‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 25 sur 137 · RH Y · texte numérisé non relu

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mis à son autorité et nécessaires à son existence1 : c'est pourquoi tant de vases, dans l’Égypte préhistorique2, à Chypre3, en Troade4, en Crète et à Mycènes6, affectent soit des formes féminines, soit des formes animales. Parmi ces animaux, les bêtes à cornes domestiques, bœufs, béliers, jouent un rôle important. La corne, en effet, a pour les primitifs une importance toute particulière. Elle est une matière première pour toutes sortes d’objets mobiliers [cornu]. Elle offre aussi, par sa cavité intérieure qu’il est facile de régulariser et d’approfondir, un récipient naturel pour les liquides. Enfin, par sa forme pointue, elle a une vertu magique spéciale, la pointe ayant le pouvoir d’écarter les mauvaises influences [clavus, fascinum] “. Aussi, de bonne heure, on voit la corne isolée, détachée du corps de l’animal, prendre une valeur à la fois pratique et religieuse1. Dès la période préhellénique, les potiers de la Troade 8, de Chypre9, de Crète et de Milo10, des régions mycéniennes imitent dans l'argile la forme du xépa? attestant ainsi les qualités qu’on attribuait à cet objet. On en connaît aussi en pierre sculptée et ciselée, de cette époque très ancienne (fig. 5943) 12. On voit alors se former et se développer parallèlement deux catégories de vases à boire, les vases en forme de cornets et les vases plastiques à tètes d animaux. Mais, sous l'influence des idées artistiques et décoratives, ces derniers gagnent de plus en plus la faveur du public. Ce sont eux surtout que recueillera et propagera le monde grec classique ; ce sont eux auxquels l’archéologie moderne attribue de préférence le nom de rhytons.

En réalité, on devrait réserver ce mot aux vases construits de la façon que décrivait Dorothéos de Sidon : le ^utôv est semblable au xépaç, mais il est percé par le bas; de cette ouverture jaillit un mince jet de liquide que l’on boit en mettant la bouche par-dessous ; de là le nom de rhyton, iiro tt)? (osor, couler ; pûfftç, écoule¬

ment)13. Toutefois l’étude des monuments nous montre que ni les cornets, ni les rhytons ne sont tous soumis à une règle stricte S’il est vrai qu’en général on devait boire dans le xépaç comme dans un verre, en appliquant

1 Voir la théorie développée par S. Reinach sur l'Arf et la Magie clans Cultes, Mythes et Religions, I, p. 127 ; et. Bull. corr. hell. XXXI, 1907, p. 127. — 2 J. Capart, Les Débuts de l'Art en Egypte , p. 120 à 1 27; von Bissing , AUâgyptische Gefaesse dans Zeitschrift fur aegyptische Spraclie, 1898, p. 123 sq. — 3 Potlier, Vases antiq. du Louvre, pl. vi ; Catalogue des vases, p. 86, 106 ; Murray, Excavations in Cyprus, lig. G2, 71, 72, 74. — 4 Schliemann, llios, traduct, franc, p. 385-394, 414*418, 673- 677, etc. — s Voir l'article de J. de Mot, Vases égéens en forme d’animaux, dans Revue arch. 1904, II, p. 201-224. — 6 On sait quelle est encore aujourd'hui la puissance de celle superstition, en particulier en Italie, où Ion porte des breloques on forme de cornes de corail. — 7 Les défenses de l'éléphant, pour des raisons semblables, ont non seulement une valeur utilitaire, mais un caractère d ex-voto religieux [ebur. p. 444], — 8 Schliemann, Op. I- p. 456-460, fig. 357-364. — 9 Potlier, Vases antiq. pl. v, A 27 (1); Murray. Excavat. in Cyprus, fig. 6, 68, 75.

. 10 Maraghiannis, Antiquit. crétoises, pl. xxxix, n°! 7, 9, 11; Annual of brit.

School, VI, p. 74, fig- 16; Excavat. al Phylakopi in Melos, pl. xxvn. — 1 1 Furtwangler et Loeschcke, Mykenische Vas. pl. xi, n° 71 ; Perrot cl Chipiez, Hist. de l'Art, VI, fig. 473. Pour l'Europe, voir Pic, Die Urnengraeber Bôhmens, 1907, p. 74, fig. 35; p. 98, fig. 44. — 12 Noire figure est faite d'après Burrows, Discoveries in Crete, pl. 13 Cité par Athen. XI, p. 497 E; cf. Bekker, Anecdot. p. 299, 31 ; Ulp. In Demosth. contr. Mid. p. 189 B, et le commentaire de Letronne, Œuvres, série III, t. 1, p. 418, note 2. — i4 Cf. S. Reinach, Répert. Stat. I, p. 412 ; Bnttiger, Amalthea, I, pl. i; Gerhard, Aus. Vasenb. III, pl. ccxxxvm ; Antiq. Bosphore Cimm. pl xx, n° 1 1 . — l5 Par ex. les cornets de pierre trouvés à Cnossos, Annual British school, VI, p. 30. En céramique, cf. Jahrbuch Anzeiger, 1892, p. 170 n» 169.

ses lèvres à l’orifice supérieur u, on constate aussi que certains cornets sont munis d’un trou à la partie inférieure, pour l’écoulement du liquide16. Et, d’autre part, il s’en faut que tous les rhytons ou têtes d’animaux soient pourvus d’une ouverture pratiquée dans la bouche de la bête, pour l’écoulement du vin10. Il n’y a pas de règle à poser à ce sujet. Ce qui subsiste, c’est qu’entre le xÉpa; et le pu-rov, malgré les différences extérieures de formes, la parenté est toujours restée étroite; que le second est une simple dérivation et comme une complication du premier. Ce qui prouve encore que le xépa; est le premier en date, c’est, qu’il est donné par tradition, dans l’imagerie religieuse, à Dionysos et à ses suivants (fig.

682,689) n, tandisqu’on ne voit jamais, ou très rarement, le pu-rov entre leurs mains18. Celui-ci est. devenu surtout un ustensile familier des banquets et un divertissement par l’adresse qu’exigeait la façon de s’en servir 19 ; il n’a plus du tout, à l’âge classique, le caractère d’un vase primitif et l’on s’efforce, au contraire, de l’enrichir de toutes sortes d’ornements. La capacité du vase pouvait atteindre un et même deux chous (de 3 à 6 litres et demi) 20.

Dans le matériel très nombreux des xeoa-ra et des putdt nous signalerons, par ordre chronologique, quelquesuns des spécimens les plus typiques. Nous avons cité déjà les cornets d’argile peinte fabriqués à l’époque préhellénique et rappelé que les fouilles de Crète ont exhumé de magnifiques vases en pierre, cannelés ou sculptés (fig. 5943), qui ont la même forme et dont les anses devaient être rapportées en une matière différente, peut-être en métal; l’extrémité étant percée d'un trou, ce sont de véritables rhytons21. C’est un grand cornet de ce genre que porte le jeune homme représenté sur une des plus célèbres fresques du palais de Minos 22. On a déjà remarqué que sur une des peintures du tombeau égyptien de Rekhmara les tributaires du Pharaon, sans doute des Crétois, apportent des vases où figure le même

— *6 Cf. Stephani, C. Rendus St-Pétersb. 1877, p. 16; Ussing, Nom. vas. p. 58. Dans la riche collection des rhytons plastiques du Louvre (salie H), on n’en compte que deux qui soient munis d’un trou pour l’écoulement du liquide (n° 69, tôle do cheval, décor en figures rouges de la lre moitié du vB siècle, femme assise jouant de la double flûte et femme dansant avec des crotales; n° 72, tète de biche, décor en figures rouges restaurées, femme assise sur un rocher et Silène debout). Il faut ajouter que beaucoup de rhytons ont subi de fortes restaurations qui ont pu supprimer maladroitement le trou inférieur. — 17 Voir le Répertoire des vases peints de S. Reinach, (, p. 157, 346, 381, 462, 498, 522; II, p. 35, 36, 38, 45, 196, 209, 340 ; Furtwangler, Vasensammt. Antiquar. n°* 1689, 1690, 1733, 1809, 1827, 1839, 1872, 187 1, 1876, 1883, 1892, 1918, 1924, 1940, 1941, 1955, 1959, 1989, 2033, 2037, 2050, 2054, 2064, 2065, 2070, 2076, 2081, 2091, 2182, 2953, 3989, 4009. — 18 Comme exceptions voir Pauofka, Trinkhôrner, pl. i, n° 3 = Benndorf, Griech. und Sicil. Vas. p. 73; Tischbein, Vas. I, pl. xi.vi; Martha, L'Art étrusque, p. 525, fig. 360.

— 19 II est difficile de comprendre pourquoi Théophraste en faisait un vase consacré « aux héros seuls » (Athen. XI, p. 497 E). Dans les repas funéraires et sur les ex-voto à Esculape, il apparaît comme vase à boire (Bull. corr. hell. I, p. 162; V, p. 491 ; cf. Ibid. II, p. 421 à 423 ; voir aussi le bas-relief du Pirée, Athen. Mitthei lungen, VII, pl. xiv = Duruy, Hist. des Grecs , III, p. 161), mais ce n’est pas un ustensile exclusivement religieux. — 20 Athen. XI, p. 497. — 21 A. Evans dans Annual brit. sch. at Atbens, VI, p. 30 ; Burrows, Discoveries in Crete, pl. i ; Rendi-conti Accad. dei Lincei, XIV, 1905, p. 365 sq. fig. 1. — 22 Evans, Ibid. p. 15 ; cf. le fragment de relief, VII, p. 89, fig. 29; Collignon, Arch. grecque , 2° édit. p. 10, fig. 5; Burows, L. c. p. 2.

Fig. 5943 — Cornet de pierre sculpté.

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