‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 129 sur 137 · STO · texte numérisé non relu

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les manches de la tunique (fig. 6641) f ; lorsqu’elle est un peu courte, elle découvre la bordure inférieure de celle-ci (fig. 6612) Mais à l’ordinaire rien ne dépasse du vêtement de dessous, et par suite les figures romaines qui portent la stola par-dessus la tunica sont malaisément discernables de celles qui sont, à la mode grecque, vêtues du seul ch i ton.

La ceinture qui fixe à la taille cette robe matronale est tantôt visible3, tantôt cachée par le pli retombant de 1 étoile qu elle retient. A la bordure inférieure et à

l’échancrure du col, court souvent une broderie [patagium], Parfois, une large bande ornée descend dans l'axe du corps, de la ceinture jusqu’aux pieds (fig. 3835). Par son nom, comme par sa forme identique à celle du chiton , la stola dénonce son origine hellénique. Dans les premiers siècles de Rome le vêtemenlcommun desdeux sexes était la toge [toga]. C est la toge sans doute que continuaient de porter les femmes du peuple et les courtisanes, auxquelles l’usage de la stola semble avoir été interdit *.

Il faut probablement identifier avec la stola cette longa vestis qui est mentionnée comme étant, à l’époque delà deuxième guerre punique, le privilège de certaines femmes mariées. Pour un lectisterne l’État accepta, dit Macrobe, la contribution de celles des libei'tinae qui avaient droit à la longue robe6. On entend généralement qu’il s’agit ici des affranchies ayant épousé des citoyens romains. On ajustement rapproché de ce texte l’épitaphe d’une femme, d’abord affranchie, puis mariée à un citoyen, où se lisent ces mots « ita leibertate illei me , hic me decora(r)at stola ». Dans quelques inscriptions funéraires, du 11" et du 111e siècle ap. J.-C., des femmes mariées font suivre leur nom du titre de stolala femina c. Il n’est pas vraisemblable que ces mots

1 Mut. Borbon. III, pl. xxxvn. - i Arch.Zeit. 1885, pl. iv; voy. boma, fig. 5954. — 3 Mus. Borbon, XI, pl. ux; Baumcister, Denkmfil. p. 1841, fig. 1931 [cingülum, fig. 1506]. — 4 Comme le remarque Hübner ( Comm . phil. in hon. Mommsen, p. 104 et suit.), quand Ulpien (Dig. 47, 10, 15, § 15) oppose la meretrici'a vestis à 1 habitus matronalis. cela ne veut pas dire que les courtisanes avaient

qu il leur était interdit de porter la stola.

un costume spécial,

crob. Sut. 1, 6, 13. - (i Corp. ins. Int. I, 1194 = Biiciieler, Anthol. epigr. 1, 2. Ces inscriptions ont été réunies par Hiibner, p. 104 et suiv. et Hernies, XI

1878), p. 425 et suiv. ; cf. Corp. insc. lal. III, 5225, 5283, 5293, 6155. 7 Pr(

pert. IV, 11, 61.— «Suet. Caes, 43 (lecticarum usum, item conchyliutae vestis < margantarum msi certis personis et aetatibus ....ademit) ; Propert, III, 24, i- — 9 H or. Sut. 1, 2, 29 (Quorum subsuta talos tegit inslita veste ; instita, dit I scholiaste, erat tenuissima fasciola quaepraetextae. adiieiebatur. — 10 Cf en outr du vers d'Horace déjà cité, Ovid. Ars amat. 32 (Quaeque tegit médias, ins, il,

veuillent seulement signifier la qualité de citoyenne. lls désignent un privilège plus rare et qu’on a supposé identique au uherorum jus. Un texte de Properce, commenté par Hübner, laisse entendre qu’un costume spécial était l’insigne de ce droit 7. Cornélie, femme d’Aemilius Paulus, se vante de n’être point. restée stérile et d'avoir ainsi obtenu les generosos vestis honores. Le titre de stolata femina , les vestis honores et le jus Uherorum ne sont apparemment qu’un seul et même privilège. On sait que ce privilège n’était pas seulement reconnu aux matrones mères de trois enfants et plus, mais à toutes celles qu’on voulait honorer d’une distinction officielle. La robe des stolatae feminae n’était évidemment pas la stola commune, que toute matrone avait droit de revêtir, mais une stola d’un type particulier que sa décoration sans doute distinguaitentre les autres. Hübner suppose qu’elle était bordée d’une bande de pourpre. On sait en effet que des lois spéciales réglementaient l'usage de la pourpre pour les habits d hommes et de femmes 8. Rien d’étonnant à ce que pour les femmes, comme pour les citoyens et les magistrats, la pourpre ait été l’insigne de certaines distinctions.

La stola avait pour habituel ornement une pièce d’étoffe qu’on nomme instita et dont la forme prête 4 discussion. D’après le scholiaste d’Horace, \' inslita , que les Grecs appelaient 7rspnrÉ8iXov, était une bande d’étoffe cousue au bas de la robe”. Plusieurs textes semblent confirmer ce renseignement10. Mais il n’est pas demonument figuré où l 'instita se laisse reconnaître avec certitude. Rich voulait y voir une sorte de traîne, rectangulaire, fixée à la ceinture et tombant de là jusqu’à terre. Mais la peinture antique qu’il citait à l’appui de cette opinion ne lui était connue que par un dessin fort inexact et n’a rien à faire avec l’ instita". Le sens habituel du mot (ceinture, lien) ferait plutôt penser à une bande courant en cercle au bas de la robe, et s’accorde avec l’interprétation du scholiaste.

En outre de la robe des matrones, le mot stola pouvait aussi désigner la longue tunique flottante des citharèdes'-, celle qu’on appelle encore la palla et que nous montrent des images d’Apollon [pallium, fig. 5467]. Quelquefois aussi le même nom était donné à la robe que portaient les prêtres ou les princes chez certains peuples de 1 Orient. Dans Apulée l’initié aux mystères d’Isis est revêtu de douze stolae. Le plus beau de ces vêtements, et le plus sacré, auquel l’auteur applique d’ailleurs quelques lignes plus haut le terme de chlamys , s’appelait, nous dit-il, stola olympiaca. La Vulgate désigne encore communément du même nom le costume des rois ctdes prêtres13. Enfin, dans la littérature chrétienne, la stola candida est le vêtement sacré que doivent revêtir les élus et qui symbolise la pureté du cœur1*. G. Leroux.

longa, pedes). De même que slola, le mol instita s’emploie comme synonyme de matrona. Ibid. (100. — H Rich, Üict. antiq. rom. s. v. stola. La ligure reproduite par Rich est tirée de Barloli, Admirand. Rom. antiq. 1693, cl Collect. de peintures antiques , Rome, 1781, pl. m, L'original (une fresque des thermes de Titus) est reproduit dans Fonce, Collect. de tableaux antiques, Paris, 3e éd. 1819, pL lvu, sous des traits fort différents et la traîne en question n’y est plus visible.

— 12 Varr. Res. rust. 13. — 13 ApuJ. Metam. 11. — 14 Vulg. lnterpr. Gen. 41, 42; 45, 2 1 ‘ Esther, 6, 10 et 11 \ Marc. 12, 38; Levil. 16, 32; Luc. 15, 22. Ibtd. Apoc. 7, 9 (s toits albis ) ; Eccl. 6, 32 ( sto/ain gloriae), etc. — Bibliographie. Il pnraît inutile de rappeler des ouvrages antérieurs à ceux dont les noms suivent; on pourra consulter Beckcr-Gœll, Gallus, III, p. 252 et suiv.; Weiss, Kostüm/cunde , Altert. Il, p. 972 et s.; Marquardt, Manuel des antiquités romaines , Vie privée , trad. Henry, p. 216 sq. ; Baumeistcr, Denkmal. Klass. Alterth. III, p. 1841 sq. (Muller) ; Hübner, Comment phil. in. honor. Moulins,

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STOLARC1IUS (SxôXapyo;, <rtoXâp^7)ç). — Commandant naval. On ne sait pas d’une manière certaine si ce titre, qui est romain, désignait l’amiral chef d’une (lotte 1 ou celui qui était à la tête d’une de ses divisions, d’une escadre2, d’une station 3. E. S.

STOREA ou STORIA. — Couverture, natte, faite de joncs, de roseaux, de corde, dont on se servait pour protéger les récoltes, les machines de siège, etc. E. S.

STRAGULGIM, STRAGULA VESTIS (EtpffifMt). I. Couverture, tenture, tapisserie, rideau [tapete, vélum, vestis] et en général, tout ce qu’on étend sur le sol ou sur les lits [lectus, coena, funus] 1 et sur d’autres meubles [cathedra, sella, solium], aussi bien que le long des murs et dans leurs intervalles. Nous renvoyons aux articles dont les titres sont ici indiqués.

Stragulum est aussi la housse ou le caparaçon d’un cheval [ephippium]. E. S.

II. Terme d'architecture. — Stragulum se rencontre dans un formulaire métrologique2 qui fait partie de l’œuvre du géomètreromain YitruviusRufus, où il signifie lelitde pierre, formant l’assise d’un tambour de colonne. Il y a autant de stragula que d’assises, et le principal est celui de la première assise reposant sur la base, lequel dans sa taille comprend, outre ses éléments propres, une section de pierre sur laquelle la colonne vient s’adapter ; c’est L’éopa des Grecs, point de départ de la mesure du fût. V. Mortet.

STRATÈGOS (S-rpaxviYoç). — Le mot désigne tantôt, d’une manière vague, un chef d’armée quelconque, et tantôt un magistrat nommé dans des conditions déterminées pour remplir des fonctions également déterminées. Ce dernier sens est le seul à considérer ici. Nous parlerons d’abord des stratèges d’Athènes, parce qu’ils nous sont les mieux connus.

I. athènes. — Origine des stratèges. — A Athènes, les stratèges constituent un collège de dix personnages élus chaque année par le peuple, dans le but, avant tout, de commander la Hotte et l’armée, mais dont, de fort bonne heure, les attributions se sont étendues au delà des choses de la guerre. Leur institution remonte à Clisthène (501 av. J.-C.)l.Une fois le peuple réparti en dix tribus, ce groupement nouveau dut servir de base à toute l’administration athénienne : la direction des affaires militaires fut confiée, comme le reste, à des représentants des diverses tribus, aux dix stratèges. A vrai dire, Aristote affirme qu’au début, le polémarque, c’est-à-dire celui des archontes qui avait hérité des attributions militaires du roi, conserva le commandement suprême de l’armée2. La chose n’est pas impossible. Elle fut du moins de peu de durée ; car, onze ans après,

p. 104 sq. ; Id. tiennes, Xlll (1878), p. 425 sq. Sur l ’ètole, vêlement ecclésiastique qui n’a de commun que le nom avec la slola antique, Martigny, Dict. des antiq. chrêt. s. v. Vêtements ecclésiastiques ; Wilpcrt, Un capitulo de storia dei vestiarii , Rome, 1899, pl. 42,66.

STOLARCHUS. l Garrucci, Class. Misen. mon. n. 47; Mommsen, Inscr. req. Neap. 2685; Corp.\ ins. lat. X, 3336[ et p. 1131. — 2 Orelli-Uenzen, Inscr. III, n. 6870 et p. 521 ; Marquardt, Manuel desant. rom. trad. fr.‘XI, p.246. — 3 Ainsi le commandant de la slation du Pont, C. i. gr. 3694.

STOREA ou STORIA. 1 Plin.i/. nat. XV, 18, 1 ; Cacs. Bell. civ. II, 9; T. Liv. XXX, 3, 9.

STRAGULUM. 1 Ulp. Dig., 16, 45: « Neque dubium est quin stragula vestis sit omne pallium, quod Graeci vocant ». — 2 V. Mortet, Un nouveau

texte d’arpentage et de géométrie d'Epaphroditus et de Vitruvius Ru fus, ms. latin, de la Bibl. roy. de Munich, 1896, Notices et extraits des manuscrits (t. XXXV, 2° part.). Cf. V. Mortet, La mesure des colonnes à la fin de l'époque romaine, extr. de la Bibl. de l’École des Chartes , t. LVII, 1896.

STRATÈGOS. — 1 D’après Aristote (*AK. itoX. IV, 2), il est déjà question de

l’année de Marathon, si le polémarque Callimaque est encore admis avec voix consultative au conseil qui précède la bataille3, et si, au moment de l’action, il a sa place marquée à l’aile droite*, Hérodote spécifie bien que les Athéniens sont sous lesordres des dix stratèges ’ ; et c’est l’un d’eux, Miltiade, non le polémarque, qui décide du jour où il convient d’engager le combat6.

Mode de nomination. — Comme pour toutes les fonctions militaires, l’élection des stratèges, du moins au temps d’Aristote, se fait par un vote à mains levées (•/erpoxovia) \ Elle a lieu, sur un avis préalable du Sénat (icpo6oûÀeup.«), dans l’Assemblée du peuple, sous la présidence des proèdres en exercice. La da te n’en est pas absolument fixe ; elle ne doit pas être antérieure à la 7e prytanie, soit environ au début de février ; mais, à partir de ce moment, il fauL que les présages aient été jugés favorables8; l’attente peut se prolonger. Ainsi s’explique sans doute l’élection de Sophocle à la stratégie après le triomphe de son A ntigone aux Grandes Dionysies, c’est-à-dire en Mars ou Avril 441 : des signes funestes auraient, cette année-là, retardé d’un mois la désignation des stratèges, à moins encore que l’usage n’ait varié du vc au ive siècle.

A l’origine, on avait posé en principe qu’on prendrait régulièrement un stratège dans chaque tribu. Plus tard9, il n’en est plus de même : on est libre de les choisir parmi tous les Athéniens sans distinction (èç %"k otvTcov) 10. Nous ignorons à quel moment précis fut abolie la règle primitive. Ce fut, en tout cas, avant 441 ; car, pour cette année, nous avons la liste des dix stratèges qui participent à la répression de Samos : Périclès et un de ses collègues appartiennent à la tribu Acamantis 11 . Quant aux causes qui ont dû amener cette modification, nous en sommes réduits aux conjectures12; et notre embarras est d’autant plus grand que, si nous voyons à diverses reprises deux stratèges appartenir, pour une même année, à une même tribu, voire à un même dème, par contre, après 440, pendant plus d’un siècle nous n'avons pas d’exemple de deux tribus possédant chacune deux stratèges : il faut descendre jusqu’en 323 pour trouver quatre stratèges issus de la même tribu 13. C’est dire qu’en règle générale les Athéniens continuent à respecter le principe de la représentation égale des tribus; ils sont libres d’y déroger, mais c’est une faculté dont ils ne paraissent avoir usé que modérément.

Tous les magistrats athéniens, qu’ils soient nommés par l’élection ou par le tirage au sort, subissent, avant d’entrer en charge, une sorte d’examen appelé Soxiga- <jia. Les stratèges n’y échappent pas plus que les autres. Peut-être cependant les formalités sont-elles pour eux

stratèges et d’hipparques dès le temps de Dracon; mais tout le chap. IV, consacré à la constitution de Dracon, est des plus suspects. — 2 ’AÔ. tîo/.. XXII, 2. — 3 Merod. VI, 109. — 4 Id. VI, 111. — 5 Id. VI, 103. — 6 Jd. VI, 110. — 7 ’AO. *oX. LXI, t.

— s Id. XL1V, 4. — 9 La rédaction de 1*\A0. üoa. se place entre 334 et 325.

— 10 ’aô. itoX. LXI, 1. — 11 Tous les exemples connus de ce genre sont réunis dans Ilauvetle, Les stratèges athéniens, p. 24 sq., ou Bcloch, Die attische Polili/c seit Perikles, p. 276 sq. Sundwall ( Epigr . Beitrdge, p. 19 sq.) présente autrement les choses. D'après lui, il y aurait à cet égard trois périodes à distinguer : 1° jusque vers le milieu du vc siècle, chaque tribu choisit elle-môme son stratège; 2° de 441 à 335 environ, les dix stratèges sont nommés par le peuple entier, à raison d’un par tribu ; 3° après 335 seulement, l’élection a lieu è; ànàvxuv. Si cette conceplion est exacte, il faut convenir que la loi. dans la seconde période, a souffert bien des exceptions. — 12 Peut-être la création de phylarques et de laxiarques choisis dans les tribus pour commander la cavalerie et l’infanterie de chacune d’elles rendaitelle moins nécessaire l'appilcation du même principe à l’élection des stratèges. Mais la date de leur institution reste assez indéterminée : on hésite entre les débuts de la ligue maritime et 445. — 13 Hauvette, p. 27 sq.

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moins compliquées que pour les archontes. En effet ceux-ci se présentent successivement devant le Sénat, puis devant les héliastes; les stratèges semblent n’avoir affaire qu’aux derniers1. De même, on tient à les savoir citoyens athéniens2; on ne les contraint pas à produire trois générations d’ancêtres citoyens. L'obligation d’avoir contracté un mariage légitime et d’être propriétaire foncier en Altique est assez douteuse 3. Quant à la fortune, elle ne constitue pas non plus une condition absolue; et tel stratège, comme Lamachos, devait, disait-on, faire figurer dans ses dépenses une petite somme pour s’acheter une tunique et des chaussures 4. Mais, en général, les pauvres aiment mieux se réserver 1 emploi déjugés, et laisser la stratégie aux riches3. Ceux-ci d’ailleurs s’en accommodent volontiers ; et, au iv* siècle encore, les orateurs citent plusieurs familles où l'on est couramment stratège de père en fils6. Un minimum d’âge était probablement imposé, et il ne peut pas être inférieur à trente ans, puisque les stratèges ont, dans certains cas, à présider des tribunaux. Chose curieuse, on ne parait avoir exigé d’eux aucune connaissance spéciale. Sans doute, la plupart du temps, le peuple comprenait la nécessité de choisir des généraux expérimentés. Toutefois nous avons déjà rappelé l’exemple de Sophocle, élu stratège à la suite d’un grand succès théâtral. Il ne dut pas être unique; car moralistes et orateurs se plaignent également de la facilité avec laquelle on s’improvise général à Athènes 7. Par contre, les opinions politiques d’un citoyen peuvent suffire à le faire rejeter lors de sa Soxigama 8.

Cette épreuve une fois subie, à quelle époque les stratèges prennent-ils possession de leur charge? Pour la plupart des magistratures, l'entrée en fonctions coïncide avec le début de l’année9; mais, le mois Hécatombéon, premier mois de Tannée athénienne, répondant a peu près a notre mois de Juillet, et les armées anciennes ayant coutume d’ouvrir leurs campagnes dès le printemps, on voit de suite quel inconvénient il y avait à ne pas donner plus tôt l'investiture officielle aux généraux, ou à les changer au cours même des opérations. L’objection est ancienne; et la découverte de T ’AQTjvaùov icoXiveia la fortifie encore, en nous apprenant que l'élection des stratèges a lieu un mois ou deux avant celle des autres magistrats 10. Toutefois les difficultés ne sont pas moindres à placer au printemps l’entrée en charge des généraux. En effet, non seulement pareille conclusion ne se déduit avec certitude d’aucun texte historique11; mais Aristote n’en dit rien dans le chapitre consacré aux stratèges, alors qu’à propos d’autres fonctionnaires il a soin de signaler les exceptions à la règle commune12. De plus, s’il avait réellement existé à Athènes une sorte d’année stratégique distincte de l’année civile, Thucydide, en parlant des inconvénients

1 A6. i;*n. LV, 2. 2 11 n y a pas lieu de tenir pour des stratèges proprement dits

les trois personnages auxquels ce titre est donné par l’auteur du dialogue plalonicien delVon lp. 5*1, c-d). — 3 Elle est indiquée par Dinarque, in Demosth. 71 ; mais plusieurs critiques modernes l'ont révoquée en doute. Cf. Meier-Schômanu-Lipsius, fier attise/, e Process, p. 240, n. 124. — 4 Plut. Aidas, 15. - B ps. Xen. Resp. AlUen. 1, 3; Arist. Polit. 1(1, G, H. Ces passages montrent clairement que la dignité de stratège était gratuite, au moins en temps de paix ; il n'est pas sur, bien qu'on l'ait soutenu de divers côtés, que les stratèges recevaient, en campagne, une solde régulière (cf. Hauvette, p. 137 sq.) — 6 Hauvette, p. 48 n 5-7 Xen Alem. 111,5, 21; De, n. XIX, 237. - 8 Lys. XIII, 10. - 3 A vrai dire, cette coïncidence n'est parfaitement exacte qu’à partir de 410 ; auparavant, les dix prytanies correspondaient mal aux douze mois de l'année, et l'entrée en fonctions des magis-

dc la seconde pour sa chronologie *3, n’aurait sans doute pas manqué de noter qu’il adoptait simplement la première. La coïncidence entre l’année civile et l’année de charge des taxiarques 14 fournit encore, sinon une preuve, du moins une présomption dans le même sens Nous admettrons donc que les fonctions des stratèges ne commencent officiellement qu’au 1er Hécatombéon ; mais il ne faut pas oublier qu’ils sont désignés assez longtemps à l’avance, et qu’ainsi, en cas de campagne prolongée, ils peuvent s’entendre avec leurs prédécesseurs.

Une dernière formalité est imposée aux stratèges avant leur entrée en charge : ils ont à prêter serment. Un texte de Dinarque nous apprend que la cérémonie a lieu entre une certaine statue et une certaine table 13 • mais nous ignorons si c’est sur l’Agora ou sur l’Acropole. La formule complète de leur serment ne nous est pas parvenue. Bien certainement on leur demande comme à tous les magistrats, de jurer fidélité à la constitution et de ne pas se laisser corrompre. Mais, de plus, des engagements spéciaux répondent à la nature propre de leurs fonctions, comme celui d’enrôler tous les hommes qui n’ont pas fait campagne précédemment16, sans compter les prescriptions que les circonstances peuvent imposer momentanément : c’est ainsi qu’au temps de la guerre du Péloponnèse, on ajoute au serment ordinaire des stratèges qu’ils devront faire, deux fois par an, une invasion sur le territoire de Mégare17.

Le collège des stratèges dispose d’un local particulier, le <TTp<xT7)yeïov. Il en est plusieurs fois question dans les auteurs18 ; sa place exacte ne nous est pas connue.

Situation respective des stratèges. — Une autre question serait plus importante à résoudre: y avait-il égalité de pouvoirs entre les dix stratèges, ou l’un d’eux avait-il autorité sur ses collègues? De divers côtés, on a voulu établir que, chaque année, l’un des stratèges est le président du collège ia. II est vrai que, dans les inscriptions, on rencontre parfois des formules comme cTparTjyotç iTiTtoxpa-rei XoXapyeï xa’c Ijuvâp^ousiv 20 ; mais, si elles indiquent certainement un président et ses collègues, il ne s’en suit pas du tout que les stratèges sont placés d’une façon régulière sous la direction de l’un d’entre eux, ni, moins encore, que ce président demeure le même pendant toute l’année. Il paraît plus exact ici de distinguer les époques et les circonstances. En principe, à la suite de leur élection, les stratèges sont exactement sur le même pied. Tant qu'ils restent à Athènes, ils s’occupent donc tous ensemble des devoirs de leur charge ; et, jusque vers le milieu du ivc siècle, ils sont jugés aptes à remplir, les uns aussi bien que les autres, n’importe quelle lonction militaire. Même égalité en campagne, du moins à l’origine : en 490, les stratèges commandent à tour de rôle, chacun pendant un jour, l’armée qui doit vaincre à Marathon21. Cette stricte observation de la loi plaisait

trais avait lieu avant le l®r Hécatombéon (cf. Keil, Athens Amts-und Kalenderjahre im V. Jalirh. : Hernies, XXIX, 1804, p. 32 sq.). Toutefois la différence est peu considérable, et pour nous il s’agit seulement de savoir si les stratèges commencent leur année de charge avant ou avec les antres magistrats. — 10 Celle-ci n'a lieu qu’en Munychion (Avril). Le décret Jnscr. gr. II. 416 donne, comme date précise pour les àp/aioEulai, le 22 Munychion ; ce décret, il est vrai, est du u® siècle av. J.-C. ; mais, comme les opérations sc font xavà ti|v pavTucxv, il doit s’agir d’un usage ancien. — n Hauvette, p. 31 sq. — 12’aO. ito*. XLI1I, 1. — <3 Tliucyd. V, 20.

— H /us. gr. Il, 1214 ; II, 5, 331 c. — 18 Din. in Pliiloel. -■ — 16 l-ys- IX’

15. — n Plut. Pericles, 30. — 18 Hauvette, p. 55, n. 2. — '9 Droyscn ( Hernies ,

IX, 1875, p.l3);L5schcke (fie titulis aliquot atticis, p. 24) ; Beloch [Attisc/ie Politik, p. 280). — 20 /nJ. gr. 1, 273, a-b, 1. 3. —21 Herod. VI, 110.

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aux Athéniens ; vers la fin de la guerre du Péloponnèse, nous voyons encore la flotte des Arginuses1 et celle d’Ægospotamoi 2 passer successivement sous les ordres de tous les stratèges présents. Cependant si, en temps de paix, ou, à la rigueur, durant la période de préparation d’une guerre, il n’y avait pas trop d inconvénients à procéder de cette manière, devant l’ennemi le danger était si manifeste à ne pas mieux assurer l’unité du commandement que, dès la seconde guerre médique, Thémistocle à Salamine 3, Aristide à Platées \ Xanthippe à Mycale8 ont la haute main sur tout le contingent athénien. Pareil fait se renouvelle couramment : dans beaucoup d’expéditions, les armées ou les flottes d’Athènes ont à leur tète plusieurs stratèges ; mais l’un d’eux est le chef de tous, et lui seul le plus souvent est cité par les historiens “.

Le généralissime est nommé non pas, comme on l’a dit parfois1, par ses collègues mêmes, mais par l’Assemblée du peuple, dans un vote distinct de celui où a été élu le collège entier de l’année (éXécôai cxpaxT^ov U xaiv xeysipoxovTijjisvwv) 8. L'expression technique qui le désigne nous est fournie par Thucydide, dans des phrases comme : llégiroucuv KaXXtav xov KaXXiâSouTiefnrrov aùxbv (TxpaxxiY°v 9 ! rUpixXéouç oexâx&u aüxoO crxpax'/]Yo3vxoç, !vaup.i//n<rav etc. Elles signifient, comme cela ressort nettement du contexte, non pas qu’au moment précis dont parle l’historien, Callias et Périclès ont auprès d’eux, 1 un quatre, et 1 autre neuf de leurs collègues, mais qu’ils ont alors, pour toute la campagne en question, la direction suprême d’une armée comprenant, en dehors d’eux, quatre ou neuf de leurs collègues qui leur sont subordonnés. En effet, au moment, par exemple, de la bataille navale dont il s’agit dans le second passage, Périclès a détaché une division de sa flotte à Chios, et une autre sur les côtes de Carie : deux stratèges au moins doivent être absents.

On trouve parfois aussi, appliqué à un général en chef, le titre de <jxpax-r|Y b; aùxoxpixwp ; mais, dans ce sens, c’est toujours chez des auteurs d’époque romaine, comme Diodore ou Plutarque11, accoutumés à traduire parla les termes étrangers de dictateur et A' empereur ; il ne s’en suit pasnécessairementque Thémistocle, Aristide, ou même Alcibiade aient reçu ce nom de leur temps12.

Ce n’est pas à dire d’ailleurs que l’expression <rxpocxYjYÔç auxoxpaxiop ne se rencontre pas à l époque classique. En 416, les Athéniens décident d’envoyer en Sicile trois (7xoûtxY}Y^i auxoxpaxopsç, Alcibiade, Nicias et Lamachos, pour y soutenir les Egestins et les Léontins, et préparer toute Vile en leur faveur. En 411, lors de la révolution des Quatre Cents, la constitution provisoire prévoit la nomination d’un collège de dix axpaxr^ol aùxoxpàxopeç, auxquels il sera permis de prendre part à leur gré aux délibérations du Sénat13 ; ils sont en effet installés dans ces conditions, et gouvernent la ville de concert avec le Sénat14. En 357 encore, Charès porte le titre de <rrpar»i- Yoç aùxGxpâxtüp, quand il est chargé d’aller dans l’Helles-

Diod. XIII, 97, 6. — s Diod. XIII, 106, 1. — 3 Plut. Aristid., 8. — * Plut. Aristid.

1 1 5 Hei’od. VIII, 131 ; IX, 114. — 6 Ilauvelte, p. 75 sq. — 7 Arnold, De Athénien •

sium prptoribus, Diss. I, p. 19. — 3 Ins. gr. II, 62, 1. 13. — 9Thucyd. 1,61, 1.

10 Thucyd. I, 116, 1. — n Plut. Aristid. 8 (à propos de Thémistocle) : id. ibid.

1 1 (à propos d'Aristide) ; id. Alcibiad. 33 ; Diod. XIII, 69 (à propos d'Alcibiade). -12 Thucyd. VI, 8. — 13 'A9. noX. XXXI, 2. — 14’AO.ito').. XXXII, 3. — 16 Dem. XXIII, 173.— 16 C’était la théorie d'Arnold (de Atlieniensium præloribus. Diss. I, p. 17 sq.). CI. la discussion dans Ilauvelte, p. 83 sq. — 17 Telle a été, eu fait, la silualiou de

pont imposer à Charidème et aux princes de la Ihrace la cession de la Chersonnèse lo. Du seul fait qu il peut y avoir à la fois trois et même dix <rxpaxï)Yot aùxoxpâxopeç, il résulte clairement que cette expression n est pas synonyme de TptToç ou SÉxaToç <xÙtôç. Il n’y a pas lieu d admettre davantage qu’il s’agisse de généraux choisis en dehors du collège des stratèges, et dégagés des obligations auxquelles ceux-ci sont soumis ; car il est impossible d établir avec certitude, même pendant la guerre du Péloponnèse, l’existence d’aucun cas de ce genre 16. La solution la plus vraisemblable, en reprenant les exemples cités et en examinant les circonstances auxquelles ils répondent, c’est que les cTpxtTiyoî aÙToxpxTope; sont élus suivant les règles habituelles, mais investis ensuite, soit isolément, soit en nombre plus ou moins considérable, de pouvoirs extraordinaires. Ceux-ci, comme l’autorité même des stratèges, ne s’étendent pas seulement aux opérations militaires: ils peuvent comporter des négociations diplomatiques au dehors, une action politique à 1 intérieur. Le plus souvent ils sont limités à une mission déterminée. Pourtant, dans les circonstances graves, les stratèges qui en sont revêtus ont parfois à leur disposition toutes les ressources de l’État : ils exercent alors une véritable dictature 17.

Durée des fonctions et redditions de comptes des stratèges. — Comme la grande majorité des fonctionnaires athéniens, les stratèges ne sont nommés que pour un an. Mais, à la différence des fonctionnaires civils, parmi lesquels les sénateurs seuls peuvent exercer deux lois leur charge, ils sont indéfiniment rééiigibles 1S. Nous voyons donc, au ve siècle, Tolmidès, Hagnon, Phormion, Nicias, Démosthène, Alcibiade commander trois, quatre, cinq et six ans de suite19 ; Périclès garde sans interruption le pouvoir de 454 à 430; et, au xv° siècle, Phocion, nous dit-on, a été quarante-cinq fois stratège211.

Cette faculté laissée aux stratèges de rester à la tête de leurs troupes pendant un temps indéterminé constitue, au point de vue militaire, un avantage indéniable. Par contre, il devient assez difficile, s’ils sont réélus, de leur demander des comptes précis à la fin de chaque année. Ils ne sont pas, bien entendu, exempts de tout contrôle; mais ce contrôle a pour eux quelque chose de moins sévère. Leur reddition de comptes a même, dans sa forme, quelque chose de particulier : ils n ont pas affaire, comme les autres magistrats, auxeuthynes etaux logistes : ils sont examinés par les thesmothètes 21 .

Néanmoins, on le pense bien, une démocratie aussi soupçonneuse que celle d’Athènes ne reste pas désarmée vis-à-vis justement des plus considérables de ses magistrats. Tous, à la première séance tenue par l’Assemblée dans chaque prytanie, doivent obtenir du peuple un vote de confiance (âiri/sipoTovta). Pour les stratèges, cette formalité prend sans doute une importance spéciale ; car Aristote, après l'avoir signalée d’un mot en parlant de l’Assemblée22, n’y revient plus à propos des autres magistrats ; il y insiste au contraire dans

Périclès en 429, el d'Alcibiade en 408. Pourtant il n'est pas sûr qu'ils aient reçu officiellement le titre de ovçaTïiytç alToxpaxw?. Pour Périclès, Thucydide dit seulement (II, 65) : dtoatuytv sîXovto, xai navre tà. upAyuma iitÉTffWv. Pour Alcibiade, Diodore (XIII, 69, 3) et Plutarque (Alcib. 33) l'appellent bicu ;

mais ils ont pu se servir improprement d'une expression inspirée de Rome ; Xénophoo (Hell. I, 4, 20) emploie une périphrase : âxivTiav fiys|R«v aircçA-ra;. — IS AO. xoX. LX1I, 3. — 19 Cf. Hauvclte, p. 30, n. 3. — 20 Plut. Phoc. 8. — 21 'AO,

MX, 2. — 22 'AO. itoX. XL1U, 4.

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son chapitre sur les stratèges. « A chaque prytanie, dit-il, le peuple estime par un vote à mains levées la façon dont les stratèges remplissent leurs fonctions. Si 1 un deux est mis en minorité, il passe en jugement devant le tribunal; en cas de condamnation, celui-ci fixe la peine ou l’amende; en cas d’acquittement, le stratège continue à exercer sa charge 1 ». On comprend dès lors à quel point les stratèges restent toujours dans la main du peuple. 11 ne peut guère être question, à chaque prytanie, d examiner à tond leur gestion financière ; mais, qu ils éprouvent un échec à la guerre, que le peuple, à tort ou à raison, leur retire tout à coup sa faveur, ou simplement que des ennemis personnels organisent contre eux une cabale, dix fois par an ils sont exposés a un vote de défiance (àiro^stpoTovt'a), et, par suite, a des procès, le plus souvent politiques, où ils risquent également leur honneur et leur vie. Ni Miltiade, ni Thémistocle, ni les vainqueurs des Argin uses n’y ont échappé ; une campagne aussi grave que l’expédition de Sicile est compromise dès le début par le brusque rappel du général qui I a conçue; et l’histoire d’Athènes, au ive comme au vc siècle, est pleine d’exemples de ce genre2.

/■ onctions militaires des stratèges . — Les fonctions des stratèges, comme il est naturel, sont avant tout d ordre militaire. A Athènes même, dès qu’une guerre a été résolue par 1 Assemblée du peuple, ils doivent faire les levées prescrites à cette occasion 3. Pour l’armée de terre, s il s agit d une levée en masse (7rav<7XGxxi5) ou d’une levée partielle par classes expressément déterminées (sxpa- Teîa àv toi: £7rcovûp.otç), leur rôle est des plus simples : ils n ont qu à faire connaître aux citoyens la décision de

I Assemblée et à leur ordonner de se présenter devant eux ou devant les laxiarques au jour donné. La chose devient plus délicate si le peuple a seulement fixé le chiffre d un contingent à enrôler (otpaxsta èv xotç gepext).

II leur faut alors éviter d’envoyer toujours en campagne les mêmes citoyens, tandis que d’autres seraient indéfiniment exemptés : c est à cette préoccupation que répond, dans leur serment, la formuler xooç aoxpaxsüxouç xaxaXé- ;stv. Pour la flotte, les stratèges disposent d’un pouvoir analogue ; car ce sont eux qui désignent chaque année les triérarques à qui, le cas échéant, sera confié le soin d armer et de commander les vaisseaux appelés à prendre la mer '. Bien mieux, au moins pendant la plus grande partie du vs siècle, ils semblent avoir eu le droit d’assigner à tel triérarque tel navire qu’ils voulaient : on devine les abus qui pouvaient en résulter °. Aussi ne sommesnous pas surpris de voir plus tard répartir les navires par le sort entre les triérarques °, ou placer à côté des stratèges, pour les contrôler dans cette partie de leurs opérations, des représentants des citoyens intéressés 7. Quant aux troupes de mer, les stratèges n’ont à fournir que les hoplites embarqués, en fort petit nombre, sur chaque vaisseau (ÈTaSixai) ; l’équipage proprement dit est recruté directementpar les triérarques 8.

Une fois en campagne, les stratèges prennent indiffé-

1 A9. s,-).. LXI, 2.-2 L’indication des principaux procès se trouve dans liauvette, p. 107 sq. — 3 L'importance de ces levées est d'ordinaire fixée par l'Assemblée. Parfois cependant le peuple laisse aux stratèges le soin dévaluer eux-mèmes le contingent nécessaire : c’est ce qui arrive pour l’expédition de Sicile (fhucyd. VI, 26). — '+ Au v" siècle, il y a chaque année 400 triérarques (ps. Xcn. Resp. Athen. III, 4). Plus tard, l’organisation de la marine est profondément transformée : mais ce sont toujours les stratèges, ou du moins un d'entre eux, qui président à la triérarchie (Uem. XXXIX, 8; XXXV, 48;

remment le commandement des armées ou des flottes A peu de chose près, ils partagent la vie de leurs soldats. Sur terre, ils vont généralement à pied, et portent l’armure ordinaire des hoplites 9. Sur mer, ils choisissent la trière où ils veulent monter; mais le vaisseau qui devient ainsi vaisseau-amiral (fj axpaxY1T,ç) ne parait recevoir pour cela aucun aménagement particulier : Alcibiade fait scandale en apportant avec lui un lit de sangles au lieu de coucher sur la planche10.

La discipline, dans les armées athéniennes, n’a jamais été bien sévère. Sans doute, en principe, le stratège est maître de ses officiers et de ses hommes ; mais d’abord la loi même, ou l'usage, assignent déjà, des limites à ses pouvoirs. Ainsi il a le droit de condamner tout citoyen placé sous ses ordres, voire un triérarque, à la prison (o-qc-at), à la dégradation militaire (ÈxxTjpéSat), ou à 1 amende (sTrtêoX-^v émgaXetv) ; mais l’amende, dit Aristote, n’est pas dans les mœurs11 ; et surtout c’est seulement après le retour à Athènes que sont jugés devant un tribunal spécial les délits graves d’insoumission, désertion, abandon de poste, perte des armes, etc. 12 : l’exemple de Lamachos, faisant périr sous le bâton un soldat coupable d’avoir fait des signaux àl’ennemi.est tout à fait exceptionnel13. Ensuite l’Athénien tient trop par nature à sa personnalité, il est trop épris d’égalité, pour obéir aveuglement même au chef qu’il a élu. Alors les soldats prétendent donner des conseils à leurs généraux u; leur a-t-on assigné un poste, ils trouvent meilleur d’en choisir unautre, quitteà se voir bientôt, àleur honte, obligés de regagner le premier 15. A tout instant, le chef doit les persuader par des discours, comme ferait un orateur s adressant à 1 Assemblée. Une anecdote contée par Démosthène est caractéristique à cet égard : un jour, dans un camp, il se produit quelque tumulte entre soldats ; on s adresse de suite au stratège; et celui-ci, au lieu de sévir, prononce une harangue, qui reste d’ailleurs sans effet10. Enfin n’oublions pas que le stratège se sent toujours responsable de ses actes devant le peuple. Non seulement, comme il est naturel, il doit envoyer par écrit ou faire oralement au Sénat et à l’Assemblée des rapports sur ses opérations17; mais les soldats, places sous ses ordres durant la campagne, peuvent devenir, quelques mois après, ses accusateurs ou ses juges. Delà des faiblesses, des compromissions trop fréquentes. Un exemple suffit à en donner l’idée : un stratège prescrit à un de ses triérarques une croisière déterminée; un simple matelot signale au triérarque qu’on veut lui fait prendre un banni à son bord ; la trière revient sans avoir accompli sa. mission18. Vers le même temps, il est vrai, Iphicrate ose, sans autre forme de procès, percer lui-même de son épée une sentinelle trouvée endormie à proximité de l’ennemi 19 ; mais il a affaire à des mercenaires: ceux-ci, à côté de beaucoup d’inconvénients, otfrent du moins sur les troupes nationales l’avantage de se plier à une discipline plus ferme.

Fonctions politiques et administratives des stra -

A6. ko'a. LXI, I). — 8 Cf., sans les prendre absolument à la lettre, les menaces de Cléon dans Arislophaue ( Equit . 912-918). — 6 Les inscriptions de la marine, dont la plus ancienne remonte à 373 [Ins. gr. II, 789), désignent par le mot àveTcx^ïjpw-rôî toute trière qui na pas de triérarque. — 7 /ns. gr. II, 804, pars A, col. 6,1. 71 sq.

— 8 Hauvette, p. 71. — 9 Hauvette, p. 98 sq. — 10 Plut. Alcib. 16. — H ’A6, tcoX. LXI, 2. — 12 Cf. plus bas. — 13 Lysias, XIII 67. — l* Plut. Phocio , 25.

— 15 Id. ibid. — 16 Dem. LIV, 3-5. — 17 Thucyd. Vil, 10 ; Xen. Hellen. I, 7, 3.

— 18 Dem. L, 46 sq. — 19 Fronlin. Stratag. III, 12, 2.

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tèges. — Les stratèges ne se bornent pas à commander les armées ou les flottes 1 ; leurs fonctions les amènent fréquemment à jouer un rôle dans la politique et dans l’administration d’Athènes. D’abord nous les voyons intervenir au Sénat et à l’Assemblée. Dans bien des cas, il est vrai, ils se contentent de présenter un rapport, écrit ou verbal ; le projet proprement dit de 7rpoêoLA£U(/.a ou de décret est développé ensuite par un membre de l’assemblée compétente 2: ils sont alors sur le même pied que tout citoyen revêtu de fonctions publiques, magistrat, ambassadeur, ou prêtre. Mais ils peuventaussi introduire directement leur demande, soit isolément \ soit au nom du collège tout entier A C’est là cette fois une prérogative qu’ils possèdent seuls dans l’État A Rien d’étonnant dès lors s’ils sont admis aux délibérations, même secrètes, du Sénat 6, et s’ils ont leur place à l’Assemblée, tout comme les sénateurs 7. Il y a plus: pour ne pas rendre illusoires leurs privilèges, on va jusqu’à leur permettre de faire passer leurs propositions avant toutes les autres 8, et de convoquer au besoin le peuple en assemblée extraordinaire 9. Sans doute, ils doivent recourir pour cela à l’intermédiaire des prytanes, et ils ne président pas l’Assemblée ; ce n’est donc pas pour eux l’équivalent du jus agendi cum populo chez les Romains. 11 n’y en a pas moins là de quoi leur assurer une situation considérable au point de vue politique l0.

Très souvent aussi ils ont à faire œuvre dediplomates. Par exemple, au cours d’une campagne, ils concluent avec l’ennemi trêves ou conventions de toutes sortes11 * IV ; ils envoient à Athènes, non seulement sur leurs opérations militaires, mais encore sur la situation générale, des rapports qui contribuent à faire cesser ou continuel la lutte12; et, si la paix se conclut, ils figurent dans une forte proportion parmi les signataires du traité 13. S’agitil, au contraire, des peuples amis? Comme ce sont eux, en somme, qui représentent Athènes au dehors, de la douceur de leurs procédés, de l’habileté de leurs négociations dépendent, pour une bonne part, l’affection ou la haine des alliés, et, par suite, la solidité de la ligue maritime sur laquelle repose la puissance de leur patrie1*. Enfin ils constituent les intermédiaires habituels entre l’État athénien et les étrangers : au besoin ils les introduisent devant le Sénat16; ils demandent pour les bienfaiteurs d’Athènes des récompenses honorifiques16; ils prennent soin d’eux quand ils leur ont obtenu le titre de proxènes17; et ils leur envoient, en les timbrant du sceau de l’État, la copie officielle du décret qui les concerne 18.

Leur rôle, en matière de finances, ne manque pas non plus d’importance. Dira-t-on qu’ils sont toujours obli¬

gés de faire voter par l’Assemblée les crédits dont ils ont besoin19, qu’ils doivent justifier de toutes leurs dépenses29, et que d’ailleurs ils ne sont pas libres de tenir leurs comptes sans l'intermédiaire de tiésorius d’esclaves publics 22, dont l’aide ressemble un peu a un contrôle? Malgré tout, en temps de guerre, la meilleuie part du budget passe entre leurs mains. En outre, assez souvent nous les voyons chargés de lever les tributs des alliés 23 : on sent tout le parti qu’ils peuvent tirer d’une pareille mission. Dès le v* siècle, Alcibiade prétend déjà trouver chez les sujets d’Athènes l’argent nécessaire pour assurer à ses soldats une solde égale à celle que Lysandre donne auxsiens, grâce aux libéralités de Cyrus ; et, une fois engagé dans la voie des perceptions arbitraires, il en profite pour s’enrichir personnellement-'.

Le mal’ ne fait qu’augmenter au ive siècle, quand Athènes recourt de plus en plus aux armées mercenaires, sans s’inquiéter de les payer. Elle ne peut plus des lors être bien sévère sur la gestion financière de ses generaux • ceux-ci mêlent étrangement les razzias aux opérations stratégiques; il faut s’en remettre à leur cons- , . .. Il* r /-ï/x l'Tslof en lit HP

leurs soldats, et le leur 23.

Les stratèges ont encore des pouvoirs judiciaires assez étendus. Qu’un soldat soit accusé d’insoumission, d’absence illégale, de désertion, de trahison ou d’espionnage 2C; qu’un citoyen se croie illégalement appelé à remplir les fonctions de triérarque21 ou à faire l’avance des contributions extraordinaires de guerre (icpostscpopa) ; qu’à ce propos il réclame le bénéfice de lW8o«c ; ou qu’il ait des difficultés avec l'État, au moment où il doit rendre le vaisseau qui lui avait été confié u : dans tous ces cas, les stratèges ne tranchent pas eux-mèmes la question; il faut avoir recours à un tribunal soit d’héliastes ordinaires, soit de citoyens dont 1 Athénien incriminé était ou aurait dû être le compagnon d’armes; mais les stratèges sont chargés de recevoir les plaintes, d instruire l’affaire, de convoquer le jury compétent, et de le présider31. En outre, ils exercent une sorte de haute police, en aidant à réprimer toute entreprise touchant a la sûreté de l’État. Un décret du ni* siècle résume assez bien leurs attributions à cet égard : un certain Phædros est félicité d’avoir, en qualité de stratège, « travaillé au salut de l’État, et contribué à garantir l'indépendance de la ville, l’intégrité du gouvernement démocratique et l’autorité des lois32 ». Dans cet ordre d’idées, le peuple ordonne aux stratèges de veiller à la sécurité deMénon, l’accusateur de Phidias33; en 411, au temps des Quatre- Cents, la constitution nouvelle prévoit que tout magis-

1 Aux fondions militaires des slratèges se rattache naturellement la mission de garantir la sécurité sur toute l’étendue du territoire (1ns. gr. 1. Suppl. 27 a, 1. 76), avec le concours des éphèbes pour l’Attique proprement dite ( A0. jecA. XL11, 3-4) ; d'intervenir en cas de révolte grave des esclaves (comme c'est le cas au Laurium, vers la fin du H* siècle : Athen. VI, p. 272, e; Paul Oros. V, 2); de réprimer la piraterie (xaxi 0à>.xiTav, xaxà Xri<rTûîv œul.a*û : 1ns. gr. Il, 804 B, col. 4, 1. 32; Dem. VU, 14-15); et de protéger les convois de Lié destinés au Pirée (itajaxoniïï; x&Cf al cou : 1ns. gr. II, 808, col. n, 1. 37 , Dem. L,

17). 2 De là des formules comme ; un tel eîsiv' ittçt 5v XÉytt, ixoxacvu,

IxtatEiliev, âiïo[AE|x«pTuç^xsv ô »TçaTY)Ydî (1ns. gr. Il, 55, 180, 100 4 Add., 389). — 3 1ns. gr. I, Suppl.. 61 a. 1. 26 ; 624, 1.6; Ins. gr. II. 5, 54 4, 1. 4. - 4 Ins. gr. II. 5, lie; yvign vTf«x>iï“*. — 5 J-69 ï»TT9«ï*T« d» v” siècle 1 ont Poss6dl'le également; mais, avec eux, il ne s'agit pas d’un collège permanent. — 9 Plut. Nicias, 5 ; Diod. XIII, 2, 6 ; Dem. XVIII, 169. - 7 Dem. XVIII, 170. - 3 Nous en avons la preuve pour l'Assemblée (1ns. gr. I, 40, 1. 54); i devait eu être de même pour le Sénat. A l'époque des Quatre-Cenls, le môme privilège leur est d'ailleurs expressément reconnu ('AB. noX. XXX, 5; XXXI, 3). 9 lliucyd .

IV 118, 14; Plut. Pliocio, 15. Le Sénat, se réunissant à peu près tous les

urs n'a pas besoin de convocations spéciales. — 10 Sur ce point, cf. Swoboda, smerkungen zur politischen Stellung der athenischen Strategen (Ilh. Mus. LV 1890 p J88 sq.). — 11 Ces conventions ont toujours besoin d être ratifiées ir lé peuple (lns.gr. 1, Suppl., (A a). -^Ins. gr.ll, 109; lsocr. VII, 81. - «Thud. V, 24 : sur 17 ambassadeurs qui signent la paix de Nicias, 11 ont été stratèges >rès ou avant 421. — H Timothée, en particulier, rendit ainsi les plus grands rvices (cf. Hauvette, p. 127). — '9 Ins. gr. 11. 5, 385 c, I. 54. — >9 1ns. gr. 11, 1. 6. 17 Textes dans Hauvette, p. 128, n. 4. - 18 Ins. gr. 11,443.-19 Thud. VI 22; VI, 93. — 20 Pl»t- Pericl. 23; Nicias, 15. - 21 Aeschin. I, 50.

- 22 Dem. VIII, 47 ; Scol. ad Dem. 11, 23, 19. - 23Thucyd. II, 69; 111, 19; IV, 50

75 Plut, Alcib. 35-36. — 25 Les orateurs se plaignent souvent des abus

émmis par les s'iratèges (Dem. VIII, 24-25 ; lsocr. VIH, 134; etc.). - 29 Sur le ombre des chefs d'accusation de ce genre, cf. Hauvette, p. 140 sq. Nous avons arlé plus haut des affaires disciplinaires soumises directement aux slratèges.

- 21 1ns. gr. Il, 809, col. a, 1. 205 sq. — 28 Dem. XLU, 25 ; L, 8. 29 Dem. XLll, 5.

- 30 1ns. gr. II, 804 A, col. 4, 1. ,63 sq. — 31 Us peuvent, au besoin, se faire uppléer par les laxiarques (Dem. XXXIX, 17). — 32 1ns. gr. II, 331, 1. 38. — 33 1 lut. °eric. 31.

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trat coupable d’avoir voulu empêcher un citoyen de présenter une proposition, même réactionnaire, sera amené aux stratèges, qui le livreront aux Onze pour être puni demort1 ; et, par contre, l'année suivante, après l’échec de cette révolution, les stratèges encore arrêtent et traduisent ses auteurs devant le tribunal démocratique2.

Enfin, dans maintes circonstances, les stratèges sont mêlés aux cérémonies religieuses. Au moment d’entreprendre une campagne 3, avant d’engager une bataille \ après avoir remporté un succès 5, en concluant une trêve 6, ils offrent des sacrifices en compagnie de devins qui leur sont indispensables, mais sur lesquels la loi leur donne officiellement le pas1. Ils ont également leur place dans les grandes fêtes de la cité. Bien entendu, ils sont d'institution trop récente pour en avoir la présidence et l’organisation ; mais, comme ces fêtes comportent presque toujours une procession dont on tient à rehausser l’éclat par le concours de la cavalerie, les stratèges, en tant que chefs de l’armée, sont à la tète de cette escorte. L’inscription du 5epp.axtx<>v nous atteste leur présence aux grandes Panathénées, aux Dionysies du Pirée, aux Lénéennes, à des sacrifices en l’honneur d’Hermès Hégémonios, d’Eirènè, d’Ammon, de la Démocratie et de la Bonne Fortune 8. Nous savons qu'ils prenaient même part à des processions hors d’Athènes, comme celle qui se rendait à Delphes, au sanctuaire d’Apollon Pythien 9 ; et sans doute, dès le ive siècle, le plus clair de leur activité se dépensait de ce côté, puisque Démosthène leur reproche de passer leur temps avec les hiéropes plutôt qu’à la guerre 10.

Place des stratèges dans l'État. — Telles sont les principales fonctions des stratèges. Quelle place leur donnent-elles dans l’État? 11 est assez malaisé de la définir d’un mot; car leur pouvoir, d’après la constitution même, offre un singulier mélange de faiblesse et de force. D’une part, en effet, faire dépendre leur nomination d’un vote où la faveur du moment n’a pas moins d’importance que le mérite ; les laisser ensuite à la merci d’une assemblée populaire dont rien ne garantit le sang-froid ni l’impartialité, c’est d’avance rendre bien difficile au talent de s’affirmer, à une personnalité quelconque de former et de poursuivre un granddessein politique. Mais, d’autre part, ces hommes qui déjà tiennent en mains l’armée et la flotte se trouvent appelés encore à conduire des procès considérables, à mener des négociations diplomatiques, à manier des sommes fort élevées, à jouer même un rôle actif dans les délibérations du Sénat et de l’Assemblée ; et, plus ils restent de temps en charge, moins ils ont de comptes précis à rendre de leur conduite. De ces contradictions résulte, dans la situation des stratèges, quelque chose de forcément incertain. En fait, leur importance a beaucoup varié suivant les époques.

A. l’origine, dans la pensée de Clisthène, ce sont de

1 ’AO. r.ok. XXIX, 4. — 2 ps. Plut. A" Urat. Antip/m , 24 sq. — 3 Thucyd. VI, 32. — 4 Herod. VIII, 64. — & Iris. gr. I. Suppl , 27 a, 1. 67. — G Thucyd. V, 19 et 47. — 7 Plat. Lach. 199 a. — 8 1ns. gr. II, 741. — 9 Cf. G. Colin, Le culte d1 Apollon Pythien à Athènes. — 10 Dem. IV, 26 ; 35-36. — H C’est le jugement de Thucydide (II, 65). On s’est demandé souvent si, une fois au moins, Périclès n'a pas outrepassé ses pouvoirs, quand, pendant l’invasion d’Archidamos, par défiance d'un coup de tète de la foule, il évitait avec soin toute réunion de l’Assemblée (Thucyd. Il, 22). La loi, il est vrai, prescrivait aux prylanes de réunir le peuple quatre fois par prylanie (’Aô. toi. X LUI, 3). Mais Athènes se trouvait alors dans des conditions particulières ; tous les citoyens valides étaient occupés à la rrarde des remparts ; et, comme l’armée péloponésienne n’est pas restée plus de 25 à 30 jours en Attique (Busolt, Griech. Gesoh. 111,2, p. 931), pendant cette période relativement courte, où tout était à organiser, on dut songer assez peu à délibérer

simples chefs mililaircs, aux fonctions slrictement limitées. Peu après, surviennent les guerres médiques, et la subite expension de l’empire athénien qui en est la conséquence. On rêve sans cesse de s’agrandir ; on doit défendre ce qu’on a acquis; de toute façon, on vit dans un état de guerre presque continuel qui met les stratèges en relief: et, comme la démocratie ne répugne pas encore à accepter un guide, s’il fait sa force et sa gloire, Périclès peut, pendant quinze ans de suite, rester à la tète des affaires, et, sans sortir de ses attributions légales, jouir d’une autorité presque absolue11. La chose s’explique fort bien. À ce moment, les anciennes magistratures ont perdu leur prestige; les archontes sont tirés au sort; l’Aréopage est dépouillé de ses prérogatives essentielles; les stratèges représentent le pouvoir exécutif. Que l’un d’eux ait assez d'autorité pour grouper autour de lui des collaborateurs de son choix : il devient le vrai chef du gouvernement. C’est l’époque la plus brillante de leur histoire. Périclès mort, pendant quelques années les hommes qui dirigent Athènes sont parfois encore des stratèges (Nicias, Alcibiade); mais, déjà avant la fin de la guerre du Péloponnèse, la démagogie l’emporte. Les projets de constitution oligarchique, en 411, comportent bien le rétablissement des privilèges des stratèges; après l’échec de cette révolution, l’autorité passe aux mains des orateurs. Désormais, les stratèges en sont réduits de nouveau à n’étre plus que les commandants de l’armée et de la flotte ; ils peuvent se rendre célèbres par des innovations tactiques, par leur habileté à tirer parti des troupes mercenaires qui, de plus en plus, se substituent aux soldats citoyens ; mais, à de rares exceptions près, ils perdent toute influence politique. Il faut attendre l’époque romaine pour les trouver de nouveau à la tête de l’État.

Modifications apportées à la stratégie après l'époque classique. — Dans l’exposé qui précède, nous avons surtout considéré les stratèges à l’époque classique, c’est-àdire dans la seconde moitié du ve siècle et la première moitié du ive. Au temps d’Aristote, la constitution du collège est assez profondément modifiée. Désormais les stratèges n’exercent plus indifféremment un commandement ou un autre : chaque année, le peuple assigne à cinq d’entre eux une mission bien définie. L’un («ri xoù, Ô7rÀ!Taç) commande les hoplites en cas d’expédition au dehors ; un autre (étù xtjv ywpxv) est chargé de protéger l’Attique contre toute invasion du côté de la terre, tandis que deux de ses collègues (st< xvjv Mouvt/tav, si? xt|v ’Axxvjv) surveillent les côtes et les arsenaux du Pirée ; un cinquième xi; <7up.p.opta<;) dresse la liste des triérarques, et, au besoin, procède aux échanges de fortune, ou instruit les contestations auxquelles donne lieu cette liturgie; les cinq derniers reçoivent des missions diverses, suivant les nécessités du moment12. Les choses

sur l’Agora. En loul cas, ce sont les historiens modernes qui ont soulevé la question ; les contemporains de Périclès ne semblent lui avoir adressé aucun reproche à ce sujet. — *2 'A0. hoX. LXl, 1. Ces indications sont confirmées par nombre de lexles épigraphiques, postérieurs, en général, à Aristote (cf. les notes de l’édition de

Sandys). Nous connaissons aussi, par les inscriptions, quelques-unes des missions,

plus ou moins temporaires, qui étaient confiées aux cinq derniers stratèges: par exemple, la garde de la paralie {1ns. gr. Il, 1 194, 1195) et du territoire d’Eleusis (1ns. gr. Il 5, 614 6, 619 6), la surveillance du matériel de guerre (1ns. gr. II, 331, 985), le commandement de la marine (1ns. gr. 11, 331) et de la cavalerie (Bull. corr. hell. XXX, 1906, p. 226), les procès concernant les étrangers (Ins. gr. II, 331). Enfin, dès les trente dernières années du ivc siècle, nous trouvons également des slralèges chargés du commandement supérieur dans certaines clérouchies, àSalamine, à Myrina et à Héphæstia dans l’îlcde Lemnos, àSyros (renvois dans Gilbert, Handbuch d. yi ■

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sont ainsi réglées à partir de 325, au plus tard1. Mais nous ignorons à quelle date remonte l’organisation nouvelle; car aucun historien ne nous renseigne expressément sur ce point, et nous trouvons peu de mentions fortuites de stratèges à attributions distinctes avant 325. Notons du moins un œçarciflbt b È7Ù ttjv cpuXaxtjv TTjç /copaç, dès 3522. Démosthène, en 351, paraît connaître le stratège des hoplites, bien qu’il ne le désigne pas expressément 3; et, pour les symmories triérarchiques, tandis qu’en 325 il existe un aTpaT^yoç 6 èiù xà; aujx- |Aopiaç rjpTijxsvoç *, en 334 elles sont encore sous la surveillance de tout le collège des stratèges5. De ces faits il semble résulter deux conclusions : la spécialisation des stratèges n’a pas été décidée d’un seul coup, et on ne s’en est guère avisé avant le milieu du ive siècle.

Par la suite, une seule chose esta relever dans l’histoire de la stratégie, la prépondérance croissante du stratège des hoplites. Elle se marque déjà, dès le premier quart du me siècle; car nous connaissons, à cette date, la carrière d’un certain Phædros : il n’arrive à la charge de ffTpotTT] ybç km xi o-kXx qu’après avoir été, successivement, età plusieurs reprises, cr-rpa xïjybç km ttjv irxpa<rjceu7)v, èu'ir»|v yili pav et èici roù; ?évo>j; 6. Elle apparaît mieux encore un peu plus tard : le stratège des hoplites devient éponyme à côté 7, ou même à la place, de l’archonte principal 8 ; plus d’une fois, le simple mot de trxpaxTiydç suffit à le désigner8; et, seul parmi les stratèges, il possède un siège réservé au théâtre de Dionysos10. Ce n’est pas à dire pourtant qu’il reste seul survivant de l’ancien collège11 ; mais lui seul désormais fait figure dans l’État. Chargé, au moins dans certains cas, de convoquer le Conseil et l’Assemblée du peuple12, d’assurer l'approvisionnement de la ville en vivres et en blé 13, de surveiller les poids et mesures et, en particulier, de punir les esclaves publics employés à la fabrication des monaiesu, de présider aux études des éphèbes et à leurs examens15, il occupe de nouveau dans Athènes, avec le héraut de l’Aréopage, un des rangs les plus considérables. Mais alors, il est vrai, ses fonctions ne sont plus guère que des fonctions administratives; et le commandement d’une milice locale est tout ce qui répond au titre même de sa charge.

II. hors d’athènes. — Hors d’Athènes, le titre de <rxpax-r,ydç se rencontre aussi fort souvent, et cela indistinctement dans toutes les parties du monde grec, qu’il s’agisse d’États continentaux ou insulaires, ioniens ou doriens, démocratiques ou oligarchiques. Ces stratèges peuvent être soit les magistrats particuliers d’une cité, soit ceux d’une confédération, soit même ceux d'un des royaumesüssus de l’empire d’Alexandre. Pour les villes, les exemples sont extrêmement nombreux 16. Citons : dans la Grèce centrale et le Péloponnèse, Mégare,

Staatshausalt. I, p. 500, nv 1) et à Samos (H. v. Gaertringen, Inschr. v. Priene , n25 ; peu avant 326). — i Nous avons déjà rappelé que la composition de l’’AÔ»ivcti'wv icoXixeta se place entre 334 et 325. — 2 Jns. gr. 11, 5, 104 a, 1. 19. — 3 Dem. IV, 26. On a voulu parfois trouver, dès le vc siècle, la trace de ce stratège ; mais, en réalité, on ne peut tirer une telle conclusion ni de Lysias, XXXII, 5, ni de Xcn. Hell. IV, 5, 13. — 4 /ns. gr. II, 809, col. a, I. 208. — S 1ns. gr. II, 804 A, col. 6, 1. 73. — 6 1ns. gr. II, 331. — 7 1ns. gr. Il, 481. — 8 Ins. gr. II, 503 ; Samml. gr. dial. Inschr. n° 2089. De môme, le nom du stratège des hoplites paraît avoir été gravé le premier au revers des monnaies d’argent du nouveau style (Th. Reinach, dans Bev. des èt. gr. I, 1888, p. 163, sq.) — 9 C’est le cas dans les deux dernières inscriptions mentionnées ci-dessus. — gr. III, 248. Le siège porte seulement

le mot ffTfatr.Yoù ; mais nous ne pouvons guère douter qu’il s’agisse du stratège des hoplites. — l* Vers 128 av. J.-C., cinq stratèges viennent à Delphes pour la P y thaï de \ ils portent les titres de lut xà ouXa, lut x b vauxtxôv, lut xo îuutxâv, lut xbv Iletpaià et lut ’EXtuaïva (G. Colin, Le culte d'Apol. Pgth. à Ath, p. 72). En

vm.

Corinthe, Argos, Tégée, Messène; en Thessalie, Lamia, Phères, Larissa, Oloosson ; en Eubée, Erélrie et Carystos; dans l’Archipel, Imbros, Andros, Coresia, Carthaia, Tenos, Paros, Minoa, Arcésinè, Calyinna; en Asie Mineure, Cyzique, Lampsaque, Ilion, Mytilène, Pergame, Stratonicée, Temnos, Erythrées, Srnyrne, Sardes, Téos, Ephèse, Magnésie du Méandre, Nysa, Milet, Aphrodisias, Sébastopolis, Eaodicée du Lycus, IJiérapolis, Cos, Rhodes; dans le Pont, Olbia ; dans les îles Ioniennes, Corcyre ; dans la Grande Grèce, Tarente, Ihurion; en Sicile, Tauromenion, Syracuse. Pour les confédérations, sans compter les lignes étolienne et achéenne dont les stratèges sont bien connus, nous trouvons des fonctionnaires de ce nom chez les Acarnaniens et les Phocidiens (dès l’époque classique), les Arcadiens (après Leuctres), les Béotiens (quand ils sont rattachés à la ligne étolienne), les Épirotes (après la suppression de la royauté), les Thessaliens et les Magnètes (au temps de la conquête romaine), les Lacédémoniens (après la chute de Nabis). Enfin il existe aussi des stratèges parmi les hauts dignitaires créés par les Séleucides, les Attalides, ou les Lagides.

Est-il besoin de le dire? à ce titre uniforme répondent, malgré certains points communs, des fonctions assez diverses. Empruntons simplement un exemple à chacun des trois groupes que nous venons de distinguer. Chez les Étoliens 17, le stratège est le magistrat le plus élevé de la confédération. Nommé chaque année, sous la seule condition d'être Ëtolien et âgé d’au moins trente ans, et rééligible ensuite indéfiniment après un intervalle d’un an, ses pouvoirs sont avant tout d’ordre militaire : dès qu’une guerre a été décidée, il convoque les troupes qui doivent y prendre part, se met à leur tète, et dirige les opérations ; après la victoire, il préside au partage du butin, et décide, en cas de besoin, de la légitimité des prises ; dans le même ordre d’idées, il veille aussi à ce que les princes étrangers, en quête de mercenaires, ne fassent pas en Étolie des levées d’hommes capables de compromettre le recrutement de l'armée nationale. En même temps, avec le conseil permanent des àTrôxXr,xot, il a une part importante dans la direction des affaires extérieures de la confédération, traite avec les puissances étrangères, introduit leurs ambassadeurs dans l’Assemblée, et envoie des théores chargés de représenter l’Étolie aux jeux des États alliés. 11 joue également un rôle dans la politique intérieure ; car, de concert encore avec les àTrbxX-rixoi, il convoque l’Assemblée et peut y faire des propositions. Enfin il intervient dans le jugement de certaines affaires, et son nom figure entête de tous les documents officiels. — Tout autres sont les attributions d’un stratège chez les Lagides18. Celui-ci

102-94, la liste des àua?-/at' de l'ennéétéridc delphique fait mention da ax^ax^? lue x4 ou"/. a, du (TToaxY|Ybç lut tïjv uapaffxeuïiv xr.v Iv arttt et du oxpax^vo; lu-, xo vauxixôv (/ns. gr. Il, 985). Kôhler suppose que le <Txoax-»iYoç lut xà ouXa subsiste seul après Pharsalo ; mais, dans une inscription éphébique postérieure à 48, il est question d’ordres donnés ûuô xe xou xoxiatixo-j x«l x<»v <Txpaxr,Y<»v (1ns. gr . II, 481, 1. 52). Enfîn, vers la fin du ier siècle de noire ère, une liste de prylanes mentionne encore un ax^axTjY<j^ à côté du dxçaxT)Ybç lut xà ouTa (Ins. gr. 111, 1020). Il n en résulte pas, bien entendu, que le collège comprenait encore dix membres, comme autrefois. — 12 ins. gr. 111, 38, 1. 49. — 13 Philoslr. Vit. sophist. I, 23. — 14 1ns. gr. II, 476, l. 46. — 13 Plut. (Juaest. conv. IX, 1, I. — 16 11 est impossible ici de donner toutes les références ; je me borne à renvoyer aux Manuels d’institulions (en particulier à Gilbert, Handbuch der gr. Staatsalt. t. II), et aux/?idices des deux Sylloge de Diltenberger. — 17 M. Dubois, Les lignes étolienne et achéennet p. 194 sq. ; Breen, De Aetolorum institutis publicis ( AInem . XXIX, 1901, p. 400 sq.). — 18 Bouché-Leclercq, üist. des Lagides , t. III, p. 137 sq. Le mot

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est, au nom du roi, le gouverneur d’une province. Dans les limites de son nome, il réunit à peu près tous les pouvoirs ; l’administration financière lui échappe seule, parce qu’elle est fortement centralisée sous la direction du dioecète d’Alexandrie ; mais il commande les troupes, s’occupe de la police, reçoit les pétitions, rend la justice, s’intéresse à l’agriculture, et administre spécialement le domaine royal. — Quant aux stratèges particuliers des villes d’Asie Mineure1, s’ils restent bien, en général, même sous la domination romaine, les premiers magistrats de leur cité, de bonne heure ils perdent tout caractère militaire. Ce sont de simples administrateurs : ils instruisent, discutent, soumettent à l’Assemblée les menues questions d’intérêt local où se réduit alors pour eux toute la vie politique ; leur activité se dépense en paroles ; ils n’ont guère en outre qu’à offrir des sacrifices, à présider des jeux, et à faire ériger les statues votées par le peuple.

Dans tout cela, on le voit, les attributions des stratèges, en exceptant peut-être les fonctionnaires royaux, ne diffèrent pas essentiellement.de celles de leurs collègues d’Athènes. Mais, d’un pays à l’autre, telle de ces attributions prend une importance plus ou moins grande : tantôt nous avons affaire à un stratège unique, et tantôt à un collège plus ou moins nombreux ; ici le stratège est éponyme, là il ne l’est pas ; et d’ailleurs, dans le même pays, les choses peuvent changer avec les époques. Bref, pour nous faire une idée précise de la situation des stratèges hors d’Athènes, le problème devrait être posé successivement pour chaque État. Dans bien des cas, les documents sont trop rares ou de date trop différente pour permettre pareille étude; et, dans les limites mêmes où elle est possible, elle dépasserait de beaucoup l’étendue de notre article.

Mentionnons seulement encore le sens du mot aTca-rr,yo; dans les textes relatifs à l’histoire romaine. Employé seul, cTpaTTiydç est la traduction de praetor. Mais on trouve aussi les expressions composées gtc,?.- Y,yd; Ü7taToç et cxpaT^yô; àvûüitaTO:; ; dans ce cas le second terme a seul une valeur précise : il rend consul et proconsul ; cTpa-rr,yoç n’est qu’une addition imaginée pour marquer aux yeux des Grecs que le consul ou le proconsul agit comme chef militaire 2. G. Colin.

STU.-YTOR. — Ce nom était dans l’armée romaine celui des soldats chargés du soin des chevaux etde l’écurie

des officiers généraux, leurs écuyers (en grec àvajioÀEuç ou axpcüTvjç). On en rencontre à côté des commandants de corps d’année1 et des légats légionnaires2, mais non auprès des tribuns, auprès des procurateurs gouverneurs de province3, auprès des préfets d’ailes auxiliaires4, des préfets du prétoire5 et même de certains gouverneurs de provinces dépourvues de garnisons6, par exemple de proconsuls1. En ce cas, on les détachait d’une armée voisine; c’est ce qui advenait en Afrique dont Vofficium était composé de soldats venus deNumidie8.

Les stratores , que mentionnent fréquemment les inscriptions, étaient les uns des soldats d’élite ( immunes )a, qui continuaient à faire partie des cadres réguliers des cohortes10 et passaient de cette fonction à quelque autre, les autres des décurions M, des centurions12, même des primipiles13. Il est évident que ces derniers étaient les chefs du groupe que formaient les premiers14.

Les empereurs avaient aussi leurs stratores 1S. A la fin de l’Empire, ceux-ci formaient une scola 16, à la tète de laquelle était un tribunus stabuli, dépendant du magister officiorum11 . Ces stratores , comme aussi sans doute les slratores de l’époque antérieure, s’occupaient de la remonte ; ils étaient envoyés en mission dans les différentes provinces pour vérifier la qualité des chevaux demandés comme impôt aux provinciaux ( equorum collatio) et en prendre livraison18. lt. Cagnat.

STRENAE. — Présents que les Romains échangeaient à l’occasion de certaines fêtes, et particulièrement aux calendes de janvier (étrennes). — L’origine du moistrena est fort douteuse : pour certains auteurs, c’est un mot sabin synonyme de Sanitas' ; d’autres le rapprochent de strenuus 2 ou même de trenus pour ternus 3, par une hypothèse plus ingénieuse que vraisemblable. Mais tous s’accordent à lui donner le sens primitif de bonum omen, heureux présage, qu’il a notamment dans deux passages de Plaute4. 11 semble, d’autre part, qu’une confusion se soit anciennement établie entre l'usage des strenae et le culte de la déesse Strenia, personnification de la santé, qu’il faut rapprocher de Salus 5 : Symmaque 6 fait remonter à l’époque du roi Sabin Tatius, l’habitude d’offrir comme don de nouvel an des rameaux sacrés coupés dans le bois de Strenia" . Un sacellum Streniae entouré d’un lucus devait exister au commencement de la voie sacrée, près du Colisée 8 ; mais il est impossible d'en fixer l’emplacement avec plus de précision.

CTToaTVfô;, en Égyple, peut d'ailleurs désigner aussi des commandants de troupes spéciales (police, appariteurs, clc.), ou meme des officiers de vénerie.

— 1 V. Cliapot, La province romaine proconsulaire d’Asie, p. 240 sq.

— 2 p. Foîicarl (Rev. de Philol. XXIII, 1890, p. 234 sq.). — Bibliographie, Arnold, De Atheniensium saeculi a. Chr. n. quint i prætoribus (Diss. I et 11, Dresde, 1874 et 1876); Droyscn, Bemerkungen ùber die attischen Strategen ( Dermes , IX, 1875, p 1 sq.) ; Gilbert, Beitrâge zur innern Geschichte Athens im Zeitalter des pelopunnesischen Krieges, Leipzig, 1877; Fischer, Quaestionum de praetoribus atticis saeculi quinti et quarti a. Chr. n. specimen , Kônigsberg, 1881 ; Hauvette-Besnault, Les stratèges athéniens , i’aris, 1884 (le travail d’ensemble le plus complet sur la question) ; Beloch, Die attische Politik seil Perikles, Leipzig, 1884 (avec, en appendice, un essai de liste chronologique des stratèges connus) ; Swoboda, Bemerkungen zur politischen Stellung der athenischen Strategen ( Rhein . Mus. XLV, 1890, p. 288 sq.); Sundwall, Epiyra phische Beitrâge zur sozial-politischen Geschichte Athens im Zeitalter des Demos thenes, Leipzig, 1906, (liste des stratèges connus de 360 à 323); Neubauer, Atheniensium reipublicae quaenam Romanorum temporibus fuerit condicio (Diss. Halle, 1882) ; Spangenberg, De Atheniensium publicis institutis aetate Maced. commutatis (Diss. Halle, 1884); Sundwall, De institutis reipublicae Atheniensium post Aristotelis aetatem commutatis, Helsingfors, 1906; Guadinger, De Graecorum magistrat, eponymis (Diss. Strasbourg, 1892).

STRATOR. i Eph. epigr. IV, p. 406, n°* 1-18 ; Disc. gr. rom. III, 1287.

— 2 Ibid. p. 407, n°* 19, 20, 21, 24, 25. — 3 Ibid. n«« 28-30. — 4 J use. gr. rom.

llf, 1094. — &Corp. ins. lat. VI, 3408. — 6 Ibid. III, 2067. — 7 Dig. 1, 46, 4 i; 1. Nemo procons u lum stratores suos habere potest ; sed vice eorum milites minis terto in provinciis funguntur. Aussi en trouve-t-on auprès du proconsul d’Afrique (Kuinarl, Act. sincera , p. 217). — & Cf. mon Armée d’Afrique , p. 261 S,I*

— 9 Dig. L, 6, 7. — «0 C. i. I. VIII, 2567, 2568, 25G9, etc. — H Ibid. 9370. On pourrait cependant admettre que le personnage mentionné dans ce texte n a été promu décurion qu’après avoir quitté la charge de strotor du gouverneur.

— 12 Ibid. II, 4114 ; VIII, 2749. — 13 Ibid. VIII, 7050. — >4 Cf. Mommsen, Eph. epigr. IV, p. 409. — Vita Coracallae, 7 ; Vit a Macrini, 4; Ammian. XXX, 5;

C. i. I. X, 3757 : primopilaris [ley.] XVI mililans sl[rator in praetorio ] imp. Caesaris (restitution de M. von Dornaszewski). — ir» Cod. Theod. VI, 31 (cl. Godefroid, t. Il, p. 242). — 17 Ammian. XXX, 5; Symmach. Epist. X, 51.

— 18 Ammian. XXIX, 3, 5 ; Cod. Theod., loc. cit. ; Symmach. loc. cil. STRENAE. i Elpidian. ap. J. Lyd. De mensur. 4, 4. — 2 Pompon, ap. Non. 1,

56; Symmach, Ep. 10. 35. —3 Fest. s. v. Strena , Millier, p. 313. « Strenam vocamus quae datur die religioso , ominis boni gratin , a numéro, quo significatur , alterum tertiumque venturum similis commodi , veluti trenam praeposita S. littera, ut in loco et lilc soleba.nl antiqui. » — 4Plaul. Stich. 3, 2, 2* et 3, 2, 8. Cf. Ovid. Fast. 1, 187: « Omen causa est •>, etc. — 5 preller, Ram. Myth. 2, 234, Voy. salus, p. 1057. — G Loc. cit. — 7 Cf Lyd. et Fest. loc. cit . — 8 H. Jordan, Topogr. d. Stadt Rom im Alterth. 1907, t Bd. 3 Abth. p. 259, Der Esquilin ; cf. Varro, Ling . lat. V, 47 ; Fest. 293; August. Cû

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De tous ces témoignages il résulte que les strenae ont toujours eu une valeur symbolique et une signification religieuse. La nature même des objets qui étaient offerts comme présents confirme cette interprétation; à l’origine, on donnait, outre les rameaux sacrés ( verbe nne) de laurier ou d’olivier, des dattes, des figues, du

miel *, « pour que l’année dans son cours soit aussi douce que le don ; »

quelquefois les fruits étaient revêtus d’une mince couche d’or : Martial mentionne notamment des dattes dorées 2. Mais les fruits ne tardèrent pas à être considérés comme un présent trop humble, que seuls les pauvres gens pouvaient se permettre, en l’accompagnant d’une peti te pièce de monnaie 3. L’argent peu à peu se substitua aux cadeaux primitifs, dignes de la simplicité de l’âge d’or; Ovide fait dire plaisamment au dieu Janus, que l’argent est encore plus doux que le

miel*. On donnait suivant ses moyens des pièces de cuivre ou d'or6. Enfin, sous l'Empire, on échangeait des coupes 6 ou des lampes de terre cuite portant l’inscription : Annum novurn faustum felicem mihi (ou tibi), ou simplement : Annum novum, Annum fauslum felicem 7, et quelquefois des représentations d’objets qui semblent figurer des cadeaux d’étrennes, tessères, fruits, guirlandes, as portant un Janus bifrons , et autres monnaies, cornes d’abondance, etc. ; sur d’autres, on voit ifig. 0643) une Victoire qui tient un bouclier ou un médaillon contenant „ la formule des vœux*. On possède aussi des tablettes en terre, en verre, en métal ou autres matières a, notamment

1 Ovid . Fast. 1, 183088; Sen. Ep. 87. — 2 Mart. VIII, 33, H; XIII, 27.

3 Ibid. — '+ Ovid. Fast. 1, 192; cf. Spon, Des étrennes , dans Recherches curieuses cl'ant. p. 480, 487. — 3 Ovid. Fast. 1, 220-226. — 6 Orelli, 4306. — 7 Corp. ins. lat. X, 8033 à 8055 ; XV, 6106 à 6210 ; Orelli 4304, 4305, 4307. Sur un fragment de terre cuite, on lit : Annum novum faustum fe'icem mihi et filio, Caylus. Rec. d'ant. IV, pL r.xxxvu, 3. Cf. Bœtt.iger, Klein e Schr. III, 316, pl. tv ; Jahrb. des Vereins von Alterthumsfreunde im Rheinl. 22, 36-40; Bull. Neap. 2 (1843-1844), 130. — 8 Passeri, Lncernae fictiles , I : Bottiger, l. c. pl. iv, P- 316 ; Bull, des ant. de Fr. ! 899, p. 140. — 9 Pour les diptyques d’ivoire, qui étaient aussi envoyés aux calendes de janvier v. diptychon. — 10 Gori, Thés. dipt. I. p. 202; voy. encore RI a Ile i , Gemme ant. 1, p. 113 ; Caylus, l. c. ; Furtwaengler, Beschreib. geschnitt. Steine, n. 8100. — il Expr.va se trouve une fois dans Alhen. 97 D, qui blâme l’emploi dans ce sens du mot Ircivop.tçj gratification •

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plusieurs en cristal, où sont représentés les cadeaux d’élrennes, comme celle qu’on voit (fig. 6644), qui était destinée à l’empereur Commode, d'après l’inscription qui l’entoure et celle de la médaille qui y est gravée 10. Mais l’argent demeura le présent caractéristique, le plus en vogue; c’est ce qui explique pourquoi Dion Cassius ayant à parler des s/renae , pour lesquelles il n’existait pas de mot équivalent en grec11, dit simplement àpyûpcov l2.

L’habitude d’échanger des cadeaux, chez les Romains, n’était pas limitée aux calendes de janvier ; certaines fêtes servaient de prétexte à des largesses réciproques et les riches qui traitaient luxueusement leurs hôtes les comblaient de présents [apophoreta, satirxaua, xenia]. Mais, à cause de leur signification symbolique d’heureux présage ( ominis boni gratia 13), on réserva presque exclusivement les strenae pour le début de l’année consulaire, c’est-à-dire pour les calendes de janvier ( die religioso 14) ; ces étrennes sont parfois désignées sous le nom de ca/endariae strenae'*. Cet usage s’étendit sous l’Empire à toutes les classes de la société; la modicité même des cadeaux le prouve; des souhaits oraux, des festins souvent licencieux et des mascarades complétaient la fête 16. Sous forme d’étrennes, certains collèges religieux faisaient des distributions d’argent ( strennas , p. strenas, dividere), soit au début de l’année, soit pour la fête d’un empereur11. Mais les étrennes devinrent aussi une pratique vexatoire, qui dépouillait le pauvre pour le riche, l’écolier pour le maître, le client pour le patron et le citoyen pour le prince18. Dès le commencement de l’Empire, la coutume s’établit d’offrir des strenae aux empereurs : en vertu d'un sénatus-consulte, Auguste put recevoir des présents en argent, qui lui étaient portés au Capitole, le jour des calendes de janvier, même quand il était absent de Rome; il employa cet argent à l’achat de statues qu’il répartit entre les divers quartiers de la ville 19. L’empereur devait rendre ces cadeaux, et cet échange s’appelait strenarum commerciurn. Tibère rendait au quadruple ce qu’on lui donnait 30 ; mais bientôt, obsédé par la foule des donateurs qui se succédaient pendant tout le mois de janvier sans interruption, il limita l’échange des strenae au jour des calendes, puis s’absenta de Rome pour échapper à la cérémonie, et enfin ne rendit plus rien 21. Par cupidité, Caligula fit revivre la coutume et reçut en personne l’argent qu’on lui apportait dans le vestibule de son palais22. Claude supprima cet abus23, mais sans faire disparaître l'usage, puisque nous le retrouvons encore sous Commode, sous Claude IL sous Théodore et sous Arcadius2*. Sous ces derniers empereurs, c’était le praefectus urbis qui apportait des strenae solemnes au prince, de la part du sénat, et le prince en faisait distribuer aux fonctionnaires du palais et à ses amis.

Sévtov signifie présent en général’, EÙapytirjxôç n'est pas de la bonne grécité, non plus que Oa'AVoç, rameau , pris avec l'acception particulière de verbena , rameau sacré. — *2 Dio Cass. 57, 17. — 13 Festus, l. c. — 14 Ibid.

— 15 Hieronym. Comm. S in ep. ad. Ephes. 6, 4. — 16 Ovid. Fast. I, 176 sq. ; Plin. II. nat. XXVIII, 51; Augustin. Serm. 329; 1. Chrysost. Homil. XXII I; Faustin, in Act. Sanctor. I, p. 3. — 17 Statuts d'un collège d’Esculape et d’Hygie, Fabretli, p. 725, n° 442, 1. 12; Orelli, 2417; l’inscription est commentée par Spon, O. c. p. 236 sq. — 18 Maxim. Turin, Homil. ap. Mabillon, Her. ital. Il, p. 18. — 19 Suet. Aug, 57; Dio Cass. 54,3 5. Cf. Friedlaender, Sittengesch. Roms, I, p. 81. — 20 Suet. Tib. 34. — 21 Suet. Ibid. ; Dio Cass. 57, 9 : Friedlaender, l. c. — 22 Suet. Calig. 42. — 23 Dio Cass. 60, 6.

— 24Auson. Ep. 18, 4; Symmach. Ep. 10, 28, Cod. Theod. VII, 24, t; Cod. Just. XII, 49.

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La coutume des étrennes, pour parvenir jusqu’à nous, eut à vaincre la résistance et l’interdiction formelle de l’église chrétienne qui condamnait dans les réjouissances et les libéralités du début de l’année la persistance d’un usage païen *. E. Maynial.

STREMA [salus, p. 1057 ; strenae, p. 1530].

STREPTINDA (ExpsTm'vSa). — Jeu en usage chez les Grecs, ainsi décrit par Pollux : « On lançait une coquille sur une coquille, ou une monnaie sur une monnaie, de façon à retourner (sTpsœstv) avec la pièce qu’on lançait celle qui était à terre » 1 ; ce qui nous oblige à supposer qu’on dressait le but sur un support. Ce jeu pouvait soit se jouer pour lui-même, soit servir de prélude à I’ephedrismos, qui en est une variété. D’autre part il diffère un peu du simple jeu de palet, où il ne s’agit que de se placer le plus près possible du but. C’était en somme notre jeu de bouchon. Georges Lafaye.

STRICTOR1UM [SPINTHER il; tunica].

STR1GILIS1 (SvXEYYt'ï*). — Strigile, curette longue à bord mousse3. On ignore l’origine de cet instrument, dont on n’a point encore trouvé de spécimens parmi les antiquités égyptiennes ou mycéniennes ; les trois plus anciens auteurs qui en parlent sont contemporains4 et vécurent dans les ve et ive siècles.

Le strigile servaitprimitivement à enlever cette grande quantité d’huile dont se couvraient les lutteurs, non pas, comme on le dit trop souvent, pour s’assouplir les muscles et les articulations, mais uniquement pour empêcher de donner prise, Xâêir), à l’adversaire3 [lucta, p. 13-46], Un homme couvert d’une couche huileuse glisse dans la main comme une anguille6; on ne peut le saisir qu’après l’avoir renversé dans le sable. La lutte finie, vainqueur et vaincu brillants d’huile, cm'Aêcov 7, Xtuapô^pw; 8, ou maculés de boue, se rendaient au bain où, dans une salle près la porte d’entrée9, on procédait à un premier nettoyage mécanique avec le strigile. Si la consommation d’huile dans les gymnases était considérable 10 et si c’était un titrede gloire « immortelle » que d’en faire les frais pendant une année ”, les raclures d’huile, (TrXÉYyiaga, yXcub; 12, tou èXacou y\oibç puTroï13, strigmentu olei , donnaient de grands profits: Pline parle de 80 000 sesterces de raclures vendues pour faire des pessaires ainsi que des liniments contre les douleurs névralgiques ou rhumatismales14.

i Terlull. De idolatr. 10 et 14; Prudent, C. Symmach. I, 136 et sq.; Augustin. Serai. 198. 2 {de knlend. januariis ; Hieronym. O. c. 3, 6, 7, p. 666: Chrysost. Homil. 23. Bibliographie. — Ph. Horst, De strenis , Jena, 1632 ; M. Liponius, De strenis , dans Thés, antiqu. de Grævius, XII, p. 409-552 ; Spon, Recherches curieuses d'antiquité, Lyon, 1683,. 30e dissertât. Des Estrenes , p. 485 et suiv. ; Spon, De origine strenarum, dans T/ies. Antiqu. de Gronovius, IX, p. 208; llieron. Ross. Janotatius de strena , dans Thés. Antiqu. de Sallengre, II, p. 1410, 1448; Bœttiger, Amalthea, III, p. 168 sq.; Morgenbl. 1846, n° 60 sq.; SclieilTele, Die Gelübde der Alten , der erste Januar im alten Rom, Strenae, Janus, Acsculap. Stuttgart, 1851, 4, p. 15-17; Preller, Rœm. Myth. I, 180 et II, 234; Marquardt, Staatsverwalt. III, 14; et Privatleben der Rœmer , I, 251 sq. et I, 94, n. 6; Friedlaender, Sittengesch. Roms, 7e Anfl. I, p. 81 ; Martigny, Dict. des antiq. chrétiennes, s. v. étrennes et janvier (calendes de;.

STREPTINDA. 1 Poil. IX, 117. — Bibliographie. V. celle de ludi, jeux privés. STRIülLIS. l De stringo; Bréal et Bailly, Dict. étym. Lai. 1885. — 2 Héraclide de Tarente écrivait «rcocyytq, forme plus voisine du latin (Erot. Gloss, p. 328). Sous l’Empire, on employa le mot lùazça avec le môme sens et Lucien considère comme une affectation d’archaïsme de dire à* o crû ty(l a ai au lieu de àito'iWairûat {Rhet. praec. 17). — 3 Bien que notre mot étrille soit un doublet de strigile et dérive de strigilis par strilla ( Constit . Fred. regis Sic. 113), on ne devrait pas l'employer dans le sens de «rcXeyytç, puisque il désigne un instrument toujours denté. — 4 Hippocrate, Aristophane et Platon. — 5 Pour la môme raison, les lutteurs albanais et les pehlivanes orientaux se versent, pour chaque lutte, sur le corps et le caleçon de cuir plus de 300 grammes d’huile, alors qu’il en faut à peine 25 grammes pour masser un adulte. — 6 Lucian. Anach. I. — 7 Theocr. Il, 80.

Quand il fut de bon ton de se livrer aux exercices du corps, et quand tout le monde y prit part, chacun eut son strigile qu’il faisait porter au bain par un esclave15. Tous ces désœuvrés qui hantent les étuves se font donner un coup de strigile soit pour enlever le peu d’huile ou de ceroma qui reste sur le corps après le massage, soit même pour enlever la sueur et ces débris épidermiques nommés « copeaux balnéatoires10 ». Bien que cette coutume fût nuisible11, on l’appliquait même aux malades contrairement aux conseils d’Hippocrate 1S. Les femmes avaient également leur strigile 19, qui servait au bain, pour enlever surtout la pâte épilatoire[psiLOTBRUM], dont elles s’enduisaient le corps 20.

Bien que le strigile se compose toujours d’une longue cuillère creuse [ligula] et d’un manche, capulus , la forme de cet instrument a subi de telles modifications qu’on ne peut encore essayer une classi fication chronologiq ue et géographique21. Cependant, on reconnaît déjà que les plus anciens spécimens sont faits d’une feuille de métal bronze ou argent travaillée à la lime et

Fig. 6645. — Manche de strigile.

au marteau. La cuillère dessine un demi-cercle22 dans sa longueur; elle est fortement concave dans sa largeur etse termineen s’évasant. « Lemanche est en forme d’anneau long où l’on passait les doigts23 ». Plus tard, les deux tiges du manche sont rapprochées : la première est une table plate; la seconde est ronde, filiforme et vient se terminer sur le dos delà cuillère, sans y adhérer toutefois, par une petite plaque lancéolée ou foliée 24 sur laquelle on appuyait soit le pouce, soit l’index (fig. 6645). Quand l’usage prévalut de fondre les strigiles au moule, la cuillère forma un angle droit avec la poignée, qui se composait de deux longues tables semblables, parallèles, distantes de 5 ou 6 millimètres sur les neuf dixièmes de leur longueur, mais adhérentes l’une à l’autre aux deux extrémités (fig. 66 46) 25. Souvent même le manche est cylindrique 26 ou, comme dans les

Fig. 6646. — Strigile de forme coudée.

— 8 lb. 102. — 9 Probablement la pièce nommée destrictarium (cf. balneüm, notes 130 et 1 79;. — 10 V. gymnasiarchia, p. 1682; cymn/.sium, p. 1689). — MReu. ëtud. gr. 1890, p. 69. — 12 Scol. Aristoph. Nub. 449. — 13 Ib. ; cf. Galen. (éd- Kuhn, XIII, p. 225). — H H. nat. XV, 5 et XXVIII, 13. — 15 Voy. balneüm, fig. 744; Lucian. Lexiph. 2; Fers. Sat. V, 126. — l(> Tliéoph. Gautier, Constantino¬

ple, 1853, p. 239. — n Cf. Suet. Oct. 80. — 1» De acut. morb. 31. « On doit se servir d’éponges au lieu de strigiles. « Cependant Aristote constate que la sudation est plus abondante avec le strigile ( Probl . II, 12, éd. Didot, IV, p. 121). — 19 Aristoph. Thestn. 556. V. Stephani, C. rend, de la comm. arch. S. Petersbourg , p. 1863, p. 149; p. 1865, p. 191; p. 1870-1871. p. 28. — 20 Galen. Sec. loc. I, 4 (éd. Kuhn, XII, p. 455) : « Elles s'enduisent le corps (d’un épila-, Loire), ensuite elles se rendent dans une chambre tiède du bain, et quand elles commencent à transpirer, elles enlèvent avec un strigile le médicament dune partie du corps. » Traduct. Ch. Daremberg, Œuvres d’Oribase , 1854, II, p. 887. — 21 Voir le classement adopté par H. B. Walters ( Catal . bronzes, British Mus. 1899). Sa série la plus ancienne remonte à 550-460 av. J.-C. Fernique, Étude sur Préneste, 1880, p. 146, a pu écrire qu’à Préneste : « les strigiles sont toujours exécutés d’après le môme modèle » : il n’en est pas de môme à Pompéi, si 1 on compare seulement les deux types donnés l’un par E. Breton {Pompeia, 1869, p. 176) et l’autre par A. Itich {Dict. des antiq. 1861) s. v. clausula. — 22 Dennis,

- The cities and cemeteries of Etruria , 1848, II, p. 426. — 23 A. de Ridder, Cat. des br. de la Soc. archéol. d’Athènes, p. 105. — 24 Ce détail est bien visible dans la fig. 6045; Carapanos, Dodone et ses ruines, pl. xxvi, 8 bis. — 25 Strigile de Pompéi, Mus. Borbon. Vil, pl. jtvi. — 26 Babelon et Blanchet, Cat. des br. de la Bibl. nat. 1811 et 1814; Brit. Mus. guide. Gr.and. rom. life , fig. 98, p. H3

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strigiles des musées d’Autun1 et de Bourges2, il se

compose d’une seule laide, à arêtes vives et angles droits, dont la largeur est double de l’épaisseur. A Cyzique (cimetière de Bulgar Keuï), les spécimens les plus récents ont une poignée formée de deux tables plates, parallèles, longues de 10 centimètres, adhérentes à leurs extrémités; la cuillère, longue de 27 à 28 centimètres, forme d’abord un angle obtus avec le manche, puis se recourbe presque à angle droit au premier tiers de sa longueur, là où se trouve la plus grande largeur.

Lalongueur des strigiles varie d’ordinaire entre 16 et 30 centimètres; M. A. de Ridder en décrit un « de provenance inconnue, long de 7 centimètres, manche, 3 centimètres, percé d’un trou » et le considère comme un monument votif3 ; de semblables olfrandes 1 étaient, on le sait, dans les habitudes de l’antiquité.

Les strigiles se faisaient ordinairement en fer et les plus renommés venaient de Pergame5 ; mais la plupart de ceux que l'on conserve dans les collections sont en bronze. On en trouve aussi en argent6, en électrum \ en plomb6, en corne9, en ivoire 10, en os 11 ; les Lacédémoniens en avaient en roseau, xaÀagivai 12 ; les Agrigenlins en or ou en argent13. Dans l’Inde, on les fabriquait en ébène

Les strigiles portent fréquemment des inscriptions1’.

L’ornementation est le plus souvent formée de lignes sinueuses, de fleurs, de cannelures16, de masques11; il y a aussi de véritables sujets : Apollon assis16, Centaure dressé et jouant des cymbales19, Hermès, etc.20. On a

Fig. 6647. — Slrigile à manche décoré.

1 Musée Rollin, vitr. L. — 2 Provenance inconnue. —3 0. c., n. 575. — 4 Anth. pal. VI, 282; Senec. Epist. 95, 17. cf. donama, p. 37G. — 5 Mart. XIV, 51.

— 6 Musée du Louvre, salle des bijoux, n. 7329 ; Antiq. du Bosphore cimmérien, p|. xxxi, 2, 3. — 7 Raoul-Rochette, Mém. de l’Ac. des Jnscr. 1838, XIII, p. 632.

— 8 Bull, de VI nit. 1829, p. 204 ; 1830, p. 236 (peut-être votifs) ; Mart. XIV, 52.

— 9 Breton, Pompeia, 1869, p. 176. — 1° Ib. — H Coulon, De l'usage des strig. dans l’antiq. Paris, 1895, p. 6 et 45, pl. m, n. 3. Spécimen trouvé dans le Cambrésis.

— 12 Plut. Instit. lac. p. 239, A; Scol. Plat. Charm. p. 324. — 13 Üiod. Sic.

XIII, 82 ; Aelian. Var. hist. XII, 29. — « Strab. XV. 907. — 45 Dédicaces à Artémis, Rev.archéol. 1906, p. 450. Noms de fabricants ou de possesseurs; la plus ancienne de ces inscriptions parait être la marque du Corinthien Kalistratos (vi* siècle), Brit. Muséum, n° 254; cf. P. Kretschner, Die griech. Vaseninsclir. Gutersloh. 1894, p. 241. Parfois le nom est au nominatif, Brit. Mus., 322 a;

cf. 322 b. Parfois au génitif précédé de vif, suivi ou non de >l|u .-ainsi *àf Eemur/ou, provenant de Ruvo, ih. 325. Les inscriptions sont gravées au pointillé, au trait et même incrustées en argent, comme la marque archaïque de KtXo», British Mus. n. 256 ; ou bien elles sont accompagnées ou remplacées par des ligures poinçonnées, homme barbu dansant (slrigile de Kalistralros (hippogriffe) musée de Saint-Germain, autrefois au Musée de Cluny, Calai. 1883, n. 7901); parfois c'est un nom propre qui est poinçonné (Frohner, Calai, des br . de la colt. Gréau , 1885, n. 402. V. encore Friedrichs, Berlin Ant. Bildwerlce , II, llronz. p. ,89 sq. ; de Witle, Coll. Beugnot, 1840, n. 327, etc.). — 10 Pottier-Reinach, Cat. des t.

cuites de Myrina. n° 483, p. 220. — 17 Babelon et Blanchet, O. I. n, 1810.

— 18 De Ridder, Cal. des br. de la S. arch. d’Athènes , n. 542. — 19 lb. n. 543.

— 29 Pottier-Reinach, Nécropole de Alyrina, p. 201, fig. 20; Collignon, Man.

d'urchéol. gr. 1« éd. fig. 138; de Ridder, O. C- n. 531. — 21 Fernique, Et. sur Prè-

neste, p. 140. — 22 lb. n. 132 et 134 delà coll. Barberini. — 23 British Mus.

n. 665 ; autre spécimen ap. Frohner, Catal. des bronz. Coll. Gréau , 1885, n. 582.

— 24 Voy. Décheletle, Rev. archéol. 1902,1, p. 248. E. Brizio, Tombes expi. ùMontefortino ; deux strigiles en fer dans la tombe 40 de Montefortino ; troisen bronze dans une tombe à Boissières (Gard), Corp. ins. lat. XII, 3698, 13 ; A. Aurès, Marq. defabriq. du musée de Nîmes , 187G, p. 91, n. 223 et 224, pl. xxiu ; Pottier-Reinach,

trouvé à Préneste plusieurs strigiles dont le manche rapporté21 est fait d’une figurine en bronze22. Le plus célèbre représente une femme nue tenant un petit slrigile dans la main gauche (fig. 66 47 ) 23.

On a découvert des strigiles dans toutes les parties de l’ancien monde, et surtoutdans les tombes.

En règle générale, on peut dire que les strigiles sont d’autant plus nombreux dans la nécropole d une ville, que les habitants ont mené une vie de mollesse et d’oisiveté.

En Asie Mineure, comme en Europe, il n’est pas rare de rencontrer deux ou trois strigiles dans la même sépulture24: quelques-uns ont encore la courroie de cuir qui les reliait25; d’autres sont réunis par une chaînette26, ou un anneau 21 ; on a trouvé de véritables trousses (fig. 6648) qui répondent à 1 expression consacrée strigilis et ampulla 28.

C’est ainsi que les peintres représentaient sur les coupes à figures rouges le gtAeyy1? xac XrjxuÔoç29 OU linjTCoXVjxuQoç appendu aux murs des gymnases et dans les salles de bain (fig. 748, 5936), à côté de sacs à éponges30. Ces mêmes vases montrent également comment on tenait le strigile à la main et comment on s’en servait31. Le type de l’éphèbe32 ou de la femme33, destringens se3\ se rencontre aussi sur les miroirs35, les intailles (fig. 66 49 ) 36. Le sujet fut traité au ve siècle par un sculpteur inconnu31 et par Polyclète 38 ; au ive par Lysippe39. L’Apoxyoménos 40 de Lysippe est célèbre. Agrippa l’avait placé à Rome devant ses thermes; on en possède une bellecopie dans 1 homme au strigile du Vatican41. En Grèce 42 et en Anatolie on a trouvé plusieurs apoxyomènes 43 ; il en existe également

Nècrop. de Myrina , p. 93. — 25 GefTroy, Lettre de Rome du 10 juin 1879 (C. r. Acad, inscr. 1879, p. 152). - 26 Antiq. du Bosphore, XXXI, 3; Calai. Coll. Eug.Piot (1864), p. 55, n. 13. —27 Fig. 6048, Mus. Borbon. VII, pl. xvt ; De Witte, Catal.de la coll. Castellani, Paris, 1806, n. 270 ; De Ridder, Catal. des br. de la Coll, de Clercq, p. 351, n. 044 ; Brit. Mus. Gr. and. rom. life, p. 113. — 28 Plaut. Stich. 230; Cic. Fin. IV, 12. Pour ampulla olearia, cf. fig. 292, -03, 544.

— 29 Aristoph. fr. Dactal. ap. scol. Eq. 577 ; Plat. Bipp. min. p. 368 c; Heysch. s. v. Pour le sens des niotSffvn-fYiSoV^xuôoç et Çu(itçoai(*u8o;, cf. Il . Estienne, Thés, ling gr. s. v esUnU; Letroune, Récompense promise, p. 46 sq. — 30 Galerie Pourtalès. n° 296 ; dans le Dict. fig. / 48, 3678, 5891, 5936, 6552, elc . ; Gerhard, A user les. gr. Vasenbild. IV, p. 277, 280 et 283, u. I. Ou les voit aussi (fig. 939) dans l'atelier d'un fondeur. — 31 Caylns, Recueil. Il, pl. xxxvn ; cf. Grivaud de la Vincelle, O. c. ; Catal. Pourtalès, n° 200, 293 (Brnnsted, Voy. de la Grèce, 1, p. 287 ; Panofka, Antiq. du cab. Pourtalès, pi. v, p. 28-30), 297, 298, 361 ; ou portait sur l'épaule tous les ustensiles de bain, voir fig. 774. Jamais le baigneur n’est représenté, comme on l'a dit, avec la trousse suspendue à sa ceinture. — 32 Tischbein, O. c. pl. i.xiv; L. Muller, Descr. du Musée Thurwaldsen (Copenli. 1847) I, n" 112, p. 81 sq. ; le n. 797 du musée de Berlin (Gerhard, Antik. Bildw. pl. lxvu; Coll. Lichtenstein. Arch. epigr. Mitth.aus Oester. 1881, pl. iv). Sur les vases à fig. noires, les éphèbes emploient ordinairement l'éponge et non le strigile; cf. Cat. Gai. Pourtalès, n° 294. — 33 Arch. Anzeig. z. Jahrb. des d. arch. Instit. 1893, p. 90, n. 36 et invent. 3218. — 34 Expression de Pline pour traduire ’Aco^uônevoç. 11. nat. XXXIV, 19, 6 et 13). — 38 Mon. d. Inst. IX. pl. xxvui et Ann. 1871, p. 117 ; cf. notre fig. 749. — 36 Coll, de Stosch ; Furtwiingler, Gesch. Steine, Berlin, n. 195.

— 37 Athlète de Thespies, Rev. èlud. gr. 1888,p. 465. — 38 pljn. H . nat. l.c. — 39/6. 19, 13. — 40 ’Aitoîuofiivos = «itorrXeyyiïoixiv'jî employé encore à l'époque d’Aristote (Prob. II, 12, éd. Didot, IV, p. 121); Plin. B. nat. xxxiv, 19, 13. — 41 Mon. d. Inst. V, 13; Brunn-Bruckmann, Denlcm. n. 281; Collignon, Bist. de la sculpt. gr. II, p. 218; V. Duruy, B. des Rom. 1880, II, p. 203. — 42 Bas-reliefs de Delphes, du Pirée (Cavvadias, Catal. 888 ; Le Bas, pl. Lin, 2 ; Coulon. O. c. pl. i; U. Kôhlcr, Torso eines Apoxyom. ap. Mitheil. d. déutsch. Inst, in Athen, 1877.

— 43 0. Benndorf, Eorscliung. in Epliesos , Vienne, 1906, p. 181. sq. et fig. 127-129

Fig. 6649. — Atlilèle se frottant avec le strigile.

Fig. 6648. — Trousse de baigneur.

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en lerrc-cuite provenant de l’Éolide1. Les sculpteurs gallo-romains ont reproduit ce thème dans la décoration architecturale de Mediolanum 2. En Italie, les peintres décorateurs se servirent également de ce motif pour 1 ornementation des palestres3 * ; on trouva au vme siècle dans une chambre sépulcrale de la voie Appienne « une fresque représentant une esclave en train d'étriller la cuisse d’une femme avec un strigile » (fîg. 223) A Des strigiles ont été ligurés sur quelques stèles funéraires (fîg. 3668) d athlètes ou de gymnasiarques8.

SoRLIN DûRIGNY.

SI RI(. LIS, stria1. PcxêSo;2, Sia^uaga3. — Noms donnés aux cannelures ou moulures curvilignes, parallèles, creusées à la surface des colonnes, pilastres, baignoires, tombeaux, etc. Vitruve* considère cet ornement comme l’imitation des plis de la robe5.

I. Cannelures verticales. - — On les trouve à Mvcènes sur les demi-colonnes du 11e tombeau à coupole6 * et sur des colonnettes d ivoire provenant de meubles h Toutes les colonnes doriques grecques étaient cannelées verticalement ainsi que les plus anciennes colonnes ioniques 8 [columna]. Les peintres de vases n’oubliaient point de figurer ce détail par des lignes droites9.

La forme des cannelures est toujours une courbe concave ou ondulée, mais jamais une entaille abords droits ou en biseau 10 * comme celle des triglyphes. La courbe varie selon les ordres : dans le dorique, elle est moindre qu un demi-cercle ; on peut regarder les cannelures du Parthénon comme des sixièmes de circonférence H; celles du grand temple de Pestum (fîg. 6650), comme des

1 Pollier-Reinacl). Catal. des t. cuites de Myrina , 1880, n» 298 (salle R du Louvre): à Cvnié, Reinach, Cat. Musée de Constantinople , 1882, p. 81 : « Eros se frottant avec le strigile — 2 Espérandieu, Recueil des bas-rel. de la Gaule , 1908, II, p. 2,4; L. Audiat, Catal. du musée de Saintes, 1888, n. 183 et 1X4. — 3 H. Thédenal. Pompe!, II, p. 92. — 4 Ficoroni, La bolla d’oro, p. 43. — SMordtmann, Inscr. de Brousse ( Sup . archéol. du Syllogue de Constantinople , 1875, p. VIII; le P. Germer-Durand, Moniteur Oriental du 23 juillet 1897), etc.

STRIGI.IS. 1 Vilruve nomme indifféremment stria la concavité de la cannelure,

1 arête vive et le listel; pour mieux préciser, il appelle striglis la concavité et stria le listel : striglium cava et angulos striarum (IV, 4, 3). — 2 La signification longtemps indécise (H. Estienne, Thés, graec , s. v. ’Pà8So,a,;) est précisée par les inscr. de 1 Erechthéion distinguant les colonnes non cannelées, toù,- àpaSSïnog,; (Coup, inscr. attic. vetust. n. 322, 1. 66) d’avec les colonnes couchées,

*t8vo,v (1b. I. 49). Cf. Aug. Choisy, Etud. sur l'architect. gr. 1883, p. 91 sq.

3 Diod. Sic. XIII, 82. — 4 IV, 1, 7. Cette théorie ne semble plus admise. On

peut croire que les cannelures sont les témoins transformés de l’ancienne coutume

do recouvrir les colonnes d un enduit protecteur, ou d’une enveloppe métallique.

Charles Blanc ( Gramm . des arts du dessin, 11876, p. 139) les considérait

comme une réminiscence des colonnes primitives formées de tiges liées ensemble.

Léonce Reynaud, Traité d’archit. 1867, p. 226, y voyait une pratique d’exécution.

Sa théorie adoptée par Aug, Choisy iHist. de VArchit. 1, p. 300), développée par

Ch. Chipiez et G. Perrot (f/ist. de l’Art, I, p. 344 et 349; II, 217 ; VI, 325 sq. ;

VU. 424), semble contraire à ce que l’on sait de la technique primitive. On a

montré à 1 art. scôlptcra, p. 1139 que la gouge [caecum] servit d’abord à abattre

les arêtes des surfaces sciées (fig. 0224) et non à faire des cavités que l’on obtenait

par un procédé analogue à celui du menuisier creusant une mortaise , pratique

ancienne que l’on peut étudier dans les ornements de l’époque thinite. Les monu¬

ments de la v" dynastie conservés au Louvre montrent que toutes les moulures caves

sont limitées par des faces planes alors que les courbes ne s’observent que dans les

reliefs, comme cette frise formée de baguettes demi-rondes, convexes, parallèles et

contiguës, véritables 'pàSSai que l’on retrouve dans les nierions sur la stèle du roi

Serpent, le maslaba d’Akhoutotep, le linlTau du sépulcre de Meri (B. 49, a), elc

— 5 Dans la statuaire archaïque, les plis ne sont jamais rendus par des moulures

taies, mais par des baguettes convexes, ’pàoSot, comme le montrent deux statues

du Louvre ; la Héra samienne que Chéramyès consacra au vu siècle et l’image de la

reine asiatique Napir-Asou du xvu siècle (Salle deSuse). - 6 H. Schliemann, My cènes,

1879, p. 218, fig. 214 a. Cf. Bull. corr. hell. 1891, p. 652. — 7 ’Eer.i,. 1888, pl. vm, fig. 8; G. Perrot et Chipiez. O. c. VI, p. 525, fig. 204 et 205. — 8 Alex. Murray] Sculpt. columns of the temple of Diana Ephes. (ap. Journ. instit. of brit. archit. JII, 2 ; FL Petrie, JAaukrotis, 1, pl. ur. — 9 Fig. 48ft, 506, 616, 92i, 1308, 1426, IAT’, 1790 sq. — 10 Une exception apparente se voit dans les grandes colonnes en briques de l’entrée de la Basilique à Pompé! (H. Thédenat, Rompéi,

II, p. 34, fig. 40). — U Cet arc de cercle est décrit du sommet d’un triangle équilatéral ayant pour base la sous-tendante de la cannelure; Nolau, Antiq.

quarts de circonférence12. Les colonnes corinthiennes ont les cannelures les plus concaves 13 * , atteignant parfois les deux tiers d’une circonférence u.

La colonne d’acanthe trouvée à Delphes est cannelée de façon particulière :

c’est une courbe symétriquement ondulée comparable à l’arc en ®*®®. — Cannelures doriques,

accolade 1S.

La largeur des cannelures ne dépend pas seulement de leur nombre et de la grosseur de la colonne 16 * ; elle varie également dans une même colonne selon l’étage des tambours et diminue depuis le sol jusqu’au chapiteau n.

Le nombre des cannelures est toujours divisible par 4, de sorte qu’une cannelure correspond au milieu de chacune des faces du chapiteau 18. Le dorique comporte de seize19 à vingt-quatre20 cannelures21 ; on en trouve 44 sur la colonne asiatique, qu’elle soit perse22, éphésienne 23 * ou naxienne 21 . Au ve siècle, on adopta le plus souvent 20 cannelures pour les deux ordres25.

La séparation des cannelures est toujours une arête vive dans les monuments archaïques26. A partir du

d’Athènes, Ath. 1850, pl. xxvn, fig. 1; Penrose, An inrestig. of the princ. of Athen. archit. 1851, pl. xxi, fig. 14 et 15; cf. Dict. de l’Acad. des beauxarts, s. v. Cannelure, fig. B; L. Reynaud, O. c. pl. ix, fig. 3 : mais comme le lait remarquer Peurose {L. c. p. 52) ces courbes n'ont jamais la sécheresse que donne le compas. — 12 Arc de cercle décrit du centre d’un carré dont le côté est la sous-tendante de la cannelure (Dict. de l’Ac. des b.-a. I. c. fig. A). Vitrure indique ce procédé, IV, 3. 9. 13 Pour 1 ordre ionique, Vilruve recommande de donner

à la courbe des cannelures la forme d’une demi-circonférenCe, c’est-à-dire d'un arc de cercle dont la sous-tendante est l hypothénuse d un triangle rectangle isocèle qui, en pratique, était une équerre, nobma (III, 5, 13). C’est la forme adoptée pour les trois colonnes corinthiennes du temple de Castor et Pollux à Rome, dont le moulage est à l'Ecole des Beaux-Arts ; ces cannelures oui une corde de 154 mill. et une flèche de 77 mil]. — 14 Temple de Vespasicn à Rome; la corde qui sous-tend l’arc est la base d’un triangle équilatéral inscrit. Cf. Dict. de l’Ac. des b.-a. fig. C.

— 13 Courbe qui semble formée par deux talons de cymaise adossés ; chacune des deux parties symétriques est convexe dans son tiers postérieur et concave dans les deux tiers antérieurs. Moulage au Louvre ; Fouilles de Delphes. Il pl. xv. — 16 Los colonnes de l’Olympieion d'Agrigente, plus grosses que notre colonne Vendôme, avaient, d’après Diodore de Sicile (XIII, 82), « des cannelures, rà Sta'ùapat», pouvant contenir chacune le corps d un homme. » Près du chapiteau ces cannelures onL encore 51 centimètres de largeur. — 17 Les cannelures de la colonne d’acanlhe de Delphes ont 107 mill. de larg. à la hase du premier tambour el 90 seulement au sommet du cinquième ; Th. Homolle, Bull. corr. hell. 1908, p. 207. — 18 L. Reynaud, O. c. p. 236. On cite, comme exception, les colonnes du pronaos à Assos qui ont 18 cannelures, (lâcher Clarke, A doric shnft and base found at Ass., Amer, journ. of Archaeol. II), alors que celles du pferoma (fig. 1752) n’en ont que 18. Est-ce pour obtenir cet effet d'optique signalé par Vilruve (IV, 4, 2) " — «Temple do Sunium, Artemision de Syracuse, ancienne colonne dans l’Heraion d'OIympie (Baudenkm. pl. xxi, fig. I), colonne trouvée à Vulci (fig. 1773). — 20 Temple sur l'Acropole de Tarente, de Poséidon à Pestum (fig. 1753) et celui de Démêler (G. Perrot el Chipiez, O. c. VII, fig. 223), clc. — 21 G. Perrot et Chipiez (O. c. Vil, p. 429, n. 1) signalent comme des exceptions 28 cannelures « dans une colonne trouvée parmi les fondations du temple tl Ephèse el 32 dans deux fùls de Samos décrits par Ross. » L exception n est qu apparente, puisque ces monuments sont asiatiques.

22 Une co'oime perse, au Louvre, portant le nom d’Artaxerxès, a 48 cannelures.

— 23 Al. Murray, O. c. ; Perrot cl Chipiez, O. c. VII, pl. x, fig. C. — 24 Moulage au Louvre; colonne du Sphinx, Fouilles de Delphes, II, pl. xiv. — 23 Colonnes de l’Héraion ( Olympia , Baudenkm. pl. xxi, fig. 2 sq.), du temple de Zeus ; colonnes ioniques (/b. pi. i.xxiv) el corinthiennes (1b. pl. i.xxv) de la Palestre; colonnes du Prytaneion (Ib. pl xuv, fig. 3 b), du Pliilippeion (1b. pl. i.xxxi): à Olyrnpie ; temple du vie siècle à Delphes, l’ancien el le nouveau Parthénon d'Athènes; cf. Choisy, Hist. de V Archit. I, p. 314. —26 Les colonnes perses des Akhéménides sont à vive arèle comme celle des Naxiens à Delphes et celles de l’Artémision d'Ephèse reconstruit avec l aide de Crésus (Herodot. T, 92).

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ve siècle, ce mode ne fut conservé que pour le dorique (fîg. 6650). On remplaça dans la colonne ionique

l’arête vive par un lilet ou listel çfig.

6651), dont la largeur égale le tiers ou le quart de celle de la cannelure'. Sur la colonne d’acanthe de Delphes, le listel est

Fig. 6651. — Cannelures ioniques. Creusé Cn SOll milieu

d’une rainure à section triangulaire; sur les deux colonnes en marbre phrygien du Panthéon à Rome, il est orné d’une baguette en relief '2; sur un pilastre sassanide, le listel est chargé d’un filet décoré d’une mince baguette3. Parfois à l’époque romaine, le listel seul est indiqué et fait l'effet d'un filet posé sur une colonne lisse; la partie convexe comprise entre deux listels se nomme cannelure plate. On en voit un exemple au tiers inférieur des colonnes de l’intérieur du Panthéon à Rome4.

La terminaison des cannelures vers la base et le chapiteau se fait par une section horizontale6, une calotte sphérique 6 ou un amortissement insensible sous la courbe de l’échine7. D’après Perrault, au palais des Tutèles, à Bordeaux, la cannelure s’échancrait en demicercle pour laisser voir le fût lisse de la colonne 8.

Les rudentures sont des moulures planes ou convexes qui semblent enchâssées dans les cannelures pour en rendre les arêtes moins saillantes et les protéger. Les Romains employaient ces cannelures rudentées dans le tiers inférieur de leurs colonnes et de leurs pilastres9. Les Hellènes avaient préféré émousser les arêtes vives10 ou laisser lisses les tambours inférieurs qui conservaient alors, en Asie, la forme tronconique 11 et, en Europe, celle d’un tronc de pyramide à base polygonale12. Ces spécimens sont très rares et on les attribue d’ordinaire au non-achèvement de l’édifice13.

La sculpture des cannelures, 'pocSocuci;, se faisait quand les colonnes étaient dressées en place ; il aurait été difficile de bien raccorder les tambours à cause de la diminution progressive des cannelures dont le dessin est plus artistique que géométrique. On connaît les noms de la plupart de ceux qui cannelèrent les colonnes de l’Erechthéion et le prix qu’on paya à ces sculpteurs 14.

IL Cannelures horizontales. — Elles sont creusées circulairement autour des bases de colonnes. Signalée déjà dans l’ancien Héraion deSamos 13 cette base cannelée fut retrouvée en Perse, à Pasargade(fig. 6652) par M. Dieulafoy 16,puis à Naucratis dans le plus ancien temple d’Apol-

Fig. 0652

. — Cannelures horizon laies.

Ion 17 et enfin à Locri 18 en Calabre.

III. Cannelures hélicoïdales. — On en distingue deux genres selon que la colonne est

à fût droit19 (fig. 6653) ou torse; dans ce dernier cas, les moulures sont dites cannelures torses20.

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