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cornet ù boire1. D’autre part, les rhytons en forme d’animaux ou de têtes d’animaux ne sont pas moins anciens (fig. 5944) et le taureau y joue un rôle prépondérant2. A l’époque du style géométrique, les deux catégories 3 subsistent, mais, à partir des viic et vie siècles, c’est dans tout le monde grec une floraison considérable de TrpoToaod en têtes d animaux de tout genre, et le kéras proprement dit devient moins fréquent, tout en restant en usage *.
La catégorie des vases à forme humaine et animale est alors une branche importante de l’industrie céramique, non seulement pour les récipients à boire (fig. 4130, 1131), mais aussi pour les flacons à huile et à odeurs 5 [unguentarium] ; dans le mobilier de table comme dans celui de toilette persiste l’idée superstitieuse très ancienne, qu’il faut multiplier dans la maison les formes protectrices et les porte-bonheur représentés par certaines figures d’animaux ou de divinités. En Étrurie, les vases dérivés du kéras affectent souvent des formes bizarres et compliquées où domine la figure humaine
De l’époque classique, notamment du vc siècle, nous avons conservé beaucoup de rhytons, dont quelques-uns sont de véritables chefs-d’œuvre de l’art industriel. Panofka leur a consacré autrefois une dissertation spéciale7 et tous les grands musées possèdent aujourd’hui de beaux spécimens de cette catégorie 8 ; nous en donnons comme exemple un vase à tète de cheval du musée du Louvre (fig. 5945), d’un réalisme pittoresque ; il offre cette particularité assez rare d’être muni d’un pied9. Ordinairement les ^uxi et xépaxa ont le désavantage de ne pas pouvoir se poser debout sur la table; on les y plaçait couchés sur le côté10. Mais on les voit aussi disposés sur des supports (tnro7rû0jjtir)v, TteptaxsXtç) qui les maintiennent verticalement11.
Les peintures de vases et les fresques nous montrent l’emploi de ces vases dans les banquets. Mais, s'il est
vrai que la façon de boire « à la régalade », en recevant directement le jet de vin dans la bouche, est plusieurs fois représentée, par exemple sur un vase grec à figures rouges (fig. 5946) 12 et sur des fresques pompéiennes13, on remarque encore plus fréquemment que le vin du rhyton débouché était reçu dans une phiale u, afin de boire plus commodément, et cette observation accentue le caractère de jeu et dp divertissement que le rhyton devait avoir pris à l’époque classique. D’après les textes, il y avait aussi des rhytons Stxpouva, probablement composés de deux cornes accouplées , dans lesquelles on pouvait mettre des liquides différents, le liquide s’écoulant à la base par une double ouverture 13.
D’après d’autres, ce serait un double jet du même liquide que devaient recevoir deux personnes à la fois lfi. Le kéras, ou simple corne, était encore en usage à la fin du ve siècle ; on voit, sur un des grands sarcophages de Sidon, un serviteur verser le contenu d’une œnochoé dans un vase à boire de ce genre17.
Les formes les plus diverses ont été données à l’extrémité décorée du rhyton: têtes de taureau, de bélier, de cheval ou de mulet, de biche, de lion, d’aigle, de griffon, etc.18. Les textes et les inscriptions s’accordent à signaler la variété de ces décorations plastiques :
eXeœa;, TptTÎpvjç 1 J, ypûij/, yptmbç 7tpoTO(jù|, Xéovroç x6<paXv],
TpayéXacpoç, etc.’20 Les vases d’argile peinte qui nous ont été conservés ne sont d’ailleurs que les imitations d une vaisselle plus belle et plus riche, en métal précieux 1 . il est question dans les textes et les inscriptions de xÉpaxa en argent ou aux embouchures dorées 22. De ce mobilier opulent nous avons gardé de très intéressants spécimens, comme les rhytons d’argent et de bronze, à tètes de bouquetins, conservés au Louvre23, la magnifique série des rhytons d’or et d’argent du musée de
Fig. 5946. — Emploi du rylhon dans le banquet.
l Steindorff dans Jahrbucli Anzeiyer, 1892, p. 13. — 2 Pottier dans Bull, covr. hell. 1907, p. 121 et note 3, pl. xxm, d’où est tirée notre figure 5944; cf. de Mot, dans Revue arch. 1904, II, p. 224; Murray, Excavat. in Cyprus, pl. m ; Maraghiannis, Antiquit. Cretoises, pl. xxxix. — 3 Louvre, salle A, Inv. CA 698; cf. Olin. Richter, Kypros , p. 245-248. — 4 Voy. par ex. deux éphèbes revenant du bauquet sur une coupe à fig. rouges de style archaïque; Lenormaut et de Witte, Elite Céramogr. Il, pl. xxxvu. — 5 Nous laissons ici de côté toute une catégorie de vases qui est considérable et apparentée aux rhytons plastiques; voir Monurgents et Mémoires de ta Fondation Plot, IX, p. 135 sq. ; pl. xi à xiv. Mais je crois qu'on a tort de ranger dans la classe des rhytons les vases plastiques à têtes humaines qui sont aussi anciens que les rhytons à têtes d'animaux et qui dérivent des mômes superstitions religieuses (Murray, Excavat. in Cyprus , pl. m et p. 33). Ils s’allient de plus près aux formes du canthare et l’on doit réserver le nom de rhyton aux vases qui, dérivés du *£jn;, en ont plus ou moins conservé la forme oblique. — G Pottier, Vases antiq. du Louvre , pl. xxvm, G 719; Robinson, Catalog. of vases Boston , p. HO, n° 306. — 7 Th. Panofka, Die griech. Trinkhôrner, dans les Abhandlungen d. Kônigl. Akad. der Wisscnsclia/t. Berlin, 1850, p. 2. — 8 Au Louvre, salle H, vitrine des rhytons; au cabinet des Médailles, de Ridder, Vus. de la Bibl. nat. n°* 872, 1239-1249; à Naples, Hevdemann, Vasensamml. Museo Naz. n»> 2932-2937, 2954-2963, etc. (voir 1 Index au mot Rhyton ); à Berlin, Furtwângler, Vasensamml. Antiquar. n1** 2623, 3422- 3441 , à Londres, Walters, Catalog. Vas. Brit. Mus. IV, no* F 418 à 435* à Bruxelles, Gaspar, Le legs de Hirsch (Durendal, 1901), p. 5 ; à Boston, Robinson, Catalog. vas. n° 469; à New-York, Bull, of metropolit. Mus. mai 1906, p. 79, fig. 6, etc. 9 Salle H, lnv. Camp. 3355. Cf. le rhyton en tête de bélier, monté sur un pied, dans Collect. Sabouroff de Furtwaengler, pl. i.xx. — 10 Cf. Heydemann,
Vasensamml. Mus. Naz. il”* 2855, 3255 ; et Ibid .R. C. 144. — 11 Panofka, Triakhôrner, pl. i, no 4; Letronne, Œuvres , série III, 1, p. 419, pl. xlvu; S. Reinach.
Répert. Stat. I, p. 125 ; cf. BoeckR, Staatshaush. 11, xm, n° 37, p. 275. 12 Milliu
Peint, vas. Il, pl. lxxvi, scène de banquet. - 13 Antichita di Ercolano, Pitture
I. V, pl. xlvi, p. 201, jeune satyre nu, étendu par terre et recevant dans sa bouclu le jet d'un rhyton ; Zalin, Die scliÔ7isten Ornam. I, pl. lc, scène de banquet
- H Panofka, Trinkhôrner , pl. i, no 1 (= de Labordc, Vas. Coll. Lamberg. I pl. lxii); cf. pl. in, n» 2 ( = Heydemann, Vasensamml. Mus. Naz. n» 2202; Guh et Koner, Vie Antique, trad. Tratvinski, 1, p. 378, fig. 515) ; Museo Borbon'ico V pl. u; S. Reinach, Répert. Stat. I, p. 32. Voir dans le Dict. à l'article fcnambdlu la fig. 3320 et à l'arlicle i.Anas la fig. 4351. Panofka voulait donner le nom de oé-,., aux serviteurs chargés de cet office ( Recherch . sur les noms des vas. p. 32) mai Letronne a réfuté cette idée ( Œuvres , IIP série, I, p. 419, note 5i. - 15 Àthen XI, p. 468 F ; Pollux, VI, 97. Voir le commentaire de Letronne, L. c. p. 420, qu corrige l'explication de Panofka. Pour les inscriptions, cf. Bull, corr.hell II Vî»»
- lü Voir l'explication de Stephani dans la notice de la pl. xxxvi des Antiq " j Bosph. Cimm. (édit, franc. Reinach, p. 88). - 17 Hamdy-bey et Th. Reinach, Nécro pôle de Sidon, pl. xxi. — '» Voir lesplanches des Trinkhôrner de Panofka elci-dessu la noie 8 ; cf. encore Panofka, Griechinnen und Griech. pl. t.n» 4 • M illin Peint Vas
II, pl. i.vm ; Museo Borbonico, VIII, pl. xiv; Guhl et Koner, La vie antique, trad'. Tra winski, 1, p. 215; Krause, Angeiologie, pl. v; Duruy, ffist. des Grecs, 111 p ne
- l’J Athen. XI, p. 409 A ; p. 497 A et B ; p. 500 F.- 20 Corp. inscr. grec. 139,’ 150 Alhen. XI, p. oOO E. - 21 Voir l’histoire du tyran Agatbocle, fils d'un potier, qui pren, un grand rhyton d'orpouren faire unecopie d'argile ;Diodor. Sicil XX 63 — 22 Corr inscr. grec. 138, 139, 142, 151; Alhen. XI, p. 476B et C. - 23 Salle des antïquilé orientales, inv. AO 3093 (argent) ; AO 31 15 (bronze); cf. Museo Borb. VIII, pl. xiv