‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 56 sur 137 · SA.T · texte numérisé non relu

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c'est que nous savons qu’en 467, Arislias, fils de Pratinas, présenta au concours une tétralogie, dont le drame satyrique, Les Lutteurs, était 1 œuvre de son père . Eschyle ne brilla pas moins dans les ffà-cupoi que dans la tragédie; il y éclipsa même le vieux poète de Phlionte 2- Nous connaissons de lui huit titres satyriques3, auxquels les modernes en ajoutent, avec plus ou moins de probabilité, une demi-douzaine d’autres A Sophocle lui-même ne dédaigna nullement le drame satyrique. Douze titres certains 6 et cinq autres très vraisemblables6 témoignent de son activité en ce genre. Toutefois, ce nombre n est pas en proportion de celui de ses tragédies connues (113) : ce qui a fait supposer que Sophocle avait dû maintes fois, comme Euripide avec Alceste, substituer au drame satyrique proprement dit une tragédie d’un ton spécial1. Le même fait explique sans doute que nous ne connaissions d’Euripide que sept titres satyriques, y compris le Cyclope 8 . Du reste, le poète le plus réputé de ce temps dans le drame satyrique, ce n’est ni Sophocle ni Euripide-; c'est Achaeos d’Erétrie (8 titres) 9, au-dessus duquel on ne mettait qu’Eschyle. Citons, enfin, Ion de Chios, auteui d’une Omphale 10 et vers la fin du ve siècle, lophon ( les Aulèdes) 11 et Xénoclès [Alhamas) ’2. Nous avons dit le peu qu'on sait du drame satyrique à partir de cette date. Ajoutons un détail intéressant, qui nous est révélé par les listes de vainqueurs aux romaea. Même au i“ siècle av. J.-C., toutlien entre la tragédie et le drame satyrique n'est pas rompu, en ce sens que les poètes tragiques continuent à cultiver à la fois les deux genres13.

De cette production satyrique, si prolongée et si riche, il ne nous reste, exception faite de quelques fragments peu étendus u, qu'un exemplaire complet, le Cyclope d’Euripide. C’est assez pour porter sur ce genre un jugement d’ensemble, non pour suivre avec précision son évolution. Le trait essentiel du drame satyrique, c’est, . nous l avons dit, l’intrusion du burlesque dans 1 héroïque. Et, à cet égard, il n’y a nulle distinction à faire entre les auteurs. Le délicat et noble artiste qu est Sophocle ne s’interdit pas plus qu’Eschyle ou qu’Euripide, dans le drame satyrique, les incidents vulgaires, les jeux de scène indécents, les plaisanteries scatologiques16. Il est manifeste que c’est là une loi du

exempts de tout mélange comique : ce sont les héros et les dieux. Tel est le cas, par exemple, d’Ulysse dans le Cyclope. A travers les aventures burlesques qu’il ira verse, non seulement sa dignité reste sauve, mais encore, par son courage, son sang-froid, son esprit avisé, il excite, autant que dans n’importe quelle tragédie, notre sympathique admiration16. Exclusivement comiques, au contraire, sont les Satyres, qui forment ordinairement le chœur. Au physique, ce sont de jeunes animaux, débridés, ivres de mouvement et de bruit, sans cesse gambadant, sifflant et chantant; au moral, de mauvais drôles, chez qui tous les vices s’épanouissent à l'aise, poltronnerie, gourmandise, mensonge, impudeur. Et pourtant, avec ces défauts, ils ne laissent pas d’être sympathiques : d’abord, parce que, dans leurs pires incongruités, ils gardent la tranquille inconscience de l’animalité ; ensuite, parce qu’ils ne manquent pas d une certaine grâce spontanée d’êtres jeunes et ingénus; enfin, parce qu’ils sont espiègles, malicieux, et, à 1 occasion, pleins d’esprit. A côté d’eux, il faut citer leur père, Silène ou Papposilène [satyri, p. 1097], comme on disait au théâtre11. Chez ce Satyre, épaissi et alourdi par l’âge, tous les vices de jeunesse ont subsisté et se sont aggravés, mais la grâce a disparu. Menteur autant que lâche, ivrogne, lubrique, ignorant de toutprincipe moral, Silène serait le plus abominable coquin, s il n était, de toute évidence, un fantoche, que son irréalité même sauve de l’odieux. Outre ces types consacrés, l’élément comique est représenté encore par toute la tribu des montres, géants et brigands mythologiques, que le drame satyrique mettait volontiers en scène : le Sphinx, Proteus, C.i i cé, Cercyon, Glaucos, Sisyphe, Amycos, Salmoneus, Autolycos, Busiris, Sciron, Syleus, le Cyclope, etc. Par le Cyclope d’Euripide, on peut juger la façon dont les poètes satyriques représentaient ces êtres fantastiques. On ur>e mettait guère en peine, semble-t-il, de leur prêter des sentiments humains. Leur âme était aussi exceptionnelle et monstrueuse que leur ligure : c étaient des C,I"IIU mitaines et des ogres, très horrifiques et très invraisemblables. Enfin, à côté de ces rôles tranchés, tout héroïques ou tout boulions, il nous faut rangei ! 1 * 1 1

les personnages dans lesquels le bouffon et 1 héroiqw-

se mêlent. De ces personnages, qui n’ont jamais 1 u

être très

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armes, etc. Mais, par le rôle qu’il jouait dans Y Alceste et dans le Syleus (autre pièce perdue d’Euripide, dont une analyse anonyme nous a été conservée;2, nous voyons clairement que l’Héraclès satyrique n’était point le benêt et le pleutre, perpétuellement esclave de son ventre, dont s’égayaient les comiques. Sans doute, il y gardait en partie la physionomie traditionnelle et populaire, sans laquelle il n’eût pas été lui-même. Goinfre, mal appris, brutal, voilà les traits sous lesquels, d’abord, il faisait rire3. Mais, dans l’une et l’autre pièce, un incident soudain survenait, à l’occasion duquel se révélait brusquement sa nature héroïque : alors il apparaissait généreux, magnanime, admirable de force morale autant que physique *.

Il est impossible de retracer, même à grands traits, les transformations qu’a subies le genre satyrique dans le cours de sa longue histoire. Tout au plus y distinguet-on quelques tendances générales. Le premier fait à signaler, c’est qu’en dépit de ses origines, le drame satyrique, à son tour, s’aventura, de bonne heure, hors du cycle dionysiaque. Il y avait nombre de sujets tragicomiques qui tentaient la verve des poètes, mais où les Satyres n’avaient véritablement rien à faire. On remplaça, dans ces sujets, les Satyres par un chœur, à peu près équivalent, de personnages vulgaires et bouffons. Ainsi avait fait, par exemple, Sophocle dans son Héraclès au Ténare et dans ses Bergers , dont les chœurs étaient respectivement composés d’hilotes et de pâtres troyens8. Dans le drame satyrique, ainsi entendu, la proportion du sérieux et du comique n’était point, malgré tout, sensiblement modifiée. Mais il n’en est plus de même dans d autres drames, dont Y Alceste d’Euripide peut être prise comme type. Le chœur de cette pièce est composé des vieillards de Phères; et, par suite, l’élément bouffon, relégué exclusivement dans le rôle d’Héraclès, s’y réduit au strict minimum 6. Nul doute qu’il ne faille reconnaître là! influence de la tragédie. A l imitation de celleci, le drame des Satyres tendait lui-même à se hausser à une forme ennoblie. Tentative condamnée d’avance, puisque, sous peine de perdre son originalité et sa raison d’être, le drame satyrique ne pouvait la pousser jusqu au bout. L imitation de la tragédie se marque encore d une autre façon. On pourrait déjà a priori supposer que 1 art des péripéties, des reconnaissances, des C0UPS théâtre, qui alla toujours se développant dans la tragédie, eut son contre-coup sur le drame satyrique. El,

1 ' lait, nous trouvons dans le Cgctope une reconnaissau'c, dans 1 Alceste 1 explication d’un malentendu; et maintes pièces perdues (en particulier, le Sgleus ) 1 ''| nt dexiner, par le titre ou par les fragments consct'ÇS, d autres effets dramatiques du même genre 8. dls encore la limite où devait s’arrêter le drame saty- I1" ' tait d avance fixée. Il lui était permis, certes,

Vase, i (dan! il n, (dlsscrtation d'°- Jahn-> Satyrn und Satyrdrama au, salvriqueal ’ ô 11 0 °9US' XX VII, p. 26). Sur les souvenirs que le dranu des Vases /T'5 d0n8 'a peinture céramique du v* siècle, cf. Collier, Catatogu, Nauck, O °uvre, p. 833, 1054 à 1058. — 2 Cramer, Anecd. paris. I, p. 7 Héraclès P,’ T Sq’ ~ 3 Selon Euslallle [Ad. lliad. p. 987, 47) on donnait i comme [ a V , . rame sall rique, le nom familier d’'Hpûk/.oç, un peu, sans doute ^“r. Croi,et0loame aPPelle Jupiler’ Jupin- — * l’Iiil. Ale». Il, p. 461 Maugey : cf d'Héraclès sat ■ ° ***’ P ** 1 sq' ' ■*' L10"'8, c P- 170 sq. Sur la représenlalioi 0. .lai,,, i. yr‘q,U? sur les vases points et aussi sur celle de Persée, etc., voii Nauck, ô.c ',l°!ogus' XXVI1' l86«- - 5 Eustalh. Ad lliad. p. 297, 37 de môme dans^ \Y^ ^erma,în» Philolog . II, p. 135. — C H en était apparemmen u*i chœur de io tn‘Ciale dion de Cbios. Les Satyres y étaient remplacés pai 6H4 F). , de lulh lydiennes, (Nauck, O. c. IV. 22 ; Atlien. XIV

VIII CX ^ C 8 P,a"S *e Busiri* d'Euripide, par exemple, « oi

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d émouvoir à l’occasion, mais à condition que ce pathétique ne fût ni trop profond ni trop durable. Une double loi du genre satyrique, en effet, c’était premièrement d être un spectacle gai (vpaywSfa TratÇo’jaa) 9, et, en second lieu, de se terminer par un dénouement heureux l0. On voit par là combien il fallait, pour y réussir, de dextérité et de tact délicat". C’est que, par sa constitution originelle, le drame satyrique était un genre équivoque, où deux tendances contradictoires se combattaient, sans que 1 une ni l’autre pût franchement triompher. Enfin, il suffira de mentionner d’un mot certaines innovations qui n ont été, semble t-il, que des tentatives isolées, ou même des fantaisies individuelles. Citons en ce genre Y Agen du poète Python, joué en Asie (probablement en 327) devant Alexandre le Grand, aux Dionysies célébrées sur les bords de l’Hydaspe 12. La pièce abondait en allusions au trésorier infidèle du roi, Harpale, à ses maîtresses, à sa fuite vers Athènes. Le drame satyrique « devenait ainsi satirique , au sens moderne du mot, c est-à-dire agressif et moqueur » i3. Le caractère opposé se montrait dans le Ménédème de l’Alexandrin Lycopbron, qui était un éloge du philosophe de ce nom ". Enfin Dioscoride, dans une épigramme, proclamait son contemporain Sosi théos comme le restaurateur du genre15.

Les conditions matérielles d’une représentation satyrique étaient à peu près les mêmes que celles d’une représentation tragique. Disons quelques mots seulement du décor. A la place du palais ou du temple, qui servait traditionnellement de cadre à la tragédie, on voyait en général dans le drame satyrique un paysage « formé, dit Vitruve, d’arbres, de grottes, de montagnes et de tous les autres objets naturels »IC. Ailleurs encore, le même écrivain détaille, avec plus de précision, les éléments essentiels d un paysage satyrique : « ports, promontoires, rivages, fleuves, sources, ruisseaux, sanctuaires, bois, collines, troupeaux et bergers » Tel est, en effet, le décor que réclame le Cgclope : Paclion s’y passe sur le bord de la mer, au pied du mont Etna, devant l'antre à deux ouvertures habité par Polyphénie18. Et c’est aussi un cadre champêtre de ce genre que la plupart des titres conservés nous autorisent à restituer. Sur les machines employées dans le drame satyrique aussi bien que dans la tragédie, voyez l’article machina. On trouvera aux articles histrio [III, p. 217 et 219] et persona [IV, p. 410] les renseignements utiles sur les costumes et masques des acteurs et du chœur. Il est probable que le nombre des acteurs, dans le drame satyrique, a suivi les mêmes variations que dans la tragédie [tragoedia] ; c’est-à-dire que, porté à deux par Eschyle, il fut définitivement fixé à trois par Sophocle t9. Ce qui est sûr, c’est que trois interprètes sont nécessaires 20 et suffisants pour jouer le Cgclope : le protagoniste représentait Ulysse, le deuléragoniste

peut être à peu prés certain qu'Héraclès, d'abord inconnu, sc révélait brusquement, au moment ou Busiris et ses sacrilicat.eurs s'apprêtaient à l'immoler ».

(M. Croiset, U. c. III, p. 418). — 9 Cette définition est de Démétrius, De elocut. 169. - 10 Argum. Eurip. Alcest. : vX Si 8çà,»i ,aTup,„iT«p„v 6v. d, ,„\ ïiSovfjv xatatrtptpti. — H Alceste même laisse, en dépit de la virtuosité de fauteur, une impression équivoque. — 12 Atlien. XIII, p. 593 F. — 13 M. Croiset O c lll’ p. 402. 14 Diog. Laert . Il, 140, Alben. X, p. 420 B. Lycopbron avait’trouvé cependant le moyen de faire paraître dans celte pièce «l'actualité le cbœur traditionnel des Satyres. 15 AnM. paZ. VII, 707. Le catalogue des liomaen prouve que, même au l”r siècle av J -C., le drame satyrique ressassait encore les mêmes sujets qu'à l’époque classique. Les pièces couronnées sont uu eUv,.5, un Af«;, un npuTioli.aoî, un naines,);. — 16 V, 7. — 17 Vil, S. — 18 V. 20, 85, 100, 7u7.

- '9 Diog. Laert. lll, 56, Arist. Doet. 4, p. 1449 A. -20 Voir, en particulier, v. 197 sq., scène qui met eu présence les trois personnages.

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