscrits eu 333/2, 332/1, 331 / 30, ainsi que par leurs sophronistes et leurs cosmètes (Inscr. gr. Il, 5, 1371 b); 4° décret des habitants d’Aixoné contenant h; nom de l’archonte Néaichmos (320/19), et récompensant, entre autres personnages, deux sophronistes à propos delà célébration de la fête d’Uébé (Inscr. gr. Il, I, 581); 5° fragment tiès mutilé d'un décret en l'honneur des éphèbes; les sophronistes y sont nommés lignes 1 et 13 (Inscr. gr. Il, 5, 251 c. ; cf. Wilamowitz-Moellendorir, Op. c. 1, p. 193, note 15); 6° décret du Conseil et du peuple (305/4) en l’honneur des éphèbes inscrits l'année précédente, de leur cosmèle, de leurs sophronistes, au nombre de douze, par suite de la
son *
. romain, au nombre de six seulement, ; à côté d’eux il six hyposophronistes. Nous ne savons pas comme n! étaient recrutés les uns et les autres. Les éphèbes étaient alors partagés en un certain nombre de sections appelées (ju^Tpéggara : à chacune d’elles étaient attachés un <>n plusieurs sophronistes 10. Il y eut dans cette organisation mèmedes changements qui nouséchappent, eL toute celle partie tardive de l'histoire de l’éphébie pour laquelle les documents sont nombreux, mais souvent incomplets ou peu clairs, serait à reprendre. Il semble, d’après un texte du ine siècle de notre ère, qu’à un moment les éphèbes aient formé douze groupes attribués chacun à un sophroniste ou à un hyposophroniste, égaux entre eux par les fonctions, sinon par la dignité; les sophronistes auraient été les plus âgés11. Il est quelquefois question sur les marbres des enfants des sophronistes (ot 7t*r8eç Toiv <7(ocppovu7T(ov), qui figurent parmi les gymnasiarques éphèbes12. Les sophronistes eux-mêmes pouvaient être agonothètes n. Nous ne pouvons guère nous faire une idée de l’espèce d’autorité dont les sophronistes étaient investis à l’égard des éphèbes. Un relief mutilé, reproduit plus haut [ephebi, lig. 2679J, figure trois d’entre eux ((7üxppovi<rra!, y déchiffre-t-on) qui s’avancent vers une divinité, enveloppés de leur manteau et tenant à la main la baguette flexible appelée Àuyo;. S’en servaient-ils pour châtier les jeunes gens? Est-ce un attribut symbolique ? On ne saurait préciser. P. Girard.
Soit ANUS. — Ce vocable religieux qui par sa terminaison en rappelle beaucoup d’autres figurant au catalogue des indigitamenta 1 , se rencontre pour la première fois, avec un sens ironique, chez Cicéron ; mais il est beaucoup plus ancien et pourrait même remonter aux temps les plus reculés de la religion romaine. Ayant à caractériser un augure de bas étage, dont la science n’esl faite que de charlatanisme, Cicéron le nomme ou l'indien ou S or anus - . Ce sont les commentateurs anciens de Virgile, sur la foi d'un texte de Varronet, grâce à eux, Pline l’Ancien qui nous permettent d’éclaircir l’énigme posée par le passage du traité de la Divination ' ; et c’est Virgile lui-même qui adapta la cérémonie, où Soranus est invoqué, au dessein de son Enéide. Voici l’invocation que le poète place dans la bouche d’un chef Étrusque, allié d’Énée4 : « O toi le plus grand des dieux, Apollon gardien du mont sacré de Soracte, toi que nous implorons avant tous les autres lorsqu’on ton honneur s’enflamme un amas de pins et que, forts de notre piété1, nous marchons à travers le feu sur un lit de charbons
création do l'Anligonis et do la tlèniélrias, et do leurs professeurs (/user. tjr I* 5,251 b) ; 7" décret de la Pandionis on l'honneur du sophroniste Philonidès. élu pool' s'occuper des éphèbes de cotte tribu inscrits sous CéosLratos (505/2) (Inscr. tir. II. 5, 565 b). — 3 Arislot. / le/j . Atlten. XLI1, 3. — I Sur les rapports des éphohrs <‘l de leurs magistrats avec le Conseil, vov. ephsim, p. 623, col. I, et p. 024, rel. Il, note 52. — 5 Vov. le quatrième décret relatif aux éphèbes de Clésiclès, rendu par les habitants d Athmonou. Cf. Inscr. qr. il, 5, 574 d , qui montre un des sopluonistes de l'ilippolhonlis honoré de la proédric \ ar ses démotes. — fl Trd est, du
: moins, le cas pour le sophroniste Philonidès, de la Pandionis. xai ànofanotenv
v. ùtôv eIç tïjv çu'a#jv o’t naTÉçeq tàiv lœqSwv lic(|AE{ii.e)tff(rOai xaià toû; vtqouî t">v -.-h'1
{Inscr. gr . 11, 5, 565 b). — 7 Arislot. Itesp. Athen. XL1I, 2. — 8 ^
Zicbarlli, Aus dern griechischen Schulwesen (Leipzig et Berlin, 1909, p- 1
— 9 Le plus ancien qui n’en parle pas paraît être celui qui est daté de *al
clionlal de Nieias {Inscr. gr. II, I; 316). — 10 Inscr. gr. III, ! 110' •
ot èx to 7 a edt^o? Ti(Afjffavceç tbv xoff|AïiTïiv xk'i toù; <rüi:et>vlff .J-.
— H Inscr. gr. III, 1, 758. — 12 Ibid. 1133. — 13 Ibid. 1147; Dumont, Epiât tique, I, p. 229.
SOltANL'S. i Cf. Tut anus, Praestana , Orbana , Levana , Lateranus,
— 2 Cic. Divin. I, 47, 105. — 3 Varr. ap. Serv. Aen. XI, 787 ; Blin. Hist. nul.
2, 2. — 4 Virg. Aen. XI, 785 ; cf. Sil. liai. V, 175. — & Freti pietate ; cf. Slra*. \ , 4, 12 : xaTeyojAEvot unô tou Soupiovo;.
SOR
SOR
ardents. O Père! O Tout Puissant! épargne à nos armes le déshonneur, etc. « Le culte et les pratiques auxquels Il est fait ainsi allusion, ont pour théâtre le pays des Faüsques et plus spécialement le mont Soracte qui se dresse, visible de loin, à l’est de la plaine qui longe la voie Flaminienne *. Là, tous les ans, un collège de prêtres appelés llirpi {loups en langue Sabine), célébraient une fêle de purification et de propitiation dont l’épisode caractéristique était une marche à pieds nus sur la braise d'un bûcher. Le dieu, objet de cet hommage, était appelé S or anus ; et les prêtres eux-mêmes étaient des llirpi Sorani 2. Le vocable dérivé du nom de la montagne a été, par la linguistique, rattaché à Sora\ soleil ; et la fêle elle-même doit être considérée comme une variété des cérémonies solstitiales [palilia] qui chez les peuples de race indo-européenne ont pour objet d’honorer le feu céleste sous le symbole de ses émanations terrestres4. Dans la religion latine, la divinité du feu a tout d’abord été identifiée avec Dis Pater invoqué à ce titre sous le nom de Soranus s el ensuite, par l’influence de 1 hellénisme, avec Apollon, le dieu solaire par excellenre
l.a lête du mont ïsoracle était encore en honneur au déclin de la République ; mais le miracle des prêtres traversant les flammes sans en subir les atteintes s’expliquait naturellement, pour Varron, grâce à un onguenl dont ils se frotlaienl la plante des pieds’. Pline l’Ancien nous apprend qu’elle subsistait encore de son temps et même qu’un sénatus-consulte de Rome conférait aux prêtres Sorani l’exemption du service militaire avec d autres immunités. Pour Strabon la cérémonie étail en
rapport avec la religion de feronia, qui possédait au pied du Soracte un temple fameux dans tout le Latium; elle attirait un grand concours de peuple, avide de contempler la jonglerie pieuse dont elle étail l’occasion et que le scepticisme des archéologues n’avait pas encore réussi à déconsidérer auprès des masses8. Des pratiques analogues se retrouvent d’ailleurs dans le culte de Zeus L\ kafos en Arcadie 1 ; et Mannhardt en a très ingénieusement rapproché les fêtes populaires de celles du Loup Vert à Jumièges en Normandie et de la Vache Verte en *ouabe, les unes et les autres célébrées au temps de la moisson, c est-à-dire du solstice d’été, pour obtenir une récolte abondante 10. Nous nous bornons à renvoyer aux commentaires de Servius sur le passage cité de Virgile, pour les contes populaires dont elles onl été l’objet dans 1 Italie ancienne ". J. A. Hjld.
SORTES. — [divinatio, fortuna, sortitio.] s< >[111110 ( KÀvjpojcrtç) . Tirage au sort, ou. (,i,. Le t,jrage au sort était une des coutumes les
P os répandues chez les Grecs de tous les temps. Ils la P1 o 1 "i liaient avec prédilection, dans la vie publique
t 6t J"’ : "0r- °d- '» 9* 2 ' &rv. N. Aen. VII, 69fi ; e. Ileynel'anl |) ,,Pg' Exc,,rsi,s Lib. XI. — 2 Plin. H. nnt. VII, 2, 2 ; Solin. II, 26;
dn / il,,»,.!!; ,Cf' Wlsso'va’ tiehg. »nd Kultus, qui rapproche ces Hirpini
Sprackf. | “ 7 „ IJ2 ®î P’ W3’ "• «• - 3 C'"’Uus- Z«U*'hrift für vergl.
Anlikr ' Z ' C ' 1 «stler-Jordan, Iioem. Mythol. I, p. 208, el Mannhardt,
%W . Z Waldk‘U^ fl. 3(17 S,|. - 4 IV, p. 284; cf. Grime. Deutsche ~ » Scrr A V."1'1 Ma"nhard1, Loc- c“- et Mytlwl. Fond,, p. 198 su. Kosclur V’ 783 : Cf' Wlssowa- luc- cit- P- 0*1; cf. p. 258 ; Peler chez
Slral,. V 4 '],■ P' 1IW Sl1’ ~ 6 Vir" Àe“- Xh 785; Plin. VII, 2, 2; gionis rtc ■ 'p ' y°I V' Ae“' 787 : Vurr'°< "bique expugnntor reti-
irrévérenc» ' Sora,u,s de Cict;'ou (Divin. I. 47, 805), s'inspire de la même
P- 147s ri ’ Nrak Loc- cil- l)0"' l,al' 'h *9; «f. Iloscher, Ausf. Lexik. I, Griec/,. mÙiTT'iI’ 2’ P’ 1073 Sq’; Ma""l,arilt’ °P- cit. p. 332. 9 Preller, 0 • P- 127; cf. P. Welzel, De Joue et Da no dis Arcadicis, Breslau
Vin
comme dans la vie privée. Pour prendre une telle extension, pour avoir une telle durée, il a fallu que cette coutume, à peu près immuable dans le détail de l'exécution matérielle, se conformât, pendant une longue évolution, à la pensée changeante des générations successives.
I. Origine et caractères du tirage au sort en Grèce. — Les hommes primitifs demandent à leur dieu toutes les décisions qui intéressent le groupe social ; la volonté du dieu s’exprime par le sort (xXîjpoc)'. Chacun de ceux qui s’en remettent à la puissance souveraine inscrit sa marque sur un caillou, fixe sa personnalité sur un osselet2; lorsqu’un de ces objets est tiré d’un vase ou d’un casque par une main aveugle en apparence, c’est une divinité qui désigne un homme et fixe le destin. Ce procédé religieux ne s’applique pas seulement aux choses de la religion : le culte, à cet âge lointain, comprend tout, gouvernement, administration, justice. On recourt au sort quand on a remporté la victoire et qu’on partage le butin, ou bien quand on a eu le dessous et qu’on doit livrer un lot de captifs, ou bien encore quand le dieu irrité veut du sang humain. Rien de plus historique au fond que ces vieilles fables où sont tirés au sort les jeunes gens ou les vierges qu’un roi, un dieu, un monstre exige comme esclaves ou comme victimes 3. Mais il est une circonstance où le tirage au sort a une valeur, une solennilé toute particulière elrevêl une forme différente : il devient électif. Le chef, qui est aussi le prêtre, doit toujours être désigné à la vénération par un signe certain : le sang le plus pur, la parenté la plus directe avec le dieu ancêtre. Ses pouvoirs se transmettent, avec son caractère sacré, par hérédité ; mais que la lignée s interrompe, qu’il y ait doute sur la question de succession, et 1 on s en remet au dieu du soin d’indiquer son descendant légitime, de déclarer qui mérite entre tous d’être appelé StoyevTÎç. Ilabien des moyens, le dieu, pour révéler ses préférences et dicter ses commandements : il peut faire un miracle4; le plus souvent il attend qu on le sollicite. Les prétendants se présentent à lui ou lui sont présentés par leurs partisans, et lui, par le sort, il lait son choix. Le sort est vraiment, selon une expression de Platon, un «jugement de Dieu», Aùç xpûnç
É<7TÎ5.
Dans la vie de famille comme dans la vie publique, dans les cités et dans les camps, les Grecs des temps héroïques consultaient le sort à toute occasion. Quand des frères ont à partager l’héritage paternel, ils préparent des lots, qu’ils tirent au sort6. Quand des vainqueurs se partagent le butin, les captifs, les champs conquis, ils opèrent un prélèvement en faveur des chefs, et tirent le reste au sort c est ainsi que les lléraclides auraient liié au sort dans un vase rempli d’eau les trois royaumes
XI, 785, cl Wissowa, chez Roscher, Op. cit. v. Hirpi Sorani. I,2,p. 2094.
SOIUTMO. I Voir ■' iislel de Coulanges, Iteeh. sur le tirage au sort appliqué a la nomination des arch. afA.,dans les Nouv.rech. surquelq. prob. dhist. p .166 su cf. ATT, CA RBSPUBI.ICA, p. 538. - 2 Les osselets ont un sons mystique en Crète Lien avant I arrivée des llellenes: on en a trouvé une grande quantité dans un fond de rabane de l'âge néolithique à Phaistos (Mosso. Mon. ant. XIX, u, p. 149, lig. 5 , de meme que sous le lapis niger du forum romain. — 3 Cf. l'aus IV 9 4- p|ut Sept, sapient. convie. 20, p. 163 B; Eurip. Iph. Aul. 1198; Plut. 77, ès. 17. — - Cf. Plut. De Alex. fort. aut. virt. Il, S, p. 340 D ; Suid. s. u. Ai ,;. —5 p|al. Leg. VI, p. 7o7 B. Cf. Glolz, L’ordalie dans la Gr. prim. p. 127 sq. — 6 Od. XIV 209-210 ; cf. Eustath. ad loc. Voir Buchholi, Uom. Real. Il, 1, n. 95 —7 0,1 XIV, 232-233; IX, 42, 549 ; II. IX, 138, 333 ; et. Eurip. Troad. 29 sq., 236 sq • Hec. 100. 1 ’
son
du Péloponêse 1 (fig. 0320) et donné un lot à chacun de leurs compagnons2. Quand des aventuriers ou des colons s’établissent sur un coin de terre, ils demandent au sort leurs titres de propriété 3. Les dieux n’ont-ils pas fait de même pour le monde entier, et n’est-ce pas par le sort que Zeus, Poséidon et Hadès ont obtenu chacun son empire4? Aussi la langue grecque a-t-elle toujours désigné du même mot, xAvjooç, le sort et le patrimoine5. Les charges sont réparties par le même procédé que les protils. Lorsqu’un chef doit fournir un homme pour le service militaire, les frères tirent au sort à qui partira6. En temps de guerre, le chef s’en remet aux décisions du sort pour ne pas faire de mécontents. Devant Troie, les neuf guerriers qui brûlent de se mesurer avec Hector en combat singulier déposent chacun dans un casque leur sort marqué de leur signe particulier et en font tirer un par Nestor '. Chaque fois qu’Ulysse est embarrassé pour désigner ceux de ses compagnons qui auront à remplir une mission périlleuse, il les fait désigner par le soit8. Dans les jeux, le président tire au sort les rangs ou les places des concurrents9. Le tirage au sort est si complètement entré dans les mœurs, que des armées ennemies peuvent s’entendre sur une consultation de ce genre, qui devient presque un jugement de Dieu : au moment oii va s’engager le duel de Paris et de Ménélas, on jette les sorts des combattants dans un casque pour savoir qui aura 1 avantage de lancer son javelot le premier10. Dans plusieurs de ces cas. la conception religieuse du tirage au sort se manifeste clairement. Avant le moment décisif, les intéressés adressent d’ardentes prières à Zeus pour qu il fasse le choix le meilleur11, et souvent ces intercessions produisent leur effet : le sort tombe sur celui que désigne le grand nombre ou que souhaite la sagesse ’2.
Le tirage au sort se ressentira toujours de ses origines religieuses. Elles sont manifestes dans la divination. La cléromantie fut une des pratiques auxquelles les oracles des Grecs restèrent le plus fidèles [divinatio, p. 301-302; oraculum, p. 222]. Cette spécialité des sciences sacrées avait pour patron Hermès. Le porteur de la verge magique13 était le dieu du hasard et de la bonne chance, le dieu des sorts et particulièrement des dés. Apollon avait gardé pour lui le reste de la mantique ; il avait abandonné au fils de Maia la doctrine des Thriai et l’usage des cailloux qui portaient leur nom14. Quand on tirait au sort, le premier coup était réservé à Hermès; mais souvent, pour éviter toute contestation, on introduisait dans 1 urne une feuille d’olivier, qu’on tirait d’abord : c’était 1’ 'Es itou xÀŸ|po; ,s. Un autre fait, la façon dont sont nommés les prêtres, rappellera jusqu’à la tin du paganisme
* Apollod. Il, 8, 4; Paus. IV, 3, 3; Polvaen. I. IG; Soph. Aj. 1282 sq. et Schol.; cf. Tischbein, Coll, of engrav. t. I, pl. ivii (S. Keinach, Ilêp. des vases, 11, p. 282); Panofka, Arch. Zeit. 1S4S, p. 281 ; Babelon, Cab. des ant. pl. xlvii, xiv et p. 182; S. Rcinach, Pierres gravées, pl. i.v, 2, 3 et p. 50. Noire figure G52U reproduit le dernier des monuments énumérés ci-dessus. — 2 Plat. Ley. III, p. G84-U85 ; cf. P. Guiraud, Prop. fonc. en Gr. p. 41 sq. — 3 Cf. Od. VI, 9-10. — 4 11. XV, 189-193. — » Ibid. 498 ; Od. XIV, 64; Hes. Op. et dies, 37, 341. — 6 11. XXIV, 400. — 7 II. VII, 171-19); cf. Soph. I. c. — 8 Od. IX, 331-334; X, 206-207. — 9 II. XXIII, 352-357, 8GI-862. — 10 U. XIII, 316-325. — 11 11. III, 318-323 ; VII, 177-180. — 12 U. Vil, 182; Od. IX, 334. — 13 Od. V, 47-49 ; XXIV, 2-4. — n Hymn. ad Heim. 552 s. ; Apollod. III, 10, 2 ; Callim, Hyinn.
son
grec que le tirage au sort est un appel aux dieux jj.,, dataires de la cité, délégués auprès d’une divinité |,iprêtres sont présentés par les hommes, mais choisis . * la puissance à laquelle il s’agit de plaire. On deniaml' parfois à la grâce des dieux de se manifester p;u. (|| oracle16, ou par la voix d’un prêtre en fonction17 ; d’orüi naire on l’ohlige respectueusement à se déclarer par j sorts. Et, comme les hautes magistratures sont sortir des sacerdoces les plus antiques, comme elles en 0m conservé certaines attributions, les esprits imbus dis croyances traditionnelles continuent d’avoir sur le lira ,,, au sort des magistrats les mêmes idées que sur celui iLs prêtres. C’est encore Platon qui, en exprimant la pensée des vieux âges, se fait à maintes reprises l’interprète d’une opinion commune en son temps : « En ce qui concerne 1rs choses sacrées, dit-il, nous laissons la divinité choisir elle-même qui lui agrée; nous nous en remettons ainsi à la voie divine du sort... Pour déclarer qu’un homme est cher à la divinité, qu’il est heureux, nous recourons au sort : celui que le sort désigne doit commander, celui qu’il repousse doit obéir; disons-le, rien n’est plus juste... Le sortes! un dieu18. »
Mais de très bonne heure, aussi loin que remontent les souvenirs de la race hellénique, cette conception divine enveloppe des conceptions plus humaines. Toujours et partout on a largement pratiqué un système qui a tous les avantages d’un choix rapide sans engager, la responsabilité de personne. Aujourd’hui, on a encore recours au sort dans les cas où il n’existe aucune raison théorique ni juridique de décider dans un sens ou dans l’autre et où cependant il faut en finir. Dans les sociétés primitives, le tirage au sort est une ressource bien plus précieuse, parce qu’il sert, non seulement quand on ne peut pas, mais quand on ne veut pas choisir : c’est un de ces subterfuges par lesquels une rouerie naïve met le divin à son service. Par le sort on force les dieux à créer de la légitimité, comme par le serment on les somme de créer de la vérité, comme par l’ordalie on leur fait faire œuvre de justice. Il faut donc admettre que, dans les temps les plus reculés, le tirage au sort a pu donner satisfaction aux tendances diverses des hommes groupés en sociéLés. Effectivement, le tirage au sort appliqué au choix des chefs et portant sur quelques personnages de marque part d’un principe nettement dynastique ou, si l'on préfère, fortement aristocratique. Fustel de Coulanges a insisté à bon droit sur ce principe, qu’il a été le premier à dégager ls. Mais il n’a pas vu, parce que son attention s’est concentrée sur une seule question, que dès l’origine, bien avant que la Grèce fût organisée en cités, le tirage au sort appliqué à un partage et portant sur tous les membres du groupe social, a un caractère tout aussi vigoureusement démocratique. Avec cette légère réserve nous dirons : « Le tirage au sort n clad ni un procédé égalitaire, ni un procédé essentiellement
adApoll. 45 ; cf. Pliiloch. ap. Zcaob. Pron.cent. V, 75 (Frayai, hist. yr. U P- 11 ’ fr. 1 96) ; Elym. M. p. 455, 34; Hesych. s. v. Ooiaî. Voir V. Bérnrd, De loiiijcultes arc. p. 285 ; mbrcuiuus, p. 1809. Môme à Delphes on pratiquait laoléioin 111 ^ (cf. Suid. s. v. nuô.à; Plut. De e ? delph. 10, p. 391 E). — 15 Eurip. ap. P,loL 7 et Suid. s. v. x>.î]oo; 'E&|aoj; Euslath. ad 11. p. 075, 53; Arislopli. Dm- ’,l,‘ et Schol.; Poil. VI, 55; Hesych; s. v. 'Eojaoj Voir Bouchc-Leclercq./.-'
dans l’antiq. I, p. 190-191. — ic /user, graee II, 1654. La Pythie choisit I1 gètesnuÔcxor.iTToi ivoir kxkgètai ; Ehrmaun, De j uns sacri interpretibus att -, 111 ^
1908, p. 18). Cf. Arisl. Hesp. Ath. 21. — i1 Ditleubcrger, SijU. inscr. </'■ • " ’
I. 136-137. — 18 plat. Leg. VI, p. 759 C ; III, p. 090 C; V, p. 741 B; cf. Desp. » p. 617 U. — 19 L. c. p. 106 sq.
Fig. 6520. — Tirage au sort.
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oligarchique. Il a pris l’un ou l’autre caractère suivant los temps et suivant la façon dont il a été appliqué*. » l’élément psychologique qui est l’essence même du tjragC ;Ui sort pouvait s’adapter à tous les régimes.
\ussi les historiens cl les philosophes de la Grèce devaient-ils être un jour embarrassés pour indiquer le caractère politique de l’institution. Quand le principe démocratique l’eut emporté dans une grande partie de la Grèce et qu’il euL surtout marqué d’une puissante empreinte la civilisation athénienne, alors même le tirage sc maintenait en si bonne posture dans les cités oligarchiques et perpétuait dans les autres tant de survivances d’aspect hétérogène, qu’il était bien difficile, tout en constatant la large place qu’il s’était faite dans les constitutions démocratiques, de ne pas l’observer sous son double aspect et de ne pas en être gêné. De là résultent les jugements divers qui nous étonnent et nous déroutent. Dans l'idée d’Hérodote2, un des traits essentiels du régime populaire, c’est la désignation des magistrats par, voie do tirage au sort (itiXco gàv àp^àç apyet). Les adversaires de la démocratie extrême lui reprochaient, plus que tout autre défaut, cette façon de nommer les liants fonctionnaires. « C’est folie, disait Socrate, qu’une fève décide du choix des chefs de la République, tandis qu'on ne tire au sort ni un pilote, ni un architecte, ni un joueur de flûte, ni d’autres artistes du même genre, dont les fautes sont bien moins dangereuses que celles des magistrats 3. » D’un ton plus transcendant et plus altier, Platon exprime le même sentiment, quand il déclare que le sort dans la répartition des dignités établit une égalité d’ordre inférieur, l’égalité en nombre, poids et mesure, qui esta la portée de tout législateur et de toute cité4. Aristote luimèine, qui combat si souvent les conceptions politiques
de Platon, déclare plusieurs fois dans la Politique que le tirage au sort des magistratures, de celles au moins qui n exigent pas de connaissances spéciales, caractérise le gouvernement démocratique et s’oppose au système préféré par l’oligarchie5. Enfin, la Rhétorique aristotélicienne va jusqu’à définir sommairement la démocratie la constitution qui fait distribuer les charges par le sort6. — Cependant on voyait bien que le tirage au sort convenait tout autant à maintenir l’égalité dans un petit groupe •le privilégiés que dans une masse de citoyens et qu’en lait il fonctionnait partout. Le rhéteur Anaximénès attribue indifféremment à la démocratie et à l’oligarchie 1 habitude de tirer au sort le plus grand nombre des magistratures ‘. Pour Platon il y a tout de même des cas y11 ' cage au sort tient le milieu entre le gouvernement monarchique et la démocratie8. Les plus exaltés des démocrates pouvaient même trouver que le sort aveugle assignai t trop fréquemment les charges aux partisans " ^ °'igarchie I 3s en arrivaient à voir dans le système | 1 1 fil un moyen bien plus sûr de pousser leurs hommes aux allaires 9. Aristote ne croit pas se donner un démenti
2 11; *' ~ 2 "h s0- — 3 X en . Mem. I, 2, «J ; cf. ( Arist.) Miel. Il, 20.
lfi| *3' P- 737 - “VU (VI), i, 8; 10; VI (IV), vu, 3; et. Il, vm, 0.
p - Mj p ~ 1 Miel. (Spengel, Miet. gr. I, p. 181 sq.). - I i. t.
|| 200 ~ 9 lsocl'- Areop. 23. Müller-Slriibing, Aristoph. und die hist. Kritik, 4rjS[0c|, * ' xao3re* quand il présente le tirage au sort comme une mesure KM , "l"e dcst'uée à protéger les droits de la minorité. — 10 P0l. VI (IV), xu, Uons vo s * ' ~ " ^ fi’’)’ v'*> 3; U, ni, 11-13. — 12 Sur ces conlradic-
Reamln' "Slm'*'h 13> »• 1309 et 1371 ; cf. Heislerbergk, Die Bestell. der p. 599 . \ Cl‘ ^aS /'os’ P' 79 s,l- — 13 Bôckh, Staatsh. der Alh. 3' éd. I, ■>P. 527- Cp°man"’ Anti1- Pr.publ.gr. p. 100; Wachsu.uth, Hcll. Alterthumsk.
'foie, trad. de Sadous, V, p. 419 ; Perrot, Essai sur le dv. publ. d'Ath.
quand, dans le même ouvrage, il fait ressortir le caractère démocratique du tirage au sort et combine ce mode de nomination, ainsi que le mode opposé, l’élection, avec toutes les solutions données en Grèce aux questions du droit électoral et de l’éligibilité l#. Un esprit si logique a pu dire catégoriquement : o7|p.oxpocTtxôv piv xXïiftorà; eivat ràç àpyâç, rb oÈ atpsrài; ôXtyapy txbv 1 1 , puis
montrer que les cités tant oligarchiques que démocratiques constituent les magistrats et les juges aipÉTEt -ij xXVjpo»12. Voilà une contradiction apparente qui a sa valeur. I rop souvent on se laisse entraîner par la première série de nos textes et par le spectacle que présente Athènes au moment où ses institutions sont le mieux connues : on répète que le tirage au sort est une invention de la démagogie13. 11 n’en est rien1*.
II. Tirage au sort des magistrats a Athènes. — Aux temps historiques, c'est dans Athènes qu’on observe le mieux les multiples usages du tirage au sort. Mais nos renseignements proviennent pour la plus grande partie de la période où toutes les institutions du passé avaient reçu l’empreinte démocratique : le choix préalable des noms soumis au sort ne pouvait plus avoir la rigueur exclusive qui aurait empêché la nomination des magistrats de se conformer au principe égalitaire du gouvernement. 11 ne faut ni croire à la brusque apparition d’un procédé qui est, au contraire, d’une antiquité préhistorique, ni projeter sur tous les siècles la lumière d’un seul. L’intérêt d'une étude sur le tirage au sort chez les Athéniens consiste précisément à le suivre dans son évolution.
« Il a été aristocratique quand la société athénienne l’était; il est devenu... démocratique lorsque la société l’est devenue. 11 n’avait lieu d’abord qu’entre les Eupatrides. Plus tard il fut pratiqué entre les riches. Plus tard enfin, toutes les classes y furent admises15. »
Çj 1. Les archontes. — La question de la nomination des archontes a été vivement discutée. Naguère on ne savait pas de quelle époque il fallait faire partir le tirage au sort; on en constatait seulement l'existence certaine dans la seconde moitié du vc siècle. Les uns, à la suite de Boeckh, de Schoemann et de Curlius, tenaient pour Clisthènes16 ; les autres, avecGrote et Lugebil, se rabattaient sur Aristide ou même sur Êphialtes11, et c’est à cette opinion que se ralliait l’auteur de l’article archontes (p. 383-384). Seul, Fustel de Coulanges osai tf con fiant en ses convictions sur la genèse religieuse des institutions antiques et en sa minutieuse étude des textes, relever une hypothèse abandonnée depuis l’époque lointaine de Meursitis18 et soutenir que le tirage au sort remontait aux origines mêmes de la constitution athénienne (attira respublica, p. 337-538] ”. Fustel de Coulanges avait raison contre tout le monde2". La IIoXtTEta d’Aristote nous dit, en effet: « Solon institua pour le tirage au sort des magistrats une liste de candidats préalablement choisis par chacune des tribus. Pour les neuf places
p. 56 sq. — 1» Fustel de Coulanges, l. c. p. 154 sq., 166, 176 sq. ; J. Nicole, Etudes sur les arcli. ath., dans la Dec. de phil. IV 11880), p. 56 ; Gilbert. Handb.
der gr. Staatsalt. II. p. 318-319. — 15 Fustel de Coulanges, l. c. p. 166. IG Voir
les noms mentionnés à l'art, archontes, p. 383. Y joindre: Bôckh, I. c. p. 591 Hauvette-Besnault, Les strat. ath., p. 15; J. Nicole, l. c. p. 161. — 17 Aux auteurs cités dans l’art, archontes, ajouter : Duneker, Gesch. des Alt. éd. de 1860, IV, p. 475, n. 2; Müller-Slriibing, Op. cit. p. 200 sq. — 18 Meursius, De archontihus Atheniensium , Lugd. Bat. 1621 (Gronovius, Thés, antiquitatum.l IV, p. 1164 sq.).
I Cf. La cite a/il. 1. III, ch. x. \oir surtout les Dech. sur le tir . au sort appliqué à la nom. des arch. ath. — 20 Cf. II. Weil, Journ. des Sar. 1891, p. 207; Haussoullier, trad. d'Arist. Const. d'Ath. p. xm ; Heisterbergk, Op. cit. p. 16.
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d’archontes chacune présentait dix candidats entre lesquels décidait le sort. De là vient l'usage, qui dure encore, de tirer au sort dans chaque tribu dix candidats et de faire désigner ensuite les titulaires par la fève. Solon mit aussi le tirage au sort en rapport avec le système censitaire : la preuve en est dans la loi sur les trésoriers qui est restée en vigueur jusqu'à nos jours et qui prescrit de tirer an sort les trésoriers parmi les pentacosiomédimnes. Telles sont les règles établies par Solon au sujet des neuf archontes1. »
Ce passage semble décisif. Cependant ni l’autorité d’Aristote, ni ce fait si frappant qu’elle vient à l’appui d’une intuition qui avait su s’en passer, n’ont désarmé la critique. Le plus grand nombre des historiens est resté fidèle à une opinion invétérée. Aristote aurait fait remonter jusqu’à Solon le tirage au sort des archontes, institué seulement en 487/6, sans autre raison qu’un raisonnement à conclusion rétrospective : il aurait connu le tirage au sort à deux degrés, usité de son temps, le tirage au sort après élection dans les dèmes, usité après 487/6, et aurait inféré de la loi solonienne sur le tirage au sort des trésoriers l'existence d’une loi solonienne sur le tirage au sort des archontes2. L’objection n’est que spécieuse. Observons d’abord que, de l’aveu unanime, le lirage au sort des magistratures était pratiqué à l'époque de Solon, puisque nul ne peut plus contester qu'il ait existé dès lors pour les trésoriers. Mais examinons la question en elle-même, telle qu’on l’a posée, au point de vue des archontes. Si Aristote avait eu la fantaisie de rapporter à Solon une institution du ve siècle, il n’aurait pas commis cette erreur de creuser un fossé dans l'intervalle, en s’imaginant que la règle du tirage au sort n’avait plus été appliquée depuis l’expulsion des Pisistratides jusqu’à l’archontat de Télésinos (487/6) 3 . S’il avait rapporté aux archontes ce qui était vrai poulies trésoriers, il les aurait fait tirer au sort directement parmi tous les pentacosiomédimnes, comme les trésoriers, et n’aurait pas inventé pour eux le choix préalable dans les tribus. En réalité, Aristote ou plutôt ses auteurs, les atthidograplies, avaient à leur disposition les xéo Sel? où étaient gravées les lois de Solon : ils ont pu connaître celles qui concernaient les archontes aussi bien que celles des trésoriers4.
Le témoignagne d’Aristote devrait donc mettre fin aux vieilles controverses. Hérodote ne parlait pas en étourdi, quand il disait que le polémarque en fonction à Marathon, Callimachos, fut désigné par la fève5; Dèmètrios de Phalère avait bien la compétence qu’on peut attribuer à l’auteur d’une ’Apydvtojv àvaypa'iT}, quand il affirmait qu’Aristide, éponyme de 489/8, fut choisi par la fève parmi les pentacosiomédimnes 6 ; s’il est vrai que les orateurs attribuaient volontiers à Solon toutes les anciennes institutions, Démosthènes ne se trompait pas
1 liesp. Ath. 8. — 2 Beloch, Gr. Gesch. I, p. 361 ; Ed. Meyer, Gesch. d. Alt. 11, p. 659 ; Busolt, Gr. Gesch. Il, p. i-2, 274-277 ; deSauetis, ’AzO < p. 242 sq. ; Ferguson, dans les Beitr. z. ait. Gesch. I (1904), p. I sq. ; Gilliard, Quelq. réformes de Sol. p. 272-276. D’aulre* auteurs s’en prennent au texte d’Arislole : Wilamowilz et Blass, dans leur édition de la I1oUte(«, marquent du signe de l'athétèseles mots décisifs 7t£o1 t«ov èvvïoi «o/ôvtù jv ; Th. Reinach, Rev. des ét. f/r. IV (1*91), p. 146 sq., 152, n. 1, voit dans le commencement du j 1 une interpolation (cf. Seeck, daus les Beitr. z. ait. Gesch. IV, 1904. p. 276). — ZResp. Ath. 22. — 4 Voir Wilamowilz, Arist. und Ath. I, p. 51 sq.,72 sq. ; Lehmann-Haupt. Schatzmeister und Archontenwahl in Ath. dans Klio, VI (1906), p. 308-310. Cf. Gilbert, Op. cit. 1, 2e éd. p. 150 ; Heislerbergk, Op. cit. p. 8 sq., 12 sq. ; V. von ScliblTcr, art. Archontes dans la Realencycl. de Pauly-Wissowa, p. 574. — aller. VI, 109. — <i Demelr. i’baler.
en lui attribuant une loi qui mentionne le tiraffo a, i,i i , a,&(' au sort
des thesmothetes, c est-à-dire des archontes 1 ; c’est fij,
à une antiquité reculée, non pas à une durée d’une ou j,! deux générations, que pensait Plutarque quand il d/.d , rait, à propos de Périclès, que l’archontat était donné p',,. le sort sx 7:ïÀatoCi 8. Même Pausanias avait ses raison pour faire succéder immédiatement à l’archontat déeeri nal un archontat annuel décerné par le sort2. En effet Aristote ne prétend pas que Solon ait le premier fait tirer au sort les magistratures. Il dirait même explicitement le contraire, si la constitution de Dracon, analysée dans un chapitre précédent de la IIoXtTsîa10, n’était pas apocryphe. Il indique seulement les règles auxquelles Solon soumet le Lirage au sort des magistratures : Ti-
o’ àp^àç £7TOlYj(J£ xXvtpoJTà; EX TrpoxptTlüV oüç ÉxdotT
upcixplveiE Tüjv cpuXûv, . xX-Cjpwxàç èiroiVev Èx twv
Ttp.TqAàTüJv11. Quant au tirage au sort lui-même, il le prend pour un fait acquis; non qu’il songe à la constitution de Dracon, mais peut-être en avait-il dit un mot dans un chapitre perdu, au commencement de l’ouvrage à la place indiquée par Pausanias. Et c’est bien parce qu’à ses yeux le tirage au sort des magistratures existait avant Solon, avec la même condition de l’élection préalable, avec le même caractère de sélection aristocratique, c’est bien parce que dans son idée Solon se contenta de faire cadrer cette institution avec le régime des tribus gentilices et des classes censitaires qu’Aristote a pu dire dans la Politique sans la moindre contradiction : « Il paraît bien que Solon conserva tel qu’il le trouva établi le choix des magistrats » 12. Ce choix, que l’auteur déclare d’essence « aristocratique » 1:1 et qu’il donne là-dessus pour une des concessions faites par Solon au peuple ’4, ne peut être ni le pur tirage au sort, ni la pure élection ; il est forcément le tirage au sort parmi des candidats élus.
Quoique restreinte, la réforme de Solon n’en avait pas moins dans sa pensée une importance considérable. En conférant le droit d’élection préalable aux tribus, c’està-dire à tous les citoyens, en reconnaissant le droit exclusif d’éligibilité préalable aux pentacosiomédimnes, c’est-à-direaux plus riches, Solon se conformait à sa politique constante : il ruinait un privilège des ylvr,. Le Conseil des anciens archontes, l’Aréopage, à qui était confié jusqu’alors le recrutement des magistrats 1S, s’arrangeait toujours de façon à convertir le tirage au sort en une véritable cooptation, qui se faisait àpisTtvSv xa’c ttXoutîvoyjV. Les chefs des grandes familles ne furent plus seuls à désigner les noms à tirer au sort; une naissance illustre ne fut plus la condition nécessaire pour être désigné. Solon dut encore se flatter d’obtenir un autre résultat: se rappelant la tentative de Cylon et les suggestions auxquelles il avait été en butte lui-même, il espérait peut-être, à une époque où l’archontat donnait
ap. Plut. Aristid. 1. — 7 Üem. C. Lept. 00. — 8 Plut, Pericl. 9. — 9 Paus 5, 10. Voir la discussion de ces cinq textes dans Fustel do Coulanges, ftccli- cl' p. 154 sq. ; cf. athca resrublica, p. 537, n. 24 ; archontes, p. 383, n. 17, O,
— 10 Hesp. Ath. 4. — H Cf. Keil, Solon. Verfass. p. 78 ; Lehroann-Haupt, l. cp. 300-307, 310. — 12 Pol. Il, ix, 2. Il y aurait contradiction entre la Polilv p11
la noXeteta, d'après F. Cauer, Hat Aristoteles die Schrifl vomStaate der Allient r/eschrieben ? Stuttgart, 1894, p. 40, 60 ; Busolt, Gr. Gesch. Il, p- 224-225. l.es h 111 textes ont été conciliés de façon plus ou moins heureuse par Pet. Meyer, Des A/ ' Politik und die ’AO. xsl. Bonn. 1891, p. 44 sq.; Niemeyer, Jahrb. f. class. I " 1891 , p. 408 : Wilamowilz, Op. cit. I , p. 71 ; Gilbert, /. c. p. 150, n. I ; Hcisle1 hcc Op. cit. p. 11 ; Lipsius, Gr. Alt. de Schômann, I, p. 348, n. I- — 19 ^
— 14 Ibid. 4 ; III, vi, 7. — Ci Arist. Hesp. Ath. 8.
SOR
■m'ore une grande puissance’, empêcher les ambitions I,, |'ajre sortir d’une urne la tyrannie2.
Si le réformateur se berça de cette espérance, il ne |,|(,(|a pas à être délroinpé. La sincérité du tirage au sort fut pas plus assurée après qu’avant la réforme. On est même généralement d’accord pour admettre que, durant tout le vie siècle, les archontes furent nommés élection. De prime abord, les faits semblent donner raison à cette hypothèse. Quand les choses se passent régulièrement, on voit arriver à l’archontat de grands personnages, comme l’ami de Solon Dropidès (585/4)s al |e philaïde llippocleidès (566/5) 4 . Le plus souvent, les partis se disputent avec violence la charge de premier archonte. Deux fois, les séditions l’empêchent d’être pourvue : ce sont deux années d’ « anarchie ». Une autre fois, un usurpateur, Damasias, la garde deux ans et doux mois. Chassé par force, il est remplacé le restant de l’année par des décemvirs, dont cinq pris parmi les Lu putrides, trois parmi les cultivateurs et deux parmi les artisans5. Enfin, Pisistrate et ses fils, maîtres du pouvoir absolu, conservent les lois existantes et, sans porter atteinte aux magistratures légales, ont soin que les premières soient toujours occupées par l’un des leurs6. C’est ainsi que plusieurs d’entre eux exercent la charge d’archonte, entre autres Pisistrate le Jeune 7, durant une période où figurent encore parmi les éponymes un Miltiades (524/3; 8 et un Ilabron (818/7) 9. La chute des tyrans et la réforme de Clisthènes ne changent rien aux habitudes prises, mais érigent le fait en droit10. Le chef de l’oligarchie soutenue par les Spartiates, Isagoras (508/7) est remplacé, après le triomphe de l’Alcméonide Clisthènes, par Alcméon (507/6) ’2. Quand Athènes, effrayée par la défaite des Ioniens à Ladé, tente un rapprochement avec les Pisistratides et la Perse, c’est un ami des tyrans, Ilipparchos, qui l’emporte (496/5) ’3. En 493/2, c’est Thémistocle n. A Marathon, le polémarque est un citoyen au nom de bon augure, Callimachos L'année qui suit Marathon, Aristide obtient l’archontat comme récompense de ses services ’6. Ces longues luttes pour la possession de l’archontat, cette distribution des charges en famille, ces noms de grands personnages issus de la plus haute noblesse ou admirablement prépares à la place qu’ils occupent : tout cela est inconciliable avec un régime de tirage au sort; tout cela serait un miracle continuel, si c’était un pur produit du hasard. Les auteurs mêmes qui attribuent à Solon une l°i sur la nomination des archontes sont d’avis qu’elle
resta lettre morte17.
hs n auraient pas tort, si l’on était réduit à choisir entre le système de l’élection et celui du tirage au sort absolu. Mais la question ne se pose pas ainsi. Déjà Fustel 'le Coulanges 18 avait montré que le tirage au sort, mitigé Par 1 élection préalable, pouvait amener aux affaires les hommes d’État qu’on avait intérêt à y appeler. Déjà ilavait 1 unné son sens vraiàce passage d’Isocrate que personne
p llluc' L ***■ — 2 Cf. Lebmann-Haupl, /. c. p. 312. — 3 Cf. Kirchner, S;i,i(|7 aU' n° 4373' ~ ' 4 Cf- ,éirf- 7CI7- ” 3 Arist- Æesp. Al h. 13; cf. de 1S' 0p' cü ■ P- 259 ; Ed. Meyer, Forsch. :. ait. (lèse h. II, p. 537 sq.
— 'Tl" 1 M’ ^*luc' Ar'st. Hesp. Ath. 14, 16; Plut. Sol. 30.
— 9||UC ^ C''C*’ txircliner, Op. cit. n® 1 1792. — 3 Kirchner, Op. cit. n» 10206.
— i2 Vj 3' ~ 10 Celimann-Haupt, f. c. p. 311. — 11 Kirclmer, n» 7680.
' ' "" 047 ' — 13 U- n” 7600. — llld. Il- 6669. - 16 |d. n" 8008 ; cC Scliiilh" 9 384, 16 *<i' n<l 1693‘ ' 11 Heisterbergk, Op. cit. p. 61; von
”' ' c ■ P- 572-573; Lehinann-H&upL, I. c. p. 312. — 18 L. c. p. 157-158,
SOR
avant lui n’avait compris: « Nos ancêtres n’aimaient pas cette sorte d’égalité qui donne les mêmes faveurs aux bons et aux méchants ; l’égalité qu’ils aimaient est celle qui donne à chacun suivant son mérite; aussi n’était-ce pas entre tous les citoyens qu’ils tiraient au sort les magistrats, mais ils faisaient un choix à l’avance des hommes les meilleurs et les plus propres à remplir chaque fonction » (oûx è; ÿ.7tâvT(ov ri; àpyàî xXy, poOvTeç, ».XXa -roù; ^eXtittouç xa) toy; îxavtotaTO o; ès ’ exxffTOV t<»v ’Épywv 7rpoxptvovTEç) 19. Or, voilà qu’Aristote nous apprend qu’en effet le système institué par Solon était une xXvjpuxjii; èx Tipoxpixoïv. Le tirage au sort était précédé d’élections dans les quatre tribus. Si tous les Pisistratides étaient présentés tous les ans par la même tribu et si la règle du tirage au sort attribuait au moins deux postes sur les neuf aux candidats de chaque tribu, il y avait déjà bien des chances que la famille des maîtres fût souvent représentée dans le collège des archontes. Mais nous ne savons pas du tout si chaque tribu était obligée d’apporter dans l’urne dix noms différents, si elle n’avait pas le droit de multiplier les chances d’un candidat favori jusqu’à rendre sa nomination certaine, ou même si elle était tenue d’épuiser son droit de présentation et n'avait pas la faculté de rendre le tirage au sort fictif. A l’époque classique, les pythaïstes, ces ambassadeurs envoyés auprès d’un dieu, seront tirés au sort ; mais, commé on voudra des gens riches pour représenter dignement la cité, on réduira le nombre des candidatures au point de faire désigner par le sort des frères20. Le prophète de Didymessera, lui aussi, tiré au sort en principe; mais le choix préalable ou Xpert; pourra s’exercer de telle sorte qu’un jeune homme soit nommé àxÀY,p<oTEt 2I. Aristote lui-même montre tout le parti qu’une habileté sans scrupules peut tirer d’un choix restreint et d’un tirage au sort purement formel. « 11 y a danger, dit-il, à tirer au sort les magistrats sur une liste de candidats élus: il suffit que quelques citoyens, même en petit nombre, veuillent se concerter, pour qu’ils se fassent constamment nommer à volonté 22 ». La combinaison de l’élection préalable et du tirage au sort pouvait donc être un procédé assez souple pour faire du choix préalable une véritable élection et du tirage au sort une formalité inutile.
La confusion entre le choix préalable et l’élection directe ne se serait pas produite, si les anciens n’avaient pas souvent employé le mot ambigu de aipesi; (choix, et si les modernes n’avaient pas d’ordinaire donné à ce terme le sens étroi L de /et porov-'x (élection) par opposition à x),Ÿ|po; (tirage au sort). Là encore Fustel de Coulanges 23 a frayé une voie où d’autres se sont engagés récemment21. 11 a montré « qu’un certain choix n’était nullement incompatible avec le tirage au sort », que, par conséquent, Pausanias a pu dire de Callimachos TtoXegap/eïv •flp7)To 25 aussi bien qu’lférodote avait dit de lui xuàu<u Xayùv 7toXe|xap/eetv 26, et que les mots par lesquels Dèmètrios de Phalère définiL la nomination d’Aristide, ty(»
178. — 15 Isocr. Areop. p. 22; cf. Euslel de Coulanges, l. c. p. 172; attica h Kspum.icA, p. 538. En commentant aujourd'hui Isocrate pàr Aristote, ccrlams savants disent qu'avant la m/Amia on n'avait pas fait assez attention à ce passade, qu' « on ne pouvait pas savoir » (cf. Busolt, Op. cit. III, i, p. 293, n. 1 ). C'est montrer avec un peu trop de naïveté qu'on ignore les travaux publiés à l’étranger.
— 30 Colin, Bull, de corr. hell. XXV (1906), p. 205. Voir aussi Haussoullier, La vie
munie, en Alt. p. 60 sip — 21 Corp. inscr. gr. 2884, 2880. — 33 p0i, ||t 13
— 23 p. 158 sq., 162 sq., 165, 170; cf. attica respudi ica, p. 538. - 24 Cf. Wilamowitz, Op. cit. I, 71 ; lleisterbergk, Op. cit p. 40. — 23 I, (5, 3. t6 VI 10».
son
son
Ètkûvujaov àpyyjv qv -rjpÇe t<o xuapuo Àa/tuv1, ne Sont pas démentis par ceux qu’emploie Idoménée de Lampsaque, sXoaîvtov T(ôv ’AOrjvas'wv 8 . Il aurait pu donner cette preuve frappante, que Platon, après avoir décrit les deux opérations nécessaires pour constituer le Conseil de sa cité, a savoir la désignation de t)() candidats par chacune des quatre classes, puis le tirage au sort d’un conseiller sur lieux candidats, appelle ce système une aïpEsiç intermédiaire entre la monarchie et la démocratie3. Enfin, si la Politique d’Aristote oppose assez fréquemment les àpyat aipsTot et les àoyat xÀTjpwTof4 pour qu’on ait pu hésiter dans quelques cas d’aspect différent", aujourd’hui la IIoXtTeia lève tous les doutes sur un point essentiel: le droit de txipEï<j0at xi; àpyocç accordé par Solon au peuple6 n est autre que le droit de xXvjpoûv xi? àpyàç ëx
TCOOXOtXlOV 7.
Somme toute, il n’y a pas apparence que le tirage au sort prescrit par Solon ait jamais été abrogé au vi* siècle, parce qu il se prêtait autant que l’élection directe aux transactions des partis et aux influences dominantes, l’outelois la réforme de Clisthènes ne put pas manquer d’avoir une répercussion sur l’organisation du tirage au sort. Rien n’indique que le nombre des candidats soumis au tirage ait changé: il était bien simple d’en demander quatre à chacune des dix tribus nouvelles, au lieu de dix à chacune des quatre tribus anciennes. Comme une des dix tribus eût été forcément exclue d’un collège à neuf magistrats, on adjoignit au collège des archontes un greffier réservé à la tribu disgraciée du sort 8 : il est naturel que cette règle se soit établie en même temps que le système qui la nécessitait. Ilipparchos et Thémistocle, Callimachos et Aristide ont pu facilement être nommés en vertu d’un régime qui, en théorie, assurait à chaque candidat, non pas un 1/40, mais 25°/0de chances et qui, en pratique, autorisait sans doute les abstentions nécessaires pour que la upoxpio-iç devint une nomination. Aristote affirme que, depuis la chute des tyrans jusqu’à l’archontat de Téjésinos (487/6), tous les archontes ont été a!pExot"J. S’il a voulu dire que l’usage faisait de la TTpdxpKJiç l’opération essentielle et annulait presque la xXvjpioxtç, il a raison. S’il a cru qu’une loi formelle prescrivait l’élection des archontes par l’assemblée du peuple, il a tout simplement été induit par une liste de noms illustres en la même erreur que la plupart des historiens modernes. Et, de toute façon, il donne tort à ceux qui supposent que la formalité du tirage au sort a été supprimée sous la tyrannie.
Ainsi, jusqu’en 487/6, le tirage au sort des magistrats a subsisté tant bien que mal, sans avoir jamais, à quelque degré que ce soit, le caractère d’une institution démocratique : les candidats proposés au sort étaient toujours en petit nombre, soigneusement choisis par les tribus (èx TTpoxptxcov) ; ils appartenaient toujours exclu-
1 Ap. Pilât. Aristid. 1. — 2 Ibid. — 3 Lcg . VI, p. 576. Voir encore, p. 763 D-E, le tirage au sort des trois aslynomcs sur six candidats désignés, et des cinq agoranoincs sur dix candidats. — *• Pol. V' (IV), xi, 7 et 4 ; xn, 2; Vil (VI), ii, 3 ; iv, 5. Un document olïicicl oppose un y9a|j.|iaT£Ù; xXtjowto; et un Ypa|A{iaTeù; aiptiii; (Michel, Recueil , 650). — « Pol. Il, ix, 2 et 4 ; VII (VI), i, 10. — G Pol. II, ix, 4 et 2. — 7 Resp. Ath. 8. Dans la période postérieure à 487/6, quand les archontes sont sûrement tirés au sort, la llo/.i-rsta d’Aristote appelle la nomination des archontes tt] v twv twéa àç/ôvT<ov aipetriv. A vrai dire, elle emploie constamment le mot ottoeat; dans le sens général de choix ou de désignation (cf. 3, 13) ; c'est le contexte qui précise, qu'il s’agisse du tirage au sort (4, 26), de l'élection directe (22, 47) ou d'une désignation faite par le comité d’un parti (29-32), par un groupe restreint tel que la tribu ou le dénie (42), par le Conseil (46, 25) ou même par des particuliers (42, 39). — 3 La Ilo/uttla (55, 63) a donné raison à Télfy ( Corp . juris ait. p. 471)
sivement à la première classe, ainsi qu’en témoigne Démèlrios de Phalère à propos d’Aristide ^èx irevraxoïj , Biuvwv). Mais, après la victoire de Marathon, on décida une réforme sérieuse. L'ancien système avait permis naguère aux amis des tyrans d’arriver au pouvoir et de conclure de louches ententes avec certains chefs de la noblesse, traîtres à la cause de la liberté. C’était le moment où le peuple, éveillant pour la première fois d’un sommeil congénital la loi de l’ostracisme, l’appliquait coup sur coup au Pisistratide Ilipparchos (488/7) et à l’Alcméonide Mégaclès (487/6). 11 fallait ôter à leurs partisans tout espoir de recommencer les menées électorales qui avaient mis l’archontat à leur disposition Urgente, la réforme n’était d’ailleurs pas dangereuse pour l’État ; car, depuis que les stratèges étaient élus à raison d’un par tribu (501), ils prenaient une importance croissante, reléguant peu à peu le polémarque et ses collègues dans des attributions strictement administratives ou de simple apparat. Pour que le tirage au sort fût plus ell'ectif, on voulut que le choix des candidats se fil sur une base plus large. De la tribu le droit de présentation passa dans les dèmes qui composaient la tribu, dans les dèmes qui étaient depuis Clisthènes les cadres delà vie politique. Pour que les dèmes eussent un nombre de candidats proportionnel à leur population, on demanda cinquante candidats à chaque tribu : le système convenait aussi bien pour les candidats présentés à l’archontat que pour les titulaires envoyés au Conseil. Mais la classe des pentacosiomédimnes, qui fournissait aisément quarante candidats, ne suffisait pas à en fournir douze fois et demie autant. Celte nécessité, sans doute aussi le désir légitime d’étendre le privilège de l’éligibilité préalable, entraîna un autre changement Tandis qu’en 489/8 on ne pouvait encore obtenir l’archontat qu’à condition d’être pentacosiomédimne, nous verrons qu’en 478/6 on pourra déjà y arriver avec le cens des zeugites 10 : c’est donc que dans l’intervalle, très probablement par la loi même qui demandait aux dèmes cinq cents candidats, le droit de concourir au tirage au sort de l’archontal fut étendu à la classe intermédiaire des chevaliers". Telles furent les réformes accomplies en 487/6 Elles substituaient un privilège de classes à un privilège de familles13.
D’après Plutarque u, un changement définitif aurait vu lieu en 478. Pour donner au peuple un salaire bien gagné à la bataille de Platées et pour organiser la démocratie, I Aristide aurait fait rendre un décret aux termes duquel les archontes devaient être choisis parmi tous les At hé-1 niens. Afin de tirer quelque chose de ce texte, on a soutenu qu’en 478, l’appauvrissement du pays, dévasté par les Mèdes, empêcha de trouver dans ce qui restait des classes riches les cinq cents candidats nécessaires pour le tirage au sort des archontes, et qu’il fallut par mesure exceptionnelle les chercher dans le peuple entier, sans
contre Sauppe [De hieromnemone arcliontum atticorum , Gôtting. 1873, p- 1 - Voir sur cette question l'art, archontes, p. 384. — 9 Resp. Ath. 111 Arisl.
Resp. Ath. 20. — n Ibid. CI. Gilbert, Op. cit. I, p. 160; V. von Schôlîcr, I. '■ p. 574. D'après Lehmann-Haupt, l..c. p. 315-316, les chevaliers auraient été at 111,5 à l’archonlat dès l'époque de Solon : mais l’analogie de la loi sur les trésorier 1 témoignage de Démèlrios de Phalère sur Aristide sont une réfutation suffisant cette hypothèse. La leçon de Van llerwerden et Van Leeuwen lx tù>v I
ûr.o tou Sqpiou zevTaxoïriojxsStuvüjv, admise par lleadlam (Class. Rev. V, p- H-h ,,M I tère ( L'arch . ath. d'après la n0 X. ’A0. p. 4S) et Haussoullier (trad. d’Arislol' ^ Conslit. d'Ath. p. 35), irait contre notre hypothèse ; mais elle est insoutcn.il'1' >' faut lire : ex t wv zpoxpiûÉvTojv uitb toi v $y]!aôt<ov icevTaxo<r:wv . 1 “ Aii^l- J
Ath. 22; cf. Isocr. Panath. 145. — 13 Cf. Beloch, Gr. Gesch. I, p. 366. - 14,11 ' Aristid. 22.