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constitués alors sur le modèle des archers à cheval scylhes, toujours est-il qu'ils sont citoyens et figurent, au vi° comme au iv siècle, dans les défilés de la cavalerie athénienne1. Ces hippoloxotes n’étaient guère plus utiles que les hippeis dans les expéditions maritimes; aussi, pour remédier au petit nombre des toxotes à pied, on eut recours aux archers les plus fameux en Grèce avec les Scythes : les mercenaires crétois apparaissent en 423 8.
Ainsi, au début de la guerre du Péloponnèse, on connaît à la fois, à Athènes, les toxotai xénifcoi et les toxotai skythai d’une part, les toxotai astikoi ou politai et les kippotoxotai de 1 autre. Des 200 lrippotoxotes on sait seulement que 20 d’entre eux figurèrent dans l’expédition de Mélos 3 et quelques-uns peut être parmi les deux cent quatre-vingt cavaliers envoyés en Sicile4. A la fin du vc sècle, Xénophon en fait encore mention5, mais aucun monument ne nous a conservé d’eux un souvenir certain ou précis. Les toxotes nous sont, par
contre, assez bien connus, par des vases (fi g. 0034)°, des stèles 7, des statuettes même 8, avec leur équipement qui rappelle celui des Scythes ou des Thraces. Très court vêtus, un justaucorps collant s’arrêtant au haut des cuisses et laissant les bras nus, sur la tête
Fig. 6034. — Archer grec.
1 alôpékis thrace ou une sorte de bonnet phrygien à gardejoues, les pieds nus ou protégés par de hautes bottines thraces, sans armure ni armes défensives, le carquois à la ceinture ou rejete sur le dos, ils tirent le plus souvent de la main droite, le genou droit en terre3. Soigneusement distingués des psiloi et autres troupes légères [velues], ils comptaient, on l'a vu, parmi les troupes régulières et paraissent avoir reçu une solde de 3 oboles par jour l0. Peut-être leur corps de 1 G00 hommes était-il divisé
costume scytlie ( Jahrbuch , 1891, p. 239) et sur les fragments d'une statue polychrome en marbre (trouvés sur 1 Acropole parmi les débris antérieurs à 48(1) d'un hippoloxole en costume scytlie dont il rapproche une dédicace d’un Diokleidès Diokléous de la fin du vi1 s. ( Jahrbuch , 1891, 239; 1893, 133); mais l’appartenance de l'inscription au* fragments est aussi sujette à caution que l'interprétation de 1 amphore et que 1 identification du Mû.ttàSr,; xa7.î; qui s’y trouve inscrit au grand Miltiadc. — i Pour le vic s. 1 amphore dite de la revue de Pisistrate (cf. fig. 2484) ; pour le v* s. la frise des cavaliers au Parthénon, où le premier des sept groupes de six cavaliers diltorc un peu par l'habillement (cf. fig. 229) des autres, sans que l'absence d'armes permette do l'identifier avec certitude aux hippoloxotes: pour le ne s. le texte de Xénophon (.1 lem. (il, 3, 1). — 2 Tliuc. VI 25 et 43. — 3 Tliuc. V, 84. — 4 Tliuc. VI, 22, 43, 93. — B Mem. III, 3, 1. En 414, Aristophane les nomme, Aves , 1179. Sur les repré-entations possibles d’hippotoxotes, n. 8. — c La fig. 6034 d'après Monuni. d. Inst. VI, 33 = Arch. Jahrbuch , 1890, p. 71. On trouvera une série de références dans cet article; dans Hartwig, Meisterschalen, p. 107, 389; dans Festschrift Benndorf , p. 60. — IL. v. Sybel, Katal. d. Sculpturen v. Athen, 262-3; Potticr, Bull, corr. hell. 1880, p. 414 (un archer tégéate ?) — S Babelon, Bronzes de la Bibl. nationale , p. 394. Archaeologiu, XXX, pt. xxn. Un archer agenouillé sur le genou droit, tirant delà droite, le carquois à gauche sur une applique d'Olympie ( Olympia , Bronzen, pl. xi). Voir encore S. Rcinach, Bépert. delà Stat. Il, 185; 192; 201 ; 206.
— 9 L archer nu bandant son arc de la fig. 472, coiffé de l 'alôpékis, ou l'archer nu sans coifTure, le carquois retenu par une corde à la ceinture, du vase du Louvre (Pottier, Album des vases du Louvre , pl. i.xxxix 0. 5 ; de Itidder, Vases de la Bibl. nationale , p. 195, n, 296) représentent plutôt des éphôbes qui s'exercent comme ceux de la fig 480. — 10 C'est ce qui semble résulter de l'inscr. C. i. a. I, 79, où on ordonnerait de payer cette somme toù; toiéta; toùç Tt 4av[;.0Jî «a! tiù; Tandis que, en général, il semble que l'hoplite rece¬
vait quatre oboles et le cavalier six ; dans le traité d’Athènes avec Argos, Elis et
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en quatre loxarchies11 : c’est au nombre de 400 qu’0n les envoie à Méthone, en 429, soit, quatre archers pour dix hoplites sur chacun des 100 navires de l’expédition 12 Ln 427, Démosthène perd un grand nombre d’archers en Étolie ; les G0 qui lui restent contribuent, l’année suivante, à la victoire d’Olpai u. En 423, le même général en commande 400 devant Pylos, et Cléon lui amène un renfort d’autant d’archers mercenaires u. En 423 Nicias, avec 600 archers, tente l’assaut de Mende 16 ■ en 420, Alcibiade pousse une pointe, d’Argos à Patras,à la tête d’une poignée de toxotes*6. Dans l’expédition de Mélos, on retrouve la proportion de quatre archers pour dix hoplites, 300 sur 1200*7; ils sont 300 pour 3000, plus 80 Crétois, sur l’escadre de Sicile; avec la flotte de renfort, Démosthène semble en avoir amené autant18. De ces 2 000 à 2500 archers, au total, mobilisés par Athènes pendant la guerre du Péloponnèse, bien peu durent rentrer dans leur patrie. La dernière mention des archers Scythes est de 411 10 ; c’est vers cette époque que les hippotoxotes sont cités également pour la dernière fois par Xénophon, et des paniers à (lèches, tuipaxo; ro'eup.âTtüv, recensés dans la Chalcothèque en 3G2 20, ne suffisent pas à attester la persistance des toxotes ni des hippotoxotes dans l’Athènes du ivc siècle.
Dans la grande transformation de l’art militaire qu’Athènes subit alors comme la Grèce entière, si le recrutement national continue à fournir des hoplites, de moins en moins nombreux et de moins en moins solides, on s adresse surtout aux troupes plus légères et mieux entraînées qui ont fait de la guerre leur profession : divisés selon leurs armes, les mercenaires comprennent des toxotes au même titre que des akontistes ou despeltastes [mercenarii], La première armée de mercenaires, celle des Dix Mille, contient au moins 200 archers crétois21. Ce sont leurs dernières bandes qui se distinguent sous Iphicrate, pendant la guerre de Corinthe (394-3)22. Contre elles, Sparte se décide, à son tour, à faire appel à 300 archers crétois23. C’est, en effet, de Sicile 2\ d’Étolie23, de Rhodes26, mais surtout de Crète, que viennent les archers qu’on a vus, dès 423, pris à la solde d’Athènes 27. Équipés cretico armatu 28, ils portent le car-
Mantinéc, une paye de I drachme d'Éginc est spécifiée pour le cavalier, 3 oh. d'Egine pour le toxote, le psilos et l'hoplite (Thuc. V, 47). Sur cette question de la solde, cf. Bocckh, 13, 263, 326, 350; A. Martin, Les cavaliers athéniens, p. 351.
— u Dans C. i. a. I, 79. il est question de Td;af iroi : dans Dittenbergor, St/ll.S d'un loxarque. — 12 Tliuc. II, 23. — 13 Thuc. III, 98, 107. — 14 Tliuc. IV,
28, 31. —15 Tliuc. IV, 129. - 16 Thuc. X, 52. — 17 Thuc. V, 84. Chacune des trente trirèmes en porte dix. Cf. C. ». a. I, 54 : xatk]tuXi; toïfdtai Sa». — 18 Tliuc. VI,
22, 43 ; VII, 42, 60. t.t. C. i. a. I, 55 ; xatà eukâ;] TliiÔTa; t[o:âxivta. — 19 Quand l'oligarque Aristarchos, emmenant d'Athènes les archers J -,f Saçoitàtoi, s’empare d'CEuoé (Tliuc. VIII, 98). — 20 C. i. a. 111, Cl. Dans un compte de la marine il est question d'ôAxol to;eu;xàttuv que Bocckh ( Seeurkunden , p. 570) prend pour des nerfs à arc. C'est Xénophon, Mem. III, i, qui mentionne pour la dernière fois les hippotoxotes. Wernicke, qui les identifie à tort aux Scythes, suppose qu'ils ont été transformés en prodromoi. Ces éclaireurs seraient une partie des peripotoi (non pas éphebes dans la seconde année de leur service mais mercenaires cantonnés dans les places) qui assurent au iv* s. la sécurité de t’Atlique (7 fermes , XXVI. 51 ; cf. Brucckner, Arch. Jahrbuch , 1896, 209). — 21 Xeu. Anab. I, 2 9 ; III 7 15' IV,
2, 28; 8, 18. —22 Xen. Bell. IV, 2, 14; Plut. Apopht. 187 B — 23 Xen. Bell. IV,
2, 16. Peut-être doit-on considérer comme des Crélois les archers qu’Agésilas a en Asie (III, 4, 16), où on le voit demander aux villes ioniennes de lui fournir un lochos d’hoplites, loxotes et pellasles (IV, 2, 5). On retrouve des archers crétois dans l’armée de Cléomène, Plut. Cleom. 21, 3. Cf. p. 1002, n. 18. — 24Cf. p. 1002, n. 17. — 25 Cl. Thuc. III, 94-8. C'est sans doute à ce litre qu'ils paraissent comme mercenaires dans l’expédition de Sicile (VII, 57,8) ; ils sont surlout réputés comme akonlislcs. — 20 Les
Rhodiens sont surlout frondeurs (Thuc. VII, 43; Xen. Anab. IV, 8, 15). 27 Voir
encore Thuc. Il, 9, 3 et VU, 57, 8. — 2SLiv. XI.I1, 55. En dehors d'une stèle, malheureusement peu instructive, d'un jeune archer de Kvdonia ( Jahreshefte , VI, 9), les archers crétois nous sont surtout connus par les monnaies. On peut remarquer que, sur les monnaies crétoises, l'arc simple est donné à Apollon, l'arc composite à Héraklès.
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qUois sur le dos, un bouclier léger au bras gauche, et tirent delà droite leur arc simple en bois souple, de moindre portée que l’arc recourbé des Perses1, mais qui leur vaut encore une réputation telle qu’on prétend qu’Apollon lui-même leur a donné des leçons 2. C’est à l’effigie de Parcher que la plupart des villes crétoises frappent leurs monnaies; le xdijov xpr^ixov est presque proverbial chez l’historien des Dix Mille3, les Gnossia spicula 4 passeront de la poésie alexandrine aux poètes latins.
Ces Crétois contribuèrent puissamment au succès des armées macédoniennes. Sans doute, Philippe avait déjà trouvé d’excellents archers, montagnards comme les Étoliens et les Crétois, chez les Agrianes du Rhodope5. Ce sont eux qui, dans la campagne de Thrace et du Danube, se distinguent à la suite d’Alexandre 6. Mais celui-ci, bon archer lui-même1, ne se contente pas, pour la guerre d’Asie, de son millier d’Agrianes; il forme un corps spécial de toxotes crétois mêlés de Macédoniens et commandés par un toxarque macédonien 8. A côté de ces toxotes, divisés en deux chiliarchies, il engage au moins un millier d’hippotoxotes thraces \ Crétois, Thraces et Agrianes sont également utiles contre l’immense archerie perse10. Au Granique, les Crétois et les Agrianes passent le fleuve à la tête de l’aile droite; à Issos, ce sont eux qui engagent et soutiennent le combat pendant que l’armée se déploie ; à Arbèles, divisés en deux corps d’un millier d’hommes, ils forment la pointe des ailes; c’est à leur tête qu’Alexandre force le passage du Taurus; c’est sous la protection de leur tir que s’opère la traversée du Tanaïs. Cette victoire sur les Scythes assura à Alexandre les services de la peuplade des Dahes qu'on comptait parmi les meilleurs des hippotoxotes scythes11; un millier d’entre eux, joints aux Agrianes et aux autres archers, en accablant les chevaux et les éléphants indiens d’une grêle de traits, décidèrent de la victoire de l’Hydaspe.
C est, en eflet, 1 un des résultats de la conquête d Alexandre que de faire entrer, dans les armées de ses successeurs, ces redoutables archers de l’Orient qui avaient fait la force des Perses. Si, en Égypte 12 et en
Macédoine13, Agrianes et Crétois sont encore seuls à représenter celte arme, dès 310 les gouverneurs des hautes satrapies lèvent 10000 archers perses11. Pyrrhus, qui, à Asculum, disperse 2 000 archers entre ses éléphants1", dispose trois ou quatre tireurs d’arc sur le dos de ces animaux à la manière indienne, comme Antiochus III le fera encore à Magnésie ; dans cette journée décisive pour sa puissance, le roi Séleucide peut grouper, autour de sa phalange, des sagittaires arabes montés sur leurs dromadaires, 1200 hippotoxotes dahes, 2500 archers mysiens et 2000 archers élyméens à côté d’environ 3000 Crétois16. Contre ces auxiliaires, les rois de Pergame ont recours à des Mysiens17 comme à des Crétois13. Ce sont leurs archers crétois qui contribuent à la victoire des Romains à Magnésie et au mont Olympe ,9. Rientôt, les Romains, qui connaissent leur valeur depuis les guerres puniques 20, s’adressent directement à la Crète ; contre Persée, le Sénat somme la confédération crétoise, d abord, de meltre à sa disposition autant d’archers qu’en a enrôlés le roi de Macédoine, puis, de rappeler tous ceux qui étaient à son service21.
C’est seulement à cette époque hellénistique qu’on commence enfin à faire à l’arc une place dans l’éducation militaire de la jeunesse grecque. Alors que Lysias tient encore l’archer en mépris 22, Platon, plus clairvoyant, cite aux Athéniens les Crétois et les Scythes comme modèles à cet égard et les exhorte à faire apprendre le tir à leurs enfants dès l’àge de six ans 23. Bien que l’arc fût enseigné depuis longtemps dans les palestres, ce n’est qu'en 282 qu’un maître d'arc figure parmi les maîtres éphébiques d’Athènes 21 et ce n’est qu’à la fin du iiic ou au 11e siècle que l’on trouve des toxotes ou des pharétrites mentionnés dans les tironum catalogi béotiens25 et des concours de toxikè institués à Téos26, Samos27, Koressos de Kéos28, Sestos23, Larissa30, Olbia 31 . L’usage de l’arc se développa si bien, même dans le Péloponnèse, que Pompée aura, à Pharsale, des archers laconiens ; et la Crète, sinon la Grèce propre, restera une des pépinières où se recrutera l’archerie des armées impériales32. A. -J. Reinach.
Xou. Andb. III, 3, 7, V, 2, 29. On a vu qu'au v» s. encore les Crétois para I sent s être servis de pointes en silex (p. 998, n. 10). — 2 Diodor. V, 74. Cf. Pin ; Puth. V, 41; Epicharm. Ap. schol. 11. XIX, 1 ; Simonid. ap. Atli. XIII, p. 573 1 nt h. pql. XIII, 7; Plato, Leg, VIII, 834 D (ils sauraient également tirer à clx val);Paus. I, 23, 4; Velleius, II, 3i, etc. La catapulte à flèches serait d’inver don crélo.se, Plin. VIII, 56. - 3 Xen. Bell. IV, 2, 9 ; Pollux, I, 10, 149. - 4 Vir , X’ 50 1 Ciris>^9; cf. Propert. I, 3, 2; 11,12,9; Lucan. III, 180, etc. - S Vo les textes chez II. Droyscn ( üntersuch . ueb. Alex. Heerwesen, 1885, p. 20) qui a moi que es Agrianes étaient bien des archers, non desakontistes. Cf. encore, Krausi ermes, 1890, p. 00 ; Kromayer, Ibid. 1900, 216. - 0 Arr. Exp. I, 2, 4 ; 5, 8 ; 6 1
VIII or' Alex • 23’ ~.8 Al'r- 22- 9 ; “f. 12. 2; V, 23, 7; Curt. IV, 1,38 ’ in *" l’ ^ ' i' 17 ' ^'odol’c (XVIII, 1 1 fi) parle des images de deux arcliei agenoni lés dressées de part et d'autre du catafalque d'Héphaeslion. - 10 Je cro u i o enumérer les texles qu'on trouvera facilement dans Y Histoire d'Alexandi 1 1 T”' seI1 011 t,ans la U’escA. der Kriegskunst do Dclbrück, I (1000), p. lo: Z XXXI « a4 ni1.’ 12 Cf. Polyb. V, 36, 4 ; 65 7; 81
lèinzh. iunn' ’ lod' IH> 37- cr- P. M. Meyer, Dos Heerwesen der Ptolemâei Ciod XV :,T P°'yb' G3-0; V' 3- 3; 7, U ; X, 42, 2; XXIX, 0 370 E |V f' ™!.’ 35’ 39 ;XUI- 3S* 51 •> XLI1'. 7 1 Plut- -Ftami .1
les sJilla 1 ’ ~ 10d' X‘V’ l4’ 17- -15 Plut. Pyrrh. 15, 390 E. Pou
24- Ca° 5Uré,é|),‘anls' cf' Plv. XXXVII, 40 ; Strab. 709 ; Voget. III
Dos A»rian’ etr' ’■ ? ' ~ 16 Polyb' V’ 79’ 0 : Liv- XXXVII, 40 ; App. Syr. 32
Mysiens en roi loUr0nt dans la balaille- Antiochus IV pouvait encore passer 5 00i rPLv ,2Z * vvvi avec 3C°° CiMcicnS dont r>olybc dit * T-ov vwv .3Wm.
archers puisque' Tited I du’ ^ pC.ul'ôt,'e faul'iI adnleUre qu'ils étaient de étaient placés avec i nnn'V ” * D°° Cai'lens et Ciliciens de Magnésie qu’il Mas Nikalor „„ , ^ eot'r,:'Lo! s codem aràatu (XXXV il, 40, 8). Sous Démé
sous son non! ]„ ™C01'0 ‘‘ Elyméclls ,Justin- XXXV|. b A) et Ion sait que
Séloucides portent .LÜ!!. t gèrent à Antioche. Les monnaies de: *st probablement T'^'r a“'C °l ’C Cai'f|uois (Babclon. H ois de Syrie, p. 240) Mithra q„’ils ont cln 1 T”" la fusion avcc lcs divins Mardouk c
1S1 Apollon comme protecleur de leur Empire. — 17 Polyb. V.
77, 7; ci. mon mémoire sur les Mercenaires de Pergame, Revue archéol i908 II. - 18 Liv. XXXVI [, 39; XXXV11I, 21. - 19 Liv. XXXVII, 39; cf.' App! Mithr. 32; Dio Cass. XXXVI, 49, 2. — 20 I.iv. XXIV, 30, 13; Polyb. III, 15, 7. —21 Liv. XLIII, 7. — 22 Lys. XV, C. L'arc faisait partie de l'armement du matamore de la Comédie nouvelle (Athen. X, 422). — 23 p]alo. Aie. Il, 145 C • Pol IV, 439 B; Lerj. 62j D; 794 C ; 813 D ; 814 A. Dans la constitution idéale de l'Atlantide, chacun des 00 000 lots entre lesquels les terres étaient réparties, devait fournir huit soldats dont deux archers (Crit. 119 A). D'ailleurs, le vase des éphèbes tirant sur une cible en forme de coq (fig. 480; ajoutez Hartwig, Meisterschalen, p. 121) prouve que le tir était pratiqué par les éphèbes athéniens dès le v« s. et' Aristote (Pol. Ath. 42, 23) dit qu’on leur apprend toïeJuv »«i ixovigtiv. — 24 C’est un Crélois nommé Sondros (C. i. a. II, 310). Dans la période 112-100, on connaît une série de toxotes athéniens (Ibid. 465, 467, 469, 470, 471). De la mémo époque on possède un fragment en l'honneur d'un stratège d'Éleusis qui s'est occupé ,o;Eia5 (Ibid. IV, 2, 614 d). C'est un éplièbo vainqueur au concours de l'arc que représente la fig. 478 (du début du v' s). — 25 Toxotes à Orchomène (/. G. Sept. 3190) ; phnrétrites à Akraiphiai (Ibid. 2714) et Tanagra (Ath. lUittheil. 1906, 435). Dès le siège de Platées, on voit les fugitifs écarter les Lacédémoniens à coup de (lèclies (TIiuc. III, 23). Pour Tlièbes on peut voir un indice d'emploi de l'arc à la même époque dans Tliuc. VII, 30 et sur ses monnaies du iv° s. au lype de l'archer pour Corinthe eu 433 dans Tliuc. I, 49. Enfin, un toxarque csl mentionné à llcrmione au n° s. de notre ère (/. g. Pel. 698) et, au siège de Marseille par César, il
est question des archers des assiégés (D. C. Il, 14, 3). 26 c. i. g. 3059 = Syll
523, le maître d'arc est payé 250 dr. — 27 Syll. 673. - 28 Syll. 522. Le gagnant du concours, qui aura lieu trois fois par mois, recevra un arc et un carquois garni d'une valeur de 15 dr. - 29 Or. gr. inscr. set. 339. — 30 Syll. 670-1. - 31 Latyschew, Inscr. P. Eux. n. 400; Oest. Jahreshefte, 1091, Beibl. 57 les monnaies d'Olbia sontau type d'Héraklès archer. Plutarque trouvera nécessaire de reprendre les arguments de Platon en faveur de la toxikè (Moral, p. 440 b). — 32 Cf.
1 Hyperanor de Lappa de la coh. I sagitlariorum , p. 1005, fig. 6037. Pour les archers crétois de Pompée et de César, Bell. gall. il, 7, 1 ; 10, 1 ; IV, 19 4 • VII 40, 5 ; Bell. Alex, i, I .Bell. Civ. III, 4, 3 ; 45 ; 50 ; 62 ; Appian. Bell, civ, II, 49 ; V, 36,
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Les archers dans les armées romaines. — 11 n’est guère question d’archers dans les armées romaines avant l'époque de la deuxième guerre punique; Tile-Live en parle, pour la première fois, à propos des événements de l’année 207 *. 11 est naturel, qu’au contact des peuples qui combattaient avec des arcs et des flèches, les Romains aient compris les avantages de cet armement et aient demandé à leurs auxiliaires de leur fournir des corps de cette sorte. Végèce rappelle que Caton recommandait l'usage des archers et que Scipion l’Africain, en Espagne, avait mélangé aux légionnaires, dans chaque centurie, un certain nombre de sagittarii 2.
Nous retrouvons ensuite des archers crétois employés contre Persée3, puis dans les guerres d’Asie4; il y en a dans l'armée que Cicéron commande en Cilicie6; César, dans la guerre des Gaules, employa des archers crétois6, dans celle d’Afrique, des archers Ituréens et Syriens1; au début de l’Empire, Germanicus avait emmené avec lui, contre les Germains, des archers montés 8.
Les documents épigraphiques montrent que l'institution s’était régularisée à l'époque impériale ; les troupes irrégulières d’archers étaient devenues des ailes et des cohortes inscrites en permanence sur les contrôles de l’armée romaine. Il est facile de dresser la liste de celles qui nous sont connues :
Ailes : Ala I Thracum veteranorum sagittariorum civium romanorum (mentionnée au iic siècle en Pannonie) 9.
Ala III Aug. Thracum sagittariorum (en Pannonie supérieure) 10 .
Cohortes : Cohors I Apamenorum sagittariorum equitata (en Égypte)11.
Cohors I Flavia Chalculenorum equitata sagittariorum (en Syrie) 12.
Cohors III Cyrenaica sagittariorum u.
Cohors I Flavia Damascenorum miliaria equitata sagittariorum (en Germanie) 14.
Cohors I Hamiorum sagittariorum (en Bretagne) 15.
Cohors I miliaria Hemesenorum sagittariorum equitata 16 civium romanorum (en Pannonie Inférieure).
Cohors I Augusta Ituraeorum sagittariorum (en Pannonie)11.
Cohors I turaeorum sagittariorum equitata (en Cappadoce) 1S.
Cohors I milaria nova Surorum sagittariorum (en Pannonie) 19.
Cohors I Thracum sagittariorum (en Dacie)20.
603G. — Archers d’Asie.
Cohors I Tgriorium sagittariorum (en Mésie Inférieure)21.
Cohors I sagittariorum (en Germanie) 22.
Cohors I sagittariorum miliaria (en Dacie)23.
Cohors I Aelia sagittariorum milaria equitata (en Pannonie) 24.
Cohors I Ulpia sagittariorum equitata (en Égypte) 2“.
Cohors III sagittariorum î6.
Ainsi qu’on le voit, ces troupes avaient été recrutées originairement dans les pays où l’usage de l’arc était le plus répandu : la Thrace (trois corps j et surtout la Syrie (huit corps). Un grand
nombre d’entre elles étaient des cohortes mixtes de fantassins et de cavaliers.
A ces ailes et à ces cohortes, il faut ajouter des troupes à pied et à cheval, de formation irrégulière, des numeri, recrutés aussi dans les mêmes régions ; numéros Palmyrcnorum sagittariorum, en Égypte 21 ; nu me rus Palmy renor uni sagittariorum , en Numidie28; numerus Surorum sagittariorum, en Dacie 29, etc.
Le nombre des corps d’archers augmenta fortement, semble-t-il, à l’époque post-dioclétienne. On trouvera dans la Notice des dignités la liste des numeri de fantassins ou de cavaliers armés de l’arc qui existaient alors. A côté d’une seule cohorte, la cohors prima sagittariorum campée à Narthu (?), en Égypte 3p, peut-être l’ancienne cohorte I Ulpia sagittariorum 31 , elle ne mentionne pas moins de soixante troupes de sagittarii à cheval32 et de
treize troupes à pied 33, répandues dans toutes les parties de l’Empire, surtout dans les provinces orientales.
A l’époque byzantine, les troupes impériales contenaient encore un grand nombre d’archers34. On reconnaît
6037. — Archer crétois d’une cohorte de Germanie.
1 [,iv. XXV11, 38. — 2 Vcget. I, 13. Cf. aussi, à propos des archers employés dans les guerres d’Espagne : Liv. XLII, 33 (archers crétois). — 3 Liv. XLIII, 7. — 4 Id. XXXV11, 39 ; Plularch. Luc. 27. — ° Ad fam. XV, 4, 10. — o liell gjll. U 7, t; 10, i ; 19, 4. — 7 Bull. afr. 20. —8 Tac. Ann. Il, 16. — 9 Kcil, BeTbracum auxiliis, p. 19. — 1» Ibid. p. 30. — U Connue par les papyrus. Cf. Pauly- Wissowa, Beat. encycl. IV, col. 241.-12 C. i. I. 111, 6638. — '3 Ann. epigr. 890,
I0 14 Ërambacli, 1412 ; cf. Pauly-Wissowa, col. 279. — 13 C. i. I. III ( Dipl.
XLIII) ; VII, 748, 738, 773, etc. — 10 Ibid. III, 3331, 10303 ; cf. Pauly-Wissowa, col. 203. — « C. i. I. III (Dipl. XXXVII) ; cf. Pauly-Wissowa, col. 303. 18 Aman. 'E»™;.;, 18 ; cf. C. i. I. XI, 2113. - 19 Ç. i. I. III, 3038, 3039, 3040,
10381, 10587. — 20 Ibid. (Dipl. LXVI et LXVII). — 21 Ibul. XXX ; cf. C. i. I Ht 8716; XI, 1934; et Pauly-Wissowa, col. 345. — 22 C. i.l. XI 11, 7513, 7514 ; cf. Paul;- Wissowa, col. 329. — 23 C. i. I. III, 0279, 8018. — 21 Ibid. 5G45, 5647 ; cf. Paul; Wissowa, col. 329. — 23 Ibid. 600. — 20 Ibid. III, 333 ; XIV, 3 9 55. — 27 Insc. »>’■ rom. I, 1109. — 28 Ann. épigr. 1900, 107. — 29 C. i. I. III, 7493, 8032, 12001 a et A, 12605 ; cf. Ann. épigr. 1890, 27 (vexillarii sagiltarii exercitus Bacici) — 30 Not. dign. Or. XXVIII, 40. — 31 Ibid. 008. — 32 N ai. dign. éd. Scout, Indices, p. 319; cf. Ammian. XV, 4, 10; XVI 1 1 , 9, 4. — 33 Not. dign. Indice-, p. 325 ; cf. C. i. I. III, 8762. — 34 Procop. Bell. Pevs. I, I, 8. Cf. sur les archers chez les Byzantins, Cliapot, La frontière de i Euphrate, p. 141.
SAG
SAG
avec plus ou moins de probabilité à leur costume des arrliers et Dacic ou de la Thrace (fig. 6035) \ de la Syrie ou d’autres provinces d’Asie (fig. 6036) 2 sur les bas-reliefs dcS C0i0nnes du Trajan et de Marc-Aurèle et sur d’autres monuments: une tombe de Zahlbach3, aujourd’hui au Musée de Mayence, et deux autres de Bingerbrück, conservés au Musée de Kreuznach 4 (fig. 6037). R. Cagnat.
SAGiYlA (S*Y(Jia), bât pour les bêtes de somme. — On doit admettre que, comme aujourd’hui, le bât se composait essentiellement d’une armature en bois, sur laquelle on pouvait suspendre ou poser les fardeaux. Cependant, cette armature était rembourrée par un tissu en poils de chèvre ou de chameau [saccus], destiné à préserver l’animal des écorchures1 ; il formait même une partie très notable du bât; car, dans l’Édit de Dioclétien, les sagmae sont rangées au nombre des articles confectionnés avec des tissus de poils, et ces étoffes entrent certainement pour beaucoup dans le prix total de la marchandise. Le tarif maximum en est établi comme suit : bât de mulet, burdo [voir mulus], 350 deniers (12 fr. 775); bât d’âne, 250 deniers (9 fr. 125) ; bât de chameau, 350 deniers (12 fr. 775). Le bât de chameau se vend le même prix que le bât de mulet; si on l’en distingue, c’est évidemment qu’il était d’un autre modèle, en rapport avec la conformation de l’animal [camelus, fig. 1050] 2. On remarquera aussi qu’il n’est pas question d’un bât de cheval, parce que le cheval servait plus rarement de bête de somme. En Grèce et dans les pays d’Occident, l’âne et le mulet, chargés de leur bât, étaient les compagnons ordinaires du voyageur; ils faisaient partie des longs convois que les riches traînaient avec eux dans
leurs déplacements. lléliogabalelégiféra pour déterminer quelles seraient les femmes qui auraient le droit de monter un cheval bâté, equus sagmarius * ; car la selle de femme dans l’ a n t iquité étai t plutôt un bât très lourd, sur le- 4um i amazone était complètement assise [equita- TI°, fig. 2716, sella equestris] 4. Mais c’était surtout
Fig. 6038. — Bât doublé d’uno housse.
dans les armées que le bât jouait un rôle important; il permettait au train des équipages de transporter les munitions et les approvisionnements là où, à défaut de roules, les chariots ne pouvaient pas passer*. La figure 6038 représente, d’après un bas-relief de la colonne Trajane, un cheval ou un mulet de l’armée romaine employé à ce service 6. Le bât est muni de pièces de bois saillantes formant support ’, ou il peut même consister entièrement, comme on le voit (fig. 6039), en un bâti de bois sur lequel les fardeaux sont chargés; la figure reproduit un vase en terre cuite, représentant un cheval qui porte des amphores 8. Georges Lafaye.
SAGMARIUS. — 1° Bête de somme chargée d’un bât [sagma] *. — 2° Fabricant et marchand de bâts, sellier, bourrelier (uaYgaTGTr&toç) 2. G. L.
SAGMINA. — Ce mot, dans les livres rituels des Fétiaux [fetialis, p. 1095 et 1097], désignait une herbe sacrée, d’ordinaire la verveine1, qu’ils emportaient comme symbole de leur mission et garantie de leur inviolabilité, lorsqu'ils allaient ou déclarer la guerre, ou faire la paix, ou conclure un accord en pays étranger Elle leur était remise, à l'origine, par le roi; plus tard, par l’un des consuls ou préteurs; la cérémonie est décrite par Tite-Live qui en a dû emprunter les détails à l’annaliste Cincius, à l’occasion du traité qui devait mettre fin aux rivalités de Rome et d’Albe par le combat singulier entre les Horaces et les Curiaces 2. L’un dés Fétiaux prend les ordres du roi Tullus à qui il demande les sagmina ; et il les cueille sur le sol sacré de la citadelle3. La dernière mention de cette pratique est de l’an 201 av. J.-C. pour la conclusion de la paix entre Rome et Carthage, à la fin de la seconde guerre punique. Le cérémonial est le même, mais avec l’herbe sacrée les Fétiaux reçoivent encore des cailloux. La verveine est, d’ailleurs, arrachée avec ses racines, en touffe, de manière à conserver la terre où elle a poussé. Ces pierres et cette terre sont l’emblème du sol de la patrie que les magistrats emportent ainsi avec eux pour ne pas la quitter; et l’ensemble de ce bagage symbolique est désigné par Tite-Live sous le nom de rasa, évidemment archaïque avec ce sens. Celui des Fétiaux qui portait les sagmina était appelé verbenarius ou verbe-
■ r /r'" '’ ' 0*“ ^ ur ' ■'G’G pt. n, xxi, xxxvu, i.ix, i.xxviii, xeix ; Froehn
I I 4 Pl‘ LV1- ~ 2 Froehner, O. c. pl, i.xvii. - 3 C. i. I. XIII, 701 cl f ; ^oU!'c d’après une photographie ; cf. Lindenschmil, Ti
I n . a f faim g d . rom. Beeras , 1882, pl. v, 1. J. Becker, Grabschrifteii
I ln'c cms Danserscite officiers, Francf., 1808, pl. n, 3.
I jY5"*; ' V°Set' A-velsr- 01, 50. — 2 Edict. Diocl. Il, 4, 0, Blümn, I mil T1!rJBeli0ff: * ’ cf' ' °P'SC- A urcl. 7 et Sauniaise, Ad h. I. — 4 La parami I hit * V ^ ‘°C ***’ ^ semble avoir été une selle de cavalier, plulôt qu' Pa'|UI;ls- 0Ü‘mnel’» Ad h. I. - ï Plut. Amt. 25; Pomp. il ; Vopii III 50 • [’• 6 y* lp > OI, 6; Lco, Tact. IV, 36 ; V, 7. V. encore Veg. V, 4,1 cf: | ' XXyl6> 3 • Su'd. s. ». ; Poil. X, 161. — « Frôhner, Col. Traj.\ „„ xni J ' ‘ ]' ~ Cichoi'i>'s, Reliefs d. Trajanssaüle pl. xiv, n” xv ; cf. pl. xxx ‘ Pitlure d-'Ercola no, I, 48 ; p. 253, II, pl. 12 = Helbig, Wandgi GhiX n"' SC7' 79°’ 148-’ H83’ 1308 I voi‘- “«» I'-1' CANp0NA, fig. 125 ali nniLs- ''' LXXXVI’ 3 ’ cl P*- '-xxxv. — 8 Prince de Biscari, Ragionam. sop ‘onuun. trastulli , Firenze, 1781, pl. ix, un bât semblable dans Tudc
Figur. d’argile, pl. i.xnjcf. Inghirami, Pitlurc divasi, pl.cccu. — BinuocnAPHin. Schefler, De re vehiculari veterum, 11,6; Ginzrot, Fuhrwcrke d. Griech. u. Rômer, H, p. 488.
SAGMAIIIUS. 1 Lampr. Helioq. 4; Vopisc. Aurel. 7; Sauniaise, Ad li. I. — 2 Gloss, gr. lat. s. ».
SAGMINA. I Plin. Bist. nat. XXV, 103 et XXII, 5 ; clic est appelle encore Hierobotané. 2 T. Liv. I, 24, 3 ; cf. 32, 6 et 38, 2. Le roi recommande que la toufl'e d'herbe ( graminis herbam) soit cueillie puram. C'est à tort qu'on a voulu corriger puram en privam; cf. les éditions de Ussing, de Madvig, etc. et Weidner, Progr. de Mersebourg, 18G8, p. 75. V. testus, p. 321 : Sagmina vocanlur verbenae , id est herbae purae, quia ex loco sancto Carpebantur (pour arcebantur ; corr. de Mcrcklin, Ind. Lect. Dorpat. 1860, p. 13; d'autres arcessebantur). — 3 T. Liv. I, 2, 4 sq. ; et les notes de Weisscnborn ; cf. XXX, 43, 9, où le Sénat rend un décret ; ut privos lapides silices privasque v erbenas secum ferrent. L'adjectir prirus exprime précisément cette notion d'exterritorialité. V. une autre interprétation chez Wissowa, Religion und Kultus der Roemcr, p. 420 sq.
SAG
SAG
natus Quant aux herbes, elles sont assimilées, par le Digeste, aux des ambassadeurs grecs, et par Var-
ron au caducée, emblème de paix 2. Le texte le plus ancien qui en fasse mention, dans la littérature pure, est un vers de Naevius parlant du droit sacré dont Jupiter a la garde et que confirme le serment sous la garantie du sagmen. En dehors des historiens, des juristes et des antiquaires, on ne peut citer d'autre allusion aux sagmina que dans le passage de YÉriéide où Virgile décrit les préparatifs de l'accord entre Uutules etTroyens: il y a là des personnages analogues aux Fétiaux3, couronnés de bandelettes et de verveine1. La pratique des sagmina suit la destinée de l'institution des Fétiaux ; elle est tombée en désuétude bien avant la fin de la République5. J. -A. IIild.
SAGUM (Sayo;). — Le sagum était un vêtement gaulois, de nom et d’origine’. On fabriquait des sagum à Arras5, à Tournai3, à Langres’, chez les Bituriges 8. C’était le vêtement des Germains6 et des Ligures1. De la Gaule, ce vêtement s’était répandu dans les autres parties de l'Empire, en Espagne8, en Afrique9, en Égypte ’°. Les inscriptions nous révèlent l’existence, dans des régions diverses, de sagarii ou de negotiatores sagarii : en Gaule, à Vienne”, à Narbonne12, à Lyon où ils formaient une corporation13; en Italie, à Milan”, à Ilome13, à Terracine16, à Pouzzoles11, à Pompéi18, etc.
Le sagum était une pièce d’étoffe carrée19. C’est ce qu’attestent les textes cités, et ce que confirment certains usages exceptionnels que l’on fit du sagum : on
s’en servit, en effet, pour berner20, pour remplacer des voiles de vaisseaux en en cousant plusieurs ensemble 21 ; pour enlever les terres, à défaut de panier22. Il se jetait sur les épaules et s’attachait par une fibule23. C’est ainsi qu’il est porté par le Dispater ou dieu au marteau des Gaulois 2i.
Une statuette, de Besançon25, en offre un bel exemple (fig. 6040). Les pauvres, dans les campagnes, remplaçaient la fibule par une épine ou un nœud26. Les riches avaient quelquefois des fibules en or 21 ; il en existait, en effet, de bien ornées, de pourpre ou de couleurs variées 28 , même chez les peuples barbares 29.
1 Dig. I. 8, 8, 1 ; Varr. ap. Non., p. 528, 18; Plin. H. nat. XXU, 8, 3. Bréal cl Bailly ( Dict . étymol. p. 369, stipula) croient pouvoir établir un rapport entre la pratique romaine des sagmina et l’usage de rompre une paille en signe de promesse qui existait déjà chez les anciens. V. Isid. Orig. V, 24. — 2 Cité par Fest. p. 321 : jus sacratum Jouis jurandum sagmine. Les anciens expliquaient sagmen par sancimen , de sancio et le rattachaient au môme radical que sacer. V. Isid. Orig. XVII, 9, 53; Serv. Aen. XII, i 20. Cf. Bréal et Bailly, Op. cit. p. 31G. — 3 Virg. Aen. XII, 120; avec le commentaire de Servius qui rappelle les Fétiaux, la verveine et les sagmina. Cf. Wissowa, Religion und Kultus der Roemer, p. 104. — 4 Fetiai.is, Loc. cit. p. 1101 .
SAG CM. 1 Varr. Ling. lat. V, 1G7 ; Polyb. II, 28, 7; III, 62, 5; Slrab. IV, 4, 3 ; Diodor. V, 30, 1 ; Edict. Dioclet. XIX, 60, dans Corp. inscr. lat. t. III, suppl. p. 1943; VVaddinglon, Edit de Dioclét. 18G1, p. 31, n. 26; Blümner, Maxijpa tarif , p. 156; Isidor. Orig. XIX, 24, 13. — 2 Ed. Diocl. XVI, 23; Treb. Pollio, Gallieni duo , VI, 6 ; cf. Vopisc. Carin. XIX; Suidas, s. v. ’A-rpaSa-cixà;. — 3 La fabrique est mentionnée dans la Notitia dignit. Occid. X, 12 ; cf. Mommsen, Edict. Dioclet. p. 87-88. — 4 Martial, I, 54, 5 ; XIV, 159, 2. - 5 Edict. Diocl. XIX, 60. — G Tacit. Germ. VI; XVIII; Pomp. Mel. III, 3, 2. — 7 Strab. IV, 6, 2. — » Liv. XXVII, 19; XXIX, 3; cf. X, 30; Slrab. III, 3, 7; Appian. Hispan. 42; Diodor. V, 33. — 9 Plin. VIII, 21, 1 ; Ed. Diocl. XIX, 61 ; Héron de Villefosse, Le tarif de Zraïa, 13 (dans Compt. r. delà Soc. de numismatique et d’archéologie , t. VI, 1875) ; Corp. inscr.
Un sagum grossier était le costume habituel du peu. pie 30. Il était généralement d’une étoffe de laine rude31, à longs poils32, quelquefois rayée33. Columelle recorn. mande aux agriculteurs de défendre leurs employés contre le froid et la pluie, en leur faisant porter un sagum à capuchon ( saga cucu/lata)3i [cucullus].
On portait le sagum noir en signe de deuil35. Il y avait des saga épais et lourds pour l’hiver, plus légers pour l’été 36.
Chez les Romains, le sagum fut l’habit militaire par excellence, de telle sorte que les expressions : saga sumere 31, ire ad saga 38 , ad saga converti 39, sont synonymes de partir en guerre ; esse in sagis 40, être en état de guerre ; saga ponere ou deponere, ou rejicere'", faire la paix.
Dans des textes nombreux, les mots sagum et toga sont opposés
COmme symboles, Fig. COU. — Sagum d'un frondeur.
le premier de la
guerre, le second de la paix Le sagum était un habit militaire très pratique, laissant à celui qui s’en couvrait toute la liberté de ses mouvements. On voit dans la figure 6041 un frondeur vêtu du sagum , prêt à lancer une pierre de son bras droit dégagé, l’autre tient le bouclier. Dans la figure 6042, un soldat romain, les bras étendus, pousse devant lui un prisonnier barbare : le premier porte le sagum attaché comme une chlamyde ; le second un manteau analogue, qui peut être ce qu’on appelait sagochlamys. Il n’a pas été possible jusqu’à présent de déterminer avec précision ce
lat. VIII, 4508. — '0 Peripl. mar. Enjlhr. VIII. — n C. i. I. XII, 1928, W'.
— 12 Ibid. 4509. — 13 Ibid. 1898. - 14 C. i. I. V, 5925, 5928, 5929 ; et près de Vcrcellae, 0773. — 15 Ibid. VI, 1282; 1868, près du théâtre de Marcellus, 9864; 98'-. derrière le temple de Castor. - 16 Ibid. IX, 8263. - n Ibid. 1872. - 18 Ibid. IV, 753. 19 Afranius ap. Cliaris, Inst, grain. I, 15, p. 105, 17, éd. Kcil ; Isid. /- I.
— 20 Martial. I, 34, 8; Suet. Otho, II. — 21 Tacit. Hist. V, 23. — 22 Cacs. Dell, gall. V, 4. — 23 Varr. ap. Non. XIV, 10. — 24 S. Rcinach, Bromes figurés de In Gaule rom. p. 137 sq. — 25 Montfaucon, Anliq. expliquée , III, 2, pl. exen; Appi»"- Hispan. 42; Diodor. V, 30, 1; Trgi. tyranni, VIII. —20 Tacit. Germ. XVII; cf. Virgil. Aen. III, 594; Ovid. Metam. XIV, 160. — 27 Liv. XXX, 17; XXXVII,
28 c. i. I. VIII 4, 508; Héron de Villefosse, L. l.\ Liv. L. I. — 29 Polyb. III, 62, 5: Diodor. V, 30, 1 ; Tacit. Hist. II, 20 ; V, 23. — 30 Cal. R. rust. 59; Digcsl. XXXI'. 2, 23, § 2. — 31 Bachana, Ed. Diocl. VII, 60. — 32 Strab. IV, 4, 3. — 33 Diodor. V, 30, 1 ; Virgil. Aen. VIII, 060. — 34 Colum, I, 8, 9 ; II, 1 , 21 . — 3b Plulard1- Moral, p. 201 c ; llorat. Epod. IX, 28, et Porphyr. Ad loc. — 30 Diodor. V, 30, I . cf. Trig. tyr. XII. — 37 Varr. Ling. I. VII, 37, et ap. Non. p. 538, 20 ; Liv. Epilo"1- LXX1I, CX VII I ; Cicer. Pkilipp. V, 12, VIII, 2. — 38 Cic. Ibid. XIV, 1 ; Vell. l'atore. II, 16. - 39 Isidor. Orig. XIX, 24, 13. — 40 Cic. Pkilipp. VIII, 11. — Epitom. LXX1II ; Cic. In. Pison. XXIII; Lamprid. Sever. Alex. LIV. 421“- Pkilipp. VIII, 11; In Pis. XXIII, 55; Tacit. Hist. Il, 20; Non. Marc. XIV, M Non. Marc. XIV, 20; Isid. Orig. XXIV, 13.
SAL
SAL
qui distinguait pour les anciens des vêtements à peu près semblables, tels que I’abolla, la lacerna, la chlamyde [cdlamys], qui s’attachaient sur l’épaule ou devant le cou; il en est de même de la sagochlamys. Comme on ne connaît pas bien la différence du sagum et de la chlamys, on ne saurait non plus dire ce que tenait de l’un et de l’autre le vêtement qui réunissait les deux noms. Nos dessins sont empruntés à la colonne Trajane 1 ; on trouve de nombreux exemples du sagum, aussi bien que sur la colonne Antonine, sur les arcs de triomphe et sur les monuments funèbres (hg- 1493, 3729, 4459, 4483, 5684).
Le sagum du soldat était le sagum grega/e2. Le sagum des officiers s’appelait aussi sagum \ mais plus souvent sagulum ; il différait de celui du soldat par une couleur plus éclatante4. Celui du général en chef était rouge5, et aussi celui de ses licteurs pendant la guerre8.
Il y avait, pour la troupe, des sagum d’hiver et des sagum d'été7. Le sagum du général en chef ne devait pas différer du paludamentum.
On appelait également sagum des couvertures de cheval8, couvertures parfois luxueuses9. On donnait aussi ce nom au morceau d’étoffe que l'on place sous la selle pour que le bois ne blesse pas le cheval 10 [sella
EQUESTRIS]. II. ThÉDENAT.
SAL ("AX?) . — Le sel. — Origine. — Pline l’Ancien distingue deux sortes de sel, qu’il appelle, la première, sel natif, salnativus, gui gignitur ; la seconde, sel factice, salfacticius, gui fit ; elles se forment l une et l’autre de différentes manières, mais elles résultent toujours de la condensation ou de la dessiccation d'eaux chargées de sel dissous1.
Le sa/ nativus estun produit naturel; on le trouve soit en grains, dans des dépôts d’origine marine, lacustre, fluviale ou thermale, soit en blocs dans des gisements souterrains. L’écume que les eaux de la mer laissent sur les rivages et dans les rochers donne, en se condensant par évaporation, un résidu salin2. L’été, sous l’action du soleil, le lac marécageux de Tarente, qui communique avec la mer, se transforme tout entier en sel, in salem abit ; en Sicile, les extrémités du lacus Cocanicus et d’un autre lac près de Géla se dessèchent pareillement et donnent aussi du sel; à Chypre, aux environs de Citium, en Afrique, notamment aux environs de Memphis, et dans différentes régions de l’Asie, en Phrygie, en Cappadoce, à Aspendos, en Bactriane surtout, il y a, loin de la mer, des lacs sur les bords desquels on recueille du sel 3 ; le même phénomène est signalé par Hérodote à propos du lac d’Anava en Phrygie 4 et par Vitruve à propos de lacs delà Libye, entre le temple de Jupiter Ammon et l’Égypte5. Plusieurs fleuves et rivières d Asie charrient des parcelles salines qui se condensent
1 Froelmer, Col. Traj. (1672-74), pl. xci. - 2 Liv. VII, 34; Non. Marc. XIV, 10. 3 Sallust. Fragm. p. 175. - 4 Suetou. Aug. XXVI; Sil. liai.
. 517, XVII, 527; Valer. Max. III, 2, 21; Trig. Tyr. XXVII. —5 Hirt. Bell Afr. L VII ; Sil. It. IV, 517. — 6 Sil. It. IX, 420. — 7 Trig. Tyr. XII.
Vegçl, Art. yel. III, 15, io ■ ffippiatr. p. 240. — 9 lui. Capitol.
10 4e£el- Art. vet. II, 59, 2. — Bibliographie. Le Beau, Aléni. de cad. des inscr. t. XXXIX, p. 509 ; Marquardt, Vie privée des Romains , Irad.
or Henry, t. II, p. 207; voir encore Musée gallo-romain de Sens , pl. i;
J .ner , Relief eines rom. Ariegers , Winckclmanns progr. Berl. 1866, p. 11; Id,
^A-relief ans Florenz, p. 30, pl. xxix, dans Archaeol. Zeitung, n. série, roc - ’ Hcllner, dans Dirk's Monatschrift , III, p. 4-10; cf. Id. Die
e '"cc len Steindcnkmaeler des provin zial Muséums zu Trier, Trêves, 1893.
2 «' , ' Nat' IÜSL XXXt' 73‘83' ~ 2 lbii' 74' - 3 Ibid ■ 74 ! 76 ; Isid. XVI,
— e Tatta Palu » de Cappadoce, cf. Strab. XII, 5, 4. - 4 Herod. VII, 30. t'eau d'i "a * 6 ^'ln' L°c- cit. 75; Isid. L. e. D'après Vitruve (L. c.),
es bras du (leuve Minière en Sicile était également salée. — 7 Espagne ;
à la surface: c’est le cas des flumina salis qu’on voit près des portes Caspiennes, chez les Mardi, en Arménie; c’est le cas aussi de l’Oxus et de l'Ocluis, en Batriane6 ; on sait que différents (leuves antiques portaient le nom de salsum /lumen'1-, h l’embouchure du Borysthène, le sel se déposait de lui-même en abondance, aXaç aÙTÔgarot Tnjyvuvrat8. Parmi les sources thermales dont les eaux fournissent du sel, Pline ne cite que les fontes Pagasaei en Thessalie9. Les gisements salins se rencontrent soit dans les montagnes, comme au mont Oromenus en Inde10, soit dans certaines plaines, au-dessous des couches superficielles de terre végétale et de sable désertique, comme en Sicile, en Cappadoce, en Arabie, en Libye11 ; dans cette dernière contrée, on exploitait, aux alentours du temple de Jupiter Ammon, un sel très recherché, le sal ammoniacus, de àp.;j.oç, sable12, enfoui dans le sol, bpuxrot, A l’intérieur de butLes de terre, autour desquelles se groupaient les habitations humaines 13 ; les mêmes tertres salins existaient aussi, plus à l’ouest, chez les Augiles, les Garamantes, les Atarantes u. Aristote parle des mines de sel d’Utique16; et Caton16, Pline17, Solin18, Sidoine Apollinaire 19, des mines de sel de l'Espagne citérieure, à côté d’Egeleste. Partout le sel était taillé régulièrement en blocs, à la façon des pierres dans les carrières ; les Arabes 20 et les Libyens21 s’en servaient même en guise de matériaux de construction pour bâtir leurs maisons.
Le sa/ facticius est un produit de fabrication artificielle. Dès l’époque préhistorique, au temps de la civilisation de Halstatt, les hommes savaient extraire le sel des eaux qui le renferment. On a retrouvé en Lorraine, dans les briquetages de la vallée de la Seille (près de Vie et de Burthécourt), en Belgique près de Bruges, au Giebichenstein en Thuringe, à Magdebourg, ailleurs encore, les vestiges de plusieurs exploitations de sources salées; des perches en terre cuite, supportant des tuiles plates munies d’une rigole, étaient disposées parcouches au-dessus d’un foyer ; l’eau des sources, versée de haut, ruisselait d’étage en étage et s’évaporait sous l’influence de la chaleur ; toutes les pièces de terre cuite se couvraient d’un dépôt salin que l’on en détachait ensuite sans peine2'2. Peut-être faut-il voir un souvenir de ces coutumes primitives dans certains procédés grossiers de fabrication encore en usage à l’époque classique : les Gaulois et les Germains jetaient de l’eau salée sur des bois enflammés 23; il en était de même en quelques parties de l’Espagne24; les Chaoniens d'Épire faisaient bouillirl’eau de leurs sources salines25, et les Ombriens une eau dans laquelle ils avaient jeté des cendres de joncs et de roseaux26; les Ardiaei d’Illyrie se contentaient de
Hirt. Bell. alex. 7, 8; Maurétanie césarienne : Plin. V, 10; 1t. Ant. p. 13 ; Arabie: Plin. VI, 147; Carmanie : Jbid. VI, 111. — 8 Herod. IV, 53. Cf. Dio Chrysost. Orat. XXXVI, p. 437 M. — 9 Plin. L. c. 76. — 10 Jbid. 77. — U J0. 77-79; Isid. L. c. A propos de la Sicile, Vitruve (L. c.) emploie les expressions salis fodinae, areae salinariae , terres d'où l’on extrait du sel, et Solin, V, 19, l’expression salinarum metalla , sel minéral; dans le môme sens, Varron (De re rust. I, 7, 8) disait : sal fossicius. — 12 Plin. L. c. 79 ; cf. Dioscor. V, 123 : Colum. VI, 17, 7 ; Ovid. Medic. fac. 94. — 13 Herod. IV, 181 ; Arrian. AnaO. III,
4; Eralosth. ap. Strab. I, 4, 3 ; Synes. Epist. 147. — H Herod. IV, 182-183.
— 13 Aristot. De mir. auscult. 134. — H> Cat. ap. Gell. Il, 22, 29. — n piin< £ c 80. — 18 Solin. XXIII, 4. — 19 Sid. Apoll. Epist. 9, 12. — 20 \ Gerrliae : Strab.
XVI, 3, 3; Plin. VI, 147; XXXI, 78. — 21 Herod. IV, 185; Plin. V, 34. 22 a.
Scliliz, dans la Zeitsch. f. Ethnoloi/ie , XXXV, 1903, p. 012 stj. ; L. Laloy, dans Y Anthropologie, 1904, p. 479-480. — 23 Varr. De re rust. 1, 7, 8 ; Plin. XXXI, 83 ; Tac. Ann. XIII, 57. — 21 Pliu. L. c. — 23 Aristot. Meteor. II, 3, 40 ; Plin. L. c. 82. — 26 Aristot. L. c. 42-53; Theophr. ap. Plin. L. c. 83.
SÀL
S AL
laisser évaporer à l’air l'eau salée qui jaillissait de leurs montagnes1. Le sel tiré du bois n’était ni blanc,, ni pur 2.
La plus grande partie du sel que consommaient les peuples anciens provenait de salines ou marais salants, établis généralement sur le bord de la mer3. Le sel était considéré comme un produit de la mer, OaÀàTTiov*, un don de Poséidon5; dans Y Odyssée, Tirésias annonce à Ulysse qu’il verra, en se dirigeant vers les Enfers, des peuples de l’intérieur des terres, qui ignorent L’existence de la mer et qui ne salent par leur nourriture6. Les Grecs appelaient les marais salants àXoïrqY1®1, de aXç et TCYjyvuut, lieux où le sel se solidifie, et les Romains salinae 8, salsae paludes* ; les ouvriers qui y travaillaient étaient les à>oirrp/o( l0, salariili ou snlinatores 12, presque toujours de condition servile1'3. Les salines romaines d’Ostie, Salinae romande, mentionnées dès les temps légendaires des roisu, sont les plus célèbres du monde antique ; elles approvisionnaient la ville de Rome et toute l’Italie centrale )5. Il y avait beaucoup d’autres salines dans les différents pays du bassin de la Méditerranée ; quelques-unes se trouvaient même à une distance plus ou moins grande des côtes 16 et servaient à l’exploitation des eaux de rivières ou de sources salées, comme par exemple en Babylonie et en Cappadocen. Le nom de Salinae que portaient plusieurs villes et villages faisait allusion tantôt à l’existence de sources salines, tantôt à la présence de marais salants18. Rutilius Namatianus nous a laissé la description détaillée d’un marais salant de la côte occidentale d’Italie, près de Voltaterra : « l’eau de mer pénètre par des canaux creusés en pente sur le sol, et de petites rigoles ( fossae ) arrosent d’innombrables réservoirs ( lacus ) ; quand arrive Sirius avec ses feux brûlants, quand l’herbe se flétrit et que la campagne est partout altérée, on ferme les écluses (cataractae), la mer n’entre plus et ainsi l’eau devenue immobile, se durcit sur le sol échauffé ; sous la vive influence de Phœbus, les éléments se coagulent en une croûte épaisse19 ». D’après Pline, on mélangeait le plus souvent dans les salines de l'eau de rivière et de l’eau de pluie à l’eau de mer; parfois cependant, comme en Crète et en Égypte, celle-ci avait seule à intervenir ; aux abords des marais, notamment àUtique, les tas de sel amoncelé et durci à l’air formaient de véritables petites collines20. On donnait le nom de flos salis , fleur de sel, au sel très léger et très blanc qu’on recueillait, surtout en Égypte, à la surface des salines 21 ; et celui de salsugo ou salsilago , au liquide salé qui restait au fond, sous la croûte de sel solidifiée 22. Caton donne une recette pour purifier et blanchir le sel commun et en dégager la flos salis : on le fait fondre jusqu’à saturation dans une
l Aristot. De mir. ausc. 138. — 2 Plin. L. c. — 3 Jb. 81. — 4 Plut. Symp. IV, 4, 3. — 5 Lykopbr. 133. — 6 Hom. Od.'X I, 122. — 7 Strab. VII, 4. 7 (Chersonnèse) ; XIII, 1, 48 (à Tragasae, en Troade ; cf. Plin. XXXI, 7G et 86; Poil VI, G3) ; Plut. Boni. 25 (près de Rome, au bord du Tibre). Peut-être le mot a-t-il aussi quel¬
quefois ce sens (Hesych. s. v. ; Corp. inscr. attic. Il, 1059). — 8 Varr. Ling. ht. VU, 25 ;Colum. II, 2, 15 et les textes cités dans lesnotes suivantes. — y Rutil. Naraat. I, 476. — 10 Nicand. Alex. 519. — il Corp. inscr. latin. X, 557 ; 785G (inscription trilingue de Sardaigne : salarius est traduit par o lui t5v &Xu»v ; il s agil d'un esclave). — 12 Ibid. XII, 5360 ; Gloss, de Papias. Les mots salarius et salinator sont pris aussi dans d’autres textes avec le sens de marchand de sel ; voir plus loin, p. 1012, n. 12 à 15. — 13 Cic. De imp. Pomp. 6 : fainiliae in salinis. — 14 Dion. Hal. II, 55; Liv. I, 33. Cf .Ibid. V, 45; VII, 19; XXIV, 47. Voir ci-dessous, p. 1012, n. J. 15 pim. XXXI, 89; Fest. p. 326 M. — 16 Cic. De nat. deor. II, 57, 132. — 17 Plin. L. c, 82. — 18 Bretagne : Ptol. II, 3, 21 ; Gaule méridionale : Ibid. III, 1, 42; Dacie : Jb. III, 8, 7 ; Apulie ; It. Ant. p. 314, Tab. Peut.; Picenum :
amphore pleine d’eau, que l’on expose ensuite au soleil pour laisser évaporer le liquide23.
Propriétés et usages. — Le sel, natif ou factice, ne présentait pas partout exactement les mêmes caractères; sa couleur, son aspect, son degré de sécheresse et de solubilité, son goût variaient selon les pays d’origine et les modes divers de préparation ; les anciens appréciaient surtout, comme les modernes, le sel blanc, sec, friable et piquant, qui se prêtait le mieux aux besoins de la cuisine et de la médecine 24. Pline l’Ancien nous dit que les hommes ne peuvent vivre sans sel ; c’est un élément nécessaire de leur existence 26. La possession de sources salines était souvent la cause de conflits sanglants entre peuplades voisines 26. De là vient le caractère divin que le sel avait primitivement, comme l’eau, la lumière, la terre 21 (Homère l’appelle flsïo; oîXç 28), et le rôle qu'il jouait dans les sacrifices religieux : les Romains ne faisaient aucune offrande à leurs dieux sans qu’y figurât un gâteau salé, viola salsa 29 [mola, p. 196 Si]. Platon déclare que le sel est agréable aux dieux, parce qu’il développe harmonieusement la faculté du goût30. De là aussi la valeur symbolique qu’on attribuait au sel: il était l’emblème de l’amitié, de l’hospitalité 31, de la fidélité à la parole donnée; on jurait par lui32. Delà vient enlin le sens métaphorique du mot sales pour qualifier les agréments de l’esprit, le charme riant de la vie, voluptas animi , vitae lepos et summa hilaritas 33.
Il faut remarquer cependant que le mot servant à désigner le sel, arménien al ( agh ), grec aXç, latin sa! , ancien iranien salami , vieux slave soli, gothique sali , ne se rencontre que dans les langues où existe aussi un vocabulaire développé de la vie agricole3*. La consommation du sel est liée étroitement à la culture des céréales ; le chlorure de sodium fait contrepoids à l’excès de potasse que renferment les végétaux ; les peuples pasteurs et chasseurs, qui se nourrissent exclusivement de viande et de laitage, n’en ont pas besoin. Même à l’époque historique, les Numides, qui n'avaient pas encore dépassé' ce degré de civilisation rudimentaire, ne connaissaient pas le sel35. Chez les Grecs, les viandes animales offertes aux dieux ne devaient jamais être salées ; Agathion, cité par Athénée, voit en ce fait un souvenir du temps où l’usage du sel ne s’était pas encore répandu36. On comprend le sens profond des locutions proverbiales qui associaient, dans l’antiquité comme dans les temps modernes, le pain et le sel 37.
Les Grecs et les Romains utilisaient le sel, dans leur alimentation, de différentes manières : d’abord comme condiment, obsonium, pulmentarium 38 ; ils en saupoudraient leurs mets pour leur donner plus de saveur. Quelquefois ils ajoutaient au sel certains ingrédients
Tab. Peut. ; Campanie, près d'Herculanum (salinae Herculeae) : Colum. X, 1 35; 5n/i* nam en Pannonie : Ptol. Il, 16, 4 ; It. Ant. p. 245 ; "AXai en Attique : Stepl). t 1 T ; •
— 19 Rutil. Nainat. I, 475-484 (éd. et Irad. Vessereau, Paris, 1904). — 20 Plin. II. 233 ; XXXI, 81 ; XXXIV, I2H. Les salines des environs d'Utique sont citées par César ( Bell . civ. Il, 37, 5). — 21 Cat. De re rust. SS; Plin. XIII, 9 et 14; XXXI, 91-92; XXXII, 134 ; llioscor. V, 127-128. — 22 Vitruv. I, 4; Plin. XXXI, 92. — 23 Cal L. c. — 24 Plin. XXXI, 84-89 ; Solin. V, 18 ; Isid. XVI, 2, 6. — 25 plin. L. 88. — 2G Tacit. Ann. XIII, 57; Amm. Marc. XXVIII, 5. — 27 Plut. Symp. V 10, 2. — 28 Hom. II. IX, 214. — 29 Plin. Loc. cit. 89. — 30 plat. Tim. p. 60-
— 31 Aristot. Eth. Eudem. VII, 2, 46; Eth. Niconi. VIII, 3, 8 ; Cic. De amicit. ' b 67 ; Eustath. Ad II. 1, 449. — 32 Archil. fr. 98 (êd. Bergk) ; Demosth. De falsa legd 191; Lykopbr. 133. — 33 plin. L.c. 88. — 34 Schrader, ap. V. Hehn, Das Sa:-- 2e éd. Berlin, 1901, p. 98. — 35 Sallust. Jug. 80, 7. — 36 Agath. ap. Alhen. XI'. p. 661. — 37 Varr. ap. Plia. XXXI, 80; Horat. Sat. 11,2, 17. — 38 plat. Rep. VI, p. 372; Xenopli. Oecon. VIII, 9 ; Plin. XXXI, 87-88 ; Athen. VU, p. 27 7.
SAL
SAL
destinés à exciter l’appétit [condimentüm] ; le sel ainsi accommodé s’appelait sal conditum, en grec aaXaxcivSeïT&v ou àXaffâpTUTov 1 . D’autre part, ils composaient avec les intestins de quelques espèces particulières de poissons, maquereaux et thons, marinés dans le sel, des sauces piquantes dont ils étaient très friands et qu’ils appelaient (,arüM et muria ; ils donnaient le nom d'alex à une sauce de qualité inférieure et bon marché, faite avec les résidus de la fabrication des deux précédentes. Enfin, le sel servait aussi à la préparation de conserves de viandes et de
poissons [SALGAMA, SALSAMENTUM] .
D’après un vieux proverbe latin, il n’y a rien de plus utile à la santé que le sel et le soleil, nihil esse utilius sale et sole 2. Aussi les médecins prescrivaient-ils constamment l’usage du sel, soit seul, soit associé à d’autres substances (graisse, miel, huile, farine, raisin, vin, vinaigre surtout), sous forme de boissons, de frictions, de cataplasmes, de liniments, de collyres, d’applications sèches ou humides. Astringent et corrosif, il purifie les corps et les préserve de la destruction 3 ; il avive l'appétit, guérit la morsure des serpents, des scorpions, des guêpes, fait disparaître les verrues, les abcès, les démangeaisons, les brûlures, combat les maladies de peau, les maux de dents, les douleurs nerveuses, la goutte, l’hydropisie, les coliques, la fièvre, la toux, etc.4. C’est une panacée universelle. On l’emploie également en médecine vétérinaire, contre la gale des moutons et des bœufs5, et l’on recommande d’en faire manger aux bêtes laitières, pour que leur lait soit plus abondant et plus savoureux 6 .
Commerce. — Nous ne possédons qu’un petit nombre d’indications sur le commerce du sel dans l’antiquité. Cependant la circulation et la vente d’un produit aussi universellement nécessaire devaient donner lieu à d’importantes transactions. Comme presque tout le sel consommé pour l’alimentation était tiré des salines marines, les peuples qui habitaient loin des côtes devaient s’approvisionner auprès de ceux du littoral7 et donner en échange les produits de leur propre territoire. Suidas nous dit que le mot âXdlv-qTov, littéralement « vendu pour du sel », signifiait « esclave », dans lalangue des barbares, parce que les marchands qui apportaient le sel dans l’intérieur des terres le troquaient habituellement, surtout chez les Thraces, contre des esclaves 8. L’une des grandes voies qui se dirigeaient de Rome vers les contrées du centre de l’Italie, s’appelait via Salaria : elle servait à conduire chez les Sabins le sel recueilli dans les salines d’Ostie9. Les textes littéraires ne parlent que de l’exportation des variétés de sel utilisées spécialement en médecine. Le sal Tattaeus, des marais de Tatta en Phrygie, et celui de Caunus en Carie entraient dans la composition de collyres et de cataplasmes ; celui de Cappadoce, débité en tablettes ( laterculi ), servait pour les soins de latoilette; celuideTragasae enTroade, pour laver
1 L- ciL~ Apic. I, 27 (29); Edict. Dioclet. III, 9: Corp. gloss. III, 184,
; 235, I. — 2 Plin. XXXI, 102. —3 Ibid. 98; Plut. Symp. IV, 4, 3.-4 Plin. ^ c‘ 98"l05l Plin. iun. 33, 20; 111, 9-10; 102, 18-20; 28, 4-7; Dioscor. De
’ me^- A, 123 ; Eupor. I, 45 ; 123 ; II, 05 ; Marcell. De medicam. 12, 21 ; Isid. ) ’ '' ' 0 Rlin. L. c. 105. — 6 Aristot. Bist. anim. VIII, 10 ; Verg. ^ ' V III, 394-39, ; Plin. L. c. S8. — 7 Dio Cbrys. Orat. 36, p. 43 Al : les Scythes )r 1 1 ’’ »er leur sel à 1 embouchure du Borysthène. Sur l'exportation du sel Rc'nnie de l'oasis d'Ammon vers l'Égypte, cf. Arrian. Anab. III, 4. — 8 Suid. s. v. ci( ' 1 'lu' *CXXi, 89; Fest. p. 336 M. — 10 Voir surtout Plin. Doc.
R'» et, pour chaque centre de production, les textes cités plus haut. Aris- — * H 79°î tait allusion à l’importation du sel de Mégare à Athènes.
Derr.ctr. 33. — Ed. Dioclet. 111,8 et 9 (éd. Moinmsen-Blüm ner,
les yeux des animaux; la fleur de sel d’Égypte, le sel de Memphis, de Thèbes, de Péluse, le sal ammoniucus de Cyrénaïque étaient très recherchés, à tel point que l’on falsifiait ce dernier en y mêlant du sel de Chypre ou de Sicile. L’île de Chypre exportait le sel du lac de Citium et celui des salines de Salamine. En Grèce, on préférait pour la table un sel très soluble et assez doux, comme celui de l’Attique et de l’Eubée, et pour les salaisons, au contraire, un sel Acre et sec comme celui de Mégare. En Italie, les principaux centres de production et de commerce du sel étaient, outre le Latium avec Ostie, Tarente et la Sicile, avec le lacus Cocanicus, le lac de Géla, Centuripes, Agrigente. Le sel gemme d’Espagne passait pour le meilleur au point de vue médical ’°.
La seule donnée numérique qui nous ait été transmise sur le prix du sel à Athènes se rapporte à une époque tardive et à des circonstances exceptionnelles, au temps de la guerre de Démétrius : la ville était bloquée et toutes les denrées s’y vendaient très cher ; le médimne de blé coûtait 300 drachmes, le médimne de sel 40 drachmes11 ; il faut retenir seulement de ce texte que le sel en Grèce valait environ sept fois moins que le blé ; le bon marché de ce produit ressort aussi de la notice de Suidas sur le mot ocXg&vtjtov : les esclaves que l’on appelait de ce nom étaient les plus communs et les moins chers. A Rome, l’éditde Dioclétien sur le maximum fixe le prix du sel ordinaire à 100 deniers le modius castrensis , soit 2 fr. 50 les 17 lit. 51, et celui du sal conditum à 8 deniers le sextiarius, 20 centimes les 54 centilitres12; en 389 ap. J.-C. une loi du Code Théodosien évalue le modius italique de sel à un douzième de solidus13, soit 1 fr. 25 les 8 lit. 75, ce qui correspond exactement au chiffre donné par l’édit du maximum.
Dans beaucoup d’Élats du monde antique, l’exploitation des gisements salins ou des salines et la consommation du sel étaient la source de recettes importantes pour les finances publiques14. Les rois de l’Inde tiraient de gros revenus des carrières du mont Oromenus’5. Un passage d’Aristophane mentionne l’existence de décrets de l’assemblée du peuple athénien au sujet du sel16; peut-être organisaient-ils un monopole et prescrivaient-ils des mesures, dans l’intérêt des pauvres, contre l’élévation des prix11. A l’époque hellénistique, Lysimaque frappa d’un impôt le sel de Tragasae en Troade’8;le monopole du sel existait à Byzance19, en Syrie20, à Palmyre21, en Égypte surtout, où fonctionnait un système de ventes forcées au bénéfice du fisc, par l’intermédiaire des àXo7tüXa; ou fermiers de la gabelle 22.
Chez les Romains, les salines de l'Italie et des provinces étaient la propriété de l’État ; elles faisaient partie du domaine public, au même titre que les mines ; et les recettes pécuniaires qu’elles procuraient au trésor constituaient un vectigal23. Celles d'Ostie auraient été
Berlin, 1893, note à la p. 72). — 13 Cocl. T/ieod'. VI II , 4, 17. — HJl, Rostowzevv, Gesch. der Staatspacht in der rôm. Kaiserzeit, dans le Philologus , Supplementband IX, 1 00 i, p. 411-414. — 15 Plin. XXXI, 77. — 16 Aristoph. Ekkl. 809 (814) et Schol. — 17 Bœckh-Fraenkel, Staatshaushaltung der Athener , 3e éd. Berlin, 1886, I, p. 126. — 13 Athen. 111, p. 73. — 19 Aristot. Oecon. II, 2, 3. Cf. Duraont- Homolle, Mél. d'archéol. Paris, 1892, p. 432 (inscription relative au monopole de la pèche, associé par le Ps. Aristote à celui du sel). — 20 Jos. Ant. XIII, 2; 3; Maccab. I, 10, 29. — 21 Tarif publié et commenté par Dessau, dans Y Hernies, XIX, 1884, p. 518. — 22 IJ. Wilcken, Ostraka, Berlin, 1899, l, p. 141 sq. ; 188 sq. — 23(Jlpian. Digest. L, 16, 17, 1 ; Gains, Jbid. III, 4, 1. Cf. J. Marquardt, Organis. financ. chez les Romains, trad. franc. Paris, 1888, p. 203-205 ; p. 354 ; O. Hirschfeld, Die kaiserl. Yerwaltungsbeamten bis axif Diocletian, 2e éd. Berlin, -1905, p. 150, n. 4.
SAL
SAL
créées, d’après Pline, dès le temps du roi Ancus Marcius \ qui fit au peuple une distribution gratuite de 6 000 modii de sel2. L’institution du monopole de la vente daterait du lendemain même de la chute des Tarquins: en 308, des spéculateurs firent monter les prix très haut ; le Sénat intervint pour interdire aux particuliers de se livrer désormais au commerce du sel3. En 204, les censeurs M. Livius etC. Claudius modifièrent les conditions dans lesquelles était prélevé le vectigal relatif à Yannona salaria ; c'est à la suite de cette réforme, dont les détails ne sont pas nettement établis, que M. Livius reçut le cognomen de Salinator1. En général, 1 État n’exploitait pas lui-même les salines, mais il les affermait à des concessionnaires nommés conductores salinarum 0 ou salarii 6 et groupés en sociétés, corpora ‘ ou socielates 8. D'après Mommsen, une double préoccupation inspirait les censeurs dans la rédaction des contrats qu'ils passaient avec les fermiers : il fallait que la mise en valeur des biens du domaine rapportât un certain bénéfice au trésor, de là la fixation d une redevance payée par les conductores ; il fallait, d’autre part, assurer aux populations romaines des approvisionnements abondants de sel à bon marché, de là des prescriptions relatives aux quantités que devaient renfermer les magasins des fermiers et aux prix de vente9. D après M. Rostowzew, les conductores salinarum, à 1 époque républicaine tout au moins, ne faisaient pas eux-mêmes le commerce du sel ; ils le fournissaient seulement à des marchands spéciaux, qu’un texte de Caton appelle salinatores aerarii 10 : l’épithète aerarii semble indiquer que ces salinatores affermaient eux-mêmes leurs emplois11. Arnobe emploie le mot salinatores dans le sens de marchand de sel12 ; un mime de Laberius était intitulé Salinator 13. Deux inscriptions de Rimini ont été rédigées, en l’honneur d'un officier romain, par les salinatores des deux cités gauloises des Menapii et des Morini 14 ; il s'agit sans doute, dans ces documents, de spéculateurs romainsqui faisaient le trafic du sel sur les côtes de la Relgique *\ A Rome, les marchands de sel avaient leurs magasins, salinae, hors de la porta Trigemina l6. C’est dans ces greniers que puisèrent Agrippa, en 1 an 721 de Rome (33 av. J.-C.) n, et l’empereur Aurélien 18 pour faire au peuple de la capitale, à l imitation d’Ancus Marcius, des distributions gratuites de sel.
Une inscription du règne de Septime-Sévère, découverte dans la Campagne romaine, au lieu dit Campo Saline , près de Porto, fait mention d un collège de saccarii salarii totius urbis ( et) camp i sal[inarum ) roma-
1 D'autres textes attribuent même leur fondation à Romulus (Dionys. Hal.
II, 55; Liv. 1, 33; cf. Plut. Rom. 25). — 2 Plin. XXXI, 89; Aurel. \ict. De vir illustr. 5. — 3 Uv. II, 9, 6. Cf. E. Pais, Storia di Romu, I, Rome, 1807, p. 490. — 4 Liv. XXIX, 37, 3. Cf. Kniep, Societas publicanorum, Jéna. 1896, p. 75 sq. D'après Dio Cass, fragm. I, p. 108 Dind., la réforme aurait consisté à mettre un impôt sur le sel, qui jusqu'alors en était exempt. — » C. mscr. lat.
III, 1209, 1363. — 6 Inscription de l'époque républicaine, sur pale de verre au Musée de Berlin, citée par 0. Hirschfeld, Loc. cit. — 1 Gaius, Digest. Lac. eu. — 6 L'inscription sur pâte de verre porte, d'après O. Hirschfeld, les mots soc(iorum) sat(ariorum). C'est donc à tort que J. -P. VValtzing, Étude histor. sur les corpor. professionn. chez les Romains , 11, Louvain, 1896, p. 226, conteste l'existence de collèges de salarii. — 9 Th. Mommsen, Droit public romain, trad. franc. lV,Paris, 1894, p. 127, n. 2. — '0 Cat. ap. Serv. Ad Aen. IV, 244. — 11 Rostowzew, Loc. cit. — >2 Arnob. II, 38. — 13 Gull. 111. 12. — U C. i. latin. XI, 390, 391. — 15 Waltzing, Loc. cit. L'emploi du mot salinator parait exclure les interprétations proposées par Marquardt, Op. cil. p. 204, et par M. Rostowzew, Loc. cit. p. 414, n. 2, qui voient en ces personnages, le premier des fermiers des salines, le second des ouvriers travaillant dans les salines. — m Liv. XXV, 47 ; frontin. De aquaed. 5. - U Dio Cass. XLIX, 43. - l» Chronogr. ann. 354,
(narutn), placé sous l'autorité de trois procurateurs impériaux, ainsi que d’un aerarium et d une area salinarutn administrés par un conseil de seize membres19; les saccarii étaient des portefaix ; ceux-ci devaient être chargés de transporter à Rome le sel des salines de l’embouchure du Tibre. Une autre inscription, trouvée à Rome, a été dédiée à Constantin, après sa mort, par le corpus salariorum-0. Du rapprochement de ces deux textes, M. Rostowzew conclut que les saccarii salarii appartenaient à la grande corporation des salarii, chargée, sous la direction d'agents impériaux, de mettre en valeur les salines d'Ostie ; au me siècle de notre ère, le système delà régie aurait été substitué, dans la banlieue de Rome, au système de la ferme 21 .
Dans les derniers temps de l’Empire, on constate l'existence à Rome d’une autre corporation, celle des émancipés salinarum-2, préposés à la vente du sel, dont ils avaient dans la ville le monopole (comme les salinatores aerarii de l’époque républicaine) ; une constitution d’Arcadius et d’IIonorius défend d’acheter et de vendre sans passer par leur intermédiaire 23. On entend par mancepx un marchand auquel l'État afferme la jouissance d une boutique24 ; les mancipes salinarum sont donc les fermiers ou locataires des magasins de vente du sel, sahnae ; ils étaient à la fois mancipes salinarum et mancipes thermarum\ l'entretien et le chauffage des établissements publics de bains leur étaient confiés, en même temps que la gestion des salinae ; leurs établissements ne payaient pas l’impôt26. Maurice Resniek.
SALAHIUM. — Ce mot dérivé de sal 1 désignait primitivement, chez les Romains, le sel fourni aux soldats par le trésor; piuis il a signifié l’argent pour les vivres, la solde elle-même avec les prestations en nature et finalement toute espèce de traitement, de salaire .
I. Traitements des magistrats et fonctionnaires. — Sous la République, les magistrats n'ont pas de traitement proprement dit. Ils ne touchent que des indemnités pour certaines missions. Les commandants en chef, magistrats ou pro-magistrats, reçoivent d’abord de l'État les objets d’équipement nécessaires, chevaux, mulets, tentes, tapis, vêtements, argenterie, anneau, cachet en or, fournis avant le départ par voie d'adjudication publique4; c’est le v asarium. En second lieu, le Sénat inscrit à leur budget une somme déterminée pour leurs frais de voyage ( viaticum ) et d’entretien, frumentum in cellam 5 [aestimatum]. Les auxiliaires du magistrat en province ont eu aussi droit de bonne heure aux vivres, au logement et aux moyens de transport 6 ; pour les prin-
éd. Mommsen, Monum. Germ. Auct. antiq. IX, 2, Berlin, 1891, p. 148. Cf. L. Homo, Essai sur le règne de l'empereur Aurélien, Paris, 1904, p. 179. — 19 R. Lancian I dans le Buttett. comun. 1888, p. 83 sq. — 20 c. i. lat. VI, 1152. —21 M. Rostowzew, Loc. cil. p. 413. — 22Symm. Epist. IX, 103; X, 58 et les textes juridiques cité* ei-dessous. Cf. Waltzing, Op. cit. Il, p. 125-126, p. 426-427. — 23 Cod. Justin. IV, 01,11: persona mancipum, id est salinarum conductorum (Kniep, Op. cit. p. 78 sq. considère les quatre derniers mots comme interpolés). — 24 Fcst. p. 151 M ; Plin- Nat. hist. X, 122; Corp.inscr. latin. VI, 8455 ; IX, 4796; XIV, 3642. — loi. Theodos. XI, 20, 3; XIV, 5, 1. — 26 Ibid. XI, 20, 3. — Bibliogkafhie. M. J- Schleiden, Das Rai;, seine Geschichte und Symbolik, Leipzig, 1875 ; V. Helm, Das Salz, eine kulturhistorische Studie, 2' éd. par 0. Schrader, Berlin, 1901.
SALARIUM I Plin. Hist. nat. 31, 7, 41 ; 34, 3, 6. — 2 Dio. Cass. 52, 23 ; 78, i‘- ■ Vit.Prob. 4 ; Aur. 9 ; Claud. 14. — 3 Vit. Pii, 7,6; Il , 3 ; Nig. 7, 6 ; Alex. 44, 4: Clod. 10, 8; Dig. 19, 2, 19, 10.— 4 Liv. 30, 17 ; 42, 1 ; 44,22; Cic, Verr. 2,5, 32, g 83 ; 2, 4, 5, § 9 ; Zonar. 8, 6 , Pluf. Cal. ntaj. 6 ; Gell. 15, 4, 3 ; Dio. Cass. 53, 15, 5 , D V 33, 10, 7; Suel. Aug. 36. L’opinion de Mommsen qui fait du vasarium une soin1"1 fixe payée au commandant ne repose que sur Cic. In Pis. 35, 86, où il s'agit évideni ment de tout le budget provincial. — 5 Cic. Verr. 2, 3, 84, 93 ; Ad Att. 7, 1, 6 A'1 Max. 4, 3, 1 1 ; Plut. Cal. maj. 4.-6 Liv. 44, 22, 13 ; Cal. in Front. Ad Ant. I, 1
SAL
SAL
I i taux d’entre eux, questeurs, tribuns, légats, membres I delà cohors, l’usage s’est établi très tôt de remplacer ces f étalions en nature par une indemnité quotidienne en I espèces, cibaria 1 ; en outre, dès l'époque de Cicéron, le gouverneur leur alloue, sous le nom de congiarium I (frais de vin) ou de solarium, des gratifications 2 propor- I (données au grade et au temps de service et qui sont portées parmi les bénéficia sur les comptes officiels des I dépenses3. Les personnages envoyés en mission ont droit aussi à. l’équipement, aux moyens de transport | qu’ils obtiennent par l’exhibition de leur anneau d’or 4,
[ et en outre, à des frais de route ( viaticum ) 5 ; le Sénat I alloue des indemnités journalières aux commissaires I agraires6. Enfin, l’État paie un salaire proprement dit, I merces , aux appariteurs des prêtres et des magistrats [apparitores] 1 ; mais nous n’avons de chiffres que pour I les appariteurs de la colonie Julia Genetivaen Espagne8.
Sous l'Empire, apparaît immédiatement le principe des I traitements (ixes. Auguste alloue à tous les magistrats [ provinciaux de rang sénatorial et aux légats impériaux f des traitements; le taux en est inconnu 9; nous savons I seulement que le proconsul d’Afrique a un million de ses- I terres10. Il se peut qu’on ait conservé en outre les I anciennes fournitures en nature, dont une partie seule- ( ment doit être rendue au trésor11. Le tribun militaire a 25000 sesterces par an12. Les membres de l’escorte i du gouverneur touchent également des cibaria , trans- I formés peu à peu en traitements fixes13, et peut-être I encore le vasarium u. Il est question du salaire des assesseurs depuis l’époque de Septime-Sévère 1S, de celui I des questeurs attachés au prince10, et des avocats du I lise11. Ces salaires gardent quelque chose de leur ancien I caractère de gratifications et ne peuvent être réclamés
■ qu 'extra ordinem'*. Nous ignorons les traitements des I emplois inférieurs du palais et de l’administration 19,
| parmi lesquels il y avait beaucoup de postes très lucratifs 20. Pour le traitement des procurateurs et la solde militaire, nous renvoyons aux articles procurator
I (p. 663-604) et stipendium 21 .
Au Bas-Empire, toutes les fonctions, sauf les charges | municipales, sont salariées de la même manière. Dès la fin du ive siècle22, l’incertitude et les variations de la | valeur des monnaies ont amené l’usage général du paiement en nature et non plus en argent dans toutes les I relations sociales. On établit une unité pour ce qui est
1 Cic. Ad Alt. 6, 3, 6 ; Ad fam. 5, 20, 9; Verr. I, 14, 36. Les cibaria sont I la ration journalière du soldat (Nep. Eum.h; Caes. Bel. gai. I, 5). — 2 Front, i- c. ; Plia. Bist. nat. 31, 7, 89. — 3 Cic. Ad AU. 7, I, 6 ; Ad fam. 5, 20, 9 ;
■ I. 8, 1 ; Pro Balb. 28, 63 ; Verr. 1, 14, 36 ; Diodor. p. 610. Porter en compte se I dlt déferre ad aerarium. — * Plia. Bist. nat. 33, I, Il ; Cic. Ad Att. 15, 18,
| I, Plut.. Ti. Grâce. 13. — » Zonar. 8, 6; Cic. Ad fam. 12, 3, 2. — 6 Plut, Ti. I Grâce. 13 (9 oboles par dérision); Cic. De leg. agr. 2, 13, 32. — 7 Cic. Verr. I 3, '8, 79, 182, 184; Nep. Eumen. I ; Plut. Cat. min. 16; Plia. Ep. 4, 12; Frontin.
De ag. 100; Dionyj. 2, 6 ; C. iris. lat. I, 108, 1, 1. — 8 C. ins. lat. 2, 5439 ; I pou; les duumvirs, chacun des deux scribes, 1200 sesterces; Vaccensus 700; K chacun des deux licteurs, 600 ; l'haruspice, 500; chacun des deux vialeurs, I R’", le librarius , le joueur de flûte et le héraut, 300 ; pour les édiles, le scribe, I 800, I haruspice, 500 ; le héraut et le joueur de flûte, 300. — 9 Suet, Aug. f •1(î , Dio. Cass. 53, 15; cf. 52, 23. Les objections de Merkel contre ces textes K oc portent pas. — 10 Dio. 78, 22; cf. Tac. Agric . 42. Le chiffre de 100 aurei I (10 onft sesterces) pour un praeses dans Vit. Alex. 42, 4, parait trop faible.
lit. ilaud. 14; Prob. 4, 4-7; Alex. 42, 4; textes d'ailleurs suspects, I avec confusion des institutions du Haut et du Bas-Empire. Mommsen admet encore K J réquisition du frumentum in cellam\ mais le texte, Tac. Agric. 19, nous parait I ^ Ppliquer plutôt aux réquisitions pour les soldats. — )2 C. ins. lat. 131, 3612; I Ci laud. 14, 3. — 13 guet. 7,6. 4^ porter en compte se dit toujours deferre ad B ,a,lum ou ad comrnenturium principis ( Dig . 4, 6, 32; 27, 1, 41, 2; Ephem.
[ / 4’ d80 ; 5, p. 4). Ces cibaria. s'appellent encore vestiaria , diaria , caldaria
"J- R', 2, 39, 2 ; 34, I, 20-21). — 14 V. note 11. Il n’est plus question de viaticum
nécessaire par jour soit au soldat ou à l’officier, soit au fonctionnaire; ce sont les annonae pour l’homme, les capilus ou capita pour ses bêtes 23, sans compter le matériel nécessaire, la vestis 24, et une petite somme d argent, complément du traitement25. C’est donc le paiement en nature qui prédomine au ive siècle20. Mais 1 empereur pouvant en certains cas avoir besoin de plus de numéraire et les contribuables pouvant aussi, pour différentes raisons, préférer les versements des impôts en argent, on voit se développer la pratique de l’évaluation des denrées, et de leur versement en argent, de Yadaeratio ; largement pratiquée pour les fournitures militaires21, elle n’est encore que l’exception pour les fournitures civiles28. Mais au vc siècle se produit une nouvelle révolution économique, c’est le paiement en numéraire qui reprend définitivement le dessus sous la forme de Yadaeratio , d’abord pour l’armée29, puis pour les fonctions civiles ; les annonae et les capitus sont payés soit aux prix du marché, soit le plus souvent d’après des tarifs fixés par les préfets du prétoire30. A l’époque de Justinien, les fournitures pour l'office du prétoire d’Afrique sont estimées en sous d'or31, elles annonae des fonctionnaires aux tarifs suivants : 100 livres d’or (7200 sous d’or) pour le préfet du prétoire d’Afrique, 40 pour le préfet d’Égvpte, un peu plus de 20 pour le duc de Libye, 20 pour le proconsul de Cappadoce, 15 pour le gouverneur d'Arabie32, de 1 1 à 9 pour d’autres gouverneurs. Pour le salaire des officiales, nous renvoyons à l’article officiales, p. 156 ; pour les traitements publics des professeurs, à l’article educatio, p. 489-490.
IL Salaires des ouvriers libres. — Nous avons peu de renseignements sur ce point, les salaires des ouvriers à Home [pour la Grèce, voir artifices, p. 445 sq.]. Cicéron donne 12 as comme salaire quotidien d’un journalier31. Dans l’édit du maximum de Dioclétien en 30J 3t, il y a une longue liste de salaires journaliers et de prix de travaux estimés en deniers ; ainsi, l'ouvrier de ferme et le palefrenier ont 25 deniers; le berger nourri, 20; le maçon, le charpentier, l’ouvrier boulanger, le charron, le forgeron, le charpentier de bateaux de rivière, 50 ; le charpentier de navires, le marbrier, le mosaïste, 60 ; le peintre en bâtiments, 65; le peintre d’images, 150; le cureur d’égouts et d’aqueducs, 25; le barbier, 2 par tète d’homme; le tondeur 2 par tête de bétail; le capsarius et le bai-
que pour les légations municipales {Dig. 50, 4, 18, 12; 50, 7, 3). — ^ Dig. 1, £2, 4^ 50, 13, 4; Vit. Nig. 7, 6; Alex. 4f>, 1. — 16 Zeitsch. der Sav. Stift. 23, 190j, p. 56; frag. de jure fisci, 16-17. — 17 Dig. 50, 13, 1, § 8. — 16 Les proxi ni des bureaux touchent 40 000 sesterces (C. ins. lat. 6, 8619). — 19 Suet. Gth. 5; Vesp. 23; Vit. Alex. 41, 3. — 20 Les salariant des légions sont des soldats qui reçoivent un salarium, comme Vevocatus salariarius ( C . ins. lat. 3, 4308 ; Orelli, 3464). — 21 Vers 290, le magister memoriae touche encore en argent 200 000 sesterces (Eumen. Pro instaur. sch. Il); mais la réforme est supposée par le texte de Victor {Caes. 39, 31-32), vers 392. Les mots ducenarii, centenarii, sexagenarii n'indiquent plus le traitement, mais le rang (C. Th. 12, 1, 5; 11, 1, 12; il, 7, 1). —22 C. Th. 8, 1, 3 ; 6, 24, 2; 7, 4-5 et la note li. — 23 C Th. 6, 20, 18 ; 6, 30, 11 ; 3, 4, 19, 32, 35 ; 8, 1, 3,10 ; 8, 5, 3, 31. — 21 Ammian. 22 , 4, 9. — 23 Voir pour l’Égyple Wilckeu, Ostraka , p. 665-681. — 26 c. Th. 7, 4, 10, 14, 22-23. — 27 Ibid. Il, 2. 4-5 ; 1 1, 28, 17 ; Ammian. 31, 14, 2. — 28 Q. Th. 7, 4, 28-30, 35, 36 ; Nov. Valentin. 111, 18, § 3. - 29 C. Th. 7, 4, 35 (423. en Orient) ; 32 (412 en lllyrie). C. Just. 1, 52, l. an. (439 eu Orient). — 30 C. Just. 1, 27, 1. — . 31 Edict. Just. 13, 3, 1S ; 4, 1 ; Nov. 24-31 ; 102; C. Just. 1, 27, 1, 8. Les assesseurs ont, en général, une livre d'or ; auprès des préfets d’Egypte et du prétoire de 5 à 20 livres. — 32 Pour les honoraires publics et privés des médecins, voir medicus, p. 1691-1695. — 33 Cic. Pro Rose. com. 10, 28. — 31 C. ins. lat. 3 suppl 3, p. 1928*1953. Voir Mommsen, Das Edikt Diocletians {Ber. d. K. Sachs. Ges. d. Wiss. phil. hist. Cl. 1851, 1-80, 383-400; Le Bas-Waddinglon, Voij. arch. 3, 535, p. 145-191 ; Blüinner, Neue fragmente -des edictum Diode tiani {Philolog. N. F. 13, p. 584-591).
SAL
SAL
gneur, "2 par client ; le scribe, 10 par cent lignes ; l’avocat, 250 par postulatio, 1000 par cognitio\ les différents maîtres touchent par tête d'élève et par mois : 1 e paedagogus, le librarius ou antiquarius et le maître instituts litterarum, 50 deniers; le calculator, le notarius, 75; le grammairien grec ou latin et le maître de géométrie, 200; Yorator ou sophiste, 200; le maître de dessin, 100. Nous ignorons malheureusement la valeur exacte du denier de cette époque
III. Autre sens. — Le mot solarium désigne encore une subvention annuelle, accordée par exemple par l’empereur à des sénateurs pauvres2 ou à des membres de sa famille3 ; ou bien léguée à un homme honorable *.
Il s’applique encore à la rémunération accordée à un mandataire en échange de ses services, et qui peut être réclamée extra ordinem 5. Ch. Lécrivain.
SALGAMA ('AXuaia). — Les Grecs désignaient sous le nom d’iXuxïa 1 , et les Romains sous le nom de salgama 2, les conserves salées de légumes et de fruits. Columelle donne des recettes nombreuses et minutieuses pour confire les laitues et autres salades, les câpres, les asperges, les oignons, les poires, les pommes, les prunes, les olives, les raves, les navets, etc. [condimentum] 3. Dans toutes ces préparations entraient, en proportions variables, et parfois avec d’autres condiments accessoires, du vinaigre et de la saumure [muria]; on se servait, pour les fabriquer, de vases de taille médiocre, en terre cuite ou en verre, à grande ouverture, aussi larges au sommet qu’à la base, afin que les conserves qu’ils renfermaient fussent toujours recouvertes également de liquide ; on avait soin de déposer ces vases dans des endroits frais et secs, à l’abri du soleil1. Les gens qui préparaient ou qui vendaient des fruits et légumes confits, s’appelaient àXg.EUTau s, salgamarii 6 ou salgamentarii1 ■ 1 n certain Caius Matius avait composé un ouvrage intitulé Saïga marius , le Confiseur* .
Le mot salgamurn , au singulier, ne se rencontre qu’à une époque tardive et avec des sens nouveaux. Dans un passage d’une lettre de saint Grégoire le Grand, le salgamurn est le cellier où l’on garde les salgama \ Un titre du Code Théodosien 10, dont les dispositions sont reproduites dans le 6 ode Justinien , traite De salgamo hospitibus non praebendo-, une loi de l’année 393 défend aux soldats de rien demander à leurs hôtes comme salgamurn, c’est-à-dire do. leur réclamer du bois, de l’huile et de la literie12; on entendait donc par salgamurn, sous le Bas-Empire, l’ensemble des
objets de première nécessité que les hôtes étaienttenus di; fournir à ceux qu’ils hébergeaient13. Matrice Besnifu.
SALII. — Les Saliens sont au premier rang des confréries ou sodalités sacerdotales qui, dans l’organisme du culte de Rome, sont chargées d’accomplir certains rites pour le bien de l'État tout entier. Ils se partagent ces fonctions avec les luperci, les arvales fratres, les sodales titii et les fetiales1 ; ils l’emportent sur eux en importance, non seulement parce qu’ils sont les ministres de Mars, dieu fondateur de la cité, mais parce que le culte auquel ils président devait être, dès les commencements de Rome, le lien le plus puissant des communes, d’abord indépendantes, puis groupées dans une cité unique autour du Capitole 2.
L Origines , organisation. — L’histoire légendaire rapporte l’institution des Saliens au roi Numa, comme elle lui attribue la création des Flamines, du collège des Vestales et généralement toute l’organisation de la vieille religion des Romains3. Les témoignages les plus dignes de foi, parce qu’ils sont confirmés par les actes mêmes du culte et par les vocables portant la marque d’une vénérable antiquité, prouvent que leur origine est antérieure à la période dite du synoecisme , c’est-à-dire de l’unification de Rome sous 1 autorité de ses rois L Comme celle des Luperques, leur corporation se présente à nous sous la forme de deux confréries distinctes et semblables; mais tandis que la dualité des premiers s’explique par leur origine gentilice*, celle des Saliens tient à des raisons nationales. L’une des confréries représente la religion de Mars Gradivus, telle que la pratiquaient les habitants du Palatin et du Cermalus, qui furent des Latins 6 ; et. 1 autre, cette même religion chez les Sabins de la Colline , qui honoraient Mars sous le vocable de Quirinus. Ce derniei vocable passa à une partie du quartier peuplé par eux, ainsi qu’à la confrérie même des Saliens Sabelliques . Il y eut donc des Salii Palatini et des Salii Quirinah’s ou Collini 8 ; et même ceux-ci, dans la langue rituelle, étaient désignés sous le nom de Agonenses ou Agonales , parce que le 17 mars on célébrait, au sanctuaire de Quirinus, une cérémonie que les Annales des Pontifes appt laient Agonium Martiale ou Agonia 9. Ce collège des Saliens du Quirinal ne jouit jamais de la même considération que celui du Palatin, ce qui démontre pour sa part que l’élément latin eut dans l’action religieuse, politique et militaire de Rome, une influence prépondérant dès l’origine10. Quand il est question plus tard 1
1 Waddington l’estime à 288 par caureus, c'est-à-dire à environ 0 fr. 062 ; Mommsen n’admet guère que le tiers de celte valeur ; Hultsch [Jahrb. fur Phtl. 1880, p. 27-31) admet 30 000 deniers à la livre d’or, ce qui donnerait environ 0 fr 0203 pour le denier. — 2 Suet. Ner. 10. — 3 Vit. Marc, ta, 3. — - Dig.
a 15, 8. s 23. 3 Ibid. 17, 1, 7 ; C. Just. 4, 35, 1. - Bibliographie. Dureau de
la Malle, Économie politique des Romains. Paris, 1840, I, p. 97-134; Hofmann, De provinciali sumptu populi romani. Berlin, 1851 ; Kuhn, Die stüdt. und bûrg. Verfassung, Leipzig, 1864, I, p. 94-103 ; Merkel, Ueber die Entstehung der rôm Beamtengehaltes. Halle, 1888 ; Mommsen et Marquardt, Manuel, trad. fr. 1, p. 330-345, 378, p. 38-39, £4-65 ; Seeck, Geschichte des Untcrgangs der antxken WeU, Berlin, 1902, 11, p. 191-299.
SALGAMA. 1 Aristoph. Pac. 1253 ; Nicand. ap. Athen. IV , p. 13. E ; Dioscor. U =>05 Le verbe ikri.,. veut dire ,, confire » (Dioscor. 1, 172; il, 127, 134, 136. III, 18) et le mot «pivm; caractérise la fabrication des conserves (D.oscor. |U 9i) — 2 Colum. De re rust. X, 117; XII, 4, 4; 9, 2; Greg. M. Epxst. V, 44. - 3 Colum. Op. al. XII, 4 sq. - 4 Ibid. XII, 4.,- 5 Dioscor. I, 27. - » Colum. Op cit. XII, 56, 1; cf. Concil. Chalcedon. act. 11 : iou;. — 1 Salv.
Adv Avar IV, 7. - 8 Colum. Op. cit. XII, 40, 1. - 2 Greg. M. Loc. cit. 10 Cod. Theod. VH, 9. - U Cod. Just. XII, 42. - l2 Cod. Theod. VIL 9, 3. 13 Du Gange, Glossarium s. v°, éd. de Paris, 1846, VI, p. 38; H.-E. Dirksen,
annale latinitatis fontium juris civilis Romanorum, Berlin, 1839, s. v°> P ’ ' SALII. 1 Sur le rôle de ces confréries, envisagées dans leur ensemble, v. n rdan, Roem. Mythol. I, p. 125 sq. - 2 Gilbert, Geschichte und Topographie 139 sq. - 3 Cic. Rep. 11, 14, 26; T. Liv. I, 20, 4 ; Dion. Hal. Il, 70 ; Ov.
:, 259 sq; 387, Ibid. Cf. Enn. Annal. II, 80 (Baehrens) et Varr. Ling. lut • Fest. Epit. p. 131, Plut. Num. 13; Lyd. De mens. 4, 2 ; Aur. Vict. De en \ustr. III, 1 : Serv. Aen. VIII, 285; Laclant. Inst. I, 22, 4. — 4 \V. Helbig, - ^ ,ts des Saliens, p. 211; Gilbert, Loc. cit. - 5 Luperci, III, 2, p. 1399 sq. mge, Roem. Alterthilmer, 1. p. 318 sq. — 6 T. Liv. 1, 20, 4 ; V, a2, / , en. j [Il 663 ; cf. Preller-Jordan, Op. cit. I, p. 348 sq. — 7 Quirinus, I\,l,p. orp. inscr. lat. VI, 1383, 1422, 1439, etc. ; IX, 1123 ; X, 5058, 6322; Ephem. <>J>>:r , 458. La noie de Servius , Acn. VIII, 285, est entachée d’une grave erreu ■ quelle distingue les Collini des Quirinales, et qu’elle oublie les Palatin! . /’issowa, Religion und Kultus, p. 135, n. 2. - » Dion. Hal. II, 70 ; 111, 3i; ^ ing. lat. VI, 14. Cf. Gilbert, Op. cit. 1, p. 298 ; Corp. inscr. lat. 11, 14 , 412 4347; VI, 1339. 1553, 2158; IX, 1687, 2456, 3154, 4855; X, 5061.
-ob! I, 4, 15; Fest. Epit. p. 10; il y a d’autres dates au calendrier caractén^ar Agonia, sacrifices en l’honneur de Janus, de Vejovis, dlnuus; V. M^qu lommsen, Bandbuch, VI, p. 323, note 5. - m Ambrosch, Studien und < un g en, p- 193 st(.
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Saliens sans épithète, il faut presque toujours penser à kt ju palatin, de beaucoup les plus notoires1. La légende même fait, d’ailleurs, des autres une copie des rentiers. Ils auraient été institués par le roi Tullus, sous le coup des préoccupations que causa la guerre avec \lbe' et, en même temps, aurait été édifié sur le Quirinal un sanctuaire à Paror et à Pullor , divinités symboliques nui rappellent les daemons Aeiuo; et <î>ô?oç d’Hésiode2; un commentateur de Virgile va même jusqu’à appeler les nouveaux Saliens Pavorii et Pallorii, expressions qui ne se retrouvent nulle part ailleurs 3.
Les Saliens sont redevables de leur appellation à l’acte principal du culte dont ils sont les ministres, à la danse sacrée qu’ils exécutent publiquement en l’honneur de Mars durant le mois qui porte son nom1. Cette danse et le collège des Saliens ont leur légende, dont le caractère naïf garantit l’antiquité. Dans la période même où ils s’offrent en spectacle à la piété des Romains, tombait la fête des EQUIRRIA ou ecurria, courses de chars organisées au Champ de Mars, qui reçurent dans la suite le nom de Mamuralia*. Mamurius, surnommé Veturius, est un forgeron divin qui, à la prière du roi Numa, fabriqua, sur le modèle d’un engin tombé du ciel ou mystérieusement déposé dans la Reyia , onze boucliers absolument semblables qui furent appelés ancilia et conservés dès lors, avec un soin religieux, comme un des gages de la future grandeur de Rome6. En réalité, Mamurius est le prototype du prêtre salien et très probablement une incarnation populaire du dieu Mars luimême ; la procession au cours de laquelle le collège tout entier accomplit ses rites, commémore, en l'idéalisant, l’aventure qui lui a valu cet honneur1. Son nom figure parmi ceux des divinités qui sont invoquées dans les chants propres aux Saliens. Une statue élevée entre le Capitolium Vêtus et le temple de Quirinus reproduisait son image8. Nous renvoyons aux mythologues de profession et aux folkloristes pour l’interprétation du nom et des réjouissances populaires qui, à côté des Equirria , rappelaient les aventures du héros. Disons simplement qu’un personnage accoutré de peaux de bête était expulsé de la ville à coups de bâton par la foule et que cet usage se retrouve encore aujourd'hui en divers lieux, dans les démonstrations qui ont pour objet de chasser, de brûler même et d’enterrer en effigie le bonhomme Carnaval . Aelius Stilo, aux débuts du Ier siècle avant notre ère, expliquait par ces pratiques les cérémonies publiques des Saliens ; au déclin du paganisme, ce sens rus-
1 Gilbert, Op. cit. p. 295. — 2 Tit. Liv. I, 27, 7 ; cf. [d. VIII, 8, 7 ; X, 28, 16 1 Fest. Epit. p. 102. — 3 Serv. Aen. VIII, 285; identifiés avec Picus et Eaunus et désignés sous le nom de Hostilii Lares. On a voulu retrouver des représentations de Pavor et de Pallor sur certaines monnaies [pali-or, pavob, fig- 5484, 5485] ; à tort, voir Babelon, Monnaies de la Républ. I, 552 ; l’roehner, Philol. suppl. V, 84, et Mowat, Revue numism. 1891, p. 279 sq. ; cf. Wissova, Relig. und Huit. p. 135. — 4 Varr. Ling. lat. V, 85; Ov. Fast. III, 387. - 5 Le 14 mars; Varr. Ling. lat. VI, 13; Ov. Fast. III, 517 sq. ; Fest. Epit. 81 ; 131 et les Calendriers. — 6 Serv. Aen. VII, 188 ; Lyd. De mens. 4, 36 ; 3, 29 ; Ov. test. III, 373; piu[ Num. 13; Dion. Il, 71; cf. Gilbert, Op. cit. I, p. 295 sq.
1 Varr. Ling. lat. VI, 45; cf. Usener, Rhein. Mus. 1875, p. 209, qui a donné du mythe une interprétation aussi lumineuse qu'exacte; Gilbert, Op. cit. I, p. 141, note i ; Mannhardt, Baumkultus , p. 546 sq. — 8 Plut. Loc. cit. ; Fest. Epit. P- 111 Curiosuni Urbis Rom. chez Becker, Topographie , p. 713. — 9 Serv. Aen.
G, 188; Minuc. Fel. üctav. 24, 3, où alii est à corriger en Salii ; Fest. p. 210 ; pescm in Saliari carminé Aelius Stilo dici ait capitia ex pellibtis agninis facta. tjsener’ Op. cil. p. 212 ; Mannhardt, Anti/ce Wald und Feldkulte, p. 266, 297 ; ' ^kO.o/. Forschung. p. 155 sq. ; 198, etc. — 10 Lyd. De mens. 4, 2, avec le I 1 1 ta ii'e de Corssen, Origines poesis romanae, p. 23 sq. ; cf. Gilbert, Op. cit.
' P' 141’ note li et Usener, p. 209. — n Ambrosch, Studien, etc. ; p. 213 sq. ;
tique de leurs origines ne s’élait pas perdu encore '.
Les deux collèges des Saliens comptaient chacun douze membres, tout comme le collège des Arvales, ceux des Luperques et des Flamines minores. Ce chiilre a été expliqué par des raisons astronomiques; il correspondrait à celui des mois de l’année et il serait symbolisé dans la légende par les douze boucliers, l'un tombé du ciel, les autres fabriqués sur ce modèle l0. Ambrosch nous semble plus dans la vérité des choses en l'expliquant par des considérations politiques, c’est-à-dire par la division de l’ancienne Rome en un certain nombre de quartiers qui auraient fourni aux corporations sacerdotales un nombre égal de représentants11. Les douze membres de chaque collège restèrent longtemps de famille patricienne; ils étaient, à ce point de vue, sur le même rang que le Rex Sacrorum et que les Flamines, choisis également parmi les Patriciens 12. Les Saliens devaient de plus, au moment de leur choix, être patrimi et matrimi, c’est-à-dire nés de père et de mère vivants, mariés par confarreatio l3. Enfin, ils pouvaient être recrutés parmi de tout jeunes gens, sans doute après qu’ils avaient revêtu la toge virile; l’exemple de Marc- Aurèle qui fut choisi à l'âge de huit ans est unique et s’explique par sa qualité de César14. Jusqu'à la fin de la République, le recrutement se faisait par cooptation ; sous l’Empire, il y a des exemples de Saliens nommés sur la désignation du prince, mais rien ne démontre qu’antérieurement le Grand Pontife ait exercé un pouvoir analogue 13 .
En principe, la dignité de Salien ( saliatus ) était conférée pour la vie 16 ; mais il arrivait dans la pratique que les obligations en étaient difficilement conciliables ou avec les grandes magistratures électives, préture et consulat, ou avec les fonctions du flaminicat et du pontificat : pour ces circonstances était prévue une exauguratio. Lés Fastes des Saliens du Palatin nous offrent trois cas où il est procédé par cooptation au remplacement de confrères, l’un décédé, d’autres élevés à la dignité de flamine, de pontife et d'augure, un autre encore nommé consul 11 . La preuve que les devoirs du Salien pouvaient se trouver en conflit avec des charges ou civiles ou militaires, nous est fournie par le cas de Scipion l’Africain qui, en 190 av. J.-C., comme légat de son frère en Asie, fut contraint à une inaction militaire de plusieurs jours, parce que sa qualité de Salien l’obligeait à respecter les fêtes de sa confrérie18. On peut même remarquer que, pour la même raison, le sacerdoce salien fut le seul que
pour le nombre des membres dans les confréries comparé à celui des augures et des pontifes, v. Wissowa, Op. cit. p. 415. — 12 Luc. Phars. IX, 477 ; Juv. VI, 604; Dion. II, 70 ; déjà Cicer. De dom. 14, 38. Cf. C. i. lat. IX, 1123. — 13 Dion. II, 71, à(jLçi9a)keTç. Pour le chœur des Jeux séculaires, v. les Acta , 146 dans YEphem. épigr. VIII, 2, p. 233; cf. Tac. Hist. IV, 53. — 14 Capit. M. Aur.phil. 4, 2; Dion, il, 70; Corp. inscr. lat. VI, 1439 (Salien âgé de 20 ans) ; IX, 4855 (de 24 ans). — 15 C. inscr. lat. V, 3117 : ab imperatore adscitus in numerum Saliorum\ cf. Wissowa, Op. cit. p. 417, note 4; et 419, note 2. Pour la cooptation dans les collèges sacerdotaux, v. Mercklin, Die Cooptation der Roemer , Leip. 1848. et Gerooll, De cooptationesacerdotum romanorum , Berlin, 1870. — 16 Macro b. III, 14, 14 ; Val. Max. I, 1,9. Pour le terme de Saliatus (cf. pontificatus, auguratus.e te.), v. Cicer. Pro Scaur. 7. — 17 Un assez grand nombre d’inscriptions sont relatives à des personnages qui, ayant été Saliens, ont ensuite rempli des charges qui leur rendaient la fonction difficile ; C. i. I. VI, 1339, 1422, 1553; XI, 5743 ; XIV, 2501, 2803, 3804. Ces inscriptions n’impliquent pas que les titulaires aient cumulé. V. les Fasti des Salii Palatiniy C. i. I. VI, 1977-83 ; un ca9 d 'exauguratio mentionné à 1978, 13; cf. 1980, 9. — i* Polyb. XXI. 13, 10 sq. ; T. Liv. XXXVII, 33, 6. Huschke, Das Roemische Jahr. p. 363, a démontré que l’événement se produisit aux fêtes d’octobre, pour Varmilustrium, non pour celles du mois de mar9.
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les empereurs li aient pas cru devoir revêtir, comme ils le firent, à 1 occasion, de tous les autres1. Il arrivait cependant que d’éminents personnages refusassent de quitter le collège, après avoir obtenu des dignités et des fonctions qui invitaient à Yexauguratio. Appius Claudius voulut jusqu’à la tin de sa vie remplir ses fonctions de Salien et, tout vieux déjà, comptait comme un titre d’honneur, la persistance à se distinguer parmi ses confrères en qualité de danseur sacré. Furius Bibaculus^ nommé préteur, resta Salien à la requête de son père et remplit toutes les fonctions de ce sacerdoce, même celle de danser en public*. En fait, s'il y a des cas de dispense, il dépendait de l'intéressé de les faire valoir.
Nous avons dit qu’on pouvait entrer jeune dans la confrérie ; celle-ci se partageait même en deux classes, celle des Juniores et celle des Seniores ; on n est pas fixé sur la limite d’âge. Le rituel des prières, des chants et des danses étant assez compliqué, il était important que l’on s'y façonnât de bonne heure ; et les anciens enseignaient la tradition aux nouveaux venus3. Virgile, qui a mêlé les Saliens au culte d'Hereule, les partage en deux chœurs : 1 un des jeunes, 1 autre des anciens un grammairien du ive siècle, épiloguant sur les qualités du mètie spondaïque que le roi Numa aurait appelé pontifical, nous parle de jeunes Saliens qui se livrent aux danses sacrées .et, sur un rythme grave, chantent les dieux Indigètes".
Trois dignitaires présidaient aux actes et aux chants -de la confrérie ; c’étaient, probablement, dans l’ordre ascendant, d’abord le praesul , coryphée de la danse, puis le votes, coryphée du chant; finalement le magister, qui est le maître de la confrérie chargé de régler le détail de l’administration intérieure, de l’organisation des fêtes, de l’admission et de Yexauguratio des membres. C’est, du moins, dans cet ordre que les cite l’historien deMarc- Aurèle, en faisant remarquer que le prince remplit ces dignités successivement et qu il eut, comme magister , à admettre et à exaugurer un grand nombre de confrères ; nous avons dit que lui-même entra dans le collège à huit ans et, sans doute, il n’usa point de la dispense après être parvenu à l’Empire5. Toutefois, la danse sacrée étant, aux yeux du public, la fonction principale du Salien, c’est le praesul , mot qui signifie danseur en premier , qui fut le personnage le plus en vue e. 11 est impossible de ne pas tenir compte de l'ingénieuse interprétation qu’on a donnée du mot consul , la seule en définitive qui satisfasse aux règles de la linguistique et à la nature des faits : il signifierait confrère de danse dans le chœur des Saliens. Par là, il nous ramène aux temps où les deux confréries du Palatin et du Quirinal préludaient par la danse sacrée, et à l’entrée en campagne des deux contingents au mois de Mars, et à leur retour triomphal au mois d’octobre : les deux chefs auraient été redevables de leur nom au rôle qui leur était dévolu dans
1 Wissowa, Op. cit. p. 423, note 8; et 415, noie 5. - 2 Macrob. et Val. Mai. Loc. cit. Le père de Furius Bibaculus était magister du collège. - 3 Preller -Jordan ,
Op cit I p 337 4Diorn. (Grammat. lai. de Keil, p. 476, 15)ad Virg. Aen. VIII,
o»5 sq.' B Capitol. M. Aur. phil. 4, 4; cf. Val. Max. I, 1,9. - « Aur. Vict. De vir iltustr 3 1 : Salios , Martis sacerdotes, quorum primus praesul vocatur. Fest p 2-0: et Lucil. fragm. IX, 37 (éd. Mueller). - 7 V. cette interprétation du mot consul chez Gilbert, Op. cit. I. p. 298; et Mommsen, floem. Gesch. I, p. -246 (8- éd ) : « Concilies sont ceux qui sautent ou dansent ensemble, comme praesul est le coryphée de la da.se, exsul celui qui saule dehors, etc. » L'originalité de l'interprétation est de rattacher la magistrature aux fonctions du sicerdoce salien qui est le sacerdoce militaire par excellence. — 8 Muellenholl, L’eber den Schwerttanc, p. 6 sq. et Mannhardt, Op. cit. [voir curetes, I, 2, 1626]. —9 Dion. Hal II, 71. Cf. Gilbert, Op. cit. p. 141. - Aux exemples nombreux cités
les cérémonies en l’honneur du dieu des armées1. Les recherches du folklore ont établi que la danse guerrière à la façon des Saliens était pratiquée dans 1 antiquité gréco-romaine pour obtenir la protection de divinités solaires, Apollon, Hercule, Jupiter, Mars, et que la même coutume se retrouve chez un grand nombre de peuples appartenant à la race indo-germanique8. C’est généralement vers l’équinoxe du printemps, c est-à-dire dans la saison où les armées se mettaient en campagne, après que la terre a reçu les semences des futures récoltes, que cet acte de religion nationale était célébré. Les historiens grecs des institutions romaines n ont pus manqué de souligner la ressemblance que la danse des Saliens offrait avec celle de&Curètes en Crète et à Éphèse, laquelle s’adressait à Zeus entant ou à Apollon . Nous en retrouvons d’analogues chez les Celtes et les Germains de l’antiquité et, dans les temps modernes, paimi les populations rurales des pays italiques, sla\es, îomans et germaniques : partout ces danses s inspirent de piéoccupations à la fois guerrières et champêtres10. Chez les Romains, la pénétration de ces deux ordres de sentiments est si intime qu’on a pu, avec une égale vraisemblance, faire des Saliens une confrérie agricole fournissant un pendant aux Arvales ou une corporation exclusivement militaire 1 1 . C’est cette dernière opinion qui, aujourd’hui, tend à prévaloir, alors que 1 autre a été bien longtemps en honneur. Wissowa et, à sa suite, Helbig ontdémontic tant par des faits d’ordre général que par l’étude des attributs et des cérémonies propres aux Saliens, que l’institution même de cette confrérie est d’un temps où le Romain a dépouillé le caractère primitif du berger et où il se présente devant, nous avec 1 allure du guéri n i combattant 12. Les cérémonies auxquelles les Saliens président sont accomplies pour le salut de 1 armée et leurs attributs sont déterminés (nous en fournirons plus loin la preuve) par l’armement dont les patriciens faisaienl usage dans l’Italie centrale au ixe siècle avant notre ere. D’aussi loin que la tradition permet de se faire une opinion raisonnée, a pu dire Wissowa, Mars n’a jamais été pour les Romains que le dieu de la guerre ; et s il est n même temps le protecteur des champs, ce n’est pas tant pour en assurer la récolte que pour en écarlei h s ravages de l’ennemi en armes13. Les Saliens, qui sont ses ministres, dira à son tour Helbig, officient originairement comme les représentants sacerdotaux du contingent des citoyens qui avaient les pleins droits politiques ; et c’est pour cela que Denys les a définis : les ministres chargés de célébrer les divinités guerrièn Ce qui prouve l’importance de leurs fonctions, > que nous ne les rencontrons pas seulement à Rome, mais dans diverses villes du Latium et qu’elles s'adapte" . dans certains cas, à d’autres cultes que celui de Mars. U® note de Servius, qui est, d’ailleurs, un mélangeas^
ar Muellenhoir, Op. cil. on peut ajouter les observations de Mannhardt, rorschungen. p. 198 ; et Antike \ Yald and Feldkulte P. 130. Cf. pour a sut ^ ance de pratiques de ce genre, Zeitschrift fur deutsches A terthum , q ■ et un article de la revue La Nature , 23 ocl. et 13 nov. 1886, sur une lanse guerrière dans les Hautes-Alpes, près de Briançon. - « V Cor.» ■ r ■it p 25 sq. ; celui-ci contre Klausen, Aeneas und die Pena en , °
Religion der Iloemer. Il, p. 103 sq. ; Preller, Roem. Mythol. I, p. 334 sxe ^ •édifications de Jordan. Pour Mars, dieu agricole, v. Roscher, de My ^
>. 2379 sq. et mars, IL, 2. p. 1013 sq. - « Wissowa, Relu/, und Kult., p. 13 L ; j. ; 48 0 ; Helbig, Sur les attributs des Saliens , p. 205, 261, elc. Déjà >1 1 ^
-it. I, p. 141 sq. 143 el passim. L'étude de M. Helbig tranche définilivemcn ^ jat ; elle répond au vœu exprimé par Preller-Jordan, Roem. Myth. I, P* J3 ■ cit. p. 131. — ** dp- cit. p. 261. Dion. Hal. II, 70 : ôjivTjàç t.ov Ivoiâtov »«"v-
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'ncohérent de fables helléniques et de traditions nationales, signale des Saliens à Tibur, qui les aurait connus antérieurement à Rome1. Ils y étaient au service d’Her- ‘ je vénéré sous le vocable de Victor et d'Jnvictus , c’est-à-dire envisagé comme un dieu guerrier. C’est cette tradition que Virgile a transplantée à Rome même-, nd il nous montre les Arcadiens d’Évandre fêtant, à l’arrivée d’Énée, Hercule auprès de Y Ara Maxima. Les ministres du dieu sont des Saliens qui, la tète couronnée je feuillage de peuplier, évoluent autour de l’autel en chantant. Le même auteur cite des Saliens à Veïes, ville étrusque où leur collège aurait été organisé par un roi ancien du nom de Morrius3. Ceux de Tibur fonctionnent encore aux temps historiques, et il en est de même, comme le prouvent des inscriptions, à Albe, à Lavinium, à Tusculum, à Anagnia, villes du Latium 4. D’autres plus lointaines, situées dans le Nord de l’Italie, Brixia, Opitergium, Patavium, Ticinum, Vérone, pouvaient les avoir reçus de Rome ou transformés, à l’imitation des collèges du Palatiu et du Quirinal, en sacerdoces locaux5. Tel est aussi le cas de Sagonte en Espagne qui, sous la domination romaine, possédait un collège de Saliens, avec une organisation qui semble calquée sur celle de la métropole6. En revanche, il faut dénier toute valeur scientifique aux élucubrations anciennes qui tendent à faire des Saliens de Rome une implantation d’origine grecque, soit qu’on les rattache au culte des Cabires de Samothrace, soit qu’on les présente comme les ministres de celui des Pénates qu’Ënée aurait apportés de Troie en Italie7. On a transformé les Saliens en ministres des Lares publics, identifiés avec Picus et Faunus au sanctuaire de la liegia 8.
11. Culte. — De même que le culte de Mars fut un des liens qui unirent entre elles les diverses peuplades de l’Italie centrale sous l’hégémonie de Rome, ainsi la Curia, où les Saliens gardaient les boucliers sacrés, doitètre considérée comme le centre religieux de leur fédération9. Cette Curia est un local distinct du Sacrarium Martin , aussi souvent cité qu’elle parce que les Saliens y officiaient, et, pour cette raison, confondu avec elle, tant à cause du mot sacrarium qui se prête à qualifier tous les édifices du culte, qu’à cause de l’expression arma anci/ia par laquelle les calendriers désignent, tantôtles boucliers seuls en vertu d’une apposition, tantôt séparément les lances et les boucliers l0. La Curia Saliorum , située sur le Palatin, était la résidence des Salii Palatini et l’arsenal des ancilia. Il s’y trouvait aussi une statue de Mars armé de la lance, puis une relique vénérable, le lituus ou bâton augurai de Romulus11. C’est dans ce sanctuaire queles Saliens, aux dates rituelles, etle général
1 Serv. Ad Aen. VJ II, 285; cf. Macrob. III, 12, 7, citant un livre d'Octavius Il ni scnnius (?) intitulé : De sacris Saliaribus Tiburtium. Cf. C. i. I. p. 577, 354.,, 3548, 4234; 3555 et p. 577; Mommsen, Ibid. I, p. 150; Orelli, Inscr. 43, -70 1 . 2 \irg. A en. V 1 1 1 . Ad loc. Cf. Scliol. Uorat. Cavm. I, 27. — 3 Scrv.
de,i. Loc. cit. Cf. Marquardt-Mommscn, Handhuch. VU, p. 430; Kosclier, Lexikon , - -, p. 34 2,, qui voit dans Morrius une corruption de Mars. M. llclbig s'autorise c ce lémoignage pour l’interprétation de lasardoine représentant les boucliers des maliens dont il sera question plus loin (III). — 4 C. i. I. VI, 2170, 2171 ; X, 797, ’ ~’tL O’1 a cru reconnaître des Saliens sur un petit bas-relief d'Anagnia, epiesenlant des hommes casqués qui portent des boucliers obtongs avec la tôle de ,0r°0'K ' ;ma‘l dell' Instit. 1809, pl. E. L’ideulifîcatiou est plus que douteuse; ™r plus lom, p. 1020, — S £. i. I. V. 1978, 2851,0431 ; 4492. — 6 Ibid. Il, 3853, .jçj’ ’ utl ntaçister, 1b. 3814 et 3805; conlusores (membres) à 3853. — 7 Fest. r(ra~ 3"9I Hut- -V« m. 13; Serv. Aen. Il, 325 et VIII, 285. — 8 Rubino, Beicuc ' </rieschichte Italiens , p. 239 : die Sa lier al s Penatendiener. Cf. lirai-
y up. de I auly, t. V|, p, 089, où sont entassées comme à plaisir toutes les assi- 115 u 1 on3es de l institution des Saliens avec les cultes exotiques. — 8 Gilbert,
en chef, lors d’une entrée en campagne, allaient faire résonner les boucliers ( commovere arma ancilia ) et toucher la lance du dieu en l’interpellant : Mars , vigila 12. Le Sacrarium Martin n’étantpas un édifice distinct, mais une chapelle de la. Regia , Mars n’y avait ni statue, ni boucliers; mais on y déposait les lances sacrées qui avaient également leur rôle et dans les cérémonies des Saliens et dans les préliminaires d’une déclaration de guerre. César y était allé dormir au début de la lutte contre Pompée, et il y fut réveillé par le bruit des lances qui s’entrechoquèrent rtiiraculeusement13. Là aussi intervenaient des Vierges Saliennes , prêtresses d’occasion, dont le caractère est mal connu, mais dont on sait qu’elles assistaient le Grand Pontife en compagnie des Saliens pour l’oblation d’un sacrifice; elles étaient alors vêtues du paludamentum , manteau militaire, et, comme les Saliens eux-mêmes, coiffées de Y apex u. Le sacrarium dp la Regia et la Curia Saliorum appartenaient originairement à la confrérie du Palatin; celle du Quirinal avait sa Curia propre, très vraisemblablement une annexe du temple de Quirinus, au sommet de la Colline. Denys, en la désignant par le terme de UpoipiAâxtov, indique qu’on y devait conserver d’autres objets vénérables servant au culte du MarsQuirinus 13. Enfin, rappelons les sanctuaires qui, au dire de Tite-Live, auraient été élevés à Pavor et à Pallor par Tullus Ilostilius, quand il créa la confrérie des Saliens du Quirinal; si ces sanctuaires ont jamais existé, il est impossible d’en découvrir des traces16.
Aux temps historiques, il n’est question que d’un groupe de fêtes, célébrées en l’honneur de Mars par les Saliens, sans que l’on distingue, à ce point de vue, les deux confréries. Il est probable que certaines cérémonies leur étaient communes, tant à la Curia Saliorum que dans la chapelle de la Regia ; si, ensuite, elles se sont séparées (mais nous n’en savons rien au juste), ce devait être pour se partager l’itinéraire des processions suivant leurs quartiers respectifs17. Ces fêtes se célébraient en mars et en octobre ; celles du printemps sont de beaucoup les plus importantes, puisqu’elles s’étendent sur un mois presque entier 16 ; celles d’automne sont une rapide conclusion qui tient dans une seule journée, celle de YArmilustrium''* . Les premières avaient pour objet de mettre en mouvement ( movere ) les armes et les boucliers : les secondes de les rendre au repos ( condere ). La légende fixant au Ie1' mars le miracle de Yancile tombé des nues aux pieds de Numa, c’estce jour-làque commence la fonction pieuse des Saliens. Ils vont à la Curia du Palatin invoquer Mars et tirer de leur réduit les douze boucliers ; de là, ils se rendent à la Regia, assister au sacrifice offert par le Grand Pontife en compagnie des Vierges Saliennes
Gescli. und Topogr.l , p. 1 39 sq. — 10 Cic. Divin. I, 17, 30; Dion. XIV, 2 et 11, 7; Plut. Num. 13 ; Cam. 32 ; Val. Max. I, 1, 59 ; Scrv. Aen. Vlll, 3 ; Vil, 603. Pour la question topographique, v. Becker, Topographie, p. 229 sq.; Jordan, Topogr. II, p. 271 sq. et Gilbert, I, p. 346 sq. Cf. Roscher, Lexikon , II, 2388. — H Varr. Ling. lat. V, 143; T. Liv. I, 44; Plut. Boni. 11; Fest p. 252. Cf. lituus, p. 1278, 1. — *2 Serv. Aen. VII. 603 et VIII, 3, avec les calendriers au 9 mars; Lyd. De mens. III, 15 et IV, 29; les ancilia et les lances par leurs bruits spontanés annoncent les périls publics. T. Liv. Epit. 68 ; Jul. Obseq. 44. — 13 Scrv. Ibid. Il, 325; Aul. Gell. IV, 6, 1 ; Dion. Cass. 44, 7; cf. T. Liv. XL, 19 et Jul. Obseq. 60-9) cl .ailleurs. — 14 Fest. p. 329; cf. Ambrosch, Op. cit. p. 8, note 32 ; p. Il cl 14, note 56. — 15 Dion. liai. Il, 70; cf. quirinus, p. 807, et Serv. Aen. I, 292. — 1S Gilbert, I, p. 139 sq. ; et supra. — 17 NVissowa, Op. cit. p. 482. — 18 Polyb. XXL 10, 12; Dion. liai. Il, 70. Les trente jours de Polybe sont nions exacts que le grand nombre de jours dont parle ce dernier. — 19 T. I, p. 438. Cette dernière fêle était également sous la direction des Saliens; Varr. Ling. lat. VI, 22; V, 153 ; Fest. Epit. p. 19 et les Calendriers au 19 octobre.
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el s’assurer des lances qui devaient compléter leur armement Les calendriers désignent ce jour par Feriae Martis ou Nat ali s Marti s 2 ; la première manifestation publique du collège ne devait avoir lieu que huit jours plus tard, le 9 mars, qui, dans les calendriers, figure sous la rubrique : arma ancilia movent , et qui marque en réalité l’ouverture des processions par la ville3. Dans l’intervalle du 1er au 9 mars, tombait la fête des Matronalia qui, à partir de l’an 375 U. C., jouit d’une popularité considérable 4. Les fêtes en l’honneur de Mars continuent ensuite pendant une quinzaine. Polybe s’est donc trompé en donnant aux cérémonies des Saliens une durée de trente jours. La procession, qui est l’acte capital de leur culte, semble s’être déroulée pendant dix jours au plus, du 9 au 19 mars, date des Quinquatries [quinquatrus] 5 ; et c'est le 2-4 que figure au calendrier le dernier épisode de la fête; ce jour-là, le Iiex sacrorum mettait fin aux cérémonies en déclarant close la série des jours reliyiosi ouverte le 1er mars6. Quant aux détails de l'organisation, les témoignages anciens manquent de précision ; seule la procession qui mettait la ville en rumeur parait avoir frappé les imaginations.
Comme celle des argei, dont les stations nous sont connues, et celle des luperci, dont nous savons le parcours, la procession des Saliens devait suivre un itinéraire déterminé. Elle était coupée par des haltes dans une même journée et s’arrêtait chaque soir dans un édifice aménagé à cet effet. Du moins, une inscription de l’an 382 de notre ère parle des mansiones « bâties par les anciens pour la garde des armes sacrées et qui, tombant en ruines de vétusté, parce qu’on s’en était désintéressé, avaient été réparées aux frais des Pontifes 7 ». Aux haltes de la journée était donné à la foule le spectacle de la danse sacrée et les Saliens chantaient leurs hymnes, sans doute en offrant un sacrifice8. Une de ces haltes avait sûrement lieu sur le Comitium et l’on peut conjecturer qu’il y en eut une au Capitole ', «t une autre sur le pont Sublicius10; il devait y en avoir beaucoup d’autres. La procession impliquait le concours des grands sacerdoces et celui de la cavalerie des Juniores commandée par le tribun des Celeres 11 ; un bas-relief nous en a peut-être conservé une représentation réduite. Elle s’ouvre par trois hommes portant une corbeille; suivent quatre joueurs de trompettes et, derrière eux, cinq Saliens de taille plus petite (sans doute la section des Juniores ); le cortège est fermé par six
jeunes filles portant des encensoirs, dans lesquelles il est permis de voir les Vierges Saliennes 12.
Les auteurs latins qui parlent de la danse des Saliens emploient tous le terme de tripudium en le relevant par l’expression plus générale de saltatus. Tite-Live et Tacite recourent au même mot pour les danses des soldats barbares, l’un des Espagnols, l’autre des Germains13. Le rythme en était des plus élémentaires et rustiques ; Sénèque le compare avec les mouvements des foulons pilant sous leurs pieds les étoffes dans la cuve ; Catulle, qui y fait allusion, semble insinuer qu’il mettait la solidité du pont Sublicius à une dure épreuve14. Mais Lucien, peu coutumier de respect religieux, l’appelle la plus majestueuse et la plus sainte des danses, et dit qu’elle est exécutée par les plus illustres des Romains en l’honneur du dieu guerrier 15 [saltatio]. ISous avons vu que des personnages de la plus haute gravité tenaient à honneur d’y figurer jusqu’à un âge très avancé 16. Corssen croit que le tripudium, en général, et celui des Saliens, en particulier, se dansait sur le rythme anapestique, qui suppose trois mouvements : les deux premiers brefs, frappés par un pied, le troisième égal en durée aux deux autres, ce qui constituait une sorte de repos sur l’autre pied '7. Il résulte d’un passage de Vcrrius Flaccus, qui s’est documenté dans les Fastes des Saliens, que le coryphée de la danse ( praesul ) danse la figure en solo et que le collège faitla reprise, d’abord par les jeunes et les anciens séparément, puis par tous ensemble 18 ; c’est ce que signifiele vers du satirique Lucilius : « Quand le praesul a dansé, il fauL que la confrérie danse à son tour de même. » L’évolution du chœur devait se faire autour de l’autel du sacrifice19, et les danseurs frappaient les boucliers avec la lance, leur chant, accompagné par les trompettes, contribuant à scander le rythme de la danse. Il n’est pas douteux que ce rythme fut en rapport avec celui du vers national des Latins, le vers saturnien, sur lequel il semble que le chant des Saliens, comme celui desArvales, ait été composé20. D’autre part, les termes de antruare et de redantruare , employés par Verrius Flaccus pour désigner les ligures de la danse des Saliens, rattachent cette danse au ludus trojanus, qui n’est troyen que par une corruption du mot [trojae ludus], et le carrousel des jeunes Latins que Virgile a idéalisé dans 1 Fnéide trouve son pendant dans la danse sacrée des Saliens-1.
Il est difficile de savoir ce que furent les mansiones dans lesquelles, chaque soir, les Saliens déposaient, pour
1 Lvd. De mens. III. 15 ; Ovid. Fast. III, 259; 373 et les texles cités plus haut.
2 Cal. Praen. Fast. Philocali ; Phot. Amphil. 134. — 3 Fast. Philoc. * Voir
juxo III, 1, p. 084, 2.-6 IV, p. 802. 1 ; les (juinquatries, à l’origine, quand elles étaient en rapport, avec le seul culte de Mars, ne duraient qu’un jour, le 19 mars, et étaient une fête de purification ; Charis. p. 81, 20 ( Grammat . lat. de Keil) : quinquatrus... a quinquando , id est lustrando, quod eo die arma ancilia lustrari suit solita. Cette journée correspondait à 1 ' Armilustrium du 19 octobre. Cf. Marquardt, Mommsen, VI, p. 434; et Huschke, Das Roem.Jahr. p. 355, avec la restitution du texte, Cal. Praen., saui facaunt in comitio saltus sacrificaktibus pontificibus et tribunis CEI.ERUM. — 6 Le 23 avait lieu le tubii.ustrum; V. v. Le 24 mars est désigné dans les calendriers par : uuando rex comitiavit fas ; cf. Fest. p. 258, 278 et Varr. Ling. lat. VI, 31; une mention identique se retrouve pour le 24 mai. La cérémonie rouvre le cours des affaires judiciaires; T. Liv. XXXVII, 33, 6 ; cf. Marquardt-Mommsen, VI, p. 436, noie 10. - 7 C. i. I. VI, 2158. Ce sont les prêtres de Vesta, c’est-à-dirc les Pontifes de la Jlegia qui les rétablirent. - 8 Vid. infra-, sauf le sacrifice du premier jour, nous ignorons tout de cette partie de la cérémonie; Fest. p. 239. — 9 Varr. Ling. lat. V, 85; Dion. liai. II, 70. —10 En ce qui concerne cette station, située sur le chemin du Janicule qui représentait devant l’opinion, par rapport à Rome, la ville hostile, elle permet de souligner une fois de plus le caractère guerrier de l’institution des Saliens. V. Cic. Leg. agr. I, 5, 16; II, 27, 74; T. Liv. I, 33; Plin. Hist. N. 111, 5, 9, où le i Janicule est appelé : Antipolis. Cf. Huschke, Vcrfassung des Servies Tullius, p. 471, 61
et Klauscn, Aeneas und die Penaten, p. 947. — H Cal. Praen. 19 mars, et supra, note 5. — 12 Édité par J. -B. Casali, De profanis et sacris veteribus ritibus opus (Rome, 1044), p. 149. V. Matz, Monatsberichte der Derliner Akad. 18/1. p. 445 sq. ; et Schulze, Randzeiclinung eines Reliefs mit Darsteltung eines Salierumzugs, Pétersbourg, 1873. Le bas-relief a été, par conjecture, présenté comme originaire de Tibur. Vid. supra, note 4, p. 1017. 11 n’est, d’ailleurs, pas sur qu d représente la procession des Salions suivant le rituel romain. — 13 T. Liv. XX\ , 17, 5; Tac. Annal. IV, 47. — 14 Scn. Epist. 15, 4; Catull. 17, 5; Uor. Od. h
30, 12 ; IV, 1, 28 ; cf. Fest. p. 270, 326 ; Scrv. Aeil. VIH, 285, 063 ; 0. Mneller-
Deeke/ Die Etrusker, 11, p. 217. - 19 Luc. De saltat. 20. — tG Vid. supra, Macrob. 111, 14, 14; Val. Max. I, 1, 9. -17 Op. cit. p. 44 sq. ; il cite encore [jor. Od. III, 18, 15, où il est dit du laboureur : Gaudet invisam pepuhsse fossor ter pede lerram. Cf. Lucr. V, 1399 ; extra numerum procedere membre moventes duriter et dura terram pede pellere malrem. — '» Chez l'cslu-.
p. 9 et 226 ; cf. Nonius, p. 105 avec les citations de Pacuvius et de Lucilius et
{•interprétation de Klauscn, Op.cit. p. 823, note 1524. - 19 Des sacrifices à l’occasion de ces danses ne sont pas douteux ; dans les fragments de l’hymne chaule, i est question de victimes vivantes dont on consultait les entrailles et partageait chairs; et aussi de mola salsa ; v. Fest. p. 141 ; Varr. Ling. lat. V, 110. P0111 mo/d salsa à laquelle fait allusion le premier de ces textes, Serv. Rucol. VIII, 8-, qui en donne la recette et l’emploi dans le culte. -- 23 Corssen, Origines cio. p. 200 sq. — 21 Virg. Aeil. V, 580 sq. et Klauscn, p. 820 sq. [v. trojae ludits].
h nuit, les armes sacrées et tout l'attirail de la procession ce qui suppose que le lendemain ils partaient de là pour une station nouvelle. Wissowa suppose que des locaux quelconques étaient aménagés pour la circonstance 1 * avec l’extension du périmètre de la ville, le retour à la Curia du Palatin eût imposé au collège des fatigues excessives ou contraint à négliger certains quartiers éloignés. C’est dans ces mansioues que les membres de la confrérie prenaient, après la tâche accomplie, un somptueux repas5. Les repas des confréries et des sacerdoces sont cités fréquemment comme des modèles de luxe gastronomique. Augures, Pontifes, Arvales 3 s’en offraient d’aussi plantureux que ceux des Saliens et tous ensemble méritèrent de passer en proverbe 4.
Si la danse des Saliens a frappé l’imagination des foules, leurs chants ont attiré de très bonne heure l’attention des érudits; ils constituaient, en effet, un des plus anciens monuments de la langue nationale5. A ce litre, il fut très fidèlement transmis à travers les âges; mais il devint de très bonne heure inintelligible, même uux prêtres qui en avaicntla garde. Dès la fin du ne siècle avant notre ère, le savant Aelius Stilo sentit le besoin d’en écrire un commentaire qui devint lui-même obscur pour les écrivains de la fin de la République. L’œuvre fut mise à contribution par Varron et par Verrius Flaccus ; les fragments que nous possédons du chant, grâce aux abréviateurs de ce dernier, sont à ramener à cette source. Les linguistes modernes n’en ont guère déterminé que le sens général et quelques expressions isolées0. Ces chants des Saliens étaient appelés axamenta , mot qu’on explique de diverses manières, soit qu’on le rattache à axis, rouleau sur lequel ils auraient été écrits, soit qu’on fasse du verbe axare un synonyme ou de agere au sens sacré ou de invocare : dans ce dernier cas, axamenta serait très semblable à indigitamenta1 . L’examen des fragments a permis d’établir que ces chants étaient une sortede litanies, invocations sommaires où l’on ne trouve guère que des noms de divinités avec les vocables rituels. On rencontre ceux de Mars Gradivus, de Mars Quirinus, de Janus Quirinus, de Jupiter Lucetius, de Saturne, de Minerve, de Junon, de Diane, de Liber, de Salus, de Concordia, de Pax et celui du forgeron divin Mamurius Veturius8. Macrobe remarque que Vénus seule parmi les dieux célestes n’y avait pas trouvé place9. Plus tard, on y accueillit les noms des empereurs (le premier qui obtint cet honneur fut Auguste) et des princes de la famille impériale10. Un passage fort discuté de Verrius Flaccus a permis d’y distinguer des invocations aux divinités en
1 Op. cit. p. 429. — 2 pcsl. p. 329, 7 ; Suet. Claud. 33 : en train de juger dans lune des basiliques qui bordaient le forum, cet empereur perçoit rôdeur du festin que I on préparait aux Saliens dans le temple voisin de Mars; il abandonne le tribunal et se joint au collège, dont, sans doute, il faisait partie. Apulée, IV, 22, parlant d un cheval qui a de l'orge à foison, dit de lui : Saliares se cenasse cenas crederet. Cf. Ans. Epist. IX, i3; Symmach. Epist , I, 23 ; Tert. Apol. 39 ; Cicer. Ep. Alt. V, 9, t ; Hor. Od. 1, 37, 2. — 3 llenzen, Actar. Arv., p. 16, 43. — 4 Varr. De re rust. 111, 2, 10; Cic. Epist. fam. VU, 26, 2; Hor. Od. II, 14, 28; #lart. XII, 48, Il ; Plin. Hist. n. XXVIII, 29. — 5 Varr. Lintj. lat. VII, 2; Fcst. p. 141, 146, 210, 329 ; Cic. De orat. III, 197 ; Hor. Ep. II, 1, 8G ; Quint. I, 19, 2u, et G, 49. Cf. Bergk, De carm. Saliar. ; Corssen, Origines poesis roman. ; \\ ordsworth, Early Latin, p. 5G4; Jordan, Kritische Beitraege zur Gcsch. der Lat. Sprache , p. 211. — G V. surtout Corssen, Op. cit. p. 35 sq. ; 199 sq. ; et betgk, Op. cit. — , Fcst. Epit. p. 8. Glossar. Labb. ; Gutberlelb, De Saliis Martis sacerdotibus, p. 1 14 ; Corssen, p. 45 sq. ; Bergk, Op. cit. et Hallische ' D'tteraturzeitung, 1842, p. 224; Wissowa, Belig. und Kultus, p. 483 et passim ; I ^ c^' f P- 144, note. — 8 Festus, Loc. cit.; Varr. L. c. ; Macr. I, 9;
. 13 , Corssen, Op. cit. p. 55 sq. ; probablement aussi Uomulus et Itcmus, Dion.
a • *, 79i plut- Num. 5. — 9 Macr. I, 12. — 10 Manum. Ancyr. Il, 28 ; Tac.
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particulier et d’autres qui s’adressaient a elles d une façon collective11. Mais ce n’est que dans un sentiment de chauvinisme littéraire que Cicéron, parlant de ces vénérables restes de la poésie nationale, a pu se hasarder à dire : « que l’élément artistique n’a pas été négligé dans le culte ni par Numa lui-même, souverain très éclairé, ni par les vieux Romains, ainsi que le prouvent les lyres et les cithares dans les festins, avec les vers des Saliens dans le culte12 ».
A côté des textes sacrés de prières et d’invocations qui étaient pour les membres du collège un objet d études difficiles, il existait, pour chacune des sodalitës du Falatin et du Quirinal, des livres rituels où étaient consignés tous les détails relatifs à la pratique du culte. Comme les Arvales, ils avaient leurs Fastes , sorte de journal qui fixait les faits intéressants de leur histoire13. Il n’est pas douteux que les deux collèges, tout en collaborant aux mêmes fêtes, restèrent indépendants l’un de l’autre jusqu’au déclin du paganisme et qu’ils réussirent à garder la marque distinctive de leurs origines 14. Les Fastes, dont nous avons des fragments qui vont de 170 à 202 ap. J .-C., sont ceux des Saliens du Palatin. Les réparations faites aux mansiones en 382, sousle règne de Gratien et de Valentinien II, prouvent que les danses des Saliens se maintinrent, comme la course des Luperques (condamnée par le pape Gélase en 494), jusqu’en plein christianisme officiel, à raison de leur caracLère de distractionpopulaire 1o.
III. Attributs. — La description, d’ailleurs très sommaire, que Tite-Live nous a léguée des manifestations publiques du culte des Saliens, nous montre les membres de la confrérie du Palatin, vêtus d’une tunique de couleur bigarrée et, par-dessus la tunique, d’un eouvrepoitrine en métal; c’est dans cette tenue qu’ils sortent les armes tombées du ciel qu’on nomme ancilia, et qu’ils les portent par la ville en chantant des hymnes accompagnés de danses à trois temps et de gesticulations pieuses ( cum tripudiis solemnique saltatu) 10. A ces attributs, il faut joindre une coiffure spéciale, une lance et une épée dont il est quesLion ailleurs ou qui sont figurées sur des monuments 17. M. Ilelbig y a compris encore le ceinturon, la chaussure et jusqu’au char de guerre18. Ces derniers attributs ne peuvent être restitués que par conjecture et ne sont pas particuliers aux Saliens.
La pièce la plus importante est le bouclier, non pas seulement à cause de la légende qui en a fait la raison d’être de la confrérie19, mais à cause de sa forme qui le distingue de tous les autres engins de même ordre. Le
Annal. H, 83; IV, 9. Glossar. Cijr. Salins... u?iù; Katuapo^. Capitol. M. Aurel. Ph.il. -1,5 ; Spart. Caracall. 11,6; cf. Marini, Atti Fratr . Arv. p. 597. — il Fest. p. 3. Le texte a été corrigé de diverses manières, dont aucune ne donne un sens satisfaisant. V. Marquardt, Op. cit. p. 437, note 2. — 12 J)e orat. III, 51.
— 13 Varr. Ling, lat. VI, 14; cf. Ambrosch, Studien , p. 146, note 62. Pour le recueil des Salii Palatini , C. i. I. VI, 1977-1983. Cf. Borgliesi, Œuvres , t. IV, p. 5 1 0 sq. — 14 Gilbert, Op. cit. I, p. 297, et surtout la note commentant T. Liv. V, 52. — 15 C. i , l. VI, 2158, du règne de Gratien. Voir j.upf.rci, p. 1402, notes 10 sq.
— 16 T. Liv. I, 20, 40. — 17 Dion. liai. II, 70; Plut. Num. .13. Des ustensiles spéciaux qui servaient au culte intérieur des Saliens nous n’en connaissons, et de nom seulement, que deux : capides, vasa fictilia Saliorum [capis]. V. les fragments du chant des Saliens (Baclirens), p. 32, 16, et le molucrum qui servait, à offrir la mo/a salsa [mola]. Vid. supra et Ibid. 15. — 13 Op. cit. p. 255, 261 ; 270 sq. Pour le ceinturon, v. Plut. Num . 13: ■/a.'kxiiX |&rrç%i iûa?eTai, avec le commentaire d’Helbiget les figures 29, 30 et 31, surtout la figure 30 représentant un guerrier, peut-être Mars, qui tenait au bras gauche un bouclier et brandissait une lance delà main droite (Martha, L'art étrusque, p. 502, fig. 336 ) — 19 Diou. Hal. II, 71; Ov. Fast. III, 259-392 ; Plut. Num. 13. Cf. Peter, P. Ovidi Nasonis fasti, 2e édit.
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nom d 'ancile, qui lui est particulier, a été expliqué très naturellement par Varron et Verrius Flaccus ; ils l'ont défini « un bouclier court dont l’ovale est échancré de chaque côté dans la partie médiane », ce qui fait que les parties inférieures et supérieures sont de diamètre sensiblement plus fort que celle du milieu *. Seul Ovide, dont l'exactitude technique ne fut nulle part la qualité dominante, l’a décrit autrement, cela en vertu d une étymologie erronée2. Son erreur a été partagée, dans une certaine mesure, par Plutarque, qui assimile Yancile au bouclier thrace (ttéXtt;), lequel est échancré à la partie supérieure et rond par ailleurs [clipeus, p. 1257] 3. Pour Ovide, Yancile est un ovale parfait et sans angle ( ab omni parte recisum ), alors que pour les antiquaires de son temps il est : recisum utrimque, découpé de chaque côté. Les monuments figurés ne confirment que cette dernière définition; en effet, les monnaies du règne de Domitien, sur lesquelles on a cru reconnaître des Saliens coiffés de Y apex et portant le bouclier rond, représentent les hérauts chargés de proclamer les Jeux séculaires , avec lesquels les Saliens n’ont rien de commun 4 ; et il n’y a aucun fonda faire, pour la question des ancilia de Rome, sur deux bas-reliefs, l’un d’Anagnia, l’autre rapporté par hypothèse à Tibur, où l’on a voulu reconnaître des Saliens armés du bouclier rond5. L 'ancile, bouclier échancré, est l’attribut de la Junon de Lanu-
vium tigurée sur des deniers de la gens Procilia , sous la réserve que l’échancrure est arrondie aux bords (fig. 6043) G, et de la gens Cornificia (fig. 6044) 1 ; et le Picus de Laurente, que décrit Virgile d’après une statue archaïque, devait porter au bras gauche un bouclier identique, appelé, d'ailleurs, ancile par le poète, la main droite tenantle bâton augurai8. Picus était, de plus, vêtu de la trabea , ce qui contribue à lui donner de tous points l’allure d’un Salien. Celte trabea, qui n'est qu’une variété de la toge aux plus anciens temps, est le costume réservé aux citoyens qui occupaient dans l’État une situation éminente, sacerdoce ou magistrature9. Elle différait de la toge en ce que sur lefond blanc du vêtement se détachaient des bandes de couleur, dans l’espèce, de pourpre, et en ce qu’elle était moins ample que la toge des âges postérieurs [trabea]. Par là, elle était plus appropriée à un rôle actif de combattant ou de danseur, ce qui devait en faire l'habillement propre aux Chevaliers et aux Saliens 10 ; mais revenons à Yancile.
Le plus ancien spécimen connu nous est donné (fig. 6045) par une sardoine, aujourd’hui à Florence, qui porte en caractères étrusques le nom d 'Attius et au-dessous le terme de sens douteux : alce. Attius est sans doute le nom du
1 Varr. Ling. lat. VII, 43; Fest. Epit. p. 131 ; Serv. Aen. VII, 188; Lyd. De mens. III, 29; cf. Dion, et Plut. Loc. cit. — 2 East. 377. — 3 Denys et Plutarque emploient tous deux le mot xiVri), le premier seul y accolant la dénomination de Thrace. V. la discussion de ces passages chez Helbig, Op. cit. p. 215 sq.; et clipeus, I, 2, p. 1257, fig. 1662 à 1664. — 4 Cohen, Mèd. imper. I, p. 476, n® 72; et sakculabes lcdi, p. 99, note 12. Cf. Mommsen, Ephem. epiyraph. VIII, p. 246, note 1, et Petersen, Hoem. Mittheilungen, 1892, p. 259 sq. M. Helbig admet que sur l une des monnaies du règne d Auguste commémorant les Jeux séculaires (fig. 7, p. 225) le personnage portant un caducée a au bras gauche un ancile ; mais il n'est même pas sûr qu’il tienne un bouclier. — 5 Beundorf, Annali d. [nstit. 1869, p. 70 sq. ; E. Schulze, Alte Handseichnung eines Ileliefs. Pétcrsbourg, 1873, p. 259 sq. ; cf. supra, p. 1017, note 4. — 6 Babelon, Monnaies de la Jlép. Il, p. 386, n»’ 1 et 2 ; Overbeck, Kunstmylhologie , Münzlafel, 3, 71.
Fig. 6043. Fig. 6044.
L’ancile de Junon.
propriétaire qui, sur son cachet, avait fait graver l’emblème de sa dignité sacerdotale11. M. Helbig suppose qu’il la remplissait dans quelque colonie romaine ou latine établie dans une ville où l’alphabet étrusque était encore en honneur et où fonctionnait un collège de Saliens analogue à celui de Home ; il est très possible que la sardoine remonte au ive siècle avant notre ère. Un cachet
Fig 6045. — Transport des ancilia.
Fig. 6U46. — Transport des ancilia.
en cornaline, de style moins archaïque, fournit à la gemme de Florence un curieux pendant (fig. 6046), tant pour la forme des boucliers que pour la manière dont ils sont portés 12.
Échancrés sur les bords comme celui de la Junon de Lanuvium, ils sont suspendus au nombre de cinq, par
des courroies, à une longue perche qui repose à chaque extrémité sur les épaules de deux hommes, lesquels ne sont pas sûrement des Saliens; le costume même invite à ne pas les considérer comme tels. Les personnages gravés sur la sardoine sont vêtus de tuniques courtes tirées sur l’occiput et de courts manteaux serrés; ceux de la cornaline ont des cuirasses en cuir et des casques de type attiquè. Quoique nous sachions par des témoignages formels que les Saliens eux-mêmes portaient ainsi les ancilia suspendus à des courroies13, les personnages de nos pierres gravées sont à interpréter par un texte de Denys, où il est dit que, danscette fonction, des serviteurs spéciaux (Cnrv)pÉTxi, ministri , apparitores) se substituaient parfois aux membres du collège14. Les boucliers qui figurent sur les deux gemmes ont ceci de particulier qu’ils donnent l'impression de véritables armes de défense, travaillées solidement, d’une seule pièce.
11 n’en est plus de même de ceux qui sont représentés sur des monnaies, l’une du règne d’Auguste, portant le nom de Licinius Publius Stolon (fig. 6047), l’autre d’Antonin le Pieux (fig. 6048); les ancilia y ont un caractère plu-
— 7 Babelon, Ibid. 1, 434 et II, p. 488. — 8 Aen. VII, 188; cf. picus, IV, I, p, 472. — 9 Dion. liai. Il, 70: cf. Serv. Aen. VU, 196; Helbig, Op. cit. p. et Hernies, 1904, p. 161 sq. — 10 T. Live désigne ce vêlement par les mots tunicn picta (I, 20, 4) ; Denys dit : giTûvif voixllod Plutarque, Num. 13, ^itiJvutxoi ooivixo* Wissowa, Op. cit. p. 480, donne à la cuuleur rouge sang une signification symbolique ; cf. Helbig, p. 260. — •' Furtwaengler, Die antiken Gemmen, I, pl. xxn, 64 II, p. m, 64; 111, p. 222 ; Helbig, p. 206, fig. I. V. la discussion, Ibid, sq 12 Ibid. p. 218, fig. 3 ; Furtwaengler, Ibid. I, pl. xxu, 62 ; II, p. 1 l.l. Helbig rapproche de plus une sardoine du musée de Berlin (p. 223, fig. 1!) qui représente deux guerriers en train d'élever un trophée dont un ancile décoré d’ornements forme le motif central. Cf. Furtwaengler, Ibid. I, pl. xxn, n» 03 ; 11, p. 118; III, p. 24° qui a le tort de les considérer comme des Saliens. — 13 Val. Max. I, 1, 9 ; Luc Pliars. I, .603 ; Juven. II, 124.-14 Dion. liai. II, 71 ; cf. Helbig,. Ibid. p. 221.
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tôt décoratif1- Au lieu d’être taillés dans une seule pièce, ils semblent formés de trois pièces assemblées ; celle du milieu est ovale, les deux autres affectent la forme d’un
disque que le graveur a tourné en ornement. M. Helbig remarque que la curie des Saliens fut incendiée à diverses fois, la dernière en 36 av. J.-C., c’est-àdire dix-neuf ans environ avant la frappe du denier de Licinius Stolon2; que les anciens boucliers ont du périr dans le désastre et que les nouveaux ont dû être fabriqués sur un modèle nouveau, mais le même auteur observe ailleurs que les Romains, foncièrement conservateurs en tout ce qui se rapportait au culte, ne devaient pas changer d’une façon radicale un attribut de leurs prêtres 3 ; il vaut donc mieux admettre une fantaisie d’artistes monétaires qui s’en sont permis bien d’autres.
Sous une influence qui, sans doute, n’avait pas encore pris conscience d’elle-même, et qui laisse subsister dans tous les accessoires du culte des Saliens le caractère national (M. Helbig s’empresse de constater qu’ils ne trouvent aucune analogie dans le culte hellénique), les ancilia et, avec eux, toutes les parties de l’équipement militaire des Saliens offrent des ressemblances frappantes et difficilement dues au hasard avec les objets analogues de l’art mycénien. On dirait que l 'ancile naquit d’une modilication apportée au bouclier des soldats de Mycènes4. Les dimensions en sont plus petites; elles correspondent au scutum breve, dont la longueur ne dépassait pas 73 centimètres, et qui descendait parfois à 605.
Nous ignorons ce que fut au juste Yaeneum pectoris tegumen, ce qui veut dire le couvre-poitrine en bronze, qui complétait l’armure défensive des Saliens, au dire de Tite-Live6. 11 est évident que l’historien n’aurait pas employé cette périphrase pour désigner la cuirasse; celle-ci ne vint, d'ailleurs, en Italie qu’au cours du vu0 siècle, importée par les Grecs qui l’avaient adoptée au siècle précédent7. Le tegumen était plutôt la pièce dont les légionnaires se servaient environ cinq siècles plus tard, afin de protéger le thorax et que Polybe décrit sous le nom de xapSiotpûXaxGv, que les auteurs latins nommèrent pectoralia 8. Elle était de bronze, épousait la forme du corps et était assez résistante pour amortir un coup de lance ou d’épée. M. Helbig en a étudié quelques spécimens (fig. 6049), beaucoup plus anciens que Polybe, puisqu’ils ont été découverts dans des tombes à puits, des tombes à fosse étrusques et dans les tombe ad area qui furent trouvées à Rome sur l’Esqu il i n , monuments qui remontent à une période rapprochée de celle où fut fixé l’équipement des Saliens 9. Plus récent, mais de destination identique, est le pectoral du guerrier
Babelon, Monn. de la ftép. II, p. 13S sr|. ; nos 28 et 29: Cohen, Mèd. consul, pl. xxiv, 9, 10 et Méd. impér. Il, p. 314, n° 407 ; Eckhel, Ùoctr. numm. J*1, !’• 13 et Ilelbig, Ibid. p. 218, fig. 4 et 5. — 2 Ibid. p. 210 ; T. Liv. 2* ; XX VII, 11; Jul. Obseq. 19; Dio. Cass. 48, 42. — 3 Ibid. p. 238. cette démonstration, Op. cit. p. 230 sq. ; cf. Rcichct, Ueber home cische Waffen, p. 1 sq.; Robert, Studien zur llias , p. 2 sq. — 5 l'est. Epit. 131 ;
Relbig, p. 215 et 231, — g X, biv. I, 20, 4 et le commentaire de Ilelbig, s,(‘ 7 Reichel, Hom. Wn/fen, p. 80 sq. ; ef. i.ouica, 111, 2, p. 1302 sq. ;
^ cl 8 l’olyb. VI, 23, 14; Varr. Ling. lat . V, 116 ; Clin. Hist. nat. , s 1S. 9 Ilelbig, Op. cit. p. 240, avec les figures 22 à 27. L’exemplaire
italien, vêtu de cuir que représente un tombeau de Paestum10. Avec M. Ilelbig, nous pouvons rappeler encore, d’après une urne étrusque représentant le mythe de Troïols, la broche en forme de rosette qui couvre le sternum d’un guerrier en défense ; cette broche est soutenue par une courroie dont la partie supérieure estrepliée autour des épaules du guerrier et dont les extrémités inférieures disparaissent sous la ceinture (fig. 6050) 11 .
Comme aucun monument ne nous donne la représentation totale d’un Salien sous son équipement, c’est par conjecture seulement que nous pouvons interpréter ainsi Yaeneum tegumen que leur prête Tite-Live.
La coiffure des Saliens dans l’exercice de leurs fonctions, était le pileus haut, de forme conique, que les Grecs nommaient xupêaci'a 12 . Elle devait se fixer à la tête par une jugulaire qui l’empêchait de vaciller pendant la danse, à plus forte raison de tomber, ce qui eût constitué un mauvais présage13.
La calotte n’était pas de bronze, comme le dit à tort Plutarque, mais de cuir ou de grosse laine, renforcée seulement par des cercles en bronze qui formaient ornement14; l’analogie avec le casque mycénien n’est pas moins frappante que pour le bouclier. Le pileus se terminait à la partie supérieure par Y apex, insigne distinctif des coiffures sacerdotales, particulièrement de celles.des flamines lr\ Le denier de Licinius Stolon, où elle forme trophée avec une paire di ancilia , et la cornaline qui représente deux guerriers portant les cinq ancilia suspendus à une perche, nous en donnent une image assez complète. Le soldat qui marche en tête tient dans la main gauche, par la jugulaire, la coiffure conique qui se termine en apex. Sur le denier, on distingue nettement l’anneau qui rattache cet appendice à la calotte du casque16. Nous renvoyons au travail très documenté de
que nous reproduisons est celui qui porte le n° 25, trouvé dans la tomba del guerriero (.Uonum. dell' Jnstit. X, 1874,. pl. x; Annale 1874, p. 249 sq. ; cf. Marlha, L'art étrusque, p. 102, fig. 98). — 10 Lotuca, p. 1313, fig. 4543, 4544.
— il Helbig, Op. cit. p. 251, fig. 28, d’après Brunn, Urne Etruscbe, I, pl. xi.vtu, 2.
— 12 Dion. Hal. 11, 70 ; v. pileus, IV, 1, p. 479, fig. 5669 sq. — 13 Plut. A lare. 5 ; pour les mentonnières consolidant Y apex, v. les représentations diverses do flamines sur Y Ara Pacis ( Afonum . dell’ Instit. 1881, pl. xxxiv, n" 6), etc., chez Helbig, p. 233, note 2. — 14 ld. Num. 13; cf. Helbig, p. 238 sq. — 15 Flamines, II, 2, p. 11G7, fig. 3095 sq. Cf. Helbig, Sitzungsberichte der bayer. Akad. 1880, t. I, p. 492 sq. — *6 Babelon, Monn. de la Hép. II, p. 138, n°‘ 28, 29, et supra.
Boucliers et bonnet des Saliens.
Fig. 6050. — Le tegumen.
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M. Ilelbig pour tout ce qui explique, à l’aide des casques étrusques et mycéniens et par les vestiges d’un équipement guerrier étrusque, dont le casque est ici reproduit (fig. 6031), la matière et l'agencement de la coiffure des Saliens, laquelle fut celle de la milice patricienne au temps de la royauté1.
Nous avons dit que les Salions scandaient leur danse en frappant sur leurs boucliers suspendus au bras gauche; Denys dit qu’ils frappaient ou avec une lance ou avec une baguette qu’ils tenaient de la main droite 11 va de soi que la longue lance des guerriers mycéniens ne convenait guère à cet usage ; l’hésitation même de Denys, a défaut de monuments figurés, nous invite à chercher cet accessoire parmi les types de lance courte, de préférence dans celui de la hasta pura que nous trouvons reproduite sur un denier de la gens Arria et qui affecte plutôt la forme d’une forte baguette terminée par une boule3. Une arme plus pesante et plus longue n’aurait guère convenu à la danse qui était l’acte par excellence du culte public des Saliens. M. Ilelbig a démontré, d autre part, que ceux-ci portaient en plus l’épée, que cette épée était courte et que c’est seulement aux plus anciens temps que les guerriers, soit grecs, soit romains, disposaient simultanément de la lance et de l’épée. Cette dernière faisait partie de l’équipement des patriciens capables de porter les armes et elle passa à ce titre dans celui de leurs représentants sacerdotaux1.
Une remarque qui a son importance, puisqu’elle trouve sa place dans l’historique même des armées romaines, c'est que ces prêtres, personnifications sacrées de l’esprit militaire, sont des fantassins, et que si, au cours des siècles, des pelotons de cavalerie escortaient leurs processions comme ils prenaient part à la course des Luperques autour du Palatin0, l'origine même de la cavalerie est postérieure à celle des grandes confréries religieuses. Ceci concorde avec le fait qu’il était défendu au llamine de Jupiter de monter à cheval6. Aussi, sur les monuments de style archaïque exécutés en Italie, n'y a-t-il pas d’exemple certain d'un soldat cavalier \ Nous revenons ainsi, par l’examen des attributs et du rôle actif des Saliens dans le culte, au point de départ même de leur institution. Ils sont par définition, pour le Palatin, les ministres de Mars Gradivus, c’est-à-dire du
dieu qui s’élance à grands pas dans la bataille8 et, pour le Quirinal, ceux du Mars Quirinus, le divin portelance \ tous les deux figurés avec persistance comme ]e type idéal du soldat qui combat à pied, plus rarement du haut d’un char de guerre10. Le guerrier primitif de Rome, celui qui est contemporain de l’organisation religieuse de la cité où ses aspirations et ses exercices tiennent déjà une place prédominante, est le fantassin11, Concluons sur la parole même par laquelle l’archéologue dont nous venons de résumer les recherches a terminé l’œuvre qui a si heureusement renouvelé et élargi le problème du sacerdoce militaire : « Le pas ferme et rythmique avec lequel les guerriers latins marchaient à la rencontre de l’ennemi, a laissé son reflet idéalisé dans la danse des Saliens12. » J. -A. IIild.
SALINAE [SAL].
SALINUM. — ChezlesRomains,lesel était toujours servi sur les tables des repas dans un petit vase spécialement destiné à cet usage et appelé salinum, salière, que l’on regardait comme l'un des objets essentiels du mobilier domestique et que l’on se transmettait pieusement de père en fils. 11 était de règle que le salinum fût en argent, même dans les familles de condition modeste ; les pauvres cependant se contentaient d’un vase en terre cuite'. A l’époque républicaine, les plus sévères proscripteurs du luxe et des dépenses somptuaires, comme Fabricius, permettaient aux citoyens de posséder deux pièces d'argenterie, une patella et un salinum*, elles jouaient toutes deux un grand rôle dans les sacrifices adressés aux divinités de la famille. Avec le salinum le pater familias, au commencement de chaque repas, saupoudrait de sel le gâteau traditionnel, mola sa/sa [mola], qu’il offrait aux dieux Lares 3; la présence obligatoire de la salière sanctifiait la table et attirait sur les convives la protection du ciel4. Des petits vases d’argent découverts, les uns en France, les autres à Bosco Reale, près de Pompéi, paraissent être des salina 3. Maurice Besnier.
SALPINX [tuba].
SALSAMENTUM (Tâpt/oç). — Les Grecs donnaient aux conserves de légumes et de fruits le nom d àXgau; les Romains celui de salgama; ils appelaient tapt/yi et salsamenta les conserves de viande et de poisson1. Tous les peuples anciens faisaient usage, dans leur alimentation, de viandes salées, préparées avec la chair d’animaux domestiques ou sauvages 2 [cibaiua, p. 1137- 1162]. Les Romains paraissent avoir eu beaucoup plus
Fig. C05 1 . — Casque étrusque.
1 Furtwaengler, Antilc. Gemmen, I, pl. xxn, G; Hclbig, Op. cit. p. 218, fig. 3 et 4. 2 Hclbig, Ibid. p. 233 sq. Voir encore Notizie d. scavi, 1907, p. 58; Jlilani, Studi e Materiali, 1, p. 140. Cf. Dion. liai. Il, 70. — 3 Hasta, III, 1, p. 33 ; surtout 37, 2 ; et Helbig, Op. cil. V. à l'art, hasta, la fig. 3734, d'après une monnaie de la gens Arria ; Cohen, Monnaies de la Républ. pl. vu, 1,2; Babelon, Mann, de la Rép. p. 218. - 4 F. 243 sq. ; cf. 254. - 6 Vid. supra, II, p. 1018; Calend. Pracn. 19 mars; iuperci, p. 1402, note 4. —6 Au!. Gell. X, 15, 14; Plin. Hist. n. XXVIII, 14G. — 1 Além. de l’ Acad, des inscript. 1902, p. 170. Cf. Helbig, Op. cit. p. 265 sq. — 8 Tit. Liv. I, 20, 4 ; V, 52 ; Fest. Epit. p. 97 ; Serv. Aen. 1 , 292 ; Val. Max. I, 8, 6 ; Juv. II, 125-128 ; Annn. Marc. XXIV, 4, 24; C. i. I. V. 8236 ; XIV, 2580, 2581. Corssen, Orig. p. 31, s'est donné beaucoup de peine pour expliquer gradivus par le phénomène agricole de la germination : qramine ortus ou germinans. V. Laclimann, Comment. Lucret. p. 360. — 9 Cf. quirinus p. 807 et les textes cités, notes 3-5; cf. Corssen, Origines, etc. p. 17.— 10 V. les représentations sur les monnaies; Babelon, 1, 94; 501, 534 sq. ; il, 377. — U Helbig, Op. cit. p. 2G5. - 12 Ibid. p. 275. — Bibliographie. Ambrosch, Roemische Studien, Breslau, 1839, 1, p. 143 sq. passim ; Becker, Handbucli der loem. Alt ert humer, t. I, p. 4 sq. ; Bcrgk, De carminum Saliorum rcliquiis, llarburg, 1847 ; Corssen, Origines poesis romanae, Berlin, 1846, p. 15 sq.; du même, De Saliorum carminibus, [Ibid. 1844); Fragmenta poetarum romanorum (édit. Baehrcns), Numae Saliare carmen, p. 29 sq; Gilbert, Geschichte und Topographie der Stadt Rom, etc. t. I, p. 139-146; 294 sq. et passim.
ilberleth S. Tob. De Saliis Martis sacerdotibus, 1704 et dans le Thésaurus itiquus de Poleni, t. V, p. 703 sq. ; Marquardt-Mommsen, Handbucli der rocischen Allerthvmer, t. VI (2' édit.), p. 427-428; W. Helbig, Sur les attributs s Saliens, Além. de l'Acad. des insc. et b. -lettres, t. XXXVII, 2“ l13'1"
p. 204- 276; Th. Mommsen, Roem. Geschichte , t. I, p.
illenhoff, Ueber’den Schwerttans, Berlin, 1871, p. 6; passim, et dans 1rs 'stgaben fiir Homeyer, p. 1 1 1 sq.) ; Prcller-Jordan, Roem. Mythol. 1. 1, p. 1 15 “I ■' 6 sq. et passim ; Rosclier, Lexikon der Gr. und Roem. Mythol. art. mars, p- .,2420 sq.; Scheiffele, dans la Real-Encyclopaedie de Pauly, t. VI, 1, p. 688 sq.i SAU, ; Uscner, die Fabel des Mamurius Veturius, dans Rheinisches Muse um, uv. série, t. XXX, 1875, p. 209 sq. ; Wissowa, Religion und Iiultus der Roemer,
480 sq. passim. .
SALINUM. 1 Hor. Sat. 1, 3, 14 et Scliol. Ad loc. ; Garni. Il, 16, 13, et Sclio •
.. - pcrs. III, 24-26. — 2 plin. Nat. hist. XXXIII, 153; Val. Max. IV, 1 'j' 3 Liv. XXVI, 36; Stat. Silv. I, 4, 130; Acro ad Ilor. Carm. I. c. — 4 Arnoh- - . Cf. Plut. Qu. convie. VII, 4, 7 ; Fest. s. v° salinum. — 5 Cf. Gazette archéo o(h 85, p. 335 (au British Muséum); Mon. et Mém. Fond. Piot, V, 1899, p- , xxi, nos 4 et 5 (au Louvre). j
SALSAMENTUM. 1 To.pi/ot; cl ses dérivés désignent parfois les momies :
, 120 ; Lucian. Necyom. 15, etc. Sens général de salsamentum : Wôlf'lln, Arcl,'[ Latein. Lexikogr. XII, 306. — 2 Cf. Diod. Sic. XIX, 19, 3; Atlien. IV, pdym. Geopoh. XIX, 9, 5-G et 13, etc.
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je goût que les Grecs pour ce genre de nourriture; ils L rôdaient surtout le porc salé, qu’ils trouvaient très substantiel et facile à digérer *. Varron, Columelle, Apicius nous ont transmis la formule de différentes recettes Cour le confectionner 2 ; Apicius recommande de ne le servir aux repas qu’après avoir pris la précaution de le dessaler en le faisant bouillir d’abord dans du lait, puis dans de l’eau3. On distinguait deux sortes de jambons,
rna et petaso , la première fortement salée et fumée, la seconde moins salée et plus fine, mais peu susceptible dose conserver longtemps4. Les meilleures salaisons de porc étaient celles que fabriquaient les peuples celtiques ' dès l’époque républicaine, les Romains en faisaient venir de Gaule, Cisalpine5 et Transalpine5, des provisions considérables ; en particulier, les jambons de Belgique1, notamment du pays des Ménapiens8; ceux qu’expédiaient les Cantabres et les Cerretani du Nord de l’Espagne ou de la région de Bayonne9 avaient une grande réputation ; Varron parle aussi de porcs envoyés de Lusitanie à Rome10.
Les poissons tenaient la première place dans la nourriture des Grecs [cibaria, p. 1162]. Aussi le mot -câptyo; et, par suite, le mot salsamentum étaient-ils pris le plus souvent avec un sens restreint, pour désigner uniquement le poisson salé. C’est sur cette catégorie de salaisons que nous sommes le mieux renseignés 11 .
En principe, tout poisson, à la condition d’avoir une chair suffisamment épaisse et chargée de suc, mais sans excès12, pouvait être transformé en vaptyo; et l’on employait à cet usage les poissons des rivières et des étangs aussi bien que ceux de la mer13. Mais, en fait, les fabricants de salaisons ne se servaient guère que de ces derniers, etpresqueexclusivementd’esturgeons 14etde thons d’espèces variées15 ( pelamys et thynnus16, sarda'\ coracynus ou saperdes 18, xegtpeûç ou mugil l9, scomber 20, colias 21, opxuvoç22). Pour les préparer, ils les faisaient séjourner, plus ou moins longtemps, entiers ou en morceaux, dans des vases de terre ou des bassins cimentés remplis de saumure. On a découvert de nos jours sur les côtes d’Espagne et de Portugal les vestiges d’un certain nombre d’anciens établissements de fabrication ; les plus intéressants sont situés dans la province de l’Algarve en Portugal; ils consistent en bassins rectangulaires de dimensions variables, longs de lm,50 à 3m,90, larges de 1“,03 à 3m,33, profonds de 0m,79 à lm,85, disposés par séries le long de la plage ; des cannelures convexes, destinées à empêcher l’écoulement de la saumure, les
1 Galen. De alim. fac. 111,2: Aol. Amidon. Tetrab. I, 2, 121. — 2 Varr. De vu rust. II, 4, 10; Colum. XII, 53; Apic. VII, 9. — 3 Apic. I, 10. — 4 Varr. Loc. cit.; llor. Sat. Il, 2, 117; Martial. III, 77, 6; XIII, 54 et 55; Atlien. XIV, p. 657 e; Augustin. De mor. manich. XIII, 30 ; Edict. Dioclet. IV, 8 (avec le commentaire de Blümner, p. 74 de son édition), — 5 Polyb. Il, 15, 3 ; Strab. V, p. 218. — 6 Varr. Loc. cit. ; Strab. IV, p. 192. Dans les monnaies de Nîmes caractérisées par l'adjonction d’une sorte de patte coulée en même temps que le llan (A. Blancliet, Traité des monn. gauloises , II, p. 438); M. Svoronos ( Journ . d'archèol. numism., IX, 1906, p. 207-217, fig. 20), propose de voir l'image de jambons, par allusion au commerce des viandes salées que l’on exportait de Nîmes. - 1 Strab. IV, p. 107. — 8 Martial. XIII, 54; Ed. Diocl. [Loc. cit). — 9 Strab. ni, p. 162 : Mart. L. c. ; Ed. Diocl. (L. cit). — 10 Varr. L. c. — H La principale source est lo traité de Xénocrale, De alimentis ex fluv alilibus , reproduit par Fabricius dans sa Dibliotheca gracca , IX, p. 455 sq. et par Darembcrg, dans son édition d Oribase, I, p. 124 sq. Le meilleur travail sur la question est encore celui de Koehler, TApt-^o;, dans les Mêm. de l'Acad. de S. Pétersbourg , 1832, p. 347- 488. — il Galen. De alim. fac. III, 41. — 13 Hippocr. De diaet. Il, 19, 32. Sur e cépliaîe de rivière mariné et salé : Galon. Op. cil. 111, 20 ; Paul. Aegin. I, 90: cl- Amiden- Tetrab. I, 2, 137. — H TAfixo: 4vt<o«To; : Antipb. ap. Atlien. 111, P- US d. Cf. Herod. IV, 53; Strab, VU, p. 307. — 15 Énumérées par Xenocr. ap. cibas. éd. Daremberg, I, p. 129 (avec les notes). — 16 Strab. VU, p. 320 ; Pliil.
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renforçaient aux angles; une couche de ciment les revêtait à l’extérieur et à l’intérieur 23. Plusieurs localités du monde antique, une ville de Palestine 24, une bourgade du delta du Nil*3, un groupe d’ilots sur la ctîte de la Tripolitaine26, s’appelaient Taricheae : elles devaient leur nom à l’existence de pareils établissements sur leur territoire.
On distinguait les différentes sortes de tapt/oç d’après leur mode de préparation, leur degré de salaison, la nature des poissons avec lesquels elles étaient faites et la forme qu’elles affectaient. Le Toipiyo; tiXtôv, fabriqué avec des poissons dont on avait enlevé les écailles, s’opposait au Tcipi yoq ^stiiScotov 21 . Le tsXeio; 28, complètement salé, s’opposait à l’TjjAtTâpiyoi; ou -/jpuVjrjpo; 2S, à moitié salé, et à ràxpo7ra<7Toç 30, légèrement salé. Les vap i/-t\ 7i(ova, salaisons grasses, s’opposaient aux maigres, Tapiy-q aTrtova 31 ; toutes les espèces de poissons et toutes les parties du corps d’un même poisson n’étaient pas également grasses ni, par suite, également recherchées32. On appelait ôôwsta33, ôuwàoe; ou ôuvvîoe;34, les quartiers de thon en conserve (c’était le meilleur des rapiy-q Tttova) ; cèptoTap'.^Gç35, le Tft'pt/oç fait avec les parties du thon les plus voisines de la tète ; oùpaïa 3G, celui qui était fait avec les parties les plus voisines de la queue ; xT|-rr,pa 31, un oqaoTâpcyoç de qualité inférieure fait avec de gros poissons; Tapcyo; ojpaTov ou (Lpaiorapty o; 38, unTâpiy&ç fabriqué au printemps avec de jeunes poissons, le meilleur des Tapiyvj àitfova. Le Tplycovov, le TExpaycovov, le xûSiov 39 étaient des salaisons de grands poissons débitées par morceaux de forme triangulaire, quadrangulaire ou cubique; les TEpuxyT], de petites tranches de poisson salé40; les psXoivopua, de longues tranches dorsales d’esturgeon ou de thon, salées et séchées, qui ressemblaient, disait-on, à des planches de chêne41.
Les principaux centres de production du Tâptyoç42 étaient les pays riverains du Pont-Euxin, qui approvisionnaient la Grèce, et l’Espagne méridionale, où se fournissaient les Romains. Chaque année, au printemps, des bandes épaisses de poissons migrateurs descendaient le long des côtes septentrionale, orientale et méridionale du Pont-Euxin, se dirigeant vers le Bosphore de Thrace ; les habitants du littoral faisaient des pêches fructueuses43 et salaient, pour les exporter, la majeure partie des esturgeons et des thons capturés [piscatio], p. 491] ; les textes antiques mentionnent fréquemment les Tapty-q IIc-vT’.xâ44. Au nord, il y avait des fabriques de salaisons à l’embouchure de tous les grands fleuves, Ister 45, Tyras 4G, Bory-
IX, 47 sq. ; Galon. Op. cit. III, 31. — 17 Plin. XXXII, 151 ; Galen. L. c. — 13 Pers. V, 134; Galen. L. c. Athen. III, p. 118 b; Hesych. s. v . — 19 Atlien. III, p. ii8 c; Vil, p. 307 6; Schol. Aristoph. JSub. 338. — 20 Strab. III, p. 159. — 21 plin XXXII, 146; Athen. III, p. 116 c. — 22 Athen. L. cit. et VII, p. 303 b. — 23 Mesquito de Figucreido, dans le Ballet. hispan. 1906, p. 109-121. — 24 Strab. XVI, p. 764; Plin. V, 71; Suct. Tit. 4. — 23 Herod. II, 113; Steph. Bvz. &•. v.
— 26 Strab. XVII, p. 8 3 4. — 27 Poli . Onom. VI, 49; Hesych. s. v. — 28 Athen. III, p. 120 d. — 29 /bid. p. 119 a; Xenocr. Op. cit. V, 76. — 30 Sopat. ap. Alhen. Loc. cit. ; Xenocr. Loc. cit. — 31 Athen. III, p. 120 e. — 32 Voir les textes réunis par Koehlcr, Op. cit. p. 368-379. — 33 Atlien. L . c. — 3» Hesych. s. v. — 35 Dioscor. De mat. med. Il, 33; Xenocr. Op. cit. IV, 73. — 3G Xenocr. O. c. I, 6.
— 37 Athen. III, p. 121 b. — 38 Plaut. Capt. 851 ; Alhen. III, p. 1 16 a, e, /*; p. 120 e, /*; Xenocr. Op. cit. IV, 67: Hesych. s. v. — 39 Alhen. III, p. 118 a, b\ p. 120 e,/*.
— 40 Schol. Arisloph. Nub. 338. — 41 Plin. IX, 48; Athen. VII, p. 315 d\ Xenocr. Op. cit. IV, 63. — 42 Cf. Koehler, Op. cit. p. 357-367 ; H. Blümner, Die gewerbl. Thutig/ceit der Vôlker des klass. Alterth. Leipzig. 1869. — 43 Aristot. Hist. anim. VIII, 19; Aelian. De nat. an. IV, 9; XV, 5; Peripl. Pont. Eux. I, p. 9; Pim. IX, 47 ; 49 sq. ; 176 sq. ; Poil. VI, 48 sq. — 44 Strab. III, p. 144 ; Vil, p. 320 ; Philostr. lmag. I, 13 : Plin. XXXII, 146 ; 152 ; Alhen. 1, p. 27 e ; III, p. 116 /*; p. 117 a ; p. 119 b ; VII. p. 295 c; p. 319 a; p. 326 /*, etc. — 45 Alhen. 111, p. 119 a.
— 46 Scymn. Ch. Orb. descr. 798.
SAL
SAL
sthène1, Tanaïs2. Olbia, à l'embouchure de l’Hypanis, parait avoir été le plus important marché de xâpi/oç de toute la région 3 ; les sujets représentés sur quelquesunes de ses monnaies font allusion à ce commerce : on y voit au revers soit une tète de poisson accompagnée du mot oabio soit un aigle enlevant un poisson5, ou les
quatre rayons d’une roue avec, dans le champ, le mot apix, abréviation de apixos, forme dialectale pourxâptyo; (fig. 0052} 6. De petits poissons en bronze (fig. 6053),
Fig. 6053. — Thons de bronze d’Olbia.
esturgeons et thons, découverts à Olbia, servaient sans doute de jetons de distribution ou de monnaie locale; les uns, convexes des deux côtés, sont anépigraphes; les autres, plats sur l’une de leurs faces, portent quelques lettres, ©Y pour 0û(vvo;), 6û(vvo[), OU 0u(vvioE;), 0u(vv!'8êç), OY pour oû(païx), apixo pour (x)ipty o(ç) 7. Plus à l’est, il faut citer encore, comme lieux de fabrication de salaisons, la Chersonèse Taurique et le Bosphore Cimmérien 8, avec les ports de Théodosie0 et de Panticapée ou Bosporus10, Dioscuriasen Colchide 11 ; au sud, la côte du pays des Chalybes12, Trapézonte l3, Sinope14, Amastris15, Tieum et Héraclée du Pont16, le Bosphore de Thrace 17 avec Chalcédoine 18 et Byzance10, la Propontide20, I’Hellespont 21 . Les salaisons de l’Espagne méridionale étaient encore plus renommées que celles du Pont-Euxin 22. L’industrie et le commerce des poissons salés contribuaient à enrichir les trois grands ports
1 Herod. IV, 53; Pomp. Mel. II, I, 6; Plin. IX, 40 ; Scymn. Cl». O. cit. 8 1 3 sq.
— 2 Strab. XI, p. 493 ; Niccph. Grcg. IX, 5, p. 417 ; XIII, i 2, p. G86, éd. de Bonn.
— 3 Scymn. Ch. O. c. 804 sq. — 4 Kochler. O. c. p. 427 ; planche, fig. 7. — 6 Buruy, Hist. des Grecs , t. III, p. 311. — 6 Koehlcr, p. 428-429; pl. fig. 8-14; von Sallet, Zeitsch. f. Numism. X, p. 145 sq. et pl. ; Head, Hist. num. p. 233.
— 7 Kochler, p. 424-427 ; pl. fig. 1-6. — 8 S rab. VII, p. 311. — 9 Dcmoslh. Adv. Lacr. 32 et 34. — 10 Strab. VII, p. 307 et 310. — H Id. XI, p. 506 ; Const. Porph. De adm. imp. 32. — 12 Strab. XII, p. 549. — 13 Id. VII, p. 320.— 14 M. Loc. cit. et XII, p. 545; Athen. III, p. 118 e; VII, p. 307 6. Des poissons sont figurés sur les monnaies de Sinope : Eckliel, Doctr. num. II, p. 390; Head, Hist. num. p. 434.
— 13 Aclian. De nat. an. XV, 5. — lr* Ps Aristot. Alirab. 73 ; Aelian. L- c .; Athen. VIII, p. 331 c. — 17 Euthvd. ap. Athen. III, p. 1 16 b ; Archestr. Ibid. VII, p. 284 Liban. IC pis t. 84, p. 45, éd. Wolf. — 18 Archestr. ap. Athen. III, p. 92 e\ Gell. VI, IG, 5. — 19 Polyb. IV, 38, 4; Athen. III, p. 1 16 d sq. ; Dio Chrys. II, p. 1 1 ; Tacit. Ann. XII, 63. — 20 Aelian. L. c. — 21 Hermipp. ap. Athen. I, p. 27 c. — 22 Sur les pêcheries d'Espagne : Strab. III, p. 145; Polyb. ap. Athen. VII, p. 302 c; VIII, p. 331 a; Plin. XXXI, 24; XXXII, 146, etc. Sur le ràpr/o; d'Espagne: Strab. III, p. 144; Plin. XIX, 49: Ga'.en. De alim. facult. III, 31 ; Xenocr. Op. cit. IV, 6 4. — 23 Ps. Aristot. Mirab. 136 ; Athen. III, p. 1 16 c ; p. 118 rf ; VII, p. 302 c ; p. 315 c; Eupol. ap. Steph. B. s. v°. râSci&a; Poil. VI, 49; Hcsych. s. v°. r»5tioixbv -râpi/o;. Thons sur les monnaies de Gadès : Head, Hist. num. p. 3. — 24 Strab. III, p. 15G. — 25 Ibid. p. J58. — 2ü Ibid. p. 140. — 27 Ibid. p. loti. — 28 Strab. Il, p. 99. Thons figurés sih* les monnaies de la ville de Lixus : L. Millier, Numism. de L'ancienne Afrique , III, n°‘ 238-239, p. lül. C. Millier, éd. de Ptoléméc, I, 2, p. 589, suppose que le
de Gadès23, l’entrée de l’Océan Atlantique; de Mulaça21 et de Carthagène 25, sur la mer Méditerranée ainsi que les stations intermédiaires de Baelo et de Mellaria26, de Carteia et des Exetani27, aux abords du détroit des colonnes d’Ilercule. Une partie des poissons préparés dans les ports espagnols étaient pêchés sur les côtes de la Maurétanie Tingitane; nous savons que les marins de Gadès descendaient dans l’Atlantique jusqu’à l’embouchure du fleuve Lixus28. C’est par Douzzoles que le xâpiyoç d’Espagne entrait en Italie20.
En dehors du Pont-Euxin et de l’Espagne, tous les pays du monde antique possédaient des établissements de salaisons plus ou moins importants, dont les produits alimentaient la consommation locale et donnaient même lieu quelquefois à un certain commerce d’exportation. Les textes littéraires mentionnent notamment les Tapi'y^ de Sardaigne, supérieurs à ceux du Pont-Euxin et aussi réputés que ceux d’Espagne30, de Sicile31, de Grande- Grèce32, d’Épire 33, de Macédoine31, d’Asie Mineure35, d’Égypte36, peu estimés37, et de Tripolitaine38.
Les poissons salés étaient livrés au commerce dans des vases de terre de formes et de dimensions variables33, que l’on désignait sous différents noms: àgipopeïç40, vaptyouç xspâpua 41, xepâfjuaxaptyripâ42 chez les Grecs, salsamentariae testae u, salsamentarii cacli 4;, vasa salsamentaria 13 à Rome ; on brisait le vase pour en retirer le poisson40, qu’on débitait enveloppé dans des feuilles de figuiers 47. En Grèce, les fabricants de xapiyr, s’appelaient xapiysuxaU8 ; les commercants qui les importaient, xapiy-qyot49; les marchands au détail, xapiyoïroiXat 50 ; ceux qui vendaient en particulier de l’wpaï&v, ûpatoTiôXai 51 ; ceux qui vendaient des xsgayv), xepayoTtûXat 62 ; ils appartenaient tous aux basses classes53 et ils étaient fort peu considérés 64 ; on tournait en ridicule à Athènes les fds du marchand de poisson salé Chaerephilos, qui avaient été faits citoyens en récompense des services rendus par leur père dans un moment de disette63. Chez les Romains, les salsamentarii 66 et les cetarii 57 étaient à la fois des fabricants et des marchands de salaisons ; le nom des cetarii vient du mot grec xijxr^a, sous lequel on désignait, comme nous l’avons dit plus haut, une espèce grossière de xâpiyo; faite avec de grands poissons.
Le xàpiyoç de qualité commune ne coûtait pas cher ; un proverbe grec prétendait qu’on le payait une obole
nom du fleuve Moloehath ou Mulucha vient du sémitique melach ou malach, sel, et fait allusion h d’anciens établissements de salaisons fondés à son embouchure.
— 29 Aelian. De nat. an. XIII, 6. — 30 Galon. De alim. fac. III, 31 ; Poil. VI, 48.
— 31 Athen. V, p. 209 b. A. Syracuse : Ibid. p. 206 f. — 32 ps. Hcsiod. ap. Athen. III, p. 116 c. Elca (Velia) : Strab. VI, p. 252; Hipponium : Archestr. ap. Athen- VII, p. 302 a; Thurii : Athen. VI, p. 274 d. — 33 Strab. VIII, p. 327 ; Athen. VII, p. 305 c; p. 311 a; p. 328 a. — 34 Athen. Vil, p. 298 b. — 33 Cymé : Xenocr. Op.cit. IV, 73; Phasclis : Athen. VII, p. 297 c; Phrygie : Poil. VI, 48. — 3fi Piod. Sic. I, 36, 1 ; 52, G; Xenocr. O. c. V, 76-77 ; Lucian. Navig. 15; Poil. Loc. cit ■
— 37 Athen. III, p. 118 c. — 38 Strab. XVII, p. 835. — 39 Kochler, O. cit. p- 2<9- 2S0. — 40 Athen. III, p. 117 a. — 41 Demosth. Adv. Lacrct. 34. — 42 Geopo »■ XIII, 8, 12. - 43 Plin. XXVIII, 140. — 44 Ibid. XVIII, 308. — 45 Coluin. II, 10, «i-
— 4ô Synes. Epist. 147, p. 2'5. — 47 Aristoph. Acharn. 1114; Suid. s. v. 0p‘“-
— 48 Herod. Il, 89 ; Diod. Sic. I, 91 (spécialement avec le sens d’embaumeur, fabricant de momies). — 49 Athen. III, p. 120 b. — 30 Ibid. p. 118 c; p. 119 b ; p. *20 fl, VII, p. 339 d\ Plut. Quaest. conv. II, 1, 4; Lucian. Vit. auct. 11 ; Poil. VII, ; Hesych. s. f. 'Qp'xio7tw'Mr,<;. — 31 Hcsych. s. v. — 32 Antiph.ap. Athen. III, p. 1-0 ff-
— 53 IMat. C/iarm. p. 322 ; Lucian. Necyom. 17. — 54 Diog. Laert. IV, 46 ; M, ^ : Eustath. Ad II. VI, 511 ; VIII, 45t. — 35 Hyper, et Alex. ap. Atliea. III, p. 119 /* sq- • Ibid. VII, p. 339 d. — 50 Auct. ad Ilcrenn. IV, 5 4, 67; Suct. Vit. Horat. p- 44 • Macrob. Saturr, i. VII, 3, 6; Schol. ad Pers. 1, 43; Corp. inscr. latin. VI, 96-*» ( negotians salsamentarius et vinararius); cf. Ibid. 9677 ( salsavius ) et 9873 [sais- ■
— 57 Varr . ap. Non. 49, 15; Terent. Eunuch. Il, 2, 26; Cic. De off. I, 42, H>0 > Colum. VIH, 17, 12; Plac. Gloss. XIII, 9, 22.
SAI
SAL
ct snn assaisonnement deux oboles Dans une comédie attiqcie, un personnage se vantait d’avoir eu pour deux oboles un poisson salé de forte taille, capable de nourrir plusieurs hommes pendant trois jours 2. Il semble, d’après Athénée, qu’un plat de tipv/ot; ordinaire, pour une seule personne, valait habituellement deux ou trois oboles'1; un morceau d’cLpaïov, une obole1; un morceau d’waoTxoï/oç, cinq ya'XxoO; (un peu plus d’une demiobole) 5 ; un morceau de xûSt&v , trois oboles6. En revanche, le prix des variétés les plus fines et les plus rares était très élevé7; Caton se plaignait que ses contemporains allassent jusqu’à donner trois cents drachmes pour un xepâgtov de xipv/-r\ Ilovttxi s. Le wyo; commun était en Grèce, comme le porc salé en Italie, la nourriture des petites gens, esclaves", paysans10, soldats en campagne Les gourmets, d’autre part, appréciaient beaucoup certaines sortes tout au moins de salaisons, qu’ils accommodaient à diflérentes sauces piquantes12. On servait les rapt yq comme entrées13, et on les mangeait, en général, crus u, après les avoir fait tremper dans de l’eau douce13, pour les dessaler, ou dans de l’eau de mer 16, pour leur donner au contraire plus de goût; on les assaisonnait, selon les cas, de moutarde, de vinaigre, d’huile, de muria n. A chaque espèce de poisson convenait une préparation particulière18. Le thon de Byzance était saupoudré de sel, arrosé d’huile fine, grillé, trempé dans la muria , et mangé chaud19; l’ùpaîov était frit à la poêle avec des herbes odorantes et des aromates, arrosé de vin blanc et d’huile; d’autres poissons salés devaient être frits dans la graisse, bouillis ou cuits sous la cendre20. Apicius et Cicéron vantent le tijrotarichum ou tgrolaricha patina S1, mélange de poisson salé, d’œufs durs, de foies de poulets et de fromage, bouilli à petit feu dans l’huile, arrosé de vin et d’hydromel, saupoudré de poivre et de cumin; le ÇioaoTxpiyoç était, une soupe au poisson salé22; enfin les anciens connaissaient le. caviar, dont parle Diphile dans un passage cité par Athénée, mais ils ne paraissent pas en avoir fait grand usage 23 .
Le t «qroç, par suite de sa forte saveur et de sa causticité, servait aussi en médecine21. Maurice Besnier.
SAL PATIO C'Op^Yjffiç, y&osi'a). — Les anciens désignent par ces termes une pratique et un art assez étendus, comprenant l’exécution sur un rythme de divers mouvements gymniques, la danse proprement dite et la
pantomime. ’Oi/EïsOai, /opeûecv, expriment l’action du danseur, de celui qui se meut en mesure, ôpyqaTijç, yopeuTvjç. Ces mois parfois employés indifféremment1 comportent dans certains cas une nuance2, opyet<j0ou s’appliquant à la danse d’un individu isolé, /oee-jeiv à celle d’un ensemble choral.
I. Historique. L'opinion des Grecs sur la danse. Les éléments constitutifs de /'orchestique grecque et ses caractères généraux. — Les Grecs faisaient remonter l’orchestique à la plus haute antiquité3. Lucien se borne à traduire plaisamment l’opinion courante en déclarant que la danse date de l’origine même du monde et qu’elle est aussi ancienne que l’Amour *. Dès l’époque homérique, on la voit florissante et honorée : elle est un des plaisirs favoris des Phéaciens ", dont Ulysse admire les pas rapides et étincelants6; les frères de Nausicaa1, les prétendants de Pénélope 8 s’y adonnent également. Chez les Troyens, comme chez les Grecs, le héros Mérion est fameux par son habileté à la danse 9 ; la souplesse et l’agililé qu’il doit à cet exercice le distinguent dans les combats l0. Il n’est pas jusqu’à la fabuleuse décoration du bouclier d’Achille qui ne révèle un goût très vif pour l’orchestique; trois chœurs y représentent les plaisirs de la vie civile et de la paix11. La danse ne parait pas entourée d’une moindre faveur dans les pays de civilisation dorienne : le Péloponèse et la Crète ont souvent été considérés par les anciens comme le berceau de cet art12. La Crète dorienne ne faisait d’ailleurs que continuer sur ce point la tradition de l’âge préhellénique où l’orchestique a, semble-t-il, occupé une grande place dans la vie des peuples crétois13. C’est aussi dans les pays doriens, et particulièrement à Sparte, quelle conservera le plus longtemps son ancien caractère éducatif11. Enfin la danse a certainement joué un rôle important en Attique; rien n’est plus caractéristique à cet égard que la considération où la tient Platon, et la place qu’il lui laisse dans son système d’institution individuelle et sociale15. Peut-être y eut-il même de bonne heure dans ce pays des concours de danse; l’inscription d’un vase du Dipylon mentionne une victoire orchestique remportée par un défunt16. En tout cas, la danse armée Tut introduite, dès le vie siècle, de Sparte à Athènes, et 1 orchestique sous ses diverses formes s’y montre très tôt liée aux fêles et aux cérémonies du culte17.
'Michael. Apost. XIV, 9. Cf. Arisloph. Vesp. S'il. — 2 Ap. Atlien. III, p. U8 i -3 74W. vi, p 230 a. — 4/4, [II, p. 117 d. — hjb. III, p. 117 e.— « 76.111, p. 117, 1 U' 0'P,ril- et Alex. ap. Atlien. VI, p. 226 e et f. - 8 Cal. ap. l'otyb. XXXI, 24 1 ien. \ I, p. 27 i /et 275 n. Cf. Plut. Q. conv. IV, 4. — 9 Plat. com. ap. Poil. VI, 51 - ‘"Üem. Adv. Lacrit. 32. Il Arisloph. icltarn. 978 etscliol. - 12 Koehler, O. . p. ■ O Plut Q. COnv. IV, 4, 3 . cels. I, 2 ; Atlien. III, p. 1 16 a. - H Aristopl
'cc es. 1213; Xeuocr. Üp. cit. V, 56 et 06, etc. — 15 Atlien. III, p. 121 c; p. 117 < m Plllut- Poen- 241. - III Plut. Op. cit. I, 9, 1. - n Hippocr. De diae
. Aicliesli. ap. Athen. \ II, p. 303 c ; Xcnocr. Loc. cit. — *8 Voir les recelU «sauces données par Apicius, IV, 2; IX, 11-13. — 19 Arisloph. Equit. 355 , ' '*' ' ' ' ^ouec- Epi st. XCV, 26; Suid. s. v. 6i»»n>. — 29 Galen. Oc alin
:'1; Atl,en- "h P- U0 c ; VII, p. 278 6; Xenocr. O. c. V, 65, eh
-22 ,P‘C' 1V’ Cicei’' lamil- lx- 10, 7-, Ad Allie. IV, 8; XIV, 16,
70 • X \ V l'i 11 - ' 1 125 — 23 Diphil. ap. Atlien. III, p. 121 c. — 21 Plia . XX
mèd. Il, 30 y°r'' m\ ll9.’ 127 ! Gal°n' "p- ciL 38 ; Diosco1'' De “
Pau! a), '. ’ Xcnocr- °P- cit- IV, 03 ; Arelao. De caus. et sign. mort. I, 13
3^., , ^ *' hocher, Op. cit. p. 409-410. — Biuliocraphir. Koelile
tnêrid'ia ,/l, ,tAes sur lEiit. et les antiquités des pêcheries de la Ituss,
488 || |,: ' 3115 le!) cm. de l’Acad. de. S.-Pélersbourg , G" série, I, 1832, p . 34 Leipz, „ "'"‘'p !>l>1 berner bUche IhSligkeit der Volker desldass. Alterthum
1880, 1’ , 'p,,) loec|ih-Friinkel, Staatshaushaltung der Athener , 3» éd. Berlii p, 60 i t " ’ ' * '',ar'l";lrc,t- Vie privée des Romains , trad. franc. Paris, 189 N’IIl J~ ’ ^ommson-BUimner, Der Maximaltarif des Diocletiai
Berlin, 1893, p. 74; A. Mcsi|uilode Piguereido, Ruines d'antiques établissements à salaisons sur le littoral sud de Portugal , dans le Rulletin hispanique, 1906, p. 109-121
SALTATIO. 1 Dans les passages suivants par exemple, jojîùi.v est appliqué à un seul danseur : Eurip Barcli. 184 ; Arist. Pax, 325 : Alhenac. Deipnosoph. I, 20; cf. Noun. Üionysiaca, 19. 196 ; 19, 223; etc., cf. M. Emmanuel, De saltationis disciplinaap. Graecos, p.93. — 2 Luc. Deor. Dialog. 18, 1. Cf. Emmanuel, Op. cit. p. 93-94.
— 3 k'rause, Gymnnstik and Agonistilc der Hellenen. 11, p. SI 4. I.a danse est une des formes initiales de l'arl les plus importantes. Les hommes primitifs v trouvent la joie la plus intense et la plus complète dout ils sont capables : outre des satisfactions gymnastiques, la danse leur offre la satisfaction de l'instinct d'imilalion qui rst 1res développé chez eux ; cf. V. Hirn, The origins o[ art. p. 87 ; E. Crosse, Les Débuts de l’art , p. 167 sq. — 4 Luc. De sait. 7.-5 Od. VIII 162 ; 248. — 6 Od. VIII, 204 ; 383. - 1 Od. VI, 65. - 8 Od. XVIII, 304 ; il est encore question de danses, Od. XX 1 1 1, 133 sq. — 9 //. XVI, 017; Luc. De sait. 1. - 10//. XIII, 249-50; 270; 275 ; 528. - 11 11. VIII, 492-495 ; 567-572 ; 59O-OO7!
— 12 A!h. V, 181 h. Soir plus Ion les nombreuses danses dont 011 plaçait l’origine dans ces pays. — 13 Cf. Angelo Mosso, Sca l'i di Crela, p. 259, fig. 144.
— 14 La pyrrhique, par exemple, deviendra avec le temps une danse bachique, sauf à Sparte. Cf. Ath. XIV, 631 a. b. — 13 Pial. Leg. VII, 796, c; 803, e; 813, b, etc.
— 16 Uelhig, Les vases du Dipylon et les Aaueruries (Além. de l'inst. de France, 1898. p. 389) ; cf, Ath. Mitlh. 1881, pi. III, p. 100 sq., et 1893, pi. x, p. 225 sq.
— 17 Krause, Op. cit. Il, p. 814; Dem. !n Mid. 530, 23 sq.
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C’est au ve siècle que l'art orchestique réalise, en Grèce, sa plus grande perfection Les innovations postérieures dont il fut presque partout l'objet 2 ne tardent pas à transformer son caractère. L’élément mimétique, fort important dès le début, tend chaque jour à y prédominer davantage. La danse proprement dite disparaît dans les raffinements de la pantomime auprès desquels, si nous en croyons Lucien, l'orchestique qu’avait connue Socrate n’était qu’un art dans l'enfance3. A vrai dire, la pantomime, florissante surtout sous Auguste v, est un art nouveau qui, par une évolution naturelle, se dégage de l'art ancien qui le contenait en germe. Moins poussé dans quelques détails, celui-ci était certainement d'un caractère plus riche, plus complexe, et d’un effet plus harmonieux.
Si l’on examine les idées des Grecs sur 1 origine et la nature de l’orchestique, on est frappé de la dignité, de l’excellence qu’ils reconnaissaient à cet art. D abord la danse est l'expression du plus beau des états de 1 âme ; elle est l’expression du plaisir ou de l'extase 3 ; le nom de chœur (yoiocl dérive naturellement du mot qui signifie joie (y api) ®. De plus, si tous les animaux sont doués de mouvement et peuvent manifester, avec plus ou moins de clarté, ce qu’ils ressentent, l'homme seul a l'idée de l’ordre, de la mesure, et s'en est servi pour constituer l’ orchestique1. Platon nomme rythme l'ordre et la proportion qui s’observent dans les mouvements du corps ; ce même ordre et cette même proportion par rapport aux sons, il l’appelle harmonie , et il donne le nom de chorée. yopsia, à l’union de l’harmonie et du rythme8. Ce sentiment de la mesure et de l'harmonie a été donné à l’homme par la divinité; on peut donc dire que la danse s'est développée sous la direction des dieux *. Ainsi l’orchestique n'est pas seulement le propre de l’homme; le sentiment d'où elle Lire sa forme a une origine divine. Souvent même les Grecs en ont attribué directement l'invention aux dieux. Selon Lucien, c'est Rhea qui, la première, charmée par cet art, l'enseigna aux Corybantes, en Phrygie, et aux Curètes, en Crète 10. On disait parfois que la pyrrhique avait été trouvée par Athéna ou parles Dioscures n, à qui Ion attribuait aussi quelques-unes des danses Spartiates les plus renommées l2. On comprend dès lors que les danses réjouissent les divinités; elles ne dédaignent pas d’y prendre part et d’instituer des chœurs 13. Pan, Dionysos, Arès, Apollon sont souvent appelés danseurs14 et c’est par la prédi-
l Buretle, De la danse des anciens, p. 108. — 2 Leg. II, 000 b\ au livre VII, 798 e, Platon prescrit d'évilor autant i|ue pos-iblc tous les changements dans la danse et dans la mnsii|ue. - 3 Luc. De sait. 25. — 4 Luc. De sait. 3t. — 5 C. Sitll, Die Gehârden der Griech. u. llôm. p. 224 ; Flacli, Dec Tanz bei d. Griech. p. 2, 3. - c Leq. Il, 034 n; VII, 815 d. - 7 Leq. Il, 653 c. Les idées d'ordre, de mesure sont toujours restées comme le fondement de la conception que les Grecs ont eue de l'orchestique ; c'est ce que montre très bien Luc. en, disant que « le chœur des astres, la conjonction des planètes et des étoiles fixes, leur société harmonieuse, leur admirable concert, sont les modèles de la première danse ». De la danse, 7 ; Au livre VIII de Y Economique, le premier exemple que choisit Ischomachos pour montrer à sa femme l'utilité et la beauté de l'ordre est celui du chœur de danse qui se meut et chante avec ensemble; cf. Plat. Protag. p. 313 c. — 8 Burette, De la danse des anciens. p. (08. — 9 Leq. Il, 654 a. — I» Luc. De sait. 8. — '• Voir plus loin les textes rc’atifs aux origines de la pyrrhique. — *2 Les danses de Karvai étaient parfois attribuées aux Dioscures; cf. Luc. De sait. 10. — 13 JL Emmanuel, Lésai sur l'orchestique grecque, p. 285-299. — *4 Krausc ,Up.cit. Il, p. 816, notes 14 et 15; v. particulièrement Alhen. 1, 22 b, c. — Plat. Cratyl. p. 407 a. — 16 Bergk, Fragm. 75. — H Iles. Tncog. 2 sq.; Luc. De sait. 24. — <» Eurip. Troad. 2. — 19 üymn. in Art. 15 sq. — 20 Ath. 1, 22 c. — 21 Leq. VU, 796 c. 803 e; 815 d. — 22 Xeu. Conv. Il, 15-17. Athénée rapporte fl, 20, f) que Socrate aimait particulièrement la danse appelée Memphis. — 23 Xen. ibid. ; Luc. De
leclion d’Athéna pour In danse armée qu’est expliquée la dénomination de Pallas15. Dindare montre les Nymphes dansant au retour du printemps en compagnie des Grâces 115 ; Hésiode a surpris le chœur mené par les Muses sur l’Ilélicon, auprès de la source sombre, autour de l’autel de Zens11. Les Néréides forment aussi des chœurs 18, Artémis danse avec ses compagnes19; la sévère liera el Zens lui-même prennent part à ces plaisirs 20. La danse inventée et pratiquée par les dieux interviendra tout naturellement dans leur culte; elle est le meilleur mo\ en de leur plaire et de les honorer 21.
Mais la danse ne permet pas seulement à l’homme de se rendre les dieux favorables; elle a de plus, selon les anciens, une haute valeur éducative. Fondée sur le mouvement., elle développe les forces du corps, et c’est par les avantages qu elle offre à ce point, de vue que Socrate justifie surtout son penchant pour l’orchestique n. Convenant à tous, sans distinction de sexe ni d’âge, elle est un exercice modéré pour l’organisme dont elle ne laisse pas la moindre part inactive23. Elle procure la santé utile à l’homme24, et la vigueur nécessaire au guerrier23. Les mouvements orchestiques étant soumis il l’ordre et à l'eurythmie, elle développe aussi la beauté26 D'autre part, intimement liée à la musique21 et à la poésie, elle n'intéresse pas moins l'esprit que le corps23; elle imite la parole delà Muse 20, elle instruit par ce qu’elle représente. Platon peut dire que l’homme convenablement élevé saura bien chanter et bien danser 30, que la chorée prise en entier embrasse toute l’éducation31. A ne considérer que celte opinion des anciens sur les ' origines et la nature de leur orchestique, celle-ci nous apparaît déjà comme foncièrement différente de la danse des époques postérieures. C’est ce que nous saisirons mieux encore en étudiant la danse grecque elle-même dans ses éléments constitutifs et ses caractères généraux.
L’orchestique grecque se compose de deux éléments essentiels, les mouvements (sop «1; ; les gestes, figures, attitudes (ijyvjuaTa) 32. Presque tous les mouvements gymnastiques du corps sont du domaine de l’orcheslique33 ; Socrate peut faire un mérite à la danse de mettre tout le corps en action, le cou, les jambes et les mains34. Les mouvements de l’orchestique ne diffèrent pas de ceux que les enfants exécutenl au son de la flûte dans la palestre, les éphèbes et les athlètes dans les gymnases35. Certains de ces mouvements qui tendaient à l’assouplissement du corps se retrouveront au pro-
salt. 69 cl 72. — 24 Xen. Conv. Il, 15-17 ; Plut. De val. tuend. VI, 13; cf. Puni. Pytli. X, 59-05 : après avoir mentionné les danses des Hyperboréens, le poêle parle de leur résistance aux maladies et à la vieillesse; Platon (Leg. VII, 790 e) insiste si"1 la valeur curative de la danse. C'est à ces divers litres que la danse était ru honneur dans la discipline de PyHwgorc (Porphyr. Pythag. 32) ; cf. Burette, Oy. cit. 1, p. 128. — ‘-ü Leq. VII, 796 c; 803 e ; Xen. Conv. Il, 17; Ath. XIV, 628 /■ — 26 Xen. Conv. II, 15. Rien ne montre mieux combien les Grecs ont été sensibles à la beauté des mouvements orchestiques, que le nombre relativement considérai'!' des œuvres du grand art donlle motif ou les aliiludes étaient empruntes à la danse. V. Emmanuel, Essai sur l'orch. p. 325-26. — 2‘ La danse est régulièrement accompagnée par la musique; cf. Luc. De sait. 26, la flûte et la cithare sont déclarées pion Tilî t.-J ôfx.ii>T0Sr üuqp.alas ; Cf. 63 ; 72. - 2« Luc. De sait. 6 ; 69 ; 72 ; Ath. X , Ci ti 29 Leg. VII, 795 e, elle contribue aussi à adoucir les mœurs; cf. Ath. XI • 626 d, e ; Polyb. tJist. IV, 21 — 30 Leg. Il, 654 a, c. — 31 Leg. Il, 6.2 d, c; ' 1 817 b, c. — 32 La distinction de ces deux éléments est faite, dès l'époque classique, par Platon et Xénophon ; onia retrouve chez Plutarque; cf. M. Emmanuel, l" sultalionis disciplina ap. Graecos , p. 3. — 33 Emmanuel, Ibid. p. 4.
Conv. 11, 15 et 11, 22; ALh. I, 21 a. — 35 Emmanuel, Op. cit. p. S. Ou trouveu, aux pages 22-24, la lisle d’un grand nombre de çopai appartenant à la gymnastui1" proprement dite, et qui sont absolument identiques aux oopai de I orchestique. sont Ions ces mouvements que Platon réunit sous l'expression devU|xv«<.ux8iai.ov.itx«'» [Leg.SU d).
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mtne des bateleurs et danseurs de profession dans j,,s séances proprement orchestiques. Quelques-uns n’allaient pas sans difficulté, ni péril. L’éphèbp courbait son corps en arrière (xagu-tj) ; il formait un cercle, ]es piecis touchant les épaules (xéxXo;) et dans cette position il imitait la roue (rpo/ôç)'. A côté de cela figuraient des sauts, des voltes et quelques mouvements plus calmes des jambes et des bras, du buste et de la tête2. C’était aussi dans les palestres que les enfants apprenaient la pyrrhique enseignée par 1’ônXop.a/oç et la chironomie que les éphèbes et les athlètes pratiquaient également dans les gymnases3. La chironomie, au sens particulièrement gymnique du mot, était l’exécution rythmique des mouvements de bras et de mains propres à' la lutte et au combat 4. La pyrrhique et la chironomie sont fila fois des exercices gymniques et orchestiques, et rien ne montre mieux le lien étroit qui unit la danse à la gymnastique. En réalité, la danse n’est pour les Grecs qu’une partie de la gymnastique 5, ou plus exactement il y a, selon eux, deux grandes variétés d’orcheslique dont l’une qui a surtout en vue le corps lui-même sert à développer sa vigueur, sa souplesse et sa beauté8. Par cette danse gymnique, ou si l’on préfère par cette gymnastique rythmée et musicale, chaque individu devenait capable de régler ses propres mouvements et de les coordonner avec ceux d’autrui pour former un ensemble harmonieux. Ainsi était réalisée une double beauté plastique, résidant en chaque danseur pris à part, et résultant aussi des savantes évolutions du chœur. D’ailleurs, la beauté de la danse ne résulte pas seulement de l’exacte adaptation des mouvements les uns aux autres; elle vient aussi de leur appropriation parfaite à l’état d’âme du danseur, au sentiment, à l’idée qui le guide et qu’il veut traduire. La danse grecque est foncièrement expressive, et c’est des çopaî qu’elle tire ses premiers moyens d’expression : « Elle peut, par la lenteur ou la vitesse des mouvements, par leur harmonie plus ou moins sévère, éveiller simplement dans l’âme des émotions conformes au caractère général de ces mouvements... l’ne danse grave, noble, imite par là même la beauté morale, la noblesse, la gravité d’une âme que les passions ne troublent pas. Au contraire, des mouvements très variés qui se succèdent avec vivacité expriment l’excès de la joie ou des passions 7 ». Cette diversité des mouvements constituait de véritables modes qui existaient dans la danse comme dans le rythme et la mélodie: « Il y avait la danse grave, calme, religieuse; puis la danse vive et gaie; enfin la danse passionnée, rapide, entraînante. Dans le drame ces trois types étaient représentés par l’emmélie, par la coidace et par la sicinnis. Dans le lyrisme proprement dit, ils s'appelaient la gymnopédie, l’hyporchème et la pyrrhique 8 ».
’ Le0- V1I> 793 Xen. Conv. II, 21-îî; I.iba». Pro sait. 22; cf. Emn sait, discipl p. 10-17 — - \ oii* le délai! de ces mouvements dans E salt • dücipl. p. 31-05. — 3 Emmanuel, Op. cil. p. 10-18. — «• E ue\ " danSI!’ |K Emma,ulel' °P- cil ■ P- ‘9- étalon (Leu. 820 contré l.U "le ’*e 7»po*oj*eïv aux allilèles <7xia>.avoffvT£;, c'est-a-dire combatte OeliM "|ai Ulsa‘re licUI. l.a chironomie est une sorte de pyrrhique sans arme cl Ail \ ,rCeS f*°UX exerc'ces s0»l souvent étroitement unis et parfois confonde ’y ’ 03ly; ,J|ut- Cône, protil. IX, 15. — 5 Le g. VII, 785 il ; vi St ye ;r
UKy'ii u-v Ti Si - 8 LeU- Vl1’ 793 e Ml Æ/ûli |£ÈV.
Burette b / ve Ev.xït xai xâAAouç v,5v To j (r..i;x«Toc «jï.j |xt/.>7>v ni fiEouty.
u.ro. jj’ * " ,se ** anciens, p. 108. - 7 A. Croisât, La poésie de Pinda. Encucl Sa^‘ '^sc'Pl- P- Ç — 8 A. Croiset, Dp. cit. p. 70 , v. Boecl
• «• Philolog. Wieeerueh. p. 488. - 9 Poil. II, 153 : rtwtv
Dans certains des cas nombreux où les danseurs n’étaient pas des professionnels, la danse n’avait évidemment pas d’autre valeur expressive que celle qui se dégageait des mouvements orchestiques. Mais la danse grecque est un art en même temps qu’une pratique ; à ce titre, elle visait à une expression plus détaillée, plus raffinée, et elle était imitative dans l’acception la plus rigoureuse du mot. La chironomie ne consiste pas uniquement dans l’exécution des mouvements propres à la lutte ou au combat. Au sens large que lui donnent souvent les Grecs, elle comprend tous les mouvements des bras et des mains. Xsipovogelv, c’est agiter les mains en mesure 9 ; ces mouvements des mains et des doigts seront le facteur essentiel delà mimique si importante dans l’orchestique des anciens. C’est ce qui explique les expressions de danser avec les mains, -raïs /eputv ôoyehrflat, de parler avec les mains, tatç yeoo\ XaÀsïv *°, el les épithètes de yEisovogot, y EiDtico'iol, appliquées parfois aux danseurs u.
La chironomie joue un rôle important dans la constitution des ay mara 12 qui caractérisent la danse proprement dite, dégagée de la gymnastique et devenue capable d’imiter la parole de la Muse13. C’est la connaissance des <s/v\ gara qui dénote le véritable danseur. Les xopat, les Yugv5t(7Ttxa't ôpy'/|<7£tç sont connues de Socrate par exemple ; Gharmides l’a surpris en train de les exécuter. Mais il ignore les oyvjgaTa puisque, dans le Banquet de Xénophon, il déclare au maître de danse qu’il les apprendrait volontiers de lui11. Charmides, convaincu par les arguments de Socrate, s’exerce, lui aussi, àl’orchestique ; mais en vérité il ne danse pas, chose qu’il n’a jamais apprise, il s’adonne simplement à la chironomie, entendue au sens restreint d’exercice gymnique ’5. Les cy-ygaTa sont d’abord les gestes qui expriment les divers sentiments de l’âme; ils donnent une traduction imagée des caractères, des passions et des actions18. En ce sens, ils sont si étroitement unis aux tpopat qu'il n’est pas toujours possible d’établir entre ces deux éléments une ligne de démarcation précise17. Ce qui les différencie en général des mouvements et des gestes spontanés, c’est d’être dirigés par une intention mimétique déterminée et accomplis selon la formule expressive de l’art. A côté de ces sytjp-a mobiles qui constituent la ressource ordinaire du danseur grec, nous distinguons des cyy uaxï plus stables qui imitent la forme, l’aspect d’un être humain, d’Apollon, de Fan, ou d’une Bacchante18. Ces eux-mêmes
ne sauraient être détachés des précédents, non plus que des simples çopat ; ils sont le terme oit ceux-ci aboutissent19 et le point d’où ils repartent20. Dans une suite de mouvements, de gestes, le danseur arrive peu à peu à ébaucher une attitude ; puis l’attitude se précise, elle acquiert une vigueur, une netteté qui lui permettent de rivaliser d’expression avec les œuvres de l’art plas-
^uO(i(p xtvïjAîjvat. — 10 Plut. De libid. et aeyritudine , 8,- 5; Luc. De salt. 63; Alh. IV, 134 6; Nonn. Dioni/s. XIX, p. 339 et 341; cf. krause, Op. cit. Il, p. 810, u. 6 ; Emmanuel, De salt. discipl. p. 19; Essai sur l'orc/i. p. 94 si|. — il Hesycli. y ctoovôjxo^, ôpyYj'TT r,; ; Lcsbonax de Mitylèue d’après Lucian. De salt. 69 Sur la ehironomie des anciens v. de Jor.o, la Mimica dey/i Antic/ii. — 12 Si les ont
pris, avec le temps, de plus eu plus d’importance dans l’orcliesli(|ue, ils exista. eut dès l'époque classique et même antérieurement. La danse grecque a évolué, mais les principes sont demeurés identiques: ef. Emmanuel, De salt. discipl. Praefat. X. — i;i Letj . Vil, 795 e. — 1 Xen. Cour. Il, 15. — lo Xen. Cono. II, 19. — 16 ArisL.
Poetica , I. [il ôpyr.w-vt îstt TÔ.v cryr.p^TtXo’JLÉvwv jj8;j.wv atixvJvTtti ist xai rzâ^r,, xai
ic?à;et;; cf. Emmanuel, De sait, discipl. p. 6 sq. — n Emmanuel, Op. cit. p. 7 — J8 plut. Conv.probl. 9, lo. to fx/îfa* jx'qxrjTixôv fc<rrt p-oç.of5; x«\ \8i a;... ; cf. Emmanuel, Op. cit. p. 7. — 19 Plut. Conv. probl. 9, 15; Liban, Pro salt. 24. — 20 Plut. Liban. Ibid.
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tique elle s'atténue ensuite, se dégrade et se décompose en simples gestes et en mouvements d’où elle renaîtra comme d'elle-mème sous une apparence nouvelle 2. Mobiles ou stables, gestes ou attitudes, les ff/vî aava ont donc une valeur représentative particulière, qui l'ait d’eux le l'acteur fondamental de la danse grecque.
L'imitation (aig^at;) est, en effet, pour les anciens l’essence même de l'art orcheslique3. « Le danseur grec parle avec tout son corps et s'adresse à des spectateurs qui attendent de lui autre chose qu'un plaisir des yeux1. » Il offre le simulacre d’une action, il représente un personnage; il vise à exprimer des sentiments et des idées, non seulement par les jeux de physionomie, mais par ceux du corps tout entier. Platon note dans les Lois que l’homme qui chante ou qui parle ne peut se tenir tranquille; il se livre à une mimique naturelle et c est l imitation des paroles par les gestes et les attitudes qui a produit toute l'orchestique6. La danse est donc révélatrice de la pensée “; aussi contribue-t-elle, avec lu musique et la poésie, à former l'art des Muses (uo-jct- X71) \ Nous savons, d'ailleurs, que la danse antique est généralement unie au chant, soit que les danseurs chantent eux mêmes, soit que d'autres chantent pour eux8. Ce caractère mimétique de la danse, (pii ira toujours en s'accentuant, est un des traits originels de l'orchestique grecque; les <777,14 ocra y apparaissent très tôt : Phrynichos en avait inventé un très grand nombre9, Eschyle en enseignait lui-même à ses choreutes ’°, etl'on rapporte que Téleslès, son chorodidascale, était arrivé, dans les Sept contre Thèbes, à une incroyable puissance d'expression’1. On verra, parla suite, à l'occasion des diverses danses, combien celles-ci étaient expressives dans le sens large ou rigoureux du mot que nous avons successivement déterminé.
On peut relever encore deux traits distinctifs de l'ancienne orcheslique dans le groupement qu'elle fait des individus eL dans les rapports qu’elle établit entre les deux sexes. Préparant à la guerre ou employée au culte des dieux, elle est, à l'origine, une pratique essentiellement collective, et c'est sous la forme chorale qu'elle semble s'être développée tout d'abord. Les chœurs y conserveront, d’ailleurs, une place prépondérante jusqu’à la lin de l’époque classique. Dans ces chœurs, la disposition des individus est variable : tantôt tous les danseurs se tiennent par la main ou par le poignet; ils s avancent alors à la lile en une sorte de farandole guidée
1 Emmanuel, Démit, diseipl. p.SO; l.uc. De sait. 35; Alh. XIV, 620 b. - 2 Le danseur nui peut imiter tous les êtres et même donner 1 impression des divers éléments naturels, est un véritable l'rolée : et. Luc. De sait. (9. - 3 Notons qu il en est de même pour la danse de tous les peuples primitifs ; et. Grosse, Les Mats de fart p 157, 167, etc. - * Emmanuel, Essai sur l'orch. p. 324.; cf. De sait, diseipl. p. 6 ; Platon a bien noté le vaste champ de Limitation dans l’orchestique (Uq. «35 d). - 5 Leq. Vil, 816 a, xS. jv.ouévr, ^ i„y
—c. Luc. De sait. 36; 69; Liban. P. sait. 24.
«rctxr.v I;î ovaffaxo TE/,vr,v cu.x*a«ray.
7 C’est ce i|ui est dit dans le premier Alcibiade ; cf. Un. X II, 79o e. — Hacii. Der Tanz bel d. Grieelu n, p. 3. - 9 Plut. Conr. probl. 9, 3. - Alh. I, 9[ e f n Al|, |? o| /■; 22 a . Sur le témoignage de Plutarque (Conr. probt. 9, 13), on a parfois admis, outre les =o9«f et les «" troisième élé¬
ment constitutif de l'orchestique grecque, les *«;»«(*• par ex. Sitll, Op. cit. p «43 1 La Ssi;i; était uon pas mimétique, mais indicative, le danseur désignant de la nu, in un objet ou un des assistants, la mer, le ciel, etc. Selon M. Emmanuel (De sait dise. p. 97-98), la Seiçtç ne se serait introduite d ms I orcheslique qu a une époque très postérieure, et elle n’aurait rien à voir avec la danse proprement grecque. - 12 Cf. Emmanuel, Essai, p. 245 sq. ; Sitll, Op.cit. p. 226; cf. le Vase François, Furlwangler-Reiclibold, Griecb. Vasenmal. pi. mu ; Mon. d. Dist. IX, 39 ; Mus. Borbon. VIII, 58, etc. - » Baumeister, Der, km. des Klas. Alterth. ' p. 1032. — 14 Cette forme de chœur ainsi que la précédente est dê-
par tin chef de chœur indépendant ou non du cortège12. Les danseurs peuvent aussi être disposés en rangée13, ou bien encore former une ronde n. Quelquefois, les personnages placés à la tile ne se tiennent que par l’extrémité de leur vêtement1'". Enfin, les danseurs peuvent présenter les mêmes dispositions par lile, par rangée ou en cercle, tout en étant complètement séparés les uns des autres10. Le nombre des personnages des chœurs est variable; sur le Vase François (fi g. 6059) quatorze danseurs suivent Thésée. Les Grecs ont aussi connu des formes plus simples de danse, mais qui, chez eux, étaient peut-être moins fréquentes, le pas de deux et la danse d’un seul personnage isolé.
La danse antique n'est pas basée, comme une grande partie de la nôtre, sur le rapprochement de personnes de sexe différent17. 11 est possible mèmeque les plus anciens chœurs de danse aient été exclusivement composés d’hommes ou de femmes'8. On attribuait parfois à Dédale ou à Thésée l’institution de la danse àvaatï où étaient réunis les deux sexes19; une telle opinion implique peut-être, dans la tradition, le souvenir vague que celte sorte de danse n’était point primitive. Les peintures céramiques de style archaïque représentent souvent des
chœurs uniquement formés d’hommes 20 ou de femmes 21 ; sur un vase du Dipylon, on voit la file des danseurs et celle des danseuses.
nettement
opposées l’une à l’autre22 (fig. 6054). Cependant, chez Homère déjà, jeunes garçons et jeunes filles dansent ensemble dans les chœurs en se tenant par la main - . Les danseurs et danseuses du \ase francois se suivent tous, les mains unies; ils alternent dans un ordre parfait, et il est certain que beaucoup de chœurs religieux et populaires devaient être composés ainsi-’. Paf contre, dans le pas de deux , l’homme et la femme ne paraissent jamais se toucher ; seuls quelques monuments d’époque assez tardive nous montrent une union plus étroite entre le danseur et la danseuse 20. Ou a bien expliqué celte particularité de la danse grecque par son
crite dans Y Iliade (XVIII, 500 sq.) ; cf. I.ongpérier, .Vus. Napoléon III. pl. " ; Mon. d. Inst. XI, 41, etc. -1 « Annali, 1803, tav. L, 2 ; Ballet, de corr. ML lfiS1, pl. vll. 16 Pour los danseurs en lile, v. Emmanuel, Essai, p. 254-256 ; De tah. diseipl. p. 86 ; Bullet. de corr. hell. 1893. p. 427, fig. 2; pour les deux autres dispositions, v. Emmanuel, Essai, p. 256-258 ; De sait, diseipl. p. 80. Fladl’
Der Tanz bei'L Griech. p. 4. — 18 On a reconnu ces mômes caractères aux danses des peuples primitifs. V. E. Grosse, les Débuts de L art , p- 167 et 17—, lv - Hessische Blâtter f.Volkskunde B. III, 1905, p. 105-106. Toutefois, la sépara"»" des deux sexes ne peut êlre affirmée d’une manière absolue (V. Hirn, The origm, 0f art, p. 230-231) cl la chose pour les Grecs, eux aussi, demeure liypollu’ l"l"e-
19 Èuslalli. Ad Jliad. XVIII, 590. — 20 V. par ex. Jahrb. d. Inst. XIV (ISO"'.
p. 84, fig. 42. — 21 Jahrb. d. Inst. XIV (1809), p. 86, lig. 45; Alh. .\n(th. X' " Ui-93), p. 113, fig. 10. — 22 Oenochoé d’Analalos, Jaivpb. d. mst. Il (18S7). p" »'• Une autre peinture de vase nous montre le principal groupe des danseuses encnsl'» en bloc parmi les danseurs ; cf. Mon. d. Inst. IX, 39. — 23 IL X\ ill, 594, à/./.""
— » Uerod. III, 48, à propos des Samiens, ««■' *ao9iv«i>v te y ai r/fOtwv 11 n’esl pas -ùr pourlanl que jeunes gens el jeunes Hllts <"* sent réunis dans les mêmes chœurs ; cf. Polyb. IV, 21,4: z-ooù! S|w4 ’■
z5 Emmanuel, Essai, p. 238-240 ; v. on particulier Pan et jeune i ^ dansant, Mas. Plaças, xxm Notons de plus que les autres couples signale- 1' 11 M. Emmanuel ne sont pas, 'à proprement parler, des couples de danseurs.
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riractère mimétique : le danseur tient à conserver une liberté qui lui permet de tout imiter à sa guise par des altitudes et des gestes appropriés. Cette liberté, il ne « consent à la perdre que dans les ensembles où la figuration chorégraphique exigeait quechacun pliât à la règle commune dans l’intérêt de l'imitation en masse. En tout autre cas, il se faisait libre, pour rester maître de son imitation individuelle. Par suite, la danse à deux, homme et femme, aurait paru aux Grecs un non-sens. Elle transforme, en effet, le couple en un personnage hybrideà qui tout geste devient impossible ; l'indépendance est si chère au danseur grec que l’homme et la femme formant un couple orchestique paraissent craindre de se toucher 1 ».
U. Les positions , les mouvements , les temps et les pas dans l'orchesiique grecque. — Positions. — Les danseurs grecs ont connu les cinq positions fondamentales des jambes dans la danse moderne ainsi que leurs variétés. Ils savent prendre ces positions sur la plante, la demi-pointe et la pointe. Mais ils en usent avec liberté et ne s'astreignent même pas toujours à tenir la cuisse et le pied en dehors2. Les positions des bras ne sont pas systématisées comme dans nos danses; la tenue des bras comporte toutes les nuances du geste décoratif et expressif. Les danseurs les raidissent ou les ploient à leur gré; leur main demeure active et libre 3. Les Grecs ont connu les cinq positions fondamentales du corps, mais ils montrent une véritable prédilection pour celles qui sont le moins employées dans la danse moderne : corps penché en avant et corps cambré4'. Us prennent aussi toutes les positions correspondantes de la tète ; les positions de la tête penchée en avant ou renversée en arrière, exceptionnelles dans notre danse, sont très fréquentes chez eux5. A la combinaison de ces positions entre elles, une seule loi préside, celle de Y opposition qui est une condition essentielle de la stabilité et de la grâce orchestiques (fig. (1035 ; eu ri do, lîg. 2187). Cette loi, cependant, ne s’applique pas aux danses bachiques °.
Mouvements. — Les mouvements de l’orchestique grecque révèlent la même richesse et la même liberté. Nous y trouvons les diverses formes de dégagés, les battements, même les grands battements, les différentes espèces de ronds-de-jambe. Le danseur grec, comme le nôtre, semble éviter avec soin la pointe relevée. Toutefois, Bacchantes et Satyres dans leurs gambades n’observent nullement cet usage1. C’est surtout dans les mouvements des bras que la spontanéité du danseur grec éclate : tandis que dans l’orchesiique moderne ils se réduisent toujours a quelques formules convenues, chez les Grecs ces mouvements, facteurs essentiels de la chironomie, sont infiniment variés8; il en est de même pour les mouvements
Fig. 0055. — Opposition do mouvements.
Emmanuel, Essai, p. 328-329. — 2 Emmanuel, Essai , p. 69, 79. — a Ibid. p. 71 !'■ 90 |0l. — S /b. p. 102-104. — e Ib. p. 104-110. — J Ib. p. 111-12: sonU ^ *^-124. — ^ lb. p. 125-126. — 10 76. p. 126-127.— il On sait que les temj. |°1 es mouvemenls composants d'un pas (V. Emmanuel, Essai, p. 132). — 12 J, ' ' 1,! Oj. p. 182. — 14 Ib. p. 1 83-184 : V. de plus aux p. 1 22, 141. 192 que
r/i "‘l’ies (le telles séries. — 1 ^ Joli. Mcursii Orchestra xive de saltatiunibus eut calai 111 ' lUr"s hraec- Antiq. Gronovius. I. VIII) : Scaliger, Poétique, c. 18, a ans Mnir ^ ll0,11^rcuses danses : il en indiqué mémo quelques-unes qui ont échappe r' Il est juste d'ajouter que p'usieurs des danses mentionnées par Meui d des pantomimes de l'époque romaine. — n Cf. Scaliger, De c omoedia et tri
du corps et de la tôle; on doit signaler pourlanl le fréquent usage des mouvements qui aboutissent aux positions penchées ou cambrées du corps et de la tête9. A la combinaison de ces mouvements préside une certaine eurythmie fondée, elle aussi, sur l’opposition. Cette eurythmie ne se manifeste généralement pas dans les danses orgiastiques et bachiques 10.
Temps et pas". — Notons seulement que le danseur grec se déplace sur la plante, sur la demi-pointe et sur la pointe; il pratique les glissés, les fouettés, les jetés, les temps ballonnés, balancés, les assemblés, les changements de pied et, sans doute aussi, les entrechats. Les Grecs affectionnaient particulièrement les temps et pas effectués en tournant, bien qu’ils aient été, sur ce point, moins habiles que nos danseurs; ils ne pratiquaient guère que le tournoiement par piétinement. La pirouette était, chez eux, très fréquente 12.
M. Emmanuel a très bien montré qu'il était possible de reconstituer, grâce aux images antiques, un grand nombre de temps et par suite de pas de la danse grecque. Souvent, en effet, les monuments figurés représentent le temps essentiel d’un pas qui, dès lors, se laisse aisément reconnaître et décrire 13 ; parfois même, ils nous offrent en plusieurs motifs toute la série des temps qui constituent un pas de danse déterminé 'L Par contre, il sera beaucoup plus difficile de préciser quelle était la suite des pas dans l’exécution de telle ou telle danse. Sans doute, pour chaque variété orchestique, onsebornait à reproduire le même pas ou uu nombre restreint de pas fondamentaux ; mais il n’y avait point là derépétition pure et simple, ni de liaison rigide d'éléments toujours repris dans le même ordre. Un ou quelques pas typiques étaient pris comme le thème, sur lequel on brodait avec la plus grande liberté, selon les dispositions du moment, selon l'intention mimétique du danseur ou de l’ordonnateur de la danse; ces pas eux-mêmes n’étaient choisis que comme l’expression la mieux appropriée à l’état d’âme ou au dessein des exécutants. Ainsi le caractère des diverses danses se détermine beaucoup moins d’après une combinaison mécanique de pas, que d’après les sentiments qui les inspirent et la fin où elles tendent.
lit. Variété des danses: leur classi (ieation. — Les danses des Grecs étaient fort nombreuses. Meursius16 a pu eu cataloguer près de deux cents, dont beaucoup, il est vrai, ne sont guère connues que de nom 16. Les danses sontdésignées par les anciens d’après le pays où l’on plaçait leur origine, d’après leurs prétendus inventeurs, d’après les ressemblances qu’elles évoquent avec un être ou un objet, d’après les accessoires portés par les personnages qui s’y livrent, etc. n. Ces danses ont naturellement pris naissance en plusieurs points du monde grec; à la diversité des races correspondaient des variétés dans l'orchesiique comme dans la musique et le dialecte ,8. Il est impossible pourtant de dresser en détail une classification ethnique des danses1’1. Plusieurs ont
r/uedia, e[c.[Gronov. The*. I. VIII. col. 1524). — 18 Krause, Op. eit. Il, p. 819, n. 2 et 3. — 19 Les anciens nous donnent peu de renseignements sur ce sujet. Athénée (I, 22 b) mentionne les danses laconiennt s, Irézéniennes, épizéphyriennes, cré'oises, ioniennes et manlinéem es; Athénée (XIV, 629 c) cite rtntxor.ètoç et lo-ir-rr,; comme ci’éloiscs. On connaît un grand nombre de danses lacédémonicunes (noStxia, ya\*à$ai, tOt jaooç, Si-toW., .stoa'nî) sans compter la karvalis, la pyrrhique et la danse des gymnopédies. Sur l'importance de l'orch. créloise et s; artiatc, v. Krause, Op. cil. Il, p. 820 et n. 6 ; Flach, Op. cit. p. 7, s, 13, etc. Pour les danses ioniennes, v. Arist. Eccl. 918 ;
I oll. IV, 104 ; Alh. XIV, 629 e. Ces danses, molles et voluptueuses (llor. Carm. III, 0,21), s'opposaient aux danses doriennes, surtout militaires et gymniques.
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une origine obscure ou contestée, et l’on ne saurait, d'ailleurs, toujours saisir entre elles des différences de caractère correspondant vraiment aux diversités de pays. Certains textes indiquent simplement qu’une large part revient au Péloponèse et a la Crète dorienne dans l’élaboration et l'expansion des principales danses des Grecs. Bien qu'Hérodote distingue les a/^airta ’Attixô. et les (j/T|U.iTta Aaxiovixi1, 1 Attique elle-même a subi en plusieurs points cette sorte d'hégémonie orcbeslique des pays doriens s. A l'important groupe de danses laconien et crétois, on ne peut guère opposer, en général, que le groupe mal connu des danses ioniennes et asiatiques.
Platon fournit quelques éléments de la classification la plus satisfaisante des danses. Après avoir séparé l'orcbestique sérieuse de la danse frivole et bouffonne, il reconnaît dans la première deux grands genres qui correspondent à ses deux principales fonctions sociales, la danse g verrière et la danse pacifique 3. Par danse guerrière, nous devons surtout entendre la danse armée, Platon désigne la danse guerrière par le terme de pyrrhique \ et l'on peut considérer celle-ci comme le type le plus caractéristique de la première catégorie. Mais il y faut aussi comprendre les danses gymniques qui, bien qu’exécutées sans armes, s'inspirent des mouvements de la lutte ou du combat. Toutes ces danses expriment la situation d'un corps bien fait, doué d'une âme généreuse à la guerre et dans les autres occupations pénibles. Quant à la danse pacifique, elle représente, selon Platon, l’état d’une âme sage dans la prospérité et dans une joie modérée; elle embrasse toutes les danses graves et mesurées par où l'on honore les dieux et les enfants des dieux5, et qu'on peut ramener au type de Yemmélie De la danse guerrière et de la danse pacifique qui constituent les deux espèces de belles danses 1, Platon a séparé avec soin celles qui ont un caractère douteux et contestable8. Ce sont les danses bachiques et toutes celles qui tirent leur nom des Nymphes, des Pans, des Silènes et des Satires; ce sont aussi les danses secrètes des initiés, inspirées par l’enthousiasme orgiastique 9. 11 y a là tout un genre qu’il est malaisé de déterminer, qu'on ne peut définir ni comme guerrier ni comme pacifique, ni par quelque caractère que ce soit. Ce qui le distingue le mieux, c’est qu’il n’a rien de politique10; le législateur, l’homme d’Élat, peut donc le laisser de côté. Quant à la danse bouffonne et comique, Platon se borne à en proscrire la pratique sinon le spectacle pour tous les membres de la cité “. En somme, Platon n’a guère tenu compte que des danses armées ou gymniques et des danses qui servent à honorer les dieux. Bien plus, sous les termes de danse pacifique, Platon n embrasse qu une catégorie, toit importante assurément, mais non pas unique des danses religieuses; il existe, en effet, parmi ces dernières, un grand nombre de danses plus vives, plus passionnées que
1 llerod. VI, 129. — 2 l a pyrrhique, par exemple, fui importée de Sparte à Athènes au vi* siècle, cf. A. Mommsen, Feste dur St mit Athen , p. 99. — 3 Hat. Leg. VU, 814 e. tt,v pèv nV" *«> l* ?>“■=>; «»’■; «TsqAàxuv pi* *«Au*
i-jvf- S'àvSsi**;;, xV.v S'iv ti-ça-pa..? xt oior.î iu/ijî o.i-çovo; tv *,5o*«tî T s ipptîooic i'oi vixr.v îv us Asywv xaxi où»-.* xr.v xs.aOxr;* V.iyot. Cf. VU, 810 4. — 4 Leg. VU,
si* e I 815 a. - 3 Leg. VU, 815 d. - 6 Leg. VU, 816 b. - 1 Leg. VII, 816 b : *i. sr, x-l» TS- saVwv I cf. 814 e. - 8 Leg . VII, 815 e. -» ieff.
VU, 815 C. ïvt, pi* Pï.y.tia x'tcrxl »ai xJ.* xaûxxiç Uopivuv, 1; N0p=«; xt n*v«; *«t «•', EaxlfOVî Uovopa^»,,..- pipoîvxa. «fi
, 4c„a,;vT<»v.... — 10 Uq. VII, 815 c. 'I. — Il leg. VU, 810 d. e.
liplaiuu élahiit lui-même une relation entre la danse année et les honneurs
l’emmélie, et même des danses nettement orgiasliques,
11 faudra donc, tout en gardant le principe de la classification platonicienne, la compléter et en modifier légèrement les termes, ou en élargir le sens. Sous le terme de danse guerrière , nous grouperons l’ensemble des danses qui visent à développer l’organisme en s’inspirant des mouvements de la lutte et du combat, ou qui du moins comportent un appareil guerrier. Ces danses, notons-le dès maintenant, ont peut-être une origine religieuse ; certaines d’entre elles, à 1 époque classique, ont fait le principal ornement des fêtes des dieux où elles furent introduites 12 ; quelques-unes aussi, par une déviation postérieure, on! été parfois exécutées dans les réjouissances de la vie privée. Mais leur fonction essentielle n’en a pas moins toujours été d’exercer le corps en vue de la guerre. Quant au terme de danse pacifique, qui était chez Platon l’équivalent d’emmélie religieuse, nous le remplacerons par celui de danse religieuse, sous lequel nous pourrons grouper les danses rituelles, appartenant aux différents modes orchesliques. Nous devons enfin tenir compte des danses des fêtes el cérémonies publiques qui ne se rattachent pas directement au culte, des danses de la vie privée et des réjouissances populaires ; nous y trouverons plusieurs exemples de cette orchestique bouffonne proscrite et négligée par le philosophe. Remarquons, d’ailleurs, que ces trois derniers groupes de danses pourraient être réunis sous le terme platonicien de danse pacifique, mais pris alors dans un sens très différent de celui qu’il avait chez Platon. On le déterminerait par la simple opposition de pacifique à guerrier, et l’on ferait ainsi rentrer dans cette catégorie très large toutes les danses de paix, c'est-à-dire ne comportant ni mimique ni appareil guerriers.
IV. La danse guekbière. — Danses armées et danses gymniques. — 1. Les danses armées. — Ces danses que l’on retrouve chez presque tous les peuples u sont très anciennes chez les Grecs14. Une de leurs formes les plus primitives semble être la danse des Curètes [curetes:, elle constitue une variété typique des danses armées, d’origine religieuse, dans lesquelles les armes ne servent qu’à produire un bruit éclatant qui favorise 1 enthousiasme délirant des danseurs. Nous sommes mal renseignés sur les personnages mythiques des Curètes. Les anciens les rattachent au culte de Zeus et de Déméter1'. Ils exécutaient une d'anse bruyante en choquant violemment leurs armes elen ébranlant le sol de leurs bonds1". Selon la légende, c’était grâce au tumulte de celte danse que les cris enfantins de Zeus avaient échappé à Kronos17. Les danses de Curètes attachés au service des dieux étaient certainement, des danses années rituelles 18. 11 n’en est pas de même de la pyrrhique, la plus célèbre des danses armées de la Grèce, qui était un véritable exercice guerrier. Cependant la pyrrhique»
rendus à la divinité. Leg. VU, 790 b. — 13 V. E. Grosse, Us débuts de O» p. Uiû; Y. Hirn, The orig. of art, p. *06-i#7. - U Cf. K. Voss, 1er ««• und seine Ge-chichte, p. 33. — « Strab. X, c. 406, p. 655 ; c. 409, p K. Emmanuel. Essai, p. 291. .Noter les expressions qui caractérisent ,
dans leur danse : T«r«. «»«*.>*, Orph. U. 38,9; ««,-,»!, Orpli. «• ■ f n S Irai). X, 406, p 059 ; Luc. le sait. 8 ; Uionys. Mal. VII, 72. Des moulu-'* nous montrent les Curètes tiansanl autour de Zeus enfant, [v. amai.thea, h P- 240 ; CDIIKTES, (Ig. 2995. 2190 . - l» A côté des Cureles légendaires et mytl'"l"^ nous trouvons dans le culte des prélrcs appelés du même nom. Un collège de C un o étail attaché au temple d'Artémis d'Éphèse. Ce collège fut composé de six, puis sep, po, sonnages; cf. Jahreehe./ te d. osier. Areh. Inst. VUI 1191)5), Bail. P-7"
été parfois confondue parles anciens avec la danse précédente. C’est ainsi r|ite plusieurs auteurs rapportent que la lyrrhique fut d’abord dansée par les Curètes crétois 1 à qui lihéa l’avait enseignée 4 . Le plus souvent, on lui attribuait une origine divine: à Sparte, les Dioscures
le Crétois Thalélas en avait composé pour cette danse21. On a pu reconnaître, non sans raison, une représentation archaïque de la danse armée sur un canlhare de style du Dipylon orné de plusieurs scènes de combat simulé 22 (fig. 6056). D’un côté, deux adversaires nus
Fig. 0056. — Pyrrhique hyporchénittique,
I étaient cités comme les inventeurs de cette danse 3; | on disait parfois qu’ils l’avaient exécutée avec un I accompagnement de flûte, joué par Athéna4. La déesse K fut, elle aussi, considérée comme l’auteur de la pyr- ' rhique qu'elle avait dansée elle même, en signe de I triomphe, après sa victoire sur les Titans 5. On en a ■ fait encore remonter l’origine à Dionysos c. Mais de B simples mortels sont aussi donnés comme les inven- I ;teurs de cette danse. On l'attribuait à Pyrrhus, fils d’Achille7, ou encore au héros Pyrrichos. Ce Pyrrichos B était crétois selon les uns, laconien selon les autres8. En fait, la pyrrhique parait bien être originaire de Crète #; de là, e'Ie aurait ensuite passé dans la Laconie10. Nulle part, d'ailleurs, cette danse n’a été plus en honneur que -i dans ces deux pays où les enfants l’apprenaient à partir de lage de cinq ans11. On la considérait à Sparte comme un entrainement à la guerre, Tip&yûpatrjjia to0 itoXégou 12. Introduite à Athènes dans le courant du vie siècle 13, elle y fut tenue en grande estime u. Platon, dans les Lois , la recommande à la jeunesse15. A propos d elle surtout, il était juste de penser et de dire que les meilleurs dans les chœurs de danse sont les meilleurs dans le combat10.
La pyrrhique est rangée par les anciens dans la catégorie des danses qui dépendent de la poésie lyrique17. On 1 exécutait généralement sur le rythme de la flûte, et plusieurs peintures de vase nous montrent l’aulète à B côté du danseur18. Il est très probable que la pyrrhique était aussi accompagnée par la lyre19. Elle comportait e plus un chant fort vif, qui pouvait être exécuté par Iles danseurs ou par d’autres personnages20. En effet, fl es hyporchèmes étaient fréquents avec la pyrrhique, et
sont aux prises; leur main droite est armée du glaive et ils semblent parer les coups avec la main gauche. Ils se livrent probablement à un de ces duels orchestiques comme il s’en pratiquait fréquemment chez les Arcadiens et les Mantinéens23. L’autre partie de la peinture offre deux groupes intéressants : à droite, un danseur nu saute; il est suivi de deux autres personnages également nus qui s’avancent avec rapidité en frappant leurs mains l’une contre l’autre. Ces derniers scandent ainsi la mesure de la danse et accompagnent un joueur de lyre qui est également représenté. A gauche, deux personnages, recouverts du bouclier et portant chacun deux lances, exécutent, disposés face à face, un pas de danse assez vif. Nous avons là sans doute un exemple de pyrrhique hyporchématique 21 : les deux personnages du groupe de droite chantent l’air sur lequel les deux personnages armés exécutent leur danse. Un texte de Platon permet de se faire une idée encore plus exacle des mouvements de la pyrrhique : l’auteur nous la dépeint comme une mimique guerrière offrant l’image des diverses passes d’un combat25. Elle comprenait d’abord les parades que l’on exécute soit en se détournant de côté (Ixvsutnç), soit en reculant (ÜTmljt;), soit en sautant (sxTtvjSïia'i; êv üd/st) , soit en se baissant (raTte;voxteç) 20 . On peut illustrer chacun de ces termes par des monuments figurés. Ici, par exemple, le pyrrichiste saule en même temps qu’il brandit sa lance 21, ailleurs il rampe pour éviter d’être atteint et toucher lui-même son adversaire 2S. La pyrrhique ne comprenait pas moins les mouvements d’attaque que les postures de la défense, mouvements du guerrier qui décoche une flèche, lance le javelot ou porte quelque coup à l’ennemi29. Tout cela
, Le,J‘ Vl1’ 796 b '• Dionys. Hat. Vit, 72 ; Scliol. Pind. Pyth. Od. Il, 127, c - t SI]' DeSalL 8’ — 3 LeÜ- VII, 790 4; Scliol. Pind. Pyth Od. Il, I
Dn VV’ i84 r' ScL0l‘ Pind' Pyth- 0d' “ 6 VII, 796
j n. ^ l'- ^ 6 Eustatli. ad Jliad. XVI, 617; un Silène portail le n
* ( «... Ul, 2.7). 7 Procl. Chrest. p. 320-21, Rekkcr ; Luc.
Al|,’x)v 1V’ 99 I Slob. Flor. 42; Scliol. Pind. Pyth. Od. Il, I:
y nom ^ C' *'es a^r ibutions proviennent évidemment du désir d'cxpliqi .ojJ ^ . a l’M^'ique. Les anciens lui ont donné d’aulres élymologies : - __ 9 | (| ‘ £t at 0u T’fa de Palroclc ; cf. Meursius, Op. cit. col. 12 Crèie . Luslath. ad Jliad. XVI, G17. Solinus, cap. 17, dit de
pyrrhichl, 11 "ia,i Potuit navibus et sof/ittis , prima litteris jura juna cuter celte dans 7 ^ 1 ^ ^ °*r ’ pLis haut tous les auteurs rjui font d’abord e meut k ih„ ISLJ'ai *°S ^ur^*'es cl’Gt°is. La pyrrhique est parfois appelée simi; und Aoohi ,/St/. C,eloise* 10 LL O. Miiller, D. Dorier , II, 331; Krausc, Gyn se rattache k | ’ •* P* 82°’.n‘ Flach' Der ranz bei d- Griechen , p. 7; Athéi e, /•.) n Alb° d<2 la Pyrr,litlue une invention de Sparte (XIV, (
• 13 Cf. A. MommS' te relative à ïdirvnich
e, /• ) 1t ... K.. 1 f|UI ,ait ue la pyrrhique une inventio
Pul der st V. i ; 630 631 “ 1 - ’2 Alh- X'V. 63.«.-
S ad‘ Athen‘ P- - 15 On connaît l'anccdote
élu stratège parce qu'il avait bien dansé la pyrrhique ; cf. Krause, II, p. 838.
— « Le//. VII, 790 c; 803 e, et 813 b et e. — 10 Alh. XIV, 628 — 17 Ath. XIV,
630, d: Pollux, IV, 99. — '3 Cf. Emmanuel. Essai, p. 262, fig. 531 ; Slackelberg, Orab. d. Hell. pl. sx.i : C. Rendu de la Commis, areh. de St-Pétersbourg, 1804, pl. vi. — 19 F urlwangler, Areh. Zeit. lS8!i, p. 137-138; Wolters, Jahrh. d. Inst. XI (1896), p. 9. — 20 A cette danse se rapportait la mélodie dite itupstxnrvixo Poil. IV, 73. — 21 Scliol. Pind. Pyth. Il, 127; Furtwiingler, Art. cit. p. 138; Flach, Op. cil. p. 7-8; A. Mommsen, l'este, der Stadt Alhen , p. 99. — 22 Cantharc de style du Dipylon; Furtwiingler, Areh. Zeit. 1885, p. 131 sq. pl. vm, 2. Autre représentation très intéressante de la danse armée sur un vase d’argent vraiseinli'ablcmeut cypriote, trouvé en Etrurie, de date un peu plus récente; cf. Furtwiingler, Art. cit. p. 138. Reprod. par Millier- Wieseler, Denkmûl. d. ait. Kanst , pl. i.x, 302 b\ Ingliirami, Mon. Etrusch. III, 19, 20. — 23 Alh. IV, 154 d. — 24 Furtwiingler, Areh. Zeit. 1883, p. 138. — 2. Le,/. VII, 813 a. — 28 Cf. la métaphore d'Euripide, Andr. 1136, à propos de Xéoplolème, Sir,*; Si-, iïSt; spoupwi-
psvou pi).E(iv« — «iSôç. — 27 Lenormant et de Witte, Elite céramographique, II, pl. i.xxx. — 28 Slackelberg, Grâber d. Hellen. pl. xxxvmi, 4; v. cupecs, fig. 1664.
— 2a leg. VII, 815 a.
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