‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 29 sur 137 · ROB · texte numérisé non relu

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cise des rites et sans une expérience consommée1 ». Mais ce qu’il faut noter, c'est que dans la cérémonie religieuse, dans le rite célébré au nom de la cité, pro populo, le véritable représentant de la cité, l’intermédiaire entre les hommes et la divinité, c’est le magistrat, l’archonte à Athènes, le consul à Rome, mais non l’Upeùç ou le sacerdos. Les seuls cultes, où les prêtres aient tenu peut-être une place analogue à celle qu’occupent les prêtres dans nos sociétés modernes, sont les cultes à mystères : chargés des révélations sacrées, ils enseignaient, sinon un dogme, du moins des formules destinées à rassurer l’homme sur la destinée de son âme après la mort. Encore convient-il de ne pas trop appuyer sur l'analogie que nous signalons; car, les Grands Mystères d’Eleusis terminés, jusqu’à leur prochaine célébration, les membres du sacerdoce éleusinien vivaient de la même vie que leurs compatriotes.

Sans être des prêtres proprement dits, les devins, augures, aruspices, pratiquaient les rites divinatoires. Là encore, pour reprendre l’ingénieuse expression de Marquardt, nous nous trouvons en présence d’experts, plutôt, que d’hommes exclusivement chargés de ces rites, exclusivement compétents pour les pratiquer. A Delphes, c’était bien la Pythie qui rendait l'oracle; mais c’étaient les prêtres du temple qui l'interprétaient. Il en était de même à Dodone, à Ëpidaure, etc. [divinatio, oraculum]. A Rome même, où les augures jouaient un rôle si considérable dans le culte public, les magistrats étaient officiellement investis du droit de prendre les auspices, de la spectio ; ce qui incombait spécialement à l’augure, était la nuntiatio [augures].

En résumé, les conditions de temps, de lieu, de personne, paraissent n’avoir été rituellement impératives ni en Grèce, ni à Rome : en fait, elles étaient observées beaucoup moins dans le culte privé que dans le culte public, et l’on se ferait une idée incomplète de la dévotion grecque et romaine, si l’on s’en tenait aux rites qui étaient pratiqués à dates fixes, dans des lieux consacrés ou des sanctuaires bâtis, par des personnages portant le titre de prêtres ou un titre analogue. Il n’y avait point de jour sans rites; tout lieu pouvait être le théâtre d’un acte religieux; tout homme, à condition qu’il fût pur, pouvait pratiquer les rites de sa religion.

IV. Le caractère des rites en Grèce et a Rome. — Il est évident que, par essence et par définition, tout rituel se compose de règles qu’il faut observer. Toutefois les sentiments, avec lesquels on se conforme au rituel, peuvent varier ; le respect, qu’on professe pour les rites, peut être très strict, très étroit, hostile à toute modification même extérieure de la règle; au contraire, ce respect peut s’allier avec l’expression spontanée d’une pensée intérieure. 11 y avait, à ce point de vue, une différence sensible entre la Grèce et Rome. 11 ne semble pas, par exemple, que les Grecs aient eu, pour la lettre même de leurs prières, de leurs formules rituelles, de leurs hymnes, le respect absolu que les Romains gardèrent

1 Mommsen et Marquardt, Manuel des antiquités romaines (trad. fr.), t. XII, p. 204-265. — 2 Manuel d'histoire des Religions , Irad. Hubert-Lévy, p. 546. 3 Val. Max. IV, 1, 10. — 4 Noct. Att. XIII, 23 (22). — 5 Coriol. XXV ; cf. Polyb. VI, 56; Boissier, dans la Revue d'histoire des Religions , 1881, t. IV, p. 308. Bibliographie. Sur l’ensemble des rites grecs et romains, étudiés indépendamment de la mythologie et de l’histoire des religions, il nous paraît suffisant de citer : Grèce, Schoemann, Griechische Alterthümer , t. II (trad. franc. Galuski, tome II) ; Stengel, Die yriechischen Kultusalterthümer , Munich, 1898. — Rome :

pour les leurs, au point d’en arrivera ne plus comprendre eux-mêmes leurs antiques carmina [carmen, p. 922], « Il est à noter, écrit justement Chantepie de la Saussaye ’2, que pour les Grecs la prière n’a pas été uniquement une chose rituelle, mais qu’ils l’ont enrichie d’idées et de sentiments religieux. Peu de peuples nous ont laissé, dans la prière, autant de manifestations de piété intérieure que les Grecs. Les Spartiates priaient les dieux de leur faire don de ce qui était bon et beau ; Pythagore et Socrate enseignaient qu’il fallait leur demander le bien; Platon décrit la piété se manifestant dans la prière. » A Rome, au contraire, la prière ne perdit jamais complètement son caractère d’incantation magique [carmen, p. 922]. Valère Maxime cite, comme un fait exceptionnel et unique, la modification que Scipion Émilien fit apporter au carmen precationis - public3; d’après Aulu-Gelle, les prières, qu’il fallait adresser aux dieux immortels, formaient un recueil qui se trouvait dans les tibri sacerdotum populi romani'*. En ce qui concerne les libations, les sacrifices, les purifications et expiations, les consultations d’oracles et procédés divinatoires divers, les processions et les jeux, rien n'indique que la Grèce ait cru autant que les Romains à la nécessité d'une impeccable observance : en tout cas, on ne connaît point chez les Grecs de notion ni de rite qui soient comparables à la notion et au rite du piaculum romain- [piaculum], quand ce terme est employé pour désigner quelque dérogation, souvent imperceptible, aux règles du rituel. Les rites purificatoires ou expiatoires du culte grec étaient destinés à effacer des souillures matérielles ou morales, mais non. semble-t-il, des maladresses ou des oublis rituels. D’ailleurs, Plutarque, qui connaissait fort bien la religion grecque, cite, comme un des caractères particuliers de la religion romaine, le soin et la ténacité avec lesquels les Romains recommençaient jusqu’à trente fois les cérémonies dans lesquelles ils croyaient avoir remarqué quelque défaut ou quelque obstacle5. Il ressort, avec évidence, du passage de Plutarque, que la même rigueur n’existait pas en Grèce. Si donc les rites n’étaient pas moins nombreux dans la religion grecque que dans les cultes romains, s ils y tenaient une place aussi grande, du moins, d’après tout ce que nous savons, ils pesaient d’un poids moins lourd sur la pensée et sur l’âme, ils ne comprimaient pas ou ils comprimaient beaucoup moins les élans du sentiment religieux. J. Toutain.

RIVUS [aquae].

ROHIGUS, ROBIGAtlA. — Le phénomène de larouille, qu’il s’attaque au fer ou aux céréales, est désigné en latinpar lemotro6<^o(rad. robus—rufus, rouge)1. L importance de la culture du blé dans la banlieue de Rome aux plus anciens temps ne pouvait manquer de surexciter la piété des laboureurs lorsque ce fléau s abattait sur leurs champs. De là, une personnification divine, à face double comme la plupart des génies de la végétation et de la vie rustique, funeste et réparatrice tour a tour, qui

Bouché Leclercq, Manuel des Institutions romaines, Paris, 1886; Marquardt et Mommsen, Manuel des antiquités romaines, trad. franc, t. XII et XIII; le Culte chez les Romains, Paris, 1889; G. Wissowa, Religion und Kultus der Rômer, Munich, 1902.

HOBIGUS, ROBIGALIA. 1 Serv. ad Georg. I, 151 ; Ov. Fast. I, 687. Dans ce dernier passage, 'consacré aux feriae Semenlicae de janvier, c'est Cérès qu'invoque le poète et à qui il demande d'écaiter des semailles nouvelles le fléau de la rouille. Les épithètes par lesquelles il les caractérise sont ; scabra aspera.

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