‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 24 sur 137 · RII Y · texte numérisé non relu

RII Y

RHOMPHAEA ( 'Popçoîta) ’. — Puissante arme d’hast, d’origine thraco-i 11 yri en ne2, que la Grèce ne semble pas avoir connue avant la période macédonienne. Bien que les mercenaires aient dû répandre son nom jusqu à Alexandrie dès le début du nic siècle, époque où les Septante se sont approprié ce vocable pour traduire l’arme que leur dieu des Armées avait empruntée aux héros babyloniens3, ce n’est qu’en 221 qu’on trouve une mention de la rhomphaia rattachée à un fait historique*. En 200, la grandeur de cette arme en rend l’usage impossible aux auxiliaires thraces de Philippe V engagés sur des pentes boisées5, tandis que, en 167, dans la plaine de Pydna, balancée sur l’épaule droite des Thraces de l’avant-garde de Persée, elle jette la terreur dans l’armée romaine6. C’est alors qu’Ennius parait l’avoir latinisée sous la forme rumpia dans des vers relatifs à la guerre istrique de 178’, vers qui servirent sans doute de modèle à Valerius Flaccus lorsqu’il décrit l’armement des Bastarnes, peuplade celtique qui avait pu adopter la rumpia pendant son long séjour en Illyrie8. L’arme semble, en effet, s’être maintenue longtemps chez les indigènes de cette région9; de là, elle fut introduite à Rome, d’abord, avec la peltè et la sica, par les esclaves et gladiateurs, tel ce Birria qui perce d’un coup de rumpia l’épaule de Clodius10, puis, comme les mattiobarbuli, par les légions de ITllyricum11. Delà, elle passa à Byzance où l’on trouve un corps spécial qui lui doit son nom de rhomphaiophoroi )S. Bien que de provenances si diverses ces textes s’accordent pour décrire la rhomphaia comme une pique longue d’au moins 2 mètres13, dont la moitié formée par une lourde lame à deux tranchants ’*. Ce fer, puissant et acéré, que Tite- Live et Isidore paraissent identifier à la framée, devait n’êlre qu’un grand coutelas, la harpe ou la sica des Thraces, adapté à une hampe solide le. Allongée, la hampe donnait naissance à une faux en forme de rhorn-

RIIOMPIIAEA. l La forme originelle peut être rumbfja, rapportée à la racine hrmb, empoigner, enfoncer, d’où le sanscrit rambhin, pique (cf. W. Tomaschek, Die alten Thraker, 11, 2, p. 18). La forme jupsou'a, employée par tous les auteurs grecs (à l'exception de Plutarque, qui donne la forme macédonienne fopSaia), est due à des assimilations tentées par les lexicographes, soit avec j>àsi«os, o»p.®<i, couteau recourbé, croc, soit avec £>ô;x5o;, ce qui tournoie, soit avec

$ov5ia, marteau, massue. Les Latins ont transcrit rhomphaea,

romphaea ou rumphaea, sauf Ennius (suivi par Tite-Live, Valerius Flaccus et Asconius) qui, sans doute par rapprochement avec rumpere, a écrit rumpia.

— S Outre les faits indiqués ci-dessus cf. Gell. X, 25: genus teli thracicae

nationis ; Hesycli. s. v. Qpavcov à[xuvT/)piov ; Eustath. p. 947, 30. — 3 La lance que tiennent à la main Mardouk ou Izdubar ou qui leur sort de la bouche, symbole de 1 éclair, devient la ^ojaçoucc èv 8e;i5 ou tx vos otôpaToç du Dieu de l’Ancien Testament (Gen. III, 24; Ex. V, 21 ; Eccl. XXI, 4, XXVI, 27; 1er. XLI, 12 ; Ez. XXI, 9) et de l'Apocalypse (I, 16; II, 12, 16 ; VI, 8 ; XIX, 15 ; XXI, 2). Arme divine, elle devient lance de feu, ®Xoylv»i Çojxçaia, entre les mains de Jahvèh (Prudent. Cath. VU, 93 Peristeph. V, 189) ou de l'archange Michel (Dionys. Arcop. Epist. 9, p. 323; Hier. Epist. 51, 5; Léo M. Serm. 66, 3; Nicetas, p. 309; sur la rumphea ignifera cf. Rhein. Mus. 1907, 159). A ce titre, la rho’nphaia doit avoir des dimensions prodigieuses qui la désignent pour être l’arme que Joséphe ( Ant . Jud. VI, 12, 4; VII, 12, 1) donne aux géants que tue David, Goliath et Akmon; enfin, au sens symbolique, rhomphaia paraît avoir pris l’acception de pointe, extrémité, fo^®«fn ®îjç 4uy îi5 (Luc. Il, 32) ; tou kdrou (Waltz. Rhet. I, p. 633, 25). — 4 Plut. Cleom. 26. C'est probablement en racontant l'usage que Cléomcne fit, devant Argos, de faux en forme de rhomphaia. que Phylarque Taisait mention de ce terme (Fragm. hist. gr. I, p. 352). - 6 T.-Liv. XXXI, 39. — 6 P)ul. Aem. 18 ; cf. Liv. XLIV, 40. 7 Ennii fragm. éd. Vahlen, p. 70. Si l'on n’admet pas qu’il faille

corriger de X IX en XVI le livre des Annales indiqué par Aulu-Gelle (X, 25), la mention de la rumpia pouvait figurer parmi les armes des Tralles, peuplade illyrienne qui joua un rôle important à la bataille de Magnésie (190), épisode principal du liyre XIV. 8 \ al . Flacc. Arg. VI, 98 : Æquaque nec ferro brevior nec rumpia ligno. — 9 En 799, le duc de Frioul tombe cruentata romphaea ( Poetae lut. aevi Carol. I, p. 132) et c’est cum romphis que l'armée de Barberousse est accueillie devant Crème (Morena, ap. Muratori, VI, 1031). - 10 Ascon. Ad. Milon. 28, 4.

— U Claudien emploie rumphaea (Ep. 27) comme pilurn ( Laus . Ser. 236) pour

phaia comme celle dont Cléomène fit usage en 221 pour couper les moissons d’Argos ; réduite, elle emmanchait ce fauchard qui, pouvant servir d’estoc ou de jet, a permis, dès l’antiquité, de voir dans la rhomphaia un sabre plutôt qu’une pique. A. -J. Reinach.

RHYTON ( ’Puxdv). — Vase à boire. Le mot ne semble pas être entré dans l’usage avant le ive siècle : il est employé par Démosthène1, par les poètes de la Comédie- Nouvelle2. Dans les inscriptions on ne le rencontre pas avant l’époque des Ptolémées3. On a même pu croire, d’après un passage d’Athénée*, que cet ustensile avait paru pour la première fois sous le règne de Ptolémée Philadelphe (me siècle) et qu’il fut alors donné comme attribut aux statues de la reine Arsinoé5; mais le contexte fait comprendre qu’il s’agit d’une grande corne d’abondance double (Stxeoaç), que le célèbre constructeur et mécanicien Ctésibios avait machinée comme un rhyton à vin et un instrument de musique, peut-être une sorte d'orgue hydraulique [hydraulus, p. 315] 6. Nous avons indiqué plus haut combien fréquemment la corne à boire s’est confondue avec la corne d’abondance [cornucopia, p. 1514, 1516], Ce qui est indubitable, c’est que le rhyton, vase à boire, existait depuis fort longtemps, mais il portait un autre nom, comme le note d’ailleurs Athénée ; on l’appelait kéras 7 ; dans les inscriptions on trouve xsaxç, pour exprimer la forme en corne, et 7rpoTO[zrj, quand le rhyton est décoré d’une tête d’animal8. Le terme péovxa est équivalent à puxœ9.

Les monuments, dont quelques-uns remontent à la plus haute antiquité, nous permettent de retracer avec plus de précision l’histoire de ce vase et l’évolution qui amena du simple xépa; au ^utov plus compliqué et plus orné.

Chez beaucoup de peuples primitifs, on a donné 'aux vases une forme animale ou humaine, non pas tant par instinct artistique et décoratif que par désir de multiplier autour de l’homme les images des êtres utiles, sou-

opposer l'armée romaine aux Goths. L’arme y avait peut-être été introduite, comme les mattiobarbuli, à l’époque Antonine (cf. Veget. III, 14). — 12 Const. Maoassès, Chron. v. 4701 : 0<upaxo®ôpous «IzFhvi; £vSoa; (jog^atosôpou;. Cf. Anu. Comnen. IX, 9; Psellos, p. 82, 19; p. 198, 16; p. 253, 3 (éd. Sathas-Bury). — 13 Tite-Live (XXXI, 39) dit que dans les défilés boisés de l'Éordée la rhomphaea des Thraces ne peut pas servir plus que la sarissa des Macédoniens, longue de 3 à 4 mètres. Corippus en dit autant (V, 578) du pilum (serait-ce la rhomphaea ?) des soldats byzantius surpris dans une forêt de Kabylie : pour justifier ces dires et la comparaison du fer de l'arme avec celui d’une rapière, il faut que le ferrum qui, d'après Flaccus (VI, 981, était égal au lignum, ait eu au moins 1 mètre. — H L'épithète p«fu®.S,if0! est donnée par Plutarque [Aem. 1S) el par tous les textes byzantins; Psellos (253,3) ajoute ÉTEpôffTojxoç que confirment le Sîttojjeo; dxiTa des textes apocalyptiques, la comparaison instituée par Isidore (XVIII, 6) avec la framée, gladius ex utraque parte acutus, enfin les gloses médiévales où la rhomphaea , expliquée une dizaine de fois par gladius ou spatha et une fois par hasta , est dite : ex utraque parte acuta ou cavata ( Corpus Gloss. V, 578). — 15 Le couteau-couse-kosa et le glaiveguisarme peuvent donner une idée de cette catégorie d'armes antiques servant, selon l’emmanchure, de couteau de jet, de glaive ou de pique : telles la cateia associée par Aulu-Gelle à la rumpia, donnée par Flaccus (VI, 84) aux Coralètes, par Virgile (VII, 730; VIII, 550) aux Samnites et dont les noms de Teutona ou de Francisco disent assez les destinées ultérieures; la framea identifiée par Isidore à la rhomphaea (XVIII, 6; cf. Philoxen. gloss, p. 97; Ulpien ayant mentionné la framea les compilateurs byzantins expliquent: id est rhomphaea , Dig. XLUI, 16, 3) et que Tite-Live donne à la place de la rhomphaea aux Thraces de Pydna (XLIV, 40 : ah dextro immanem pondéré frameam identidem coruscabant) ; Yaclis que Flaccus (\ I, 99) met aux mains de tribus apparentées aux Bastarnes, et Silius (VIII, 530) entre celles des Campaniens, le verutum et la falarica, etc. [falarica, skcuris|

SPARUM, VERUTUM].

RHYTON. I Mid. p. 565; cf. Athen. XI, p. 496 F. - 2 Diphilos, Epinikos, cités par Athen. XI, p. 497 ; cf. Polyb. ap. eunid. XIII, p. 576 F. — 3 RuU. corr. hell. Il, p. 322. — 4 Athen. XI, p. 497 B. — 5 Krause, Angeiologie, p. 357 ; cf. Letronoe Œuvres, III” série, t. 1, p. 421, note 6. - 6 Cf. Tannery ap. Revue des Étud. grecq. 1896, p. 24. - ^ Athen. XI, p. 497 B; cf. p. 476 B. - 8 Corp. inscr. gnec. 138, 139, 142, 151 ; Bull. corr. hell. VI. p. 47, 1. 167 ; p. 50, 1. 204 ; et Ibid. p. 41, 112, 115. 9 Athen. XI, 95 ; p. 496; cf. Krause, L. c. p. 373.

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