‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 38 sur 137 · MUS · texte numérisé non relu

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Pommier (\u\kkct) — On trouve beaucoup de pommiers sauvages dans toutes les forêts des montagnes et des vallées du Nord de l’Asie Mineure. La culture a permis d’obtenir des fruits remarquables dans la vallée de l’Iris, près d’Amasia, ainsi qu’en Galatie. En Grèce, on ne peut cultiver ces arbres à cause du grand nombre d’insectes et de la sécheresse du terrain et de l’air; le pommier pousse très bien sur les calcaires, mais ses racines traçantes, et qui ne s’enfoncent jamais profondément dans le sol, ne résistent pas aux chaleurs de l’été. On a même prétendu que le des jardins d’Alci-

noos 2 ne pouvait être un pommier3; c’est confondre le climat de Corfou, où l’humidité relative moyenne ne descend jamais au-dessous de 68°6, avec celui d’Athènes où elle tombe à 40°3 et même à 32°4 dans les après-midi d’août

Cognassier (jarjAea -/) xuocüvtoç)0. — Cet arbre ne pousse pas très bien dans les calcaires brûlés par le soleil et dans les terres trop argileuses. Bien qu’on le trouve à l’état sauvage dans les forêts du Pinde et en Asie Mineure, son centre principal de culture fut, en Crète, dans les environs de La Canée (Kydonia) [cibaria, p. 1151],

La plupart des autres fruits dont parlent les auteurs peuvent être considérés, même les noix et les châtaignes, comme des fruits sauvages, âyptot xap^ot, que l’on allait cueillir dans les bois 6. Pour ces fruits et ceux de quelques autres arbres, nous renvoyons à l’article cibaria. Rosier (pôSov) [hortus, p. 292].

L’étude des arbres, dont le bois sert à la construction ou au chautTage [ligna], formait un art spécial nommé ûXoT&|j.ta, qu’Aristote compare à l’exploitation des mines et place en dehors des sciences agronomiques b III. Zootechnie. — La x éyyr\ 7rpoë<xTeim)oj était considérée par Aristote comme partie essentielle de l’agriculture (auv/jTiTat Tvj ysaipyta) ; il compare même les troupeaux à un champ vivant cultivé par les bergers8. La figure est d autant plus exacte que l’élevage est toujours corrélatif de l’agriculture et que ces deux arts ne peuvent se développer que parallèlement. Les champs ne produisent qu’avec du fumier; les animaux ne prospèrent que si on a de quoi les nourrir et les abriter pendant la mauvaise saison. Les Grecs, ayant négligé l’agriculture, yecupyt'a 4/iXr,, pour planter des oliviers et de la vigne, furent^ de plus en plus, contraints de reléguer les bestiaux dans les forêts ou les montagnes; les vaches n’ayant plus de lait furent remplacées par des chèvres. Et, cependant, les anciennes traditions recueillies par Aristote et son disciple Dicéarque9 montrent que primitivement les Grecs étaient un peuple de pasteurs, ce qui n’implique nullement le

> Theophr. H. pl. III, 3, I. 2 Odyss. VII, 115, 120. - 3 K. Koch, Die Baiime u. Strauch. d. ait. Griech. 1884, 180-185 ; cf. Hesych. s. ». — 4 Celle humidité relative est due au Zéphire {Odyss. VII, 119), vent d'ouest qui vient

de I Adriatique et qui n'est agréable que sur le versant occidental de la Grèce;

sur le versant oriental il a tous les caractères du mistral. — 5 Theophr. H.pl. Il, 2, 5; (V, 8, 11. — 0 Plutarc.i. De vit. pud. 1. — ^ Polit. I, 4, 2

— 8 Pol. I, 3, 4. — 9 Varr. R. rust. I, 2; cf. Ilesiod. Op. et d. 145.

0 « La migration périodique et régulière en vue des nécessités de l’industrie pastotale, u Aug. Bernard et N. Lacroix, L'évolution du Nomadisme en Algérie , aris iJU7, p. 3. U est 1 élat, dont Renan a (racé le tableau dans sou Hist. du peuple d Israël, I, p. 13-25, et qui est inapplicable à l'élevage du bœuf; les moulons et les chèvres peuvent seuls faire ces longs voyages. - U Curtius, Hist. grecq. Paris, t880, I, p. 175. — 12 Odyss. XIV, 103-104; XXIV, 150. — 13 mad.

, 3n ’ Odyss. X, 410; XV, 235, Le meilleur exemple se trouve dans la phrase ustote commençant par poiR i et finissant par u,, 6»jv, De an. hist. VI, 21,

- — i> Aristot. An. H. III, 10. — 13 Les vallées d’Auge, d’Arques, etc. Actuellement, la plupart des éleveurs, bouviers et bouchers de l'Orient sont Épiroles. - 13 Aristot. ro) . XXV , 2. n Dans une seule razzia, les Pyliens enlèvent aux Elécns cinquante

nomadisme tel qu’on le définit maintenant et que le pratiquent certaines tribus arabes 10. A l’époque homérique, les troupeaux constituaient encore la principale richesse et servaient de mesure constante pour les échanges: « C est principalement en bœufs et en moulons que l’on évalue les présents, les dotations, la rançon des captifs, le prix des esclaves 11 . » Mais, déjà, s’était établie la coutume d envoyer paître les bestiaux, loin des terres cultivées, sur les montagnes, dans les bois qui forment les confins, ri etr/ava 12, de tout /<5poç grec.

Bœuf. — Boüç est le nom commun à tous les animaux de 1 espèce bovine 13 ; plus tard, on l appliqua plus spécialement aux mâles que l’on châtrait pour dompter leur caractère et les soumettre au joug.

Les bœufs ne peuvent, comme les moutons, brouter 1 herbe rez terre , il faut qu elle soit haute et fournie comme celle des prairies humides. L’élevage n’est donc possible que dans certains pays que l’on ne trouve, en Grèce, que sur le versant occidental où souffle le véritable Zéphire : 1° l’Épire u, dont la constitution offre quelque analogie avec plusieurs vallées normandes15; 2° 1 Acarnanie, avec ses terres alluvionnaires, noxa.- [xd/tucTToç yûçux , à l’embouchure de l’Achéloos où se produisaient ces bruits qui mettaient les vaches en rut16; 3“ les plaines basses de l’Ëlide11, où paissaient les troupeaux d’Augias ls. Sur le versant oriental, il n’y a guère que la Phtiotide, formée par la vallée du Sperchéios 19, et la plaine de Krannon, en Thessalie, arrosée par les nombreuses sources de Hassan-Tatar 20. Dans le Péloponnèse, outre l’Ëlide, on doit citer la Messénie, « sillonnée de cours d’eau et favorable aux bœufs et aux moutons 21 », qui semble être restée un centre important d’élevage.

A l’époque homérique, le déboisement n’était pas encore considérable et on pouvait nourrir des bœufs dans beaucoup de petites vallées secondaires; la plupart des chefs achéens avaient de nombreux troupeaux de bovidés; l’étymologie du mot hécatombe indique la véritable portée de l’épithète TnAugoÛTTji;22.

Les chevaux étaient rares 23 et réservés pour les chars des chefs militaires ; le bœuf servait donc aux transports des objets et des personnes 2\ aux travaux agricoles, à la nourriture, ainsi qu’aux cérémonies du culte : c’est la plus importante victime de la rpi'i-roiot p0tia p/o«26.

On élevait les bœufs loin de toute habitation; on ne v oit jamais leurs troupeaux dans la cour, aùAvj , de la ferme, où sont les oies26 et où viennent parfois les moutons; ils demeuraient dans de grands parcs, xoirpbç27, qui ne devaient pas diflérer beaucoup du pojirra9p.cv de l’époque

l'vaux uc utruis, Lie ureuis,

ue cucvres, i.cui tiinjuaine cavales sans compter les poulains -lliad. XI, 671-681; autre razzia (Xenoph. Hell. IIL 2). « Le pillage de l'Elide des bestiaux Rit une sorte d'approvisionnement pour tout le Péloponnèse. „ - 18 Theocr. XXV (incertor. IX éd. Ahrens, Bucolic. grâce relu,.). - 1» Le vers du Philoctète d'Eschyle cité par Aristophane dans les Gre nouilles, 1383. Pour la description actuelle de la plaine de Lamia . et de ses rnagui tiques prairies remplies de bétail et de chevaux .. : cf. B. Ilaussoutlier Guide douane en Grèce, 11, p. 47. - 20 Theocr. XVI, 38 et Schol. Theocr. Ad l ’ ■ Callin, Hymn. IV, 138. -21 Eurip. ap. Strab. VIII, p. 360. Au nord de la Messénie, on peut’ encore ment.onner les pâturages du Thermodon et de l'Asope (Bacis ap

** lli0dA ',X' 15i' IP**-»- Jonne à sa femme cent bœufs (l/iad XI 944 Ulysse possédé douze troupeaux de bœufs qui paissent eu Épire -* Da"S e p,llase de rElide Pa'- les Py'ieus, les cent cinquante cavales et leurs poulains ont plus d'importance que les cinquante troupeaux de bestiaux; lliad. XI, 671-681 - 21 llerodot. L 31. - 26 Fr. Lenormant, Recherches à Eleusis, p. 81 — 26 Odyss X\, 101. - 27 Avec l'accent sur la dernière syllable (Eustath. p. 1165, là; 1663, 3.3) pour le distinguer de son homonyme xditço;, fumier d'où il dérive- lliad XVHl’ 574; Odyss. X, 411 ; cf. Callim. H. in Dian. 177.

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classique 1 ou du voustasion actuel2. Le'Jour, les veaux restent dans le kopi'os, mais les vaches et les taureaux, conduits par un vieux bœuf, ^ouç Tjyejjuov, tjocdç 3, se dirigent vers le fond de la vallée, si on est en hiver ou au printemps, pour paître près de la rivière, du ruisseau ; mais en été, ils vont dans les bois ou les forêts * des coteaux pour y manger, non pas l'herbe, mais les feuilles des arbustes 5 si nombreux dans la flore grecque. Vers le soir, le troupeau revient au kopros et l’on assiste à la scène si exacte de l 'Odyssée : les petits veaux, affamés depuis le matin, se précipitent en beuglant contre les clôtures alors que les vaches s’élancent en courant pour rentrer plus vite6. Ce système d’élevage s’est continué jusqu’à nous; Xénophon remarque que tous les bestiaux vivent en plein air1; mais, par suite du déboisement, dont Platon décrit si bien les effets désastreux8, beaucoup de collines et de montagnes se dénudèrent et les bestiaux ne trouvèrent plus, en été, qu’une nourriture insuflisante. Théocrite parle d’une vache précipitée d’un rocher où elle essayait de manger des feuilles d’arbousier9. N’ayant presque rien à brouter pendant la saison chaude, ces bêtes ont à peine de lait pour nourrir leurs petits qui pâtissent. Mais cet inconvénient est moins grave que si on les faisait vêler en hiver, seule saison où l’herbe est abondante ; les veaux, couchant en plein air, ne pourraient résister aux frimas. Aristote conseille donc de faire les accouplements dans les mois de thargélion et de skirophorion 10 pour qu’elles puissent vêler dix mois après “, c’est-à-dire au printemps.

Chez nous, beaucoup de petits cultivateurs ont une ou plusieurs vaches qu’ils nourrissent le mieux possible pour avoir du lait en abondance. Il n’en fut jamais ainsi en Orient où la vache a moins de lait que nos juments i2. Les vaches sont des animaux de reproduction, et rien de plus. Elles appartiennent à des éleveurs qui ne cultivent pas et sont contraints d’acheter de la paille ou de l’orge pour empêcher les bêtes de mourir de faim quand la sécheresse est trop grande ou la terre couverte de neige.

Ces bouviers ou vachers, po-jxdXoç 13, et leurs valets u forment un ordre à part parmi les pasteurs; comme les toréadors modernes, dont ils ont la morgue et les caprices 18, ils ne veulent pas être comparés à des bergers, à des chevriers 16 ; ils n’offrent, que rarement, leurs vœux au dieu Pan et n'adorent qu’Apollon et les Muses 1 ‘ .

Leur principal profit provient de la vente des bœufs destinés à traîner les charrues ou les voitures. Hésiode conseille avec raison d’acheter un bœuf de neuf ans18 ; c’est alors seulement qu’ils ont le plus de force et. qu’ils

1 pollux, I, 249; Euripide. (Helen. 29; Ipliiq. Aul. 75) place les ?o.;7't«8p« dans l'Ida. — 2 Ce sont des parcs dont les clôtures faites de branchages et d’épines sont très hautes (3 mètres au moins) pour empêcher les fauves do pénétrer. Le sol, ou lit, se compose de toutes les bouses, mt oç, accumulées depuis la construction du parc, et qui, constamment piélinées par le troupeau, forme une masse compacte beaucoup plus chaude que le sol naturel; c'est même pour cela que les bouviers s'opposent à ce qu'on enlève ce fumier qui atteint parfois une épaisseur de un mètre sur 20 à 30 arcs de superficie. On peut juger par là de ce qu'étaient, non pas les écuries, mais les parcs des troupeau* d'Augias. — 3 Aristot. De anim. H. VI, 21 ; Xenopli. Dell. VI, 4, 29; cf Boeckh, C. i. I. I, 805, 32. — 4 U'où le proverbe cité par Théocrite (XIV, 43) ?£?iïel TaSçof ivûXav ; cf. Idyl. Vil, 91. Daphnis offre à la jeune fille tout son troupeau de bœufs, tous ses bois et ses prés (Ahrens, O. c. incerl. VII, 32. — » Varr. De r. rust. II, 5. - 6 Odyss. X, 410. — 7 Oecon. VII, 19. — 8 Critian, p. 253 (éd.

Ifidot). 9 IX, 11. — 1 «Dean. h. VI, 21 , 6. — H Ib. — 12 « D'un troupeau de cent

vaches on ne tire pas un litre de lait. . C. de Raymond, L'élevage en Turquie (Bull, de la ch. de comm franc, de Constantinople. 1898, p. 63) ; cf. la réponse de Corydon, Theocr. IV, 4. — « Horodoc. I, HO; Aeschyl. Prometh. 677 ; Sopli. Trachin. 1092; Xenopli. Inst. Cyr. I, I, 2. Pour les deux ctjmologics proposées par les anciens.

égalent en vigueur un taureau de cinq ans19. Plus jeunes, les bœufs d’Orient ne rendent guère de services20. Cela tient moins aux privations subies par les veaux qu’à des accouplements trop précoces21, toujours inévitables dans ces parcs où les taurillons ne sont châtrés qu’à trois ans. Les Épirotes l’avaient si bien compris que, pour maintenir les belles qualités de leur race bovine22, ils séparaient soigneusement les sexes ; la vache restait à7toTaupoç jusqu’à neuf ans 23.

Les Grecs choisissent, parmi les taurillons de trois ans, les plus belles bêtes pour les émasculer et les vendre aux cultivateurs. La destinée du bœuf est alors celle de nos chevaux : ils travaillent tout le jour; le soir, on les abrite dans une étable, véritable hangar où on leur donne une ration de paille hachée et trois à cinq litres d’orge. Ces bêtes sont conservées jusqu’à l’âge le plus avancé et quand elles n’ont plus la force de tirer la charrue, on les engraisse pour les livrer au bouclier24. Aristote indique deux moyens d’engraisser les vieux bœufs: 1° donner des fèves concassées, de la vesce noire, des feuilles de fève, de l’orge pilée, des figues, du vin, etc. ; 2° inciser la peau de l’animal et insuffler de l’air dans le tissu cellulaire sous-cutané28.

Cependant les anciens rites prescrivaient le sacrifice d’animaux moins âgés que ces bœufs de labour. Les administrateurs des temples devaient se procurer tous les ans un certain nombre de génisses ou de jeunes taureaux. Dans quelques villes, on organisait, à ce propos, de véritables concours et l’on n’achetait que les bêtes primées26. Autre part, les temples possédaient d’immenses troupeaux; Diodore mentionne les trois mille bœufs sacrés d’Engyon en Sicile 27.

Chevaux , ânes, mulets. — L’élevage de ces animaux se pratique, en Orient, comme l’élevage du bœuf. Mais on parait avoir pris plus de soin dans le choix des reproducteurs26 [EQUUS, ASINUS, MULUS'j.

Mouton (&!;)• ~~ Les Grecs avaient deux races principales de moutons : 1° Les grosses queues, ai TrXa-nixepxot 29, que l’on nomme moutons de Caramanie parce qu’ils paraissent originaires de la côte sud de l’Asie Mineure. Ils sont caractérisés par une sorte de tumeur graisseuse qui envahit tout l’appendice caudal et atteint, parfois, le poids de 10 kilos. Ce suif remplace le beurre dans toute l’Anatolie et une grande partie de l’Europe orientale. Ces moutons sont très grands, ils résistent mieux au froid que ceux des autres races 30 et leur laine est la plus longue que j’ai vue. 2° Les moutons communs du Levant, qu’AristoLe nomme ai gaxpoxEpxoi (fig. 5976) et dont 1 un

cf. Euslath. p. 1817, 53 et Etym. m. p. 208, II. — U lliad. XVIII, 580 ; cf. J. -H. (j ail. Idylles de Théocrite (ou VI) I, p. 0 du dise, prélim. - 15 Theocr. XX et XXVII ou incert. II et VU d'Ahrens. — '6 Theocr. VI. 7 ; et l’ancien vers 85 de Y/d. I : supprimé parce qu’on ne l'a pas compris : « Jadis tu étais un bouvier, tu n'es plus qu'un chevricr. » - ” Gail, O. c. p. X. - 18 Op. et d. 434. - 19 Aristot. De an. h. VI, 21, 6, — 20 ,< l.e bœuf ne se développe (en Orient) qu'entre la 4e et la 5e année... ici, à trois ans, le bœuf n'ost absolument bon à rien. » C. de Raymond, O. c. p. 62. — 21 « On a vu des taureau* et des vaches s'accoupler à quatre mois. " Aristot. De un. h. VI, 21,0. Bien que le bœuf ne soit dans toute sa force qu’à ciuq ans, les Grecs les accouplaient à vingt mois, ou à deu* ans au plus tard (Aristot. O. c. VI, 21, 2), quand ils perdent leurs deutsdelait. Cette coutume existe encore dans tout le Levant. - 22 Anth. pal. VI, 255 ; Aristot. De an. h. III, 16. - 23 Aristot (). c. VIII. 7, 3. Ces vaches, après avoir vêlé, donnaient chacune une amphore et demi de lait. — 24 Comme exception, Anth. pal. VI, 228. Par reconnaissance pour. un vieux bœuf de labour, Alcon ne l'a pas conduit au billot, mais 1 a mis dans un grus pâturage.

25 j)e „n /, vill, 7, 1. Moyen encoi-e pratiqué par les maquignons sur les vieux chevaux, èt con-idéré comme frauduleux. — 20 Journ. of hell. stud. IX, p. 323 sq.

27 IV, 80. — sSThcogn. 183. — 2® Aristot. H. an. VIII, 12, 3. — 30 Aristot. De an.

h. VIII, 10, 3. La fig. 5975, d’après Lenormant et de Witle, Elite céram. pl. lxxxiii.

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des plus beaux types est notre petit mouton algérien.

Les bergeries, sTaegdç1, sont assez semblables aux potiffraSga2 , elles se composent de cabanes, xWa’, poulies bergers et de parcs, cr-r, xd; 4, ^xvSpa 5 pour les ani-

Fig. 597 ü. — Troupeau de moulons.

maux. Mais au lieu d’établir ces enclos sur les premières pentes de la vallée, on les place à flanc de coteaux, à l’abri des vents froids, et sur un terrain assez incliné pour faciliter l’écoulement des eaux. Généralement, on choisit des vallons retirés et boisés, plaira °. Les clôtures sont plus fortes et plus hautes que celles des bouveries ou des haras, car le mouton est sans défense contre les loups et les chacals, 0oj;7, si nombreux en Orient; de plus, elles sont fortement inclinées (45°) et forment un abri sous lequel toutes les bêtes peuvent se réfugier en temps de pluie ou de neige. Le parc est divisé en un certain nombre de carrés suivant l’importance du troupeau 8 ; mais il doit toujours y en avoir au moins quatre pourisoler, en temps convenable, les agneaux, les brebis, les moutons et les béliers, car les bergers prennent beaucoup plus de précautions que les bouviers contre les accouplements précoces, le froid faisant périr les mères et les agneaux. Les déjections, xdirpoç, ne sont jamais enlevées des mandras, elles forment une couche très épaisse destinée à protéger les bêtes contre l’humidité du sol ou le froid de l’hiver. Dans les contrées où l’on trouve des grottes, des cavernes accessibles, les bergers, à l’imitation de Polyphème, y abritent leurs bêtes pendant toute l'année 9.

Les moutons ne sortent jamais du parc avant 8 ou 9 heures du matin , car l’herbe couverte de rosée leur est funeste ; on ne les conduit pas dans des plaines humides où ils contracteraient la pourriture; généralement on les fait paître sur les coteaux, dans ces forêts nommées <rxïpa10, où on ne trouve plus que des essences arbustives, myrtes, arbousiers, lentisques, etc. On cultivait même, spécialement pour les moutons, un arbuste, le cytise ( medicago arborea L.), xurtaoç Cette légumineuse trifoliée, originaire de l’ile de Kythnos ou Thermia, se propagea rapidement dans toute la Grèce, car un plèthre carré planté en cytises donnait un revenu annuel de 1 000 sesterces 12. Elle passait pour augmenter

I lhad. XVIII, 589. — 2 Poilu», [, 249; 9, 16. —3 Uiad. XVIII, 589. -—4 IHad.

XVIII, 589; Odyss. IX. 219; Hesiod. Op.etd. 785 ; Plat. Resp. V,p. 460, C; Theaet. p. 174 C. — B Hesych. s. v. ; ce mot est passé dans toutes les langues du

l. evant, même dans le français. - 6 Hiad. XVIII, 588 ; sur le sens de ce mol qui signifie vallon boisé, ci. Strab. IX, 5. - 7 Theocr. I, 115; cf. P. de Tchihatchef U Bosphore et Constantinople. 1866, p. 90 sq.— 8 Theocr. XXV, 12. — 9 Herodot. IX,

93. Cf. fig. 4939. Cet usage subsiste encore. - 10 Hesych. s. ». Ces forêts ont, à pre-

m. ere vue, l'aspect de nos taillis de moins de dix ans ou dos fourrés de morts-Lois.

II Theophr. JJ. pl. I, 6, 1; cf. Colum. De r. rust. V, 12; De arbor. 28. On le nomme aujourd'hui, tj.-.uUoxW». — 12 Aristomach. Alhen. ap. Plin. H. nat. XIII,

-■ — !•> Aristot. De an. h. III, 16; Aristomaque conseillait d'en donner en «u.usion au» nourrices. - 14 Aristot. De an. h. III, 16. 15 Qribas. Coll. med.

le lait des brebis 13, tandis que la luzerne, plante du même genre, avait la réputation de le faire perdre “.

On engraissait les moutons du 21 mars au 21 juin 15 en cherchant ü les faire boire le plus possible. On commençait par les faire jeûner pendant trois jours; puis on leur donnait des concombres dans de l’eau salée, et, tous les cinq jours, on distribuait un médimne de sel pour cent bêtes 16. Parmi les curiosités de la Grèce, on citait deux ruisseaux de l’Eubée dont l’un blanchissait la laine des moutons qui s y abreuvaient et l’autre la noircissait ,1.

Chèvre (at;). Cet animal, qu’on ne trouve que dans les pays où l’agriculture est rudimentaire, a toujours été nombreux en Grèce. Il y en a encore 1 965 894 dans le royaume, alors qu’on n’y trouve pas 5000O bovidés de tout genre ,8. C’est que la chèvre fournit presque tout le lait [lac, caséum] dans les contrées où la vache peut à peine subsister. La chèvre se contente de peu ; elle vit de térébinthe 19, de bruyère 20 ; elle trouve à manger dans jes montagnes où il n’y a que ronces et chardons 21 . Un poète donne au rocher l’épithète de aiytg&Toç22.

Les chevriers, dont les mœurs bestiales sont peintes par Théocrite, adressaientleurs vœux à Pan ; le plus souvent, ils lui demandaient de préserver leurs bêtes de la dent du loup 23 et de leur donner deux petits par portée 2‘.

Cochon (5ç) 25. — Aristote range cet animal parmi les quadrupèdes dont le corps est tout entier poilu comme 1 ours et le chien 2G. Cela prouve que la race porcine est la même qu’autrefois et qu’elle tenait plus du sanglier

Fig. 597/. Paysans conduisant leurs porcs au marché.

d’Europe et d’Asie (fig. 5977; cf. fig. 2115) que du cochon égyptien 27.

A l’époque homérique, les Grecs avaient de nombreux troupeaux de porcs qui paissaient dans les forêts de i hênes28; cet usage existait encore du temps où Polybe remarquait, qu’en Grèce, les porchers suivent leur trou-

I, 3. - 10 Aristot. De an. h. VIII, 10, I. - 17 Strab. X, l, 14; le Kralhis passait pour avoir 1. même vertu (VI, 1, 13). - 18 Dr Clou Stephanos, La Grèce au pain, de vue naturel, p. 402.- 19 Anth.pal. VI, 336.- 20 Theocr. I, 13. -21 Theocr IV, 57. - 22 A nth. pal. VI, 334. - 23 Anth. pal. VI, 35 , 99. - 24 Anth pal VI S9. - 25 L'étymologie proposée par Varrou (De re r.)u'est plus admise - 26 De ■ an. h. II, 2, 5. Barthélemy Saiut-Hilaire a eu lort de critiquer ce passage IBist des animaux d'Aristote, I, p. 109). C. de Raymond (O. c. p. 72) décrit ainsi le cochon du Levant : « Sa peau, recouverte d'une épaisse fourrure de soies noires et fauves, rudes, longues et toujours hérissées sur le dos, est encore protégée par un épais matelas laineux. » - 87 Fig. 5977 d>près Dubois-Maisonneuve, Introd à V étude des vases peints, pl. i.iv, 3. - 28 0rfy«. XXIV, loi. Pour les douze troupeau» de porcs d Ulysse, cf. \ . Bérard, Les Phéniciens et l'Odi/ssée, 11, p. 452,

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peau, tandis qu’en Italie, ils le précèdent1. Mais la facilité avec laquelle on élève les codions fit que tous les petits cultivateurs voulurent engraisser un ou deux de ces animaux ; en Attique, le cochon devint l’animal domestique par excellence2; il fut même considéré comme faisant partie de la famille3. Les anciens engraissaient un porc en soixante jours; ils le faisaient jeûner soixante-douze heures; puis lui donnaient de l’orge, du millet, des poires sauvages, des figues, des concombres U Mais ce qui engraissait le plus cet animal, au dire d’Aristote, c'est le repos et on devait l’emprisonner, comme on le fait maintenant, dans une palissade si étroite qu’il ne peut marcher.

IV. Horticulture. — Les Grecs, surtout dans l’Atlique, mangeaient beaucoup de légumes, de verdure. La plupart de ses plantes citées comme aliments [cibaria, p. 1144 sq.] étaient recueillies dans la campagne où elles croissent encore spontanément. Pour les quelques rares légumes que l’on cultivait alors, voir hortus et villa5.

Rome. — L’agronomie romaine dérive de l’agronomie grecque, soit par les Étrusques6, soit, plus directement, par les Campaniens. Mais les Latins, plus méthodiques, plus attachés à la terre que les Hellènes, perfectionnèrent rapidement les méthodes premières et ne refusèrent jamais d’adopter ce qu’ils virent de meilleur chez les étrangers.

Au début, les choses se passent comme dans toute colonie grecque. Le territoire est divisé en deux parts : 1° les terres de culture; 2° celles qui étaient destinées à servir de pâturages communs, compascua , à tous le s bestiaux appartenant aux citoyens. Sur les premières, on prélevait les domaines royaux et sacerdotaux, puis on divisait le restant en lots égaux répartis viritim1 . D’après une tradition, acceptée par tous les auteurs8, chacun des sujets de Romulus ne reçut qu’un lot de 2 jugères [centuria, p. 101],- soit environ 50 ares, ce qui, cultivé en céréales, est insuffisant pour nourrir une famille 9. Il faut donc admettre que les premiers Romains vivaient surtout du produit de leurs troupeaux qui paissaient dans I’ager romanus et que ces lots si exigus servaient uniquement à la culture de quelques arbres fruitiers et des légumes 10.

Après de nouvelles conquêtes, et surtout après l’endiguement du Tibre et le dessèchement des marais, la superficie des lots fut portée à 7 jugères(l hectare, 76) “, ce qui permit de faire un peu d'agriculture, de récolter de l’orge, oumieuxdel'épeautre,/ar12, dont on décortiquait les grains en les faisant griller selon le précepte de Numa qui avait institué à cet effet la fête des fornacalia.

1 XII, 4. — 2 Aristopb. Plut. 820 ; Pax, 24, 927 ; V'esp. 36 ; Lysislr. C84.

— 3 Aristoph. Plut. 1106. — 4 Aristot. De an. b. VIII, 6. 3 (éd Didot). — = Plin. H. nat. XIX, 22: Portos villae jung endos non est dubium. — * G. Coneslabilc, Reipli Etruschi e deW agricoltura. Perugia, 1839. — 7 Varr. De r. rust.

] 10. 8 V. Duruy, Pist. des Rom. I, p. 72. L'auteur émet une hypothèse

très ingénieuse, mais contraire aux textes counus et aux coutumes anciennes. Sa distribution des terres par centuries est basée sur le système arabe d Algérie.

— 9 Voigt, Rhein. Mus. n. f. XXIV, 1868, p. 52 ; A. Meilzen, Siedelung u. Agrarwesen , 1895, I, p. 248. Le calcul est facile : on donnait 4 modii de blé par mois aux esclaves (Cat. De agr. cuit. 56 ; Scnec. Epist. 80) ou aux soldats (Polyb. VI, 39), soit 48 par au ou un peu plus de 4 bectolilres; autant pour la femme et tous les enfants, cela ferait 8 hectolitres par famille. Pour les récolter sur 50 arcs, la moitié étant en jachère, il faudrait que le rendement moyen fût de 32 hectolitres par hectare. Nos meilleures terres de la Brie et de la Beauce donnent, en moyenne, dé 20 à 25 hectolitres. — 10 Liv. V. 47 ; VI, 17 ; VII, 37 ; Gell. XX, 1, 45 ; Horal. Sut. I, 5, 65 ; cf. Plin. (//. nat. XIX, 19, 7) : Quippe e carnario aut macello riven-

dum e3se. 11 C'est à peu prés la surface de la cour du Louvre. Adam Dickson

croit que ces 7 jugères étaient cultivés a la bêche et non à la charrue [De l'agricult.

C’est également à ce roi qu’on attribue les premières bornes champêtres [terminus], et les cérémonies que l’on faisait, avant les semailles, en l’honneur de Seia ainsi que celles qui avaient lieu, avant la moisson, en l’honneur de Segesta13.

Dans les premiers siècles de la République, les sénateurs .et les généraux, duces , cultivaient eux-mêmes leurs biens, comme les anaktès homériques; les censeurs inspectaient les champs, réprimandaient les mauvais cultivateurs14; le laboureur qui avait obtenu les plus belles récoltes était appelé bonus agricola , ce qui était alors le plus bel éloge15. Avec de pareilles mœurs, l’agriculture suffisait à nourrir le pays 16, et même les armées en campagne11. Mais, au ive et au ni0 siècle av. J.-C. survint une crise qui transforma complètement le système agronomique des Romains : la petite culture disparaît et fait place à l’exploitation de vastes domaines. J. Marquardt attribue ce changement à l’avilissement du prix des céréales causé par les redevances en nature que durent livrer les Siciliens et les Sardes vaincus 16 . C’est oublier que la petite culture avait pu se maintenir en Attique, bien qu’Athènes fût devenue le grand marché de l’importation des blés, bien qu’Éleusis eût commencé à vendre, souvent à vil prix, les prémices de toutes les récoltes des alliés et des tributaires, bien que des rois étrangers fissent gratuitement distribuer au peuple athénien des quantités considérables de froment. Les Latins pouvaient, comme les Grecs, délaisser la culture des céréales qui ne donnait plus de profit19 et cultiver la vigne ou l’olivier. Dans tous les pays, de semblables transformations s’opèrent sans amener la ruine des cultivateurs 20.

La crise romaine du nie siècle est trop semblable à celle qui causa la ruine des Géomores de l’Attique pour n’avoir pas les mêmes causes. TouLes deux (comme la crise agricole qui eut lieu en France à la fin du xvine siècle) sont dues à un essor trop rapide du commerce. Les premiers négociants qui s’enrichissent ont hâte de se retirer des affaires et achètent de la terre pour sauvegarder leurs bénéfices. Il faut ajouter qu’à Rome, les sénateurs, les fonctionnaires de tout ordre, enrichis de la dépouille des peuples vaincus et ne pouvant, à cause de leur situation officielle, se livrer à l’usure, mirent également leurs capitaux dans des entreprises agricoles. C’était un moyen honnête de grossir son épargne21, tout en se conformant à l’antique tradition de placer ses deniers sur de bons gages 22. Cette intrusion de la finance dans les choses agricoles fut fatale aux petits cultivateurs du Latium qui devinrentdes oboerati , puis disparurent complètement de

des Anciens, 1802, I, p. 13). Celle hypothèse, bien qu'émise par un praticien, n'est guère admissible. Les terres de la vallée du Tibre, de la campagne romaine, étaient très compactes, au dire de Caton. Varron prétend qu’il fallait plus de quatre jours pour labourer à la cbarrue chaque jugère [De r. rust. I, 18). — 12 A. -K. Magerstedt. Bild. ans d.rôm. Landwirthsch, V, p. 283 sq. — 13 Plin. P. nat. XVIII, 2. Voir l'art, feriae, t. II, p. 1042 et 1048; cf. J. Marquardt, qui a dressé, d'après saint Augustin, la liste des divinités rustiques des Latins [Le culte chez les Romains, 1889, p. 20); Huschke, Das alte rôm. Jahr., admet (p. 358)le témoignage de Lydus (De mens. III, 0) pour les Sementivae célébrées après les semailles. — U Plin. P. nat. XVIII, 4, 4 et 5. — 18 Cat. De agr. cuit. pr. Cependant Pline cite C. Purius Cresinus, qui fut accusé de maléfîcos parce que ses récoltes étaient plus belles que les autres; il est vrai que celui-là lut absous {P. nat. XVIll,s8, 2). — lG Pliu. P. nat. XVIII, 4. — '7 Tacit. Ann. XII, 43. — 18 Vie privée des Rom. 1893, p. 13 sfjf — in Sur les récoltes et les prix du blé, cf. annoxa, I, p. 274 ; cf. également

FRUMENTAR1AE I.EGES, FRCMEXTUM EMPTOM, HORREUM, LARGITIO. — 20 De IlOS jours,

on peut citer la garance remplacée par la vigne en Provence; le café par le caoutchouc au Brésil. - 21 Cat. De agr. cuit. pr. — 22 Horat. Epod. Il, 103-107.

nus

toute l’Italie1, remplacés par le politor s, sorte de métayer. On abandonnait à ces derniers du cinquième au neuvième de la récolte du blé, selon que le partage était fai t à la corbeille ou au modius et selon que le sol était bon, ordinaire ou médiocre; pour l’orge et les fèves, ils recevaient le cinquième 3. Cette situation précaire était encore aggravée par l’ingérence continuelle des propriétaires, et c’est pour mieux guider ceux-ci que Caton compose son De agri cultura 4, qui est moins un mémento agronomique qu’un manuel de propriétaire foncier. Le souci de l’auteur n’est pas de rechercher ce qui convient mieux à la terre et quels doivent être les meilleurs assolements, dont il ne parle pas, que d’étudier si la vigne rapporte plus que l’olivier et dans quelles circonstances. Ce qui le préoccupe surtout, c’est de régler le travail du métayer ; c’est de veiller à ce qu’il ne perde pas son temps 3. 11 va même jusqu’à lui interdire, ainsi qu’à la métayère, les pratiques religieuses qui peuvent les éloigner de la propriété : « les Lares, les Mânes et les Sylvains suffisent à la protection de la ferme ; il n’est pas besoin d'autres dieux6 ». Quant aux bêtes de somme, jamais chômer h Ces métayers disparurent bientôt et furent remplacés par le villicus 8, sorte de gérant que l’on faisait surveiller par un intendant rural, le procurator\ Varron, qui écrit également pour les propriétaires fonciers, leur indique, mois par mois, ce que le villicus devra faire et il conseille d’afficher ce règlement dans la ferme pour que le gérant ne puisse arguer d’ignorance10. Son avis fut suivi eL l’on a encore plusieurs de ces ménologes agricoles indiquant, pour chaque mois, de combien d’heures se compose la journée de travail et les opérations à elfectuer 11 .

A la fin de la République, les propriétés étaient devenues si considérables qu’il aurait fallu des milliers d’ouvriers pour les exploiter 12. On chercha alors à réduire la main-d’œuvre ou, plus exactement, les frais de nourriture du personnel. Comme la vigne exige au moins soixante esclaves par 100 hectares 13, on l’arracha, sauf dans les meilleurs crus, et toutes les plaines furent transformées en prairies d’élevage. Déjà Varron se plaint que le bouvier ait repris la place des pâtres de Romulus et fait disparaître l’ancien cultivateur romain u.

1° Connaissance du sol. — Les Romains s’embarrassaient peu de toutes les subtilités delà physique grecque13; ils classaient les terres en bonnes, ordinaires et médiocres 16. Si 1 on voulait plus de précision, on ajoutait une épithète tirée de l’élément dominant : cretosa, argil-

losa , lapidosa, etc., modifié par un adverbe, valde, mediocriter n. Mais ce ne sont pas ces questions géologiques qui les préoccupaient le plus. La cognitio fundi envisage principalement la situation de la villa et son exposition. C’est qu’il est, en Italie, des terres où, selon le proverbe, « on fait fortune en un an, mais où l’on meurt en six mois18» du paludisme19. Tous les agronomes latins recommandent de ne pas acheter de biens dans ces contrées malsaines; ils recommandent également de ne pas trop s’éloigner des grandes villes et de chercher les facilités de communication, les routes elles fleuves 20, ce dont les Grecs n’avaient cure.

Clôtures. Saepes , sapimentum. — Varron conseille de ne pas se contenter de borner les champs ; il vaut mieux, pour prévenir toute contestation avec les voisins et éviter les procès, planter des ormes ou des pins entre les bornes; l’orme rapporte le plus;- il produit des feuilles pour les brebis; il fournit des branches pour les ouvrages en clayonnage et du bois pour le chauffage. C’était l’usage à 20 kilomètres au nord de Rome; mais, près de Naples, on plantait des cyprès21.

Tous les vergers et les prairies étaient entièrement clos, soit : 1° d’une haie vive, naturale sepimentum-, 2° d’une ligne de pieux, ex agresti ligno, dont on garnissait les intervalles par un clayonnage ou des broussailles ; 3° d'un fossé avec escarpe, militare sepimentum ; clôture employée généralement le long des routes et des cours d’eau; 4° enfin, d'un mur en pierres (environs de Tusculum), en briques crues (pays des Sabins), ou cuites (Gaule), en une sorte de béton aggloméré (Espagne et Calabre) 22.

Instruments agricoles. — A l’exemple d’Aristote 23, les agronomes latins divisent les instrumenta en trois catégories : 1° genus vocale, ou les hommes; 2° semivocale ou les animaux; 3° mutum ou les machines24.

a. Hommes. Ils forment deux classes distinctes ; les esclaves et les travailleurs de condition libre.

A l’origine, tous les cultivateurs sont des citoyens qui occupent même, parfois, les premières dignités de la République. Le colon, colonus, romain, dont parle Caton, est également de condition libre et maître de ses terres 23, alors qu’en Grèce, il n’était qu’usufruitier, locataire ou partiairo ( partiarius ), comme le fut plus tard le politor 26 des auteurs latins.

La politio ne doit pas être confondue avec le métayage; le politor n’est pas un employé payé en nature, c’est un associé, socius21, apportant son industrie dans une entre-

1 Varr. lier. rust. 1, 17, qui n’en connaît plus qu’en Asie, en Égypte et en lllyne. - 2 Ulpian. Digest. XVII, 2, 52, 2 et la note de Godefroy. - 3 Cat.

e apr. cuit. 136. — f C’est le titre adopté par l’un des plus récents éditeurs, H. keil (éd. IbnerJ, 1895 ; cf. du môme auteur, Comment, in Caton, librum , Leipz. s94; ° ^al- Ve a yr. cuit. 39 ; cf. Virgile qui lui a emprunté ces excellentes

maximes, Georg. I, -i3, mais les a atténuées par des réminiscences d’Hésiode. — 8 Duruy, Hist. des Rom. I, p. 136, admire un peu trop ces préceptes dictés plutôt par l’avarice que par le bien de la ferme. I! ne faut pas oublier que pour Caton, le premier devoir, c’était de gagner de l’argent (Plut. Cat. maj. 21), et que cet auteur, qu’on représente à lort comme un type de cultivateur, commandi- , une foulerie, faisait le trafic d’outre-mer et ne se désintéressait pas de la traite es esclaves. Les deux Saserna sont encore plus exigeants : personne ne doit sortir de la propriété (Varr. De r. rust. I, 10). - 7 Cat. De ag. cuit. 130. Cat. De ag. cuit. 5 et 142; Varr. 11. rust. I, 14; Coluru. XI, 1 7 Colum. I, 6; Plin. Epist. III, 19. 10 De r. rust. I, 36. Il C il VI, p. 637, mcnol. du musée de Naples; p. 638 et 639 pour le menol. romain d fr f 7 f M “ fallait déJà 2 000 travailleurs à un consul pour fil n ” V' DnrUÏ’ °- C ' ’’ P’ 283’ - 13 /le a. cuit. 1. et aP.

nature 1 1J U Van 0 C' *' — Pline tcrmine son exposé de la

mture du sol par cet aphorisme : Omnium rerum sunt quaedam in alto sécréta ,

et suo cuique corde penidepda (H. nat. XVII, 3, 4). — 16 Cat. De a. cuit. 136.

— I ' Varr. De r. rust. I, 9. — ts Jn Alaremma si arrichisce in un’anno, si muore in SCI mesi. — 19 Les fièvres des Maremmes sout plus pernicieuses que les fièvres paludéennes de Grèce dont le calcaire poreux ne laisse pas à l’eau le temps de séjourner en été ; dans les contrées trop malsaines, il n’y a ni village ni culture. Caton et les autres agronomes n’écrivent pas pour des villageois, qui connaissent le pavs, mais pour des capitalistes en quête de bons placements. C’est à eux que Varron croit devoir dire : Ubi salubritas non est, cultura non aliud est (De r. rust. I 4;

— 20 Varr. O. c. I, 16. — 21 Varr. H. rust. I, 14; Caton conseille, dans le meme but. de planter des ormes et des peupliers uti frondem ooibus et bubus habeas.

2- Varr. fi. rust. I, 14, qui indique cette classification; cf. Colum. V 10 X, 3; Pallad. I, 34; VI, 3; Pline (//. nat. XXXV, 48) donne les détails pour ces murailles, .. quos appellant fornaceos ». Pour la question juridique, cf. Digest. X, lit. I, finium regund. et plus spécialement paragr.,13 ; Gaius, Ad leg xu tab pour les bornes déplacées, Dig. XLVI1. Tit. XXI, De term. moto. - 23 Poiit' ’, 4’ T“v »’*«*— «Av** Ti S’tVluya. — 2V Varr. De r. rust. I. 17.

— 2o De domino bono colono melius emetur (Cat. De a. cuit. 1). Il faut donc le distinguer du partiarius colonus des époques postérieures (Scaevola, Digest. XXXIII, 7, 20, par. 3). — 2s Th. Mommsen, Rom. Gesch. 1882, II, 363 note - 368

— 27 Diyest. XVII. 2, 25, 2.

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prise agricole et son contrat est régi par les lois sur les associations commerciales Entre autres, le propriétaire est responsable de toutes les dettes contractées par le polifor pour l’exploitation rurale2. Cette association entre personnes qui ne sont point de la même profession et ne peuvent avoir les mêmes idées est fatalement condamnée à disparaître. Les propriétaires jugèrent préférable de donner leur domaine, en tout ou partie3, àferme, locatio, contre espèces1. Le cultivateur, coloiius, qui devenait fermier, conduetor, faisait avec le propriétaire, locator, un contrat de louage stipulant la durée du bail, ordinairement cinq ans3, le prix du fermage6 et, parfois, le genre de culture1. Tous les biens meubles du fermier servaient de gage ainsi que dans les autres locations d’immeubles8. Si ce gage n’était pas suffisant, le propriétaire pouvait, par une convention expresse, prendre hypothèque sur les instruments agricoles9, bien que ce fût, comme le remarque le législateur, un dommage pour la chose publique. Le fermier avait toujours le droit de sous-afi’ermer tout ou partie du domaine ; le propriétaire, n'ayant alors aucune action sur les biens du sousfermier lu, pouvait exiger un cautionnement du fermier principal". Le bail à ferme présente de si nombreux inconvénients quand le cultivateur manque de connaissances saines et de probité parfaite, que Columelle12, d’accord en cela avec Thaër et les agronomes de nos jours13, n'admet ce système que pour les domaines trop éloignés pour être exploités plus directement. Pline le Jeune y renonça pour ses terres et les fit cultiver par un métayer". En fait, tous les fermiers, dont nous connaissons quelque peu l’histoire, exploitent plutôt les domaines publics ou privés de l’Empereur13 et c’est ce qui, dans la suite, priva les colons de leur liberté16 [colonuSj. Le métayer, co/onus partiarius , n’est pas un associé au sens juridique du mot, il est quasi socius 11 ; en réalité, c’est un employé dont le salaire est payé en nature et qu’on fait surveiller par des contrôleurs, exactores operis et custodes fructibus'3 . Les conditions du métayage diffèrent tellement dans tous les pays, et spécialement en Italie où, dans une province, on trouve de nombreuses coutumes locales19, qu’il est difficile de présenter ici un résumé succinct de toutes les règles régissant cette matière dans l’Empire romain. La classe des hommes

1 Digest. XVII, 4 : pro socio. — 2 Ib. I. 27. — 3 Colum. I, 7, 3. — ^ Colonus qui nummis colnt. Dig. XLVII, 2, 2G, 1. — 5 Fundus in quinquennium pensionibus locatus, Dig. XIX, 2. 24, 2. Cf. PI in. Min. Epist. IX, 37. — 6 Dtg. XIX, 2, 52. — 7 lb. XIX, 2, 51. — & Ib. II, 14, 4 et glose sur la loi 9, Cod. IV, 24. — 9 Digest. XX, 1, 32; Cod. VIII, 17, 7 et 8. Cf. l'authenl. Agricultores. Flin. Epist. III, 19 : F*ossessor prior soepius vendidit pignora.

— 10 Dig. XIX, 2, 24, 1. — H Gai. IV, 14, 7. — 12 De r. rust. I, 7, 6. — 13 Cf. Baron Crud. Économie théor. et prat. de l’agric. I, p. 26. — 14 Epist. IX, 37, 2.

— 15 C. i. I. VI, 9273 et 9276; IX, 888 et 3674; X, 1877-1918. Cf. Dig. L, 1, 38, 1 et XLIX, 14, 50. - 10 Ch. Revillout, Étude sur l’hist. du colonat {Rev. du droit franc. II. p 435 sq. ; III, p. 209 sq.) — Dig. XIX, 2, 25, 6. — 18 Plin. Epist. IX, 37, 2. — 10 Ces variations proviennent du système de culture, de la nature du sol et de la misère des habitants; elles portent sur la redevance lixe ou loyer, les impôts, les avances à faire pour les semailles, la propriété et l’achat des instruments, les bestiaux qui sont au propriétaire, au fermier ou à des tiers, la litière des animaux, leur nourriture, le lait, la laine, la volaille, la mortalité, la répartition des bénéfices, le salaire et la nourriture des ouvriers. Dans le Bolonais et la Romagne, les métairies sont encore exploitées par des familles de vingt-cinq, trente et môme quarante personnes, vivant réunies sous la direction du chef de famille, le plus souvent un grand-père. Cf les pauperculi cum sua progenie de \ arron (De r. rust. I, 17). — 20 Colum. 1, 3, 8-13. — 21 Les jurisconsultes romains faisaient une distinction entre le locataire d'une maison, inquilinus , et le locataire d’une ferme, colonus. De ce que ces derniers sont à la campagne, il n'en résulte pas que tous les inquilins sont à la ville ; ce serait admettre qu'on ne pouvait, dans l’Empire romain, louer, à la campagne, une maison, une chambre. Autant prétendre que tous les villageois étaient alors propriétaires, fermiers ou esclaves. Il est vrai que J. Marquardt

libres fournissait encore des tâcherons et des journaliers que l’on engageait pour la moisson, les vendanges, la cueillette des olives : villageois voisins, petits propriétaires20 ou inquilins21. Caton recommande de choisir un domaine entouré d’une population laborieuse22, c’est-à-dire capable de fournir une bonne main-d'œuvre pour les besognes temporaires. Varron conseille également de recourir aux journaliers dans les contrées malsaines et pour tout travail insalubre ou pouvant nuire à la santé des esclaves23.

On avait encore la ressource d’employer des étrangers qui venaient, chaque année, faire la moisson dans les pays fertiles. Le plus souvent, ces mercenaires étaient embauchés au delà du Pô par un entrepreneur qui les conduisait dans l’Ombrie et le Latium et y louait leurs services dans les grandes exploitations rurales24.

Des diverses manières d’exploiter un fonds, la meilleure est sans contredit la culture à économie. Ce système permet au propriétaire d’être maître chez lui, et le domaine, tout en augmentant ses revenus, lui sert de lieux de plaisance25 ; il peut faire élever ses enfants à la campagne26, y venir lui-même pour changer d’air et y chasser27. A Rome, la culture à économie se faisait, non par le moyen d’hommes libres, mais d’esclaves.

Esclaves. — Les esclaves agricoles se divisaient en deux classes comme tous les autres28; les soluti ou déchaînés et les vincti ou enchaînés ; l’emploi des uns ou des autres dépendait des coutumes locales et des goûts personnels29, ils formaient la familia rustica 30. Le chef de cette famille avait le titre de vil/icus3' ou d 'actor3i, mais il était esclave33; on l’achetait moins cher qu'un cuisinier34 et on le comprenait dans l’inventaire du domaine33. En principe, le villicus ne dirige que la culture; il coordonne les opérations agricoles et les fait exécuter en temps voulu. Quant à la partie financière, elle est confiée à un procurator36, qui passe les marchés et conclut les affaires; il habite au-dessus de la grande porte charretière d’où il peutsurveiller si on ne sort rien, furtivement, du domaine et observer les gestes du villicus3''.

Dès la fin du 111e siècle av. J.-C., on voit les Romains appliquer à l'agronomie les principes de la division du travail38, que les Grecs n’ont connu qu’imparfaitement. Ce système, qui a dû prendre naissance dans l’armée39,

dit, qu’en Italie, « la classe paysanne seteignit ». Vie priv. des Rom. p. 15.' 2-1 De ag. cuit. 1. — 23 De r. rust. I, 17. — 24 Suet. Vespas. 1. — 25 Cic. De orat. 58 : Cui nostrum non licet fundos nostros obire , aut res rusticas vel fructus causa vel dilectationis invisere? — 26 Caton, l’auteur du De agricull. fut élevé dans la ferme de son père. — 27 Plin. Min. Epist. III, 19. — 28 Colum. I, 6.

29 pün. Min. Epist. III, 19 : nec ipse usquam vinetos habeo , nec ibi quisquam.

Cf. Plin. H. nat. XVIII, 4, 5. Columelle dit qu’on employait les vincti dans les vignes {De r. rust. 1, 8). — 30 C. i. I. IX, 3028. — 31 Ou d'après certains manuscrits, Cato 11, 2; Varr. I, 2, l4 et les inscriptions : vilicus, C. i. I. IX, 3028. X, 3550.

— 32R faut distinguer Vactor qui est otxovô|xoç (C. i. I. IX, 1, 25 où Sagaris se qualifie d'actor et C. i. g. III, p. 1261, n. 5875 a. 2. de olxovô(xo;) de Vactor dont parle Pline, Epist. III, 19. Pour ce dernier sens, cf. C. i. I. IX, 3571. Festus Frontonis viticus qui est Festus Frontonis actor du n. 3379, c. ;

C. i. I. III, 5616 : Flora vilica urso actori marito, X, 6592 : actori et agricole optirno. — 33 Dig. XXVI, 7, 39, 18; XXXIII, 7, 12, 38; C. i. I. IX, 1456 ; servus villicus. La plupart ont des uoms grecs : C. i. I. IX, 820; 2829; 3028; X, 1561; X, 1746; IX, 4053, IX, 5460; cf. IX, 1456, 3103, 3446; X, 1561, 1746, etc. — 34 Sallust. Jug. LXXXV, 39. — 35 Dig. XXXIII, 7, 12, 38.

— 36 Colum. I, 6, 7 ; Plin. Epist. III, 19, Précédemment, le villicus é ta Rechargé de tous ces soins : quaeque emi pararique oportet,... quo modoqüe cibaria vestimenta familiae dari oportet. Cat. De ag. cuit. 142. — 37 Colum. I, 6. — 38 Cat.

O. I. 5, 6, 10, 11, etc. Plin. H. nat. XVI II, 7 : Xovissimus villam posuit C. Marius , sed peritia castrametandi. — 39 Colum. I, 7 : Censeo ne confundantur opéra familiae. Cf. Ib. 9. où l'auteur insiste sur les différentes qualités physiques que doivent présenter les ouvriers de chaque catégorie. C’est le système militaire.

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reçut tout son développement à la fin de la République et Columelle nous en montre le double avantage pour l’exécution du travail et la responsabilité des ouvriers1.

Chaque genre d’opération est fait par des hommes spéciaux, sous la conduite d’un magister operum 2 qui répartit son monde en escouades, classis , de dix hommes3, commandées par un moniteur. Il y avait ainsi les aratores 4 , les vinitores 6, bubulci °, domitores 7, subulci 8, usinarii 9, opiliones 10, mediastini , etc., pour ne compter que ceux qui ont encore une spécialité distincte dans nos fermes actuelles “. Caton recommande de tenir tout ce monde en haleine, même par des corvées improvisées ,2. C’est confondre les ouvriers agricoles avec les soldats dont l’entraînement fait la force. Il importe moins d’avoir des gens toujours occupés que de proportionner le nombre des ouvriers aux produits à récolter. Ce fut là l’enclouure de l’agronomie romaine et Columelle avoue que les 7 jugères liciniens rapportaient plus que les immenses friches de son temps n.

Le tribun Licinius avait fait accorder 7 jugères à chaque citoyen. Cette superficie, dont on n’ensemençait, probablement, qu’un peu plus de la moitié14, suffisait.à une famille vivant de légumes récoltés dans les 3 jugères de jardin , du miel des ruchers, du lait des chèvres et des brebis paissant, par droit de compascuité, dans le saltus de Yager. Mais ce rapport de 7 jugères pour un cultivateur servit toujours de base aux calculs des agronomes latins15, de sorte qu’on crut, de par la coutume16, avoir besoin de cinquante-huit ouvriers pour emblaver 100 hectares. Quel que soit le rendement, tout bénéfice est impossible, d’où cette conclusion que l'agriculture, ou l’exploitation d’un campus frumentarius, est au sixièmerangdel’échelle des revenus agronomiques17.

Les oliveraies, que Caton place au quatrième rang, exigeaientencore, pour 100 hectares, vingt et un ouvriers uniquement occupés de la terre18, puisque la récolte était vendue sur pied et enlevée par les moyens de l’acheteur19. Un vignoble de 100 hectares avait besoin de soixante personnes sans compter celles qu’on employait à la vinification20. On arrive ainsi au total de cent trente-neuf personnes pour un domaine de 300 hectares où l’on cultivait, en parties égales, la vigne, l’olivier et les céréales, ce qui donne une moyenne de quarante-six ouvriers pour 100 hectares. Cette nombreuse domesticité agricole est restée le fléau de la culture italienne21. Les propriétaires actuels, surtout dans le Sud, n’arrivent pas à pouvoir payer tous ces ouvriers. Les anciens ne salariaient pointles esclaves, mais il fallait les acheter, et, à l’intérêt du prix d’achat, ajouter l’amortissement, au minimum 3 p. 100; il fallait les nourrir, les

1 Colum. O. 1. 1, U ; XI, i, 27. Magislri sinqulorum officiorum. — 2 Colurn.

Classes quas decurias appellaverunt antiqui. — 3 Colum. I, 9, 3. * lb. «

randi sunt aratores a mnitoribus et vinitores ab aratoribus ». — 5 Cal -«Colum. VI, 2, 6. -7 Cat. 10, 11.-8 76. - 9 76. 10 lb. - 11 Le systèn Columelle comprend encore un ergastularius (I, 8); cf. C. i. I. X, 8173 s< ergastutarius. Mais les occatores, sarritores, runcatores, elc., c|ue l'on d comme des spécialistes, ne sont que des mediastini occupés temporaire ain travaux successifs de la culture des céréales ; Plaut. Capt. III, 5. Ouant maures, dans tous les pays et à toutes les époques, ce sont des journaliei tacherons s. le domaine est un peu vaste. Des professionnels auraient plu dix mois de chômage par an. 12 De ag. cuit. 39. - 13 De r. rust.

Aranti quatuor sua jugera-, Plin. H. nat. XV'I 11, 3, 4 — 18 Saserna proposé un ouvrier pour 8 jugères; Varrou (/?. rust. I. 18) réfute celte in. mn qu il croit possible seulement in Gallia. D'après Columelle, Saserna aura qu on pouvait cultiver un domaine de 200 jugères avec deux laboure,,, x valets, soit seize personnes pour 100 hectares non plantes (lb. Il, 13). M

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vêtir ; tous ces faux frais entraient-ils en compte pour cette foule d'atrienses, de topiarii , de fabri nécessaires dans toute villa22, mais y vivant dans l’assoupissement et une quiétude voisine de la négligence23? Et, cependant, les riches Romains, obéissant à cette manie, que Tite-Live nomme cupido agros continuandi 24, empruntaient de l’argent25 pour acheter de nouveaux domaines; ils savaient qu’ils n’en pourraient tirer aucun profit pécuniaire; leur désir se bornait à pouvoir les conserver26.

Animaux de travail. — Dans la Campanie, où la terre est légère, on labourait avec des ânes ou des vaches 27. Dans le Latium et les provinces septentrionales, on employait des bœufs et les laboureurs sont appelés bubulci 28. Seulement, alors, comme au siècle dernier29, on avait le grand tort de vouloir se servir d’animaux trop jeunes. Columelle réprouve ce système que Celse eut le tort de vouloir défendre30. En moyenne, il fallait une paire de bœufs pour 8 jugères à emblaver. Chaque jugère exigeait quatre jours de travail; on ne pouvait, dans la culture intensive, commencer les labours que quarantecinq jours avant les semailles. Varron calcule 8 x 4 = 32, plus treize jours pour parer aux maladies et au mauvais temps31. En Ligurie, la nature montueuse du sol ne permettait pas de labourer 1 hectare en quatre jours; mais la besogne était plus facile en Gaule, où Saserna prétend que deux attelages de bœufs suffisaient pour un domaine de 200 jugères ou 50 hectares32; c’est qu'il n’y avait ni argile compacte, ni ce fléau de la culture italienne, la terre gâtée.

On employait communément les ânes pour porter le fumier soit avec des chariots33, soit avec des paniers attachés au bât. Les asinarii. sont toujours comptés parmi les ouvriers indispensables à la culture des grains, de la vigne et des oliviers34.

Instruments agricoles. — Les plus importants, pour le travail de la terre, sont les instruments diurétiques, qui sont destinés à pénétrer, comme un coin, entre les molécules à séparer. Ces instruments se divisent en deux classes: les instruments à lame plane et tranchant rectiligne, et les instruments piquants qui pénètrent d’autant plus profondément que leur pointe est plus acuminée. Instruments tranchants. — Les plus importants sont:

1° La charrue [aratrum] ; 2° la pelle [pala] ; 3° la bêche , d’abord bipalium; puis, dans la basse latinité36 et, en italien, vanga ; 4° la houe , qui n’est qu’une bêche emmanchée sous un angle aigu ; le fer carré ou trapézoïde est relié par une douille à un manche en bois. On en connaît plusieurs types • la houe à fer plan et plein [sarculum] ; la houe à fer plan et fourchu, formant deux larges dents plates [bidens, fig. 853] : c’est le béchard dont se

ces chilfres, il faut ajouter le villicus elles bergers des troupeaux nécessaires pour le fumier. Pour ce passage, cf. R. Reitzcustein, De script, rei rust. libris deperdit. Berlin, 1884, p. 7. — 16 Cat. De agr. cuit. — 17 Cat. 17. — 18 lb. lo.

— 19 lb. 146. — 20 ,’b. u. — 21 Le baron Crud, l'un des fondateurs de l’économie agronomique, cite un de ses voisins, dans la Romagnc « qui, pour cultiver 5(1 hectares, tenait toute l'année, seize à dix-huit domestiques ». ( Écon . thénr. et pratiq. de l’agric. 1839, I, p. 57). — 22 pljn. Epift. III, 19. — 23 lb. 1, 4. — 2t XXXIV, 4. — 2o Plia. Epist. II, 19. — 20 7 /,. « unam villamcolere et ornare , alteratn tantum tueri ». Cf. (Plin. H. nat. XVIII, 7, 5) 1 histoire de L. Tarius Rufus qui dépensa pour acheter des terres et les cultiver « pour la gloire » 10U millions de sesterces. In gloria internecionemen/o famemque cens émus. — 27 Varr. Il rust. 1, 20. — 28 Üolum. 7?. rust. 11. 2. — 29 Crud, O. c. I, p. 55. — 30 De H. 11, ï. — 31 II. rust. I, 18.

— 32 Reitzenstein, O. c. p. 7. — 33 Cat. De ag. cult.l. 1 1. —34 Cat. 7ô.l0et 11, et ap. \arr. R. rust. 1,19. — -35 Pallad. 1,43, 3. Pour lepaysoù écrivit Palladius, voir les curieux calculs de M. Harris, On the locality lo which the treatisc of Palladius de Agricultura most be assigned {Americ. journ. of phitol. III, 12 décembre 1882).

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servent les Provençaux pour façonner les vignes, car un fer plein pourrait couper les racines de ces plantes1, et les Romains l’employaient au même usage*, après s’ètre longtemps servi d’une pioche, le rutrum 3 ; la houe à large fer 4 courbe, incurvus *, fourchu6, monté sur un. long manche [ligo]; a houe à fer très large7, denté s, [marra].

Instruments piquants. — Le plus simple est : a) le pic, où l’angle de diérèse est réduit au minimum; c’est une pointe effilée, mais cassante. Pour remédier à cet inconvénient, on laisse à la pointe toute la largeur du fer et on a : b) une pioche que l’on monte à angle droit sur un manche en bois [securis]. c ) La tournée est une pioche dont la douille se trouve au milieu du fer, dont 1 une des extrémités a la forme d’un pic et l’autre d’une pioche. C'est la dolabra fossoria 9, employée par les terrassiers [FOSSOR, fig. 3281] et les mineurs [metalla, fig. 3281], pour détacher la terre qu’on enlève ensuite à la pelle10 [dolabra, fig. 2487], (1) Un hoyau ou tournée dont l’une des extrémités est rudimentaire. Les deux principauxtypes de ces hoyaux sont le rutrum et le rastrum.

Rouleau. Cylindrus L’une des préoccupations du laboureur est de briser ces grosses mottes de terre, gleba, que la charrue a retournées. On se servait du premier instrument venu, houe, hoyau. Le mieux serait, théoriquement,, d’employer le rouleau formé d’un tronc d’arbre ou d’un fût de colonne comme le font encore les paysans dans certaines régions de l'Italie et de l'Anatolie [cylindrus: ; mais l’emploi de cet instrument ne s’est jamais généralisé chez les anciens, parce que presque toutes les terres à emblaver étaient des argiles compactes qu’on ne peut labourer que quand elles sont détrempées par les pluies. Le roulage comprime l’argile et les champs deviennent unis et durs12, comme la surface d'une aire 13. Un instrument analogue au rouleau, avec lequel on peut le confondre11, est la ploutre, barre de bois de 3 à 4 mètres de longueur que l’on fait traîner sur les blés semés dans des terres aussi légères et aussi meubles que la pu/la campanienne. On ne pourrait herser sans déchausser complètement la plante13. A défaut de ploutre, on peut employer une herse renversée.

Herse. Hirpex , primitivement sirpex 16. — Les anciens ont toujours donné le plus grand soin au hersage, opération qui consiste à recouvrir la semence. Hésiode se faisait suivre par un enfant qui recouvrait le grain avec une p.xxÉX-r(, sorte de hoyau (voir p. 903). Ce travail devient impossible quand on sème à la volée. On emploie alors uneclaie d’osier, crates, que l’on fait traîner, serpere, sur le sol17, ou une herse en fer, munie de dents et formant comme un système de râteaux 18. On l’employait

1 D'après Palladius, on pouvait se servir du sarcloir ou de la dolabra pour les rosiers (III, 21). — 2 Virg. Georg. I, 355 et 400. — 3 Cat. De ag. cuit. 11: Ovid. Fast. IV, 843 ; cf. Dionys. Haï. Ant. rom. I, 87; Diod. Sic. VIII, 4, 2 (èd. Didot, I, p. 319). — 4 Varr. Liny. lat. 134. — 5 Stat. Theb. III, ’m. - 6 Colum. X, 88. — 1 Ib. X, 70. — » 1b. 88. — S Isidor. Uriy. XVIII 9 U. — 10 Les deux opérations successives sont figurées dans les peintures des catacombes ; cf. Martigny, Dict. des ant. chrétiennes s. v. fossores

Il Colum. XI. 3, 34. — 12 « Il faut souvent plus d'une année, et l'action d'une

forte gelée, pour détruire la pression des particules du sol les unes sur les autres et cette imperméabilité, qui ont été opérées par l’action intempestive du rouleau. » Crud. O. c. I. p. 335. — 13 C'est pour construire les aires que Caton conseille d’employer le rouleau [De ag. cuit. 129); cf. Virg. Georg. I, 178. — 14 La confusion a été faite par Ch. Fellows qui a dessiné une de ces ploutres près d'Alexandrie en Troade; Ajoum. writt. dur. an excurs. in Asia Minor, 1839, p. 70. — 18 G. Heuzé, Les plantes alim. I, p. 201. — 18 Varr. De liny. lat. V, 136; cf. De ag. cuit. H. Caton le cite parmi les [erramenta sous le nom de crates. — U La synonymie est indiquée par Servius. Ad Georg. I, 95 : Crates quam rustici irpicem vocant ;

pour recouvrir la semence, pour étaler le fumier, crates stercoraria'\ dans les vignobles; mais rien ne montre qu’on hersât alors le blé en herbe.

Râteau ( pecten ). — Si on ne hersait pas au printemps les céréales d’automne, — ce qui a ses inconvénients dans les terres argileuses 20, — du moins on les râtelait avec des râteaux dont les dents étaient faites d’une mince tige de fer, st.il i ferreP'. Cette opération a pour but d’ameublir la terre et de faciliter le tallage22. Le râteau ordinaire, qu’on emploie dans la fenaison, se nommait rastellus" ou raster ligneus u.

Faux , faucilles ou sapes. — Toutes les variétés de ces instruments sont énumérées par Varron28 [falx].

Fourches [furca].

Opérations agricoles : 1° Drainage . — C’est 1 une des plus importantes, car la plupart des terres cultivées se trouvaient dans des plaines argileuses, ayant, parfois, moins d’un mètre de pente par kilomètre-6. On est donc forcé de recourir à tout un système de chavessines, de rigoles, de fossés et de canaux que l’on doit toujours tenir en parfait étal 2\ si l’on veut cultiver ces pingues campi inconnus à la Grèce [fossa].

Alimentation des plantes. Stercoratio. — Ce fut le mérite des agronomes latins de proclamer que « la terre ne vieillit pas si on l’engraisse 28 ». « D’abord bien labourer, dit Caton, deuxièmement encore labourer; troisièmement fumer29. » Les Romains furent les premiers, dans l’antiquité classique, à entretenir du bétail uniquement pour avoir du fumier 30. Le subulcus et Yopilio, que Caton range parmi les ouvriers indispensables aux vignobles comme aux oliveraies31, n’étaient pas chargés de fournir de la viande, ainsi qu’on l'a dit32, mais du fumier. N’imitant pas en cela les Grecs qui reléguaient tous les bestiaux dans la montagne, les Romains envoyaient le moins possible leurs troupeaux dans le sa/tus ; ils préféraient les garder dans des étables où abondait la litière33, ils les envoyaient dans les champs quand cela pouvait se concilier avec la culture. Et, cependant, malgré tous leurs soins, ils ne savaient pas faire un bon fumier. Varron avoue que le fumier des chevaux et de toutes les bêtes de somme qui mangent de l’orge, contient beaucoup de graines non digérées qui produisent des plantes parasites au milieu des récoltes34. Columelle, qui avait appris l’agriculture en Espagne, cherche à réagir contre cette erreur : « Gardez votre fumier un an dans les fosses ; alors il ne donne pas de mauvaises herbes, herbas non créât™. Cette aversion des Romains pour ce qui constitue, à notre sens, le meilleur fumier, le fumier de ferme, faisait qu’ils remplissaient leurs fosses, sterquili-

Virgite Georg. I, 95, dit viminea. — ,8 Varr. Ling. lat. V, 134. 19 Cat. O. c. Il-

— 20 Crud, O. c. I, p. 331, « les pieds des bœufs y laissent une empreinte plus ou moins profonde ... Pour y remédier, cet agronome renonça au hersage et n râteler ses blés. — 2' Plin. H. nat. XVIII, 50, 2. - 22 G. Heuzé, O. c. 1, p. 199.

— 23 Varr. De r. rust. I, 49, 1 ; De ling. lat. V, 136. — 24 Colum. Il, 27. — 25 Varr. Ling lat. V, 137. — 23 Crud. O. c. 1, p. 382 : « Dans la plaine du Bolonais et de la Ro magne... sur une lieue d'étendue, nous n’avons pas au delà de 0 à 7 mètres de pcnte. „ Ja- Varr. R. rust. 1, 25; Colum. II, 2. - 28 ld. Il, 1. — 29 De ag. cuit. 61 et ap Plin. H. nat. XV III, 49. — 30 Non solum pratorum causa habere debent, sed etiam propter stercus (Varr. De r. rust. 1, 19). — 31 De ag. cuit. 10 et 11. 32 J. Marquardt, La vie privée des Rom. 1892, I, p. 163, note 1 du traduct.

— 33 Cat. O. c. 37 et ap. Plin. XVII, 6, 5.-34 O.c. I, 38 et ap. Plin. H. nat. XVII, 6, 4 qui dénature le sens de Varron. Si les Romains ne laissaient pas a% fumier de cheval le temps de se faire, c'est parce que ce fumier s'échauffe beaucoup. « I.a température s'élève fréquemment à 80». Certains auteurs rapportent que la température peut être assez élevée pour qu’il y ait combustion vive. » Muntz et Girard, Les engrais , I, p. 359. — 3o U, 15.

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nium ' do toutes les saletés qu’ils trouvaient, et, en été, la fermentation devait être considérable. C’est pour cela qu’ils avaient hâte de l’enlever alors que Columelle, au contraire, recommande de bien faire le mélange quo facilius putrescat et sit arvis idoneum - .

Ces conseils, que l’on trouve ébauchés dans Varron 3, paraissent être des préceptes d’agronomie punique et les Romains tardèrent à les adopter, car il fallait d’abord transformer le système des fosses à fumier. Pline considère toujours les déjections humaines ou aviaires comme des engrais parfaits4; ce sont ceux qu’on employa le plus s. Il est donc difficile de calculer la valeur des 8 mètres cubes de fumier que Columelle conseille de répandre dans les champs8. En fumier frais de cheval7, cela ne ferait que 3 000 kilogrammes à l’hectare, ce qui est faible. Il est vrai que, par crainte de la verse, les agronomes latins recommandent de fumer légèrement la terre, mais le plus souvent possible8. En général, on fumait tous les ans les champs 9, les prairies *°, les vignes et les oliviers, etc.11.

Écobuage. — Les cultivateurs, de la Transpadane avaient un fumier si peu actif pour la terre de cette contrée, qu’ils préféraient le brûler et en répandre les cendres sur le sol **. Caton recommande également, si on n’a pas de pierre à chaux sur son domaine, et si on ne peut vendre son bois, de le brûler pour amender le sol13. Mais le système que préféraient les Latins, comme les Grecs, c’était d’écobuer à feu courant, d’incendier les chaumes, d’où l’expression incendere agrosn.

Parcage. — L’écobuage ne convient qu’aux terres argileuses, et on ne peut écobuer des champs où on a planté des arbres fruitiers. Dans ce cas, on attirait, selon le conseil de Caton, les moutons sur les champs moissonnés, et quand ils avaient brouté les chaumes, on les retenait en leur portant des feuilles 15 que l’on prenait aux arbres plantés sur la lisière de ces champs 1B.

Engrais verts. — C’est probablement le parcage qui conduisit les Romains à cet excellent système des engrais verts17, que G. Ville chercha dernièrement â remettre en pratique et d’où il tira sa théorie de la sidération. Même ses adversaires reconnaissent que les engrais verts réussissent beaucoup mieux dans le Midi que dans le

1 Cat. De ag. cuit. 2, 3;Varr. I, 13, 4 et 38, 3; Colura. I, 0. 21 ; VU, 5, 8;

cf. Pliaed. Ml, 12, 1. — 2 Colum. Il, 13. — 3 B. rust. I, 38. — 4 H. nat. XVIII, 3- ; — E) Cat. De ag. cuit. 36 : << Répandez la colombine sur les prés, les jardins, les moissons. » D’après Varron (B. rust. I, 38), ceux qui prenaient des volières, aviaria , à loyer, payaient un prix moiudre <|uand le propriétaire se

réservait la fiente pour ses terres. — 6 Colum. Il, 5 et ap. Pallad. X, I. A.

Dickson (O. c, I, p. 267) trouve GOn boiss. de Winchester pour un acre anglais. I.es fumerons étaient espacés de 8 pieds, soit 13 X 13X2 ou 430 par jugère j à 5 modii chaque, on a 2250 ou 1 mètre cube, 969 pour 25 ares, 182. Les coteaux, fournissant des engrais aux terrains inférieurs par les pluies et les eaux naturellement drainées (Colum. II, 18), recevaient une plus forte fumure : vingt-quatre voies au lieu des dix-huit que l'on répandait dans la plaine (Colum. Il, 5).

A l époque de Pline, une voie de fumier coûtait un denier (H. nat. XVIII, i ’ -)• mais Littré croit que le texte est altéré et qu'au lieu de denario , on doit lire tncesimo die (éd. Didot, I, p, 709, 26). — 7 La plus grande partie u fumier provenait des bergeries où l'on changeait la litière très fréquemment, aliquot dies (Varr. B. rust. II, 2) pour que la laine fût toujours propre- I. emploi du fumier trop frais a toujours été un des errements de la culture italienne , Ciud (O. c. I, p. 312) dit avoir retrouvé, presque intactes, des' mottes de fumier mis en terre huit ou dix ans avant. — 8 Colum. II, 16 ; cf. Pallad. X, 1. — 9 Plin. H. nat. XVIII, 53 : Hoc tantum enim in confesso est, nisi stercorato seri non oportere ; c1. Colum. Il, 4 et 5. On fumait les champs lors du second labour, c'esla-dire fin ju n. c est pour cela que Columelle recommande de ne répandre de fumier que cc que le laboureur peut enterrer dans sa journée. On croyait que la chaleur aisait perdre ses forces au fumier, nec solis habitu vires amittat (Colum. II, 5). — 'On fumait les prés eu février (Colum. U, 17) alors qu'on commençait à conduire les bestiaux dans le salins. — u Cat. Deag. cuit. 10 et 11 : crûtes et sirpea stercoi ariae. Cf. Plin. H. nat. XVIII, 62 : arbores stercorare. — Plin. //. nat.

Nord18 : il est donc facile de comprendre pourquoi fes Romains donnèrent le plus grand soin à ce procédé empirique de nitrification du sol.

Les légumineuses sont les seules plantes à cultiver comme engrais vert, et parmi les légumineuses, c’est le lupin et les vesces 19 qui fournissent le plus d’azote d’après les analyses de Wollf. Aussi, le lupin est-il la plante de prédilection de tous les agronomes latins, et Pline en fait un éloge un peu oratoire20. Le lupin cultivé par les anciens, en Italie, est le lupin blanc (L. albus, l.) 21 . Aujourd’hui, dans les pays où la sécheresse n’est pas à craindre, les Italiens le sèment en mai et l’enterrent à la fin de l’été ; dans d’autres provinces, on sème en septembre pour le retourner à la fin d’avril. D’après Pline, on semait en septembre et on récoltait en septembre : mais, comme engrais vert, on l’enfouissait dès la seconde floraison, dans les terres sablonneuses et, lors de la troisième floraison dans les terres argileuses. L’un des plus grands avantages que présente cette plante, c’est qu’on peut répandre la graine sur un terrain moissonné et parmi les chaumes: c’est la seule culture qu’on puisse faire sans labour et qui réussisse sur un sol couvert de feuilles, de broussailles et de ronces 22.

Marnage. — Ce système ne fut pratiqué ni par les Grecs23, ni parles Romains. C’est une méthode de culture spéciale aux peuples de race celtique et Pline dit fort bien : ratio quant Britannia et Gallia invenere... quod genus vacant margam n. Il n’y a que dans la Grande- Bretagne et en France où l’on trouve d’anciennes marnières26. Les marnes se distinguaient par leur contexture ressemblant à l’argile, argillacea ; au tuf, tofacea\ au sable, arenacea ; ou par la couleur : alba , dont la plus estimée était la glissotnarga, son effet durait trente ans; vu fa, dont la meilleure se nommait acaunumarga et fertilisait les champs pour cinquante ans. Quant à la marne colombine, que les Gaulois nommaient eg/ecopala , elle ne se délitait pas à l’air mais se clivait en minces lamelles 2(i. Il es! certain que toutes ces matières ne peuvent pas être considérées comme de la marne , ces substances, qui amendent les terres pour trente ou cinquante ans, étaient certainement des phosphates dont les gisements sont assez nombreux en France27.

XVII, 5. — 13 De ag. cuit. 38. — H Virg. Gcorg . I, 84; cf. Colum. Il, 15, 4; Geopon . XII, 4. — 1° De ag. cuit. 30 et ap. Plin. H. nat. XVII, G, 5; cf. Varr. B. rust. 1,53 et II, 2. où il indique trois motifs pour admettre ce système : t" engraisser les moutons des épis tombés ; 2° fumer la terre ; 3° broyer les chaumes sous les pieds des hôtes. — t6 Cat. O. c. VI, 3. — 17 Plioe semble donner une origine historique ( EL . nat. XVIII, 40), mais le texte n'est pas assez clair. — Munlz et Girard, Les engrais, I, p. 473. — 10 Segetem stercorant fniges : lupinum, faba, uicia : Cat. De ag. cuit. 37 et ap. Plin. H. nat. XVII, 7. — 20 Plin. XVIII, 36.

— 21 Lenz, Botanik der ait. Gr. und Boni. p. 713. La plante que les Grecs

nomment 6eç;xô;, ^ouirfvcç, Xouuiuàptov, Xou jjkitoGvi est le L. hirsutus de Linné d’après B. Langkavel (Bot. der sp. Griechen , p. 4). Cependant, Fraasa reconnu le L. angustifolius, L. dans le a^yt« Xoiinva, que l’on trouve en dehors du Magne et de la Tzaconic ( Synops . flor. classic. 18Tü, 51). — 22 plin. //. nat. X Vil 1 , 3G ; cf. XV, 7,

5 ; XXII, 74, l sq. ; XXIII, 40, 1 ; Cat. De ag. cuit. 34, 37, 54; Varr. De r. rust. I,

13, 3 et 53, 3. Colum. Il, 10, 1 ; Virgil. (reorg. I, 75, etc. — 23 Le leucargillou

dont parle Pline (//. nat. XVII) et que les- Mégariens employaient pour la culture des concombres, ne constitue pas le maruage au sens propre; cf. Theophr. Dec.pl. II, 50, 4; H. pl. II, 8, 5. — 21 Plin. fi. nat. XVII. 4; cf. Varr. B. rust. I, 7.

— 23 « On trouve encore, dans noire pays, de nombreuses excavations représenlaul les marnières ouvertes par les Gaulois, et l’on peut couslater qu’on allait clieiçher la précieuse matière jusqu'à 30 mètres de profondeur. » F. Berthault, Dict. d'Agricult. de Barrai et Sagnier, 1889, s. v. marnage. Pline dit que les Bretons creusaient des puits qui avaient généralement 100 pieds de profondeur (//. nat. XVII, 4, 4).

— 26 Plin. H. nat. XVII, 4, 5. — 27 Sur le nombre et l’importance de ces gisements, cf. la communication de M. Daubrée à la Société nationale d’agriculture de France (1889) et, depuis, La statist. de l ind. minér. en Fi'ance publiée par le ministère des Travaux publics, où I ou peut trouver les éléments nécessaires pour élucider le texte de Pline.

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Chciulage. — Ce système n’était employé que par les Piétons et les Êduens1, probablement sur les schistes primitifs de la Gatine et du Morvan. En Italie, on ne chaulait que la vigne et les oliviers2.

Amendements arénaeés et argileux. — L Espagnol Columelle en avait appris les avantages chez son oncle paternel M. Columella, qui mêlait de l'argile aux terres sablonneuses, du sable aux sols argileux et trop compactes 3. Pline qualifie ce système de dementia et il ajoute : Quid potest sperare qui talem colit Ÿ Ce qui montre assez combien peu les Romains comprenaient la pratique des amendements et les idées fausses qu ils avaient sur les qualités et la nature du sol.

I. Agriculture. — Elle a pour but la production des céréales [frumentaI des plantes légumières cultivées en plein champ [villa rustica], et des plantes textiles.

Opérations agricoles : Labour, aratio. C est la première et la plus importante de toutes. Elle consiste, comme l’a très bien dit Virgile, à ameublir le sol.

Et cui putre solum namque hoc imitamur arando'. Pour saisir toute la portée de ce putre solum et de putris gleba 5, il faut se souvenir que les anciens n’ensemencaient guère que ces plaines et ces vallées argileuses où se trouve le pinguis humus 6,qui correspond à la Tùeipa y-ij des Grecs; qu’après la récolte, ce sol, compacte de sa nature, foulé par les pieds des moissonneurs, durci par le soleil de l’été, forme une masse impénétrable que l’on ne peut, en certains pays, entamer avec nos plus fortes charrues traînées par cinq ou six paires de bœufs. C’est seulement après les pluies d’hiver et les gelées qu’on peut labourer de telles terres1 ; et il faut plusieurs laçons successives pour ameublir le sol. De là. est venu 1 usage forcé de lajachère dont les Grecs ontméconnu le principe.

Les Romains, qui n’attachaient à la jachère aucune idée superstitieuse ou religieuse, voulurent profiter de ces fortes averses, qui tombent parfois en été, pour labourer leurs champs de tuf. Mais alors se présenta ce curieux phénomène de la terre gâtée que Caton nomme cariosa terra 8 et que Pline ne semble pas avoir connu 1 ; son explication n’a fait que susciter de nombreuses hypothèses. Caton dit ceci : « N’essayez pas de labourer après ces pluies d’été ou d’automne qui ne font que mouiller la surface du sol. Votre terre deviendrait stérile pour trois ans. Si vous avez carié votre champ, n’y conduisez aucun troupeau, aucune voiture. » C’est à Adr. de Gasparin que l’on doit l’explication de ce phénomène qu’il a

1 Plin. Ibid. — 2 Coluin. De r. rust. 11, IG. — 3 Plin. H. nat. XVII, 3, 12.

— 4 Georg. 11, 204 et apud Colum. Il, 2. — 5 Virg. Georg. 1, 44; cf. Aen. VIII 5%, jjuMs campus; Propert. IV, 3, 39, putris tellus. - 6 Cf. Colum. Il 1; age'r pinguis ac putris. - 9 Cf. Plia. U. nat. XVII, 3, 3 et .2 : quum siccus est arabilem tauris. post imbres Mi asello. - « 3 ; 34 et 37. - 9 Pl,n. H. nat XVII, 3 9 SrPliue avait compris la question, il n'en aurait pas parlé dans ce chapitre du livre XVII, mais an livre XVIII. 49, après ces mois: sulco varia ne ares. A Dickson (De Vagr. des anc. 1802, 1. p. 394-397) a bien vu l'erreur, sans expliquer, toutefois, ce qu'est une terre cariée. Palladius rapporte le dire de Caton avec réserve ; fertur... asseritur... (II, 3). L'hypothèse que M. Olck donne comme vra.semhlabie (Pauly-Wissowa, fl. Encycl. s. v. Ackerbau, p. 281) n'a aucun fondement.

- 10 J'ai vainement cherché dans lequel de ses nombreux mémoires Ad. de Gasparin a décrit cette observation que l'on trouve résumée dans la Maison rustique du XIX* siècle, 1833, I, p. 105. « Un labour imprudent produit un elle* que l'on désigne dans ce pavs (la Provence) par l’expression de gâter la terre. Il consiste dans* la sortie d'une multitude de mauvaises herbes, principalement de coquelicots et de erucirères, plantes à graines oléagineuses qui épuisent beaucoup le sol et le couvrent pour plusieurs années de leurs semences abondantes. .. — 11 M. F. Bertliault professeur à Grignon, parle d'une infécondité de trois ans ; Dict. d agne. de Barrai et Saunier, 1889, III, p. 412 s. v. Labour. Je ne sais pourquoi n. W. Ramsay, ni M. A.-S. Wilkins ( Smitbs diction, of greekand rom. antiq.. s. v. Agncultura), ni IL Olck ‘O. c. ), pour ne citer que les plus récents, ne mentionnent l’opinion des agronomes français et nexpliquenl la cariosa terra de Caton par la terra guasta

vu se produire en Provence10. D’après M. RerthauR, on peut l’observer dans toutes les régions de la France11.

En principe, on devait attendre le printemps12 pour faire le premier labour qui consiste à fendre le sol, proscindereu. C’était encore l’opinion de Caton, qui recommandait de commencer par les terres calcaires ou sablonneuses et de terminer par les champs argileux u. Mais, par suite des changements survenus dans les méthodes de culture et de l’aménagement en prés des sols trop compactes, on arriva à faire le labour de défoncemenL vers les calendes d’octobre16 et même vers la première moitié d’août, dans les plaines humides16, les terres calcaires, légères11 des pays où l’on n’a pas à redouter la prolifération des crucifères et autres plantes nuisibles18. 11 fallait faire ce premier labour très profond19 et ne pas se contenter d’égratigner le sol (perstr ingère) 20, comme on y était contraint dans les terres pauvres et maigres. solum exile et rnacrum 21 .

Un homme pouvait labourer un actus , soit une douzaine d’ares (12,591) dans sa journée22; c’était l’habitude dans le centre de l’Italie et probablement dans la Bétique, où Columelle va prendre tous ses exemples; mais Pline, qui connaît mieux les environs de Naples, dit qu’on pouvait labourer le double en un jour23, il est vrai qu’au pied du Vésuve, la terre est si meuble qu’on peut faire tirer la charrue par une vache ou un âne2’’. La règle était de tracer un sillon de 120 pieds d’une seule traite, uno impetu justo ; mais, à la tournée, on laissait les bœuls reprendre haleine; on leur faisait boire, à chacun, un double setier de vin 25 et on éloignait le joug des épaules pour éviter les plaies26. Le villicus devait surveiller si les sillons avaient la profondeur voulue, si on n’avait pas laissé de bans, scamnum 21, lira 28 dissimulés sous la terre renversée parla charrue, sous fados, porca2'1 ou terguni de Virgile 30.

Le second labour avait pour but de renverser ces ados ou arêtes culminantes des sillons, mais plus spécialement, de briser les grosses mottes de terre, gleba , qui recouvraient le guéret, navale 31 . Pour cela, on le faisait transversalement au premier 32. Cette opération, que l’on désignait par le verbe o ffr ingéré™ , avait lieu vers le 21 juin ; on était forcé, dans le nouveau système, delà faire quinze jours après le premier labour, c’est-à-dire en septembre 31 . Du temps de Palladius, on se contentait d’une façon à la main, avec la dolabrai&. C’est à ce deuxième labour que les anciens Romains attachaient le plus d’importance, car

o urrobbiala (N. Tommaseo.-B. Bellini, Di::, del. Un g. Ital. (Naples, 18ii9| s. ti. Guasto, 13.) des paysans italiens, la terra gasto des Provençaux. — 12 Virg. Georg. 1, 43-46. — 13 Varr. De r. rust. 1, 29. — H De ag. cuit. 131. Pline s’est inspiré de ce passage (B. nat. X VIII, 49, 1). — 1° Colum. Il, 11. ’r’ Ib. 4.

17 pün- 0'C m XVI II , 49, 1. — 18 C’est par crainte de ces plantes que Vairon conseille de se conformer à l’ancienne coutume et de faire le premier labour au printemps (B. rust. 1, 27). 19 Colum. Il, 2. Pline demande trois quarts de pied (221 milli¬

mètres) : justum est proscindi sulco dodrantali {O. c. XVlll, 49, 3). — 20 Cic. De

leg. agr. Il, 25. 21 Ib. — 22 Colum. II, 12, qui ajoute encore cette restriction, si

facilis est terra. 23 H. nat. XVlll, 49, 3 ; mais il admet également le proscindi

semissem. —24 Varr. De r. rust. I. 20. — 25 Colum. II, 3. — 26 ]h. Ces plaies devaient être d’autant plus fréquentes que les bœufs étaient attelés plus court, ardissime (Plin. O. c. XVlll, 49, 2). — 27 Colum. II, 2; Plin. //. nat. XVlll, 49, 2. Ces bancs étaient plus fréquents dans les terres fouies au ligo (Colum. III, 13).%— 2» Ib.

j| 4 29 Varr. Lxnq . I. v. 39, qui donne le mot pour une contraction de pro-

tecla ( s.-e . terra). — 30 Georg. I, 97. — 31 Varr. Ling. I. VI, 59, où ce qu'il dit est plus exact quo son explication du V, 39 ; De r. rust. I, 29 ; cf. Virg. Georg. 1,

71 32 plin. //. nat. XVIII, 49, 5, où il dit aratione per transversum iteraia

bien que précédemment (Ib. 3) il ait écrit mox et obliquis subigi debet. — 33 Varr. B. rust. I, 29 et 32, où il explique offnngere par ut frangantur glebas. — 3'* Les deux, dates sont donuées par Colum. Il, 4 et 11. — 3o Pallad. II, 3. Mais cctir coutume de remplacer le second labour par un travail à la main existait déjà du temps de Virgile. Georg. I, 93 et 94, mis en parallèle avec le labourage, 97-99

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ou devait prendre garde de gâter la terre en labourant un sol rendu humide par les orages d'été1 ; on devait bien enterrer le fumier épandu sur le sol; enlever les pierres, lapides omnes egerito2 ; bien briser les mottes, les pulvériser et rendre inutile l’opération nommée occatio". Et cependant ces multiples opérations exigeaient moitié moins de temps que le premier labour de défoncement 4.

Le troisième labour se faisait non pas comme chez les Grecs, avant les semailles, mais après, jacto semine 5. Cette façon que l’on nommait lirare °, avait pour but d’enterrer la semence, de raffermir le sol et de creuser des rigoles pour l’écoulement des eaux fluviales. On attachait à la charrue une poutre, tabula 7, sorte de ploutre primitive, ou des planches, tabe/lae*. On pouvait se servir encore d’une claie, crûtes 9 , d’une herse (crûtes dentata )10, ou du rastrum".

Le labourage, qui fut longtemps la principale occupation des Romains, a donné un certain nombre de métaphores qui sont restées dans les langues romanes : arare versus'-, praevaricari l3, delirare'* , etc.

Semailles ( satio ). — Elles avaient lieu à des époques différentes selon le climat, la nature du sol et le genre de la plante. En général, cependant, on semait en automne ;

un peu plus tôt, dans les terres sèches15; d’abord l’orge, ensuite le blé, bien que les calendriers agricoles portent pour novembre sementes triticariae el hordiar 1S. La coutume indiquée par Varron était de commencer les semailles au 23 septembre et de les continuer pendant les quatrevingt-onze jours suivants pour avoir terminé le travail au 22 décembre17.

Dans la campagne romaine, on semait, par jugère, \ modii de fèves; 3 de blé; 6 d'orge ou 10 d’épeautre18, 4 de mil ou de panic, 10 de lupin l9. On semait plus dans les sols argileux, moins dans les terres calcaires ou sablonneuses20, selon le principe de Xénophon. Les grains destinés à l’ensemencement étaient choisis avec soin pour

I Colum. U, 4. — 2 Id. II, 11. — 3 Id. IL, 4. — 4 Ib. Plin. H. nat. XVIII, 49, 3. — 5 Varr. De r. rust. I, 29. — <’ Ib. ; Colum. II, 2; Plin. XVIII, 49, 5. — 7 Ib. — 8 Varr. R. rust. I, 29. — 9 Plin. L. c. — 1° Ib. — U Ib.

— 12 M. Bréal. Rev. des Études gr. 1890, p. 127. - 13 Plin, R. nat. XVIII, 49, 4.

— 14 Ib. 5. — is Cat. De ag. cuit. 34. — IC C. i. I. VI, p. 637-039. — 17 Varr. R. rust. I, 33. Virgile ( Georg . I, 206-230) donne les dates des semailles pour les différentes plantes : l’orge, le lin et le pavot, depuis l'équinoxe jusqu'aux pluies de novembre ; le blé et l’épeautre, au coucher des Pléiades, vers le IXe jour des calendes d’octobre ; les légumineuses, depuis le coucher du Bouvier jusqu’aux frimas, novembre-décembre ; la fève et la luzerne, au printemps ; le millet, au commencement de la canicule. — 18 Varr. R. rust. I, 4t. — 19 Plin. U. nat. XVIII, 55, qui reproduit les données précédentes de Varron. — 20 pijn. Ib. — 2! Virg. Georg. I, 197-203 ; Plin. XVIII, 5i, 1. — 22 Virgil. Georg. I, 193-196. — 2:1 perret, Les Catacombes de Rome. V, pl. m. —21 Plin. R. nat. XVIII, 49, 5; Virg. Ceorg. I, 95. — 23 Colum. Il, 2. — 26 Virgil. Georg. 1, 103; Cic. Senecl. 15 ; Plin.

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éviter la dégénérescence de la race21. On leur faisaitméme subir certaines préparations 22 dans le but de prévenir l’apparition et le développement des champignons parasites, carie, charbon, ergot, etc.

Les Romains, comme les Grecs>, semaient à la volée

Hersage ( occatio ). — Cette opération que l’on faisait avec la claie d’osier, crûtes viminea. la herse à dent de fer, crûtes dentata , avait lieu à deux époques distinctes : 1° après le second labour, quand il restait de grosses mottes24 ; parfois même, sur les sols naturellement meubles, elle remplaçait ce deuxième labour25; 2° après les semailles, quand on ne pouvait labourer, lirare™. A défaut de herse, les petits cultivateurs employaient la dolabra 27 ou le rastrum à plusieurs dents28.

Binage ( sarritio , sarilio, sartio). — Cette opération que les' Italiens nomment sarchialura est, à proprement parler, le binage de nos agronomes20. Columelle recommande de le faire quand le blé n’a encore que quatre ou cinq feuilles30 el les calendriers l’indiquent parmi les opérations à effectuer en février 21 . Le binage a pour but d’ameublir le sol, de détruire les mauvaises herbes, d’éclaircir les semis trop drus 32, de rechausser les céréales pour leur permettre de mieux taller. Pline conseille de biner deux fois le blé, l’orge, l’épeautre et les fèves 33. C’est également l’avis de Columelle qui compte un jour par jugère, soit deux jours pour les deux façons 3k. Cependant, Varron prétend que cette opération était très discutée par les agronomes35.

Sarclage ( runcatio ). — Cette façon qui se donnait au mois de mai36, quand le blé est sur le point de montrer ses tuyaux et ses épis37, avait pour but d’arracher toutes les plantes parasites dont les plus importantes sont énumérées par Virgile38. On l’exécutait à la main, mais, quand les champs étaient infestés de chardons, de ronces ou de plantes acaules, on employait les arculum ou le runco30.

Moisson (rnessio). — D’après les deux calendriers agricoles trouvés dans l’Italie centrale, la moisson de l’orge et des fèves avait lieu en juillet et celle du blé et de l’épeautre en août40. Le jour précis variait avec l’état de l’atmosphère et les conditions météorologiques du précédent mois. Columelle recommande bien, lorsque le moment est arrivé, de ne pas remettre l’opération au lendemain41 ; on verrait alors les épis s’entr’ouvrir et les grains tomber à terre.

D’après Varron, les Romains moissonnaient le blé à mi-hauteur, comme les Grecs. Ce procédé n’est peut-être indiqué que pour donner une étymologie à messis : a quo medio messemdictam puto 42. En général, comme le montrent divers monuments de l’époque impériale 43, on coupait, stringereu , les épis aussi hautque possible pour

XVIII, 49, 5. — 27 Pallad. II, 3. — 28 Virg. Georg. I, 94; Plin. XVIII, 49, 5.

— 29 G. Heuzé, Les plant, alim. I, p. 203. — 30 D. rust. 1, 9; Plin. XVIII, G5, 4.

— 31 C. i. I. VI, p. 637 et 638. — 32 Luxuriem segetum tenera depascit in herba-, Virg. Georg. I, 112. — 33 ff, nat. XVIII, 1, où il emploie la forme sarculatio que l’on trouve également dans Palladius, III, 24. — 34- De r. rust. 11,2. — 35 Varr. De r. rust. II, 12. — 36 i . VI, p. 637 et 638. — 37 Quum seges in articulo est ; Plin. XVIII, 50, 1. - 38 Georg. I, 152-154. - 39 pallad. I, 43,4; cf. Isid. Origin. XX, 14, 5. — 40 C. i. I. VI, p. 637 et 639. — 41 D. rust. II, 21, cf. Plin. XVIII, 72, 2 ; Oraculum vero biduo celerius messem facere potius quam biduo serins. —42 Dc% r. rust. I, 50. — 43 C'est ainsi que moissonnent des soldats représentés sur la colonne Trajane; l'rœhner, Col Traj. pl. clxu ; cf. (fig. 2863); Bottari, Scult. e pit tare sagre, I ; Vign. du titre, el dans des peintures ; Bottari, U. c. pl. xi.vjii ; Anth. Bich, Dict. des Antiq. rom. 1861. s. v. Messor et Manipulus ; Garrucci, Stor. d. arte crist. Pitture, pl. xxi. — 41 Virg. Georg. I, 317. Caton emploie Ja môme expression pour cueillir des olives; César, pour les feuilles des arbres.

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ménager la paille, éviter qu’elle ne soit brisée sur l’aire et rendue impropre aux divers usages auxquels l’employaient les Latins. Sur d’autres monuments et quelquefois sur les mêmes, on les voit coupés à mi-hauteur ou plus près de terre et mis en gerbes (fig. 5979, 5980). Ordinairement on jetait les épis dans une corbeille, cor bis 1 et

on les portait sur l’aire. En somme, les Romains moissonnaient les céréales exactement comme nous vendangeons.

Ce n’est qu’après la cueillette des épis, qu’on fauchait ou qu’on sapait la paille, on la javelait, puis on la bottelait, in manipulos colligare'2, pour la conserver en meule, acervus , ou en grenier. Dans la précédente figure, ce sont des tiges avec leurs épis qui sont ainsi rassem¬

blées. Sur un sarcophage 3 les moissonneurs, armés de faucilles à manche, saisissent à pleine main des gerbes déjà étêtées par les coupeurs.

C’était également la méthode employée dans le Picenum, mais au lieu d’employer la faucille, on se servait d’un instrument spécial décrit par Varron 4. Le procédé ombrien était tout opposé : on commençait par couper le blé rez terre, puis on détachait les épis de la paille et on les transportait sur l’aire dans une corbeille 3. En Gaule, on se servait d’une moissonneuse portée sur deux roues 6 ; ailleurs, on coupait les épis avec une paire de ciseaux, inter duas mergites \ La diversité des méthodes ne provenait pas seulement des coutumes locales, mais aussi, au dire de Pline, de l’étendue des domaines et de la cherté de la main-d’œuvre8.

Battage et dépiquage (triluratio) . — Les Romains

1 Bollari, Ilomn soterr. I, 11; Bosio, Roma sotterranea, p. 139; Garrucci, f). I. Sarcofagi, pl. cccxxu. — 2 Blin. H. nat. XVIII, 72, 3 pour le bottelagc du chaume, si la paille manque. — 3 Arch. Zeituny , 1861, pl. cxlviii, p. 145; Garrucci, Aîuseo Lateran. pl. xxxu, i, p. 53. — '* R. rust. 1, 50. — *> lb. — 6 Plin. XVIII, 72, 1. — 7 lb. — 8 lb. 3.-9 Varr. R. rust. I, 51, 2. — 10 Colum. Il, 21. H Blin. XVIII, 72, 2, alibi ( messis ) perticis flayellatur. — 12 De ag. cuit. 129. 13 Georg. I. 178-186. — U Varr. I)e r. rust. I, 50. Columelle parle également de faire nettoyer le grain sous un hangar, s'il pleut (II, 21). — *a Colum.

Il, 21. 16 Plin. XVIII, 44, 4. — U lb. 54. En France, pour se débarrasser de

la moutarde des champs (5. amenais, L.l, on a recours à un travail spécial qui revient à 12 ou 15 francs par hectare (G. Heuzé. O. c. 1, p. 220). ■ — 18 Plin.

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avaient plusieurs procédés pour faire sortir le grain des épis : 1° Le dépiquage ou foulage employé par les Grecs.

Le battage avec des traîneaux [traua, tribulum].3° Le battage avec des rouleaux garnis de dents saillantes et fixés dans le cadre d’un traîneau. Ce cadre était traîné par deux bœufs que conduisait un homme assis à égale distance du cylindre d’avant et du cylindre d’arrière3. Cet appareil, que l’on trouve encore en usage dans le Liban, se nommait ploslellum punicum. 4° Le battage au fléau, cum baculis 10, perticis 11 ; c’est la flagellatio .

Tous ces procédés s’exécutaient au dehors, et non dans des granges. On battait les grains sur des aires dont le mode de construction est indiqué, en détail, par Caton12 et par Virgile13. Dans la vallée piémontaise du Tanaro, les aires étaient couvertes d’une toiture u.

Nettoyage du grain, vantage (ventilatio). — Ce moyen était le plus habituel et il ne semble pas avoir différé de celui que nous avons vu employer par les Grecs; en Italie, il fallait attendre que le Favonius soufflât doucement . Si l’air se maintenait au calme pendant plusieurs jours, on devait présager une tempête qui perdrait la récolte, et on nettoyait le grain par le vannage15 [vannus].

Maladies des céréales et plantes nuisibles. — La maladie que les Romains, comme les Grecs, redoutaient le plus, est la rouille, rubigo 10. Pour en préserver leurs céréales, on célébrait la fête des robigalia.

A propos de la cariosa terra de Caton et de Columelle, nous avons vu qu’un labour intempestif pouvait faire germer un grand nombre de crucifères qui épuisenl le sol. La plus commune et la plus redoutable est la moutarde ( sinapis alba, L .), senape bianca , « dont il est difficile de délivrer le sol parce que la graine qui tombe germe aussitôt17 ». Une autre plante qui, parfois, peut devenir très nuisible, est le coquelicot, papaver erraticum de Pline18. Quand la température est chaude et humide, il prend un tel développement qu’il étouffe les blés d’automne et qu’on ne peut s’en débarrasser même par des sarclages spéciaux qu’on nomme dans la Pouille spapaverare ou spapernare. Le coquelicot est représenté dans les peintures de Pompéi 19, ainsi qu’une autre plante nuisible, la coquelourde 20 ( agrostemma gitliago , L.), gottone , qui est de la même famille que la lychnis (d. coronaria, L.) que Pline nomme fleur de Jupiter21.

Rotations. — Dans l’agriculture grecque, les champs restaient en jachère pendant plus d’un an, quinze ou seize mois. Les Romains essayèrent de supprimer celle cause do diminution de revenus et de faire alterner la culture des céréales avec celle d’autres plantes qu’ils considéraient comme moins épuisantes22. La terre qu’on laissait, « se reposer par le seul changement de production23 »,se nommait restibilis'21. Virgile donne plusieurs exemples de mutations25 : alterner le blé avec des plantes légumières ou celles-ci avec le lin, l’avoine20 ou le pavot. Pline27, après Columelle28, indique trois autres rota-

XX, 19. — 19 Nos 12, 13, 14 et 15 de la salle l au Musée nat. de Naples. — 20 Sur une mosaïque de la maison du l'aune au Musée de Naples. — 21 plin, H. nat. XXI, 39, 1. — 22 Varr. R. rust. I, 44. — 23 Virgil. Georg. 1, 82. — 24- Varr. De lin//, lat. V, 39. — 26 Virgil. Georg. 1, 71 84. — 26 Ce passage de Virgile montre <|W c’est à tort qu’on a prétendu que l’on ne cultivait pas l’avoine (A. sativa , L.) en Italie, tout au moins dans la Gaule Cisalpine et les environs de Mantouc, alors qu’on la retrouve chez les Lacustres suisses du bronze (llecr, Pflanz. der Pfahlb. p. R, fig. 21). La remarque de Pline, XVIII, 44, 1, prouve seulement que les Komains n’en mangeaient pas ; cf. Galen. De alim. fac. I, 14, p. 522, éd. Kuhn «< L’avoine sert d'aliment aux animaux cl uon aux hommes. » — 27 //. nat. XVI II, 52. — 28 De r. rust. 11.

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lions pour les terres meubles, argileuses ou légères.

’ Culture des céréales [frumenta].

Légumineuses [villa rustica].

Plantes textiles : 1° Lin [linum], — 2° Chanvre , ' cannabis — En Italie, on cultivait le chanvre aux environs de Rosea1 2, dans le pays des Sabins. On semait au printemps, quand le Favonius commençait à souffler. On récoltait la graine à l’équinoxe de septembre, et on arrachait la plante après les vendanges. Plus la plante était semée drue, plus la tige était fine et haute. Le chanvre de Rosea avait la grandeur d’un arbre, mais ce pays, très humide, passait, bien qu’oh n’y cultivât point les céréales, pour être d’une merveilleuse ferlilité depuis que César Vopiscus, plaidant sa cause devant les censeurs, avait dit qu’en une nuit l’herbe y croissait de l’épaisseur d’une perche 3.

IL Arboriculture. — Théophraste connaît tous les arbres fruitiers de l’antiquité ; mais nous ne voyons les Grecs, à aucune époque de leur histoire4 S, chercher à acclimater, dans leur pays, les arbres qu’ils avaient pu voir en Asie, bien que les Perses leur eussent, maintes fois, montré le moyen de cultiver de nouvelles plantes L Les Romains, au contraire, étaient avides de nouveautés, et c’est à eux que l’on doit la connaissance et l’introduction, dans notre Occident, de beaucoup d’arbres asiatiques ou africains. On sait le prix fabuleux que l’on donnait à Rome, sous la République, pour avoir des arbres rares6 *, et le revenu considérable que l’on tirait parfois de l’arboriculture ’.

Principaux arbres cultivés : 1° La vigne , dont la culture est mise au premier degré de l’échelle des revenus par Caton 8 [vinum].

2° L 'olivier, qu’il place au quatrième rang [oleumJ.

3° Le figuier', c’était l’arbre sacré des Romains, comme l’olivier était celui dés Athéniens. Déjà du temps de Caton, on cultivait, dans l’Italie centrale9, au moins six races ou variétés de figuier. Les marisques, mariscae , que l’on plantait dans les terrains crayeux ou découverts ; les figues d’hiver, les télanes noires à long pédicule, les africaines, les herculanées et les sagonlines que l’on cultivait dans une terre argileuse et fumée10. A l’époque de Pline, les variétés s’étaient considérablement multipliées, car beaucoup de personnes étaient désireuses de donner leur nom à des races nouvelles 11 . Mais les caractères de ces variétés sont si minimes qu’il est difficile de les différencier sur les figues sèches trouvées à Pompéi12 ou sur les peintures qui représentent ces fruits 13.

4° Pommier [cibaria, p. 1151]. — Sa culture paraît très ancienne en Italie. M. Sordelli 14 a trouvé dans les palalittes du lac de Lagozza, et M. Ragazzoni dans le dépôt de Bardello (N.-O. du lac Varèse), des pommes qui semblent plus grosses que celles qu’on trouve dans les dépôts

1 Varr. De T. rust. I, 23 ■ Colum. II, 10, lî, 21. — 2 Plin. XIX, 50. — 3 Cal.

De a(j . cuit. 7 ; Plin. XVII, 3, 7. — 4 Ch. Jorct a étudié les plantes que fil con¬

naître, à la Grèce, l'expédition d’Alexandre ( Journal des savants , 1904), mais on

ne trouve nulle part le résultat pralique de ces connaissances nouvelles, si ce n'est 1 introduction d’un citronnier dans l’Attique. — 5 Cf. Bull. cor. Iiel. XIII, p. 529

ST Inscription do Magnésie du Méandre donnant le texte d’une lettre de Darius ;

cf. Xcnopli. Oecon. IV; Polyb, X, 28. — 6 Pljn. H. nat. XVII, I. — 7 11 y avait,

dans la banlieue de Rome, des arbres qui donnaient un revenu annuel de 2 000 ses¬

terces (Plin. L. c.). — 8 De ag. cuit. 17. — 9 Tout ce qu'écrit Caton se rapporte

spécialement aux environs de Rome comme l’a démontré Nitzch ( Zeitsch . [. <1.

Alterthumwiss. III, 1845, p. 493). — 10 Cat. De ag. cuit. 8. — U Sunt et auctorum

nomina iis , Liviae, Pompeiae ; Plin. XV, 19, lb. 15. — 12 Or. Cornes, Illustras,

dette piante rappresent. nei dipinti Pompe i. Naples, 1879, p. 30. — 13 Pitt. di

Dr calai w e cont. Naples, 1757, I, pl .’ xi, xxn, xxxvm, xlvu ; II, pl. xxv ; V, pi-.

lacustres de la Suisse1". On les conservait entières ou coupées en tranches longitudinales que l’on faisait sécher pour l’hiver. Du temps de Caton 16, ces fruits étaient conservés dans des tonneaux, in doliis. Le pommier, se greffant facilement ou recevant, comme sujet, la greffe d’un autre arbre11, on voit le grand nombre de variétés que l’on a pu obtenir en cultivant sur des terrains différents ces petites pommes sauvages qui existaient encore en Italie à l’époque de Pline 18.

5° Poirier [cibaria, p. 1151], — Nos agronomes conseillent aux jardiniers de se borner, commercialement, à la culture d’une dizaine de races de poiriers pour avoir des fruits à vendre depuis le mois de juillet jusqu’en mai et de laisser aux amateurs le soin de collectionner les trop nombreuses variétés qui existent19. Il en était de même à Rome où la passion de la pomologie faisait essayer toutes les créations que l’on peut obtenir par les semis ou la greffe20. Une peinture de la maison de Mars et Vénus, à Pompéi 21 , représente des rameaux de poirier avec les feuilles et les fruits ; une autre peinture, dans le triclinium de la maison de Sirieus ou Salve Lucrum , représente des poires22 comparables à celles d’une mosaïque trouvée dans la maison du Faune 2S.

6° Cognassier [cibaria, p. 1151]. — Cultivé tant pour ses fruits que comme porte-greffe du poirier et du pommier24 .

On plantait tous ces arbres à pépins, non seulement dans des vergers, mais aussi dans les champs emblavés 25, comme on le fait encore dans le système campanien que l’on peut observer entre Gaëte et Sorrente.

Les arbres fruitiers à noyau, nuclei, étaient cultivés dans les vergers ou les prés; ils appartiennent, presque tous, à la tribu des prunées et forment les nombreuses races ou variétés des pruniers, pêchers, abricotiers, amandiers, cerisiers, etc. [cibaria, p. 1152],

Multiplication et reproduction. — Virgile divise les modes de reproduction en deux classes : 1° modes naturels, hos natura modos primum dédit 26 ; 2° modes artificiels, quos ipsevia repperit usus 27.

l°Les premiers sont subdivisés en trois : a. semis, s ponte x«o28, c’est le moyen dont on se contentait pour l’osier, le genêt, le peuplier, le saule, etc. 29 ; b. semis àla volée, ou plutôt, en lignes, posito de semine 30 (châtaigniers, chênes, etc. 31) ; c. drageons, pullulât ab radice™ , moyen de reproduction de l’orme, du cerisier, du laurier33.

2° Les modes artificiels se subdivisent également en trois : a. bout-ures simples, prises sur des rameaux d’antan 34 et boutures en plancon, formées de rameaux plus forts dont l’extrémité mise en terre est aiguisée ou fendue en quatre35; b. marcottes36 par provignage pour la vigne, et couchage pour les autres végétaux ; c. greffes, ou boutures que l’on plante, non plus dans la terre, mais sur des plantes vivantes. Virgile n’indique que deux pro-

ix ; Vil, pl. xxi, auxquelles on doit ajouter les représentations plus récentes : Casa di Sirico (Kay. Vil, Is. 12, Via XI. n° 47); Casa del gallo (n° 10, tab. I, Alt.).

— H Suite piante délia staz. délia Laggozza, p. 35; cf. Notiz. sulla staz. d. Lagozza, 1880. — 1» Heer, Die Pflanz. der Pfahlbaut. Zurich, 1865, p. 24, fig. 1-7. — 16 De ag. cuit. 143; cf. 7. — 1"? « Appius, de la famille Claudia, ayaut greffé le cognassier sur le pommier de Scandius, le fruit qui en résulte porte le nom d'appien. » (Plin. H. nat. XV, 15, I, trad. Littré.) — 18 L. c. 3. Le malum de Virgile (Duc, 111, 64) est la |pomme vulgaire, comme le dit fort biei^ Bubaui ( Flor . Virgil. p. 77). — *9 P. de M. quarante poires, p. 7. — 20 plin. XV, 16 et 17 ; Virgil. Georg. II, 88. — 21 O. Cornes, O. c ■ p. 63. — 22 76. — 23 Pitt. di Ercol. I, pl. xiii. — 24 Plin. XV, 18, 2. — 25 Cat. De ag. cuit. 37 : IVucleos in segetem ne indideris. — 26 Georg. II, 20. — 27 lb. 22. — 28 Jb. il. — 29 lb. 10-13.

— 30 76. 14. — 31 76. 15. — 32 76. 16. — 33 76. 17. — 34 /6. 18 et 23. — 35 76.

24 et 25. — 36 76. 26 et 27.

ans

cédés : la greffe par œil, ocu/os imponere ' et la greffe par rameaux, inserere3. Caton3 fournit déjà un grand nombre de renseignements techniques et précis sur les différentes greffes : l'un de ses procédés a même été remis en honneur par M. Cazalis-Allut, eta permis, au siècle dernier, de conserver notre vieille race des muscats de Frontignan.

La reproduction des arbres avait lieu dans des pépinières, seminarium plantarium entourées d’une bonne clôture, bêchées au bipalium , épierrées avec soin, souvent sarclées. Les jeunes plants étaient espacés d’un pied et demi en tous sens 6 et on les protégeait contre les rayons solaires par des paillassons ou des claies de Figuier placés à hauteur d’homme1.

La transplantation avait lieu au printemps 8 ; avant de déplanter, on poussait le soin jusqu’à marquer, sur l'écorce du sujet, le côté exposé au nord pour que la plante fût remise dans la même orientation9.

La profondeur, fastigium, des trous de plantation, scrobis , variait avec la nature et la force de l’arbre; mais quelle que fût la plante, on recouvrait les racines de fumier, on jetait de la terre, et on formait la couche superficielle avec des coquilles ou des pierres spongieuses pour empêcher l’argile de se durcir au soleil10.

III. Zootechnie. — On a prétendu que «l’ère historique en Italie, ne connaît plus les peuples pasteurs 11 ». L’assertion est probable au sujet des Étrusques, mais elle reste hypothétique pour les colonies grecques, qui inventèrent la poésie bucolique. Quant aux peuples italiotes, il est certain que la plupart d’entre eux ont continué jusqu’à nos jours à ne vivre que de l’industrie pastorale. Tous les automnes, de grands troupeaux de bœufs descendent de la Sabine pour passer l’hiver dans la campagne romaine; d'immenses troupeaux de bœufs et de moutons transhument des Apennins et vont hiverner sur ces plateaux argileux qu’on nomme tavolierc du Capitanate. Fr. Lenormant parle de troupeaux, punta , qui comptent généralement dix mille têtes et il rappelle qu’à la fin du xvic siècle, plus de quatre millions de bêtes à laine venaient ainsi, chaque hiver, dans la plaine de Foggia

Cette coutume est antérieure aux Espagnols, aux Normands et aux Byzantins. Vouloir la supprimer, comme l’essayèrent les Français au commencement du siècle dernier, ce serait ruiner tous les habitants de l’Apennin, des Abruzzes, région où la culture des céréales est impossible, où la neige séjourne six mois de l’année, où l’on n’a d'autre ressource que les châtaignes et l'industrie pastorale qui y est fort prospère en été. Les Romains ont toléré cette transhumance et l’ont réglementée par une loi des censeurs, lege censoria13. Mais elle est plus

1 Virg. Georg. Il, 74-70. — 2 Ib. 76-79. — 3 De agr. cuit. 40 ei 42. — 4 Cat. De ay. cuit. 46; Varr. De ling. lat. V, 37. — 5 Plin. H . nat. XV, 1,2. — 6 Cat. De ag. cuit. 46. - 7 /6. 48. — » Virgil. Georg. II, 315-322. — 9 Ib. II, 269- 171. 10 H . 346-354. — H Mommsen. Hist. rom. 1863, I, p. 248. — 12 Fr. Lenormant. A travers l’Apulie et la Lucarne , 1883, I, p. 17-33. — *3 \ arr. De r. rust. II, 1, qui donne de nombreux détails; cf. Horal. Epod. I, 27 et 28. Ce n’est donc pas, comme on l’a dit, Alfonse d Aragon qui « transplanta ainsi de la Sierra Nevada dans les plaines de l’Apulie, la mesta espagnole avec tous ses inconvénients politiques, économiques et moraux ». A. -J. du Pays, Itinéraire de Vital, et de la Sicile. 1869, II, p. 367. — *4 Hist. des Rom. I, page xciv de l’introduct. — 15 Th. Mommsen reconnaît que les « bandes samnites laissent subsister les villes grecques ». (Hist. rom. 11, p. 148 de l’édit, franc.). — 16 Sur la route de Capoue à Reggio, il y avait un ager publicus que le consul P. Popillius fit céder par les pasteurs aux agriculteurs ; C. i. I. X, I, n» 0950 : Eidemque primus fecei ut de agro poplico araloribus cederent pastores. U est probable que la plaine de Mantoue (Virgil. Georg. II, 198) était une vaine pâture avant dètre mise en culture par les soldats des triumvirs. C’est du moins ce qui semble ressortir de tout le passage (195-202), des Géorgiques e L delà première églogue : errare boves (10); pascite , ut ante

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