‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 90 sur 137 · SEX · texte numérisé non relu

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SIR

nbliée par B. Je Montfaucon montre que le selier fl'ilique contenait 18 onces d’Iniile : si l’on divise ,si) ,T. 3786 par la densité 911, on trouve 537 millilj(res> On adopta pour le vin la moyenne légale de -ni onces au setier; mais, parfois, il y avait 21 onces2 et même 24 onces 3.

1“ Selier' arec ou attique, g é),X-f|vtxoç 4.

\||, Dumont a trouvé un choenix athénien, poinçonné, portant la légende 8-qpu>a-tov, qui a une capacité inté- |.j|,ure t]e 906 millilitres s. Le demi-choenix, ou setier, serait donc de 453 millilitres et aurait pu contenir 412 gr., 683 d’huile d’olive», soit 15 onces et 7 scrupules. Dans la table de Montfaucon on trouve un cotyle ou derni-setier de 8 onces, soit 16 onces pour le setier; la différence est trop minime pour qu’il n’y ait pas identité6.

4° Setier politique, üétrr vjç irapi Ilovxtxoïç 1 . Les habitants du versant nord de l’Anatolie employaient pour les mesures un système décimal ou quinaire que l’on connaîtrait mieux si Wagener avait pu jauger le sécoma qu’il découvrit à Ouchac 8. 11 semble, d’après Epiphane et ses abrévia'teurs, que le setier pontique valait le 5e d’un clioenix et formait la dixième partie du modius , la vingtième, ou peut-être mieux la vingt-cinquième d’un xikpoç9. Quoi qu’il en soit, nous savons, par les inscriptions du sécoma d’Ouehac qu’on n’employait pas indifféremment le même setier pour l’huile, le vin et la farine 10. Cet usage, importé très probablement par les Romains, se retrouve en Mésie, comme le prouvent les inscriptions inétrologiques de la table de Cossovo 11 .

5° Setier alexandrin, lému b ’AÀsijavSpivôî '2. De même que les Athéniens avaient qualifié de setier celle de leurs anciennes mesures qui se rapprochait le plus du sextarius italiens, les Alexandrins également donnèrent le nom de îjéunrjç à une mesure égyptienne que les indigènes continuèrent d’appeler hin, ïv13, mW4. Comme ce setier alexandrin servit de base à tous les travaux pharmacodynamiques de la dernière école d’Alexandrie, on continua à l’employer dans la plupart des ouvrages de médecine; il est également connu par la palristique. Sa valeur est facile à calculer puisqu’exégètes et médecins s accordent à dire qu’il contenait 2 livres d’huile ou (|.>2 grammes qui, à la densité de 911, font 716 millilitres u. Ce nombre coïncide avec les données d’un problème où l’on voit que dix setiers alexandrins équivalent

à treize setiers et demi italiques'*. C’est probablement le système de ce setier alexandrin que l’on retrouve à Assos’7 et même en Nurnidie l8.

6° Sextarius castrensis, çâirr-qç b KaffTfqaio;. Mesure peu connue, citée seulement par saint Jérôme19 et quelques métrologues orientaux. D’après un texte syriaque 20, il égalerait le setier alexandrin ; Ananias de Chirag prétend qu'il n’en vaut que les onze douzièmes21.

7° Setier de Nicomédic. Ananias de Chirag est le seul qui en parle22. C’est peut-être le nom que les Asiatiques donnèrent au setier légal des Boinains à l’époque où Dioclétien et d’autres empereurs résidaient à Nicomédie. Sorlin Dorigny.

SEXTULA. — Monnaie de compte romaine valant 1/6 de l’once ou 1/72 de l’as [as]. Elle se marque par le sigle 3 : il y avait aussi une dimidia sextula ou duella qui se marquait 33 *• F- Lenormant.

SIBYLLAE, SIBYLLIN! LIBBL — Il n’y a pas, dans l’histoire des religions grecque et romaine, de question plus complexe et, à certains égards, plus décevante que celle des Sibylles et des oracles qui se recommandent de leur nom. On ne sera pas surpris si, à cette place, nous négligeons un certain nombre de problèmes qui ont défrayé l’érudition depuis le xviii” siècle, et si nous retenons ceux-là seuls qui intéressent la science positive de l’antiquité classique. Un article spécial ayant traité de la magistrature sacerdotale qui, à Rome, fut chargée de la garde et de la consultation des livres Sibyllins [duumviri, ii, 2, p. 426-442], nous pourrons borner notre tâche à l’historique des Sibylles et à quelques fails nouveaux qui, mis en lumière au cours de ces vingt dernières années, ont permis ou de redresser des erreurs ou de compléter des résultats. dignes d’une attention particulière.

I. Origine et nature des Sibylles. — Il n’est question des Sibylles, soit explicitement, soit sous forme d’allusion, ni chez Homère et Hésiode, ni chez aucun écrivain grec antérieurement à la fin du vi" siècle avant notre ère 1 . Pour Homère, le fait est d’autant plus digne de remarque que les traditions postérieures, auxquelles il est impossible de refuser un fondement historique, font remonter l’origine des Sibylles aux temps mêmes de la guerre de Troie et qu’elles placent leur berceau dans la région du mont Ida. Bien plus, c’est dans certains poèmes homériques, dans le vingtième chant de Ylliade dont cette

1 °. C. I, p. 208. 14. — 2 Metr. scr. reliq. I, p. 233, 19. — 3 Oribas. C. Adamant. (Metr. scr. reliq. I, p. 224, fr. 54; cf. ib. p. 247, fp. 69).

* Table de Monlfaucon (Metr. scr. rel. 1, p. 208, 5). — 3 Mélanges llincll ■ ct déplgr. p. 126. — C [1 y a interversion dans les contenances des

. . hellénique el alexandrin. C’est ce dernier qui, sans conteste, contenait

!l lu blrcs d huile; lo cotyle de 8 onces d'huile esl manifestement un demili'i grec ou le quart du chœnix athénien d’Alb. Dumont. — 7 Epiphan. k inens- a Pond. 6d. Migne, vol. XLI11, col. 292. — » Wagener, Sur un momi!trol. ((Uém. des sav. étrang. de l'Ac. de Bruxelles, 1856, XXV11, p. 6) ; ‘ %cr, Mém. d'hist. anc. et de philol. p. 197-219. — 9 D'après Epiphane, le ", va. lit 20 setiers alexandrins et se subdivisait en 5 chœnix de 5 setiers I "l,les chaque (6d. Migne), XI, III, col. 292. — 10 Wagener, O. c. pl. i, xovûXii ' V", y.ovSpou — Il \ von Domaszewski, Bas E^vtqia von Kossovo in

" gui . (Archaeol. Epigr. Mittheil . aus (Esterr. 1892, p. 144 sq. : llrçi;,

~ 12 Table de Montfaucon (Metr. scr. reliq. I, p. 208, 14); la table de f [ 1 1' ' ' b- 256, 20) emploie la forme 5 ; . — 13 Joseph. Ant.

__ ] ’ *’ ■’ cl °> r>- — 14 Africanus |P. de Lagarde, Symmicla, 1877, p. 169, 551.

y t hqil'an. D. c. (éd. Migne, XLill, col. 284); cf. P. de I.agarde, O. c. p. 215;

liiini, V' ' '/ ' *b b- 'b3! 23 ; « Sextarius lumen alexandrinus duas capit olci Sév it "/!’,9tdC ('UG v*en' Tépilhètc de bilibris qui se trouve dans Isidore de iMril H/ 4/ÿm' XVI' 20’ éd' Mieno' vo1- LXXXII, col. 594). — 16 Le problème hérocl de, 1 ' "b4, '*r‘ -3) bit que dix modii alexandrins font treize modii

""" 'laliques; mais nous savons par un autre passage (ib. p. 224, fr. 55) que

lo modius égyptien, comme l’italique, se divisait en 16 setiers ; l’égalité subsiste donc. Le rapport serait plus exactement 13,28 que 13,50. — 17 Sur un sécoma (E. B. Tarbell, A mensa ponder. from Assos ; Amer, journ. of archaeol. 1891 . p. 440 sq.), on trouve un cotyle (demi-selier) de 0,19 qui devait être primitivement de 0,358 ; un setier de 0,795 pour 0,716; un tricotyle (setier cl demi) de 1 litre pour 1,07 ; un chœnix (double selier) de 1,49 pour 1,43; un trichœnix (6 setiers) de 4,62 pour 4,29. Par ce trichœnix, on voit qu’il devait y avoir un chous de 8 setiers. — 18 La table B. de Khamissa (Cagnat, Tab. de mesures étalons troue, en Afr. ( C.-Ji . de l'acad. des Inscr . 1905, p. 490 sq.) a une cavité de 0,363, soit un demi-selier de 0,358; une de 0,739 ou selier de 0,716; une de 4,750 qui correspond au trichœnix d’Assos, soit 6 setiers ou 4,29; enfin une de 24,06 pour 22,91 ou 32 setiers ou 4 ehoiis. — 19 Ce passage, Comment. I, 4 in Ezcch. IV, 9 (éd. Migne. vol. XXV, col. 48) est emprunté en partie à Joseph. Ant. Jud. III, 8, 3, el pour le reste contient une inexactitude: le setier italique n’équivaut lias au chous attique ; la seule chose à retenir c’est que le hin - sextarius castrensis. — 20 pt de Lagarde, Symmicla , II, 1880, p. 193, pnragr. 39, 4. — 21 O. c. p. 17 : « le castrensis contient 22 onces » ; dans un autre ouvrage (il>. p. 20) le même auteur dit « les setiers italicus et castrensis contiennent 20 onces ». — 22 O. c. p. 17 : « le selier de Nicomédic contient 20 onces. »

SEXTL’I, \. 1 Varr. Ling. lat. IV, 36 ; Khenin. Pann. De pond. 22: Cic. Caecin G; cf. Bouché-Leclercq, Manuel Inst, romaines, p. 5G7, 575.

SIBYL1.AE, SIBYLLIN! LIBBL t Bouché-Leclercq. Hist. de la Divination, lt. p. 141.

partie est postérieure à Homère, et dans l 'Hymne homérique à Aphrodite qui est plus récent encore, qu’il faudrait chercher les premières traces des prophéties Sibyllines'. C’est la Sibylle du mont Ida qui aurait annoncé la future grandeur de la race des Acnéades, et sous son inspiration que les llomérides lui auraient donné place dans l'Iliade et dans les Hymnes. Mais comme toutes les prophéties que l’évènement vérifie, celle-là a été composée après coup; d’ailleurs, le temps viendra où elle perdra son caractère hellénique pour s’appliquer aux faits légendaires de Home5. Nous avons donc là un premier spécimen, en partie double, de l’usage que la politique, l’histoire et la poésie, à qui la politique donne son mot d’ordre, font du nom et de l’autorité des Sibylles. Ni le véritable Homère ni les poètes qui lui ont succédé n’y sont pour rien : le silence absolu des lettres grecques jusqu’au temps de Platon en est une preuve suffisante.

A défaut d’un texte assez reculé pour qu’on puisse dater d’Homère la tradition de la Sibylle, on a tenté de se rabattre sur l’explication étymologique du nom et sur celle de l’idée qu’il confirme3. Mais la linguistique qui, dans les questions d’origine, apporte souvent de précieuses lumières, s’est déclarée impuissante ou n'a fourni, en ce qui concerne l’origine des Sibylles, que des explications sans portée. « Il n’y a pas d’étymologie grecque probable pour Et6uXXa, ce qui ne veut pas dire qu’il ne soit pas grec, les mots de cette langue qui sont d’origine obscure étant nombreux... En somme, lalinguistique sur toute cette question ne peut guère fournir que des données négatives, en opposant son veto à des étymologies anciennes et modernes lancées à la légère » Elle fournit aussi des solutions impossibles à vérifier, lorsque chez Klausen, qui a démesurément étendu la question des Sibylles en l’embrouillant, elle suppose que leur nom est à rapporter à quelque idiome asiatique6.

Mais si le nom de la Sibylle est par lui-même obscur, l’idée générale de l’être qu’il désigne est des plus répandues, puisqu’elle est commune à tous les peuples de race indo-germanique et que toutes les religions primitives de cette race nous en offrent des personnifications : c’est l’idée de la femme douée de la vertu prophéLique, à raison de sa nature sensible, plus propre par conséquent que celle de l’homme à entrer en rapport direct avec l’esprit divin et à en dérober la science : divinitas et quædam coelitum societas nobilissima ex feminis in Sibylla fuit G.

Pour les Grecs, il est établi que dans le culte dorien d’Apollon, les femmes sont devenues, de très bonne heure, les interprètes du dieu, et en vertu de la considération où

1 llom. 11. XX, 308 sq. ; Rymm. Aphrod. 197 sq. ; cf. Diod. IV, 66; Firm. Malliem. VI, 31 ; Salin. 2, 8; Eustalh. II. XX, 299; Clem. Alex. Strom. VI, 5. - 2 Virg. Aen. III, 97 ; Heyne-Wagner, édit. <lc Virgile, III, p. 43; Ilild., Légende d' Ente avant Virgile , p. 9 sq. — 3 Bouclié-Lcclercq, Op. I. Il, p. 139, not. I pour les anciennes étymologies. V. Plat. 1‘ haedr . p. 244; Varr. ap. Lact. I, 6, 8 ; Diod. loc. cit. ;Serv. Aen. III, 445 ; VI, 12; cf. Klausen, Aeneas und die Penatcn , p. 219. — 4 Cette Solution négative, nous Pavons reçue sous la forme d’une note, écrite exprès pour cet article et qui, trop spéciale pour y trouver place, sera publiée dans une revue de linguistique ; elle a pour auteur M. Em. Ernaull, dont le savoir fait loi en pareille matière. — & Klausen, loc. cit. et Prellvvitz, EtymoK Woertèrb. der griech. Sprache, 2® édit. p. 411. — 6 plin. Hist. VII, 33, 33 ; cf. Grimm, Deutsche Mylhol. I, p. 349 sq., 4e édit. Ce type de femme, la mythologie germanique l’a incarné dans les Walkyrieset les N or nés ; la Velleda des Celtes et des Druides est en général une tout autre chose que la Sibylle de l’Occident européen. Voy. au sujet de la considération dont la femme jouit chez les anciens Germain', Tacit. Germ. 8 et les commentateurs ; cf. Ann. 11, 54; et Serv. Aen.

la race tenait leur sexe en général, et à cause de raptit,l(| souvent constatée de la nature féminine pour |(. *

extatique [mvinatio, oraculijm]1. C’est ainsi quel’on < ii',! comme prophétesses attachées au culte d’Apollon, M ,n| à Isinène et à Claros, laquelle dans la légende postérieur ' est une Pythie identique à Daphné et devient laSib\||r Ihébaine8 ; Cassa mira à Thymbraea, dont Homère igimn. encore les facultés divinatoires, mais qui par Pindare dejï est appelée la« Vierge prophétique » et dont les prédictions sombres et farouches ontle caractère même qui sera celui des Sibylles9. Eschyle, qui ignore la Sibylle, dans la scène fameuse de V Agamemnon où il “fait dialoguer Cassamh a avec le chœur, lui prête le langage et l’attitude délirante qui seront ceux des Sibylles10. Si au lieu de comparer celles-ci avec les héroïnes de la légende qui ont, possédé le don de prophétie, on les rapproche des Pythies de Delphes, lesquelles sont dans l’hisLoire les plus anciennes d’entre les prêtresses inspirées par Apollon, les ressemblances ne sont pas moins frappantes. En fait, il n’v a pas de différence, à l'origine, entre les Pythies et les Sibylles; quand sous l’influence de causes diverses dont il sera question plus loin, celles ci deviennent devant l’opinion gréco-romaine les prophétesses par excellence, le nom de Sibylle servira ù désigner, suivant la définition des lexicographes et des grammairiens, toute vierge, ton le femme à qui les dieux ont accordé le don de prophétie 11 .

Cependant, le nom même de Sibylle n’apparaît pour la première fois que dans un texte d’IIéraclite d’Ephèse, qui nous a été conservé par Plutarque. Le philosophe parlant des prophéties de la Pythie dit que le dieu de Delphes ne dévoile ni ne dérobe aux hommes l’avenir, maisqu’il fournil des indices pour les conjecturer; et, à ce sujet, il dépeint, dans le style heurté et obscur qui lui est habituel 15 « la Sibylle qui d’une bouche délirante profère des oracles sans joie, sans ornement, sans parfums, que sa voix fait résonner pour mille années sous l'influence du dieu.»Ce témoignage, dont l’authenticité est di flicilement contestable’3, n’est guère postérieur aux dernières années de la royauté romaine, au temps, par conséquent, où la légende mentionne les premiers rapports de Rome, personnifiée par Tarquin le Tyran, avec la Sibylle qui y aurait apporté les livres mystérieux de la destinée Mais en Grèce celle Sibylle unique va rester la seule connue jusqu’aux temps d’Alexandre le Grand, et connue dans les conditions telles que ni la poésie, ni l’histoire, ni l’art n’ajoutent rien à la description sommaire dont nous sommes redevables à Heraclite. Si l’on remarque que Hérodote dontle goût pour les légendes pittoresques et les manifestations variées de la superstition est notoire,

III, 445: Sibylla... dicitur omnis puclla cujus pectus numen recipit • Cf. Pompon. Mcl. 3, 8. — 7 K. -F. Hermann, Lehrbuch der Goetterd. Alterthilm. der lu (

2° édit. p. 220 sq. ; Klausen, Op. cit. p. 220 sq. — 8 Virg. Aen. X, 199; D'"1- Met. VI, 157; Pans. IX, 10, 3. — » Pind. Pylh. XI, 49; cf. Schol. llom, H- XXIV, 699. — 1° Acscli. Agam. 114 sq. ; avec la noie de Blomfield sur le Paï,s’-' Elle est appelée Oêo®(jpoç (1150), comme la Sibylle l’est par Platon, Pha" < ■ p. 241. — il Serv. Aen. 111, 445; Isid. Orig. VIII, 8 ; Suidas, v. v. tvi d <*• Grjlutai |i.avTi8eç «î>vopu/.<TOr|ffav Ec6tAXai, etc. — 12 Chez Plut. De Pylh . uiac. 1 ^

— 13 Klausen, op. cit. p. 214, prolcslcavcc raison contre l’opinion qui veut <|“( texte rapporté par Plutarque ait pour auteur, non Héraclite d Eplièpc, ni u mylliographe du môme nom, contemporain de Trajan. — Varr. ap. Lact. Inst- 1 K» sq. ; Dion. liai. IV, .62; Plin. Hist. n. XIII, 27, XXXIV, 11,22; Aul. GelL I, P • Serv. Aen. VI, 72; I. Lyd .Mens. IV, 34; Cf. Schwcgler, Rocm. Gesdiichle, p. 801. — 16 Bouché-Leclercq, 11, p. 159, admet que Hérodote a dû conmn11 ^ ^ Sibylle, mais que de parti-pris, sous l'influence des prôlrcs de Delphes, il s «il1 d’en parler.

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ne parle nulle pari delà Sibylle, alors que l’occasion s’en oirrit souvent à lui, on i>eut affirmer que celle personnification féminine de l’esprit prophétique dut rester confinée pendant un siècle et demi dans des centres de médiocre renom et considérée par l’opinion comme un produit importé de quelque culte étranger. C’est, d’ail- Iriu s, avec ces dispositions qu’en parle Aristophane, dont la verve aime à s’exercersur les croyances superstitieuses. |,c verbe mêuXAiSv qu’il a forgé, lui sert pour désigner les divagations du vieux Demos, au cours de la guerre du Péloponèse, période où, comme plus lard chez les Romains pendant les guerres Puniques, his désastres répétés orientèrent les esprits vers une religiosité maladive1. La même nuance se retrouve dans la comédie de la /Vf ix : après une allusion assez énigmatique à l’autorité d’Homère en matière de prescriptions pieuses, qu’un personnage semble contester au nom de laSibylle, quand le moment est venu de partager les viandes du sacrifice, le partisan de la tradition antique engage le novateur à manger la Sibylle, c’est-à-dire à se contenter de viande creuse a. La croyance à la Sibylle est bien pour Aristophane de l’ordre des superstitions absurdes et ridicules. Cependant, la philosophie de son temps, qui n’a pas les mêmes raisons de polémique, en parle avec une considération relative par la bouche de Platon1. Pour celui-ci, la Sibylle est, avec la Pythie de Delphes et les prêtresses de Dodone, au nombre des prophétesses inspirées qui déchirent les voiles de l’avenir. En même temps qu’il 1 associe a ces figures de la religion officielle, il nomme Bakis, un chresmologue de sexe masculin dont l’autorité tutsi grande que sa personnalité se multiplia, chaque pays voulant en avoir un qui lui appartînt en propre1. Le plus éminent, qui engendra les autres, était Bakis de Béotie dont les oracles furent célèbres durant les guerres Médiques, de même que les oracles des frères Mardi devaient 1 être dans Rome au temps des guerres avec Larlhage5. Son existence était purement mythique et on le disait instruit par les nymphes ; question de sexe mise a part, les Bakides et les Sibylles, qui vont se multiplier 1 anime eux, sont des produits semblables de l’imaginabon religieuse que surexcitent les événements extraordinaires 6.

C est chez Aristote que nous les retrouvons associés, au pimiel cette fois les uns et les autres ; et le philosophe interprète leur faculté prophétique ou plutôt leur prétenhon a cette laculté, par une complexion morbide7; en même temps, un de ses disciples immédiats nous apprend 'lue la première Sibylle est contemporaine de Solon et de Lyrus8. De tous ces écrivains, le seul dont on puisse "mjecturer qu il a vu et fréquenté une Sibylle est Hérae île.. C’est qu’Ephèse d’où le philosophe est originaire ' b située dans la région où la légende et l’histoire pla-

j |1U'"S|1' lil <n les commentateurs. — 2 |d. pax, 1095, 1116. Cf.

le ,111" ’ ,{eliyion (tans Aristophane, daus lu lievue des Deux-Mondes, 1878,

I „! ' ’ 1,1 novc,nljre. — 3 lJlat. Phaedr. p. 244; l'heag. p. 124. — i Sur

t">i ni du vue île la d illusion, de lîukis cl du la Sibylle, v. l 'ausan. IV, ü’h.n’ , ’ /J' ‘ 1 X- '*•«; Hcrod. VIII, 20 et 77 ; IX, 43; Plat. Tlieag. loc.cit. ; Cic. plus t, .] ’ ' ’ ' Hérodote, Aristophane, Platon et Cicéron n'en connaissent qu'un;

:‘3; Schol °y admel j,,S(lu’à trois; Plut. Pglh. Or, 10; Ael. Vur. Hi,t. 12, tnénic î , ' ' 1-3, etc. Aristote, Probl. 30, I, les nomme au pluriel, en

*i“Kiilicr'"n T,'“ Sil,ïilc*’ alors l|u<! |J|a'°" (Ph™dr. toc. cil.) les associe au des fri ’u etl, /'si/r/ic, l. Il, 61 sq. — '•> Pour l'assimilation des Sibylles et

l fvù/'/ o V' SC!V’ ad V"'s' Aen- V1' 7"' — 6 Cf- K'auscu, Op. cit. p. 22(1. f’’ IS, d'a i ■'.'■'il * ®C*10*' Phaedr. p. 315 ; Subi. v. SÎSuXW; cf. Lact. I,

Op.cu Icl'acllJrs Ponlicus, contemporain d'Arislote. — » Boucbé-Lcclercq,

Suid. s. v. , Dion. liai. I, 33 : S.SoXXw Imyupla r, vh«uuS«;,

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cent le berceau de ht plus ancienne Sibylle. Mais avant d’aborder ce point, il est possible, en nous aidant de témoignages plus récents, de définir d’une façon plus précise et l’être de toutes les Sibylles en général et les conditions dans lesquelles s’est éveillée el exercée leur lac u 1 lé p ro plié tique.

Un de leurs historiens récents a pu dire qu’elles sont « une des créations les plus originales et les plus nobles du sentiment religieux en Grèce" ». Dans la série des êtres forgés par l’imagination mythique, elles occupent une place à part : elles ne sont pas des divinités honorées d’un culte; et quoique, à certains points de vue, elles rappellent les Nymphes el les Muses, soit pour leurs origines, soit pour leurs fonctions10, elles ne sont pas non plus des héroïnes mêlées aux légendes locales et apparentées aux rois et aux fondateurs de cités; moins encore des femmes mortelles, simples prêtresses à la façon des Pythies ou des üicroduli, bien qu’elles rendent comme elles des oracles ou qu’elles soient attachées au service de quelque sanctuaire". Si elles tiennent à la fois des héroïnes rattachées à l’humanité par leur descendance et des prêtresses qui ne perdent pas le caractère humain eu exerçant une fonction sacrée, elles diffèrent d’elles parce que, comme les dieux eux-mêmes, elles paraissent agir et prophétiser en dehors des conditions de la durée, échapper aux lois de la naissance et de la mort el exister par elles-mêmes, en vertu de leur tâche surnaturelle". En un mot, elles sont les personnifications féminines de la science qui pénètre l’avenir par une communication conslanLe avec la science des dieux. Tout en se multipliant, grâce aux rivalités d’influence des milieux où s’exerce leur action, elles sont partout la représentation du même pouvoir, comme si toutes ensemble elles n’étaient que la même voyante recréée sur divers points, par la puissance du dieu dont elles relèvent et qui les prolonge ou les expatrie, sans pour cela les remplacer jamais. Les mythologues qui, dans un besoin d’ordre scientifique, leur ont fabriqué des généalogies et qui les ont fait voyager partout où se rencontrent des oracles, n’ont pas réussi à effacer ce caractère universel de leur type 1S. Parties de l’unité, elles y retournent dans l’opinion de leurs fidèles ; la Sibylle de Cumes qui chez Virgile clôt le cycle des Sibylles gréco-romaines à la fin du Ier siècle avant notre ère, est identique à la Sibylle la plus anciennement connue qu’a dépeinte Heraclite, comme elle est identique à la vieille femme inspirée qui vend ses prédictions au dernier des Tarquins.

Cependant, pour qu’une figure de Sibylle surgisse sur quelque point donné du monde ancien, certaines conditions de milieu ont été nécessaires : Klausen a vu juste lorsqu’il a montré que l’être des Sibylles et le caractère de leurs oracles s’expliquent partout en vertu des mêmes

nourri o par les Muses de l'Uélicon; Plut. Pylh. Or. 9. Cf. Sol. Il, 18; Pans. X, 12;

I sq. ; C. Fr. Hermann, Op. cit. § 37, 4 et 22; et Klausen, Op. cit. p. 207 sq.

— il Pour les Pythies, v. Eurip. Jon , 1357 ; Plut. Pylh. or. 22 et 24; Diod. XVI, 20, et les représentations ap. Jalui, Vasenbilder , p. 2 sq. ; Archacol. Zeit. 1853, p. 131 . Cf. Bouché- Leclercq, Op. cit. I, 351, 36» ; II, 142 sq. ; 152 sq. — 12 Cf. Bouché* Lcclcrcq, ib. Il, 135, qui les appelle des divinités inachevées ; chez Cicéron, Divin.

I. 2, 4 ; 18, 34, la Sibylle prend un lel caractère d'humanité qu'il la compare avec Epiménide. Cf. Phleg. Trall. Mirab. 4. — 13 Klausen, Op.cit. p. 218 sq. el 224 où il y a une tentative d'interprétation qui, comme beaucoup d'autres du même auteur, part «le laits réels pour aboutir à des conclusions inadmissibles ; « Partout ou I on rencontre des Sibylles, il y a des oracles; mais les Grecs d Europe oui des oracles et point de Sibylles; les Germains n’ont point d'oracles. Et cependant ils oui une Velléda et des Walkyries ; les Uomaius n’ont pas d'oracles (?), mais la tradition solidement maintenue de ceux de la Sibylle ».

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phénomènes de la nature et. par la présence, dans les lieux où ces phénomènes se rencontrent, d’un culte d’Apollon La mère mythique de la plus ancienne des Sibylles est Hydolé, c’est-à-dire une nymphe. Ses prophéthies sont la voix des eaux qui coulent et celle des vents qui s’e n go u tirent dans le creux des récifs et des cavernes, dont la résonnance prend dans certains cas comme une articulation de paroles intelligibles2. Elles oracles se lixent dans l’assemblage varié des feuilles d’arbre emportées à l’aventure et qui tendent à former comme une sorte de document écrit, jusqu’à ce que les causes qui l’ont produit le dispersent à nouveau pour l’anéantir 3, Voilà les premiers éléments de la divination par les Sibylles, ce qui en explique l’infinie variété, le mystère et l’inconsistance. Il y en a un autre qui n’a pas été moins bien relevé par klausen : c’est la nature volcanique, ignée du sol, où l’esprit prophétique opère par une sorte de communication avec le feu intérieur. La terre aride et rougeâtre, les émanations sulfureuses se retrouvent dans la plupart des lieux où l’imagination plaçait un oracle Sibyllin; c’est le cas pour Gergis et Marpesoss en Troade, pour Erythrée d'Ionie, pour Cumes et même pour la Sibylle apocryphe de Tibur en Italie 4. Cette coexistence des rochers à l’aspect fantastique et sinistre, de l’eau qui coule souterraine avec de sourds mugissements et enfin des phénomènes volcaniques est, d’ailleurs, en harmonie avec la physionomie même de la Sibylle qui en est l’interprète. Celle-ci nous est présentée partout comme une femme d’âge indéterminé, au tempérament sauvage, emporté et triste, qui se confine dans une inflexible virginité 5. Et ses oracles n’ont besoin d’aucun appareil cultuel comme ceux de Delphes et des temples élevés à Apollon dans les milieux civilisés; la science de l'avenir passe directement, sans aucun intermédiaire factice, dans celle de l'être surnaturel qui la communique aux hommes 11 . Enfin, celte science est généralement subordonnée à quelque événement funeste ou terrifiant, soit qu’elle l’annonce simplement, soit qu’elle suggère le moyen d’en conjurer les conséquences 7.

Comment la Sibylle qu’Héraclite a rencontrée au vie siècle dans l’Ionie asiatique, au voisinage d’Ephèse, s’est-elle répandue en se multipliant à travers le monde hellénique pour aborder sans doute, plusieurs siècles

avant, par l’émigration ionienne, à Cumes d'Italie? Cette diffusion est un des exemples les plus frappants de la faculté qu’ont, non pas seulement les croyances, mais les personnifications mythiques, de se reproduire à la faveur des migrations de peuples 8, partout où ceux-ci vont fonder une nouvelle patrie9. Mais tandis que les héros dont le type le plus frappant est Énéc que la légende lait vivre et mourir dans le même temps sur des rivages divers, n’ont qu’une existence fabuleuse, malgré les efforts tentés par leurs adorateurs pour leur en donner une historique 10, les Sibylles coexistent réellement plusieurs, sans que leur personnalité voyage, par le seul fait de la diffusion du culte dont elles sont les ministres et des oracles qui sont l’attrait principal de ce culte.

Lorsqu’on remonte des Sibylles les plus récentes vers celle qui a le point de départ le plus lointain, on aboutit à une femme dont l’action prophétique s’est exercée non loin de Troie, dans une région où Hérodote nous apprend que la royauté de Priam a survécu après la ruine de la ville et dont le centre le plus important est la ville forte de Gergis ou Gergithe, dans les forêts de l’Ida. Cette ville possédait un temple d’Apollon et un oracle interprété par une Sibylle11. Un peu plus au nord se trouvait un bourg, situé dans un lieu sauvage, du nom de Marpessos, qui partagea avec la ville l’honneur d’avoir abrité ou cette même Sibylle ou une prophétesse analogue l2. Les habitants de la région entretenaient, dès la plus haute antiquité, des relations avec la ville de Cymé d’Eolie, dont les émigrants colonisèrent au xi° siècle av. J.-C. la ville de Cumes sur le golfe de Naples, y transportant avec eux le culte d’Apollon et les oracles de la Sibylle ,s. Et comme Gergithe avait partagé sa prophétesse avec Marpessos, Cymé devait retrouver la sienne à Erythrée, située plus au sud sur le golfe Herméen, voisine, d’autre part, de Colophon et d’Ephèse où l’on signale également une Sibylle u. Toutes les traditions concordent ainsi à faire du pays qui borde l’IIellespont et la mer Egée, depuis llion et Alexandrie de Troade jusqu’à Ephèse el à l’ile de Samos, le berceau des oracles mis sous le nom des Sibylles, pour les rattacher à une première Sibylle qui serait originaire de Gergithe19.

La priorité de cette Sibylle Marpésienne ou lroyenm appelée Héropliilé, fut disputée au cours des âges par Erythrée, colonie ionienne 10 ; en 7Gav. J.-C., c’esten etlet

1 Klausen, Op. cit. p. 205 sq. ; noies 320 sq. — 2 Suit!, s. v. Cour la caractéristique des lieux où s'est implantée la divination sibylline, v. Paus. X, 12, 3 et 0 •Cf. Pouqucvillc, Voyage dans la Grèce, II, p. 248) ; Sleph. Byz. Maopiprio, ; Strab. V, 245; Mart. XIV, 114; Vitr. Il, 7, 1; Amin. Marc. XXI, 1; Hecat. Mil. Fraym. 349. — 3 Virg. Aen. III; 444; VI, 74; ib. 42; cf. Hor. Od. I, 7, 12: domus Albuneae resonantis ; cette nymphe de Tibur fut appelée Sibylle; vid. infra. III. V. encore Scrv. ad Aen. aux passages cités. — 4 V., outre les -textes cités plus haut, f'rop. IV, I, 49; Virg. Aen. VI. 9; Sil. liai. XIII, 786. Une légende grecque, exploitée par Euripide, fait de l.amia, fille de Poséidon et personnilication de l’abîme (xà xàjiux yàcpvxa), la mère de la Sibylle ; Scliol. Pial. Phaedr. p. 315; Varr. ap. Lacl. I, 6. 8; Diod. XX, 41 ; Paus. X, 12, 1. Près de Delphes, l.amia a son repaire dans une caverne du mont kirphis ; cf. Anton, l.ib. 8. A Erythrée on faisait naître et vivre la Sibylle dans un antre du mont Korykos; Paus. X, 12-7. La Sibylle de Cumes demeure dans une grotte prés du fleuve Kétos dont les eaux sont pétrifiantes ; Pseudo-Arist. AJir. Ausc. 95. — 6 Serv. ad Aen. VI, 321 ; Virg. Aen. VI, lu sq. ; 35 sq. ; 42 sq. ; appelée v iryo, ibid. 45 ; 77 sq. ; Ov. Fast. IV, 875; 111, 534; IV, 158; Met. XIV, 132-152; Mail. IX, 30 ; Pelron. Satyr. 48. Elle est appelée encore easta chez Virg. Aen. V, 735 ; innuba ap. Ov. Loc. cit. 142. — 6 Lucr. I, 740 ; Tac. Ann. II, 54; Plut. Pyth. or. 9; Jambl. Myst. III, 2; Chrysost. Homel. 20; in Cor. 22. Cf. Klausen, p. 212; 224 ; Bouché-Leclercq, II, p. 159. —7 Vid. infra IV, les livres Sibyllins ; et DUUMV1BI, p. 435, 2 Sq. — » V. la théorie de la légende géographique ap. Ilild, Légende d'Ênêe, p. 17 sq.; pour la diffusion des Sibylles, v. Bouché-Leclercq, II,

p 164 sq. 9 Hild, p. 20 sq. ; cf. Mommsen, Hist. llom. trad. Alexandre, H,

304 : « Chez les Grecs la légende suit pas à pas et partout les connaissances géogra-

îiquos à mesure quelles s’étendent; et les romans sans nombre de leurs nan r urs errants, transforment en une sorte de drame les descriptions de la terre qu ' >us ont laissées. » - 10 Hcrod. V, 122, VII, 43 ; Strab. XIII, p. 589 ; Athon. i6 ; cf. Sol. Il, 18. Cf. Ileync-Wagncr (Edit, de Virgile), Excursus 3 au livre Mueller, die üorier, I, p. 322; Sclnveglcr, Jioem. Gesch. I, P- 311 -H Sleph. Byz. repyytix Meppaffroç. — l2 Paus. X, 12, 2; Scliol. liât- P 01 et 315; pour l’oraclc de Mermessosou Marpessos, v. Tib. Il, 5. La S.

■sia était identique avec la S. Hellespontia. — '3 11 y a des monnaies de ' ■ ..

1 Eolie qui portent, avec l'image du cheval, une tête de femme tout a fait ic à celles qui représentent la Sibylle sur les' monnaies de Colophon et d Ery u ' ,y. nos figures. Cf. Virg. Aen. VI, 42, et Ov. Fast. IV, 257 qui appellent lajrt^ '

; Cumes Eubèenne eu souvenir de Cymé d’Eubée, colonisée par les Eoliens ' ici. Pont. an. Laet. Inst. I, 6, 12; Paus. X, 12, 3; Scliot. Plat. Phaedr. p. cm. Alex. Gtrom. I. 108. Cf. Bouché-Leclercq, II. p. 168 sq. — H* Luc Alexandrie nous donne probablement l'image d’une Sibylle sous les Irai s mine vaticinant au-dessus d’une grotte ; devant elle est un beigcr debo II ir son bâton et un bélier ; Mionnct, Desceipt. Il, p. 043, n» 99 et Klausen, p-^ ^ > Le 203. O. Mueller après Klausen en a pris texte pour établir la li 1011

ibylle de Cumes, que va consulter Enée lors de son arrivée en Italie, cl J ^ on fabuleuse du héros troyen vers l'Occident avec son admission ans unie des commencements de Rome. — 16 O. Mueller, Op. cit. et °ï Xjilicantur causae fabulae de Aeneac in llaliam adventu , C a iïc2, p. 308 sq.; Klausen, 0\). cit., Aeneas ats h inwanderer, P* - (

|0 sq.; Cf. Ilild, Légende d'Énée , p. 29 sq. ; Schwegler, lioem. es 312 sq.

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à Erythrée et <\ Samos, île voisine, que le Sénat et les Décemvirs S. F. allèrent chercher de préférence le pur esprit de la prophétie Sibylline Gergilhe, d’ailleurs, à celte époque, n’était plus qu’une humble bourgade plus délaissée encore qu’Ilion et beaucoup moins connue*. Il s’élait produit pour la Sibylle un phénomène analogue ,t celui qui avait multiplié les prétentions des villes d’Asie Mineure à l’honneur d’avoir enfanté Homère 3. Colophon qui possédait un oracle que l’on consultait par le moyen de l’eau et une Sibylle qui buvait l'inspiration à la source sacrée, revendiquait, elle aussi, une priorité fondée sur la renommée de son culte ; et Colophon avait pour rivale Samos où prophétisait une Sibylle nommée Phyto *. On a conjecturé avec raison que la tête de femme à l’expression grave qui figure, avec les emblèmes du laurier et de la lyre, sur certaines monnaies de Colophon, représente la Sibylle. Dans tous ces lieux existait un culte célèbre d’Apollon, et les légendes locales faisaient de leur Sibylle ou la fille ou la sœur ou même l’amante du dieu 5.

Il était inévitable que les Sibylles, dans tout l’attrait de leur nouveauté, tendissent à se substituer dans les temples d’Apollon, par toute la Grèce, aux prêtresses traditionnelles qui y rendaient des oracles. Du moins cette substitution est-elle un des faits saillants de l’histoire des Sibylles, telle qu’elle s’établit au déclin du paganisme, au gré de la fantaisie des Périégètes et sous l’influence du philosophisme religieux6. Il est probable qu’àdaros, à Samos, à Délos, où l’on signale des Sibylles, celles-ci n'ont été que les remplaçantes, plus nominales que réelles, des anciennes Pythies ; du moins à Delphes, c’est ainsi que se passèrent les choses7. La Pythie y fut un jour identifiée avec la Sibylle; on disait que comme telle, elle buvait l’eau de la fontaine de Castalie jaillissant du rocher en face du Bouleutérion ; et l’on racontait que née avant la guerre de Troie, elle avait rendu des oracles dont Homère aurait accueilli les vers dans ses poèmes. Et quand la Sibylle se fut ainsi installée8 au centre par excellence du culte d’Apollon, la légende delphique s’attacha à établir la priorité de la Pythie sur la Sibylle qui avait pris sa place ; celle-ci ne fut plus que la néocore d Apollon Sminthien, dans le sanctuaire duquel on montrait son tombeau. Une colonne s’y élevait, témoignant par une inscription des services qu’elle avait rendus au «lieu; tout auprès étaient érigées une statue d’Hermès, dieu de la persuasion, et les images des Nymphes dont la Sibylle avait été la compagne 9. Mais qu’il s’agisse du rayonnement de la religion Sibylline en Troade et dans les villes de l’Ionie asiatique ou que nous la suivions sur le continent grec, où, d’ailleurs, elle n’a joui que d une médiocre faveur, c’est sa parenté avec le culte d Apollon, jointe à son caractère mystérieux et étrange, qui explique sa diffusion.

A ces témoignages d’ordre littéraire et qui seraient plus démonstratifs s’ils étaient contemporains des faits et des légendes qu’ils expriment, nous pouvons joindre quelques monnaies, elles-mêmes d’une époque relativement récente, qui affirment la popularité des Sibylles, dans les centres où elles peuvent revendiquer la plus haute antiquité. La plus ancienne de ces monnaies est sans doute celle de Gergithe de Mysie, bourg distinct de Gergilhe de Phrygie où nous avons rencontré la première Sibylle et où, d’ailleurs, au témoignage de Phlegon de Tralles, on avait aussi frappé des monnaies à son effigie. Celle de Mysie porte au droit une figure de femme (quelques interprètes y ont vu une tête d’Apollon) qui frappe par son exprès- Fig 639l-~ u Sibylle de Gergilhe.

sion grave et même irritée;

au revers, il y a une image de Sphinx, qu’on a interprétée comme un symbole de prophétie funeste ou de châtiment consécutif à une violation des prescriptions de la Sibylle (fig. 6391 ) 10. La sphynx elle-même est appelée chez Sophocle, la vierge prophétique aux ongles crochus et l’on a conjecturé, avec raison semblet-il, que son type farouche a dû fournir des traits à celui de la Sibylle ".

A Erythrée nous trouvons une monnaie dont le droit représente une tête de femme aux cheveux hérissés, auxtraits irrités, le revers un flambeau allumé (fig.6392 )’-■ De même provenance et plus intéressante est la monnaie qui montre une femme assise sur un rocher, le haut du corps nu, la tête en partie voilée par la draperie qui enveloppe les jambes, la main droite levée dans un geste de persuasion que l'on peut interpréter par un geste de vaticination ; l’exergue mentionne la ôgovota des colons deChio qui s’étaient établis à Erythrée (fig. 6393) 13. Ces représentations, avec celles de Colophon et d’Alexandrie en Troade plus haut citées, ont toutes le même caractère indéterminé, quant à l’identité de la Sibylle. On en peut dire autant d’une monnaie de Cumcs où figurent, en plus de la tête de femme, soit un oiseau aquatique, soit un crabe sur un coquillage11. L’interprétation par la Sibylle est cependant probable pour toutes, les attributs et la provenance suggérant, plus

Fig. 6392. — Fa Sibylle d’ Erythrée.

Fig. 6393. — La Sibylle rendant des oracles.

^erv.adAen. VI, 321 ;Tac. Ann. VI, 12; Slrab. XIV, 645 et XVII, 814 ; Lact. 1,6, 14 i Mp avait été détruite par Atlale, oncle de Philippe de Macédoine, en 335 av. J.-C. (l11 avait môme inventé une Erythrée en Troade, alin d'élablir la filiation de la Sibylle I I°nio avec la plus anciennement connue; L)ion. liai. 1,55. — 3 Bouché-Lcclercq, ’ P '33 8f|. ; p. 1 47 , note. — 4 Suid. s. v. EtSiAXot ; Arist. ap. Macr. I, 18; Tac. j J'i 34: Jambl. Myat. III, 2 ; Tib. 11, 5, 68. — 5 Mionnel, III, p. 75, n“ 104- S"PPI- VI, p. 93, n° 92-95. Cf. Klauscn, p. 215, note 344. — G Bcrnhardy, der griech. Littcrat. t. II, p. 243 (4° édit.). Pour l’auteur qui a écrit a lill'M attire sibylline des pages aussi documentées que judicieuses, on doit euh "■ * * CI *CS comme relativement récentes et isolées dans l’histoire des

Srccs ; en somme elles n’y ont pas occupé une place éminente. — 7 Plut. V,J °r- 9 ; Pa»s. X, 12, 1, 5; Clcm. Alex Strom. I, 304; Diod. IV, 66; Chron. ^ 1 Il 8. Pour le trépied, emblème de la Sibylle v. Prop. IV, 1,

aillaut, Numism. Manlia; cf. infra, V. — 8 Paus. X, 12, 5 et 6- A Delphes

même. la Sibylle s’identifia avec Artémis, ibid. 2 et Suidas, s. «. Les Détiens avaient des hymnes en l'honneur d’Apollon dont la composition était attribuée ii la Sibylle; cf. Bouché-Lcclercq, II, p. 179 sq. — 9 0. Mueller, Dori et', I, p. 341 sq. — 10 Sleph. Byz. rÉpuç. La monnaie (notre lig. 6391), décrite par le lexicographe qui se réfère à Phlégon de Tralles, est tirée de Klauscn, Tab. I. n° 11; cf. ibid. p. 203 et 303, note 436. Dumersan, Cab. AU. pl. xu, 10 et p. 73; Mionnct, Suppl. V. p. 359, tiennent pour une tête d’Apollon ; cf. du môme, Descript. III, n° 534. Ces monnaies datent des temps macédoniens. — n Soph. Oed. II. 1200; Schol. Eurip. Phoen. 45. Cf. Bouché- Leclercq, II, p. 195, note t. — 12 Dumersan, ibid. pl. xiv, 24, p. 85 et Klausen. Tab. 1, 12 (— notre fig. 6392). — 13 Celle-ci est à dater des temps romains ; Dumersan, pl. xv, l et Klauscn, Tab. 1, 13 ; Mionnel, Suppl. VI, P- 213, n«* 897, 948 (= notre figure 6393). — H Mionnct, Suppl. I. p. 238, n°® 271, 276; cf. Klauscn, p. 247, note 402.

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encore que la tète elle-même, l’idèe de la vierge' prophétique. Mais s'il fallait une preuve que la personnalité ele- la Sibylle n’a obtenu que très tard, en Grèce, la renommée officielle, la rareté et le vague de ces représentations, les seules connues jusqu’à présent, suffiraient1.

II. La Sibylle de Cumes. — Il est question d'elle pour la première fois dans le traité de Mirabilibus, qui porte le nom d’Aristote. Mais ce traité n’est pas d’Aristote; il a dû être composé au plus tôt vers l’an 240 av. J.-C. « On montre à Cumes, y est-il dit, une chambre souterraine où habite la Sibylle de Cumes qui y rendait des oracles; on raconte que née à une époque très reculée et restée vierge, elle y résida durant de longues années. Les unes la prenaient pour la Sibylle d’Erythrée; d’autres, qui habitent l’Italie, la considèrent comme étant de Cumes ; d’autres encore l’appelaient « Melankraera ». Ce dernier nom de Sibylle est connu de Lycophron qui la fait originaire du mont Ida2 *. Si vague qu’il soit, le témoignage des Mirabilia est intéressant, d’abord en ce qu’il parle de la Sibylle de Cumes comme d’une figure légendaire à placer dans un passé lointain, ensuite parce qu’il la rattache au berceau historique des premières Sibylles, c’est-à-dire à Erythrée, alors que, sous le nom de Melankraera, on la faisait aussi remonter à la Troade même qui fut leur berceau mythique: c’est-à-dire qu’elle se confondrait avec la Sibylle Troyenne8. Et enfin l’auteur se référé, non à des traditions helléniques, mais au témoignage des Italiens en personne, ce qui suffirait avec d’autres particularités du même traité, à en rapporter la composition à une époque relativement récente, dans tous les cas postérieure à Aristote4.

Si nous rappelons que Cumes fut fondée par une colonie venue d’Eolie en l’an 1050‘av. ,I.-C., peut-être en passant par Chaleis et Erélrie d’Eubée où existait également une bourgade nommée Cymé 5 ; qu’elle édifia sur le golfe de Naples le temple d’Apollon Zostérios dont la légende attribuait la fondation à Dédale lui-même6 *, il est légitime déconsidérer la Sibylle de Cumes, autant du moins qu’il est permis d’appliquer la notion du temps à un être fabuleux, comme contemporaine des plus anciennes prophétesses, telles qu’on les peut conjecturer aux confins les plus reculés de l’histoire légendaire en Asie Mi neure. De toutes les Sibylles connues, celle-ci va devenir, dans le monde soumis àl’infiuence de Rome, la plus célèbre, grâce à la fable d’Ênée, fondateur d’une royauté troyenne dans le Latium. Le témoignage des Mirabilia nous dit tout ce qu’il est possible d’en savoir antérieurement aux guerres Puniques: mais on racontait à Rome

1 Pseudo-Arist. Mir. Anse. 95. Ce traité ffui figure sous le nom d'Aristote dans les

manuscrits colligés par ncKkcr ncsl pas mentionné dans les listes authentiques d’ouvrages que nous ont conservées Hesychius, Diogène Lacrce, etc., ni dans celle qui fui rédigée par l’ordre de Plolémée l'hiladclpfie ou de Ploléméc K vergé le cl que Steinsciincider a restaurée d’après les textes arabes (édit. Berlin, V, p. 1463, p. 1475). Des recueils analogues aux Mirabilia ont été allrilmés aussi à Timéc, à Aristoxène, à Anligonc de Cary^le. I.a partie la plus étendue de ce dernier (cli. 25 à 1 15) contient des

extraits de Yllisloria Animalium d’Aristote. Cf. Wilamovilz, AnLiyonos von Karyslos, 1881, p. 25, p. 32 (note communiquée par M. A. Rivaud). — 2 Lyeophr. Alex. 1964 ; Tzetz. ad l. ; Arrian. ap. Euslalh. II. II, 814. Cf. Paus. X, 12, 8. — 3 Bouché-I.cclercq, II, p. 173. Le surnom a sans doute été tiré de l’obscurilé des oracles : obscuris vera involvens (Virg. Aen. VI, 100). — 4 V. Ilild, Légende

d Énée, p. 18 sq. La connaissance des régions occid n laïcs est vague encore chez les Grecs au temps d’Alexandre le Grand; cf. Droysen, Athen und der Wcsten ver der siciliscben Expédition , 1882. — 5 Euscb. Cliron. p. 100 (Edit. Seal.);

S Ira h. V, 4, p. 394; Vcll. Patcrc. I, 4. Pour Cymé d’Acolje, v. Slrab. XIII, 622.

- 6 Virg. Aen. VI, 14, avec les commentateurs. — 7 Dion. Mal. IV, 62; v. ruiuxt-

vi ri, II, 2, p. 42C, note 4. les autres textes. — 3 Scrv. ad Aen. VI, 36; 72; 321.

Cic. Üiein. I, 18, 94; I.act. I, G. il ; 14. Cf. Klausen, p. 310 sq. — 9 Varron rat-

que, vers la fin du règne de Tarquin le Superbe une vieille femme d’allure mystérieuse vint, offrir au roi m, recueil d’oracles et qu’à partir de ce .temps, ceux de ces oracles qu’il se décida à acquérir, furent déposés au Capitole, dans le temple de Jupiter, parmi les monuments officiels du culte romain ’. Comme la garde en fm confiée à un sacerdoce spécial, celui des «uumviri sai ms FACiUNDis, institué à cet elfet et en fonction dès les débuts delà République, il n’est pas téméraire d’affirmer qu’à l’époque même où Heraclite décrivait la Sibylle unique de l’Ionie, Rome la connut sous les mêmes traits et avec les mêmes prérogatives, soit par Cumes et à la faveur de la propagation du culte d’Apollon 8, soit par Agylla et Caeré d’Etrurie qui, dans le même temps entretenaient des relations avec Delphes où la Sibylle d’Ionie s’était alors acclimatée9.

Cependant, les auteurs latins de la fin du ni” siècle av. J.-C., comme Naevius, suivi de près par les annalistes C. Acilius Glabrio, Volcatius etCalpurnius Pison, ne connaissaient encore cette Sibylle que sous le nom de Cimmérienne , en la localisant dans la même région volcanique que la Cuméenne des Mirabilia et de la légende postérieure d’Enée10. Le mystère géographique que cache cette dualité et qui fut consacré par le poème de Naevius sur la première guerre Punique, prouve qu’à Rome même la Sibylle du golfe de Naples n’était pas encore celle du temple de Cumes ; et si les annalistes ont adopté d’abord la Cimmérienne de préférence, c’est qu’ils entendaient prouver qu'ils avaient lu l'historien grec Ephore, lequel localisait les Cimmériens de P Odyssée dans les parages du lac A ver ne, et leur attribuait un oracle en rapport avec l’aspect terrifiant du paysage11. Lorsqu’on s’avisa ensuite que. Cumes possédait un temple vénérable d’Apollon, où sans doute prophétisait une Sibylle, toute la réalité personnelle passa à cette dernière ; pour simplifier les choses on raconta qu’Enée avait enterré sa rivale Chaîné rienne dans Pile do Prochytc l2. C’est d’après celle légende, ainsi mise au point par une science à la fois sublile et puérile, que Virgile corrigea Naevius et donna n la Sibylle de Cumes son rôle définitif qui lit d’elle la Sibyle par excellence, figure d’un relief puissant que n’eut jamais aucune Sibylle d’origine hellénique13.

La rivalité de Rome et de Carthage, qui donne aux premiers chants de Y Enéide une signification d’histoire générale, a été par Virgile empruntée à Naevius. Mais, éclairé par les événements des deux siècles écoules, Virgile y put ajouter celle de la prédestination myslerieuse qui avait conduit Rome à la domination univer-

tachait les oracles de Borne à Eryl hrée. non à Cumes ; v. Scrv. ad A en . II. - ,’1, 351 . Cf. I.acl. loc. cil. qui cite en plus comme partageant la môme opinion Fencsl' H.. Pausanias, X . 15,8, dit formellement que Cumes ne possédait point de reçut ils >1 ■ ■ clcs, mais seulement une liydric en pierre où I on disait enfermés les ossemenl- 1 1. Sibylle. Cependant, Ilicls a démontré que le rôle joué par Apollon dans la pi .ù 11 romaine des oracles Sibyllins s'explique surtout par l’origine cuméenne dt l 1 des Sibylles. V. Sibillinische Blaelter , p. 51. — ,u Varr. ap. Laet. I. b ■’ ■ LlSu'/./.a; Aurel. Vict. De orig. 10. — 11 Epbor. ap. Strab. V, I, 5; l'bn.

111,5,0; Vilruv. IL 6, 2; Clironic. l'asch. p. 201. Cf. Bouclié-Lcclcrcq, M, P- |s ’’ — 12 Vid. infr. lit, ce tpii est relatif à la Sibylle sicilienne de Lilybôe. 1,1 h" début du sixième client de l 'Enéide, il faut faire étal de la IV° Lgb (a l o11"16 ^ la naissance de l’enfant merveilleux doit ramener l'âge d’or prédit par la 1 ; Cumes : UUima Cumaei venil jam carmini s aetas (v. 4) ; Maijnus ah inleg1 u ^ clorum nascilur ordo , ele. Cf. Scrv. commentant ces vers et Cartault, les « Bucoliques » de Virgile, p 217 sq., V. chez Klausen, p. 205 sq., 1 ana l prophéties Sibyllines, fortement teintées de judaïsme où so retrouve e viciv ^ des prédictions loutcB païennes illustrées par celle Egloguc. L hislont !

un pendant avec Vespasicn venu il’Orient pour être empereur, comme I lin chanté par la Sibylle ; Joseph. Bell. Jud. VI, 31 ; Tact, llist

lu du 'b-

ist. V, 13; Suct. »'«*/>•>•

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ll(i accompli l'arrêt des destinées chantées par les s,], viles dans la personnalité d’Auguste, descendant Yl’’iiécel favori de Vénus en mémo temps que d’Apollon '.

I |(„rende du héros troyen, abordant sur les côtes de l’Ilcspérie, avait été recueillie parle Sicilien Stésichore oours du vie siècle2. Naevius, peut-être en suivant l’hislorien Timée, le (il atterrir dans la région volcanique (ln .rolfe de Naples dont le sol devenait l’entrée du s('.joiir des morts, dont les grottes où s’engouffraient vce bruit les vents et les eaux étaient un sanctuaire [mit indiqué pour les oracles de la Sibylle : jamais encore la divination, dont celle-ci était le ministre, n'avait trouvé de théâtre plus approprié à sa nature et à ?a fonction3. *

La célébrité de cette Sibylle est en grande partie l’œuvre ,1,, Virgile. Appelée Dêmo par les uns, par les autres Dômophilé, nom rappelant Ilérophilé qui désigne la Sibylle d’Erythrée, elle se change chez Virgile en Deiphobé cl devient fille de Glaucus, lequel n’est pas sûrement f.kmcus le Marin, mais plus probablement Glaucus le fils de Mi nos ; sa mère est la magicienne Circé4. Son être purement fabuleux se précise sous la plume du poète qui idéalise en le décrivant les traits d’une légende de caractère populaire. Elle est la femme qui prophétise par énigmes, n’a point d’âge déterminé, à peine une généalogie, jamais de descendance. Cependant elle est vieille parce que la vieillesse est symbole de sagesse et d’expérience ; son allure a quelque chose de farouche et d’emporté B. Le poète la compare â une cavale que dompte Apollon par le frein et par l’aiguillon pour la rendre docile à son soufllc inspirateur. Dans l’opinion des hommes, elle a reçu du dieu un nombre d’années égal à celui des grains de sable que sa main ramasse sur la grève. Immortelle à la façon de Tithon, jusqu’à se dégoûter du don de l’immortalité, elle est bientôt si décrépite qu’il n’existe plus de son être matériel qu’une voix sortant comme un souffle d’un résidu de corps sans force et sans ligure6. On la montre aux curieux dans une ampoule et quand les enfants lui demandent: Sibylle, que veux-tu? elle répond : je veux mourir! Si une autre prophélesse prend sa place dans la grotte où se rendent les oracles, on ne cherche à savoir ni qui elle est, ni d'où file vient; l’on préfère croire qu’à travers les siècles, cest la même voix qui prophétise toujours1. Mais Virgile ne paraît pas avoir connu à Cumes de Sibylle sous les traits d’un être réel ; l’art déployé par lui dans YÉglogue à l'nllton et dans les parties justement célèbres de Y Enéide, 0,1 *a prophétie Sibylline rattache la dynastie d’Auguste “ 'a royauté de Priam en Asie, a eu une influence pré-

J v>'g. Aen. I, 284 sq.; IX, 042; VI, 773 ; Georq. III, 93; llor. Carm. Sa ' SAKCL i.Anes lu ni, p. 9S9, I ; 993, 1 sq. Pour les Aencades et la Sibylle, ' 1111 ■ XX, 293 sq . ; ffpmn. Aphrod. 197 sq. ; Virg. Aen. III, 97 ; Slrah. X

~ ~ 2 ^bwegler, Ilocm. Oeschicbte, p 298; IliM, Légende dé /'.'née, p. 13, el chez Monllaucon, Ar,t. expliquée, IV, 2. — 3 Klausen, p. 210 s ^ ^ ■ U' ) ne- Wagner, édit. Virg. Aen. VI, excursus aux vers 237 sq. — 4 Paus. ; VaiT' «P- Lact- h 6, 9; Virg. Aen. VI, 30, III, «I sq. ; 452. Fille de Cil ""'1° U après une ancienne légende, Sihyll. Carm. III, 84. — 5 Acn. ti a Vl, « sq. ; 77-83 ; 97-192 ; 255-204 ; Ov. Met. XIV, 102 sq. ; pâle im ' ' Virgile (V. surtout 104, 107; 150). Cf. Serv. ad Acn. VI, 30 et 321 ; 79. I’. y ! j :l^lrl’° énigmatique de ses prédictions, ce qui l'assimile à ta Spliy Ul1' ! scl/4‘ I, 1, 23 ; has quidam non credo nisi Sibylle leyerit, Inter prêt, potesse neminem. Cf. encore TU). Il, 5, surtout 03 sq. — 0 Pctron. 48;

■ fins X |9 n , 1 '

<lr l-i s ' °U cc semblant de vie n'existe plus et où l’on ne montre ]

. ' ’ e fluo ‘tos ossements dans une liydrie en pierre. — 7 Sur ce caracl — \ |'"c dcs Sibylles; cf. Klausen, p. 211 sq. el Bouché-Loclcrcq, II, p. 138 Antl|| ,a°£lie à fol lion ne chante encore (ami. 40 av. J.-C.) (pie la Sibylle " lt,0*ecteur de la Gens Ju/ia , le dieu qui avait une affection spéciale p

SIM

dominante sur l’opinion du monde gréco-romain à partir du î1"’ siècle. La part énorme faite aux oracles Sibyllins dans les conflits religieux du temps jusqu’en plein moyen âge eût été bien réduite, si Y Enéide n’avait fait de la prophétesse, jusqu’alors figure indécise, une grande figure épique8.

Cependant, si à Rome même les oracles continuent à rester en honneur jusqu’à la chute définitive du paganisme officiel [oiiAcm.UM j, nous savons qu’au début du ivc sièclecelui deCttmes a depuis longtemps cessé de fonctionner. Dans le traité, faussement attribué à Justin, de la Cohortatio ad Gentes, est racontée une visite faite aux lieux illustrés par Virgile 9. La grotte fameuse ne rend plus d’oracles; il n’y a même plus de consultation par les sorts , c’est-à-dire par les feuilles de palmier marquées de caractères mystérieux et que chacun, à défaut de la Sibylle, interprétait à sa guise. Aujourd’hui, au pied du rocher où s’élevaient la ville de Cumes et le temple d'Apollon, on montre la caverne: horrendaeque procul sécréta Sibyllae , anlrum immane,a ; mais rien n’est moins sûr que cette identification. Les éruptions volcaniques des années 73 et 79 av. J.-C. ont dû modifier profondément l’état des lieux et ce qui, sur la foi de Y Enéide, nous est présenté comme l’ancienne demeure de la Sibylle, n’est, suivant toute vraisemblance, que la ruine d’un chemin creux qui menait à Baies".

111. Les dernières Sibylles. — A côté des Sibylles dont nous venons de raconter l’histoire et qui ont toutes ce caractère commun de nous être connues par un texte et des monuments assez anciens pour que leur existence légendaire et leur origine païenne soient hors de doute, il en est d’autres qui ont été inventées dans des temps relativement récents et assimilées aux premières, soit par des rivalités d’influence religieuse, soit uniquement par la fantaisie des archéologues, des théologiens et des PériégèLes. La plupart de celles-ci n’ont pour la science des antiquités qu’un intérêt médiocre; d’autres, à cause des oracles mis sous leur nom, trouvent place surtout dans l’hisLoire des idées religieuses au déclin du paganisme et dans les conllils d’opinions philosophiques el de croyances pieuses qui, jusqu’au triomphe du Christianisme, ont agité le monde ancien ".

Si nous récapitulons, non dans l’ordre chronologique qui nous échappe, mais suivant les seules données numériques, les divers canons des Sibylles connues, nous constatons que parties de l’unité avec TIéracl ite, elles sont, plusieurs en Grèce à peu près deux siècles plus tard; Aristote les nomme ainsi en compagnie des Bakides. L’unité a des partisans encore plus tard, alors

César; voy. Cic. Ep. fam. X, 31, 3. Après Aclium les destinées sont accomplies cl Y Enéide reprend, an profit d'Auguste, le thème des prédictions réalisées, III. 97; IX, 448 ; VI. 752 et Plnnud. Excert ; Dio Cass. ap. Mai, Script. Vct. Il, 530 : » L’oracle de la Sibylle avait prédit «pic le Capitole serait la tète du monde jusqu'à la consommation «les siècles ». — 9 Coliort. ml nent. p. 350, ch. 32. Sur le caractère et l'attribution «le cet ouvrage, vov. Draosckc Hcr Vcrfasser der faclschlich Justin bcigelegten *ta, a«l h. loc. dans la Zeitschrift für Kirchc.ngcsellschaft, VII, 257 sq. Cf. pour l’extinction des oracles à Cumes, Paus. X, 8, et Maas, de Sihyll. indic. p. 11. — 10 Aen. VI, 10; Serv. Cic. Divin. I, 43, 98; T. Liv. XLtll, 13; Jul. Obseq. 114; Flor. Il, 8, 3 ; une inscription trouvée à Cumes, Orclli, 1 437, apollini cumano qu. tinrius rufus. — B Cf. Alexandre, Excursus ad Sihyllinos libros , p. 51 sq. ; et Boucbé-Lcclercq, II, p. 185, avec la note I. — là Sur ces questions «pii ont été depuis la Renaissance jusqu'à nos jours, l'objet de travaux nombreux, v. la bibliographie chez Alexandre, Op. cit. in fine ; catalogus Mblioyraph. Sihyll. avec un supplément, 2° é«lit. Paris, 1809, des Oracula Sibyllina ; Bernbardy, Grundriss der Gricch. Litter. IIe partie, 1 3" édit., p. 447 s«j. ; Bouché- Lcclerc«i, II, p. 133, note 1.

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que circulent des listes plus ou moins chargées1; Pausanias cite des prophéties de la Sibylle unique sur un tremblement de terre à Rhodes, sur les deux Philippes de Macédoine, sur la défaite des Athéniens à Aegos Potamos (celle-ci à côté d’un oracle attribué à Musée), et sur un combat près de Thyrea entre Lacédémoniens et Argiens. Mais ailleurs, il parle d'Hérophilé comme de la plus ancienne, et il la fait voyager de Marpessos à Samos, à Claros, à Colophon, à Délos et à Delphes, qui pour d’autres avaient des Sibylles spéciales; il connaît également, avec les Sibylles d’Erythrée et de Gumes, une Sibylle Egyptienne, une Babylonienne, une Hébraïque: sa tendance cependant est de ramener toutes ces figures à l'unité2. Un auteur du vc siècle de notre ère, sur la foi de témoignages plus anciens, en admet deux, celle de. Gergithe qu'il nomme Ilérophilé et celle d’Erythrée qui aurait émigré à Cumes et qu’il appelle Symmac/iia3. Puis nous voyons varier leur nombre de trois à dix et même à douze, sans qu'il soit possible, pour la plupart d’entre elles, de préciser ou leur origine ou leur filiation. On devine seulement que les chiffres les plus forts sont le résultat d’une systématisation par des auteurs soucieux de n’en omettre aucune 1 ; et quant à leur existence, plus nominale que réelle, elle s’explique par le besoin, dans certains milieux, de se créer une influence religieuse sans emprunter la Sibylle du voisin 6. Le canon le plus digne d’être connu est celui de Varron, parce qu’il fixe, sans doute avec exactitude, les idées de la science gréco-romaine à la fin de la République. Il comporte dix noms cités sans ordre ni logique, ni chronologique, comme il convient dans une matière où tout est incertitude et arbitraire6: Sibylles Persique, Libyenne, Delphique, Cimmérienne, Erythréenne, Samienne, Cuméenne, Ilellespontique, Phrygienne, Tiburtine. De ce nombre, sept reviennent aux pays de Grèce et d’Orient, trois à l’Italie. Elien en connaît dix également mais n’en nomme que quatre, celles d’Erythrée, de Samos, d’Égypte et de Sardes en Lydie ; Clément d’Alexandrie se borne à quatre qu’il choisit parmi celles, plus nombreuses, qui avaient cours de son temps; elles ont, comme celles de Pausanias, une signification synthétique : la Persique, l’Erythréenne, l’Egyptienne et l’Italique. Le canon le plus étendu, conçu avec la préoccupation d’égaler le nombre des Sibylles à celui des Apôtres, est celui du Chronicon Pascale , compilation assez érudite de science ethnographique rédigée au xc siècle ; elle en admet douze, dont les dix du canon Varronien et en plus les Sibylles Judaïque et Rhodienne7. Cependant il y aurait lieu de compléter ces momenclatures par d’autres Sibylles encore,

parmi lesquelles il en est d'intéressantes. Ainsi h si,, lionne n’est nommée nulle part chez les auteurs <pij , f fait des classifications; et l’on sait que la commUsi qui Bit chargée de reconstituer les oracles brûlés en 8ï av. J.-C. au Capitole, en fit rechercher même en Siril, Celte île eut, en effet, sa Sibylle, comme la Sardaigne dl la sienne 8 ; le sanctuaire de la première était an promontoire de Lilybée où l’on montrait son tombeau et où subsistèrent, jusqu’au moyen âge, des superstitions qui continuaient le culte d’Apollon 9. Des monnaies de Lilybée à l’effigie de ce dieu avec l’emblème du serpent et du gryphon témoignent en faveur d’un oracle10 - et comme nous sommes voisins du mont Eryx où s’élevait un des temples les plus célèbres de Vénus Aénéade on retrouve l’association d’idées et de croyances qui, dans le Latium, acclimata la légende d’Énée arrivé de Troie sous la conduite de sa mère et d’Apollon 11 .

Une Sibylle exclusivement latine est celle de Tiburqui n’était anciennement qu’une nymphe locale, Albunea personnification d’une source d'eau sulfureuse qui donna lieu à un oracle. Cette nymphe fut, sur le tard, par l’effet de la popularité générale des Sibylles, identifiée avec ces dernières12. Mais les poètes du règne d’Auguste ont réservé le nom de Sibylle à celle de Cumes et maintenu à Albunea son caractère latin. Lactance qui la met au nombre des Sibylles, raconte, d’après Varron, qu’on trouva sa statue portée sur les eaux de l’Anio et qu elle tenait dans la main le livre contenant ses oracles. Ce recueil fut admis, comme ceux des Sibylles et des frères Vlarcii, parmi les documents officiels de la religion romaine13. Suidas la nomme la dixième dans le canon des Sibylles reconnues de son temps. On pourrait relever, même chez les poètes du temps d’Auguste, à plus forte raison dans les écrits des antiquaires et des mythograplies, d’autres identifications avec le type Sibyllin des nombreuses personnalités féminines qui, dans le culte romain, possédaient la faculté divinatoire ; mais ce sont là des inventions restées sans écho dans l’imagination populaire “. A plus forte raison, faut-il rejeter les hypothèses de certains modernes qui ont transformé en Sibylles les Carmentae, Egeria, Mephilis même, et en général les Nymphes prophétiques de Grèce et d’Ilalù 1 Dans la Grèce proprement dite, les Sibylles n’ont pas la fréquence que nous constatons en Asie Mineure, dans les colonies ioniennes de la mer Egée et de la mer Tvrrhénéenne. Nous avons cité plus haut une tentative d’absorption de la Pythie de Delphes par une Sibylle venue d Asie,

et aussi une Sibylle qui à Délos aurait composé des hymnes

en l’honneur d’Apollon16. Du même genre, mais encore

1 C’est au singulier que nomment la Sibylle, non seulement des auteurs, païens de l'époque classique comme T. Liv. I, 7, etc., Tac. Ann. VI, 12, mais plus lard les Sibyllislea, commentateurs néoplatoniciens, juifs et chrétiens, des oracles, et même la liturgie catholique au xiu* siècle dans la prose du Dies irae. — *- Paus. Il, 7, t ; VII, 8, 8 ; X, Il cl 12; ib. 12, 7, 8, 9.

— 3 Mai l. Cap. Il, 159. — * Scbol. Aristoph. Av. 962; Tzelz. Lycophr. 1278; Auson. XXVI, 2, 85; Clem. Alex. Slrom. I, 21, p. 384; Acl. Var. Hist. XII, 3»; Suid. v. v. — 5 Sur ces rivalités, v. Bouché-Leclercq, II, p. 154 sq.

— 6 Varr. ap. Lact. 1, 6, 8; cf. Isid. Oriij . 8, 8 ; Suid. >’. v. ; Schol. T at. Phaedr. p. 244. — 7 Chronic. Pasc/t. p. 202, édit. Bonu. Cf. Bouché-Leclercq, II, p. 167, note. — 8 Sol. 5, 7 ; pour la Sardaigne qui conuul la Sibylle par les migrations de la légende d’Enée, v. Ael. Var. Hist. XII, 35; Phavor, EtSuXXu. il en est de même d’une Sibylle de Lucanie; Suid. loc. cit. Il y a près d'Isola un Monte delta Sibylln. Cf. L)enon, Neapel und Sicilien, VI, p. 30. Cf. Paus. X, 17, G, 7 ; T. Liv. XL, 19 ; XLl, 6, 12; Sil. Ital. Pm/î. XII, 344 sq. ; Plin. Hist. N. III, 7, 13 et Salluste, cité par Scrvius, ail Aen. I, G05. — 9 Dorville, Sicula, I, p. 57 ; et Klauscn, p. 223, note 35G. — 10 Mionnet, I, p. 249, n°» 34G, 347; 351. — 11 Pour les rapports de la religion de Véuus-Astarté honorée au mont Eryx, v. klausen, p. 283 ;

IJild, Lét/ende d’Énée , p 34; Preller, lioem. Mijtli. II, 313. Le culte fut inlrfxlmt après le désastre de Trasimènc et Vénus Erycine associée à Mens; T. Liv. ' I 9, 10; XXIII, 31, 9; XL, 34, 4 ; Ov. Hast. VI, 241 ; Plut. Eab. Max. 4. Plus lard Vénus Erycine entra pour sa part dans les légendes exploitées en faveur de I * !"’ pularité de César; Cic. Divin. Il, 54, 110; Stiet. Caes. 79; Plut. Caes. 111 Cass. XLl V, 15. — 12 Virg. Aen. VII, 81 sq. ; Tib. V, 09 ; Varr. ap. Lact. I, <U- Scltol. Plat. Phaedr. p. 31G. — 13 Les rapports des frères Mardi avec les |"" 1 lions Sibyllines de Borne, rappellent ceux des Bakidcs avec les Sibylles 1 7

premiers auteurs grecs qui les nommèrent les uns et les autres; v. supi Serv. ad Aen. VI, 7d cl Marquardl-Mommseu, Handbuch, VI, p. 354 avec les •' ^

cités. — 14 Ainsi Carmentis ap. Aug. Civ. D. IV, 11 ; Aul. Gcll. X\ I, P’ Quaest. Rom. 5G ; Clem. Alex. Strom.l. p. 340; de même Amalthea, '',l " avec la Sibylle de Cumes ; cl la nymphe lierjoé, d'origine Etrusque. I oui < J v. Mueller-üceke,- die Etrusker, II, 30 et passini. Pour Carmentis, ' • ^ 1 ap. Roscher, Ausf. Lexi/con, I, p. 852. — 15 V. ScheifTclé, dans la Reakm '/ de Pauly, VI, p, 1150, d’après Hartung, Religion der Roemer, L P- 1 ^ J

— 10 Paus. X, 12, 2; Suid. v. v.\ Plut. Pyth. or. 9; Diod. IV, GG, cl. Leclercq, II, p. 180, note 3.

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moins certaine, est la Sibylle de Dodone qu’on peut idenlilier avec Phaennis, fille d’un roi de Chaonie, qui vivaitau (1. sjôcle avant notre ère et dont Pausanias qui, d’ailleurs, i„. lui donne pas le nom de Sibylle, cite quelques oracles versifiés'. Toutes ces figures sont trop vagues et leur histoire trop incertaine pourqu’il y ait intérêt à y insister : .j ]a seule quimérite une mention est la dernière, que Virgile a dû connaître puisqu’il profile du séjour d’Ënée eu Épire,où il se rencontre avec Ilélénus, pour préparer lu rencontre du héros avec la Sibylle de Cuines 2.

C’est au déclin seulement des religions grecque et roiii, iine, alors que la faveur des oracles nouveaux amène le discrédit de la divination traditionnelle, qu’on fait remonter les Sibylles au delà du temps d’Homère3. Alors non seulement les pratiques auxquelles les Sibylles président, mais les textes dans lesquels on cherche l’expression de leur savoir, sont considérés comme antérieurs à la poésie épique, et celle-ci comme une sorte d’émanation de leur sagesse. Cette opinion fut plus tard exploitée par les apologètes chrétiens qui, se faisant de cette antiquité prétendue un argument contre le paganisme, présentaient les Sibylles comme contemporaines du déluge et disaient qu’Homère avait plagié leurs oracles dans ses poèmes 4. L’influence juive à Alexandrie inventa une Sibylle qui de babylonienne devint chaldéenne et judaïque; on la donnait comme la femme d’un fils de Noé-et on lui prêtait des prédictions relatives à la tour de Babel, aux victoires d’Alexandre le Grand et plus tard à la venue du Messie. Quelques-uns l’identifiaient avec Sabba ou Sambelhe, la reine fameuse de Saba qui fut la confidente lointaine de Salomon et sa conseillère8.

Ce qui appropriait le type de la Sibylle à cette survivance, inventée pour le besoin d’un temps de polémiques aussi confuses qu’universelles, ce lut le caractère indépendant de leurs prophéties qui se prêtaient à l’expression de toutes les croyances, de toutes les formes du philosophisme religieux". Elles étaient venues en Grèce durant la période obscure que Lobeck définissait, en l’appelant le temps où les philosophes poétisaient, où les poètes faisaientde la philosophie ; où, comme, au-dessus d’une région enveloppée de nuages, les sommets seuls émer- •geaient, tandis que le sol et les fondations se dérobaient auxregards1. La sagesse des premières Sibylles, fille équivoque de l’épopée primitive, fut un de ces sommets ; cest par là qu’elle survécut au paganisme d’où elle était issue et qu’elle put maintenir jusqu’en plein moyen âge une autorité facile à exploiter au profit des croyances nouvelles. Sous un nom qui se prêtait à toutes les nou¬

1 J"5' G *-> 10. Ce sont des écrivains re'ativement réccnls comme am lil i(|ue qui confondirent les Pythies et les prêtresses de Dodone avec les lk-s , cf. Klauscn, p. 221, et Bouclié-Leclercq, il, p. 183. — 2 Aen. III, 10 s,l' ~ 3 t’aus- X, 12, 1 et 2; Atlicu. XIV, p. 037 ; Clcm. Alex. Strom.

I1- 304. Ci'. Bouclié-Leclcrcq, II, p. 147, note. — 4 V. la légende racon-

" I1»1' Alexandre do l'aphos (Enslatli. Odyss. XII, 63) d'après laquelle Homère 1 ’i cn Egypte, et la Sibylle, hébergée par scs parents, leur aurait annoncé sa I 'Icslinée. Plolémèe Hcplieslion ( Noo . flist. chez Pliolius, Uiblioth. cod. 190) ul 'lue Homère était le plagiaire de la Sibylle Egyptienne, Pliantasia de Mcm- I . un liiérogrammalc du nom de Pbanitès lui ayant copié l 'Iliade et V Odyssée

I 1 ( s Par c^e* Cf. Biod. Sic. IV, 06 ; Sol. II, 8. — 3 Epiphan. Haeres. 6 et 28,

! ' 'a< t. I, 6, 14. 15 ; v. infra IV. — 6 Pour ces Sibylles, nous renvoyons à

I, Loclereq, H, p. , ga 8q. ; et à Delaunay, Moines et Sibylles, 2‘ édit,

clin'i ' * r°Ut °e f'U' <lrms 'es recueils sibyllins est entaché d'idées judaïques ou cl S( i mu s esl lorcément apocryphe. V. Servius üallaeus, Disputationes de Sibyllis T ’ Il tion des Pseudo-Sibyllina , Amsterdam, 1688; cf. Klauscn, p. 228 sq, 23 1 A!ilaoPllamns, p. 313. — 8 Lacl. I, 6, 14 ; 15 ; Aug, Civ. D. XVIII,

<&/•’, d ~ V’ Bouclllî-l-cclercq, II, p. 196 sq. ; et infra, IV. Cf. Fr. Bleek, Ueber Olehung, etc., dans la Zeitschrift de Schlciormacher de Woltc, 1, p. 120 sq. ;

veautés, parce que jamais il n’avait servi à étayer les croyances anciennes et que souvent il était entré en conflit avec elles, les oracles de la Sibylle, ou détournés de leur signification par une exégèse tendancieuse, ou fabriqués après l’événement par des écrivains anonymes, servirent pendant près de cinq siècles à combattre le paganisme avec ses propres armes ", comme ils avaient servi à Rome, depuis le temps de Tarquin, à le défendre en le transformant 5. Cette nouvelle popularité des Sibylles a laissé des traces nombreuses dans les écrits des apologètes, aussi bien pour l'Eglise (l’Orient que pour celle de Rome.

IV. Livres sibyllins. — On cherche vainement dans toute la littérature grecque, antérieurement à l’influence romaine, un seul témoignage affirmant l’existence dans quelque sanctuaire célèbre par une Sibylle, d’un recueil écrit d’oracles, conservés comme un trésor sacré et transmis sous cette forme à la postérité l0. Si les Sibylles helléniques sont des personnalités mythiques, il est naturel que leurs prédictions n'aient été que « des bruits et des voix » confiés à la tradition orale et tout aussitùt déformés par elle. Tous les vers sibyllins cités par les écrivains grecs jusqu’à la fin du rr siècle de notre ère (ils sont d’ailleurs peu nombreux) sont de ce genre"; et quanta ceux que l'on peutpar conjecture, ainsi que nous l’avons fait nous même, rattacher aux Homérides qui ont chanté Énée dans le voisinage des plus anciens sanctuaires Sibyllins, ils ne suffisent pas pour créer un genre et fonder celte affirmation : « que la chresmologie Sibylline est la sœur cadette de l’épopée12»: une sœur de ce genre n’a jamais existé.

A Rome seulement nous trouverons des textes précis, dont l’origine et l’histoire peuvent être scientifiquement établies ; mais ces textes ne sont pas ceux que la légende attribuait aux Sibylles en personne, à celles de l’Ionie asiatique ou de Cumes, et qui, après l’incendie où périt le plus ancien recueil, furent restitués par une commission spéciale, puis considérés jusqu’au v° siècle de notre ère comme un des plus anciens monuments de la religion nationale13. De ceux-là nous ne possédons pas un seul vers authentique, comme M. Roucbé-Leclercq en a fait justement la remarque". Tous les auteurs de la basse latinité les mentionnent, sans d’ailleurs en indiquer la provenance ; généralement le recueil en est désigné par le terme de libri fatales, livres de la destinée15. C’est une question controversée, s’ils vinrent à Rome par les ports d’Étrurie ou par la colonie ionienne de Cumes en Campanie. La vraisemblance historique est pour la première

II, 172 sq. — 9 Duümviri, p. 432 sq. ; et Cic. Divin. Il, 54, 112. — 10 Bcrnhardy, Grundriss, etc. II, I, p. 140. Les oracles Sibyllins font partie du trésor varié des oracles grecs en général, dont le type est celui des oracles de la Pythie de Delphes [oragulum]. Il existait des recueils un peu partout, niais ils n'ont jamais eu le rang d’une œuvre littéraire. On se demande comment ScheilTele, Bealencycl. de Pauly, VI, p. 1149, a pu parler d’un recueil remontant aux temps des l’isislralides. Sur les XIV livres EiSiAXiaxùlv dont les huit premiers étaient connus depuis longtemps, dont les six autres ont été exhumés par A. Mai d'après un manuscrit du Vatican (v. Bcrnhardy, ibid. p. 441) les deux parties diffèrent notablement; la seconde est bien moins intéressante; l’autre mène au m° siècle après J. C., sans qu’on puisse dater ses commencements. Les iulcrpolateurs étaient appelés fctôoXXioTai ; v. Orig. contr. Cels. VII, 368, V, 272. — li V. Pans. X, 12, 3, 6 et 10, citant des vers hexamètres et des distiques, attribués à Phaennis, la Sibylle de Chaonie; d’autres X, 9, il avec des vers de Musée, VII, 8, 8; allusion à une prophétie non citée, 11, 7, 1. — 12 Bouché-Leclcrcq, II, p. 162. — 13 Nous connaissons les Carmina Marciana par T. Livc et par Macrobe; v. Baehrons, Fragment, p. 21 et le commentaire, p. 294 sq. Comme ils sont assimilés aux Carmina Sibyllina , ou en peut conclure «|ue ceux-ci ont également existé. V. d’ailleurs, Varr.ap. Lact. I, 6, 13; Cic. Divin. Il, 54, 112. Cf. Diels, Sibyllin. Blaettcr , p. 7 sq. — B Bouché- Leclercq, VI, 294. — l» Di lmviri, p. 434 sq.

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