les s’oppose,, au ^ J .««ube g^ , 6 ( l P ^ mth
- 35 P»-»- VI, 2, 2; Dittenberger 610. L 46, 59, 6-1, . . , ,
, i «R 37 Men. fr. 518, Kock. v. 3. — 38 Atli. 139 b.
Si - » I— ** *-»• «• v —5*5,"»’ ï£u
, , r<v , f. . v, r. 41 Plut. Quaest. rom. 08, lu. iV1
ZL " 7?«er, 306. 1. 5,55; 59t, 1. H ; 60,, L 3, ; 6,5 L J
* ... ni> n --Inr, Immiii'wino v cÛ -r f n nn EXOtTOjAOf;.
Recueil, u/d, J-mu, o , , . »
36 - 616 1. 61 ; 617, 1. ,5, 23 ; etc. Cf. l’expression homérique «
Hen^l^fr’îîTrîa» Bq Michôl, toc. 673; 979; Dittenberger, 001, \.
etc C Ditt. 59., L H (InUu); lliad. IV, 120 = XXIU, 873
Paus. IX, 8, 1 (î5 *»,.=.). ^s porcs qui servaient aux purifications^ ^
g“‘rrMde TmTf-*" 653, T TT ; ’ Kaibel, Epigr. j
1*6 Et, JM. m. s. n. xe,xxv« ( I str os) ; Bull, de corr. hell. XIV, Jf„,
iO.36* - 41 Chez Homère, Agamemnor , sacrifie à Zeus un n,
4U3) *8 Dittenberger, 522. - « Ibid. - -o Ditt. b!5, •
AU, 9 D; And rot. ap. AU,. 375 B. - » Audrot. L l - »■ Aristop .. HI2; Plut. Mot. 774 D ; Pelop. 22(E«v9V,v); Appian. Mithrxd. ,0; Lucan. -
Les
SAC
SAC
suivanl la nature du sacrifice et la qualité de ceux à qui on l’offrait. Un scholiaste d’Homère dit qu’on ne sacrifiait pas aux morts d’animaux blancs1; cette règle (abstraction faite des sacrifices de chevaux) semble avoir été générale; morts et héros reçoivent des victimes noires2 ; il n’y a d’exception que lorsqu’on sacrifie à un mort côç 0E(ot3. Parmi les dieux, si l’on en croit certains auteurs anciens, les dieux du ciel eussent exigé des victimes de teinte vive; les dieux chthoniens, des victimes de teinte sombre \ Cela n’est pas rigoureusement exact. Comme les morts, les déités chthoniennes reçoivent en général des victimes noires 3. Mais Hélios est le seul à qui l’on n’ait offert que des animaux clairs0. Aux autres dieux, on offrait des victimes de teintes différentes, selon que le sacrifice était destiné à reconnaître leur bienveillance ou à désarmer leur courroux1. Même dans les sacrifices expiatoires ou purificatoires, des victimes blanches furent quelquefois admises 8.
Il arrivait souvent, surtout dans les sacrifices publics, qu’on immolait plusieurs victimes à la fois. Le nombre pouvait en être très variable. Signalons quelques groupements qui ont joui d’une faveur particulière, et qui furent désignés par des vocables spéciaux. D’abord la TpiTxoîa9, dont nous avons déjà parlé ; en dehors des sacrifices accompagnant un serment, nous la voyons offerte à Apollon10, à Poséidon M, àDéméter 12, aux déesses d’Ëleusis et à lakchos13, à Asklépios14, à Hélène et aux Dioscures l5, à Héraklès16 et à Euhamérion17 quand on leur sacrifice d>ç Oeoï;, à Priape18; tous les dieux, probablement, pouvaient en recevoir l’offrande, sauf Athéna, à qui l’on n’immolait point de mâles19. En d’autres circonstances, les animaux sacrifiés étaient au nombre de douze20; ils composaient alors une Scoôsxâç ou SwBexai;21 ; citons, à titre d’exemples, les dodécades que menaient à Délos et à Delphes les théories athéniennes 22 ; ces dodécades comprenaient onze têtes de petit bétail et un bœuf, d où les noms de StoBExàç 7rp(DToSoia23, SaiSexàc PoÛ7tp(üipoç24. Plus connues que les dodécades et les trittyes sont les hécatombes23. Exactement, le mot éxaxogêr, désigne une offrande de cent bœufs. Mais il fut de bonne heure employé par abus20. D’une part, il s'appliqua à des sacrifices où l’on immolait un petit nombre de bœufs2' (quelquefois un seul bœuf28) et du menu bétail, ou même exclusivement du menu bétail29 ; d’autre
part, on appela hécatombes des offrandes qui ne comprenaient pas une centaine complète de victimes30. Inversement, le mot peut désigner des sacrifices de plus, de cent victimes, comme il s’en offrait quelquefois31. Le mot /iXiop^Y) ne se trouve qu’à une basse époque 32.
J’ai réservé, pour en parler à part, la question des sacrifices humains. Il n’est pas douteux qu’en pleine époque historique de pareils sacrifices aient existé chez les Grecs. Ainsi en Arcadie, sur la cime du Lycée, lors des fêtes de Zeus Lykaios 33 ; à Rhodes, annuellement, en l’honneur de Kronos34; à Leucade, annuellement aussi, en l’honneur d’Apollon35; en Ionie36 et à Athènes pendant les Thargélies37, en l’honneur du même Apollon; etc.38. Dans les trois derniers cas, la qualité du dieu à qui les victimes étaient offertes (Apollon Katharsios) et les noms qu elles portaient ( 7repi'Wjf/.aTo< , ®«pp.axoi ou xaOipjxaTa) indiquent bien l’intention des sacrifices39; dans les autres cas, il doit s’agir de même de sacrifices purificatoires ou sacrifices-rançons. A une époque antérieure, le retour périodique de pareils sacrifices avait été vraisemblablement plus fréquent40. On discerne, dans le rituel de ceux qui subsistèrent, la réprobation de ce qu'ils avaient de barbare ou le souci d’en atténuer l’horreur : en Arcadie, le sacrificateur des Lykaia devait s’exiler après la cérémonie, comme un meurtrier ; à Athènes, à Rhodes, à Leucade, on prenait pour victimes des criminels, qui avaient mérité la mort; à Rhodes, le patient était enivré avant de marcher au supplice ; à Leucade, où on le précipitait du haut d’un rocher dans la mer, des précautions étaient prises pour amortir sa chute, des barques se tenaient prêtes pour le repêcher s’il ne se tuait pas en tombant et pour le conduire hors du pays. Ailleurs, le sacrifice humain n’a persisté, si l’on peut ainsi dire, que sous une forme réduite: par exemple à Halai, où, lors des fêtes d’Artémis Taurique, un homme était blessé à la gorge d’un coup d’épée41 ; à Sparte, où la diamaslif/ôsis des jeunes garçons autour de l’autel d’Artémis Orthia s’est substituée peut-être à une immolation42. Ailleurs , enfin, des victimes animales ont pris la place des victimes humaines. On nous le dit nettement dans certains cas43 Ou bien cela s’exprime par de bizarres pratiques traditionnelles. A Ténédos, une vache qui avait mis bas était soignée comme une femme en couches; le veau, avant d’être immolé à Dionysos, était chaussé de cothur-
1 Schol. 11. XXIII, 30. - 2 Qd. X, 527 ; XI, 32; Eurip. El. 516; Plu Arist. 21 ; Strab. VI, p. 284 ; Paus. V, 13, 2;-X, 29, 1; Philostr. lier. XE P- 743 ; etc. - 3 PJiilostr. fier. XIX, p. 741. — 4 Eus. Praep. evartg. IV, 2; Aruob. Adv. nat. VII, 10. — 5 lliad. Il, 103 (Gaia) ; Plut. Luc. 10 (Pliér pliatta); Quacst. sympos. VI, 8, 1 (Boubrostis) ; Appian. Mithrid. 75; Arislop Ban. 847 (les vents) ; Schol. Œd. Col. 42 (les Euménides) ; Kaibel, Epigr. 10; (Suchaitès); Diltenberger, 615 (Gé Cbthonié, Zeus Chthonios) ; v. Proll, Fast "" 26 B, 1. 17-18 (Gé). — 6 11. III, 103; lnscr. gr. XII. 1, 892; Philostr. fie ‘ *’ P' 300 ' — 1 A Poséidon, par exemple, nous voyons offrir tantôt di victimes noires ( Od . III, 6, avec la scholie de Uidyme ; cf. Cornu lus, vspt çùx. 6sS Unt6t des hanches (Dittenberger, 615, 1. 5 et 10 ; Pind. Ol. XIII, 69), tant, des fauves (Pind. Pylh. IV, 205). — 8 Aristoph. fr. 204 Kock ; Diog. L. I, I IC teulu i0ei , 653, 1. 67. 9 Appelée aussi xpixxôa, xpixxùa, xptxxùç. Sur ces diversi
ormes, ci. Dittenberger, 20, note 11. — 10 Etym. m. p. 768,17 (Istros); cf. Boeckl orpus, 1688. - il Od. XI, 130. - Ulnscr.gr. I, 534. — 13 Dittenberger, 20,
■ ; lnscr. gr. I, 5. H Arist. Plut. 820. - 15 Eusl. Ad Od. I, 399. — 10 Dio, (LT ” PaUS- ’ 7- - 18 [Theocr.J Epigr. 4, 16 sq. - U N eue Jahr.
I ), p. 330. 20 Cf. il. VI, 308, d'où il ressort que les dodécades n'étaiei
pas^ nécessairement, comme les trittyes, formées de victimes mâles. - 21 Hesycl • V. U («via (Ouiriav x»|v t« SùStx a uçitwv; les autres explications proposées soi n aisistes ; cf. Bull, de corr. helt. XXX, p. 300-307) ; Euslath., p. 1386, 48 ; 167i
XXX ,4<Li * C°”'' ^ XX"1 (,899)’ P' 85 stI- ' XXVI" (*904), p. 171-17;
1 P' 306 ST- Autres exemples de dodécades il Delphes : Dittenberee
«8 1. ,99-200 ; 281, 1.9. - 23 Bull, de corr.hell. XXX, p. 311, n» 00. - 24 ibU *6, n 02, 63 ; Uitt. 281, 1. 9. — 25 |,es hebdomades ou groupes de soj
vin.
victimes, dont on a prétendu discerner la mention dans quelques textes altérés, n’existèrent probablement jamais ( Hernies , XXXVIII,. 1903, p. 568 sq.).
— 26 D’où l’opportuniié.de formules comme celle-ci ; txaxépS,;» xv,r ôvxi Oùuaç xcG où 4euSoivù[uo; (Ath. 3 D). — 27 lliad. I, 315-316; Soph. Trach. 760-762. — 23 ’Exax’ Poùitpoupoç ; cf. Hesych. s. u. ; Plut. Quaest. sympos. IV, 4, 2, 10; Dittenberger, 281, 1. 8. — 29 lliad. IV, ,20 XXIII, 873. Cf. l’emploi abusif de 6ou6vxeïv (Arist. Plut. 819; etc.). - 30 U. VI, 93 et 115; Od. 59; cf. 7-8. Une x.^rvea Sxaxùp?, n'est rien autre chose qu’une hécatombe d’animaux adultes (Neue Jahrb. 131, p. 103). — 31 Diod. XI, 72; Isocr. Areop. 29 ; Plut. De malign. Herod. 20.
— 32 Eust. Ad 11. p. 49, 4; Ad Od. p. 1454, 26 ; Julian, p. 214 A ; Theodoret. p. 282 Gaisf. — 33 Paus. VIII, 38, 5; Porph. De abstin. 11, 27. — 34 Porph. O. I. II, 54.
— 36 strab. X. p, 452. — 36 Uipponax, fr. 37 Bergk4. - 37 Harpokrat. s. b. cpaojJiaxôç. Cf. Schol. Aristoph. Equit. 1136; Ran. 730 ; Plut. 454; Suid. s. c. oapuaxd!: Hellad. ap. Phot. Bibl. 279, p. 534; Tzetz. Chil. V, 726 sq. La périodicité des sacrifices humains des Thargélies a été contestée par Stengel, Hernies , XXII (1687), p. 89-93. — 38 Cf. Plat. Leg. 782 C; Alin. 315 C. — 39 De même l’expression de Strabon à propos des sacrifices de Leucade : 4xoxfoi:?s
— 40 Voir les exemples réunis par Maury, Beligions de la Grèce , 11, p. 101-102.
— 41 Eurip. Iph. T. 1458 sq. Sur les Agrioma de Béotie, cf. Plut. Quaest. Gr. 38. 42 Paus. III, 16, 7; Philostr. T if, Apoll. VI, 20, 2. L usage de la .diamas'tigâsis
a toutefois été expliqué autrement ; cf. S. Reinach, Cultes , mythes et religions, I, p. 173 sq. — 43 A Hotniai, Dionysos, disait-on, avait autorisé le remplacement du sacrifice annuel d'un bel enfant par celui d'une chèvre (Paus. IX, 8, I). En Achaïe, on gardait le souvenir de sacrifices humains qui, avec le temps, avaient disparu, sans compensation semble-t-il (Paus. VU, 19, 2-3).
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nés, el le prêtre qui 1 immolait devait fuir, après le sacrifice, jusqu’au fiord de la mer, poursuivi à coups de pierres par l’assistance ; probablement, au lieu d un veau, les Ténédiens avaient jadis immolé un enfant1. En dehors des sacrifices périodiques, beaucoup de sacrifices humains nous sont connus parla fable. Ce sont ordinairement des sacrifices-rançons, moyennant lesquels on achetait une heureuse traversée, un succès militaire, la fin d’une famine, d’une épidémie, d’un fléau quelconque2; tel le sacrifice d'enfants accompli par Ménélas en Égypte3; tels les sacrifices d’Iphigénie*, de Polyxène5, de Macarie6, de Ménécée1, de Kodros8, des filles de Léos3, des filles d’Érechtheus *°, des filles d’Antipoinos11, de la fille d’Aristodème <2, etc. Ce sont aussi des' sacrifices purificatoires, comme celui qu aurait accompli Épiménide à Athènes13, ou ceux qui furent réclamés, dans de pareilles circonstances, à Sparte'* et a Syracuse15. Les auteurs grecs qui ont parlé de ces sacrifices les ont qualifiés sévèrement 16. Et l’histoire ne nous fait connaître, à partir du ve siècle, presqu’aucun incident du même genre. Avant Salamine, à 1 instigation d’un devin fanatique, Thémistocle, si 1 on en croit Plutarque, dut sacrifier à Dionysos Omestès trois prisonniers persans11. Agésilas, au moment de passer en Asie, reçut en songe l’ordre d’offrir un sacrifice humain , mais, se rappelant l’histoire d’Iphigénie, il se tira d affaire en sacrifiant une biche 18. Pélopidas, avant la bataille de Leuctres, vit dans son sommeil les filles de Skédasos qui réclamèrent l’offrande d’une vierge blonde , cette fois encore, grâce à l’ingéniosité du devin Théokritos, le sacrifice humain fut évité ; et, en guise de vierge blonde , on immola une cavale 13.
Parmi les offrandes non sanglantes (6ûsx)20, les gâteaux
ou pâtisseries au sens large du mot méritent, vu leur fréquence, d'être mentionnés au premier rang. On les
, , a | / 99 *\ . /23 .I.u.mm ^ « Ariïr ^3
nommait -oTrava41, TicuaaTa
as toi26, u.a!la'.27
2, iteXavot23, '}ac<7T7.24, çÔoïç
, èXaTàipsç28, àp£<7T7ipsç 23 , uyieta30, vaaroç31 , etc.
Un de ces noms, itsXavo;, appelle quelques mots d explication. Tantôtil désigne une pâtisserie solide, une espèce de
gâteau plat, de crêpe 32 ; tantôt une bouillie, une pâte quasiliquide, susceptible d’être répandue comme une libation Assez probablement, le ireXavôç, sous ces deux formes, correspond à deux âges dans l’histoire des céréales, ou plutôt de l’usage que l’humanité en sut faire ; le «eXa vd; liquide est un souvenir de la période où l’on ignorait encore la fabrication du pain34. Le ireXavdi; contenait ordinairement du miel3" ; et il s offrait le plus souvent aux divinités infernales36. Ces deux caractères le rapprochent d’une espèce de gâteaux nommés geXiToùTTai ; ce sont des jasXiToîiTTai qu’on donnait au serpent d’Athéna sur l’Acropole d’Athènes31 ; les clients de Trophonios en tenaient a la main38 ; etles morts en emportaient avec eux pour les jeter à Cerbère33. Citons encore une bouillie de farine et de lait nommée yaXaljta, qu’on offrait à la Mère des Dieux . La forme des gâteaux solides pouvait être très variée En outre de gâteaux reproduisant l’aspect d’un animal 41, il y avait des gâteaux en forme de broches, c’est-à-dire allongés, qu’on appelait ôëeÀiat, et qui s offraient à Dionysos43 ; il y avait des gâteaux en forme de lune (aeXrr vat)44, des gâteaux ronds autour desquels on plantait de petites torches et qu’on offraità Artémis Mounychia4", il y avait des gâteaux en forme d’arc, de flèche, de lyre, destinés à Apollon46; il y en avait en forme d’autels47, d’autres en forme de cônes (irupap.t8e<;) pour les dieux chthoniens et les morts48 ; il y en avait qui représentaient les parties sexuelles de l'homme ou de la femme , etc. Parfois, ils devaient avoir des renflements (àpopaXoî) en nombre déterminé60; et la disposition, le plus ou moins de hauteur de ces renflements pouvaient être réglementés51. De même le volume des gâteaux, ou la quantité de farine qui servait à les fabriquer 52. IleXavdç ou gâteaux accompagnaient souvent une victime animale a titre d’offrandes accessoires63. Ou bien, avant d’offrir à tel ou tel dieu un sacrifice sanglant, on devait les offrir préalablement à quelque autre"*.
Des offrandes de légumes et de fruits sont assez souvent mentionnées. A Mykalessos en Béotie, Déméter recevait chaque automne osa h campai itétpuxev r, yr\ cpepeiv"". En
1 Aelian. Hist. anim. XII, 34. Rapprocher l'histoire d'Héraklès offrant a Artémis Mounvchia une chèvre habillée en jeune fille (Paroemiogr. graec,
I „ Wi). — * Eurip. El. 1024 sq. ; Plut. De clef. orac. 14; Phylarch. ap. Porph. De abstin. 11, 56 = Euseb. Praep. evang. IV, 156 D. - 3 Herod. III, 4 Stasinos. Kypria ; Aesch. Ag. 214 (wruvAvepo; !««.): 4418 e „iua 4rilW. - 5 Eurip. ffee. 539 sq.; 900 sq. ; 1289 sq.; etc. Peut-être, chez les épiques ( lliupers,, ), le sacrifice avait-il pour but de salisfa.re lame
du héros par l'offrande d'une part de butin. Toutefois, quand le poète repré¬
sente Néoptolème invitant l'ombre d'Aclulle à venir bo.re le sang de la jeune lille fv 533 sq , M prête à la société héroïque une sauvagerie de fantaisie cL FeslscJflfür glander, p. 416-4,7). - • Eurip. Heracl. 408 sq. 7 Eurip. Phoenic. 890 sq. ; Apoll. III, 0, 7. - 8 Lyc. C. Leocr 86 sq
9 [Demi. Epitaph. 29; Phanodem. ap. Phot. s. ». A,.,«?.ov. - [Uenij.
Evita,, h 27; Lye. C. Leocr. 99; Apoll. III, 15, 4 ; Suid. s. ». «*«*•>• - Paus. J .- , ,> Paus IV 9, 2 et 5. Cf. Plut. Paraît 20. - « = Neantli. ap. Alli. 002 CD; Diog. L. I, 1 10. - *'• Plut. Parait 33. - <8 Plut. Parait 19 ; J. Lydus, .De meus n 113 — tS'Avbpvî (Aesch. Ag. 149); ««fàvopo;, (tint. Pelop. - ),
9vei« (Pans. VU, 19, 3; cf. Eur. Iph. T. 465). - H PI uC 27, cm 13 ; Arist 9 (d'après Phauias d'Érésos ; l'anecdote n'est pas contée par Hérodote .- 1» Plut.
- « Plut. Pelop. 20-22. -20 Cf. Hermes, XXVll (1892), p. 447-44 . 21 Arist. Thesm. 285; Diog. L. VIII, 13 ; Lucien. Katapl. 2; Michel, Reçue,., 092; Dittenberger 2, 631 ; etc. - 23 Paus. I, 26, 6; VIII,. 2 1 1; Schol. Thuç , ,„6. elc 23 Eurip. Ion. 226 ; Hel. 1334; Arist. Plut. 661 el schol. Ad L Apoll- Rl>- IV. 71 12 ; Herond. ilim. IV, 91 ; Paus. VIII, 2. I ; Dittenberger, 20. 1 36 ;
, ,s0 ,s4 agi ■ 628 ; etc. Des scholiastes ou lexicographes confondent les
»u : » **&**», xw. P. **3). - «
Plut 138 et schol. 137-138 |<Wvi» Al «v?iv; «^vqaivo.
,, ,3 .(„»), 1115 ; Antiph. fr. 206 Kock ; Herond. Mim. IV, 92 ; Anth. pal.
Y |7 VI 190 191, 300; Ath. 660 A ; 672 C; Suidas, s. ». ; Hesych. s. ». ; etc. J 25 À ri si Plat. 677; Dittenberger, 616, 1. 31, 38; etc. - 26 Dittenberger 616, | 48 — 21 Paus. III, 23, 5; VI, 20, 2. - 2» Suidas et Hesych. s. ». ; Schol.
Arist. Eqv.il. ,181; Ach. 246; Dittenberger, 439 et n. 7 ; 617. - ^ Poltux, VI, 76 ; Bekker Anecd >15, s. ». ; Michel, Recueil , 676 ; Dittenberger, 631.
Üso Polfux VI, 76 ; Herond. V IV, 94, - » Michel, 692. - 32 Hesycln ». et! a»<ri.t 1W-); Suid. s. ». *.*««« et
Sannyrion (fr. i Kock), te est assimilé aux «««, qu. sont une bouillie
d’orge (Eranos Vindobonensis. p. 378). Le mot m..h s emploie abusive e parlant d’huile ou de sang qui coule ; Aesch Péri , 816; Ap. % -Choep 9 (c 87 et 149)- Eum. 265 (cf. 304 sq.) ; Eurip. Aie. Sol: Or. 220, mes. 4.16. ü 34 Hermes. XXIX (1894), p. 285. - 36 Ibid. p. 625-626. - 36 Aux mêmes qm proscrivaient les libations do vin (Hermes, XXIX, p. 288) : Aeseh. Per s. -04 5 3 Eurip fr. 912 Nauck ; Apoll. Rhod, IV, 712 ; Pans. 1, 26, 5 ; Porph De j 29; Suid. s. ». Bouçpovia ; Hesych. e. ». A, «A» ; etc Mais I ollux 76) : JJt zoiw'i * .»T.-;cf. Eur. Hipp. ,47 i Aesch. Ap. 9 : Dion tlalic II 74 - 37 Herod. VIII, 41: cf. Hesych. s. ». otx.up*»
IX 39 5- Pollux, VI, 76; Arist. Nuh. 507-508. Cf. Inscr. gr. VII, 3055, L 1-/.
39 Suid. s. ». ; Schol. Aristoph. Lys. 601. - 4» Bekker, Anecd p. *î9 :
.... 4v0..,vn (cf. A. Mommsen, Fesle der St. Ath. p. 449 , Jnsci .
Tu Z'i.Z cf. Hesych. p. 333. -«Sur un autel du
Pirée'f Dittenberger, 631), l'aspect réglementaire des *iTOva prescrits était représent
1 a ■ il ir ni — 42 Schol Tliuc. I, 126; Michel, Recueil, 692 (0ou* par U\T™0 lux V 76 Ï «Z r,.v „^«)i Miller, Ranges, p. 377
C'Tl’Z ï ète. Cf. Z/emes, XXXVIII (.903), p. 57 3-574. - 43 Pollux, VI 75 — 44 Pollux, VI. 76; Suid. S. ». Avmrtato., pwi soSopo;, <rsXi(,«i , Hesyc l. s.
V J ;. Eurip fr. 350 Nauck. - « Poil. VI, 75; Ath. 645 A; Pbileni. fr 67 Kock. ü W steph. Byz. a. ». ,*«,«. - « Dittenberger, 631. - 48 Collection Sabouroff, P / , . . ' 49 Atli 647 A. — 50 Michel, Rec. 692 ; Inscr. gr.
T^TZl 'r md. . dui spatio media piano dvodecini
^IbiUei marginales, y. Prêt.) ; ^ Zi
, j \ o pn.i vi 75 • Michel, 692; Dittenberger, 439 , 6 L * . — von
SAC
Arcadie, on apportait en don dans le temple de Despoina de tous les fruits comestibles que produisaient des arbres, les grenades exceptées1. A Trëzène, Poséidon recevait les prémices des récoltes2. De même, à Théra, la Mère des dieux3. Fruits, légumes et graines pouvaient être offerts à la divinité dans des xépvY, ou xépvoi, c’est-âdire des plats divisés en compartiments4. Les Delphiens, pendant les Théoxénia, offraient à Léto des poireaux6. A Patrai, au cours d’une fête locale, on déposait des couronnes d'épis près de la statue d'Artémis6. En Attique, lors des Pyanepsia, on faisait cuire des légumes (Ssitpta), principalement des fèves (ituavot) 7 , qu'on offrait à Apollon 8 ; une branche d'olivier décorée de bandelettes et à laquelle pendaient des fruits, des pains, des fioles pleines de vin, d’huile, de miel, l 'eirésioné, était portée processionnellement au temple du dieu et placée à la porte9. Pareilles offrandes se reproduisaient au moment des Thargélies 10. Aux Oschophories, des pampres chargés de grappes étaient offerts à Dionysos et à Athéna Skiras11. Sur les autels de l’Altis, les Ëléens, une fois tous les mois, déposaient des rameaux d’oliviers12. Des rayons de miel sont mentionnés dans plusieurs inscriptions liturgiques13; à Phigalie, on en apportait sur l’autel de Déméter. avec des fruits et de la laine brute14. Nous entendons parler aussi de fromages, de gâteaux au fromage 16.
Les libations formaient une autre classe, très importante, d’offrandes non sanglantes. On les désignait, en en général, par le mot <T7tov8at. Lorsqu’elles s’adressaient aux morts, leur nom était yoou16; s’appelaient également yoat , ou XoiSaî, les libations faites en l’honneur de certaines divinités chthoniennes l7. Des libations accompagnaient presque tous les sacrifices 18. Elles constituaient parfois le sacrifice à elles seules. De même que l’homme pieux abandonnait à la divinité une part des animaux qu’il tuait pour sa subsistance, de même il répandait"en son honneur quelques gouttes de ce qu’il buvait19. Les symposia commençaient par une libation 20 en l’honneur de 1” AyaQbç oaujjuov ou d’Hygieia21, etchacun des cratères que vidaient les convives était dédié à un dieu, ou bien à un héros, qui en avait les prémices22. C’étaient le
1 Paus. VIII, 37, 4. — 2 Plut. Thés. 6 init. — 3 Ditlenberger, 630. — '* Polem. ap. Atli. 470 E; 478 C. - 8 Ath. 372 A. - 6 Paus. VIII, 20, I. Cr. Himer. Orat. VU. 2. — 7 D’0ù )e uorû de ja fèLe et du mois Pyauepsion ; Poil. VI, 61; Photius s. v. nuavoi; Suid. s. o. «tj,<riùvri, Ttuavlipa. — * Plut. Thés. 22.
— 9 Plut. L. l.\ Schol. Arist. Equit. 729; Plut. 1034; Eust. Ad II. XXII, A93, p. 1280; Suid. s. v. c!o£a-cd>ov; ; etc. ; cf. Maunhardt, Wald-und Feldkulte. p. 214 sq. Dans plusieurs textes, l‘elptffiœvYi est attribuée à Hélios et aux Heures; cf. Porph. De abst. II. 7. - <0 Sch. Arist. II. Ll. \ Suid. s. v.
— 11 proclus ap. Phot. Bibl. p. 322 Bekk. — 12 Paus. V, 13, 6. — 13 Dit-
tenberger, 631; Inscr. gr. II, 1662 ; 1667. — H Paus. VIII, 42, 5. Môme association dans un fragment du Polyidos de Sophocle, cité par Porphyre, De (ibstin. II, H). Dans l’inscription Michel, 692, est prescrite l’offrande d’une tovx«ç,(« a Zeus Géôrgos. — 16 Od. IX, 232; [Xeu.] Resp. Laced. Il, 9; Alexis, lr’ 196 Kock; Ath. 638 D; Michel, 1001, I. 36-37 ; ’At^vaiov, I (1872), p. 257; Ditlenberger, 616, 1. 49; Sitzungsber. der Wiener Akad. 1893, 23. — 16 Eust. Ad Od. X, 518. Cf. le titre Choéphores ; Lucien. De luctu , 9; etc. Quelquefois, surtout chez les poètes, les libations aux morts sont appelées Xoi8«[ (Soph. El. S2), (Ibid. 895), pool (Eur. Bel. 1587), (Ap. Rh. I, 1075; Paus. IX,
h- - ” Eurip. Jph. T. 169; fr. 912 Nauck2. - 18 Cf. ci-dessous, § III.
— 19 /L VI, 258-260; VII, 480; Od. III, 395 = VII, 184; Plat. Phed. 117 B; ti. s8 B, Plaut. Cure. 125 sq. ; etc. Rapprocher les libations d’eau des
compagnons d’Ulysse, Od. XII, 362. - 20 Xenophan. fr. 1; Eurip. Ion , 1032 sq. ;
at. fr. 69 Kock; Aristoph. Vesp. 1217 sq. ; Xen. Bellen. IV, 7, 2; Plat. Symp.
I'- ’ 7 " A ; etc. - 21 Ath. 486 F, 693 DE; Pollux, VI, 100; Schol. Arist. Eq. 85 ; ec. Cl. V. Fritte, De libatione, p. 40-45. — 22 Pollux, VI, J 5 ; Schol. Pind.
ou. \, iyt Schol. Plat. Phileb. p. 383; etc. Les titulaires de ces libations successwes n'ont pas été les mômes à toute époque; cf. v. Fritze, O. I. p. 45 sq.
’ s«w*A« TÉgvcv ; Eur. Bel. 1233; cf. Diels, Sibill. Blàtter , p. 72 sq. A rele- 581 1 expression courante svoivov «où evoçxov : Corpus , 2554; 255 5. — 24 Thuc.
plus souvent des libations isolées qui solennisaient les serments : d’où l’expression <77rov8àç TroteüjOat (ou même tnrovôiç réfiveiv) pour signifier « conclure une trêve, faire la paix »23. Dans le culte des morts aussi, des libations s’étaient substituées pour l’ordinaire, pendant l’âge classique, aux sacrifices de victimes: on y ajoutait de temps en temps des gâteaux ou des fruits24; mais cela même était rare. D’autres exemples de libations isolées se trouvent en grand nombre dans les textes et les inscriptions. Qu’il suffise de rappeler les libations qu’OEdipe, dans Œdipe à Colone, offre aux Euménides 26 ; les libations qui accompagnèrent la prière solennelle, lorsque la Hotte athénienne leva l’ancre pour la Sicile26 ; les libations à Pan, à Priape, aux Nymphes et autres divinités agrestes, dont il est question assez souvent chez les poètes bucoliques et dans les épigrammes de Y Anthologie2'’ ; etc.28. Ce qui servait le plus habituellement aux libations, c’était le vin ; et le vin mêlé d’eau, tels que les "Grecs le buvaient29. Quelquefois, cependant, les libations devaient être de vin pur, <nrov8at axparoi ; c’était le cas, par exemple, pour la libation que l’on faisait à table en l’honneur de l’ ’AyxOoç Saiginv30; c’étaitle cas pour les libations qui accompagnaient un serment31. On offrait aussi du vin pur aux morts32, mais non pas d’une façon régulière 33. Ou bien, au contraire, le vin était proscrit. Dans Œdipe u Colone , Œdipe demande de quoi il doit remplir les trois cratères qu’il offrira aux Euménides; et le chœur lui répond: uSaxo;, geAi'cay]?, f/.Y)8àirpo<jcp6psiv gétlu34. Nous avons affaire là à ce qu’on appelait (jTrovSal aotvot, oxiovooâ vvjcpàXtot, ou vqisotXia36. De telles libations étaient de règle dans le culte des dieux infernaux, à qui la joyeuse boisson des vivants inspirait de l’horreur36. Elles l’étaient dans certains autres cultes, sans que l’on puisse toujours bien comprendre pourquoi. Peut-être Mnémosyne et les Muses proscrivaient-elles le vin37, tout au moins à Athènes, parce qu’il trouble la mémoire; Éos, Séléné, Hélios38, déités de la lumière, parce qu’il obscurcit l’esprit; Aphrodite Ourania 39, parce qu’il excite l’ardeur sensuelle; et ainsi de suite40; mais ce sont là de pures hypothèses, plus subtiles que plausibles. Ailleurs, on ne peut même avancer des hypothèses de ce genre ; et il n’y
III, 58, 4; Lucian. Katapl. 2. — 23 Oed. Col. 477 sq. — 26 Thuc. VI, 32. Cf. Od. XIII, 50 sq. ; Apoll. Rhod. ï, 534. — 27 Theocr. ld. V. 53-54 ; 58-59 ; Anth. palat. VI, 44; 239 ; etc, — 28 H. VI, 259 sq. ; IX, 177 sq. ; XVIII, 221-231; Od. II, 432; XV, 149, 258; Arist. Pax , 431 sq. ; Xen. Anab. IV, 3, 13; Cyrop. VII, 1, 1 ; etc. Cf. v. Fritze, De libatione , p. 20 sq. — 29 C’est par erreur que le scholiasle au vers 1132 du Plutus (= Suidas s. v. *j).i£et XExpaixÉvq) réserve au seul Hermès les libations de vin mélangé d’eau ; cf. Dermes XVII (1882), p. 328. — 30 Ath. 675 b; Aristoph. Eq. 105-100 ; etc. — 31 11, II, 341 ; IV, 159; cf. Schol. III, 269. Apollonius de Rhodes I, 435 parle de libations de vin pur dans une description de sacrifice imitée, avec plus ou moins d’à-propos, de la description du chant 11 de Y Iliade. — 32 Lucian. De luctu , 19 ; cf. Eur. El. 551, où la libation est improvisée. — 33 plut. Arist. 21. — 3 i Oed. Col. 481. — 33 Aescli. Eum. 107 ; Schol. Soph. Oed. Col. 99- 100 (= Polem. fr. 42) et 481 ; Suidas s. v. vr.çâXio; Ou* {« ; Pollux, VI, 26 (où les Ou<nai aoivoi sont opposées aux otvôtruovSoi) ; etc. — 36 Porph. De antro Nymph. 18. Exemples: Soph. Oed. Col. L. Paus. II, 11, 4; Schol. Aescli. C. Tim. 188 (culte des Euménides); Schol. Aescli. Ay. 70 (les Moires); Paus. V, 15,6 (Despoina) ; Dion. Halic. I, 33, l (Déméter); Dittenberger, 616, 1. 34-, 37 (Zeus Polieus) ; Michel, 692 (Nephthys et Osiris, Zeus Géôrgos, Poséidon Cliamaizélos, les Vents) ; Philoch. ap. Schol. Oed. Col. 99 (les filles d’Erechtheus) ; etc. Dionysos lui-même, quand il était envisagé comme divinité infernale, principalement dans la religion des mystères, recevait des <mov$a\ aoivot (Plut. Mor. 132 F ; Philochor. L. L). D’après Porphyre (O. I. 28), on aurait fait usage de <rn. âotvoi dans les évocations des morts ; contra Od. XI, 27. — 37 Polem. fr. 42 ( = Sch. Oed. Col. 100) ; cf. Plut. Conv. Vil Sap. 13 (p. 156 D) ; Porph. De antro Nymph. 7 ; Dittenberger, 631. Les libations de vin offertes à table (Pind. Isthm. V, 12; Plut. Afor. 164 D; Ath. 503 F) doivent être mises ici hors de cause. — 38 Polem. L. I. ; .Phylarch. ap. Ath. 693 E; Dittenberger, 631. — 39 Polem. L. /.; Empedocl. ap. Ath. 510 D: Porph. De abst. II, 21; Anth. pal. V, 226. — 40 Cf. Neue Jahrbücher , 133 (1887), p. 651.
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a qu’à constater les faits1. Les vrçcpâXta jouaient également un rôle dans les cérémonies de purification, qu’il s’agit de purifier un homme'2 ou un sanctuaire3. De quoi se composaient les awjvSoù aoivot ? Parmi elles, nous trouvons à citer quelques libations d’eau4. Mais la plus répandue était le geXi'xpaiTov, mélange de lait et de miel". Ce breuvage, usité en dehors du culte [mel, p. 1705] 6, servait surtout, probablement, à fortifier les enfants et à réconforter les malades7 ; ce qui explique qu’on l’ait offert aux morts5, conçus comme des êtres débiles, comme des ombres sans force9. Le gsXîxpotTov jouait un rôle important dans le culte des divinités infernales10. On l’offrait également aux Nymphes et aux divinités de la campagne , peut-être parce que les éléments dont il était formé faisaient partie du luxe des campagnards11 * * V. Et à d’autres encore12. En plus de l’eau, du lait et du miel, les a7tovSoù aotvoc pouvaient comporter de l’huile. Dans les sacrifices ordinaires, l’huile ne servait qu’à activer la flamme qui consumait les chairs de la victime ; dans le culte des morts 13, elle faisait partie des libations
Une dernière catégorie d’offrande comprenait les parfums (6uex chez les auteurs postérieurs à Homère, Oju!xij.xTa).ll en était brûlé pendant les sacrifices sanglants, pour combattre la mauvaise odeur des chairs grillées et des os calcinés. Ou bien ils accompagnaient d’autres offrandes non sanglantes, gâteaux, fruits, libations 1 ". Ou bien ils constituaient tout le sacrifice à eux seuls 16 : ainsi, notamment, dans le culte domestique1 \ et dans le rituel de certaines sectes18. Primitivement, les Grecs employèrent soit le bois soit les baies d’une espèce d arbre indigène, une sorte de cèdre qu’on appelait 9ùov'-. A partir du vne siècle , ils employèrent des aromates d’Orient, de l’encens, de la myrrhe20, etc., dont les inventaires de quelques temples énumèrent de grandes quantités21.
III. Les rites du sacrifice. — Envisageons d’abord un sacrifice du genre que nous avons appelé propitiatoire et
comportant une victime animale. Voici comment les choses se passaient.
La cérémonie avait lieu le matin22. L autel, sur qiroi du feu brûlait23, était orné de fleurs, de couronnes, de bandelettes24 ; lors des grandes fêtes publiques, on avait pris soin de le blanchir, de le polir, d’en rendre brillante la surface25 [ara]. Les personnes qui offraient le sacrifice, à l’époque homérique, ne faisaient d’autres frais de toilette que des ablutions préalables26. A l’époque classique, elles revêtaient des vêtements blancs et se mettaientsurlatête unecouronne28 de feuillage, différent suivant les dieux à qui l’on sacrifiait [corona]. La couronne parait avoir été un symbole de pureté -J et des dispositions joyeuses sans lesquelles la pureté n est point parfaite; car, dans l’idée des Grecs,' le malheur constituait une souillure. On connaît l’histoire de Xénophon apprenant la mort de son fils pendant qu il sacrifie et déposant sa couronne ; puis la reprenant quand il sait que le jeune homme a eu une belle fin 30 ; la nouvelle d un deui 1 le souillait; en reprenant sa couronne, Xénophon veut dire qu’il ne considère plus la mort de son fils comme un malheur. La victime, elle aussi, pouvait être parée de couronnes et de bandelettes 31 ; toutefois, à ce qu il semble, on ne les lui mettait souvent sur la tête qu’au moment de l’immolation. S’il s’agissait d'un bœuf, d’une vache ou d’un taureau, assez couramment on lui dorait les cornes32. Il va de soi qu’en plus de ces parures la victime, quand c’était une grosse bête, recevait des liens qui permettaient de l’amener à l’autel sûrement. C est d’une façon tout à fait exceptionnelle que, lors de la fête athénienne des Bouphonia, on 1 attirait par 1 appât dt friandises33. En général, on lui passait des cordes, soit aux cornes, soit aux pattes (fig. 5993) 3\ soit même autour du cou, au risque de l'étrangler35. Il était sans doute de bon augure que l’animal allât où 1 on voulait sans se faire trop prier36 ; mais il fallait éviter par-dessus tout qu’il s’échappât, ce qui aurait été un présage terrifiant3'.
I Culte dos Xympl.es (Polem. L. I. ; Paus. V, 15, 0); de Zeus Hypatos à Athènes (Paus, I. 26, 6); de Sosipolis en El.de (Paus. VI, 20, 2) : des Douze Dieux à Olympie (Paus. V, 15, 6) ; d’Héroitl.éa ou Chersonèse (Diod. V, 62) ; etc.
2 Ap RI, IV, 702 sq. — 3 Paton, Inscr. of Cos, p. 8), I. 34 sq.
— 4 Od. IV, 27; XI, 28. Cf. Theophr. ap. Porph. De abst. Il, 20 (ÎSçoeiiovSa).
5 Eust. Ad Od. X, 519 : luXixoorrav ol nérl*« y»’’1 7 n ' : O . (ce
qu'il ajoute ensuite, — oi ixivxoi »«r iaàpx. xçSaa
Maxo; Tb o?Sa«, - parait être une erreur; cf. Philologue ,
XXXIX, p. 379-380; Neue Jahrbûcher, 1887, p. 653, n. IV. Cl. Porph. De antro nymph. 28 ; Aesch. Pers. 612-613; Eurip. Iph. T. 161, 163 ; Or. 1 14. Quand le lait est nommé sans le miel (Soph. El. 894; Plut. De yen. Socr. 6 ; Arxst. 21) ou le miel sans le lait (Soph. Oed. Col. 153; fr. 365 Xauck ; Theophr. L. I. : pedjxsvSa), il doit s'agir cependant du ptXlxf«cv (Neue Jahrb. L. I. n. 17). De même, on général, là où il est parlé de pud-f.-*™ (Aesch. Choeph. 15 : Eum 107 ; Paus. IX, 17, 4; etc.). — 6 Pind. Nem. III, 77 ; Antimach. fr. 18 Stoll ; Aelian. Htsl . anim. XV, 7. —7 On donnait du miel aux nouveau-nés: Schol. Arist. Thesmoph. 506 • etc Cf. Rb. Mus. LVII (1902), p. 193 et notes. — S Od. XI, 27 ; Aesch. Pers. 6 10 'sq. ; Eur. Or. 114 sq.; Iph. T. 158 sq. ; Sch. Hec. 257 ; Lucian CAar 22.
’Wvxvè x.or.va (Od. XI, 29): 4yf**i<! v«fo «9*-™» (Od. IV, 475). 10 Porph. De antro nymph. 18; Paus. Il, 11, 4; Michel, 692; Dittenberger, 610, I. 34 et 37; etc. - " Neue Jahrb. 1887, p. 650. -« Ainsi Diod. V, 62. 'n L'huile est absente des libations offertes aux dieux chthoniens ; cf. Festschnft rar Friedlânder, p. 418-419. - 14 Aesch. Pers. 616-617; Soph. fr. 366 Xauck 2 ( Polyidos) ; plut. Arist. 21; Pollux, IX, 65 ; Hesych.s. v. «ovSiiov; Ddtenberger, 877 I. 9 ; etc. Doivent être mises hors de cause les libations d huile versées sur le bûcher (lliad. XXIII, 170 sq. ; 237; XXIV, 781: Eur. Iph. T. 633 sq. ; Ka.bel Enter. 1034; etc.) ; celles-là aussi ne servaient qu’à activer la flamme. - Paus.
V 15 6 ; VI, 20, 2. - 16 Lucian. De suer. 12 ; Inschr. von Pergamon, 246, 1. 12-13. J P Hus'iod* o'p. et D. 338 ; Antiphan. fr. 206 Kock ; Plaut. Aulul. 24. — 1» Voilas hymnes orphiques. - l« Od. V, 60. - 20 Arist. Plut. 1144; Antiph fr 206 ; Paus. V 15, 6 : Lucian. De sacr. 12; Dittenberger, 734, I. o4 ; 939, 1. 16-17. etc. -21 Bo’eckh, Corpus, 2852 (Didymes), I. 58 sq. ; 5773 ; etc. — Schol. Apoll. Rh. i 587- Schol. Pind. lsthm. IV, 110; Elym. m. 468, 1. 31 sq. ; cf. Üiels, Sibill. Blütl 'er 134 Pausanias signale, comme une pratique exceptionnelle, que les gens
de Tithoréc lors de la fête d'Isis, sacrifiaient dans l'après-midi (X, 32, 9) ; le culte d'Isis était un culte exotique. - 33 Od. XIV, 422 ; Eur. El. 801 ; Iph. A. 1111, 1471. Cf Hernies , XXXII (1897), p. 246. Le feu du sacrifice, semble-t-il, ne devait être alimenté au moins dans certains cas, qu'avec des MX«, c'est-à-dire
(d'après Philochore, fr. 31 = Schol. Soph. Oed. Col. 99) sans sarments de vigne m rameaux de figuier. Çà et là, la qualité du bois était rigoureusement déterminée ; a Olympie, dans le culte de Zeus.ce devait être du peuplier blanc (Paus. V ,14, 3) ; a Sicyone, dans le culte d'Aphrodite, du genévrier (Paus. Il, 10, 4). — 3 Cf. Real Enkyk. s. v. Altar, p. 1687 (Reisch). - 23 C'étaient les opérations appelées at,Jn5, «ovWs, sur lesquelles nous renseignent des inscriptions de Délos (Bull, de corr hell XIII, 166 ; XIV, 497). — 26 Cf. Bernes, XLI (19061, p. 230. - 27 Aesch. c ctes 77 - 2»' Aesch. L. I. Plut. Dio, 28 ; Ath. 674 E; etc. Les vers 477 sq. des Thesmophoriazousai atteslent la généralité de cet usage ; une des accusatrices d'Eurinide qui, de son métier, est marchande de couronnes, déclare qu en contestai, t l'existence des dieux et l’opportunité des sacrifices le poète libre penseur l'a ruinée. Quelquefois, cependant, la couronne n'était pas obligatoire, ou même était proscrite . c'étaient des raretés que les auteurs relèvent expressément (Apollod. III, 15, 7
Pans 1(1 11 4- Ath. 137 D; Plut. Non posse suamter..., XXI, 9). - U.
Dermes, 'xLI (1906), p. 231. - 30 Diog. L. Il, 54; Plut. Mot. 119 A; 132 P.
31 Lucian De sac. 12. C'est à cette habitude d'enguirlander les victimes que
fait allusion Macarie, dans les Héraktides, lorsque, s'offrant pour être immolée, elle dit ■ tfv.puvToüv. (529). A la fin A' Iphigénie à Aulis, Kalchas couronne Iph.gen.e avant de la frapper (1567 ; cf. 1477-1478). Voir aussi Arist. IV, ,6. 256-257 - 3 21' X 294 — Od. III, 384 (cf. 438); [Plat.] Il Aie. 149 C; Dittenberger, 20, 1. 37 et 40. Dans les comptes des Amphictyons de Délos vers 375 figurent, au chapitre des dépenses, des «fvaU ,p et le salaire d'un (Dilt. 86, 1. 37). - 3 ans.
I 24 4 — 34 Allas du Journal of heltenic Studies, pl. vu. — 3a Inscr. gr. IL • 35 b 1 21 sq.; cf. Hermes , XXX (1895), p. 344, note. -36 Aesch. Ag. 1298; Plut! Luc. 24. - 37 Les liens continuaient à être nécessaires pour maintenir la victime lorsque celle-ci élaitprès de l’autel; je ne crois donc pas, avec Stengel (. Kultusallertfi ,
99 n. Il), qu'on l'en ait alors débarrassée; eu loutcis, cela ne ressort point du vers
469 A' Iphigénie en Tauride-, dans ce passage, Iphigénie, qui vient de recevoir . u bouvier Orcste et Pylade enchaînés, ordonne qu'on les détache * ..
Sm'sfffiuot; elle n'en est pas encore au moment de les sacrifier. Cf. Plut. Luc. .*■
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Si c’était un animal de petite taille, il pouvait être porté à bras (fig. 5994) 1 . Portant ou conduisant avec eux la victime, les sacrifiants se rendaient à l’autel [voir ara , fig. 427] 2 , munis d’un certain nombre d’objets : principalement d’un vase et d’une corbeille3. Le premier s’appelait, d’un nom qui en indique l’usage, yépvu]/ ; il pouvait être de diverses matières, déterminées çà et là par des règlements locaux4; il conte-
Paix, les o\<ti sont jetées à la volée jusqu’aux plus lointains spectateurs, et on leur applique le nom xptôat'9; ce seraient donc plutôt des grains intacts, ou tout au plus grossièrement concassés10: en tout cas, les olaî n étaient pas, à coup sûr, de la farine. Comme la mota Misa, elles étaient additionnées de sel n ; on l’a nié mais a tort ' Quant au couteau, qui dans la figure 599 est porté par un sacrificateur avec des broches et un
nait de 1 eau. La corbeille (xavoüv) était parfois, savonsnous par des textes d auteurs et des documents épigraphiques, en argent8 ou en métal doré6; elle conte¬
nait, nous dit Aristophane, oack;... xa’t avé^-pta xal pi/pi faV .’ ^jT8(Afxa> c est la guirlande qui doit servir à pare] a victime. Les oÀcu sont assurément des grains d’orge etd ne peut y avoir de doute que sur leur plus ou moins parfaite intégrité. Une phrase d’Hérodote, où se ii expression oùXàç xptQétov 8, inviterait à croire qu’i s agit de grains triturés. Mais, dans un passage de b
1 Gerhard, Antike Bildwertce, pi. t.xx. - 2 llydcie du Louvre, Poltier f 850 ; Pollux Y0!,'11’ ,M0]44‘ : EUr’ Iph\A' 15091 Arlst- PaX' 956 : AV
sj0 , . ’ ’ 0 ’ e^c’ EvàpjrcffOai (ou l^âp/^trSat) xavoCTv est une exprès-
m P p.‘e“™ fo,s emP'oyée pour signifier la mise en train d'un sacrifia •‘’O- Eur I ;42 ’ IPh" A U7t : Menandr- Samia< v- 7i Aesch. C. Etes,
800; Arlst T, i’ ^ ' 0n tr0uve aussi «V* 011 «'»»•«• «*•* (Eur. EL de eam' i . ' Les Prem‘èrcs locutions font allusion, je pense, à l’acte
,i jjero | c0l^e'de > les secondes, à celui de la prendre et de l’apporter.
I. 20 Js r ' S9' ~ 3 Inscr' !/r. VII. I, 303, I. 55 ; 2424; Boeckh, Corp. 2855, “c. Jph. A. 1505; Scliol. Arist. Ac/i. 242, — ^ Pax, 948. — s Herod.
maillet, ce n’est pas une fois en passant que nous le voyons placé dans la corbeille. Il en est de même dans V Electre d’Euripide13, dans un fragment du Paidarion de Platon le comique14, au début de la Vie d’Apollonius de Ti/ane par Philostrate, d’après un livre ancien sur Pythagore, etc. Et un passage de VIphigénie à Aulis atteste l’existence d’une prescription rituelle. Pour immoler Iphigénie, Kalchas va employer son épée; il la tire du fourreau; mais, avant de frapper, il la dépose pour un instant dans la corbeille10. Le couteau du sacrifice devait donc avoir voisiné avec les ôÀat ; d’après un scholiaste de la Paix, il devait même en avoir été recouvert l6.
Arrivés auprès de l’autel, les sacrifiants, portant la yépvt4' et ^ xavoOv, en faisaient le tour en marchant vers la droite. C’est ce que Trygée ordonne à son esclave (to xocvoîiv 7a6njv au xxl ttjv- y Éovrêa ireptiQc aov ptoptàv Tayéa>; èTTiSsÇtot) 47 ; c’est à quoi fait allusion Iphigénie quand elle dit: iraTTjp Iv8sçioüa0a> pcüp.ôv 1S. On prenait ensuite sur l’autel un tison (oaXoç, SaXt'ov), et on le plongeait dans l’eau de la £spv‘'j'19, ce qui était une manière de la consacrer. De nouveau, ce détail est indiqué dans la Paix20; il l’est aussi dans YHéraklès Furieux. Déjà on a tourné
I, 160. — 9 Pax, 962 sq. De meme, chez Straton ;fr. 1 Kock, v. 34-35|, le terme oIao/ùtoi est expliqué par njiSni. — 10 Suidas s. v. oùXoyùrai ; Sch. 11. I, 449.
— n Schol. Arist, Equit. 1167 (= Suidas s. u. 3W) ; Schol. H. I, 449 et Eust. Ad l. ; Scliol. Od. III. 441. Chez Straton, le cuisinier réclame le sel aussitôt après les o'iai (£. I. v, 36-39). — 12 Cf. Hernies XXIX (1894), p. 627-629. — 13 El. 810-811,
— 14 Fr. 91 Kock. — 15 Jph. Aul. 1565 sq. (,lj «avoùv ïfuaVik«ov i'6,vtv Cit.
çéoyavov, a-r.iai; xoXii» eituOev) ; cf. Hermes XXXVU (1902). p. 398-399. 16 Schol.
Arist, Pax , 948. — 17 Arist. Pax, 956-957. — 18 Jph, A. 1473-1473; cf. 1568-
1569 ; Herc. Fur. 926-927 ; Arist. Av. 958. — 19 Ath. 409 B. 20 Pax, 959; cf.
Schol. Ad t.
SAC
autour de l'autel; Héraklès tient à la main droite un tison ; il s’apprête à le plonger dans la yspvtd/ ; c’est à ce moment que le délire le saisit’. Une fois consacrée par l’immersion du tison, l'eau de layspvuj/ servait à des ablutions, à des lustrations2. Trygée dit à son esclave : aùxoç te yEpvmxou itapaSoùç x<xûx7]v (tt)V y.) s [tôt 3 ; lui-même s’est lavé, maintenant il veut faire couler de l’eau sur les mains de son compagnon. Puis l'esclave, ses ablutions terminées, jette le reste de l’eau sur les spectateurs4; c’est que, dans les sacrifices réels, on aspergeait l’assistance5. On aspergeait également la victime6. Lorsqu’Oreste, dans Iphigénie en Tauride, s’étonne de voir une jeune femme présider à des sacrifices aussi abominables que des sacrifices humains, Iphigénie explique qu’elle n’immole point elle-même les victimes : elle ne frappera pas Oresle, mais elle versera sur sa tète l’eau lustrale (yatTTjV àpupt otjv y spvéj/ofAxt) 1 . L’est à 1 aspersion de la victime que font allusion ces paroles de Trygée : osi'ou où xayliDç8. Cette aspersion, en effet, n’avait pas simplement une valeur purificatoire; on souhaitait que la victime eût l’air de consentir à être sacrifiée9 ; et on interprétait comme un signe d’adhésion de sa part un mouvement de la tête10. Quelques gouttes d’eau qu’on lui jetait sur les oreilles, ou même dans une oreille”, l'amenaient d’ordinaire à se secouer. Dès lors, tout était en règle; la victime avait consenti. Enfin, on aspergeait d'eau lustrale l’autel même; un passage de Lysistrata en fait foi, où il est dit des Grecs qu’aux fêtes panhelléniques ils aspergent les mêmes autels12. Il est, d’ailleurs, malaisé de comprendre cette cérémonie. Le feu qui brûlait sur l’autel était par lui-même purificateur 13 ; le purifier paraît bien superflu. — Aux aspersions faites avec l’eau de la /épvtvf/ sont associées, dans un grand nombre de textes, les opérations qui se faisaient avec les ôXat14. La nature de ces opérations est indiquée par deux autres noms que les oXas ont portés quelquefois, GÙXoyûx ai *3, Ttpoyéxat lfi, tous les deux composés de ys<i>. Ainsi on répandait les ôXat17. Mais sur quoi? A l’époque classique18, certainement sur l’autel, dans la flamme qui y était allumée1,9. En jetait-on aussi sur la victime? On ne saurait guère en douter20. Agatharchidès, dans un fragment transmis par Athénée, parlant des sacrifices d’anguilles qui s’accomplissaient en Béotie, dit que les Béotiens sacrifiaient ces poissons
ieoeuov xeottov tjxEsavoüvxE; /.a; xaxEuy du-svai oùXaç x’ èxxtGaA-
l Herc. Fur. 928-929. — 2 Dion. Halic. VII, 72. — 3 Arist. Pax, 961. — * Ibid.
970-672. 5 Ath. 409 B. — 6\Dion. Halic. L. I. ; Plut. Alex. 50. — 7 Iph.
T. 622. Au début de la pièce, Iphigénie raconte qu’elle s’est vue en songe toute prèle à sacrifier le dernier rejeton de sa Camille ; et elle exprime celte idée en ces termes ; uSoaiveiv aùiov <ü ; Oavoûjxsvov. — 3 Pax, 960. 9 Dans les sacrifices
humains, il était de la plus grande imporlance que la personne destinée à la mort acceptât elle-même de mourir. Cf. Eur. Deracl. 549-551; Alh. 6C2 CD ; etc. — 10 Schol. Arist. Pax , 960 ; Plut. Quaest. sympos. VIII, 8, 3, 7; De def. orac. 46; Schol. Apoll. Rhod. I. 425; Diltenberger, 616, 1. 20. — H Schol. A poil. Rh. L. I. — 12 Lys. 1129 (jxiâç ye -/éjviSo; iteptpçcuvovT tç, alffire? ÊuyyevtTç); cf.
Iph. A. 1569. — 13 Ka6àç(xcov iîjç : Eur. Iph. A. 1112; Herc. Fur. 937; Del. 869; Schol. Eur. Or. 40; etc. — ** II. 1, 449; Od. III, 445; Eur. Iph. A. 1111-1112; 1471-1472; Dera. C. Andr. 78 (= C. Timoc. 186); Apoll. Rh. I, 408 ; etc. Cf. Dermes. XXXVII ( 1902), p. 396-397. — 15 Partout chez Homère sauf Od. III, 441. L’équivalence de dXou et oùXo/ÛTat est établie par la comparaison des vers 441 et 445. — 16 La synonymie (intermittente) de oXa: et npoyÛTou ressort de cette phrase d’Hérodote (I, 160) : oûre oûXà; xpiOétuv itpô/uo-tv InoiésTo 0ewv oiStvt; cf. Dermes, XXXII (1897), p. 246-247. n^oy/ltai équivaut à oXat, par exemple dans Iph. T. 1472 ( Demes , XXXVIII 1903, p. 38, note), chez Apollonius de Rhodes, 1,425 (cf. Schol. Ad l.). D'autres fois, itjoyétaiest dit de l'eau lustrale ^cf. Schol. Apoll. Rh. L. L). — 17 Dans les passages où il est question des o’Xal, nous trouvons employés quelquefois les mots TtçoSàXX£<x0at (II. I, 458; II, 421; Od. 111, 447), onrniv (Ar. Pax, 962), pàXXeiv (Eur. Iph. A. 1111; El. 804; Apoll. Rh. I, 425). — 18 Pour l’époque homérique, les témoignages explicites fout défaut ; il est dit simplement que les assistants jettent devant eux les oXac (itooSàXovTo). Cet
Xovtsç 2 1 ; le régime indirect de ÈTuêàXXovxEç est certainement le même objet que le régime direct de (jxstpavoùvxsç; ce doivent être les anguilles, c’est-à-dire les victimes. Notons que des ôXa i étaient distribuées à tous les assistants; cela ressort du pluriel employé chez Homère22, et du passage déjà mentionné de la Paix23. La similitude d’emploi entre l’eau lustrale et les oXac donne à penser que celles-ci comme celle-là avaient une vertu cathartique. Et, par le fait, Euripide les appelle quelque part 7rpoyûxat xaôàpaioi. Toutefois, cette observation, vraie pour l’époque classique, n’empêche pas de croire qu’à l’origine les oXat aient représenté une offrande : celle du pain sous sa forme primitive, accompagnant celle des chairs des victimes et celle du vin sous forme de libations24.
Les aspersions d’eau lustrale, la distribution et le jet des oXcd n’étaient pas les seules cérémonies qui précédassent l’acte de l’immolation. Avant de frapper l’animal, on lui coupait sur la tête quelques poils, qui étaient jetés dans le feu. Ainsi font, chez Homère, Agamemnon-, Nestor26, et le porcher Eumée27; ainsi fait Égisthe, chez Euripide28. Dès lors, la victime était vouée au trépas. Quelques vers du début de Y Alceste soulignent bien la portée de ce rite. « Ceux », dit Thanatos, « dont mon « glaive a touché la chevelure appartiennent aux dieux « infernaux29 ». Immédiatement avant, Thanatos avait dit: « Je me rends chez Alceste <Lç xaxâpijiogai Çttpet 30 ». KaxâpyExOai, employé seul31 ou avec le génitif du nom de la victime32, est une expression consacrée. En soi-même, ce mot ne veut rien dire de plus que commencer le sacrifice33. En pratique, il désigne un certain nombre d'actes préliminaires, rituels : ceux mêmes que nous venons de passer en revue. Le passage d 'Alceste et quelques autres textes donnent à croire que, très exactement, xocxapyscSai devrait s’entendre de la seule consécration des victimes à la mort par l’oblation des poils pris sur leur tête 34 ; mais, d’une façon courante, il embrasse également les lustrations par l’eau et les oXat35.
Reste la xaxsuyGj, la prière, indispensable dans tout sacrifice, par laquelle on demandait au dieu ou bien telle faveur particulière ou bien sa bienveillance en général (votum, sacerdos). Elle aussi précédait l’immolation30; et même, à ce qu’il semble, du moins dans la période classique, l’oblation des poils que l'on jetait au
acte accompagnait on suivait la prière. Auparavant, nous dit-on, les assistants oûXoxûxaç àvéXovxo (II. Ir 449; 11, 410). Selon toute vraisemblance, ivuiçtrvQat, dans cette phrase, signifie simplement « prendre à la main » ( Dermes , XXXWIl p. 43). 19 Eur. Iph. A. 1 112, 1471-1472 ; El. 803-804 ; Eust. Ad II. I, 449 ; Schol. ( Apoll. Rhod. I, 409. — 20 Sch. Arist. Nub. 260; Eq. 1167; Schol. Od. III, 4» ; Sch. 11. I, 449 et Eust. Ad l. ; Suidas s. v. oôloyyrtïv ; Dion. Ilalio. VU, 72. C’est à tort qu’on a supposé dans ces textes une confusion entre les usages grecs et les usages romains. - 21 Alh. 297 D. — 22 11. I, 458 ; II, 421 ; Od. III, 447. - 23 Pax, 962 sq. On ne saurait assimiler cette distribution de grains d'orge aux distributions de figues et de noix que faisaient fes anciens comiques ; les dXou ne sont pas des friandises. — 24 Porph. De abst. II, 6; Tlieophr. ap. Schol. II. I, 449; Suidas s. v. oùXo/utsTv. Les oXat sont parfois présentées comme un Tçdflu |xa : Eust. Ad H- ^ 449 ; Schol. Od. III, 441. Sur le changement de point de vue, en ce qui concerne les dXou, de l’époque homérique à l’époque classique, cf. Dermes , XLl (1906). p. 2 44-246. —25 Jl. XIX, 254. — 26 Od. 111,445-446. — 27 Od. XIV, 422. — 28 Eur El. 811-812. — 29 Aie. 75-76. — 30 Ibid. 74. — 31 Eur. Deracl. 529 ; Iph. T. ^ ,
— 32 Arist. Av. 959 ; Eur. Iph. T. 56 ; 1154. — 33 Cf. Diltenberger, Commentatio de Thucydidis loco ad antiquitates sacras spectante, p. 6 infr. — 34 Cf. Hesych. :
$aiT0ai tou ’iEçetou * twv Tptyiov àitoditàffai. Dans les Oiseaux, lorsque le devin dit a 1 1 1 thétairos ^ wcàfw toù Tçâyou (v. 959), les opérations lustrales sont, à- ce q»'1 semble, déjà faites, ou tout au moins entamées. Mais peut-être le devin n en sait rien. — 35 Od. III, 445 ; Eur. Iph. T. 40 et 622 ; 54 et 56; 244 (où xaTàçyi*a*a Paial^ désigner les oXa( ; cf. Iph. A. 955). — 36 Dion. Halic. VII, 72 (enena *aTeu!;ô|uv01' Oûetv... èx4Xeuov) ; II. I, 457 sq. ; II, 419 sq. ; Od. 111, 445 sq. ; Eurip. El. 804 sq. : V'
A. 1570 sq.; Arist. Av. 665 sq. (cf. 959 et 1056-1057) ; Pax, 973 sq. (cf. 101 . s(l-
SAC
SAC
feu *. Chez Homère, sinon de la part du sacrifiant, du moins de la pari de l’assistance qui répète quelques-unes de ses paroles2, elle parait avoir accompagné le jet des où^o/iixai3. De même, dans YÉlectre d’Euripide, Égisthe. pendant qu’il prie, lance des oXod sur l’autel 1 ; dans les Oiseaux , le prêtre, au moment de prier, réclame la corbeille5. Dans la Paix , la prière suit la distribution des oXat'6, mais non pas forcément l’usage rituel qu’on en fait. Cela étant, il parait difficile de ne pas comprendre la prière parmi les actes préliminaires que désigne le mot xaxàp^ecrQat A
C’était, je pense, au moins avant la xaxsu^Tj que l’on recommandait aux assistants d’observer un religieux silence (sù(fï)(xsïxs, eùcprigta earu)) *. Egalement avant la xaxEuy -q , sinon plus tôt, le sacrifiant demandait, paraît-il, xtç TTjïSe ; et les assistants répondaient : -koaIoï xàya 0ot 9 . De la sorte, dit un scholiaste, tous ceux qui se savaient souillés étaient mis en demeure de s’éloigner10. Cette habitude doit être postérieure à l’époque homérique, où un meurtrier avéré assiste à un sacrifice sans que personne s’en émeuve 11 .
Pour achever le tableau du premier acte de la cérémonie, ajoutons que la musique de la fiûle devait s’y faire entendre. Cet accompagnement musical, dont Homère ne dit rien, fut de règle plus tard, au point qu’Hérodote en signale le défaut dans les sacrifices perses comme un trait de mœurs étrangères 12. Nous ne saurions dire avec certitude à quel moment il commençait, ni s’il durait de façon ininterrompue . Du moins, assez de documents nous certifient qu’il se manifestait déjà avant 1 immolation de la victime, et même avant la prière13.
Lacté même de l’immolation s’accomplissait suivant des rites précis. Il était essentiel que la victime eût la
gorge ouverte d’un coup de pointe, — on employait pour désigner cette opération le mot peu expressif ayivttiv u, peut-être aussi le mot Tpa/Y)Xf£eiv 1B, — et que, lorsque ce coup était porté, elle eût la gorge tendue vers le ciel ’6 f pour cela, on lui renversait la tête en arrière, comme le montre la figure 5995 17 .
ce qui se disait aùspüscv 1 8 ciTcicto IXxetv 19 .
av<o xp£7reiv 20 .
àvaaxpécpsiv 21 .
La position de l’ensemble du corps n’était pas, semble t-il, rigoureusement prescrite. Pour les petites victimes, on les tenait souvent Fig- 599u- - Sacrifice d an porc,
soulevées de
terre tout entières, tantôt le dos en l’air (fig. 5996) 22 , tantôt le ventre ; — ainsi devront se passer les choses dans le sacrifice dont la figure 5997 23 nous
Fig. 5997. — Offrande simultanée d’une victime animale et de gâteau i.
fait voir les préparatifs; — ou bien le sacrificateur les maintenait dressées entre ses jambes, reposant sur leurs pattes inférieures (fig. 5998) 24 ; ou bien il les écrasait de son poids contre le sol (fig. 5995)25. Pour les grosses victimes, il n’est pas sans exemple qu’à elles aussi on ait fait perdre pied. .Dans YÉlectre d’Euripide, le goi -/&ç
ïm'E,1,IP Bl' L' l" Alist' 803 sq' (cf- 93?) .'Hans r Odyssée, 111,4*5-44 ,422, les deux actes semblent contemporains; dans \' Iliade, XIX, 254, la pri, parait venir en second. - 2 Cf. Hermes, XXXVIII (1903), p. 40.- 3 U. |, 4E ’ 421 ; 0d- lll> 447 ; cf. Od. XII, 356-357. — 4 Eur. El. 803-804. - 5 Av. 81 , Cf. 8.13 ôEÙTEpov [xi toç -jiç tTCiO'.àv). — 0 Pax , 962-907. — 7 C’est l’o mon de Uittenberger (O. I, p. 0-7), généralement adoptée. Elle a été combattue ] A J,*611 ’ ^e*n‘ ^ us‘ DIX (1904), p. 402-403. — 8 Arist. Thesm. 295. [fans ai viens, Dikaiopolis recommande l'tj - tandis qu'il est encore en marc l:;'slc ben du sacrifice (237); et le scholiaste observe ; «ff™ 5 IWuùiofu, y,i\t loi', 'J,J ra.j îjv eO-, ;. Dans les Oiseaux, la prière est déjà prononc clu I I cisthétairos déclare eivnpla é'ttoj (959) ; mais, dans l’intervalle, l'intrusi la rc r ' Ill!^ cérémonie ; peut-être EisviP'a etto eu annonce-t-il simplerni J1. [ ''llr nécessité d observer l’eOyïipia peudant les prières et les sacrifie' A‘ocales Ar'S^ 237 » tl. IX, 171 ; Sopli. El. 630 ; etc. Quelques coutun
IV i7gu°nlra’reS ° ce^e règle sont signalées comme des curiosités: Apoll. T s \ ; AP°lloJ- ", 5, il, 8. - 9 Arist. Pax, 968 et Sehol. Ad l. (= Suid;
Dans les -r' ~ 1#Sch- A,ist’ L- L ~ 11 od- xv. 222 »q- - « Herod. I, i: d’atns aCr"iCeS greC8' *e défaut d’accompagnement musical est quelque ch< exceptionnel que le défaut de couronnes ; cf. Plut. Mor. 1 102 A ; 16
Apollod. 111, 15, 7. Comme la couronue, la musique de la flûte était un signe de joie ; peut-être aussi croyail-on quelle mettait en déroute les démons infernaux ; cf. Hermes, XL1 (1906), p. 232, n. 1. Chez les Argiens, en vertu d’un usage local, on jouait de la trompette pendant l'accomplissement de sacrifices (Pollux, IV, 87).
— 13 Cf. plut. Quaest. sympos. II, 1, 5, 8 ; Macho ap. Ath. 349 C; etc. — *4 II. Ç 459 = 11, 422 ; Od. III, 454 ; XIV, 426 ; Sopli. 4. fax, 299 ; Apoll. Rhod. I, 432 ; etc. Cf. Jahrb. des arch. Inst. XV1I1 (1903), p. 1 19 et n. 17. — 15Theophr. Char. XXVII; Diog. L. VI, Cl B. — tSScbol. II. 1,459; Scbol. Apoll. Rhod. 1, 587; Orph. Argon. 31 6; Psellus, De op. daem. p. 38 Boiss. ; etc. — n Musée du Louvre, Clarac, pl. ccxxiv, n. 303. Celle attitude est apparente dans un grand nombre de monuments, notamment dans ceux qui représentent une victime immolée par une Victoire. — f# II. I, 459 = H, 422 et Eust. Ad l. ; etc. ; Sch. Plat. Tira. 21 B (iviu éçùeiv) ; Etym. m. 98, 56 (àvnçfùEiv). Cf. Schulze, Quaestiones epicae, p. 56 sq. — 19 Eust. Ad II. 1, 459.
— 20 Etym. m. L. I. — 21 Sch. Apoll. Rb. 1, 587. — 22 Hartxvig, Mcisterschalen, III,
â. 23 Monum. dell'Instit. VI- VII, pl. xxxvli. — 24 Mongez, Gai. de Flor. I. Cf.
Gori, Mus. Florent. I, pl. ici; Maffei, Gemme, III, 82; Jahrb. des arch. Inst U. X VI II (1903), page 117, fig. 3 et 4. — 25 Cf. Zoega, Bassiril. Ant. Il, pl. xl: Rossini, Arch. tri un f. pl. xun; Campana, Opéré inplastica, pl. lxxxiv-lxixvi; Jahrbuchdes arch. Inst. XVIII (1903), p. 63 (fig. 10), 64 (fig. 11, 12, 13), 120 (fig. 5 et 6).
SAC
SAC
Fig. 5998. — Sacrifice à Priape.
qu'Egisthe sacrifie est, lorsqu'il reçoit le coup mortel, porté sur les épaules des serviteurs1. Des monnaies d’ilion représentent des bœufs suspendus vivants à un arbre ou à un pilier pour être ainsi immolés (fig. 5999) 2; ce qui pourrait être une survivance locale du cérémonial archaïque 3.
Mais, dès le temps d’Homère et à l’époque classique, on abattait ordinairement la victime d’un coup de massue ou de hache appliqué par derrière sur la tête, sur la nuque, sur l’épine dorsale4; puis on se contentait de soulever l’avant-train pour que la gorge se trouvât placée conformément aux règles ; c’est ce que signifient, dans une description de l'Odyssée, les mots àveXov-reç àn o y 6ovo; 6 ; et c'est à quoi fait allusion, dans plusieurs décrets en l’honneur des éphèbes athéniens, cette phrase souvent mal comprise : -Jjpavxo tou; poùç 6. Quand des femmes assistaient à la cérémonie, elles poussaient, au moment où la bête était frappée, un long cri modulé, l’ôXoÀuYfxdç 7. A l’époque homérique, ce cri devait servir à appeler les dieux8; plus tard, on lui attribua en outre la puissance d’écarter les mauvais esprits 9.
Ouverte d’un coup de couteau (goiyatpa, trcpayt;; cf. culter), la gorge de la victime laissait échapper le sang à flots. Du temps d'Homère, dans les sacrifices dont nous nous occupons présentement, ce sang se répandait à terre sans que l'on y fit attention 10. A l’époque classique, au contraire, il fallait, en général, que le sang mouillât l’autel11. Les sacrifices où cela n’avait pas lieu, — sacrifices à Eiréné 12, sacrifices dits àiroëa>[j.ia13, Trpoêdjgta 14 OU Trapaêiouca15, ôufft'ai Trpoay'xpatot 16, — étaient en minorité infime. Tantôt le sang coulait directement de la gorge béante sur le p<ugdç, tantôt il était recueilli
Fig. 5999. — Rituel archaïque (monnaie d’ilion).
dans un çtpaysïov, et, à l’aide de ce vase, on le répandait sur l'autel11. En dépit des insinuations de Lucien18, il est peu probable qu’on ait considéré ces libations sanglantes comme des offrandes agréables aux dieux olympiens19; on leur attribuait plus vraisemblablement, à cause de leurs relations étroites avec le culte des déités chthoniennes20, une valeur cathartique21.
Puis venait le dépeçage de la bête, opération qui ne laissait point d’être assez délicate et soumise à des règles. Peut-être, avant toute autre chose, coupait-on les pieds et la tète 22. Ensuite, on dépouillait le corps de la peau23. C’est ce qu’Oreste, dans Ylilectre d’Euripide, exécute avec maestria, en moins de temps, raconte le messager, qu’il n’en faut à un coureur agile pour couvrir un double diaule 2l. Cela fait, les flancs étaient ouverts, les entrailles examinées pour savoir si le sacrifice avait plu à la divinité et s’il présageait du bonheur25. Et une première distribution était faite avec ce qu’on nommait les cnrXâyyva28, c’est-à-dire certaines parties intérieures27, telles que l’estomac, le foie, les rognons, les poumons 28 . De ces cnrXâyyva, une portion, qui ne comprenait point les meilleurs morceaux29, était prélevée pour les dieux30;
on la brûlait sur l’autel 31 , sans addition de sel, en souvenir des temps anciens où les hommes ignoraient ce condiment 32. Le reste était, semble-t-il, grillé au-dessus
l El. 813. — 2 Cf. Diirpfeld, Troja und Ilion, pl. mu, n“s 68-69; pl. i.xiv, n” 85; Jahrb. des a rch. Inst. XVIII (1903), p. 58. Un passage du Critias (119 E) semble faire allusion à quelque disposilion du même genre (cf. Woch. f. klass. philol. 1903, p. 24-25), peut-être aussi un passage de l’ Iliade (XX, 403-405; cf. Troja und Ilion, p. 565; W. f. kl. phil. 1903, p. 26) et une gemme de Mycènes reproduite dans Troja und Ilion , p. 564. — 3 Troja und Ilion, p. 516; 366 ; Jahrb. d. arch. Inst. XV1I1 (1903), p. 58; 122. - * II. XVII, 521 ; Od. 111, 449-450; XIV, 425; Apoll. Rhod. 1,427, 429-430; Schol. Ap. Rh. Il, 91 ; Soph. Ajax , 299 ; Dion. Halic. VU, 72; etc. — 5 Od. III, 453 ; cf. Jahrb. d. arch. Inst. X VIII (1903), p. 114. — 6 P. ex. Dittenberger, 521, I. 10-11 . Même expression Inscr. gr. I. Suppl. 35 b, I. 21 ; Theophr. Char. XXVII. Cf. Hermes , XXX (1895), p. 345; Jahrb. d. arch. Inst. XVIII (1903), p. 115. — 7 Od. 111, 450; Aesch. Ag. 595; Sept. 268 et Scbol. Ad l. ; Eur. Or. 1137 ; Menandr. fr. 326 Kock; Herod. IV, 189; Xen. Anab. IV, 3, 19; Dittenberger, 556, 1. 26. — 8 Hermes , XXXVIII (1903), p. 44. — 9 Hermes, XLI (1906), p. 231-232 ; ef. Eur. Med. 1173. — <« Ainsi Od. III, 455. — U Pollux, I, 27; Schol. Od. III, 444 = Eusl. p. 1476; Lucian. Icaromen. 27; De sacrif. 13. — 12 Pax, 1019 et Sch. Ad l. — « Hesych. s. v. d«8.i|xio; ; Eust. Ad II. VIII, 518, p. 727; Ad Od. XII, 252, p. 1728; Tac. Hist. II, 3. D'ailleurs, les Sueite. àaoSùpioi s'accomplissaient parfois sans qu'il y eût d'autel; cf. Pauly-Wissowa, s. v. d*o84>|xta lepd. — U Eur. Ion, 376. — 15 Kaibel, Epigr. 892. — 16 Dittenberger, 626. — n Schol. Od. III, 444; Poil. X, 65; X, 97; Etym. m.p. 737 ; Eur. El. 800; Ath. 261 E. — 18 Lucian. Icaromen. 27 ; De sacrif. 9. — 19 Chez Aristophane, les dieux privés de sacriflces ne regrettent que la chair des victimes, les gâteaux et le vin. — 20 Voir ci-dessous, p. 971-972. — 21 Cf. Hermes, XLI (1906), p. 243. — 22 Cf. Hermes, XXXVÏ (1901), p. 330 et n. 1. —23 Sauf lorsque la victime était un porc ; l'animal, dans ce cas, était flambé; d’où le nom de êùutôv, par lequel on le trouve désigné : Dittenberger, 627 ; ’Eœ. ’Ap/. 1855, n. 2667 ; cf. Athen. Mittheil. XXIV (1899), p. 268-269. —24 Eurip. El. 822-825. Les Thessaliens passaient pour être tout spécialement experts dans ces opérations de boucherie, Ibid. 815 sq.
2ô Ainsi chez Euripide, El. 826 sq. C’est à cet examen des entrailles que lait
allusion, dans nombre de décrets attiques concernant des prêtres ou d'autres fonctionnaires, la formule suivante : xd gèv dyaôd t». viviviTa tv toTs I epoTç oR "
(Inscr. gr. Il, 325, 326, 373 b, 393, 417, 425, 431, etc.) ; Michel, 689 ; Ditt. 640. En campagne, on lirait des présages non seulement des sacrifices ad hoc («rçdyia), mais aussi des sacrifices quotidiens (iipd) qui fournissaient aux troupes leur subsistance : Herod. VU, 219; Xen. Anab. I. 7, 18 ; 11, 2, 3; etc. ; cf. Hermes, XXI (1886), p. 311. Constater des présages favorables se disait xaXXupEïv ; le mot est très fréquent < liez
les auteurs et dans les inscriptions. — 26 Schol. Arist. Plut. 1130 (<|v!*o ;«( tÇîjyiiv taff-ra TOC- îepEtov, aapaévixa f'Ouov) ; cf. Od. XX, 252, rapproché de 279 sq. ; Dion- Halic. I, 40 , 4. —27 Les eaXiyyva sont opposés parfois aux tvreça : Aesch. Ag. 121'-; Dittenberger, 016, 1. 34-35. — 28 Schol. 11. 1, 464. Peut-être les mots fv8o?v (Diltenberger, 616, 1. 48, 49 ; 617, 1. 8, 9 ; v. Prott, Fasti, n° 8 B, 1. 7j, EvSpaxa (Hesych.}, désignent-ils également les intxày^va; cf. Hermes, XXXVI (1901), p. 335. Cela est toutefois très douteux : Hermes, XXXIX (1904), p. 613. — 29 Dans le Dyskolos 'b Ménandre (fr. 129 Kock), la bile (7.0X1)) est nommée parmi les morceaux qui revenaient aux dieux ; dans la Samia (v. 186-187), la bile et la rate (vitXi|v) ; cf. Soph Antig. 1010. C’est par suite d'un règlement spécial que, lors des sacrifices en 1 h°n’ neur d'Héra protectrice du mariage, la bile était rejetée (Plut. Mor. 141). scholiaste au vers 717 de la Paix définit ainsi les 76X1x15 : té vS» foSx T.«7i<* >«•?* T«crT« ydp 0Û7 ’njoffvTo. — 30 Du moins à l’époque classique : Arisl. Plul ■ 1130 ; Pax, 1102 sq. ; Athenio, fr. 1 Kock (t. 111, p. 370) ; Mon. fr. 292 ; Dion. Halic. Vil, 15. A l’époque homérique, il semble bien que les dieux ne recevaient riêu 3» mtXdy7»a ; c’étaient les sacrifiants qui absorbaient le tout (mtid 771» itdeavto . I1 464; H, 427 ; Od. III, 9; 461 ; XII, 364. fUn'opat signifie « manger entièrement "i- Cf. Slengel, Zu den griecltischen Sakralaltertilmern (exlrait des Novae Symbole Joachimicae, 1907), p. 5-6. — 31 Les svSopa sont brûlés sur l’autel intérieur U? loriav, Dittenberger, 616 ; lui taT tartai lv twï vaut, Ditt. 617); cf. Hermes ,
(1901), p. 334. — 32 Athenio, L. I.
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de la flamme \ au bout de broches ou fourchettes à long manche; ce doit être cette opération que représentent plusieurs peintures de vases, dont les ligures 6000 et 6001 3 offrent des exemples 4. Un bronze de Dodone 8 nous montre un splanchnoplès 8 armé de son
instrument, qui rappelle, au nombre des dents près, les T:ef/.7rd>ëoÀ<x déjà nommés chez Homère7. De petits morceaux des (jTTXccyyva, peut-être aussi sans sel 8, étaient distribués aux assistants, qui les mangeaient de suite3, avec des gâteaux d'une espèce particulière 10. La majeure partie était mise de côté11; souvent les prêtres et les hérauts en recevaient leur part 12.
Les chairs de la victime (xpéa intÉpTepa) 13 faisaient ensuite l’objet d’un nouveau partage14. La part du dieu, dans les sacrifices homériques, comprend les pi^poi ou Fipfo, c’est-à-dire les cuisses, du moins les os des cuisses avec quelque peu de chair adhérente 18 ; on les mettait entre deux couches de graisse18, et, par-dessus, on ajoutait des bribes détachées des autres morceaux11. L’ensemble était censé représenter l’animal tout entier. Dans la Paix , ce sont encore les [A^pta, les pt-f]pu>, qui sont en première ligne réservés pour Eiréné 19. Nous entendons aussi parler assez souvent, à l’époque classique, du croupion (oo-<pûç, ôatpùç âxpa) 19 et de la queue (xépxoç)20. L’im¬
portance de la part faite au dieu variait naturellement suivant la dévotion et la générosité des fidèles; d’ordinaire, semble-t-il, elle était peu succulente21. Toutefois, il arrivait qu’aux termes de certains règlements, elle dût comprendre de bonnes pièces : morceau de filet, épaule, etc. 22. Cette part, qu’on nommait à7tapyac, a7râpYp.aTa 23, tepâ24, ou, d’un mot plus précis, 0sop.otpia 2\ était parfois, à l’époque homérique, saupoudrée de farine ou enveloppée de pâte 28; plus tard, recouverte de gâteaux (OuX-Zip-ara)2'. On la brûlait sur l’autel extérieur, en l’arrosant de libations de vin et d’eau28, souvent aussi de libations d’huile qui accéléraient la combustion29. De 1 encens, ou quelque autre parfum que l’on jetait dans la flamme, dissimulait l’odeur des chairs brûlées30. Ce moment, où les offrandes se consumaient sur l’autel, n était peut-être pas le moment le plus impressionnant du sacrifice; mais ce devait en être le plus pompeux. C’est alors que l’on exécutait les plus beaux hymnes31, et que se déroulaient les chœurs de danse [hymnus, hyporchema], On sait qu’un rythme grec avait tiré son nom des libations: le spondée3'2. Une catégorie de chants religieux était celle des 7rapoctT7tdvoeta, ou üpvoi 7tapaa7rdv8eiot l3. L Hymne à Zéus de Callimaque a été chanté (ou est censé 1 avoir été) Z Tjvbç 7rapx cTrovoYpoiv 34. Dans un des hymnes découverts à Delphes est décrit le décor qui devait entourer son exécution: c’est le moment, ditl’auteur, où « Héphaistos consume surlesautels sacrés les cuisses des jeunes taureaux » ; le parfum d’Arabie monte en tourbillons vers l’Olympe ; la flûte de lotus fait entendre ses sons harmonieusement modulés ; la cithare d’or, à la douce musique, répond par ses accords à la voix des hymnes; et tout l’essaim des théores venus d’Athènes chante et se meut en cadence 38.
Les parties de la bête qui n’avaient été ni brûlées sur l’autel ni abandonnées au prêtre 36, à ses aides ou à diflerents employés du sanctuaire 31, demeuraient la propriété des sacrifiants. Ceux-ci pouvaient les consommer sur place38, ou bien ils les emportaient chez eux39.
1 R. Il, 426 : oitXiritva 8'£p’ à^tt'pavTe; Sisljtpv 'Hyaurto». — 2 Gerhard, Atiserl. Vnsenb. 155. Reinach, Répertoire de vases peints, t. Il, p. 80. — 3 Le- "ormaul eide Witle, Élite céramographique, II, pl. cvm. — 4 D'autres pointures semblables sont énumérées Bull, de corr. hell. XIX (1895), p. 99-100. Voir aussi Jahrb. d. arc/i. Inst. VIII (1893), p. 200, note 6. - 5 Carapanos, Bodone et ses ruines', pl. xiv, 3; Athen. Mittheil. XXXI (1906), pl. xxn.
Ccst, du moins, l’opinion de von Salis, Athen. Mittheil XXXI (1906), Pïv3/512„8q- Dautn!s explications ont été proposées : cf. Revue des Ét. grecques, XX (1907), p. 267, n. 4. - 7 11. I, 463; Od. III, 460. Sur les eee^S.Xo, cf. Apoll. 0W" i29, 29 1 Hesych. s. v. ; Eugelmann, Jahrbuch d. arch. Inst. VI ), p. 176. - » Cf. Hermes, XXXVI (1901), p. 629. - 9 D'où l'appellation T’ “r.TT,î qui l<?U1' est *PPliquée chez Aristophane, Peu r, 1115. Sur le sens , ' ® ®etle absorption des aiXàr/»», cf. Stengel, O. L, p. 3 sq. — 10 Eusl.
j ..... . ' 878’ P' 118bl Suidas a. v. àvàoToToi. — U D’après le scholiaste
Cf / T/ J 464’ lfiS sacnriants ne faisaient que goûter aux mùàyyvo (4iEsTEÙo»Toi. 6'; , ^ d- arch- /nsti‘ ■ >X (1894), p. 115, 117. - 12 Dillenberger, 599, 1. 3, 7;
1904 . ’ 641’ '• 39 i !n^r- gr. XII. 3, 330; Silzungsb. Berl. Alcad.,
<004 P. 636; 1906, p. 259 ; etc. - 13 Od. III, 65 ; 470; XX, 279. - H Ici, COmmè
successin T *!!■- Clrconstance’ 11 ae faut pas vouloir préciser trop l'ordre de P irait nrTréd6’ épis°deS' D'après (>d" 1U' 9' l'absorption des „U
"Ho l'aurait 1 °ITraQde des d'airs au dieu ; d'après II. 1,460 sq. (= II, 423 sq.),
3R0 etc ü 16 z, “r1 ;;,iVie‘ - 13 IL ■’ 400 ; 423 i X‘> 773 ; Od. III, 456; Xli,
passades fl • ' , J’ “°'48* i ‘h i Od. 111,457-458 ; XII, 360-361. - 17 Mômes
t» .J- !" ““T"v s “(‘"«■'v'îoov ; cf. schol. Apoll. Rhod. III, 1033 : inoe.Tttv Si In,
morceaux' Eumée I“W,); °d' XIV’ 4'7'428 <ea Plus de ces menus
v. 453 ’ ■ I1 leusement, attribue aux dieux un bon morceau de viande:
Pherecral fr «a v*’, 10î1, 1039 ’ 1128 (,,“,4iIî)- cf- Soph. Antig. 1008 ; 1011 ; hellen XVII fisâ ,, Kock j Eubul. fr. 130; hymne de Delphes, Bull, de corr. Menand, ‘Z ’h'P'b 6p,PaUS' '* 3+1 - VI1’ 38' 6' ~ 19 Ari,t. Pu,, 1053; m. 468 24 an , °k; Pherecrat' fr- 23; Schol. Arist. Pax, 1054; Etym. rocrat. fr v , F!St.' Pax’ 1054 et Scho1- Ad l- 1 Eubul. fr. 130. —.21 P|ie.
Mesp. 1205* Koi7 /’ mSt‘ Plut' 1128 el Sch' Ad 1 > Menandr. fr. 129; Comic.
(— Trag. adesp. 91 Nauck). — 22 Dittenberger, 615, 1 7-
1. 12-13; 1. 30-31; 617, I. 19-20. - 23 Od. XIV, 428, 446; Hcsych. a r ÔEunopla. - 24 Theophr. Char. 22; Uiad. XI, 775; Od. XII, 362; etc. Cf. Hermes XXXIX (1904), p. 616-017. — 25 Dittenberger, 617, 1. 20; Hesych. s. u Beuo^;*’ Hésyclnus, d ailleurs, distingue mal la part du dieu de la part du prêtre, c'esta diré des Ti„ (sacerdos). C'est aussi par suite d'une confusion qu’il est dit dans les Anecdota de Bekker (44, 9) : 'IzpAou.o • tô t„R pip, . cf
Hermes, XXXI (1890), p. 640-643. 26 0d. XIV, 429 (xaMva, 4„.T) • cf.'
Hermes, XXIX (1894), p. 282. — 27 Pherecr.fr. 23, v.6; Porpli. Deabstin. Il, 6,'sur les euk^avix (nommés par Télékleidès, fr. 33 Kock; Plat. fr. 174, v. 18; Arist. Pax 1040; Theophr. Char. X et fr. 9 Wimmer), voir schol. Arist. Pax, 1040; Hesych et Suid. s. v. Cf. Hermes, XXXI X (1904), p. 615-616. - 28 H. [, 462.463 = Od III 459 460; IL XI, 775; Apoll. Rhod. 1, 1133-1134; Pollux, X, 65 ; Alh. 486 A; Dittenberger 6lo,l. 7-8; 616,1. 49-50; elc. — 29 p0U. X, 65 ; Ath.486 A. — 30 p0H. X, 65 ; Bail, de corr. hell. XVII (1893), p. 576 ; Dittenberger, 616, 1. 37; etc. —31 Exemples de sacrifices célébrés, à titre exceptionnel, sans chants religieux : Ath. 139 D; Dittenberger, 624. 32 Von Fritze, De libatione veterum Graecorum, p. 18-19. Pollux
mentionne aussi un oievvSeïo, (IV, 73). — 33 Philo, II, p. 484, 13. — 34 CaIIim.
Hgmm. I, 1. — 35 Bull, de corr. hellen. XVII (1893),) jj. 576-577. — 36 Sur celles-ci, voir I article saceudos. Il faut en rapprocher les paris qui étaient réservées soit à des familles sacerdotales (ex. : Dittenberger, 616, 1. 53 ; 617, 1. 18 sq.), soit ides magistrats ayant une compétence religieuse, tels que les rois de Sparte (Herod. VI, 57)
— 37 Daas un règlement d'Épidaure (Dittenberger, .938), des parts sont attrR huées anx hiéromnémons, aux chanteurs (io.Soî), aux gardiens (.e»uf0;). Dans un règlement de Mykonos (Ditteuberger, 615), au cuisinier, à des «rS.s et i. des vupjhn. Dans des règlements de Cos (Dittenberger, 616; v. Prott, Fasti, n. s Bi à un hiérope, a un héraut, à un à des joueurs de flûte, à des potiers el à des
forgerons, à des médecins; etc. - 38 Plaut. Rudens, 61, 343 (Léo). Certains -.pdv, renfermaient un édifice destiné aux banquets, un IvtmTdp.o, : Plut. Mor. 146- Slrab. X. 5, 11 ; Dittenberger, 616, note 37; Bull, de corr. hell. XIV (18907, p. 507 et note 3 ; XXX (1906), p. 57. Sur les cas où il était obligatoire de consommer sur place les chairs des victimes (Hesych. s. r. 'Wcu «:oft£v t,v,; es*:'.,, 4o 'i, ■
o'o'.T! v/ fx et a 8 o îv o.i, r, sIevsvxeïv), voir ci-dessous, p. 972, n. 3. —39 Arist Plut 227; Plaut. Poen. 491, 617; etc.
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Philochore observe qu’à Athènes les viandes provenant d’un sacrifice aux Heures étaient bouillies, non rôties’ ; c’était donc généralement rôtiesqu’on mangeait les chairs des victimes. Quiconque n’était pas un ladre les faisait . servir à un banquet, et en distribuait à ses amis2; les saler est cité par Théophraste comme un trait de grossière impudence (àvat^uvTt'a) 3. Si l’on en croit le même Théophraste, les vaniteux, lorsqu’ils avaient sacrifié un bœuf, plaçaient devant leur porte la tète de l’animal, ornée de bandelettes, pour que tous les passants fussent informés de leur faste 4. Bref, le jour où un particulier avait offert un sacrifice de quelque importance était dans sa maison jour de liesse5. Chez Homère, le soir venu, un dernier acte religieux sert comme d’épilogue à la fête: les convives, au moment de se séparer, brûlent en l’honneur du dieu les langues des victimes immolées, en les arrosant de libations6. Cet usage n’a point persisté durant l’àge classique 7; les langues, alors, étaient bien encore mises de côté8; mais elles faisaient partie, très couramment, des [sacerdos]. A la suite des sacri¬
fices publics, avaient lieu parfois des xpeavogtat ou distributions de viandes, et de solennelles agapes (SrjgoQotvîat, o£Ï7cvûi. ôyjjj.9tsXt|) ,0. Chacun des membres de la communauté recevait sa part; les magistrats et ceux ou celles qui avaient joué un rôle pendant le cours de la fête avaient droit à des portions de choix, déterminées d’après des règlements ”. Il arrivait aussi que de pareilles largesses suivissent des sacrifices offerts par de simples particuliers, lorsque le sacrifiant était très riche et recherchait la popularité ’2.
Je rappelle que la description ci-dessus concerne les sacrifices du type le plus ordinaire : sacrifices propitiatoires offerts à des dieux olympiens. Signalons maintenant ce qui, par différence, caractérise les sacrifices d’autre sorte.
1° Au point de vue de l’heure. — Les sacrifices aux divinités infernales s’offraient le soir, ou même pendant la nuit 13. Demème les sacrifices en l’honneur des héros ’4. De même aussi, à l’époque homérique, les sacrifices aux morts13 ; à l’époque classique, ceux-ci s’offrirent ordinairement de jour *6.
2° Au point de vue du décor. — Dans le culte des divinités infernales, on revêtait des habits ou des ornements rouges, de la couleur du sang 17 ; dans le culte des morts, des vêtements de deuil18. Point de couronnes, point de guirlandes, non plus que dans les sacrifices expiatoires ou sacrifices-rançons19. La musique était proscrite des
i Alli. 656 A. — apiaut. Miles glor. 711-712 (LeopPlut. Ages . (7 ad fin. \Arat.
15 3 Char. IX. 4 Char. XXI. — » Le sacrifiant conservait sur sa tète la
couronne qu’il avait prise pour sacrifier : Plat. Itesp. 328 C . — c Od. III, 332, 341. Il est, d’ailleurs, inexact que cotte dernière offrande ait été adressée à Hermès (Atli. 10 B ; Sch. Apoll. Rh. 1, 317 ; Sch. Od. III, 332, 341 et Eustatli. Jbid.): elle s’adressait au même dieu que te principal sacrifice. — 7 Rien do tel n’apparaît chez Platon, Leg. 80(1 E. Le passage d’Apollonius de Rhodes où l’usage en question est énoncé (1,517-518) contient certainement une réminiscence homérique et ne prouve point pour l’époque de l’auteur. — » Arist. An. 1705; Par, 1060 ; Jlenandr. fr. 252 Kock. — » [sacerdos]. Dans les sacrifices publics, les langues, parait-il, étaient attribuées aux hérauts : Arist. Plut. 1110 et Schol. Ad l. — <0 Pollux, I, 34. Les exemples abondent. Citons seulement, à cause des détails donnés sur le menu, l’inscription de Céos Dittenberger, 522. — H Schol. Arist. Pax , 893; Dittenberger, 634; 60 1, 1. 21 sq. ; 553, 1. 54 sq. — t- Xen. Anal). V, 3, 0 ; Alh. 3 D ; 532 E ; Inscr. gr. VIII. 1, 2712; Dittenberger, Or. gr. inscr. 339, I. 63. — 13 Diog. L. VIII, 33; Elym. m. 468, 34 (cf. Rohde, Psyché , 191, n. 2; Festschrift für Friedlünder , p. 422). Exemples : Aesch . Eum. 108 (Érinyes) ; Apoll. Rliod. III, 1029, ci. 1191 sq. (Hécate); Paus. II, 24, 1 (Apollon Dciradiotès) ; 111, 14, 9 (Hécate, Ényalios) ; IX, 39, 4 (Trophonios) ; X, 38,4 (Otol UitUpoi) ; Ciels, Sibill. Blütter , 134, v. 6 sq. (les Moires, Uithyie, Gaia); etc. — <4 Proclus ad Hes. Op. et D. 763; Diog. L. Vil, 33 ; Schol. Pind. Jsthm. IV, 110; Sch. Apoll. Rh. I, 587 ; Sch. II. VIII, 66 et Eust. Ad l. (et. Festschr. /’. Friedlander, 422). Exemples :
sacrifices offerts aux dieux chthoniens, des sacrifices expiatoires, des sacrifices aux morts. Pausanias, parlant du cultecIeZeus Lykaiosen Arcadie, dit que les sacrifices s’y faisaient iv àno pp^-rwi 20. Un scholiaste de Sophocle nous apprend, d’après Polémon, qu’avant de sacrifier aux Euménides, on offraiL un sacrifice préliminaire au démon du silence, Hésychos21, ce qui est significatif; d’ailleurs, Eschyle lui-même dit, dans les 'Euménides , que le chant des sombres déesses était àcpdppuyxToç 4Ï, ce qui doit contenir une allusion aux circonstances réelles de leur culte. Des passages des Choéphores, d'Iphigénie en Tauride , laissent entendre que les yoai funéraires n’étaient accompagnées, en fait de musique etde chants, que de lamentations23. La même absence de musique paraît certaine pour les sacrifices qui accompagnaient les serments, et, d’une façon générale, pour tous les sacrifices de l’espèce des acpâyta24.
3° Au point de vue des rites préliminaires et des offrandes accessoires. — Les ôXoù ne figurent jamais dans les sacrifices offerts aux dieux chthoniens25, où figure, au contraire, leTtsXavdç. Elles ne devaient pas être usitées non plus dans les sacrifices aux héros ou aux morts, ni dans les sacrifices expiatoires ou sacrifices-rançons. Toutefois, il est question d’ôXaî dans Iphigénie à Aulis, à propos du sacrifice d’Iphigénie26; mais non point dans Ilécube , à propos du sacrifice de Polyxène ; la différence peut tenir à ce que, dans le premier cas, le sacrifice s’adresse à une divinité olympienne, Artémis ; dans le deuxième, à un mort, Achille21. Quant aux libations, outre qu’elles furent, dans certains sacrifices, de "vin pur, d’huile ou de ueXtxpaxov, au lieu d’être de vin trempé28, il pouvait arriver qu’elles manquassent totalement. 11 y avait des Quatat àtnrovôot29, qu’un scholiaste de Sophocle définit en ces termes peu clairs : ôust'at xxxi xù/rp stç ê6oç 7ypoeX9oijo'at 30. Ces mots paraissent désigner, non pas des sacrifices réguliers, périodiques, donl l’institution a eu pour cause un accident fortuit, mais des sacrifices tels que la coutume s’est établie d’en offrir dans certaines circonstances31; il s’agirait des sacrifices expiatoires, des sacrifices-rançons32. Nous savons que, dans ces sacrifices, on ne prétendait pas offrir à la divinité les prémices ou une part de ses dons, mais l’apaiser en lui immolant une vie; l’addition de anovSai y eût donc été sans objet 33.
4° Au point de vue des modes d' immolation. — Signalons d’abord que quelquefois la victime n’était pas, à
Pind. Jsthm. IV, 110; Apoll. Rhod. I, 587 ; Paus. II, 11, 7; VIII, 14, 11; Plul. Sol. 9. — 15 JL XXIII, 220 sq. ; Od. XI, 12 sq. — 16 Exemples : Aesch. Pers G09 sq. ; Choeph. début et v. 149; Soph. El. 326 sq. ; 405; 431 ; 883 sq. ; Eurip. Bec. 521 sq. ; Or. 1114; etc. Les sacrifices solennels offerts aux morts par les Platéens(Plut. Arist. 21; cf. Time. III, 58), les Mégariens (Simon, fr. 107 Bergk*), par les Athéniens à Marathon (Paus I, 32, 4 ; Inscr. gr. II, 471), par les Arcadiens à Phigalie (Paus. VIII, 41, 1) n’étaient sans doute pas des cérémonies nocturnes, non plus que la fête des Génésia. Si l'offrande d'Oresle au tombeau de son père, dans l 'Electre d’Euripide, a été faite la nuit, ce détail est commandé par les nécessités de l’action ( Festschr . f. Friedl. p.423). — n Aesch. Eum. 1028 ; Lys. C. Andoc . 51 ; cf. Oiels, Sibill. B lutter, 69 sq. — 18 Aesch. Ch. i I ; Eur. Bel. 1038 ; cf. Festschr. f. Friedl. p. 424. Jason, sacrifiant à Hécate, revêt également des vêtements de teinte sombre (Apoll. Rh. III, 1031, 1205). — 19 Hernies , XXV (1890), p. 322, n. 1-
— 20 Paus. VIII, 38, 5. — 21 Schol. Oed. Col. 100. — 22 Eum. 332. — 23 Choeph. 151 sq Jph. T. 145. — 24 Festchr. f. Friedl. p. 421. — 25 Bennes, XXXII (1897), p. 249.
— 26 Iph. A. 1417. — 27 Hermes XXXII (1897), p. 248-249. — 28 Cf. ci-dessus, § U, — 29 Ne pas les confondre, comme on l’a fait parfois, avec les Outrlai &0iv0t. — 30 Schol. Oed. Col. 100. — 31 Par opposition aux 0u<nai xaôqxoutrai
Tà «à-ipia,. aux ôutrcai uarpioi èv toi; xaO/.xouat yçôvoi;. — 32 Bennes , XX H (1887), p. 647. — 33 Pour l’explication de quelques textes objectés par v. Fritze {De libationc vet. Graecorum , p. 24-25), cf. Stengel, Kultusaltert.% , p. 1^* n. 12.
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proprement parler, immolée, je veux dire tuée de main d’homme à l’aide d’une arme quelconque, mais qu’on la faisait périr autrement; cela se produisait surtout dans des sacrifices expiatoires offerts aux divinités chthoniennes. Ainsi, à Patrai en l’honneur d’Artémis Laphria \ à Messène en l’honneur des Curètes 2, des animaux de toute sorte étaient brûlés vivants. A propos des sacrifices humains, nous avons déjà parlé d’un autre rite : celui de la précipitation3. A Potniai, près de Tlièbes, en l’honneur de Déméter et de sa fille, on précipitait de jeunes porcs dans un gouffre (lAsyapa) De même à
l’ait préalablement assommée 13. En second lieu, dans les mêmes sacrifices, la gorge des victimes n’était pas tendue vers le ciel ; elle était tournée vers le sol “, comme on le voit sur la figure 6002 15 ; c’est ce qu’exprime, par opposition à aùspûstv, le verbe xaTaurpEtpEiv lc. Enfin, le coup de couteau porté dans la gorge n’était pas alors un coup de pointe, mais un coup de tranchant qui détachait partiellement la tête11; le mot technique pour désigner cette manière de frapper est évTÉptvstv (d’où IvTop.a pour désigner les victimes) ** ; on rencontre également le verbe simple TÉ|j.v£tv 19, ou quelqu’une des
Fig. 6002. — Sacrifice de Polyxène.
Athènes, dans une fissure du sol qui s’était produite, disait-on, lorsqu’Hadès avait enlevé Perséphone B. A Syracuse, c’étaient des taureaux et autres animaux qu’on jetait dans une source profonde, dont l’origine était expliquée comme celle de la fissure d’Athènes6. Les auteurs citent encore quelques exemples de victimes noyées dans la mer en l’honneur d’Hélios 1 ou de Poséidon 6 ; mais la plupart de ces offrandes ont un caractère exotique, ou bien elles remontent à une époque très ancienne. Dans les fleuves, les Grecs n’ont, semblet-il, jamais immergé des victimes, dont les cadavres eussent souillé l’eau courante ; le sacrifice auScamandre dont il est question chez Homère est offert par les Troyens9; et Achille parait s’en étonner10. Dans l’immense majorité des cas, la victime était tuée d’un coup de couteau ou de hache11 ; mais, par rapport au sacrifice que nousavons décrit, l’acte de l’immolation pouvait comporter d’intéressantes variantes. D’abord, lorsqu’on sacrifiait une grosse bête aux dieux chthoniens, aux héros ou aux morts (ce qui, d’ailleurs, était rare12), il est douteux qu’avant de lui ouvrir la gorge on
expressions suivantes, presque toutes composées de vép.-
v$tv : à7to8stpoTopi£tv 20, Xoc.ptOT&pistv, Aatpibv ts|4.veiv21, ab/evt'Çstv 22.
5° Au point de vue des cérémonies consécutives à l'immolation. — Dans un certain nombre de sacrifices, le sang des victimes, contenant soi-disant le principe de leur vie, était considéré comme l’offrande essentielle : ainsi dans les sacrifices expiatoires, dans les sacrifices aux morts (autant qu’ils comportaient une victime animale), et dans les sacrifices accompagnant un serment23. Il arrivait alors que, pour faire parvenir ce sang aux êtres surhumains à qui le sacrifice s’adressait, on prit de particulières précautions. L’une des plus habituelles était de creuser un trou en terre, dans lequel on faisait couler le sang24; ou bien l’autel était percé en son milieu, et un conduit acheminait vers les régions souterraines tout ce que l’on répandait dessus25 ; pour le même motif, sur la tombe de certains héros, on ménageait des ouvertures ad hoc™. D’autres fois, lorsque le sacrifice était offert aux dieux de la mer ou des fleuves, le sang de la victime coulait directement dans les eaux, ou bien on l’y versait
1 Paus. VU, 18, 7, — 2 Paus. IV, 31, 7. — 3 La lapidation est mentionnée dans quelques légendes aitiologiques (Istros ap. Harpocrat. s. v. c«o|Aaxôç ; Paus. II, 32, 2); mais il ne semble pas qu'à l’époque historique on l’ait pratiquée rituellement. 4 paus< IX, 8, 1. - S Schol. Luciau. Dial. Meretr. II, 1 (p. 276 Rabe). — 6 Diod. V, 4, 1. D'après IV, 23, 4, on pourrait croire que les animaux étaient immolés au préalable, et qu’on noyait seulement leurs cadavres. — / Festus, p. 181 (october equus). — 8 paus. VIH, 7, 1 (la fontaine Din£ est toute proche de la mer: iïScop yXuxù Ix tlaXàoffr,; àvE^/ôpievov) ; Plut. Conviv. VII Sap. 20 ; Appian. Mithrid. 70 ; Suidas 5. v. itept-l/Tqxa. — 9 U . XXI, 132. - 10 Neae Jahrb. 143 (1891), p. 452. L’observation d'Eustathc Ad l- XXI II, 148 (xa0it(To:v 8è èv ra?; Stvaiç Çwoùç ïnitouç) est sans valeur ; cf. N eue Jahrbücher , 125 (1882), p. 734. - H Sur des rites locaux, cf. Paus. II, 35, 4; II, 37, 5. — 12 Cf. ci-dessus, § II. — 13 Orph. Argon. 315 sq. ; Plut. Arist. 21; ur. Del. 1584 ; cf. Jahrb. des arch. Instit. XVIII (1903), p. 121-122. — H Schol. • I, 459 (lire ; àTCo5AÉ7rovT«) et Eust. Ad l. ; Schol. Apoll. Rhod. I, 587 (lire : e»ç IÎV,^V)j.»SellUS’ De °P ’ daemon • P- 38 Boiss. - 15 Journal of hellen.
/ f6™,, (1898)’ P’ 28 *’ Pl’ XV- “ 16 Plut' Pel°P- 22 (cf- Jahrb- d- «rch.
■ P' ,18-*19>- «• Od. X, 527 (els vEpe6o; et Schol. Ad l.
c io Apoll. Rh. I, .587 (àitoTÉpveffOai ti; «tiàla;). — 18 Culte des héros et
des morts : Schol. II. 1, 459 et Eust. Ad I. ; Schol. Schol. Od. XI, 23; Apoll Rh 1, 587 et Schol. Ad l. ; Thuc. V, 11 ; Plut. Sol. 2 ; Pelop. 22; Lucian. Scyth 2 ; Philostr. Ber. XIX, p. 741. Culte des vents et des dieux, de la mer : Herod. 11, 1 |u MI, 191; Aman. Ind. 20. Sacrifices accompagnant les serments i Arist,' Lys. 192 Hesych. s. v. toh«. Sacrifices expiatoires ou purificatoires • Hesvch Ibid. - Plut.; Quaest. rom. 111. Cf. Zeitschrift f. das Gymnasialwesen l88o’ p. 737-745.- 19 II. III, 252, 292; XIX, 197; 260; Eur. Suppl. 1196. Cf. les exposions 6>«.« Tip.uv, aKovS*; T«>v,.,. - 20 od. XI, 35. - 21 Eur. Bel. 1584 ■ SuvrA 1201 ; Apoll. Rh. Il, 840; IV, 1001. - 22 Soph. Ajax , 298. - 23 Sur l’importance du sang dans ces catégories de sacrifices, cf. Bermes , XL1 (1906), p. 233.037 ■ 241-242. En ce qui touche les sacrifices aux héros et aux morts, cette importance s affirme par le nom spécial «limxoufîoi, qui leur est parfois appliqué • Pind Ol I 90; Plut. Arist. 21. - 24 Apoll. Rhod. III, 1032 sq. ; Paus. Il, 12, I ; IX, '39, '4 ’ Lucian. Nekyom. 9. Dans les grands tombeaux à coupoles de la période mycénienne il y avait de semblables ; cf. Berliner philol. Wochenschrift, 1891, p 700’ - 2b Ainsi à Mycènes : cf. Schliemann, Mykenae, p. 246 sq. Même disposition poulies amphores gigantesques qui surmontaient souvent les tombes altiques des v,c et V siècles : le pied, fiché dans le sol, était percé, et laissait couler en terre les libations ; cf. Athen. Mittheilunyen , XVIII, 155. — 26 paus m i9j 3. x 4 7
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au moyen du Ttpxystov1. S’il s’agissait de solenniser un serment, il pouvait arriver que le sang des victimes fût recueilli, par exemple dans un bouclier, et que ceux qui juraient y trempassent leurs mains ou leurs armes2. Enfin, dans les sacrifices de purification, le sang, devant servir à laver les souillures, était répandu sur les hommes ou les lieux qu’on se proposait de purifier [lustratio].
Voici maintenant une distinction d’une importance capitale. Dans les sacrifices que nous avons décrits, les chairs des victimes se partageaient entre le dieu, le prêtre et les fidèles. Dans beaucoup d'autres, — sacrifices expiatoires et sacrifices-rançons, sacrifices en l’honneur des dieux chthoniens, des héros ou des morts3, sacrifices accompagnant une purification ou un serment4, sacrifices mantiques s, — la victime entière appartenait il l’être surhumain ; l’homme, en règle générale, n’en devait rien consommer ; c’étaient des âysutrTot®. Les raisons pour lesquelles il en était ainsi variaient d’un cas à l’autre ; elles se distinguent assez bien. Dans les sacrifices-rançons, il aurait été contradictoire de retenir pour soi-même une part de ce qu’on affectait d’abandonner au dieu ; dans les sacrifices accompagnant une purification ou un serment, la victime, maudite, ne pouvait être consommée; dans les sacrifices aux morts, aux habitants des régions infernales, partager avec eux eût été se ranger sous leurs lois.
Les victimes ou trtpâytoc, — rappelons qu’elles pouvaient appartenir parfois à des espèces non comestibles, — étaient alors le plus souvent brûlées. C’est ce qu'expriment les mots bXoxx’jTeîv 7, TïpoxauTsüîtv 8 (xaurbç) 9, et aussi le mot, moins expressif mais consacré par l’usage, xxp7to0vto. La combustion, dans ce cas, ne devait point se faire sur les mêmes autels où l’on brûlait la part du dieu dans les sacrifices ordinaires; il fallait des autels spéciaux, qui étaient fréquemment improvisés et brûlés avec la victime11. Quelquefois les victimes étaient enfouies dans la terre12, jetées dans la mer13, ou anéanties de quelque autre façon14. Il pouvait même arriver que la combustion et l’enfouissement fussent combinés : on brûlait les chairs de la victime, et les cendres étaient enterrées13. Ces pratiques n’excluaient, d’ailleurs, pas for-
l Iliad. XXIII, 148; Eur. Hel- 1584; Apoll. Rliod. IV, 1595; Xen. Anab. IV, 3, 18 ; Aman. Anab. VI, 19, 5; Theophr. ap. Ath. 261 D (texte bien expliqué par Stengel, Za den griech. Sakralaltert . p. 18-19) ; Dittenberger, 615, 1. 37 ; etc. Pareille coutume chez les Perses : Herod. VII, 113 ; Strab. XV. 14, p. 733.
— 2 Aesch. Sept. 44 (cf. Arist. Lys. 188-189 ; Xen. Anab. Il, 2,9. Des libations de vin et de sang accompagnaient le serment des t.oot et leocxî à Andanie (Dittenberger, 653, 1. 2). — 3 11 y avait toutefois des exceptions, notamment lorsque les sacrifices s'adressaient aux dieux chthoniens protecteurs de l'agriculture, aux dieux ou aux héros dispensateurs de la sauté. Mais alors l'usage de la chair des victimes était communémeut réglementé par des prescriptions spéciales. Ainsi, ou devait la consommer sur place et parfois dans un délai fixé : Dittenberger, 615, I, 26, 28 (8«ivùv9mv a jTvij) ; 616, I. 46, 59 , 61 (oüx àuosoyâ) ; 617, 1. 4, 24; 554, 7; 632, 10-11; 589, 3 1 - 32; Paus. II, 27, 1; VIH, 38, 6 ; X, 4, 7 ; 38, 4; cf. /fermes, XLI, p. 239, n. 3. Ou bien, après en avoir mangé, il fallait se faire purifier : Paus. \ , 13, 2. \ oir aussi Dittenberger, 615, 1. 23-24 et note 18; 553, 1. 54 sq. Chez Athénée, p. 149 C, il s'agit d'un sacrifice juxtaposé au sacrifice eu l'honneur des héros ( Neue Jahrbiicher , 127, p. 375, n. 47). — 4 Schot. 11. III, 310; XIX, 268 ; Paus. V, 24, 2. — 5 Ce sont les leçà, et non point les usina, qui fournissaient aux troupes en campagne leur nourriture quotidienne; cf. f fermes , XXI (1886), p. 311. — 6 Plut. Alor . 124 R.
— 7 Xen. Anab. VII, 8, 4 et 5; Plut. Quaest. sympos. VI, 8, 1 ; Istros ap. Schol. Soph. Oed. Col. 42. — » Dittenberger, 617, I. 12. — 9 Ditt. 616, 1. 31 ; 618, I. 9.
— 10 Ditt. 584, 1. 9; 616, 1. 33, 35 et note 31 ; Inscr. gr. III, 77; Suid. ». r. Âyiâaai ; Phot. s. u. n1R ô»; cf. /fermes, XXVII (1892), p. 161-164; XXXVI (1901), p. 333, n. 2. — 11 Zosim. ffist. nov. Il, 5 ; Paus. IX, 3, 4 ; Tlieocr. Id. XXVI, 3 sq. ; Tac. Ann. XV, 30. Cf. /fermes , XXVll (1892), p. 451. — 12 Paus. II, 34, 3 ; III, 20, 9. A Tithorée, les restes des victimes étaient laiss -s d'une panégyrie à la suivante dans i'adyton d'Isis ; puis on les retirait pour les enfouir toujours au môme endroit (Paus. X, 33, 9). — ^ Iliad. XIX, 267 sq.; Theophr. ap. Ath. 261 D; Arrian. Anab.
cément que le cadavre, avant d’être livré à la destruction , eût été dépecé. Dans une inscription de Cos, il est dit, semble-t-il, qu’on brûlera sur l’autel le gros de la victime et les tJirÀâyyva, qu’on lavera le reste des entrailles (’évrspa) et qu’on les brûlera à côté de l’autel 10 ; cela implique que le corps était ouvert et vidé. Il le fallait bien, d’ailleurs, dans les sacrifices divinatoires, pour qu’on pût lire dans les entrailles les pronostics qu’on cherchait. Lorsque le sacrifice accompagnait un serment, la victime, semble-t-il, était mise en morceaux11; delà vient peut-être l’expression TÔgta, d’usage courant en pareille circonstance18; celui qui jurait mettait la main sur les entrailles palpitantes ou les prenait dans sa main 19, ou bien il se tenait debout sur les xdfxta pendant qu’il prononçait la formule20. Une mise en pièces brutale est attestée de même pour un sacrifice de l’espèce des sacrifices-rançons : celui que les Smyrniotes offraient à Boubrostis 21. Pareil traitement était sans doute infligé à beaucoup des victimes qu’on appelait trtpayta22. En général, ces victimes ne devaient pas être dépouillées de leur peau23. Mais il y avait des exceptions24. La plus connue concerne les béliers qu’on immolait àZeus Meilichios, et dont la toison servait à des rites purificatoires
[DIOS IvODION],
Rappelons, enfin, qu’après l’accomplissement de certains sacrifices, le sacrifiant devait se retirer sans se retourner en arrière. D’après un passage de YOdyssée , il semble que c’était le cas, à l’époque homérique, après les sacrifices offerts aux morts23. Plus tard, le culte des morts ayant perdu son caractère effrayant, cette coutume ne s’y est pas maintenue. Elle persista dans le culte des déités infernales. Chez Sophocle, le choeur prescrit à Œdipe, après qu’il aura offert des libations aux Érinyes, de revenir aurp otpo; 26 ; chez Apollonius de Rhodes, Jason doit s’en aller sans regarder derrière lui après avoir sacrifié à Hécate27; etc.28.
Tels furent les rites divers observés dans le cas d’un sacrifice sanglant. Relativement aux autres genres d’offrandes, nous avons peu de chose à ajouter. Rien à diredes parfums, qui s’en allaienten fumée, des libations , que le sol absorbait ou que les flammes consumaient. Les pâtes, en particulier le TreXavô;, et les autres cornes-
VI, 19; etc, — H Les îeçot aitupa, axairva des Lindiens (Pind. Ol. VU et schol. au vers 86 ; Diod. V, 56) ne comportaient probablement pas de victimes animales; cf. Eurip. fr. 904 et [Lucian.] Am. 4. — 16 Miiller, comment, des Euménides, p. 180.
— 16 Dittenberger, 616, 1. 34-35; cf. Hermes , XXX VI (1901), p. 333, n. 2.
— n Suid. s. v. Bou; 6 MoXottwv ; Dion. Hal. V, 1 ; VII, 50. A l’époque homérique, on coupait simplement, pour les prendre à la main, quelques poils de la bête {II. III, 273; XIX, 254). — *8 Aesch. Defalsa leg. 87 ; Arist. Lys. 192 ; Plat. Leg. 753 D ; etc. D’après Stengel {Zu den griech. Sakralaltert ., p. 12 sq.), les tôjAca seraient les parties sexuelles de la victime, qu'on tranchait lors du sacrifice. — 19 Herod. VI, 68; Arist. Lys. 202; Antiph. De caede Herodis, 12; Aesch. C. Tim. 114; Lyc. C. Leocr. 20 ; Apoll. Rhod. II, 717. Sur le sens de ce rite, cf. Stengel, O. I. p. 15.
— 20 Dcm. C. Aristocr. 68; Paus. III, 20, 9 ; IV, 15,4; V, 24, 2 ; Dion Hal. VH, 50. Cf. Stengel, L. I. — 21 Plut. Quaest. sympos. VI, 8. I. — 22 Stengel fait valoir à l’appui de cette opinion le passage d 'Ajax où les bêtes massacrées par le héros sont assimilées à des o-sàyia (210 sq.) et l’emploi que font les Latins du verbe caedere lorsqu’ils parlent des victimes de ce genre ( Hermes , XXV p. 323-324); cf. Diels, Sibill. Bl&tter , p. 69 sq. Chez Apollonius, Médée stipule explicitement que la brebis immolée à Hécate sera mise sur le bûcher tout entière (iSatexov, III, 1033).
— 23 Eurip. El. 413 sq. ; Plut. Quaest. sympos. VI, 8, 1 ; Lucian. De sacrif. 13. Dans plusieurs inscriptions (Dittenberger, 615; ’E<p. Ap*. 1902, p. 31 sq.; Sitzungsberichte d. Berlin. Akad. 1904, p. 619 sq.), 8tpT<i, 8 aprâ ( victimae pelle spoliandae est dit de victimes qu’on ne doit pas brûler tout entières, par opposition aux |xr, 8 aori, qui sont des holocaustes ; Hermes , XXXIX (1904), p. 611-614. — 24 Iliad. XXIII, 169; Od. X, 533 = XI, 46; Dittenberger, 615, note 21 ; Suid. et Hesych. s. v. Aiôç xo>£8iov. — 25 Od. X, 528. — 26 Soph. Oed. Col. 490. — 27 Apoll. Rhod. III, 1039. — 28 II en était de même après certaines cérémonies purificatoires: Aesch. Choeph. 98-99; Tlieocr. ld. XXIV, 94; cf. Rohde, Psyché ,
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tibles pouvaient être brûlés1; ou bien on les déposait sur la table sacrée2, [mensa], et les prêtres les y recueillaient, la part des ministres du dieu se confondant alors, dans la pratique, avec la part du dieu même [sacerdos]. Parfois elles devaient disparaître de quelque autre manière 8, sans que nous puissions dire exactement comment. A Mykalessos, les fruits que l’on offrait à Déméter passaient pour se conserver intacts, par une espèce de miracle, d’un automne jusqu’à l’automne suivant *. Ph.-E. Lecrand.
SACRIFICIUM. — Rome. — Le mot sacrificium, dans son sens le plus général, désignait, au moins à l’origine, tout acte par lequel un objet ou un être devenait propriété exclusive de la divinité, sucer ou sacrum 1 ; le verbe sacri- / Icare , dont dérive sacrificium, signifiait sans aucun doute sacrum facere. A l’époque classique et dans l’usage courant, le terme sacrificium avait toutefois un sens plus restreint. On ne l’appliquait qu’aux actes rituels, dans lesquels un être ou un objet était tué, brûlé, détruit de quelque manière, en l’honneur d’une divinité, etprès d’uu autel. Isidore de Séville semble confondre les deux significations du mot dans la définition qu’il donne du sacrificium: Sacrificium autem est victima, et quaecunque cremantur in ara seu ponuntur-, omne autem quod Deo datur aut dcdicatur aut consecratur 2.
Le premier membre de phrase définit assez nettement le sacrificium proprement dit ; dans le second, il parait y avoir confusion entre le sacrificium , la dedicatio et la consecratio : or ces trois mots ne peuvent être considérés comme synonymes. Si tout sacrificium comporte, par définition même, la consecratio de l’objet ou de l’être sacrifié, la réciproque n’est pas exacte ; il peut y avoir consecratio sans sacrificium [consecratio, t. I, p. 1450- 1451 |. Quant à la dedicatio , c’est un acte surtout officiel et de caractère public, avec lequel le sacrificium ne saurait être confondu [dedicatio, t. II, p. 42-45], Les donaria n 'étaient pas non plus des sacrificia \ il suffira de se reporter à l’article donariüii (t. II, p. 363 sq.) pour reconnaître que les offrandes n’étaient point destinées à rtre immolées ou brûlées ; qu’au contraire, elles devaient être conservées avec le plus grand soin dans les sanctuaires. Sans chercher à donner une définition abstraite àu sacrificium chez les Romains, nous dirons seulement qu il y avait sacrificium toutes les fois qu’un être animé ou un objet inanimé3, offert à la divinité par un individu ou un groupe collectif, famille, gens, association, cité, était, soit près d’un autel, soit sur l’autel même, tué, mule, détruit, de quelque manière que ce fût, partiellement ou totalement.
Dans les limites mêmes de cette définition, les sacrifia peuvent être répartis en plusieurs catégories. Si l’on lent compte de 1 intention dans laquelle le sacrifice a
accompli, on peut distinguer les sacrifices honorifi- •1 es, c est-a-dire les sacrifices par lesquels on veut hono-
I Cf' SChoL Al‘Sto,,n. Plut. 601 ; Eurip. Ion, 226, 707; Meuandr.fr 199 VoT" R'« 'V’ Paus< V,I[> *t C etc- Pour les gûl
fcekker, Uec/ >|>1 k’ V' Anstoph- Thesm- 283 i p»os. I, 38, 7; X, - 2 Aristnnh 'di, . 4fS'rr'ip ; lnScr- 9r’ IH> 23- 5 I Boeckh, Corpus, 3599 d'offrandes (gàteRU ' r ° * ,et SCl'0i’ A'1 l’’ Dl0®’ L' V,[l’ 13 I clc' Des taWes cha Lilaia de PWd *' ‘'UltS’ etC’l solU l'ePrésentées (ig. 449, 2438, 3831, 4664. en jetait de ' e’oaJeta'Idans ta source du Céphise des gâteaux (Paus. X, 8, 5 (Paus. 1||, "23 5)'"e 4^S Une Conlaine, à Épidaure Liméra, lors de la fête sacrificium'— i|aUS' 1X’ l0, Voir la Bibliographie à la fin de l’article
factum ». 2i, .... °ME‘ * ■ Etymol. XtX. 38 ; « Sacrificium, quasi sa
U ' X1X, 30. — 3 MM. Hubert et Mauss, dans leur Essai s
rer la divinité, s assurer sa bienveillance et sa protection, s acquitter envers elle; les sacrifices expiatoires, par lesquels on veutapaiserle courroux delà divinité offensée ; les sacrifices divinatoires, dont le but est de fournir, par 1 observation de diverses particularités, surtout par 1 examen des entrailles des victimes, des indications sur 1 avenir et sur la volonté des dieux. Les épithètes, employées par les Romains pour distinguer les hostiae honorariae, piaculares, consultatariue, paraissent répondre à cette classification. D’autre part, on a souvent divisé les sacrifices en deux grandes classes: les sacrifices non sanglants, les sacrifices sanglants. Cette distinction porte exclusivement sur un caractère extélieur de lacté rituel; s il est difficile de la tenir pour fondamentale, il convient, du moins, de ne pas la négliger, car elle permet d’établir une différence assez nette entre la libation, par exemple, et l’immolation d’une victime. Sans nous prononcer pour telle ou telle classification, nous nous proposons: 1° d examiner successivement les libations, les sacrifices d’animaux, lessacrifices humains; 2» de déterminer quelles étaient les conditions extérieures nécessaires pour qu’un sacrifice fût valable ; 3° de rechercher quelle était la véritable signification des sacrifices à Rome.
I. Les sacrifices , étudiés au point de vue des objets ou des êtres sacrifiés. — 1» Sacrifices non sanglants: libations. Les mots libare, libamina, libationes s’appliquaient en latin à toutes les offrandes non sanglantes que 1 on répandait ou dont on répandait une partie dans la flamme allumée sur l’autel, que cet autel fût le foyer domestique ou un autel proprement dit placé dans un sanctuaire consacré. Après avoir rappelé la légende, d’après laquelle Liber Pater le premier, à son retour des Indes, aurait mis à part les prémices de son butin pour J upiter, lui aurait offert le cinname, l’encens et les entrailles rôties d’un taureau, Ovide ajoute : nomine ab auctoris ducunt libamina nomen libaque, quod sacris pars datur inde focisf
Les offrandes, auxquelles s’appliquaient les termes de libamina, liba, étaient de diverses catégories : elles comprenaient des liquides d'usage courant parmi les hommes, tels que le vin, mmm5; plus spécialement le vin pur, merum «; et le lait, lac'- des herbes et des plantes odoriférantes, romarin, laurier, herbes sabines rameaux de pin 8 ; des parfums d’origine orientale encens' myrrhe, crocus et costum* ■ divers produits agricoles’ considérés comme prémices des fruits de la terre, far, farra ,0, fruges'1, baccae 12, spicae 13 ; du miel quel quefois en rayons, me/1*, favi» ; des aliments usuels dapes 16 ; du sel, sa/11; enfin certains gâteaux spécialement préparés pour les cérémonies religieuses suivant des prescriptions rituelles, la mola salsa 18 et les liba 19 Ces diverses libations faisaient partie du culte domestique comme des rites qui se célébraient dans les sanc-
oblation, même végétale, toutes les fois que l’offrande ou qu’unepLueTrôffest détruite, bien que l’usage paraisse réserver le mot de sacrifice à la désignai ’ T seu,s sacrifices sanglants. ,, {V Année sociologie. 1898, p. 39-40). - IH, 729-734. - Cato, Dere rust. 132, 134; Ovid. Fasl. U, 653 • IV 935 6 v ’ Aen. V, 77. - , Schwegler, Ilom. Geschichte, I, p. 4»| n 5 ’ s n . J g’
R lm- ’’ 339 S‘‘- - 10 0vid’ 336 ;' ,7 5,9V- f“u
/bld. II, 651; Cicer. De legib. Il, S; Plin. Nat. Mst. XVIII 7 ,2',- r^'
cit. - 13 Festus, s. v. floriferium, sacrima. - U y. parL ’’ , ... Uc‘ £oc- — 1- Ovid. Fast. Il, 652-653. — 16 Cato, De re rust. 132; Tibull 1 5 ég ' **,'7
'* 338- - 18 v- rart- — ’ '• H*. P’ - » Voir ràm ÏÏ:
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tuaires publics. A l’intérieur de chaque maison, c’était au moment des repas, au début ou entre le premier et le second service, qu’on procédait aux libations en allant porter au foyer et en jetant dans le feu une partie des
quibus hostiis immolandum cuique deo* ... On se servaii de même du mot victima dans l’acception générale de notre mot victime'9. Outre les animaux appartenant aux trois races bovine, ovine et porcine, les Romains
Fig. 6003. — Libation pendant le repas.
aliments*. C’est ce que, dans un bas-relief étrusque de Chiusi (fig. 6003), on voit faire à un convive placé près de l’autel, dans le repas qui suit un sacrifice4. Dans les sanctuaires et les temples, les libations étaient .pratiquées soit isolément (fig. 6004), soit en même temps
qu’on immolait une victime (fig. 6005). Plusieurs écrivains anciens affirment qu’à l’origine les libations seules ; c’est-àdire les sacrifices non sanglants, existaient dans le culte romain 3 ; cette assertion a été fort justement révoquée en doute par les savants moder- Fig. 6004. — Libation. nés ; il y a,, dans la religion romaine la plus ancienne, des indices certains de l’existence de sacrifices sanglants*.
2° Sacrifices sanglants : victimes animales. — Dans les sacrifices sanglants, les victimes immolées aux dieux
étaientleplus souvent des animaux, quelquefois des êtres humains. Nous nous occuperons d’abord des sacrifices d’animaux. Les Romains choisissaient principalement les victimes dans les trois races bovine, ovine et porcine 6 ; les animaux de race bovine étaient qualifiés victimae 6, tandis que les autres animaux portaient le nom A'hostiae 7. Il ne convient pas d’attribuer à cette division une valeur excesssive : les deux mots paraissent avoir été employés pour désigner toutes les victimes en général; c’est le cas, par exemple, pour hostia dans ce texte de loi cité par Cicéron : ( sacerdotes. .) quae cuique divo decorae grataeque sint hostiae providento 8 ; et dans cette phrase de Cicéron lui-même : Jam illud ex ins titutis pontificum et haruspicum non mutandum est
1 Serv. Ad Aen. 1, 730. Voir encore Virg. Georg. IV, 378 sq. ; Sil. Ital. Pun. VII, 181 sq. — 2 Au Louvre, Mon. d. Institut. 1864, pi. i; Helbig, Annali, 1864, ; voir le développement fonds, fig. 3255. Les morceaux ici jetés dans le feu sont peut-être la part faite aux dieux d'un sacrifice sanglaut. — 3 Ovid. Fast. 1, 347 sq.; Dion. Hafi. II, 74; Pli n. Nat. hist. XVIII, 7 ; Plut. Numa , 8. — 4 Marquardt et Mommsen, Manuel des antiq. rom. (tr. franc.), L XII, p. 204- 205. — & Ibid. Op. cit. p. 205-209. — 6 C. t. lat. VI, 2059 ( Acta fratr. Arval. a. 81). — 7 Ib. VI, 2104 ( Acta fratr. Arval. a. 218) ; cf. Varro, De ling. lat. V. 98. — s De legib. II, 8. — S Id. Ibid. II, 12. — 10 par ex. Cicer. Ad Att. I, 13 ;
sacrifiaient, dans certains cas particuliers, des chevaux [october equus, t. IV, p. 149]; des coqs et des poules en l’honneur d’Esculape 11 ; des chiens et des chiennes aux Lupercales [lupercalia, t. III, p. 1400-1401] et dans quelques autres cultes, tels que celui de robigo, de la Canicule et des Lares14; des poissons aux volcanalia13.
Les victimes, de quelque racequ’elles fussent, formaient des catégories distinctes suivant leur âge, leur sexe, parfois aussi leur couleur. En ce qui concernait l’âge des victimes, on distinguait les lactentes et les majores u. Suivant l’opinion le plus généralement adoptée, les animaux lactentes étaient ceux qui n’avaient pas encore leurs deux rangées de dents, supérieure et inférieure, qui n’étaient point encore bidentes ou ambidentes'^ . Les animaux majores étaient ceux qui avaient dépassé cet âge. Outre cette distinction essentielle, certaines règles prescrivaient soit de n’immoler les victimes lactentes qu’un certain nombi-e de jours après leur naissance, les porcs cinq ou dix jours, les brebis sept jours, les veaux trente jours 16 ; soit de choisir spécialement pour tels ou tels sacrifices des brebis et des moutons dont la laine n’avait pas encore été tondue, oves altilaneae, arietes, verveces altilanei'’1 . En ce qui concerne le sexe des victimes, on immolait, en général, des mâles aux dieux, des femelles aux déesses18 ; toutefois, cette règle souffrait des exceptions: par exemple, on sacrifiait annuellement au nom de l’État une génisse, juvenca , à Hercule *9. Ces exceptions devraient être assez nombreuses, puisque Cicéron attribue aux prêtres la tâche d’indiquer aux fidèles, ex institutis pontificum et haruspicum , à quelles divinités il faut immoler des animaux mâles, à quelles divinités conviennent des victimes femelles 20. Il y avait aussi des prescriptions assez rigoureuses quant à la couleur des victimes: en général, les divinités du ciel préféraient des animaux blancs ; les divinités qui avaient quelque rapport avec le feu, des victimes au poil roux; les divinités infernales n’agréaient que des animaux de couleur noire ou foncée **. A vrai dire, on ne se gênait guère pour tourner les difficultés qui résultaient
cf. Isidor. Etxjm. XIX, 30. — H Tertull. Apolog. 46; Fest. s. v. in insvld .
— 12 Plut. Quaest. rom. 51, 52; Fest. s. v. catularia. — 13 Varr. De ling. latin . VI, 20; Fest. s. v. piscatorii ludi. — 14 Cicer. De legib. II, 12; Quibus hostiis immolandum cuique deo , cui majoribus , cui lactentibus , cui manbus, cui feminis .
— 15 Marquardt et Mommsen. Loc. cit. p. 205-206, — 16 PÜn. Nat. hist. VU* 1 83, 206 ; Varr. De re rust. II, 4, 16. — 17 Serv. Ad Aen. XII, 170 : C. i. lat. ^ * 2099 ( Acta frat. Arval. a. 183). — 18 Arnob. VII, 19. — 19 Varr. Ling. { latin- VI, 54. — 20 De legib. Il, 12. — 21 G. Wissowa, Beligion und Kultus der Borne)', p. 348.
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parfois de telles prescriptions : quand les taureaux blancs faisaient complètement défaut, on blanchissait à la craie la victime destinée à Jupiter Capitolin *.
Nous ne pouvons entrer ici dans le détail d’autres conditions particulières exigées des victimes dans les divers cultes : on trou¬
vera ces conditions mentionnées aux articles qui traitent de chaque divinité.
Outre les conditions de race, d’âge, de sexe, de couleur, les animaux offerts en sacrifice devaient remplir certaines conditions générales, communes à toutes les victimes.
Ils devaient être sans tares; c’en était une pour les bœufs d’avoir porté le joug ou tiré la charrue 2. A plus forte raison, un animal boiteux, borgne, blessé, etc., était-il, par là même, écarté de toute cérémonie religieuse. Ces qualités spéciales requises de la victime étaient exprimées d’un
seul mot: elle devait être pura 3.
La réunion de toutes les conditions ci-dessus indiquées était tellement nécessaire que les animaux destinés aux sacrifices, du moins aux sacrifices publics, étaient soumis à un véritable examen officiel, la probalio ; une victime n’était admise que si elle avait été probala i. La probatio était faite soit par les magistrats, consuls ou préeurs, qui offraient les sacrifices6, soit par les prêtres 6.
L le plus souvent, une seule victime était immolée, ans certains cas, le sacrifice comprenait l’immolation de Pusieuis animaux: la plus fameuse des cérémonies de génie était le sacrifice des suovetaurilia, où l’on 0 rait a Mars un taureau, un bélier et un porc [fig. 6006 e mars, p. 1617, lustratio, p. 1429].
Quand la victime ou les victimes avaient été choisies mises (optatae, probat ae), alors l’acte même du
P* 351 et no'l '' — 2 Macrob. lit, 5, 5. — 3 G. Wissowa, Op . cit.
113; Tertuli°ldl...7,t °e le(,e a°rar- II> 93 1 Pli“- Nat- hüt. VIII
Fig. 6000. — L'Empereur offrant un sacrifice.
Fig. 6007. — Victime parée pour le sacrifice.
6 Bas-relief^ T*' 10 : AP°lotJ- 30- - 6 Cic. L. e.; Tertull. Ad nat. I, 10.
Apolog. 30 U °UVre’ L' Capac- Mutée de scutpt. pl. cix, n. 312, — 7 Ter- -8 [.a 1uum bostiae probantur penes vos a vitiosissimis sacerdotibus.
tirée d un bas-relief de la villa Médieis, il Rome, qui appartenait !
tull.
sacrifice, l’opération rituelle commençait ‘. On peut la diviser en trois parties ou moments : 1“ la victime est parée et amenée à l’autel ; 2° elle est consacrée à la divinité et immolée; 3° ses chairs sont partagées entre la divinité et les hommes, après qu’on en a examiné
certaines parties pour y reconnaître la volonté divine.
C’était surtout la tête de la victime qui était ornée : les éléments essentiels decette parure étaient Yinfula , la vitta , plus rarement une plaque richement décorée, (fig. 6007) qu’il faut peut-être appeler frontale 8
[Cf. FRONTALE f
P; 1343 i infula, p. 515 ; vitta], des guirlandes de fleurs (fig. 6008; cf. serta); les cornes des bœufs étaient dorées 9, et parfois on mettait sur leur dos une large bande d’étoffe plus ou moins richement ornée, appelée dorsuale [dorsuale, p. 387]. Cette toilette terminée, la victime ou les victimes étaient conduites en procession jusqu’auprès de 1 autel par les ministri , popae , cultrarii, victimarii [cultrarius, t. I, p. 1387] ; sur les monuments, ces personnages sont représentés nus jusqu’à la ceinture ; ceuxci portent sur l’épaule le maliens ou la securis; ceux-là tiennent à la main le culter [culter, p. 1583]. Cette procession avait une importance toute particulière dans les sacrifices purificatoires, [lustratio p. 1422 sq.] ; mais, quelle que lût 1 intention dans laquelle la victime était offerte aux dieux, toute résistance de l'animal à sa laisser mener à l’autel était tenue pour un indice de très mauvais augure; à plus forte raison, renoncait-on à sacrifier la bête- lorsqu’elle réussissait à s’échapper lü.
Lorsque la victime avait été amenée à l’autel sans difficulté ni incident, le second moment de la cérémonie commençait. Le magistrat ou le prêtre qui offrait le sacrifice procédait d abord à une libation d’encens et de vin 1 1 , puis il consacrait la victime par le rite de Yimmolatio proprement dite, c’est-à-dire en répandant sur sa tète la mofa salsa [mola, t. III, p.1962] et une coupe de vin12. Le sens de ce rite n’est point douteux; jusque-là la victime n appartenait pasà la divinité ; après Yimmolatio , elle est sacra: immolare , dit Festus, est mola, id est famé molito et sale , hostiam perspersam sacrare'3 . Après avoir été consacrée, la victime était tuée; à F origine et peut-être dans les sacrifices privés, c’étaitle prêtre lui-même qui la tuait; dans les sacrifices publics, le prêtre ou le magistrat, chargé de la cérémonie, se contentait de faire un geste symbolique, par exemple de promener un couteau tout le long du dos de la victime,
autrefois à la frise de l'Ara pacis ; Petersen, Ara Pacis, pl. vu et d HR
— 2 Virg. A en. V, 360: IX, 627 ; cf. Henzcn, Acta fr. An. p. 144. — 10 p]in Nat. hist. VIII, 183; Serv. Ad Aen. Il, toi et 140; Macrob. Sat. III 5 s g
- H Ovid. La figure 6006 reproduit un bus-relief du Louvre. Clarac ’ Musée pl. CCXXI1. Fait. IV, 953 sq. 12 Cicer. De dhinatione, U, 16, 37 - 13 / v. immolare.
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depuis le front jusqu’à la queue *. L’animal était mis à mort par des ministri, ceux-là mêmes qui avaient conduit la victime ou les victimes à l'autel, cultrarii , popae, victimarii (tig. 6008) ; les taureaux et les bœufs étaient frappés avec une hache, securis ; les veaux et les
Fig. 6008. — Immolation de la victime.
génisses étaient abattus avec un maillet, malleus ; les bêtes de race ovine et porcine étaient égorgés avec un couteau, culter 2 [culter, p.1585; cultrarius, p. 1587].
Loin de marquer le terme de la cérémonie, la mort de la victime n’était, au contraire, que le prélude de pratiques minutieuses et compliquées, où l’extispicine tenait une place importante. Abattue ou égorgée, la victime était, en général, dépecée ; des chairs proprement dites, viscera, on séparait les exla\ ce dernier mot désignait le foie, les poumons, le cœur, le fiel et la membrane qui enveloppe les intestins ( jecur , pulmo , cor , fel , omentum). Ces divers organes, auxquels il faut peut-être joindre l'estomac et les reins, étaient d’abord soumis à l’examen des aruspices ; si cet examen ne révélait dans la constitution de la victime aucune anomalie, aucune tare, on en concluait que le sacrifice avait été agréé par la divinité on tiraitaussi de ces examens de multiples indications sur la volonté divine, sur l’avenir, sur les événements prochains, etc. [haruspices divinatio, p. 299, fig. 2474 p. 23- 25]. Quand l’examen des exta était terminé, les sacrificateurs procédaient à une sorte de cuisine savante: ils coupaient les divers exta en morceaux, que les auteurs appellent prosecta, prosiciae, prosicies , prosicium 3 ; à ces prosecta ils ajoutaient quelques autres parties de la victime ( augmenta , rnagmenta), unmorceau de la queue, un morceau du cou, un morceau de la hanche, une sorte de farce et des saucisses: le tout, dûment préparé, mélangé, dosé et cuit, composait un plat ou ferculum , sur lequel on répandait, comme on l’avait fait sur la tête de la victime encore vivante, de la mola salsa et du vin. Sous cette forme, les exta étaient placés sur l’autel, porrecta ou reddita 4; c’étaitla part de la divinité; elle était brûlée. Le reste des chairs de l’animal sacrifié était dès lors considéré comme non sacré, et consommé soit par les prêtres, soit par les fidèles au nom desquels le sacri-
1 Serv. Ad Aen. XII, 173. — 2 Voir les textes cités par Marquardt et Mommsen, Manuel des antiq. rom. (tr. franc.), t. XII, p. 217 ; mais on ne doit pas en tirer une règle absolue. Ainsi le couteau était aussi employé pour les grands animaux; cf. plus haut. — 3 Marqua rdt el Mommsen, Op. cit. p. 219. — 4 Id. Ibid. p. 219-220. — 5 G. Wissowa, Religion und Kultus der Rômer , p. 353-354. — 6 Id .Ibid. p. 359.
fice avait été accompli, soit peut-être, en cas de cérémonies officielles, par les magistrats et les sénateurs 5.
Tels étaient, abstraction faite des cas particuliers et des circonstances exceptionnelles, les rites du sacrifice romain, les divers actes, dont l’ensemble, la succession les rapports réciproques, rigoureusement déterminés par le rituel, constituaient le sacrifice.
Les sacrifices d’animaux n’avaient pas tous le même caractère: ils n’étaient pas tous offerts dans la même intention. Les uns étaient simplement propitiatoires; d’autres étaient des sacrifices d’actions de grâces, supplicationes , gratulationes , qu’on offrait, par exemple, pour célébrer tous les événements heureux de la vie privée ou publique des empereurs c ; .ceux-ci étaient purificatoires [lustratio, p. 1413 sq.]. et l’un des plus importants était la cérémonie des suovetauri/ia [lustratio, p. 1428-1429]; ceux-là étaient plus spécialement expiatoires, piacula [piaculum, p. 454-455]. Il n’est pas certain7, que dans les sacrifices expiatoires les victimes fussent entièrement brûlées : Wissowa déclare que les holocausta étaient inconnus dans le vieux rituel romain8; les Acta Arvalium nous apprennent qu’à plusieurs reprises, en cas de piacula , la part de la divinité se réduisait aux exta et les chairs des victimes étaient consommées par les frères Arvales9.
3° C’est à la catégorie des piacula que se rattachaient dans la religion de Rome les sacrifices humains. La tradition romaine prétendait, à l’époque classique, que l’immolation des victimes humaines était un rite étranger10; c’était, d’ailleurs, dansles livres sibyllins que les pouvoirs publics trouvaient ou feignaient de trouver l’ordre de procéder à de tels sacrifices 11 . Numa, le fondateur et l’organisateur légendaire du culte national, passait pour les avoir interdits ,2. Quelles que fussent sur ce point les affirmations et les prétentions des écrivains latins, il paraît aujourd'hui démontré que la plus ancienne religion romaine a connu et pratiqué, comme la plupart des religions primitives, sinon toutes, l’usage de consacrer des êtres humains à la divinité, pour apaiser sa colère provoquée par un crime, une faute, etc. Les rites de la procession des Argei, du culte de Mania et des Lares Compilâtes, la devotio, la consecratio capitis étaient, semble-t-il, des survivances de cet usage [argei, t. 1, p. 404-406; consecratio, t. I, p. 1451; devotio, t. 11, p. 113 sq.; mania, mânes, l. III, p. 1572; oscillum, t. IV, p. 257 ; saturnalia, ver sacrum]. Non loin de Rome, au pied des monts Albains, dans le bois consacré à Diana Nemorensis, le meurtre du prêtre de la déesse par son successeur était sans doute aussi l’atténuation d’un antique sacrifice humain l3.
Tite-Live et Plutarque sont d’accord pour nous apprendre que soit en 222 (Plutarque), à la veille de la guerre contre les Gaulois Insubres de la Cisalpine11, soit en 216 (Tite-Live), après la bataille de Cannes15, les êtres humains sacrifiés, un Grec et une Grecque, un Gaulois et une Gauloise, furent enterrés vivants sur le Forum Roarium. Tite-Live ajoute: in locum saxo conseptum , [jam] ante hostiis, minime Romano sacro, imbu-
— 7 Comme on l’a parfois affirmé, Hubert et Mauss, in Année sociologique, t. II (1^- ' 1898), p. 31. — 8 Op. laud. p. 352, n. 6. — 9 C. i. lat. VI, 2104, 2104 a (ann.216) ; cf- Henzen, Acta fr. Arval. p. 135. — lOLiv. XXII, 57. — H Ibid.; Plutarch. Marcel- 3. — 12 Bouché-Leclercq, Instit. rom. P. 523, not. 1 et 3. — *3 J. Frazer, Le R,v meau d'or (tr. franc.), t. Il, p. 2 sq. — 14 Plut. Marcell. 3. — 18 Liv. XXII,
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tum. Si l’on se rappelle les conditions particulières du supplice infligé aux Vestales qui avaient manqué à leur vœu de chasteté1, on sera frappé de la ressemblance au moins extérieure qu’il y avait entre ces sacrifices humains et le mode d’exécution des Vestales coupables2. La mise à mort des Vestales n’aurait-elle pas été, elle aussi, un véritable sacrifice humain? N’y faudrait-il pas voir la forme, peut-être la mieux conservée, de cet usage barbare? Par sa faute la Vestale coupable avait gravement offensé la déesse dont elle était chargée de célébrer le culte: afin d éviter que la colère de la déesse n’atteignit la communauté tout entière3, on lui sacrifiait, au sens étymologique du mot, la personne elle-même qui avait provoqué cette colère. La victime, retranchée désormais du nombre des humains, était enfermée vive dans un caveau souterrain. L’exécution de Vestales coupablesserait, dans notre hypothèse, un piaculum demeuré immuable malgré l’adoucissement des mœurs romaines. D’autre part, du rapprochement que nous venons de faire, il semble résulter qu’au moins dans les temps historiques, à Rome, les victimes humaines n’étaient pas, à proprement parler, immolées ni égorgées, mais plutôt livrées à la divinité : les sacrifices humains, ceux du moins dont la tradition historique nous a gardé le sou\enir, ditlèrent donc profondément des sacrifices d animaux. Plus tard, en 97 av. J .-G. , les sacrifices d’êtres humains furent interdits formellement par la loi romaine4. Si, à une date aussi tardive, le Sénat crut devoir promulguer une telle loi, c’est bien, quoi que prétende Wissowa5, que les sacrifices humains n’étaient pas absolument étrangers à la religion romaine.
II. Conditions extérieures : personnel , réglementation, mobilier, ustensiles. — Nous avons déjà eu 1 occasion, dans les observations précédentes, de mentionner quelques-uns des personnages qui jouaient un rôle dans l’acte même du sacrifice. Le plus important était celui-là même qui sacrifiait, c’est-à-dire qui accomplissait en personne les rites liturgiques ou qui présidait à leur accomplissement. Dans les sacrifices du culte domestique, le sacrifiant était, en principe, le paterfamilias ; il célébrait les rites sacrificiels en son propre nom et au nom de toute sa domus ; s’il avait besoin d assistants, ces assistants n’étaient autres que les membres de sa famille, sa femme, ses enfants ou ses esclaves. Lorsque le sacrifice était offert à une divinité dans un sanctuaire déterminé, le sacrifiant était un prêtre, assisté, suivant les circonstances, d’un personnel plus ou moins nombreux. Enfin, dans les sacrifices publics céléaes au nom de l’État, il arrivait que le sacrifiant fût un magistrat, consul ou proconsul, préteur ou propréteur er Dos j. Parmi les assistants du prêtre ou du magisrat dans les sacrifices publics, il convient de distinguer: • es camilli, véritables servants du culte, qui devaient e re de naissance libre [camilli, p. 858-859] ; 2° les victi- G à qui incombait le soin de tuer les victimes, Popue, cultrarii [cultrarius, p. 1587] ; 3° les tibieines,
indiquée ‘par^T’R^ ” 292’298- “ * CeUe «““bUne. ,
mythes et » r • ‘ acl'’ dans son étude sur le voile de l'oblation, Ci not. 1 . c- M '■ ’’ P: 30S- - 3 Souché-Lcclercq, Instit. rom. p. pas évident i ^ P e 'eut qui doit expier sa faute, et dans sa personne-, il paver la rançon^"'" VUC <|U *' Pl'*SSe Se substi,uer une victime animal. ~ 4 Mm. Nat /lL3°vYvmlen 5aCri'ia“l U"e partio de sa Pr0Priété <P°e" - C Marquardt et lu’ ‘ *’ “ Rehg' und Kultus der p. 31, p.
VIII 0mmSen’ itanuet dl!S anti9- rom. (tr. franc.), t. XII, p.
joueurs de flûte [tibicen] ; 4° les praecones , calatores, lictores, spécialement chargés de veiller à ce que la cérémonie ne fût troublée par aucun bruit, aucun désordre
praeco, lictor] ; 5° les pistores et les caqui, qui préparaienlles hba, fercula, magmenta , etc. [coques, p. 1503; pistor, p. 499]; 6° enfin Y haruspex , qui examinait les eæta [haruspices, p. 23 sq.]. Tous ces personnages étaient soumis, comme le sacrifiant lui-même, aux conditions générales de pureté, physique et morale, réclamées de tous ceux qui prenaient part à une cérémonie religieuse L En outre, nous savons par les monuments et les textes que le sacrifiant et les victimarii étaient astreints à certaines obligations liturgiques.
Le sacrifiant, prêtre ou magistrat, s’il voulait observer strictement le ritus romanus , devait sacrifier velato capite, c’est-à-dire en se couvrant de sa toge tout le haut de la tête et la nuque; c’était là ce qu’on appelait le cinctus Gabinus 7. Cette disposition de la toge est parfaitement visible sur un grand nombre de monuments, comme on le voit plus haut dans les figures 6004 et 6006 8. (v. aussi 3458). Dès l’antiquité, on a cherché la cause de ce rite fort caractéristique ; d’après Plutarque 9 on en donnait plusieurs raisons, que M. S. Reinach résume en ces termes : « L’origine de cet usage remontait, croyait-on, à Ënée. Au livre III de YÉnéide, le héros troyen aborde en Épire et consulte le devin Helenus, fils de Priam, qui règne sur des villes grecques avec Andromaque.’
« Des que ta flotte sera parvenue au terme de sa « course, dit Helenus, et que tu auras élevé des autels « sur le rivage pour acquitter tes vœux, couvre-toi la tête « d un voile de pourpre, de peur qu’au milieu des feux « sacrés allumésen l’honneur des dieux, un visageennemi « ne se présente à tes regards et ne trouble les présages.
« Que tes compagnons répètent ce rite dans les sacrifices :
“ observe-le toi-même et que ta postérité s’y conforme. >» On racontait qu’Ënée, sacrifiant sur le rivage de l’Italie, fut surpris par Diomède ou un autre Grec et qu’il put échapper au trouble que devait lui causer cette rencontre grâce au voile dont il était recouvert. Voilà la fable étiologique, l’origine pseudo-historique de la coutume. Plutarque allègue cette explication, mais il en propose encore trois autres : 1» on adore les dieux la tête couverte par humilité ; 2“ on agit ainsi pour ne pas entendre pendant la prière des paroles de mauvais augure ; 3“ on veut signifier que l’âme qui adore les dieux en dedans de nous est couverte et comme cachée par le corps l0. » Aucune de ces explications ne peut être admise et M. S. Reinach, après avoir rappelé plusieurs épisodes historiques et diverses coutumes romaines où le voilement de là tète est attesté, conclut, plutôt sous forme d hypothèse : « On peut dire, d’une manière générale que le voile convient aux choses sacrées, parce qu’elles'sont « mises à part » pour les dieux, réservées à leur usage et, en conséquence, isolées du monde11. » Cetteconclusion aurait plus de valeur, si le voile couvrait, non le sacri fiant, mais la victime. Quoi qu’il en soit, ce n était une
ment les stalues d'Auguste trouvées à Otricoli ' Heîbîg* FaArJr^éd P„" 327'^ statue de prêtre au Valican, Visconti, Mus. [‘io-Ct 111 „. c,’ . J un'
pi. T6B /, Plusieurs reliefs daus la 'colonne Trajan ; Éd’ C c 0 iuf 7 *
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p[" 309 R°maCh’ Cul‘eS ■ mÿthet reli»ion>, p. 300-30 L-llVfW
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obligation pour le prêtre ou le magistrat sacrifiant de ramener sur sa tète un pan de sa toge que dans le ritus romanus; s'il sacrifiait suivant le rite grec, il accomplissait la cérémonie la tète découverte, aperto capite. Ainsi, sur les reliefs de la colonne Trajane, l’empereur sacrifie, tantôt voilé, tantôt, au contraire, tète nue1. Sur un bas-redef du Louvre (fig. 6009) un quindecemvir fait une libation à Apollon la tète nue, couronnée de laurier2.
Sur les monuments, le costume des victimarii est très
caractéristique.
Ils sont représentés le torse nu, vêtus seulement d’une sorte de tablier serré à la ceinture, qui ne descendait guère au-dessous des mollets , et qui était orné d'une frange à sa partie inférieure [limus, t. III, p.
1259], Cette disposition du limus explique l’épithète de succinct i, donnée aux victimarii. Souvent ils sont couronnés, probablement de laurier ; les camilli et les tibicines le sont aussi d’habitude3.
Les rites sacrificiels proprement dits étaient accompagnés de prières ou de formules liturgiques prononcées par le sacrifiant1. Prières et formules étaient fixées par les pontifes et reproduites dans leurs rituels5. Il y avait même un formulaire, semble-t-il, pour les prières qui devaient être dites dans les sacrifices domestiques. Caton nous a conservé plusieurs formules de ce genre, telles que : Jane pater , de hac strue commovenda bonus prcces precor , uti sies volens propitius mihi liberisque mois, domo familiaeque meae , ou encore Jupiter , te hoc fercto obmovendo bonas preces precor, uti sies volons propitius mihi liberisque meis , domo familiaeque meae maclus hoc fercto11. Voici, d’autre part, la prière que tout propriétaire devait prononcer, lorsqu’il célébrait la lustratio de ses champs sous la forme des suovetuurilia : Mars pater , te precor , quaesoque uti sies volens propitius mihi , domo familiaeque nostrae, quojus rei ergo agrum terram fundumque meum suovitauri lia ci rcumag i j ussi . Uti tu morbos visos invisosque, viduertatem , vastitudinemque, calamitates intemperiasque, prohibessis, défendus averruncesque ; ulique tu fruges, frumenta , vineta virgultaque grandira beneque evenire sinas : pastores pecuaque salva se?‘vassis dicisque bonam salutem valeludinemque mihi , domo familiaeque nostrae. Harumce rerum ergo fundi terraeque agrique mei lustrandi lustrique faciendi ergo , sicuti dixi , macte hisce suovitauriiibus lactentibus
1 Par exemple, sur la pi. lxiii de la Col. Traj. éd. Cichorius. — 2 Glarac, Musée , pl. 216, n. 318. — 3 Voir les fig. G006, 6007, 6008 ; Col. Trajane , Ed. Cichorius, pl. xxxvi , i.xu, I.xni, lxxvi. — + Plin. Nat. hist. XXVlll, 10. — o Gell. Attic. noct. Xlil, 23, g 1. — 6 Cat. De re ruslic. 134. — 7 Id. Ibid. 141. — # Mar-
immolandis esto. Mars pater, ejusdem rei ergo, macte hisce suovitauriiibus lactentibus esto \ Le Chant des Arvales était sans doute une prière qui accompagnait l’un des rites du sacrifice à la dea Dia *. Prières et formules liturgiques devaient être prononcées sans qu'un mot lût changé ni même déplacé: la plus légère modification constituait un piaculum et la cérémonie tout enLière devait être recommencée [piaculum, p. 454-455],
D’autre part, pendant que le sacrifiant procédait aux diverses opérations sacrificielles, libatio, immolât io, porrectio des exla, etc., les assistants devaient observer un silence parfait : ordre leur en était donné par le praeco, le calator ou le lictor , qui disait: Favete linguis 9 ou bien Hoc âge 10 ou encore Parcito linguamu. C’était le moment où le tibicen jouait de la flûte, afin qu’aucun bruit étranger ne vint troubler lacérémonie12. Des prescriptions minutieuses réglaient tous les détails du sacrifice; ces prescriptions devaient être rigoureusement observées; la moindre négligence, un oubli, un geste non conforme au rituel, constituaient un piaculum.
Les sacrifices, du moins les sacrifices publics, étaient donc, dans le culte romain, des actes fort compliqués. Un mobilier abondant, des ustensiles nombreux et variés y étaient nécessaires. Si, pour les libations et les sacrifices journaliers du culte domestique, le foyer de la maison suffisait, pour les sacrifices offerts dans les sanctuaires, l'autel est indispensable [ara, p. 347] ; il fallait même, dans certains cas, que le sacrifiant le tint avec les mains13. Parfois l’autel était remplacé par une sorte de foyer portatif [ara, p. 349; focus, p. 1 195; turibulum , ou par un trépied [tripus]. C’était sur l’autel, le foyer ou le trépied, que le sacrifiant versait les libations de vin et d’encens. Près de l’autel se trouvait en général une table, anclabris, mensa, sur laquelle on disposait soit les instruments du culte, soit les mets' offerts à la divinité, soit encore les exta de la victime [anclabris, p. 236 et fig. 317 ; mensa, p. 1720; cf. fig. 133, 317, 417, 449], Les divers instruments, dont il était fait usage pendant lacérémonie, étaient : le vase d’eau lustrale, labrum ou labetlum, placé à demeure près de la porte du sanctuaire ou mobile et porté par un camillus [labrum, p. 881] ; l’aspersoir, aspergillum?, tantôt simple branche de laurier, tantôt véritabb goupillon [lustratio, p. 1408 sq., lig. 4682, 4685]; les vases, appelés praefericulum, gu t tus. simpulum ou simpuvium , dans lesquels on apportait au sacrifiant les liquides qu’il devait répandre en libations sur les flammes de l’autel, et la patera , dont il se servait pour cet acte rituel [guttus, p. 1674 ; patera, p. 341, fig. 5522; praefericulum, p. 622; simpulum] ; Vacerra ou coffret à encens, qu’un des camilli assistant à la cérémonie présentait ouvert au sacrifiant, afin qu'il y prit les grains d’encens [aceriia, p. 22, fig. 41, 42]; la taeda ou torche, avec laquelle on allumait le feu sacré, et qu’un camillus tient devant l’autel sur le bas-relief du Louvre (fig. 5908); les divers instruments qui servaient à abattre ou à égorger les victimes, le culter , que les cultrarii portaient à la ceinture enfermé dans un étui [culter, cultrarius, p. 1584, fig. 2114-2119] ; le maliens,
qtiardl et Mommsen, Op. cil. XIII, p. 198-200. — 9 Cic. De divin. II, 40, 83 ; Pli"- Nat. hist. XXVIII, Il ; Horal. Od. III, 1, 2; Ovid. Fast. II, 654. — 10 Plutarcl». Numa , 14; Qu. rom. XXV. — n Fest. s. v. Parcito linguam. — 12 PJin. Nathist. XXVlll, 11. — 13 Virg. Aen. IV, 219; Serv. Ad. loc.
6009. — Sacrifice suivant le rite erre
grec.
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dont la masse était, en général, de forme ronde [malleus, p 1362, fig. -4803) ; la dolabrn et la securis, à peine différentes l’une de l’autre, et toutes deux employées dans les sacrifices [dolabra, t. 329, fig. 2488; securis] ; Voila ou aula, marmite d’assez grande capacité dans laquelle on faisait cuire les exta'. A ces instruments proprement dits, il faut joindre la mantele, serviette à franges, portée d’habitude par les camilli [mantele, p. 1581, fig. 4821].
Comme le sacrifiant, comme tous les assistants qui l’entouraient ou qui l’aidaient dans l’accomplissement des rites, ces instruments du sacrifice devaient être purs2. Leur impureté constituait un piaculum. 11 fallait de même qu’ils fussent disposés sur Yanclabris ou maniés conformément aux prescriptions rigoureuses du rituel; sinon, il y avaitencore piaculum [piaculum, p. 454].
On voit, par tous les détails qui précèdent, combien les rites sacrificiels étaient minutieux et compliqués, au moins dans les cérémonies publiques. En dépit de toutes les indications précises que donnaient sans doute les libri sacerdotum populi romani.*, il y avait de très fréquents piacula ; les Romains en étaient si convaincus,qu’ils prenaient la précaution de célébrer d’avance, la veille des sacrifices solennels offerts au nom de l’État, un sacrifice expiatoire en vue des fautes que l’on pourrait commettre le lendemain dans la cérémonie principale*; la victime immolée dans ce sacrifice préliminaire était appelée hostia praecidanea. De même, le sacrifice de la porca praecidanea, que chaque année on offrait à Cérès avant de commencer la moisson, devait expier les dérogations au rituel funéraire qui auraient pu être commises depuis la récolte précédente [piaculum, p. 455].
111. Caractère du sacrifice dans la religion romaine. — Il est aujourd’hui impossible d’étudier et d’exposer les rites sacrificiels d’un culte, d’une religion, sans parler au moins brièvement des théories récentes sur la nature, le caractère et l'origine du sacrifice. Même si l’on refuse d’accorder à ces théories la solidité et la certitude que leur attribuent maints savants, on ne peut contester qu’elles aient attiré l’attention sur plusieurs détails jadis trop négligés. A l’époque historique, les Romains sacrifiaient à leurs divinités pour obtenir leur protection, pour les en remercier, pour détourner d'avance leur courroux, ou pour l’apaiser s’il avait été déjà provoqué. Les sacrifices étaient les uns propitiatoires, les autres d 'actions de grâces: ceux-ci étaient des cérémonies purificatoires, ceux-là des rites A' expiation. En outre, par l’examen des exta, on essayait de savoir si le résultat visé avait été obtenu; si la divinité, à laquelle le sacrifice était offert,
1 agréait; si, par conséquent, elle promettait sa bienveillance, se montrait satisfaite des remerciments qu’on lui adressait, renonçait à son courroux pour se réconcilier avec 1 individu ou la collectivité qui avait pu l’offenser. Le sacrifice n’était qu’un procédé employé pour acquérir l'appui de la di vinité : la cérémonie ne réussissait que s il y avait vraiment litatio, suivant la formule du scholiaste de Stace : inter litare et sacrificare hoc interest : sacrificare est hostias immolare, litare vero per immolationem hostiarum impetrare quod postules* [litatio, p. 1266-1268].
sion a'r lal' fest- s- »• Aidas. — 2 Plaute, par ex., emploie l'exprcs-
para: Amphitr. 1126; Capt. 861. - 3 Uell. Noct. attic. XIII, 23. arquardt et Mommsen, Op. cil. XII, p. 21S-2I6. — 3 Ad Theb. X, SU,
Si nous essayons de ramener autant que possible à une idée simple les sentiments qu’éprouvaient, en ce qui concerne les sacrifices, les Romains des temps historiques, voici ce que nous trouvons : les divinités sont les puissances qui envoient à l’homme le bonheur ou le malheur, le succès ou l’échec, la richesse ou la misère ; si l’homme veut être heureux, il doit invoquer et obtenir la faveur des divinités; s’il veut éviter les malheurs,, il doit détourner de lui ou apaiser le courroux de ces mêmes divinités. Ce qui est vrai de l’individu est vrai de la famille, de la communauté, de l’État. D’autre part, comment faut-il s’y prendre, que faut-il faire pour parvenir à ce résultat? Il faut sacrifier-, c’est-à-dire, il faut abandonner aux dieux, en lui conférant la qualité toute particulière qu’exprimait le mot sacer, soit un objet inanimé, soit un être animé. Mais nous avons vu, au début de cet article, que si le mot sacrificiurn eut à l’origine ce sens très compréhensif et très large, en fait, il ne désigna plus tard que la cérémonie spéciale dans laquelle tout ou partie de l’objet ou de l’être offert à la divinité était détruit ou consommé. Le sacrificiurn était conçu comme une oblatio d'un genre spécial. Il était, pour employer une expression courante, un sacrifice-don 6.
Toutefois, cette conception n'explique point tous les détails de la cérémonie, tous les rites proprement sacrificiels. Pourquoi, par exemple, les objets ou les êtres sacrifiés à la divinité étaient-ils, sinon exclusivement, du moins presque exclusivement des fruits de la terre et des animaux domestiques, c’est-à-dire des objets et desêtres destinés à la consommation alimentaire? Ce caractère est encore accentué par certains faits particuliers : dans le culte domestique, pendant chaque repas, le père de famille allait déposer ou verser sur le foyer une partie des aliments qui composaient le repas; dans les sacrifices publics, la porrectio des exta ressemblait vraiment à la présentation d’un plat savamment préparé. Enfin, sauf circonstances exceptionnelles, la plus grande partie des chairs (viscera) de la victime était consommée, après le sacrifice, par les adorateurs de la divinité. Tous ces traits ne se rapportent-ils pas à une autre conception du sacrifice, celle que l’on pourrait appeler le sacrifice-banquet? Cette conception a été mise en lumière avec beaucoup de précision et de pénétration par W. Robertson- Smith1. Les Romains l'ont eue certainement, puisqu’ils offraient à leurs dieux des epula, et puisqu’il n’est pas certain que l’usage des lectisternes soit à Rome d’origine uniquement grecque [epula, p. 738; epulones, p. 738 sq.; lectisternium, p. 1006 sq.]. Ainsi, c’est par l'offre aux divinités d’un repas, où les hommes prennent part, que les anciens Romains paraissent avoir voulu s'assurer leur protection, les remercier de leurs bienfaits, ou désarmer leur hostilité.
Mais, pour W. Robertson Smith et pour ceux qui l’ont suivi, le sacrifice-banquet était surtout un sacrifice de communion. Seule l’organisation du clan totémique peut en rendre compte, en fournir une explication acceptable. « Dans le totémisme, écrivent MM. Hubert et Mauss, le totem ou le dieu est parent de ses adorateurs; ils ont même chair et même sang; le rite
— 3 Hubert et Mauss, dans Y Année sociologique, U (1897-1893), p. 30; S. Reinah. Cultes, mythes et religions, t. I, p. 97 sq. — 7 Art. Sacrifice, dans 1 Encyclop. Britann. 9° édit. t. XXI, p. 132 sq.
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a pour objet d’entretenir et de garantir celte vie commune qui les anime et l'association qui les lie. Au besoin, il rétablit l'unité. L' « alliance par le sang » et le « repas en commun » sont les moyens les plus simples d’atteindre ce résultat. Or, le sacrifice ne se distingue pas de ces pratiques aux yeux de R. Smith. C’était pour lui un repas où les fidèles, en mangeant le totem, se l’assimilaient, s’assimilaient à lui, s'alliaient entre eux ou avec lui. Le meurtre sacrificiel n'avait d'autre objet que de permettre la consommation d’un animal sacré, et, par conséquent, interdit ’ . » A notre avis, il n’y a rien dans les rites sacrificiels romains, tels que nous les connaissons, qui permette d’entrer dans la voie ainsi ouverte. On a prétendu retrouver la trace d un sacrificecommunion2, dans l'usage que pratiquaient les frères Arvales lors de la fête de la dea Dia, de se nourrir, le second jour de cette fête, des deux cochons de lait immolés le matin même de ce jour [arvales, p. -452]. Mais il n'y avait là, en vérité, rien de caractéristique, puisque les exta des victimes avaient été, au- préalable, porrecta sur l’autel situé à l’entrée du lucus deae Diae : le sacrifice s’accomplissait comme tous les autres; il \ restait des traces plus visibles peut-être de l'antique conception du sacrifice-banquet; il ne s y trouvait aucun indice du caractère communiel qu on veut lui attribuer. De même, certains érudits ont voulu reconnaître des survivances totémiques dans les rites qui prescrivaient de sacrifier des porcs à Cérès, des béliers a Bacchus, des chèvres à Esculape3. 11 est certain que les explications de ces rites fournies par les auteurs anciens, tels qu’Ovide, ne sont nullement satisfaisantes ; dire que le
porc est voué à Cérès, parce qu'il détruit les récoltes; la bélier à Bacchus, parce qu'il est nuisible à la vigne; la chèvre à Esculape, parce qu elle passe pour être constamment, en état de fièvre, ce n’est point donner des raisons bien vraisemblables. Mais le totémisme fournit-il une exégèse plus acceptable? « La victime favorite d une divinité, écrit M. S. Reinach, n’est autre, à l’origine, que cette divinité elle-même.... Le sacrifice par excellence est celui du totem, dont les fidèles se partagent la chair pour se sanctifier1. » Ainsi les ancêtres des Romains auraient été divisés en clans totémiques, dontl un aurait eu pour totem le porc, un second le bouc, un troisième la chèvre. Ce sont là des affirmations qu’on ne peut ni prouver ni réfuter, parce qu elles ne sont étayées par aucun document. Au delà de l’époque à laquelle nous permettent de remonter les plus anciens documents historiques aujourd'hui connus, tout est hypothèse ; et chaque hypothèse n’a que la valeur d une opinion personnelle. A l'époque historique, les rites sacrificiels du culte romain, où la conception du sacrifice-banquet est encore très visible et très nette, ne renferment aucun indice delà conception du sacrifice communiel. J. Toutain.
SACRILEGIUM. — Le mot sacrilegium a reçu deux acceptions distinctes : il désigne d une part le vol d un objet mobilier appartenant aux dieux, d autre part un acte d’impiété, commis soit envers les dieux de Rome ou la religion chrétienne, soit envers 1 empereur.
I. Vol d'objets mobiliers appartenant aux dieux. — Voir pour le droit grec l’art, hiérosylias graphé.
En droit romain, le sacrilegium consiste, d après Cicéron, à enlever, à soustraire une chose sacrée ( sacrum
1 Hubert et Mauss, dans P Année sociolog. t. H (1897-1808), p. 30-31 ; cf- Reinacli. Op. cit. p. 102-103. — 2 Rob. Smith, Loc. cit. — 3 S. Reinach, Op. cit. p. 59 ; Hubert et Mauss, Op. cit. p. 120, 128 ; cf. Renel, Les Enseignes , p. 122, 123 sq. — » Op. laud. p. 59. — Bibliographie. — Grèce. — 1» Ouvrages généraux : IC. -F. Hermann. Lehrbuch der gottesiienstlichen Alterthürner der Griechen (2' éd. revue par Stark, Heidelberg, 1858), § 24-28 ; Maury, Histoire des religions de la Grèce antique (1857), t. I, ch. IV; 1. Il, ch. IX; Stengel, Die griechischen Kultusalterthümer (2e édit. Munich, 1898), p. 80-138; Schumann, Giiecliische Alterthürner , II (4e éd. revue par Lipsius, Berlin, 1902), p. 226-202.
Travaux ne concernant quune partie du sujet (énumérés, autant que possible, suivant Tordre de l'exposé' ci-dessus) ; Fr. Nitzsch, Idee und Stufen des Opferkultus, Kiel, 1889; Hubert et Mauss, Essai sur la nature et la fonction du sacrifice, Année sociologique, II (1897/8), p. 29-138; Miss J. -E. Harrison, Prolegomena ta the Study of Greek Religion (2* éd. Cambridge, 1908), chap. I, 11, III ; Stengel, Die Speiseopfer bei Borner, Hermes XXIV (1901), p. 321-328 ; Romerisches (îc?i)iov), Neue Jahrbücher 131 (1885), p. 102-103; Deneken, De theoxeniis, Diss. Berlin 1881 ; von Lasaulx, Die Sühnopfcr der Griechen und Rbmer, Akad. Abh. Würsburg, 1844 ; Donaldxon, On the expiatory and substitutionary sacrifices of the Greèks. Transactions of Edinburgh, 1876, p. 433 sq ; Stengel, Die Einfùhruny der in homerischer Zeit noch nicht bekannten Opfer in Griechenland, Neue Jahrbücher 127 (1383), p. 361-379; Eyàyia, Rennes, XXI (1886), p. 307-312 et XXV (1890), p. 321*325; Die Opfer der Rellenen an die Winde, Hermes, XVI (1881), p. 346-350; Wassner, De heroum apud Graecos cultu, Diss. Kiel, 1883; Rotule, Psyché, Freiburg i. B. 1894; Stengel, Chthonischer und Todtenlcult, dans lè Festschrift fur Frieilânder, 1893, p. 414-432 ; Prophezeiung ans den Hermes, XXXI (1896), p. 478-430 et XXXIV (1899), p. 642-643; eiu. und eitse»,, Hermes, XXXI (1896), p. 637-040 ; ©uési!, 6 6£a4«, boimi, Ibid. XXVI (1891), p. 157-159; Zum Sükutarorukel, Ibid. XXVII (1892). p. 44i-43I ; Buphonien, Hermes, XXVI11 (1893), p. 488-500 et Ilheinisches Muséum, LI1 (1897), p. 399-411 ; 'Hîaxlij; Neue Jahrbücher, 123 (1881), p. 398-400; Do»;
V3So|a,;. Hermes, XXXVIII (1903), p. 567-574 et Archiv. fur die Religionswissenschaft. Vil (1904), p. 437-444; Die P ferdeop fer der Griechen, Philologue, XXXIX (IS80), p. 182-185 ; G. WolfT, Die Geflüqeloplev der Griechen, Ibid. XXVHt (1869), p- 188-191; Stengel, Ueher die Wild — und l'isrhopfer der Griechen. Rennes, XXII (1887), p. 94 100; Quaestiones sacrificales. l'rogr. Berlin, 1879; Die Farbe und das Geschlecht der griechischen Opferthiere, A eue Jahrb. 133 (1886! , p. 321-331 ; Zu den griechischen Todtenopfern, Ibid. 1 23 (188 1), p. 80 et 740 ; Hom-risches, Ibid. 12Ï (1882), p. 246-247 et 13 1 (1883), p. 103 ; Die angeblichen Menschenopfer bei der Thargelienfeier in Athen, Hermes, XXU (1887), p. 86-93; Ilikavô;, Ibid. XXIX (1894!, p. 281-289 et XXXI (1896), p. 477- 478; Herzog, Zu Ibid.XX IX (1894), p. 625-020 ; Benndorf, Altgriechisches
Rrod, dans YEranos V indobonensis (1893), p. 372-383; û. Bond, Das attische
lemeter-Kore Fcst der Epikleidta , Progr. Berlin, 1887 ; Stengel, Küseopfer, Neue ’ahrb. 123 (1882), p. 672 ; K. Bernhardi, Die Trankopfer bei Romer, Progr .eipzig, 1885 ; von Frilze, De iibcitione veterum Graecorum, Diss. Berlin, 1893 stengel, Weinspenden bei Brandopfern, Rennes, X\ll (1882), p. 329-33. Todtenspenden, Philologus, XXXIX (1880). p. 378-381 ; Opferspenden, Neue Jahrb. 35 (1887), p. 649-654; ©um'ai «iii.vJoi, Hermes, XXII (1887), p. 645-C4R : Jsener, Milch und Honig. Rhein. Mus. LVH (1902), p. 177-155: Barlh, Die Hestattungspende bei den Griechen, Neue Jahrb. 1900, p. tn-186; von FriUc, Oie Rauchopfer bei den Griechen, Berlin, 1894; Stengel, Hermes, XXIX
1894), p. 627-629; von Fritze, Oil.l, Ibid. XXXII (1897), p. 235-250; Ziehei. 3ùAoy>T«i, Ibid. XXXVII (1902), p. 391-400 ; Stengel, 0 1k o-gù » i, Ibid. XXX Vil 1903), p. 38-45; Opferblut und Opfergerste, Ibid. XL1 (1906), p. 230-246; Dilten jerger, Commentatio de Thucydidis locn ad antiqailates sacras spectante. lml. ect Halle, 1889-1890; Martha, Les sacerdoces athéniens (1881), p. 66-87 ; Ziclien. Die Bedentung von mjoOôiiv, Rhein. Mus. L1X (1904), p. 391-400; Stengel. Zu ien attischen Ephebeninschriften. Hermes, XXX [ 1895), p. 339-346 ; von Fritze. Zum griechischen' Opferritual : «tpulsi und * a t «ut çé o £ tv, Jahrb. ■irchaeot. Instituts, XVIII (1903), p. 58-07; Stengel, môme titre, Ibid. p. > 13-12 Jahrb. d. arch. Inst. IX (1894), p. 1 14-1 1 7 ; Mayer, Splanchnopl es. Ibid. VIII (1893), p. 218 sq. ; Stengel, Zu den griechischen Sakralaltertümern extrait des Novae Symbolae Joachimieae, Halle, 4907 ; Zichen, E ù utov, Athen. Mittheil. XXIV (1899), p. 267-274; Stengel, ’EiS.f», Hermes, XXXVI (1901 p. 328-335; ■ 1 1 p i e u » « und 6 * o pu ? 1 «, Ibid. XXXI (1896), p. 640-643; Pale', Upon the sacrificial sense of yr^oai and |a vj ? 1 oc , Transact. of Cambr. pluie Society, 1879, p. 202 sq. ; Stengel, Die Zunge der Opferthiere, Neue J ah il 119 (1879), p. 687-692; Die Opfer der Fluss = and Quellgottheiten in G rie ch I land, Ibid. 125 (1882), p. 733-730 ; Die Opfer fur FLussgütter, Ibid. 143 (189 II. p. 449-453 ; ’Evtzpvn*, Zeitschrift fûr Gymnasialwesen, XXXIV (1880), p- ■ 745 ; Bomerisches (signai), Neue Jahrb. 131 (1885), p. 403-104 ; a ««?'
„5v, Hermes, XXVII (1892), p. 164-164; Aijxi, Ibid. p. 464-169 ; Zu de» griechischen Sacralaltertümern (Aujt» . Oerl.u:, HXAiuna. AvaWmw.
Ibid. XXXIX (4903), p. 611-617. - Rome. Outre les ouvrages généraux sur les institutions ou la religion de Rome, ouvrages de Bouché-Leclercq, Marquardl e' Mommsen, G. Wissowa, auxquels nous avons, à plusieurs reprises, renvoyé dam notre article, nous signalerons, comme traitant particulièrement du sacrifice < 1 les Romains: Brissonius, De formulis et sollemn. pop. Rom. verbis, 1, p. 11 ’ Liibbert, Commentationes Pontificales, Berlin, 1859 ; Henzen, Acta f rah>" Arvalium, Berlin, 1874. — En ce qui concerne les théories sur l'origine d < nature du sacrifice, voir, outre l'article de VV. Robertson Smith dans \Encyc paedia Britannica (9« édit. t. XXI, p. 132 sq.), H. Hubert et Mauss, Essai " nature et la fonction du sacrifice, dans V Année sociologique, t. 11(189,-18^ p. 29 sq. ; S Reinach, Cultes, mythes et religions, t. I (spécialcm int p. 96 a 1"
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legere', au ferre'1, clepere, rapere3). C’est un vol qualifié, analogue au péculat, c’est-à-dire au vol d’une chose appartenant à l’État [peculatüs. t. IV, p. 165],
1 s {^Éléments constitutifs. — 1° Pour qu’il y ait sacrilegium, il faut d’abord que la chose volée ait été régulièrement consacrée aux dieux4 [dedicatio, p. 42]. En cas de doute, les Pontifes décident5 [pontifex, p. 571]. La consécration faite par un simple particulier ne suffit pas6. Au mc siècle ap. J.-C., un rescrit de Gordien assimile aux res sacrae les choses destinées à la religion : celui qui les vole commet le crimen laesae religionis \ Le sacrilegium s’applique aussi au vol des choses consacrées aux dieux mânes8, même par un particulier9 ( res religiosae). Les choses, appartenant à des dieux autres que ceux du peuple romain, ne peuvent être l’objet d’un sacrilegium à moins d’une faveur spéciale. Auguste accorda ce privilège aux Juifs pour les livres saints et pour l’argent appartenant à leurs temples10. Le vol des objets appartenant aux temples des cités italiques ou des vici ne restait pas impuni. La loi municipale de la cité ou l’acte de fondation du temple (/ex templi ) avait soin de déterminer la peine et la procédure applicables à ce délit. Le chapitre premier de la loi municipale de Tarente édicte la peine du quadruple contre celui qui aura soustrait quod ejus municipii pecuniae.... sacrae religiosae est eril, ou aura provoqué cette soustraction. Tout magistrat de la cité est autorisé à réclamer et à exiger le paiement de cette somme au profit du municipe11. De même la lex du temple dédié à Jupiter, dans le viens de Furfo, le 13 juillet 696, loi qui reproduit des règlements antérieurs, permet à l’édile d’intliger une amende arbitraire à celui qui aura soustrait un objet sacré (qui heic sacrum surupuerit) sauf appel devant l’assemblée du peuple, qui, à la majorité, a le droit d’absoudre ou de condamner 12 [dedicatio, p. 43]. Les bois, voués au culte, étaient également sacrés [uicus, p. 1356]. Cela est certain pour le bois des frères Arvales ; il devait en être de même des bois de Luceria et de Spolète, dont les loges nous sont parvenues13. La lex du bois sacré de Spolète défend d’emporter quoi que ce soit qui appartienne à ce bois : neque exvehito neque exferto quod louci siet . Le magistrat qui a fait la dédicace a le droit d’exiger du contrevenant un sacrifice expiatoire et, s’il y a dol, une amende de 300 as.
Ce fut une question controversée de savoir si les objets, déposés par des citoyens dans un temple pour les mettre en sûreté11, participent à la protection des choses sacrées. Devait-on traiter le vol de ces objets comme un vol simple ou comme un vol qualifié, comme un furtum ou comme un sacrilegium'/ Si l’on devait prendre à la lettre un passage du Rudens'° , on pourrait dire que, dès le temps de Plaute, ce vol était un sacrilegium. Démonès appelle Labrax sacrilegissime hominum, parce qu’il veut arracher du temple de Vénus ses deux esclaves qui se sont mises sous la protection de la déesse. Mais Plaute a voulu sans doute amuser les spectateurs, sans pré-
SACRILEGIUM. 1 Hor. Sat. I, 3, 117. — *Cic. lie kg. Il, 10, 40. — 3 Ibid. Il, 0, 2. — + Sonec. De benef. VII, 7. — 0 Macrob. Sat. III, 3, 1. — 6 Paul. De publ-. jecl. Dig. XL VI II , 13, 0, 1. — 7 Cod.Just. IX, 19, 1. — H Loi municip. de Tarente: [ 0S5,iU’ 'f 0086. — 9 Gaius, II, “fi. — 10 Josèphe, Antïq. Jud. XVI, 6,2. — * 1 1 Dessau,
1, 0086. -- 12 Co rp. inscr. lat. IX, 3513. — 13 Ibid. IX, 782 ; Bruns, Fontes juris, 5, | [ 14 1 apin. 8 Resp. Dig. XXXI, 77, 26; Pompon. 28 ad Ed. ap. Ulp. IV, 7, 2
~ 1 III, SC. IV, 1. 10 Cic. De leg. II, 16, 40. — n Dig. XI.V11I, 19, 10, 4. - 18 Ap.
tendre indiquer la solution admise par les Prudents contemporains. En tout cas, celle solution a prévalu au temps de Cicéron : le sacra commendatum est traité comme le sacrum 16. Tel est aussi l’avis du jurisconsulte Claudius Saturninus dans son livre De poenis paganorurn : pour lui, l’élément décisif est le lieu où la chose est placée 11 ; le vol commis dans un temple est un sacrilegium. Mais un rescrit de Sévère et Caracalla a tranché la question en sens contraire : désormais l’action de vol fut seule autorisée18.
2° Le sacrilegium, comme le xml et le péculat, ne s’applique qu’aux choses mobilières. Les textes visent spécialement l’argent des temples (pecunia sacra)'3 ou des tombeaux (pecunia religiosa )2n. D’après la lex du temple de Jupiter à Furfo, les objets donnés au temple peuvent être vendus par l’édile. Ceux qui seront acquis avec le prix de la vente auront le caractère sacré, comme s’ils avaient été compris dans l’acte de dédicace.
La notion du sacrilegium n’a pas été appliquée aux statues qui décorent les tombeaux21. Celui qui enlève une statue d’un tombeau n’est passible que de 1 interdit quod vi aut clam33. Quanta la violation des sépultures, elle constitue un délit spécial prévu pur l'édit du préteur.
3° Le sacrilegium exige un fait matériel: il faut qu’on ait touché à la chose (contaminare )23. En général, cet attouchement est suivi de l’enlèvement de la chose (au ferre) S4,
4° Il faut enfin l'intention de voler (animas furandi) et de réaliser un gain aux dépens d’autrui. Celui qui enlève d’un temple un objet prêté pour le décorer ne commet pas de sacrilegium 25 ; de même celui qui a la garde des objets et qui, à ce titre, est responsable de leur conservation26 [aedituus]. L'intention de voler n’a, d’ailleurs, été exigée qu’à une époque récente : l’ancien droit romain ne se préoccupe pas de la culpabilité de l’auteur du délit. Tite-Live en rapporte un exemple relatif au sacrilège21. Après la prise de Rome par les Gaulois, le trésor n’avait pas la quantité d'or nécessaire pour payer la rançon promise : on allait prendre l’or des temples et commettre un sacrilège, lorsque les dames romaines offrirent l’or qu’elles avaient pour qu’on ne fût pas obligé de toucher à celui qui avait été consacré aux dieux.
§ 2. Sanction. — La sanction du sacrilegium a varié suivant les époques. Aux premiers siècles de Rome, elle a un caractère religieux. Il appartient au grand pontife de décider si le crime est, ou non, susceptible d’expiation28. Dans le premier cas, le coupable est impurus et doit apaiser la colère des dieux par un sacrifice expiatoire 23 . C’est ce que le Sénat ordonna en 581, lorsque le censeur Q. Fulvius Flaccus fit enlever les dalles de marbre qui formaient la toiture du temple de Junon Lacina dans le Bruttium, et qui devaient servir à couvrir le temple qu’il avait voué à la Fortune équestre, alors (ju’il était préteur en Espagne30. Dans le second cas, le coupable est impius et condamné à un supplice : mort (deo necari), exsecrutio capitis , ou confiscation des
Ulp. 7, De o(T. proc. Dig. XLVIll, 13, G. — 19 Loi municip. de Tarente, 1. 1. — 20 Loi Julia, De sacrilegiis, ap. Ulp. 44 ad Sab. Dig. XLV111, 13, 1. — 21 Cels. ap. Ulp. 18 ad Ed. Dig. XLVll, 12, 2. — 22 Cf. Edouard Cuq, Institutions juridiques des Domains, 1, 2e éd. p. 187. — 23 Jul. Victor, Ars rhetor. VI, 3. — *+ Ulp. Dig. XL V 111, 13, 1. — 28 Ju|. Victor, Op. cit. VI, 1. —26 lit. Liv. V, 50. — 27 Lab. 34 Poster, ap. Paul. De publ. jud. Diq. XLVll 1 , 13, 9, 8. — 28 Tit. Liv. XXIX, 19; cf. Varro, Deling. lat. VI, 30. — 29 MacroL». Sat. 1, 10, 8. — 3u Tit. Liv. XL1I, 3
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biens1. Dans tous les cas, les objets volés doivent être restitués2. Telle fut, d’après Tite-Live, la sanction des sacrilegia commis par Q. Pleminius qui, en 386, pilla le temple de Proserpine à Locres, par M. Fulvius Nobilior qui, en 563, enleva les trésors du temple d Ambracie.
Le caractère religieux de la sanction du sacrilegium n'est pas admis par Mommsen3. D'après lui, le sacrilegium fut, comme le meurtre, jugé par les quaestores paricidii. A l’appui de cette conjecture, il invoque un passage du De legibus , où Cicéron propose de considérer les voleurs d'objets sacrés comme des parricides v. Cette assimilation ne peut se concevoir, dit Mommsen, qu au point de vue de la compétence du tribunal et de la peine encourue, car on n'a jamais appliqué le mot parricide aux délits contre la propriété.
Il est vrai que les écrivains du temps de l Empire ne mentionnent plus la peine religieuse encourue autrefois par les voleurs d'objets sacrés. D’après eux, le sacrilegium était sanctionné par une peine capitale ’. Ce n est pas, à mon avis, une raison suffisante pour récuser le témoignage de Tite-Live, qui cite des faits précis d'après les anciens annalistes. Si le sacrilegium avait été puni comme le parricide, il serait bien singulier qu on ne trouve aucune trace de cette assimilation dans le droit postérieur. On ne saurait, en effet, se prévaloir d unrescrit de Constance et Constant, de 1 an 339, qui applique la peine du parricide aux sacrilegi nuptiarum , car il ne s'agit pas d'un délit contre la propriété. Il est vraisemblable que Cicéron s'est inspiré, non pas des coutumes romaines, mais des idées émises par Platon dans son Traité des Lois' .
Aux derniers siècles de la République, la répression du sacrilegium subit une transformation analogue à celle qu'on observe pour le vol manifeste commis à 1 égard d'un particulier : la peine capitale fut écartée en fait, sinon en droit. On se préoccupa surtout de la réparation du préjudice : on en fixa le montant de manière à donner à la condamnation le caractère d'une peine. L’innovation fut réalisée par l'édit du préteur pour le furtum , par la loi, pour le sacrilegium. Un tribunal fut institué pour juger, sur la demande d'un citoyen qui se portait accusateur dans l’intérêt général, les crimes de sacrilegium et de péculat [quaestio perpétua]. Mais, comme on l a établi à l’article peculatus, ce tribunal ne prononçait qu’une condamnation pécuniaire. Il statuait d abord sur la culpabilité; puis, s’ilyavaitlieu, une seconde procedure était ouverte pour estimer le litige et fixer le chiffre de la condamnation [litis aestimatio, t. III, 2, 1270]. D’après Cicéron, le jury se laissait souvent influencer par des considérations étrangères au procès qui lui était soumis. Tantôt il était très indulgent, tantôt il se montrait très sévère dans l'estimation de la valeur du litige3.
Au temps de César ou d’Auguste, une loi Julia peculatus et de sacrilegiis [lex, t. III, 2, p. 1130] joignit à la condamnation pécuniaire une peine criminelle : 1 interdiction de l’eau et du feu qui entraîne la peine de mort en cas de rupture de ban10. Cette peine fut remplacée
bientôt après par une nouvelle peine introduite par Tibère, la déportation [deportatio].
Lorsque l’accusation de sacrilège était connexe à une autre accusation, comme celle d homicide, 1 affaire était, par exception, renvoyée au Sénat pour éviter la contrariété des jugements11. C’était un moyen de remédier au vice organique du système des quaestiones perpetuae , qui obligeait à déférer chaque crime à un jury distinct.
Le Sénat, qui avait, comme le prince, une compétence générale, pouvait statuer sur toutes les questions qui lui étaient soumises 12.
Au cours du 11e siècle, la procédure d’accusation devant un jury spécial commença à être délaissée. Les vols dans les temples étaient fréquents : le gouvernement jugea utile de les réprimer administrativement, lors même que le vol avait été commis dans un sanctuaire privé. Des mandats impériaux prescrivent au préfet de la ville et aux gouverneurs des provinces de poursuivre d olfice et de juger extra ordinem ceux qui ont commis un sacrilegium13. Us sont autorisés à prononcer une peine plus ou moins sévère suivant le rang social, 1 âge et le sexe du coupable, suivant la condition de la chose et le lieu où le crime a été commis.
Ulpien constate que, de son temps, beaucoup de ces voleurs ont été condamnés aux bêtes, quelques-uns ont été brûlés vifs, d’autres ont été suspendus à une fourche.
11 conseille de faire une distinction suivant que le crime a été commis de jour ou de nuit 'U Si le crime a eu lieu de nuit, avec effraction, par une bande ( manu facta), la peine devra être abaissée jusqu à la condamnation aux bêtes. S’il a eu lieu de jour et que le vol ne soit pas très important, le magistrat prononcera la peine de la déportation à temps si le coupable est honestior , la peine des travaux forcés à temps si c’est un humilior 16. Le préfet de la ville a, d’ailleurs, seul le droit de condamner directement à la déportation16; les gouverneurs de province doivent en référer à l’empereur11. La déportation a lieu dans une île 18 ou dans une oasis égyptienne19. La désignation du lieu d’internement est faite par l’empereur dans chaque cas particulier ; dans l’intervalle, en attendant sa décision, le condamné est retenu en prison "
La peine du sacrilegium était moins sévère lorsque le vol avait été commis dans un temple privé; mais elle devait être plus forte que pour un simple furtum1'.
H Impiété. — Voir pour le droit grec l’article asebeia, t. I, 1, p. 46a et 467.
En droit romain, cette acception nouvelle du sacrilegium a été consacrée par le droit du Bas-Empire; elle n passé de là dans le droit moderne. C’est la seule que le mot sacrilège ait conservée de nos jours. La transition entre les deux acceptions s’est opérée progressivement : elle a été préparée par la jurisprudence qui a rapproche du sacrilegium , au sens primitif, divers crimes tels que ceux de magie, de majesté, de violation de sépulture.
Dès la fin de la République, on qualifie sacrilegium les pratiques occultes deNigidius Figulus22 (préteur en 6% et de ses affiliés. Le sodalicium sacrilegii Nigidiam
i TH Liv XXXI 13. - 2 nid. XXIX, 8; XXXI, 12; XLII, 3. - 3 Mm. Slrafrecht (traduction), t. II. p. «2, n. I. - A Cic. De leg. II. 9, 22. - ■ * Sente- De benef VII, 7; Jul. Victor, Ars rhetAW , io. Claud. baturnm. Dig. XLVIII, 1 , I6, 4] V, Cad. Just. XI, 36; 4. - 1 Cf. Ludwig Mitleis, Mmisches Privatrecht bis auf die Zeit Diokletians, 1908, p. 16. — » Cf. Edouard Cuq, Insht. jurtd. I. Il, p. 471 n. 7. — 9Cic. P. Cluent. 41, 116. — «>UIp. 1 De adult. Dig. XLVII1, 13, 3. — il ljuiutil. Inst. Or. III, 10, 1. - 12 Cf. Plin. Ep. Il, 11; Tac. Ann. Il, 50 ; III,
n 13 Marciao. 14 Inst. Dig. XLVIII, 13, 4, 2 ; Ulp. 7 De ofT. proc. Dig. I, 18, 13 F; 14 Ulp. Dig. XLVIII, 22. 6 pr. - >5 Cf. Paul. Sent. V, 19, I. - 16 Ulp. De ^ nraef urbi. Dig. !, 12. I, 3. - n Sev. ap. Ulp. 9 De ofT. proc. Dig. XLVIII, -, • Ulp. 48 ad Ed. Dig. XLVIII, 19, Ulp. Dig. XLVIII, *3, 6 •
XI VIII 22 7 pr. - » Md. XLVIII, 22, 7, 5. Just. Cad. IX, 47 , 26 , 2. - 20 U ' Dig. XLVIII, 22, 7, 1 ; I, 12, 1, 3. — 21 Paul. De publ. jud. Dig. XLVIII, 13, 1 ■
22 Dio Cass. XLV, 1.
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donna lieu à une poursuite judiciaire dans laquelle Catilina fut impliqué *. Les deux autres crimes ne sont pas expressément qualifiés sacrilèges, par les documents juridiques; mais le crime de majesté est, d’après Ulpien, voisin du sacrilège ( proximum sacrilegio) 2 ; quant à la violation de sépulture, l’empereur Julien atteste que les anciens ( majores ) l’ont toujours considérée comme un acte voisin du sacrilège3. En faisant ce rapprochement, la jurisprudence a dégagé le caractère commun de ces crimes; elle les a classés dans une catégorie plus large, celle du critnen laesae reiigionis. Cette idée apparaît au temps d’Auguste pour le crime de majesté, au temps de Gordien pour celui de violation de sépulture.
Auguste punit les complices de l’adultère, commis avec les femmes de la maison impériale, gravi nomine laesarurn religionum.et violatae majestatis appellando 4. La peine encourue était la peine capitale. Le fait est d'autant plus caractéristique que la loi Julia De adulteriis , proposée par Auguste, édictait simplement la peine de la relégation dans une île et la confiscation de la moitié des biens [lex, t. III, 2, p. 1149]. Il en fut de même pour le délit de violation de sépulture: pendant longtemps, il ne fut puni que d’une amende fixée par l’édit du préteur 3 [sepulcrum]. Lorsqu'on s’aperçut de l’insuffisance de ce mode de répression, on chercha le moyen de traiter ce délit comme un crime. Un jurisconsulte contemporain d’Alexandre-Sévère, Macer 6, émit l’avis ( potest dici) que la violation de sépulture tombait sous l’application de la loi Julia De vi publica 1 [lex, t. III, 2, p. 1148]; il proposa d’étendre à la violence dirigée contre les tombeaux la règle posée par la loi pour la violence contre les inhumations. Gordien estima que la peine encourue n’était pas assez sévère : il considéra le délit comme rentrant dans le crimen laesae reiigionis* .
§ 1er Impiété envers la religion romaine. — Aux premiers siècles de l’Empire, ce chef d’accusation a été appliqué aux chrétiens9. L’adhésion au christianisme fut considérée par la jurisprudence, non sans hésitation, comme un crimen laesae romanae reiigionis , donc comme un crime voisin du sacrilège. Tertullien, négligeant cette nuance, appelle sacrilège le crime imputé aux chrétiens ,0. Il n’y a pas là, croyons-nous, un motif suffisant pour récuser son témoignage ; mais la question est discutée. Elle consiste à savoir si les chrétiens ont été poursuivis en vertu d’une loi d’exception (édit ou sénatusconsulte) ll, ou en exécution des lois existantes1-. Cette question se rattache si intimement à l’histoire du sacrtlegium qu’on ne peut se dispenser d’examiner les raisons invoquées pour refuser à l’assertion de Tertullien toute portée juridique. Ces raisons sont de trois sortes :
1° Il n'y a ni au Digeste ni au Code aucun texte qui fasse rentrer les crimes contre la religion romaine dans la catégorie des crimes de lèse-majesté. Assurément les
compilateurs se sont abstenus de reproduire les décisions qui n’avaient plus de raison d’être depuis que la religion chrétienne était devenue la religion de l’État. C’est ainsi qu’ils ont exclu les passages du traité d’Ulpien sur l’office du proconsul qui, d’après Lactance, contenait les rescrits contre les chrétiens [jurisconsulte t. III, 1 , p. 722, n. 29j. Ils ont, du moins, recueilli un fragment de Modestin qui prouve que la loi Julia De majestale a été étendue aux crimes qui doivent être punis ad exemption legis ’3.
2° L’existence d’une loi d’exception est, dit-on, attestée par un document récemment publié, les actes d’Apollonius. Ces actes, dont on possède deux versions, arménienne11 et grecque15, contiennent le procès-verbal des deux audiences consacrées par le préfet du prétoire F'errenis16 à juger Apollonius, l’an 18o,sous le règne de Commode. Ils mentionnent à la fois une décision du du Sénat exprimant l’avis « qu’il n’y ait pas de chrétiens », et une décision de l’empereur qui défend de les absoudre s’ils ne changent pas d’opinion11. La décision du Sénat est, dit-on, un sénatusconsulte rendu au temps de Commode, ou, suivant certains auteurs, au temps de Néron.
Mais si le Sénat eût proscrit le christianisme dès le temps de Néron, Pline ne l’aurait pas ignoré; il n’aurait pas eu besoin de demander à Trajan s’il devait punir les chrétiens à ce seul titre ou en raison des crimes qu’on leurimputait. En présence d’un texte impératif, ypnmavouç jjLŸj elvai, le doute n’eût pas été permis. De même si le sénatusconsulte eût été rendu sous Commode, Tertullien n’aurait pas eu à discuter, dans son Apologétique composée à la fin de 197, les griefs imaginaires des païens contre les chrétiens. D’autre part, rien n’est moins sûr qu’il y ait eu un sénatusconsulte13. Le rôle du Sénat en cette affaire n’est pas présenté d’une manière uniforme : d’après certains documents, le Sénat a jugé le procès19; suivant d’autres, l’affaire a été jugée en présence du Sénat et du préfet20 ; seul le texte grec ne fait allusion au Sénat qu’à la seconde audience et cite une décision rendue par lui (t o Bcyp-a nuqxlrpoo) et connue d’Apollonius. Ces divergences ne se concevraient pas si l’avis demandé au Sénat avait le caractère très net d’un sénatusconsulte. Elles s’expliquent, au contraire, si on lui a soumis une question de fait. Le préfet du prétoire a pu, comme le pensait H. de Valois, conseiller à Apollonius de se justifier devant le Sénat. C’est ainsi que dans les Actes de saint Dolycarpe de l’an 155, le magistrat engage l’accusé à se justifier devant le peuple21. Le gouvernement devait tenir compte de l’opinion publique qui, pour un personnage comme Apollonius, avait pour organe le Sénat. Le préfet du prétoire a pu également consulter le Sénat, antérieurement au procès, sur le cas d’Apollonius22.
11 ne parait pas douteux que Perennis siégea dans l’affaire comme président du tribunal impérial, en l’absence de l’empereur. L’affaire, qui était de la compé-
I s. Cic. In Sallust. V, 14. — 2 Clp. De o fl", proc, llitj. XLVIil, 4, \ pr.
3 Cod. Theod. IX, 17, 5. — 4 Tac. Ann. III, 24. — 7 Cf. Edouard Cuq, Institutions juridiques des Romains, t. Il, p. 478. - I I De publ. jud. Dig.
’ l-* *• 1 Leael (atl h. I.) propose de lire privala , à cause de Paul.
dent. \, 26, 3. — 8 Corï. Just. IX, IP, 1. — 9 S. Justin Apol. I, 5 : also, *«. «s.oeT;. 10 Apolog. 10, 1 ; 30, a. — 11 Allard, Histoire des persécutions , t. 1er, p. [72; Callewaerl, Reçue des questions historiques , 1903, LXXIV, lui, l.XXVI, 5 ; 1005, LXXVII, 340. — 13 C’est l’opinion que j’ai soutenue dans ^n ai licle publié en 1886 [Mélanges d'archéologie et d’histoire de L’École française . ] E H5], Elle a été reprise en 1800 par Neumann (lier rom. S tant und die
^ qenr Airche l,is an Dioctetian), en 1893 par Ramsay (Church and State before • en 1804 par Mommsen, avec un important correctif qui sera indiqué plus
loin ( Hist . Zeitschrift, I.XIV, p, 389; cf. Rom. Strafrecht . trad. t. li, p. 278).
— 13 Modesl. i2 Pand. Dig. XLVI1I, 4, 7, 3. — 14 Traduite en anglais par Conybeare en 1893 (The Guardian , 1893), en allemand par Burcbardi ( Sitcungsberichte der Kôn. Preuss. Akad. der Wiss. 1893, p. 728). — 13 Publié d’après un manuscrit grec de la Bibliothèque nationale, 1219, f“ 58, dans les A nalecta Rollandiana, 1895, XIV, 284; cf. l’édition de (i. Rauschen, Florilegium patristicum , III, 1905, p. 69.
— 16 Cf. Borgbesi, Les préfets du prétoire, t. X. 1897, p. 64. — U Actes grecs, § 11 ol 23. — 18 Cf. Harnack, Sitsungsberichte d. Pieuss. Ak. 1893, p. 721-740; Mommsen. Ibid. 1894, p. 497-503 ; Klette, Texte und Untersuchunqen von Gebhardt und Harnack, 1897, XV, 2. — 19 S. Jérôme, De riris illustr. 42. — 20 Euscbe, Hist. ecclcs. V, 21. Actes arméniens. — 2! Martyrium Polycarpi, X, 2, éd. Rausclien, 1904, I, 49 ; iteTa-.v Sîj^ov. — 22 Cf. Mommsen, Loc. cit. p. 501.
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tence du préfet de la ville, avait été évoquée devant ce tribunal : elle fut jugée dans le Palais impérial1. Or, depuis la réorganisation du conseil du prince par Hadrien, l'application et l'interprétation des lois ne sont plus faites d'une manière arbitraire2 : l’empereur estlié moralement par l'avis des jurisconsultes membres de son conseil [consilium principis, t. r’r, 2, p. 1453]. Choisis dans les rangs du Sénat3, ceux-ci devaient, dans les questions délicates touchant à la politique, souhaiter d’avoir l’avis de leurs collègues pour couvrir leur responsabilité.
3. La procédure suivie contre les chrétiens présente, dit-on, des anomalies inexplicables si le crime qui leur fut imputé est un crime de droit commun. Cependant c’est Tertullien lui-même qui les signale4 *. Les chrétiens qui avouent leur qualité, ne sont pas admis à prouver qu’ils n'ont commis aucun crime; on ne spécifie pas dans la sentence qu’ils sont condamnés pour lèse-inajesté ; on les soumet à la torture, non pas pour obtenir l'aveu de leur crime, mais pour faire rétracter 1 aveu de leur affiliation au christianisme; on absout les chrétiens qui renient leur foi, on les encourage même à nier leur crime en leur promettant l’impunité; enfin, à certaines époques, il fut défendu de poursuivre les chrétiens.
Mommsen a essayé d’écarter cette objection en disant que très souvent les magistrats ont poursuivi les chrétiens par mesure de police en vertu de leur droit de coercition 3 ; ils pouvaient, dès lors, agir d’une manière arbitraire. Mais il parait difficile de considérer comme arbitraires des actes qui se reproduisent d’une manière si uniforme au 11e siècle de notre ère. A mon avis, ces anomalies s’expliquent si l’on observe comment la jurisprudence a procédé pour appliquer aux chrétiens les lois existantes. Suivant l’usage, elle s’est, autant que possible, conformée aux précédents.
Pendant longtemps, à Rome, la profession d une religion étrangère n’a pas été traitée comme un délit : on s’est contenté de punir les crimes dont elle pouvait être 1 occasion et de prendre des mesures contre les affiliés. C’est ce que fit le Sénat en 568 pour le culte de Bacchus". Ce culte impie lui parut un danger pour 1 État et pour la religion. D’après Tite-Live, ceux qui ne furent convaincus que de s’être fait initier et d’avoir répété après le prêtre le carmen sacrum contenant l’engagement de se livrer à tous les excès du crime et du libertinage, furent retenus en prison; mais ceux qui s’étaient rendus coupables d’impudicité, de meurtre, de faux témoignage, de faux cachets, de supposition de testament, furent punis de la peine capitale1. Des mesures analogues furent prises, aux premiers siècles de l’Empire, contre les chrétiens. Comme aux adeptes du culte de Bacchus \ on leur imputa toute sorte de crimes et d’infamies [facinora et flagitia) : on les accusait de magie3 7, d inceste, d infanticide, de réunions nocturnes l0. On les poursuivit d abord de ce chef; mais on reconnut bientôL que la preuve était difficile, sinon impossible à faire. Seule 1 accusation de magie aboutissait souvent, parce que les agissements des
1 Harnack fait remarquer qu'en invitant Apollonius à sacrifier aux d.eux I erenms
oie Apollon seul par son nom. 11 en conclut que le tribunal siégeait 1. t? ’Aott...» 1
cf Mommsen, Ram. StacUsr. trad. VU, 110, 2. - 2 Cf. Edouard Cuq, Institution, juridique., t. Il, p. 28, n. 4. - 3 Cl. Edouard Cuq, Le conseil de. Empereur.
n 311-343. — 4 Tertull. Apol. 2, 8-18. - t Rom. Strafrecht, trad. t. Il, p. 281.
« Corp. inscr. lat. 1, 196. - 1 Tit. Liv. XXXIX, 17. - « /6id. XXXIX, 14 et
17 — 9 Cf. Le Blant, 3 tém. soc. des Antiquaires, XXXI, 8-2b. — Tertull. Apo .
7 il Cf. Edouard Cuq, Mélanges de VÉc. fr. de Rome, t. VI. - Tertull. Apol.
chrétiens ressemblaient, à s’y méprendre, aux pratiques des magiciens. On leur appliquait alors la disposition des Douze Tables sur Yincantatio mali carminis “, peultère aussi, suivant certains auteurs, la loi Cornelia De veneficis [lex, t. III, 2, p. 1140, n. 32]. Ce chef d’accusation parut, à son tour, insuffisant; il y aurait eu trop de magiciens. A ceux qu’on ne pouvait espérer convaincre des crimes précités, on reprocha de s’être engagés par serment à les commettre, de s’être fait initier à une doctrine dangereuse pour l’État. Telle fut la règle formulée par les jurisconsultes ou par les rescrits impériaux : elle entraînait l’application de la loi Julia De majcslate *2, qui proscrit les actes attentatoires à la sécurité de l’État13. De là, une double différence entre les mesures prises à l’occasion du culte de Bacchus et celles qui furent appliquées aux chrétiens : les premières avaient un caractère arbitraire, les secondes étaient fondées sur la loi; puis, tandis qu’au vie siècle de Rome, les simples initiés au culte de Bacchus furent retenus en prison I4, les confesseurs de la foi chrétienne furent punis comme des criminels. Mais le fait qui motivait l’accusation portée contre eux n’établissait qu’une présomption 13 de culpabilité, qui cédait devant la preuve contraire. Cette preuve résultait de la vénération des images des dieux ou de l’empereur lü.
Cette interprétation n’a pas été admise sans résistance ; elle se fait jour dès le Ier siècle : on en trouve la trace dans la première épilre de saint Pierre11, puis dans une lettre de Pline à Trajan18. Trajan en restreint la portée: il défend de rechercher les chrétiens ; il permet seulement d’accueillir les accusations dirigées contre eux l9. Hadrien est plus strict: dans sa lettre au proconsul d’Asie, Minucius Fundanus, il prescrit de ne pas tenir compte des demandes ni des clameurs de la foule; on ne doit admettre que les accusations présentées au tribunal; celles qui seront reconnues calomnieuses seront sévèrement punies. Les chrétiens, convaincus d avoir commis un acte contraire aux lois, seront frappés suivant la gravité du délit20. Hadrien semble bien ici s écarter de la règle posée par Trajan, et ne pas autoriser les accusations portées contre les chrétiens en raison de leur nom. C’est ainsi que les contemporains comprirent sa décision, car saint Justin demande à Antonin le Pieux-- de la confirmer21. Mais ces bonnes dispositions de la jurisprudence impériale ne se sont pas maintenues. Vers l’an 163, moins de quinze ans après la publication de Y Apologie, saint Justin fut condamné à mort par le préfet de la ville, Junius Rusticus, pour avoir propagé des doctrines nuisibles à l’Étal22.
Ces variations de la jurisprudence, ainsi que la diversité des chefs d’accusation qu’on a fait valoir, suivant les époques, confirment l’idée que la situation des chrétiens a été réglée, non pas par un acte législatif, mais seulement par des rescrits23. Lactance l’affirme, et son assertion est conforme à ce que l’on sait sur le caractère des rescrits aux premiers siècles de l’Empire : ils interprètent la loi ; ils ne créent pas le droit. C’est pour cela que les chrétiens
29 : lia nos crimini majestalis addicite ; cf. 2 -, cum ejusdem nox[i]ae eadem tractatio deberet intervenire. — 13 Ulp. 7 De off. proc. Dig. XLV III, 4, 1, 1 Vaiestatis crimen illud est quod advenus populum romanum, vel advenus sccuritatem ejus committitur. - H TU. Liv. XXXIX. - *5 Terlull. Apol. 2, 11 ; 16,
10 Tertull. Apol. 10, 1. - U 111, 15- - 1S Ep. 96. - 19 Cf. Tertull. Apol. -, «• 20 Justin. Apol. I, 68, 5. Ed. Rauschen, h'ioril. patrisl. 1904, II, 73. — 21 1 68, 3. — 22 Martyrium S. Justinie t sociorum, éd. Rauschen, III, 97. — 23 1 ■ Edouard Cuq, Mélanges de l'Ec. fr. de Rome, VI, 139.
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pouvaient toujours espérer un revirement de jurisprudence. C'est pour cela que saint Justin et Tertullien ont composé des Apologies destinées à éclairer les jurisconsultes membres du conseil impérial. Nous venons, dit saint Justin, demander ut, diligenti deliberalione adhibila, judicium exerceatis *.
La règle consacrée par les rescrits eut pour conséquence de faire traiter comme des criminels les confesseurs de la foi chrétienne, ceux qui avouaient s’être fait initier à la nouvelle religion. Auxyeux des païens, le christianisme est une doctrine qui enseigne le mépris des dieux protecteurs de l’État® et qui se propose de les détruire3. Mais ce n’est pas un simple délit d’opinion. La volonté doit se manifester par un acte positif : un sacramentum [sacramentum]. Pline l’atteste. On reproche aux chrétiens, dit-il à Trajan, sacramento in scelus se obstringere *. II ajoute qu’il n’a rien découvert de sacramentis eorum % sinon qu’ils se réunissent avant le jour pour chanter au dieu Christ. Comme exemple des engagements que la croyance populaire attribuait aux chrétiens, Tertullien cite le sacramentum infanticidii 6. Lorsqu’il s’agit d’un crime d’État, il est de principe qu’on ne punit pas seulement le crime consommé. D’après le jurisconsulte Q. Cervidius Scaivola, qui fut membre du conseil de Marc-Aurèle, la loi Julia De majestate est applicable à celui qui, par dol, a fait engager quelqu’un par serment à accomplir un acte adversus rempublicam1 . Ce principe est encore appliqué au Bas-Empire par Arcadius, au cas où des factieux ont formé un complot et se sont engagés par un sacramentum à tuer des membres du Consistoire ou du Sénat8. Les chrétiens aussi étaient des factieux9 et s’engageaient, croyait-on, par un sacramentum. Ils n’hésitaient pas à sacrifier leur vie plutôt que de manquer à leur promesse. Leur courage à affronter les supplices était pour les païens la preuve éclatante de leur culpabilité.
On aperçoit maintenant la cause des prétendues anomalies de la procédure suivie contre les chrétiens lorsqu’ils étaient accusés en cette seule qualité. Ce sont des conséquences logiques de l’interprétation consacrée par les rescrits. Tertullien a donc raison de dire que les chrétiens sont coupables d’un crime de lèse-religion lorsqu’on les condamne en raison de leur nom et de l’aveu de leur foi. Ils sont punis pour s’être engagés par serment à commettre un crime prévu par la loi Julia De majestate, crime qu’Ulpien déclare être un quasi-sacrilège. En le qualifiant sacrilège, Tertullien emploie une terminologie qui n’est pas rigoureusement exacte, mais qui était justifiée par l’usage suivi de son temps dans les tribunaux. La sentence prononcée en 179 contre saint Symphorien constate que majestatis sacrilegium perpetravit10. Cet usage a persisté au Bas-Empire : Constance II et ses successeurs considèrent les faux monnayeurs comme coupables de sacrilège 11 et leur applique non plus la loi Cornelia De falsis, mais la loi Julia De majestate'* . Ils traitent de même les agioteurs qui spéculent sur la différence de cours de la menue monnaie suivant les pays où on l’utilise13. Le crime de sacrilège est
donc, à leurs yeux, identique au crime de majesté.
Cette extension de l’usage normal du mot sacrilegium n’est pas particulière aux Romains. Une inscription grecque de Syros, de l’époque romaine1*, qualifie i«pocruXo; celui qui a violé un règlement de police religieuse. Il en était de même à l’époque antérieure; d’après une inscription d’Iasos, du ive siècle15, on appliquera les lois sur les tspdauXc,t à quiconque détruira soit la stèle portant la loi relative au culte de Zeus Mégistos, soit le texte de la loi. Une inscription de la fin du me ou du commencement du iie siècle donne une liste de faux monnayeurs qui furent condamnés à mort comme coupables de sacrilège ,6.
§ 2. Impiété envers la religion chrétienne. — Le mot sacrilegium est souvent employé au Bas-Empire pour désigner un certain nombre de crimes qui ont pour trait commun un acte d’impiété, soit envers la religion chrétienne, soit envers le prince. Ces crimes sont plus ou moins graves et donnent lieu à une peine spéciale. Le sacrilège n’est donc pas un crime déterminé: c’est une dénomination commune à plusieurs crimes.
11 y a cependant au Code Justinien un titre De crimine sacrilegii, mais les trois constitutions qu’on y a réunies ont un objet trop disparate pour justifier la rubrique sous laquelle on les a placées 17 . Cette rubrique figurait sans doute dans le Code Grégorien dont les compilateurs se sontinspirés, mais les décisions qu’il devait contenir sur le vol d’objets sacrés ont été remplacées au hasard par quelques constitutions mieux en rapport avec l’acception nouvelle du mot sacrilège. La confusion commise par les rédacteurs du Code Justinien est d’autant plus excusable que parmi les textes qui nous sont parvenus, il en est qui font allusion aux peines établies par le droit contre les sacrilèges18. Mais cette formule vague désigne sans doute les peines spéciales aux crimes prévus dans ces textes 19 et que d’autres documents nous font connaître 20. — La même confusion apparaît dans les Basiliques : le crime visé par les rédacteurs du Code Justinien est qualifié UpcfcruXt'a. Les scoliastes emploient tantôt ce mot, tantôt celui de saxptXÉyiov.
Il n’y a donc pas lieu de définir le sacrilège : il suffit de dresser la liste des crimes auxquels s’applique cette dénomination générale.
1° Troubles apportés à l’exercice du culte. — Les troubles, commis dans une église par une bande de personnes, doivent être dénoncés par les autorités locales au gouverneur de la province; on lui indiquera les noms des individus qu’on a pu reconnaître. Le gouverneur les fera arrêter sans attendre la plainte des ministres du culte, et s'efforcera d’obtenir les noms des complices. Si les accusés prennent les armes pour se défendre ou se réfugient dans des lieux d’accès difficile, le gouverneur adressera une réquisition écrite au commandant de l’armée d’Afrique pour empêcher les révoltés de s’enfuir. Ceux qui seront convaincus d’avoir pris part au crime ou qui l’auront avoué, seront frappés d’une peine capitale. Cette décision, datée du 2o avril 398 et envoyée par Honorius au préfet du prétoire d’Italie, Theodorus21, a été mo-
.Justin. Apol. I, 2, 3. — 2 Id. I, 6: Laclant. De mort. pers. il. — 3 Ma y um Pohjcarpi , 12 : Hic est... deorum nostrorum eversor qui mui - >• Ib'd Sacrificent neve dorent. — 4 Ep. 96. — 8 Tertull. Apol. 2, 1X s V 7’ I' ~ 7 Sc*ev- 4 Reg- Dig. XL VIH, 4, 4 pr. — 8 Cod. Jus
6d ,i,, r, 7' J 7crfu'1' ^poL 38. — 10 Ruinai t, Acta sincera martyrui ta- üe Rotisbonne. inso n -ru ...» .v », . J .
vin.
11 Cod. Theod. IX, 23, I; IX,
5; IX, 38, 6. — U Iibd. IX, 21, 9. — 13 Ibid. IX, 23, 1. - 14 Dittenber-
ger, Sylloge inscriptionum graecarum , 2” éd. 680. — 13 Ibid. 602. 16 Ibid.
513. Cf. Dareste, Haussoullier et Reinacli, Inscriptions juridiques grecques, t. Il, p. 371. — 11 Cod. Just. IX, 29. — 18 Cod. Theod. XVI, 2, 31 ; Nov. Valent. XVII, 1, I. — 19 Atteinte aux immunités dont jouissent les biens d'Église ou aux privilèges des clercs. — 20 Cod. Theod. XVI, 2, 34. — 2i Ibid. XVI, 2, 31.
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tivée par les troubles qui suivirent la défaite de Gildon 1 .
2° Atteinte aux privilèges des biens d’église. — Les fonds de terre appartenant aux églises sont exempts des charges extraordinaires ou sordides muni s, t. UC -•> 20131. D’après un rescrit d’TIonorius au préfet d'Italie Melitius (23 mai 412), quiconque portera atteinte à ce privilège en exigeant des prestations indues, encourra la peine établie contre les sacrilèges et en outre la déportation *. La première peine est sans doute celle de cinq livres d’or, édictée par llonorius en 399 contre ceux qui portent atteinte aux privilèges des églises3.
^Atteinte aux privilèges des clercs quant à Ici juridiction Valentinien III rétablit en 423 le privilège des clercs aboli par l’usurpateur Jean. 11 prescrivit au préfet des Gaules Amatius d'informer les gouverneurs de provinces que les juges séculiers doivent s’abstenir, sous peine de sacrilège, de citer les clercs devant leur tribunal; l’évêque est seul compétent4.
4° Profanation du dimanche. — D'après une constitution de Valentinien II adressée en 386 au préfet d'Italie Principius, les affaires et les procès doivent être suspendus le dimanche; il est également défendu de réclamer ce jour-là une dette publique ou privée. Le contrevenant
est noté d’infamie et jugé sacrilège8.
5° Négligence des évêques ci remplir les devoirs de leur charge. — Un édit de Théodose Ier au peuple de Constantinople (27 février 380) déclare coupables de sacrilège ceux qui, par leur ignorance ou leur négligence, offensent la sainteté de la loi divine \ Godefroy, s’appuyant sur le témoignage de saint Basile et de saint Grégoire de Nazianze, a montré que cette disposition vise les évêques qui laissaient l'hérésie se développer dans l'empire d'Orient '.
6° Apostasie. — Les chrétiens, convertis au judaïsme ou au manichéisme [apostasia, judaei] , sont, en raison de ce sacrilège, déchus du droit de tester. En 383, une constitution de Valentinien Ier, adressée au préfet d'Italie Il vpathius, limita à cinq ans après le décès le délai accorde pour attaquer le testament de l’apostat 8 . Mais, en 426, une constitution de Valentinien III au préfet d Italie Bassus supprima cette restriction et rendit perpétuelle l’action en nullité. Elle retira également à l'apostat la faculté de faire des donations entre vifs, alors même qu’elles seraient déguisées sous l’apparence d’une vente1'. Dans l’intervalle, llonorius, par une constitution de 4U9 adressée au préfet d'Italie Jovius, avait décidé que I on poursuivrait, comme coupables du crime de majesté, les Coelicolae'0 qui tenteraient de convertir des chrétiens . Un demi-siècle plus tôt, en 337, Constance II avait puni de la confiscation les chrétiens convertis au judaïsme -, et cette peine a été maintenue par Justinien
7» Hérésie. — Les hérétiques, quels qu’ils soient, Ariens14, Donatistes 16, Manichéens16, Apollinaristes,
. Cf F Martroye, Gensêric, La conquête vandale en Afrique et ‘^esMn
* X- - -n r - -ff s
f t*' Cod. JusL IX, 29, Godefroy, t. VI. P- 58. - • Cad Theod. XVI,
, , 9 Ih.,i 7—10 Cf. sur celle secte nouvelle, Godclroy, l. VI, P- -u ■
II H Cod. TW. XVI. 8. 19. - « «nd. XVI, 8, 7. - « Cod. JusLj . 7 1.
H Cod. Theod. XVI, 5, 6, - 15 lüid XVI, G, 4. - 1» A». 'aient. X\ 1
, • ! « Cod. Just . 1, 5, 8, S. - Ibid. ■■ Dispar quidam nomen sed
’’ , ,, , Tl.vnH XVI b 20 — 1* Cf. Edouard Cuq, Insti-
idem sacnlegium-, Cod. Theod. XVI 5, t». )49
tutions juridiques des Romains, t. Il, P- ‘ ■ ' ' ’ . xyj
n. 1 21 Ibid. t. Il, P- 788. - ^ Consl. Sirmond, II; Cod. Theod. XVI,
Eutychianisles n, sont des sacrilèges18 [haeretici, t. III,
1, p. 31. Les peines édictées contre eux sont, en général, des peines civiles : infamie19 [infamia], intestabilité-" [TESTis], déchéance du droit de tester [testamentum] et de succéder à cause de mort-1 [successio]. On \ joint souvent la confiscation des biens [proscriptio, confiscatio], l’interdiction du séjour dans les grandes villes et dans les cent milles environnants 22. Parfois des peines rigoureuses (amendes très fortes -3, peine de moi t) sont prononcées contre les affiliés à certaines sectes. Les hérétiques sont, enfin, exclus des fonctions publiques et du barreau 26 ; ils ne sont jamais admis à profiter des grâces ou amnisties accordées à 1 occasion des fêtes religieuses 27 [INDULGENTIA, t. 111, 1,P- 482].
§3. Impiété envers l'empereur. — Parmi les actes d’impiété envers les dieux, ceux qui sont commis envers la divinité de l’empereur [imperium, t. III, 1, p. 431] doivent être examinés séparément. Toute atteinte à la majesté impériale est une impiété 28, mais, en général, elle n’est punie comme un sacrilège que dans un certain nombre de cas.
1° Refus de jurer par le génie de l’empereur. - C est un des principaux griefs formulés contre les chrétiens - . Pour s’assurer de l’exactitude de l’accusation portée contre eux en raison de leur nom, on leur déférait ce serment qu'il leur était impossible de prêter. Ils consen-
taientà prier pour l’empereur, mais non à reconnaître son
génie [Genius, t.ll, 2, p. 1493]. En quoi ils commettaient un sacrilège30. — Le faux serment prêté par le genie de l’empereur devait être aussi un crime de lèse-majeste. Mais Alexandre-Sévère, confirmant les décisions de ses prédécesseurs, déclare que si le parjure a eu heu dans l’emportement de la colère, l’accusation ne sera pas recevable31. Un rescrit de Sévère etCaracalla prescrit d in i-
gerau parjure une correction : on le fait fustiger 3-.
^ 2» Inobservation des décrets de l’empereur. - La peine du sacrilège est encourue par celui qui demande a empereur de lui concéder les biens d'un condamne pour crime de lèse-majesté 33, ou des terres qui conviennent mieux à la construction d’un palais impérial qu a la eu ture34 par celui qui demande une fonction publique dans
une province ou une ville d’où il est originaire 3S par ce u. qui usurpe une dignité supérieure ci celle qu il a obtenue36, enfin par le délateur qui dénonce les particulier, qui ont régulièrement acquis des biens patrimoniaux, ou des biens appartenant à un temple ou a une cite .
En certains cas la peine du sacrilege s ajoute a celle q est prononcée contre l’auteur de la contravention (adjecta poena sacrilegii quae in divalium scitorum v,o la ores païen insequitur». - On traite de la meme maniéré et i on inflige une peine semblable à celle du sacrilege aux vicaires des préfets du prétoire d'Italie- qur refusent, e jus osculi aux domestici et aux protectores prote. tores]. Quant aux magistrats, qui se permettent de en
*’ T^MsLlX T-KCod. Theod. XVI, 5, -25. 29, 42, etc. - 26 Cod j"’ . j ,4 J *l Cod. Theod. IX, 38, 7 el 8. — 28 SenL V’ -0, 1 ’
Z. An»’ V,’/ *7. - 26 sanctorurnsemanorurn,
*«04. P. *0'*)-. w Polf;a'l V Ed. Dig. XII, 2, 13. <*■
.,S> 9 — 31 Cod. Just. I'. 4, 2. 1 34 Ibill-