‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 95 sur 137 · Signum , <jriu.eïov, signal transmis à distance · texte numérisé non relu

Signum , <jriu.eïov, signal transmis à distance

Végèce B distingue, dans la vie militaire, les signes vocaux ( vocal ia ), donnés par la voix humaine, comme les ordres des chefs ou les mots de passe [tessera]6, les semi-vocaux ( semi-vocalia ), tirés des instruments sonores [bucina, cornu, tuba], et les signes muets (muta), parmi lesquels il compte les emblèmes, tnjgaTa, figurés sur les boucliers [clipeus, p. 1252, 1254; legio, p. 1069, 1093], les enseignes et notamment les étendards ; ceuxci font l’objet d’un article spécial [signa militaria].

Les drapeaux avaient aussi leur emploi dans la vie civile. A Athènes, un drapeau haussé ou baissé appelait les citoyens aux assemblées [boulé, p. 521 ; ekklèsia, p. 761]; à Rome un étendard était hissé sur le Capitole pour la réunion des comices par centuries [comitia, p. 1394, 1399].

Il y faut ajouter les transmissions de nouvelles à grande distance 1 . Faute de moyens optiques comme nosverres grossissants, les anciens ne pouvaient recourir qu’à des signaux visibles de très loin. De bonne heure, ils avaient employé les feux de rivage pour rappeler aux navigateurs les passes dangereuses et les écueils [puarus] ; mais la flamme n’attire l’attention que dans l’obscurité ; pour les communications de jour, on y dut substituer la fumée 8. Encore celle-ci reste-t-elle peu visible dans les lointains, dès qu’il s’élève un vent violent ou une brume légère; avec elle, ni apparitions, ni disparitions soudaines; aussi, dans nos sources, les signaux de feu surtout sont mentionnés (nupaeîa, itupaôç, «pouxrdç, ippuxTüjptœ, opuxTiopdç 9, ignis, lumen). La fêle des feux [pyrson héorté], à Argos, consacrait la tradition très ancienne des signaux de feu au moyen desquels une des Danaïdes, Hypermnestre, avait guidé la fuite de son époux Lyncée.Curtius y voyait le souvenir d’un usage introduit dans l’Argolide parles Phéniciens.

Le premier exemple qu'en fournisse l’histoire grecque remonte au siège de Paros par Miliiade 10 ; de nombreuses allusions y sont faites au temps des guerres persiques, notamment dans les tragiques11; elles ne font d'abord

supposer aucun langage convenu, ou du moins les f(Ml ne semblent donner la nouvelle que d’une seule sohiiiün prévue; un immense amas de feuilles sèches incend",' produitune clarté forte et soutenue12. Les Perses usaioMi' dès le commencement du ve siècle, de ce procédé 13 • Mardonius, en Réotie, espérait faire connaître au Grand Roi, demeuré à Sardes, la prise d’Athènes, au moyen de torches allumées dans les îles14. Les Grecs paraissent dès la seconde guerre persique, l’avoir perfectionné <«’ En tout cas, lors de la guerre du Péloponèse, on distingue déjà les 7njp<rot (ou (ppuxrot) cp&toi et les t.. fou <p.) iroXÉgtot 10 : les premiers, qui annoncent la venue des amis ou alliés, s’élèvent avec calme ; les seconds, signalant l’approche des adversaires, sont donnés par des torches vivement agitées17. Deux siècles plus tard, ce système est encore en usage 18, malgré les erreurs auxquelles il prêtait19 ;les Lacédémoniens l’éprouvèrent lorsque, attaqués dans leurs retranchements par les Platéens assiégés, ils demandèrent du secours aux Thébains ; ceux-ci furent complètement désorientés par la ruse des Platéens, qui allumèrent les mêmes feux que leurs ennemis20.

Vers la même date, le tacticien Énée, dans un ouvrage perdu, écrivait sur la question : il s’y arrête peu dans sa Poliorce'tique21, où il traite du choix des postes de transmission («ppuxTiup'.ov) 22 et des signaux de rassemblement du soir pour les citadins dispersés dans la campagne?3. 11 avait lui-même développé cette « télégraphie », et son système nous est exposé par Polybe 24, à propos des signaux de feu que Philippe de Macédoine se lit adresser en Thessalie, au montTisaion. Les vieux systèmes si élémentaires ne convenaient qu’aux signaux convenus ((juvôy]p.7.Ta) ; or l’imprévu surtout est à connaître; Ënée a voulu au moins élargir les prévisions. Les deux partis appelés à correspondre fabriquent et pourvoient des mêmes accessoires deux vases de terre identiques ; ils adaptent au col un bouchon de liège de même diamètre, et y fichent verticalement dans le milieu un bâton, où sont marquées des divisions, dont chacune reçoit une inscription bien nette, indiquant un des nombreux événements possibles au cours d’une guerre; les deux vases sont percés d’un trou inférieur tout pareil. On les remplit d’eau et on les débouche simultanément; les deux lièges s’abaissent, pendant que le liquide s’écoule; les bâtons s’enfoncent et sur chacun, de même vitesse, les mêmes inscriptions descendent tour à tour au niveau supérieur du vase. L’identité parfaite ainsi constatée, chaque parti emporte un appareil. Le moment venu, une flamme annonce l’émission d’une dépêche; une autre répond: envoyez. Des deux parts, on laisse béantes les ouvertures, rebouchées à un nouveau signal de feu ; la

1 Ce n'est pas douteux dans quelques cas : on disait ad Mammam pour indiquer les diaetae Mammeae (Lamprid. Alex. Sev. 26, 9); d autres fois, la chose reste incertaine. Ulpien ( Dig . IV, 4, 5, 16) nomme un tabeniarius ad bucinum ; ces derniers mots peuvent définir son signum ; cf. l'enseigne ad mappam auream [>appa]. —2 Corp. inscr. lat. VI, 9645. — 3 Atti delV Accad. Rom., loc. cit. — * Marquardt, Vie priv. des Rom. tr. fr. II, p. 104. Voy. en général, Jaltn, Darstell. antiker Relief , in Berichte über die Verhandl. d. kgl. sdchs. Ges. der Wiss., phil.-hist. Cl. XIII (I8G1), p. 291-374); II. Jordan, Ueber rom. Aus/uinf/eschilder {Archâol. Zeit. XXIX (1872), p. 65-79); P. Gusman, Pompéi , Paris [1900J, p. 217-222. ® Epit. III, 5. — 6 Virg. Aen. VII, 637: It bello tessera signum ;

Polyb. VI, 34, 7-12. -7 Pour le mode primitif de déclaration de guerre par un icu??ôço ç, personnage sacré, lançant une torche entre les deux belligérants, voir fax, p. 1027. — 8 Veget. L. c. : Si divisae sunt copiae, per noctem flammis , per diem fumo significant sociis quod aliter nonpotest nuntiari ; Frontin. Il, 5, 16, en dit autant des Arabes, qui n'ont fait que copier leurs devanciers. — 9 Ces termes s'opposent

à icuçé, désignant les feux de bivouac qui ne sont point destinés à être vus: Time. VIII, 102, 1 ; add. Il, VIII, 509, 554, etc.; Hcrodot. IV, 134; Xen. Cyr. III, 3,25; Hcll. VI, 2, 29; Acsch. Ag. 490. — 10 Ephor. ap. St. Byz. s. v. (fr. I37-

M ül lcr) ; C. Ncp. Milt. 7, 3-4. — H Aesch. A g. 292 sq. ; add. 33, 490; Soph. fr- 379, 5 Dind.; Eur. R/ies. 55; cf. Arisloph. Av. 1161; Lycophr. Alex. 345.

— 12 EOevouaa Xa|j.ità; S’ où^érw (Aaupou|jisvYi (Aesch. Ag. 296). — 13 Aristol. Dt mund. VI, 12. — H Hcrodot. IX, 3, 1. — 15 Hérodote VII, 182, 2, est peu net à ce sujet. — 16 Thuc. Il, 94, I ; III, 80. — 17 Schol. ad Thuc. loc. cit. — 18 P°’ lyaon. II, 28, 2 (an. 26G-3). Jules César se servit des feux en Gaule {Dell, gall- II, 43). — l'J Tous prêtaient à l’erreur du reste ; St. Byz. loc. cit . signale celle f|"> résulte d’un feu spontanément allumé. — 20Thuc. III, 22, 8; Polyaen. VI, 10, -

— 21 VII, 3, ap. Kœchly-Büstow, Griech. Kriegsschriftstellcr, Leipz. I (l'i 1 1 p. 28 : û>; euçEtv xoùç «ppuxTou;, il l’a indiqué lv xq naoa<x*eua<xxixq. — 22 ^f. J *u*- Pomp. 24, 2; Onosander, Strat. 25, 2-3. — 23 Aen. T. VI, 2 {ibid. p. 26); ^

(p. 28). — 24 X, 43-45, 5 (cf. Kœchly-Rüstow, I, p. 151 sq.) ; add. Phil- Byz. û*‘

SIG

communication faite est celle qui se lit au rebord du vase.

Système insuffisant, dit Polybe,qui employa lui-même |e suivant, inventé par Cléoxénos et Démoclilos Divisant l’alphabet en 5 séries de S lettres (la dernière de 4), chaque parti prépare 5 tableaux et écrit sur chacun la série des lettres dans l’ordre naturel ; puis il dispose jeux groupes de 5 feux chacun, qu’on observe avec une dioptre [astronomia, p. 489] 2, et dont un dispositif permet de laisser voir ou de cacher le nombre voulu. Les dix feux simultanés annoncent une dépêche; dix en réponse signifient: quand vous voudrez. La formule est réduite au minimum; ex.: àiréôave <jTpaT7|ydç. Un feu à gauche, un à droite, veulent dire : tablette 1, lettre 1 (A); 4 feux à gauche, 1 à droite: tablette 4, lettre 1 (11); ainsi de suite. Toute communication devient permise et, ajoute Polybe, s’opère plus vite qu’on ne supposerait.

A cette méthode, les Romains, d’après une source grecque 3, eurent le faible mérite d’apporter des modifications : 3 tableaux au lieu de 3 (tx-0, t-7r, p-to), avec 3 postes d’émission ; pour|3, 2 signaux à gauche ; pour y,

3 à gauche ; pour c, 1 au milieu, etc. Les agents de réception 4 transcrivent les lettres au fur et à mesure et aussitôt après les transmettent à d’autres postes.

Tels semblent être les derniers progrès réalisés en matière de fanaux de guerre. L’Anonyme de Byzance5, sous Justinien, n’y ajoute à peu près rien6: tenir prêtes des broussailles, des branches, du fourrage sec, avoir toujours de la pierre à feu ; en jetant sur la flamme de 1 étoupe, on obtient une épaisse fumée. Les agents de ce service doivent être solides au poste comme des sentinelles1. Ce tacticien se préoccupe moins de la grande guerre que delà garde des confins: l’ennemi se montre parfois de jour, recule la nuit, reparaît au matin ; si on le signale chaque fois, les populations finissent par ne plus s’en rapporter aux agents du guet et tombent victimes d’une attaque effective.

Il ne faut de signal qu’à la première alerte.

Sur le limes romain, on ne se bornait pas à '"",sir aes positions favorables; il y avait des tours de guet (spécula)3 établies de distance en distance sur '■s Points dominants, où l’on montait par un escalier

intérieur, ou au dehors par une échelle^; elles étaient en contact étroit avec les fortins du voisinage, et même la population civile en tirait parti pour donner l’éveil10. Ces tours sont représentées (fig. 6434) sur la colonne Irajane H, entourées de palissades, munies à l’étage supérieur d une galerie où brûle une torche de très grande taille. On en a retrouvé les traces sur les frontières du nord de l’Empire 12 ; elles étaient nombreuses en Mauritanie13 et sur la frontière d’Orient “. Chose curieuse, dont Végèce13 seul nous avise, on envoyait encore des dépêches au moyen de poutres tour à tour dressées ou abaissées suivant un formulaire secret, ébauche primitive du télégraphe Chappe.

En mer, les signaux étaient encore plus nécessaires que sur la terre ferme, les communications par quelque autre voie étant plus lentes et moins sûres; les divers peuples y avaient recours, en particulier aux signaux lumineux. Dès le début du ve siècle, le moyen consistant à faire miroiter un rayon de soleil sur un bouclier nous est présenté comme une invention des Alcméonides 16. D’autres nations l’empruntèrent aux Athéniens, qui continuèrent à s’en servir11. En dehors de ce détail précis, les auteurs mentionnent des tr/jgEïa ou signa ordonnant telle ou telle manœuvre 18, sans autre indication. Parfois tous les bâtiments d’une escadre ont leurs fanaux; dans la flotte romaine de 204 av. J.-C., r insigne nocturnum comprend : trois lumières sur le vaisseau amiral, deux sur chaque transport, une sur tout vaisseau de ligne18. Mais, en général, la galère du commandant en chef a seule20 un signe distinctif très visible : de jour un pavillon, de nuit une lanterne 21 ; dressé, ce pavillon invite au combat22; il est rouge d’ordinaire, d où 1 expression è7tatf£tv t?|v œotvuctoa 23 ; mais le fanal n’est guère qu’un signe de ralliement 2\ au moins s’il demeure immobile. Le vaisseau amiral allant en tète, sa lanterne brille à la poupe25, pour être mieux vue de ceux qui suivent ; c’est là qu'on la voit fixée, sur un bas-relief de la colonne Trajane (fig. 3281). Pour les pavillons et autres signaux, voy. navis (fig. 5271-5274, 5293,5294) et stylis. Pour le signal de commencer les jeux, v. mappa.

IV. Signum désigne fréquemment'26 une variété de nom complémentaire, qui fut d’abord un sobriquet relié au nom par et, gui et, b xat, idem, sive [nomen, p. 96], et devint sousl’Empire comme une distinction, la marque d’un homme de qualité. Ces derniers signa sont des collectifs (originairement des noms de groupes) tirés le plus souvent de noms abstraits latins (ainsi Abundantius, Constant ius) ou grecs (Athanasius, Eusebius ), ou encore de noms propres (Hammonius, Cerberius, Dardanius). Ils ne remontent guère au delà de la fin du uc siècle21 ; ils

Fig. 6454. — Tour de guet.

^ 1 Y, 45, 6-47. — 2 Add. C. Germain de Monlauzau, Essai sur la scien ' ingénieur romain, Paris, 1909, p. 51 sq. — 3 Ap. Jul. Afric. Keot.

j|l“7;RUst0w> °p- cit- 11, 2 (1855), p. 315-317). — 4En grec, oUujoupol (Polyae a 0U (Id. II, 28, 2). — S VIII, 1-8 : iteçt *up<rù>vxai oicu>$ otxovojxiriTé

( œchly-Rüslow, ibid. II, 2, p. '02-64). — 6 Expédient misérable : aulant i Iiarh'1(fS l*U0D sonI)Ç0,me de milliers d'ennemis (VIII, G). — 1 Polyaen (II, 28, — s i".1* Magas qui corrompit des ®çuxtwooi et abusa ainsi Pcnneir

9 r, lil1, U. nat. XXXV, 48; Cic. In Verr. H, 5, 35; Lucan. VI, 27 '■ Magnat, L'Armée rom. d'Afrique , Paris, 1892, p. 082-3; Ch. Üicli ' ■ 1^1 uc OyZ(lnline, Paris, 1890, p. 143.— 10 Corp. inscr. lat. VIH, 820 liôhner, Col. Fraj. pl. xxvm. — 12'Cohausen, Die rom. Grenzuo

Putsch.

P' 84 ; Mulzeil, Abhandl. der Bayer. Alcad. 1850, p. 381. — 13 De

* * * sxuiuinn

rfif r l è,e’- Ank' deS Miss' série’ X (1SS3)- p- lai- nole 3 i Mercier, Bull, arc 19(17 1885' P' 13°- — 14 V. Cliapot, La Frontière de l'Euphrate, Pari

IruI ' ~,1 15 cï’2* • A.liquanti in castellorum au turbium turribus adpendu,

U’ H“10l,s aliquando erectis, aliquando depositis, indicant quae geruntu

— 16 Herodot. VI, 115. — n [)iod. Sic. XX, 51, 1 ; Xcn. Bell. II. I, 27; c'était, semble- t-il, principalement un signal d'attaque (Plut. Lys. 11,2: UiVtou). — 18 Signa de gagner le large : Herodot. VII, 126,2; d'avaucer sur l'ennemi: Ilio Cass. L, 31, 5; de jeter l'ancre et débarquer: Polyaen. III, 9, 63. Plus vaguement- Herodol. VIII, 92, I ; Tliuc. II, 90, 4 ; Xen. Bell. VI, 2, 30 ; Appian. B. civ. V, 55 ;

Plut. Ant. 67, i. — 19 Liv. XXIX, 25, 11 ; Polyaen. V, 10, 2; VI, 11. 20 Tac.

Bist. V, 22 : praetoriam narem vexillo insiijnem. — 21 Appian. B. civ. H, 69. oppose TOV (pour la nuit) et vô ar.ivsriv (pour le jour) ; add. Xcn. Bell.

V, 1, S ; Diod. XX, 75, 5; Scx. Pompée éteint cette lanterne pour prendre la fuite (Flor. (I, 18, 9, Rossbacb). —22 Hirt. Bell. Alex. 45, 3; cf. Tliuc. I, 49, I.

— 23 Polyb. Il, 66, Il ; Diod. XIII, 46, 3 et 77, 5; XIV, 26; Polyaen. I, 4s, 2 et 5 : Aman. Bisp. 90; Léo Tact. XIX, 42. — 2t Dio Cass. XLIX, 17,2 ; Liv. XXXVII,

— Y ■ 25 Rrocop. B. \and. 1, 13, 3, Haury. — 26 Dans une quarantaine d’iuscr. latines; on trouve une fois eiquTov dans une épigramme [Inscr. gr. Sic. liai. 935).

— 27 Ex. isolés sous Trajaii (Corp. inscr. lat. X, 1729) et Antonin le Pieux (Ibid. IX, 1161).

SIG

ont, en général, la terminaison en ius, qui n'esl pas celle des surnoms (cognomina), mais on ne les trouve pas au nominatif ; ils sont presque toujours au génitif, singulier ou pluriel, plus rarement au datif, et, chose remarquable, le même génitif en i, saufexceptions négligeables, sert pour le masculin et le féminin1. Le signum, dans les inscriptions, est placé en tète2 ou à la fin 3. On le distinguera donc et du cognomen et des sobriquets. L origine en paraît être dans les cercles qui se formèrent en Grèce et portèrent le nom de leur fondateur 4 : ’ApioTEtleiot, «bi'AoxTpâTS'.oi, etc. ; aussi ne se rencontre-t-il que chez les gens de naissance; il est interdit complètement aux esclaves, et presque aux affranchis8; dans l’aristocratie seule, en effet, s’étaient développés les cercles et les sociétés. Les chrétiens profitèrent de cet usage pour prendre des noms qui rappelaient l’idée de communauté: Synergius.Syneshius, Synodius, etc. Ces signa se retrouvent en acrostiche dans les épitaphes6; ils sont fréquemment employés dans les dédicaces, les formules de vœux, les acclamations 1 ; les verbes mêmes qui servaient à ces dernières, transcrits avec. iotacisme, donnèrent naissance à de nouveaux signa : ainsi Gregori représente YPTiY°Pe‘8- A la longue, le signum tendit à devenir un sobriquet, même un cognomen lJ. En somme, il est latin par sa formation, mais dérive d’une institution grecque.

Nous renvoyons à ce qui est dit ailleurs pour d’autres emplois du mot signum. Signes célestes, prodiges, constellations [astkonomia, divinatio, p. 293, zodiacus]. Signes divinatoires [auspicia]. Figures, statues, reliefs, [sculptur a, sigillum , statua, imago]. Empreintes et aussi contre-marques monétaires [moneta, incusa signa]. Signes d’abréviation [nota, scriptura, p. 1133 sq.]. Objets servant de moyens de reconnaissance [crepundia].

Victor Chapot.

1 Auov. bullett. di arch. crist. 1897, p. (28: Aurélia Musa... sig. Amanti.

• 3 ( or g. iriser, lal. X, 1729 : II. M. GregorioM. Vlep. Nicephori Aug. lib....

— 3 Ibid. III, 2706.... sig. Eguitii] 2290 signu Simplici. — 4 Dichl, lias Signum in Jlhein-Mus. N. F. LX1I, 1907, p. 410 sq. —6 Exception, note 2.

— 6 Büclieler, Carm. epigr. 1811. — 7 Inscr. gr. Sic. liai. 2117 'Art'vT-,

e jÿ j/.i ; L orp. inscr. hit. I l, 4330 : Alcthi ave ; sur une brique : Chioni viras [ ib id. 4967, 35) ; sur un anneau : Simplici utere felix (4976, 31). — 8 De mbmeEupsychi = lûii/Et (Corp. inter . lal. XIV, 6.36) ; Eulychi = (XI, 6716, 50). — 9 Dichl,

ibid. p. 406, 408. V. en général W. Schulze, Graeca Latina, Gottinger Programm, 1901 ; Tb. Mommsen, Sallustius = Salitlius und das Signum ( Hernies , XXXVII (1902), p. 443-455); Rrn. Diehl, O. I.

SIG VN A. 1 La forme <r< vùv« paraît préférable. Si le nom de l'arme, ainsi que larme elle-même, est, comme je le pense, d'origine thraco-illyrienne, son radical se rapproche tout naturellement de celui de sica, et la terminaison en ou „«>, est fréquente dans les dialectes thraco-illyriens (Pharyna, Billéné). Le fait que leu initial est parfois remplacé par un 5 est une caractéristique de ces dialectes. Quant à l'alternance du r avec un S, elle a pu se faire sous l'influence de noms de personne comme Sibyné (Bâton ap. Atli. XIV, 662 c) ou Stbinas (Euseb. Alart. Palest. 9) et sous celle du nom du carquois, uu6qv ij, souvent confondu avec celui du javelot.

— 2 Herod. V, 9 : Ecyùwa;... KùupioL tù Sôoaia. Voir n. 4 et 12. Je rappelle qu'on a lu Sibinaî le nom égyptien de Chypre qu'on préfère lire aujourd'hui Asi ou Asindi ou Alasga (cf. Maspero, C.-r. de l'Ac. Inscr. 1886, p. 361). — 3 Arist. Uoet. 21 : uiyjvuv Km, loi; Xliftov. Cyprius, ad loc. tu. Euutù S6tura, f, k.ùs 3Wiîr,,ouç i*ovxa«.

— 4 Et. Magn. 8. r. : oî KO*, tut xù 6-qaxa ucy ûvoaç 5«uc ; Schol. ad. Apoll. Rhorl. 11,98: uiyùwou; «kXoOui» oï Küitpioi xà 4xôvx-«. — 5 Apoll. Argon. Il, 99: ui-rùv.o'j; tse.; ivauyopivoi contre les Dioscurcs. Lycophron [Alex. 556) donne la si-vne à f'ollux. — 6 Le vers d'Ennius, (ap. Fest. p. 336 M) : lllyrici restant sicis sibinisque potentes, se rapporte sans doute à la guerre istrique de 178/7. C'est le seul texte latin où celte arme soit citée : mais il faut en rapprocher probablement le sibo que mentionne Aulu-Gellc, X, 26, 2.-7 Herod. L. cil. et Apoll. Argon. IV, 3-0, et schol. . i'uxt 8é xat uiyuvvoç eiSoç Sôpazo; — «pûivuyov X'ÎJ é’ôyei. Apollonius les place prés de l’Ile de Peiiké, c'est-à-dire aux bouches du Danube; Hérodote au delà du Danube, d'où ils s’étendraient jusqu'aux frontières des Vénèles. 11 ajoute que les Ligures qui vivent au-dessus de Marseille donnent le nom de siggnnui aux trafiquants. Strabon, p. 520, applique la description d'Hérodote aux Eiy.vvo! qu'il place dans le Caucase et l'on a voulu voir des Sigynnes dans les Sigypedes de Treb. Rollion, Claud. 6, et dans les Si».,», lhe, E,ue,BÎ d'Étienne

SIGYNA (2tyûv«) *. — Hérodote esL le premier auteur qui mentionne celle arme: sigynna serait le nom • les Chypriotes donnaient à leur lance2. Ce fait est r!,u firmé par Aristote, qui emploie la forme sig g non 3 et n l’ Etymologicum Magnum au mot siggnos*. C’est de n ul forme que se sert aussi Apollonius de Rhodes quand il fait brandir les sigynnoi par les Bébryces de Bithynie5 Les Bébryces viennent de Thra-ce, où ils ont pu être en rapport d’une part avec les lllyriens, auxquels Ennius' donne des sibynae\ de l’autre avec la peuplade des Sigynnes, qu’Hérodote et Apollonius placent en Mésie supérieure7. Les anciens ont cru les Sigynnes issus des Mèdes parce qu’ils portaientle même vêtement. Or, quand Athénée montre Alexandre revêtant le costume perse il lui attribue l’arc et la sibyné 8 et, sur son char funéraire, les essieux, d’après Diodore, auraient été garnis de protomes de lions avec une sibyné entre les dents" Le même historien parle de gardes d’Agathocle portant la sibyné'0. De nombreux textes montrent la sigyne devenue, à l’époque hellénistique, une arme de chasse usitée dans tout le monde grec11 ; dans une énumération des cinq concours du pentalhle, sigynnos prend la place d'akontion 12, et Polybe, pour faire comprendre la structure du pilum léger, se borne à le dire identique aux sibynes de dimension moyenne13.

Le passage de Polybe n’explique pas seulement que des lexicographes aient pu qualifier celle arme illyrienne et chypriote de « javelot romain » 14 ou de « pique des Macédoniens » 15 ; c’est le meilleur document que nous possédions sur sa forme. Les autres renseignements consistent en deux épithètes dont des poètes accompagnent le nom de l’arme de chasse, « à la large pointe »16et « a la dent crochue et en des définitions de lexicographes qui en font un trait lisse en fer tout d’une pièce18. La même définition et des épithètes semblables

<ic Byzance. Pour la discussion ethnographique voir Miillcnholl, Deutsche Aller • thumshunde , III, p. I; C. Jullian, Ilev. des Èt. anciennes , 1906, p. 120; et surtout J.-L. Myres, The Siyynnae of Uerodutus, dans les Anthropol. Essags presented to E. IL Tylor , 1908, p. 255-70. — 8 Ephippos ap. Al lien. XII, 537 e. 9 Diod. XVIII, 27,3: <TuSr,vy,v. K. F. Miiller, Dec Leichenwagen Alexander s, 1905, p. 70, allègue des monnaies de Panticapèc avec prolome de lion portant un court javelot dans la gueule (British Muséum Calai, p. •»). De même à Cardia et sur les monnaies de rois de Macédoine du ivc siècle (Macdonald, Coll. Hunier , p. 287), sur les as de Capoue, Vénousc et Pérouse, du iv° s. (Carrucci, pl. xu, 1 ; xlîi, I; jxix, I ; lxix, 1 ; lxxxviï, 11 ; xuv, 17-8 ; xcv, 43 ; cxxvn, 8, 23-6) et sur une urne à reliefs de Pérouse (Coneslabile, Pcriujia , pl. i.xxx, 3 et 4). Le javelot, notamment à Panticapèc, est nettement barbelé. — 10 Di0d. XX, 33. — 11 Athen. IV, 130 6; Oppian. Cyney. I, 152; Anth. Pal. VI, 93, 2: ntSiivr.v ; 176, 1 ; VII, 421, 1 ; V, 578, S. L'Etym. Magn. s. v. explique que le atyuvo; doit sou nom à ce qu’il sert surtout dans la chasse aux sangliers, d ou I étymologie: auix'. zivô^, o toù^ au ^ xkÎvuv, oiovei y.v/~. ,,,v v et c’est peul clrc celte arme que veut désigner la <t.osôvti; ).ôy/ï) de Anth. Pal. XI, 194, 3. D’après Hesychius, ce serait surtout Parme de la chasse aux cerfs: cuSivir) "xaitpoStD.ov, IpiSoAtov. — 12 Schol. in Plat. Amat. 4, p. 384: crfyuvo; S ton £t»<TTbv Sôpu, uaoà ’llpoSoTa) 8i -cb oXoat'Sr.pov àxdvTtov. — 13 Polyb. VI, 23, 9 : uaao'i Xeicrot £otxa<Tt utSuvi'oi; <rufA|A£tpot(;. Hesychius écrit : ZtSûvta, AoyyjSt* (Aixpà. Philon montre l’ennemi repoussé des remparts : tgTç te ixovyi'oi; Ta^ ^TjSuvatç, Belop. p. 92 (cf. p. 99). — Suidas : £iyüv»). àxôvrtov Pw|Aa:*ov.

— 15 Suidas, «riytivq xat a lyi^woi xà ^opara napà MaxeSôaiv. — ^ Oppian. LyndJ.

I, 152 ; eüpuxâpYjvov. Peut-être doit-on rapprocher le vers d’Alexis : «tépe tïjv <ti6ûvy|v

xat uAaTiiXoy/a (Pollux, X, 144 ; Meineke, Com. Gr. p. 722). — 17 Anlh. Pal A' L 1 :

àyxu/.ô8ovTa. Le sigyne comportait donc un croc; on peut en voir une conlirmaho11 dans le verset d’Isaïe où il montre, à l’arrivée du Messie, les sabres transformés enfer de charrue, xat Tà; ’Ç Sûvaç e1; ava (11, 4).. Les Septante emploient encore ^tSûvr, dans Jer. VI, 23 ; Judith. I, 15. Terlullien, I. Adv. Marcion ., comnieulanl le verset d’Isaïe, explique: sihynas , yenus venabulorum. — J8 Schol. Apoll. Bbod.

II, 9: «Ttyiivvou;. àxovTta ÔAotrtSYjpa ; Eust. Ad IL. III, p. 381, 18 : : Auxôopwv trtyu|ivc.v yj atyuvvov w; Èv UottuTta IppeO?) tô ôXoat^y, pôv «pTjertv àxôvTtov ; 1 E tym . , Magn. ai11 avoir cité le vers d’Apollonius, ajoute : àX*a*oiï ^âv àmttStVxta fxtxpà,

X£yô(AEva, ÈvTaO'Oa Sôpaxa oXoaîSïjpa ; et Hesychius et Suidas définissent le sigyne

ÔAootSy,oov àxovT-.ov ■q (ou «TJidOïj ajoute Hesychius avec PholiiM;, qui écrit «rrjuvou,. zi Sopaya). Voir les notes 3 et 12 où la sigyne est qualifiée de lue Tbv.

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sont données pour le gaesum, le verutum et le pilum; c esi donc dans ce groupe de javelots au fer très développé et à la pointe parfois barbelée qu’il faut faire ren-

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