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solution, les suggestions mythologiques et littéraires rendent la seconde plus séduisante*. Diels, qui a apporté récemment dans ce problème des lumières nouvelles, remarque avec raison que les cités grecques défendaient avec ii n soin jalon v le 1 résor de leurs traditions religieuses, en particulier celui de leurs oracles 2. Comment croire que Cames se soit dépouillée des siens au profit de Rome, malgré les bons rapports que le dernier Tarquin entretenait avec le roi Aristodème 3? Bien mieux, si Cumesa eu une Sibylle, il est formellement constaté que la divination de celle-ci opérait au jour le jour, et que jamais dans le sanctuaire d’Apollon n’a été formé un recueil de ses oracles *. Bausanias qui mentionne le fait n’aurait pas manqué d’ajouter que lerecueil deCumes avait été unbeau jour transféré ailleurs. 11 est plus naturel de supposer que les libri futaies déposés par Tarquin au Capitole, il les tenait d’une supercherie analogue à celle qui multiplia le Palladium dans un grand nombre de cités grecques ou italiques, à la faveur de quelque légende imaginée exprès 5.
Quelle que soit leur provenance, ils existaient déjà entre les années 430 et 43 1 , dates pour lesquelles l’histoire conserve le souvenir de consultations Sibyllines à Rome, par les soins eL sous le contrôle des Üuumvri Sucris Faciendis, institués à cet effet [di umvihi] 6. Quant aux consultations ultérieures et aux modifications que subit ce sacerdoce, on en trouvera l’historique ailleurs ’. Remarquons seulement avec Diels qu’un oracle conservé par Phlégon de Traites, oracle relatif à des événements des années 207 et 129 av. J.-C., recommande (comme d'ailleurs aussi le célèbre oracle relatif aux Jeuxséculaires de l’an 17) d’accomplir certaines cérémonies suivant le rite achéen : ’Ayaïim xiS ”épo£iv, Achivo ritu. Une expression de ce genre exclut que cet oracle soit venu de Cuines, puisqu’elle suppose, chez celui qui l’a employée, la cou naissance du rilus Roman us et de la différence qui existe entre les deux, ce qui, de la part des Guinéens, est absolument invraisemblable 8. Les auteurs de la fin de la République, Varron, Denys d’Halicarnasse, lile-Live, qui usenL des oracles, en les considérant comme le répertoire secret des destinées de Rome, ne connaissent que par ouï-dire l’ancien recueil. Brûlé dans l’incendie du Capitole en l’an 83 av. J.-C.9, il avait été rétabli, sur l’initiative du Sénat, par une commission spéciale qui avait cherché les textes aux sources, à Érythrée, à Samos, à Troie, en Afrique même et en Sicile, ainsi que dans les colonies grecques d’Italie10. Dans quelle mesure cette nouvelle rédaction reproduisait-elle l’ancienne, il est difficile de le savoir; Varron, qui n’a pu connaître la première, considérait la seconde comme une reproduction
I Varr. ap. Serv. ad Acn. VI, 36; ibid. 321 et 72; Lacl. I. G, Il et 14; Dion, liai. IV, 02,7; Cic. Ùivin. I, 16, 34; Solim. Il, 76, etc. Virgile et les poètes après lui tiennent pour Cuines : Egl. IV, 4; Prop. 1, 1, 49; Lucan. V, 183; T. Liv. Il, 21, 6; Sial. Silv. V, 3, 182; Val. Flacc. I, 5; Ov. Fast. IV, 158,
VI o|o. 2 H. Diels, Ov. cil. p. 80, cite l'hisloiro du vol d'oracles par Cléo-
mèiic, chez lierai. V, 91t. — 3 Diels, toc. cit,; cf Klausen, Op. cil. p. 307 d'après O. Mucllcr, Durier, I, p. 322. — » Pans. X, 12, 8. — « Dion. liai. I, 00; cf. Klausen, Op. cit. p. 140; Diels, p. 91 rappelle aussi l'existence légendaire de la tunique du Christ revendiquée par vingt villes différentes. — 6 La première consullahon historiquement constatée est de 402 av. J.-C., T. Liv. III ; 10, 7 : libri per diu.mviros sacrorum aditi. — 7 Üuuuviri, p. 420 sq. — - 8 Diels, Op. cit. p. 75 ; cf. T. Liv. XXV, 12. lOel 12, 13; Varr. Ling. lut. VII, SS ; Cic. Leg. Il, 9, 21 ; cf. sa Ecc .ak es midi, p. 992, 2; et le telle de l'oracle chez Diels, p. 112, ' ers 10.
h Dion. H al. IV, 02, 6; X, 2; Tih. Il, 5, 16; Dio Cass. LIV, 17 ; l.act. 1,6, 13; cf.
Schweglcr, Itoem. GeschiclUe, I, p. 801 sq. — 10 Tac. Ann. VI, 12; Varr. et Kcneslella ap. Lact. Inst. I, 6, 11, 14; de ira dei, 22, 6; Dion. liai. Luc. cit. — Il Wissowa. lleligiun und Kultus der Itamer. p. 403. — iS.Suid. s. V. et Serv.
fidèle1*. Mais l’ingéniosité avec laquelle le collège ,|,,s Quindeeimvirs, aidé par les jurisconsultes officiels i orienté par la volonté impériale, opéra plus tard, donne \ penser qu’antérieurement déjà les interprètes des livres Sibyllins ne se gênaient pas pour y introduire, sous h pression des événements et l’inlluence des pouvoirs publics, des prescriptions et des idées auxquelles rin.s|q. ration Sibylline était étrangère12. L’ambassade chargée de la reconstitution des oracles est contemporaine, à i|iu| ques années près, du témoignage d’Alexandre Poly liislor qui vint à Rome vers cette époque comme prisonnier de guerre et qui signale, parmi les oracles circulant alors, des traces de traditions juives et babyloniennes comme la construction de la tour de Babel et la confusion des langues. Cependant, ces oracles ne figuraient pas dans le recueil officiellement adopté après l’an 7ti ; il est établi que jusqu’à Pausanias, c’est-à-dire jusqu’à la fin du 1er siècle de l’ère chrétienne, les livres Sibyllins, soit ceux qui étaient conservés au Capitole, soit ceux qui sous Auguste émigrèrent au temple d’Apollon Palatin, ne renfermaient rien qui ne fût purement païen'3. Pour le surplus, il est impossible de décider si le premier recueil détruit dans l’incendie vint à Rome de Cornes ou, par les ports d’Étrurie, «les centres ioniens de la divination Sibylline.
A Rome, la question des Livres Sibyllins a pour point de départ la légende de la vieille femme qui vint offrir à Tarquin le Superbe des recueils mystérieux où élaicnl déposés les secrets de la Destinée *'\ On dira plus tard, quand \' Enéide aura consacré la renommée des Sibylles en général et donné une réalité plastique à celle de Cuines, que ces prophéties étaient rédigées sur des feuilles de palmier et même qu’elles étaient sous la forme de n ul discours ou à peu près **J. Servius explique ainsi les cent portes et avenues par lesquelles passent les paroles de la Sibylle, avant d’arriver à la caverne où on la consulte. Bien avant Virgile on disait de ces oracles qu’ils étaient dépourvus d’art, durs d’expression et de sens énigmatique : on leur prêtait une origine qui se perdait dans la nuit des temps, ce que signifiait aussi le grand âge des Sibylles *“. Ceux qui éLaient conservés à Rome élai nt rédigés en grec et, pour aider à leur interprétation, le Sénat avait adjoint aux Décemvirs des traducteurs versés dans cette langue. Lorsque les livres de 1 ancienne collection périrent par l’incendie de l’an 83, c’est dans les pays grecs, où les Sibylles avaient exercé leur science divinatoire, qu’on recueillit les éléments de leur restitution *7.
De tous ces faits ressortque si la vénération, d ailleurs habilement entretenue par les pouvoirs publics, don: es
ad Aen. X, 388 ; cf. Klausen, p. 229, note 382. V. Sibgll. Garni. III, 35, 43 ; UH. I, 14, 8, qui cilc Ennius. — 13 Paus. X,12, 8. — Pf Dion. Hal. IV, ap. Lact. I, 6, 10 sq. ; Serv. ad Aen. VI, 72; Aul. Gcil. I, Oh tho Fragm. 10, 8; Olin. Hist. N. XIII, 88; Lyd. Mens. IV, 34. - Serv. n.l .U«- III, 444; VI, 74 (où l'auteur invoque le témoignage do Varron). l'ius Lu 1 ^
cile rédigés sur lin; Claud. Bell. Get. 232; Synunach. tipisl. IV, palmier n'a jamais dû figurer que par hasard dans la Hure du golle d' V — 16 V. le texte d'Heraclite, l’lut. Pyth. ur. 0; pour des oracles plus 1 v. Diels, p. 64: il y a peu de vers grecs aussi difficiles à comprend!' '1 ^ ceux de ces oracles. Ewald, Ueber Enstelumg, Ole. p. 9, s oxe.amc ^ ^ heaulé, la vigueur du langage de certains; ceux-là même son! ^ par des fautes grossières; cf. Volkmann. Ile orne. Sibyll. p. |0’ 1 Op. cit. p. :>7 sq. — n Ce recueil, déposé au Capitole reconstruit ou comportait un millier de vers; tous ceux que nous possédons, sud ■ ^ soit d'ailleurs (v. l'aus. X, 12, passim) soûl en hexamètres; cf. ïib. Il, 11 le surplus, v. Varr. Ling. lat. VII, 88; Zonar. VU, 11; et Niebu Gesch. I, u. 1 123.
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livres dits Sibyllins étaient, entourés, s’imposait à la foule, I |ir autorité religieuse, aux yeux des esprits éclairés, rliit su jette à caution. Et l'on voit, en effet, qu’elle fut plus ,1'une fois contestée. La meilleure preuve nous en est fournie par Cicéron qui, dans son traité de la Divination ,
|p des Livres Sibyllins avec un scepticisme voisin du persiflage 1 . Pour lui, les prophéties et les recommandations, toujours de circonstance, que le Sénat faisait tirer de ces livres, n’avaient rien de commun avec l’inspiration délirante d’une Sibylle ; mais elles étaient l’œuvre d'un faussaire habile qui s’arrangeait pour faire paraître comme prédits des événements déjà arrivés, et cela en supprimant toute indication précise d’hommes et d’époques.
Nous savons que les livres étaient, à l’origine, l’objet d’un secret rigoureux ; et la tradition, qui remonte à leurs débuts, raconte qu’une divulgation fut alors punie de la peine des parricides2. Mais dans la suite, ce secret n’était plus qu’un lointain souvenir; quand le collège fut porté à dix membres (369 av. J. C.) et que les fonctions en furent devenues, par part égale, accessibles aux plébéiens et aux patriciens, le secret était chose impossible. Des oracles primitifs il n’est jamais question, et pour le surplus, les solennels destins du Peuple romain n’eurent plus rien de mystérieux pour personne s. On les consultait, non sur ce qui arriverait dans un avenir plus ou moins éloigné, opération toujours hasardeuse et qui, répétée, aurait bien vite compromis l’autorité de celte pratique religieuse, mais sur les remèdes à apporter aux maux présents, sur les procédés d’expiation et de purification que réclamaient les fléaux et les prodiges. Et surtout on y cherchait, sous le coup des malheurs publics, des raisons pour se rassurer et prendre confiance dans un meilleur avenir1. Il s’agissait généralement de savoir à quelles divinités il fallait de préférence avoir recours, par quelles cérémonies il y avait chance de les apaiser et d'obtenir leur protection. Ces prescriptions étaient tirées, par une interprétation laborieuse, du texte retourné en tous sens des oracles anciens; et alors le commentaire qui était l’œuvre du collège prenait place à côté des vieux textes, dans le trésor sacré du Capitole. Commentaires et textes devenaient, en certains cas, l’objet d une formelle divulgation 5.
Règle générale, c’était l'intérêt politique qui, interprété par le Sénat sous la République et plus Lard à la volonté de 1 Empereur, décidait de l’usage qu’il convenait d’en faire au regard du peuple6. Au plus fort des troubles de lan 87 av. J.-C., le Sénat ordonna qu’on porterait à la connaissance -des citoyens l’oracle Sibyllin qui recommandait, pour rendre la sécurité à la ville, d’en faire sorlir le dictateur Cinna avec six tribuns du peuple qui y entretenaient le désordre1. En l'an 54, ce fut un conflit de politique extérieure qu’on tenta d’apaiser par le même moyen; mais cette fois il suscita les protestations et les plaisanteries des esprits indépendants s. Caton, alors
tribun du peuple, avait divulgué le texle d’un oracle, évidemment obtenu sur commande, qui poussait a la réintégration dans son royaume d’Egypte de PloléméeAulétès chassé par ses sujets. Un fait plus ancien et tout aussi caractéristique est celui de Manlius Vulson s’apprêtant a franchir le Taurus (187 av. J.-C.) età qui ses lieutenants, moins ardents, durent rappeler l’oracle Sibyllin qui, sous peine d’une défaite, interdisait aux Romains de passer cette limite9. Au cours de la conjuration de Catilina, nous voyons l’oracle au service d’une ambition particulière qui, d’ailleurs, s’en frouvamal. P. Lentulus Sura n’était entré dans le complot que parce que la Sibylle avait promis à un troisième membre de la gens Cornelia (les deux premiers avaient été Sylla et Cinna), la domination sur Rome10. Enfin nous savons que la célébration des Jeux Séculaires , sous Auguste, donna lieu à tout un travail de jurisconsultes et de prêtres, en collaboration avec l’Empereur et avec le collège des Quindecemvirs, pour la fixation de la date et du dispositif des jeux et que les décisions demandées à la Sibylle furent communiquées au public11.
Tous ces faits donnent à l’histoire de la divination sibylline à Rome un caractère de précision qui fait totalement défaut à celle des centres helléniques d’où elle était issue. C’est qu’au lieu de reposer sur l’inspiration d’une personnalité légendaire, livrée à la science individuelle et toujours contestable, celte divination y est l’œuvre d’un sacerdoce fortement organisé, placé sous le contrôle du Sénat, mis en mouvement par lui pour des cas définis et subordonnés à 1 intérêt public12. Si ce collège détient le recueil des oracles anciens dont le mystère fait son prestige devant l’opinion, il s’en sert à sa guise: il les sollicite en vue d’un résultat prévu, que la raison d’Etat a jugé le meilleur; il les interprète à la lumière des besoins présents et de la politique du Sénat. Ce n’est donc plus de la divination, ni libre comme celle des anciennes Sibylles, ni orientée vers l’idéal d’un culte ou d’un sanctuaire en renom, comme celle des Pythies, mais une forme supérieure d’influence, exploitée par la plus haute autorité de la République, sous le nom, toujours respecté parce que mystérieux, de la Sibylle19.
Les documents qui nous permettent, en quelque sorte, de prendre sur le fait ces procédés de consultation savamment machinée sont, avec l’oracle relatif aux Jeux Séculaires de l’an 17 et contemporain de ces jeux, les deux fragments d’oracles, en tout soixante-dix vers, que nous a conservés Phlégon de Tralles et qui ont été étudiés avec une érudition aussi judicieuse que solide par Diels dans ses Sibyllinische Blaetter Au point de vue du fond, ils ont ceci de particulier qu’ils sont d’inspiration purement 'païenne, différant en cela des poésies sibyllines qui eurent cours dès la fin du 1er siècle avant l’ère chrétienne, oùl’on relève des traces de spéculations néoplatoniciennes de croyances messianiques, en attendant les rêveries millénaires et bien d’autres. En ce qui concerne la forme,
( ' ' ' ^'v^n- U, 54, 110. — 2 Duumvuu, p. 427. — 3 Textes chez Dion Cass. X
’ f ■ l ■ Civ. XXX VI 1[, 45 ; Cic. Divin. 11, 54, 114; cf. D iols, Op. cit . p. 1 5 ; Marq