‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 37 sur 137 · III. Ager pascuus. — Pâturages (Zootechnie · texte numérisé non relu

III. Ager pascuus. — Pâturages (Zootechnie

IV. Ager floreus. — Jardins potagers, d’agrément ou cultivés plus spécialement pour les abeilles (Horticulture).

Grèce. — I. Agriculture. — Historique. — D’après les Grecs, c’est en Égypte qu’il faut chercher l’origine de l’agriculture. Isis aurait découvert le froment et l’orge qui croissaient dans la vallée du Nil « confondus avec les autres plantes6 ». Osiris aurait trouvé le moyen de cultiver ces deux céréales et l’aurait enseigné aux Égyptiens1. Diodore, cependant, après avoir rapporté ce mythe, cite une autre tradition plus conforme aux vues

1 \arro, R. r. I, 30; Coluni. IX, 2, 40; Alenologia rustica, dans Corp. inscr. lal. I, 2e éd. p, 280, mensis Maius : seget(es) runcant(ur). — 2 Colum. XI, 3,

10. 3 Id. U,- 9, 18. — 4 Cato, R. r. CLXI, 2 ; PI in. Nat. hist. VI. 50, i ; Colum.

11, 12, 9. — B Colum. II, 13, 1 ; XI, 3, 19.

RUAI EX. 1 Lucil. ap. Fest. s. v . ruines; A. Gell. X, 25.

RUSTICA RES. 1 Varro, De re rust. III ; Quae constituta sunl fructus causa ; III, 1 ; cf. Ling. iat. V, 40 (sans tenir compte de la fausse étymologie) : Quod in agris quoi quotannis rursurn facienda eadem ut ursum capias fructus appellata rura ; Plaut. Merc. IV, 3, 15 ; Cato, R. rust. I, pr. ; Cic. De orat. 1, 58 ; II, 6; isid. Orig. XV, 13, 7 ; cf. Arislot. Polit. I, 3. L’adverbe rustice a mieux conservé, comme synonyme de inurbane, son sens étymologique. — 2 Lucret, V. 1247 ; Virg. A-en. IV, 527; Georg. II, 412 et Serv. Ad h. l. \ Isid. Orig. XV, 13, 7. — 3 Arislot. Polit. I, 4, 11 ; Isid. Or. XV, 13, 0. — 4 Virg. Georg. IV, 1-4; Isid. L. I. — 6 Voir Progr. officiel du 27 juillet 1882. - 6 Diod. Sic. I, 14; Leon. Pell. fragm, 3-4 ( Pragm . hist. graec. éd. Didot, II, p. 331). —7 Diod. Sic. I, 14; Plularcli. De Isid. et Osir. 13 ; Avien. Descr. orbis, 354; Serv. Ad Georg. I, 19. —8 Alp. de Candolle, se basant sur un passage de Bérose et sur une phrase d’Olivier ( Voy . dans lemp. Ottoman, etc., 1807, III, p. 460) a prétendu que le blé était originaire de la Méso- I pol.imie ( Geogr . botan. rais. 1855, et Origine des plantes cultiv. 1883, p. 284) et son opinion a été reproduite par des savants archéologues (G. Maspéro, Hist. anc. des peuples de l'Orient classiq. 1895, I, p. 555 ; P. Foucart, Reçu, sur l'orig. et la nat. des mystères d’Éleusis. ( Mèm . de V Acad, des Inscr. XXXV, il, 1896,

P- 3). Le témoignage de Bérose a autant de valeur que les passages d’Homère (blé l sauvage en Italie) ou de Diodore (blé sauvage en Égypte, en Arabie, etc.). Quant à I * n!'aS° lou1, botaniste peut faire la même constatalion, même à Paris,

I « ivier I avait déjà faite. Alph. de Candollo, après avoir admis l’autorité de la phrase^ d’Olivier à la page 284 (Orig. des pl. cuit.), la rejette complètement aux pages 292 et 295. En somme, l’origine du blé est inconnue. — !• Dureau de la n e place a tort cette ville en Palestine. — 10 Diod. Sic. I, 15; Hymn. Homer.

"* Racch. 8 et 9, et ap. Diod. III, 63 ; cf. IV, 2. — il Diod. Sic. 1, 15 ; Plut. De

des botanistes modernes 3 ; ce serait d’Asie que les Égyptiens auraient reçu leurs premières notions agronomiques; Osiris aurait appris la culture des céréales à « Nysa, ville de l’Arabie Heureuse 9, où cet art était en honneur10 ». Ce serait encore à Nysa qu’Osiris aurait trouvé la vigne et bu le premier vin11. Il est intéressant de remarquer que les Chaldéens faisaient venir leur premier agronome, le dieu Oannès12, du golfe Persique dont les flots baignent l’Arabie Heureuse13 et que c’est aussi de cette région que vinrent les Phéniciens pour s’établir dans les vallées du Liban et sur la côte de Syrie u.

Quoi qu il en soit, l’agriculture était déjà florissante en Chaldée, comme en Égypte, longtemps avant le second millénaire15, époque où les Grecs ne font remonter aucun de leurs vieux mythes16; ce ne serait même que vers le xve siècle que les premiers éléments de la culture des céréales et des arbres fruitiers aurait commencé en Attique, d’où elle se répandit dans le reste de la Grèce

Étudiant à nouveau les mystères d’Éleusis, M. P. Foucart conclut que « l’agriculture ne s’est pas développée peu à peu chez les Grecs, et par leurs efforts successifs, mais qu’elle fut introduite d’un seul coup par des étrangers18 »; que c’est sous le règne de Pandion, voire même d’Amphictyon, qu elle fut introduite par des colons ou des fugitifs venus d’Égypte qui apportèrent les cultes d’Jsis et d’Osiris en Argolide et en Attique 19 ; que pour conserver le souvenir des bienfaits que leur avaient procurés ces étrangers, les Grecs racontèrent que Osiris- Dionysos donna un plan de vigne à son hôte Icarios20, en même temps que Isis-Déméter faisait connaître les céréales à Kéléos d’Éleusis21, enseignait l’art de labourer à Buzygès22, celui d’ensemencer à Triptolème 23, et donnait le figuier à Phytalos24. Plusieurs fois, M. P. Foucart est revenu sur la distinction que l’on doit faire entre le Dionysos attique et le Dionysos thébain23; pour grande que soit cette différence au point de vue religieux, elle n’est pas de moindre importance pour l’histoire agricole, car elle nous montre une autre source où les Grecs puisèrent leurs principes agronomiques26.

Les procédés agricolesdesÉgyptiens sont trop spéciaux21

ls. et Osir. 13 (éd. Leemans, p. 21); Inscr. d'ios, ap. Kaibel, Epigr. graec. p. 21. — 12 Beros. ap. Syncell. p. 28 B, et ap. Euseb. Chronic. Bipart. (éd. Auclier) , 1, p. 20 ; cf. Fhot. Biblioth. CCLXX1X, p. 1594. - 13 Diod. Sic. III, 14.

14 Herod. I, 1; VII, 89; Justin, XVIII, 32; cf. F. Lenorruant, Manuel d'Ilist. anc. 1869, III, p. 3; G. Maspéro, O. I. Ii, p. 64. — !S Four la Chaldée, cf. les contrats de Tcllo et la labié de la loi d'Hammourabi, qui sont au Louvre ; Scbeii,

La loi de Hammourabi , Paris 1904, les §§ 17, 30, 31. 36, 37, 38, 39, 40 et 41 pour les champs, 30, 31, 36, 37, 38, 39, 40 et 41 pour les jardins, 57 et 58 pour les pâturages, 42-47 pour les fermages, 59, 60 pour la destructiou des arbres, 48-52 Pour lus emprunts agricoles, 53-56 pour les irrigalions. Les monuments funéraires de la v" dynastie égyptienne, comme le mastaba d'Akhoutotep qui est au Louvre, nous fournissent de. nombreux renseignements. Cf. G. Maspéro, O. c. I, p. 27 sq.

— u» J. Brandis, De temp. graec. antiquiss. ratione, Bonn. 1857 ; Euseb. (éd. de Veuisc, 1818) ; il, Temp. canones, p. 63 sq. — 17 Isocrat. Paneg. XXXI, p. 28 (éd. Didot.) ; cf. Mèm. de la Soc. des Antiq. de Fr. XXII, 1855, p. 323-327 ; la lettre du proc. L. Mestrius Florus (Bull. cor. hell. 1. p. 289) ue donne aucun renseignement sur cette question. — 18 p. Foucart, L. c. — 19 Apollodor.

III, XIV, 7; P. Foucart, L. c. p. 75; Les dernières théor. sur les Dionysos attique (Journ. des savants, 1904), p. 266; Culte de Dionysos en Attique (Mém. de l'Ac. des mser. XXVII, U), 1900, p. 39, 43, 159 sq. ■ Herodot 11, 171 ; Pliu. H. nat. VU, 57. - 20 Apollod. 111, 14, 7, cité par M. Foucart, Culte de Dion. 1906, p. 43, G3. — 21 Apollod. III, 14, 7 ; PUn, VU, 57

— 22 Plin. VU, 57, 8. — 23 Plato. Leg. VI, p. 782 b ; Paus. I, 14, 2; VIII, 4, I ; cf. Diod. Sic. I. 18, qui fait de Triptolème un disciple d'Osiris. — 24 Pausan. 1,

37, 2 ; cf. Antliol. gr. Appeuii. ep. 469 ; Philostr. Vif. soph. II. 20: Foucart, Les gr. myst. d Eleusis, p. 23. — 2ti p, Foucart, Les dern. théories , p. 267 ; Culte de Dionys. p. 3, 19, 55 sq. ; cf. Martin Nilsson, Studio de Dionysüs attic. Lundae, 1900, p. 85-88. - 26 Herodot. Il, 49; Eurip. Bacch. 181. - 27 Herodol U, 14 ; G. Maspéro, O. I. li, p. 27 sq. ; Thaer, Dit ait. aegyptische Landwirthsch. Berlin, 1907.

RUS

RUS

pour qu’on puisse les introduire dans d’autres régions ; leur agriculture, adaptée au climat particulier de la vallée du Nil1, est uniquement basée sur la crue périodique du fleuve et ses inondations annuelles U 11 fallait donc aux Grecs d’autres éducateurs et ils les trouvèrent parmi ces Phéniciens qui s’emparèrent, avec Cadmus, de la Béotie 3 vers le temps où Danaus abordait en Grèce*. Peu de pays étaient, alors, mieux cultivés que la terre de Chanaan 6 ; et les grandes colonies phéniciennes, Chypre6, Sicile', Byzacène8 et Bétique9, restèrent longtemps des greniers d’abondance, bien que le sol n’y eût rien de cette fertilité naturelle de la Mésopotamie10 ou de l’Égypte11. C’est que les Phéniciens ont toujours été considérés comme d’habiles ingénieurs12 et de savants agronomes13, et personne ne sut, comme eux, aménager les eaux14 ou les pentes des collines. L’âge d’or de l’agriculture grecque coïncide avec la période homérique15, époque où Phéniciens et Hellènes avaient les plus fréquents rapports16. Hésiode, bien que considéré par Aristophane 17 comme le premier agronome, marque déjà la décadence’8; il ne craint point'de donner des conseils de physiologie intime13, mais, comme le remarque Cicéron20, il ne dit rien de la fumure des terres et l’on continuera, en Grèce, jusqu'à nos jours, à dédaigner les engrais 21 . Cela tient à ce que l’Égypte a toujours exercé le plus grand attrait sur tous les Grecs et que la plupart des savants, comme Thalès, Solon, Hérodote, allèrent y chercher les premiers rudiments scientifiques. Ces notions premières, surtout celles qui concernent l’agriculture, sont erronées, bien que déduites de faits réels. Les inondations du Nil font la fertilité de l’Égypte ; il y a mauvaise récolte toutes les fois que l’eau n’est pas assez abondante et que la crue n’est pas normale22; de là, cette conclusion, qui se trouve chez Hérodote, que l’eau seule donne la fertilité; que c’est l’humidité, la pluie qui fait l’abondance 23. Théophraste le redira24 après Aristote25, après Hippocrate 20, et ce sera l’un des dogmes d’Épicure 27. Cependant, quand ce philosophe constatera que, malgré des pluies régulières, le sol n’est plus aussi fertile, il formulera sa théorie de la dégénérescence de la terre28, que les agronomes latins refuseront d’accepter29. Incapables de comprendre les causes de l’épuisement de leurs champs, et en dépit des exemples de la Perse30, les Grecs se borneront à planter des vignes et des oliviers, négligeant, même dans leurs

1 Herodot. II, 35. — 2 Id. 13 et 14. — 3 Fr. Lenormant, La légende de Cadmus ( Annales de philos, chrét. 1867); Id. Les prem. civilisât. 1874, II. p. 314 sq. ; cf. Herod. II, 49. — 4 Diod. Sic. I, 28 ; XL, Eragm ap. Exc. Phot. p. 542. — 5 Peut.

I, 25. 6 D’où son surnom d’eiwSq;; cf. Dapper, Descr. de l'Archip. p. 46; Engel, Kypros , I, 58; F. Unger et Kotschy, Die InseL Cypern, p. 97-473 ; A. Gaudry et A. Damur, Essai d’une carte agric. de Vile de Cypre ( Recherches scientif. en Orient , Paris, 1855). — 7 Pindar. Olymp. I, 20. — 8 Plin. H. nat V, 3 ; XVII, 3, XVIII, 27.-9 Plin. H. nat. XVII, 3, 6. — 10 Herod. I, 192. — H Herod. Il, 14.

— 12 D’où l'épithète de TîoXuSaiSaXm; ; cf. Herod. Vil, 23. — 13 Renan, Mission de Phénicie, p. 633, 634, 639; cf. G. Maspéro, Hist. anc. des peuples de l'Or. 1897,

II, p. 188 ; G. Perrot et Chipiez, Hist. de l'Art, III, p. 366 sq. — J4 De la Blanchère, L' aménagement de Veau courante dans l'Afriq. anc {Acad, des inscr. 18 déc. 1891). — 1° Rongier d • la Rerg-r.e, Hist. d • V agric. des Grecs , 1830, p. 21.

— 16 V. Bérard, Les Phéniciens et l’Odyssée , 1902 ; W. Helbig, Sur la quest. mycén. {Mèm. de V Ac. des Inscr. XXXV, II, p. 342-346). — 17 Han. 1634. — 18 Rougier de la Bergerie, O. cit. p. 229. — *9 Op. et dies, 725-730. — 20 De senect. 15.

— 2i Gos, L’agriculture en Thessalie, passim. — 22 Herodot. II, 14. — 23 Herodot. II, 13. - 24 Theophr. De caus. plant. II, 1-3. — 2b Probl. XX, 20. — 26 De ae. aq. loc. (éd. Corav) LXXV1II sq. —2 Lucret. De rer. nat. I, 251-265. — 28 Lucret. 1b. II, 1135-1157; V, 207-213. — 29 Colum. De re. rust. pr. — 30 Xenoph. Oecon. IV, 4 sq., confirmé par l’inscription grecque découverte par MM. Radet et .Fougères et qui est conservée au Musée du Louvre. — 31 Herodot V, 29. — 32 G. Perrot Le commerce des céréales en Attiq. au IV* siècle [Rev. hist. 1877).

meilleures colonies 3I, la culture des céréales pour se faire importateurs du blé 32, se livrer au commerce, à la navigation33 et dire avec l’Athénien: « Je n’obtiens rien en travaillant la terre, mais j’ai tout par la mer34. »

Faisant œuvre d’érudition, Varron, cite dans la préface du De re rustica plus de cinquante agronomes qui auraient écrit, en grec, sur l’agriculture36. Nous ne pouvons juger ces ouvrages, mais nous avons le témoignage de Xénophon qui prétend que les agronomes de son temps « dissertent merveilleusement en paroles, mais qu’ils n’entendent rien à la pratique36 ». Columelle parle avec respect des anciens ouvrages grecs, mais il ne leur accorde qu’une confiance relative, car « les principes de l’agriculture de nos jours s’écartent des règles suivies dans les temps passés37. » Pline ne dit pas autrement et ses meilleures références sont « Denys, traducteur de Magon, Diophane abréviateur de Denys38 ». C’est que les Romains se reconnaissaient meilleurs cultivateurs que les Grecs39 et s’ils voulaient perfectionner leurs méthodes, ce n’est pas à la Grèce qu’ils demandaient des leçons, mais à Carthage40. Quoiqu’il en dise, Virgile, pour ses Géorgiques , doit moins au chantre d’Ascra41 qu’à l’Africain Magon42. Lorsque l’empereur Constantin Porphyrogénète, « voyant que toute politique se divise en trois parties, le militaire, la religion et l’agriculture43 », donna l’ordre de compiler, en grec, les meilleurs préceptes agronomiques, le savant chargé de cet office44 ne fit aucune coupure dans les anciens agronomes grecs et se contenta de compulser des Latins, des Africains ou des Syriens45. Les Géoponiques ne nous fournissent aucun document sur l’agriculture au siècle de Périclès, mais elles forment un véritable trésor pour les cultivateurs de l’ancien pays de Chanaan, comme le montre la traduction syriaque que l’on en fit dès leur publication 46.

L’esprit dorien fut toujours contraire à l’agriculture, et le Cretois n’était pas seul à chanter : « Ma richesse est ma lance, mon glaive et mon beau bouclier; c’est avec cela que je laboure, que je moissonne, que je fabrique le vin de ma vigne47. » Quant aux Ioniens, des esprits satiriques pouvaientdire qu’ils s’adonnaient de préférence à lat éyyr\ àyopaïx 48, laissant aux naïfs et aux simples la culture des champs49. Doriens et Ioniens s’accordent à regarder comme barbares les trois seuls peuples agricoles de la Grèce, les Éléens, les Thessaliens et les Béotiens 50 ;

p. 22. Four les importations actuelles de céréales en Grèce, cf. Dem. Gcorgiadès. La Grèce économiq. Paris, 1893, p. 29. — 33 llesiod. Op. et d. 611 sq. — 3VXen. Resp. Athen. II, 12; cf. J b. Il, 7. — 35 Varro, R. rust. 1, pr. — 30 Xenoph. Oec. XVI, 1. — 31 Col. R. rust. pr. — 38 Voir les sources des livres XIV, XV, XVII et XVIII. — 39 Cf. l’éloge de la culture romaine par Varron (R. rust. 1, 2), — 40 Le* traités de Varron et de Columelle ne sont que des abrégés de l’ouvrage de Magon, comme le disent les auteurs. — 41 Georg. II, 176 ; les commentateurs regardent As craeum comme synonyme de Georgicurn. — 42 Mahaffy, H ennathena V; cf. le résumé des études faites sur les sources des Géorgiques par Jahn ( Rhein . Mus. I, VIII, 3)

— 43 AI. Rambaud, L'emp. grec au X« siècle, 1870, p. 79, quidounela traduction de la préface des Géopon. — 44 Sur l’auteur de la compilation, cf. Fabricius-Harles, t. VIII, p. 16-20, qui conclut que l’on doit se résigner à laisser l’auteur dans l’anonyme ; c'est l'avis de Rambaud, mais le dernier éditeur, M. Beckh (Teubner, 1895), a repris l'hypothèse d’Érasme et attribue l’ouvrage à Cassiaiius Bassus.

— 45 Pour les sources des Géopon. cf. L. de Raynal, Étud. sur les Géop. \Ann. de l' Ass. des ét. grecq. 1874), p. 89-122; E. Oder, Beitr. zur Gesch. der Landwirthsch. bei den Griech. {Rhein. Mus. 1890, p. 58 sq.;1893, p. 1 sq). — 46 Cf. P. de Lagarde, Gesamm. Abhandl. Leipz. 1866, p. 120 sq. — 47 Poet. lyr. graeci (éd. Th. Bergk), III, p. 65. — 48 Hyper. C. Athenag. col. XII, lig. 1-2 du papyrus publié par M. Révillout. — 49 Aristoph. Nub. 43 sq. — 30 « Quelqu'un à qui l’on demandait qui étaient les plus barbares des Béotiens ou des Thessaliens, répondit plaisamment que c’étaient les Éléens. » L. Hëuzey, Une inscription en dialect. thessal. {Ann. des étud. grecq.), 1869, p. 114.

RUS

même en Béotie, on déclarera que tous les travaux manuels, ceux de l’agriculture compris, sont une honte1. Ce discrédit dans lequel tomba rapidement l’agriculture grecque tient à la nature du sol et surtout aux mauvaises méthodes qui ne permirent jamais aux paysans de lutter contre les importateurs et, partant, de faire front aux usuriers, de s’enrichir et de gagner, par là, l’honneur et la considération que les négociants surent obtenir.

Nature et connaissance du sol (a.u<jtç y7|ç, Sox'.gadca Y^ç) - — « C’est lutter contre Dieu, dit Xénophon 2 que de vouloir cultiver à sa guise, ou selon ses besoins, et non d’après la nature du sol. » Aristote recommande également de rechercher, avant tout, si un terrain est propre à l’élevage, convient aux céréales ou s’il est préférable d’y faire des plantations3. Mais comment faire cette recherche qu’on nommait tt,v <süatv -r-qç y-rg eioévat * ?

Xénophon conseille d’imiter les marins qui jugent de la qualité de la terre par ses productions5; il suffît que Pline ait réfuté ce procédé6, admis par Virgile1. Aristote reconnaît que la connaissance du sol fait partie de la pratique agricole8; c’est s’en rapporter à l’empirisme que pratiquèrent les Romains et qui valait mieux que les théories des premiers physiciens grecs. Ceux-ci, procédant par synthèse, au lieu d’employer l’analyse qui devint la « méthode habituelle » d’Aristote9, déclaraient que les choses ont pourprincipe l’un des quatre éléments. Anaximène choisit l’air10. Son meilleur disciple fut, un siècle plus tard, Hippocrate qui considéra l’air comme source du chaud, du froid, du sec et de l’humide, comme cause des saisons, et celles-ci comme déterminant, par leurs modifications, la nature du sol et sa conformation extérieure11. D’où sa division des terres en froides12, chaudes13, humides14, et sèches13. C’est réduire toutes les sciences, même la géographie physique et l’agriculture^ la météorologie; théorie funeste qu’Alexandre de Ilumboldt essaya de remettre en honneur, mais qui fut combattue par Alph. de Candolle16. A la classification de l’école d’Anaximène, nous devons préférer les épithètes que les poètes donnèrent aux terres fertiles et qu’ils tiraient de leur aspect physique.

De toutes les couleurs, le noir est la plus estimée et Déméter n, comme Gê18, reçoit le qualificatif de mélaina 1 '. C est également le nom d’un dème de l’Attique dont Stace signale la végétation verdoyante21. La terre noire est vantée par Homère22, par Hérodote23, par les Alexandrins24 et par ceux, d’entre les Latins, qui les ont imités 25. Est-ce parce que le limon du Nil est noi-

Aîoyjibv tjv té/vïjv p.aOEfv xeu iteçl vEiüoyîav SiarpiSEtv ; Heraclid. Fragm 4 (Fragm. hist. graec. III, 224). - 2 Xenoph. Oecon. . XVI, 3. - 3 Aristot. Polit ' + Xen. Ote. XVI, 1, Breitenbach, en noie à ce passage, dit

« Leophancm de terrae geueribus planlis commodae indicantem memorat Théo pirasl. De caus. pi. II, 6; Menestorem I, 26; Schneider, V, Praef. p. s<|. » Ce Léophanès, cité également par Aristote (Gen. an. IV, 1, 2) et pa l'hotius (Cod. 167), parait avoir été physicien plutôt qu'agronomè. Nous parle rons plus loiu du passage de Théophraste. — 5 Oec. XVI, 5. — G pijn. H

nal. XVII, 3, î. 7 Georg. II, 25t. - 8 Aristot. Polit. I, 4-, — 9 Uh.’i tS

rJV,""v Polit. !.. I, 3. 10 Plut. De piac . phiL J, 3; cf

. . De nat- deor- L' 10 i ^ad. IV, 37, 118. - Il Hippocrat. De acre, an

cf- ed- de Coray. Pari*. 1800, 1, p. 71, lxxviu sq. - 12 Edit. c. iv

1T Lxxx,1h cx!t- — 14 IV, HXIX, CXX, CXXU, CXXV. — 15 ,v, LXXIX, XCU

exxm. 16 Géograph. botaniq. raisonnée, 1855; cf. la note d’Alf lilaurv dans Alhenaeum franc, du 29 déc. 1855, p. 1120 sq. De nos jours, M Olck « repris la théorie de Al. de Humboldl (Pauly-Wissowa, Real. Encycl. 1891. ■ v. Ackcrbau, col. 264 sq.) — 17 Paus. VIII, 5, 5; 42, 2-6. — 18 Solon (éd. Th

jTU’ «.î38f‘p T Alf- Maury’ Relu/ de la Grérc' h P- 69- - 20 Etym.

, “L-, cf. Ph. Hotjue, Topogr. d'Athènes d’après Leake , Paris, 1860, p. 332.

RUS

râtre 26 ou parce que la contrée grecque la plus fertile fut l’Êolide, dont le sol, dans les cantons voisins de laTroade, se compose d’une argile noire comme l’indiquent les terres cuites de cette région? Nous savons à quoi est due la fertilité de l’Égypte : celle du Nord de l’Éolide provient, non de la couleur du sol, mais de la grande quantité de potasse que drainent les eaux pluviales dans les montagnes granitiques des environs21. Mais les Grecs ignoraient ce détail, et Léophanès prétendait que toute terre noire est bonne parce qu’elle a la faculté d’absorber le chaud et l’humide28 : assertion et explication que les Romains29 et même Pline30 ne voulurent point admettre, bien qu’ils connussent la pullu campanienne.

Une autre épithète très fréquente et associée parfois à ij.sXâyysio; 31, c’est 7rtstpa, que les Latins rendaient par pinguis. L 'Odyssée vante la terre de Crète comme xa Xvj xai 7i;3i pet 32 , Pindare célèbre la grasse Sicile, EtxsXiav imipav 3:i. Platon se sert du même adjectif pour qualifier une région de l’âge d’or 34, et Théophraste l’accouple à àya6V) 36 . Cette épithète convient parfaitement aux terres argilo-calcaires que l’on trouve dans la grasse plaine de Marathon, Ànrapi MapaÔtuv 36, en Béotie et dans presque toutela Thessalie, seuls endroits delà Grèce continentale où l’on signale le granit dans les montagnes environnantes ; mais les Grecs, pour indiquer la fertilité, avaient soin, à l’exemple de l’Iliade37, de joindre à m'eipa le correctif gaXawoj, molle ou plutôt meuble, pour mieux distinguer ces terres de l’argile pure, àpyïAo;, dont la stérilité est proverbiale et qui n’est bonne qu’à faire des briques ou des terres cuites. Rien ne pousse dans l’argile pure : -J) oà -kUigx 7ràg7tav oùoevt ijuptpépst 'fuTcp, dit fort bien Ménestor cité par Théophraste38; à peine si dans la glaise, contenant déjà un peu de sable et de chaux, on arrive à faire vivre des arbres ; l’argile ne sert qu’à conserver l’humidité du sol, bien que Théophraste dise que son grand inconvénient est de se dessécher39. Cependant, les Grecs réservaient àla.cultûre des céréales leurs terres argileuses, employant, pour mieux les reconnaître, ce procédé du trou que les Géoponiques attribuent à Diophane40 et que Virgile a si longuement décrit41 : ce dont Pline le blâma indirectement42.

Exploitation du sol. Propriétaires , fermiers et ouvriers. — On a fort peu de renseignements sur le système de la propriété à l’époque homérique, c’est-à-dire antérieure à l’invasion dorienne, et on ne sait si l’indivision des biens était généralisée à la tribu entière43, comme nous le voyons encore dans quelques pays arabes, ou bornée à la famille ainsi que dans notre régime de la

- 21 Theb. XII, 619. — S2 Odyss. XIX, 111 ; Iliad. XVIII, 568; Schol. ad Odyss. IV,- 336. — 23 11, |2; IV, 198. — 24 Steph. Byz. s. v. A rTUxî.5; Eustath. AU. Dionys. Per. 239 ; Paraphr. Dionys. Per. V, 174, p. 6 ; cf. Phrynich. Sophist. 'éd. Lobeck). p. 298; Pilipp. {Anth. Pal. VI, 231, 1); Oppian. Cyneg. III, 511. - 23 Virg Georg. II, 203. - 26 Hcrod. Il, 12; cf. G. Maspéro, Etud. de myth. et dard,, égypt. II, p. 360. — 27 c'est de ce granit que sont faits les bas-reliefs d'Assos conservés au musée du Louvre ; cf. de Clarac. Musée de sculpt. Il, 2' part. p. 1149 sq.

- M Ap. Theophr. De caus. plant, (éd. Didol), II, 4, p. 198. Sur ce physicien grec, cf. Schneider, Theopb. Er. Op. vol. IV, p. 126 et 127 ; Phot. Cod. 167 ; Aristot. Gen '. anim. IV, 1. IFuvres d’Hippocr. éd. Littré, I, p. 879 sq. - 29 Colum. De r. rusl Pr. Nonnullae color. fallunt. - 30 Pli„. //. nat, XVII. 3 : Invieem sabulum, multisque in locis infecundum est. — 31 Geopon. II, 5, 7. — 32 XIX, 173 • cf pour la môme épithète : Iliad. XVIII, 541 ; XIX, 186, où elle qualifie des aliments.

- 33 JVem. I, 21. — 34 Critias (éd. Didoti, p. 253. lig. 37 et 40. 38 H. pi. VIII, 6

- 36 Pindar. Olgmp. XIII. 157. 37 XVIII. 541. 38 De caus. pl. Il,’ L

- 39 Ibid. - 40 II, 2, II. — 41 Georg. II, 226 - 237. — 42 H. nat. XVII, 3’ 3.

- 43 Cf. Esrncin, Nouv. revue hist. du droit, 1890, p. 821 sq., thèse combattue par Guiraud, Lapropr. fonc. en Grèce, 1892, p. 39. On ne peut «Ire trop réservé sur I application aux institutions grecques d'arguments tirés de l'orfèvrerie homérique.

uns

RUS — 902

communauté où la femme et les mineurs ne peuvent disposer de leurs biens

Après avoir affranchi l’Attique de la domination étrangère, Thésée aurait partagé la nation en trois castes2: les démiurges, artisans et gens de métiers; les géomores ou cultivateurs [geomoroi] et les Eupatrides [eupatrides,

ATTICA RESPUBLICA].

Dans les pays où s’établissait une tribu grecque, les terres de culture étaient divisées en lots et tirées au sort 3 pour éviter les contestations et pour que le partage fût sans appel 4 ; mais avant ce partage, on avait prélevé la part du dieu3 et celle du chef, de lava?: celle-ci était généralement située près de la ville 6, car dans les pays grecs, formés de longues mais étroites vallées, les terres cultivables s’échelonnent sur le bord de la rivière, parfois jusqu’à une distance assez grande’.

Les propriétés sacrées et royales étaient plus grandes, ’é?oyoç àXXûv \ que les autres, bonnes en terres arables, et plantations; elles formaient un TÉgsvoç 9 avec bâtiments pour l’exploitation rurale10. Les anaktès prenaient part à tous les travaux agricoles1 11 * * * VI, même aux plus répugnants12; ils étaient aidés par des mercenaires (Ût,tsç, ’épiôot 13) auxquels on donnait un salaire, la nourriture et le logement11, ainsi que par des serviteurs appelés B(aws; 15, que l’on croit esclaves, comme ils l’étaient effectivement à 1 époque d Hésiode, mais qui alors, peut-être, n’étaient que des serfs tributaires 16 analogues aux Pénestes des Lapithes. L’invasion dorienne modifia ce régime.

Les conquérants, selon la coutume grecque pratiquée également parles Athéniens11, se partagèrent les biens des vaincus et les tirèrent au sort. Mais voulant former une caste guerrière, ils rétrocédèrent ces lots aux vaincus, qui durent les cultiver sous certaines conditions. lacedaemoniorum respublica]. Les riches propriétaires émigrèrent, les uns en Attique, d autres en Asie Mineure, où ils s’appliquèrent tant à l’agriculture qu’on reprocha, proverbialement, aux gens de Cymé de n’avoir point soupçonné que leur ville fût au bord de la mer l8. Ceux qui s’étaient établis à Athènes s’adonnèrent au commerce et quelque peu à l’usure vis-à-vis des cultivateurs : d’où la célèbre crise agraire qui ne se termina que par la constitution de Solon [hektemoroi]. Ruinés

1 La loi turque, basée sur le Coran, laisse à la femme mariée la libre disposition de ses biens; le régime de la propriété collective ou individualiste n'est donc pas produit par l'état plus ou moins avancé delà civilisation. — 2 Aristot.

Frag. hist. gr. Muller 384; Plut. Thés. 25; cf. Curtius, Hist. grecq. Paris,

1880 p. 382-383 ; Duruv (Hist. des Grecs , 1886, p. 362) croit cette division du peuple antérieure à Thésée. - 3 Udgss. VI, 9 et 10. - 4 Cette coutume se con¬

servera jusqu a la conquête romaine; Diod. Sic. V, 59; VI, 81, 83, 84; Thucyd. VI,

4, etc. Fustel de Coulanges a dit que « le sort était l'arrêt des dieu* „ (Nouv. recherches, p. 24). M. Guiraud, accordant aux dieux plus de bonté que de justice, combat cette opinion (La propr. en Gr. p. 35) ; cf. Plat. Leg. \. p. 737. — ■' Arislot Polit IV, 9, 7 ; Plat. Leg. V, p. 34t. - 6 Itiad. VI, 293-294. Les jardins d'Alcinoos sont également près de la ville. - 7 Cléobis et Biton font 45 stades pour venir à la ville, et leurs champs étaient plus éloignés encore puisqu'ils n'eurent pas le temps d'y aller chercher les bœufs (Herod. I, 31). — 8 Iliud. VI, 194. — 8 II.

VI 194; VIII, 48 ; Odyss. XVII, 299. — 1» Descript. de la ferme d'Ulysse (Odyss.

XVII, 295 sq.). Odgss. Il, 22; XXIV, 227-231 ; XVIII, 395, etc.; cf. Philocor.

fragm. 13 (éd. Didot) ; Dion. Halic. Ant. Rom. II, 28. — 12 Colum. Il, 16.

13 Iliad. XVIII, 550; pour leur condition, à l’époque homérique, cf. Guiraud,

O. c. p. 73. -14 Odyss. XVIII, 360. - « Ûdyss. IV, 644. - 16 Guiraud n'admet point le servage pour l'époque homérique, O. c. p. 73 sq. Mais les mots esclave, serf, tributaire, etc., sont appliqués à des conditions si différentes et si peu dans nos mœurs que la question ne s'éclaircit point. A iusi Guiraud, dans la loi de Gortyne, traduit toujours par serf (O. c. p. 228) un terme que M. Dareste a rendu par colon (ch. V. B. E. G.) et qui désigne un fermier, un locataire étranger (comme l'étaient, naguère, tous les cultivateurs européens dans l'empire Ottoman), c'est-à-dire sans droit de propriété au sol et sans droit politique. — '7 Les Athéniens partagent au sort les terres des hippobotes chalcidiens (Herodot. VI, 100) ; après la révolte de

par des emprunts usuraires, les géomores de l’Attique deviennent serfs, alors qu’ailleurs, à Syracuse, ils formeront, au IVe siècle, l’oligarchie dominante, les xaX- Xtxuptot ,s.

La division et la répartition de la propriété immobilière en lots égaux ne peut fatalement se maintenir. Si, comme chez les Spartiates, elle est maintenue par la constitution, on arrive à une misère croissante, car, ainsi que le fait remarquer Aristote20, on ne peut guère réglementer la natalité; on peut encore moins réglementer la mortalité des vieillards et amener une sorte d’équilibre entre les naissances et les décès. 11 advint qu’à Sparte on eut quelque chose de comparable à la zadrouga serbe, et que plusieurs frères furent réduits à vivre sur le lot21 indivis et inaliénable de leur père22. La production agricole d’un territoire étant limitée, et l’agriculture étant la seule ressource des Lacédémoniens23, ceux-ci ne pouvaient que demander à leurs rois24 ou à la Pythie26 de nouvelles régions à conquérir et à lotir.

Dans l’Attique, Solon avait défendu aux citoyens d’acheter autant de terres qu’on le voudrait26; la propriété se morcela27 et les domaines de 20 à 30 hectares devinrent l’exception 2i. Comme le travail était libre, et que les cultivateurs étaient maîtres de leurs terres, ils cherchèrent à en tirer le meilleur profit tout en y consacrant le moins de temps possible. Astyphile, client d’Isée, doubla la valeur de son patrimoine en y faisant des plantations 29, ce qui ne l’empêcha pas de faire les campagnes de Corinthe et de Thessalie, de prendre part à toute la guerre thëbaine et de partir comme volontaire à l’armée de Mytilène30. Ces propriétés de l’Attique étaient autant de terres enlevées à l’agriculture ; jadis, on labourait les pentes du Lycabète31; sous Périclès, nous voyons dans la campagne d'Athènes des maisons de plaisance, des jardins de luxe32, voire même « des propriétés remarquables par la magnificence des édifices et par les raretés qui les embellissent33 ». Les paysans d’Aristophane ne sont pas des laboureurs, mais des vignerons31 ou des propriétaires d’oliveraies36 plantant quelques figuiers dans leur petit domaine, y/jôiov30, et élevant des abeilles qui vont butiner sur l’Hymette. Tous ces petits ruraux se faisaient aider par des serviteurs (Osoa'Trwv31, olxéT^ç38),

Mytilène, ou divine en 3 000 lots les terres des Lesbiens, 300 de ces lots furent réservés aux dieux, les 2 700 autres partagés au sorl entre les citoyens d’Athènes sont rétrocédés aux Lesbiens qui les prennent en ferme à raison de 2 mines pur lot (Thucyd. III, 50), etc. Les Thébains font de même pour les champs de Platée affermés pour dix ans. Cette coutume était si peu spéciale aux Doriens que nous la voyous appliquée, antérieurement au retour des Héraclides, par les conquérants Lapithes qui, avant, ou peu après, leurs combats contre les Centaures, avaient réduit les Thessaliens Perrhèbes à l’émigration ou à la condition de Pénestes ou de Méuestes; cf. Arcbemach. fragm. 1 (Frag. hist. graec. édit. Didot, IV. p. 314); Aristot. Polit, p. 44, 25 (éd. Bekker, 18551; Athen. Deipn. VI, p. 264; Strab. IX, 5t 19. 13 Puruy, Hist. des Grecs. II, p. 540. — 19 Suidas, s. v. xaUixùpioi; Diod. Sic. VIH, tl ; Plut. Qu. gr. 57. — 20 Aristot. Polit. Il, 3. — 21 Polyb. XII, 6 b, 8.

- 22 Aristot. Polit. VII, 2, 5 ; cf. fleraclid. II, 7 (Frag. hist. gr. Didot) pour Sparte, Leucadc et les Locriens. A Elis, Oxyle interdit d’hypothéquer les lots ( Arist. Polit. VI, 2, 5). —23 Discours de Périclès, Thucyd. I, 141. — 2< Réponse du roi Polydore, Plut. Apopltth. Lac. s. v. IL/- 23 Herodot. I, 66. —26 Aristot. Polit. I, 4, 4. 27 Cf. Guiraud (La propr. fonc. en Grèce, p. 392) qui a dépouillé les inventaires de successions et les garanties hypothécaires. — 28 Le décret dressé par Alcibiade accorde au 01s d’Aristide, Lysimaque, 100 mines d’argent, 100 piétines de terrain planté d'arbres et une rente quotidienne de 4 drachmes; Plutarch. Aristid-, cf. Boeckli, Économ. polit, des Athén. II, chap. xvut, 300 plèthres de terre en Attique est un grand domaine; Lysias XIX, 29. — 29 Isae. IX, 28. — 39 Ibid. t4 et 15) 31 Diod. Sic. fr. (Excerpt. Vatic. p. 29 i). —32Disc.de Périclès dans Thucyd. II, £2. - 33* Time. II, 05. Périclès a des maisons de campagne (Thucyd. II, 13). 34 Trygée, du dème d'Athmone, est vigneron Ap-tkoupyo; Sesioi (Pax. 190).

— 36 Slrepsiade parle de ses ruches, de ses moutons, de ses figues sèches et du marc de ses olives, Nub. 45 sq. - 36 Pax , 5 7 0. - 37 Aristoph. Plut. 3. - 38 Aristoph. Nul). 5.

donl quelques-uns sont esclaves, mais dont le plus grand nombre est de condition libre, métèques, lydiens, phrygiens ou autres asiatiques1, percevant un salaire librement consenti comme les autres ouvriers2 et embauchés généralement le 16 du mois anthestérion 3, c’est-à-dire au commencement de l’année tropique.

Il ne faudrait pas croire que tous ces propriétaires athéniens, que Thucydide nous représente séjournant à la campagne 4 et vivant « dans les champs » habitaient des maisons isolées, éparpillées dans la campagne. Une loi topologique s’y oppose, le besoin d’eau qui force à se grouper en villages (xoigvj, St^cc 5) les habitants des contrées jurassiques ou crétacées. En Attique, il n’y a pas de cours d’eau permanent6; et dans toute la Grèce, les rivières que 1 on peut qualifier de astvavjç forment l'exception. Les puits fournissent donc la seule eau potable sur laquelle on puisse compter, mais ils sont rares en Attique1 et une loi de Solon en réglementait l’usage et en réservait la jouissance aux voisins immédiats8.

On a peu de détails sur les maisons rurales. Hésiode conserve sa récolte dans sa maison 9. Hérodote dit qu’en Grèce, les animaux sont séparés de l’endroit où mangent les hommes, contrairement à l’usage égyptien10. Un inventaire délien, de la ferme de Pyrgos, mentionne une case à esclave, un hangar sans porte, une étable à bœufs sans porte, une écurie sans porte, deux appartements d hommes sans porte11; ce devait être un grand ywptov comme en possédaient les temples.

Les biens de mainmorte étaient nombreux en Grèce12; ils commençaient à la fondation de chaque ville13 et s’augmentaient, après chaque guerre, de la dime des biens conquis14, parfois même de la totalité, comme après la guerre sacrée, où tout le territoire de Krissa fut consacré à Apollon Delphien15. Ils s’accroissaient encore des nombreux dons volontaires16, ex-voto, legs, etc., et formaient de vastes domaines inaliénables. Pour en tirer profit, on les lotissait et l’exploitation des lots était donnée à bail. Nous possédons plusieurs de ces baux, ordinairement emphytéotiques11, et ils nous fournissent de nombreux documents sur l’agriculture grecque. De nombreuses entraves, qualifiées de clauses conservatrices, arrêtent l’exploitation progressive et coupent court à tout progrès, à toute amélioration du fonds. 11 en résulte que ces terres domaniales furent délaissées, bien que les décrets du peuple qui réglaient toujours, dans les villes grecques, la location des terrains sacrés18, devinssent plus conciliants. Sous l’Empire, Dion Ghrysostome reprochant aux Eubéens de négliger leurs terres, leur conseillait d accorder le droit de cité à tout étranger qui s’engagerait à en cultiver 200 plèthres19.

enoph. Vectigat. II. 2 Pour le salaire des ouvriers grecs, cf. Foucart,

“ i Tu°rr ,le*' P' 194 S<*' — 3 M°mmsen> Heortologie, 1864, p. «0.

— Imcyd. Il, 1416. — 5 ()»«> (les Péloponésiens) |Uv ràç xs9,oixlSa;,

■ sà-m AOïjvkïoi 8è SîpAou^. Aristot .Polit. I, lj 8. — 6 Celte loi méconnue par

■ Reclus, qui attribue le groupement des Sicilieus à des raisons politiques, se rouve dans Rislcr, Géologie agricole ,T, p. 35 — 7 Gaudry, Géolog. de V Attique, p. 377. - 8 Gaudry, Op. c. p. 460. - 9 Op. et d. 599. — 10 H, 36. il Bul. cor. hcl. XIV, p. 424. — 12 Le xXS[Po5 inaliénable et baillé à ferme est déjà une mainmorte au sens strict du droit féodal. - 13 Plat. Leg. V, p. 341 ; Aristol.

Oht. IV, 9, 7. H Time. III, 50. - 16 pausan. X, 37, 5. — 16 Cf. l'art, conarium,

, p. 169. — 17 Ce bail de Munychie est de dix ans ( C . insc. gr. Il, p. 600) ■ celui d'Héraclée est viager (1b. 5774). - 18 Foucart, fnscr. du temple d'Béraklès

J'\COr- Ml 1883' p' 4,3>' - 19 Di0- Chr. Orat. (éd. Diudorf), VIII, p. 116. Aristot. Gen. Il, 5, 12. — 21 Georg. I, 73. — 22 B. nat. XVIII, 52. — 23 p|in.

. nat. XVIII, 49 : Novale est quod altérais annis seritur. — 24 Homolle, Le “ , f" charges de la location des domaines deZeus Temenites ( Bul . cor. hel.

-, XVI, p. 2C2-294); résumé dans Bev. des étud. gr. 1893, p. 285. Prescriptions

Alimentation des plantes. — Les végétaux ne vivent pas de l’air du temps, comme le croyaient les anciens physiciens, mais ils se nourrissent d’éléments particuliers contenus dans le sol, ainsi qu’Aristote l’a reconnu en partie20. Ces éléments nutritifs, au nombre de quatre principaux, ne sont pas absorbés dans les mêmes proportions par tous les genres de plantes, d’où ces règles d’assolement propres à chaque pays. Cette rotation ou cycle, le mutato sidéré de Virgile21, Yordo de Pline22, n’existait pas chez les Grecs, puisque chaque terrain, chaque champ, était réservé à une culture spéciale et invariable. Maintenant ces principes sont encore observés en Grèce et il y a, par exemple, en Thessalie, des terres où, de mémoire d’homme, on n’a récolté que du blé. Pour remédier aux effets épuisants de cette méthode, les Grecs avaient la jachère dite de deux années l’une.

- Jachère (vsôç, novale -3). — Toute terre consacrée àl’ensemencement est divisée en deux parts égales où l’on sème alternativement chaque année. La moitié du territoire agricole est donc continuellement en jachère. Tous les contrats de location prescrivent d’observer cette règle24; et même, pour éviter les fraudes des fermiers, ces deux soles égales, dans les terres prises en location, sont séparées, encore aujourd’hui, par un chemin. Nouvelle perte bien inutile de terrain, car il n’y a pas un cultivateur grec qui oserait contrevenir à cette coutume25 plus ancienne qu’Homère26 et qui fut chantée par Pindare21. Une jachère bien comprise et bien pratiquée n’a qu’une action : restituer au sol, par les légumineuses qui croissent spontanément28, les 38 kilogrammes d’azote que toute récolte de céréales enlève en moyenne à chaque hectare29; mais elle ne peut remplacer les 26 kilogrammes de potasse, les 16 kilogrammes d’acide phosphorique et les 8 kilogrammes de chaux qui ont également servi à l’alimentation de la récolte précédente. Dans certains pays privilégiés, cette restitution, s’obtient par l’irrigation d’une eau qui a préalablement drainé ces substances, soit dans les montagnes voisines, comme en Thessalie et en Macédoine, soit, comme en Mésopotamie 30 ou en Égypte,31 de montagnes très éloignées. Mais, ailleurs, il faut employer des moyens artificiels dont le meilleur, découvert par l’empirisme, est encore le bon fumier de ferme.

Fumier (x.6 tcbo;). — Le terme grec indique assez que cet engrais n’est pas un fumier complet; ce sont simplement des déjections solides. Chartodras 32 en a dressé, par ordre de mérite, une liste que Théophraste a reproduite33 ainsi que Pline, qui la cite en guise de praecepturn ancien34, car les Romains en contestaient l’excellence35. En première ligne, on plaçait les déjections

relatives à la jachère, au* ligues 7 et S de l'inscr. (page 277). Dans d'autres contrats (C. i. g. Il, 1055, 1. 15 : 1059, 1. 18), si uue jachère est mise eu culture, les produils seront saisis. — 25 Cf, Biichsenschütz, Desitz und Erweb, p. 301 sq. ; Hermann-Bliimner, Priv. Alterth. p. 102, n» 6. — 26 U . XVIII, 541. — 27 jyem VI, 15. 20; cf. Virg. Georg. I, 73 et ap. Plin. XVII, 50, qui ajoute ce correctif : Si patiantur ruris spatia. — 28 Berlhclot, C rendus de VAcad. des sciences, 17 nov. 1890. — 29 A. Miintz et Girard, Les engrais , 1888, I, p. 120 sq.

— 30 Herodot. I, 193 : « L’eau fournit la nourriture, ,3 Ènvoésov, à la racine du grain. » Cf. Plin. XVIII, 47, 3. — 31 Herodot. II, 12; cf. Plin. XVIII, 47, 2 : Grnnumque limo tantum, continetur. - 32 Sur cet agronome, dont le nom, découvert par Scaliger, aété mécounu par Schneider ( Tlieopli . Eres. Oper. éd.de 1818-21, vol. III, p. 129), cf. Kirchuer, Botan. Schrift. des Theophr. Jahrb. f. Philol. Suppl. VII, 507; Wellmann, Pauly-Wissowa, Real Encyc. s. v. — 33 Theophr. B. pi. Il, 7, 4. 34 R nat. XVII, 6, 3. — 35 Colum. De re rust. Il, 15 ; Varro, De r. rust. I, 38. Ce n'est qu'une question de mots puisque les fèces ne valent que par l'alimentation. Des porcs nourris, comme en Grèce, deglandées dans la montagne font un meilleur copros que s'ils barbotent, comme souvent en Italie, une potée semi-liquide dans leurs auges.

RUS

humaines, notre engrais flamand; comme elles contiennent beaucoup d’azote, et, partant, peuvent provoquer la verse des céréales, on ne les employait que pour la culture potagère ; en Orient, c’est encore l’engrais de choix pour les salades. Dans les champs, on répandait surtout le copros des bêtes de travail, bouses des bœufs (floX- 6it«) 1 ou crottins des mulets2 et des chevaux3, car les animaux de boucherie vivaient en plein air, dans la montagne. Combien en fallait-il par hectare? 11 est stipulé dans un bail4 que le fermier emploiera chaque année cent cinquante coufl'es, contenant chacune quatre tiers de médimne, sous peine d’une amende de 3 oboles par coufîe ; malheureusement, nous ignorons la superficie des terres à emblaver et même si cet engrais était destiné aux terres de labour et non aux plantations.

Quoi qu’il en soit, ce copros , mêlé aux chaumes non moissonnés5 et aux mauvaises herbes de la jachère, a toujours constitué l’engrais classique, sinon dès le temps d’Augias, qui passe pour l’avoir inventé6, du moins depuis Homère1, et le paysan grec n’en a jamais connu d’autres, pas même le parcage8, puisque tous les contrats de location défendent, sous peine d’amende ou de confiscation, de laisser pâturer les bestiaux dans les terres, même en jachère9. Cependant, quand le sol, après plusieurs années de culture, avait perdu le peu de potasse qu’il y a dans la terre grecque, et ne pouvait plus fournir d’aliment même aux plantes sauvages, alors on employait un moyen suprême encore en usage dans tout l’Orient : on réunissait sur le champ devenu stérile un certain nombre de tas de bois mort, de ramilles, d’herbes sèches et on y mettait le feu 10 (xôiroç èg-up-r^OEiVr,?11). Ce n’était qu’un palliatif et l’infertilité augmentait chaque année; caries Grecs, avant Épicure, ne pouvait admettre que la terre s’appauvrisse. Ce qu’Hésiode dit à son frère12, ce que tout laboureur recommande à ses enfants, ce n’est pas de fumer le sol, c’est de le creuser de toutes façons et le plus souvent possible 13 ; procédé bon pour la vigne 14 en terre argileuse, mais d’une utilité plus contestable pour la culture des céréales.

Travaux agricoles. — Labourage (ap&Œtç u). — D’après une tradition, basée, peut-être sur une légende16 ou sur une étymologie17, Déméter aurait ordonné de labourer trois fois les champs avant de les ensemencer18; on en vint à faire des labours surérogatoires *°, et Xénophon

l BoçStôtî; ou £ofmi(Râi; clans le dialecte d’Andros ; cf. C. Wcscher, Note relative au dial. d’Andros (Ann. des ét. gr. 1871), p. 140. — 2 Odyss. XVII, 297. — 3 Xen. De re eq. V, 2. — 4 Homolle, Bul. cor. hel. 1892, XVI, p. 280 et lignes 20-23 de l’inscr. et 40-44. — 5 Xen. Oec. XVIII, 2. — 6 plin. H . nat. XVII, 0, 1. — 7 Odyss. XXIV, 225 et ap. Plin. H. nat. XVII, G, 1 ; cf. Hesycli. s. v. ; Eustal. p. 1821, 43 ; Büchsenscliutz, O. c. p. 305. Aujourd’hui, la plupart des paysans grecs se chauffent avec le copros; cf. Gos, Agricult. en Thessalie, p. 56. —8 Cat. Der. rust. XXX et ap. Plin. H. nat. XVII, 6, 5. — 9 Coulr. d’Héraclée, 1. 128 ; conlr. de Zeus Témenités, 1. 35-38.

— 10 Xénophon ( Oecon . XVIII, 2) conseille de briller les chaumes après la récolte ; cf. Plin. B. nat. XVIII, 72,2. Virgile énumère ( Georg . I, 84-93) les quatre hypothèses que firent les savants pour expliquer la raison de ce procédé. — 11 Athen. ; etap. Oribas. Coll. med. I, 2. — 12 Op. et dies, 445 sq. — 13 Xenoph. Oecon. XVI,

1 \ : « Tt>.E-..r:àxiç ». — 14 Aesop. XX ; cf. La Fontaine, Fables , V, 9. — Mil. IX, 580 ; Odyss. IX, 138. — 10 Hesio I. Theog. 971 : Ploulos conçu veiw e.i tpiic6).w. — 17 Tpi- *7ciuàï)<; (Paus. VIII, 15, 4), composé de A ùXô; ou Aùl.a; = Sillon. « Tçiç-aÛA7]ç est un synonyme exact de Toi-wtôXeuo; ». Voir l'art, ceres, p. 1037. — M Cf. le veib; xpiitoXoî dans lliad. XVIII, 541 ; Odyss. V, 127; Hesiod. Op. et <1 . Theog. 971 et les schol. relatifs à ces passages. — 19 Lexicog. s. v. Te-rçàTtoXoç — 20 Oecon . XVI, 14.

— 21 « Lorsque le sol reste nu pendant l'automne, les pluies habituelles de cette saison le dépouillent des nitrates qu’il contient. » L. Passv,C. rendu des trav. de la Soc. nat. d' agricult. de France, 1898, p. 25. Le sol restait nu, en Grèce, non pendant trois mois, mais pendant six mois. — 22 Inscr. de Tliisbé, contenant un règlement ratifié par le proconsul Modestus et relatif à des baux emphytéotiques ( Americ . Journal of philol. (Baltimore), VI, 116 . Bans le bail des Dyaléens {C. i. gr. 1 055, I. 23), la

enseignait, que plus on travaille une jachère, moins on laisse de mauvaises herbes et meilleure est la récolte20. Le précepte est bon ; toutes les terres argileuses ou argiles calcaires ne peuvent produire, selon la remarque de Moll, qu’après de nombreux labours ; mais les Grecs avaient le tort d’échelonner ces labours à de trop longs intervalles et le sol se dénilrifiait par les eaux des pluies21 .

Pendant les dix mois qui suivaient la récolte, on ne touchait pas à la jachère, qui devenait une véritable friche et portait le nom de xb àpybv22. Durcie pendant l’été, la terre se ramollissait par les inondations ou les pluies d’hiver. Le premier labour, véritable défrichement , se nommait È7t! xaÀigv] àpoùv 23 et se faisaitau printemps24, après l’équinoxe du 21 mars26, alors que le sol commence à sécher et à devenir moins boueux 26. Les Romains désapprouvaient ce système27, mais ils jugeaient par le sol et le climat de l’Italie ; en Orient, les terres de labour sont des argiles très compactes, et, sitôt la fin des pluies de mars, la température augmentant rapidement, elles redeviennent très serrées en peu de jours28. Pour faire ce premier labour de défrichement, on employait la charrue composée, tttjxtôv àpoxpov 29 [aratrum], tirée par des bœufs, des bœufs de neuf ans, dit Hésiode 30 ; le conducteur devait avoir l’habileté d’Ulysse et savoir, comme lui, renverser complètement la tranche de terre pour mieux enfouir les herbes de la jachère31. Ce long travail, caron ne peut défricher plus d’un plèthre carré par jour 32, étanl achevé, la jachère, xb àpyôv, recevait le nom de guéret, véoç, vervactum 33, etles ouvriers allaient ailleurs faire la moisson. La moisson terminée, on revenait au véo; pour le second labour ou labour d’été34, qui se faisait avec la petite charrue, l’araire, ou aùrbyuov aootpov35 [aratrum], tirée par des bœufs ou des mulets 36, mais de préférence par des mulets qui ont le pas plus vif 37 et avec lesquels on peut faire des sillons plus étroits38. Grand avantage, puisque ce secondlabour se faisaittransversalementau premier39 et avait pour but principal de briser les grosses mottes d’argile. Xénophon donne une seconde raison de ce deuxième labour : détruire les mauvaises herbes; aussi le faisait-il exécuter au milieu du jour, en plein soleil d’été40. Le troisième labour, ou labour de semailles, se faisait également avec l’araire qui agit par écartement et non par renversement; ce qui suffisait, puisque, le sol étant défoncé et purgé de ses mauvaises herbes,- il ne fallait

jachère est nommée qu’il ne faut pas confondre avec l’ancien terme apyoç

désignant une plaine d’alluvions (Hesych. s. v. — 23 Suidas, s. v. — 24 "Eapi noV.eïv d'Hésiode (Op. et dies , 460). — 25 Pline (H. nat. XVIII, 49, 2) : Quidam utique ab aequinoctio verno proscindi volant ; Xeu. Oec. XV, 12. — 20 xài Siepr.v àooiov àpdXoïo xaô’dipYjv (Hes. Op. et dies, 458), que l’on traduit par « travaille, dan-^ la saison, le sol humide et sec ». (Bignan. Petits poèm. gr ., éd. Charpentier, 1841, p. 69) et que les Romains rendaient par sulcus varius (Cato, De r. rut. LXI), terra varia (Plin. N. nat. XVIII, 49). — 27 Cato, R. rust. 61 et ap. Plin. XVI II, 49. — 28 Aujourd'hui la plupart des Européens qui enfreignent cette coutume grecque cassent le versoir en fer de la charrue. — 29 Hesiod. Op. et d. 431 (éd. Weise, 1896) et Schol. Ad. h. loc. ; Odyss. XIII, 32 ; Hesych. s. v. Aujourd’hui, on emploie le bouyouk saban à six paires de bœufs. C’est une charrue toute en bois (sauf le coulre et le soc), dont le grand versoir est composé d’une planche en bois dur de 1 mètre de long, sur 30 cent, de large; cf. C. de Raymond, Chroniq. agric. du Bull, de la chambre de corn, franç. de Constantinople, sept. 1897. — 30 Op. et dies , 334. — 31 Odyss. XVIII, 370. — 32 Plin. H. nat. XVI II, 49, 3. — 33 lb. XV III, 49, 2. — 34 Hesiod. Op. et d. 460. — 35 Jb. 431 et Schol. Ad h. loc.’, Schol. ad. Homer lliad. X, 353 et Apoll. Rod. III, 232; Hesych. s. v. aj-rdvuov. — 36 lliad. X, 351-353 ; XIII, 703-707; Odyss. VIII, 125; Hesiod. Op. et d. 46. Eustathe (p. 810) prétend qu'on employait des mulets pour les terres plus légères ; il esl évident que le sol du véo; est moins compact que celui de l'ipybç. — 37 lliad. X, 353. — 38 lliad. X, 351. — 39 A ratio ne per transvers um iterata (Plin. H . nat. XVIII, 49, 5), ce qui ne veut pas dire de faire doux labours transversaux (trad. Littré, éd. Didot, 1, p. 086); cf. Virg. Georg. I, 97-99. — 40 Oecon. XVI, 14.

RUS

que creuser un sillon pour enterrer le grain. Ce troisième labour était précédé de la fête agricole des proerosia, 7rpo t&0 àpd-rpou1, et avait lieu après les premières pluies de septembre 2 qui coïncident avec le passage des grues \ Hésiode donne encore une autre date, le coucher des Pléiades \ qu’il place à l’équinoxe d’automne5, mais qui se produit plus lard dans d’autres régions5. Xénophon tranchait les divergences d’opinion des auteurs en disant qu’il faut attendre l’ordre de la divinité, c’est-à-dire les premières pluies, pour ne pas semer dans une terre sèche1, pluies qui n’avaient lieu qu’en novembre, d’après Cicéron 8.

Semailles (<judpoç). — De suite, après ce troisième labour, on semait. Hésiode ne donne aucun détail sur l’opération, il n’en parle pas, bien qu’elle soit indiquée par le sens : le cultivateur conduit ses bœufs à l'aiguillon, tient en main le manche de la charrue, éxX-q , et fait son labour, aporo?; en arrière, oiucôev, vient un serviteur qui recouvre la semence avec un hoyau, ptaxsA-ri (fig. 5908) 9. De ce passage (vers 469-471), on a conclu que àpoxoç signifiait semailles !u. Il se peut que la charrue d’Hésiode fût munie d’un semoir disposé de manière que le grain tombât dans la raie ouverte par le soc. La combinaison est assez simple et fut souvent proposée jusqu’à l’invention de l’ancien sambrador de Lucatello 11 .

Quoi qu’il en soit, on semait, d’ordinaire, à la volée Z, (fig. §969) 12 , et Xénophon Fig. 59G9. — Semeur. exigeait que le semeur eût la main aussi souple qu’un cithariste; 1 habileté consistait à proportionner la quantité de graines avec la qualité de la terre. On devait semer dru dans les bonnes terres et clair dans un sol moins fertile .-pratique infirmée par nos usages et nos théories13.

1 Hesych. s. t>. x;oi);i!ina. Plutarque (Cornent. Vil Sap. p. 15»), associe Démêler Proerosia avec Zeus Ombrios et Poséidon Pliytalmios. — 2 Xen. Oec. XVII, 2 ; cf. Virg. Georg. I, 208-211. — 3 Hesiod. Op. et d. 446; Theogn. i 97 ; Aristopli. Ae. 710; Theocr. X, 30; Porpbyr. De abst. carn. III, 5. — 4 Op. et dies , 382. - 5 Astroloy. ap. Plin H Ut. nat. XVIII, 37, 5. — 6 19 octobre (Tlialès) ;

29 octobre (Anaximandre) ; Il novembre (Euctemon) ; cf. Plin. H. nat. XVIII, 57, 5. Le calendrier dressé par M. Ruelle [voir calendaiuum, t. II, p. 843] donne les dates des 20, 21, 23 (Aetius), 28 (Lyddus) et 30 octobre (Démocr. d Abdôre) ; 1, io (Euctémon) il, 13 et 14 novembre. Pour l’opinion de Pline; cf. H. nat. XVIII, 59 et 60. — 7 Oec. XVII, 2 — 8 Plin. H. nat. XVIII, 60, I. — 9 Dans la fig. 5968, d'après une coupe du Musée du Louvre (0. Jahn, Benckt. d. Sachs. Gesellsch. der Wissenchaft. 1867, pl . i, 2; Duruy, Bist. es Grecs , 188., I, p. 307), un homme armé d'une pioche retourne la terre, errièie la charrue et, plus loin, s’avauce le semeur, un sac suspendu au bras flüXotxo;, Plut. De g Lor. Ath. IV, p. 348 A). On voit des scènes semblables sur une coupe de Lamiros, Froehner, .Musées de France , pl. xui, p. 45; sur une autre au Musée de Berlin (Gerhard, Trinkschal. und Gefàsse, I ;

’ jahn’ L- 1 P1- *)> où le semeur, portant une corbeille (*ofp.d4, Hesiod. Op. f , ,483": Lucian- D'*s. cum Hes. 6 = t. III, p. 244 et Schol. ad h. I.), suit le laboureur. - 10 H. Steph. Thés, graea. ling. (éd. Didot, 1856) 5. e.

leophr. B. pl. VIII, 1,2. — 1! H paraît qu'en Chine ou emploie, depuis plus de vingt siècles, une charrue pour semer; G. Hcuzé, Us plantes alimenaires. I, 185. — 12 La fig. 5969 est empruntée au calendrier sculpté de la Panagia orgopiko à Athènes; cf. calendaiuum, fig. 1030, où le laboureur et le semeur

Fig. 5968. — Labourage et semaines.

— 905 — RUS

Le grain répandu sur le sol serait dévoré par les oiseaux u si on ne le recouvrait de terre ; on peut le faire avec un hoyau ou une claie de rameaux épineux.

Toutes ces opérations devaient s’accomplir entre le coucher matinal des Pléiades et celui de la Couronne15, c’est-à-dire entre le 20 octobre et le 25 novembre 1C, et être terminées avant la fête de Zeus I'ècopy ôç l7.

Une semaine après les semailles, la plante commence à germer13 et les premières feuilles apparaissent, //ôy|î ysvop évt)ç 19, à la fin de la seconde semaine. La végétation continue jusqu’à ce que la température moyenne de l’air descende à 4- 5°. Alors, et pendant tout l’hiver, les céréales restent en herbe50. Xénophon recommande de

choisir ce temps pour remédier aux fautes du semeur; il pensait, comme nos cultivateurs, que la plus mauvaise herbe pourleblé,

c’est le blé, et il conseillait d’éclaircir les endroits où les semailles avaient été trop épaisses21.

Sarclarje (axedsia). — Cette opération se faisait à la fin dè l’hiver, quand la terre commence à se ressuyer. Hérodote prétend que les Égyptiens s’en dispensaient22. Lu Grèce, c était un travail multiple qui répond à la fois a l’assainissement, au hersage, au roulage, au binage, etc. et qui avait pour but d enlever les mauvaises herbes, de faciliter 1 écoulement des eaux, de prévenir la pourriture des feuilles, et le déchaussement des racines pour permettre au blé de mieux taller et de passer l’époque critique23. Après le sarclage, qui était exécuté par des hommes (axocAsé;) 21 se servant d’une sorte de hoyau (<7xaXt;) on laissait les céréales poursuivre leur adolescence, taller ou émettre des tiges, xaAàp.7) 26, ou vulgairement xaAap.ata 27, d’autant plus nombreuses28 que le sol est plus fertile et que les pieds sont plus espacés, contrairement à l’opinion de Xénophon29.

Quand la température moyenne atteint 4- 16° (marsavril), les céréales commencent à épier (aTxyyoo^xi) ; puis ont lieu, très rapidement, la floraison, la fécondation et

» > - - 7 .VWAAUU.HUU

la fructification qui étaient le signal de fêtes religieuses ou d expéditions militaires 31 ; d'ordinaire, cependant, les soldaLs ne partaient qu’après avoir fini leur moisson 3Ï.

sont placés l'un à cûlé de l'autre. - 13 Xenopb Oecon. XVII, 7, 9; cf. G. Heuzé O c. p. 180. - U Virg. Georg. I, 119-120, 156. - 13 Hes. Op. et d. 385 et 614 J Aral. Pltaen. 264 sq. ; cf. Cic. Arat. Phaen. V, 110-112; Philostr. Jun. Iman. p. 13; Virgil. Georg. 1,221; Democrit. ap. exc. Didym. Il, 14 : Toff

Etssuvou 8ùg.v aitilpx,, «iixCoVmm».; Didym, ap Geopon. Il, 14, 8. Cf. Xenopb Oecon. XVII, C; Theophr. H. p’ant. VIH, I, 2. IG D'après le calendrier de M. Ruelle [calendaiuum, H, p. 849J, le coucher de la Couronne est marqué pour les 19, 27 et 28 novembre; sur le calendrier atb mien de la Panagia (fig. 1030) lo semeur est placé avant e sagittaire, qui correspond au 25-26 novembre. — 17Bo'etticber, Gérant. FestUlender an der Panagia G rgopiko zu At/ien (Philologue 1805, p. 385-420). 18 Theoph. H. pl. VIII, l. 19 Xen. Oeco XVII lo' - 2° Theoph. H pl. VIH, 2. - u Occ.XVII, lu. - 22 Herod. Il, .4; à l'ép’oque romame e sarclage, eu Egypte, se pratiquait se nommait botanismos (Pli,, B «a XVIII, 47). 23 Xen. XVII, 12-15. - 2t ,b. -23 p0,lu£i x> 129; les dimi.

nutifs, ,, ct.,,-.,,;^,,,, furent employés par les Byzantins- cf

Ducange. - 23 Callim. Del. 283; Cer. 20; Dm», liai. Ant. Don,. V 13 Suidas se trompe en Ta, sont = ; *4^ xo3 , cf. Schol. a(, Theocr x ,8)

bâillement parce que est pris avec le sens de glaner ap. Plut Mor

p. 182, A. - 2, Euslat. p. 1181, 52 ; cf. Schol Theocr. X, 18. - 28 P|ine mon- Uonuc un pied de blé port ml plus de 400 t.gu, ,Uist nat. XVIII, 21); Duhamel Da\y, Tessier ont vu des pieds de blé qui avaieul d • 100 à 370 liges. — 29 Oecon XVII, 9. - 30 p. Foucart, Dev. des Ét. grerq. 1893, p. 322 ■ Dech sur Ion*, et la nat. des mgsl. d'Eleusis , p. 14; cf. ’E?,. . 1890, p 14 - si Thu

cyd. Il, 19; 111, 1; IV, I et 2. - 32 (d. |, |,t ; II, 15.

RUS

RUS

Moisson (0£pi<T|j.dç) — En Égyple et en Syrie, on la

fait à la fin d’avril*, quand le coucou cfiante3. « Les fellahs, armés d’une faucille courte, coupent ou plutôt scient les tiges, javelle à javelle. Cependant qu'ils avancent en ligne, un tlûtiste leur joue ses airs les plus entraînants, un chanteur donne de la voix, rythme les mouvements en frappant de ses mains*. » Théocrile a dépeint une scè-

ne à laquelle il avait pu assister enÉgypte, quand il parle de ces moissonneurs s’avançant de front51, et de cette fille de Polybotas jouant de la flûte à la moisson d’Hippotion 6. Quant à l’accompagnement de la tlûte et du chant1, on sait combien il était usité en Grèce pour régler et rythmer les mouvements dans tous les exercices et tous les travaux (cf. gymnastica, p. 1702; pistor, p. 496]. Théocrite nous a conservé un de ces chants de moissonneurs, qui commence par une invocation à Déméter 8.

Les moissonneurs grecs n'employaient pas la faux, mais la faucille dont on se sert encore en France 9, en Grè¬

Fig. 5970. — Moissonneurs égyptiens.

ce )0, comme dans l’Égypte du xl' siècle avant notre ère’1 [falx].

Les faucilleurs ou seyeurs marchaient sous le

vent, oriç ’ÉvOa irveï ÿ.v£ij.o; ’2, et coupaient, comme les Égyptiens (fig. 5970) 13, les tiges à mi-hauteur, [A£ŒÔTogoç,l‘ <c pour ne pas fatiguer d’une peine inutile les batteurs et les vanneurs 18 ». On perdait ainsi la moitié de la paille : par suite, pas de litière pour les bestiaux et, partant, pas de fumier.

De nos jours, on moissonne, dans les plaines de la Grèce, depuis le milieu de mai jusqu’à la mi-juin ; dans les cantons montagneux, on ne fait la moisson qu’en août16. Hésiode la commençait au lever des Pléiades l1,

soit dans la seconde semaine de mai, époque que les Grecs ont toujours considérée comme le commencement de l’été 18, c’est qu’alors, on pratiquait le javelage ; les javelles restaient, pendant quelques jours, alignées dans les champs, pour que les grains, tout en perdant leur eau de végétation, finissent de mûrir, d’où l’épithète de ’A^dia donnée à Déméter 19.

A l’époque homérique, les enfants ramassaient les javelles, opâyga20, et les portaient aux botteleurs, àp.aÀ- XoosTTipeç 21, qui les liaient en gerbes jâjAaXXa22, ïouXoç 23 .

L’auteur du Bouclier d' Hercule semble dire

qu’on entassait immédiatement les gerbes sur l’aire2*. En fait, et, à moins qu’un orage ne survint 25, on attendait la fin de la moisson pour charger la récolte sur un chariot à bœufs, comme le montre le gracieux tableau d’Oppien 26.

Foulage (àXovjdiç) 21. — Les Grecs ne battaient les céréales ni en grange, .ni en plein air, car ils n’avaient point de fléau pour faire sortir le grain de l’épi. Ils employaient la vieille méthode égyptienne (fig.

5971) 28 du dépiquage ou foulage , qui n’est plus guère en

usage que chez les Provençaux et les Languedociens 29.

En juin, c’est-à-dire, à l’apparition d’Orion 30, portait les gerbes sur une aire, qualifiée de |jteyàÀ7] èüxTtpLevY) 32, èü'cpojçixXo; 33, t'epâ 3t, et construite, plus ou moins,- d’après le modèle de l’aire sacrée d’Éleusis 35. Des ouvriers, £itaX(u<TT£(;36, dressent les gerbes à côté les unes des autres en les inclinant un peu vers le centre et on fait entrer les animaux: bœufs *7; chevaux, mulets38, parfois même des ânes39; ils sont accouplés deux à deux 40 et marchent en cercle41, d’abord au pas, puis au

on

1 A Chypre, moissonner = Sa|xaTpiÇ«iv, cf. Hesych. s. v. 3 G. Heuzé, Les plantes alim. 1, p. 242 . — 3 Aristopll. Aves, 503 ; d'où le dicton : xoxxu, teeSiovSé, Arisloph. Av. 506 et Schol. — 4 G. Maspero, Hist.

anc. des peupl. de l’Or. 1, p. 342. — 5 X, 15. — « Vil, 29: dans l'idylle VI, le vers 41 interpolé. — 7 Itiad. XVIII, 550 sq. Sur le bouclier d'Achille, le chanteur figure aux vendanges ; mais, à la moisson, il est remplacé par le basiteus, qui tient son sceptre en silence cf. la moisson du bouclier

d'Hercule, Aspis, 288. — 8 X, 42 sq. — 9 G. Heuzé, Op. c. I, p. 246. — 1» Gos, L'agric. en Thessulie, p. 74. — 11 Cf. les sculptures du mastaba d'Akhounlliotep (iv‘ dynast.) qui est au Louvre. — 12 Xenoph. Oecon. XVIII, 1. — HCliampollion, Mon. de l'Egypte , 1833-1845, pl. 417; Perrot, Hist. de l'art. 1, p. 5; cf. Maspéro, Hist. anc. les figures des pages 196 et 541 du vol.l. - 1* Xen. Oec. XVIII, 2. Dans les provinces de France aù on moissonne encore à mi-hauteur, on fauche les chaumes en novembre où on fait pâturer des moutons, ce que ne faisaient point les Grecs. — 16 Xen. L. c. — 16 Clôn Stéphanos, La Grèce au point de vue naturel , etc. p. 400. — 17 Op. et d. 570 sq. Le lever des Pléiades est noté

aux 22 avril, 6, 7, 11, 12, 13, 15 et 30 mai, cf. Ruelle [calendahium II, p. 839].

— 18 Clôn Stéphanos, O. c. p. 371 ; cf. calendauiüm aux 6, 7 et 11 mai. — 19 Hesych. s. v. d’où le proverbe ^ 'A|xcua tV ,AÇy)'k«v ixet^LSe; Soph. ap. Bekker, Anecd. p. 348.

— 20 Uiad. XVIII, 553 ; Tlieocr. X, 44. —21 lliad. XVIII, 554. — 22 Eust. Ad 11. p. 1162, 39; Hesych. s. v. à]xâ).«t. — 23 D’où les surnoms de Déméter : ’louAw (Sera. ap. Athen. XIV, p. 618; Didym. ap. Schol. Apoll. Rh. I, 972), 'ELeîouào; (cf. Aiirens, Rkein. Mus. XVII, 353), KaLLiouXo; (Athen. XIV, p. 619). — 24 Aspis, 2 'il. — 23 plin. Hist nat. XVI 11 , 78. — 26 De vénal . 1, 527. — 27 Etym. m. 74, 22, s. v. àtoif)Aiç ; cf. H. Blüniner, Tech, und Terminal. I, 3. — 2s Voir les sculptures des mastabas égyptiens. La figure 5971 est tirée de Wilkinson, Manner and Custorns of anc. Egypt. 1878, II, p. 42 3. — 29 G. Heuzé. Les pl. aliment. I, p. 295.

— 30 Hes. Op. et d. 596. - 31 lliad. XIII, 588. — 32 lliad. XX, 496. — 33 Hes. O. c. 597. — 34 lliad. V, 499. — 33 Pausan. I, 38. — 33 Xen. Oecon. XV1I1, 4 ; cf. Lobeck ad Phryn. p. 254. — 37 lliad. XX, 495. — 33 Xenoph. Oecon. XVIII; 4. — 39 Anthol. palat. IX, 301. — 40 'rxoÇùyta, Xeuoph. Oecon. XVIII, 3 et 4 . vtç Çeûçv] !3ôa; lliad. XX, 495, — 41 Anth. pal. L. I.

RUS

RUS

trol1, sous la direction d’un homme, placé au centre de l’aire, qui tient en main les guides, oecrgâ, pcnjarpo^a oeagà xsvdvxoüv2. D’autres ouvriers, armés de fourches en bois, xpiva; 3 *, régularisent la foulaison, ôjzaXteïxat ô àXoYixôç5', en retournant la paille et en la ramenant sous les pieds des animaux, pour faciliter le manège, b Sïvoç5.

Après la conquête romaine, les Grecs commencèrent à remplacer le foulage par le battage à l’aide du plostellum punicum ou du tribulum, xpiêoX&ç6, ce qui est moins fatigant pour les animaux et en exige un moins grand nombre. Le résultat est le même, le grain sort de l’épi et la paille est réduite en petits morceaux, ce qui permet de la donner comme aliment aux bestiaux, mais non d’en faire de la litière et du fumier7.

Nettoyage du grain (XtxfxTrjtrtç) 8. — Les Grecs ne connaissaient point le vannage proprement dit, opération de nos batteurs en grange, qui nettoye simplement le grain des glumes ou glumelles et que l’on exécute près de la porte d’une grange, dans un léger courant d’air, mais à l’abri du vent. Au contraire, les Grecs attendaient que le vent fût assez fort 9 pour emporter les fétus de paille et leur permît de pratiquer le ventage , qui peut se faire de deux façons : 1° Avec une corbeille, Xtxgo; 10, 7rXdxavov 11 [ventilabrum] 12. Aujourd’hui, dans le Languedoc, l’Italie et l’Espagne, des femmes élèvent, aussi haut que possible, de petites corbeilles remplies de grains et les renversent contre le vent qui doit être assez fort pour entraîner au loin la poussière et la paille, tandis que les grains retombent aux pieds de la femme. 2° Avec une pelle en bois, tttuov 13 [pala, fig. §454]. C’est notre nettoyage à la roue ; on jette circulairement contre le vent et, aussi loin que possible, à la hauteur d’un mètre au moins, une pellerée de grains qui retombent sur le sol, tandis que la paille et les balles sont emportées à l’extrémité de l’aire14 *.

Criblage (stujiç) 1s. — Si bien fait que soit le ventage, il reste toujours, avec le grain, des pierres, des épis mal

1 Anth. pal. IX, 301. — 2 1b. VI, 104. — 3 Jb. VI, 95, 4; VI, 104, 6; Suid. s. ».

I.e Scholiasle de Théocrite, VU, 155, emploie la forme ôoivàxïi ; cf. Schol. Ven. Hom.

qui confond une fourche avec une pelle ; 8Çi'vaxa5 ohm, Si 'ATTtxoTç ania (l.obech

ad Phryn. p. 21) d’où, sans doute, l'opinion deM. Olck, qui dit que les Grecs vannaient avec une lourclie : « oder mit eine.r dreizinkigen Gabel, Spiva; ». Pauly-Wissowa,

Jieal Encxjd. 1893, s. ». DresChen. — 4 Xen. Oec. XVIII, 5; Lobeck. ad Phryn.

p. 204, croit que S àkoriTb; est la forme attique de àW/jais; il se peut cependant que

le premier désigne l'action (la foulaison) faite pendant l’opération (le foulage). — » 'O Stvoç ^ tournoiement : c’est la marche au trot et en cercle des animaux plutôt que l'airée, la solade, comme le croit M. B. Weiske (X enoph. Oper. Oec. XVIII, 5) : ou que l’aire elle-même, ainsi que le dit L. Breitenbach en note de la p. 143 (1842).

'» Anth. Pal. VI, 104; Long. Pastor. III, p. 93. Le tribolos est déjà mentionné par les Septante; Am. I, 3 ; Parai. I, 20, 3. — 7 La paille des blés d’Orient n’est pas creuse comme celles du Nord de la France, mais pleine ou demi-pleine et les bestiaux ne la mangent que si elle est brisée ; les Grecs qui veulent employer nos machines à battre sont obligés d’avoir un hache-paille, d’où une opération et des frais supplémentaires. — 8 Greg. Naz. I, p. 380 ; Moschop. ad Hesiod. Oper. 588.

9 lliad. V, 499 sq. ; XIII, 588 sq. ; cf. Anth. palat. VI, 53. — 10 Ancien mot

doù dérive Amusua, surnom de Déméter {Anth. pal. VI, 98), le verbe que

Ion trouve dans l’ Iliade et les diminutifs AixpiiTiipi.; (Pollux, I, 245), XtxnqTqpiov

». v. X. — 11 Varro, Ling. lat. V, 138; De r. rust. I, 52, 2; Colum. Il, 10, 14.

— !- Iliad. XIII, 588 ; Aeschyl. fr. 194; Theocrit. VU, 156 ; Poil. I, 245. — 13 lliad.

XIII, 588-091 ; V, 499 sq. Mais dans ce dernier passage, le procédé employé n’est

pas indiqué, — 14 Suid. s. ». — 18 Herodot. I, 200. — 16 Suid. s. ». a^Tàvtioç.

— 11 Hesych. s. ». — 18 D’où les surnoms de Déméter, Suçtviç ; Hymn. Orph. LX ;

Addé {Anth. pal. VI, 258), 5. Dans Théocrite, le » uç65 est formé de pailles

et de grains non encore nettoyés (VU, 154); par contre, cf. Herodot. 1, 22.

Hesiod. Op. et d. 598. — 20 On a trouvé à Hissarlik des pithoi [dolium,

p 249] contenant de grandes quantités de blé, de pois, etc. Cf. procès-verbal du

30 mars 1890 dressé par M. Babiu, R. Virchow, etc. — 21 Anth. pal. Y 1, 257.

~ '2~ ,bid- — 33 Inscr. d’Éleusis du v» siècle (P. Foucart, Bull. cor. hel. IV, p. 225

sq.) pl. xv, lig. m. Ces silos devaient être construits «axa t4 nàip.ot, ce qui prouve

que I usage en était déjà ancien au v« siècle. — 24 Inscript. d’Éleusis du iv« siècle,

cl. I . Foucarl, Bull, cor . hcl. VIII, p. 197 scj. — 25 Pour les greniers grecs,

foulés et non égrenés, des graines de plantes parasites ; d’où la nécessité de cribler, cram16, anqôto ’7, les céréales et l’emploi d’un crible ou rige, <rŸ|<rrpov I8, dont les trous sont plus grands que ceux du blutoir. .Nettoyés, les grains restent encore en tas, çrcopdç 19, sur l’aire pour finir de sécher, puis on les enferme dans des jarres, ayyoç 20 , Tttâo;21, T£üy o;22, voire même dans des amphores 23 * * ou bien, on les déposait dans des silos, atpdç 2f, des tours, nupyci; 29, des greniers, <tito6ûXuov, ùpeïov 26 [granarium, horreum].

La moisson se terminait, en Attique, par les fêtes de demetria 27 , et, dans le reste de la Grèce, par des festins 28 où 1 on mangeait du pain nouveau, SaXOno; âptoç 29, des gâteaux de miel et d’orge pilée, Ttpoxuma30, après avoir offert à tous les dieux31, et spécialement à Déméter, les prémices delà récolte, QaXduta 32 [thalysia].

Nettoyé et criblé, le grain avait le nom générique de sïto; dont l’étymologie est inconnue33; ce terme s’appliquait indifféremment au blé, à l’orge, au millet ou au sésame 34; puis, il finit par désigner toute espèce de nourriture solide par opposition à la boisson 33 : mz<x. xzîiroTà36.

Plantes cultivées . — Céréales (ctitojSt), an-r^i3 ‘ j. — On les nommait vulgairement : AvjgT|Tpoç xap7tot38, o^pL'/jrpiot xapîioi 39, 07)p.7)Tptaxa <77tsppcTa 40 ou, plus simplement û7ip.T,Totaxot 41 , que les Latins rendaient par cerealia 42.

Les Grecs ont cultivé quatre genres de céréales: le blé, l’engrain, l’orge et le mil.

1° Blé (Trupdç). — Usuellement, on classe les blés selon : 1° la couleur du grain; blé rouge43 et blé blanc44; 2° la contexture cornée ou farineuse du grain ; blé tendre ou sitanique, c-qravio; 45, àXeupiTT]ç46, etblé dur, GepuSaXtr-r,; 47 ; 3° selon que les épis sont, ou non, barbus : blé imberbe * et blé barbu ou aristé; 4° selon le temps que la plante met à taller: blé d’automne ou tardif, d j/to?48 et blé de printemps ou hâtif, Trpoûïo; 49 .

Ces huit caractères, qui sont plus ou moins stables et se transforment avec le terrain et le climat50, se combinent entre eux de toutes les façons, d où le grand nom-

cf. Theophr. ttist. plant. VIII, 11 ; De caus. pl. IV, 17 ; Philo p. 86-88 (éd. Thévenot). On n'a pu encore trouver le nom grec donné par Varron et que les éditeurs transcrivent xçoxqv {De l. lat. V, 105). — 26 Schol. Pind. Ol. IX, 150. — 27 Schol. Theocr. \ 11. 28 Athen. III, p. 114, A. — 29 Harpocrat. s. v. ; cf. P. Foucart, Bull,

cor. hel. VIII, p. 197 : inscript, des comptes d’Éleusis, lig. 67. — 30 lliad. IX, 534

— 31 Theocr. VIII, 3. — 32 Cf. Anth. pal. VI, 36 , 98 , 225 , 258. — 33 On a fait dériver al-vos d un sémitique chittah qui, en français, devrait être transcrit khittah ; de oininai, d’où venrro? = arv„5 {Etym. m. 714, 37). — 31 Herodot. I, 193; cf. Suidas . -ÏToç lux; ô ffiTixà; xapito;, ôuy ô icupô; jzovdv. — 35 Thucyd. II, 75; Xenoph. Hier. \ I, 7 ; Cyrop . IV, 2 ; V, 2 ; VI, 2 ; Apomn. I. 3, 5, que Cicéron a rendu par Cibus. L'inscript, de la monnaie de Tarse à l’effigie de Caracalla (Eckhel, Docl. Num.

III, p. 73) 8i»jia /itou K. T. A. indique une distribution de grains. — 36 Xenoph. Cyri Inst. IV, 2, 34. — 37 Theophr. H. pl. I, 10, XIV, 2; De c. pl. fV, 7 ; VI, 11; Plut. Galba. 13. — 38 Herodot. I, 193. — 39 Preller, Demeter und Persephone, p. 316; Griech. Alythol. I, p. 474. — 40 Orib. Coll. med. I, t. — 41 Preller, O. c. p. 316. — 42 Plin. B. nat. XXIII, 1 ; Ovid. Alet. XI, 121. —43 D’où probablement le nom grec 7tUfd;, indiquant la couleur rousse ou rouge (nujfdç) de l’épi ou du giain de blé par opposition à 1 orge blanche homérique. Le nom arabe du blé, khintah (cf. hébreu khittah), indique la couleur rousse {khanata) du grain.

+ - Le blé le plus blauc était importé d Italie ; cf. Sophocle dans Pline {H. nat. XVIII, 12). — 45 Theoph. H.pl. VIII, 2. — 46 Athen. I et ap. Oribas. Coll. med. h -■ ’7 Hippocr. p. 356, 18; Galien. De alim. fac. I, 2 (vol. II, p 310)

- 48 Theoph. U. pl. VIH, 4. - 49 Theoph. H. pl. VIII, 4. - 50 Ces’ transformations et ces dégénérescences fréquentes dans la culture des blés portent sur les caractères de la race, et non de l’espèce, comme le croyaient les anciens qui étaient transformistes convaincus. Cf. Theophr. II. plant. Il, 4; VIII, 8; Decaus.pl.

IV, 5 ; V, 6 ; V. 7 ; ps.-Arislot. De plantis, I, 7 ; Plularch. Sympos. VIII, 9, 3. Galien raconte que « son père avait, dans le but de résoudre la question, pris du froment et de 1 orge, qu’il en avait fait séparer avec le plus grand soin toutes les graines étrangères, qu il avait ensuite semé ce froment et cette orge, mais que tous ces soins Il empêchèrent pas qu’il ne poussât beaucoup d’ivraie dans le froment, et beaucoup d’egilopcs dans l’orge ; le père de Galien répéta encore la même expérience pour les autres graines. » Ch. Daremberg, note (p. 555) pour la p. 7,1. H, R ntTaSoâiî;, i" vol. des Œu u. d'Oribase.

nus

RUS

bre de races que l'on connaît. 11 y en a aujourd’hui plus desix cents, mais toutes se fécondent entre elles et peuvent se ramener à une seule espèce dont l'origine est inconnue et dont le représentant le moins altéré parla culture serait le triticum sativum ou le tr. durum , selon que la plante est originaire d’un pays froid ou chaud. Quoi qu’il en soit, on peut conclure, d’après les auteurs et les monuments figurés, que le blé cultivé par les Grecs était une durelle, comme le sont encore tous les blés de l’Italie méridionale, de l’Afrique et du bassin oriental de la Méditerranée’. C’était une race d’automne 2, à épi simple 3, régulier, barbu et allongé (fig. 597“2, 5973 et 5974) rougeâtre ou à grains rouges 5, effilés etplus pointus du côté dii germe1' que nos poulards {tr. turgidum)', la paille en était pleine

ou demi -pleine puisqu’on 1a.

broyait avant de la donner à manger aux bes1 tiaux1.

Ce blé dur se divisait en plusieurs races serX. D’ordinaire, on dé-

Fig. 5972. — Monnaie de Métaponle.

Fig. 5973. — Tétradrachme de Syracuse.

condaires, xay/puBia;, Gilz'fqbc,* , signait la race par le nom du pays où on l’avait cultivée et d’où elle provenait9; on la différenciait parle volume du grain et par son poids ,0. Le politique était le plus léger; le sicilien et le béotien étaient les plus lourds”. C’est en Sicile que les Grecs connurent les blés de printemps . 1° Le blé de trois mois, 'o xpig^vo? irupo; ’2. C est une durelle que les Siciliens cultivent encore et qu’ils nomment tumminia u. 2° Un blé de deux mois, b Bîijnrjvo; que l’on chercha à acclimater en Grèce et qui réussit bien dans la belle plaine de Karystos ; on le semait en avril pour le moissonner en juin11. Théophraste cite encore un blé qui l’on récoltait quarante jours après les semailles lj.

Le rendement moyen du blé en Grèce ne peut se calculer, car les terrains y sont trop variés. A peine, si dans

Fig. 5974. — Monnaie de Ségeste.

le Péloponnèse, année moyenne, on récolte dans les meilleures terres 8 à 12 hectolitres à l’hectare; par contre en Thessalie, dans la plaine de Néochori, on obtient tous les deux ans, sans fumier, 40 hectolitres par hectare11', ce que donnent rarement les terres les mieux fumées des seuls départements du Nord et du Pas-de-Calais17. Bœckh avait calculé que le rendement total de l’Attique devait être de 2800000médimnes 18 ; une inscription récemment découverte montre qu’en 329 av.-J.-C. on ne récolta que 400000 médimnes 10.

Tous ces blés durs de l’Orient sont encore très recherchés pour les semoules et les pâtes, mais ils sont moins bons pour la boulangerie. Le blé d’Égypte, le plus glutineux de tous, donne une farine d’un goût fade, devenant même nauséabond, ammoniacal, si l’engrangement des grains est tardif. Ce défaut, inhérent au sol, explique pourquoi les Égyptiens n’avaient que du mépris pour les peuples mangeant de l’orge ou du blé et pourquoi ils faisaient leurs pains, xuXX-qo-TK; 20 , avec la farine d’olyra21.

2° Épeautre , oXupa , Çefa 22. — Hérodote dit que Volyra est la plante que d’autres nomment zéa 23. Cependant, les deux noms étaient connus des Grecs par les œuvres homériques. L 'Iliade parle de l’olyra dans deux passages identiques et relatifs à la nourriture des chevaux : xoï Xeuxôv ÈpeitTÔjj.svoi xoù BXüp a;24. L Odyssée parle du zéa comme servant, avec l’orge blanche, à la nourriture des mêmes animaux28 et comme étant cultivé, dans ce but, en Laconie’26. Lexicographes et scholiastes ont embrouillé la question relative à ces deux noms, olyra et zéa2'. On croit que zéa est un très ancien mot21, apparenté au sanscrit désignant les premières céréales connues29 et d’où, peut-être on a tiré le nom de AtjgVjTy)o, son synonyme Ay|o>30 et l’épithète homérique ZetStiipoç 31 . Quoi qu’il en soit, nous savons par saint Jérôme32 que le zéa et l’olyra étaient notre épeautre [t. spelta) ; race de blé, dont la culture est délaissée depuis qu’on a de meilleurs froments amylacés, mais qui, pendant longtemps, en Égypte33 comme en Italie 34, a donné une bonne farine33 qu’on ne peut extraire des blés durs.

Le grain de l’épeautre « est allongé, triangulaire, pointu, avec un sillon profond36 >> et ressemble beaucoup à celui qu’on voit (fig- 5975) sur des monnaies de Lûmes .

Le grand inconvénient de l’épeautre, c est que le grain

1 Oust. Heuzé, Les pl. aliment. I, p. 109 sq. Cependant Alpin de Candotle ( Origine p 289) dit que le tr. durum de Desfontaines « serait une variété obtenue en Espagne ou dans le Nord de l'Afrique, peut-être depuis 1ère chrétienne , oubliant que Desfontaines avait donné le nom de tr. durum seulement au blé trimenia barbu de Sicile et que ce n'est qu'après qu'on 1 a donné au* blés durs d'Algérie, de Grèce, de Turquie quand ils eurent été mien* connus. 2 Cf le paragr. des Semailles. - 3 Voir fig. 5974, la monnaie de Métaponte {Des cript. des mêd. gr. du cab. Pr. Dupré, pl. I, n* 44; V. Duruy , Bist. des Gr., 1, n 651). - 4 Fig. 5973, Épis dans la chevelure de Proserpine et a 1 exergue ; Duruy, Bût. des Grecs, II, p. 549 ; Descr. des méd. gr. de la coll. Gréau, pl. i, n* 875 et 592. Fig. 5974. Revers d'une monnaie de Ségeste, Duruy, O. c. I , P- • ■ 1 ’

fig. 13081 ; les épis coupés et placés dans un naos, et proserpink, ig. • » 0 ’ 0

et CERES fig 1319]. — 5 Athénée remarque que les blés sitaniques sont blancs, -iLTet les^émidafiques jaunes, 5„,.I. (S. b et ap. Or, bas. Coll.medA, 2 ; cf. Pim H. nat. XVIII. 12). - 6 Voir les grains de blé sur les monnaies d Erétrie, M.onnet, il 307 — 7 Toutes les races comprises sous les noms de tr. sativum et de t. amyleum ont la paille lisse et creuse. - 8 Theophr. H. plant. VIH, 4. - • T eoph L. c. cite les blés ViSvxo'., «omm'i, «?«*;■ i<rtbfto,, '

Galen, ap. Orib. Coll med. 1, 1 (éd. Daremberg 1, P- 5). - T1,“Pllr' /" c" Plin. H. nat. XVIII, 12. - '^Theoph. L. I. et De causal IV, IU - G. B.und. Vocabolar. siciliano-ital . Palerme, 1856, s. v. — Theophr. . p . . ■

mus ni IV 1 1. — 13 H. pl. Vin, 4. Il rapporte un on-dit, ; les édit, modernes indiquent les environs de 'A.,*!** comme lieu de culture. Si le fait s'était passé dans la Chalcidique, Théophraste aurait pu le vérifier facilement. Je crois qu 1

s'agit d'Enna en Sicile, 'E„« ou, comme sur les monnaies, Henna ; Pline (U. nat. XVIII, 12) a lu "Aivoç et traduit : cirai Thraciae Aenum. — '3 Gos, Agric. en Thessalie, p. 23. Ordinairement, en Thessalie, les rendements sont de 15 à 18 hectolit. par hectare, toujours sans fumier (p. 55). — 11 G. Heuzé, Les pl. aliment. I, p. 326, qui cite des récoltes de 45, 50 et même 55 hect. dans ces deu* départements avant 1872. — 'a Die Slaatshaushalt. d. Athen. (1851) 1, § 15. — *» P. Foucarl, Bull corr. hell. VIII, p- 211. — 20 Herodot. II, 77. Les Septante nomment ce pain i Au’oW-k/i, Reg. XIX, 6- - 21 Herodot. Il, 38. - 22 Theophr. H. pl. VIII, 1, 3. 23 Herodot. Il, 36. — 24 V, 196; VIH, 560 (564, éd. Dindorf.). — 2= IV, 41. 26 Odyss IV, 604. — 21 Hesycll. S. V. Zla = ü <rit<m yfvo; ; s. v. rivai =

„l 3Wja, ; s. v. Z,.* = oî 1*1* aixou RS»,, ■>! Si -s - 28 A- K"hn’ Uerabkunft

des Feuers, p. 98. — 29 G. Curlius, Grundz. d. griech. Etym. p. 571 ; Mommsen, Rüm. Gesch. (1881), I, 15. — 30 En crétois, S^a! désigne l'orge [Etym. ni. p. 264, 12). Preller, Griech. Myth. 1, p. 474; Demet. und Perseph. p. 3)7, qui admet également Zfi« = S, à = scr. gawa « fùr das atteste Korn ». - 31 Iliad. H, 548 ; cf. Plin. B. nat. XV111, 19. Etym. m. p. 410, 6. - 32 ln Ezech. 1, 4, vers. 9 (éd. Migne, V, col. 47), qui établit l'équivalence : hébr. Kusemim = 5XiiP«, Un'. = lat. far = gentil, spelta. L'identité du far el du zéa est égalemeut donnée par Asclépiade (ap. Galen. IX, 3) et par Denys d'Hal. (Ant. rom. Il, 25) ; mais, en Grèce, le mol désigne maintenant la folle avoine (Lexiq. de G. Ventoti, Vienne, 1790), tandis qu'en Italie, le nom de farro s'applique encore à l’épeautre rose sans barbes (G. Heuze, Lespl. aliment. I, p. 132). - 3:1 Herodot. 11,77; Plin. U. nat. XVIII, 29, 1 et 4. - 34 Plin. Heuzé, U. nat. XVIII, 19, 2; 29, 1-4. — 35 Notre mot farine vient du /ar latin. Î6 Heuzé Lespl. alim. Il (éd. 1872), I, p. 129. - 31 Duruy, Uist. des Grecs, I, p. 565.

rus

ne sort pas nu; l’égrenage le laisse enveloppé dans sa balle, àO-yjp 1 , à cause de la fragilité de l’axe des épis qui se brise facilement, d’où la nécessité d’une seconde opération. Les Grecs n’ont pu se résigner, comme les Italiens2, à ce travail supplémentaire et ils préféraient donner aux chevaux ces grains tout vêtus ainsi que les grains d’orge 3.

3° Tiphé (ri '©-/]). — 11 est difficile d’identifier cette plante q ue Théophraste range parmi ses ôp.o[d7cupot 4. G. Heuzé dit que c’est un sorgho à épi5. Ch. Daremberg croyait que c’était le petit épeautre 6 ou engrain, graminée que l’on confond avec les blés, mais qui forme une espèce spéciale 7 que l’on trouve encore à l’état spontané en Béotie et en Anatolie8.

Maladies des blés ; parasites. — Théophraste consacre un chapitre entier aux affections des céréales 9 ; les Grecs regardaient larouille, èeum'êr, 10 comme la plus désastreuse et ils en avaient reconnu, sinon la cause déterminante qui est un champignon, [luxij;11, du moins la cause occasionnelle qui est l’humidité de l’été 12 ; pour en préserver leurs moissons, ils adressaient des vœux à Déméter ’Epufffëv) 13 ou à Apollon ’EpuSt'ëioç*4. Les principales plantes nuisibles étaient l’ivraie, alpa, pour le blé16 ; la folle avoine, fjpojxoç, pour l’épeau tre ,c et l’égilops, aiyiXoi^, pour l’orge 4° Orge (xpi 0-ij). — C’est la plus importante des céréales de la Grèce et celle qui convient le mieux au sol et au climat de ce pays. Les Athéniens croyaient que c’étaient une plante indigène de l’Attique 18 et l’on racontaitque Déméter, en arrivant à Éleusis, n’avait voulu prendre qu’une boisson d'orge, sorte de bière 10 sucrée, le kykéon 20, dont on continua à faire usage dans certaines cérémonies d'Eleusis [cyceon]. On conserva également la coutume d’employer l’orge grillée21, les gâteaux d’orge22 dans les principaux actes religieux, ceux dont la pratique était la plus ancienne ; l’orge tint toujours, dans le rituel grec, la même place que le riz chez l’Hindou ou l’épeautre, far 23, chez les Romains. Les rois de Sparte recevaient encore leur ration en farine d’orge24, alors qu’on se nourissait de froment dans la plupart des villes grecques et que les gens peu fortunés26 étaient seuls à manger du pain

* Duruy, L. I. le donue comme un grain d’orge. Pour la renommée du far ou zéa de Cumes en Campauic : cf. Strab. V, p. 242 ; Plin. H. nat. XV111, 29, 2 et 3. — 2 D'où la différence considérable de prix entre le scandula s ive spelta et le spelta munda dans l'Édit de Dioclétien (C. i. I. 111, 820). Je crois que le Ujqia de Galien [De al. /de. 1, 13) ne désigne pas une pellicule, mais la balle, «Ho, que 1 on enlève par le décalage, à moins que ce dernier terme ue convienne plus spécialement à la balle de l'orge dont les glumelles sont aristées. — 07 Pour la difficulté du décalage qui était faite par des esclaves enchaînés, vinctorum poenali opéra , cf. Plin. H. nat. XVIII, 29, 4. — 3 Jliad. V, 196, VIII, 564; Odyss. IV, 604. — 4 Tbeoph.

H. pl. \[I[, 1,3, — 5 Les pl. aliment. I, p. 15. — 6 Traduct. des Œuvres d'Orib.

I, p. 27. 7 H. de Viltemorin, s. v. Froment ( Dict . d’Agricult. de Barrai et H.

Sagnier, 1888). — 8 Boissier ( Diagnoses , lrc série, vol. II, fasc. 13, p. 69) pour la Béotie et la Serbie ; Balausa {Bull, de la Soc. bot. de France , 1854 ; cf. Ib. 1860, p. 30, I art, de J. Gay) pour le molli Sipyle, près Smyrnc. — 9 De caus. pl. III, 22. — 10 Theophr. H. pl. VIII, 10, 1 ; De caus. pl. IV, 14. — H Tbeoph. H. pl. 1, 1, 11. — u Athen ap. Oribas. Coll. med. 1, 2. Théophraste (S. pl. VIII, 10, 2) conseille de semer le blé dans des champs balayés par les veuts pour éviter que 1 eau de pluie ou la rosée ne restent sur les tiges. — 13 Etym. Gud. p. 210, 25. CI. Preller Griech. Myth. I, p. 474; üemet. und Perseph. p. 323. — H Strab. XIII, p. 613; Eustath. XXXIV, 29. — « Theophr. U. pl. I, 6, 3 ; Gai. Al. fac. 1, 27 ’ p' 531 (éd- Kahn) I Athen. I et ap. Oribas. Coll. med. 1, 2. — 16 Theophr. H. pl.

HI> 4, 1 , Plin. B. nat. XVIII, 44. — 17 Theophr. U. plant. IX, 9, 2 ; Gai. Al. 10 *’ 37’ ~ 18 Plal°’ Menexen‘ P- 238> 4'J- Steph. et 384, éd. Bekler. ^es ldlecs attribuaient I invention de la bière à Dionysos, fils de Sémélé o . Sicul. IV, 2); c était la boisson habituelle des Égyptiens [cekvisia]. — Anton. Liberal. 24. — 21 Odyss. III, 441 ; Herodot. I, 132, 160 ; Sch. Hom.

tÿss. III, 441 ; Hesych. s. d. "Oiai ; Erotian. Glos. p. 282; Pollui, I, 27; cf.

1UJS

d’orge26. Cette céréale coûtait moitié moins cher que le blé 21, la Grèce en produisait dix fois plus. C’est, du moins, la proportion pour l’Atlique en 329 av. J.-C.28 et ce rapport peut être admis pour la plupart des autres contrées. Les baux de location fixent, le plus souvent, la redevance en orge29; le lotissement des terres Spartiates était établi d’après leur rendement en orge30; beaucoup de pays, comme Salamine 31, ne produisaientque de l’orge et d’autres, comme Rhodes32, en donnaientdeux récoltes par an.

Les Grecs avaient remarqué que le froment pousse mieux que l’orge dans les contrées froides et pluvieuses 33 et que celle-ci a besoin pour végéter d’un sol plus sec et plus chaud, d’où le dicton : « Plante le blé dans la boue et l’orge dans la poussière34. » En réalité, cette plante réussit sur les calcaires et les marnes du jurassique, les sables et les argiles du crétacé, les terrains de transition avec leurs schistes et leurs grès, toutes formations que l’on trouve dans la plupart des cantons de la Grèce, de sorte que ce pays peut être qualifié, comme TAttique, de xpi9o;p6p&; àpiurr,35. Mais, ce qui séduisait le plus les Grecs dans la culture de cette plante, c’est qu’elle exige moins de temps que celle des autres céréales36. On peut semer en octobre-novembre et récolter sept ou huit mois après37; on a donc presque tout son été pour naviguer ou guerroyer. Le grand inconvénient de cette plante, c’est que le grain ne peut se nettoyer complètement au foulage, il reste vêtu dans sa balle; avant de le moudre, on doit le décortiquer et le perler ; les femmes grecques le faisaient griller38 pour le nettoyer.

Dès l’époque homérique, on nourrissait les chevaux avec de l’orge39 et cette coutume existe encore, car notre avoine doit être considérée comme inconnue en Orient40; pour les animaux, on ne fait ni griller, ni monder le grain, on le donne vêtu. Cependant les anciens avaient une orge nue, yup.v7] xpt6-q 41 , mais il ne semble pas qu’ils aient cherché à l’acclimater en Grèce. On possédait alors toutes les races (xpt9-q -fj ivSixTp2, tj àyiXXrjî; 7) Xeuxij44, ■i) èxeoxpiBo;) 46, que l’on cultive encore maintenant dans l’Europe méridionale et qui peuvent se ramener à deux principales : l’orge à deux rangs, oiVrot^oç, que l’on trouve à l’état spontané46 et l’orge à six rangs, àçic-toi^o;, qui en dérive. Quant aux orges à trois, quatre et cinq rangs,

Fausan. I, 41, 9 ; Athen. VII, p. 297 D. — 22 Harpocrat. s. v. irpoxwvta. — 23 D'où les mots confarreatio et diffarreatio. Dionys. Hal. Anl. rom. II, 25 [màthimonium, p. 1658], p. 48. — 24 Herodot. VI, 57. Chaque Spartiate devait donner, tous les mois, un médimne de farine d'orge pour les repas publics; Plularch. Lycurg. XII. — 25 La veuve de Socrate reçut de Xénophou, pour passer l’hiver, 6 chénices d’orge, 8 drachmes et 1 tunique ; Ep. socr. XXI. — 26 Antk. pal. VI, 302.

— 21 p. Foucart, Bull. cor. hel. VIII, p. 214 ; d’après l'inscr. d’Éleusis, l'orge fut vendue 3 drachmes le médimne, et le blé 6 drach. — 28 p. Foucart, L. c. p. 213.

— 29 Un contrat éléen ( Dialekt . /user. 1168), relatif à une terre de 18 plèthres, fixe le fermage à 22 doubles médimnes d'orge; cf. contr. d'Héraclée. — 30 Plut. Lycurg. VIII. — 3t p. Foucart, L. I. p. 214. — 32 Theophr. H. plant. VIII, 2.

— 33 Theoph. H. plant. VI, 4. — 34 Plularch. Quaest. natur. XVI. — 35 Theoph.

U. plant. VIII, 8. — 36 Plato. Phaedr. 61. — 37 Theophr. H. plant. VIII, 2.

— 38 Cf. l’oracle du devin Lvsistrate (Herodot. VIII, 96). — 39 Jliad. V, 196 .

VIII, 564 ; Odyss. IV, 41 ; Xcnoph. De re equestr. IV ; cf. Bœckh, Staatsh. d. Athen. I, p. 92; Büchseuschütz, Besitz und Erw. p. 216, 16 ; Hermann-Blümner, Gr. Privât ait., p. 113, n° 2. — 40 En Orient, l’avoine n’est encore cultivée

que pour l'exportation. Sur les 722 120 hectares de terres en culture dans le

royaume hellénique, il n’y a que 4078 hect. d’avoine pour 67 911 hect. d’orge.

— 41 Galen. Al. fac. 1, 15 (p. 520, Kuhn) et ap. Orib. Coll, med., I, 1. L’auteur semble dire que c’est la même race quou nommait t b Çtonuçov en Bithynie.

— 42 Theoph. H. pl. Mil, 4, 2. — 43 /6. VIII, 1, 2; c’est à tort qu’on a pris cette race pour un blé (Guiraud, Hist. de la propr. en Grèce, p. 489).

— 44 Theoph. De c. plant. IV, 13, 1. Cf. le xpt *EUxbv homérique ( lliad . XX, 496; Odyss. IV, 41, 604). — 45 Theoph. C. plant. 111, 12, 2. — *6 Theophr. JJ. pl. IV. 5, qui la mentionne eu Bactriane. Cf. Marco-Polo (éd. Soc. de Géogr.) 1, p. 44 sq.

Fig. 5975. — Monnaie de Cumes.

au s

RUS

mentionnées dans YHistoire des plantes *, elles sont complètement inconnues, et F. Link a eu raison de conjecturer qu'il y avait là une interpolation ; Théophraste a trop bien vu les aroîy.oi différenciant le blé, aatoiyoç, de l’orge, sTotyuiSï];, pour s’ètre trompé, et rien n’autorise à croire qu’il ait jamais songé à présenter une vue de l’esprit pour une observation scientifique.

Cultures d’été (9sptv&i apo-rot)2. — S’il avait été impossible de labourer et de semer entre l’équinoxe d'automne e’t le solstice d’hiver, « le mal n’était pas sans remède3 » et l'on recourait aux semences d’été, Osptvi BitlppiaTa4, dont la plus importante était celle des millets.

1° Millet commun ou panic\ xéyypo(;f’, milium'1 et pistum* , d’où le 7u<jtoç des Byzantins 9 ( panicum miliaceum, L.10). Le grain de cette plante se réduit en une farine susceptible de panification11; mais d’ordinaire on en faisait, avec de l’huile, de la graisse de porc ou du lait12, une bouillie qui devaitètre analogue à la milliasse des Cévennes.

Pour la culture du millet, il faut labourer dès qu’on entend chanter le coucou13, afin de pouvoir ameublir le sol par un ou deux labours transversaux. On ne sème qu’en été 11 ou, plus exactement, en mai, quand les gelées ne sont plus à craindre; les semailles se font à la volée. On sarcle au moins deux fois et on peut commencer à récolter quarante ou cinquante jours après, « lorsque Sirius dessèche les corps et que le raisin vert commence à se colorer13 ». On coupe chaque épi, q-ô6-/y Ifi, avec une faucille, au-dessus du dernier nœud de la plante et à mesure qu’il arrive à maturité. La récolte d’un petit champ de millet dure donc plusieurs jours.

Strabon vante la culture de cette plante dans la plaine de Thémiscyre, sur les bords asiatiques delà mer Noire 17.

2° Millet à grappe ou millet des oiseaux , panouil18, panic19, gÉXivo;28, sXujaoç21, panicum 22 ( setaria italica , P. B. 23). Cette plante, dont le thyrse est velu, produit un grain dur et petit qui n’est bon que pour la volaille. Cependant, en temps de disette24, on en fait une farine et un pain que Galien regarde comme plus difficile à digérer que le pain de xéyypoç. Nous ignorons la différence qu’il y avait entre le [AÉXtvoç et l’é'Xvfxoç ; peut-être les distinguaiton par la couleur du fruit.

2° Légumineuses (oa-irpia, èXXoSa, y£opo7ta) [cibaria, p. 1144 ; HORTUS, villa rustica],

i VIII. 4. — 2 Theophr. H. pl. VIII, I. Cf. Clin. Hist. nat. XVIII, 10. Aliqui cerna, milium panicum, etc., appelant, et XVIII, 22 : Aesliva frumenta diximus sesamam, milium, panicum, etc., que Littré a eu tort de traduire : « Nous avous appelé blé d’été le sésame, le mil, le panic... ». — 3 Hesiod. Op. et dies, 483.

4 Theophr. De c. pl. IV, 7. — 8 C'est le Gemeiner Uirsen des Allemands. Pour

la nomenclature française, ef. Gillet et Magne, Noua, flore française (3» éd., p. 522 et le Diction, d’agricult. de Barrai et Sagnier, 1888). — 6 Theophr. H. pl VIII, 1 ; Dioscor. De nat. med. Il, 119. —7 Cato, De Ag. cuit. VI, ,1 ; Varr. De r. rust. I, 57, 2; Plin. H. nat. XVIII, 10, 24. — 8 Isidor. Ilispal. XVII, 3. 13. — 9 Simeon Seth, p. 92 : ithrtoî iftoi xéTy.fi>s. Un manuscrit d'Oribase {Paris. 2510) remplace le xÉyyoo: du te\le {Coll. med. I, 15) par ieiotoç. La synonymie est encore indiquée dans le texte publié par Ideler, Phys, et med. minores. Il, 270, 12. — 19 Fée a cru que le xiyy.f»; éLait le P. italicum île Linné, mais cetto opinion a été combattue par Fraas ( Synop . planter, florae classic. 310) et n’a été adoptée ni par Lenz ( Dotan . d. alten Gr. und Rôm. p. 232), ni par Langhavel {Dot. d. spaet Griech. p. 123). A l'argument invoqué par Fraas, on peut ajouter que les Grecs avaient un blé »«TOuS.V; (Theophr. H. pl. VIII, 4) dont le grain devait ressembler plus à celui du millet commun qu'au millet des oiseaux. — U Gatcn. Al. fac. I, 15 (p. 523-524, Kuhn). —12 Plin. H. nat. XVIU, 24; mais son milium îles Éthiopiens est un sorgho comme le «tyy.fo; du livre XVII de Strahou, qui a puisé à la même source. — 13 Hesiod. Op. el d. 486. — H Hesiod. Scut. 398. 15 Jh. 399. - — 16 Theophr. H. pl. VIII, 3. — 17 Strah. XII, 15. — 18 Gillet et Magne, Noue, flore franc. (3e éd.) p. 522. — 19 L. Fousch, Comment, de l’histoire des plantes (Paris, 1549j, ch. XC1V. — 28 Theophr. H. pl. VIII, 6,

3° Plantes textiles. 1° Lin, Xtvov [linum|.

2° Coton (Pucto-oç) [byssus, carbasus].

3° Chanvre (xâwaêtç). — Menlionné par Hérodote23 comme cullivé par les Scythes et lesThraces, le chanvre ne semble pas avoir été introduit en Grèce avant la conquête romaine. Pausanias dit qu’on le semait en Ëlide comme le lin et le byssus 23. Cette plante est trop épuisante pour le sol, et comme il faut plus de 12(3 000 kilogrammes de fumier par hectare, les Grecs ont renoncé à sa production.

II. Arboriculture. — Si les Grecs négligèrent l’agriculture et ne semèrent dans leurs champs que des céréales de première nécessité et de production facile, c’est que, par goût et par suite de la nature géologique du sol, les cultivateurs s’adonnèrent à l’arboriculture qui exige moins de travail, laisse plus de loisirs et donne un meilleur profit. Dès le ixe ou le vme siècle, la Grèce importe des céréales21 et peut-être des matières textiles, mais elle exporte ses vins et ses huiles d’abord en en Égypte 28, plus tard en Italie29. La balance, comme aujourd'hui, devaitètre en sa faveur30.

Ce système dominant est déjà nettement tranché dans les temps homériques 31 , où chaque téjxevoç comprend un àXoTj 3J, enclos d’arbres fruitiers, c’est-à-dire de vignes dont l’introduction paraît due aux Cadméens 3!i, d’oliviers qui donnaient déjà de l’huile aux contemporains d’Aristée 34, de figuiers cultivés probablement dès le xve siècle38, etc. Les scènes de vendanges, qui ne figurent jamais dans les sculptures des mastabas égyptiens, occupent une place importante dans l’orfèvrerie homérique et forment comme pendant aux travaux de la moisson 36.

La plupartdes agronomes grecs sont des arboriculteurs ; ceux d’entre eux qui composèrent des traités généraux, ysujpyixà 31, reportèrent toujours, dans la partie relative aux arbres, tous les chapitres concernant les clôtures, l'irrigation, les engrais et même la connaissance du sol; questions que nous sommes habitués à trouver dans la partie agricole de nos traités d’agronomie. Il y a là une disposition voulue, non seulement par les cultivateurs, mais aussi par les gens de loi qui avaient à discuter les nombreux litiges relatifs aux vergers, vignes, oliveraies, etc. Une terre de labour ne prête pas à de nombreuses contestations : elle est limitée par de simples

3. — 2i Theophr. H. pl. VIII, 1, l ; Dioscor. De mat. med. II, 120, dont la description répond mieux à celle du millet commun, d'où l’opinion des auteurs modernes depuis Fuchs jusqu’à Fée; il se peut que Dioscoride ait décrit un sorgho africain d’Égypte sous l’un des trois noms que Théophraste avait donnés aux millets de Grèce. — 22 Cato, De ag. cuit. VJ, 1 ; Colum. II. rust. II, 9. t7. — 23 Le s. italica de Palisot de Beauvois est le p. italicum de Linné et le Welsche Uirsen des Allemands; cf. Lenz, Botanikd. ait. Gr. und Itôm. p. 232. M. Olck croit pouvoir identifier l’eXunos avec le Kolbenhirse (p. italicum , L.) mais il fait de jju)uvV| un synonyme de x«yv?0; sous prétexte que les Albanais donnent à cette espèce le nom de Mélj. Langkavel considérait déjà ce mot comme pélasgique ; mais il vient probablement de l’italien mejo ou du vénitien mei pour miglio. En tout cas, l’opiniou nouvelle de M. Olck (Pauly-Wissowa R. Encycl. s. v. Ackerbau, 262) ne fera que compliquer la question à cause du èXû|i.ou, 8» *o\ [AeXi'vïjv (ou [AeVuV, dans le ms. de Cambridge de la fin du xv° s.) ovojAâÇou ffiv d’Oribase (Coll. med. 1, 15). — 24- Artemidor. I, 68. — 23 IV, 74 et 75 ; Hesych. s. u. — 26 Pausan. VI, 26, 6. — 27 (j, Perrot, Le com. des céréales (Revue hist., 1877). — 28 Herodot. III, 0. Pour l’exportation en Scythie; cf. Curtius, Hist. grecq. 1880, 1, p. 523. — 29 J. Marquardt, Vie privée des Rom. trad. fr. p. 81 sq — 30 En 1903 , la Grèce importa pour 34 millions de céréales el exporta pour 43 millions de raisius, vins et eaux-de-vie (Almanach de Gotha , 1906;. — 3i lliad. VI, 194. — 32 Uiad. IX. 534; XVII, 57, 561,566; Odyss. VII, 122; XI, 193; XXIV, 221 ; cf. Scliol. ad Odys. 1, 193; Euslath. 772, 29; 1410, 11. — 33 Diod. Sic. 111, 63. — 34 plin. H. nat. VII, 57, 8. — 35 Herodot. VIII, 55. 36 — lliad. XVIII, 561 ; cf. Hesiod. Scut. 400. — 37 Cf. Virgil. Georg. II, 176-257; Plin. H. nat. XVII, 3. Le même plan se retrouve dans Théophraste et les Géoponiques .

RUS

RUS

bornes, ô'poç [terminus], dont le déplacement, donna lieu parfois à des actes criminels1 mais ne servit, souvent, qu’à exercer la verve des satiriques2. Quant au terrain, il est censé ne subir aucune dépréciation si le fermier fait ses deux soles égales et laisse l’une en jachère.

Les plantations, qui doublent la valeur du fonds3, sont sujettes à maintes causes de destruction et les contrats renferment toujours de nombreuses clauses relatives à leur conservation et à leur entretien et à leur accroissement.

1° Clôtures (epxoç). — Le premier devoir de l’arboriculteur est de préserver ses plants de la voracité des animaux sauvages toujours si nombreux en Grèce4 à cause des hautes montagnes et des lieux escarpés et incultes5.

Les pauvres se contentaient d’une haie de ronces6; mais déjà à 1 époque homérique, on clôturait les vergers de murs en pierres sèches 7 et une loi de Solon réglemente la construction de ces enceintes8.

2° Connaissance du sol. — Un contrat d’Héraclée prescrit au fermier de planter, au moins, quatre pieds d olivier, par schène « si le preneur conteste que la terre puisse porter des oliviers, les polianomes en fonction, s’adjoignant ceux des citoyens qu’ils voudront, procéderont à une expertise sous serment et feront leur rapport à l’assemblée du peuple, après avoir comparé la nature du sol à celle des propriétés voisines 9 ». C’est le procédé du marin indiqué par Xénophon10.

3° Binage (axocTtâvrç) — La terre des plantations doit être travaillée pour empêcher qu’elle ne soit trop compacte, pour l’aérer et pour détruire les mauvaises herbes12. Si les arbres sont espacés, on donne deux ou trois labours avec l’araire; mais le plus souvent, on se contente de plusieurs binages avec la houe fourchue, obce/Xa 13, qui n’endommage pas les racines superficielles. Le contrat d Amorgos stipule que les figuiers seront travaillés au moins une fois l’an, et les vignes deux fois, aux mois d anthesterion et d’apatourion14.

4° Irrigation (uopeta) 1S. — L’irrigation des arbres à fruits est d autant plus nécessaire que le sol est moins profond, qu’il se compose soit de calcaire, soit d’argile compacte 1G. Les céréales, accomplissant la majeure partie de leur existence pendant la saison humide de l’hiver, jaunissent dès que la saison sèche survient, mais alors on les moissonne. Il ne peut en être ainsi pour les fruits qui ont besoin d’une plus grande somme de chaleur et ne mûrissent qu’à la fin de l’été. Quand le sol ne con¬

serve point d’humidité suffisante à la vie de la plante durant la canicule, les feuilles se flétrissent et tombent, et alors se produit ce phénomène que les anciens symbolistes représentaient parla mort d’ Adonis et les autres mythes du soleil dévorant.

L’irrigation des arbres se pratiquait déjà à l’époque homérique 1 , et l’une des plus anciennes lois de Gortyne réglemente les prises d’eau que les cultivateurs pouvaient faire dans le Lethaeon18. Les baux contiennent des clauses relatives aux cuvettes que l’on doit entretenir aux pieds des arbres et aux rigoles traversant les terrains 1S. Un contrat d’Iiéraclée de Lucanie défend de les approfondir, de les saigner, de les couper par des barrages, soit pour accumuler les eaux, soitpour les dériver20.

5° Engrais (xÔ7rpa>(riç) 21 . — C’est à propos de la culture des arbres que les Grecs ont étudié les différentes catégories d’engrais22. En principe, chaque espèce d’arbre devait recevoir un engrais particulier et spécial ; mais, le plus souvent, les contrats stipulent la quantité et non la qualité du copros à répandre dans les cuvettes au moment de l’irrigation.

Elagage (à.tfixifsuiq twv àûtov)23. — Cette opération donnait lieu à de fréquentes contestations entre propriétaires et fermiers car le bois de chauffage a toujours été très cher en Grèce : une ànée se vendait deux drachmes à Athènes au temps de Démosthène 24 et l’on comprend que les fermiers, à la fin du bail, aient été enclins à faire quelques coupes sombres pour augmenter leurs revenus. Le contrat du Pirée, dressé en l’an 321-320, défend au fermier d emporter, hors du domaine du Théseion, ni boues, ni terre, ni bois25; le bail d’Aixoné dit que le bois, provenant de la taille des arbres ou des coupes, sera mis en adjudication par les bailleurs 26. En Lucanie, les preneurs ne devaient ni couper, ni brûler, ni vendre les bois vifs ; mais on les autorise à prendre autant de bois qu’ils voudront, dans les taillis, pour échalasser les vignes2'. En Crète, on autorise la coupe des arbres épineux et des branches mortes28. Enfin, à Chio, on permet de couper du boisjusqu’à concurrence, en poids, de 30 talents par an 29.

/° Plantations (tj tcüv oévopwv ©uxeta)30. — Tous les baux obligent les fermiers à remplacer, sous peine d’indemnité pécuniaire, chaque arbre fruitier qui manquera. Parfois, on concédait gratuitement un fonds à condition que le preneur planterait un certain nombre d’arbres 3‘. Toutes ces plantations étaient réglementées par la loi 32 ; dans 1 Attique, on ne pouvait planter à moins de 2 pieds

Une. IX, 17. 2 Theophr. Charact. 10. - 3 Isae. IX, 15. - 4 Sangliers nmd. IX, 541 ; Anth. pal. VI, 168 ; cerfs : Aesop. 65 ; renards : Aesop. 156 ; héris sons . Anth. pal. VI, 45 et 169 ; lièvres : lb. VI, 72; cf. Virgil. Georg. II, 371 sci 0 a brèce, donl la superficie est moindre de 64 000 kil. carrés, a 35 mon

Xvnf 337 n6 T,0 "f"" d,altitude- - G Anth- 'S, 414. - 7 Odyss X I I, 3,7-361. Un bail athénien exige du fermier qu'il clôture le terrain et qu i

LV ieiTtS30eTH00 T,"" d'°'iV,er (C’ ^ IV’ 53 «• >■ 30 ^ «f- Demosth

T. j. .. Thuc5’d- h 406 ; dans le contrat de Zeus Tem. les murs de clôture «U doivent être tenus clos et remis clos; Homolle, Bul. cor. hell. 1892 10 n ~ vîrL ’ *’ ,3- - 9 D^te-Haussoullier, W. jurid. p. 205

rïïï b

78 B- / C0’'' hel XVI’ p- -78- - 15 Theophr. H. pl. Il, 7; Plat. Tim. p. 77 D

9 5 ’ if ’.P‘ !'jl C Le sy,ïonyme SSpuims se trouve dans Theophr. H. pl. III où les Dluie,lrrift,0n b V'gne5 SC Pratique encol'e près de Sion, d™* le Valais 2' rare8dU J'uillet 15 «pl- «f où la température monte jus

et ua J k 7** de va noue! le

quatre senmh e commence a ''a>’icr; l’irrigation doit être terminée trois ou

pour lui tn e T311 d "" 1 ^ ^ a son patron

P compte de ses plantations de vignes et d’oliviers et pour se plaindre

du manque d'eau; J. Mahaffy, On the Fl. Petrie Papyri ( Mém . de VAc. roy. d' Irlande, 1891, VIII), 29. 17 lliad. XXI, 257 sq. i'f/iTr creuse des rigoles avec

un hoyau, i»AxeXXtt, pour conduire l'eau d'une fontaine jusqu'aux arbres de sou jardin. Dans XVII, 53, un jeune Troyen est comparé à un olivier bien feuillu, planté près d’une source abondante; cf. Theogn. 479 sq. - 18 R. Dareste, Une inscr. de Gortyne (R. des ét. gr. 1888, I, p. 86). Les conduites ou prises d’eau sont nommées ’foi. — 19 Dareste-Haussoullier, Inscr. juridiq. VII, 52, 56 ; XIII bis, 1. 44. Le contrat d'Érétrie {lb. IX) fournit tous les ternies techniques letffot, Sigajti...,

5uov6|x«,?, «if«. - 20 Inscr. jurid. XII, I, I. 130. Le contrat d'Amorgos oblige le fermier à curer les fossés tous les ans au mois d'heraeon {Bul. cor. hel. XVI, p. 278) : un autre bail impose au preneur l'obligation de creuser les rigoles et les’ cuvettes nécessaires aux oliviers, figuiers et autres arbres : TA; Si jx.l«, «à, T* «;

t« AXX« SevSça [inscr. jurid. p. 211). - 21 Theophr. U. pl. II, 7. — 22 /b. où Théophraste donne la classification classique de Chartodras. — 23 Theoph. ü.pl. II, 7. —24 XLII, 7. — 25 Inscr. jurid. p. 23 7. — 26 C. ins. at. II, 1055, 1. 32-47.

- 27 Contr. d’Héracl. {Inscr. jurid. p. 207). —28 R. Haussoullier (Bul. cor. hel. 1885, p. 9). 29 lb. III, p. 242 sq. R 16 et S). 30 Xenopli. Oecon. XIX, 1.

— 31 Ces plantations se faisaient souvent sous le contrôle et suivant les indications des bailleurs : it«P6vruv XS» vtoitoiüv (contr. de Zeus Témén. 1. 31 ; cf. I. 115 sq. d un contr. d’Héraclée, C. i.gr. 5774). - 32 Plat. Leg. VIII (p. 112, I. 36 sq. éd. D'idot).

RUS

RUS

d’une construction voisine; quand il n’y avait pas de construction, la distance était de 5 pieds pour les vignes, les amandiers, etc., et de 9 pieds pour les figuiers et les oliviers1. Les trous, pô6p&;, où l’on plaçait les boutures, rejetons, etc., xi <puxi xXtôgsva, avaient généralement 1 pied et demi de profondeur, sur 2 à 2 pieds et demi de longueur et de largeur2; on remplissait avec la terre foulée et on ajoutait du copros de cheval3.

Pour les figuiers, grenadiers, pommiers et poiriers, on plantait des arbres sauvages déracinés dans les forêts et on les greffait 4.

8° Espèces cultivées. — Les principales sont après l'olivier [oleum’J, que l’on cultive encore sur Ifi7 000 hectares et la vigne [vinum], qui en occupe 123 739 : soit plus du tiers de toutes les terres cultivées dans le royaume :

Le figuier (<juxy|)5. — Cette plante paraît indigène en Grèce et sur tout le littoral de la Méditerranée orientale ; en tout cas, elle y est si bien acclimatée qu’on la retrouve à l’état spontané dans la plupart des fissures de rochers ou de vieilles murailles. Déjà, Y Iliade mentionne un de ces figuiers sauvages, âptvsôç 6, près de l’une des portes de Troie7. Hehn affirme que le figuier cultivé ne provient pas de ces figuiers sauvages8, mais comme le dit Alph. de Candolle, « tous les botanistes sont d’une opinion contraire9 ». La culture du figuier est antérieure, en Grèce, au vme siècle, et bien avant Archiloque, YOdgssée parle des figues douces, auxÉr) yXuxspv), du jardin d’Alcinoos10. Suivant une tradition rapportée par Pausanias, le figuier aurait été donné par Déméter au héros Phyttalos11 et un faubourg d’Athènes se nommait 'hpà <tux-7| 12.

Le figuier, qui est encore cultivé en Grèce sur 6 348 hectares13, était l’une des principales et des plus anciennes cultures de l’Attique. 11 y prospère bien, grâce à ses longues racines ; les feuilles ne tombent qu’en décembre, où la température moyenne est de +9°, 95; mais les gelées blanches détruisent, presque tous les ans, ses premiers bourgeons14. Par suite de la sécheresse du sol, la plupart des races cultivées sont devenues bifères et produisent des figues-fieurs en juin et des figues ordinaires en septembre ; ce sont ces dernières qu’on fait sécher. En Laconie, où l’on arrosait les figuiers durant tout l’été15, on pouvait récolter des fruits pendant quatre ou cinq mois de l’année. Les races et les variétés de figuiers se différencient par la couleur et la forme du fruit et par l’époque de la maturité. Théophraste mentionne les suivantes : <juxÿi p-IXaiva16, '-q XeuxVj *7, -f] Xaxcovtxvj 18, X| XEuxogiaXio? 19, q Bttpopo; 20, 7) auxcqxivoç 21 .

i Plut. Solon. 23; cf. Digest. X, 1, U. — 2 Xen. Oecon. XIX. — 3 Theophr. Caus. pl. III, 6, 2 ; 9, 2. — * Theophr, H. pl. IV, 14, 4; C. pi. I, 6, 8. — 1> Theophr.

H pl I 6, 11. C ]b. I, 14, 4. — 7 VI, 433 ; XI, 107 ; XXI, 35 ; XXU, 145 ;

cf. Odyss. XII, 103. Dans Pile d'Audros, cos figuiers sauvages se nomment encore ôpvol, et leurs fruils 7ù0.v au lieu de oÂuvBoi (Lettre du diacre Jacq., sur le dial. d'Andros, Ann. des ét. grecq. 1871. p. 140, 142 el 145). — » Kulturpflanzen (3* éd.), p. 513. — 9 Oriq. des pl. cuit. p.23G. - ><* VII, 110. — H I, 37. Diodorc attribue au Ilacchus Indien l'invention de la culture du figuier, III, 02. — ü Pliilostr. Vit. soph. II, 20; cf. P. Foucart, Les gr. myst. d'Éleusis, p. 23. .— 13 Le figuier est cultivé principalement daus les districts de Messène et de Calames, puis dans ceux d'Andros, de Carystie, de Tinos, de Pjdie, etc. — 1* Plutarcli, Demetr. 12. — H> Theoplir. H. pl II, 7, 1 ; un contrat d'Héradée de Lucanie prescrit d’iriiguer les figu ers { lnscr . jurid. p. 21 1). 10 //. pl. il, 3,7- — 76. — 10 De caus. pl. V, 1,8. — 1<J b. — 20 lb. 6. — 21 U. pl.

| 9 7, 22 JJ. anim. V, 20, 4; cf. Theoplir. H. pl. II, 8, 1 ; Plin. U. nat. XVII,

44’ XV 19 et 21. De toutes les descriptions modernes, la plus exacte est celle de Tournefort ( Voy. au Laçant, 1, p. 338). Ses figues fomitès, cratilirès et orni sont les trois fruits successifs du figuier sauvage dont parle Pline : ln Cea insula caprifici triferae sunt (XVI, 50). —83 Amaenit. Acad. I, p. 227 ; Gener. pl. p. 770. La fleur du figuier n'est bien connue que depuis les travaux de H. Bâillon.

Toutes ces variétés appartiennent à la même race et ne peuvent donner de figues comestibles que par la caprification, èptva<7goÇi méthode singulière consistant à rendre les figues cultivées aussi véreuses que les figues sauvages. Aristote, qui a longuement décrit le procédé employé par les paysans grecs22, prétend que cette opération a pour but d’empêcher les fruits de tomber avant la maturité, mais il confond les fruits (akènes), avec le sac charnu qui les enveloppe. Quant aux explications modernes, elles sont, pour la plupart, basées sur une erreur de Linné23. Ce qui est certain, c’est que les races de figuiers, importées d’Italie ou de France en Grèce, n’ont pas besoin d’être capritiées pour donner d’excellents fruits 24.

Le grenadier , poa,. poivj, moir] [cibaria, p. 1152], — Cet arbre, qui ne craint ni la chaleur, ni la sécheresse25, s’était si bien naturalisé en Grèce qu’il y formait plusieurs espèces ou variétés26. On multiplie le grenadier par marcottage ou par greffe sur sauvageon. Démoerite conseillait de le planter auprès des myrtes pour qu’il produise plus de fruits 27 ; Théophraste prétend que le fumier de porc adoucit lapreté de la grenade et la rend plus sucrée28. La récolte des fruits se fait en aoûtseptembre, avant la complète maturité.

L'amandier (àg.uyoaX£â, àpuiyôaXq) 29. — C’est le moins important des arbres de grande culture. On ne le trouve en Grèce que sur une superficie de 394 hectares et les anciens auteurs ne le mentionnentque rarement30. On le trouve cependant à l’état sauvage en Grèce 31 et en Sicile32, et les Romains appelaient l’amande, nux graeca 83. Les meilleures venaient deNaxos, de Thasos ét de Tarenle où l’on cultivait nos deux sortes commerciales : la coque tendre, fragili putamine , et la coque dure, dura putamine 34 .

Le poirier {h uoç)35. — Le poirier sauvage, ày poç 36, se trouve dans les montagnes boisées du Nord de la Grèce. Ses fruits ne servaient qu’à exciter la soif des buveurs 31.

L 'Odyssée mentionne quelques poiriers, oy /yr\ 3S, cultivés dans les jardins d’Alcinoos et de Laërte ; le fait est possible dans les îles Ioniennes, surtout à Corfou, où se trouvaient les Phéaciens 39 ; mais dans les autres contrées de la Grèce, la culture du poirier est aléatoire et ne donne que des résultats médiocres : le sol est trop calcaire, le climat trop chaud et l’air trop sec pour qu’on puisse espérer des poires de couteau. Les fruits obtenus, de nos jours, en Thessalie, en Ëpire et en Macédoine, ne peuvent se comparer qu’à notre poire d’Angleterre et ne sont bonnes que cuites [cibaria, p. 1131],

— 24 Délia Rocca, Traité compt. sur les abeilles , Paris, 1790, I, p. 240.

— 23 Geopon. X, 29. — 20 Théophraste eo mentionne cinq (U. pl. II, 2, 5 et 7;

111, to, 3). — 27 Ap. Florent. ( Geopon . X, 29). — 28 Theophr. De caus. III, U, pl. 3. — 29 Aristot. H. an. IX, 40 ; Theophr. H. pl. I, 11, 3.

— 30 Eupolis, Phrynich. etc. ap. Athen. Il, p. 52, 53, fragm. 2 (éd. Didol.

fragm. com. p. 187. — 31 Holdreich, Nutzpfl. Griechenland, p. 07. — 32 Gus-

soue, Synops. flor. Sicul. I, p. 55 2. - 33 Colum. R. rust. V, 10, 12; cf.

Plin. XV. 24, 4 : Haec arbor an fucrit in ltalia Catonis aetate dubitatur.

— 34 Phrynich. L. c.\ Philones. Ibid. ; Plin. XV, 24, 5. — 35 Theophr. H. pl. U, 5,0; Athen. XIV, 03; Galen. Al. fac. 11,24 qui dit que dans son pays les grandes poires se nommeut ménates (p. 003, éd. Kuhn). L'an oîvo; de Dioscorid. (De II. med. V, 32) est notre poiré. — 36 Theoplir. H. pl. I, 14, 4. Les poêles Sophocl. lied. col. 1590; Théo ir. XIX, 90 (éd. Ahrens); Alkai ( Anth . pal. VII, 530) 3; Phereckr. (Bekker, Anecd. graec. p. 373, 25), emploient la forme homérique (i Odyss . XIV. 10i â/soSo;, d'où vient probablemenl le nom du dème altique ’AytySoù;; Steph. Byz. Bekker, O. c. I, 348. — 37 Anth. pal. VI; 228, 232, 0. L’anecdote de Tlirasybule (Aristoph. Écoles. 355| montre que ces poires grecques ont, comme nos saugers, des poires de voleur ; elles prennent les gens à la gorge. — 38 Odyss. VU, us, |20; XXIV, 339. — 39 Thucyd. I, 23; V. Bérard, Les Phénic. et l'Odyssée, I, p. 345.

Page 1