Khshatrapavân Fig. 0120. — Poêlon
« le maître du pays »,
dont les Grecs ont fait âçaxpàTiYj; *, i7aTpx7rqç ou <raôpâ7t7jç 2, était le nom donné par Cyrus aux gouverneurs des vastes provinces qu’il créa dans son nouvel empire. Presque aussitôt après l’avènement de Darius, le nombre des satrapies fut porté à vingt 3, mais il varia souvent sous les successeurs de ce principal organisateur de l’État perse. Les satrapes, représentants du Grand Roi, avaient une cour princière elune puissance presque absolue. Ils réunissaient entre leurs mains tousles pouvoirs administratifs et judiciaires. Ils devaient, en particulier, veiller au
Sùliriadis, Athen. Mitteil. 1903, pl. xu, 7. La désignation de ces point coinnu provenant de sarisses a reçu l'assentiment de Kromayer, Wiener Studie 1J0'’ P' lt,- ' e ut-être est-ce la même arme que porte la M ace] onia des mo ouïes du Koinon macédonien (Gaebler, Antike-Münzen Nord-Griechenland l' n, --). Selon Kœchly, ()p. cil. III, 215, la sarisse était xodpnvE; -ri. mSijpov ; opposer le fer en forme de lame plate à double tranchant pour expliquer n r-i.jZrxçwr! de la glose d llesycliius. — 2 A Pompéi, souvent reproduite, Mu 111 Mil, p|. xxxvi ; Muller-W iesclcr, Denkm. d. oit .Kunst. pl. lv, 273 et Noir musivum, p. 2103, noie l.
^SAIvoixia. 1 l'aus. Il, 32, 10. — 2 Paus. Il, 30, 7; cf. Prd 1er- Robert, Criée
Jni • ^ 11 5 ~ 3 a *‘l0uv^ ^ Épidaure deux dédicaces à Artémis Eaçwvto
v j| '' 1083, 1 108. — 4 Paus. III, 24, 0. Sur les Saronia, c
W'Isson, Griech. Feste, p. 220.
P rr" ' Sordidlim nomen ; Quintil. VIII, 3, 21. - 2 Siscnn. ap. Non. Il XXXI ' : Capilolin- 'v- Aurel. 13; Sidon. J£p. IV. 18; Amis. Marco
Mon 7-, 0'P' !/!0SS' U1, l78> 5a- - 3 Juv- RL 254: cf- V, 22. - 4 Cic. j
ajoutent •' '.'n ^ L' c‘ Toi|t cc 'luc Giuzrot et Ricb, Dict. des Ant., s. x
pourquoi |C° 6 düflniÜ011 nc ressort pas directement des textes. On ne voit p traire es| '| Sa"'"cum aurail eu nécessairement des ridelles sur les côtés; le co pari à nro',' P1 °t»at»le. Les roues pleines ( tympana ), dont il n’est question nul conviennenM ' i* Sarrac"m' ncn sont pas davantage un élément essentiel; ell M. Bliirni ..°U ,aussi.1"cn au ri.Au STRU m , —3 Edict. ûioclet. XV, 31 a, 32,3 Mai-cell. , P’ <nstT’ laL "h Suppl. (1902), p. 2208. — 6 Mss. d’Amr
Prob. I„S C , ' H°m' 1L IV> 485 ; Thuc- *>, 247 i Plut. De lilj. erluc. 4, p. 2 L
P- 110, 22 Kcil ; Mar. Victorin. Ars gr. 1, 15, p. 50, 17 ; Corp. glos
11, 195, 54; 334, 2; 338, 27 ; Ps. Augustin. Deprinc. dial. éd. Maurin, 1. p.615 F; Mommsen, Ber. d. S/ichs. Akad. d. Wias. 1851, p. 75; Waddinglon ad Edict. L. c. et Murquardt, Privatleb. d. Boni. p. 732, ont donné une autre explication, qui se trouve aujourd'hui coudamnée par un meilleur déchiffrement du texte. V. Loring, Journ. of hell. étudiés , XI, p. 309 et Blümner, Ad h. L — 8 Plut. Consul, ad. Apoll. 5, p. 103 F : Scliol. ad Hom. II. V, 724; Hcs. Op. et d. 420 ; Eur. Uipp. 1232; fragm. 779, 2 (Nauck); Poil. I, 144; Arclicstr. ap. Ath. VII, 320 B. — 9 Purs. V, 71; Mart. XIV, 108, 2; Prub. ad Virg. Geo. 1, 163; Corp. gloss. II, o38, 27 ; Lf. Hesycli. s. v. Hom. II. V, 725 et
Scliol. Ad II. L-, Suid. Hesycli. s. v. ixiaoojvp» ; Poil. I, 144 ; Corp. gloss. 111, 195, 57 ; 2G2, 45 ; Ouint. I, 5, 8. — Bibliographie. Scheffcr, De re vehicutari veterum (1654), p. 60 ; Ginzrot, Wagen und Fakrwerke d. G. u. H. (1817), I, cap. XXX, Dus Sarracum, p. 248 et pl. xv, 3 (reconstitutions de l’auteur d’après des exemples modernes).
SARTAGO. 1 Sid. Apoll. Ep. IX, 14 : frictum in sartagine; lsid. Or. XX, 8, 5 : Sartngo ah strepitu sorti vocata guando ardeat in ca oleum ; cf. Plin. H.nat. XVI, 22. Pour le grec T>iy«vov, v..ir Pollux, X, 98 et les comment. — 2 Alexand. ad Aristot. Aleteor. IV, 3, p. 129. — 3 Digest. XXXIV, 2, 19, § 12. - 4 Notamment à Naples ; Al us. Borbon. V, pl. 58, 595 ; Ceci, Piccoli bronzi del Mus. di Napoli , pl. i, 20, 27. — 5 Bull, de la Soc. des Autiq. de France, 1813, p. 294,
SATRAPA. 1 Theopomp. ap. l'Iiot. Bibl. cod. 177, p. 120 a 24; Lcbas-Waddington, 388, 2 ; cf. 377 ss., 1051 ; Michel, Recueil, 471 ; 804 = DiUcnbcrgcr, Sylloge â, 95 ; 573. — 2 n «P x>ov auSpwnav : Michel, Recueil , 363, 19 = Rilteuberger, Orientis inscr. 4 et note 9. To7ç aaSçàitY|?tv : Comptes rendus Acad. Jnscr. 1905, p. 90. — 3 Herod. 111,89.
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maintien de l'ordre et assurer la sécurité publique, et ils jugeaient au civil et au criminel. Ils levaient les impôts, dont ils versaient le montant au trésor royal. Ils commandaient aussi les troupes de leur province et exerçaient leur autorité non seulement sur les sous-gouverneurs, qui lëur étaient subordonnés, mais sur les dynastes locaux et les villes de leur territoire. Généralement, ces hautes charges étaient réservées à des nobles perses, bien que le souverain y admit exceptionnellement des fonctionnaires de toute race et de toute origine. Nous n’avons pas à insister ici sur les détails du système de gouvernement des Achéménides1.
La division en satrapies se perpétua dans l’empire des Séleucides, mais leur étendue fut fortement réduite. Séleucus en établit soixante-douze2, triplant ainsi leur nombre et diminuant, en proportion, la puissance de dignitaires qui auraient pu devenir dangereux pour sa Maison2. Toutefois, ce morcellement ne parait avoir all’ecté que le centre de l’Empire, le pays où furent fondées les villes nouvelles 4 : la satrapie ne comprend souvent plus ici que le territoire d’une cité5. Seulement, le gouverneur ne porte plus le titre officiel de <raTpa7C7)ç, qui n’apparaît pas, comme «rarpairEta, dans les textes épigraphiques6; mais, semble-t-il, celui de <rrpaT7)Y<îç [strategos]. Le stratège, au moins dans les grandes provinces, a sous ses ordres des Ü7tapyoc, chefs d’une Û7tapyia7.
Si dans les pays hellénisés, le vieux nom oriental disparut, il se maintint, au contraire, dans l’est de l’Asie Mineure, qui était au pouvoir de dynasties et d’une noblesse d’origine iranienne 8. Des satrapes héréditaires y gouvernaient les cantons où s’étendaient leurs domaines et qui formaient de véritables fiefs. Tandis que l’ancien titre des grands officiers des Achéménides n’est plus guère usité chez les Parthes9 et qu’il est remplacé dans l’Empire sassanide par celui de marsbûn10, il subsiste en Arménie11 et dans les régions voisines jusqu’àlaconquête musulmane. On voit les xaî fiaa-tAetç de la fron¬
tière apporter des présents à Trajan12; une loi de 387, adressée au satrape de Sophène, parle de l’or coronaire que paient senundum consuetudinem moris antiqui omnes satrapae pro devotione quae liomano debetur imperio'3. En effet, cinq satrapes, héréditaires jusqu’au règne de Zenon, plus tard viagers, recevaient l’investiture des empereurs romains11, et quand Justinien constitua la province d’Arménie quatrième, il enleva leur pouvoir aux « satrapes » indigènes qui gouvernaient encore les tribus du territoire annexé16. Au delà de la
1 Je me borne à renvoyer à Maspero, Hist. des Peuples de l'Orient , III (1899), p. C88 et à Ed. Meyer, Geschic/ite des Altertums , t. III, 1901, p. 50 sq. On trouvera là (p. 12) la bibliographie anterieure (Krumbholz, De Asiae Minoris satrapiis persicis , Leipzig, 1883 ; Buchholz, De Persarum satrapiis. Leipzig, 1894, etc.) Meyer prouve (p. 71 sq.) que le satrape était un chef militaire aussi bien que civil. — 2 Appian. Syriac. 62. — 3 Kbliler, Sitsungsb. A/cad. Berlin , 1894, p. 450; Haussoullicr, Histoire de Milet et du Didymcion , 1902, p 92 sq. — 4 Niese, Gesch. der griech. Staaten seit der Schlacht von Chacronea , l. II (1899), p. 93 sq. — 5 Strab. XVI, 2, 4, p. 749 C; cf. Dittenberger, Orientis inscr . p. 262, 7 : Tijç itepï Anàneiav (xa-rpaîTEtai;. Kôlllcr, L. C. : Tuiv te EoXetoiv *ai <raTpâir[ou toù ?] aùxôÔEv. Cf. Hübschmann, Armenische Etymologie, p. 208, n° 461.
— c On trouve dans les inscriptions des Séleucides «TarçairEta : Michel, Recueil , 35,
L -9 = Dittenberger. Or. inscr. : T^i 1©’ ,E7k£(TTcôvTüj iraToaiïEta ; cf. Michel, 40, 1. 4 — : Dittenberger, 224, 4. Ea-coâit»i; n'apparaît que dans les textes littéraires: Polyb.
V, 40, 7, etc. — 7 Haussoullicr, L. c. p. 90 sq. — * C. rendus Acad. Inscr. 1905, p. 102 sq. — 9 Je trouve seulement la mention d'uu a«-zçâ.izrl<; x5v «raxoairiv (Dittenberger, Orient, inscr. 431, 3), mais on ne voit pas à quoi répond celle dignité. — 10 Nôldeke, Zeitschr. d. MorgenlCmd Gesellsch. XXXIX, p. 165, et Tabari, p. 446. —HH y a en arménien deux mots dérivés du perse khshatrapavàn : l'un directement, sahap ; l’autre, par l'intermédiaire du grec, satrap ; cf. Hübschmann, Armen. Etym. p. 208, n° 461. Les principaux satrapes d’Arménie sont énu-
frontière, l’Arménie indépendante garda sa constitution féodale et l’assemblée des satrapes continua à y exercer sur les affaires politiques une in fluence souvent décisive'1
IL On ne voit pas clairement quel est le rapport d,, titre perse de satrape avec le nom du dieu Dou-pâT^. assimilé à Poséidon, dont Pausanias11 vit à Élis une statue qui passait pour avoir été apportée de Samos18. On a rapproché ce dieu grec d’une divinité sémitique, Shadrapha, adorée en Phénicie 19, à Carthage 20 et àPalmyre21 ■ mais dont la nature et l’histoire sont encore fort obscures. Fr. Cumoxt.
SATURA1. Le féminin de l’adjectif satur (plein, rassasié, saturé) a fini par s’employer substantivement et
est resté comme substantif dans certains cas.
I. Satura lanx [lanx], plat chargé des prémices delà terre, qu’il était d’usage d’offrir aux dieux dans l’ancienne Rome ; c’était, en même temps qu’un tribut de reconnaissance, un symbole d’abondance et de fertilité2.
IL Satura , sorte de farce ( farcimen ), fabriquée avec des raisins secs, de la polenta , des pignons et qu’on imbibait de vin miellé; certaines personnes y ajoutaient des grains de grenade. On en bourrait la volaille au moment de la faire cuire. Le nom de satura donnait l’idée de la variété des ingrédients3.
III. Satura lex, loi qui portait sur plusieurs objets différents. En l’an 98 av J.-C., sur la proposition des consuls Caecilius et Didius, il fut interdit de faire voter des textes, où des prescriptions disparates auraient été réunies pêle-mêle, per saturam. On a prétendu que l’expression lex satura était une invention des grammairiens de l’époque impériale. Mais cette conclusion paraît hasardée, quoique, en effet, on ne rencontre, avant eux, que la locution adverbiale per saturam b
IV. Satura , satire, genre poétique dont les origines sont, pour nous, enveloppées d’obscurité ; nous aurions moins de peine à la dissiper, si nous pouvions déterminer par quelle dérivation le mot a pris ce sens particulier ; mais les anciens eux-mêmes ne s’accordaient pas sur ce sujet. Les explications qu’ils nous ont laissées sont lessuivantes : 1° la satura aurait été, àl’origine, une poésie plaisante et grossière, rappelant les quolibets que peuvent échanger entre eux, à la fin de rustiques orgies, des convives repus, saturi 5 ; 2° ce nom aurait été choisi par comparaison avec la satura lanx ; il évoquerait ainsi une idée de libre production, de fécondité; 3° comme la farce des cuisiniers, la satura serait un mélange d’éléments divers ; 4° d’autres ont pensé que la
mérés par Fauste de Byzance, III, 12 (Irad. Langlois, Hist. arm. I. I, P- 2-1).
— 12 Dio Cass. LXVIII, 13 (III, p. 206, Boissevain). — 13 Cod. Theodos. XII, 13.
6 ; cf Ammian. Marc. XVII, 12, 2 : optimates et satrapas. — l4Procop. De Aedif. III, 1 (p. 247, Bonn). — lü Novell. XXXI, I, § 3. — lb Voyez p. ex. Stephanos von Taron, trad. Gclzer, 1908, p. 53, 55, 61, etc. — 17 Pausanias, VI, 25, 5. — ,8 Cler' mont-Ganneau, Le dieu Satrape et les Phéniciens dans le Péloponèse, 1^-
— 19 Renan, Mission de Phénicie , p. 241 = Inscr. res Rom. péri. III, 1959 : Saxfàiïfl. Cf. Clermon l-Ganncau, Rec. archèol. Orient. IV, 3 34. — 20 C.-R • & c,u ^ Jnscr. 1906, p. 122. — 21 Wiener Zeitschr. Kunde Morgenl. VIII, U sq.
SATUIt A. 1 La graphie satira n’est probablement pas antique; satyre , H11 011 rencontre quelquefois dans les mss., peut être considéré comme un équivalent de H bonne forme latine. Tous les textes anciens relatifs aux origines do la satire ont été rassemblés par Fr. Marx (voir la bibliographie), p. exx ; sur l'orthographe, vp. ix. — 2 Diom. dans les Gram m. lat. éd. Keil, 1, p. 485, 34 ; Porphyrio a Horat. Episl. 1, 11, 12; Isid. Orig . VIII, 7, 7, etc... (Marx, p. cxx). — 3 Verr. riaccus ap. Fest. p. 314; Varr. Plautin. quaest. II, ap. Diom. L. c., àpropos de Plaut. Amphib- 667. — 4 Per saturam , Lucil. I. 48 ; Sali. Jug. 29, 5 ; Annius et Laelius iu Oral. rom. fragm. éd. Il, p. 164 Meyer ; Corp. inscr. lat. I, 198, 72: Lex satura : Vcrr. Hacc. ap. Fest. p. 314; Paul, ex Fesl.p. 315; Isid. Orig. V, 16; Diom. L. c. ; Marx, p- x1,
— 5 Diom. et Porphyrion, L. c. Dansées textes on doit lire saturis et non S<ityr,s' comme on l’a reqonnu depuis onglcmps ; Mommsen, Rom. Gesch. Ie, P- 28*
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comparaison avait dû se faire plutôt avec la satura lex1 ; 5„ enfinla satire aurait eu, à l’origine, un rapport avec le drame satyrique des Grecs, d’où elle serait dérivée 2. Kntre toutes ces hypothèses, on peut grouper celles qui tendent à faire de la satura un mélange (n°s 2, 3 et 4) ;
goirt de beaucoup les plus vraisemblables3. Elles se réduisent à une seule et même hypothèse : c’est que la sutura a été, avant tout, une farce, un pot pourri4. Mais un pot pourri de quoi? Tite-Live raconte qu’en l’an 364 av J.-C., pour conjurer une peste qui désolait la ville de Home, on célébra des fêtes, où, pour la première fois, trouvèrent place des jeux scéniques. De perfectionnement en perfectionnement on en vint, quelques années avant Livius Andronicus, à substituer dans ces divertissements publics aux vers fescennins rudes et primitifs des satires en vers d’une mesure régulière ( inpletas modis saturas), qui se chantaient avec un accompagnement de flûte et une pantomime appropriée. Nouveau progrès quand parut Livius Andronicus; le premier, laissant là les satires, il osa nouer une action sous forme de pièce {ab saturis ausus est primas argumenta fabu- (amscrere )5. Si l’on accepte la tradition qui a inspiré ce passage, on doit admettre qu’il y a eu à Rome, antérieurement à toute littérature, une satura dramatique et que son existence a été très courte, puisqu’elle aurait commencé vers la fin du ive siècle avant notre ère et cessé brusquement lorsque fut jouée la première pièce de Livius Andronicus (an 240). En ce cas, on aurait appelé satura cette association spontanée de plusieurs arts, la poésie, la musique et la danse, qui précéda la première pièce imitée des Grecs. Mais le témoignage de Tite-Live ne suffit peut-être pas pour que l’on admette l’existence éphémère d’une satura dramatique °. 11 est fort possible, en effet, que Tite-Live, par un anachronisme d’expression, ait voulu désigner des railleries versifiées, des morceaux d’un tour satirique analogues à ceux que l’on écrivait de son temps. Ils n’auraient fait que remplacer les vers fescennins, dans l’ensemble du spectacle, sans constituer à proprement parler un genre.
Enréalité, l’histoire de la satura romaine ne commence pour nous qu avec Ennius. En quoi la satura (poesis)e stelle, à partir de cet écrivain, une poésie mêlée? Varron avait publié, à l imitation du philosophe grec Ménippe, des satires Ménippées, où les vers étaient mélangés à la prose; nous avons encore des spécimens de ce genre de composition dans le roman de Pétrone et dans V Apocolokyntose de Sénèque. Mais ce n’est là q u’une variété e la satire et ce n’est même pas la plus ancienne. Si nous considérons la satire chez Ennius et chez Lucilius, Pi en ont donné les premiers modèles, il semble bien que les salurae ne lurent, à l’origine, rien de plus que us recueils de Mélanges en vers, de pièces détachées
1 Dion;
ûm., Porpliyrion, Isid., de. L.
Cssncr- Hypothèse fondée surtout
— 2 Evaniliius, De comoedia, p. 16,
Vpan i - sur fausse leçon Satyris, mais de nou-
Yolksetum T Pai' R‘bbeck’ Gesch ■ d- ràm- Dichtung. 12, p. 9 ; 0. Keller, Lut. n‘‘la, V. 75 °9' T 293 1 miolo,Jus' XIV (1886), p. 391. -3 Dieterich, Pulcilout aussi H *>l0 CS*C UUC °P‘U‘0U ni°ycnnc; c’est que la « farce » populaire élail étyniol h,/ M * 11 Usa^c c^lcz ^es Grecs de l’Italie Méridionale. — 4 Bréal, Dict. Mars l c ’ T V’: J°Ulrel’ Gesch ■ d- r6m- Li“- s" éd- h §"«; Munk, Magnin, copier Titi-Uvp*. n" , !’ L"’ V“' *• ~ 6 Val. Mas. Il, 4, 4, n’a fait que
(1903), ni ’ ’ a ,n* “er7nes, 11,225; Vahlcn, Ennianae poesis reliq . 2« éd.
Wtttires nu"5 MarX pl‘ X' ~7 Va,1,en et Mar*> l- c-; Kiessling, 2« éd. des Horace; Prolog. pl. x,x. - 3 Marx, L. c. pi. xv„. - 3 Vahfèn, pi. ccv.v ;
c est aussi ce
iPïa f vt,Jv' uiacm,
SuH^ffecenuLr “ H°‘'' ^ ?’ 32 1 '* ,39’ 155 = T’ Liv’ L’ c
que disent plus confusément les anciens : Diom. L. c. ; Scliol. Hor.
on particulier, v. Teuffel, Op. cit. § 5. — n Cic. Hep. IV,
sur toute espèce de sujets, présentées sans suite et sans ordre, comme les Araxxa et les Sûg|A£ixTa des Grecs 1 .
Qu’une seule de ces pièces, considérée isolément, ait fait 1 effet d’un mélange, d’un pot pourri, on le comprend même assez bien, quand on songe aux éléments multiples dont se compose la satire. Il faut aussi ne pas perdre de vue que chez Ennius la satire était écrite en mètres variés; chez Lucilius lui même, sur trente livres de satires, le dernier seul ne comprenait que des hexamètres dactyliques 8. Une telle diversité n’a pas été sans influer, a l’origine, sur le nom assigné à ce genre de poésie s. Il est remarquable, au contraire, que les attaques personnelles, qui en sont pour nous l’élément essentiel, ne semblent pas y avoir été introduites du premier coup. Ce fut Lucilius qui fixa une fois pour toutes le type de la satire; il en fit ce qu’elle est restée depuis, une dissertation familière en vers, sur des sujets de littérature et de morale, comportant des railleries contre certaines personnes désignées par leur nom.
La satire a toujours été dans les goûts et dans les mœurs des peuples italiques. Le vinaigre italique, Italum acetum, aurait pu aisément s’épancher dans la comédie, et il semble bien que pendant assez longtemps il eut un libre cours en eflêt dans les divertissements populaires l0. Mais, dès l’an 431 avant notre ère, la loi des Douze Tables contint, dans de justes limites, cette verve moqueuse. Elle n’établissait rien de moins que la peine des verges contre les auteurs de vers injurieux [injuria]11. Aussi lorsque. Rome commença à avoir une littérature, il ne fallut pas songer à imiter sur la scène la licence de l’Ancienne comédie attique. Le poète Naevius, pour l’avoir essayé (an 206 av. J.-C.), fut jeté dans une prison l2. Cet exemple rendit prudents Ennius et son neveu Racuvius, lorsqu’un peu plus tard ils s’essayèrent à la satire ,3. Ce fut Lucilius qui le premier14, dans des compositions du même genre, publiées entre l’an 131 et l’an 103 av. J.-C., osa, malgré les menaces de la loi, bafouer sous leurs noms réels des contemporains vivants, et même, parmi eux, les personnages les plus considérables de l'Etat, tels que Q. Mucius Scaevola l’augure, ou L. Cornélius Lentulus Lupus et C. Caecilius Metellus, ces deux derniers honorés du consulat. Bref, nous savons qu’ « il s'attaqua aux premiers du peuple et au peuple lui-même, tribu par tribu », prenant en cela modèle pour la première fois sur la comédie Ancienne, « dont il dépendait tout entier 15 ». On s’est demandé comment Lucilius avait pu jouir d’une pareille immunité et pendant si longtemps 1G. Mais il ne faut pas oublier que la satire personnelle a survécu à Lucdius; il est probable que les commotions profondes, qui agitent la société romaine au temps des Grecques et qui vont se perpétuer pendant un siècle jusqu’à l’établissement de l’Empire, ont été la véritable
10, 12; Augustin. Civ. IJ ci, II, 9 = Bruns, Foules juris rom. 6' éd. p. 28. La peine capitale ( caput ), duut il csl question là, n'est pas nécessairement la peine de mort. Cf., d'ailleurs, Cic. Tusc. IV, 2, 4; Hor. Epist. II, 1, 152; Sat. Il I 82 et Porphyr. Ad. h. I. ; Fest. 181; Arnob. Adv. gent. IV, 34; Paul. Sent. 5 4 6- Cornut. in Pers. I, 137; Mommsen, Strafrecht, p. 794 et 800; Cuq, Instit. juridiques des Domains, l’Ancien droit, 1891, p. 340, note 2. 12 Plaut. Mil 221 •
A. G cil. 111, 3, 15; Ps. Ascon. ad Cic. Verr. I. 29.— l3Enu., éd. Valilen, pi. ccxiv et 204-211 ; Pacuvius, Tculfcl, L. c. § 105, 5. 11 n’y a pas trace de personnalités dans les fragments d'Ënnius. La loi atteignait aussi la satire, car elle disait uon seulement si quis occentavisset , mais encore sive carmen condidisset, quod infamiam faceret flagitiumve alteri. — lt C’est seulement ainsi que peut s'expliquer Hor. Sat. Il, 1, 02 : Lucilius ausus Primus in hune operis componere carmina morem. — 'â Hor. Sat. Il, 1, 68. I, 4, I : Hinc omnis pendet Lucilius. — 16 Voir les explications de Marx, L. c.
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cause de celte audace toule nouvelle. En effet, on voit alors la même liberté s'introduire dans les mimes, ce qui amena, en 1 an 1 15, l’expulsion des acteurs qui lesjouaient [mimus] 1 . Que la vieille loi ne fut pas appliquée dans toute sa rigueur, malgré ces mesures de répression passagères, c’est ce que prouvent, entre autres exemples, certaines épigrammes de Catulle 2. Horace, à son tour, s est autorisé de 1 exemple de Lucilius pour justifier les railleries très mordantes dont il a poursuivi ses contemporains 3 ; mais il est évident qu’il aurait été obligé de se les interdire s il n avait eu pour complices l’opinion publique et les mœurs ’. Lui-même cependant il a peu à peu adouci sa manière ; il y a moins d’attaques personnelles dans le second livre de ses Satires que dans le premier, et aucun de ces poèmes n’est postérieur à
I an 27 av. J.-C.5; d’où l’on peut conclure, avec vraisemblance, que l’Empire, en rétablissant l’ordre dans l'État, a rendu à l’ancienne loi la force que lui avaient lait perdre, à la fin de la République, les passions déchaînées par les guerres civiles 6. C’est peut-être à Auguste lui-même qu’il faut rapporter une loi Julia, qui défendait « de s'en prendre aux vices de personnes vivantes ». Martial a eu recours à des pseudonymes 8. Juvénal n’a exercé 0 sa verve que contre les morts lu.
II est donc très probable que les prescriptions de la loi des Douze Tables, tombées en désuétude depuis Lucilius, furent remises en honneur au début de l’Empire, mais atténuées par des dispositions plus clémentes11. Et ainsi la satire directe et personnelle, dont Lucilius et Horace ont donné le type, n’a eu, dans l'histoire des lettres latines, qu’une existence assez courte; peut-être même n'aurait-elle jamais été tolérée sans les troubles profonds qui ont transformé la société romaine entre le temps des Gracques et celui d’Auguste. G. Lafaye.
SATCRiVALIA. — - Fêle romaine en l’honneur de Saturne1. Les antiquaires de la fin de la République lui ont consacré des monographies dont les résultats les plus intéressants sont venus jusqu’à nous2; le grammairien Macrobe, au ve siècle, dans les premiers chapitres des Saturnaliorum libri, en discute l’histoire et en raconte les pratiques essentielles3.
11 est assez malaisé de distinguer celles qui remontent aux temps anciens de celles qui furent innovées plus tard ’; l’origine même en est diversement expli-
1 Procès d’Accius et de Lucilius lui-même; Ithet. ad Her. I, H, 24; II, 13, 19; Man, pl. xxvu. — 2 Satire violente de Lcnaeus contre Salluslo (an 35/34); TeufTcl, § 211, 3. Sylla, cependant, avait dû viser ce cas dans la Lex Cornelia de injuriia (an SI) : Cic. Episl. III, 11, 2. Cf. injdkia. — 3 Cartautl, Étude sur les satires d'Horace (1899), chap. VII; l'Emploi des noms propres, notamment, p. 322. — 4 Hor. Sat. II, I, 80-86. — 8 Cartaull, L. c. — 6 V. l'anecdote significative racontée par Macrob. Satura. II, 4, 21. — 7 Scliol. Juvcn. I, 162 ; cf. injuria, p. 524. — 8 TeufTcl, § 302, 4.- 9 Ibid. § 322, 6 ; Cartault dans les Mélanges Boissier (1903), p. 103. — iO Juv. |. no. 11 La rélégalion et la déportation ; Mommsen, Strafirecht, l. c. — Bibmocbaphis. Dacier, Discours sur la Satire, Mém. de t'Acad. des fuser., t. II (1717), p. 199; Munk, De fabulis Atellanis (1840), p. 15; W. Corssen, Origines poesis romanae (1846), p. 146-150; Magnin, Les origines du Théâtre (1808), p. 304; Lezius, Wochenschr. für klass. philo l. (7 oct. 1891); Hcndrickson, Arneric. journal of philol. XV (1894), n. 57; Dictcrich, Pulcinella (1897), p. 74; de la Ville de Mirmont, Études sur l anc. poésie latine (1903), p. 349 ; Fr. Marx, Lucilii carminum religuiae, 1 (1904), Prolegomena.
SATURNALIA. 1 Varr. Ling. lat. VI, 22 : Saturnalia dicta ab Saturno, quod eo die feriae ejus. Cf. T. Liv. II, 21, 1. Les Latins employaient indifféremment deux formes pour désigner la fête ; Saturnalia-Saturnaliorum, Saturnales-Saturnalium. V. Macr. I, 4, 1. — 2 Les calend. ont Saturnalia, Eeriae Saturno, Saturno ad Forum et Feriae servorum. Le premier qui traita des Saturnales au point de vue historique fut Luc. Mallius, Manlius ou Manilius, un des rares patriciens qui, au temps de Sylla, firent de la littérature; viennent ensuite par ordre de date Verrius Flaccus, Julius Modestus, dans un traité ; De fieriis-, le jurisconsulte Masu-
quée. Les fables qui la rattachent soit à Janus roi Cn compagnie de Saturne, du Latium primitif, soit à ]{0 mulus qui, en instituant la fête, aurait entendu comnio morer ses propres débuts5; celles aussi qui en font one imitation des kronia athéniennes, sont d’invention assez récente 6. Les ressemblances avec les Kronia sont réelles* elles s’expliquent, moins par une transmission formelle de la Grèce à l’Italie, que par la coexistence, au sein de deux races apparentées, de faits identiques qui menaient à des usages analogues; plus encore, pour la période relativement récente des guerres puniques, par une transformation de la fête sous l’influence des livres sibyllins7 Ce qui parait véritablement latin dans l’histoire de ses débuts, c est la tradition qui la met en rapport avec le roi Tullus Ilostilius et avec Tarquin le Superbe. Le premier aurait institué la fête pour la dédicace d’un sanctuaire voué à Saturne, au cours d’une guerre glorieuse contre les Albains et les Sabins. Le second aurait songé, dans les derniers mois de son règne, à remplacer ce sanctuaire, fort modeste, par un véritable temple dont il choisit l’emplacement sur le forum8. Mais l’honneur de le construire, de le dédier et, à cette occasion, d’organiser la fêle avec plus de solennité, fut réservé à la République, deux ou quatre années après la chute du tyran’. Durant les trois siècles qui suivirent, les Saturnales ne furent, selon toute vraisemblance, qu’un épisode des fêtes agricoles qui, ommencées en automne, au moment des semailles, se prolongeaient j usqu’au solstice d’hiver10. Elles succédaient aux sementivae feriae et aux consuaua, et elles avaient pour conclusion les larentalia et les paganalia ; fixée au 17 décembre, la fête religieuse ne durait qu un jour". A l’interpréter par la nature même du dieu dont elle commémorait les bienfaits, elle était la fêle du génie caché des profondeurs, incarnation de la force qui envoyait d’en bas la prospérité aux semailles déposées dans la terre12. Elle fut donc une cérémonie, comme toutes les autres du même groupe, de caractère nettement romain et latin, et inspirée surtout par des préoccupations champêtres 13.
Les Saturnales reçurent leur organisation définitive en 217 av. J.-C., l’année même de la défaite de Trasimène, sur l’intervention des livres sibyllins, consultés pour remédier à une série de désastres et de prodiges qui avaient surexcité le sentiment religieux ’ C’est a
ri us, cic. V. Macr. I, 10, 4 sq. — 3 Ces chapitres (de 7 à 12), très riches eu Uocuments de loute sorte, sont écrilsdans l’esprit de la religion d’EvIiémère. L'ouvrage entier reproduit des propos de table, tenus entre hommes instruits, pendant la lête des Saturnales : lempils solemniter fieriatum députant colloquio libcrali, L l, init. — 4 Cf. Marquardl-Mommsen, Handbuch, VI, p. 580, 17 décembre. — B Macr.
L 7, 8 : Aram cum sacris (Janus) tamquam deo condidit quae Saturnalia nominavit. Voy. chez le même les légendes qui mêlent Hercule à l'institution de la fêle. Pour lîomulus, v. les fasti Sic. et Coelius Rliod. XXVII. 24. — 0 V. l'art. kiio»«, Ht, p. 871 et les textes cités, note 2.-7 V. chez Macr. I, 7, in fin ; (cf. I, 10), lcs vers tirés d’une œuvre d’Accius où la filiation des deux fêtes est établie sur leurs ressemblances extérieures. Pour les livres sibyllins, v. infra el T. Liv. XXII, I : cl 51BYLI.IN1 Linni. 8 Macr. I, 8. Varr. Lib. VI, Ahtiq. (qui est de aedibus sacris]. T. Liv. Il, 21 ctsATUUNus, II. — 9 Pour ces dates différentes, v. Marquardt-Mommsen, Op. cil. p. 586 ; elles varient entre 501 et 497 av. J.-C. — 10 Macr. I, 2 en appelle a" Solstitialis dies qui Saturnaliorum fiesta consecutus est ; cf. Mannbart, Mylltob>9- Forschungen, p. 161, et Grimm, Deutsche Mythol. I, p. 521 (4" éd.). — 11 F®1, p. 254, 34 et la discussion chez Macr. I, 10, 2. Pour la succession de ces fêles, toutes inspirées par une piété de même nature, cf. Preller, Roem. Mylb- 1,1 p. 5 sq. p. 15, etc. Pour le jour unique, le témoignage de Masurius chez Macr’ Doc. cit. 3. 12 0Etr, t Xaôôvvt, Herodian. I, 16, 2 et l'interprétation par latac
de Latium, Virg. Aen. VIII, 322, avec les commentateurs. — 13 Le caractère rus tique de la fête se retrouve dans une tradition conservée par Porcius Labo, >n Catilin. 17, qui dit que, au jour des Saturnales, toute la ville, mise en liesse pal 11,1 édit du Sénat, se portait sur le mont Aventin ponr y goûter une sorte de villégltt ture champêtre Irusticari). — 14 T. Liv. XXII, 1.
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celle occasion que la croyance hellénique dans un âge d’or, auquel Ivronos avait présidé chez les Grecs, se transforma au contact des choses romaines ; alors se vulgarisa la fable de Saturne, roi du Latium primitif, qui lui aurait été redevable d’une période de paix, de bonheur et de prospérité1. La fête traditionnelle devenait l’image idéalisée de ce règne, embellie de tous les bienfaits dont les malheurs présents faisaient désirer le retour2. Cette fête comportait un sacrifice au temple de Saturne, un lectislernium organisé par les sénateurs en personne, un repaspuhlic suivi de réjouissances populaires3. Et l’on s’avisa que la religion de Saturne était en harmonie avec celle d’Ops dont la fête tombait deux jours plus tard [ops], ce qui eut pour résultat de faire identifier cette divinité avec Rhea Cybèle, puis de réunir les deux cérémonies en une seule : d’où une première prolongation des Saturnales L Elles allaient en recevoir d'autres encore; ou plutôt, après la chute de la République, on régularisa les prolongations successives qui étaient antérieurement déjà passées en coutume.
Lorsque César réforma le calendrier, il fit bénéficier les Saturnales des deux jours qu’il fallut ajouter au mois de décembre, lequel n’en avait jusque-là compté que vingt-neuf5. Caligula en ajouta deux autres aux vacances des tribunaux, disposition qui fut confirmée par un édit de Claude ; et c’est sous Domitien que la durée totale fut fixée officiellement à sept jours. Comme aux temps anciens, elle commençait le xive jour avant les Calendes de janvier (17 décembre), englobait les Opalin qui tombaient le xnc jour, et se terminait aux Larentalia, le 23 décembre. Ces additions successives qui curent leur raison dans la popularité de la fête, semblent êLre devenues proverbiales : du moins est-ce par un proverbe que s’explique le mieux l’expression de extendere Saturnalia , dont Pline fait un emploi plaisant dans une lettre à Tacite5. Seul le premier jour, pendant lequel on offrait à Saturne et au Genius individuel le sacrifice d’un porc7, avait un caraclère religieux; les autres n’étaient pas / vsli , suivant la distinction formulée par Macrobe, mais feriati 8. Le sacrifice était offert graeco ritu, le prêtre y procédant la tête découverte9. Aussitôt après, la foule se précipitait parles rues en poussant le cri joyeux: 1° Saturnalia ! bona Saturnalia I dont nos souhaits d’heureuse année continuent la tradition 10. Et ce cri retentissait non pas seulement sur le sol de la patrie, mais à l’étranger, où il était commele mot de ralliement
1 1 C1t.CpnnaP'^iSC'I V1“’ 3’ 12 ; Dion- Hal- *• 38 ^ Welcker, Griech. Goetterlehre , et 51 • SU 10 T'tneCk JJylhoL h P' **> not- 3- - 2 BuUmann, Ahjtboloq. II, p. 36 jour'™!;,: ' y°L der f>0emer’ P- 18 - 3 T. Uv.Xoc. J. Il ne s'agit touperneinum .'•/ ^ |0UI!,de fôlc : popuius... eum diem festum linbere ac servare in fois la coûtante yussus- est a celle occasion <|uc nous rencontrons pour la première /, v. | y6 cJ‘lerWamare) ’os Saturnales par la ville nuit et jour. Voy. note 10.
p. XX. Dans la n’ r' P V" ’ MaCI'' *’ l0, 9; Fest- P- 185 ! Mcrkel, Ad Ou. fast. |, pi | . oP'.a “j"®.’ Chiculle des ftHos a dû 0,1,0 portée à deux jours. - 5 Macr.
■aMtepr'ca^ls ÿ\17;[)i0C"SS’ L'X’ 6; ''X’ 85* I'"un do» jours ajoutés à du Calendrier que b'n T ^ " °St’ d’ailleul's'<lu'à l'arlirde ta réforme
genres v MJ . 17 déccmbro correspond au XIV a. Kal. Jan. Tour les diver-
““col/™ C ; °l Ma''qUardt’ CiL P' M7, - 6 VI". 7 1 ^
extendo. Au-usin ’ *’ “rfeo tu 111 scholam revocas , ego adhuc Suturnalia dûment, ne leu, en" ^ °r®anisailt la justic«> obligeait les magistrats à siéger assimense res omitteST ' J'U ,|U° l°Ut 3Usle : nt solitae «ffi novembri ac decembri Pion. Hal VT M 7 i,?“eL ^ 32 1 Hor. Od. III, ,7, U ;
P. 32g ■ Fosl *• ‘ V’ 70; Luc,ai1- Sat- '!• — 8 Macr. I, 10, 24. - 9 Fest
- 10 Man xi 2 7 ' ivivt,aCr- ’’ 8’ 2 1 Dion- Ha1, '■ 34 01 VI, 1 ; cf. n, tus, p. 871 .
-l-i parcourent' les criant^' ‘7 *’ 58 = *® 80nl los
la : Satumalibus 7 1 ' S«Touçvi).,a àïttd. Cl'. Cat. XIV,
18' - " Dta!' t',Tx VerTt T- Uv- XX,[’ ^ *>'■ 581 «-CT. I, 10,
Vlll ’ ~ L expression de Septem Salurnalia était cou-
auquel se reconnaissaient les Romains. Les soldats en campagne le faisaient entendre parmi les barbares, en revendiquant le droit de fêter le dieu dans les mêmes conditions que les citoyens et les esclaves de Rome".
Partout ces sept jours des Saturnales 12 étaient le temps de liesse par excellence. ARomeon prenait son bain dès le matin, afin d’avoir toute liberté de banqueter jusque dans la nuit l3. L’on s’invitait les uns les autres à de plantureux repas qui étaient l’occasion de cadeaux échangés entre amis et connaissances u. Il est vrai que les hommes seuls y participaient, mais les femmes avaient leur tour aux Matronalia, où elles s'en faisaient offrir surtout par leurs maris Sous la République, ces présents avaient un caractère fort simple: ils consistaient en chandelles de cire ( cerei ) et en poupées d’argile ou de pâte, nommées sigillaria ; les uns et les autres avaient une signification symbolique qui a exercé la subtilité des antiquaires. Les cerei qui, allumés en grand nombre, égayaient la salle du festin, n’étaient sans doute qu'une sorte de protestation contre les longues nuits, un appel au retour du soleil obscurci par les brumes, dans la période du solstice d’hiver 18. Les sigillaria , qu’il faut rapprocher des oscilla et des maniae , celles-ci vouées à Mania, la mère des Lares, pendant la fête des Compilai ia, pour la conservation des membres de chaque famille, sont une des formes du sacrifice simulé qui, à la place de victimes humaines, en offraitaux dieuxdes équivalents pacifiques, afin d’adoucir leur colère et d’obtenir leur bienveillance. Un mauvais jeu de mot sur »<üç, qui en gi ec signifie lumière , mais à qui la poésie épique a donné aussi le sens d'homme, a fait entrer les cerei dans la même catégorie 17. D’autres, plus simplement, racontaient que pour remédier à 1 abus des cadeaux onéreux, un tribun du peuple du nom de Publicius avait fait voter une loi (dont il n’est, d’ailleurs, resté aucune autre trace) obligeant tout le monde àn échanger aux Saturnales que les cerei traditionnels avec les sigillaria 18 [sigillum].
Ces derniers donnaient lieu, durant les sept jours, à un commerce assez actif; et même on raconte que la prolongation des Saturnalia se justifiait dans une certaine mesure par le désir de le favoriser: une rue à Rome, celle où se dressaient les tentes des marchands, lui était redevable de son nom19. On y débitait d'autres objets, généralement de prix modique, destinés également à être offerts en cadeaux. Nous en trouvons la preuve dans les deux livres entiers d’épigrammes que le poète
» - *"*■*■« uv nauenus. AUI. Uell. AVI 7 1 1 • cf
Macr. I, 10 sq. qui elle une Atcllane de Novius : Olim expectata venlunt ’sentem Saturnalia -, et une d.- Mummius (du temps de Caligula), célébrant la sagesse des anciens qui : aptime a frigore fecere summo septem Saturnalia. — 13 Ter! Apol. 42. — 14 flin. Hist. n. XIII, 3 ; Mart. XI, 6 ; XIV, 1, 9, etc.; Stat. Silr 1 6, 5; Sen. Ep. 18 ; le même (Apokol. 12) a le proverbe ; non sempe'r erunl Saturnalia ; ce n est pas tous les jours fête. — la Pour les cadeaux, v. Mari. IV, 46 88* V, 18 ; VII, 53 ; VIII, 41 ; X, 17 ; Suet Vesp. 19,et plus bas ; les deux livres XIII et XIV de Martial en entier. Pour les Matronalia, v. juno, III, 2, p. 624. — le j]aci. ; 7 28 sq.| tl, 31) ; Varr. Ling.lat. V, 64; Dion. Hal. I, 1 0 ; Fest. Epit. p. 54; Mart.’v! 18,2; Lact. I, 21, 6. Cette coutume encoreadonné lieu à une expression populaire- Luccm facere Saturno (citée par Feslus). Cf. Marquardl, Op. cit p 587 et Preller ltoem. Alythol. Il, p. 17. - n Macr. I, 7, 28. Sur ces substitutions eu matière dè sacr, lices, v. mânes, III, 2, p. 1570 et oscu.i.a, p. 257 ; cf. Bull, de la Faculté des Lettres de Poitiers, 1889, p. 118 sq. - 18 MaCr. Ibid. Ce Publicius nous mène a I an 209 av. J.-C. où il exerça ses fondions de tribun. Pour les sigillaria dont le nom s’appliqua collectivement à tous les cadeaux échangés aux Saturnales v. Son. Ep. 12; Mart. VII, 53 ; Suet. Claud. 5; Spart. Badr 17- Carac t' - 19 Macrob. 1,10, in fin. ; 1 1 , 1 el 24. Ces figurines étaient aussi des’ jouets pour les enfants, il en est resté des échantillons assez nombreux. V. Marquardl Pas Prioatleben der Itoemer, p. 641 ; et SIGILLUM. Pour le marché où elles se débitaient, v. Aul. Gell. Il, 3, 5; V, 4, 1 ; Suet. Claud. 16 ; (Ver. 28 ; Digcst. XXXII, 102, I.
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Martial composa sous le titre de A 'en in et d 'Apophoreta Au temps de Domi tien, l'époque de la plus grande vogue des Saturnales, ils sont en forme de distiques, le plus souvent dans les deux langues, grecque et latine, au nombre de trois centcin-quante, et donnent l’impression d’une œuvre faite sur commande, à l’intention de quelque donateur, peut-être même d’un marchand qui voulait relever la valeur de sa marchandise par une épigraphe littéraire 11 est à peine besoin de faire remarquer que nous aurions là le plus ancien spécimen de nos devises pour objets de bazar et de confiserie. Les cerei et sigillaria n’y figurent pas, étant d'usage vulgaire, mais on y trouve une variété invraisemblable, dans les Xenia , de denrées alimentaires, de parfums, d’encens, de combustible, etc. ; dans les Apophoreta , d’objets fabriqués, meubles, livres, ustensiles, bibelots, etc. Le titre même des deux livres en souligne l’intention; il implique que les convives les emportaient chez eux au sortir des festins et réunions de famille.
Les empereurs se conformaient à la coutume générale, distribuant et se faisant envoyer par leurs intimes les menus cadeaux qui entretiennent l’amitié. Auguste y mettait une fantaisie d’où la gaieté n’était pas absente3. C’étaient tantôt des envois de tapis, d’étoffes, d’or et d’argent en lingots, des monnaies curieuses par leur ancienneté ou leur provenance exotique; tantôt, au contraire, de défroques grotesques, d’éponges, de pelles et pincettes, le tout accompagné de désignations obscures ou équivoques qui éveillaient les appétits et procuraient des surprises amusantes. Au palais même, la distribution s’en faisait par le tirage d’une loterie dont, sans doute, on payait les numéros; les résultats imprévus égayaient les participants *.
Pour mieux vaquer à ces festins et à ces distractions, la consigne était de se mettre à l’aise6. Porter la toge en période de Saturnales était le faitd’un sot; le vêtement préféré était la synthesis [tunica] qui laissait les mouvements libres et prêtait à un aimable abandon 6. Pour rapprocher les distances, tout le monde coiffait le pileus 1 et les esclaves, qui avaient été admis au sacrifice du premier jour, vivaient sur un pied d’égalité parfaite avec leurs maîtres8. Saturne n'élait-il pas le dieu do l’âge d’or où il n’existait pas de distinction de classes, où il n’y avait pas d’esclaves et où même la propriété individuelle était inconnue? Pour mieux rappeler ces temps, on allait jusqu’à renverser les rôles, les maîtres servant leurs esclaves à table et ceux-ci se permettant vis-à-vis d’eux une franchise de langage qui allait jusqu’à la critique de leurs travers ou de leurs vices : c’était la liberté de Décembre , pour parler comme Horace 9. D’autres licences
1 V. Friedlaendcr, M. Valerii Martialis epigrammaton libri, t. II, p. 269; sq. elles noies descommenialeurs, en particulier de Turnèbe, lib. IX, chap. 23. Les distiques ont été composés pour les Saturnales des années 84 et 85. — 2 Us furent publiés par le libraire Tryphon, le même qui édita les œuvres de Quinlilien, de Martial, etc. V. Epig. XIII, 3, 4; cf. IV, 72. — 3 Suel. Aug. 75; cf. Spart. Hadr. 17 ; Stat. Silv. I, 6; Plin. Ep. IV, 9, 7; Lucian. Cronosol. 14-IG. — 4 Le fait ressort du passage de Suétone, Aug. 75. — 5 Mari. XI V, 1. Cf. J. Lipse, Saturnal. I, 1. — 6 Mart. IV, 24, où il est dit d’un personnage grotesque : Nil lascivius est Charisiano : Saturnalibus ambulcit togatus. Pour la synthesis , v. Id. V, 79 et XIV, 141 ; les Frères Anales la revêtaient également pour leurs festins. — 7 L’Empereur donne l’exemple ; Mart. XIV, 1, 2 ; cf. VI, 3 : Pileata Roma. Cf. Turnèbe. VIII, 4 : Saturnalium tempore servi velut domini pilent i inccdebant. — « Macr.
1, 24, 23; Just. 43, 1, 3; le fragment d’Accius chez Macr. 1, 7,37 et Uaehrens, Fragment, poet. rom. 3, p. 267. — 9 Sut. II, 7, 4. La part des esclaves était si grande dans la fête qu’elle est désignée dans certains calendriers (Kal. Polem. Silv.) par Feriae servorum. — *9 Mart. V, 30, 8 ; Macr. I, 7, 20-37 ; 8, Il ; Alhen. XIV,
encore étaient permises aux esclaves, celles notamment de pratiquer les jeux de hasard, qui en tout autre temps leur étaient interdits l0. Au palais de l’Empereur, et sans doute ailleurs aussi, on jouait de l’argent et les mises étaient fortes. Auguste, qui ne délestait pas le jeu, distribuait à ses hôtes, pour la partie qui succédait au repas leur première mise de fonds, 250 deniers par tète, et il en envoyait l’équivalent, à sa fille qui n’avait pas assisté à la fête11. Ces sommes, on les jouait aux dés qui étaient la grande distraction des Saturnales, à pair ou impair [par impar], à pile ou face [capita aut navia] 12. L’enjeu des esclaves et des petites gens était fourni par des noix saturnaliciae nuces, aussi indispensables à la fête que les cerei et les sigillaria™ .
Pour que la joie de cette semaine fût complète, l’autorité publique en écartait toute préoccupation de labeur de tristesse, de guerre. Les écoliers etles maîtres avaient congé ; on interrompait les opérations militaires au dehors, le cours delà justice au dedans u. Des amnisties libéraient les prisonniers qui vouaient leurs chaînes à Saturne; on choisissait de préférence l’approche des Saturnales pour affranchir les esclaves [libertus, servus] qui, en reconnaissance, offraient au dieu des anneaux de bronze16. La fête était si nettement de caractère pacifique, aimable et joyeux, que les premiers apologètes du christianisme eurent peine à y trouver ce qui, à leurs yeux, était la tare propre du paganisme, la cruauté associée à la débauche. Ils l’y ont trouvée, cependant, sous la forme des combats de gladiateurs qui finirent par se mêler, sous l’Empire, à toutes les réjouissances populaires16. La première mention qui en est faite, à l'occasion des Saturnales, l’est par le poète Ausone qui explique ces tueries comme étant destinées à apaiser le dieu parce que, avec la harpe', il avait mutilé son père Ouranos. Lactance renchérit en attribuant à Saturne l'invention des chasses dans le cirque et des combats de gladiateurs ; plus tard, Juste Lipse, dans sa monographie des Saturnales, a eu le tort de faire sienne cette affirmation11. La religion de Saturne ne fut pour rien dans la coïncidence de sa fête annuelle avec des spectacles sanglants; cette coïncidence est purement fortuite cl sans doute exceptionnelle. Macrobe, qui écrit sous Théodose, n’en fait aucune mention ; dans les provinces, où l’influence de Romes’est exercée le mieux, la fête a gardé son caractère clément et humanitaire, là même où l’esprit local aurait pu favoriser des instincts tout opposés. C’est ainsi que l’on a démontré, par des faits sans réplique, qu’en Afrique même, où l’identification de Saturne avec Baal-.YIolocli devait acheminer à mettre dans son culte des pratiques sanguinaires, le dieu n’a jamais
p. G39 B; An*. Epict. dissert. IV, 1, 58. Celle participation des esclaves nu* réjouissances des Saturnales ne date probablement <|iio de la seconde guerre pimb||ic> V. Macr. 1. 6, 13; Scn. Apokol. 8, où l’empereur Claude est appelé Saturnaliciu s princeps parce que, lotit le temps de son règne, il fut à la discrétion île ses nlhati chis : Saturne n’a rien à lui refuser. — H Suet. Aug. 71. Saint Jérôme, Ad EphfiS- 6, 4, parle d’une Saturnalicia sportula , laquelle, pour les enfants, était représenta par un lot de friandises. — 12 Mart. IV, 14, 7; XI, G; XIV, 1, 4; Tac. Ann.
15 ; Arr. Op. cil. I, 25; Lucian. Saturn. 3, 4; Macr. I, 5, 11, 7. Chez Tacite, i,(1llS voyons la royauté du festin jouée aux dés dans l’entourage de Néron, à l’occasion < Saturnales. — Mart. V, 84, 9 sq. ; XIV, 1, 3 et pas sim. Les noix étaient un ^J"1 bole de fécondité et d’abondance ; v. Preller, Roem. Mythol. Il, p. 17. On intcri"'1 1,111 de même la faucille de Saturne : Vitae melioris auctorem simulacrum ejus X"1" est , cui fnlcern insigne messis adjer.it (Macr. Loc. cit.). — 1* Mart. VIII,
Plin. Ep.V 111,7, 1 ; Suel. Aug. 32; Macr. I, 10, 1. — 15 Mart. V, 85,1 ; Lucian. ^ly Macr. I, 10, IG. — lfi Auson. De feriis rom. 33 ; Laclant. VI, 20, 35. — ^ S(d"r' . 5, et après lui Zimmermann, De graecor. veteribus dis. I, De Saturno, Halle,
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loi’ objet, sous la domination romaine pendant l’Empire, que d’hommages simples et rustiques1. J. -A. IIild.
SATURNUS (Kpovoç). — I. Le dieu Kronos des Grecs, qui devait, peu s’en faut, perdre sa personnalité dans le Saturne des Romains, occupe dans l’histoire des religions anciennes une place à part. Les plus vieilles légendes de l’Hellade, celles qu’a chantées Hésiode et dont les poèmes homériques ont recueilli l'écho, le présentent comme la divinité suprême d’une génération qui a précédé celle des Olympiens et dont celle-ci est issue1. Ce point de vue généalogique suffit à concilier à Kronos quelque vénération, à lui faire une certaine part dans les cérémonies du culte et dans les manifestations de l’art. Mais comme il est un roi détrôné et déchu, forcé de s’effacer devant les enfants qui ont pris sa place, il est relégué avec les Géants et les Titans, avec Ouranos, Gaïa, Hélios, Okéanos, personnifications comme lui des forces de la nature primitive, tantôt dans l’Empire du Tarlare parmi les révoltés, tantôt aux extrémités fabuleuses du monde, dans une région fantastique où il jouit d’un bonheur et d’une considération dont Zeus et les Olympiens ne sauraientêtre jaloux. Chez Homère, sa légende est réduite à ces conceptions très simples et dont le sens religieux des foules n’a jamais cherché à discuter l’incohérence; chez Hésiode et ses continuateurs, il a une histoire plus complexe. On raconte ses démêlés avec sa lignée et avec Ouranos, son père. 11 a mutilé ce dernier; il a tenté, en les dévorant, de supprimer les enfants qui devaient lui ravir le pouvoir. Rhéa, son épouse, l’abuse en substituant au plus éminent d’entre eux une pierre enveloppée de langes2. Du sang d’Ouranos tombé dans la mer naît Aphrodite, principe de la fécondité universelle3; et la ruse de Rhéa assure à Zeus. contre son père, désormais rejeté du monde dont il troublait l’harmonie, la suprématie sur les dieux elles hommes4. Sous ces images, d une barbarie naïve, on voit des concepts théogoniques et cosmologiques qui, à défaut de la vénération des foules, assurent dès lors à Kronos une place privilégiée dansles spéculations de la philosophie religieuse : de sorte qu’il sera dans la destinée du dieu d’être d’autant plus en faveur auprès des penseurs qui cherchent à interpréter l’anthropomorphisme par des systèmes rationels, qu’il est plus négligé par la piété des masses et par l art religieux, son interprète *s.
b y a cependant dans la fable de Kronos un trait qui c 1"* une l'ëui'e populaire, c’est celui de sa royauté
surtoul^'u"’ DC S<lturmdel in Africa romarin cultu, Paris, 1804, p. 100 s.[. ;
r'V’ 204' 274’ 279 ; XV- 223 ; VI1'- 478 -!■; 13; V, 808.
^ ^ N^bach, «orne- Griech. GootteJ ; , }' “ 6 Sc,10cmann> °P^c. II, p. 114 sq.; Wclcker,
II, 1452 sii • kJi|,U V Sff’ ’ Maycr’ Kronosi chez]Roscher, Ausf. Leæi/con, etc. «nique pour la mvfl l Mythol. I, p. 45 sq. En réalité, Hésiode est la source
vestissemcnl |M »|,'° °”'n ° Kl onos • la Bibliothèque d'Apollodore en est un traie passade capital d ’Ha P' C'’ J" mÔme Gi9anten und Titanen, p. 220 sq.). pour le myll/des a ^ ®St ^ Théo9onie’ «9-509. Cf. Jb. 175, 188 ; 619; bach. Cl!L rTt ^ e‘ d ■ 106 St|'; Cf- P,ut- Bhil. 1, 6, et Naegn^
Plut. Bef. or. 2| . M° °S'e’p' 98, 4’ ~ 2 Hes- Theog. 424 sq. ; Aescli. Prom. 219 ; men s. 78, ||1 4 p*'' *’ 8' 3 8(I- — 3 Pour Aphrodite, v. Joli. I.yd. De XV». «1 ; xvill dCS Kronides’ v- 1L 11, 205; IV, 75; IX, 36 ;
orôlange de deu’xLVr ^ ' °1‘ U' V> 721 ; X1V> 10i- 0° y surprend le P'us encore à concilier '°"S lffél'cnles mal aisées à rapporter à leurs origines, ck«r, Op. cit ! J’ "'a,s C|UI Prouvent la vieille popularité du dieu. Cf. Wel- Pindârc et de p’|,L' l Ma>'cr’ Loc- ciL »*64 «I- - 8 C’est au temps de
B0plne ; II uni ne 1 / , 'l. qU<i Kronos Srandit dans la poésie orphique et la philo-
(IV, 563), j,ar l’inveiddon <r PUU‘aricUm’ S’ L'0dy88™ avait fait la transition Ino“'Jr sur leq , un séjour de délices dans un Elysée situé aux confins du
q règn<! Kada“autbo: Kronos y prend plus tard sa place. Piud.
idéale, dans un monde de délices, qui l’a dédommagé du pouvoir suprême confisqué par Zeus La fêle des khonia(JII, l,p.870 sq.) n’estpas autre chose que l'image, transportée parmi les cérémonies du culte, d’un âge d’or qui met aux origines de l’humanité l’état de perfection et de félicité dont l’avènement des Olympiens a marqué la fin. Les caractères mêmes de cette fête démontrent que Kronos fut peut-être, aux temps primitifs, le dieu en qui se personnifiait, d’une part la croyance universelle à une déchéance graduelle de l’homme et d’autre part la force latente qui doit ramener au bonheur originel6. Ces imaginations, Hésiode les a chantées dans le mythe des âges; et la preuve qu’elles agirent fortement sur les âmes, c’est, avec lapopularité des Kronia, qui eurent leur pendant en Italie dans les Saturnales, ce fait que les comiques grecs, durant la période où l’art dramatique, sous ses diverses formes, exploita les légendes anciennes dans tous les sens, en firent plus d’une fois la caricature1. Cependant, la qualité de Kronos, roi de l’âge d’or, n'est jamais comparable à la suprématie netLement divine et universelle de Zeus. Kronos reste un roi terrestre, dont le domaine s’étend sur les lieux lointains que les Grecs entrevoyaient à travers les brumes du mystère; il va de la Libye à Gadès, en passant par la Sicile, la Sardaigne, l’Italie, c’est-à-dire par cette Hespérie qui, avant d’être bien connue d’eux, leur apparaissait comme une sorte de terre ou comme un groupe d’iles fortunées8. Kronos n’a vraiment régné que sur des hommes, et Pindare déjà l’installe dans un château fort, rüpatç9, tandis que les Olympiens régnent dans le ciel, au sein des nuages d’où jaillissent la lumière et l’éclair. Lorsque Evhémère rabaisse toutes les divinités de l’anthropomorphisme hellénique au rang de rois, de chefs d’armée, de législateurs, Kronos devient un dieu à la façon des héros qui s’appellent Minos, Codrus, Cadmus, etc. 10 : un ancêtre reculé de quelque dynastie humaine. C’est en marchant sur ses traces que les poètes alexandrins ont acclimaté à leur manière cette conception de sa personnalité, que les annalistes et les poètes romains ont fait de Saturne le premier roi du Latium, en compagnie de Faunus, de Picus, de Latinus; et c’est sous l’influence des mêmes idées qu'ils l'ont associéà Hercule dompteur des monstres et civilisateur des régions de l’Occident11.
La forme de religion hellénique qu’on a appelée l’orphisme et dont les conceptions sont pénétrées de philosophie mystique, s’est attachée, en ce qui concerne
Pyth. IV, 291; Aesch. Eum. 632. Cf. Preller, Op. cit. I, 671. Levers ill des Œuvres et des Jours , où la génération de Page d’or est appelée : oï ixèv *rî K^bvou, est considéré comme interpolé, de môme que le vers 169 qui fait allusion à celte croyance. Cf. E. Hoffmann, Mylhen nus der Wanderseit , etc. Kronos und Zeus , 1876. — 6 Danscette conception nouvelle de la légende de Kronos, sa physionomie s'idéalise ; il est jeune, vigoureux, beau ; au lieu d'ètrc vaincu par les Titans, c'est lui qui les dompte et qui est couronné avant Zeus; Plat. Phil. 270 d; les Orphiques, chez Lobeck, Aglaoghamus, p. 511 ; Tcrtull. De cor. 7 ; Orph. fragm. 43 ; Pind. Ol. 11, 124; Pytli. IV, 291 ; Aesch. Fragm. 190 (Nauck) ; plus tard les Alexandrins s'inspirèrent de ces idées. V. Arat. Phaen. 16, 100 sq. ; Apoll. Rhod. Argon.
Il, 13. Cf. Plat. Leg. 269 a et 276 a; Graf, Ad aureae aetatis fabulam symb. p. 62. (Leipzigcr Sludieu, VIII); kronia, III, 1, p. 870. — 1 Pour les comiques, v. Aristoph. Plut. 581 ; Athen. 111, 113 a, etc.; cf. Mayer, Loc. cit. p. 1456 sq. avec les textes cités. — 8 Iles. Theog. 1011, avec les uotes de l’édition Goetlling; Cic. Nat. d. III, 17,44; cf. IIild, La légende d'Énée, p. I8sq. — 9 Pind. Olymp. II,
124 et les commentateurs ; cf. Dion. liai. 1, 36; Charax, fragm. 16 et 17 (chez Mueller, Fragm. hist. gr. 111) et Diod. III, 61 ; Orph. fragm. 243 (édit. Abel).
Un écho chez Hor. Epod. XVI, 63; Varr. Der. rust. III, 1, 5. — 10 V. l’exposé et le commentaire chez Max. Mayer, Loc. cit. p. 1467 sq. ; pour les textes, surtout Virg. Aen. VI 11 , 320, Geory. II, 536, avec les commentateurs; Aurel. Vict. Origin. I, 1, 3; Jul. Firm. p. 27. — H Vid. infra II, notes, et Macr. I, 7,
27, etc.
Kronos, à décharger la dynastie des Olympiens de l’odieux que la relégation de l’ancêtre dans le Tartare a jeté sur eux. Chez Pindare, /eus en personne délivre les Titans, comme, chez Eschyle, Prométhée est détaché de son rocher et réconcilié avec les nouveaux dieux; le sens de la royauté idéale accordée à Kronos est le même. Mais comme sa figure garde néanmoins un je ne sais quoi de mystérieux et de lointain, on s’avise de jouer sur le mot même qui le désigne1 ; on identifie l’idée de Kronos, qui n a jamais été déterminée d’une façon précise ni chez les anciens ni chez les modernes, avec celle de C/ironos ; pour les esprits grossiers, il est le dieu vieillard par excellence, pareil au vieux des jours, El Olam, de la Kabbale2. Poulies philosophes, interprètes des fables religieuses, il est la personnification de la notion de temps, ce facteur obscur de 1 ordre universel : « Pans la haute antiquité, a dit fort bien un des historiens les plus subtils de ces manifestations de l’esprit hellénique, il est le maître de 1 ordre des choses devant l’imagination naïve des foules ; il en règle l’arrangement successif et la disposition dans le temps ; il les répartit en séries régulières et fixe l’heure de leur naissance et de leur mort3. » Auov, qui incarne l'idée de la durée indéfinie [draco, fig. 2584], est un fils de Kronos-Chronos et de la dryade Philyra, c’est-à-dire du tilleul, arbre plusieurs fois séculaire; et la légende d’Arcadie fait de Pan, dieu suprême et d’antiquité vénérable, un de ses rejetons4.
Pour revenir au Kronos plastique des poètes, bien différent de celui des philosophes, nous aurons achevé de le caractériser en constatant qu’Homèrele désigne par les deux seules épithètes de grand et de ruse ([xéyaç, àyxuXo- RT7i<) 6t eL qu’Hésiode lui donne comme attribut la harpe, faucille ou serpette qui, dans la Théogonie, n’a rien d’agreste. Le poète dit qu elle est terrible et dentelée comme une scie. Elle fut, en effet, dans la légende cosmogonique, l’instrument de la mutilation que Kronos fit subir à son père Ouranos0. Sous l’influence des mêmes sentiments de convenance religieuse que nous avons définis, elle devient l’emblème des fonctions agricoles dévolues au dieu représentant l’âge d’or; elle n’est que l’insigne du divin moissonneur7. Ailleurs, cette signification se complique d’allusions à la configuration de certaines localités, telles que Zanclé et Drépane en Sicile, Drépane de Bithynie et de Corcyre. Des mythologues y ont vu le symbole de l’éclair déchirant les nuages 8.
1 L;t linguistique moderne n'admet pas celte assimilation, quoique le dialecte Cretois n’ait pas connu les aspirées. V. Curlius, Grundzûge, p. ISO ; les mythologues y sont plutôt favorables. V. Welcker, Op. cil. p. 140. Overbeck la combat, Abhandl. der saechs. Geseltsh. 1865, p. 64 sq. Elle date de Pindare et des pythagoriciens. V'. Ol. II, 27 et fragra. 135 ; le philosophe Scythinos, chez Mullach, Fragm. phil. yr. II, 113. Elle était connue des Latins; V. Dion. Hal. I, 31, p. 12. Cf. Plut. Quaesl. rom. 1 2 ; Arnob. 111, 29;Cic. Nat. d. 11,23; Aug. Civ.d. IV, 10, etc. — 2 El Olam, au livre de Daniel, 7, 13 ; 9, 22 ; cf. Welcker, l Jp. cil. I, p. 142. Phérccyde commençait son œuvre par ce vers : Ziùs pèv Xfovo5 ils ««1 X6;.,v îjv (Diog. Laert. 119). — 3 A. Rivaud, Le problème du devenir et la notion de la matière , l’aris, 1906, p. 74, g 55. — 4 Eurip. Herc. 900; cf. pour Kronos lui-méme identique à Chronos, Suppl. 788 ; Beller. fragm. 26. Cf. Mayer, Loc. cit. p. 1462 b, c. Outre l’interprétation de Kronos par la notion de temps, les interprètes anciens et les linguistes modernes ont lait dériver ce nom de «plvu, de xpouvo;, de «dpo;, de xpalvitv. Cette dernière étymologie seule a joui de quelque faveur : le dieu serait celui qui fait mûrir, aboutir ; Hermann a traduit par per ficus, qui se trouve dans les Judigitamenta. mais pour tout autre chose. V. les tes tes et la discussion chez Mayer, p. 1546 sq. Pour Philyra, v. Hes. Theoy. 1002; Hyg. Fab. 138 et Apoll. Rhod. Il, 1231 ; pour Pan, Eurip. Mies. 36. — 6 H. IV, 59; pas ailleurs; sur le sens de celte épithète, v. Welcker, Op. cit. I, p. 265; elle est puisée dans l'idée générale de rouerie, d'astuce perfide qu'on retrouve souvent quand il s'agit des Titans : Sisyphe, Prométhée, Atlas, Chiron. — 6 Theog. 175 ; 180 ; le commentaire de cotte légende chez Mayer, Loc. cit. p. 1470 sq. — 7 Virg. Georg. Il, 406; vid. infra, pour le Saturne des Latins. Pour les interprétations diverses dont cet attribut a été l'objet,
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Quelque sens qu’on doive lui donner, cet attribut ne suflit pas pour que nous reconnaissions toujours Kronos dans les personnages qui en sont munis; il appartient encore à Zeus en lutte avec les Géants, à Hercule combattant l’hydre, à Hermès tuant Argus, à Persée surtout, coupant la tête à Méduse9. Le sens qui domine, particulièrement aux temps romains, est celui d’un instrument rustique qui est tantôt la faucille servant aux moissons, tantôt la serpette, l’outil des vignerons. Quant à la mutilation d’Ouranos, elle signifie que Kronos met fin, pour le bonheur de l’humanité, à la fertilité funeste par ses excès et qu’il inaugure la période normale d’épanouissement des forces fécondantes l0. Il y a un fonds mythique et une croyance plongeant ses racines jusque dans les plus lointaines traditions, dans cette idée que Kronos est au point de départ de toutes les semences utiles à l’homme. Les orphiques encore ont poussé cette idée à l’abstraction en faisant du dieu le générateur, tour à tour, et le dévorateur universel et, si l’on veut nous passer une expression empruntée à la science moderne le principe du tourbillon vital".
Tel est, d’ailleurs, le sens de l’oracle qui nomme Kronos un compagnon (7raosBpbç) de Ilélios, le Soleil tilanique: Titania astra'-; de l’autel aussi, qui à Elis lui est commun avec ce dieu13; des vers d’un poète alexandrin qui dépeignent Zeus le Kronide s’avançant sur le char de son père substitué à celui d’Hélios lui-même14. Les représentations diverses qui, en Afrique, sous l’influence des religions phéniciennes, l’identifient avec Baal, nous le donnent sous la figure d’un lion à la tête couronnée de rayons15. Par là même, cet art naïf a ouvert la voie aux assimilations de Melkart et de Baal avec le Kronos des Grecs, lui-même, absorbé parle Saturne des Romains. Dans ce cas, il arrive que souvent Saturne se rajeunit; il prend l’air d’un héros dans la vigueur de l’âge, ainsi qu il convient à celui qui préside à la vie heureuse dans une région privilégiée16.
Il ne reste du culte de Kronos en Grèce que des vestiges plutôt rares et qui ne mènent jamais ni à des temples célèbres ni à des cérémonies imposantes. Dans Athènes il est vénéré à l’ombre de l’Olympiéion, avec Rhéa plus populaire que lui11. On y montrait une fente du sol à laquelle se rattachait le souvenir du déluge de Dcucalion, et deux statues en airain représentant Kronos et son épouse. Ils y étaient vénérés le 15 du mois Elaphébolion,
v. Mayer, Op. cil. p. 1544 sq. — 8 Macrob. I, S, 12; Serv. Aen. III, 707; Lykophr. 761 ; cf. Paus. VII, 23, 4; Sleph. ISyz. v. Api^àv^. La Bithynie est appelée Kronia ; Plin. U. nat. V, 143 ; et le scholiasie de la Théogonie d’Hésiode, 485, place dans une île de la côte la scène de la ruse de Rhéa. — 3 perseus, p. 405 et fai-*, p. 970. — 10 V. Prcllcr, Griech. Mgth. I, p. 45, qui cile une légende populaire identique chez les Néo-Zélandais. — n Orph. hymn. 13, 5; Aug. Clé. d. 7, L Lyd. De ostent. 22, 1 appelle xr|ç ytvéatbis amoç. Pour Kronos, en rapport avec les divinités de la naissance, Cic. Nat. d. V, 20. — 12 Oracle clialdécn cité par Welcker, d’après Stanley, Op. cit. I, p. 145. Cf. Virg. Aen. VI, 725, et les commentateurs. 13 Etym. niagn. p. 426, 18 ; cf. Viscoiïti, lconogr. rom. I, p.
Sous Pinüuence orientale, cette identification avec Hélios va se faire fout naturellement en Afrique par l’intermédiaire de Baal. V, plus bas, II, in fin. et Erpéd il. scienlif. en Afrique, 90, 1. — H Nonn. Dion. II, 422; XXXVI, 422 ; Jul. Or. 1, p. 156. Chez Euripide déjà, les deux personnalités de Kronos cl d’Hélios sonl as*0 ciées. V. chez Macr. I, 22, 8, comment l’idée est exploilée dans le sens abstrait R rattachée à la notion plus générale de temps. — 1S A un point de vue tout opposé. Kronos est un dieu de l’humidité, du froid et de la mort. V. Mayer, Opp. 1471 sq. L’astrologie s’en empare et, par l’étoile qui porte son nom, l'assorie au! horoscopes; Anth. pal. XI, 114, et ailleurs. — 16 y. plus bas la légemie de Saturne, roi du Lalium, 11; Welcker, Op. cit. I, p. 155 sq. — 11 Pans. I, !*■ Philarch . chez Lyd. De ostent. p. 276 ; Macr. Satur. I, 10 ; Paus. IX, 39, ’3, soila'™ Rhéa, soit sans elle. Cf. kho.ma, 111, I, p. 870, pour Athènes et Olympic, où cette fêle étail également en honneur ; Demosth. Ado. Tint. 708, 13 ; Accius chez Macr. (v. saturnama); Plut. Ado. Epie. 16.
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l’offrande d’un gâteau à douze tranches qui signifiait h division de l’année1. A Olympie, les sacrifices étaient • cconiplis par un collège de prêtresses nommées (îâmXai, d ble sous lequel Rhéa elle-même était désignée. Parmi les six autels dédiés aux douze dieux dans le temple très ancien appelé le Métroon, Kronos avait le sien, toujours cQ compagnie de Rliéa; cet autel était, par la fable locale, rnis en rapport avec la légende de la naissance de Zeus.
II était situé sur une hauteur, Kronos étant en Grèce, comme Saturne le sera en Italie, une divinité des hauts sommets et des phénomènes qui s’accomplissaient dans le ciel2.
En dehors de ces deux centres religieux du continent hellénique3, c’est la Sicile qui fut par excellence le pays de la religion de Kronos : sa religion y subit, au cours des âges, outre l'intluence des fables et des pratiques helléniques, celle des traditions phéniciennes qui le confondent avec Melkart et Baal-Moloch, el bientôt aussi celle des fables italiques par le Saturne des Latins4. Non seulement on y localisait le châtiment des Géants emprisonnés dans le cratère de l’Etna [gigantes], mais aussi la mutilation d'Ouranos dont le sang aurait fécondé l’île3. Nous avons dit que Kronos régnait sur la Libye, sur les îles de la mer Tyrrhénienne, comme il régnait sur la Sicile ellemême et sur l’antique llespérie. Des hauteurs y avaient recule nom de Kronos, et l’on vénérait des tertres qui passaient pour son tombeau. Ce fut la cause qui le fit vénérer cà et là comme divinité chtbonienne, et cela jusqu’en Illyrie, en Bretagne et même dans l’ile de Thulé6. line île de l’Adriatique s’appelait Kronia , et la mer du Nord envahie par les glaces est désignée par le nom de mer de Kronos : Kpdvtov TtsXayoç. Dans Thulé, on se représentait le dieu plongé dans un sommeil mystérieux et rendant des oracles aux pèlerins qui s’endormaient dans son sanctuaire
En Sicile même8, le culte du dieu n’avait rien de cet appareil sombre; la fertilité de Pile invitait surtout à faire de lui un génie rustique, le protecteur des céréales et de la moisson ; ainsi naquit l’interprétation de Zanclé et de Drépane par la faucille. Une légende racontait qu Ilephaistos avait fait don de cet instrument à Déméter qui en aurait enseigné l’emploi aux Titans réconciliés avec Zeus et devenus les premiers moissonneurs9. Une monnaie d’IIimère, datant du ve siècle, représente une tête dàge mûr, à la chevelure abondante, retenue par un diadème ou une bandelette, à la barbe touffue, à l’aspect grave cl majestueux, qui pourrait faire pensera Zeus ou a Poséidon ; mais si on la compare avec une autre monnaie, a peine plus récente et en tout semblable, qui
1 Cor,,. att n0 523i 33 2 Xenoph HM VHi u. Diod XVj
' 57 = ‘’aus- VI, 20, i ; V, 20; Dion. Hal. I, 34; Schol. Pind. 01. V, 8,
4 Delphes, on vénérait la pieTc sacrée (|nc Kronos avait reçue des p ,:'f' avalée à la place de Zeus. « C’est une pierre très grosse, dit
’o ■ r5’ '°S DeIphicns 1 ari'osaient d'huile, l'enveloppant de laine brûle aux
ducC ' ' '' ’ CCllG P'e,TC s’appelle bétyle. » [v. baetylus, I, p. 640, et la repro-
III in" V UnC SCGne vénération d’après un vase peint, fig. 742].— 4 Diod.
De'm ’ ° De mens. IV, 48 et 116; c’est près d'un lieu dit Kpôviov que
y |Q ' racuse *‘vra bataille aux Carthaginois; Diod. XV, 16 ; Polyaen. ci tan I l’i ^rn°b. Adv. gent. IV, 25; Cletn. Alex. Cohort. ad gent. p. 18, P- 1490 011111 1 Inlocliore. Cf. Lobcck, Aglaoph. Il, 1186, et Mayer, Op . cit. — 7 I n il j P'Ul’ De tac' lun< 20 : Defect. orac. 18; cf. Mayer, p. 1482.
Plin. '// ' Dion. 32; Aescli. Prom. 838 ; Schol. Apoll. Rliod. IV, 327 ;
Rhein m '"1 <14, 1,l4‘ ®ur ces oracles, v. Tert. De anim. 46; cf. E. Rhodc,
Maye,/ 0 U*'.1880’ p- 160 el Welcker, Kleine Schriften , 11, p. 24. - # V. Max. 791 et T /et/' ^ *' ***** ’ c6'es textes de Diodore cités plus haut. — 9 Lykophr.
Guetter f '\i passa£e’ C|lanl les Arnat de Calliniaque. — 16 linhoof-Bluraer,
an.kunde, 1870, p. 46, u° 5, et Monnaies grecques , pl. b, 4 ; Tor-
porte en exergue le nom de Kronos, latête doit être interprétée par Saturne10. L’une et l'autre peuvent servir à déterminer le statère de Mallos en Cilicie sur lequel on a voulu reconnaître de préférence ou Zeus, ou Poséidon, Iléraklès aussi et Dionysos11 III.
Il n’est pas douteux que la légende etle culte hellénique de Kronos aient été fortement influencés par les religions sémitiques, comme ils le furent plus tard par celle de l’Italie12. Mais Kronos n’est pas plus d’origine phénicienne ou égyptienne, qu’il n’est de provenance latine; seulement il y avait, grâce au mystère des légendes cosmogoniques, de telles ressemblances entre l’être de El, dieu des Sémites, de Baal-Moloch, dieu des Phéniciens, et du Kronos grec, que le mélange des races devait forcément s’exercer sur les pratiques et les croyances, par une action, d’ailleurs, réciproque. Dès le ivc siècle, les Grecs s’en rendaient assez compte eux-mêmes, pour que les esprits éclairés s’efforçassent de réagir et d’empêcher que la religion n’en fût corrompue par des éléments etrangers13. Sophocle flétrit la coutume qui existe chez les Barbares de sacrifier à Kronos des victimeshumaines ; dans le même temps, Platon oppose cette pratique cruelle à la pieuse et clémente piété des Grecs. Plus tard, on parle de la fin de ces immolations sous l’influence de Gélon de Syracuse. 11 est, toutefois, certain que les sacrifices d’enfants à Molocb, identifié avec Kronos, continuaient encore aux premières années du christianisme. En Crète et en Sardaigne, les victimes étaient des prisonniers de guerre et aussi des vieillards; chez les Carthaginois, c’étaient toujours des enfants, le plus souvent jetés dans le ventre d’une idole d’airain chauffée à blanc. Une expression proverbiale, venue de Sardaigne (aapôo'vtoç ysXwç), désignait l’affreux rictus de ces victimes, immolées en temps de peste, de sécheresse, de désastres militaires, pour conjurer la colère du dieu14. Ce' sont les empereurs qui mirent fin, à partir du règne de Tibère, à ces sacrifices inhumains; et l’Afrique, où ils avaient si longtemps sévi, ne devait plus honorer Kronos-Saturne confondu avec Baal, que par des offrandes rustiques et des pratiques inoff'ensives l5. Quant à l’Égypte , dont la religion a, de tout Lemps, eu horreur du sang, elle s’était bornée à reconnaître dans Kronos-Saturne son Sérapis16. Macrobe, qui a longuement disserté sur l’être du dieu et sur ses fêtes chez les Romains et les Grecs, s’inscrit en faux contre toute assimilation de ce genre : « Le culte de Saturne, que vous nommez le roi des dieux, diffère de ceux de la religion d’Égypte. Les Égyptiens eux-mêmes se sont abstenus d’accueillir dans le secret de leurs temples non seulement Saturne, mais Sérapis lui-même,
remuzza, II, 3, 8 ; M. Mayer, Loc. cit. p. 1563, n° 5. — 11 Chez Mayer, Ibid. n° 4 et p. 1 574 avec les discussions cilées : Zeitschrift für. Numis. XII, 333, i, Tab. 13, 13; 14, 13, Tab. 1, 6. — 12 Sur celle importante question à laquelle les découvertes archéologiques faites en Afrique (voir les deux ouvrages de M. Toutain, cités plus bas, II) ont apporté une précieuse contribution, v. Mayer, Op. cit. der Orientalische Kronos , p. 1498 sq. — 13 Soph. Androm. fragm. 122 ; Pial. Min. 315 c;Thcophr. chez le schol. Pind. Il, 3. Cf. Enn. Ann. 278, 8; Dion. Hal. 1, 38 : Aug. Civ. d. VU, 19 ; Tert. Apol. 9 ; Minuc. Fel. Octav. 30; Scxt. Empir. Ht/pot. III, 208, 221 ; Plut. De superst. 12. — 14 Porph. Il, 56; Schol. Plat. Hep. 337 A ; Q. Curtius, 4, 14 ; Dracont. Carm. V ; 148. Pour le <rapSôvio; ycX<uç, Paraem. gr. I, 154; Phot. Lexikon , s. v. ; pour la description du supplice, Diod. XX, 14. — 1S Voir satuknai.ia, D? fin ; et infra, II. Cf. le taureau de Phalaris, Juv. VIH, 81, avec les commentateurs. — 16 Cf. Mayer, Op. cit. 1508, 1516, 1526 sq. ; Miuut. Fel. 27; Corp. inscr. graec. addit. 3, p. 1232, double in\oeation à Isis protectrice de Philae cl de Sérapis, pour qu’ils fassent aborder heureusemenl les dédicanls : èç Kçôvou l[A7tôoiov, ce qui peut désigner Alexandrie. Si, comme Mayer le conjecture, on lisait f)\û<r.ov, nous aurions là un sens mystique fort séduisant, uisqu'il nous ramènerait à Kronos régnant sur les îles Fortunées ou sur l’Elysée des héros.
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celui-ci jusqu’aux temps d’Alexandre le Grand. C'est que Saturne s’olïrait à eux comme une divinité cruelle et sanguinaire, et leur religion propre n’admettait comme hommages que la prière et l’encens. Lorsqu’ils accueillirent enfin la divinité équivoque de Sérapis confondue avec Saturne, ils en reléguèrent les temples et les pratiques hors de l’enceinte de leurs villes1. »
11. Le Saturne des Romains, sous les traits, d'ailleurs, assez peu nets dont 1 ont marqué les plus anciennes traditions nationales, est une figure plus simple, plus humaine que celui des Grecs avec lequel il allait peu à peu se confondre, et son culte se présente à nous avec une réalité plus vivante, plus populaire. Sa divinité est, chez les Latins, sur le même rang que celles de Janus, de Jupiter, de Faunus, de Picus, de Silvanus, c’est-à-dire qu il est comme eux de la lignée des esprits qui président à ' *e agricole dans la maison et dans les champs2. Son nom a été interprété tantôt par le mot satur, tantôt par celui de sator ; il est le dieu qui exprime l’abondance de tous les biens, celui qui est plein de toutes les forces d où jaillit la joie, comme sa compagne Ops est une personnification des richesses de la terre3. L'explication que donne de son être Cicéron : quod saturaretur annis , est une adaptation prise a la légende hellénique qui a fait de lvronos le dieu-vieillard, et elle ne correspond à aucune idée qui soit purement latine. Les archéologues de la fin de la République ramenaient Saturnus à l’idée des semailles : a satu diclutn. La forme la plus ancienne du nom parait avoir été Saeturnus ; c’est celle que nous donne le Saeturni Pocolom, coupe d argile qui date du temps des guerres contre Pyrrhus, roi d’Ëpire4. De toute manière, Saturnus est une figure d origine latine et romaine; le lexique de Festusfaitde lui le laboureur divin qui a reçu son nom des semailles et comme attribut la faucille, instrument des moissonneurs, ce qui contribuera a 1 assimiler au Kronos des Grecs. Varron, faisant allusion aux générations d’agriculteurs qui ont colonisé 1 Italie primitive et fait succéder l’exploitation sédentaire du sol à la vie nomade des bergers, dit que les cultivateurs sont de la race du vieux roi Saturn us 5. Ici encore, sinon pour le fond des choses, du moins pour la forme, cette caractéristique du dieu se sent de l’influence grecque. Mais si Saturne devient ainsi, même dans le Latium, le représentant d’un âge d’or où l’agriculture fut en honneur, c est la piété des anciens âges, incarnant en lui et dans sa compagne la prospérité des céréales confiées à la terre, qui, indépendamment de la tradition grecque,
1 avait conçu ainsi. La faucille, qui est aussi la serpette, convient, d ailleurs, aussi bien au vigneron qu’au laboureur ; et Saturne est, à l’occasion, un vigneron : vitisator.
1 Macr. I, 7, lo ; Athcn III, 110 B. — 2 Varr. Ling. lat. V, 57 et 64 ; Aug Civ. d. VI, 8; VII, 13; Macr. Sat. I, 10 (I-cst. p. 186 et 325 : Saturnus agrorur. cultor hahetur, nominatus a satu tenensque falcem effingitur quae est insign , agricolae). Cf. Plut. Quae st. rom. 32; Tert. Ad nal. II, 12; Isid. VIII, 11, 30 - 3 Cic. Nat. deor. II, 25, 64; 24, 62 et Lact. I, 12. Voir ops, p. 211 sq. ; pou Schweglor, Roem. Gesch. p. 223, Saturnus rient de satur = «5SK1.
la source de toute abondance heureuse. Dans Dion. Hal. I, 38, il faut corrige Kpdv,v en Kopoy == satietatem ; et c'est pour cela qu'il est en rapport avec Pluton
Dis, dieu chthonien qui donne la richesse; cf. Macr. I, II, 48; 7, 31. 4 Corp
viser, lat. 1, 48 ; et le commentaire de Ritschl, De fictilibus littéral, latin, anl Berlin, 1853. Saeturnus comme Caecus, Cacculus pour Cacus. La question proso dique est écartée par Ritschl, Ibid, et Opusc. IV, p. 270 sq. Cf. l’inscription de h même époque : jovki satu;, no déivos, etc. Annali dell’Inst. 1880, p. 158 sq • ei Jordan, Hermes, 1881, p. 22 ,, qui a démontré qu’il faut lire Saetumn. Voir enc’on 1 inscription Saturno , trouvée daus une tombe sur l’Esquilin: Annali, 1880, p 30! et Jordan, Lac. cit. p. 241.-5 De r. rust. III, 1, 5 ; ‘Plut. Quaest. rom. 1 i et 34 Macr. I, 7, 25; Isid. XVII, 1,3; Aug. Civ. d. XVIII, 15. -6 En plus de la serpette,
Il fut même le dieu qui préside à la fumure des chamPs. Slercutius ; et cette vague divinité des Indigitamentn peut fort bien être sortie d’un vocable donné tout d’abu . à Saturne6.
On comprend aisément ainsi comment chez les ann-i listes et, bien avant toute littérature, chez les esprits peu initiés aux subtilités des fables grecques, cette divinité latine de Saturne se soit transformée, sans d’ailleurs perdre sa nature propre, au contact du Kronos importé des Grecs. La ressemblance de la. fête des kronia avec celle des saturnalia acheva de l’identifier avec lui’ Alors l’âge d’or, chanté par Hésiode, fut transplanté en Italie, et Saturne en fut constitué le roi ; exilé par Jupiler il se cacha ( latuit ) dans le pays qui lui fut redevable de son nom (Latium), et il y inaugura une période de félicité parfaite, par le culte d’une vie simple, facile et vertueuse8. Le poète Ennius fut probablement le premier qui donna à cette conception son expression littéraire; les poètes du siècle d’Auguste l’exploitèrenten l’illustrant de tous les traits que leur fournissaient Hésiode et les Alexandrins qui avaient rajeuni à leur façon les mythes augustes de la vieille épopée9.
C’est sans doute à ces sources où avaient puisé les annalistes qu’il faut ramener la tradition recueillie par Varron, en vertu de laquelle Rome aurait été, à son point de départ, la ville même de Saturne ,0. On plaçait le centre de cette cité primitive non loin du Forum, à la montée du Capitole, là même où s’éleva plus tard, sur l’initiative des Tarquins et dans les premières années de la République, le plus ancien sanctuaire du dieu. On racontait que la légère élévation du sol à l’angle nord-ouest du Forum et même que la hauteur du Capitole dont elle formait l’accès, .étaient le Mons Saturnins', tous les abords furent nommés Saturnin terra , expression qui s’étendit à la région Romaine tout entière, plus tard à l’Italie. Outre le très vieux sanctuaire de Saturne qui subsista, contigu au temple projeté par L. Tarquin, on citait, comme vestiges de cette royauté, une Porta Saturnin, qui menait à la cité du Palatin (on la nommaitaussi Porta Pandana), dont le nom resta visible sur un vieux mur conservé derrière le temple11. Ennius qui sut mélanger, non sans habileté, les éléments de la fable grecque aux antiquités du sol romain et latin, invoque Jupiter sous le vocable de Saturnius, et Junon sous celui de Saturnia, ce qui correspondait à la notion des Kronitles, patronymique sous lequel les poètes grecs, dès les temps épiques, désignaient les grands dieux Olympiens. On rencontre chez les annalistes des assimilations plus précises encore ou plus étranges, mais qui témoignent de l’importance de Saturne, au regard de la légende
le dieu lient sur un monument un sarmeut de vigne ou rejeton d’arbre que broute un bouc ; une inscription du pays des Pelignéens lui donne l'épithète de à(j.«E/0?^TK’' traduction de vitisator. Voir Scrv. Aen. VIII, 319; Arnob. III, 117. Corp. i>'scrgraec. III, 5877 ; et les inscriptions latines où il est appelé frugifer.; Corp. inscr‘ lat. VIII, 2806; 4581, etc. Pour Stercutius , les textes d’Isidore, de Macrobe cl <1° saint Augustin. — 7 Kronia, III, 1, p. 870 sq. et saturnalia. — 8 Dion. U*1- *' i 38; Diod. III, 51; V. 66. Cf. Schwenck, Mythol. der Bocmer, p. 181 et 'oss> Landbau , II, 173, p. 342. — 9 Ennius, Varr. Ling. lat. V. 74 et 42; Plaut- Ciste Ü- II, i, 39 ; Ov. Fast. VI, 279; Virg. Aen. VIII, 357. 319. Cf. Tert. Adv. nflb11'
12; Lact. I, 13 ; Minuc. Fel. Octav. 2t. Les vers des Annales où il est fait allusion à cette fable, sont I, 51, 52, 207; cf. Y Evhémère du même, chez Lact. Loc. c//-'* Baehrens, Fragm. poet. rom. p. 126 sq. — 10 Dion. liai. I, 34; Varr. Ling ,"1'
V. 42; Virg. Aen. VIII, 355 sq.; et Serv. Ibid. 319; Macr. I, 7,24; Fcst. |' j Pour les débris d’antiques constructions trouvées à celle place, v. Notifie, ly ' I p. 49. Cf. Preller, Bocm. Alyth. II, p. 14 et Thédenat, Le Forum rori^ p. 113 sq. 3e éd. — tl V. Gilbert, Geschichte und Topogr. I, p. 246 9'b î ' I p. 402 sq.
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primitive du Latium1. Oreste n’a pas seulement émigré £ Al,icia près du lac de Nemi ; on fixait à Rome même, sur l’emplacement du plus ancien sanctuaire de Saturne, le tombeau où auraient été transportés scs ossements2.
Une autre forme de la légende est celle qui conduit
Hercule dans la région du Palatin et lui fait ériger au pied du Capitole, par une colonie de Pélasges, un autel à Saturne, pour consacrer le souvenir de sa royauté déjà disparue3. Cet autel est sans doute à identifier avec celui qui se trouvait placé aux temps historiques devant le Senaculum, et sur lequel on sacrifiait, graeco ritu , c’est-à-dire la tête découverte [sacrificium, fig. 6009]; il subsistait encore sous le règne d’Auguste4. Dans le sanctuaire très ancien qui fut.remplacé par le temple dont les Tarquins devaient fixer l'emplacement, se dressait une image du dieu que l’on enchaînait par des bandelettes de laine, comme pour l’empêcher de quitter les lieux qui s’étaient mis sous son patronage : une fois l’an seulement on déliait ces liens, durant la fête des Saturnales 5. Les antiquaires les expliquaient par les chaînes dont Jupiter avait chargé son père, lorsqu’il l’eut détrôné; mais la pratique a une signification toute populaire et elle survit, en plein moyen âge, dans le culte de certains saints, retenus de force parmi les fidèles qui leur rendaient hommage6.
Nous avons, à l’article saturnalia, raconté les circonstances dans lesquelles fut projeté, puis bâti et dédié, à la montée du Capitole, le temple qui resta, jusqu’au déclin du paganisme, le centre par excellence du culte de Saturne à Rome ’. Il est représenté aujourd’hui par l’imposante ruine des huit colonnes ioniennes, dont six sur la façade, qui se dresse entre le temple de la Concorde et l’arc de Septime-Sévère, et qui touche d’autre part aux restes, entièrement exhumés, de la basilique Julienne. Les vicissitudes dé cet édifice à travers les âges sont inconnues; il est probable seulement que la ruine actuelle est à rattacher à une reconstruction, qui peut n’avoir été qu’une restauration, sous Auguste, et dontMunatius Rlancus fut chargé par l'Empereur 8. Le temple figure sur le bas-relief, datant du temps de Domitien, qui représente la destruction par les flammes des registres de délation IJ. On sait qu’il fut incendié en partie et restauré sans doute au début du me siècle par 1 empereur Carinus 10 ; les caractères de l’ornementation qui subsiste mènent à cette époque. On sait, d ailleurs, qu’au moyen âge une église en l’honneur des saints Serge et Racchus devait avoir empiété sur l’édifice païen, et qu en 1536, pour l’entrée de l’empereurCharles- Quint à Rome, on démolit les marches de la façade.
b< temple fut, de bonne heure, destiné à recevoir le ri soi de I Etat dont le numéraire était déposé dans ses
I p «8 », [il3' - laL V' 42 : Uion- Hal- x' 14 ; So!- I. IS, et Gilbert, Loc. cil u,,,,,,,.' “ Hyg- fah. p. 261 ; cf. Tbédenat, Op. cit. p. 116 et puni
VI, 1 ■ M ’ L Mar°r’ cllc* Koscher' Kronos, p. I534-. — 3 Uion. Hal. I, 38 Koschnr / ■ S’ - ■ I lut. Quaest. rom. 32; Lact. I, 21 . Cf. argei, saturnalia ; cf
Mommsen H °n. 224Cct ' >82' ~ 4 l’cstus> P- 322 I EPiL > 10; cf- Marquardb 7iûe “*?*“*> Vl' P- l89- — 3 Macr. I, 8, 5; Lucian. Kron. 10; Saluer,. luardl-Momn ” /Ut- ^ >llnesL rom- ; Lobeck; Aglaopham. p. 275. — 6 y. Mar- VI, it p ^ n’ P- avec les auteurs cités et Scheiffeté, liealencyclop. 8(i.; tt-kp zi n ° . ‘ 1 °U1 ce temP*Gi v- Thédenat, Le Forum romain , p. 227 Var,. £i ’ R“men der Stadt E°™, P- 91-98. - » lies gest. IV, 12, 13. Cf.
IL.: lat ■ V- 42 ; °io„. Hal. I, 34 ; Plia. H. nat. III, 60 ; Tac. üù. I, 67;
Pesltts,
Ephe
P- 322; Serv. Aen.
Jl, 110; VIII, 319; Ilyg. Fab. 2Gi, in fin. Cf. Jordan
. e ni ni* III jo' 1 «« /*«• W. joraal
P0RDM, p. „98 (jo’ * S(*‘ N'cliols, The roman Forum , p. 23 sq. — 9 V
Aug. 29. -J il’ v8’ -Gl — i0Corp. inscr. lat. VI, 937. Cf. 1310 ; X, 0087 et Suct. |op|. (.) So| lat ■ V. 183 ; Fest. p. 2; Serv. Aen. VIII, 322; Plut.
Und ?W. m ’ ’ etMacrob' '■ 8- 3 I TU. Liv. XXII, 1. Cf. Gilbert. GeschichU
’ p. 160 sq. Cf. AF.RAa, om 1, i, p. 110; 112. — 12 T. Liv. III, 69 •
caves11. S il en faut croire Plutarque, c’est. Valerius 1 ublicola qui le premier l’adapta à cet usage; on y déposait aussi les enseignes des légions dans l’intervalle des campagnes La raison qui lit choisir ce sanctuaire comme aerarium n a pas été donnée par les historiens; mais il est probable qu’on l’y trouva plus approprié qu un autre par sa situation ; il était, en effet, voisin du Sénat qui avait la gestion des finances publiques, et la lorteresse du Capitole constituait pour lui une sécurité 13.
L importance du culte de Saturne à Rome est affirmée surtout par la fête des saturnalia. Pour le surplus, il ne semble pas que le dieu en personne ait été jamais l’objet d hommages très fervents, après la première période où il était redevable de sa popularité à son caractère agricole. Si Denys dit que ses sanctuaires furent fréquents en Italie, 1 affirmation semble quelque peu téméraire14. On a remarqué, en ellet, que, sauf en Afrique, les inscriptions en son honneur sont des plus rares; à Rome même, à part celles qui sont relatives au temple plus qu’à la personne du dieu, elles font jusqu’ici entièrement défaut1'. En réalité, les témoignages littéraires qui le concernent, comme on peut voir par la place que lui fait Ovide dans ses Fastes l6, s’inspirent presque uniquement de la fable hellénique et sont sans liens avec la tradition nationale. Ceux-la mêmes qui le mêlent à la pratique des Argei , a celle des Maniae et qui représentent le dieu comme ayant introduit en Italie la pratique des sacrifices humains, ensuite abolie par Hercule, sont des fantaisies d archéologues et non des manifestations de religion populaire17. En y regardant de près, on s’avise que les rapports des Romains avec Carthage ont dû modifier, à l’époque des guerres puniques et pendant la lutte contre J ugurtha, leurs idées sur la personnalité de Saturne, comme les avait modifiées déjà, dans un autre sens, la pratique des lettres grecques. De là l’incohérence des points de vue, relativement à la nature du dieu, qui apparaît tantôt comme le souverain, père d’une humanité pacifique et clémente, tantôt comme le premier auteur, en Italie, des sacrifices humains. On sait comment les premiers apologètes du christianisme tentèrent d’exploiter contre la religion païenne en général ce dernier point de vue [saturnalia].
Ce qui est démontré, c’est que le culte de Saturne ne se répandit, dans celles des provinces romaines où ne s’était exercée ni l’influence phénicienne18, ni celle de la littérature grecque, que dans la mesure même où ce culte était en honneur à Rome, c’est-à-dire en y laissant des traces rares et peu profondes. L’Afrique, naturellement, où il trouvait un terrain tout préparé, échappe à cette remarque; c’est là, en effet, que nous rencontrons les
IV, 22; VII, 23. — « V. Gilbert, Op. cil. III, 160 sq.; il était de plus voisin du temple de la Concorde qui servit souvent de lieu de réunion au Sénat ; Lie. Verr. I 49, 129. — U Uion. Hal. I, 34 ; cf. Freller, Jloem. Alylhol. H, p. 10, 3» édit, la noie de Jordan. — 16 Les principales inscriptions jusqu'à présent connues, en dehors de l’Afrique, ont été trouvées dans le Treutin, Corp. inscr. lat. V, p. 1180; dans le Tyrol, /b. V, 50 sq. : à Ferrare, Ibid. 2382 ; à Vérone, 3291. Cf. Mommsen, Hermès, IV, 101. Cf. l'autel {de la Gaule romaine avec le Saturne à télé de taureau. Cb. Robert, Epigr. de la Moselle, pl. n, ni et dies, p. 172, fio- 2403.
— 16 Ov. Fast. V, 62 sq.; VI, 29 sq. ; avec les commentateurs Merckel, (Proleg. CIV et ci.xx; Peter, Ad loc.-, Jordan, Topographie, II, p. 282, et argei.
— 17 Tort. Apol. 9; Ad nat. Il, 12; Aug. Civ. d. VII, 19; Minuc. Fel. Octau.
57 ; Lact. I, 13. Déjà dans l'Evhémère d'Ennius, fragm. 10, p. 169, édit. Valilen ; Saturnum et Opem ceterosqne tune liomines humanam carnem solitos vo rare. Cf. Max. Mayer, Op. cit. p. 1466 sq. — !» Sur cette influence que nous no pouvons toucher ici qu'en passant, v. Max Mayer, Der Orientalische A ronos, chez Roscher, Op. cit. p. 1498-1507; cf. liaal. Ibid. I, p. 2867 sq. ; et plus haut, 1, in fin.
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témoignages les plus nombreux et les plus décisifs d'une religion de Saturne avec tous les caractères qui démontrent la popularité1. On n'y compte plus les bas-reliefs votifs et les inscriptions, datant des temps romains, où figure le nom de Saturne, sur lesquels le dieu est représenté, le plus souvent en buste, la tête voilée, et à ses côtés les images des principales divinités indigènes.
Le Saturne africain n’est pas le même que le Kronos des Grecs ni que le Saturne des Latins; d’autre part, il diffère, sur beaucoup de points, du Baal-Moloch vénéré à Carthage chez les Phéniciens. Il est une adaptation toute spéciale à un état moral et religieux qui a été déterminé, pour une large part, par l’influence combinée de la Grèce, de Rome et de la religion phénicienne. Appelé Dominus, Augustus , Sanctus, Magnus, Inviclus, ce Saturne est la divinité suprême, universelle, très semblable à Zeus et à Jupiter Capitolin 2. Il est en même temps, sous un aspect différent et qui se rapproche du Saturne primitif des Latins, le dieu qui procure la fertilité champêtre : Frugifer3. Mais les monuments érigés en son honneur ne lui conservent pas moins une physionomie spéciale et franchement indigène. Les fidèles adjoignent à sa figure, empruntée le plus souvent au type gréco-romain, des symboles tels que le disque, la lune, l’étoile qui rappellent Baal4. Un même bas-relief le représentera même sous trois aspects différents, l’un qui
a été importé d’Italie nous donnant le dieu barbu, chevelu, à la face de vieillard morose, avec l’attribut de la faucille et de la patère, puis l’encadrant comme dans une niche, d’un côté par un dieu solaire couronné de rayons et muni d’un fouet, de l’autre par une divinité féminine dont la tète est surmontée du croissant ( fi g. 6121) 5. Pour les Gréco-Romains, cette triade est celle de Saturne, d’IIélios-Sol et de Séléné-Luna; pour les indigènes, si Saturne se borne à rappeler Baal, dont il a pris la place, Hélios suggère Baal lui-même et Séléné, la déesse Tanit ou Isis. Nous avons dit ailleurs quelle est la nature du culte que les Africains rendaient à Saturne et aux dieux qui lui font
i Pour ccttc diffusion du Saturne romain identifié à Baal-Moloch, nous renvoyons à J.Toulaiii, Les Cités romaines de la Tunisie , Paris, 1895 ; v. surtout, p. 213 sq. où le culte de Saturne en Afrique est caractérisé de la façon la plus sûre et la plus complète ; du même: De Saturai dei ia Africa romana cultu , Paris, 1894. — 2 Toulain, Op. cit. p. 27 sq. ; cf. Corp. inscr. lat. VIII, suppl. 2070; 12126 ; Ibid. 4512, etc. ; 8449, etc.; 2GG7 ; suppl. 1294. — % Ibid. p. 30 sq. ; Corp. inscr. lat. VIII, 2606; 4581 ; 8826. — '■* V. chez le même la Tab. I, p. 34 avec le commeiPaire, p. 33 sq.; cf. Mélanges d'archéol. rom. 1892, p. 103, pl. i à iv. — » Ibid. p. 38, lab. II, fig. 2; cf. les fig. 1 et 3 ; sur ce dernier bas-relief, les personnages sont plus africanisés : le Saturne est imberbe, d'expression presque féminine et voilé à la façon des vieux xoann d'Athéna ou d'Iléra. Cf. Max-Mayer, Op. cit. p 1500 et l'élude sur Baal, chez Hoscher, Op. cit. I, 2, p. 2875 ; cf. Ibid. 1226. Le Kronos dans le sanctuaire duquel llannon a écrit de son voyage (Peripl. t)esl un Baal hellénisé. — G Lucian. Kron. 10 ; V. le lexle de Laclance avec les autres plus haut. — 7 Cf. Preller-Jordan, Itoem. Myth. Il, p. 13; I, p. 384; v. salii ; Enn. Annal, (fragrn.), 221 cl Varr. Ling. lat. VII, 3G;Fest. p. 325 ; Corsson, Origines poesis roman, passim. — 8 Pour l'hislorifjue du culte de Saturne et celui des superslitions populaires qui en sont issues, rien de plus intéressant que la caractéristique de celui des Juifs qui auraient fêlé le 7e jour en son honneur. V. Tac. Hist. V, 4, avec les commentateurs et notre élude, Les Juifs à Dôme devant l'opinion et dans la littérature , Revue des études juives , t. XI, n° 22, p. 175 sq. La célébra-
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cortège; comment aussi, par une caricature poussée an noir, Lactance fait du Saturne romain un dieu mangeur de chair humaine. La contre-partie nous en est fournir par le portrait qu’a tracé de lui Lucien, quand il le décrit comme un roi bonhomme qui abdique sa royauté lorsqu’il se sent trop vieux et fête sa libération dans la bombance des Saturnalia °.
Cet exposé des pratiques et des croyances relatives au culte du Saturne romain serait incomplet si nous ne rappelions, d’une part, que la plus ancienne forme de versification latine lui est redevable de son nom et que le vers Saturnien a été considéré par les Romains eux-mèmes comme h; rythme barbare dans lequel chantaient les Faunes et les devins’; d’autre part, que dans la dénomination par les divinités des jours de la semaine [dies, II, p. 171 sq.]8 il obtint tout d’abord le premier jour et plus tard, sous l’inlluence judaïque, le septième, le premier étant attribué au dieu Soleil. Nous renvoyons aux monuments reproduits et commentés à l’article dies, pour l'iconographie spéciale du dieu à ce point de vue. Il y figure avec ses traits traditionnels, ici muni de la faucille, ailleurs portant la faucille d’une main et de l’autre une tête de taureau 3 (fig. 2402, 2403).
III. L’histoire des représentations figurées de Kronos- Saturne est à la fois pauvre en documents et encombrée d’interprétations difficiles. Comme l’a fort bien remarqué Overbeck10, elle manque à son point de départ, aussi bien dans la légende que dans les premiers essais de l’art religieux, d’un type précis qui l’oriente; les seuls traits qui y peuvent mettre une individualité distincte, c’est d'une part la vieillesse, de l’autre le caractère soupçonneux, sournois et morose qu’IIomère a exprimé par l’épithète de àYxuXogqTq;11. L’attribut de la /mr/jc, serpette ou faucille, lui est commun avec d’autres personnalités divines ou héroïques; la barbe fournie et la chevelure abondante se retrouvent chez Jupiter, Neptune et Pluton,ses fils; le pan de manteau ramené par l’occiput vers le front, qu’il laisse à découvert, convient aux .sacrificateurs suivant le rite romain. En réalité, une représentation de Saturne n’est franchement certaine que si l’un ou l’autre de ces traits et même tous ensemble sont éclairés par quelque détail emprunté à la légende ou mis en relief par les circonstances de l’acte représenté.
De même que les représentations de la Grande Mure des dieux sont parties de l’aérolithe, celles de Kronos- Saturne ont eu pour point de départ le bètyle [baetyi.ia, I, p. 642 sq.]12. La pierre que Rhéa substitue à 1 entant
lion du 7e jour csl un sujet de plaisanteries dès le temps d'Auguste ; v. I U>. ■ ' ■ 18; llor. Sal. I, 9, 09; Ov. Ars am. I, 415; Item. am. 219; et elle '
satiriques de l'âge suivant; Fers. V, 184; Juv. XIV, 90. — 9 Sur le vasi a ^ tingen (Gaz. arche al. 1879, 1), Saturne tient d’une main la faucille, de 1 a"1” ,e épis. Ajoutons une mosaïque africaine conservée à Tunis, où le buste (1. placé au centre, est entouré de six autres divinités de la semaine, Calai, du "‘"3f Alaoui, mosaïques, pl. u, 10. — 10 11 semble qu'au moyen Age, sans doute con"^ un écho des superstitions chaldéennes et judaïques ;(Saturne a, d ailleurs, Jp"1 ^
rôle, non seulement dans la pratique des horoscopes, mais dans les oprr.'1 . .
magie), le jour de Saturne ait conservé la réputation d'un jour néfaste. Grinn'Ç ^ un poème du ix° siècle sur la bataille do Fontenay livrée un samedi et ou ' 1 ^ que ce jour ne fut pas celui du Sabbatum, qui signifie repos, mais d ua m Saturai, expression qui équivaut A celle de bain du diable; (irimm. mylhal. 1, p. 105. l.a citation d'après Dont Bouquet, VII, 304 ; Sabbat"". ^ illud fuit dsc dolium Saturai. Cf. Ibid. p. 201; III, p. 83. On peut l’épigramme d’un poète hellénisant. Anlhol. palat. XI, 114; cf. 257, sm ' a]a[urne d'un certain lléliodore à qui l'horoscope dévoile l'inimitié delà plam-'Ç ^ et qui arrache du temple la statue du dieu afin de le rendre inoffensif. — irnythologie, I, p. 252; cf. Max. Mayer, Op. cit. p. 1544 et 1549. ^c|llfl
59 ; cf. supr. I. V. encore Mayer, Op. cit. p. 1522 et Ed. Meyer, cher 1, p. 2875.
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/ms afin détromper son père, n’est pas autre chose qu’un br/i/te, et elle fut la première idole suggérant l’idée du dieu par l'acte le plus frappant de sa légende. Puis elle figura de concert avec le dieu, dans la scène qui reproduisait cet acte. Une peinture de vases à figures rouges de style attique *, mais dont la partie antérieure parait seule à l’abri de toute contestation, représente trois personnages féminins dans des attitudes diverses avec une ligure de vieillard vêtu d’un long manteau et appUyé sur un sceptre. La figure féminine, qui lui fait face lui présente à la hauteur de sa tête un objet caché dans les plis où elle se drape, objet qui peut bien correspondre à la pierre sacrée. Mais rien n’est moins certain que l’explication de la scène par la ruse de fthéa, et le vieillard au sceptre, tout barbu qu’il soit, n’est pas manifestement Kronos. Il en est de même de la figure de vieillard pensif qui est assis derrière le char d’Oenomaüs parmi les personnages qui composent le fronton oriental du temple de Zeus à Oiympie 2. Des arguments exposés par M. Max. Mayer en faveur de l’identification avec Kronos, un seul a quelque valeur, c’est celui qu’il tire de la place occupée par le dieu et sa compagne Rhéa dans les cultes de ce sanctuaire3.
Pour en revenir à l’épisode de la pierre, il nous reste le bas-relief de l’autel du Capitole, manifestement inspiré par une œuvre grecque, peut-être par un relief de Praxitèle, qui l’avait sculpté pour le temple d'iléra à Platées4. Kronos, assis sur un trône, dans uneattitude et avec une expression qui font penser à certaines représentations
classiques de Zeus, reçoit des mains de Rhéa debout devant lui la pierre enveloppée de langes (fig. 6122). Pausanias a décrit la scène dans des termes qui suffisent à l’identifier avec le bas-relief romain 5. M. Mayer, qui a consacré à Kronos la seule étude complète que nous possé- ,0nsi en a rapproché, pour ce qui concerne le personnage
18^5Au Louvre; P°Uier, Catalog. p. 1092, G 36 ; ; De Wille, Gaz. archéol. " - P - Elite céramogr. I, p. 316; Annali dell'lnst. 1875, 404; 1877, Hist I T' lesto’ P' Cf. Max. Mayer, p. 1551 sq. — 2 V. CoMignon, „ 1^ n Sculpt. gr. 1, p. 434 Sq. ;|Surtout 441, fig. 228 et 229 ; avec la biblio-
Mvrlilos V '"tcl P'PlaUûii, p. 437. Ce vieillard est le plus souvent identifié avec nité W i L0P8CllCke’ D(rPnter Programm, 1885, p. 8, qui conclut à une divi-
- 1 Helb'.~ * SCh°1' P'nd' °L Vl’ P' 116 Ct ,C P06t° lui‘ml!me’ 01 UI> 51-
Zeus IM 04’ 1 eV' n° 011 ' «produit Pa>' Overbeck, Kunstmythol. Atlas, Ovcrheel n ' , souvenl udb'urs. V. Max. Mayer, p. 1504, fig. 14 et l'interprétation.
— 6 Trouvé * ' ' ^ Cp ^a5’cr’ Z. oc . cit. p. 1566. — 8 p aus. IV, 2, K,
tude cliex M Gn k*ac^doine, original perdu et dessiné avec plus ou moins d'exacli- (t>. supr ) e, * a'ei’ i1, l537, 3I of- Gaz. archéol. 1879, le vase de Wettingen
y'61* ^ fi11' raPproche de plus un Saturne figurant sur un bra-
du dieu, une coupe en argent, originaire de Macédoine, dont l’original est, d’ailleurs, perdu, etqui montre Kronos assis, nu, tenant la harpe dans la main droite et étendant la gauche vers la pierre placée à côté de lui pour rappeler larusede Rhéa6. Des historiens de l’art grec mentionnent encore, comme ayant défrayé la sculpture à certaines époques, la participation de Kronos à la lutte des Géants contre l’Olympe, sur les frises du temple d'iléra à Argos, où figuraient également la naissance de Zeus avec Rhéa couchée, la pierre présentée à Kronos. la danse des Curètes et Zeus nourri par Amalthée [amaltüaea, curetes] 7. A cette énumération, qui nous fournit, d’ailleurs, pour l’iconographie de Kronos, des documents sans portée, il faut ajouter une statue de Tebessa, sur laquelle se lit une dédicace à Saturne. L’attitude et le geste sont semblables à ceux de Saturne en tête à tête avec Rhéa sur l’autel du Capitole, ainsi qu’avec le bronze du musée Grégorien dont il est question plus loin8.
La seule œuvre représentant Saturne suivant les procédés de la statuaire grecque est le fragment en calcaire du Musée du Vatican (tête et buste jusqu’au ventre, la tête légèrement inclinée à gauche et soutenue par le bras en partie conservé) (fig. 6123) 9 ; la chevelure et la barbe, fortement ondulées, sont d’un homme dans la force de l’âge ; l’expression est pensive et mélancolique.
Le torse est nu, mais les plis du manteau remontent dans le dos et sont ramenés sur la tête de façon à l’encadrer de lignes harmonieusement drapées. De cette œuvre on peut rapprocher un certain nombre de bustes qui tous sont d’attribution conjecturale, puisqu’ils peuvent également convenir aux rois Kronides, particulièrement à Neptune, à Pluton et même à Sérapis. C’est ainsi qu'Overbeck a mis parmi les représentations de Jupiter le buste voilé du musée Grégorien, que M. Mayer revendique avec conviction pour Saturne, sans qu’il soit possible de décider entre les deux10. Une petite tête en marbre, de la collection Nelidow, nous laisse dans la même incertitude11 ;mais il y a quelque probabilité pour qu’une tète en calcaire exhumée à Clés, en Tyrol, tête barbue, chevelue et voilée comme les précédentes, doive être identifiée avec Saturne : elle a, en effet, été découverte parmi des fragments d’inscriptions relatives à ce dieu12. Citons encore la statuette en bronze du musée Grégorien
celet de Syrie {Gaz. archéol. 1877, 8, 5), en compagnie de Tychô, d'Hélios et de Séléné. Cf. les divers Saturnes reproduits à l'article Lies, 11, 2, p. 172 et 173; et la statuette de marbre. Matz-Duhn, Antik. Bildwerke , I, n° 48. — 7 Overbeck, Kunstmythol. Zeus. p. 328, 331 sq. ; 333-337. Cf. Prcller, Griech. AJythol. 1, p. 101, 3e édit. — # Notices et Mémoires de la Société de Cons tantine , 1879-80, pl. xxvm. — 9 Braun, Yorschule der Kunstmythol. pl. xxxv ; Helbig, Führer , 2e éd. 1899, n° 138 et Max. Mayer, p. 1561, fig. 12. — 10 Overbeck, Kunstmyihologie , Zeus, Atlas, lll, 2 ; Brunn-Bruckmann. Sala de busti, 245 (Dcnkmaelcr der griech. und roem. Skulptur). Cf. M. Mayer, Op. cit. p. 1561 et Helbig, Die oeff'eatlichen Sammlunyen , I, p. 237. — l* Chez Mayer, p. 1561, fig. 11. — 12 Reproduite pour la première fois par Ma, y. Mayer, p. 1 56o, fig. d après Archaeol. epigr. Mittheil. aus Oesterreich , 16, p. 74. Les inscriptioüs au. Corp. inscr. lat. V, 5C67 sq.
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qui a celte particularité intéressante d’être à peu près intacte et de nous représenter le dieu assis, le torse nu, le bas du corps enveloppé dans une ample draperie qui est ramenée par derrière, sur la tête, en forme de voile et soutenue à la hauteur des yeux par le bras levé dans le geste même qui caractérise le Saturne de l’autel du Capitole '.Toutes ces représentations ont ceci de commun que Saturne n'y arien de l’air décrépit (aù/p-oûitAsco;) qui, suivant Lucien, aurait été sa caractéristique chez les peintres2, mais, au contraire, une expression de vigueur et de virile majesté. Il est le senex obvoluto capite dont parle le commentateur de Virgile, expression qu'il convient de corriger par ce vers de Virgile lui-même, peignant Charon, le nocher des enfers : cruda deo viridisque senectus3. Unepeinture de Pompéi, de toutes les représentations de Saturne la plus connue et la plus expressive, nous en a légué le type idéalisé ( fi g. 6124). Le dieu est représenté debout, suggérant l’idée des statues-portraits si fort en faveur dans l’art gréco-romain ; son attitude est noble; il est drapé dans un manteau dont les plis rappellent la toge romaine; une partie de la poitrine est à découvert; la main droite, qui tient la serpette, est enveloppée jusqu’au poignet par la draperie qui contourne le cou, de droite à gauche, et retombe, largement traitée, sur l’autre bras, la main soutenant l’extrémité de l’étoffe b
Il y a peu de chose à tirer, en mettant à part les monnaies de Mallos et d’Himère que nous avons citées plus haut, des diverses reproductions de Saturne sur des monnaies, soit grecques soit romaines. Pour les premières, les attributions sont toujours fort incertaines. Mentionnons toutefois la monnaie de Tarsos qui date du règne de Valérien l’Ancien et où la draperie, la tête et la faucille désignent suffisamment Saturne6; une monnaie de Flaviopolis, du règne de Domitien, qui le représente en buste, la tète voilée et avec la faucille; une monnaie d’Hadrumète où, voilé également, il tient deux épis dans la main. A Rome même, il figure sur les monnaies des familles Apuleia, Calpurnia, Cornelia, Marcia, Memmia, Neria et Nonia, au déclin de la République; puis, sous
l'Empire, sur quelques monnaies de Valérien, de Gallien et d’Albinus (fig. 6125) 6. Le médaillon reproduit ci-contre’, et qui date du règne de ce prince, rend à Saturne sa signification primitive de divinité agricole, mais sous les traits pompeux d’un roi qui ramène la prospérité de l’âge d’or. J. -A. Hild.
SATYRI, SILENI (Sâxupot, SiXr,vo(). — I. Origines et caractères du type. —
Les Satyres sont des personnalités mythologiques qui furent associées, de bonne. heure, au thiase de Dionysos. L’étymologie du mot Satyrus nous est inconnue. Les tentatives des grammairiens 1 pour expliquer ce vocable, qui n’est probablement pas d’origine hellénique, n’ont donné aucun résultat satisfaisant. Ou a proposé d’identifier les Satyres avec les Satrae de Thrace 2, dévots de Dionysos mentionnés par Hérodote3; mais il faut écarter cette hypothèse évhémériste qui se fonde sur une confusion initiale des Satyres avec les Silènes. D’autres croient plus juste de rapprocher Satyrus du latin Satura. L’idée de plénitude et d’abondance caractériserait bien des démons protecteurs de la richesse agricole b Mais, dès leur apparition dans la religion et dans l’art, c’est leur caractère agreste et libre qui domine. Hésiode6 y voit une race fainéante et tournée au mal : ils sont à la fois pétulants et poltrons. Euripide les appelle ; leur nom dorien de xérupoi1 est syno¬
nyme de boucs. On pourra donc faire rentrer les Satyres dans la grande famille des génies thériomorphes, décrite par Mannhardt8. Pour tous les peuples indo-germaniques, les énergies naturelles des eaux, des vents, des forêts et des montagnes apparurent sous la forme de génies-animaux, dont la mythologie préhellénique, Cretoise et mycénienne, nous offre aujourd’hui tant d’exemples. Ces croyances, légèrement modifiées à la vérité, survivent chez les montagnards de la Macédoine.
Le Péloponèse et, en particulier, l’Arcadie paraissent être la patrie d’origine des Satyres9. Les cantons pastoraux de l’Arcadie ont très anciennement adoré Pan, le divin chèxrre-pieds [pan]. On lui emprunta ses ' innés, sa queue et ses ongles fourchus, pour les donnei à la troupe des Satyres, êtres mutins et lascifs qui ont
i Chez Max. Mayer, p. 1562, fig. 13; cf. la figure demi-grandeur naturelle chez Clarac, p. 395, fig. 660. — 2 Aron. 10. — 3 Serv. Aen. 111, 417 ; Mythogr. Vat. Il, 1 ; Aug. Consol. evany. 1, 23, 24; Virg. Aen. VI, 304. — 4 Helbig, Wandgemaelde , n° 96; cf. Ibid. 1005; Mueller-Wicseler, II, 62; 800; cf. M. Mayer, Loc. cit. p. 1558. L’élégante statuette en bronze du Musée de Florence, représentant un héros nu, dans une altitude méditative, coiffé du pileuse t tenant une serpette dans la main gauche (Mueller-Wicseler, II, 62, 801 ; cf. Mittheilungen, etc. 1892, p. 166), n’est pas un Saturne ; la serpette est restituée et le pileus ne convient pas au dieu; il faut y voir un Ulysse; cf. la figure de gauche du bas-relief en stuc, Monumenti,
VI, 51 P, qui représente le rapt du Palladium ; le corps, la tète, la coiffure sont
identiques; seules l’expression et le geste différent. — 5 Celte monnaie, très rare et que Mayer a le premier fait connaître, se trouve au Cabinet des médailles à Athènes ; icproduite chez Mayer, p. 1558, fig. 8. Celle de Flaviopolis, Zeitschrift fiir Nutnism. XII, 332, Tab. 14, 1; celle d’Hadrumèlc, Muellcr, Numism. de l'anc.
Afrique , II, 52, 29. — 6 V. pour les monnaies de l’Empire, Eckhel, Doctr.
num. VII. p. 381 ; pour les monnaies de la République, les traités de Cohen et «le Babelon, passim. — 7 Froehncr, Médaillons de l'Emp. rom. p. 191. — Bibliographie. Buttmann, dans sa Mythologie , II, 36 sq. ; Kronos oder Saturnus , 1814; Gerhard, Griech. Mythologie, 1854, 106 sq. passim ; G. Hermann, De theologia Graecorum , p. 176 sq.; E. Hofmann, Mythen aus der Wanderzeit der yraeko-italischen Staemme , lr® partie : Kronos und Zeus, 1875;
Nacgelsbach, Ilomerische Théologie , 2° éd. p. 75 sq. ; Nachhomerisch > logie , p. 98 sq. ; Overbeck, Abhandlungen der Saechs. Gesellsclia/t dci " ^ sensch. 1865, p. 47 sq. ; 64 sq. ; Preller-Plew, Griech. Mythologie, I, 1 1 1 passim ; Schwegler, Ilosm. Geschichte , 1, p. 233 ; Sippcl, De cultu dissert, inaug. 1848; Roscher, Ausfuerliches Lexikon der griech. und 1
Mythol . : Kronos, art. de Max. Mayer, III, p. 1452- 1573 ; J. Toutain, K romaines de la Tunisie , 1895, p. 207 sq. ; 213, passim. ; Id. DeSatumi Africa romana cultu , 1894, particulièrement p. 27 sq.; Walz, De relui romanis antiquissimis , 1845, p. 12 sq. ; Welcker, Griech. Goetterlehre , F et passim.
SATYRI. 1 Schol. TheocrA . 02 ; <yàOr,, synonyme deicéoç ; Loeschcke, A theilung. 1894, 523, se fonde sur le latin satiçr ; Schol. Platon, Conviv. l 9E9V)?f!vat, montrer les dents. — 2 Mead, Ilist. Num. p. 176; Harrison, mena to the study of greelc religion, p. 380. — 3 Herod. VII, 3. '* ^0I1 ^
de Loeschcke, Ath. Mittheilung. XIX, 1894, p. 523. Wilamowitz, cité pari (p. 522), pense que le mot désignait à l’origine un houe, Tpàyo;, ct reP°u^’ similation entre eràtupot et satur. — & Ap. Strab. X, 471. 6 1
cf. llcsychius, s. v. où impôt. La glose sur l'herbe appelée «raxiiptov dérive ‘ ^
ment du caractère lascif prêté aux Salyres. — 7 Hesyehius, s. v. *lTUP°l ’ Theocrit. III, 2; cf. Loeschcke, l. c. p. 521. —8 Antike Wald-und le 136 sq. — 9 Lœschcke, L. c. p. 524.
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toujours conservé quelque chose delà nature caprine. Nous reconnaissons encore ces démons péloponésienssur „ne série de vases à figures rouges du v“ siècle, qui les représentent avec des cornes de bouc, des sabots et
les Satyres,
esprits des solitudes rocheuses, tenaient de la chèvre leurs principaux traits ; les Silènes sont des démons chevalins, étroitement apparentés aux Centaures. Ils ont les oreilles velues, la queue fournie, et le sabot des solipèdes. Satyres et Silènes sont traités de O-qpeç; mais les auteurs dénomment les Silènes « chevaux »,ÏTt7roi3, tout comme ils appellent « boucs » les Satyres (xpotyot)*.
Esprits des sources et des landes marécageuses, les Silènes sont les parèdres masculins des Nymphes [maenades] auxquelles ils s’unissent « dans la fraîcheur des cavernes», dit l’hymne homérique6.
C’est à Athènes que les démons-boucs du Péloponèse (les Satyres) furent assimilés aux démons-chevaux de l’Anatolie (les Silènes), et cette confusion voulue eut une portée panhellénique. Nous verrons plus bas que les artistes alliques donnèrent aux Satyres introduits dans la tragédie le type exact des Silènes avec leurs oreilles et leurs queues de cheval. Poulies écrivains aussi, Satyres et Silènes devinrent synonymes6. L’usage courant de la langue ne distingua plus des êtres que l’art avait étroitement mêlés. Le plus célèbre de la troupe, Marsyas, est appelé tantôt Satyre et tantôt Silène, et l’on dit quelquefois drame silénique 1 au lieu de drame satyrique 8 [satyricum crama], pour celte forme particulière du drame consacré à l’essaim pétulant des Satyres. L’essai de démarcation tenté par Pausanias 9 est un témoignage de la confusion générale des deux conceptions mythologiques.
Si l’on confond communément Satyres et Silènes, il arrive aussi qu’on les distingue. À côté des innombrables Silènes, on fait une place spéciale au vieux Silène, le père nourricier de Dionysos. Une légende d'Argos raconte le combat d’un Satyre arcadicn, sorte demonstre analogue à Nessus, contre Héraclès10. Une fois le pré-
''OM *‘er’ ex U*. < ter gr. und. rom. Alyth. art. pan, p. 1410. Noire figure ^ 1'" s mi cratère du Musée britannique, Journal of . h fil. stud. XI, 1890,
X1, 1 '' 1 atalogue Durand , 14 2 ; Catalogue Pourtalès , 399 ; Jalin, Vasen- ’’ Mitth. 1897, p. 91, 92, 93; Rristish Muséum, Catalogue
ÿ ‘j ' y 1 des Vergers, Etrurie , pl. a ; Annali d. I. 1884, tav. d'agg. M; Mon. — âl\l r ^ XXXlv’ Arc/l. Zcitg. 1855', 76 ; Belhe, Prolegomena , lig. p. 339. lermi . ^ ^aussure me fait remarquer que Eùtypot rappelle étroitement par la
nencc fia < n,1flVOt 'GS n0ms ^‘niques thraco-phrygiens ; on retrouve cette désitonficcrc S 1 ufPïlv°u ce qui indique l’origine anatolienne des Étrusques. — 3 Dit- , x„r; SljUo0- Oiscr. graec.l II, n» 737, n. 77; Bym. Orphie. XL VIII, lm j8’ 1 c - “laas’ Orp/ieus, p. 18 sq. ; C. I. G. 4, 7400; Wide, Ath. Mitthei- «f. Aescli 281 ; Lœscllcke> Ihid • P- 521. — 4 Etymol. Magn. s. t>. TfaïvSia ; Notice ^ U!' ' 11 1 2 ’ tîesych. a. v. Toàyouç ; cf. Pollux, -Eppeveuupoua,
p. 55 ■ ai "l"mSCH!S de bibliothèque nationale , XXIII, 2" partie, 1872,
. rjito,. semicaper , satyre. — 5 Bym. ad Vener. 203. — 0 Hesych. s. v .
cepteur de Dionysos devenu un vieillard, on rajeunit d’autant les Satyres qui passent pour ses enfants dans le Cyclope d’Euripide. C’était dans la tragédie que s’était faite la confusion des Silènes et des Satyres11.
C’est aussi au drame satyrique athénien et à des convenances scéniques que M. Robert fait remonter le personnage mythologique du
vieux Silène12. Pour introduire Silène au nombre des acteurs, on l’aurait chargé d’années en l’opposant ainsi aux jeunes Satyres-Silènes.
Quoi qu'il en soit, il se créa une légende du vieux Silène (jsetov13, TraTTTtdç u). Fils d’une Nymphe 15 et de Pan 1G, il est élevé à Nysa, dont il devient roi ,7. Les Nymphes lui contient l’éducation du jeune Dionysos qui avait échappé à leur surveillance i8. Il accompagne son élève en Attique et, laissant le dieu visiter les bourgs favorisés de Sémachidai et d’Icaria, il va goûter sur l’Acropole l’hospitalité de Pandion19. La sagesse de Silène est proverbiale : il a le don prophétique et on lui arrache ses oracles par ruse80, car l’ébriété est lacondition essentielle de ces révélations. L’imbécile Midas capture Silène dans son jardin de roses du Bermios, l’enivre et apprend de lui la vanité de l’existence humaine21.
Le vieux Silène fatidique, ainsi que les Satyres-Silènes des. chœurs tragiques, sont déjà étroitement associés à Dionysos. Mais, à l’origine, ceux-ci étaient tout à fait indépendants du dieu. Silène lui-même a comme prototypes, certains démons archaïques, bienfaisants et nourriciers, qui n’ont rien de commun avec le dieu du vin 22 .
L’alliance des Satyres-Silènes avec Dionysos n’est donc point primitive. Elle s’explique par l’irrésistible attrait de la religion dionysiaque, qui adopta peu à peu les génies secondaires des eaux , des forêts et des sources 23. Selon les vues intéressantes de Wilamovitz 2t, les Satyres reprirent pour Dionysos les danses rituelles qu’ils avaient exécutées autrefois pour Cybèle26. Les cérémonies de ce culte extatique produisaient chez les fidèles des crises d’enthousiasme : ils se croyaient possédés par la divinité et métamorphosés en animaux sacrés, boucs ou chevaux (Satyres ou Silènes).
Quand les premières ferveurs du culte nouveau se
St7ï;voï Eâtupot. ■ — 7 Plat. Convie. 215 5. — 8 Atlieu. II, 55 c. ; Dion. liai. Jihet. 3 C ■ Arist. Poet. 4, 18. — 9 Pans. I, 23, 5 ; cf. Etymol. Magnum s. n. LeiY^voç, p. 710 ; Servius ad Virg. Egl. VI, 14. —10 Wilamowi.tz, Griechische Tragoedien, III. Préface du Cyclope d’Euripide, p. 7. — 11 Welckcr, Aaclitrag der Aeschyl. Trilogie.
— 1 i Der Miide Silen,2V Ballisclies Winckelm. Prôgr. p. 18. 13 Nonnusf 17.
27 ; 19, 271. — H Pollux, 4, 142. — 16 Aelian, Var. hist. 3, 18 ; Xcnopli. Con». 5, 7- — lo Serv. Virgil.Ecl. C, 13. — 17 Diod. Sic. 3,72 ; Catul. Eleg. 04, 253. — ISEurip.' Cyclop. 4. — 19 Pausan. I, 23, 2,27. Virg. Egl. VI. -20pauSan. 1, 4, 5. La légende est étudiée par Bulle, Ath. Mitth. 1897, 389. — 21 Cf. Rliode, Griech. Roman, 204 sq. — 22 Purtwângler, Archiv. für Iteligionswissenchaft, 1907, p. 331; Bulle! Dis Silene in der archaischen Runst , p. 71. — 23 M. LœschcYe a très bien montré comment l'association s’est faite, par l'entremise de la religion de Dionysos, entre los démons péloponésiens (Satyres) et le tliiaso venue d'Ionie (Silènes); Ath. Mittheil.. 1894, p. 518 sq. Cf. Milcfihôfer, Anfiinge der Kunst,Ti note I.
— 24 Griech. Tragédien, III. p. 9 sq. — 26 Strab. X. 400; Eurip. Dacch. 130.
une queue de chèvre 1 (fig. hl26).
Les Silènes, originaires de la Thrace et de la Phrygie 2, sont aussi des génies -animaux. Mais
Fig. 6126. — Satyres à cornes et pieds de bouc.
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furent attiédies, les Satyres-Silènes continuèrent leurs danses aux représentations symboliques de la mort de Dionysos ; mais ils n’étaient plus transfigurés par l'extase; on ne voyait plus en eux que des hommes travestis1. C’est de ces danses des Satyres-Silènes que sont nés le dithyrambe, la tragédie et le drame satyrique des Athéniens [cuorls, dituyram6us, cyclicus cnoRi's, satyricum brama]. La comédie dorienne tire son origine des ébats plus débridés d'une autre catégorie de démons, analogues aux phlyakes de la Grande-Grèce2. Ainsi, les Satyres-Silènes, libres habitants des forêts, à l’origine, sont définitivement enrôlés à Athènes dans le thiase bachique. Jusqu’à la fin de l’antiquité, ils demeureront attachés au dieu, dont ils constituent les servants attitrés, la maison et la suite.
Nous n'entrerons pas dans le détail des mythes secondaires où les Satyres jouent un rôle. La légende en fait les fils d’Hermès et de la Nymphe Iphthimé3; elle les associe aux Curètes de Crète \ auprès de Zeus, et plus tard leur attribue comme patrie des terres lointaines, les Iles des Satyres 5, où les navigateurs les entrevoient. Certains savants modernes ont ajouté foi à ces fables et en ont donné des explications rationalistes ; les explorateurs anciens auraient pris pour des Satyres les gorilles de la côte africaine ou les sauvages de l’Inde 6.
Il sera bon de compléter par les monuments figurés le témoignage des écrivains : la prodigieuse richesse de l'imagerie nous fait comprendre beaucoup de conceptions que les textes littéraires passent sous silence ou laissent seulement entrevoir. Le diable des chrétiens garde, d’ailleurs, plus d’un trait du satyre antique, auxquels les artistes de la Renaissance et des temps modernes restèrent souvent fidèles par humanisme7.
IL Représentation dans l'art. — Nous avons distingué plus haut les démonschevaux anatoliens (Silènes) et les démons-boucs péloponésiens (Satyres). Ce sont les Silènes que nous rencontrons les premiers dans les monuments. Ils ont un visage large, complètement entouré par la barbe et les cheveux, un nez camus, une queue et des oreilles de cheval (lig. 6127 1 8; des sabots non fendus indiquent clairement leur nature bestiale (fig. 6128) 9. On appelle généralement ionien cet ancien type du Silène parce que l’origine en est bien établie par des monuments ioniens : monnaies de la Grèce du
1 Sur les origines de la tragédie at tique, cf. Hermes , XXXII, p. 290; N eue Jahrbücher, i 9 0 6 , p. 161 sq. ; Archiv. für Religionswiss. 1908, p. 161 et 195. Sur les prêtres de Dionysoset les lobaclioi. dénommés tnisot, cf. Herwerden, Lexicon graec. suppl. s. v. ïitJto; ; Diltenberger, Sylloge 2, n. 739, 16; 743,29: 747 n. 7. — 2 Voir l'article cité, de Loeçchcke. — 3 NonnuS, 14, 105. — 4 Immiscli, dans Lexikon Mytholog. de Roscher, art. Kureten , p. 1592; Wide, Ath. Mittli. 1894, p. 281. — 5 Slrab. X, 466. — 6 On se fonde sur deux textes : l'un, Periplus- H arnion, § 18. cité par Perrot, Hist. de l'Art. III, p. 806, et par Clerniont-Ganneau, Imagerie phénicienne , p. 51 et notes; l'autre, Paussan. I, 23, 5, invoqué par Schubart, Fleckeisen Jahrbücher , 1875, p. 415 sq. ; cf. Lafilcau, Mœurs des sauvages américains , Paris 1724, I, p. 31 ; de Rosny, Les Antilles , 1886. p. 24. Dans la coupe de Préneste. Perrot, O. c. III, fig. 543, qui date du vu0 siècle, le singe anthropoïde a des allures de Silène; sur l'obélisque de Salmanasar II, du Rritish Muséum (Nimroud. Central Saloon, n. 98), dont la date est 860 à 835, on voit fies tributaires amener des singes de grande taille; ces animaux auraient pu contribuer à la formation du Silène ionien. — 7 flev. de l'Art anc. et moderne , 1907, II, p. 147 (Pcrdrizet). — 8 Bœli'au, Aus ionisch. Nelcrop. pl. xm, n° 6.
Nord10, vases de Rhodes11 et deTanis12, sarcopha de Clazomène 13.
A. Période archaïque . — Le Silène ionien à sabot de cheval u est très proche parent du Centaure, qui n’est autre chose qu’un Silène prolongé par une croupe chevaline i5.
Certaines monnaies archaïques de la Thrace ,B portent à l’avers une Nymphe enlevée, tantôt par un Silène, tantôt par unCentaure. Quand le sabot de cheval du Silène est remplacé par un pied humain, le Centaure adopte aussi le membre antérieur de l’homme. Mais généralement, le progrès de l’art archaïque fait ressortir la nature animale du Centaure tandis que le Silène s’humanise. Ce sont là deux solutions différentes d’un même problème artistique : la fusion harmonieuse des formes de l’homme et du cheval, qui avaient été plutôt juxtaposées que liées par les premiers imagiers. On observe la même évolution dans les types du sphinx, de la sirène, etc., êtres tout à fait hybrides àl’origine, mais auxquels les artistes surent, peu àpeu, donner des formes plastiques. Les Silènes du Vase François 17 ont non seulement des sabots, mais aussi des hanches de cheval; cette innovation de Clitias n’a pas eu de succès.
A côté du Silène à sabot de cheval, il faut mentionner un autre type complètement velu 18 que l’on considère, à bon droit, comme l’ancêtre du Papposilène du drame attique (fig. 3849, 3835, 5591) ; chez ce dernier, les parties pileuses sont remplacées par un maillot spécial, le yopTaïoi; yiTcôv, sorte de chilon où l’on collait du foin. Une célèbre coupe ionienne de Wurzbourg19 (fig. 4759), d’autres vases20, un casque de bronze chalcido-ionien21 nous offrent de bons exemples de Silènes hirsutes, au corps complètement piqueté de points. L’art archaïque attique ne les connaît pas. Sans doute, lesartistes chaleidoioniens auront voulu caractériser, par celte villosité excessive, la sauvagerie des Silènes, en les dépeignant comme de vrais habitants des forêts. On peut supposer aussi un parti-pris décoratif de peintres ou de graveurs. Comme les Silènes sont souvent placés deux à deux, les corps velus, tachetés ou piquetés se détachent en vigueur sur les surfaces lisses de leurs voisins22.
Nous avons dit que, chez les Silènes, des jambes humaines se substituent aux sabots de cheval. L art archaïque attique, sauf sur le Vase François, donne aux Silènes la tournure d’hommes affublés d’une queue et
Fig. 6128. — Silène à queue et sabot de cheval.
— 9 Carapanos, Dodone, pl. ix, p. 171 ; De Gaz. archéol. 187<, p
pl. xx ; Micali, Mon.inéd. ant. popoli ital. 1844, pl.xvn. — 10 Gardner, Tjpesof grek coins , pl. in, 1. — 11 Journ. . hell. stud. IV, p. 188. — 12 Jahrb. des h. Instih 1895, 43, fig .5 — 13 Journ. of hell. stud. IV, p. 21 ; Antike Dcninâl. 1 *'’•
— 14 Bulle, Die Silène in der archaïschen Kunst der Griechen , p. 2 sq 1 111 wângler, Die ant. Gemmen. Ili, 102 sq. ; pl. vin, 4 ; cf. Brückner, Anakahji 'h p. 16, qui établit un rapport entre ces groupes et l'usage Spartiate décrit p<“ tarque, Lycxirg. 15. — l» Bulle, O. c p. 2; Milchhofer, Anfange der ICunsi. I'-
— 16 Gardner, Types of gr. coins , III, 9 ; Mead, Hist. num. 174. Mômcmohl^ des pierres gravées: Furtwiingler, Ant. Gemmen , pl. xv, 17, VII, 5” et p note 2. Pour ie type de la Nymphe enlevée par un Centaure, cf. G. Nicole, ^ ' et le style fleuri, fig. 2 et 3. — 17 Furlwangler-Reichhold, Gniechische ' mal. pl. xi-xiii. — 18 Bulle, Die Silene , p. 15 sq. — 19 Furlwangler l^'il' ^ Griecli. Vasenmal. pl.xi.i. — 20 Wurzburg, Urlichs, III, n° 331 ; Munich, Jalm ^ et 685 ; P/lersbourg, Siephani, 216 ; Heydemann. III0 Winckelmanns pi'0T' I' , 3; Brizio, Vasi del museo di Bologna, 1,4. — 21 Gerhard, AntiA e Bildw. I1,1
= Baumeisler, Denkmaler , nü8dcs Planches supplémcnlaires. — 22 Bulle, G. < ■ I
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ii]]es de cheval. Ils onlune chevelure en désordre,
1 ' é' longue barbe pointue, le nez camus et l’air bestial. Ces traits, rendus familiers par les monuments attiques. culptures1, gemmes2 et vases à figures noires, doivent SCl sdoute une grande partie de leur popularité aux fêtes bachiques. Aux grandes Dionysies, des processions bruyantes d’hommes costumés en Silènes parcouraient les rues d’Athènes. Nous avons quelque chose de ces mascarades dans les tableaux figurés sur les vases3.
‘Le lvpe ionien courant se modifie sensiblement, dès l’origine, dans les terres cuites. Un masque du Musée Britannique 4 donne au Silène un front chauve sillonné dérides, et le faciès des négroïdes. A l’époque archaïque, le Satyre, c’est le suivant de Dionysos, gros, ventru, danseur jovial, que l’on voit figurer surtout sur les vases de Corinthe, de Cyrène et de Samoss, véritable ancêtre des histrions de la comédie attique et du Silène ventripotent adopté par l’âge classique6.
B. Période classique. — - Le type du Silène archaïque s’adoucit au ve siècle dans les vases à figures rouges où
foisonnent les sujets bachiques. Dans ces scènes [maenades], les Silènes, très nombreux, sont en général chauves ; leur barbe encore fournie n’a plus la forme triangulaire d’autrefois (fig. 0129)'’:
elle est traitée indépendamment de la chevelure.
D’ailleurs, la calvitie ne sévit pas chez tous; plusieurs gardent les che- Fig. — 6129. Silène aidant Dionysos à yeux relevés Sur le front.
Leur visage laid et expressif, n’a plus un caractère aussi bestial; il revêt même parfois une certaine noblesse 8. La statuaire a fixé dans un chef-d’œuvre le type du Silène barbu : le Marsyas de Myron'J tombé en arrêt, paralysé d’étonnement devant les flûtes d’Athéna, offre des formes élancées et nerveuses, qui se dessinent déjà dans les Silènes du Vase François. Le Silène barbu, aux cheveux redressés sur le front, restera en faveur jusqu’à l’époque hellénistique et romaine10. C’est le plus fréquent etie plus familier. Héritier direct de l’art archaïque, il se maintient sans grand changement jusqu’à la fin de l’antiquité. Toutefois, M. Furtwangler a établi 11 que de ce type du Satyre-Silène barbu
se détachent, par une évolution facile à suivre, deux nouveaux types appelés également à jouir d une grande vogue: le Satyre juvénile, imberbe, et le vieux Silène ventripotent. Créés tous deux au ivc siècle, ils n’otent rien de sa vigueur au type fondamental du Satyre-Silène barbu
C’est à l’image du Pan juvénile [pan] que Praxitèle fit ses statues si vantées de Satyres qui, si l’on ajoute créance à un passage malheureusement suspect de Pausanias12, ornaient à Athènes la rue des Trépieds. Il y avait alors dans l’art une tendance à rajeunir les divinités masculines : Hermès, Dionysos, Pan, et les Satyres sont entraînés dans ce courant général. C’est à un original de Praxitèle que l’on rattache les nombreuses figures de Satyres accoudésen unepose alanguie, dits Satyres au repos 13 (fig. 0130).
La belle statue de Satyre échanson de l’Albertinuin de Dresde est peut-être une réplique du Satyre periboetos du même sculpteur, connu par une anecdoie célèbre de Fl1 Pline14. Dès lors, le type du Satyre juvénile est bien établi; il est imberbe et porte les cheveux relevés sur le front 13 ; ses oreilles pointues et quelquefois des protubérances peu accentuées sur le front 1C, tenant lieu de cornes11, sont les seules survivances de la nature animale, plus clairement exprimée aussi dans certains cas par des cornes, des glandes caprines [gutlae) et une queue de chèvre18.
C’est au ive siècle que se précise le type attique du vieux Silène, personnage au masque socratique, à la fois laid et jovial, àface chauve, aux oreilles de porc19, aux membres gras, au ventre replet. Les statuettes de terre cuite montrent bien les rapports étroits de ce nouveau type avec l’ancien Papposilène Fig. Cl 31. — Papposilène. archaïque (fig. 6131) 20. D’abord
exclusivement théâtral, le Silène est devenu une figure populaire, comme père nourricier de Dionysos (voir plus
Jeune Satyre
au repos.
1 Relief de tuf, Ath. Mitth. 1S8G, pi. u, 78 (Studniczka). — 2 Furtwangler, Die antilc. Gemmen , pl. vu, 60 ; VIII, 20 ; VI, 53, etc. — 3 Le témoignage le p’us direct est donné par un colyle où l’on voit des Satyres assistant à la fête des Donysies célébrées par des jeunes filles nobles d’Athènes, Amer. Journ. of Arch. 1907. p. 423, Hg. 5; cl. aussi Poltler, Catalogue , p. 905. — 4 Boclilau, Ans ionischen und ital. Necr. üg- -4; cl.pl. \ui, | et 6,; Locschcke, Ath. Mitth. 1894 , pl . vin, p. 510. — 5 Corinthe: Loese.lieke, L. c. Dumont et Chaplain, Céramiques de La Grèce , p. 239; cf. Wilisch, Altknrinthisch. Thonindustrie , p. 48 ; Cyrène. : Arch. Zeilg. 1881, pl. xu, 1 ; 13, 1 cl4:Samos ; Boehlau, Ans ionischen Necrop. lig. 26-28, p. 71. — 6 RI. Hcu-
y a approché le Silène ionien du dieu Bcs des Égyptiens, Catalogue des fourmes de t. c. du Louvre , p. 77 et Bull. corr. hell. 1884, 161 sq. ; cf. Furtw.mgler, Archiv. fur HeLiyionswissenchaft , 1907, p. 325, et Antik. Gemmen, RI, 40 sq. RI. Kèrle, Jahrbucli. d. arch. Inst. 1893, p. 89 sq , voit dans nos « nions le prototype des Phlyakcs ilaliotes [phlyakes]. — 7 Frœhner, Musées de ^rance pl. vin. — 8 Bottier, Catalogue des vas. du Louvre, p. 1099, C 401.
a n an, Musée Etrusque, cratère cainpanien, n° 120, Papposilène, endormi au promu i plan d un banquet d’acteurs. Cf. aussi, n° 161, Papposilène dansant.
Riunn-Bruckmann, Denkmüler , pl. ccvm : statue du Latran, llelbig, b'ührev , n° 082. — 10 Ann. d. Jnst. 1877,
12 l’ausan. I 20
Roi
, p. 232 sq. — il Ann. dell. Jnst. 1877, p. 277 sq 13 Louvre, Brunn-Bruckmann, Denkmâler, nos 126, 127;
110, 1 apitoie, Jbid. p1. ccci.xxvii; Hclbig, F Mirer, uu 539; Vatican, Ibid. n° 56,
p. 33; Michaelis, Ancrent Marb les, Pel\vorlb,n<> 8, p. 601. — *4 Furtwangler, Meisterwerke. fig. p. 533; et Mon. ined.X I, pl. vu, fig. 2 ; cf. Michaelis, Ancient Marbles, Great Britain, p. 600, n° 6 ; à Rome, Rluséc des Thermes, llelbig, Fuhrer , n° 926 = Brunn-Bruckmann, Denkmàlcr , n° 376. Voir Plin. Nat. hist. IV, 31, 69.
— ib Reinach, Répertoire de la statuaire, 11, p. 134, 1-7 ; 135, 3, 5-7. — 16 Satyre praxilélien de Larnia, Arudt et Amclung, Einselverkauf , 247, 641-642.
il Sur les corne des Satyres, cf. Stephani, Comptes Rendus de Saint- Péters.
1874, 66-81. Sur un Satyre à trois cornes, Zocga, Bassii'ilievi, il, pl. i xxxii.
— 18 Brunn-Bruckmann, Denkmüler, 11, 594 ; Ruescli, Guida il ustrata del museo di Napoli (1907), n*» 84; Furlwnngler, Satyr aus Ptrgamon, t. III ; cf. le Satyre appuyé de Berlin, Beschreibung der antik. Sculpturen, n° 260 ; Bôm. Mitth. 1905, p. 140 (Ameluug) ; cf. deux Satyres en marbre rouge, l’uu au Vatican, l aulre au Capitole; llelbig, F'ührcr 2, n° 259 et 534. Voir encore llelbig, Fülirer, 319 et Amclung, Moderne Cicérone, Rom , I, p. 198. Pour les Satyres lysippéens, cf. Pline = Overbeck, Scbriftquellen. n° 14G2. — 19 Brunn-Bruckmann, Denkmrïler , u° 435; Furtwangler, Annali d. /. 1877, p. 199: noter un masque double, du Silène ordinaire et du type archaïque ; llelbig, Fiilirer, u° 77, où sont réunis les deux types. — 20 Archiv'. fur Religionswissens. 1907, pl. u et p. 331; cf. lleuzey, Bull. corr. hell. 1885, pl. ix;. W inter, Die Antiken Terrakotten, II, 398 sq. Dans notre ligure le masque silénique a des corues d’Ammon qui se retrouvent sur un tesson arrélin de ma collection particulière.
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haut). Un groupe du Musée d’Athènes éclaire l’origine scénique de cette création, en mettant dans la main de Dionysos un masque tragique ' . Dans le vase de Pronomos, qui est du début du ive siècle2, Silène, placé parmi les acteurs d’un drame (tîg. 1426), ne diffère des autres Satyres-Silènes que par son chiton depaille et son masque à barbe blanche. Un autre vase du ive siècle ne distingue Silène des autres Satyres-Silènes barbus que par l’absence de la queue3.
L’époque hellénistique a usé avec abondance de tous les types créés par les âges précédents, mais en diversifiant, à l’infini, les motifs. La campagne triomphale d’Alexandre aux Indes fut transposée en voyage de Dionysos en Orient et la merveilleuse procession de Ptolémée Philadelphe, décrite avec tant de précision par
Callisthènes 5 , déroula dans les rues d’Alexandrie le cortège imposan t du dieu accompagné des Ménades et des Satyres ; ces derniers avaient des vêtements rouges ou bien le corps enduit de vermillon ; ils portaient sur la tête des couronnes de lierre; on voyait aussi de vieux Silènes vêtus de pourpre et chaussés de brodequins blancs.
Si beaucoup de monuments conservent le souvenir de cette glorieuse apothéose, il en est aussi du genre plus familier et comme idyllique, mis à la mode par les poètes alexandrins. Un bas-relief du Louvre, représentant un chasseur Satyre jouant avec un chien, est pénétré de cet esprit bucolique (fig. 6132) 6.
A Pergame, se révèlent des tendances très marquées au naturalisme : les Satyres deviennent de jeunes rustres chez qui l’on exagère la vulgarité campagnarde. Plus rien de la rêverie des Satyres de Praxitèle. Tels la
1 Arndt et Amelung, Einzelverkauf, n° 043 = Woltcrs, Gipsabyiisse, 1303
— 2 Mon. dell. Inst. III, pl. xxxi ; G. Nicole, Meidias et le style fleuri (1908), fig. 29.
— 3 Mon. dell. Inst. IV, 10. — 4 Graef, De Ilacchi expeditione. — 3 Overbeck, Schriftquellen, n° 1990. — GSclireiber, Die Uellenistischen Relie fbilder , pl. xxn ; N eue Jahrbücher für dus Klass. Altert. 1905, p. 120 (VVaser); Frœlmer, Notice Sculpt. ant. no 281 ; cf. dans le même genre, Schreiber, O. c. pl. xvn, xxi et xxiv.
— 7 Furtwângler, lier Satyr aus Peryamon, 40e Winckelmanns Proyr. pl. i.
— 3 Amelung, Führer durch Florens, n° 65. — 9 Brunn-Bruckmann, Déniemüler, pl. iv ; Furtwauglcr, Beschreibuny der Glyptothck, p. 205, n° 218 ; cf. un salvre de basalte vert, pergamênicn, à la Glypolhèque de Munich, Münchener Jahrbuch, 1907, p. 136, n. 1 ; et le torse de Florence, Brunn-Bruckmann, pl. xxix; Amelung, Führer , n® 153. — 10 Paul Millict, Mélanges Nicole, p. 361.
— H Puchslcin, Beschreibuny der Giy ant orna chie, p. 14. — 12 Helbig, Führer , n° 618, p. 414; Petersen, Vom alten Rom , fig. et p. 170-3. — 13 Furtwângler, Annali d. J. 1877. 211. — 14 Brunn-Bruckmann, Denkmdler , pl. cdxxxv ; Helbig, Führer , n° 987. Helbig, Collection Barracco , pl. i.xv. — 15 Satyre de Naples. Mau-Kclsey, Pompei, fig. 248.— l6 Micliaelis, Ancient Mar blés in Great Britain, liolkliam, n°* 15 et 16, p. 304 et 305; Clarac, IV, 708 I) ; FrÔhner , Notice Sculpt. ant. n. 263 ; Notice sommaire , n° 595 ; Helbig, Führer , n° 19 et 441 = Clarac, p. 710 B. — 17 Cf. Sittl, Die Gebürden bei der Griechen , p. 227 ; Pollux, Ünomast. 4, 105; Furtwângler, Der Satyr aus Peryam. pl. n ; et Maslerpieces , 330, noie 4; Collection Sabouroff , pl. t.xxvn-i.xxix. — l» Amelung, Führer durch die antik. in Florenz, n. 58; Furtwângler, Der Satyr aus
statuette du Musée de Berlin représentant un Satyre effrayé 7, le Satyre au scnbollum de la Tribune de Florence 8, ou le prétendu Faune Barberini de la Glypi0. thèque de Munich, 9 vautré dans une attitude qui manque totalement de bienséance10. Ce même goût réaliste des artistes fixés à la cour des Attalides se retrouve dans les figures de SaLyres de la frise de l’autel de Zeus11, dans une tête de Satyre en or récemment découverte et dans le groupe de deux Satyres combattant contre un Géant, au palais des Conservateurs 12.
Beaucoup d’œuvres charmantes de cette époque ne peuvent être rattachées avec certitude à une école déterminée. Elles forment le trait d’union entre les œuvres du iv° siècle et les peintures de Pompéi, où l’on ne trouve presque plus que des Satyres juvéniles et de vieux Silènes13. Parmi les plus célèbres, citons le Satyre dansant de la villa Borghèse1* et le bronze du Musée de Naples15. Au 11e siècle, ce type disparaît presque complètement et fait place aux Satyres juvéniles qui accaparent la faveur des artistes ; on donne plus de souplesse aux motifs de Satyres accoudés 10 ; on croise leurs jambes et l’on glisse une tlûte enLre leurs doigts ; on aune prédilection marquée pour les Satyres dansant les jambes croisées 17, ou qui se hissentsur la pointe des pieds, les mains tendues vers une grappe de raisins dans un geste de maraudeur18. Une des inventions les plus amusantes est celle du jeune Satyre virant sur les hanches pour voir sa petite queue19. La plupart de ces figures prêtent aux Satyres une grande jeunesse, une expression enfantine*11 et naïve, etl’on voit souvent des images de Satyres enfants ou Satyrisques, ainsi que des Satyres féminins analogues aux Pànines et aux Centauresses (voir plus bas, p. 1100). C’est l'effet de cette même mode poétique qui, dans les peintures de Pompéi, multiplie les figures de Psyché aux côtés d’Éros [psyché, p. 749].
Les représentations de Silène sont aussi extrêmement fréquentes; on les emploie volontiers comme figures de fontaines21 [fons, fig. 3138], comme supports dans l’architecture et le mobilier (fig. 608, 609, 1097), etc. 22. Platon parle de coffres-forts en forme de Silène, qui servaient à serrer des statuettes de prix23. La tête seule est constamment mise à réquisition pour des mascarons 2\ des vases25, des hermès 26, des réchauds27, etc. A Rome, la vogue de ce motif décoratif est plus grande que partout ailleurs; Satyres et Silènes abondent sur les sarco-
Pergarnon, pl. ni, n## 2 cl 3. — 19 Helbig, Führer 2, n° 377 (Vatican); Micliaelis, Ancient Marbles , Wilton- llouse, n® 151; bronze de la Bibliothèque nationale. Hcydemann, P ariser Antiken, p. 71, n. 20; Mariani e Vaglieri, Guida del Mv*eo naz. delle Terme , n° 362. — 20 Amelung, Führer durch die Sammlung , n° 3S . type des monnaies de la ville de Césaréc, Arch. Zeit. 1869, pl. xxm, n05 2-3 et p. 97. — 21 Helbig, Führer , 201, 357, 619, 679, 783, Silène; Overbcck-Man, Pompe ji, 4e éd. fig. 285; Frœhner, NoticeSculpt. Ant. nos 272 el 275. Une slatuellc do Silène du Musée de Naples, 11" 120362, dans la position du M ankenpiess de Bruxelles; cf. Furtwângler, die Antiken G emmen, pl. xxvn, 2023; Matz-Dului. Antike Bildwerkc , III, n° 3617; Catalogue Musée Alaovi suppt. pl. xi** n“ !
— 22 Reliefs de la scène du théâtre à Athènes, voii Sybel, Catalogue , n° 962 et notice, fig. 609; llelhig, Führer , II. n® 1334, 1504; cf. I, n® 139; Frohuer, Notice Sculpt. ant. n° 259. — 23 plat. Conviv. §215 b; cf. Plin. Nat. hist.
10; 36, 4, 5. — 24 Helbig, Führer, I, 533; II, nos 863 et 924 ; Micliaelis, dent marbles in Gr. Brit. Wilton H. n° 9r p. 60; Ibid. Oxford, nos 109 et --1'1 p. 591. Dans les vases plastiques archaïques, Treu, 31e Winckelmannsproy. pl ,l’ l et 3. — 25 Frœhner, Notice Sculpt. Ant. nos 316 et 235; Ibid, et Catalogue sommaire , n° 86. fig. Vase Borghèse; Micliaelis, Ancient Marbles in t./ Brit. Woburn Abbey , n° 147, p. 741 ; Helbig, Collection Barraco , pl*. XXXI,K
— 20 Micliaelis, Ancient marbles , jh 221 et 258 ; Helbig, Führer, I, n° 5,11 Wandyemülde, n°* 371, 386.413, 414, 442. — 27 Jahrbuch. des Arch. Inst. \ ■ pl. et p. 122; cf. Ibid. VI, p. 120; Bull, de corr. hell. 1905, p. 400 et fig. 20 sq. (Mayence).
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I eg les mosaïques 2, les lampes8, les candélabres* v:\rn, 1098), les boucliers ou disques d’ornement
les monnaies etc.
,fIg. (1133)“, les cachets6,
' Nous n’avons étudié jusqu’ici que les variations du
Ivpe des Satyres-Silènes. Il nous reste à examiner leurs rapports avec les autres dieux, et les compositions où ils se mêlent à d’autres personnages.
A. Satyres-Silènes et Silène dans le thiase bachique. — Un très grand nombre de représentations ont élé énumérées dans les articles isaccuus et maenades, auxquels on devra se référer On peut, toutefois, en classer de nouvelles sous les chefs suivants.
Dans l’éducation de Dionysos, c’est surtout Silène, le père nourricier et le précepteur du jeune dieu, qui est figuré ; Heydemann a classé les monuments où on le voit 8 ; mais les Satyres assistent aussi parfois à la naissance et aux jeux enfantins du dieu (fig. 681), ou ils balancent le van qui lui sert de berceau (fig. 267) 9.
1 Helbig, ï'nhrer, I, n°s'105 et 705- ; Michaelis, Ancient marbles in Gr. Brit. Jncc Blundtll,np 2H8 ; Ibid. Wilton-House, n° 155; Ibid. Oxford, n° 109, p. 366; turlwlngler, Beschreibung der Gliyptothek , 223, pl. t.xi. — 2 Helbig, Fûhrer, n° 1 1 11 ' ; Schmidt, Recueil d' Antiquité* suisses, pl. xxu ; Oauckler cl Gouvet, Musée de Sousse, pl. xxxi, n. 6; pl. i.x; Notis. deql. scavi 1901, pl. xxv; Gauckler, Musée Alaoui, Supplément , 1907, n“ 193, p. 8-9; et n° 180, p. 6. — 3 Walters, Ristùry of ancient Pottery , II, p. 411; British Muséum, no 181 ; satyres dansant ou jouant de la douille flûte, n”> 102, 180, 570; Kenner, 34 ; portant des ou U es ou des coupes, Ibid. 102, 182; masques de Silènes sur des lampes, Brit. nuis. 184, 274, 275, 326, 462, 500. — 4 C . ] . Bat. VI, 18 -■ Dessau, Belectus viser . l,u. no 3851. Silènes ailés sur une base de candélabre de Drosde, Colli- 71’; Hi&t. de la sculpt. gr. Il, fig. 341 ; Friederichs-Wolters, Gipsabgüsse , n i-O , palais des Conservateurs à Home, cour d'entrée no 28 ; Vatican, galerie Q(CS Candélabres, nos 241, 243; Kicsorilsky, Catalogue sculpt. Ermitage , 297, '-I. clipeus, p 1259 sq. — C Grenfcll et llunt, Oxyrinch. papyri , III, n 11, ligne 20; Furtwangler, Die antik. Gemmen, pl. xxvi, 5; xxvu, xxvni, 4iliisée de Florence, nos 72, 17. — 7 Aes grave d'Hatria, au musée do Florin/' ' 11 ‘^'ïce/ianea Satinas (Gabroci) ; Grccchi, Tipi monetarii di Borna impe~ ‘ ’ 1 ' 8 Heydemann, Bion /sos Geburt unit Kindheit , 10e Winckel -
enlil ' C^' Fûhrer , II, 801; Wandgemùlde , 374 sq. ; un Satyre
;,;;m "ne botli,"‘ à Dionysos enfant; Helbig, Fûhrer, n» 451. — 9 Waltcrs-Birch, miss ’ !l °/ anc‘ent Potlery, II, pl. i.m, 2. — 10 Stepliaui, C. rendus de la cumli , 1 l,i ’ l1, 1 75 ; Frœhner, Musées de France, pl. vi et vin. — U Frûhner,
p... ' " Itionysos découvrant Ariane, Frœhner, Notice, 242 ; Garduer,
p °[ ll,e Fit~U'illiam Mus. pl. x, n» 48 A ; Vases of Brit. Mus. III, E. 435 ; ’tndlcr || d. Inst. 1854. pl. xvi ; Sarcophage Casali, Müller-Wieseler, Denkllclbû /.' pl’ xxxv"’ 432 ; Michaelis, Ane. marbles, p. 382, n° 249 ; 533, n» 34; rni'is U° 196 ’ Frohner, Sculpt. antiq. n® 240-241; Pellcgrini, Vas,
13 ijeli, ' " lto^°Hna ' tlg. 04; Psrironi, Ceramica ant. p. 120 et fig. 84.
'oi I ülirer-, U, n° 1224, p. 305; Furtwangler, Beschreib. der Gtypto-
Kien de plus fréquent que les Satyres accompagnant Dionysos. Us l’aident à s’équiper pour aller combattre les géants (fig. 6129), et eux-mêmes n’hésitent pas à se lancer dans la bataille 10. Ils luttent avec lui contre les pirates Tyrrhéniens (fig. 688). Us figurent dans les scènes d’omophagie [omophagia] 11 ; dans le mariage de Dionysos et d’Ariane (fig. 510) '2, la fêle nuptiale affecte souvent la forme d’une pompe grandiose où les Satyres ont leur part (fig 511, 4375) ’3. Très souvent le cortège revient des Indes, avec des panthères et des éléphants (fig. 693) '*. Les ânes de Silène15 constituent aussi l'attelage du dieu; mais ils sont parfois remplacés par des Satyres et des Ménades dociles 16 (fig. 683).
Nombreux sont les Satyres soutenant Dionysos (fi g. 684). Un passage de Pline 17 nous fait connaître un groupe de Praxitèle représentant Dionysos légèrement pris de vin et s’appuyant sur une figure de l’Ivresse etsur un Satyre; on peut se faire une idée de ce groupe par une fresque de l’ancienne collection Barone18. Dans un groupe de Thymilos19, de la rue des Trépieds, un Satyre tendait une coupe au dieu que soutenait Ëros. Quelquefois, Eros est remplacé par Pan'20 ; mais le Satyre reste un élément fixe de la composition; si le dieu n’a besoin que d’une seule de ses béquilles vivantes, on voit l’autre personnage le charmer d’un pas de danse ou du jeu de la syrinx; tantôt c’est le Satyre qui sert d’appui et Pan qui joue21, tantôt c’est le Satyre qui danse et Pan qui prend la relève22. D’autres monuments n’offrent plus que le seul groupe de Dionysos et du Satyre23. Les groupes de marbre représentant Dionysos soutenu par un Papposilène ont élé dénommés abusivement « Socrate et Alcibiade » par les anciens antiquaires 2*.
La présence de Dionysos'25 n’est pas toujours nécessaire pour constituer le thiase bachique. Les jeux des Satyres- Silènes et de leurs compagnons ont étélargementexploilés par l’art de toutes les époques. Beaucoup de monuments ont été déjà mentionnés dans un autre article [maenades], et le sujet relève, à proprement parler, d'un sujet à traiter ailleurs [tuiasos]. Le commerce des Satyres-Silènes avec les Ménades est tantôt enjoué et paisible (fig. -4772) 2Ü,
thek , n» 223 ; Frohner, Notice de la sculpt. n° 232 ; Michaelis, Ane. marhl. Fitzw Mus. p. ;252, n° 31 ; Lansdowne, n° 25, p. 442; Ncwby Hall, u° 31, p. 533. Woburu Abbey, d° 144, p. 739; Ballet, comun. 1377. PI. xn, niu; Diitschkc. Antike Bildic. im Oberital. I, 26 (Pise .. — 14 Cf. Gracf, De Bacchi expedi tioue. Le lliiase combattant contre des Indiens, Helbig, Fûhrer , 11, n® 1157.
— 15 (Anes de Silène) Gerhard, Ant. Bildwerke, 112, I ; DüLschke, Ant. Bildic. 1, 23 (Pise). — 16 (Silèucs formant le cortège) Muller Wieseler, Denk. Il, 48, G05 ; Jahn, Vasensamml. 1119; Frohner, Choix de vases grecs , pl. v; Musées de France, pl. vi et p. 24. — 17 Plin. Hist. nat. 34, 49. — 18 Minervini, Monum. di Barone , pl. xiv. Voir aussi Müller-Wieseler, Denk , II, 44. 548. — 19 Pausan. I, 20, 2; Roscher, Lexik. der Mith. p. 1449 [pan]. Camée du Musée de Florence, no i7# — 20 Mon. d. Jnst. IV, 35 ; Michaelis, Ane. marbles , p. 263, n° 77; Ath. Mith. 1877, p. 333 ; Ann. d. Inst. 1846, pl. xii. — 2t Imhoof-Blumer, Griech. Münzcn, pl. vi, 18. — 22 Gerhard, Ncapels antik. Bildic. n° 189. — 23 Ann. d. /. 1877, 211; Amclung, Fïihrer durcit die Antik. no 140 et Milani, Museo italiano, 111, 788 ; Frohner, Notice de la sculpt. n° 204, Dionysos s’appuie sur un satyrisque ; Müller-Wieseler, Denkmaler, II, 50, n° 624; Michaelis, Ane. marbles in Gr. Br. Ince Blundell, n° 266, p. 388; Helbig, Fûhrer , n° 697.
— 24 Michaelis, Ancient Marbles in Gr. Br. p. 624, n° 6 = Journ. of hell. Slud. 1908, p. Il et pl. îx, 12 (Strong); Cf. Andréas Fulvius, Antiguitates Urbis , 1527, XXXV. — 25 Dionysos avec des Silènes, Klein, Vas en mit Mcistersign. Pamphaios, 18; Epiclétos, 5, 22; 24;01tos, p. 134; llieron. 11; Andokidôs, 1; Assteas, 2 ; Klein, \ asen mit Lieblingsinsch. Sostratos, 1 ; Erasippos, Memnon, 15, 28; Leagros, 22; Diogcncs, 3; Dionokles, 4; Lykos, Louvre G, 114. Dionysos avec des Silèucs et des Ménades : Klein, Meister signât. Nicosthènes, 3, 25, 26, 61, 70; Cachrylion, 6; Leagros, 3; Ullos, 2; Phinlias, 2; Hermonax, 6; As*teas, 1, 3, 4; Python, p. 210. Klein, Lieblings. Stesilcos, 1; Hippocratès, 2; Lykis ; Aischis, 2; Memnon, 22; Lysis, 9; Polyphrasmon, Euaion, 8; Alkimachos, 4. — 2G Helbig, Fûhrer , 8GI ; cf. Michaelis, Ancient marbles , p. 479, n° 27.
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parfois plus agile, mais encore pacifique : les Satyres- Silènes accompagnent sur leurs instruments les danses des Ménades ', ou se lancent avec elles dans des entrechats d'une verve tout à fait débridée2 ( fi g 47(30 et -47(561. Ils procèdent ensemble aux travaux de la vendange (fig.6134)3 et c’est l'occasion de toutes sortes de jeux et de poursuites, représen tés dans toutes leurs phases, depuis la surprise des Nymphes (fig. -4759) 1 jusqu'au succès final 3; les Satyres- Silènes embrassent leurs compagnes 6, les enlacent1, les saisissent pour les porter sur leurs épaules ou leur tête 8; ils les prennent en croupe dans leurs chevauchées 9 ; le plus souvent vainqueurs10, quelquefois ils sont repoussés à coups de thyrse11. Sur les peintures de Pompéi, on voit de nombreux groupes de Ménades et de Satyres planant dans les airs et purement décoratifs12.
Dans le thiase, les Satyres sont souvent groupés avec Pan13 [cf. pan]. Un groupe du Vatican11 montre Pan tirant une épine du pied à un Satyre 15.
D’autres motifs interviennent également, banquets ou bachanales, pour lesquels nous renvoyons à un autre article [thiasos]. Les Satyres-Silènes sont très souvent associés à Ampélos10 ou au vieux Silène, qu’ils soutiennent dans son ivresse17, poursuivent de leurs espiègleries, non sans en être souvent châtiés 1S.
Fig. 0134. — Silènes el Ménades faisant la vendange.
B. Salt/i'es avec les dieux. — Les Satyres-Silènes sont parfois groupés avec d’autres divinités; avec Hermès (fig . -4949)19, avec Héphaistos (fig. 3132), dont ils accompagnent le retour triomphal dans l’Olympe 20. Des têtes de
Satyres- Silèn es barbus sont la décoration ordinaire des supports de réchauds en terre cuite [focus]'21.
Plusieurs savants justifient le choix de ce motif par des rapports entre le dieu du
feu et les Satyres-Silènes. Il vaut mieux invoquer la vertu prophylactique que l’on attribuait aux Silènes, comme à Pan : ils inspirentaussi la terreur « panique »22 et sont employés comme amulettes. Ce ne sont pointées mascarons de Cyclopes23 comme on l’a prétendu.
C’est à Héraclès, après Dionysos, que les Satyres- Silènes sont le plus souvent associés ; ils l'accompagnent dans ses travaux21, le secondent dans ses actes de dévotion 2% lui font un cortège triomphal 26 : c’est au milieu de leur turbulent essaim qu’Héraclès goûte les joies du repos 21. Héraclès, le héros bouffon par excellence, est le personnage principal de nombreux drames satyriques 28 [satyricum drama]. Dans maintes peintures de vases, où Silène et Héraclès sont réunis29, les Silènes sont de mauvais génies poursuivant le héros de leurs espiègleries 30 ; ils lui volent ses armes pendant son sommeil31, ou tandis qu’il supporte le poids du ciel, à
1 Klein, M eisters' gnat. Pampliaios, 14; Hieron, 20-13; Solades, p. 187; Polygnotos, p. 199 ; Panaitios, n. 6; Gerhard, Aus. Vasenb. pl. lxxx, n® 2. — 2 Klein, O.c. XSicoslhènes, 17, 19-24; Pampliaios, 18; Memnon, 13; 26: 01tos,4; Catal. of vases in the Br. mus. E. 227,437, 439; F. 49; Klein, Liéblingsinschr. Timotheos, 1; Prosagoreuo, 3 ; Leagros, 22 ; Epidromos, 9; Euaion, 9; Charmides, 7 et 8 ; Cleinias, 3; Helbig, Fùhrer JJ , 794; Wandgemâlde , n * 538-540. — 3 Voir maenades, fig. 4762,,
— 4 Cf. Annali, 1878, p. 92 sq. (Furtwangler), p. 88; Berlin, n°2241 ; Naples, S. A. 31 3 ; de Ridder, Vas. Bibl. nation. 852 ; Louvre, G. 206 et 251 ; origine du lype sculptural de l'Ariane du Vatican; Reinach, Répert. des vases, I, 340: Jour. of. helL. slud. 1905, pl. i. fig. 534, fig. 4762. — G. Nicole, Meidias et le style fleuri ; (1908), fig. 36, œnochoé d’Oxford. 11 ne faut chercher aucun symbolisme dans le nom de la Nymphe endormie, TPATQIAIA. Helbig, Wandgemâlde , n® 542, p. 123 n° 546, p. 123. — 5 Furtwangler-Reichhold, Griech. Vasenmalerei , p. 216-217 (fig).
— 6 Klein, O. c. Epilykos, 1 ; Chelis, 3 ;Hiéron, 12 el 13 ; Lieblings. Panaitios, 4; Leagros, 22 ; Vases of Brit. Mus. F. 192; Furtwangler- Reichhold. Griech. Vasenmaler. pl xlvi; Adamek, Vasen von Amasis , pl. n ; Helbig, Wandgemâlde , n° 531 ; Catal. of vas. in the Br. Mus. B. 265; F. 368; De Ridder, Vases de la Bibl. nat. 539; Elite ceram. I, 45 ; Winter, Typenlcalal. 1, p. 217, 5. — 7 Helbig, Wandgemâlde, 547-551. — 8 Vente Drouot, 1903, n° 62 ; Louvre, Catal. F. ICI = Vases ant. du Louvre , pl. lxxvi ; Monum. antichi dei Lincei , 1907, pl. xxxvu et fig. 348, p. 482. Vase à f. n. au Musée municipal d'Arezzo; Gerhard, Aus. Vasenb. 172 ; Panofka, Parodicn, pl. u, 4; Jalin, Vasens. 546, 051, 1348 ; Schône, Aluseo Bocchi, 93 ; de Wille, Catal. Durand, 95 ; Millingen, Vases Coghill , 41. — 9 Winter, Typenkatalog . II, 398, n° 9. — 10 Hevdcmann, Pariser Antiken, p. 25, n® 42.
— il Bullet. dell. comm. mun. 1889, p. 400 ; Helbig, Führer, n° 746. — 12 Furtwangler-Reichhold, Griech. Vasenmalerei, pl. ii ; Gerhard, Antik. Bildw. 46, 3.
— 13 Helbig, Wandgemâlde, n° 513-51 : 532-537. — 14 Cf. Roscher, Lexikon der Mylhol. III, p. 1446 et sq. (Wernicke). — Ibid. fig. 19 et Viscouli, Mus, Pio-
Clementino, I, 48. Un groupe analogue au Louvre, Frôhner, Notice de la Sculpl. n°261, p. 272, omis par Wernicke. O. c. — 16 Terres cuites architecturales. Rritîsh Muséum, D nos 526, 534-52. — 17 Journ. of hell. stud. 1908, pl. 31 cl p. 21 (Strong). — 18 Helbig, Führer, n» 569. Bisellium de bronze du Capitole.
— 19 Slackelberg, Grâber der JJellenen , pl. xi. ; Mon. del Jnst. Suppl XXIV; Antike Denkmüler 1, pl. xxi. Musée d’Athènes, n° 1 1703. — 20 Amelung, Fvhrer durch die Ant. in Florenz , n° 220, p. 197; Bulle, Die Silenen , p. 50 ; Pottier, Catalogue Vases, G. 135 (Lysis). — 21 Conze, Jahrbuch des A. Insl. \ < 134; Furtwangler, Jbid. VI, 110. — 22 Bull. corr. hell. 1905, p. 357 (Mayence).
— 23 Locschcke, Aus der Unterwelt, p. 12; Jalin, Vasensaml. n°731: lèLe de Silène sur un four de potier, Antike Üenkmül. pl. xuv et xlvi, 2. Silènes sur des boucliers ; cf. Apollon. Il, 12 et Preller, Griech. Mythol. I, 600 ; Nachrichl der Gesell. Gottingen , 1897, 75 ; Ibid. 1854, 49. — 2 V Gerhard, Etruslc. Va5-
p. 10; Journal of. hell. stud. 1901, pl. i; Pottier, Catalogue, p. 10i8i G. 185; De Ridder, Vases de la Bibl. nat. 220 ; Jahres. Wicn. 1900, pl. XII> ,v 1 lleydemann, Mittheilung. n« 47, p. 60; Heydemann, Vasensaml. n° 2873 ; I lolb'g» Wandgemâlde, 1141, Imhoof-Blumer, Griech. Münzen, p. 624. — 2a Jahrbuch des Jnst. 1893, pl. n, 16 el 107. note 11 ; Ibid. p. 163 ; Furtwangler, Vasenswiu n° 2523; Collection van Branteghem, n° 65. — 26 Micbaclis, Ancicnt marbles "> Gr. Br. Woburn Abbey, n® 144, p. 739 et 1331. — 27 Amelung, Führer durch dit Antik. in Florenz, n® 242, p. 237; Helbig, Führer , II, 789.-28 Welcker, Nachtrag zu Aeschyl. Trilogie, p. 3)8 sq. ; Heydemann, Vasi Caputi mit Theaterdarsttdh,n ^ gen , p. 12. — 29 Furlwangler-Reichbold, Griech. Vasenmal. pL xlvii, p. 243; Arch. Anzeig, 1893 (Harlwig) ; Pottier, Cat. III, p. 833, G. 11. — P°lir c scènes de Busiris, cf. Heydemann, Terracotten aus dem Aluseo nazionale. p1 J1, 2 et p. 8, note 20. — 30 Schreiber, Die hellenist. Reliefbilder, pL xxx’
N eue Jarb. f. das. kl. Alt. 1905, pl. îv, 3. — 31 Millingen, Peintu&s Vases, pl. xx.yv ; Pottier, Catal. Louvre, III, G. 558.
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9]ace d’Atlas*. Sur un bas-relief hellénistique2, un S'itvrisque, juché sur une échelle, boit dans la coupe du héros assoupi. Quelquefois, le héros a un terrible éveil et fait fuir devant lui la troupe effrontée 3, "ui s’amusait à le faire berner par des hétaires, à parodier ses grands travaux*, à le charger de liens 5.
C Satyres dans le drame satyrique. — Il est certain
e le drame satyrique [chorus, satyricum crama], en énéral, a eu une grande influence sur les peintures de vases f.' « Comment ne pas songer, dit M. Pottier \ à Pralinas et au grand succès de ses Silènes bouffons en présence d’Hercule couché au milieu des Silènes et des Ménades dansant, ou de l’épisode d’Héra et d’iris assaillies par la troupe pétulante des Satyres8 ».
Le chœur rustique des Satyres, dans son décor idyllique de campagne et de bois, est associé à des épisodes mythologiques; les héros et les dieux se mêlent à lui, se dérident à son contact, se mettent à l’unisson de sa verve bouffonne. Nous avons sans doute le souvenir du Sphinx , drame satyrique d’Eschyle, dans une peinture de vase, où Papposilène est debout devant le sphinx perché sur un rocher9. Sur un cratère de Florence10 sont figurés deux Silènes détruisant à coups de pic le rocher maudit. Le supplice de Lamia11, le châtiment infligé par Dionysos à des Satyres *2, la parodie grotesque des exploits de Thésée13, de Jason en Colchide14, les aventures d’IIéra et d’iris18 sont autant de scènes inspirées aux potiers par le drame satyrique.
Enfin, les nombreuses représentations du Papposilène 16 avec son maillot hérissé de paille, sa perruque blanche souvent en désordre17, montrent aussi la popularité dont a joui le costume théâtral du Silène adulte *8. Un cratère célèbre du Musée de Naples [chorus, fig. 1426] nous offre Silène et les acteurs d’un drame mêlés au chœur des jeunes Satyres.
D. Satyres-Silènes avec d'autres personnalités mythologiques. — Les Satyres se rencontrent avec des divinités moins ordinairement rattachées au thiase: avec Apollon19, avec Corë20, dont ils contemplent l’anodos (fig. 5826), avec Poséidon 21 avec Éros22; ils luttent dans les Gigautomachies 23 ; un groupe du palais des Conservateurs les met aux prises avec un Géant21.
I Heydemann, Vasi Capuli mit T/ieaterdarstellungen. pl. n. — 2 Curlius, Win- Icelmnnns progr., Heracles. der Satgr und Dreifussraüber. — 3 Schreiber, Rilder Atlas, pl. iv. — 4 Journ. of hell. stud. 1887, pl. lxxiii ; Helbig, Führer, II, n° 1268 ; Cambridge, Vases of Fitzwiliam Muséum , n° 83. — 8 Collignon et Couve, Vases d Athènes, n" 070. — 6 Festschrift für Gomperz, p. 479 ; Dümmler, Kleine Schriflen, II, 29-30; Furtwiingler-Reiclihold, Griecli. Vasenmal. 24U sq. — 7 Catalogue des vases du Louvre , Ul, p, 833. — 8 Bayet et Collignon, Histoire de la cérum. grecque, fig. 77 ; Furtwangler-Reichhold, Grieck . Vasenmaler. pl. xlvii ; Pottier. Bouris, p. 77. — 9 of. Wilamowitz, Griechische Tragédien . III, p. II, note 1.
I I Heydemann, Vasensammlung , 2846 ; voir aussi Furlwiingler, Die antiken Gem-
: fi1, IvXllli 1 et fig. 69, p. 102; John, Archaeolog . Beitrüge, pl. v et vi ; Helbig,
L'iihrcr, 11, no 1274. — 11 Milani, Studi et materiali , I, p. 71 sq. — 12 Collignon et Couve, 1 uses d Athènes, no 961. — 13 Reinach, Répertoire des vases , I, 416 ; Vonum. antich. dei Lincei, XVII, 1907, pl. xi.iv, p. 511 : cf. Wilamowitz, Littéral’.
euh ail. 1907, p. 1507. — 14 Heydemann, Vasensammlg. in Feapel , 2749.
J Zannoni, Certosa di Bologna, pl. cxxu, 3 et 4 ; Heydemann, Jason in i olchis, pl. i, fig. 4. — 16 Voir p. 1091, — 17 Reinach, Répert. des vases , I, 144 ; ’ Cdlignon et Coiive, Vases d'Athènes, nu 1614; Musée d'Athènes, n° 12254, — Heydemann, Vasensamml. 3249, B; Musée de la Société d'Odessa, 111, ll‘V,u ’ Heydemann, Terracotlen aus dem Mus. naz. pl. I ; Museo Gregoriano, , pl. xxm. m Heuzey, Bull. corr. hell. 1884, 161.: Hartwig, Meisteschalen, ]. ' ':)V|ll el ; Pottier, (datai. RI, 1 1 i S. — 19 Heydemann, Vasensammlung, ^ if2] I'1'ôlmei‘> Xotice sculpt. ant. n» 88, p. 110. — 20 Heydemann, Ibid. 690.
- Musée d'Athènes, n°- 12196, 12252 et 12546. — 22 Collignon et Couve. „„ “ ”V"e, 1917; Helbig, Wartdgemülde, n“ 420, p. 104; Helbig, Fülirer, II, gel ^ 1 C Cl. Plin. Hist. Nat. XXXVI, 29 ; groupes de Satyres et Coré, Wie- Th nkmàler’ l1’42- 516; Helbig, Führer, II, n» 873. p. 68; Ibid, n» 649-
650; Hauser, Bie
vin
neuattischen Reliefs, p. 43, p. 107; Helbig, Führer, H, n“ 810,
Leur présence ne s’explique guère dans certaines scènes, comme la décollation de la Méduse par Persée28, l’enlèvement d’Ainymone20 ou le supplice d’Actéon27. Orphée aussi est représenté entouré de Satyres 28. Ailleurs, les Satyres-Silènes assistent avec surprise au lever d’IIélios29. D’autres vases nous offrent Silène conduit prisonnier devant le roi Midas30. Dans un de ses tableautins, le peintre athénien Timanthe(fin du vc siècle) avait montré des Satyres nains occupés à mesurer de leur thyrse 31 le pouce du Cyclope endormi.
Nous avons touché plus haut la question des rnpporLs des Satyres-Silènes avec les Centaures32. A l’époque hellénistique aussi, les Centaures ont un type (fig. 4776) tout à fait satyresque 33. Les groupes de Satyres et d’Hermaphrodite34 remontent à cette même époque et sont d’une inspiration sensuelle.
E. Jeux et occupations des Satyres-Silènes — Nous venons de voir le rôle que jouent les Satyres-Silènes dans le thiase bachique. Livrés à eux-mêmes, ils montrent une très grande fertilité d’invention dans leurs jeux et leurs occupations. Tout naturellement, la vendange et la préparation du vin constituent une de leurs fonctions principales; ils cueillent les grappes, juchés dans les treilles comme des singes38 (fig. 4432 et 6134) ; ils entassent le raisin 36 ou le foulent dans des cuves37 (fig. 3860 et 6135), et l’écrasent sous le pressoir 38. Le vin est leur constant mobile, et l’ivresse, la source de leur verve intarissable. Les ébats des Satyres ivres sont un des sujets favoris des peintres de vases altiques 39 ; le psycter de Douris 40 offre une scène Lout à fait surpre-
p 3i. Terres cuites architecturales : Walter-Birch, History of ancient pottery , II, 369. — 23 Froliner, Musées de France , pl. m. — 24. Helbig, führer. II, 11° 618, p. 414 \ Bull. comm. XVIII, 1889, t. I, 11, p. 17-25; Reinach, Répert. II, I, p. 146, n° 3 ; Petersen, Von alten Rom , p. 170, 171, 173. — 23 Heydemann, Vasensaml. zu Neapel, I, 767, 2562. — 26 Heydemann, O. c. 1980, A. — 27 Heydemann. Die Vasensamm. zu Neapel, S. A, 31 A. — 28 Annali de Inst. 1845, pl. m ; Michaelis, Ancient Marbles in G. B. Ince Blundell.n0 290, p. 394, 5; Archacol. Zrit. 1877, pl. xxu, 2, — 29 Roscher, Lexicon Mythol . I, p. 1988. — 30 Mon. d. I, IV, pl. x. cf. Pottier, Catalogue , F 166; Vases of Rritish Muséum , E 447 ; cf. Bulle, Athen. Mit h. 1897, 389. — 31 Plin. Nat. hist. 35, 743 ; Bruno, Kûnstlergesch .2, 2, 82. — 32 Voir p. 1092. — 33 Cf. Furtwângler, Beschreibg. der Glyptothek , p4 214 sq. La prétendue tête de Faune (Brunn-Bruckmann, Denkmfiler, pl. v a) est une réplique du jeune Centaure du Capitole. — 34 Michaelis, Ancient marbles in G. B. n» 30, p. 345; Annali , 1877, p. 234; P. Gauckler, Musée de Cherchell , pl. v, n» 3; Berlin, Beschreibung, u° 195; Museo Torlonia , pl. xxxvm, n° 151 et pl. xl, n° 157. — 35 Cf. Pottier, Vases antiq. Loui're , F 334; Helbig, Führer , H, 808, p. 30; III, 26; Gerhard, Akad. Abhdl. pl. lxviii ; Journ. hell. stud. 1899, pl. v. Notre figure = fig. 4762 [maenadesJ. — 36 Gerhard, Aus. Vasenb. pl. xv, 2; lughirami, Vasi filtili , III, 262. — 37 Notre fig. 6135 d’après Mus. Gregor. II, 24, 1, Helbig, Wandt/emülde , n° 435, p. 106; Froliner, n° 306 ; Helbig, Führer , 1, n° 297. Risques d’argent au Musée de Naples, n° 75435 et 36. Terres cuites architecturales. Waltcrs-Birch, History of ancient pottery , II, p. 369. Silène seul écrasant du raisin dans une coupe, fragment de poterie au Musée municipal d'Arezzo, fabrique de Perennius. — 38 Helbig, Wandgemdlde , n» 439, p. 107. t- 39 Klein, Aleistersign., Anakles, 4, Cachrylion ; 3, Sosias ; 1, Epicletos; 10; Klein, Lie blingsns. Krates ; 1, Lcagrôs : 12, Panaitios; 3, Aphrodisia ; 2; Gerhard, Aus. Vasenb. 94-96. — 40 Furlwiingler-Reichhold, Gr. Vasenmal. pl. xi.viit, p. 246; Pottier, Douris , p. 73.
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nante, où les Silènes déploient d’étranges qualités d’équilibristes. Une fresque de Pompéi offre tout un répertoire de Satyres funambules saisis dans les moments les plus variés fi g. 013(1) *.
Ailleurs, sur des vases, on voit les Satyres jongler avec des coupes4, des outres, ou des jarres 3 ou même des torches 4 : faire des libations s , verser du vin dans un vase 6 ou le puiser dans un cratère7. Si l’outre est le récipient favori des Satyres 8 et surtout de Silène 9, ils usent également et très volontiers de l’amphore10, du cratère11 (fig. 0135), du canthare12, du cotyle u, du rhyton u, de la situle 1S, etc. Un vase de Naples 10 et un cratère d’Athènes17 nous montrent, détail inattendu, des Satyres puisant de l’eau à la fontaine : c’est que les artistes aiment à montrer les Satyres sous tous les aspects variés de la vie humaine; l'intention bouffonne perce dans beaucoup de ces tableaux. 11 y a, parmi les Satyres, des athlètes18 et des guerriers19 qui goûtent les servitudes et les grandeurs du métier militaire20. Tel exerce aussi la profession de pêcheur21, ou de portefaix22, tel autre est un potier tisonnant un four23; on voit des Silènes mercenaires astreints aux travaux domestiques, lavant du linge24, entassant des matelas25, portant des chaises26, ou tenant l’ombrelle d’une jeune maîtresse 27. En qualité de suivants de Bacchus, les Satyres-Silènes aiment fort la danse et la musique28 : flûtes (fig. 4375, 4706, 6137) 2S, lyre (fig. 6 1 36 ) 30, cithare 31, tambou-
Fig. 6136. — Satyres funambules.
crotales
aucun instrument ne
rin , croupezion, leur est étranger.
Mais ce sont leurs jeux qu’on figure le plus fré¬
quemment : ils balancent l’escarpolette (fig. 6137)t ou Sl, balancent eux-mêmes 3\ jouent au cheval fondu36, i;ui
cent la paume38
grimpent sur des
arbres37 ou des tables38, sautent du haut de stèles 39 , marchent sur des outres
[askoliasmos
fiS- 572], ou bien, récréation moins innocente, font la maraude dans les vergers 40.
Parmi les motifs rares signalons un Satyre contrefaisant un
invalide qui s’appuie sur une jambe de bois41; un Satyre affligé d'une gibbosité 42 ; un Pappositène aveugle, des Silènes dressant un tronc d’arbre pour y suspendre un trophée 43, destiné sans doute à perpétuer le souvenir des victoires de Dionysos, des Silènes assis sur une grève
marine 44. Les représentations de Silènes ou Satyres ailés peuvent être citées aussi comme exceptions; elles sont sans doute à rapprocher du Dionysos ailé et des génies bachiques ailés, symbolisant l’ivresse légère 48.
Quelquefois, les Satyres ou Silènes sont associés aux phallophories46 et à la célébration de mystères bachiques41
Fig. 6137. — Jeu de l’escarpolette.
1 Noire figure d’après un dessin fait devant l’original ; cf. Pitture d’ Ercolano, III, pl. xxxii, xxxm; Ruescli, Guida illustrata del museo Naz. nos 9118, 91 19, 9121 ; cf. fig. 3320 et 21 du Diction, [funambulus]. — 2 Hartwig, Meisterschalen, pl. n, 1 ; Klein, Meistersign. Duris, 23. —3 Vases of. Br. Mus. E. 35: E. 530 ; E. 768; Heydcmann, Vasensamml. 2201. — 4 Berlin, Vasensamml. n° 2578. — 6 Heydemann, Vasensamml. 3051. — 6Tischbein, Vases of Hamilton, II, pl.xLViu. — 7 Cat. de vente Bourguignon , 57; Louvre, G. 91; Pottier, Cat. 924; Naples, no 2907.
— 8 Vases of. Br. Mus. E. 24; E. 261 ; Hartwig, Meisterchal. pl. xlv; Mon. ant. dei Lincei, XVII, fig. 272etpl. xvi et xlv. — 9 Furtwangler, Collect. Sabouroff , pl. cxxvm ; Michaëlis, Ane. marbles , p. 623, n° t ; Museo Torlonia , no 274. — 10 Furtwangler, Beschreib. der Vas. 2240. — il Wiener Vorlegebl. série C, pl . vu, 1 ; Hübner, Ant. Bildw. in Madrid , n° 289. Notre fig. reproduit la fig. 63 [acratophorün].
— 12 Head, Hist. num. p. 452. Terre cuite de la collection de Cumes, n° 84.915, au Musée de Naples ; le Silène porte un pilos macédonien; Collignon et Couve, Vases d Athènes, 1265. — 13 Ibid. 1600. — 14 Hartwig, Meistersch. pl. xlv et p. 28. Smith, Forman, coll. Catal. no 331 ; Helbig, Wandgemâlde , n° 433. — lo Vases of. Br. Mus. F. 365; Heydemaun, Vosensaml. 1901, A; SA, 20 A. — i6Heydemann, n° 2043, parodie d’une course de char; Burlington Club, 1904, pl. xcvi. — 17 Collignon et Couve, 1317. — 18 Silène pugiliste de la ciste Ficoroni (fig. 505) ; Helbig, Führer , II, n° 1504, p. 431 ; Siltl, Die Gebürden, p. 299. — 19 Jahn, Vasensamml. Munich, 348 et 542; Stackelberg, Die Grüber der Hellenen , pl. xxiv; Catalogue Durand , n* 194; Burlington Club , 1904, pl. xcv, H. 54. — 20 Sonnant de la trompette : Pottier.
C atal. 6, 73, 89. 93 ; Frôhner, Musées de France , pl. vi-vii ; combattant et casqué, Monum. d Inst. IX, pl. vi. Avec la pelta macédonienne; Vases of. Br. Mus. E. 3 ;
I otlier, Cal. G. 89 ; Collignon et Couve, Catal. 1165. Avec une double hache, Berlin, Vasensamlg , 1928 ; Gerhard, Akadem Abhandlg, pl. lxiv. 2. — 21 Vases of Brit. Mus. E. 108. — 22 Frôhner, Notice Sculpt. ant. 258 ; p. 270 ; Sittl, Die Gebürden, 267, 3. — 23 Walters-Birch, Ancient Pottery , fig. 08 = Vente Drouot , p. 903;
cf. un Satyre soufflant le feu; Helbig, Führer 2, 1, n» 697. — 24|nghirami, Mus. Chilisiu. 208. — 25 Vases of. Br. Mus. E. 487. — 26 Inghirami, Vasi fittili , II, pl. cxcix
— 27 Berlin, 2599; Baumeister, Denkmaler, p. 1684. — 28 Klein, Meistersignat. Nicosthènes, 6, 19, 20, 21, 23, 25; Epictetos, 2 ; Lieblings. Charmides, 10; Lyaûdros, 1. — 29 Pellegrini, Vasidi Bologna , fig. 38, 39; Reinach, Rép. des vases , II, 301, nu !ù Gardner, Vases of Fitzwilliam Muséum , pl. xxxii ; Michaëlis, Ane. marbles , Fitzw. Mus. — 30 Gerhard, Auserl. Masenb. pl. lii; Klein, Meistersign. Epictélos, 17. Frôhner, Notice, n° 262, 263 ; no 33, p. 255 ; Panofka, Vasi di premio, pl. «'■
— 31 Helbig, Führer. Il, n® 1219. — 32 Vases of. Br. Mus. F. 623. — 33 Amelung, l' ührer durch die Antik. in Florenz , n° 65 ; une réplique, Journ. hell. stud. FJi'N pl. vi et p. 10 (Strong). —34 Vases o/’ British Mus. E. 387. La fig. 61 37 d’après Gerhard, Trinkschal. u. Gefüssof, pl. xxvu, voir encore fig. 5440. — Ibid. E. 467. — 35 Musée d’Athènes, n° 12139. — 36 Frôhner, Notice sculpt. ant. n°312 ; Bouillon, t. III, candélabres, pl. i. — 37 JalLa, Catal. pl. x ; Bull. d. Inst. 1878, p. 64.-^ 38 Heydcmann, P aviser Antiken, p. 41 , n° 4 ; — 39 Lenormant et de Witte, Elite cérdmogr. IV, pl.
— 40 Heydemann, Vasensammlg, 2462. — 41 Dev. Arch. 1866, p. 151 ; vase italogrec du Louvre, cf. chirurgia I, p. 1114, note 46. — 42 Satyre bossu, Heydcmann, Vasensammlg n° 926. Voir plus bas note 14, p. 1100. — 43 Helbig, Führer , N, no 859. — 44 Pottier, Calai. G. 92. — 45 Voy. l’étude de A. de Cculeneer, Les têtes ailées de Satyre trouvées à Angleur (Bruxelles, 1882, Bull. Acad, royale ), Collignon, Hist. de la sculpt. gr. Il, fig. 341. — 46 Coupe de Florence : Hey* demann, 3° Hall. Winckelmanns progr. pl. n, 3; cf. Bulle, Die Silenen , p- 1,1 Milani, Studi e materiali, II, 78; Nillson, Griechische Feste (1906), p- -1'1
— 47 Frôhner, Notice sculpt. antiq. n° 249, p. 254; Michaëlis, Ancient marbles in Great Brit. Broadlands, n° 11, p. 220; Wilton Ilouse, no 76, p. 688 ; Helbig. bührer, II, nos 1107 et 1121, p. 237 ; Amelung, Führer durch die Ant. in Fiord -i n" 243 p. 240. Fragment de poterie sigillée, au Musée municipal d'Arezzo,avec timbre de Tigranus.
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7((q 708), à des scènes d’initiation1, etc. Ils célèbrent drs' sacrifices sur les autels sacrés2, et apportent des ,Ueaux aUx Hermès, ou les décorent; ils ne sont pas exclus des représentations de la vie d’outre-tombe, mais ils portent des eidola'', séjournent dans les Champs- Élysées 4 ou hantent les cimetières5.
Malgré leur caractère pétulant, les Satyres-Silènes sont souvent figurés dans des poses calmes : debout0, à califourchon sur des outres7, étendus8, souvent endormis9, assis10, agenouillés’1, accroupis12, ou tombés à terre 13; maison les voit aussi marcher à quatre pattes14, courir15, s’enfuir10; leurs danses et gambades sont le motif le plus fréquent17. D’autres sujets sont plus rares: le Satyre aposkopeuon'6 regarde au loin en protégeant ses yeux19, d’autres Satyres élèvent les bras dans le geste de la prière20, tournent sur leurs talons pourvoir leur queue21, ou se font traîner en voiture par d’autres Silènes22.
Quant au gros Silène ventripotent, nous le trouvons souvent muni de son outre, debout23, la jambe appuyée sur une hauteur24, assis25 ou accroupi26; il est figuré buvant27, ou bien étendu et dormant du lourd sommeil de l’ivresse28. Parfois, cependant, les effets du vin commencent seulement à se faire sentir : Silène, qui ne peut guère se fier à ses jambes, chancelle29, s’appuie sur un cippe30, s’affaisse sur son âne favori31, ou sur les jeunes Satyres32, compagnons de ses débauches.
Silène a sa place marquée dans le thiase bachique: il accompagne d’un pas mal assuré le retour triomphant de
Dionysos33 et s’associe aux bacchanales84. II participe aux cérémonies mystiques 35.
F. Satyres-Silènes avec des animaux. — Ce que nous avons dit de la nature animale des Satyres et des Silènes justifie les groupes fréquents de Satyres eL de chèvres30, de Silène avec un âne37 ou un porc38, des biches 39 ; on les voit encore avec des mules 40, des chevaux 41 , des taureaux42, des panthères 43, des lions44, des lièvres 4", des oiseaux46, des souris47, des serpents 48 et, dans le thiase, avec des éléphants49.
G. Le costume des Satyres-Silènes et de Silène. — La nudité est la règle, surtout à l’époque archaïque; signalons comme exceptionnel un bronze archaïque représentant un Satyre-Silène ceint de la mitra50; sur les vases et dans les peintures de Pompéi, nos démons sont volontiers munis d’une nébris51, ou d’une pardalis52, qui conviennent bien à des êtres rustiques. Le vêtement est jeté sur l’épaule comme une chlamyde53, ou bien il barre transversalement la poitrine 54. On voit aussi des Satyres- Silènes drapés dans un manteau55 ou une chlamyde"’6. Ils connaissent l’usage des chaussures et notamment des cothurnes57. Silène, le plus souvent nu, porte aussi la peau de panthère58 ou l’himation59; dans le drame satyrique, il revêt le chilon de paille (y op Taïoç ^itoSv), aux mailles serrées, qui lui est particulier80. Comme membres du thiase bachique, Satyres et Silène sont couronnés de lierre61 ou de pin62. Leurs attributs ordinaires sont la syrinx 63 et le pedum 6\ qu’ils partagent avec
1 Mevdemann, Vasenscimmlg Neapel , n° 1774; Jahrb. d. K. Inst. 1893, pl. i, et Frôlmer, Notice scidpt. ant. n»256, p. 265; Helbig, Führer, II, n° 1 1 12, p. 167, note; cf. p. 163; Monuments Piot , II, pl. vin ; Frôlmer, Collection Dutuit, pl. clxxii, n° 230.
— 2 Collignon et Couve, Catal. vases d'Athènes, na 1302; Helbig, Führer , n° 1445; Pottier, Cat. G. 227 ; cf. pl. lxiii-lxvi ; Stephani, Compte rendu , 1868, p. 147.
— 3 Millin-Reinach, Peintures de vases, I, 28. — 4 Pellegrini, Vasi del Museo civico di Bologna, 427 et 428. — 5 Heydemann, Vasensamlg zu Neapel, n° 752; Jahreshefte Wien, VIII, p. 145. — fi Klein, Meistersignat. Nicostliènes, 41 ; Pamphaios, 20; Epictetos, 2, p. 3 et U3;Cbelis, 2; Pliiltias, 1; Lieblingsinschr. Ilipparchos, 8 et fig. 7 ; Cratès, 1 ; Panaitios, 4; Leagros, 12; Helbig, Wandge màlde, n° 428 ; Brunn-Bruckmann, Denkmâler , 377 ; Michaelis, Ancient Marbles, p. 306. n° 19. — 7 Frôlmer, Notice scutpt. ant. no 310, p. 301. — 8 Klein, Lieblingsinschr. Leagros, 26; Heydemann, Vasensamm. 2851 ; Helbig. Führer ,
1 129 ; Mon. d. hist. XII, 20 ; Frôlmer, Notice scidpt. n° 308 ; Helbig, Wandgemâlde, n° 436. — 9 Satyre endormi du Musée de Naples, bronze, Gargiulo, Recueil, II, pl. vu; une réplique à Madrid, Catalogo del Museo arqueologico I, n° 2714.
— 10 Bull. corr. hetl. XIX, 1895, pl. xix ; VVelcker, Antik. Denkm. II, p. 129; Helbig, Wandgemâlde, 434; Head, Historia numor. p. 452; Museo Gregoriano , I, pl. vin, 4. — il Benndorf, Griech , und. Sicit. Vasenb. pl. xi.v, 26; Head, Rist. num. p. 452 ; Heydemann, Mittheil. aus Oberital. n° 22, p. 41; Helbig, Wandgemâlde , n° 435; Ruesch, Guida del museo nazionale di Napoli, n® 6334 (Papposilène). — 12 Klein, Meistersign. Epictetos, 1, 2; Stackelberg, Grüber der Rellenen, pl. xxv; Winter, Typenlcatal. I, p. 217 ; II, 392, n° 5. — 13 Heydemann, Vasensamml. 2524, 3273 ; Sitll, Die Gebürden , p. 298. — 14 Heyd emann, Naples. \asensamm. R. C. 47; Monumenti antichi , 1907, pl. (Papposilène).
— 1o Klein, Meistersign. Mcmnon, I (1); Hiéron, 22 (1); Epictetos, 17 (1); Ghélis,
— (I); Pamphaios, 1, 9; Epictetos, 7; Heydemann, Naples, Vasensamm. 732; Welcker, Ant . Denkm. II, p. 122. — 16 Furtwangler, Ant. Gemmen, pl. vin, 33.
— K * r. maenades, p. 1488, 2e col. ; de Witte, Hôtel Lambert, pl. xxvm ; Br. Mus. Cat,lL E. 736 -, Bull. corr. hellen. 1893, 423 ; Gardner, Vases Fitzwill. pl. x, 48 B. ; Klein, Meistersign. Nicostliènes, 6, 19, 25 ; Pamphaios, 89 ; Klein, Lieblingsinscli.
tephanos; Bologne, Pellegrini, Calai. 294 ; Furtwangler, Berlin Vasensamm. 2243 ; •laiac. Mus. sculp. pl.cxi., n° 146 ; pl. clxxix, n° 170; Athènes, Satyre de Lamia ; eilin, Deschreib. n° 262 ; Mon. del. Inst, ni, 59: Ovcrbeck, Gr. Plast. 4° éd. II, 383 , Biunn-Bruckmann, Denkmâler, p. 435; Michaelis, Ancient marbles, n° 39, p. .Ml; Overbeck-Mau, Pompei, IV, 1° éd., 1884, p. 550, lig. 287 ; Rome, Lalran, elbig, Führer' 2, I, n° 662, p. 446; Hauser, Die neu attisch. Reliefs, p. 61, n. 68; | 1 US 2l3,n. I; Helbig. Wandgem., n°442. — 18 Tableau d’Antiphi-
lin. A al. hist. xxxvi, 1 38 ; cf. Furtwaengler, Satyr aus Pergamon. — 19 Heydefco™*' ' astnàamm' 1759 ; Collignon-Gouve, Catal. 1295; Wernicke, Roschcr, Lexicon, p. 14/2, 19 et art. Pan -, Overbeck, Pompei , IV, 1884, p. 319; Pottier-Reinach, n 19 °'W>> P- 381 . — 20 Annali, 1 867, pl. e. — 21 Voir plus haut, p. 1094,
. ’ ~ Boston, Report. 1900, 14. — 23 Reinach, Répert. de la statuaire, 11, p. 134
— 24 M- | .. Wand9emülde, n° 415; Winter, Typenkatal, II, 403, 34; 405, 6, etc.
n° 456 *C Ancicnt in Gr. Br. n° 1, p. 523. — 25 Helbig, Führer 2,
n° 4bs *' P2“97: Michae,is’ Ibid • »° I9> P- 286-287 ; Helbig, Wandgemâlde,
Führer 2, 20456, p. 297; Michaelis, O. c. n® 62, p. 686. — 28 Winter, Typenkalog. II, 391, n° 2 ; Frôhner, Notice sculpt. ant. n° 253, p. 254; n® 255, p. 269. — 29 Jbid. n» 252, p. 268. — 30 Frôhner, Ibid. n° 252, p. 268. — 31 Michaëlis, Ancient marbles in G. Br. n° 61, p. 724-725. — 32 Michaelis, O. c. n» 31, p. 252-254; n° 288, p. 394 ; n® 202; p. 747; Journ. of. hell. stud. 1908,
pl. xv, n° 31 (Strong). — 33 Frôhner, Notice sculp. ant. n° 251, p. 267 ; Helbig,
Führer-, no 702-471. — 34 Helbig, Wandgemâlde, n° 395-398, 404, 408.
— 35 Helbig, Führer II, n° 1107, p. 226; Amelung, Führer in Florenz, fig. 43.
— 36 Mon. del Inst. X, pl. xlv. tav. d’agg. M.; cf. Annali , 1877, 222; cf.
Stephani, Compte rendu, 1869, p. 67, 5; Clarac, Mus. de sculp. nü 731. 1759; 733, 1768; Ad. Michaelis, Ancient marbles in G. Br. n° 35, p. 348; Clarac, Ibid. IV, n. 709, 1670 A ; Helbig, Wandgemâlde, no 440, p. 107 ; Mus. B or b. V, 50 ; Lampe, British Muséum, n® 518; — 37 Michaelis, O. c. n° 56, p. 723 ;
et 11, p. 505, 506; Clarac, Mus. sculp. n08 696, 1610 A ; Mon. Matt/i. I,
pl. xm ; Heydemann, Mittheilungen {3e Winckelmanns Progr. Halle, 1879); Neapel Vasensamm. t. III, n® 172 ; Catalogue British. Mus. E, 102, B. 168; Collignon-Couve, Catalogue, 1008; Ibid. 796; Millingen-Reinarh. Peint. 59; Gauckler, Mus. Alaoui Suppl. 1907, no 287, p. 23, pl. xi; cf. Robert, Der miide Silen. —38 Winter, Typenkatal. Il, 391 ; Compte rendu de St-Pétersb. 1863, pl. vi, 1 et 2 ; sur la nature porcine de Silène, cf. Schumacher, Pracneslinische Ciste im Iiarlruhe , pl. ht ; Gerhard, Etruskische Spiegel, V, pl. exx; Vases British Mus. E. 139. — 39 Klein, Meistersignat ; Hipparchos, 9 ; Epictetos. 24 B; et Milchhôfer, Anfânge der Kunst, p. 73, note I ; Berlin, Deschreibung der Sculpturen , n° 851, p. 338'; Michaelis, Ancient marbles in G. B. Woburn Abbey, n° 144, p. 7393; Catalogue Durand, 150 et 151 ; Gerhard, Etrusk. Camp. Vas. pl. vin ; Müller-Wieseler, Denkm. Il, pl. xu. — 40 Vases Brit. Mus. E 338.
— 41 Collignon-Couve, Catalogue, 660. — 42 Furtwangler, Ant. Gemmen, pl. vin, 42.
— 43 Klein, Meistersignat.: Nicostliènes, 22, 31 ; Heydemann, Neapel Vasensamm. 1979 ; Br. Mus. 168. — 44 Helbig, Führer, I, n°636. — *5 Heydemann, Vasensamm . zu Neapel, 1541 : Vases British Mus. B, I, 46. — 46 Collignon-Couve, Catalogue, 1118, n°* 739 et 1298; Heydemann, Mittheilungen , 57, p. 97. — 47 S. Reinach, Répert. des vases, I, 500. — 48 Berlin, Beschreibung der Sculpturen, n° 1044,
— 49 Michaelis, Ancient marbles in Gr. Brit. p. 533, Newby Hall, n° 34.
— 50 Stron?, Catalogue of the Burlington Club, 1904, pl. l, B. 32. — 51 Schône, Museo Bocchi, pl. xv, 3, n. 113 ; Helbig, Wandgemâlde , n° 538-540. — 52 Schône, O. c. n° 171; Hartwig, Meisterschalen , pl. vi; xxxi-xxxm; lxxvi. — 53 Hartwig, O. c. pl. vi. — 54 Frôhner, Notice, n° 26 0. — 55 Heydemann, Vasensamml. 1759, 2494; S. A. 240; Jatta, Catal. 1442.; Matz-Duhn, Antike Bildwerke, III, n° 3722. — 56 Helbig, Wandgemâlde, n° 548. — 57 Heydemann, Vasensamml. n° 1772; Furtwangler-Reichhold, Gr. Vasenmaler. pl. XLVUt; Monum. d.Ins. V, 35; Gerhard, Aus. Vas. V. 57 ; cf. A. Kôrte, Festschrift zur 49 Versammlung der deutsch. Philolog. 1907, p. 204. — 58 Robert, Der miide Silen, 23 Hall. Winckelmannsprogr. p. 19, 2. — 59 Helbig, Wandgenifïlde, n° 416, p. 103; n° 421. p. 104. — 00 Voir plus haut, p. 1097, note 18. — 61 Helbig, Wandgemalde, n° 430, p. 105. — 62 Ibid. n° 437, p. 105 et 437, p. 106. — 63 A nn. dell. Inst. 1877, p. 214. — *»4 Ibid. p. 208, par ex. Helbig, Führer , I, 360-367 ; Michaelis, Ancient marbles in Great Britain , n® 308, p. 402.
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Pan [pan] 1 . L’infibulation, n’est pas négligée par les Satyres 2.
II. Satyres féminins. — Les artistes donnèrent aux Satyres des parèdres féminines analogues aux Centauresses et aux Panines; la liste de ces représentations a été dressée par \\ ieseler3.
I. Satyrisques. — La même mode multiplia les figures de Satyres enfants ou Satyrisques. Ils sont associés à Dionysos dans le t h i ase 4 ; mais s’y retrouvent aussi sans lui 6 ; Silène les prend dans ses bras l! ou sur ses épaules1; les Ménades leur donnent à boire8; ils se livrent aux jeux habituels des enfants, tels que le cerceau9, portent des outres avec une gravité comique10 ou se reposent en s'adossant à un tronc d’arbre Quelquefois, Ëros est assimilé à un Satvrisque 12.
K. Satyres vieillards. — D’autres satyres jouissent
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tout d’abord mise au service de Cybèle [cybele], gvppùiov aü),T,ga l8. Les exégètes montraient son tombeau à Pessinonte, sanctuaire par excellence du culte de Rhéa 1J, Une autre localité de Phrygie, Kelainai, servit de théâtre â la célèbre joute musicale entre Marsyas et Apollon211. Les arbitres sont le mont Tmolus2l,qui juge en faveur du dieu, et Midas, qui est affublé d’une paire d’oreilles d’ânes pour avoir donné à Marsyas son suffrage de roi barbare22. Selon certains récits, les Muses23, Cybèle24 ou Athéna26, constituent aussi le tribunal. Toute la légende symbolise la victoire de la cithare sur la flûte phrygienne. La provocation est venue de Marsyas, enivré d’un sot orgueil. Les circonstances du concours et de l’expiation sont racontées diversement. Selon une version, Apollon aurait usé de subterfuge, en exigeant de Marsyas qu’il jouât, comme lui un même air sur l'ins-
Fig. G i 38. — Lutte d’Apollon et de Marsyas.
d’une vraie longévité : les artistes leur donnent une barbe blanche et une tète chenue 13, parfois ils sont aveugles u.
L. Noms des Satyres-Silènes. — Les documents céramiques et les. textes littéraires nous ont conservé les noms que les Grecs donnaient aux Satyres-Silènes. La liste qui en a été dressée 16 peut être encore allongée 16. Il faut relever, vu leur importance, les nomsdeMarsyas etd’Olympos.
Marsyas, en véritable Silène, a sa patrie d’origine en Asie Mineure; un torrent qui vient confluer avec le Méandre près de Kelainai, porte son nom 11. La légende anatolienne faisait de Marsyas l’inventeur de la flûte,
I trument, debout puis renversé 20. Selon d'autres, le dieu dut sa victoire au chant dont il accompagna la musique des cordes 21. Après la défaite de Marsyas, Apollon l’attacha à un pin 28 et l’écorcha de sa main; selon une tradition plus répandue il abandonna cette basse besogne à un Scythe 29. On croyait à Athènes que la peau du Silène avait été suspendue dans une grotte de l’Acropole au-dessus de l’agora 30. Élien rapporte que la dépouille de Marsyas était agitée de soubresauts chaque fois que les vibrations de la flûte phrygienne ébranlaient l’air31. Enfin, le fleuve Marsyas passait pour être issu ou
i Voir cet article. — 2 Compte rendu de Saint-Pétersb. 1 86^, p. 140 stj. — 3 Voir celle liste dans Nachrichten Gesellsch. der Wissench. zu Goettingen , 1890. Sur des vases. Elite des mon. céram. IV, p. 300 et 368. I, pl. xlyu (avec reprod.). p. 386 sq. Monnaie d’or de Lampsaque : Barclay Hcad, ffist. num. p. 45C, n. 282. Pierre gravée de Florence : Müller-Wieseler. Denkm. d. ait. Kinst. II, 45, 563. Bronze (buste), Mus. brilannique : Spccim. of anc. sculpt. V, II, pl. lviii. Bas-reliefs marbre: Dütschcke, Ant. Bildwerke in Oberital. Il, 153, IV, 860; Benndorf-Schône, Ant. Bildw. d. Later. Mus. n® 373, 408; Stephani, Parerga archeol. 26. Peintures murales : Helbig, Wandgemülde , n° 442. Candélabres : Prôhtier, Notice de lasculp. ant. n° 312, p. 304, note. Double bernes: Overbeck-Mau, Pompei , IV, p. 202; Bcnudorf-Schône, Antike Bildwerke , p. 86, n° 140. Tôles: Müller-Wieseler, ü. I. Il, pl. xlv,562; Benndorf-Schône, O. c. n®s 86, 174, 273 et 504, n. 140, pl. ni. iig. 2, etfig. 1 et 2; Matz-Duhn, Ant. Hildw , in Boni. ii° 460, Musée Kircber. — 4 Heydemann, Vasensamm. n® 688; W. Frœhner, Notice , n° 226; Gerhard, Ant. Bildwerke , pl. lsxx7ui, 5; Helbig, Wandgem. 400, p. 100. — 5 Klein, Lieblingsinsch. fig. 36. — G Furtwnng'er, Beschrb. d. Vasensamm. n° 2850. — 7 Helbig, Filhrer , n®* 403 et 837; Reinach, Bépert. Stat. il, p. 130. — 8 Helbig, Ib. Il, n° 394- et 64-8; Schreiber, Hellenist. Beliefbilder, pl. xxviii e! xxi. — 9 Gerhard, Auserles. Vas. 61, 2; Journ. nf bel. stud. 1890, pl. xvi. — 10 Furlwiingler, Beschr. der Glypt. 232; Hundert Tafeln , 46, 2. — ü Frôhner, Notice, n° 264,278; Michaëlis, Anc. marblesin G. Br. n. 3,
p. 517. — 12 Helbig, Filhrer, n® 810; Schreiber, O. I., pl. xxv; Pauly-Wissowa, Beat Encyclop. t. V, p. 514. — 13 Klein, Vasen mit Lieblingsinsch. Charniides, n° ü ; Boston, n® 424; Stem, Musée de la Soc. arch. d'Odessa , III, pl. v, n°
— 14 Cratère à f. r. du Musée d’Athènes, n° 12255. — 15 Heydemann, Satyr-und Bachkennamen , 5° Hallisches Winckelmannsprogram. — G» Simades, proche Je Simos, allusion au profil camus des Silènes ; Amphore de Corncto, Furlw&nglcr* Reicliold, Griech. Vasenmal. II, p. 169, n. 91. Voici, d’après Nonnus, Dionys. l u 105 sq. les noms des Satyres nés du commerce d’Hermès avec Iphlhimé : Poiinemos. Thasios, Hypsitreros, Orestcs, Phlegraios, Napaios, Gemon, Lykon, Fctraios, Phereus, Lamis, Lenobios, Skrtos, Oistros, Pherespondos, Lakos, Pronoos.
— 17 Xen. Anabas. I, 2, 8 ; Strab. XII, 577 ; Plin. //. n. V, 106; XXXI.
— 18 Pausan. X, 30, 9. — 19 Steph. Byz. s. v. — 20 Hcrod. VII, 26; Xcn. Anab. |, *, g. — 21 Myth. Vat. I, 90; 11, 116; III, 10, 7. — 22 Ovid. Metavi. VI.
— 23 Wcstermau, Mylhogr. Grâce. Append. XLVII, I ; Lucian. Dial, df XVI, 2; Schol. Plat. Rep. 399 E; Min. 318 B; Apul. Florid. I, 3. — 2* Di°d- 1,1 58, 3; cf. Furlwanglcr, Coll. Sabouroff , II, pl. xxxvu. — 25 Apul. Florid . h
— 26 Voy. par exemple, Hygin. Fab. 165. — 27 Plut. Qu. conv. Vil, 8, H : A/ydi< Vat. Il, 115. — 2*Nicand, Alexiph. 301; Antboi. Pal. VII, 696; Philostr. A»«' gin. Il ; Lucian. Tragodopod. 314 ; Nonn. Dionys. VII, 106. — 29 plin. ff- n. ' • 11
— 30 Herod. VII, 26 ; Anlhol. Pal. VII, 26 ; Claudian. X, 258. — 31 Aclian, Var. hist. XIII, 91.
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de la victime \ ou des larmes répandues par les dU bl)hgg et les Satyres sur leur chef d’orchestre2.
Ny.meg représentations du mythe d’Apollon et de Mar- / "offrent souvent le combat, sans en bien dél'ùniiner le moment3. Mais, sur plusieurs monuments, lTnhases de la lutte sont représentées. Sur un vase de li'i'lin 4 et un cratère du Louvre 6 nous voyons le débet les êniratifs du concours ; les célèbres dalles sculptées, retrouvées à Mantinée (fig. 5208) 6, montrent la lutte ellejnérne Les Muses sont les juges ; Apollon, déjà vainqueur, t assiSi les traits empreints d’une sévérité olympienne; L* ocflnve scvthe, personnifie la fin cruelle réservée au vaincu Mars y as a la même attitude sur un beau sarcophage du Louvre (fig. 6138)1. Apollon est debout couronné nr la victoire ; une Muse ou une Nymphe est le juge du concours, auquel assistent Athéna, le Tmolus, le lleuve Marsyas. Plus loin, le Silène est attaché à un pin par un phrygien; un esclave accroupi aiguise sur une pierre son couteau. On peut en rapprocher du sarcophage du Louvre une coupe d’argent trouvée à Bizerte 8, où la même lutte à pour témoins Olympos et Cybèle, ainsi qu une Muse, juge impartiale; Apollon et Athéna sont en face de Marsyas soufflant à grand effort dans sa flûte9. Les peintres de va-
seschoisissent
de préférence le moment où Apollon est l’exécutant 10 ; souvent une Niké lui décerne la couronne en présence des Muses. Dans un seul tableau, on a figuré un autre mode de concours, qui contraint Marsyas à promener son plectre hésitantsur les cordes de
la cithare ' 1 . Fig cuo Réu„ion
La proclamation du vainqueur est faite, tantôt par Apollon luimême12, tantôt par Athéna13 ou l’une des Muses u. On ne voit jamais que les préparatifs du supplice 15 ; l'écorchement n’est jamais représenté Une statue célèbre de Flo¬
rence, celle qu’on appelle communément le Rémouleur , appartenait à un groupe figurant le supplice de Marsyas. Le même musée possède deux statues de Marsyas écorché et pendant à l’arbre n, dont en connaît bien d autres répliques 13 ; les sculpteurs e m ployaient volontiers le marbre rouge pour le corps sanglant du Silène.
La réputation d’aulète
de Marsyas ,
‘ Fi0-. 6139. — Marsyas trouvant la flûte d Athéna.
lui vaut une
place d’honneur dans les cortèges bachiques 19 fig. 4375 .
Les légendes grecques mettent aussi en rapport Marsyas avec Athéna 20. La déesse a trouvé la flûte et s’essaie à en jouer. Puis, ses yeux étant tombés sur son image reflétée dans le Méandre, elle soflusque
d’ètre défigurée par ses joues gonflées; d’un mouvement de dépit elle précipite la flûte dans le fleuve, où Marsyas la retrouve.
Un célèbre groupe de Myron 13 avait pop ular i s é la rencontre de Marsyas et d’Athéna.
Athéna vient de jeter son instrument et levisageduSilène exprime
Marsyas et d’Olympos.
J J letonnement
et la convoitise. La statue du Latran 21 et une tête de la collection Barracco 22 sont les meilleures répliques de l’œuvre de Myron. Trois monuments attiques 2Î nous en ont conservé des copies anciennes (fig. 0139).
1 Kcol. Hat. Symp. 214 B ; Hep. 399 E; Min. 318 B ; tlygin. Fab. 165. — 2 Ovid. Met. VI, 383 sq. — 3 Helbig, Wandgemalde , n<>s 182, 224, 231 ; Mead, Hist. num. 455. — K Vusensamml. n° 2638; Overbeck, Kunstmythol. pl. xxiv, n° 26.
— " Elite céram. 11, 70. — G Bull. corr. hell. XII, pl. i-m. — 7 Frôhner, Notice delà sc. n. 85, Voir aussi, 83 cl 84. — 8 (iauckler, Monuments Plot , 11, pl. vm ct'p. 86.
— 1 Autres représentations de celle phase du combat : Elite des mon. céram. il, 70,
66, 67, 6!) ; ,1/on. d. Inst. Vlll, 42, 1; Ephém. arch. 1886, pl. i élu; Frochnor, Musées de France, pl. m; Duruy, Hist. des Grecs, I, p. 610 ; Mon. d. Inst. VI, pl. xvm = l'obeil, Die antiken Sarcophagreliefs , 111. pl. liv, I. — 10 Elite cér. Il, 03, 65 ; sarcopliage d'Hermogénès, lier. arch. 1888, pl. vu. Pour un groupe de Marsyas avec ""e Musc, Jahresheft des ôster. Inst. 1907, I, 312 ; La Blanchère, Musée d'Oran, Pj. u et p. 63; Antiq. du Bospli. Cinim. pl. lvii ; C. rendu de S .-Pétersb. 1862, P • ï[, 2. II ,1/on. d. Inst. Vlll, 42, 1. — 12 Michaelis, Anaglyphi Vatic. explicatio, ^ ' 11 Malz, Monatsber. der Berlin. Alcad. 1871, p. 486, n° 186 ; Robert, Jahrb.
( jj ^ll t ■ P- 228. — Michaelis, Verurteilung des Marsyas , pl. u; Arch. Zeit.
pl. xvii. h Elite céram. Il, 64, 74; Gerhard, Etrusk. Spiegel. IV, pl. cci.xcvi.
— 13 Brunn-Bruckmano, DenkmCd. pl. 425; tlelbig, Fillirer, 1, p. 400; cf. lira, fi**. 4724. — *6 Amelung, Fûhrer in Florenz, 86 et 87. — 17 Helbig, Fûhrer, I, 593; 11, 890 ; Frohner, Notice Sculpt. ant. 86 ; Furtwângler, Heschreib. der Glyptoth. n° 280 ; Monuments Piot, VI. pl. xiu ; cf. Heydemaun, Vasensamml. n» 2991. Le Silène est attaché au pied d'un palmier ; Helbig. Wandgemalde, 23 1 bel c-, Minervini, Monum. di Barone, p. 75 et pl. xvi ; Helbig, Fûhrer, I, 274, 351, 352; 11, 1115; Duruy, Hist. des Grecs, 1, fig. 610; Bull, cotnm. municip. XIX. pl. XI.— 18 C. rend, de St-Pctersbourg, 1 863, pl. v, 3, 4; Stcphani, Vasensamml. n“ 855 -, Elite, céram. 1, 41. — 19 Plut. Alcioiad. 2; Aulu-Gell. XV, 17; Atlien. Deipnos. XIV, 016 c. — 20 Plin. H. n. XXXI V, 57. — 21 Rayet, Monuments de l'art antique, I, pl. xxxm ; cl. Brunn, Annali 1858, p. 374 si;. — 22 Helbig, Collection Barracco, pl. xxxvu et p. 36; cf. un bronze de Patras, Gaz. arch. 1979, pl. xxxiv. — 23 a. Vase à f. r. Notre figure 6138 d'après Beaumeislor, Denkmiil. fig. 1209, b. Vase de marbre, Bull. dell. Inst. 1873, 169; c. Monnaie, Helbig, Fûhrer, I, p. 455, fig. 37. Pour la figure d'Athéna, cf. Sauer, Wochenschrift fiir kl. phil. 1907, p. 1240-1240.
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D'après un travail récent *, le fameux torse du Belvédère2 serait un Marsyas assis, en joute avec Apollon. Marsyas est aussi figuré comme simple auditeur des essais musicaux de la déesse3.
A Rome, outre un tableau de Zeuxis, représentant le châtiment de Marsyas et dédié au temple de la Concorde4, une statue de Marsyas était placée sur le Forum et jouissait d'une grande popularité5; on en érigea des copies sur les places des villes de province qui avaient le droit italique6 [colonia, fig. 1726; forum, fig. 3261, 3263].
Olympos est l’élève favori de Marsyas 1 (fig. 6140). Comme les disciples de Socrate, il assiste à la mort de son maître 8. 11 intercède et supplie Apollon d'adoucir la sentence 9. Polygnote l'avait placé auprès de Marsyas dans son tableau de la Nekyia , à Delphes 10. Les fresques de Pompéi s’en sont inspirées plus d’une fois u. On nommait autrefois « Olympos et Pan » ces groupes de marbre qui représentent le dieu chèvre-pieds lutinant un Satyre adolescent C'est une confusion dont Pline semble s’ètre rendu coupable le premier 13. Gf.orges Nicole.
SATYRICITM DRAMA (Saxuptxbv Spajxa , caxupixdv, «jâxupoi *). — On a dit à l’article dituyrambus comment la tragédie grecque était issue du dithyrambe. C’est de la tragédie primitive que s’est, à son tour, dégagé le drame satyrique [tragoedia]. Les érudits de l’antiquité rattachaient la naissance de ce genre à une circonstance précise. On racontait que, se trouvant à l’étroit dans le cycle légendaire de Dionysos, les poètes tragiquesdes premiers temps s’étaient permis de prendre pour sujets des fables empruntées à d’autres cycles. Dans de telles pièces, il va de soi que le chœur traditionnel des Satyres dionysiaques n’avait plus de raison d’être et devait faire place à un chœur approprié (soldats, serviteurs, vieillards, etc.). Mais cette innovation ne fut pas accueillie sans protestations. « Cela n’a point de rapport avec Dionysos » (oùoèv 7cpô; xbv Aiôvusov) 2, murmuraient les dévots : par là, ils entendaient qu'on frustrait le dieu d’un hommage rituel, auquel il avait droit. Pour donner satisfaction à ce pieux scrupule, il fut entendu que désormais, dans toute représentation tragique, on verrait paraître, à la suite des chœurs héroïques nouveaux, le chœur antique des Satyres. Ainsi serait né le drame satyrique. De cette anecdote qui, manifestement, simplifie, outre mesure, une évolution longue et complexe, ce qu’il faut sans doute retenir, c’est que la constitution du drame saty-
1 Jahresheft des aster. Inst. 1907, p. 31 sq. (Hadaczek); cf. Sauer, Torso im Belvedere. — 2 Brunn-Bruckmann, Denküml. n° 240. Cf. des vases représentant Marsyas assis dans sa joute, avec Apollon, Overbeck , Atlas der Kunstmythologie , pl.xxiv, fig. 18-22, 24-26 ; pl. xxv, fig. 1-5 ; Villa du Pape Jules, nos 6473 et 6476. — 3 Ann. d. Inst. 1879. pl. d. — 4 pfin. U . n. XXXV, 36. — 5 Thédenat, Forum romain , p. 134. — 6 Bœswiswald et Cagnat, Timgad, p. 63. — 7 Plut. De musica 7 ; Roscher, Lexihon der Mythologie, III, p. 860 sq. Notre figure 6139, d’après Mon. d. inst. Il, pl. xxxvu, cf. Roscher, O. c. fig. p. 862. — 8 Ovid. Métam. VI, 393. — 9Muller- Wieseler, Denkmül. II, XLI, 491 ; Helbig, Führer , II, n° 1115 ; Duruy, Hist. des Grecs , I, p. 610. — *0 Pausan. X, 30, 9. — 11 Helbig, Wandgemülde, 226-229. — 12 Clarac. Mus. de sculpt. 716 B, 726 B et C. — 13 Plin. U. n. XXXVI, 29 ; cf. Stephani, Compterendu , 1862, p. 97 sq. — Bibliographie. Quarante. La mythologia di Silene, Naples, 1828 ; Otfr. Millier, Handbuch der Archaeologie , 1835, § 385 sq. ; Wieseler, Bas Satyrspiel, 1848 = Gôttinger Studien, 1847; Wc\ckcr, Nachtrag zur Aeschyleis-chen Trilogie, 1824 ; Stephani, Compte rendu, 1869, p 20 et 1874, 66 sq. ; Wieseler, Commentatio. de Pane et Paniscis atque Satyris cornutis, Progr. Gotlingue, 1875 ; Mannhardt, Antike Wald-und Feldkulte, 1877, 136 sq. ; Annali delV Jnstituto, 1877, 184 sq. (Furtwangler) ; Furtwangler, Der Satyr aus Pergamon, 40 Berliner W inckelmanns progr. 1880 ; Heydemann, Dionysos Geburt und Kindheit , 10e Hallisches Winckelmannsprogramm, 1885, 40 sq. ; Wieseler, Weibliche Satyrn und Pane in der Kunst, Nac/irichten des Gesell. der Wiss. -Gôttinger, 1890 ; Bulle, Die Silene in der archaischen Kunst , 1893 ; Reisch, Festschrift fur Gromperz , 1893, 458 sq. ; Loeschcke, Athen. Mitth. 1894, 518 sq.; Bull, cor-
rique en genre distinct fut le résultat d’un compromis entre le développement naturel de la tragédie et le conservatisme religieux du public grec.
Quoi qu’il en soit, c’est du dithyrambe que le drame des satyres tient son caractère essentiel, le mélange de l’héroïque et du comique. Dans le dithyrambe, en effet les deux éléments déjà existaient côte à côte. Rien de plus pathétique que les chants exaltés du chœur, évoquant à larges traits les épreuves et la passion de Dionysos. Mais quoi de plus incongru, à l’occasion, que les faits et dits des Satyres, ou hommes-boucs [satyri]? [ja tragédie commençante hérita de cette double nature. On en trouverait, au besoin, la preuve dans plusieurs fragments tragiques d’Eschyle, dont le contenu très réaliste nous étonne 3. Mais le goût des Hellènes était trop épris des distinctions précises et tranchées pour ne point tendre, de très bonne heure, à une forme épurée de la tragédie d’où l’élément bouffon serait banni. Du jour où le drame satyrique se fut constitué en un genre indépendant, la tragédie put enfin réaliser librement cet idéal4. Mais il était naturel, en revanche, que le drame satyrique conservât l’exubérante gaieté, qu i n’était pas seulement un rite dionysiaque, mais qui, en face de la tragédie épurée, constituait son individualité propre et son droit à l’existence. C’est ainsi que, par l’évolution naturelle du genre, non par la volonté des poètes, qui, au contraire, ont, de plus d’une façon, tenté de se soustraire à cette obligation gênante, le mélange de l’héroïque et du bouffon est devenu la loi du drame satyrique. On ne sait rien de précis sur l’histoire du drame satyrique avant l’institution des concours de tragédies à Athènes. Ce que l’on peut conjecturer, c’est que ceux-ci, à l’origine, ne firent que codifier et ériger en règlement l’usage antérieur. Or, aussi haut que nous puissions remonter dans l’histoire des concours athéniens, nous trouvons que le nombre des poètes concurrents y est fixé à trois, chacun d’eux présentant une tétralogie , c’est-à-dire un groupe formé de trois tragédies, plus un drame satyrique qui termine le spectacle 5. Mais le lien de ce divertissement satyrique avec les drames précédents s’est de plus en plus relâché. Rappelons, en effet, que, dès le v° siècle, on distingue deux sortes de tétralogie r>. La plus ancienne est la tétralogie liée , où les quatre drames sont le développement d’une même légende. Tels sont les groupes suivants d'Eschyle : une Oedipodie , jouée
resp. hell. 1895, 229, Le Satyre buveur (Potticr); Belhe, Prolegomena zur Geschichte des Theaters, 1896, 339 sq. ; Hartwig, Rom. Milth. 1887, 290 sq.; Robert, Der müde Silen, 23 Hallisches W inckelmanns pr. 1899; Amclung, Satyr s Büt durch die Wellen (Strena Helbigiana , 1898) ; Furtwangler, Die antiken Gemmen , 1900, voir l’index ; Dielerich, Pulcinella , 1897, p. 56 sq. ; Roscher, LexikonderMyth- III, 1407 sq. (pan, Wernicke) ; Hermès , 1897, 302 sq. ; Wilamowitz, Griechische leagôdien , III, 1906 ; Préface du Cyclope d’Euripide ; Gruppe, Griech. Mythologie und Beligionswiss. 1906, 1387 sq.; Klein, Gcschiclite der griechischen Kunst , III (I9,,!>)» Die Satyrbildungen der neuen Zeit. Pour Marsyas : La bibliographie ancienne dans Mincrvini, Monum. di Barone , p, 75 sq. ; Annali delV Inst. 1858, p. 298 sq. ; J3*111 Berichte der Sachs. Gesell. 1869, p. 15 ; Arch. Zeit. 1809, p. 41, pl. xvu etxvm. Michaelis, Anuali d. Inst. XXX, p. 325 sq., 340 sq. ; Roscher, Lexikon des Mytho1s.v. Marsyas et Olympos : Overbeck, Griechische Kunstmythol. 3° partie, 5e l,vre* p. 420-482; Gauckler, Monuments Piot , II, p. 81 sq.; Kerbaker, Marsia. 'Sa' pies, 1898 ; Jahreshefte des. ôster. Instituts , 1907, p. 312 sq. Je dois des |enicrcie* ments très vifs à M. G. Darier qui a bien voulu réunir pour moi un grand nombu de références.
SATYRICUM DRAMA. l Dion. liai. Bhet. 3, 6; Xen. Cono. 4, 19; Arislopb Thesm. 157. — 2 Suidas, s. v. ; Zenob. V, 40. — 3 Voir par ex. Nauck, Tragic. grne' ■ fragm. 2e édit. frag. 275; cf. Choeph. 752 sq. — 4 Aristot. Poetic. 4, p. IL»1 — BSuid. s.v. Ilpaxiva ; ; Argum. Aeschyl. Sept., Agam. ; Argum. Eurip. Med.. Bip pol. ; Schol. Arisloph. Thesm. 135. — G Maurice Croiset , De la tétralogie duns Vhist. de la trag. gr. ( Bev . des et. grecg. I, p. 369).
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n /|(i7 daios, Oedipe, les Sept contre Thèbes , le Sphinx), Wrestie, représentée en 458 (. Agamemnon , les Choé- , livres, les Euménides , Proteus ), une Lycurgie (les Edons', les Bassarides , /es /ewnes Cens, Lycurgue ), et fin ’une prométhéide ( Prométhée enchaîné , Promé- \hée délivré , Prométhée porteur du feu , drame satyri,,ue inconnu) *. Dans deux de ces groupes, YOrestie el la prométhéide , le rapport du drame satyrique avec la tétralogie tragique ne saurait être exactement déterminé 2. Mais, pour les deux autres, on remarquera que, si le sujet satyrique est tiré de la même légende que les trois tragédies, il ne leur fait pas suite, cependant, chronologiquement. C’est un divertissement final, pris librement à un moment quelconque de la légende 3. Dans la tétralogie libre , qui n’est qu’un assemblage arbitraire de quatre drames, sans lien, l’indépendance absolue du drame satyrique devient, naturellement, ipso facto , la règle. Nous en avons un exemple, dès 472, dans la tétralogie présentée par Eschyle: Phineus , les Perses, Glaucos, Prométhée 4. Et il est bien probable même qu’antérieurement déjà, la Prise de Milet (494?) et les Phéniciennes (476), de Phrynichos, pièces historiques et d’actualité, faisaient partie de deux groupes libres. Cette manière de faire est la seule qu’aient pratiquée les poètes de la génération de Sophocle et d’Euripide 6. Aussi bien il apparaît, dès ce temps, à plusieurs indices, que le drame satyrique perd de plus en plus la faveur du public. C’est ainsi qu’en 438 nous voyons Euripide terminer sa tétralogie (les Crétoises, Alcmaeon à Psophis, Télèphe, Alceste), non par un drame satyrique, mais par Y Alceste, tragédie héroï-comique destinée à en tenir lieu 6. Et il n’est guère douteux que, non seulement Euripide, mais aussi Sophocle et les tragiques contemporains, n’aient eu maintes fois recours à ce subterfuge ’. Une autre preuve, plus évidente encore, du discrédit où est tombé le drame satyrique nous est fournie par les inscriptions didascaliques. L’une de ces inscriptions, qui se rapporte, semble-t-il, aux Lénéennes, nous a conservé le programme du concours tragique des années 419 et 418 : le drame satyrique n’y tient aucune place 8. L’autre inscription, qui date des années 341 et 340, se rattache aux Grandes Dionysies : le genre satyrique y figure encore, mais il n'est plus représenté que par une pièce unique, jouée, en guise de prélude, au début de la représentation 9. S’il était permis de géné¬
raliser d’après des documents si fragmentaires, il faudrait donc conclure que dès la fin du v* siècle, le genre satyrique avait disparu du coqcours des Lénéennes et qu’aux Grandes Dionysies mêmes il avait été réduit au strict minimum. A partir de cette époque, tout renseignement nous fait défaut sur le programme des concours tragiques d’Athènes Il y a lieu de croire, néanmoins, que le drame satyrique n’en fut jamais complètement banni, car nous connaissons ailleurs, dans le monde grec, maintes fêtes où il conserve sa place à côté de la tragédie et de la comédie. C’est ainsi que, sur les listes de vainqueurs aux ciiaritesia d’Orchomène (début du ue siècle av. J.-C.), un certain Aminias, Thébain, est qualifié de irotrjTTjç aaruptov ,2. Vers le même temps, 1 antique concours des mouseia de Thespies est transformé et s’enrichit de représentations dramatiques, où l’on couronne chaque année, outre un poète tragique et un poète comique, un aaxupoypàij/oç 13. Au 1er siècle av. J.-C, les romaea de Magnésie du Méandre comprenaient également dans leur programme un concours de câ-rupot ll. Enfin, à peu près à la même époque, une inscription nous montre l’acteur ou chef de troupe, Alkimachos d’Athènes, donnant à Rhodes une reprise d’une tétralogie de Sophocle, terminée par un drame satyrique (Péleus, Ulysse furieux, les Ibères, Téléphe) i5. A Rome même, les satyres finirent, à la suite des autres genres dramatiques grecs, par se faire place sur le théâtre, à côté de l’atellane indigène. Le premier qui les y introduisit fut, dit-on, Pomponius de Bologne, auteur d’une Atalante, d’un Sisyphe, d’une Ariane16. Et c’est ce qui explique qu'Horace, dans son Art poétique, ait cru devoir donner la théorie et les préceptes détaillés du drame satyrique 17.
Tous les tragiques grecs ont été, par là même, poètes satyriques. Au vie siècle, Chœrilos était déjà renommé en cet art 18. Mais sa réputation fut bien dépassée par son contemporain Pratinas, de Phlionte, que les critiques anciens reconnaissaient, sinon comme le créateur, du moins comme le véritable initiateur du genre nouveau 19. Chose curieuse, Pratinas avait écrit près de deux fois plus de drames satyriques que de tragédies (32 contre 18) 20. Étant donnée l’organisation des concours, telle que nous venons de l’exposer, cette disproportion ne peut guère s’expliquer que si l’on admet que ce poète, maître incontesté du genre, fournissait de drames satyriques ses confrères 21. Ce qui autorise cette hypothèse,
1 Argura. Aeschyl. Sept., Agam.\ Schol. Aristoph. Tkesm. 135. — 2 On a conjecturé i[uedaitB 1 Orestie le sujet du Proteus était l’aventure de Ménélaset de Protée ( Od . I V, .151 si|.). Mais, cela même admis, il convient de remarquer, avec M. Croiset, que
1 événement mis en scène, bien qu étant postérieur à l’ensemble de la trilogie, n'en foi mait pas la suite immédiate {Sist. de la lit t. gr. 111, p. 396). Quant à la /Vomi- 1 e' oUslait bien un Prométhée satyrique d’Eschyle, niais ce drame, comme on evena plus bas, terminait un groupe libre, joué en 472. — 3 Dans XOedipodie, le ojot ,lu Sphinx se plaçait avant la troisième tragédie, peut-être môme avant la se- ■ ' i;lns Lycurgie, on ne peut déterminer avec certitude à quel moment de la
Rende se plaçait le sujet du Lycurgue ; il venaiL probablement avant la seconde ah(ue. - Arguin. Pars. Les contemporains d'Eschyle ont cultivé, comme lui, les ave'' c’est-à-dire l’année môme où Eschyle fut vainqueur
tr C. ■/' Aristias fut second avec un groupe libre ( Perseus , Tantale , une
(Ar* Me ’ncoimuc’ ct *es Lutteurs), Polyphrasmon troisième avec une Lycurgie avec | " f^')- ■' On sait, par exemple, qu’Euripide, en 438, eut le second rang
tro'isi ^ "mmcs Crète, Alcméon à Psophis , Télèplte , Alceste ; qu’en 431, il fut avec I/'0 :1' LC Philoctète, Dictys, les Moissonneurs ; qu'en 415, il fut second
rempm i ] ' ^ >a‘aln^e, les Troyennes , Sisyphe. En cette même année, Xénoclcs
Med \ p aVCC ^e^Pe. Lycaon, les Bacchantes, Athamas (Argum. Alcest. Semblent ' *" ^ ^st' T M- Ecs trois tragédies présentées en 415 par Euripide Bist de l avoir formé une sort.e de trilogie liée.
tiou .... n, lilt' ^r' P’ — 1 Voir P'us bas ce qui est dit de la dispropnr non entre le nombre des dr,
6 Maur. Croiset, de la disproporames satyriques et celui des tragédies chez Sophocle et
Euripide. — 8 Corp. inscr. att. II, 972, col. dr. Dans ce concours le nombre des compétiteurs était de deux, et chacun présenta trois tragédies. — 9 C. i. ail. II, 973 ; cf. Ad. Wilhelm, Urkunden dramat. Auffùhrung. in Athen ( Sonderschr . des oesterr. arch. Instit. in Wien. Bd VI, 1906), p. 39. En 341, les trois rivaux firent jouer chacun une trilogie; en 340, ils ne présentèrent plus que deux drames.
— 10 Mais on pourrait également supposer que le drame satyrique n’a jamais figuré à ce concours. — HO. Navarre, Dionysos, p. 34-35. — 12 C. i. Graec. sept. 3197 (= C. i. graec. I, 1584). Outre le poète, est cité également sou acteur, Dorothéos de Tarente. — 13 C. inscr. Graec. sept. I, 1760, 1. 26-27, I, 1773, 1. 29-30 (=C. in. gr. I, 1585); Bull, de corr. hell. 1895, p. 336, n° 10,1. 13 (Jamot) ; cf. l’art. muséum. — l’+Mittheil. des deutsch. Arch. Instit. in Athen , 1894, p. 99 sq. Tous les drames représentés dans ce concours, tragédies, comédies, pièces satyriques, sont expressément désignés comme nouveaux. — 15 Jnsc. gr. insul. maris Aegei , I, 125, 1. 7-10. J’adopte ici l’interprétation de P. Foucart, Journ. des sav. 1907, p. 601. Mais cf. Bethe, Proleg. zur Gesch. des Theat. im Alterth. p. 215,n. 21 : il s’agirait, d’après Bethe, d'un Sophocle beaucoup plus réceut, qui vivait au inr siècle av. J.-C. ( C . in Graec. septentr. 3197, 1. 29). — 16 Acron ad Hor. Ep. ad Pis. 221. — 17 Horat. Ep. ad Pis. 220-250. 0. Boissier (Rev. de philolog. XXII, 1898, p. 14 sq.) croit à un simple projet d’introduire à Home le drame satyrique. Mais voyez Acron, l. c. — 18 Plolius, De metris , p. 507 Keil.
— 19 Suidas, s. v. npativa; dit : îtpùiToç É'yça<l>t uaTiipouç, ce qui ne doit pas être pris au pied de la lettre; Pausan. II, 13, 5. — 20 Suid. s. v. — 21 Maur. Croise!, Bist. de la litt. gr. III, p. 394.