‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 62 sur 137 · VI. La taille. — Nous sommes assez bien renseignés sur · texte numérisé non relu

VI. La taille. — Nous sommes assez bien renseignés sur

1 Cf. Ber taux, art. Sculpture dans la Grande encyclopédie , t. 29. p, 835. — 2 Cf. Blümaer, O. c. t. 111, p. 190; E. Gardner, Journ. of hell. st. 1890, P* ; Handbook of greek sculpt. p. 33 ; Wickhoff, Wiener Genesis , p. 25 et 41; Perrot cl Chipiez, t. VIII, p. 180; Deonna, Les statues de terre cuite en (>nxe. p. 20, n. 3, p. 46, 61, 67. Sur la façon dont les sculpteurs égyptiens ont supplée 1 usage de la maquette, cf. Perrot et Chipiez, t. I, p. 772. — 3 Nat. hist. XXXV,

’ ’1' ; laudat ( Varro ) et Pasitelen qui plasticen matrem caelaturae ec statuariae sculpt uraeque dixit et , cum esset in omnibus /iis summus, nihil umquam fecit untequam finxit. — 4 Nat. hist. XXXV, 155 : idem ( Varro) magnificat Arcesilaum , L. Lucïiüi f umiliarem , cujus proplasmata pluris venire solda artificibus ipsis (jiutm aliorum opéra... 156. Octavio equiti ftomano cratera /acere ralenti exem- Plar a gypso factum tqlento. Cf. Cic. Ad Att. XII, 41, 4 : Hirtii epistulam si leyeris}quac milü quasi TcoûitAourpia videtur ejus vituperationis , quam Caesar scripsit ,lr >, atone .... — B Sur la maquette à Olympie, cf. Trou, Arch. Jahrb. 1895, p. 12 et *'• 6 La découverte à Dionysos (cf. G. Nicole, lier. arch. 1908, t. I, p. 40), à côté

'* un Apollon archaïque en marbre pentélique, d'une statuette de môme matière et 1 meme type, peut faire supposer qu’on envoyait dans les carrières, pour faciliter ,l"'1 simples ouvriers le dégrossissement des blocs, des modèles de dimensions très 1 « duitos, elle ne nous apprend rien sur P usage que pouvait faire de la maquette le sculpteur dans son atelier. — 7 Cf. Koucart, Bull, de corr. hell. 1890‘ p. 570.

Kd’el (== IG îv), n° 1484, 1. 36-37, p. 321 = Ch. Michel, Mec. d’inscript. PPnn'S ^ * ’JVôflO [°î sXeio TÛirou; ifYâ?a[(r]6ai *at 1tapP/.ev

- jpBBBBBB *Truo; ïlüOoxXift ; cf. Cavvadias. Fouilles d’Epidaure , t. I, ' • Curliit, Arch. epigr. Mittheil. aus Osterr. XIV, p. 126; Treu, Arch.

9 Defrasse et Léchât, Epidaure , p. 02; pour une interpréy ^ blTérente, Svoronos, Das Athener Nat. ionalmu s eum, p. 152. — 10 PI in. hist. XXXV, 153: hominis autem imaginent yypso e facie ipsa primas "u"i express U. Cf. Jex-Blake and Sellcrs, The eldcr Pliny’s ehapters on the

Juhrb. 1895, p. 17 talion «i

la façon détailler les statues de pierre ou de marbre par les monuments eux-mêmes ; quant aux œuvres primitives en bois14 nous devons, pour en reconstituer la technique, en rechercher les survivances dans les œuvres postérieures. Comme ouvrages grecs en bois sculpté, il ne nous reste guère que les reliefs des sarcophages de la Russie Méridionale (fig. 6101))15; mais ces reliefs étant du ni” ou ive siècle, c’est surtout dans les premières œuvres en marbreetles sculpteurs archaïques en calcaire qu’on découvre les traces des procédés primitifs de la taille du bois.

Le bois 16 est, comparé à la pierre, une matière tendre et qu’il est possible de couper; il n’est donc pus nécessaire d’avoir recours, pour le travailler, au ciseau actionné par le maillet; un ciseau pénétrant par simple pression suffit. Les œuvres attiques en calcaire nous montrent surtout l’emploi du ciseau à lame concave nommé gouge', c'était probablement là l’outil essentiel du sculpteur sur bois. Pour dégrossir la statue on employait soit la scie, soit cette hache à long manche, au fer large et mince d’un coté, long etpointu de l’autre, que les Latins appelaient dolabra (fig. 6223; cf. fig. 2485 etsq.)1'. La nature du bois dont les fibres dirigeaient la lame suivant des plans rigides, son manque de dureté qui incitait la gouge à aller droit devant elle, sans souci du détail, suivant de longues surfaces planes, le fait que l’outil ne pénétrait pas perpendiculairement et franchement dans la matière, mais était poussé suivant un plan très incliné et presque parallèle à la surface du bois de façon à enlever couche après couche, devaient sans doute avoir pour conséquences cet aspect carré, cette facture superficielle et cette absence de modelé18 si frappants sur les premières œuvres en pierre.

Grâce aux découvertes de l’Acropole d’Athènes 19, il nous est facile d’étudier de près la technique du calcaire50. Les outils employés51 sont : la scie, les ciseaux et, en particulier, les gouges de diverses dimensions, une lame de fer fine et pointue servant à tracer des incisions. On établissait probablement d’abord 22 avec la scie les plans rectangulaires qui devaient contenir la statue; ensuite, avec des gouges différentes et de plus en plus délicates, on abattait les arêtes, on enlevait les saillies que laisse la gouge de chaque côté

history of art, f. 176; Bruno, Gesch. der gr. Kûastler'2 , t. I. p. 282; Collignon, O. c. t. II, p. 178 et 427, Rev. arch. 1903, t. I, p. 6 ; S. Reinach, Rev. arch. 1902, t. II, p. 1 1. — Il Par ex. 4?-/, 1888 ; pi. i ; cf. E. Gardner, Journ. of hell. st.

1890, p. 142. n. 1. — 12 Die Gruppe des Künstlera Menelaos , p. 19. — *3 ieber Stalucnkopieen im Alterthum, Abhand. d. Rayer. Akademie , t. XX, 3e partie, p. 545. — 14 Blümner, Technologie und Terminologie, t. Il, p. 334-335; Collignon, Hist. de lu sculpt. gr. t. I, p. 104; E. Gardner, Handbook of greek sculpture, p. 15. — 1° S. Reinach, Antiquités du Bosphore Cimmérien , p. 126, pl. i.xxxt et i.xxxu; Stéphani, Compte rendu de la commission impériale archéologique de Saint-Pétersbourg, 1869, p. 177. Cf. un polit poisson en bois d'époque mycénienne, Sehlicmann, Mycènes Rrad. fc.), p. 203, fig. 211. — u> Léchai, Au musée, p. 18-21 ; La sculpt. attique avant Phidias, p. 29. — 17 Cf. surtout un fond do coupe attique, II. Blümucr, Techn. u. Terminol. il, p. 340, fig. 53. — I* l.cs statues égyptiennes en bois (cf. Perrot et Chipiez, t. I, p. 640 et 648; Bénédite, Alon. Piot. t. il, p. 29. pl. îi-iY ; Cspart, Les débuts de l'art en Egypte, p. 6) sont, il est vrai, comme le rappelle Poulsen (Arch. Jahrb. 1906, p. 190), d'un modelé achevé ; et, si l'art grec avait conservé l'usage du bois pour la grande sculpture, ses œuvres en celte matière n'auraient sans doute pas été inférieures à celles de l'art égyptien ; mais il délaissa le bois pour des substances plus dures avant que fût dépassée l'étape du travail faede auquel poussait singulièrement la nature de celle matière. — 19 Pour les très rares œuvres archaïques attiques en pierre tendre autres que celles de l'Acropole, cf. Léchât, Sculpt. att. p. 22, n. 1. — 20 Cf. Léchât. Au musée, p. 3-146. et Sculpt. att. p. 21-163 ; Collignon, O.c.l. I.p. 206-218 ; E. Gardner. Handbook of greek sculpt. p. 18 ; Perrot et Chipiez, t. VIII, p. 531-545. — 21 Léchai, Au musée, p. 20, el Sciilpt. att. p. 29; cf. Wiegand, Poros- Architektur p, 23|. 22 Léchai, Au musée, p. 17. M. Orsi retrouve même les traces de. la dolabra dans l’exécution d'uue très ancienne statue de Mégara Hyblaea : Bull, corr hell. 1895, p. 314 a.

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des sillons qu'elle trace; enfin, avec la lame tranchante, on indiquait les détails tels que contour des yeux et de la barbe, commissures des lèvres, etc. Tel était dans

l’ensemble le rôle de chacun des trois instruments essentiels; dans le détail il faut remarquer que, sur les œuvres tout à fait primitives, les surfaces sciées n’ont pas toujours été reprises à la gouge (fig. 6226)* et forment parfois, en se rencontrant, des angles absolument droits. Même avec l'aide de la gouge, le sculpteur ne réalise pas du premier coup un modelé; ainsi, dans le fronton de l'Hydre2, l’artiste qui a traité le ventre du cheval a abattu successivement les arêtes, obtenant ainsi des angles de plus en plus doux reliant de petits plans intermédiaires.

Le résultat est, au lieu de deux plans, cinq plans juxtaposés, mais pas de courbe, pas de modelé. — A part la scie, probablement de grandes dimensions, qui a servi pour dégrossir le bloc, on a employé une petite scie à main, très fine, pour creuser les rainures un peu profondes, par exemple les sillons entre les mèches de cheveux3. — Lorsqu’il a voulu creuser dans la pierre une cavité, ainsi les écailles de la partie postérieure du corps de Triton1, l'artiste a recouru à un procédé analogue à celui du menuisier pour pratiquer une mortaise dans une pièce de bois : il a délimité le contour des alvéoles avec un compas, puis gratté et creusé avec un instrument tranchant l’alvéole ainsi circonscrite. — Enfin6, pour effacer complètementles inégalités laissées par les gouges labourant de leurs sillons la surface du corps, on s’est probablement servi d’une râpe ou d’une pierre dure à grain fin.

A la sculpture du calcaire semblent donc s’appliquer sensiblement les mêmes procédés qu’à celle du bois. Les œuvres en bois du vic siècle devaient rappeler les œuvres en calcaire que nous avons la possibilité d’étudier ; on se plaît à leur supposer les mêmes types robustes et solides, la même massive structure, la même ignorance ou le même dédain des fragiles minuties, car de la technique, dominée elle même par la qualité de la matière et la nature de l’outillage, dépendait alors le style; pour le modifier et y introduire plus desouplesse et de variété, il

i Par ex. dans la slaluc de l’Acropole n° 52, Léchât, Au musée, fig. 1, p. 10. Notre figure est une réduction de la môme vignette, d'après Perrot, Hist. de l'art. VIII, p. 153, fig. 85. — 2 Léchât, Au musée, p. 28, et Sculpt. ntt. p. 30.

— 3 Léchât, Au musée, p. 00, 97. — 4 Léchât, Ibid. p. 01. — 5 Léchai, Ibid. p. G5. — 6 Léchai, Ibid. p. 106, et Sculpt. att. p. 104. — 7 par ex., à l’angle externe des paupières, la saillie à vive arête produite de ,1a façon la plus naturelle, lorsqu'on se servait de gouges, par la rencontre des deux sillons, celui d'en dessus cl celui d'en dessous, mais qui, lorsqu'on a employé le ciseau, a perdu sa raison d’être. Cf. Léchât, Au musée, p. 108, et Sculpt. att. p. 23. — s Cf. Collignon, O. c. t. I, p. 120 et 129. — 9 Ibid. t. J, p. 232; Perrot et Chipiez, t. VIII, p. 439. — 1° Cf. Wiegand, Poros-Archit. p. 192. — UJourn. ofhell. st. 1890, p. 132. — 12 Die Nat urwieder a abe in (1er éilteren griechischen Iïunst , p. 33.

— '3 N eue Jahrbücher , l. XIII, 1904, p. 737. — 14 Arch. Jahrh. 190G, p. 190*

— !•» Ath. A/itlh. 1900, p. 1G7 ; cf. encore Dconna, Apollons archaïques , p. 33.

— IC Cf. Léchai, An musée, p. 103; E. Gardncr, Uandbook of greek sculp/ure,

en calcaire peint.

fallait la modifier et trouver la technique propre tir | pierre dure.

A vrai dire on n’y arriva pas au premier essai - |(. œuvres attiques en marbre6, telles que le Mosclioph0lv ou l’IIcrmès à la syrinx, conservent bien des survivance de la technique du calcaire1; dans les îles, des statue telles que celle de Nicandra (fig. 6227) semhlentla simple

témis. Fig. 6228. — Bas-relief de Laconie.

copie de çoava8 ; en Laconie les pans droits se rencontrant à angle vif des bas-reliefs de Chrysapha (fig. 6228)° paraissent découpés dans du bois. Cette influence de la technique du bois sur celle du calcaire 10 et celle du marbre a été contestée, mais si les «arguments présentés par MM. E. Gardner11, Lôwy’2, Amelung13, Poulscn L. Curtius16, valent peut-être contre' l’influence tics anciens Edava sur la formation des types plastique.-- en pierre, il est difficile de nier que le bois ait légué à la pierre son matériel et ses procédés, et de méconnaître sur les œuvres en marbre les conséquences de cet e ni filage et le souvenir des traditions antérieures.

Ce qui caractérisela technique du marbre16, c’est pie l’outil essentiel n’est plus la gouge manœuvrée par simple pression et qui coupe la matière, mais le cb au ou plutôt les différentes formes du ciseau sur lequel un frappe avec un maillet et qui fait éclater la pierre. Gi a diverses statues inachevées (fig. 6229) 11, il nous est paisible d’exposer avec assez d’exactitude par quelles élu !1|1S passe l’exécution d’une œuvre en marbre. Le bloc sorti de la c«arrière, un premier travail de dégrossissent ni esLfait surplace, probablement par de simples ouvri-avant le transport dans l’atelier du sculpteur. L’ouvrier

,9. — 17 Cf. Pottier, Relief funéraire pour un athlète victorien u.

■r. hell. 1881, p. 65, pl. ni, p. 67, n. 1; K. Gardner, The procès ’elc sculpt. as shown by some unfinished statues in Athcns. Jonrn.

1890, p. 120; Grorges Nicole, Remarques sur mie statue inach rtire pentélique. Mélanges Nicole, p. 401. Cf. pour d'au 1res statues'"' j :S, Cavvadias, Calai, il0 380 (cf. Expédition de Murée , l. III, I'1 jlhhofer, Ath. Mitth. 1879, p. 64, n. 1); Milclihfifer, Ath. Mitth 66, n. I ; Ce Bas et Reinach, Voyage arch. en Grèce et en Asie 1 39 et 90 et pl. i.xxxix ; 2 et 3 (cf. pour ce dernier Cavvadias, Catvl " Gardner, Journ. hell. st. 1908, p. 140); Sauer, Ath. Mitth. 1892, p- 1 46, n«‘ 47 et 48 (ce dernier, n° 14 du Musée National d'Athènes, nv1" Gardner, Journ. ofhell. st. 1890, p. 130, fig. 1); Purtwiinglcr, Resclif' iptothelc K uni g Ludujig’ s I. zu München , n° 48, p. 51 ; Mayence ■ ,

U. corr. hell. 1907, p. 392. n“ 9: Deonna, Apollons archaïques, p- Nicole, Rev. arch. 1908, l. I, [t. 42,

Pin. 62j9. — Statue inachevée.

,, limite d’abord, sans doute avec la scie, un bloc Triangulaire ayant à peu près les dimensions de la statue projetée; puis, sur la face et le côté du bloc, il dessine la forme de la statue vue de face et de côté, et enlève la matière en dehors des contours en allant de la face parallèlement aux côtés et des côtés parallèlement à la face. Les bras et les jambes sont délimités et travaillés de même. L’outil employé pour cette opération est la pointe actionnée par le marteau, ou le marteau pointu ; sur a statue inachevée de Dionyso, dont le travail n’a pas étépoussé plus loin, on reconnaît les traces du marteau à de.ux pointes.

C’était sans doute alors que la statue était transportée dans l’atelier de l’artiste.

Une œuvre du ive siècle trouvée à Rhénée 1 et dans laquelle les différentes portions du corps sont amenées à des degrés divers d’achèvement permet de suivre les étapes successives de l’exécution. L’artiste, sur le bloc grossièrement taillé, se préoccupe d’abord de marquer un certain nombre de points de repère; il perce avec un foret des trous sur la surface supérieure de la base et dans une saillie de marbre qu’il laisse provisoirement àl’extrémité supérieure du bloc, et ajuste verticalement une règle au-devant de la statue. Grâce à cette règle et à la connaissance qu’il a des proportions soutenues entre elles par les parties du corps2, il détermine les points essentiels tels que saillie des genoux, jonction des jambes et du corps, hauteur des épaules: !° le sculpteur laisse brut le derrière du bloc pour ne s’occuper que de la face et des côtés ; 2° au moyen d’un ciseau ou d’une pointe et d'un maillet, il fait sauter rapidement de larges éclats <le marbre ; c’est à cette étape qu’en est restée la partie inférieure de la statue, des pieds au milieu du tibia ; ■'!" il procède de la même façon, mais pénètre plus protondément de 12 à 25 millimètres ; la pointe usitée est plus petite et pluspointue, les trous sont plus rapprochés; cest à ce degré d’achèvement que semble en être resté tout entier l’Apollon de Naxos 3 ; 4° à l’aide d’une gouge 1 artiste pratique des trous profonds de 12 à 20 millimètres, et de 25 millimètres au moins de diamètre; ■>'’ il enlève la matière comprise entre les trous avec une pointe de même forme qu’au début, mais plus fine et maniée avec plus de soin. L’assise atteinte se trouve âlnsi a 1- millimètres plus bas qu’à la troisième étape; L lorme générale du corps est dessinée, mais aucun Gi'tail n est indiqué ; G0 enfin les parties où le travail est ^ b*us achevé gardent les traces d’un fin ciseau denté

passé très librement dans tontes les directions; la profondeur atteinte dépasse de G millimètres celle qui a été réalisée dans la cinquième étape ; les derniers details no sont pas marqués. Quant à la draperie, elle a été grossièrement façonnée au ciseau, puis les plis en ontété creuses au foret. — Cette statue nous montre donc. successivement l’usage delà pointe etdu mailIet(ou du marteau pointu), de la gouge et, à nouve.au, de la pointe et du maillet, du ciseau denté et, pour la draperie, du foret4. Elle nous renseigne de plus sur le procédé d’approximations progressives employé par les artistes; après avoir dégrossi l’ensemble de leur statue, ils ne poussaient leur travail que dans la partie supérieure, et ne l’achevaient d abord que pour la tête. Comme c’était la partie la plus délicate, on voulait sans doute être sûr de son exécution avant de s’attaquer au reste du corps pour lequel les risques d’accident étaient moindres. Le traitement de la partie postérieure était réservé tout à fait pour la fin. — L’étape du ciseau denté n’était pourtant pas la dernière ; un buste du Musée National d’Athènes 5 nous permet de suivre l’exécution jusqu’au bout. Après le ciseau denté, dont les traces se reconnaissent sur la draperie et les cheveux, on a employé sur la face un ciseau arrondi ; cet instrument a l’avantage de ne pas faire de coins, mais laisse dessillons superficiels qu’il faut enlever avec le ciseau carré. Après avoir passé le ciseau carré il reste encore à polir avec la pierre tendre. — L’ordre des procédés n’a, d’ailleurs, rien de rigoureux ; ainsi, sur un torse du Musée National d’Athènes6, on ne trouve pas trace du ciseau denté, mais, après la pointe, on a eu directementrecours au ciseau arrondi auquel doit faire suite le ciseau carré. — Un soin particulier est donné au rendu des muscles1, spécialement dans l’école de Lvsippe, célèbre pour ses types athlétiques. Une fois la surface travaillée au ciseau denté, le contour des muscles est dessiné et taillé avec le ciseau rond, puis modelé de façon à substituer aux contours durs des transitions insensibles. La technique que nous venons de décrire semble avoir été généralement usitée en Grèce à l’époque classique ; mais il ne faudrait pas croire qu’aucun changement n’ait été introduit dans la fabrication des œuvres plastiques de la fin du vc siècle à l’âge hellénistique. Si l’ensemble des procédés est resté le même, certains détails ont varié : c’est maintenant à la technique, dont l’artiste s’est rendu maître, après avoir influé sur la formation des types archaïques, de se plier, au contraire, à Révolution du style et de s’adapter aux conditions artistiques. On peut suivre très nettement cette influence dans la représentation de certains détails tels que la chevelure, ou encore dans Remploi de certains outils.

Nous verrons plus loin que l’art grec ne cessa jamais de peindre la chevelure et la barbe, mais la couleur devait-elle être appliquée sur un fond lisse, ou le ciseau devait-il collaborer à la représentation dans la même mesure que le pinceau ? C’est le premier système que l’art attique primitif9, soit par goût de la simplicité, soit

h fiardner, Journ. of hell. St. 1890, p. 13G, lig. S. — 2 Parfois aussi, peut-être,

n ; ,;'1’ m°dclos en marbre tels que celui-ci de Dionyso. 0. Nicole, Jtcv.

!it ' US 1 h P- ■ah — 3 A moins que la surface toute piquetée nedéuole l'emploi "-liteau à doux pointes. Cf. sur l’Apollon de Naxos : E. Garduer, Journ. of hell. IM0-P- *29 et p. 130, fig, 1 ; Sauer, Mth.

Qainl *'• — ’ "o* ■ * oauei , /iuii. Mitth. 1 89^2 , p. 46, n° 48 ; Cavvadias,

jy/( ( " 1 ’’ I1, “ Collignon, O. c. I. I, p. 115, fig. 57 ; Georges Nicole, Mélanges leu | iV 1,11 * * n* — 4 Cf. encore, pour les divers outils employés au fron- 'mpic, lieu. Arch. Jahrb. 1895, p. 3. Sur les représentations de scul¬

pteurs maniant leurs outils, cf. Blümner, Techn. und Terni. III, p. 217 et si|

5 N° 186; c;. E. Gardner, Journ. of hell. si. 1890, p. 139; Le Bas et Kci-

nacli, Voyage arch. en Grèce et en Asie Mineure, pl. iaxxix, 2. — 6 Gardner, Journ. of hell. st. 1890, p. 139 et p. 140, fig. 4. —7 Id. Ibid. p. 140, fig. 5, et p. 141, fig. C. — 8 Cf. Léchât, La sculpt. att. p. 161 (cf. pourtant le Zeus en calcaire, Lccliat,.lu musée , lig. 4, p. 91); liofmann, Hntersucli. über die Darstcll. des Haares, Jahr bûcher für klassische Philologie, Sicpplenicnlband X.XArI,p. 202 Deouna, O. c. p. 100.

Fig. 6231. — Travail de chevelure archaïque.

0232. — Revers d’une tôte archaïque.

trait au pinceau, symbolise le passage d’une méthode à

l’autre. Au triomphe de l’i nlluence ionienne se rattachent ces chevelures féminines (fig. 0231, 6232) 4 où chaque mèche est représentée par une ligne en saillie délicatement sculptée. A cette technique succède un type intermédiaire qui se répandit peu sans doute puisqu’on en connaît seulement deux exemples (fig. 6233) 6 ; la barbe et les cheveux y sont rapidement travaillés à la pointe ( brel telage ) ; ce procédé donne à la polychromie plus de vigueur tout en lui laissant le premier rôle. Au ve siècle, dans certaines statues

6233. — Travail de brettelage sur la barbe et les cheveux.

1 Léchai. La sculpt. att. p. 180. — 2 Cf. Dumont, Monuments grecs , t. 1, 1878, p. 1, pl. î; Rayct, Monuments de l'art antique , t. I, n° 18 ; Collignon, O. c. t. I, p. 3G0; Léchât, Monuments Piot , t. VII, p. 143, pl. xiv, et Sculpt. att. p. 105 ; Perrot et Chipiez, t. VIII, p. 638 ; Remacli, Recueil de têtes, pl. ni cl iv. — 3 Le détail est figuré par des séries de petits cubes aux angles soigneusement abattus. — 4 D’une façon générale les corès de l’Acropole. Cf. Léchât, Au musée , p. 197; Pcrrol et Chipiez, t. VIII, p. 583. — Le meme procédé est employé pour les tôtes viriles (cf. Collignon, U. c. t. 1, p. 361, fig. 183, p. 362, lig. 184; Perrot et Chipiez, l. VIII, p. 643, lig. 329, pl. xiv), mais la facture est beaucoup plus simple; un traitement souple, mais naturel des mèches remplace les zigzags coquets, mais artificiels des chevelures féminines. Il y a emprunt évident, pour les tôtes viriles, à la technique des bronzes. — & Collignon, Monuments

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