‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 65 sur 137 · VI. La condition sociale du sculpteur. — L’atelier · texte numérisé non relu

VI. La condition sociale du sculpteur. — L’atelier

Les sculpteurs semblent donc, à l’époque classé , dans la majorité des cités, avoir pris part à la vie ' ' tique et sociale dans la même mesure que les citoyens. Nous ayons vu, au ive siècle, Képhisodolos! !'? rarque ; au vc Phidias est directeur des travaux de f \ " pôle13; au n<= Euboulidès, fils d’Eukheir, est pr„x'." des Delphiens et épimélète à Athènes >3. On a mfl„ ' lle

i • i • 2I1t iijij

les artistes des indulgences particulières: c’est ainsi , l’exemplede Bathyclès de Magnésie figurant le /d:o, Me"'' ouvriers sur le trône d’Apollon Amycléen14, plusiou,!; artistes furent autorisés à consacrer leur propre imng>. côté des statues divines exécutées pareux pour des irm pies1". Les étrangers n’étaient pas moins bien traités quo les indigènes ; les cités, soucieuses de s’embellir grâce à l’aide d’artistes illustres, les attiraient par l’institution de concours'6 et l’octroi de certains avantages'7, et |rs retenaient par des honneurs divers dont le principal était l’attribution du titre de citoyen. La réception de Phidias par les lîléens, l’installation de son atelier dans la salle d’apparat des théocoles'8, peuvent donner une idée de l’accueil fait par les cités aux artistes étrangers. Il arrivait même parfois qu’on leur laissât prendre une grande influence : témoin l’ascendant exercé à Sicyone par' Dipoinos et Skyllis'9ou à Phigalie par Onalas d’Ëgine-0. D'autre part, les familles les plus illustres d’Athènes ne craignent pas de s’allier à des familles d’artistes; c'est ainsi que l'hocion, élu quarante-cinq fois stratège épouse la sœur de Képhisodotos2'.

Un coup d’œil jeté dans l’atelier22 permet de pénétrer dans la vie quotidienne du sculpteur grec. Quelques monuments, en particulier des pierres gravées, nous montrent l’artiste à l’œuvre23: il est généralement assis sur un escabeau placé devant l’objet à sculpter (fig. 3813, 0225); pour manier plus librement le ciseau, il ne garde que sa tunique ; ou bien, n’ayant que son vêtement de dessus, il le laisse glisser jusqu’à la taille de façon à dégager la partie supérieure du corps. Mais l'atelier de l’artiste n’est pas seulement le lieu où il travaillé; il y reçoit des x i si les (fig. 6243) et, encerlainsjours, yconvie toute la cité. Dans les Mémorables™ de Xénophon, Socrate vient s’entretenir dans son atelier avec le sculpteur Cl i ton ; on peut donc penser que les portes s’en ouvrent volontiers aux causeurs et aux curieux 23 . C'est là aussi que l’artiste expose au public ses œuvres une fois terminées; ces expositions étaient sans doute très fréquentées et, lorsqu’il s’agissait d’un grand artiste comme Phidias, elles entraînaient jusqu’aux femmes libres hors du gynécée211. Généralement, l’exposition était gratuite, témoin le surnom inju-

* Pol. III. 5, fi, p. 1278 A : Iv Si tcùç 'jAiyap Or,zu |aèv oix IvÆ-'yttai elvat icoX:tv;v («fc-o tt|i.vi[Aiixuiv yàp (laxpùiv a* puûi;Ecç t<ov àpyiùv), {Javautrov S’IvSéyexai. teAoütouiti yàp x«!

9i tco /. a oi t .7, y TsyvcT««v. — 2 Lowy, Jnschr. gr. DiLdh. n° 555*. — 3 Sur la valeur do l'argent* cf. p. 1 150, n. 1 1. — 4 IGl’el (=l(jiv).p. 321-322, n° 1484, B I, I. 89, 97, III ( — Cli. Michel, l\nc. d'inscr. gr. n° 584, p. 470-471). Cf. Collignon, Hist. de la sc. gr. t. Il, p. 197; Defrasse et Léchât, Epidaure , p. 62. — 6 Nous ne tenons pas compte des prix indiqués pour l'autre fronton à cause de la difficulté introduite par la mention de la xEçxt;. — 6 Epidaure , pl. ni. — 7 Cf. A. § V. — 8 PI in. Nat. hist. XXXIV, 91; XXXVI, 32; Pans. Il, 32, 4; Collignon, Hist. de la sc. gr. t. Il, p. 196. — 9 VI, 35. — 10 Uomollc, Bail. corr. hell. 1881, p. 468. — H llomolle, Jb. 1890, p. 502. — 12 plut. Pcricl. 13, 4 et 9. — 13 Linvy, lnschr. gr. Bildh. nos 542-543. — >4 Paus. III, 18, 14. — 13 Stralon et Xénophile, à Argos, dans le temple d'Asklopios (Paus. Il, 23, 4), Chirisophe, à Tégéc, dans celui d’Apollon (Paus. VIII, 53,8), a\aicnt leurs statues près des dieux qu'ils avaient sculptés. Cf. Phidias se représentant lui-môme sur le bouclicrd’Alhéna : Plut. Pericl. 31,4; Cic. Tu s cul. I, 34. Celte espèce de signature figurée se retrouve au moyen âge ; c'est ainsi qu’Erwin sculpte sjon portrait à la cathédrale de Strasbourg (portail central de la façade, et chapelle Saint-Jean). Rapprocher aussi le portrait de Bolticclli dans son Adoration des Mages, à Florence. Les dieux grecs furent, d'ailleurs, toujours pleins de bienveillance pour les artistes, cf. par ex. Plut. Pcricl. 13,8. — IGPlin.iVaC

hist. XXXIV, 53 (cf. Collignon, Hist . dc/asc. gr. t. I, p. 502), XXXVI, 17. 1 *•

Guiraud, La main-d'œuvre industr. p. 79. — 18 Paus. V, 15, I ; Laloux cl iYI" r Best. d'Olympie , p. 141 ; Frazer, Pausanias , l. III, p. 565. — 19 Plin. A’-/'- A/- XXVI,.X9-10. — 20 paus. VIII, 42,7.— 21 plut, l'hoc. 19,1 ; Cololôs, contemporain de Phidias, passait pour descendre d'Uéraklès ; Pans. V, 20, 2. — 22 1 11 a,<“*'er de sculpteur a été retrouvé à Délos ; c'csl la maison dite de Kerdon : Jardé. liud. corr. hell. 1905. p. 47. Sur les dèmes habiles de préférence par les sculplP0i>- '*• Sclicr ling: Quibus rebus singulorum Atticae pagorum incolac operani drlcrmi, Leipsiger Stud. zur klass. Phi loi. t. XVIII. 1898, p. 61 ; d'après railleur ou 111 connaît pas, avant la fin du v® siècle, de sculpteurs ayant habité la partie m< ti<I|(|nalc de l'Alliquc, d'où l’on peut conclure que, jusqu'alors, ils ont plutôt 1 soit dans la ville, soit près des ateliers des lapicides (cf. Scherling, p. 56). 1 1 l a dire du côté du Pentélique et du territoire Ihrasien. Cf. aussi Plut. De yen 10, p. 580 E. qui mentionne une rue (ou un quartier) des Fabricanls-d Ih'"111

— 23 Jalm, Ber. der Sachs. Gesellsch. der \\ iss., Philol.-hist. Klass 1 p. 295; Blümner, Technologie i nul Terminologie, t. III, p. 217 et sq. 11,11 plus anciennes représentations, si le monument est bien interprété, est !•' P'1 quelle corinthienne du Musée de Berlin (A nti/ee Denlcmaelcr, I, pl. vm,n ' l’on voit un sculpteur travaillant à une figure de cavalier. — 2t W'

— 25 Cf. pour d'autres métiers: Guiraud, O. c. p. 199. — 26 Plut. Peric- 1

scu

SCIJ

j(1|iX q„c s'atlira l’Hélène du Zuuxis *. Le profil qu’en ij,,ajl l arlisle, c’était de connaître l'opinion libre et spontanée du public en face de son œuvre etdepouvoir, à l'occasion, y apporter les corrections qui lui étaient suggérées.

Beaucoup, sans doute, faisaient comme Phidias2 et se cachaient derrière la porte pour saisir le jugement des visiteurs dans toute sa sincérité.

Page 1