‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 82 sur 137 · VI · texte numérisé non relu

VI

Ci; système a rencontré des adversaires résolus on peut dire cependant qu’il offre, au milieu de toutes les hypothèses entre lesquelles on peut faire un choix, la plus séduisante et la mieux coordonnée ",

Quoi qu’il en soit, il résulte de ce qui précède qu’ Alexandrie possédait, depuis les premiers Lagides, une statue de Sérapis de type hellénique. De très fortes présomptions nous portent à croire qu’elle était l’œuvre do Bryaxis, célèbre sculpteur de l’école de Scopas, qui a pu travailler encore à la fin du iv* siècle avant notre ère 12 ; ou bien il l’avait exécutée à Alexandrie même par ordre de Dtolémée l" Soter ; ou bien, cet ouvrage, fait primitivement pour représenter un Jupiter, un Esculapc, ou un Pluton, fut acquis de quelque cité grecque ’3, après la mort de l’artiste, soit par ce prince, soit par son fils ou son petit-fils. Pour ce qui est du culte lui-même, àpeine institué, il jouit tout desuile d’une grande vogue; on raconte que Démétrius de Phalère, qui passa les dernières années de sa vie en Égypte et mourut en 283, très peu de temps après PLolémée Soter, composa en l’honneur de Sérapis des liymmes qui se chantaient encore au m° siècle ap. J.-C. u. Le Sérapéum d’Alexandrie fut un des monuments les plus considérables el les plus somptueux du monde ancien ,!i. De là le culte du nouveau dieu se répandit très rapidement, comme l’attestent les monnaies et les inscriptions, dans tout l’Orient grec; vers l’an 230, il était célébré au Pirée par une association de Sarapiastai 10 et Athènes possédait un Sérapéum, qui datait peut-être même de Plolémée Soter17. Au n* siècle, on constate la présence de Sérapis dans l’Italie méridionale et même à Rome IS. Avec quelle peine il s’y maintint, comment ses destinées subirent les vicissitudes de la monarchie des Lagides, comment enfin il triompha définitivement en Occident sousClaude et sous Néron, quels temples lui furent élevés dans la capitale de l’Empire, c’est ce que nous n’avons pas à exposer ici ; son histoire, dès le premier Plolémée, se confond avec celle d’Isis, qu’on lui avait donnée pour épouse el pour parèdre [isis, osiris].

Identifié avec Osiris19, époux d’Isis, Sérapis est, par conséquent, le principal personnage d’un mythe solaire, dont tous les actes symboliques figurent les révolutions de l’astre du jour et en même temps les transformations régulières qui s’accomplissent dans la nature et dans la destinée humaine. Quoique immortel, il naît et il meurt ; il est à la fois la vie et la mort; il a une Passion et une Résurrection, que l’on célèbre à dates fixes avec solennité20. Delà, dans ses attributions, un double caractère,

Leclercq, S. Rciuacb, Amelung. V. lo dépouillement de Drexler, L. c. — *2 C'est ce qu’on peut légitimement conclure de l’Iiistoire absurde d’Atbénodorc (ap. Clem. Alex. Protrept. IV, 48, p. 42 Poil.) sur un Bryaxis contemporain do Sésostris. Amelung, L. c. ; S. Rcinach, L. c. — 13 Sinope, Séleueio ou toute autre. Bouché- Leclercq, qui discute la question ( Itev . de l’h. d. relig. L. c. p. 24-28) pense auj-si à Cos. — 14 Diog. Lacrt. V, 70. Au contraire Diog. Lacrt. VI, 03 sur Diogène le Cyuiquecst peut-être un anachronisme comme Macrob. Sat. L 20, 10-17 sur Nicocréon roi de Chypre. Bouché-Leclcrcq, l. c. p. 19, note I cl p. 23, note ; l’ick, Arch. Jahrb. XIII (1898), p. 100. — il> Julian. E put. 51 ; Aviuu. Descr. orb. 354; Dion. Perieg. 255 ; Amm. Mnrcell. XXII. 10; Rufin. Hist. eccl. II. 23; Euuap. Vil. Aedes. p. 77 ; Descr. de l'Egypte , I. V. p. 307; Lafaye, Divin. d'Alex, p. 174; Bolti, Americ. journ. of archeol. XI (1890), p. 07 ; Amelung, l. c. — *0 Corp. inscr. att. Il, I, 017. — n Pausan. 1, 18, 4. Ou de Plolémée Phi’adelphe. V. la bibliographie donnée par Drexler, art. J sis, ap. Roscber, /.exile. d. G. u. II. Mythologie, col. 38 4, 28. — 13 Eu 138 à Rome, Lafaye, fier, de Vhist. des relig. XI (18.85). I. p. 327. Eu 104 on répare le Sérapéum de Pouzxolcs, Corp. inscr. lat. X, 1781, I. 5-0. — 1‘* Diod. I, 25; Plut. Is. et Os 28, 61 ; Tac. Hist. IV, 84; Lact. I, 21; Journ. of hellen. stud. XXII (1902», p. 377 ; Plexv, p. 20. — 20 Nous ne pouvons que résumer ici les dccs contenues en particulier dans Plut. Is. et Os.

que l’on a cherché à rendre sensible à l’esprit des Grecs eu l’identifiant d’une parL avec ceux de leurs dieux qui représentaient la joie, la lumière, la sérénité, l'intensité delà vie, d autre part avec ceux qui représentaient le deuil, les ténèbres, la puissance fatale et nécessaire de la moil. Ce travail s est lait d autant plus facilement qu’un de leurs dieux, Dionysos, réunissait déjà en lui ces deux aspects [bacchus]1. L attribut essentiel qui distingue les images de Sérapis entre celles de tous les dieux similaires, c est le calatuus, la corbeille sacrée des mystères, symbole d’abondance; posée sur sa tète, elle le classe parmi les divinités chthoniennes, en qui les initiés adorent la fécondité inépuisable de la terre [ceres]’2; le boisseau [modius], que l’on reconnaît souvent dans cette coi Ifure, exprime la même idée3; il n’est pas rare de le voir orné extérieurement de branches d’olivier et d’épis de blé1. Comme divinité chthonienne, Sérapis rappelle d abord lladès-Pluton, et il résulte de la légende même de son installation à Alexandrie que c’est avant tout sous la forme de ce dieu qu’on a entendu le représenter. 11 a les traits d’un homme dans la maturité de l’àge, dont le visage, encadré par une longue chevelure et une barbe touffue, est empreint d’une expression grave, parfois même menaçante. Il est vêtu d’un ample manteau, qui ne laisse que les bras à découvert ; à ses pieds se dresse un Cerbère tricéphale, à la fois chien, lion et loup \ La statue d Alexandrie, en boissculpté, était recouverte d’un enduit bleu sombre, qui ajoutait encore à l’impression de tristesse et d effroi produite sur les âmes par ce souverain du ténébreux royaume6; plusieurs bustes de nos collections, issus du même type, ont été, en vue de cet effet, taillés dans du marbre noir, du basalte ou d’autres roches de couleur foncée ~ .

Mais, d autre part, Sérapis, maître de l’empyrée, a hérité aussi de toutes les attributions de Zens8; certaines de ses images, où domine une expression de majesté sereine, semblent plutôt le représenter dans ce rôle9. En outre, comme Osiris ressuscité et triomphant, il est le dieu du soleil ; il se confond avec Hélios [sol], si bien qu’on 1 appelle Hàioç Sspcnu?, et même ' 1 1 X[oa-époc7rtç ; dans certaines de ses images la tète est ceinte d’un diadème et entourée d’une auréole de rayons; ses adorateurs résument cette double conception en l’invoquant sous le nom de Zeù,- HÀioç [A£ya; SÉoaiaç10. Mais il joue dans ses rapports avec l’humanité un rôle qui a dû contribuer bien plus encore à lui attirer les hommages des peuples : c’est un dieu guérisseur ; comme tel il se confond avec Esculape, inventeur de la médecine et patron de ceux qui l’exercent [aesculapius] ". Il délivre les hommes de leurs infirmités surtout par ses oracles; les malades vont passer

1 Dionysos-Osiris. Herod. II, 141; l.afayc, Divin. d'Alex, p. 6-9 el 19; Bissing, Archâol. Anzeiger, 1901, p. 205. — 2 Macrob. Sat. 1, 20, 13. —3 Rufin. Uist. eccl. Il, 23. — « balaye, Itiv. d'Alex, p. 249-250; Catal. n°’ 19 à 33. Amelung, lieu, archéol. 1903, II, p. 191, n“ 8, 9, 10 sq. — 5 Sur cet attribut qui lui est particulier, v. Homo, Mélanges de l'ii'c. de Home, X VIII (1898), p. 291-314; Ameluug, L. c. p. 202 ; Macrob. L. c. — 6 Atbcnod. ap. Clem. Alex.,

S. Reinacb, Amclung, L. c. — 1 balaye, L. c., Catal. n« 21, 24, 25 et sans doute aussi d'autres exemples dans le catalogue d'Ameiuog, p. 189 sq. —» Tac. Uist. IV. 84. Dion. Pcricg. 265 ; Acliill. Tat. V, I, 2; Nonn. XL, 399 ; Zsù; sur les monnaies d’Alexandrie (Hcad, Alornwt. hist. 720) et autres (570)] C. i. gr. IV, 7041..., elc. Plew, p. 27. — 9 Ovcrbeck, Knnstmythologie (1871),

I, p. 305, cbap. 15, Sarapis ; Lafaye, p. 250; Amelung, L. c. — 10 C. i. gr. 2710; 4042 ; 4262; 4083 c; 4962; 5898 ; 5996; 5999; 6000; 8525 6; 7041; 7042; Rufin. Eccl. hist. Il, 23; lafaye. Hic. d'Alex., Calai, n. 19, 28, 131, 132, 133; 197; Plew, p. 28-31 ; Ürexler, Helioserapis ap. Roscber, Lexik. elc. — U Callim. Epigr. 56; Ainm. Marc. XXII, 14. — 12 Tac. Uist. IV, 81, 82; Suet. Vas//. 7;

SER

la nuit auprès de ses autels et il leur dicte pendnm sommeil des ordonnances, qu’interprètent les nii!!, ' du culte [incuuatioJ. Sous l’Empire, Sérapis est passât, à fait au premier rang parmi les divinités iatromanlb "Ul et ses sanctuaires sont deven"* -- '*ues

de véritables

mires sont devenus, comme ceux d’EscuI-

s hôpitaux, où l’on croyait obtenir la

u guérison

de toute espèce de maux par des pratiques qui associa l’art médical à la superstition la plus exaltée1-! i!'", quand le paganisme décline, Sérapis, sous l’influence d"’ syncrétisme, absorbe en lui les attributions de t0us i U dieux mâles, en même temps qu’Isis se transforme „ une divinité féminine universelle [isis] ; il est Sérapis Panthée, ou, comme le proclament ses adorateurs, un « Zeus unique », maître non seulement du ciel, mais encore de la mer et de la terre, en un mot de toute la nature13. Dès lors, no us rencontrons souvent son nom et son image sur les amulettes, les abraxas et autres monuments de la magie, au milieu de symboles ou de lettres cabalistiques, que nous ne sommes pas toujours en mesure d’interpréter: on sait quel lien étroit la magie el l’astrologie ont eu de tout temps en Égypteaveclareligion.[MAGiAu].

Parmi les monuments figurés du culte de Sérapis une première classe comprend tous ceux qui le représentent assis, comme on le voit dans la fi g. 63157. La main droite est abaissée vers un Cerbère tricéphale; la gauche tient un sceptre, symbole de l’empire que le dieu exerce sur les vivants et sur les morts18. C’était évidemment là le type classique, celui qui le rapproche le plus des images de Zeus [jüpiter], de Pluton [pi.uto] et d’Esculape [aesculapius], dont il est dérivé. 11 est très probable que les répliques de ce type conservées dans nos musées reproduisent, plus ou moins fidèlement, lastatue en bois, œuvre de Bryaxis, qui ornait le Sérapeum d’Alexandrie 16. Dansles premiers temps de l’Empire appa-| rail un nouveau type, le Sérapis debout (fig. 636S)

ce

Dion. Ghrys. Or. 32; Firmic. Matern. De err. profan. relig. I3, 1 XVII, 1, 17; Lelroune, Papyr. gr. n°s 50, 51 ; Amm. Marc. XXII, 14; Acl. An i -l Or. sacr. III; Artemid. Onirocr. II, 37, 39, 44 ; IV, 80; V, 26, 61, 89,

94 ; Aetian. Uist. anim. XI, 31-35 ; Bouche-Leclercq, Uist. de la divin, dans i 111, p. 377. Plew, p. 31-40; Lafaye, L. c., Catal. n» 90, 128. — l'i Corp. lat. Il, 46 ; III, 3637; VIII, 1002; Ael. ArisL Or. VIII, p. 91, 96; Macrob. Sat. , 20, 17; Numen. ap. Orig. Cels. V, 38; Tac. Uist. IV, 83; Lafaye, L. c. n- l ' ¬ ISO, 143, 213, 214; Micbaëlis, L. c. p. 301. - H Sur Sérapis el lao v. Lehman"- Uerl. arch. Ges. üov. 1897 ; Berl. phi loi. Wochenschr. XVII I (iS(J8)t r- l- Corp.inscr. gr. 7043, 7043 6, 7044, 8515 ; Lafaye, L. c. n. 205, 208, 209, 210, - • 214. — 18 Slalue trouvée à Pouzzoles. Musée de Naples, Clarac, Mus. <h 5" / pl. 757, n. 1851 ; Lafaye, L. c. n° 31. — 16 Amclung1 a cherché à reconstitue* •" 1 de Bryaxis d'après ces répliques, dont il a catalogué les principales. Ajoutez Pal^ ^ Lafaye, L. c n°* 12 ♦* i 33i Hauser, Bérl.philoî. Wochenschr. XXIV (i 904), p* ^ — 17 Statuette de bronze, Musée de Florence, Michaëlis, L. c. p. 297 — >al L. c. n. 34 (les bras sont restitués, mais d’apres des indications sures).

S ER

SUR

sinil, toujours les mêmes traits et le même costume ; le dieu lient dans l’une de ses mains le sceptre et fait de l'autre un geste de bénédiction; mais souvent aussi on lui a donné pour attribut une patère, on bien une corne d’abondance, symbole sans doute emprunté à piuton, maître de la terre, qui renouvelle et féconde les germes des plantes nourricières’.

Nous possédons un grand nombre de bustes et de têtes détachées, provenant soit de l’un, soit de l’autre type2. Il faut mentionner encore une série de bustes qui ont pour base un pied humain; c’est évidemment là une représentation symbolique; mais on n’en a pas jusqu’ici percé le mystère (fîg. G3G9)3.

Enfin, comme le serpent est un de Sêrapis. attribut d Esculape, il est. aussi

celui de Sêrapis; quelquefois, il enlace le cou de son Cerbère (fig. G3G7) ; quelquefois même Sêrapis a été représenté sous la forme d'un serpent à tête humaine [isis, fig. 4100], peut-être par une autre association d’idées symboliques. Lorsque, en 397, les chrétiens saccagèrent et démolirent le Sérapéum d’Alexandrie, il n’y avait pas une maison, nous dit un auteur, qui ne fût décorée de bustes représentant le grand patron de la cité ; on en voyait sur les murs, dans les vestibules, sur les portes et sur les fenêtres '. Georges Lafaye.

SERIA. — La séria est un grand vase d’argile, analogue au pithos et au dolium [dolium] ’, mais probablement plus maniable et de dimensions plus restreintes. Columelle mentionne des seriae dont la capacité ne dépassait pas sept amphores 2. L’empereur Iléliogabale, ayant résolu de s’emparer des objets sacrés contenus dans le temple de Vesta, mit la main sur une séria qu’il croyait renfermer ces objets ; mais, la trouvant vide, il la jeta à terre et la brisa 3. C’est donc une sm te d olla. Dans les maisons et dans les fermes on conservait dans ces récipients du vin, de l’huile, après les avoir enduits de poix, ou bien on y mettait 1 matières sèches, du froment, des salaisons, des

' lasscmcnt chronologique établi d’après les monnaies, catalogue des mono ™™ts du mômo hPe dressé par Michaëlis, !.. c. V, pl. E; S. Kcinach, Réperi " slalu<tire, t. II, p. 18-20 ; Arch. Anseiger, 1895, n. 54. — 2 List I'11 "sc dans Ameinng, L. c., qui met en première ligne, avec raison, ic exemplaire, trouvés en Égypte. - 3 Marbre, Musée de Florence, Zannon:

* F,renzc< soi'- IV, t. I, pl. xxxvin = balaye, n. 27 ; S. Reinacli lim.r !’ P',20’ fi’ Amelung' "• -1- V. encore S. Reinach, n. 4; Ame 1 n. 6 Fréquent sur les monnaies et les gemmes. V. aussi le bas-relief d M et surtout l.anckoronski, Stialle Pamphy liens (1892), H, p. 22C

■ sujet vaudrait une étude particulière. —4 Rufin. Bût. cccl. II. 29

, . 1 IIIR' Vo>’cz ccUc de I article isis et de plus : Jablonski, Panthéon Aetnn

"OrlWU (175(1 iell ~ -iji

Srrii ' *» caP- 5 i H, cap. 3; Cretizer, Dionysus (1809), comra. IV, D

du i ! ^accko Fetasgio, p. 173-308 ; Guigniaut, Sêrapis et son origine, (t. 1 „ . ‘ d* Uurnouf, p. 331-538), 1828 ; Rlew, de Sarapidc (1868) ; üeber de A ,Zr,Jn, SaraPh’ A P/Iilol. CIX, 1874, p. 93-90; Overbeck, G,

n[, ■/ 1 > ogie, 1871, |I, p. 305, cap. XV Sarapis ; G. Lumhroso, Iiicerch

“«,/(/'■" Ue"‘' delt Acead- di Porino, XXVII (1873), p. 189 ; Krall, Tacitu

,r,enl’ Die Uerkunft des Sêrapis, 1880 ; Bouché- Leclercq, l/ist. d studio* uT; "'..(,880>’ P’ ; Michaëlis, Sarapis Standing, Journ.of ho

Dietericl r; y885*’ P- 287i w- Drexlcr, Numism. Zeitschr. XXI (1889), p. I Leipzr,. 'jho- l rsPrunP des Sarapis, Philoloyenversammlung in Dresde* Soter°et I '' 31'33; B°“clié-Leelercq, La politique religieuse de Ptolèmè

'Vissoiva // - de Sl’raPi *’ Jtev~ de VhisL d- religions, XLV1 (1902), p. I

statues i Tn'U' Cull"S d' Hômer' ’902’ P--9G S- Reinach, Le moulage de Sarapû g „aP'* de Bryaxis, Per. arch. XU, 1902, p. 5-21; Amelung, L Oserapis n , ' ^ ' 'S* ^eV‘ arid"'°l. 1903, il, p. 177; Lclimann, Sarapis contr ' eitruys sur allen Geschichtc, IV (1904). p. 390 ; Ollo, Pricster e

Iruils *■. Ces vases clos étaient placés sous terre ou dans les caves s. E. Pottier.

SERICUM, la soie. — La sériciculture ne fut introduite en Europe qu’au milieu du vi" siècle de notre ère: en l’année 552 des moines persans, sur l’ordre de l’empereur Justinien, allèrent chercher des œufs de ver à soie du mûrier [bombyx mort) à cocons blancs dans une région que Procope appelle la Sérinde et qui correspond, semble-t-il, au Kholan des modernes; ils les rapportèrent à Constantinople, les firent éclore, élevèrent les chenilles en les nourrissant de feuilles de mûrier et montrèrent aux byzantins à dévider les cocons’. Justinien réglementa sévèrement l’industrie et le commerce de la soie, organisés désormais en monopole d'Etat, sous la surveillance du préfet des Thesauri i.

Bien avant cette date, les peuples du bassin delà Méditerranée avaient appris à connaître et à utiliser la soie, mais ils la faisaient venir de la Chine, d’où elle est originaire. C’est le commerce de ce produit de luxe qui donna naissance aux premières relations entre l’Extrême- Orient et l’Occident3. Le nom qu’il portait dans l’antiquité, (rqoixdv 4, sericum \ indique sa provenance ; on sait en effet que le ver à soie est dit en chinois ssé ou ser/t , en japonais schi , en coréen sir, en mongol sirkek 6; le même mot, avec le même sens, reparaît en grec, sous la forme cr/jp, au 11e siècle ap. J.-C., dans un passage de Pau san i as 7. La Serica des anciens n’est autre que la Chine, le pays qui produit la soie8; les Seres sont les Chinois, le peuple qui la fabrique et l'exporte3.

Les documents de source chinoise font mention de la soie dès les temps légendaires de l’empereur Fou-hi, vers l’année 3000 avant notre ère; ils attribuent à l’impératrice Si-ling-chi, en 2G98, l’invention de l’art d’élever les vers et de dévider les cocons; depuis lors, à toutes les époques, il est question d’étoffes de soie dans l’histoire des dynasties indigènes, mais jusqu’au vme siècle av. J.-C., la fabrication resta étroitement localisée et ne dépassa pas les limites de la province du Chan-toung, au nord du lleuvc Jaune10 ; dans la suite, elle s’est propagée peu à peu et très lentement vers le nord-ouest (Chan-si et Chen-si), vers l’ouest et le sud ; elle ne devait s’implanter dans l’Asie centrale et la Perse qu’au ve siècle ap. J.-C.

Tcmpel im hellenist. Aegypten, 1905 ; Gruppe, Griech. Afythol. 1906. p. 15G3: Cuniont, Les relig. orientales dans-lc pagan. rom. 1907, chap. i.

SERIA. 1 Tcrcnt. Heautontim. [II, l, 51 (460); Golum. XII, 18. Voy. Bccker- G6I1, Gallus, III, p. 419. — 2 Golum. XII, 28. —3 Lamprid. Elagab. 6. Cf. Pors. Sat. II, 1 1 (argent caché dans une séria enfouie sous terre). — 4 Varr. Res rnst. III. 2 ; Colum. XII, 18,28 et 53; Digest. L, 16, 206; Pallad. Iles rnst. IV, U). — 5 T. Liv. XXIV, 10.

SERICUM. 1 Procop. Bell. goth. IV, 17 ; Theoplian. ap. Pliot. Bibliot/i. éd. Bekkcr, p. 26 a et 37 , Zonar. éd. de Paris, XIV, p. 69 ; Glycas, Ann. éd. de Bonn, IV, p. 501. Cf. E. Pariset, //ist. de la soie , 1, p. 182-185; C. Yoshida, Entwickeluny des Seidenhandels, p. 47-49. — - Procop. /Est. arc. 25; Zachariae von Lingcntlial, Eine Vcrordnung Justinian's über den S eide n bande l (d'après un manuscrit d'Oxford contenant le texte d'une constitution grecque «le Justinien sur celle matière), dans les Afém de T Acad, des sciences de St Péters bourg, 7e série, IX, 1865. — 3 Yoshida, Op. cit. p. Vil. — 4 Slrab. XV, p. 693; Per. mar. Kryth. 49; Edict. Dior le t. XXIII, 2, etc. — » Propert. I, 14, $8 ; Martial. IX, 38 ; XI, 28; Amin. Marc. XXIII, G, 67; Solin. 50; Claudian. in Eulrop.ï ; Isid. Orig. XVI, 17, G ; 27, 5, etc. — 6 Klaproth et Abel Hémusat, dans le Journ. asiat. Il, p. 243 sq. ; Yoshida, Op. cit. p. 4. — 1 l’aus. VI, 26, 6. — 8 ptol. VI, 16, 1, 3, 4, 6 ; VII, 2, l et 3 ; VIII, 2i, 1 et 5; 27, 2 ; Amm. Marc. XXXIII, 6, 67 et 68. — 9 Slrab. XV, p. 701 ; Pomp. Mêla, I, 11; 111, 60; Plin. Nat. hist. VI, 54 sq. et 88 ; VII, 27; XII, 2, 17, 27, 84 ; XIV, 22; XXXIV, 145; Ptol. Loc. cit. ; Pans. VI, 22, 2 et 26, 6^ Amm. Marc. Loc. cit. ; Lucian. Macrob. 5; Euslalh. ad Dionys. Pc-rieg. V, 753 ; Uesych. s. v. ; Slcph. Byx. — 10 Slan. Julien, Résumé des principaux truités chinois sur la culture des mûriers et l'éducation des vers « soie , Paris, 1837; Pariset, Op. cit. p. 11-18.— H Hitler, Erdkunde , VIII, p. 698; basson, Jnd. Allert/nnnskiinde , 1, p. 369 ; Yoshida, Op. cit. p. 42-47.

l.o commerce d'exportation, lui aussi, a commence très lard. Le ver à soie des mûriers de l’Inde, auquel lait allusion le Ramayana, appartient à une espèce à cocons jaunes, bien différente du ver à cocons blancs de la Chine septentrionale1. Les Égyptiens et les Hébreux ignoraient les soieries2. D’après Terlullien et Procope les vêlements nationaux des Modes, que décrivaient déjà Hérodote et Xénophon, étaient des robes de soie3; mais il ne devait pas en être ainsi dès l’origine; la soie fut sans doute substituée tardivement à la laine, sans que l’on changeât la forme et la coupe caractéristiques de ces vêtements*. Le premier auteur classique qui parle des cocons du bombyx et des tissus qu on en tire est Aristote, dans un passage peu clair et probablement mutilé de son Histoire des animaux 5, qu’a reproduit Pline l’Ancien0 ; le nom du bombyx rappelle celui du vase à boire appelé p&aêuÀLÔç ou jlogSûXT; [iîomis\lios] et fait allusion à la forme des cocons. Il faut attendre le siècle d’Auguste pour trouver chez les écrivains grecs et latins des textes explicites sur 1 usage des soieries

A côté des sericae vestes proprement dites, importées d’Extrême-Orient, les anciens désignaient sous les noms de bombycinae vestes et de COAE vestes des étoffes plus ou moins analogues, qui venaient d’autres régions8. Les premières étaient fabriquées surtout en Assyrie'; on se servait pour les lisser de la substance (pie secrétent différentes espèces inférieures de bombyx'0, àl’élatsauvage ou domestiquées11 * * * VI, dont les cocons, au lieu de se laisser dévider comme ceux des bombyx mori de Chine, devaient être raclés au peigne12; la matière textile ainsi obtenue13, grisâtre ou jaunâtre, n’avaitpas la blancheur éclatante de la soie véritable. Les bombycinae vestes n’ont paru pour la première fois dans le monde romain qu’à la fin de la République ou au début de l’Empire ; Properce11 et Juvénal15 les citent; Martial, à plusieurs reprises, vante leur légèreté et leur transparence1 . Les auteurs d’époque postérieure qui les mentionnent les opposent nettement aux sericae vestes, plus fines et plus brillantes11. Les coae vestes ne sont autre chose que les bombycinae fabriquées particulièrement dans 1 île de Cos 18 : elles étaient faites, elles aussi, avec une matière textile tirée du bombyx ; les indications d’Aristote, qui déjà les signale13, et les détails que donne ensuite Pline l’Ancien20 ne laissent aucun doute sur ce point; toute la

question est de savoir si 1 on utilisait dans les manufactures de Cos une matière brute importée d’Asie ou. an contraire, les secrétions d’un bombyx indigène21; ]a seconde hypothèse est de beaucoup plus vraisemblable. On appréciait surtout ces étoffes, au moins dans certains milieux, à cause de leur extrême transparence; elles voilaient à peine les (ormes du corps; les moralistes s’en indignent22; les poètes nous apprennent, en outre, qu’elles étaient très peu épaisses23, qu’on les teignait souvent de pourpre2* ou qu’on y appliquait des broderies d’or25, et enfin qu’elles coûtaient très cher20. Ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que tous les textes qui les concernent, sauf celui d’Aristote 2|, appartiennent à la même époque: le temps d’Auguste et des premiers empereurs ; après Pline, aucun auteur ne prononce même plus leur nom28. Elles semblent avoir entièrement disparu du monde romain à partir de la lin du 1er siècle de notre ère, c’est-à-dire précisément à partir du moment où la mode des soieries chinoises achevait de s’imposer à l’Occident; les étoffes de Cos ont moins bien supporté encore que les autres bombycinae vestes la concurrence écrasante des sericae.

Sur la nature de la vraie soie blanche d’Extrême- Orient, les Grecs et les Romains n’ont eu, jusqu’au temps de Justinien, que des notions très imparfaites. En général, ils ne se doutaient pas qu’elle était extraite, comme le tissu des bombycinae et des coae vestes , des cocons d'un bombyx. La plupart des auteurs la croyaient d’origine végétale; les uns y voyaient une sorte de byssus tirée de l’écorce des arbres25, les autres un duvet recueilli comme le colon, sur les feuilles31'. Pau sa nia» le premier déclare que la soie des Sères est le produit, non pas d’une plante, mais d’un ver; il décrit les soins minutieux dont on entoure ce ver pour assurer

sa croissance, ainsi que les mues successives qu subit31 ; après lui, quelques écrivains chrétiens ont rappelé incidemment avec mépris que les soieries magnifiques dont s’enorgueillissaient les riches étaient ducs

au travail misérable d’un ver.

La soie chinoise a été importée dans le monde romain de trois façons: d’abord et surtout sous forme d’étoiles de soierie, oSdvia crqpixà32, sericae vestes , pub forme de fils, v-r|g» oï)ptxôv 3*, sericum nema , enfin forme de soie grège, matière brute non encore pu p pour la teinture et le tissage, gi-raV’ ou meta.ru

1 Parisct, Op.cit. p. 20-11. -2 Unlcxte (le l’Ancien Teslaroent (Esech. XVI, 10 et 13) a' été quelquefois inlcrprélé à lort en sens contraire. - 3 Tcrlull. De pall. éd. (fr'hler IV p 141; Procop. Dell. pers. 1, 20. - 1 Parisct, Op. cxt. p. 43-50. .1 Arislol. Hist. anim. V, 19. - « Clin. Nat. IM. XI, 70 78. - 7 Noter. cependant q„e dès la fin de l’époque rèpul.lieaine, d’après Plon» (III, II), les Romains ren.arquèreut les drapeau, de soie des Parti, es et que César, au témoignage de ll.on Casait» (XI III r aurait fait tendre des vêla de oie au dessus du théâtre de Home, j Ÿalès," Textrinum antiffuorum , p. 1 00-250, a fait un dépouillement complet et un commentaire suivi de tous les textes littéraires antiques concernant a soie

— 8 pariset, Op. cil. p. 02-80; Yosliida, Op. cil. p. 17-22. — I I"). X , (l’Assyrie désigne p.ul-éire ici le nord de la Perse,. Movcrs, Die Phàmç mr, II, 3, p 2G3 sq suppose qu’on en fabriquait aussi en Syrie; Properce (11, 3, la, signale particulièrement VArabiu, bombyx. - l» Pline , XI, 77) énumère les arbres sur les¬

quels elles vivent. — U Voir encore des détails sur le ver a soie sauvage ap. Auson.

hlijll. 12; De /iis (or. 24; Avien. 936; Prudent. Hamartig. 288. — 12 II est peut-

être fait allusion à ce procédé ap. Verg. Geory. Il, 121 ; Strab. XV, p. 093 , I lin.

VI 54; .-en. Tr. Herc. Oet. 007; Hippol. 380 ; Sil. liai. VI, 4; XIV, 604; Ihonys. Perieg! 752; Solin. 49 ; Amm. Marc. XXIII, 6, 67. - 13 Isidore de Séville (Ony. XIX, '22, 13) l’appelle bombyeinum. - H Propert. Lac. cil. — ’5 Juven. VI, 200.

— 10 Martial. VIII, 33, 15 et 08, 7 ; XIV, 24. CE Alcipbr. I, 39, 4. - ” Ulp. Diyc.it. XXXIV, 2, 23, I . Clctn. Alex. Praed. Il, 10, 107; Apul. Melam. VIII, 2/ ; Isid. /.oc. cil. Caesar. ap. Act. sanclor. Januar. I, p. 734, Poli. VIII, /0. 18 Kiislcr, De Coins, da, Halle, 1833, p. 30 sq. ; II. Blümner, Gewerbt. Tlultigk.,

p 48-go. — 19 Arislol. Hist. anim. V, 10. — 20 Plin. XI, 70-78. 21 1 -1"

soulevée par Saumaise, In Tertull. librum de pall. notae, Pans, P- • ” ”

et Plinianae cxercitat. Paris, 1029, p. 290 sq. Voir en dernier hou 1 f*P° discussion dos différents système* en présence ap. Yosliida, /.oc. cil. - Sut . I, 2, 101 , Plin. XI, 70 ; Son. Contran. Il, 13, 7 et 15, 1 ; Ere < onlro - De benef. Vil, 9. 5; Consul, ad U vin. 10. 4; Epist. 90,20. « im ■ • -

Propert. I, 2, 2. — St Propert . 11,1. 5 ; Horat. Carm. IV. 13, 13. - ’ '

cil — 20 proport. V, 5, 55. — 27 Varron, cité par Pline I IV, 02), y laisai |im>' ^ allusion, en confondant Pos avec Céos. - » A l'exception d Isidore de . ■ • Ovin. XIX, 22, 13, mais Isidore ne fait que copier Pline. \oir, sut os (|

outre les textes déjà cités pins liant : Tibull. Il, 3, 63 et 4, 29 ; Pi’"P'1 • • -> ^

1 , 5 ; V , 5, 23 ; Ovid. Ars am. Il, 298 : Juven. VIII, 101. — -9 Strab. ■ ,b ^ Clau’dian. Paneff. dict. I roldno et Olybriocos. consul. 170-180.-3" \crg.jra' ’ 12l . Son Tr. Ihrc. Œt. 007 ; Plin. VI, 54; Amm. Marc. XX III, 0, 07. yj 26 6 sq. - 32 Per. mar. Enjth. 50 cl 04; Suid. s. :

— ’ttSanee Epist. 90, 15 ; Maman. DUjcst. XXXIX, 4 10, 7 ; Uist. Aug^ -

40, I etc. — 34 Per. Mar. Eryth. 39, 49, 04; Gale... Meth. med. XIII, - , • ^ ^

hem. p. 79 éd. Bcncd ; Job. Chrysost. Nom. 49 in Matth. ; Suid Doc c l.

clan. le. ci,,. Amm. Marc. XXIII, 0, 08 : fila. - 30 Edict Di .

pi.uîaSXàtxs, soie brute tcinlede pourpre; Procop. Dell. pers. I, î ^ m

Page 1