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nue seulement au bout de vingt-quatre ans de service, au lieu de vingt, et pour les conditions de taille et de force. C’est l’ancienne armée romaine des castra stativa, pourvue, dès l’époque d’Auguste et surtout depuis Alexandre-Sévère, de terres qu’elle est chargée de défendre et de cultiver [limitanei milites]. On a généralisé cette institution des terme limitaneae, fundi limitrophi. Ces territoires, répartis entre des garnisons et les soldats, comprennent les nutneri ou fossata, résidences de l’état-major du corps et. les castra , résidences des détachements annexes, lesquels constituent de petites cités en dehors des cités, passent aux enfants des vétérans, s’ils sont au service, reviennent au corps à défaut d’héritiers mâles, peuvent être frappés d’amendes, ne doivent être ni aliénés, ni acquis par des étrangers1 ; mais ils ne suffisent point à nourrir les garnisons, à l’entretien desquelles doivent subvenir en outre les fournitures des villes de l’intérieur et surtout de la frontière2. A la défense et à l’entretien des petits postes, tours ( burgi , turres , clausurae) que renferme le limes en Gaule, en Espagne et en Afrique, sont en outre attachés des burgarii , sortes d’esclaves publics3.
Comme dans l’autre armée, la cavalerie et l’infanterie' des ripenses sont absolument séparées. L’infanterie comprend, pour les pays dont l'effectif est connu4, environ 40 légions réparties en détachements, 44 auxilia et 105 cohortes de 500 hommes ; l’ancienne légion de 6000 hommes, dépouillée de ses alae et de ses cohortes, a pour chef nominal le praefectus legionis qui ligure encore dans la Notitia dignitatum '% mais les chefs véritables sont les six tribuns ; ils commandent les détachements et la nouvelle légion, probablement 1 OOOhommes, qui, dès le ive siècle, remplace généralement l’ancienne légion6. Les auxilia se trouvent exclusivement dans les duchés du Danube, en Orient et en Occident, et sont supérieurs aux légions; issus probablement des levées locales antérieures à Dioclétien1, ils paraissent être entièrement barbares. 11 en est probablement de même des cohortes qui viennent après les légions, sauf pour les duchés orientaux du Danube, et dont les noms sont empruntés soit à la garnison, soit à la province 8, quelques-uns à une fonction spéciale 9. La cavalerie comprend trois groupes : avant les légions 46 cunei equitum, probablement de formation barbare, surtout dans la Thébaïde et les duchés du Danube, et 121 corps <ï équités, probablement de 500 hommes; après les légions 65 alae, probablement de 600 et pour les archers à cheval de 500 hommes10. On a estimé11, sauf les lacunes de la Notitia, le chiffre total des soldats des frontières à 250000 pour l’infanterie et 110000 pour la cavalerie contre 150000 d’infanterie et 46000 cavaliers pour la
1 C. Th. 7, 15, 1-2 ; C. Just. 1 , 27, 2, g 8 ; 11 , 60, 3 ; Nov. Theodos. II, 24, 4 ;C. ins. gr. 5187 (loi d’Anastase sur les soldats de la Penlapole). — - C. Th. 7, 4-5. — 3 C. Th. 7, 14; 12, 19, 2; C. Just. 1, 27, 2, § 4 ; Oros. 7, 22; Veget. 4, 10 ; Zos. 2, 34 ; Ammian. 28,2; Sidon. Carm. 22, 119, 126 ; Nov. Justin. 103 praef. ; voir Godefroy Ad. C. Th. 7, 14. — 4 Dans la Notitia dignitatum, les données manquent plus ou moins- complètement pour l'Ualie, la Gaule, l’Afrique, la Libye; elles ne sont complètes que pour l’Espagne, les pays du Danube, l'Orient et l’Egypte. — 5 Dernière mention réelle des / oraefecti legionis (C. Just. 8, 50, 5; 290). — 0 Ammian. 19, 2, 14; 18, 8, 3 (20 000 hommes pour sept légions et d'autres troupes); Procop. Bel. vand. 1, 5. — 7 Voir Mommsen, Die rom. Brovinciulmilizen (Bennes. 22, p. 547).
— 8 Gratianetises de Gratiana; Cimbriani de Cimbrianuni ; Scythici , .Uoesiaci, Bacisci. — 9 Les Ascarii, qui passent les fleuves sur des outres ( Notit . Occ. 31 .
— 10 Lydus, De mag. 1, 46. — U Mommsen, Das rûm. Alititürwesen seit Diocletian (Dermes, 1889, p. 257). — 12 Pour l’époque de Justinien, Agathias, 5, 13 ; Procop. Bel. vand. 1,11; Bel. goth. 1, 16, 24. — 13 Notit. dign. ; C. Th. 7, 1,9; 7, 20,
1 3 ; 7, 17, 1 ; C. Just. 12, 35, 18 ; 12, 59, 8. — U Eph. epigr. 2, 884 ; C. ins. lat.
garde et l’autre armée. Mais dans la réalité ces chiffres ont dû être beaucoup moins élevés, car c’est avec des effectifs très restreints que se font les campagnes12.
A la tète des ripenses se trouvent pour l’Occident les deux maîtres de la milice en résidence à la cour ; pour l’Orient depuis Théodose Ier, les cinq magistri equitum et peditum, dont les deux praesentales ont un droit général de surveillance et les trois provinciaux un commandement direct13. Sous eux le limes de chaque province a un dux limitis, d’abord perfectissime, puis, sous Théodose, clarissime et plus tard respectable ; quand il est comte de première classe, il s’appelle cornes et dux; il n’a que les pouvoirs militaires, sauf quand il est dux et praeses ,4. 11 a sous ses ordres les chefs des détachements ( numeri ) dont le nom générique est tribunus, et qui s’appellent aussi praefecti surtout pour les alae et les flottes, praepositi, tribuni et praepositi, praepositi limitis''0. Pour les flotilles des lacs et des fleuves et des mers, pour le recrutement, nous renvoyons aux articles
CLASSIS, DILECTUS. Cfl. LtCRIVAIN.
RISCUS ('Piuxoç)1. — Coffre, coffret, fait ou couvert de peau et qui parait avoir été particulièrement à l’usage des femmes, pour serrer des vêtements, des bijoux ou d’autres objets précieux'2. D’après Nonus, le même nom pouvait être donné à une cachette pratiquée dans un mur3. E. Saglio.
RITES (©£'7|i.dç, vdpo;?) . — Les textes anciens ne nous donnent aucun renseignement sur l’origine ou sur l’étymologie que les grammairiens latins attribuaient au mot ritus. Parmi les modernes, Louis Lanzi avait cru retrouver dans un terme des Tables Eugubines erielu l’origine du latin ritus *•; mais M. Bréal voit dans ce terme l’équivalent du verbe latin porricere, dont il ne diffère que par le préfixe2; il n’y aurait donc rien de commun entre erietu et ritus. D’autres ont essayé, sans grand succès, de rattacher ritus au grec puio, variante de pÉw, couler3. L’étymologie, qui semble aujourd’hui la plus probable, est celle que propose Vanicek : ritus serait dérivé comme ratus, ratio, reus, de la racine sanscrite ra, qui exprime l’idée de compte, d’appréciation, d’opinion, d’adaptation, d’accommodement4. Le mot ritus ne parait pas avoir eu en latin un sens aussi limité que le mot français rite, dans lequel domine nettement l’idée religieuse. Ritus était à peu près synonyme de mos, consuetudo, comme le prouve le sens le plus fréquent de l’ablatif rite, que Servius explique simplement par le mot recte"0. Souvent, quand les écrivains latins veulent donner à ritus le sens de notre mot rite, ils le complètent par un terme caractéristique: ritus sacrificii 6, ritus sacrorum 7, ritus piandi ", comprecationes quae ritu romano fiant9, sacra diis facere ritu Albano'0, etc.
3, 764; 5565; C. Th. 7, 4, 30 ; 7, 9, 2; 8, 5, 49, 52 ; 11, 36, 33. — 15 Notit. dign. ; C. Th. 7, 4, t; 7,0, 1-2; 7, 12, 1 ; 7, 21, 1 ; 8, 7, 1 1 ; 12, 1. 113; C. Just. 12 59,
— Bibliogkaphie : Bôcking, Notitia dignitatum , p. 515 sq. ; Kühn, Verfassung des rôm. Reichs , Leipzig, 1864, I, p. 139; Léotard, Essai sur la condition des barbares établis dans l’Empire romain, Paris, 1873; Fustel de Coulanges, Les origines du système féodal, c. 1"; Mommsen, Dasrôm. Militârwesen seit Diocletian (Hermes 1889, p. 195-279) ; Seeck, Geschichte des Untergangs der antiken Welt Berlin' 1902, 1, p. 235-270.
RISCUS. 1 Donat. ad Sereut. Eun. 753 ; Hesvch. a. v. •akiozoïoL 2 Pollux X
137; Ter. L. I. ; cf. Dig. XXXIV, 2, 25 §19.-3 Non. a. e. p. 105 ; cf Cujas’ Obsero. Vlll, 1. ■ J -
ItlTUS. 1 Lanzi, Saggio di lingua etrusca, p. 822. — 2 Les Tables Eugubines p. 277. - 3 Forcellini, Lexicon (éd. 1890), s. v. Ritus. 4 Griech.-latr in. etymol. Wôrterbuch , p. 766-767. — 5 Servius, Ad Aeneid. III, 546. — 6 ld. Ibid. V, 77.
— 7 Virgil. Aen. Vlll, 836; Ovid. Fast. V, 421. — 8 ld. Ibid. 111,291. 9 Gelî. Noct.
Att. XIII, 22, 2. — 10 Liv. 1, 7 ; cl. Varro, De ling. latin, VII, 5, 97.
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A vrai dire, c’est là l’emploi le plus général du mot, et c’est bien ce qui ressort, malgré l’état mutilé du texte, de la définition qu’en donne Servies 1 : ftitus est eomprobata in administrandis sacri[ficiis consuetudoî].... Alii ita definiunt, ritum esse quo sacrificium uti fiat \statutum est ?] aut instilutus religiosus aut cerimoniis consecratus ? Par ritus , il convient donc d’entendre les règles ou lois qu’il fallait observer dans l’accomplissement des actes religieux et, d’une façon plus générale, les actes religieux eux-mêmes, c’est-à-dire les actes par lesquels l’homme manifestait ses sentiments envers la divinité. Aucun mot grec ne répond exactement au mot ritus: celui qui s’en rapproche le plus parait être 0s'T|j.oç, surtout quand le sens général en est précisé par des épithètes telles que 6eïoç, ispô;2. Parfois aussi le mot vdpoç est employé de façon analogue11.
Les rites étaient très nombreux dans la religion grecque et dans la religion romaine ; ils tenaient une grande place dans la vie privée, dans la vie domestique, dans la vie sociale et politique; leur caractère n’était pas absolument identique en Grèce et en Italie. Sans entrer ici dans le détail de chacun des rites grecs et romains, détail que l’on trouvera dans de nombreux articles de ce dictionnaire, nous voulons essayer de montrer: 1° comment on peut classer les rites grecs et romains; 2° quelle place les rites tenaient dans la vie antique sous ses diverses formes ; 3° à quelles conditions extérieures la pratique des rites était subordonnée; 4° enfin, quel a été le caractère particulier et distinctif des rites dans les deux grandes civilisations de l’antiquité classique, c’està-dire en Grèce et à Rome.
I. Classification des rites. — Puisque les rites, au sens le plus large du mot, sont les actes religieux par lesquels l’homme manifeste ses sentiments envers la divinité, la classification des rites devra être fondée en principe sur les diverses formes que le sentiment religieux a prises dans l’antiquité. On a vu, à l’article religio, que les anciens, abstraction faite des différences qui distinguaient à cet égard les Romains des Grecs, cherchaient: 1° à obtenir la faveur, à détourner la colère de la divinité; 2° à connaître la volonté divine ou, par l’intermédiaire de la divinité, l’avenir; 3° à savoir ce qu il adviendrait d’eux après la mort, quelle était la nature de l’âme, et comment ils pouvaient s’approcher le plus de la divinité. De là trois grandes classes de rites, qu’on peut ainsi définir : 1° les rites propitiatoires ; 2° les rites divinatoires ; 3° les rites des mystères.
A. Les rites propitiatoires. — Pour que la divinité pùt se montrer propice aux désirs de l’homme, il fallait d’abord qu’elle connut ces désirs: l’homme les lui indiquait au moyen de la prière ( precatio , eùjrVj)*. La prière était dite à part ou bien elle accompagnait un autre acte religieux, offrande, sacrifice, etc. De même, quand il avait obtenu de la divinité ce qu’il désirait, l’homme lui en exprimait sa reconnaissance verbalement ( gratulatio , eitatvo;). C’étaient là les deux formes les plus fréquentes, les plus simples de la prière. Il y en avait d’autres. Ainsi les Grecs et les Romains priaient les
1 Ad. Aeneid. VIH, 83(5. — 2 H. Eslicnne.Thesaurus ling. gro.ec. s. v. 0s<r|i<«ç. 3 Par ex. DioD. Halic. H, 66 et 73. — 4 Sur la prière dans le culte grec, voir Stengel, Die griechischen Kultusaltertiimer, §52-53, p. 72-74; sur la prière chez les Romains, Marquardt, Manuel desantiguitésromaines (trad. fr.). t. XII, p. 209 sq. Cf. Lasaulx, Gebete der Griechen und Rômer dans Studiendes classischen Altertums, Ratisbonne, 1854, p. 137 sq. — 5 Slengel, Op. cit. § 54, p. 75 sq. — 6 G. Wis-
dieux d’exercer leur puissance, non pas seulement en faveur de celui qui s’adressait à la divinité, mais contre un autre homme ou d’autres hommes nommément désignés : c’était là le rite de l’imprécation (àpâ, Ê-rcapa, xaxàpa, deprecatio , exsecratio, imprécation etc. ; [voir devotio, p. 114] p. La devotio n le dévouement (au sens étymologique du mot) de soi-même, n’était qu’un cas particulier de cette forme de prière [devotio, toc. cit.] 6; dans ce cas, on s’offrait soi-même au courroux des dieux pour le détourner soit d’une autre personne, soit plus fréquemment de sa patrie. Lorsque la prière proprement dite était accompagnée d’une promesse, quand l’homme qui implorait la divinité s’engageait d’avance à lui témoigner sa gratitude par une offrande ou un sacrifice, la prière devenait un vœu [votum, sù/aptcx^ptov] 7. Dans une certainemesureaussileserment^'ws/Mranc/a?/*, opxoç) était une prière 8 ; on prenait la divinité à témoin, on la priait de punir le parjure [jusjurandum]. Ces rites purement verbaux ne s’accomplissaient pas sans gestes appropriés; les plus usuels de ces gestes était le geste spècial de l’adoration, une légère inclinaison de la tête, parfois un baiser donné à l’image de la divinité qu’on invoquait [adoratio].
On peut rattacher à ce premier groupe de rites propitiatoires, prières transmises par la voix, le rite de la de/îxio , imprécation le plus souvent transmise par écrit et nettement distincte de la devotio 9.
Mais les anciens n’ont jamais cru que de simples paroles, dites ou écrites, même accompagnées de promesses, fussent assez efficaces pour rendre les divinités propices. Les actes avaient plus d’importance encore que les paroles dans le rituel antique. L’acte religieux par excellence, du moins à l’époque historique, était le don fait par l’homme à la divinité, l’offrande ( àvcxQ-qpLot., donum, donarium). On trouvera à l’article donarium tous les renseignements nécessaires sur les simples offrandes, leur caractère, leurs rites ( consécration dedicatio ), leurs diverses espèces, etc. Si l’offrande était le don sous sa forme la plus simple, la libation et le sacrifice, quoique plus complexes, étaient de même des dons de l’homme à la divinité. A certains égards, la libation faisait partie du sacrifice; elle était un sacrifice sans effusion de sang. Au sens le plus précis et le plus limité du mot, la libatio était le don fait à la divinité des liquides, tels que le vin, le lait, l’huile, que l’on versait sur l’autel, ou encore de l’encens et des parfums qu’on répandait dans les flammes sacrées 10. Le sacrifice ( sacrificium , Ouata) pouvait comporter ou non l’immolation d’un être vivant. Lorsqu’il n’était pas sanglant, il consistait essentiellement dans le don à la divinité de pains, de gâteaux, de fruits, quelquefois aussi de fromages11. Le sacrifice sanglant comportait l’immolation d’une victime dont, suivant les cas, les dieux laissaient une partie à la disposition des hommes ou qu’ils réclamaient tout entière [sacrificium]. Malgré toutes les différences, parfois capitales, qui distinguent entre eux les trois actes de l’offrande, de la libation, du sacrifice, ces actes étaient inspirés, chez les Grecs et les Romains, d’une seule et même idée :
sowa, Religion und Kultus der Rômer, p. 322. — 1 Sur le caractère du votum dans le culte romain, voir G. Wissowa, Op. cit. p. 319-321. — 8 Chez les Grecs, voir Slengel, Op. cit. § 56, p. 78-80. — 9 A. Audollent, Defixionum tabellae, p. xxxvl sq. — 10 Sur les libations dans le culte grec, v. Stengel, Op. cit. § 63, p. 93-94; cf. Marquardt, p. 203-204. — » Stengel, Op. cit. § 61, p. 89-92; Marquardt, p. 203; Wissowa, Op. cit. p. 344-345.
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rendre par des présents plus ou moins considérables ou précieux la divinité propice, obtenir d’elle, grâce à ces présents, qu elle satisfit les désirs des hommes.
Mais à ce rite essentiel certaines conditions étaient indispensables et des rites accessoires s ajoutaient. La divinité n’accueillait avec faveur les présents des hommes, que s’ils lui étaient offerts par des êtres puis. En règle générale, il fallait se purifier avant d’entrer dans un sanctuaire, avant de procéder ou de prendre part à une offrande, à une libation, à un sacrifice. Delà les purifications ou rites purificatoires (xâôapm?, lustratio ), dont on trouvera l'énumération et l’étude complète dans l’article lustratio. Mais, lorsque la tache à effacer était grave, lorsque la souillure à faire disparaître était un crime commis soit envers les hommes soit envers les dieux, la purification prenait un caractère particulier, devenait une expiation ; les rites expiatoires [lustratio, piaculum) étaient plus minutieux, plus compliqués, plus sévères que les simples purifications
D’autre part, quand les multiples conditions requises pour la validité d’un sacrifice se trouvaient remplies, les Grecs et les Romains croyaient augmenter. encore l’efficacité de l’acte religieux qu’ils accomplissaient en l’entourant, pour ainsi dire, de cérémonies destinées à honorer la divinité : telle parait être du moins la signification à l’époquehistorique des processions solennelles, des hymnes, des jeux et concours de toute nature qui précédaient, accompagnaient ou suivaient beaucoup de sacrifices. [Pour les processions sacrées, on les trouvera citées et décrites aux noms des principales fêtes, tels que brauronia, I, p. 748-749; délia, II, p. 57 ; eleusinia, II, p. 567 sq. ; panathenaia, IV, p. 306 sq.; pytiiia, IV, p. 792 sq. ; argei, I, p. 405; amburbium, 1, p. 226; compitalia, I, p. 1429, etc. — Pour les hymnes, voir hymnus, III, p. 337 sq. — Pour les jeux, voir les mots agonalia, I, p. 147 sq. ; certamina, I, p. 1081 sq. ; ludi publici, III, p. 1362 sq., ainsi que les noms des grandes fêtes helléniques, isthmia, nemea, Olympia, pythia, etc.].
Tels étaient les riLes propitiatoires le plus généralement observés, ceux dont le caractère peut être déterminé sans hésitation. Mais nous devons, en outre, citer divers rites, soit exceptionnels à l’époque historique, soit d’une nature spéciale, soit encore d'une origine et d’une signification qui ne sont pas sans laisser quelque place au doute. Si le plus souvent les victimes immolées en l’honneur des divinités étaient des animaux, il arrivait parfois cependant qu’on sacrifiât des êtres humains : le rite était célébré en Grèce dans les cultes de Dionysos Omestès, de Zeus Laphystios, de Zeus Lykaios, etc.; il avait parfois, mais non toujours, le caractère d’une cérémonie expiatoire 2. Dans la religion romaine, il parait avoirété plus exceptionnel; les Romains lui attribuaient, à tort ou à raison, une origine grecque 3 [sacrificium]. C’était encore un genre particulier de sacrifice que le banquet sacré offert aux dieux, appelé par les Grecs ÔEO'svta, par les Latins lectisternium [lectisternium, theoxenia]. L’origine des sacrifices humains et des lectisternes remonte sans doute à une époque très reculée, où les conceptions religieuses étaient différentes de celles qui avaient cours pendant la période classique : les uns et
1 Stengel, Op. cit. §§ 85 sq. p. 138-151; Wissowa, p. 327 sq. — 2 Sleugel, Op . cit. § 74, p. 114-117 ; cf. Frazer, The Golden Bougt, 2° éd. II, 34 sq. — 3 G. Wis-
les autres sont des survivances d’un rituel qu inspiraient des idées tout à fait étrangères à un Athénien du siècle de Périclès, à un Romain contemporain d’Auguste, ou même de Caton l’Ancien. D’autres rites encore se présentent avec la même physionomie: tels ceux de I’aiora , de I’amphidromia , de Faquaelicium , manalis Uapis, de I’armilustrium, du bidental, du dioskodion, de I’eiresionè, de la lithobolia, des lupercalia, de I’october equus. On saisit bien dans les uns et les autres des traits qui permettent de les considérer, ceux-ci comme propitiatoires, ceux-là comme purificatoires ou expiatoires; mais dans l’ensemble, ils semblent appartenir à une strate religieuse différente de celle qui correspond vraiment aux temps historiques. C’est en les comparant avec certaines coutumes encore populaires parmi les paysans européens ou bien avec des usages encore aujourd’hui observés par des tribus sauvages, que plusieurs mythologues modernes, Mannhardt et Frazer surtout, ont essayé d’expliquer le sens de ces rites b
B. Rites divinatoires. . — Les Grecs et les Romains ne cherchaient pas seulement à se concilier la faveur de la divinité, à obtenir d’elle la satisfaction de leurs désirs. Ils s’efforcaient aussi de connaître d’avance ses desseins ou, par son intermédiaire, l’avenir; ils s’adressaient à elle pour savoir ce qu’il convenait de faire en telle ou telle circonstance donnée. La divination, .sous ses multiples formes, a tenu une place considérable dans les religions antiques. Les rites divinatoires n’étaient pas moins nombreux ni moins variés que les rites propitiatoires. Il a été ou il sera question de ces rites dans des articles spéciaux auxquels nous renvoyons [augures, FULMEN, HARUSPICES, 1NCUBATIO, ORACULUM, PROCURATION prodigia, signum, tempi.um, etc.]. Sur l’ensemble de la divination antique, son caractère, ses méthodes, son histoire, l’article divinatio fournira tous les renseignements désirables.
C. Rites des mystères. — Les cultes à mystères, culte de Déméter à Éleusis, culte des Cabires de Samothrace, culte de Dionysos en Béotie, etc., comprenaient, outre lesrites usuels, purificatoires, expiatoires, propitiatoires, des cérémonies particulières, qui ne se célébraient pas dans les autres cultes. Ce sont ces rites spéciaux, dont nous formons une catégorie à part, sous le nom de rites des mystères. L’acte essentiel, fondamental, duquel dérivent ces rites, c’est l’initiation, la révélation à un groupe limité de fidèles d’un secret caché jalousement aux profanes. La nature, l’aspect extérieur, le contenu, en un mot le fond et la forme du secret étaient variables : à Éleusis par exemple, on montrait aux initiés des objets, on leur faisait entendre des paroles ou des formules, on leur faisait voir des actes représentés dramatiquement [eleusinia]. Les rites des mystères sont naturellement ceux dont les détails sont le moins connus; les initiés n’ont point rompu le silence qui leur était imposé; quant aux railleries des sceptiques comme Lucien, et aux attaques passionnées des chrétiens, il est prudent de n’y accorder qu’une confiance très mesurée. Des quelques renseignements dignes de foi, qui sont épars dans les documents et les auteurs anciens, on peut conclure, croyons-nous, que le plus souvent la révélation des
sowa, Op. cit. p. 354-355. - * Mannhardt, Antike Wald-und Feldkulte (1875); Mythologische Forschungen, (1884); J. Frazer, The Golden Bough, 2" éd. (1900;.
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mystères avait pour objet: 1° la mise en action, sous la forme d’un drame sacré, du mythe ou d'un épisode du mythe de la divinité; 2" la destinée de l’âme humaine, surtout après la mort ; 3° comme conséquence de cette révélation, un enseignement, beaucoup moins eschatologique et moral que pratique, si l’on peut s’exprimer ainsi, sur les Enfers; cet enseignement « avait pour objet de mettre l'homme en état de se tirer d’affaire lorsqu’il arriverait dans la demeure d’IIadès’ ».
D'autre part, on a vu, à l’article religio, que les anciens connurent le désir de s’approcher le plus près possible de la divinité, au point de s’assimiler avec elle. C’est de ce désir que procèdent certains rites de cultes à mystères, tels que l’omophagie [omophagia] du culte de Dionysos, l’absorption du cycéon dans le culte éleusinien [cycaeon, eleusinia, p. 569 sq.], peut-être certains banquets sacrés, dans lesquels s’opérait, d’après plusieurs mythologues modernes, une véritable communion des fidèles avec la divinité 2 ; peut-être aussi les danses, transports et orgiasmes bachiques.
II. Les rites dans la vie antique. — Les rites tenaient dans la vie antique une place considérable; ils étaient mêlés à tous les actes de l’homme, à toutes les circonstances habituelles ou inattendues de son existence.
Dans la vie individuelle et domestique, qu’il est assez malaisé de distinguer complètement l’une de l’autre, puisque l'homme vit plutôt en famille qu’isolé, les actes religieux étaient pour ainsi dire incessants. La naissance, le passage de l’enfance à l’âge adulte, le mariage, la mort étaient chez les anciens accompagnés de rites spéciaux [pour la Grèce, amphidromia; epbebus, p. 625, uieros gamos et matrimonium, p. 1647 sq. ; funus, p. 139; pour Rome, outre les renseignements réunis dans l’article INDIGITAMENTA, voir FUNUS, p. 1386 Sq., MATRIMONIUM, p. 1656 sq., toga].
La vie quotidienne en était de même toute remplie. Le matin, à chacun de ses repas, le soir, le Grec faisait une libation sur lautel d Hestia, la déesse du foyer, chaque jour, « les vieux Romains et plus tard ceux qui étaient restés fidèles aux mœurs antiques, faisaient, avec leurs enfants et leurs esclaves, la prière du matin et offraient un sacrifice à table »3. Avant de se mettre au travail, on invoquait le patron de sa corporation. A. la campagne, tous les actes essentiels de la vie rurale, sous sa forme agricole et pastorale, étaient précédés de rites : les calendriers rustiques, les inscriptions, les auteurs tels que Caton, Ovide, Columelle nous font connaître les cérémonies multiples qu’il fallait, célébrer dans les champs pour s’assurer une bonne récolte, pour attirer sur ses moissons, sur ses troupeaux, sur ses granges, sur ses étables, la protection et la faveur des divinités, pour en détourner les mauvaises influences et les catastrophes L C’est précisément la multiplicité de ces rites, de ces prières, de ces libations, de ces sacrifices, qui explique la présence dans chaque demeure grecque ou romaine d’autels, de niches occupées par des images divines, même de petites chapelles ou d’oratoires [ara, domus, larariumJ; qui explique aussi le nombre considérable de sanctuaires, le plus souvent très modestes, dont
la campagne était remplie, ou mieux encore le caractère sacré attribué à tant de hauteurs, à tant de grottes, à tant de sources, à tant d'arbres [montes divini, fons, arbores sacrae, templum, etc.]. A Rome, chaque partie de la maison, chaque opération agricole était nommée dans les indigitamenta ou dans les formules sacerdotales [indigitamenta, p. 471-472]. Enfin, outre les actes courants, habituels, réguliers de la vie quotidienne, individuelle et domestique, certains événements exceptionnels, un départ, un retour, l’arrivée d’une bonne nouvelle, une convalescence, une récolte particulièrement bonne, etc., étaient l’occasion d’actes religieux, de rites.
11 est inutile, après la lumineuse démonstration de Fustel de Coulanges, d’insister sur le caractère religieux du lien par lequel les Grecs et les Romains se sentaient rattachés à leurs ancêtres6. Ce caractère nous fait mieux comprendre la place que tenaient dans la vie antique les rites du culte des ©eot itaxpwot et des ©sot gT,Tptûot ; la fréquence de ceux qu’on célébrait, soit en l’honneur de la déesse du foyer, soit sur les flammes mêmes du foyer, [focus, vesta]; les invocations incessantes au Zeus Iferkeios, au Zeus Ktésios, aux Pénates, aux Lares; certaines cérémonies enfin, qui attestent l’existence d un culte domestique des morts [lemures].
La famille n’était que le plus étroit des groupes sociaux ou politiques dont l’individu faisait partie dans l’antiquité. Les rites ne jouaient pas un rôle moins important dans le yÉvo; grec et la gens romaine [gens], dans la phratrie grecque [apaturia, puratria] et la curie romaine [curia, p. 1627], dans les diverses associations ou corporations de la Grèce et de Rome [collegium, p. 1294; eranos, p. 805; orgeones, thiasus]. Comme aucun de ces groupements, quels qu’en fussent 1 origine et le caractère, ne manquait d’être fondé sur la religion ou cimenté par elle, il en résultait que les actes religieux formaient une partie essentielle de leur vie collective.
Quant à la cité ou l’État, on peut dire que rien ne s’y faisait sans l’accomplissement de quelque rite. La vie de la cité était, à ce point de vue, calquée sur celle de l’individu ou de la famille : des actes religieux précédaient ou accompagnaient tous les actes publics. Il y avait un foyer de l’État, comme il y avait dans chaque maison un foyer domestique : ce foyer était en Attique le Prytanée [prytaneum], à Rome le temple de Vesta [vesta]. Les corps constitués, tels que la Roulé d’Athènes et le Sénat romain, les assemblées publiques ne se réunissaient jamais sans que la séance s’ouvrît par un acte religieux, prière, invocation, sacrifice, prise des auspices [boulé, p. 741-742; ekklesia, p. 521; senatus; cf. auspicia, p. 583-584], Le Sénat romain ne pouvait être convoqué que dans un endroit inauguré ou templum [auspicia, loc. cit ; senatus, templum]. Aucun magistrat de Grèce ou de Rome n’entrait en fonctions sans offrir un sacrifice et sans prêter serment [jusjurandum, p. 757 (Grèce), p. 770 (Rome); magistratus, p. 1534]. A Rome, tout magistrat devait d’abord procéder à la cérémonie particulière appelée la prise d’auspices [auspicia, loc. dt.]. Une cérémonie religieuse était célébrée au début de toute entreprise importante, par exemple quand
Foucart, Recherches sur Corigine et la nature des mystères d'Eleusis, p. 63 ; Part oRPHici p. 253 sq. Sur les mystères en général, voir Part.de mysteria ; eleusinia DIONYSOS, cabiri. - 2 W. Robertson Smith, art. « Sacrifice », Ency- Brüannica, 9* édit. XXI, p. 137 sq. ; cf. Fraser, Le Rameau dor, tr. franc.
t II, p. 130. — 3 Marquardl et Mommsen, Manuel des antiquités romaines (tr. franc.), t. XII, p. 152. — ' Voir en particulier, Corp. inscr. lat. U; Cal. Re re rûstica-, Ovid. Fasti-, Columell. De re rustica. — 3 Fustel de Coulanges, La cité antique.
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l’armée partait pour une expédition : qui ne connaît les lignes fameuses où Thucydide mentionne les prières, les libations, les hymnes qui accompagnèrent le départ de la flotte athénienne pour la Sicile1? Tout consul romain, avant d’aller prendre le commandement des légions, faisait quelque vœu à la divinité [votum] ; ces vœux étaient spécialement appelés vota nuncupata. Nous pourrions multiplier sans fin les exemples : qu’il suffise d’avoir mis ici en lumière que la vie antique sous toutes ses formes, individuelle, domestique, sociale, politique, privée ou publique, était marquée à chaque instant par un rite, tantôt très simple, comme la prière, l’invocation, la libation, tantôt solennel, comme le serment des magistrats, la prise des auspices, les sacrifices offerts au nom de l’État pour remercier la divinité d’une victoire décisive ou d’une paix avantageuse. De même que les dieux eux-mêmes, les rites surgissaient partout, à tout instant, dans la vie des Grecs et des Romains.
III. Conditions de temps, de lieu, de personnes. — La pratique incessante de rites si nombreux était-elle soumise à des conditions impérieuses de temps et de lieu ? Etait-elle strictement réservée à certaines personnes, interdite à toutes les autres ? Cette question est fort complexe, en raison du nombre et delà variété des rites. Elle comporte non pas une seule, mais de multiples réponses.
Le temps. — Il semble bien que la prière, le vœu, le serment, l’imprécation, et, d’une manière générale, les rites propitiatoires de caractère individuel et privé, tels que l’offrande simple et la libation, pouvaient être pratiqués, sauf cas exceptionnels, n’importe quel jour et à n’importe quelle heure de la journée. Rien dans les documents ne nous indique qu’une limitation ait été apportée en cette matière à la libre initiative des individus. Il n’en était pas de même pour certains rites de la religion domestique, ni pour les rites de caractère public ou collectif. Chez les Romains, le sacrifice quotidien offert aux Lares n’avait lieu que pendant le repas ; les Zewum’a devaient être célébrés après minuit [lemures]. Quant aux rites du culte public, ils se composaient, en Grèce et à Rome, à la fois de cérémonies dont les dates étaient fixées d’avance, de fêtes fixes, — de cérémonies, dont les dates variaient chaque année, de fêtes mobiles,
— même de cérémonies imprévues, déterminées par des circonstances fortuites, telles que l’apparition de prodiges, un danger pressant, le départ d’une flotte ou d’une armée, etc. [feriae]. A Rome, « l’indication des fêtes mobiles et extraordinaires, dit Marquardt, était l’affaire des consuls, et, en leur absence, celle du praetor urbanus 2 ». C’était donc des magistrats civils, non les pontifes, qui fixaient d’avance les dates de ces fêtes. Au contraire, le calendrier, qui indiquait les fêtes fixes, était confectionné par les pontifes, qui avaient la charge de veiller à l’observation des jours de fête. N’y a-t-il pas, dans cette différence même, la preuve que certaines cérémonies religieuses étaient plus particulièrement soumises à de rigoureuses conditions de temps? Il y avait, à ce point de vue, une grande variété parmi les rites et les fêtes. Si le paysan attique était libre d’adresser une prière ou d’offrir quelques fruits à une divinité champêtre quand il le voulait, le myste d’Ëleusis ne
1 VI, 32. — 2 Marquardt, Op. cit. p. 357. — 3 Stengel, Op. cit. § 77, p. 120-121.
— » Id. Ibid, — b De re rustica, LXXXIII. — « Ibid. CXU. — 7 P.’ Monceau^ La Grèce avant Alexandre, p. 26 ; Calo, De re rustica, CXLUI : Kalendis
pouvait assister aux mystères de Déméter et de Coré qu’aux dates fixées par le rituel.
Le lieu. — En apparence, la condition de lieu semble plus rigoureuse : la plus grande partie des rites se pratiquent sur le foyer, dans les sacella, lararia , et sur lés autels domestiques, quand il s’agit de cultes privés ou familiaux ; dans les sanctuaires si nombreux et si divers que la Grèce et Rome ont connus, depuis les bois sacrés et les sources jusqu’aux édifices magnifiques comme le Parthénon ou le temple de Jupiter Capitolin, s’il s'agit de cultes publics. A première vue, on ne conçoit guère un sacrifice ou une libation en l’absence d’un autel. D’autre part, puisque les rites sont les procédés employés par l’homme pour atteindre la divinité, ils doivent logiquement être pratiqués de préférence là où la divinité séjourne, dans les lieux qui lui ont été consacrés, devant les images où l’on croit qu’elle aime à résider. Et pourtant, il serait inexact d’affirmer que les anciens n’ont prié, invoqué les dieux, offert des libations, même dë véritables sacrifices, que dans des sanctuaires ou sur des autels. Des chevaux et des taureaux, pour être sacrifiés à Poséidon, étaient précipités dans les flots3; c’est au même dieu qu’Alexandre fait une libation en plein Ilellespont. De même, maintes offrandes, dédiées aux divinités fluviales, étaient simplement jetées dans les rivières 4. Des rites, comme Yaiora, se célébraient dans les vergers, sous les arbres [aiora]. Même chez les Romains, où la notion du templurn paraît avoir été d’une si rigoureuse précision, le rite de la devotio pouvait se pratiquer sans condition de lieu, sur un champ de bataille par exemple et en pleine mêlée; divers rites agraires, recommandés par Caton, se célébraient in silva 5, ou dans le champ même qu’il fallait lustrare 6. S’il est historiquement vrai de dire que la plupart des actes religieux se consommaient dans des lieux consacrés, il ne faut pas en conclure qu’il y eût là une obligation rituelle absolue : nombreux sont les cas contraires qu’on pourrait énumérer. Il n’y a là d’ailleurs rien qui doive surprendre ; les sanctuaires étaient sur la terre les demeures préférées, mais non exclusives, de la divinité. Zeus était partout dans le ciel diurne, et son éclair jaillissait de toutes les parties de l’atmosphère ; Poséidon était partout dans la mer calme ou irritée; Cérès résidait dans tous les sillons, Silvain dans tous les bois et dans tous les jardins.
Les personnes. — En règle générale, les anciens n’ont point pensé que les rites dussent être célébrés par des personnages revêtus d’un caractère particulier permanent, et spécialement préparés, par une initiation plus ou moins longue, aux fonctions rituelles et religieuses. On a souvent remarqué qu’il n’y avait pas eu en Grèce ni à Rome de classe sacerdotale [sacerdos]. Les rites du culte domestique étaient pratiqués par le pater familias ; dans certains cas, à son défaut, par un esclave de la famille 7. Le culte public était célébré par des magistrats, et les prêtres proprement dits n’y intervenaient, suivant l’expression de Marquardt, qu’à titre d’experts : « il le fallait, car les sacrifices les plus usuels étaient accomplis eux-mêmes suivant des règles minutieuses qu’il n’était pas possible d’observer sans une connaissance très pré-
Idibus, Nonis, festus dies cum erit, coronam in focum indat [ut/ica]. Per cosden-.que dies Lari familiari pro copia supplicet. Il lui est seulement interdit rem divinam facere.
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