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II. — Le filet de pêche n’est pas moins ancien

Les Égyptiens s’en servaient et l’on a même trouvé, dans un tombeau de Thèbes, les restes d’une senne encore garnie de ses plombs et de ses boisip. Sur un des plus anciens monuments de la Chaldée, le dieu N'inghirsou tient des captifs enfermés dans une sorte de nasse ou de filet comme des poissons11. Chez les Grecs, les filets de pêche offrent d’assez nombreuses variétés. Le nom générique est encore Scxtux, iL.EUTcxi Sixrua 12 ou )ùvau; mais on distinguait plusieurs catégories qu’énumère Oppienu, àg(pi'6Xr,<rrpa, ypîtpot, yâyyap.a, u7to^at, cayrivai, xa^uggaTût.

L’àfxst^ATjTTpov est l’épervier, le filet en forme d’enton-

1 Coupe à fig. noires de Capoue, Arch. Zeitung , 1881, pl. v. Autres exemples : trépied de Tanagre {Ibid. pl. iv) ; coupe signée d'Oikopliélès (Kroehner, Catalogue Collect. van Branteghem, n° 1, pl. i); sujets estampés sur le rebord des grands plais ou sur la panse des grandes jarres de Géré (Loescficke, Arch. Zeit. 1881, p. 34; Pottier, album des Vases antiques du Louvre , pl. xxxvm, D, 345, 347, 348) ; Mélanges Perrot , p, 270, pl. îv. Pour Eliisloire de la chasse au lièvre, la haute antiquité et le prolongement de ce sujet à travers les âges, cf. Bull. corr. hell. 1893, p. 228 et sq.; Jahrhuch Inst. 1 9ü6, p. 121. — 2 Lasiuio, Baccolta di sarcofagi, urne , etc. del Campo Santo di Pisa , pl. r.xxiv, ex, cxxxv ; de Laborde, Les Monuments de la France, I, pl. lxx (cf. Montfaucon, Antiq. expliq. Supplément, 111, pl. lxxi) ; Lenoir, Statist. monum. de Paris, I, pl. xxvi ; Monumenti Inst. IX, 1869, pl. il : Annali, XXXV, 1803, pl. A, fig. 2 ; Michaelis, Ancient Marbles, p. 381, n°‘ 244, 245 = Yales, Textrinum antigu. pl. xvi; Notizie dei Scavi , 1904, p. 47.

— 3 H. de Villelosse, dans Bulletin arch. du Comité des trav. hist. 1903, pl. i. — 4 Monumenti Inst. 1, 1831, pl. xxxm (peinture d une tombe étrusque de Tarquinies) ; Bartoli et Bellori, Pictura antiq. p. 54, pl. xxvi, xxvn (tombeau des Nasons; cf. Rich, Uict. des Antiq. s. v. Rete). — 5 Antiq. du Bosphore Cimmérien, pl. xlii ( = Schreiber, Bilderatlas , 1, pl. lxxx, n° 5) ; cf. C. rend. St-Pétersbourg pour 1867, p. 53.

— 6 Gauckler, dans Bull. arch. du Comité, 1901, p. 135, fig. 1. —7 Annali, 1863, pl. A., fig. 2. —8 Bull. arch. du Comité, 1903, pl. i. — 9 Antiq. duBosph. Ctm.pl. xlii.

— 10 Wilkinson, Manners and customs, III, p. 37, 55 ; cf. Yates, Textrinum antiq. pl. xvi, fig. 3, p. 432, note. — U De Sarzcc et Heuzey, Découvertes en Chaldée ,

noir, muni de plombs, qu'on lance en l’étalant sur l’eau et qu’on ramène au moyen d’une corde placée à la partie supérieure de la poche15. Le filet où Agamemnon périt enveloppé est un àgçt'êXnjffTçov IB. En latin, on dit fun-

dn11 ou jaculum 18.

La a-ayVjv/j est la senne ou seine, le filet à la traîne, composé d’un très long rectangle, muni à la partie inférieure de pesons de pierre ou d’argile pour le maintenir verticalement et à la partie supérieure de rondelles de liège ou de bois (ssatpcôvE?) pour le faire flotter; le centre s'évase en forme de vaste poche où le poisson est peu à peu poussé et rassemblé 19. C’est un appareil très ancien et déjà Homère en décrit l’emploi 20. D’autres auteurs font allusion à l’emploi des lièges et des plombs dans ces filets (®eXW) 21 . Au figuré, cayrjVEijeiv désigne une tactique de guerre qui consiste à dépeupler une ville ou une région entière, en poussant au dehors les habitants au moyen de cordons de troupes serrées comme les mailles d’un filet22.

Le pêcheur est parfois appelé (ray^vEUTTfjç ou cayrjvsùç23. Le mot lui-même a passé en latin, sagena2i, mais d’ordinaire on emploie les termes verricu lum, tragula , trngum 25, exprimant l’action de balayer ou de traîner.

Ilesychius seul l’explique comme une nasse faite avec des joncs26 [nassa]. Entre l’épervier et la senne se placent des variétés sur lesquelles nous avons fort peu de lumières, comme le yptipoç21 et le xxXugga. L’Cuto^ïj paraît être une épuisette, un petit filet rond, emmanché à un long bâton 28. Le yiyyzpov ou yotyyàpnrj serait un synonyme de (Tocyijvif) 20 .

On a déjà vu [piscatio, fig. 5689, 5690] quelques repré-

p. 183-1 84, pl. iv bis. Pour les temps préhistoriques en Europe, voir Monlelius, Temps préhistoriq. en Suède, trad. Reinacli, p. 28; S. Keinach, Cataloq. du Mus. de Saint-Germain, p. 136. — 12 Atlien. VII, p. 284; lliod. Sic. XVII, 43; Antholog. Palat. VI, H, 13, 14, 15, 24, 26, 30, 38. — 13 Antholog. Paint. VI, 12, 16. 27, 28, 29, 33. — H Halieut. III, 80 sq. ; cf. Pollux, 1, 97. — 15 Ilesiod. Seul. Herc. 215; Herodot. I, 141; II, 93; Alhen. X, p. 430 C ; Poilus, X, 132; Suidas et Hesych! s. v. ; Oppian. Hal. IV, 144; Anthol. Pal. VI, 25. — 16 Aesch. Agam. 1382; Choeph. 492. — 17 Virg. Georg. I, 141; Isidor. Orig. XIX, 5. — 18 plaut. Asinar.

*• C 86; Trucul. I, 1, 14. — 19 Oppian. Hal. III, 84; Lucian. Piscat. p. 618; Epist. Sat. p. 406; Tim. p. 136; Alciphr. Epist. I, 1, 17, 18; Anthol. Pal. VI, 28^ 38 et 192; Virgil. Georg. I, 142; Ovid. Ars. amat. I, 764. — 20 Odyss. XXII, 384.

— 21 Aeschyl. Choeph. 506 ; Pausan. VIII, 12, 1 ; Aelian. Hist. anim. XII, 43 ; Anth. Pal. VI, 23, G : 28, 3; 29, 3 ; 30, 1 ; 38, 4; Plularch. De gen. Socr. p. 1050; Plin. XVI, 8, 13; Ovid. Trist. III, 4, 12. — 22 Herodot. III, 145; VI, 31 ; Pat. Leg . III, p. 69s!

— 23 Plutarch. De solert. anim. p. 29 ; Anth. Palat. VII, 295. — 24 Manil. V, 078.

— 25 Va 1er. Place. Memor. IV, I ; Isid. Orig. XIX, 5 ; Plin. XVI, 8, i 3. — 26 S. v.

vi l* »*U|iuv. — 27 Plut. Moral. V, p. 838 ; Anthol. Palat. VI, 23; Etym. magn. s.v.: ËusLath. Ad Iliad. p. 633, 46. Le root ypnrrj; désigne parfois le pêcheur ; Etym. magn. s. v. ; Anth. Palat. VII, 5 04, 5 05. - 28 Qppian. IV, 251 ; cf. le filet égyptien reproduit par Wilkinson, Manners and customs, lit, p. 53. — 29 Hesych. et Etym. magn. s. v. Hesych. dit aussi : yayyotiAeuç, aLtû; ; et l 'Etym. magn. appelle la.fiu.y.eu'i.xoX ai saynvîuta;. Le mot Tà7Y“l"r' est déjà dans Aesch. Agam. 361.

R ET

sentations des filets de pêche, en particulier de 1 épervier. Nous ajouterons ici une composition inédite d’un vase du Louvre, où l’on voit figurée la pèche à la senne, le long filet jeté au large et ramené vers le bord du rivage (fig. §933) l. Sur des fresques figurent des pêcheurs dans leur barque, halant sur les cordes du filet pour le sortir de l’eau 2. Les filets roulés en gros paquets déposés au fond du bateau se voient sur une mosaïque [horia, fig. 3881],

Dans les jeux de l’amphithéâtre un des épisodes les plus goûtés était le combat du retiarius, armé d’un trident et d’un filet de pêcheur, contre le seculor ou le murmillo, dontle casque portait comme emblèmeun poisson 1 gladiator, p. 1385 sq . , fig 3581], Dans le personnel des jeux on remarque aussi un jaculator, qui pourrait être un gladiateur muni de l’épervier, jaculum [gladiator, fig. 3598],

Le fabricant de filets, SixTuoirXdxoç, otxxusik3, est peutêtre représenté sur une intaille où l’on voit un homme nu, assis, avec un filet suspendu au-dessus de lui auquel il semble travailler L E. Pottirr.

RETENTIO. — Le mot retinere désigne, en principe, l’attribut du droit de gage [pignus]. La rétention est la faculté accordée au créancier gagiste de garder la chose qui lui a été remise pour sûreté de sa créance, tant qite le débiteur n’a pas acquitté sa dette1. La même faculté est accordée au créancier hypothécaire, lorsqu il a fait usage du jus possidendi et s’est mis en possession de la chose hypothéquée [hypotheca, p. 360, n. 20].

On emploie plus souvent le mot retinere , ou l’expression retentionem haberc *, pour désigner un droit spécial qui existe indépendamment de tout contrat de gage, ou même de toute convention tacite comme celle que l'on sous-entend, à partir du nc siècle, dans les rapports du locateur d’une maison et du locataire [hypotheca, p. 362, n. 18 et 25]. La rétention est la faculté accordée à un créancier, qui détient une chose appartenant à son débiteur, de refuser de la rendre tant qu’il n’est pas payé. On ne s’occupera ici que de la rétention considérée comme un droit spécial.

Le droit de rétention n’est pas admis dans tous les cas où un créancier détient une chose appartenant à son débiteur 3 : on exige, en général, qu’il y ait une corrélation entre la chose retenue et la créance qu’on fait valoir. Un rescrit de Gordien a, par exception, accordé le droit de rétention à un créancier qui a reçu une chose de son débiteur pour sûreté d’une obligation autre que celle dont il réclame l’exécution [hypotheca, p. 360, n. 22]. La jurisprudence a pareillement accordé le droit de rétention au créancier qui a, sciemment, reçu en gage la chose d’autrui. Bien que le gage n’ait pas été valablement constitué, le créancier pourra retenir la chose jusqu'à parfait paiement, si elle devient plus tard la propriété du débiteur i .

En dehors de ces exceptions, le droit de rétention est admis : 1° dans les contrats synallagmatiques parfaits ou

1 Oenochoé à décor polychrome et à légers reliefs dorés, trouvée en Cyrénaïque (salle M). Elle a été signalée par O. Jahn, Vas. mit Goldschmuck, p. IG, n° 32, et par Heydemann, Pariser Antiken , p. 40, n° 1. — 2 Bcllori, Pictur. antiq. p. 90, pl. vu; Helbig, W andgem. Campan. n° 1573. — 3 Pollux, VU, 179. — 4 Annali Inst. 1885, pl. H, n° 37, p. 220 (musée de Cornelo).

RETENTIO.l Pompon. 35 ad Sab. Die/. XIII, 7, 8. — 2 Paul.5adSab. Dig. XLVll, 2, 15, 2. — 3 Diocl. Cod. Just. IV, 23, 4.-4 Papin. Il Resp. Dig . XX, 1, 1 pr. — 5 Jul. ap. Paul. 39 ad Ed. Dig. XLVII, 2, 54, 4. — G Ju|. 17 Dig. Dig. XXXIX, 5, 14. — 7 Ulp. Reg. VI, 15. — 8 Paul. G ad Plaut. Dig. L, IG, 79 pr.

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