VII. L’opinion publique. — Les
PHILOSOPUES. — Cette adoption des artistes par la société grecque ne fut pas sans soulever des protestations. Platon, dans les Lois 3, relègue l’artiste, qu'il ne distingue pas de Partisan, au lies de l’édifice social: si un citoyen, déclare-t-il, veut sortir de son cadre et devenir artisan, que les astynomes le réprimandent ; car l’occupation essentielle d’un citoyen est de s’occuper de la vertu et de l’État. Quant à l’art, il ne doit pas être supprimé, mais réglementé comme un travail manuel4. Pour Aristote une cité bien gouvernée ne peut admettre les travailleurs manuels, par suite les artistes, comme citoyens, car le citoyen ne doit s’adonner T* a la vertu, toute autre préoccupation le dégrade en lui enlevant le loisir nécessaire à l’acquisition de la vertu et ala pratique de la politique5. Mais ce sont là opinions de philosophes préoccupés d’assurer l’unité de leur système ; ce qui dégrade l'artiste aux yeux de Platon et d’Aristole, crstqu ils y voient un homme: 1° chez qui l’élaboration passionnée de l’œuvre trouble l’harmonie intérieure de 1 ii me ; 2° et surtout, suivant l’idée Spartiate, qui fait un havail manuel en vue d'un salaire. De plus, le résultat de Pi'iivro d’art est souvent d’exciter les passions de ceux qui la contemplent ; pourtant, Platon 5 lui-même ne peut
nier la vertu éducatrice et le rôle politique de certaines œuvres, et Aristote :, qui interdit les peintures de Pauson, autorise celles de Polygnote.
Quant à l’opinion publique, elle refusa de sanctionne:cette condamnation sévère et tint à en excepter au moins les grands artistes : la preuve en est le jugement plus mesuré d’Isocrate déclarant qu’on ne peut comparer Phidias à un coroplaste, ni Zeuxis ou Parrhasios à des peintres d’ex-voto “.
\ III. Le caractère des sculpteurs. — Bien, d’ailleurs, dans la personnalité des artistes, n’eût justifié leur exclusion de la cité. Ni leur culture ni leur caractère ne les mettaient au-dessous des autres citoyens. Les sculpteurs, qui allaient chercher les sujets de leurs œuvres dans des légendes parfois peu connues, devaient être familiers avec la littérature nationale, Lout au moins avec les grands chefs-d’œuvre poétiques; une tradition8, fort suspecte il est vrai, rapporte que Phidias s’était inspiré de trois vers de YHiude pour concevoir son Zeus Olympien. Les artistes eux-mêmes se faisaient parfois, de praticiens, théoriciens; dans les villes où l’étude du dessin ou de la peinture faisaitpartie de l’éducation libérale, il est probable qu’ils devenaient souvent professeurs d’éphèbes10; le sculpteur Xénocratês de Sicyone11 avait fait l’histoire technique de la statuaire ; Polyclèle12 écrivit surles proportions du corpshumain ; Euphranor, peintre et sculpteur, composa des volumes sur la symétrie et les couleurs 13 ; au me siècle, le sculpteur Antigonos de Karystos 14 posséda une culture très variée : non seulement, il semble avoir écrit sur son art, mais encore il composa une Ittop'.ojv Trapaôoçüjv (Tuvaycoy-/) et des biographies de philosophes. Même à Home la tradition ne se perdit pas, et Varron louait fort, paraît-il, les cinq volumes écrits par Pasitélès sur les chefs-d’œuvre du monde entier16.
Les inscriptions, en particulier les signatures d’artistes16, nous apportent sur le caractère des sculpteurs des renseignements d’une authenticité certaine11. La signature d’un sculpteur comprend d’ordinaire son nom, indiqué d’une façon plus ou moins complète18, etun mot, verbe ou, plus rarement, substantif19, indiquant que le monument est l'œuvre du sculpteur en question (fig. -4U82). Ce qu’on remarque avant tout dans les signatures, c’est le souci qu’a l’auteur de se rattacher à une tradition artistique; il éclate naïvement dans la signature de deux Argiens du vie siècle, Eulélidas et Khrysothémis, qui déclarent tenir leur art de leurs devanciers20; on le
in ■ *
Fig. 6243. — Sculpteur dans son alelier.
\ lian. \ ttr. fiist. I\, 12. — *2 Luc. Proimag. 14; cf. les deux statues \ \ \ v' ' ' " Aclian- ' ar‘ fiist. XIV, 8; Apelle et le cordonnier : Plin. Nat. Iiii ,, ’ ' 3 ^ P- 846 I), cf. Iiep. VT, p. 495 D; cf. Guiraud, O. c. p. 4
^Dtiuoile, O. c. t. I, p. 246. — 4 Hep. III, p. 4ül B. — 5 p0l. 1||, 5, p. 12
O f‘ itotïiffeipàvau^vuoXt-cr.v; cf. IV, 9, 3, p. 1328 B ; cf. Guirau
lc ( 1 1-1 ” ,,anc°tle, O. c. t. I, p. 247. Parmi les philosophes grecs, Antisthè
Isiii-ni"*11' t ^6U ^lèS S<?U* a Précon,sei’ ,rava|l physique: Üiog. L. VI, I, « ’ P’ 1 a» déclare l'oisiveté nécessaire à qui veut s’occuper d
g !i,?rr.L,Il(,UeS' “ ReP' ,n> P- 401.-7 Pol V, 5,21 p. 1340 A ; cf. Pot Lj - . ~ 8 X\, 2, p. 310 b. — 9 Strab. VIII, 30. p. 354; Macr. Saturn.
cf Sll|C ‘ ';°llignon’ H- de la sc. gr. I. I, p. 531. - 10 pljn. Nac. hist. XXXV, 7 - f I <J?' 7‘ (é<1' Meineke’ L 11,1 P- -35)’ — 11 PI»n. Nat. hist. XXXI
Pétrit // 5a eet ^elje,'s> The elder Pliny s chapiers, p. XVI. — 12 Galien, î Dosuif i ^ ^ — 13 Plin. N. h. XXXV, 129 : volinnina quonue coi
Wlumnt7m7-T'a e‘ co,oribus- ~ 14 (,|in- Nnt- h- XXXIV, 8i: Antxgonus g T'iri/stos /q V* t,e SUa arte: cf- Von Wilamowilz-Môllendorff, Antigonos vi c/iapfers n xxyv ^ ntevsucfl • IV; Jex-Blake et Scllers, The elder Plim telis (fui ct . 1j * *'n- ^at- h' XXXVI. 39 : admirator ( Varro) et Pai
•uscripi ions '‘'""V** vo^m ma &cri/ sit nobilium operum in toto orbe. — 16 L Jnschriften U al''es anx scu'ptcurs ont été réunies en 1885 par Lowy dans s d' 'autres dis ^^hischer RUdhauer. On en a trouvé depuis un grand nomb ^peçees dans les différents recueils archéologiques. — 17 Cf. Hirschfel
Tituli slatuariorum sculptorumque graecorum ; Ldwy, Inschr. gr. Bildh. p. VII ; S. Reinach, Traité d’èpigr. grecque , p. 434. — 18 Cf. Lowy, Inschr. gr. bildh. p. X-XII ; l’indication complète du nom ne se rencontre qu’isolément en Alliquc : au ve siècle, 1 fois ; au iv°, 1 ; aux ive-in°, 4 ; au* ui*-ue, 1 ; aux u<Mer, 8 ; à l’époque impériale, 5. -- 19 La formule type serait : un tel fils d’un tel de telle ville ;
l'expression !hoit,<ts est quelquefois remplacée par un autre verbe t-uult, tl^àaaui-co, etc., ou un subslanlif : epYovi ctc. î Lowy, p. XIII, compte 347 signatures avec
roieTv contre 19 (dont 9 métriques) avec un autre verbe ou un substantif (cf. aussi Ilirschfeld, Tituli , p. 21). — L aoriste Izotr.tri est souvent remplacé à partir du ii« siècle par l’imparfait Èuoiei ; Pline, Nat. hist. préf. 26, prétend que les sculpteurs ont voulu indiquer ainsi que leur œuvre restait inachevée et imparfaite, tamquam inchoata semper arte et imper fecta ; l’erreur qu’il fait en disant qu’on ne pourrait citer plus de 3 signatures avec l'aoriste prouve qu’à son époque l'emploi de l'imparfait était courant; Ilirschfeld, Tituli , p. 23, y voit, sans raison semble-l il. un archaïsme. Voici la statistique établie par Lowy, p. XIII, pour chaque époque :
AORISTES IMPARFAITS AORISTES IMPARFAITS
VIe
siècle.
1 1 1*2- 1 ie siècles.
Ve
n*-ier —
IVe
Epoque impériale.
IV°-lll®
Total .
Téyvav
eISôt*; t
* ItpOTéçklV.
F’aus.