‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 34 sur 137 · ROT · texte numérisé non relu

ROT

et de ses divers types [navis]. La tête de sanglier est un des plus anciens et se conserva par la suite; on en voit ici un exemple (fig. 5958). Cet éperon est en bronze ; il a été recueilli au fond du port de Gènes 1 .

Après que la tribune aux harangues à Home eut été décorée des proues des vaisseaux pris aux Antiates (368 av. J.-C.), on l'appela les Rostres [forum, p. 29]. Il y eut aussi des colonnes qui furent appelées rostrales parce qu’elles étaient ornées de la même manière [columna, p. 1351]. Des rostres décoraient encore d’autres monuments2.

Pour la couronne rostrale ou ornée de proues, voir corona, p. 1536. E. Saglio.

ROTA 'Tço/ôç), roue. — 1. Roue de char ou de voiture. [Voir currus, p. 1635, pour tout ce qui concerne la roue des chars de guerre1 ; plaustrum, pour la roue pleine et pour la roue munie de croisillons se coupant à angles droits2. Des roues antiques à rayons sont actuellement conservées dans plusieurs collections de l’Europe3 ; elles

Fig. 5959. — Roue de bronze.

sont toutes en bronze et d’une construction identique, quoiqu’elles proviennent de régions très éloignées les unes des autres. Celle que représente la figure 5959 a été trouvée à Nîmes'*. Elle a été fondue d’une seule pièce (diamètre 49 centimètres). Sur tout son pourtour est creusée une gorge profonde, dans laquelle venait, sans aucun doute, s’emboîter une jante en bois cerclée de fer. Des trous pratiqués sur les faces latérales de la gorge donnaient passage aux clous qui servaient à fixer la jante aujourd’hui disparue. Cette disposition était certainement très répandue et très ancienne; car on peut l’observer sur les monuments figurés non seulement de la Grèce, mais de l’Orient, où sont représentés des chars ; les tètes des clous, plus ou moins décoratives, y sont souvent très apparentes5. On remarquera dans la roue de Nîmes la longueur du moyeu (34 centimètres) par rapport à la hauteur totale; les rayons sont creux. Des cercles en fer et des débris de jantes similaires ont été

1 Welckei-, Alte Denkmâler, V,p. 203 ; Graser, Arch. Zeitung, 1872, p. 49 ; Richter, Jahrbuchd. deutsch. arch. Instit. 1889, p. 12. -2 Voir par exemple une inscription de Lavinia(AfU. d. Accad. d. Lincei. 1881, p. 249) mentionnant des rostra navalia.

ROTA. 1 Les exemples de roues à rayons (votas radiatae'j se rencontrent en très grand nombre. V. la Table des matières, XVI, Véhicules. - 2 Autres exemples: connus, note 17. — 3 Cataloguées et reproduites par l.indenschmit, AUerth. uns. heidn. Vorzeit, III (1881), Heft IV, pi. u. — «• Elle appartient au Cabinet des médailles à Paris, Babelon et Blanchet. Catal. des bronzes ant. de la Bibl. nat. p. 630, n 1 823 ■ cf. 1824 : Lindeusclimit, L. c., fig. dans le texte. Ils donnent la bibliographie antérieure ou peuvent en dispenser. — B Voir par ex. currus, fig. 2217, 2223 ; Lindeoschmit, L. c. — 6 Fùrstl. Hohenzoller'sche Sammlung, pl. vu, 14; Mus. Greqor. pl. xvm. Char en bronze du Vatican; E.-Q. Visconti, Mus. P. Clem. t. V, ni. B, Il ; Catal. de la coll. Gréau , pl. xrn ; Cat. de la coll. Hoffmann, 2* part. (1888), p. 139, n. 506 ; Lindenschmit, L. c. III, Heft III, pl. U, n. 12. — 7 Mazard. Essai sur les chars gaulois de la Marne, Heu. arch. 187/, I, p. 154 et 21/ ; Schaafhausen, Gallische Streitwayen in Rhein Hügelgraben, Jahrb. d. Ver. d. AU. freunde in Rheinl. LXXXVIII (1889;, p. 241 ; S. Reinach, Catal. du musée de •

recueillis sur les bords du Rhin aussi bien qu’en Ëtrurie *.» Ils nous offrent un point de comparaison intéressant avec les roues qui ont été retrouvées dans le sol de la Gaule1.

II — Instrument de supplice. Le patient était étendu ;’i plat sur une roue, les quatre membres attachés aux rayons par des cordes8. 11 est probable que le supplice consistait surtout à les tendre (sàxeiv, xeîveiv,

otaTEtvEtv, xaxaxEivEtvJ 9,

de telle sorte que les membres fussent tirés en sens contraire, et même déboîtés ; il devait y avoir des degrés dans la tension ; de là vient que la roue était employée principalement pour mettre à 1a,

question. Cependant, comme c’était un instrument simple et commode, qui livrait le patient au bourreau dans une immobilité absolue, on aggravait souvent le supplice en y ajoutant beaucoup d’autres châtiments corporels, tels que le fouet [flagellum], la bastonnade, le feu ( ignis ), c’est-àdire les torches promenées sur la surface de la peau [tormenta], et le coup de grâce, l’égorgement final par l’épée 10. Les Grecs pratiquèrent de bonne heure cette manière de rouer (xpoy tÇe'iv ) 1 1 .

C’est, sans aucun doute, le supplice de la roue qui a inspiré l’idée du châtiment infligé à Ixion dans les Enfers; les figures 5960 et 5961, qui reproduisent des peintures de vases, représentent Ixion dans l’attitude du patient attaché à la roue : dans l’une par des poignées et des écrous12; dans l’autre, au moyen de cordes13. Ixion , disent les poètes, était entraîné par le tourbillon des vents dans un mouvement éternel de rotation 11 . Dans la réalité, on devait, en effet, imprimer à la roue un

Saint Germain { 1892), p. 136, 137, 140, 145, 148, 154, 160, 164, 170, 171, 173, 174, 203; Bertrand, Arch. celtique et gaul. (1889); 2# édit. p. 265, 332, 363, 386.

8 Virg. Aen. 616 (Ixion): radiis rotarum districti pendent. — 9 Suid. s. ?>.;

Aristoph. Pac. 452; Achill. Tat. VI, 21 ; Plut. Deloquac. p. 509 c. Cf. Aristoph. Lys. 846; Plut'. 876; Demosth. p. 856, 13; Antiph. De venef. I, 20; V. 40; Ando cid. p. G, 42; Lucian. Toxar. 28; Dio Chrys. Or. 31 (vol. I, p. 611, Wakef.) Poil. X, 187; Plut. Nicias, 30. — 10 Voir surtout Achill. Tat. VI, 21. — n Anliph. De venef. I. 20; Diod. XX, 71 ; Aristot. Eth. VII, 13 ; Anthol. Pal. V, 181, 3; Suid. s. v. — 12 Raoul Rochette, Monum. inédits, pl. xiv, p. 179 = Gerhard, Arch. Zeitung. U43, pl. xiu. — 13 Annali dell'lst. di corrisp. arch. di Roma , 1873, pl. ik. = Baumeister, Denkm. d. kl. Alterth. p. 767, fig. 821; Roscher, Lexik. d. Mythol ., Ixion, fig. p. 769-770. Cf. Visconti, Mus. Pio Clem. V, pl. xix = Rich. Diât. d. ant. s. v .; Duruy, Hist. d. Rom. II, 764. — 14 Ku>iv$o|xevoç, Pind. Pyth. II, 20; (ruljLiteoe/Oq<TETca, Lucian. Dial. deor. VI, 5. Cf. Plut. De aud. poem , p. 19 F; Tibull. I, 3, 74. Le mot ctpESXoû'v, qui s’applique aussi à d’autres supplices, ne signifie rien de plus que torquere, torturer; Guggenheim, Die Dedeu. tung d. Folterung im Att. Processe , diss. Zurich (1882;, p. 25.

Page 1