‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 46 sur 137 · PAL · texte numérisé non relu

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Fig. G037. — Pyrrlnque ou danse année.

èntremèlé de nombreuses volte-faces que l'on voit figurées sur les vases peints*; les mouvements étaient accompagnés d'appels du pied et du choc vibrant des armes, par où la danse des pyrrichistes se rapprochait de celle des Curètes. Ainsi la pyrrhique était un « exercice mimétique très actif, fait de pas courus, de pas sautés, de pas rétrogrades, de pas tourbillonnants, d agenouillements, de mouvements de bras infiniment varies, en un mol de tous les artifices de la lutte et de la

danse 2. » La pyrrhique s'exécutait soit contre un adversaire fictif, comme cela parait être parfois le cas dans les exercices de la palestre 3 (fig. 6057 1 , soit contre un adversaire réel représenté par un autre danseur4. Elle pouvait prêter matière à de véritables ensembles orchestiques : sur un bas relief en marbre de l'époque hellénis

tique5, deux groupes de pyrrhichistes sont aux prises; les adversaires y sont opposés deux à deux. Selon M. Emmanuel, les danseurs tournoient par piétinement, tout en se déplaçant sur une piste circulaire d’un faible rayon et en se maintenant respectivement aux deux extrémités d’un même diamètre du cercle qu’ils décrivent6. Nous allons trouver à Athènes, dans la fêle des Panathénées, le meilleur exemple de pyrrlnque exécutée en masse.

La pyrrhique, qui était la plus célèbre des danses armées, devait surtout son renom à la faveur où on la tenait dans les deux principales cités de la Grece. Elle figurait à Sparte à la fête des Dioscures7, et sans doute aussi à celle des Gvmnopédies 8. Imitant 1 usage Spartiate, les Athéniens l'introduisirent dans les grandes et dans les petites Panathénées9. Des chorèges étaient chargés de veiller à l’organisation des chœurs et de subvenir aux dépenses. Au temps de l'orateur Lysias, il n'en coûtait pas moins de sept mines pour former un seul camp d’éphèbes10. Les pyrrichistes étaient divisés en trois groupes, hommes, éphèbes et enfants; chacun de ces groupes se subdivisait lui-meme en deux camps de huit personnes qui étaient opposes l’un à l'autre”. Quand il y avait un engagement simul-

1 Emmanuel, A», fig. 531; Slackelbcrg, Gràb. d /J elle,,, pi. Noter

les express, ons fréquemment employées à l'occasion de la danse armée .

«t (Nonn. Dionyz. IX, 104 , le saut dans lequel le boucher

vibre (Non. Ibid. 111, 03); *»**« «J’4*" Pr° ,alMor-

4 2 Emmanuel, Suai. p. 262 ; cf. AU,. XIV, 630 d. - 3 Clns.eurs de ces vases

ôù fienrenl des pyrrhichistes représentent, eu effet, des scènes de palestre. In des .Vus 'caractéristiques est celui qui est publié dans le C. Rendu de Samt-Petersb. 1R04 ni V, (v. fig. 0037). Un éplicbc casqué, portant le bouclier et la lance, esquisse une ligure de pyrrlnque sur l’accompagnement de la double flûte. De chaque eu e deux éphèbes au repos semblent attendre leur lour dexercce. Le maître de danse présuie et, de sa ma,,, levée, règle la mesure. On a peut-être encore un pyrrluch.sle Lié J Hell. Stud. 1884, pl. xu„. - V Voir deux pyrrh.cluslcs opposes 1 un a autre dans Tischhein, I, pl. « ; Krause, U, «g- 86- H.i» «» * P“ doU er de lanlhenticité de ce vase (cf. Keiuach, Re^tcre de. vases - pua t , U. o93) V encore Reinach, Répart. Il, 327. - 6 Viscont,, Mus. P,o Clément.

tané des trois groupes, chacun des partis comprenait donc vingt-quatre danseurs, ce qui constituait un très bel ensemble orcheslique. Une inscription assigne comme prix aux vainqueurs de chaque groupe un bœuf de la valeur de cent drachmes12. Les chorèges qui avaient obtenu la. victoire en consacraient un souvenir dans les sanctuaires. Un bas-relief, trouvé sur l'Acropole, nous montre la troupe de huit pyrrichistes victorieux, disposés en deux rangs de quatre qui se suivent [pan atiienaia, fig. 5501]. Les éphèbes nus s’avancent au pas de marche savamment rythmé; leur bras gauche, encore armé du bouclier, est tendu en avant, le bras droit, légèrement soutenu,- tombe le long du corps.

Le chorège, en tunique talaire, accompagne sa troupe

triomphante l3.

11 existait à côté de la pyrrhique d’autres variétés de la danse armée, dont les principales au moins doivent être retenues; certaines de ces danses ne diffèrent de la pyrrhique que par le nom. Ainsi la itpûXtc, terme par lequel on désignait la pyrrhique dans la langue des Cypriens14, ou la TEXsaiiç, très en faveur en Macédoine et qui avait reçu son nom de Télésias, qui fut le premier à la danser15. L’osaèr-qç, l’émxpvjotoî étaient peut-être des danses armées Cretoises16. Quelques danses armées paraissent s’être distinguées de la pyrrhique par leur caractère plus dramatique, sinon plus mimétique. Tel était le xoXagptïadç11, danse des Thraces et des Cariens, qu il est possible de reconnaître dans une description de Xénophon 18. Les Thraces, raconte-t-il, se mirent à danser en armes au son des flûtes; ils sautaient fort haut, légèrement, et s’escrimaient avec leur glaive. Lun deux frappa son adversaire de sorte que tout le monde crut qu'il l’avait blessé. Celui-ci tombe avec adresse, le vainqueur le dépouille de ses armes. Les autres Thraces emportèrent le vaincu comme s’il eût été mort, mais il n'avait souffert aucun mal. Xénophon donne aussi quelques détails sur la xa?7raia 19, danse des Ænianes et des Magnètes : l’un d’eux, déposant ses armes, sème el Lut avancer des bœufs accouplés, tout en se retournant souvent comme s’il avait peur. Un voleur s’approche; dès que le laboureur l'aperçoit, il saisit ses armes, I s’avance et combat avec lui. Tout cela au son de la flûte. A la fin, le voleur lie le laboureur eL emmene l’attelage. Quelquefois, c’était le conducteur de hœub qui faisait prisonnier le brigand, et l’entraînait attache à son char. On peut voir par là combien le et la xapTtaût surtout sont déjà différents de la pyrrhique. Ce n’est plus le noble exercice qui prépare à la guerre et qui n’est pas indigne d’être introduit dans les teies | des dieux. Aussi ces danses armées décrites par V"» phon font-elles partie des réjouissances d’un Les m .

IV, 9; Krause, Op. «MI, «g- »«• - 6 Emmauuel, Essai, p. 264- - 7 Griech. l'este r. relit,. Bedeutung , p. 420. - » AU, XIV, 631 e ; d. K ;

0, cit. Il, p. 830; Flacli. Op. oit. p. 8; Wolters, Jahrb. d. Inst. XI p 9 9 A. Mommsen, Peste der Stadt A t Iles i, p- 98- Remarquons « |,

Lngler (ArcU. Zeit. 1883, p. 138) que dans les anciennes représentai, o • danse armée, celle-ci parait aussi liée a des cérémonies re censes. - b *

U A. Mommsen. Op. cit. p. 100-101 - <3 Cf. A. Mommsen, Op. cü. n 4. ,3 Cf. Boulé, V Acropole d'Athènes , t. II, p. 314 sq. pl. >'■ un^

inscription: ... àvi«v„ Z°Wav t/LLr Lallim"!116

‘ „ (ol : 103, 3 on 114, 2). - 14 Schol. Pmd. Pyth. H, l-‘. £ ct

désigne sons ce nom la danse armée des Curetés Cretois (Ilymn. ta J ^ celle des Amazones dans le culte de l'A, •ténus d bphèse '(«»“»•

,3 AU, XIV, 029, d ; Poil. IV, 99 ; Hacb, Op. cit. p. 8. - « AU". X vl, S, tll, t c». P- - 17 AU,- XIV, 029 d; Coll. .V. 100. - 19 Xen.

,, 3-0 ; Ath. I. 13 e. - 1(1 Xen. Anab. VI, 1, 7-8 ; Ath. I, 15 f.

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I’uik* de celles dont il parle encore ressemble fort au ■ eux 8xXas|i«i et telle autre, où le danseur tient un bouclier dans chaque main, comporte des voltes et des culbutes étranges'. La danse armée est souvent devenue dans l’antiquité une simple danse de bant. ]a pyrrhique dégénérée fut même parfois exécutée par des femmes2. Une peinture céramique représente une jeune pyrrhicbiste qui danse en face de la joueuse de llûte3, et Xénopbon rapporte dans le récit de banquet précédemment cité qu’on vit aussi pour divertissement une ôp/r, tjrpîç danser la pyrrhique, armée d’un léger bouclier 4. A peu près partout, sauf à Sparte, la pyrrhique changea complètement de caractère .A l'époque d’ALhénée, elle ressemblait à une danse bachique5; un vase peint où l’on voit des pyrrhichistes entremêlés avec des satyres offre un symbole, sinon une image, de cette transformation6.

i. Les danses gymniques. — Les danses des Gymnopédies Spartiates 7 peuvent être considérées comme le type des danses guerrières non armées, ou danses gymniques. Ainsi que la pyrrhique, ces danses paraissent provenir de Crète 8, mais les anciens ne nous donnent sur elles que des renseignements assez imprécis. Athénée les assimile à l’ancienne àvaitxXrj9 ; les danseurs nus auraient mimé les différents gestes de la lutte et du pancrace; quelques textes semblent même faire allusion à un combat véritable 1U. En réalité, les danses des Gymnopédies avaient un caractère beaucoup plus calme que ces témoignages ne le laisseraient supposer. Tout en s’inspirant des mouvements agonistiques, elles ne les adoptaient que pacifiés en quelque sorte et rendus aptes à faire valoir par leur noble harmonie la beauté robuste des corps. Athénée ne dit-il pas aussi que les danses des Gymnopédies correspondaient à 1’èpp.sXsia tragique par ce qu’elles avaient de majestueux et de grave" ? Ces danses étaient du ressorL de la poésie lyrique 12 ; on les accompagnait du son de la tlûte ou de la lyre13. Elles étaient exécutées par des chœurs d’enfants et d'hommes" qui chantaient les péans de fêle composés par Thalètas, Alcman, Dionysodotos, Xenodamos, Xenocritos, Polymnastos, etc. 15. Les chœurs étaient dirigés par des danseurs couronnés de palmes16, dont une staluelLe de bronze peut nous donner une idée : le personnage, complètement nu, porte la couronne de palme caractéristique, et l’on distingue, dans sa main gauche, les vestiges d’un instrument à cordes, probablement une lyre11. Ces danses avaient lieu dans une partie de l’agora, qui avait reçu le nom de yopoç l8. Parmi les chœurs Spartiates si renom-

1 Xcn. Anab. Vt, 1, 9-13. — 2 Wolters, Jahrb. d. Inst. XI (1896), p. 10 cl la noie. - 3 Stackelbcrg, Graher d. Hellen. pl. xxn. -Urn. Anab. VI, 1, 12, — 6 Alh. XIV, Ml «, b. Ailleurs, Athénée range la pyrrhique parmi lesof/vj,..; ytXoTat; cf. XIV, 0-20 f. - 6 Krausc, Dp. cit. Il, pl. XXiv, (ig. 92.-' K lac 11, Op. cil. p. 8.0 ; Krause, Op. cit.

, p 8-8 sq. 8 Flacli, Op. cit. p. ü. Selon Finch, les danses des Gymnopédies onl peutéU‘ '"Uoduilns, de Créle à Sparle, par Thalélas. — 3 Alh. XIV, 031 b. — 10 Pial. J i I C, tl. Èti S. x&v xatç yu;.voltat$tai; SttvKt î«'.' upïvylyvovTai, xîj

•'■fou, Sia|i«j,oiuvwv, et scol . — Il Alh. XIV, 630 t/, e. Hesycli. au mol 1»F»««iSia, insiste sur ce caractère „Xr.V, St où ylyv,,™. AW.« apia yop.r.» la^fèt WIA. wv' ^es coilll'adiclions s’expliquent peut-être par ce fait qu’il y avait dans sait |n^S lOmnoPt'(1’es deux parties successives (comparer ce que dit hue. Üe ^ • ha pyiihique y était, elle aussi, exécutée à côté des danses des

'smnupw les proprement dites (v. plus haut, p. 1032, n. 8) et de là proviendrait p 7 0 ■ n'0*1 ~ ~ 630 — 13 tll. Wollcrs, Jahrb. d. Inst. XI (1890),

^ vu Plus t au t que les danses des Gymnopédies avaient peut-être une commm ' l0ISe Ur ^°'tei'9 nole avc,c raison que la lyre et la cithare oui. été

«; xiv'rr0^ e“ C,ète à côté de la nùle (Slral’’ X’ 483 : AU|- Xll> 517

' 1 lut' mut. 26). — II V. Krause, Op. cit. Il, p. 829; cl’. Xon.

vin.

més *9, ceux des Gymnopédies étaient particulièrement célèbres. On veillait, avec le plus grand soin, à leur belle ordonnance, et ils attiraient à Sparte une grande affluence d’étrangers 23 [gymnopaidiai]. Les danses des Gymnopédies paraissent d’abord avoir été essentiellement gymniques21 ; mais elles prirent vite une signification plus profonde; elles furent accompagnées de péans en l’honneur des Spartiates morts dans l’affaire de Thyrea 22 et aux Thermopyles23. Des péans étaient chantésaussi en l’honneur d’Apollon Pythien 2\ qui avait un temple sur l’agora de Sparte25, et les danses des Gymnopédies sont très souvent intimement reliées par les auteurs anciens au culte d’Apollon26.

iXous devons joindre enfin à l’orchestique guerrière quelques danses armées qui, à vrai dire, sont plutôt des cortèges ou des marches fortement rythmées. Telles sont les embatéries Spartiates auxquelles est resté attaché le nom de Tyrtée 27 ; elles étaient exécutées sur un rythme anapestique avec accompagnement de flûte. A ces danses-marches, d'un caractère militaire, s’oppose un type de danse-marche dont la nature est plutôt religieuse; tel est, par exemple, le prosodion ou enoplion , auquel on se livrait en agitant les armes28. On peut voir par là combien te rapport était étroit entre certaines formes de la danse guerrière et de la danse processionnelle en l’honneur des dieux. Le prosodion était très ancien en Grèce, et les poètes les plus considérables, Eumèlos, Pindare, Simonide , Bacchylide avaient composé des chants pour l’accompagner 23.

Nous allons entrer maintenant dans le domaine de la danse pacifique. Comme nous l’avons fait remarquer, on peut entendre sous ces termes, pris au sens large, toutes les danses qui ne comportent aucun appareil guerrier, dont les mouvements et la mimique ne rappellent pas la lutte ou le combat. Ces danses, fort nombreuses, présentaient un caractère varié selon les circonstances où elles étaient exécutées.

V. Les danses religieuses. ■ — La danse inventée par les dieux, développée sous leurs auspices et pratiquée par eux-mêmes, s’appliquait naturellement à leur culte30. Si l’on ne peut affirmer avec certitude que toutes les danses aient une origine religieuse, il est sûr du moins que les plus anciennes et les plus importantes sont liées aux cérémonies rituelles. Selon Lucien, on ne saurait trouver d’antiques mystères qui n’aient eu un accompagnement orcheslique, Orphée Musée, et d’autres encore qui les établirent, ayant prescrit comme une chose très belle que l’initiation eût lieu avec le rythme et la danse

IJell. VI, 4. I G ; A lliénée (XV, G78, c) menlionne des chœurs d'éphèbes et d'hommes ; au livre XIV, 031, b, il ne parle que des chœurs d'enfaiils. D’ailleurs avec le temps de nombreuses modilîcalions furent apportées aux Cymnopédirs. (Plut. Lyc. c. 2! : Jnst. Lac. II. 10; Poil. IV, 1 04 ; cf. Krause, Op. cit. Il, p. 831, n. 10). — lo Alh. XV, 078, c ; Krause, Op. cit. Il, p. 829. — *6 Alh. XV, 678 b. Paus. 11, 38, 5 ; III, 9,

7 ; X, 9, 6. — H Cf. Wolters, Art. cit. (Jahrb. d. Jnst. 1890), fig. p. 8. — • » Hesych. s. v. YujxvoicatSta ; Paus. 3, 11,9. — 19 Xen. Resp. Lac. VIII. 4; X, 3; Plut. Ages c. 21. — 20 Sur l'importance que les Spartiates attachaient à ces chœurs, V. Krause, Op. cit. II, p. 829-831 et les notes. — 21 Cf. Nilsson, Op. cit. p. 140-1 H. — 22 Sur PalTiiirc de Thxrca, v. llerod. I, 82; relativement à cet honneur rendu par les danses aux guerriers morts, v. Suidais au ni. •yujjivoKaiS-a ; les couronues des chefs de chœur s appelaient ejstartxo't (Alh. XV, 078 b). — 23 Etym.

.17. p;Avoitat$ta. — 2'¥ L'tym. il/, ibid. ; Nilsson, Op. cit. p. 141. — 25 Paus. III, 11, 9. — 26 Nilsson, Op. cit. p. 141. — 27 Flach, Op. cit. p. 9 ; Ath. XIV, 630 f. — 28 plach, Op. cit. p. 15. — 29 Plach. Op. cit. p. 16. — 30 Le g. Vil, 798 e ; 799 a, o. Des chœurs avaient été introduits dans un grand nombre de cultes et de fôtes religieuses, selon les prescriptions de la loi ou des oracles. Cf. Dem. Jn üùid. p. 53 J, 23 sq. ; Krausc, Op. cit. Il, p. 825.

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De là viendrait celle expression que ceux qui révèlent les mystères aux profanes dansent hors du chœur sacré1. Les anciens cultes agraires comprenaient souvent, eux aussi, des chœurs, et c’est là peut-être qu’il faudrait chercher les formes primitives de l’orehestique religieuse des Grecs 11 semble, d'ailleurs, que sur ce point la Grèce ait profondément subi les influences de l’extérieur. En même temps que les danses guerrières, Thalétas avait sans doute introduit à Sparte des danses religieuses Cretoises; c’est pour les accompagner qu’il avaitcomposé des péans, hymnes très anciennement usités en Crète et dans quelques îles 3. Nous verrons, d’autre part, que les danses orgiastiques des Grecs sont tout à fait analogues à certaines danses qui étaient pratiquées en Asie, et que quelques documents les caractérisent comme étrangères.

1. Si les danses guerrières elles -mêmes ont été introduites dans les fêtes des divinités, les danses religieuses par excellence relèvent de la danse pacifique ; ce sont celles surtout qui, par leur allure noble et mesurée, semblaient convenir particulièrement au culte des dieux. Ces danses, calmes et graves, que Platon réunissait sous le nom d’IugsXeia, sont la variété la plus importante de l’orcheslique religieuse. C’est sous cet aspect que les Grecs concevaient les cortèges des divinités1, et les fidèles en ont reproduit le caractère dans leurs danses. Se tenant par la main et portant des palmes, adorants et adorantes, séparés ou réunis dans le même chœur, évoluaient autour de l'autel du dieu. Une peinture de vase du Dipylon offre un bel exemple de ces processions orchestiques 5 : quatre femmes sont rangées en file ; elles se tiennent par la main, ou, plus exactement, elles sont réunies entre elles par l'intermédiaire des rameaux qu’elles portent; la première adorante qui conduit le chœur élève dans sa main libre une couronne qu’elle semble offrir à la divinité assise devant elle sur un trône. Ces danses ne comportaient guère qu'une mimique d’attitude; par leurs mouvements solennels et leur sévère harmonie dont quelques œuvres d’art postée Heures nous donnent une pins juste idée (fig. G0o8), elles n’exprimaient que la sérénité de l’àme pénétrée du sentiment religieux. Elles étaient accompagnées de chants, du

1 Luc. Ve naît. 15. 2 Krause, Op. cit. II. p. 815, n. 0. — 3 Flacli. Op. cil.

p. 13,tl4. — 4 On en trouve un grand nombre dans l’art grec. V. par ex. le cortège des trois Grâces sur l’autel des douze dieux. (Emmanuel, Essai, fig. 514.) — 5 xtU. AJilth. XVI II (1893), p. 113, fig. 10; voir une curieuse dausc analogue sur unô patère d ldalie Rev. Arch., 1872, pl. xxiv. — <» Il a déjà ce caractère chez Homère. II. XXII, 391. — 7 Flacli, Op. cit. p. 14. — 8 CX Hymn. inApod. 33U. — 9 Xeu. Af/es. Il, 47; le péan et les danses figuraient aussi à LMplus à la fête du SïîitH.piov. V. F. Foucarl, Além. suj' les ruines et l’hist. .de Delphes {Archiva des Missions scienti . 18G5). p. 40 et 180-81. — 10 Procl. p. 24*. — 11 Pind. Fray. 57-00. Le péan fut aussi chanté en l'honneur de simples mortels ; cf. LluL. Lys. c. 18; Alh. XV, 696 e, / ; 697 a. La chose devieut courante au temps des diadoques. Athénée (XIV, 631 d) dit que le p‘»an était lanlôt dansé, tantôt non dansé. Celle dernière forme ne se rapporte ,sans doute qu’à une époque très postérieure; cf. Flach, Op. cit. p. 31, u. 43.

iZ Th. Kewach, Dict. des Antiquités art. hypokchema. — 13 Flach. <)p.

cit. ji. 15; Krause, Op • cit. 11, p. 825 et n. 2. — 14 Alh. IV, 139 e, f ; HaJi,

péan surtout, qui est un hymne d’action de grâce 11 animé d’une joie contenue1 [caban], A l’origine, lepéan était surtout chaulé en l’honneur d’Apollon 8- C’est ainsi par exemple qu’il était exécuté par des chœurs d’hommes à la fêle des 'YaxivOta 9. Mais par la suite, on l’adressa aussi à Artémis, à Arès, quelquefois même à Poséidon10, et l’on sait que Pindare avait composé un péan célèbre en l’honneur de Zeus Dodonien11. Les danses graves que le péan accompagnait devaient donc prendre place dans le culte de plusieurs dieux.

A côté du péan, Yhijporchème jouait un grand rôle dans les cérémonies religieuses de la Grèce, [uyporchema ] L’hyporchème est un « hymne orcheslique où le chœur se divise en deux fractions dont l'une chante en se tenant immobile ou en dansant une simple ronde, tandis que l’autre exécute en silence une danse expressive, figurée, qui sert, en quelque sorle, d’illustration au texte de l’hymne12 ». L’hyporchème différait par là du péan, où tout le chœur chantait en même temps qu’il dansait. 11 s’en distinguait encore par une vivacité plus grande13 et par un caractère mimétique beaucoup plus accentué. Si l'on s’en rapporte à la description qu’Athénée donne des 'Yaxtvôta11, il est vraisemblable qu’une partie des danses de ces fêtes appartenaient au genre hyporehématique. Des jeunes garçons, s’accompagnant de la lyre, chantaient Apollon sur un rythme fort rapide; certains faisaient entendre les chants du pays (èit'./ojpta uoi-çp-oiTa) et d’autres, qui se réglaient sur la flûte elle chant, exécutaient d’anciennes danses15.

L’hyporchème était surtout un élément essentiel des l’ètes de Délos 16 [délia], où tous les sacrifices, dit Lucien, se célébraient avec la danse et la musique ". Dès la plus haute antiquité, des chœurs y étaient envoyés d’Athènes et de différents points du monde ionien18. Les cérémonies du culte de Délos donnèrent ainsi naissance à de véritables concours orchestiq nés dont les vainqueurs recevaient des palmes cueillies à l’arbre sacré. Selon Lucien, les chœurs hyporchématiques de Délos étaient composés d’enfants19, l’hymne homérique à Apollon Délien ne fait allusion qu’à des chœurs de jeunes lilles qui chantaient en l’honneur d’Apollon, d’Artémis et de Lalone 26 ; il résulte enfin d’un hymne de Callimaquc que jeunes garçons et jeunes filles étaient mêlés dans ces liyporchèmes, les uns chantant, les autres se bornant à danser 2i. Mais la description de Callimaque ne s’applique peut-être qu’à la YÉfaivoç, la plus célèbre des danses déliennes, et où les deux sexes étaient, en effet, étroitement unis22.

D’après la tradition, la yépavoç avait été instituée par Thésée, victorieux du Minotaure. Il la dansa pour la première fois en compagnie des jeunes garçons et des

Op. cit. p. 17; Nilsson, Op. cit. p. 130 sq. — *6 Notons que les femmes devaient prendre une part importante à ces danses des TaxMha. quelques textes anciens font allusion à des enlèvements de jeunes lilles qui formaient des chœurs dans ce» lûtes (cf. Eurip Hei n. 1403 sq. ; llicronym. Aile. Jovinian. I. 308, Migne). I "» stèle trouvée à Arriyclées représente peut-être ce$ danses de femmes (cl. O- SclirOder, Arch. An:. 1903, p. 403). Athénée, d’ailleurs, mentionne la présence des jeunes lilles dans le cortège de ces fêles (IV, 139 /’). — <6 ilomolle, Bull * curr. lie lien. 1890, p. 492 sq. et l’article deux, dans le Dict. îles Antiquités-. Ndsson, Op. cil. p. 144. — u Luc. Ve sait. 10. — I» Voir art. dbi.ia dans le l"et ■ lies Anliq. : cf. Tliucyd. III, 104; Hymn. in Àpot. 140 sq. — 91 Luc. Üe sali — 20 Hymn. in Apoll. 150 sq. — 21 Cal 1. Hymn. IV, 304-306. — 22 11 y ami aussi à Délos certaines danses rituelles sur lesquelles nous sommes mal relise' gués. Telle élait la danse des flagellés que l ’on exécutait en courant sous les coups autour de l’olivier sac. é. Comparer les pratiques du culte d’Artémis Ortliia n ’T

pai,s. VIII, 23, 1); Hesychius attribue à Thésée l'iu&liluliou de la danse des lia- ■>olles tel’. Mcursius, Op. cit. col. 124.S).

Fig. 6058. - — Danse religieuse.

■ , nes filles qu’il venait de sauver en Crète Les tours pi' les détours de la farandole imitaient la marclie errante du héros dans le labyrinthe3; le nom de Y£f,avo; jpliqué par les Déliens à cette

fut apf

danse dont les

ondulations et les reploiements rappelaient le vol d’une troupe de grues. Dirigés par le yspxvGÛÀxGç 3, les jeunes garçons et les jeunes filles \ qui se tenaient par la main, évoluaient autour de Y autel des cornes (xsparwv). La danse était surtout exécutée en l’honneur d’Aphrodite dont la statue était ornée de fraîches couronnes. Le chœur se déroulait le soir, aux flambeaux, les jeunes tilles dansant en silence, tandis que les jeunes garçons, tout en dansant euxmêmes, chantaient un hymne consacré 5. Une des scènes du Vase François que nous avons déjà citée vfig- 6059) est inspirée sans doute par le souvenir de ce chœur mythique. En présence d’Ariane 6 et de sa nourrice, Thésée, vêtu d’un beau Cliitôn, s’avance en jouant de la lyre; il est suivi par une troupe de quatorze personnages également revêtus d’habits de tête ; tous sont désignés par leur nom. Régulièrement alternés, les jeunes gens des deux sexes dansent en se tenant par la main; mais

Fig G059. — Danse de la géranos.

l’hiver : ne

avaient composé des Parlhénies8, et il se peut que les danses exécutées dans Argos aux fêtes de liera Antheia, par des jeunes filles chargées de fleurs, aient appartenu à ce genre orchestique 9. Les danses des Parlhénies ont peut-être laissé un reflet de leurs grâces légères et chastes sur un célèbre bas-relief du Louvre'0, et la description que donne Philostrate de la danse des Heures pourrait bien rendre l’impression qui devait être procurée par la vue de ces chœurs gracieux : Les Heures dansent les mains enlacées, et la terre « produit sous leurs pas les richesses de toutes les saisons. Je ne dirai pas aux Heures du printemps : ne foulez pas l’hyacinthe et les roses ; car, foulées par elles, ces fleurs n’en paraissent que plus charmantes et retiennent je ne sais quel parfum émané des Heures mêmes... Je ne dirai point aux Heures de la terre molle des sil-

marchez pas sur Ions; car les épis naîtront là où elles auront posé leurs pas. Celles-ci qui sont blondes marchent sur la pointe des épis sans les briser ni les courber, tant elles sont légères, tant elles pèsent peu sur la moisson 11 ». Les Parlhénies sont essentiellement des chœurs de jeunes

le peintre, encore malhabile ou qui visait simplement à une certaine régularité décorative, n’a nullement rendu la souplesse et la mobilité du chœur.

C’est surtout par la vivacité que la yèpavoç se distinguait des danses-cortèges précédemment étudiées. 11 en est de même pour quelques danses religieuses qui, sans relever nécessairement de l’hyporchème, doivent etre distinguées des danses accompagnées du chant du péan. Tels étaient les chœurs des Parlhénies [partiieneia] exécutés sans doute en divers points du monde grec Déjà, la poétesse Sapho célèbre ces danses auxquelles se livraient les jeunes Crétoises ; plusieurs poètes, comme Alcman, Bacchylide , Pindare

filles; mais il est probable que des chœurs religieux, d’un caractère analogue, pouvaient être exécutés parles deux sexes réunis 12 (fig. 6060).

A ces danses religieuses qui se présentent généralement sous une forme chorale ou processionnelle, on doit joindre une catégorie de danses surtout individuelles dont la gravité s’atténue parfois en une sorte de vivacité décente, et qui se caractérisent par le rôle qu’y joue le vêtement des exécutants. Quelques-unes des danseuses voilées , dont l’art grec a si souvent reproduit l’image, ne se livreraient-elles pas à une danse consacrée aux dieux u? Certaines statuettes offrent des analogies avec les divinités

' ^,cs c. 21, ; Poil. IV, 1(11 sur l'imago d.A phrod i I e , v. Pans. IX, 40, 3. — - 1 lat. 'I lits. 21 ; Poil. |V, loi. Ou bien colle ,1e I. a loue à travers les îles et le continrnl; cr. délia, II, et. des Antiquités. — 3 Hâsycli. s. v. ‘ Tel

cs) 'c sens de ,,.,7. T.r,., jjiQiwv, chez Plut. Thés. 21. — 3 Cad. Hymn. IV v. 30.i-.il u, G Sur le caractère d' A riano qui aime la danse, cf. Nilsson, Op. cit. p. 382.

‘ Flacli, Op. cit. p, |0 ; Furlwangler-Reiclihold. Griech. Vasenm. |>. 80 et 81 ; cf. ‘ Usl. Av. 919 ; Suid. s. r. eo-Civala. — 8 Flach, Op. cit. p. 17. — 9 Nilsson, Op. cit. P- I- l oll. IV, ,8. — 10 Bas relief des danseuses Borglièse, S. Rcinacli, Hépert. I, p bas-relief est. d ailleurs, d'époipie tardive ; Furtwiingler voit un exemple de a|l Puie sur une curieuse peinture de vase ( Griech . Vasenm. p. 80-81, pl, xvu, losU, t~ M * mes, Irad. Bougot, p. 507. Une autre description de Phi-

frais lu

parait Lieu convenir aussi au .caractère de ces danses : « Au milieu d'un

elles |0S 'Ue^ myrlos, de fraîches jeunes filles chantent Aphrodite Elépbantine... en I ' U*’ ' ,lne '' ed«’S perdant la mesure, la maîtresse du chœur la regarde

mil des mains pour lui faire retrouver le véritable mouvement. Leur cos¬

tume, qui est des plus simples et ne les gênerait pas si elles voulaient jouer, leur ceinture qui serre élroitcmeul le corps, la (unique qui ne couvre pas les liras, la façon joyeuse dont, pieds nus, elles foulent l’herbe tendre loul humide encore d'une rosée rafraîchissante, leurs vêlements fleuris comme une pra.ric... loul cela a été divinement rendu. La peinture a représenté aussi quelque chose du chaut. Elles disent qu'Aphrodite est sortie de la mer fécondée par une pluie céleste ; en quelle ile elle est abordée, elles ne le disent pas encore, mais elles nommeront Paplios. Oui. c'est bien la naissance de la Déesse qu’elles célèbrent; leur attitude le montre assez; fixez* les yeux sur le ciel, c'est indiquer qu'elle en est descendue; relever doucement les mains en tenant la paume ouverte eu haut, c’est montrer qu'elle est sortie des Ilots; sourire comme elles te font, c’est rappeler le calme de la mer. « (Philos!. 'mng. trad. Botigot. p. 353-54). — 12 Mus. Rorb. VIII, 58. — 13 Ileydemann, Ueb. eine verhùllte Tünzerin, p. 16. — H Hcuzcy, Monum. Grecs , 1873-1874 [Rech. sur les figures de femmes voilées dans l'art grec -, 2" article, p. 22-23).

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voilées et dansantes qui figurent sur des bas-reliefs votifs On a remarqué de plus que le type de la danseuse voilée semblait dériver, dans certains cas, d’images de la déesse Koré elle-même*. Une de ces danseuses, au lieu du tambourin, tient à la main un petit porc, ce qui rend indéniable le caractère religieux du sujet3. D’autre part, on a souvent reconnu Déméter et Koré dans les groupes de terre cuite montrant une mère accompagnée de sa fille; or ces groupes, eux aussi, ont parfois donné naissance à des représentations de danseuses *.

M. Heuzey a rappelé, à ce propos, l’étroite liaison établie par Lucien entre la danse et les anciens mystères, et la mention que fait ce dernier de la légende de Déméter parmi les thèmes des danses et des pantomimes. On voit la conclusion qui résulte de ce rapprochement : si l’on ne peut affirmer que les figurines voilées nous montrent les grandes déesses donnant elles-mêmes l’exemple et la forme des danses sacrées 5, il est possible que ces danses voilées aient eu, dans certains cas, un rapport avec le culte de Déméter ou celui d’autres divinités (fig. 60ül)r’.

Nous savons, en effet, par un passage de Philostrate qu’au mois d’anthestèriôn, pendant la fête des Dionysies,

les hommes, travestis en Bacchantes, Nymphes et Heures, se livraient dans le théâtre d’Athènes à des danses où le voile jouait un grand rôle 7. Il est probable que des danses du même genre étaient exécutées par des hommes pareillement costumés, au début de l’hiver, à la fête des maimakteria . Cette fêle était consacrée à Zeus MaiiiâxTTjç, c’est-à-dire Perturbateur des éléments. « La forme même de l’ajustement, fait observer M. Heuzey, la tête et le corps étroitement enveloppés, le mouvement des draperies volantes, tout, jusqu’aux chaussures fermées battant le sol (fig. 6062), y rappelait la saison froide; toul y était com-

* M. Heuzey indique bien, par exemple, que la danseuse voilée d Aug. Tilcux rassemble fort à la Nymphe qui, sur un bas relief votif, danse en présence du dieu fan. cf. Bull. du. corr. heli. 1892, p. 79; cf. Yoy. arch. de l.e Bas; Mon. fig. pl. ux ; Heuzey. Art. cit. fig. de la p. 79. Il existe, d'ailleurs, plusieurs basreliefs de ce type représentant des danseuses plus ou moins analogues ; cl. E. Potticr : Bas-relief des Nymphes trouvé à Eleusis; Bull, de corr. hell. V (1881), p. 349. __ 2 Heuzey, Art. cit. Mon. Grecs, 1873-187 ♦, p. 22 23. — 3 Dumonl- Cbaplain, Céram. de la Grèce propre. 11, p. 235. — 1 Heuzey, Art. cit. {Mon. Grecs), p. 22; Dumoul-Cliaplain, Op. cil. p. 235. — ° Rappelons ici que Studniczka, dans son Calamis, rattache le type de la danseuse voilée à la célèbre Sosamlra. Cette opinion, très discutable, acté combattue par Eurtw&nglcr. — 6 Heuzey, art. cit. (Mon. Grecs), p. 21. Cette opinion a été contestée. V. Heydemann, Verhüllte Ton z. p. 23, 11. 3. Elle a été reprise par M. Heuzey dans son étude sur la Danseuse voilée d'Auguste Titeux. Bull, de corr. Iiell. XVI (1892), p. 73 sq. pl. iv. — 7 Heuzey, art. cit. p. 80; cf. A. Mommsen, /-'este d. Sladt Allien. p. 394. — » Heuzey, art. cit. p. 86, 87. La fig. 6062 symbolise le mois Maimaktcriôn sur un calendrier liturgique d'Athènes rcAi.EKDAMUM fig. 10301. — 9 V. le loxte de Phi'ostrale ; kupvpoi; in o7vt«.; Cf. Pollux, IV, 96, 98. - 1° Heuzey, Art. cit. p. 87 M. Heuzey

mandé par elle. Il faut ajouter que cet instant de l’année est le point mort de la culture, la saison où la terre dépouillée de ses derniers fruits, attend la reprise des travaux. Par là, les allégories dansantes de l’hiver se rattachaient aussi de très près au symbolisme de la Déméter voilée s. » Il est vrai que ces danses, celles des Dionysies surtout, n’avaient pas le caractère de gravité que laisse supposer la discrète altitude de la statuette du Louvre 9; il est vrai encore qu’elles sont exécutées seulement par des hommes. Mais elles répondent certainement « à des danses de femmes, qui devaient se produire dans d’autres circonstances et dans un autre milieu, soit à la suite des mêmes fêtes, soit pour des fêles différentes dont les détails nous sont moins connus » 10. Ces danses de femmes qui se rapprochaient les unes des autres par l’usage du voile, pouvaient appartenir, quant aux mouvements et au rythme, à des moites différents. Vives parfois, entraînantes et passionnées, elles prenaient souvent un caractère plus souriant et en même temps plus calme et plus conforme à la nature des personnes qui l’exécutaient.

2. Si l’hyporchème elles parthénies se rattachent encore plus ou moinsdirectementà Yemmclie, telleque l’entendait Platon, certaines des danses voilées s’éloignent déjà sensiblement de ce type H. Cet écart s’accentuera encore avec un nouveau genre d’orchestique religieuse, individuelle plutôt que chorale, dont les danses de Karyai peuvent être considérées comme l’expression la plus intéressante. Par leur vivacité et leur rapidité d’allure, elles forment une transition naturelle entre les danses précédentes et les danses inspirées par l’enthousiasme orgiaslique que nous étudierons ensuite.

Les danses de Karyai jouissaient, dans l’antiquité, d’une grande renommée12. Elles figuraient aux fêtes d’Artémis Karyatis13, à Karyai, lieu situé sur les confins de la Laconie et de l’Arcadie et qui était consacré à Artémis et aux Nymphes. Des jeunes filles, appartenant sans doute aux meilleures familles lacédémoniennes, les exécutaient chaque année en l’honneur de la déesse1'. L’idée que plusieurs auteurs se sont faites de ces danses des jeunes Caryatides, KapéoenScî a été faussée par le souvenir trop immédiat des figures architecturales appelées du même nom [caryatis] lb. Bayet suppose, par exemple, que les fêtes d’Artémis s’ouvraient par une procession allant de Sparte à Karyai. « En tête marchaient les magistrats, les prêtres, les victimes, et leurs conducteurs ainsi que les jeunes filles consacrées à Artémis et chargées aujourd’hui de porter les objets nécessaires à son culte, demain de danser en son honneur...

ajoute ; « Sans pouvoir cilcr aucun texle positif, je continue à croire que le cullc fie Déméter était un de ceux qui fournissaient le plus naturellement aux femme* l'occasion de se livrer elles-mêmes à de pareilles danses où les altitudes voiler* présentaient d'intimes rapports avec la légende et avec le costume même de la déesse. » — 11 Heydemann, Ueb. e. Verl.üt. Tiinz. p. 14, rattache les danses ua lécs au genre de l'ippiWa. Cela est juste pour la plupart dos danseuses voilées; mais quelques-unes se livrent à des danses beaucoup plus mobiles et rapides que I cmmélie et qui ne sont pas nécessairement des danses profanes. En particulict. h culte de Démêler qui a donné lieu, nous le verrons, à des danses orgiastiques, corn portait sans doute aussi quelques modes assez vifs de la danse voi ée. 13 ^ Athénée, IX, 392 /', Pratiuas avait écr t une pièce int.tulée ûùpmvixi zi K«f»*x'S:î- Des Caryatides dansantes étaient gravées sur l'anneau de Kléarchos (Plut. AituJ- 18) et I on verra que l'art antique s'esl complu à reproduire leur image. — 13 Hcsyx '■ s. v. Kufuaeia: Pliol. s. v. ; Poil. IV, 104 ; Artémis esl, par excellence, »

déesse de la danse : Ilou yàp è "Ae-Tip-.c oint t/ôçtuotv, selon un dicton <1 I- I

14 paus. m, io. 7. — 1“ La condition élevée des jeunes fuies qui prena ent pai a

ces danses semble prouvée par l'anecdote que Pausanias rapporte re ativement a AristomèDes (4, 16, 9).

en danseuse.

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Vêtues de lçurs plus riches habits, elles s’avancaient lentement portant sur la tête les corbeilles sacrées1. » Pour concevoir et créer les Caryatides architecturales, les sculpteurs n’auraient eu qu’à s’inspirer directement du noble maintien des adoratrices d’Artémis 2. Quant à leur danse, il était naturel de lui supposer la même gravité qu'au cortège et de la rattacher au type de n^sXetV. Mais on a fait valoir là contre deux objections fort imporlanles : tout d’abord, l’existence d’une pompe sacrée allant de Sparte à Karyai reste purement hypothétique4; d’autre part, la danse des Caryatides est loin d’être solennelle et calme. Ainsi que l’indiquait déjà 0. Muller et comme on l’a admis depuis5, elle n’est en effet qu’une variété d’une danse dont les nombreuses

représentations, dansl’art antique6, attestent la popularité, la danse du xaXa- Otaxoç. Cette danse estainsi nommée d’après la coiffure ordinaire des jeunes filles qui l’exécutent, le xàXaQoç, sorte de diadème [calatuus, lig. 1005] qui n’était sans doute à l’origine qu’une couronne composée de feuilles pointues dressées vers le haut, et se croisant en diagonale1. Les danseuses portaient avec le xiXaôo; un costume caractéristique :

(fig. 6003), quelques-unes, le buste nu*, n'ont qu’une sorte de jupe courte; mais, en général, elles sont revêtues d’un léger chitôn qui ne dépasse pas les genoux9 et retombe en apoptygma10. Toutes ces danseuses de xaXaOtaxoç procèdent invariablement par des pas menus, rapides, toujours exécutéssurla pointe ou la demi-pointe". Le plus souvent, elles tournoient rapidement comme l’indique l’envol de leurs vêtements ; les positions des bras et des mains, qui généralement sont libres, sont des positions de pirouette. Par exemple, les bras sont serrés sur la poitrine, les deux mains sous le menton12 ; ou bien une seule main est placée soità la taille, soit au-devant du corps, tandis que l'autre est franchement portée au-dessus de la tète13;

1 Rayet, Mon. de l'Art, ant. I, pl. xl, p. 5 el G. — 2 Rayet, ibid. — 3 Bôt-

ligcr, Amalthea, 111, p. 139 sq. Bôttig<*r (p. 153) dit que ces danses étaient

analogues à l’emmélie. Il semble bien que Rayet ait eu des danses de Karyai une idée analogue : il déclare dans un attire article que les danseuses d’Herculanum représentent peut-être des caryatides. — 4 Nilsson, Op. cit. p. 197.

— 0 0. Millier, D. Dorier , I, p. 374; ; II, p. 341 ; cf. Mcinecke, Ad Euphor.

I ra!> h XLII, p. 93 ; Welcker, Ant. Denkm. Il, p. 146; cf. Homolle, Bull, de corr. hellen. 1897, p. G03 sq. — •» Voici la liste des principales représentations de danseuses de calatliiscos : A re/l. Zeit. 1869, pl. xvn. C. rendu de St-Pétersbourg , 1865, pl. m (v. notre fig. 877) el 1806, pl. ni. Müllcr- Wicselcr, Denhm. der ait. Kunst. Il, 17 et 20; Dumont Cliaplain, Céramiq. de la Grèce propre , pl. x, n° 2. Danseuses sculptées de l'hérôon de Trysa : Collignon, Histoire de la Sculpt. grecq. Il, p. 201, fig. 97. Deux bas-reliefs attiques de la première moitié du \e s. (Furtwanglcr), Jahrb. d. Inst. VIII (lo93) Anz. p. 7G et 77. Ras-reliefs sur des bases de candélabre, de l'époque hellénistique. Clarac, Mus. de Sculpt. pl. clxvii-cluii ; Winckelmanu, Mon. ant. ined. 47, 49; Visconti, Mus. Pio Clement. III, pl. xi (cf. Krausc, II. fig. 85). Un bas-relief d uulel, Claiac, Mus. de Sculpt. pl. ci.xvi. Voir enc. A’of. d. Scavi , 1884, pl. vu ; 1889, p. 100. Hauser, Neu-att. Beliefs , p. 9G, etc. j~~ 1 Nilsson, Op. cit. p. 198. Cette primitive couronne de feuillage, rappelle couronne thyiéatiquo en usage aux Gymnopédics Spartiates, mais rien ne nous d que celle coiffure des danseuses fut formée de feuilles de palmier. Pcutôti e ôtait-elle faite de joncs et de roseaux; cf. O. Miiller, D. Dor. Il, p. 341 ;

umont-Cliaplain, Cèram. de la Grèce jropre , I, p. 236. — 8 Voir les deux bas-reliefs de Berlin, Arch. Anzcig. 1893, p. 76-77 ; V. aussi C. rendu de

parfoisl es deux mains sont élevées comme pour soutenir le

Calathosu.Cettcdanse rapide, tourbillonnante, agitée, ressemble par certains côtés à celles des Bacchantes et des Ménades ls. Une danseuse à calathos tient même à la main des crotales16, une autre porte un lympanon 1 '. Le caractère religieux de ces danses du xaXaÜàrxo; est aujourd hui nettement établi ; elles se rapportaient à plusieurs cultes, à celui de Déméter, d’Athéna et d’Artémis Quelquesunes de leurs représentations ont été trouvées dans le tombeau d’une prêtresse 19; certaines d’entre telles sont sculptées sur des bases d’autel 20. Une de ces danseuses semble présenter une offrande à la divinité, telle autre évolue auprès du feu sacré en faisant un geste d’adoration 21 . Sur un bas-relief de terre cuite d’époque tardive, deux jeunes tilles appartenant à la même catégorie dansent vivement autour de la statue d’Athénaqu’elles implorent en élevant les mains [minerva fig. oOGOj22. Les fouilles de Delphes ont apporté un document d’une valeur particulière pour l’étude de cette danse; on a découvert un groupe de trois danseuses 23 (fig. 6064) coiffées d’une sorte de polos évasé à la partie supérieure et décoré d’une garniture de feuilles de roseau ou de palmier ; leur vêtement consiste en un court chitôn serré à la taille et ne dépassant pas le genou. Le bras gauche abaissé pour saisir les plis flottants du chitonisque et le droit doucement arrondi au-dessus de la tête, elles menaient leur danse légère au sommet d’une belle hampe végétale, effleurant à peine l’extrémité des feuilles d’acanthe24. Bien que la vivacité des mouvements décrits plus haut ait été atténuée par le sculpteur en une sorte de noble eurythmie, le costume des jeunes filles ne permetpasde douterque nous n’ayons sous les yeux des danseuses de xaXaôicx&ç 25. Le fait est d’autant plus intéressant, que si ces danseuses à calathos ne remplissent pas, à proprement parler, la fonction de caryatides architecturales, elles rentrent du moins dans l’ordonnance de la colonne qu’elles sur-

St-Pétersbourg, 18G6, pl. III. — 9 Noter l’analogie de ce costume avec celu des jeunes filles de Sparte tel que nous le montre la statue du Vatican. (Cf. cursus, fig. 2233). — 10 Les danseuses de Trysa portent un chitôn tout d une venue des épaules aux genoux, marquant à peine la taille. Les caryatides de Delphes ont un chitôn analogue, mais serré par une ceinture. — 11 Stephani, C. rendu de St-Pétersbourg , 1805, p. 60 ; Emmanuel, Essai sur Vorch. grecque , p. 3U4. Il y avait dans le culte de l'Arlémis d’Ephèsc un collège des à*oo?àT-zt dont le nom vient peut-être de ce qu’ils exécutaient sur les pointes des danses sacrées analogues à celle du xaAaOiaxo;. Cf. Insc. du British Mus. n° 481, ligne 374. 11 est encore question d'un àxooSàvy j? dans l’inscription n° 589 b du Brit. Muséum.

— 12 Ce détail est très accusé, par exemple, sur les bas-reliefs de Berlin et sur les figures de l’Hérôon de Trysa. — 13 V. Krausc, Op. cit. Il, pl. xxu, fig. 85.

— 14 Voir un des bas-relu fs de Berlin et Clarac, Mus. de Sculpt. pl. ci.xvm.

— 15 Clarac, Op. cit. pl. clxvii. — *6 Cf. 0. Müllcr, B. Dor. II. p. 341. — 17 Emmanuel, Essai , fig. 587. — 18 Clarac, Op. cit. pl. clxvii. — 19 Homolle, Bull, de corr. hell. 1897, p. 008; Ni'sson, Op. cit. p. 187. — 20 SDphani, C. rendu de St-Pétersbourg , 1865, p. 21 sq. — 21 Clarac, Mus. de Sculpt. pl. ci.xvi.

— 22 Welcker, Antik. Denkm. Il, pl. vu, 12. — 23 Muller- Wicse 1er, Denkm. d. ait. Kunst. Il, 20. — 24 Fouilles de. Delphes , t. IV, pl. i.x et i.xi. Cf. Bull, de corr. hell. 1897, p. 603 sq. M. Homolle indique comme auteur possible de ce groupe de danseuses Paconios de Mendée. Mais il reconnaît que le nom de Lacaenae saltant.es par lequel ou désignait une des œuvres les plus célèbres de Callimaque leur conviendrait très bien, M. Léchât ( La sculpt. grevque avant Phidias, p. 490), voit dans les caryatides de Delphes une réplique des Lacaenae saltunt es de Callimaque. Cf. Furtwangler, Meisterwerke, p. 202. — 25 Cf. Homolle, Loc. cit.

montent ; la position de leur bras levé peut être rapprochée de l’attitude qui sera notée parfois comme caractéristique des tigures monumentales *, et l’on peut dire qu’en apparence elles contribuaient à soutenir par leur geste l'ex-voto qui les couronnait. Il reste donc possible qu'à l’origine, la sculpture se soit inspirée de la danse des Caryatides qui était une des plus célèbres variétés de la danse du xakaOitixoç. En se répandant et en s’appliquant à toute sorte d’édifices, le motif populaire de la Caryatide se serait transformé, et adapté de plus en plus étroitement, par les détails du vêtement et de l’attitude, aux grands ensembles architecturaux 2. Aussi les Caryatides du type classique immobilisées et comme stylisées dans leurs voiles ne peuvent-elles plus nous donner la moindre idée des danses, même si elles en dérivent. D’autres monuments, parmi lesquels le groupe des danseuses à calathos de Delphes figure en première place, nous permettent heureusement de les retrouver.

•i. La danse des Caryatides représente pour nous toute une série de danses qui sortent déjà du domaine de l’emmélie telle que l’entendait Platon. Elle nous fait passer naturellement aux danses d’un caractère orgiastique très nombreuses dans la Grèce antique 3.

Ces danses tenaient une grande place dans les cultes d’Artémis U Celui d’Artémis Korythalia à Sparte, où la déesse apparait avec un caractère très net de déesse de Infertilité, de la fécondité, et de divinité courotrophe, est particulièrement intéressant à cet égard1’. Artémis xoouO x'/J.-x était honorée par les danses des xoç,u0otXt<jToiat et des xuptrroî dont la vivacité allait souvent jusqu’à l’indécence*1. Une danse fort analogue est celle de la xaXafhç 7 qui consistait surtout en des mouvements immodérés des hanches, parfois suivis des grands écarts. Ces danses étaient probablement accompagnées de chants, tels que les xaXa^ouroi, chantés en l’honneur d’Artémis Déréatis et qui accompagnaient sans doute, dans le culte de cette déesse, l’exécution de la xaXa^ti;8. On doit rapprocher de cette danse celle des |3ptAXt/tGTai, exécutée surtout en Laconie par des femmes ou par des hommes portant des vêtements et des masques féminins9. Selon Pollux, elle était dansée non seulement en l’honneur d'Artémis, mais encore en l’honneur d’Apollon10. Divers cultes d’Artémis, nous offrent encore des danses d’un caractère orgiastique; ce sont par exemple, les danses d’Elis, en l’honneurd’Artémis Kordaka11, ou celles qui prenaient place dans les cultes d’Artémis Limnatis 12 et d’Artémis Alpheiaia. Nous retrouverions des danses analogues en plusieurs points du monde grec 13.

On a vu que les danses voilées intervenaient sans doute dans le culte de Déméter; or si la plupart de ces danses

1 Alli. VI, 241 d. — 2 « La statuaire ainsi incorporée à l'architecture est traitée d’une façon vraiment monumentale : point de geste violent qui contraste avec l’immobilité d’une construction de marbre. « A. Choisy, Hist. de l'Architecture , t. I, p. 377. — a Ces danses intervenaient fréquemment dans les rites des diverses associations religieuses. Cf. F. Foucart, Les Assoc. relig. chez les Grecs , p. 59, G7, etc. — * Les danses très vives et libres des jeunes tilles lacédémonienncs en l’honneur d'Artémis étaient fort connues des anciens; cf. Schol. Eurip. Hec. 934: on a parfois voulu voir un souvenir de ces danses chez Virgile ( (leorg . II, 487) : Virginibus bacchata Lacaenis Taggela. — ° Artémis Korythalia est la déesse de la xopu0à).Ti ou viçuQaXlç. Ces noms, en Laconie et dans les colonies doriennes d’Italie, désignent la branche de Mai appelée tt?E<ruùvq dans les pays ionhns [eiresione). Cf. Nilsson, Dp. cit. p. 183 sq. — 6 Ilcsych. s. v. xoç'j'ia/.tVc^tai et xu^ittoL Cf. Nilsson, Op. cit. p. 184. — ~ Ath. XIV, 630 fl. Ilcsych. s. v. xaXa?tç et xa/."/,tôâvTe; *, Pholius, xaXXaotàeî'Tfc Siaoa-.vE v àç/TjlJidvt.»; xai $icXxttv va lay/a xaT; /Eptfîv. — 8 Nilsson, Op. cit. p. 188. — 9 Ibid. p. 187. — 10 Poil. IV, 104. — U Paus. G, 22, 1 ; Nilsson, Op. cit. p. 187.

étaient assez proches de l’emmélie, quelques-unes appar. tenaient certainement à un mode beaucoup plus vif11 Nous savons, d’autre part, qu’aux fêtes de Thesmophories les femmes dansaient particulièrement. l’oxÀaaga ls; elles s’accroupissaient, les genoux à terre, et brusquement rebondissaient avec vigueur. Les danses exécutées en l’honneur de Déméter se distinguaient généralement par leur rythme entraînant et passionné; celles des Cory. hantes, ministres légendaires de la déesse16, bien qUe distinguées par les anciens des danses dionysiaques ”, sont très analogues à ces dernières. Elles comportaient un bruyant accompagnement de cymbales et de crotales, et sur tous ces points les rites du culte de la Mère des Dieux sont souvent rapprochés des rites du culte de Dionysos18. Il n’y avait d’ailleurs pas entre ces deux espèces de danses que des ressemblances fortuites; les unes et les autres nous ramènent toujours vers les peuples de l’Asie, qui semblent avoir eu une grande part dans leur constitution et leur expansion19.

Passons donc à l’étude des danses dionysiaques qui sont pour nous le type le mieux connu des danses orgiastiques20. On se fera une idée assez exacte de ce genre orchestique en considérant les danses du thiase bachique exécutées par les Bacchantes, les Ménades, les Satyres elles Silènes. Un grand nombre de monuments figurés et plusieurs passages des Bacchantes d’Euripide 21 nous les représentent d’une façon très vivante. Les danses dionysiaques sont caractérisées beaucoupplus par les positions du corps et delà tête que par les pas eux-mêmes ; la chevelure dénouée e t cou ron née de lierre, danseurs et danseuses se penchent ou sé cambrent en jetant violemment la tète en arrière ou en avant22. Une peinture de vase nous en donne une belle représentation d’ensemble. On y voit plusieurs Bacchantes qui se livrent à des mouvements très vifs ; trois d’entre elles se tiennent penchées, la tête baissée et semblent suivre des yeux le mouvement du pied qu’elles allongent en avant 23 (fig. 6065). Mais les Bacchantes ne sont pas toujours ployées sous le poids de l’ivresse et de l’extase ; plus fréquemment encore, nous les voyons danser le corps cambré et la tête renversée en arrière21 (fig. 6066); elles exécutent alors un ensemble de mouvements que M. Emmanuel a restitué ainsi : la danseuse s’avançait rapidement à petits pas courus, ou sautés, sur la demi-pointe. Au bout de trois ou quatre pas, elle prenait, en pliant légèrement sur la jambe droite, un élan plus vigoureux, et jetait sur la jambe gauche, en retirant fortement la jambe droite, pendant que le corps se cambrait violemment comme si le pied et le dos allaient à la rencontre l’un de l’autre. Cette cambrure très forte ne pouvait naturellement être

— 12 Elle avait un temple sur les connus de la Laconie et de la Mcsaénie et un auUc encore à I’alrai ; cf. l’aus. 7, 20, 7 ; Nilsson, Op. cit. p. 210 si|. — 12 Nilsson Op cit. p. 1S7. — Cf. p. 1036, note 12. V. le groupe de Milo. Ucuzey, Fig. de terrt cuite du Louvre , pl. xxxvn, u® 2. — 1® Coll. IV, 100. Pfuhl, lie Aheniensiiue pompis sacris , p. 57. — m Luc. De sait. 8 ; Strati. X, c. 409, p. 659. — 1 l J distinction est bien faite par le scoliasle de Y Ajax de Sophocle. Cf. Kraiisc, Op. cit. Il, p. 832. — 18 Slrab. X, c. 469, p. 660. Strabon s'appuie du témoignage t’indarc et d'Euripide. Cf. les fig. 2195, 2197 et 2021 . — 19 Strab. X, c. 409, p- 659; Euripid. Dacch. v. 482 £1 {ja&Sâowv t«S’ ô,yia; tous les barbares célèln e ut

par des danses les mystères de Dionysos. — 20 Notons, d’ailleurs, que le carai'1 ,R orgiastique et, par suite, les danses de la même nature ont fini par s étemli < dans la Urèce môme au culte de plusieurs divinités. Cf. Strab. X, c. 1 p. 058. - 21 Cf. Dacch. v. 185, 188, 240, 724, 943, etc. — 22 Emmanuel, p. 101-103. —23 Emmanuel, Op. cit. p. 203 et lig. 438-439. V. cnc. Hauser, Ncu-att. Reliefs, pl. ii, n® 22. Cette altitude caractéristique se retrouve Dosd. Inst. Supplément, pl. xxiv-xxv. — 24 Slackclberg, Grüb. d. Hcllcn. pl- N*°'

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^intermittente ; après les mouvements qu’on vient de décrire la jambe droite retombait, la cambrure s'effacait *! . le redressement progressif du torse; la danseuse ^commençait alors une série de petits pas, bientôt inter¬

avant ou en arrière5, et il est curieux d’observer que la danse des Bacchantes se métamorphose parfois en une sorte de danse des voiles10. Dans l'agitation de la danse, les manches des danseuses, largement ouvertes,

Fig. 60G5. — Danse de Ménades.

rompus par un nouveau jeté-cambré ’. Il est possible que dans certains cas les jetés-cambrés aient été alternés avec des tlexions du corps en avant2. Ces altitudes et ces pas, chers aux Bacchantes et aux Ménades, se retrouvent sur un grand nombre de reliefs 3 et de vases peints. Scopas avait popularisé leur aspect par sa célèbre statue qui représentait une Ménade en délire1. Bien avant lui d'ailleurs, l’art s’était inspiré de ces danses comme

semblent les parer de grandes ailes 11 (fig. 4766) ; ou bien les Ménades déploient leur pardalide ou leur himation’2. Parfois enfin, les danses dionysiaques sont exécutées par des danseuses presque complètement voilées, mais dont la rapide allure écarte toute idée d’IggsXeta ’3. Quand les danseuses ne sont pas occupées à déployer leurs voiles, elles portent souvent leurs attributs ordinaires, thyrse u, tympanon ’“, crotales’6, ou torche et

Fig. G0G6. — Danse dionysiaque.

le prouve la série de bas-reliefs publiés par M. Winter6. Les principaux traits que nous avons déterminés se compliquaient, d'ailleurs, s’enrichissaient d’une infinité de détails : c’est ainsi que pendant la cambrure, les bras de la danseuse sont croisés derrière son cou 6 ou écartés sur les côtés1, ou élevés au-dessus de la tète8. Ailleurs, la danseuse accompagne son mouvement du déploiement de son écharpe tenue des deux mains en

thyrse en même temps17. Avec des tlexions en avant et des cambrures, les danses dionysiaques comprennent un grand nombre de pas tourbillonnants, effectués sur les pointes ou les demi-pointes ’8. Une peinture de vase donne une juste idée de la vivacité de ces pirouettes. Dressée sur les pointes, les bras levés audessus de la tête, une Ménade tournoie au son du tympanon, tandis qu’une de ses compagnes, à qui sans doute

• , mi6"ue'* Essai, P- 197. L’analyse porte sur les mouvements de la cinj'rme , anseuse de la planche de Slackelberg (Gràb. d. HeVen. pl. xxiv). Bai ^eux mouvements 6onl Lien marqués dans deux figures successives, cl’. 1 cr g* t' ' P S48’ — 3 Hauser, Neu-atl. Reliefs, pl. u, fig. 24 à 31. —

— 5 Wini ieU - ^U1 ^aeaade des S/copas. Mélanges Perrot, p. 317 sq. pl. v. D or w.,0r’ Jeb' ein Vorbild neu-att. Reliefs ( 50' Winckelm. Progr. Hall. 1890, ’-v) ; c'- Collier. Mo;. G,

bas-reliefs ben

ces, 1889-90, p. 23 sq. M. Winter considère les 1° '* a lu,bliés comme des originaux grecs du ve siècle. — t* Slackelxxiv, tig. 4. — i Ibid. lig. o. — 8 Uumonl-Cliaplain,

'8. A Grill, d. Hellen. pl.

Céram. de la Grèce propre, I, pl. xn, xm. — 9 Ibid. fig. I ;V. eue. pl. 1.11 ; Furlwangler-Reichbold, Griec/i. Vasenm. pl. xxx. — 10 C. rendu de St-Pêtersb. 1869, pl. iv ; Hevdemann, Ueb. e. Verhül. Tdnz. p. 6. — il Harlwig, Meisterschaleti pl. xxxit. — 12 Furlwimglcr-Reicliliold. Griech. Vasenm. pl. xux. — 13 Griech. Vasenmal. pl. i.xxx. — 1* Griech. Vasenmal. pl. xxx. — Griech. Vasenmal. pl. lxxx; Mon. d. Inst. 1 V, pl. xvi. — 16 Griech. Vasenmal. pl. xi.iv ; A. Ion. d. Inst. IV, pl. xvi. — i' C. I tendu de St-Pétersb. 1802, pl. v; AJus. Chiaramonti, I. pl. xxxvi-xxxix. — 18 Slackelberg, Ü. Grüb. d. Hell. pl. xxiv, fig. 5; Mon. d. Inst. IV, 16.

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elle vient de succéder dans la danse, tombe épuisée dans les bras d’une autre Ménade *. Ajoutons que le caractère religieux de ces danses est indéniable : on les voit souvent exécutées auprès d'un autel ou en présence même de Dionysos2. C’étaient avant tout des danses de mystères, auxquelles se livraient les initiés en délire, comme les Bacchantes d’Euripide nous permettent d.e le supposer. 11 est, d’ailleurs, possible que les danses dionysiaques n’aient pas toujours été consacrées à Dionysos. Une belle peinture céramique du Louvre représente la danse que nous avons décrite exécutée par les Nymphes en présence d'Aphrodite 3, et c’est Aphrodite encore qu’on y voit présider sur une base sculptée du Musée Chiaramonti U

Les Satyres et les Silènes pratiquent aussi la danse à indexions du corps en avant et à cambrure 5. Mais généralement, leur danse est plus simple et plus animale. Accroupis à terre, ils sautent juste assez haut pour avoir le temps, avant de retomber, d’allonger la jambe qui était repliée sous eux et de replier la jambe allongée 6. Surtout, ils se livrent à des sauts et à des gambades mêlés de postures et de gestes obscènes. On les voit danser entre eux ou en compagnie des Ménades . Sur toute une catégorie de vases peints, qui sont en général de fabrication corinthienne,.8, Satyres et Silènes sont remplacés par des personnages burlesques (fig. 3859) qui exécutent une danse fort animée à laquelle assiste parfois Dionysos 9. Vêtus d’une tunique serrée au corps et d’une sorte de caleçon très court, ils se dépensent en force gambades, et font des contorsions si ellrénées que leurs déhanchements ont souvent l’air d’être accusés par des postiches. Les mouvements accentués et très anguleux de leurs bras et de leurs mains ne sont pas moins caractéristiques. On pourrait considérer ces personnages comme de simples mortels s adonnant à des réjouissances bachiques, ou comme des adorants humains de Dionysos ,u. Mais M. Dümmler, le premier, a soulevé la question de savoir si ces danseurs n’étaient pas de véritables démons dionysiaques", et cette opinion tend à prédominer aujourd’hui12. Leur danse aurait ainsi une valeur et une signification religieuses particulières. Souvent, d’ailleurs, sur les vases peints, à côté des danses exécutées par ces démons dionysiaques, celles de leurs imitateurs humains peuvent figurer sans rien qui les en distingue ; les décorateurs eux-

i Dumont-Chaplain, Céram. de la Grèce propre, I, pl. xii-xm. Noire fig. 4772. Môme détail, Wclcker, Ant. Denkm. Il, pl. v, P. — 2 Leuormant et de Wille, Mile Cèramoq. IV, 01; l’aoofka, Mas. Dtacas, XV; .Vus. Uorbonico , XII, 21; Vorlegebtütter, 1891, VII. Quelquefois Hermès est adjoint à Dionysos ; Cf. Gerhard, Auserl. Vas. 285, 286. — 3 Pottier, Mon. Grecs, Il (1889-90), p. 23, pl. ix-x. — 4 Mus. Chiaramonti, I, pl. xxxvi-xxxix. — « Voir par ex. le beau camée du cabinet des Méd. Babelou, Calai, pl. x. u. 94; Emmanuel, Essai, fig. 579; cf. Hauser, Neu-atl. /tel. pl. I, fig. 19- — 6 Emmanuel, Essai, p. 195 ; V. nos fig. 3320-3321 ; cf. Mus. Horb. VU, 50. — Roulez, Vases de Leyle. pl. v, 2. — » Dumont-Chaplain, Céram. de la Grèce propre, 1, p. 240. n. 1 ; on les trouve aussi dans la céramique altïquc, au temps où celle-ci subit l'influence de Corinthe, cf. Kürtc, Arch. Gtad. sur ait. Komôdie (■■ ahrb . d. Inst. VIII (1893i, p. 911, [histrio, p. 221J. Pour les principales peintures de vase représentant ces danseurs burlesques, cf. Annnli d. Inst. 188', lav. D, (Kiirle art. cit. p. 91, fig. 8). PoLLier, Vases antiq. du Courre, p. 55, E. 632; Bcnndorf, Griech. u. Sicil. Vas. pl. vu ; Dumont-Chaplain, Dp. cit. I, p. 239, fig. 50; E». 4f/. I. pl. vu : Jahrb. d. Inst. XIII (1898), Anz. p. 131, n" 1 1 ; Arch. Zeit. 1881, pl. xii, I, et xiu, 4.-9 Knrte (art. cit. p. 92) tient pour vraisemblable que sur le plat publié par Bcnndorf, c'est Dionysos lui-môme qui est représenté audessous des danseurs. — 10 FurlwSugler, Annali, 1877, p. 470 ; Rhodeii ap. Baumeister, Denkm. III, p. 1962; cf. Loeschcke, Ath. Mitth. XIX (1894), p. 518.

11 Annali, 1885, p. 129. — 12 Sur le vase du Louvre (Pottier, Vas. antiq.

p. 55, E 632) (.f. Annali , 1885, lav. 0) les danseurs sont désignés par des

mêmes ne savaient sans doute pas toujours exactement quelle était la nature des personnages qu'ils représentaient Quelques peintures paraissent hjen nous montrer de simples kômastai s'adonnant à une danse tout à fait identique à la précédente" et qui est alors une danse de réjouissance bachique beaucoup p]u tôt qu’une danse religieuse. Nous aurons occasion d’v revenir à propos des danses du kômos. Mais ajoutons dès maintenant, que ces danses bachiques, au sens le plus courant du mot, intervenaient aussi dans les solennités religieuses; elles accompagnaient la procession des Lénéennes 15 et les phallophories des Dionysies des champs et du Pirée"1 [iiionysia, p. 233). Des danses diverses, parmi lesquelles on doit noter les danses mentionnées plus haut qui étaient exécutées par des hommes déguisés en Nymphes Bacchantes et Heures, figuraient aux Anthestèries 11 .

Mentionnons enfin, parmi les danses dionysiaques, une danse d’un aspect assez particulier, justement nommée danse des mains jointes'*, que plusieurs monuments nous montrent exécutée par des personnages revêtus d’habits asiatiques. Leurs pas et leurs gestes offrent une grande diversité. Tantôt le danseur ou la danseuse court sur les demi-pointes19, tantôt il exécute des dégagés très nets 20 ; ou bien il dégage et plie, saute et retombe en jetant21. 11 arrive aussi qu’un des genoux du danseur louche la terre comme dans les danses accroupies signalées précédemment22 ; son corps est souvent courbé en arc de cercle à droite ou à gauche 23 ; parfois, au contraire, dressé sur les pointes, il tournoie rapidement [bacchus, fig. 676] 24. Mais en général ces danseurs se rapprochent par un Irai L commun : tous élèvent leurs bras tendus et leurs mains unies au dessus de la tête. Dans quelques cas seulement, ils se bornent à porter leurs mains jointes sur le côté du visage 2S. Un exemple caractéristique de cette danse est offert par une peinture de vase représentant deux Amazones qui évoluent autour du trône où est assise leur reine 26 (fig. 6067). « Elles tournent de chaque côté du haut siège, en face l’une de l’autre, et en sens inverse, si l’on s’en rapporte à l'aspect du coup de vent qui gonfle leur tunique courte... La danseuse A n’exécute qu'un tournoiement par piétinement sur la demi-pointe; lu danseuse B semble se livrer, tout en tournant, à des glissés simultanés des deux pieds. De plus, elle accom-

nonis. L’un d'eux appelé qui est un nom de Dionysos à Halicaruaase,

est évidemment ici un démon bachique. Cf. Korte, art. cit. [Jalirb. d. Inst p ;i|) ; m. Loeschcke, apporte un nouvel argument en faveur de cette thôsc eu publiant un vase sur lequel des danseurs analogues foui partie du cortège d'Héphaisloi retournant dans l’Olympe (cf. Ath. MUth. XIX (1894), p. 518 cl pl. vin); V. enc. Arch. Ane. de 1898, p. 131, n" 11; cralèro corinthien décoré de six groupes de danseurs grotesques analogues ; le nom d’un des danseurs est le même M*11relui que porte un Silène sur une amphore de Chalcis et le nom d une des seuses est celui qui désigne une Bacchante sur une coupe de Naples. — 13 lv01',c' art. cit. p. 92. — <4 Mon. d. Inst. X, 52; Boulez, Vases de Leyde, pl. v, n"-. hurlwnngler, Colt. Sabouro/f, pl. xi.viu ; Holweida, Jahrb. d. Inst. 1 1 fig. à la p. 251, etc. — 15 Pfulil, De Ath. pompis sacris, p. 67. — 16 Ffuld. Op. Mp. 63, 64. On tropvo une parodie de ces cortèges dans les Acharnions, v. 241 ■ »'l- — n Cf. P. Foucarl, Culte de Dionysos en Attique, p, 119 et 130. Aux 1 h' de Dionysos, on exécutait aussi parfois des danses eu l’honneur des aid" dieux. V. A. Mommsen, Eeste d. Stadt. Athen, p. 437 (Dionysies Urbaines). Xonopli. Hipp. 3, 2. — 1» Emmanuel, Essai, p. 210. — 19 Emma'"11' Essai, lig. 403. — 29 C. rendu de S.-Pétersb. 1860, pl. ni. - -' V. Emmaiiue. Essai, p. 212, 213 et les figures. — 22 Antiq. du Bosph. Cimmérien , pl. '-‘H lxx-, cf. Winter, Antilc. ferrakotten. Typen, III2, p. 157, n» 5. — « Ingl"»1"1' Vas Etrusch. Il, 184; Ivekulé, Terrakolten ». Sicil. 58; lleuzey, Fig. antiq. Mus. du Louvre, pl. xxxvu, 2. - 24 Mon. d. Inst. I, 50. - 25 PoUicr-Ke.n»* Necr. de Myrina, XXVlil. 3. — 29 .bon. d. Inst. IV, 43.

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