‹ Dictionnaire des antiquités grecques et romaines d'après les textes et les monumentsChapitre 99 sur 137 · C. de Vaux, p · texte numérisé non relu

C. de Vaux, p

réservoir alimentant la grande branche du siphon renversé est « uncanthare dont la bouche est fermée par un diaphragme' ». On peut se rendre compte de ce qu’était cetàvyEtov t o SiaTis^ payp.Év&v t b ardatov par un canthare en terre-cuite du Louvre2; les trois zones concentriques de figures noires qui en décorent le diaphragme nous montrent que cet appareil est antérieur aux Alexandrins 3. Une autre terre-cuite, placée dans la même vitrine (lig. 6i6o) 4, offre un spécimen complet de vase à

Fig. 6465. — Le Salyre buveur, vase à niveau constant.

niveau constant, puisqu’on y retrouve les trois éléments nécessaires : le siphon renversé est dissimulé dans le socle ; la petite branche se termine par une coupe évasée haute de 9 centimètres ; la grande branche s’adapte au réservoir qui a 12 centimètres de hauteur3 et dont les parois, sur les faces externes, ont la forme d’un satyre ventrp; le diaphragme n’est autre que la tète du satyre; sur le sommet du crâne se trouve un évent vertical dans lequel on na qu à enfoncer un tube de bois ou de métal dont 1 extrémité inférieure doit arriver au niveau horizontal où l’on désire que le liquide reste constamment dans la coupe6. Ce système souvent employé dans1 les lampes1 produit un éclairage d’autant plus brillant que l’huile s échaufle peu et s altère moins par l’ardeur de 1a, flamme.

X. Pompes foulantes. — Ce sont les seules que les anciens semblent avoir connues ; comme elles n’utilisent point la pression atmosphérique8, mais agissent par la compression que l’on exerce directement sur le liquide,

1 eau peut être élevée à une hauteur qui n’a de limite que la puissance développée et la résistance de l’appareil9, i limitivement, on se servait « d’outres pleines d’eau qui,

' tant pressées, élevaient l’eau par des boyaux de bœuf tonnant tuyaux » 10 ou par des roseaux creux ajustés les "as auxautres'1. C’est d’après ce système que l’on faisait les pompes à incendie12 et les clystères Plus tard, on remplaça l’outre par un cylindre à paroi verticale en cuir noant soufflet analogue aux lanternes vénitiennes de l > , la pression s’exercait avec le couvercle en bois

que l’on abaissait à l’aide d’un levier; l’eau s’échappait par un tuyau de cuir adapté à un orifice percé dans ce couvercle ; l’appareil ne fonctionnait que s’il était en partie immergé dans l’eau; d’ordinaire, on le plaçait dans un puits14. Il en était de même d’une autre pompe « très ancienne » qui semble n’ètre qu’un perfectionnement de la précédente: la paroi verticale du cylindre est rigide, en métal ; il y a deux soupapes ; l’eau, refoulée par un piston mobile, pouvait s’élever à 10 coudées de hauteur13. C’est ce type que l’on emploie encore de nos jours et qu’utilisa Ctésibios pour la machine connue sous son nom. La ctesibica machina est analogue à I’hydraulus, les organes sont les mêmes bien que leur fonctionnement produise un effet inverse. Elle se compose, telle que Vitruve la décrit 16, de deux corps de pompe séparés et placés à peu de distance l’un de l’autre ; chacun d’eux est formé d’un cylindre en bronze, modiolus ex acre , yaXxïi Tru'tç n , dont le fond est percé en son milieu d’un trou circulaire que peut obturer un disque métallique, 7rXaTuff(j.ÎTiov 18, TuuTrav.ov l9, plat, mobile sur quatre petites tiges fixées au fond du corps de pompe et munies d’un arrêt à leur extrémité supérieure pour empêcher ce disque de s’en aller20 ; une seconde ouverture, percée à la partie inférieure delà paroi verticale du cylindre, met en communication l’intérieur de celui-ci avec le tuyau de refoulement par où l’eau sort de la pompe. Un piston, embolus masculus, èfx^oXEuç 21 , également en bronze, poli au tour etbien huilé, porte sursaface supérieure une tige, régula , xavcév22 à laquelle on imprime un mouvement de va et vient à l’aide d’une brimbale, vectis. Ces deux pompes foulantes ne peuvent fonctionner que si elles sont à demi plongées dans une caisse pleine d’eau, uSato; àyyetov 23, qui les alimente ; mais, au lieu de refouler cette eau dans un réservoir àair libre, elle l’envoie dans un réservoir d’air comprimé qui est l’organe essentiel et constituant tout le mérite de la ctesibica machina. Ce réservoir est fait de deux pièces: 1° une cuve, catinus, percée à sa base de deux trous, munis chacun d’une soupape, et par lesquels arrive l’eau que les deux pompes envoient alternativement dans leur tuyau de refoulement; 2° une chape, paenula, couvercle bombé ou conique, analogue au pnigeusn de I’hydraulus sous lequel s’emmagasine l’air comprimé. Chape et cuve sont réunies l’une à l’autre par un fermoir et des boulons pour qu’elles ne soient pas disjointes par la force de l’eau ; bien que Vitruve ne parle point de la force de l’air comprimé, c’est elle qui est ici la plus forte puisqu’elle refoule l’eau dans une trompe, tuba, qui pénétrant par le sommet de la chape, descend jusqu'au niveau de la cure23. Par suite d’une idée préconçue ou d’un défaut de construction, chaque

Cliflicil ï 0' C' .'9 (éd- Sc,ln'idt- P- 102). -2 Salle I. delà galerie céramique. Il ricim,0 ?.Van°01' 81 c® vaso a servi dc lamPe l«t qu'il est ou s'il fui employé con: u ' ' u" aPPareil Plus complexe. — 3 II existe à l’Antiquarium de Berlin un c

WUrtlT SCmb‘able à celui dc la salle L d» ‘'Ouvre, mais il est à couverte ne hM „rdTCh- arch- lnstit- ,892- VII’P- 24 de * 'Anseig.). -4 Bullet.de cc lul,e cf J; P' ~5-233- - 3 là. p. 232, cf. fig. 3, p. 231 . — 6 Pour la dispositiou dc el ManiUi ^ ’ P' '-de 1 art- éclairage (Ch. Laboutaye, Dictionn.' des A cl R J, U'mme Ce léciPient a »u couvercle plat, les deux ouvertures pllls a " Pa,'allèlcs. ce qu'on n'a pu faire dans le Satyre. — 7 L'exemple Schott J"’, a"8 les tcm|,s modernes> Parait ôtre la lampe dc Grunberger (Ga %• 5) ' 1 gC'fI"!ca H’Jdrailiico-pneumalica, Würzbourg, 1657, p. 290 et pl. x faisant L T' déte*'millci' l'ascension du liquide dans ces corps de pon plonger * ■' ^ V'Je’. ma>s ce “ est pas Ieffcl cluon duit chercher puisqu’il f erreur aPI'are,ls d»ns l'eau comme nos poires à injections. C’est | de poninr.0 " V 'sconti ( O/z. Var. Il, p. 30) a parlé, à propos des Ancie aspirante et foulante aiusi qde de « la lorza del- vuoto ». — 9 C’

pour cela que les Anciens n ont pu faire la célèbre observation du fonlainier de Florence. — 10 Apollod. Dam. Poliorc. VU, 7 ; trad. E. Lacoste, /ter. âtud. yr. 1890, p. 267. — U Ib. p. 268. — 12 Ib. — 13 Ch. Daremberg, Œuv. d'Oribase. H, p. 838, notes. — 1 * C. de Vaux, Notes et extr. des manuscr. XXXVIII, 1003, p. 215 sq. La description de cette pompe et de la suiv. sont prises d'un mser. arabe d’Oxford, (n. 954) composé d’extraits « d'Archimède et de l'hilou ». — 18 /b.

P- 217. — 16 X, 7. — U Her. Alex. O. c. I, 28. — 18 /b. 42. — 19 ]b. 28. 20 /b.

et. la restitution de M. A. de Rochas, La science des philos, pl. ni, fig. 2 bis. Le mode d attache de ces soupapes est inverse de celui qu’on emploie puisque le bouton à tâte est fixé à uos soupapes coniques. — 21 Her. Alex. O. c. I, 28. — 22 /b. — 23 Ib. —24 Vitruve compare la paenula et lepniyeus (X, 8) à un infundibulum inversum. — 28 Vitruve ne le ditpas, de sorte qu'on pourrait croire que la trompe ne dépasse pas le sommet de la paenula comme ponr le pniyeus. Le contexte prouve le contraire. Perrault n a point vu cette différence, ni ceux qui ont reproduit son mauvais schéma ( Les dix livres d'archit. 1684, pl. lxii, fig. 2) inspiré de la restitution de Barbaro I dicci libri, 1556, p. 265.

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coup de piston envoyait de l’air et de l'eau dans ce réser- 'oir. \itruve ne dit nullement que celte machine fut employée dans les incendies; telle qu’il la décrit, elle n est point mobile avec ses trois organes réunis par deux tuyaux, aussi ne 1 indique-t-il que pour remplir des réservoirs alimentant un jet d'eau l. Cependant, de bonne heure, on chercha à rendre cet instrument plus maniable. De toutes les anciennes pompes retrouvées jusqu’ici, celle qui se rapproche le plus de la ctesibica machina , la pompe découverte à Silchester2, est faite d'un seul bloc de bois haut de 57 centimètres sur une section de -•f X 33 centimètres. Deux conduits de 76 millimètres de diamètre traversent ce morceau de bois dans toute sa hauteur ; ils sont doublés d une feuille de plomb épaisse d'un demi-centimètre et communiquent chacun, à leur base, par un conduit montant jusqu’à la chambre à air qui occupe le tiers moyen. La pacnula est représentée par une sorte de coupole percée en son centre pour laisser pénétrer la trompe jusqu’au niveau de l’eau 3. La fameuse pompe de Castronovo 1 est également d’une seule pièce,

mais en bronze. Sur

un cylindre horizontal ( fig. 6466) s’élèvent perpendiculairement et sur un même plan vertical, trois tubes parallèles : les deux extrêmes, symétriques, cylindriques, et de 85 millimètres de diamètre, servaient de corps de pompe ; le tube médian, for- F.g. 6W6. - Pompe de Casironovo. tement renflé, sem¬

blerait contenir le réservoir dair, mais la coupe (fig. 6467) montre qu il ne renferme qu une chambre cylindrique fermée par 3 soupapes à clapet* : deux verticales et symétriques pouvant alternativement interrompre la communication avec chacun des corps de pompe ; la troisième soupape horizontale ferme le haut de cette chambre et prouve assez que le jet d'eau lancé par cet instrument n’était pas continu comme dans la ctesibica machina. D’après . Schmidt0, la pompe de Castronovo daterait d’Anlonin le Pieux (438-161); en tout cas, elle semble d’un type plus ancien que la pompe de Bolsena7, qui de toutes est celle dont la construction se rapproche le plus de la

* Ctesibica machina quae in altitudinem aquam educit... et ita ex inferiore loco castello collocato, ad saliendum aqua subministratur. — 2 W. H. S. John Ilope et G. F. Fox, Excavai, on the site of tlie Roman city at Sitchesler in 1695 (Archaeologia, V, 1890, p. 232 sq.). — 3 /b. fig |, p. 232 et fig. 2, p. 234. 4 E. Q. Visconti, Giorn. delta letterat. italiana V. Mantova, 1795,

303-307; Opéré var. Il, p. 28 sq. — 5 Toutes les soupapes sont représentées par Visconti (fig. 64C7i, telles qu’on pouvait les voir sur cet appareil hors d’usage. Frederick Davis, Note on a roman force-pump found at Bolsena ( Archaeol . V. 1890, p. 256), trouve qu’on aurait dû dessiner la soupape d’aspiration de gauche ouverte et celle de refoulement fermée, alors qu’à droite la soupape de refoulement serait ouverte et celle d’aspiration fermée. Cette exactitude nest qu apparente puisque les pistons ne sont pas à leur place et que l’eau n est pas figurée dans 1 appareil ainsi qu’on le fait dans les vignettes des manuels élémenlaires. - 6 l|or. Al. O. c. p. xxxm. — ^ l r. Davis, O. c. p. 254 sq. Cet appareil n'est qu’un objet de vitrine ou de cuisine incapable de débiter un t erre d eau à chaque coup de piston. Les corps de pompe ont 18 centimètres de haut, totale avec un diamètre de 3 centim. — » O. c. I, 28 ; cf. Thévenot, O. c. fig. de la p. 181 ; Al. de Rochas, Les origines de la science, p. 203, fig. 80. — 9 H. nat. Vil, 38. — 10 Ep. X, 42, 2. La traduction de cette lettre se trouve à • ait. FABti i , p. 955 ; cf. Isid. Hisp. Orig. XX, 6, 9; Bigest. XXXIII, 7, 12, 18;

pompe à incendie décrite -par Héron s. Dans les

reils de Bolsena et de Héron, il y a, entre les

o uuu\ COl’DS

de pompe, un ^

tube droit, atoÀrjv opQtoç, parfaitement cylindrique, très court et n’ayant pas de soupape à sa partie supérieure comme dans l’appareil de Castronovo. U est dif ficile d’indiquer à quelle époque la machine de Ctésibios a pu être transformée en pompe à incendie. Celte modification, dont ne parlent ni Vitruve, ni Pline l’Ancien9, n’a pu se produire qu’à la fin du ier siècle. Pline le Jeune écrit ù Trajan pour se plaindre qu'il n’y eut encore à Nicomédie, aucune pompe à incendie, nullus sipo 19 ; sous Hadrien Apollodore reconnaît que les armées assiégeantes n’ont

Fig. G467. — Coupc tic la môme pompe.

pas toujours de siphons à leur disposition11 ; dans un incendie qui dévasta Smyrne peu avant l’année 155, on voit les ctytovei; 12 figurer parmi les cipyava que fait apporter le stratège13. Cependant, comme le remarque O. llirschfeld14, les siponarii1*, ou pompiers, ne jouèrent jamais qu’un rôle très secondaire dans l’extinction des

incendies à cause du peu de puissance de leurs pompes et de la difficulté qu’ils éprouvaient à les manier. Pour en faire une machine transportable, on avait cru devoir supprimer le réservoir d’air de Ctésibios, laissant toutefois subsister le cutinus, transformé en tube droit ; ce désavantage 111 ne fut nullement compensé par les trois grands perfectionnements qu’indique Héron: 1° l’emploi d’un seul balancier, b xavbW, manœuvrant à la fois les deux pistons; 2° l’usage de la petiLe soupape, xXsiàfov, étanche que les Romains nommaient assarium, àaeiptov17; 3° un système de double rotation placé sur le o’ioXTjv opôcoç et « permettant de lancer le jet vers un point voulu sans être forcé de déplacer la machine en entier, ce qui causait des retards fâcheux » l#.

Les Byzantins employèrent cette pompe pour lancer du pétrole sur les navires ennemis; le marin qui en était chargé se nommait aupcovocTtop 19. Soblin Dorignv.

S1PHONARIUS, SIRONARIUS [SlPHO, vigiles].

Hesycli. s. v. <nœwv. — il Poliorc. VII, 7 {Rev. étud. gr. 1800, p. 268). — 12 Pionius, Vita S. Polycarpi, 28 (éd. L. Dudicsnc, 1881, p. 33). — 13 Le ffTpa-tï)ï°s t5v orcAuv {C. i. Gr. n. 3162, 3189, 3193, 3201, cf. 1b. IV, p. 40, index ; Cagnat. D. municipal, et pr ovine, militiis in lmp. Rom. 1880, p. 14; O. Hirsch feld, Gall- Studien llly der Praef. Vigil. in Nemausus and die Feuerwerk. in d. rom. Landstadt, 1884, p. 4, n. 4: « in Sm y rua und anderen Stadlen Kleinasiens. » Labbé Duchesnc, au contraire, voil dans ce stratège « ille qui summam civitatis administrationem reqere videtur, distinguendus est a (rrpc«y)Yw lui -tîjî etçnqvyj; {0. <• p. 40); d'après S. Reinach ( Saint Polycarpe et les Juifs de Smyrne , 1883, p. -)> ce stratège « ne peut-être autre que le premier magistrat de la ville, l’irénarqnc. »

— u O. c. p. 10, n. 1. — lu Muratori, p. 788, n. 3 = 01. Kcllermaun( Vigil . Roman laterc. p. 44), n. 71= Corp. inscr. lat. VI, n. 2994. — 16J.-H. Flallier,Srot//t,AÆ/d tion. s. v. Ctesibica mach. est d’avis contraire. Cependant, on a rétabli ce réseivon d’air comprimé dans toutes les pompes à incendie (F. T. I). Physiq ■ Lyon. I ,l'11fig. 8/). — !■ K7.e:$(ov to xcûoûxtvovitaoà "Pwjiccioiç àfftràptov (ôd . VV. Schmidt, p. 1 passage suffirait à prouver que Héron n’était point contemporain des cous» Duilius et ReguJus. Pour la ligure de ces soupapes, cf. Thévenot, O- c. p- 11

— 13 Her. Al. O. c. (cf. Irad. A. de Rochas, p. 134); cf. Thévenot, <lfig. de la p. 181. — 19 Léo imp. Tact. XIX, 8 ; cf. Du Cange, Gloss, ad scr. at graec. s. v.

SIR

SIR

SIRENES (Zetpïivsç '). — Êtres fabuleux dont le chant séduit et attire les hommes qui passent à leur portée. ,< Mais, dit Homère, il est perdu celui qui, par imprudence, écoule leur chant; jamais sa femme et ses enfants ne le reverront dans sa demeure et ne se réjouiront 2. » I. Les Sirènes nous apparaissent en effet pour la première fois dans VOdyssée. C’est l’épisode bien connu où Ulysse, mis en garde par Circé, parvient à échapper à leur charme3. Il a bouché avec de la cire les oreilles de ses compagnons et lui-même s’est fait attacher au mât de son navire, au moment de passer près de l’ile où elles . guettent les marins pour les faire échouer et les perdre. Les ossements qui couvrent le rivage témoignent du grand nombre de leurs victimes. Après Homère, la poésie enrichit largement la légende des Sirènes4 et, tout d’abord, leur donna une famille et une patrie : leur père fut le fleuve Achéloos 3, ou bien Phorcys 6, qui, on le sait, est devenu peu à peu le père de tous les monstres de la fable, Chimères, Érinyes, Gorgones7, etc. Pour mère, on leur attribua Stéropé 8, ou une des Muses, Melpomène, Terpsichore, Calliope9, ou bien encore, et c’est sans doute une idée plus ancienne, Gaea ou Chthon, la Terre10. On racontait aussi qu’elles avaient prétendu disputer aux Muses le prix du chant et qu’elles avaient été vaincues dans la lutte **. Pausanias dit même que le concours avait eu lieu sur l’ordre d’Héra 12. Homère, qui se sert à deux reprises de la forme du duel pour les désigner13, n’en comptait donc que deux, mais dans la suite on portait leur nombre à trois et on leur donnait des noms : Peisinoé, Aglaophé et Thelxiépeia, ou bien Parthénopé, Ligeia et Leucosia11. Ce sont, on le voit, des noms tirés soit de leurs qualités, soit des pays qu’elles étaient censées habiter. D’après la place que l’aventure d Ulysse occupait dans VOdyssée , on avait situé leur ile a l'ouest de la Méditerranée, puis on précisa davantage et on leur assigna soit le cap Péloros, soit Capri, soit les des Sirénuses*0. Un temple leur était consacré à Sorrenle 16 et l’on montrait à Naples le tombeau de celle qui s’appelait Parthénopé l7. En raison du rôle que les Sirènes jouaient dans VOdyssée, on voulutleuren donner un dans les aventures de Jason 18 et on ne

I "Ml un pas de les rattacher a la légende des Argonautes.

II l'bée, embarqué sur la nef .4 rgm, les vainquit, dit-on, par

Hj j. j-^ 18 ' 1 Ee fondant sur 1 inscription Etpfv eïjAi que nous citons plus loin,

St', ; rclscl»ner pense que la véritable orthographe serait S, ?ijvtî et que la graphie ï'h!Ji!(nlellt dB 1 Opo<lue hellénistique, qui écrivait Xtiju» pour X.'f»v, etc. Wicn.

" j,0’ p’ 179-80 i cf. Cronert, ibid. 1809, p. 50. — 2 OU., XII, 41-13. e„ ” Xlb <51-200. -4 plin., Hist. nat. X, 49-70. — 6 Pauly-Wissowa, fiealü il 1 - -l5s'l-— 0 Soph. Fragm. 777 (2« éd. Nauck) ; Plut. Hympos. IX,

1857] Sollœ,nami, De Phorcyne eiusque familia ( Opusc . Acad. Il [Berlin,

P' ''y-14) i Weicker, Der Seelenvogel , p. 40. — 8 Apollod. Biblioth. 1, 7. 10.

Gcoe/ir 'r«°r Arÿ- IV’ 803 ; Apollod- b 3- 4- - 10 EuliP-. 108. - U Scol.

P- 1040 i Cetépisode est figuré sur des sarcophages, Baumeister, Dcnkm. III, récente ,| .■ ,PaU8’ IX’ 3i’ 3’ Weicker' Op. cit. p. 76, suppose ici une invention M 0rf e™"ée a expliquer une particularité de la statue d'Héra à Chéronée. deinent d'* V 52 C' '°7’ 0,1 peUt s éto,mcr dc cc duel qui n’a d’ailleurs aucun fon- Laieut s . "S l(!peude. Est-il impossible de croire que des monuments figurés Ail I U dCrn'°r t’ddacleu1’ de Y Odyssée, qui aurait vu sur des vases peints

son chant, etles compagnons de Jason purentéchapper au péril comme ceux d’Ulysse. Seul Boutés, fils de Téléon, séduit par leurs voix harmonieuses, se jeta à la mer pour les rejoindre, et il allait périr quand il fut sauvé par Aphrodite19. Apollonius de Rhodes, rappelant cet épisode, fait allusion aussi à une légende qui mettait les Sirènes en rapportavec Perséphone 20, dont elles auraient formé le cortège [ceres, p. 1032], qu’elles auraient cherchée lors de son enlèvement21 et qu’elles avaient suivie aux Enfers. Signalons enfin l’emploi que fait des Sirènes la philosophie de Platon, où elles apparaissent comme dirigeant l'harmonie des sphères célestes22.

II. Les scoliastes et les lexicographes décrivent les Sirènes : elles ont, disent-ils, un corps d’oiseau et une tête de femme23. Ce renseignement de date récente, car ni Homère, ni les écrivains classiques ne nous parlent de l’aspect des Sirènes, est confirmé d’une façon formelle et précise par les documents archéologiques dont quelques-uns remontent très haut. Un des plus anciens et le plus important est une hydrie de style attico-corinthien, trouvée à Caeré, actuellement au Louvre 2V. L’épaule du vase est ornée entre autres de deux oiseaux à tê le de femme, dont l’un est expliqué par cette inscription : ZIPEN EIMI,

« je suis la Sirène »

(lig. 0468). Comme ce vase n’est pas, sans doute, de beaucoup postérieur à VOdyssée, nous pouvons croire que c’est bien ainsi qu’on se figurait les Sirènes à l’époque de la dernière rédaction du poème. C’est ainsi en tout cas qu’on a continué à se

Fig. 0468. — Sirène grecque.

Fig. 6469. — Ulysse et les Sirènes.

les figurer en Grèce. M. Bulle a publié récemment un curieux aryballe corinthien, provenant d’Athènes (fig. 6469)

dos Sirènes affrontées ou qui aurait eu sous les yeux une ancienne représentation de l’épisode, dans le genre de celle que nous citons fig. 6469? Si les artistes primitifs sc sont inspirés de I cpopée, celle-ci ne pourrait-elle pas avoir parfois emprunté à l’art contemporain ? Cf. Clermonl-Ganncau, Lamglhol. iconogr. /feu. Crit. 1878, II, p. 215 sq. — 14 Tzetz. Ad Lycophr. 715. — 15 Tzclz. I. c. — 16 Strab. I, 12, p. 22. - n Strab. I, 13, p. 23 et V, 7, p. 246. - 18 A moins que, comme l a supposé Kirchhoff, elles n'aient été introduites dans l'Odyssée que parce qu’elles figuraient déjà dans la légende des Argonautes; cf. M. Croiset. Hist. de la litt. gr., I (1887), p. 297. — 19 A poli. Rliod. Argon., IV, 891-921; Apollod. Dibt. !„ 9, 25. — 20 Apoll. Rhod., I. c., 894-96 ; Eurip., Hel., 175 et sq. — 21 Ovid., Met. V, 551 sq. — 22 Plat. Hep. 617 b ; Plut. De anim. procr. 32. — 29 Scol. ad I ycophr. 653 (éd. Scheer, II, p. 218): yrijui*; „iT„ j,ffT| Jfv,’6uv fï0u<wi, 5i ij àvul

àvSp.iituv; Suidas, s. v. |»e*oXô7oi Snjijvàî «r.Vui ijésonti Tiv« ofvi9.« ,T»«, ; cf.

Apollod. Uibl. VII, 18; llcracl. de fncred. XIII (éd. Westermann, p. 315). 2S E

869, Bottier, Cat. des Vases , p. 570 sq., et Vases du Louvre, II, p. 80 et pl. i.x.

SIR

SIR

donl la panse représente l’épisode fameux del'Odyssée1. Ulysse, le casque en tète, est attaché au mât de son na- ' i' e, dont les voiles sont amenées. Ses compagnons, casqués comme lui, rament avec ardeur vers File des Sirènes. L'eau est indiquée par une ligne ondulée. Deux oiseaux volent au-dessus du navire. Sur l’ile, figurée comme un rocher élevé, se liennentdeux Sirènes,’ oiseaux a tète de femme, dont la bouche est ouverte comme pour chanter, tandis que derrière elles est assise une femme dans laquelle M. Bulle voit, avec beaucoup de vraisemblance, leur mère Chthon, la Terre. Derrière le navire est figurée une habitation dont la porte est ouverte : sans doute la demeure de Circé que les Grecs viennent de quitter. I n très beau stamnos à figures rouges du style sévère, actuellement au British Muséum 2, repré¬

sente le même épisode (fig. 6570). La mère des Sirènes a disparu; elles sont au nombre de trois et l’une d’elles semble se précipiter dans la mer 3. Ce vase nous donne aussi le plus ancien nom connu d'une sirène : Iliméropa4. Enfin un lécythe attique à figures noires5, qui se placerait comme date entre les deux vases précédents, nous présente une sorte d’image abrégée de cette scène. Faute d’espace, le navire n’est pas figuré : Ulysse est attaché à une sorte de poteau qui doit représenter le mât et qui émerge de l’eau indiquée par des lignes ondulées et des dauphins. Les deux Sirènes ont ici, outre la tête, des bras de femme dont elles se servent pour jouer de la lyre et de la flûte. La conception des Sirènes chanteuses a conduit par une transition toute naturelle à 1 idée d’en faire desmusiciennes ; on ne séparait guère dans

l’antiquité le chant de l’accompagnement des instruments.

Grâce a ces documents dont l'interprétation ne fait

1 Strena Helbigiana, Leipzig, 1900, p. 31 sq. ; Weicker, Ber Seelenvogel, p. 44 ; J. Harrison, Prolegomena, Cambridge, 1903, p. 200. Actuellement au Musée de Boston, cf. XXVI Ann. Bep. of Boston Mus., 31 déc. 1901, p. 33.

— 2 E, 440, C. H. Smith, Cat. of greek vases in the Br. Mus. III (Londres, 1896), p. 268 sq. ; cf. Harrison et Maccoll, Gr. vase paintings (Londres, 1894), pl. xxx ; Baumeister, Benkm. III, p. 1643 ; Weickcr, Seelenvogel, p. 165; Rcinach, Bépert. de vases, I, p. 65. — 3 C'est sans doute une allusion à la légende du suicide des Sirènes vaincues que mentionne Lycophron (712 sq.) et qu’il a peut-être emprunlée à Timée; cf. Weicker, op. cil. p. 68. — 4 Krelschmer, Gr. Vaseninschr. (Giitersloh, 1894), p. 78. — 5 Trouvé à Érétrie, actuellement au Musée d’Athènes. Cf. M. Mayer, At/œn. Mitth. XVI (1891), p. 308 ; E. Scllers, Journ. of hell. stud. XIII (1892- 1893), p. 2, pl. i; Collignon-Couve, Cat. des vases d'Athènes, n" 958, p. 303 sq.

— « Déjà Gerhard a fait remarquer que les oiseaux à tète de femme du monument de Xanthos étaient non des Harpyes, mais des Sirènes [hahpyia, III, p. 15). Les llarpyes sont plutôt représentées comme des femmes ailées, court-vôtues et dans l'attitude de la course; cf. Walters-Birch, Bût. of anc. pottery. II, Londres 1905, p. 196.- 7 Archaeot. Zeit., 1879, p. 180-2. 8 Calai, des figurines ant. du Louvre (1882), p. 12, 155 ; Pottier, Nécropole de Myrina, p. 389. Voir aussi

aucun doute, nous pouvons avec une grande vraisen blance reconnaître des Sirènes dans les oiseaux à tète 'd' femme qui apparaissent si souvent dans la décoration des vases peints dès la céramique ionienne, ainsi n"! dans la plastique. En même temps nous les distinguons nettement d’autres monstres avec lesquels on les a parfois confondues6. L’opinion de Furtwângler, sur l’origine assyrienne de l’oiseau à tète de femme, n’est guère sou tenable ‘, mais M. lleuzey8 a montré comment ce type dérivait de l’épervier à tête humaine qui figurait l’àme dans le rituel égyptien ». M. Weicker1» a pu énumérer un grand nombre de statuettes de pierre et de terre cuite reproduisant ce même type, qui ont été trouvées dans les tombeaux ou ont servi à la décoration des monuments. Nous ne pouvons que signaler en passant ces statuettes, mais nous devons rappeler les figures du même type qu’on trouve représentées sur les tombeaux Elles y apparaissent au ve siècle av. J.-C. jouant de la flûte ou de la lyre, ou se frappant la poitrine et s arrachant les cheveux, et forment un des motifs favoris des sculpteurs pour la décoration des stèles funéraires. Debout, les ailes étendues, elles s’adaptent admirablement au fronton du monument (fig. 6471).

Nous allons voir par quelle association d idées elles sont venues occuper cette place.

III. Il est inutile de passer en revue les anciennes interprétations du mythe des Sirènes. M. Weicker les a énumérées d’une façon très complète dans sa dissertation doctorale 12 ; elles paraissent, d’ailleurs, abandonnées définitivement. Depuis les études d'E. Rohde et de M. O. Crusius 13, on semble, en effet, F‘8' 6471- — sirèn« décorant s accorder pour rattacher les Sirènes au groupe nombreux des Harpyes, des Érinyes, des Lamies, etc., et pour voir en elles des esprits des morts, simples variations du type fondamental de 1 âme ailée, de la Ker, avide de sang et d’amour [psyché, p. 747 ; keres, p. 821]. Homère et les poètes grecs n ont fait, ici encore, qu’emprunter aux croyances populaires une de leurs créations les plus répandues.

C est littéralement dans le monde entier que l’on retrouve cette représentation de l’âme des morts sous la forme d un oiseau, en Amérique14 comme chez les Arabes

l’étude de M. Ilolleaux, Bull, de r.orr. hell, 1888, p. 380 sq. et pl. xu. — 9 Les plus anciennes représentations montrent parfois les Sirènes barbues ; Weickcr, Dcr Seelenvogel, p. 107 sq. — 10 Ber Seelenvogel, p. 103 sq. ; ajouter comme très ancienne représentation Bômischc Mittheilungen, 1909, p. 88 (Orsi). — 11 Cf. Anth. Pal. VII, 710. I.c musée d Athènes en possède plusieurs beaux exemplaires. Lun entre autres a été souvent reproduit et cité, n" 774 du Catal. de Cavvadias, Athènes, 1892 (notre fig. 6471); Ath. Mittheil.,mi, pl. xn ; p. 375 ; cf. Baumeister, Benkis.

III, p. 1644; Arndt-Bruckmann, n» 549. Un autre (n» 775 du même musée). Bercy Gardner, Tombe of ffellas, Londres, 1896, p. 127. Ce sont deux sculptures en ronde bosse eu marbre pentélique et de la belle époque. — 12 De Sirenibus quaestiones selectae, Leipzig, 1895, p. 1-14, — 13 O. Crusius, Philol- L (1891), p. 103; cf. Wiiamowitz, fferalcles, 2" éd., I (Berlin, 1895), p. (M , Rohde, Psyché, 3« éd. Il, p. 411; S. Wide, Athen. Mitt. XXVI (1901), P- l5î sq. ; J. Harrison, Prolegomena, p. 197 sq. ; Gruppe, Griech. AJyth., I. P- 11 ’ '

1*1-, Myfhol. Liter., Leipz., 1908, p. 357. A. Maury, Belig. de la Grèce ant. I, p. 295, avait déjà indiqué ce rôle des Sirènes, en en faisant des divinités psyché pompes. — 14 Tylor, Civilis. prim. trad. fr. H, p. 9 ; Briuton, Polk-Lore Journ-, 1885, p. 255. — lu Liebrecht, Gerças, v. Tilbury, Hanovre, 1856, p. Un*

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ni Bretagne, dans le Languedoc et en Alsace 1 comme chez les Finnois2. Et de même que des vases grecs nous montrent l’âme s’échappant comme un oiseau à tête de femme du corps d’un mourant 3, la vieille cantilène française nous parle d’une sainte qui, à sa mort « in IFuire ,je colomb volât a ciel » 4. Ces âmes résident aux Enfers, comme les hères, les Ilarpycs, les Furies, les gtryges et les Moires [infeiu, III, p. 503 ], qui, avec les Sirènes5, ne sont que d’autres noms venus sans doute de diverses parties de la Grèce, pour désigner des démons de même nature. Mais souvent elles quittent leur résidence habituelle pour parcourir les campagnes, aveugler et alï'oler les hommes et jouer le rôle de vengeresses ; ce sont elles qui causent les rêves effrayants et les cauchemars, et c’est sous cet aspect que M. Crusius 6 a reconnu une Sirène dans un beau basrelief attique, représentant une jeune femme ailée aux pieds palmés s’approchant d’un berger endormi [fig. 6472). Mais elles peuvent être apaisées par des sacrifices : quand

elles ont obtenu la satisfaction qu’elles réclamaient, elles deviennent bienveillantes et favorables, et comme les Furies, dans les mêmes conditions, se transforment en Euménides, les Sirènes mettent leur chant et leurs instruments au service des mortels affligés qui sauront les adoucir. C’est ainsi que, dans Euripide, Hélène les invoque : « Vierges ailées, filles de la Terre, Sirènes mélodieuses, venez accompagner mes gémissements avec le son plaintif de la syrinx et de la flûte libyenne, afin que vos chants- en accord avec mes larmes et mes maux déplorables envoient à Proserpine des chœurs lugubres répondant à mes lamentations 1 ». C’est là sans doute la

1 Sébdlol, Folk-Lorc de France, III, p. 209 sq.; Mélusine, II, p. 280. —2 J. Grimm, Deutsche Myth. 4' éd. (Berlin, 1876), p. 691 sq.; Mogk, Germ, Myth., 2e éd. p. 263.' ~ 'l'arov. sur un vase du Drit. Mus. E, 4-77 ; cf. Smith, Cal. III, p.294; liarrison, ] °[ Athei P- '-xix; Weicker, Seelenvogel, p. 166. Sur une amphore ionienne (?)

' " Ullinel des médailles, une Sirène s’envole au-dessus du Miuolaure tué par Thé- 5,1 de Hidder, Cat. des vases de la Bibl. Nal. n» 174, p. 84. Déjà de Wilte [Cat. ' ’ "'s'lue L 1 838J. p. 88) avait interprété la Sirène comme figurant l'âme du taureau. ^ • 1 antdène de Sainte Enlalie, v. 25. - S pial. Crut., p. 403 D. — 6 Pkilol. L

■I). p.94sq. ; Cf. liarrison, Proleg. p. 203. Le bas-relief est maintenant dans la '][ edion de M. W. Frœhner; Weicker, Op. cit. 74ct 181 . — 7 Eurip. //el. 108 sq. j '"™d les figures de terre cuites trouvées dans les tombeaux représentent s iu|Sl|1CneS Se flaPPlnt la P°itrine 011 s'arrachant les cheveux, elles ont pu lu" ° ,ISe' ,CS rePrels des Pavenls fiui m' 0111 fait offrande au mort ; Pottier, NécrotH'im " ihjnna' P- 150 ; 'a même, Les Statuettes de terre cuite (Paris, Roi 'a s<l’ ~ Bibmoguaphie. Schrader, Die Sirenen, Berlin, 1868 ; Preller- ■ Griech.[Mythol ., 4" éd., I, p. 614 sq. ; Ccrquand, lit. de myth. gr.

raison de leur présence sur les tombeaux ; elles sont proprement « l'oiseau de lame » et comme un symbole de l’etStoXov [sepulcrum, p. 1222]; et elles représentent, pour les Romains comme pour les Grecs, l’âme apaisée qui prend part à la peine des vivants après avoir été pour eux un danger [mors, p. 2(X)6]. En même temps, elles constituentpour la tombe une protection contre les entreprises des mauvais esprits, un puissant à7toTpÔ7ratov, comme les têtes de Gorgone [gorgones, II, p. 1017] que l’on y plaçait aussi. Suivant un principe bien connu de la superstition, le [ixaxavoç protège contre la (laa-xavta [supekstitio]. C’est aussi comme symbole et substitution de l’âme qu’on a placé souvent leurs images à l’intérieur même des tombes, ainsi que nous l’avons vu plus haut 8. Ch. Michel.

SISTRUM ( Ssittoov, de œeieiv, secouer). — On appelle sistre une sorte de crécelle métallique qui, à l’époque romaine, est l’attribut caractéristique de la déesse Isis, de ses prêtresses, de ses prêtres et de ses adorateurs.

C’est, dit Apulée1, « une crécelle d’airain, lame étroite recourbée en forme de baudrier et traversée par plusieurs bâtonnets qui la heurtaient avec un son aigu quand on secouait vivement le bras ».

L’origine de cet instrument remonte à l’époque pharaonique 2, et la figure d’une femme tenant un sistre est un signe hiéroglyphique que l’on rencontre souvent dans les inscriptions de l’époque saïte : nous ne connaissons point de travail sur le sistre égyptien; mais nous ne devons nous occuper ici que du sistre grécoromain et nous observerons seulement que le sistre à manche cylindrique en terre émaillée, si fréquent en Egypte, ne se rencontre pas, semble-t-il, en dehors de ce pays 3.

Un assez grand nombre d’exemples figurent dans divers musées. Dès la fin du xvue siècle, Fabretti en a fait connaître plusieurs, dont le plus beau se trouvait chez le grand duc de Toscane4. Il se composait d’un manche en forme de colonnette et d'une plaque recourbée en fer à cheval allongé, traversée par quatre bâtonnets mobiles, et portant à la partie supérieure, figurée en ronde bosse, une chatte avec ses deux petits; une autre chatte était figurée à la base. Le chapiteau de la colonnette servant de manche était formé par une de ces têtes de Hathor si fréquentes dans les temples ptolémaïques, le fût par une figurine d’enfant debout sur une fleur de lotus. La gravure ancienne ne permet pas de reconnaître si cet enfant est un Ilarpocrate ou un de ces Ptali patêque dont nos musées renferment tant de figurines. C’est bien là le sistre que décrit Plutarque4, surmonté « d’un chat à tête humaine » et présentant à sa partie inférieure « la tête d’Isis ou de Neph-

Paris, 1S73 ; Buchholz, Pont. Bealicn , III |Leipzig, 1884), p. 264 sq. ; A. Brucckner, Ornam. d. att. Gralistelen, Strasbourg, 1886 ; Weicker, De Sirenibus, Leipzig, 1895; Crusius, Philot. L, p. 97 sq. ; H. Bulle, Strena Helbigiana, 1900, p. 31 sq. ; S. Widc, Ath. Mitt. XXVI (1901), p. 152 sq. ; liarrison, Prolegomena to the study of greele lletiijion (Cambridge, 1903), p. 200 sq. ; Gruppe, Griech. Myth. I. p. 344 sq.; Weicker, Der Seelenvogel, Leipzig, 1902; Gruppe, Mythol. Literat. (Leipzig, 1908), p. 354 sq. ; G. de Pctra, Le Sirene del Mare Tirreno (Atti delta reale Accademia di Archeotogia di Napoli XXV [1908], p. 1-36).

SISTRUM. — l Apul., Metam. XL 4 : aereum crepitaculum, cujus perangustam laminam in modum baltei recurvatum trajeetae mediae paucae virgulae crispante brachio trigeminos jactus reddebant argutnm sonorem. — 2 Pierre!, Dict. d'arch. égypt., p. 514. — 3 Sur le vase des moissonneurs, d’Haghia Triada, en Crète, on distingue bien le sistre, mais figuré d’une façon trop sommaire pour qu'on puisse en préciser la forme ( Monum . dei Lincei , XIII, pi. i-ut, col. 120). — 4 Fabretti, laser, ant ., p. 490, gravure. —5 Plut., De fs. et Osir. 63.

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thys »’. Plusieurs autres sistres sont figurés dans d’anciens recueils: ceux de Gualdi, jadis à Rimini2; de J.-P.Bellori ; celui qui figurait autrefois dans le cabinet de Sainte-Geneviève: celui de Leone Strozzi découvert à la fin du xvii0 siècle, dans la villa Corsini sur la via Aurélia3; ceux enfin qu’a reproduits Montfaucon4, d’après Beger et La Chausse.

Le Musée Guimet en possède deux curieux spécimens 5, trouvés à Nîmes dans la tombe d’un prêtre d'Isis (fig. 0473).

Le sistre n’était pas toujours en bronze : un sistrum argenteuminauratum figure à Nemi dans un inventaire du trésor des temples d’Isis et de Bubastis 6. Apulée nous en décrit en bronze, en argent et même en or'.

Le sistre figure souvent isolé sur des cippes funéraires ou votifs. Deux autels anépigraphes sur lesquels il est représenté, ainsi que Fig. 0473. — Sistre. d’autres attributs isiaques,

ont été dessinés vers 1550 à Rome par Smetius 8. Signalons, entre bien d’autres monuments, l’épitaphe de L. Clodius Stacus où sont représentés deux sistres 9; une épitaphe de l’Aventin où l’on n’en voit qu’un seul10; la célèbre table isiaque où figure, à gauche en haut, un sistre posé sur un vase ; un certain nombre de marques figulines sur tuiles ou briques"; enfin toute une série de monnaies romaines du ive siècle (de Licinius à Valens) et plusieurs médailles impériales grecques, dont M. Lafaye a dressé un catalogue sommaire12.

Si nous passons aux monuments figurés sur lesquels on observe des personnages tenant des sistres, les listes s'allongent indéfiniment. En tête viennent les innombrables statues d'Isis (fig. 4095, 4099) ou de prêtresses d’Isis, voire d’Anubis13; mais en bien des occasions, le sistre n'a-t-il pas été ajouté par un restaurateur ? Plus dignes de foi sont les bas-reliefs, tels que la stèle funéraire de Babullia Varilla au musée de Naples14 (prêtresse d'Isis debout tenant un sistre et une situle), un autel du Louvre 15 (Isis tenant un sistre), un bas-relief de Cervetri 16 (Isis tenant un sistre) et toute une série de stèles funéraires d’Athènes17 (prêtresses d’Isis tenant un sistre et une situle). Plus important encore est le bas-relief isiaque de la villa Mattéi, aujourd’hui au Belvédère18 (fig. 4103) : on y voit une procession de deux hommes et de deux femmes, dont la dernière lient un sistre dans

l Nous passons sur les explications alambiquées de Plutarque et des archéologues du xvn« siècle, Tollius, Bacchini, Desistr. figuris. — 2 Pignorius, A/ensttfsmca,p. 76 ; Fabretti, Jnscr. ant p. 489 semble en contester l'authenticité. — 3 Bacchini, O. c. planche. — 4 Montfaucon, Ant. expi. t. 11, 2, pl. à la p» 288. J’en ai vu deux à Munich, l’un à FA nt iquarium, l’autre chez un antiquaire. J’en ai dessiné un à la Villa Albani dans la main d’une belle Isis en marbre. — 5 E. Guimet, Revue arch. 1900, t. 1, p. 6 et fig. 1 1 : «« La cuve en pierre, contenait, avec les cendres, quelques vases en terre grossière. 11 y avait dans la cuve deux sistres en bronze et trois ornements en bronze fortement doré, représentant deux épis et un croissant. Ces ornements étaient percés de petits trous pour être cousus sur le vêtement sacerdotal » — 6 Corp. inscr. lut. XIV, 2215. — 7 Aletam. XI, 10. — # Smetius, Inscr. ant. p. 31, n. 11 ; Gruler» Jnscr. p. 82, n. 3-4. — 9 Fabretti, O. c. p. 468. — 1° 76., p. 489. — Il Corp. inscr. lat. XV, 1094 a.; 1097 eet /; 1101 b. — 12 Lafaye, Op. I. p. 319. — 13 S. Reinach, Rép. de la statuaire , passini. ; Lafaye, p. 271 sq. n. 19-89. — H Lafaye, pl. v.

la main droite. Une miniature du calendrier Philocalion de Vienne 19 représente un prêtre tenant un sistre | .s peintures antiques de Pompéi et d’Herculanum nr„ls offrent en grand nombre des représentations analogue', tantôt l’instrument est entre les mains de la déesse elle même, souvent assimilée à Tychè20, tantôt il est tenu par une prêtresse21: tantôt enfin, comme dans deux peintures célèbres, nous assistons à de véritables céré monies isiaques : dans l’une22, c’est un prêtre qui, debout à droite de l’autel de la déesse, tient un sistre dans la main gauche et dans la droite un instrument formé d’anneaux de métal engagés les uns dans les autres ; dans la deuxième peinture 23, le sistre figure non seulement dans la main du prêtre, mais encore dans celle de plusieurs des assistants. N’y a-t-il pas là un commentaire de deux passages d’Apulée21 où nous voyons le prêtre, qui va rendre à Lucius sa forme première « exhibant ( profe rens ) dans sa main droite le sistre de la déesse » et où on nous dépeint la foule des initiés, agitant des sistres de toute espèce ( aereis et argenteis , imtho vero aureis etiain sistris , argutum tinnitum conslrepentes) ; ne sont-ce pas encore ces linigeri calvi , sistrataqne turba que nous décrit Martial 2C, ce personnage agitant le sistre de Pharos, dont parle Ovide26; et parmi ces adoratrices ne croirait-on pas reconnaître la Délie de Tibulle 27 ? Pour les poètes latins, le sistre est l’instrument égyptien par excellence : c’est un symbole de l’Égypte 28 ; il la caractérise sur les monuments (fig. 149 et 4086).

Certains auleursont appelé sistrum unesimple crécelle d’enfant : Pollux29, et même Martial30, dans une épigramme portant le titre bien explicite de crepitacillum.

Pourquoi les Isiaques employaient-ils cet instrument singulier? C’était, comme nous l’apprend Plutarque31, dans un but prophylactique: ils croyaient ainsi écarter Typhon. Le bruit du sistre passait pour effrayer les êtres mauvais dont on avait quelque chose à craindre et c’est à la suite d’une évolution qui serait longue à suivre dans ses détails, que ce bruit effrayant s’est transformé, pour l’agrément des fidèles, en un son harmonieux ou qu’ils trouvaient tel.

On peut aussi se rappeler le caractère funéraire d’Isis pleurant et enterrant son frère Osiris, et se demander si le sistre ne venait pas à l’occasion soutenir la voix grêle des pleureuses.

Cet attribut d’Isis, comme bien d’autres attributs divins, passa bientôt de la main de la déesse dans celles de ses adoratrices ; elles croyaient ainsi s’assimilera Isis dont elles adoptaient également le costume. En Égypte nous ne trouvons le sistre qu’aux mains des femmes. Sur le vase déjà cité des moissonneurs, découvert, en Crète, il figure entre les mains du chef d’une procession. A Rome, les prêtres et les adorateurs d’Isis s’en sont, eux

— n> Corp. inscr. lat. VI, 343. — K> Lafaye, p. 290, n. 93. — lr Jb. p. 298. — £/'-

n. 118. — 19 Jb.. p. 207. — 20 llelbig, Wandgemâlde Campaniens , n. 78. .9, s". 21 Jb., n. 1095, 1102 el 1104. — 22 /b., n. 1112. — 23 Jb., n. Il 15. — 24 Metiar- XI, 10 et 12. — 21 Epigr. XII, 29, 19-20. — 20 Pont. 1137-1138, jactantem pharia tinnu/a sistra manu ; cf. Aletam. IX, 784 et Âmores , IL 1 ’• 1

— 27 Tib. 1, 3, 24. - 28 Aegi/ptia sistra , Ovid. Am. III, 9, 33-34 ; isiaco sisbo, Manil., 1,918. Il faut sans doute chercher une intention ironique chez Virg- VIII, 690, et l’rop. III, II, 43. — 29 poil. IX, 127, ntilnu piv yàf oStu ««'• t»

xai tô tTEÏüToov oi xcfxajîauxa/vùî'Jiv «î ?rc6at ^uyetyotyoSaeti zà SuTUicvoffvT* TloV r-a

— 30 Mari. XIV, 54. — 31 J)e Is. et Os. G3, tbv Tà? Tu»Sv«

àitoTçtxety *ai âîroxpo jEirOat. — Bibliographie. Lafaye, Flist. du culte des diuii"1 alexandrines hors de l'Égypte , Paris, 1883 ; J. -B. Casai i us, De veteribns A'Ulll tiorum ritibus , Rome, 1044, p. 77-79 ; Benedetto Bacchini, De sistrorum ac differentia. Bologne, 1691 ; 0 édit, avec notes de Tollius, Utrecht, l(l 1

SIT

SIT

ausSi, emparés et l’agitent sans trêve, tantôt de la main droite et tantôt de la main gauche. Seymour de Ricci.

SISURA ou SISURIVA (Surûpa, dt'uupva) *. — Couverture2 et vêtement3 fait d’une peau, généralement de chèvre, garnie de ses poils, ou de plusieurs peaux cousues. L'usage en parait être d’origine barbare*. Les Grecs ont connu la sisura avant les Romains comme un vêtement grossier que portaient les paysans et les esclaves 6 ; peutêtre y en eut-il de plus fines quand le luxe des fourrures se répandit comme une mode étrangère, au Bas-Empire 6 .

E. Saglio.

SITESIS (SiTTjdiç èv HpuTotveto)). — Privilège de ceux cpii, à Athènes, étaient nourris aux frais du trésor public, au foyer commun de l’Etat [prytaneum]. Cette faveur était accordée soi L à des citoyens à raison de leurs fonctions ou de grands services rendus à la République, soit à des étrangers qui avaient mérité sa reconnaissance en défendant ses intérêts dans leur pays 1 .

Ceux qui jouissaient de cet honneur d’une manière permanente étaient appelés iêlctrot2; on les distinguait ainsi des prytanes, qui n’étaient nourris au prytanée que pendant le mois où ils étaient en charge. E. S.

SITOPIIYLAKES (ScrcxpdXaxeç). — Collège de magistrats chargés de surveiller le commerce des grains et de la farine et de faire observer les prescriptions législatives qui en réglaient le fonctionnement [mercatura, iii, p. 1760 B]. On connaît un collège de ce genre à Athènes en 386 avant J. -C. *, mais il remonte probablement jusqu'au ve siècle2. Il se composait de dix magistrats tirés au sort, cinq pour Athènes et cinq pour le Pipée3. A la lin du ive siècle, Aristote* nous apprend que le nombre des sitophylakes avait été porté à vingt pour Athènes et quinze pour le Pirée. « Ils veillent, dit Aristote, à ce que les grains qui sont vendus sur le marché soient vendus au prix courant; puis à ce que les meuniers vendent la farine d’orge d’après le prix courant du grain, et les boulangers le pain, d’après le prix courant du blé et avec les poids que les inspecteurs auront fixés. La loi les charge, en effet, de fixer le poids du pain \ » Ils ont aussi des registres sur lesquels ils inscrivent les quantités de céréales importées6. Il est très probable que des fonctionnaires analogues existaient dans d’autres villes,

I RA. 1 Pour les variantes aiaupvov ufoupoç, aiVu; et les distinctions

introduites sur leur signification par les grammairiens, voir les ciLalions de Lslienne, Thés. ling. gr. v. anropa. — 2 Aristopli. Nub. 10; Eccl. 421 et u'i; Av' l22; 933 i plat- Eryx, p. 400 E; et cf. Scliol. ad h. I.

(Uutmer, «dit. Didot, t. III, p. 347) ; Amm. Marc. XVI, 5, 5. — 3 Lucian. Dhet. praec. 15; cf. Scliol. Aristoph. Vesp. 737, Han. 1455 ; Alciphr. III, 26; Long. p7' 3 ; r'ollu*. VIL - 4 Scylhique, Hcrod. IV, 30 ; VII, 07 ; aussi gaulois,

oyacn. VIII, 10. 5 Bahr. ,8) 3. 0 CW. Theod. XIV, 10, 4, et commonlaircde Godefroid.

• n. Ms. 1 Demostli. C. Arislocr. § 130. R. 603 ; Aeschin. C. Ctesiph ., § 178 et Ar,sloP1'- Plan. 704.— i Corp. insc. ait. Il, 320 et 487: 1019 su. Vov. f™ies, V, 336 (KOlher) et VI, 15 (Scliüll).

Il ln j’11 V I-AK Es. t Lysias, XXII, 10; cf. Wilamowitz, Aristot. und Athen ,

’ f ’ i 4 s,p ~ 2 Cela parait résulter d'un fragment de poète comique cité

p.6741. P P™eC‘ reip' aim ' p- 81 f b Eragm. Com. Graec. IV,

l0l , ’ Staatshaush. der Athen. I (Berlin, 1886), p. 106. — 3 Aris-

I XXI [ \ Ll’ 3' 0n a cru lla,fois d'après un passage corrompu de Lysias Si 11 qUC le“r nombre avait Até d'abord de trois; cf. Bœckh-Frankel, s v .V"/?*' **’ P' 23‘ — * Al'ist. loe. cil. ; cf. Harpocrat. s. v. ; l’hotius, — fi I)'e U' Anec<^' P' 399' — 6 Tead. U. Ilaussoullier (Paris, 1801), p. 77. silonl f7al1' 3“* ~ 3 L'n décret de cette ville mentionne trois

Prini Ü °S Michel, Recueil , 482 = Ililler von Gacrtringen, Inschr . von Gilbert' /l" lnscr. Graec. XIV, 423 = Dittcnberger, Syll. 2> éd. 515; cf.

!!<-. ad a',dl>' der ffnecA’ S‘natsalt. Il (Leipzig, 1885), p. 258. — 3 Inscr. Hoecldi ci reS ^er^' 1’ ”97, — 19 Suidas, s. v. yayvoçukâziov. - — BiBi.ioonApms. répulll ’ ' a*tshaush. der Athener, I, p. 105 sq. ; Thonissen, Droit pénal de la

(Paris' 189,1”’ (BrüI<!,le8> IS75)> P- 398 «I- i Clerc, Les Métèques athén. ■)i p. 400 sq. ; Wilamowitz, Aristoteles und Athen , 1 (Berlin. 1893),

quand du moins ces fonctions n 'étaient pas confiées aux agoranomoi. Nos documents nous font connaître des sitophylakes à Priène \ il Taormina8 et à Héraclée- Perinthus en Thrace9. Une note de Suidas permet de croire qu’un bâtiment spécial nommé <xtT&<fu),ax£?ov leur était parfois affecté 10. Cii. Michel.

SITOIJ DIRE (Sîtou Six-q). — Action d’aliments ’. Une action de ce genre pouvait être intentée à Athènes, par le xüptoç de la femme quand le mari ou ses héritiers n’avaient pas restitué le capital de la dot 2 [kyrios, p. 879], CetteacLion appartenait à lacompétencede l’archonte éponyme 3 et elle était jugée à l’Odéon *. Elle devait être intentée dans les vingt ans qui suivaient la dissolution du mariage, sinon elle était prescrite5. Une action analogue était sans doute à la disposition de l’épiclère pour obtenir satisfaction de son fils, si celui-ci lui refusait une pension alimentaire 6. Très probablement la sîtou Six y, était possible aussi pour forcer le tuteur à s’acquitter du devoir qu’il avait d’entretenir son pupille1, et pour imposer aux enfants l’obligation alimentaire vis-à-vis de leurs parents 8. Ch. Michel.

SITCJLA. — Le mot situla ou silulus 1 est une formation proprement latine \ dontles dérivés, dans les langues néo-latines, sont respectivement l’italien secchia 3 et le français seau*. Comme notre seau, la situle, situ/us aquarius 5, est un vase servant principalement à puiser et à transporter l’eau ou différents liquides 6 (puteus, lîg. 5892-5894], Le grec a, pour désigner cet ustensile, plusieurs termes qui semblent équivalents : àvrÀsïov, yaGXoç, xxooç [cadus, fig. 777 778]. L’archéologie a généralisé le terme de situle, pour désigner un type de vase en métal (les exemplaires en bois n’ayant pu laisser de trace), de forme cylindrique, tronconique ou ovoïde, sans col, ou avec un col très large, et muni, le plus souvent, d’une anse mobile.

Ce genre de récipient paraît être une création de la métallurgie orientale. Il figure sur de nombreux basreliefs assyriens. Les peintures d’une tombe égyptienne du xvie siècle avant notre ère nous montrent une situle parmi les vases que les Kéfa (Phéniciens) apportent en tribut à Toulhmès III7. Nous le retrouvons dans la Crête minoënne, sur le sarcophage peint, récemment découvert

p. 220 sq. ; Schœmann-Lipsius, Griech. Altertümer , I, p. 448 sq. ; Beauchel. Droit privé de la republ. athén. IV, p. 83 sq.; Gernet, L'approvisionnement d'Athènes en blé au v« et au iv“ siècle (Bibliot. de la Eac. des lellres de Paris XXVI, [1900], p. 305 sq.).

SllOU DIRE. 1 Eïtsç SE Effrtv «I oeïitôixEvai Tçoyaf, dil Pollux, VIII, 33. Harpocration, s. v. donne une définition analogue et combat l’opinion do Timacliidas qui fait de otto, un synonyme de tokoî, l'intérêt légal. En effet, la pension alimentaire peut n ôtre pas égale à l'intérêt do la dot; Bcauchet, Droit privé de la républ. athén. I, p. 330. — 2 Bcauchet, loc. cit. — 3 Meier, Schœmann, Lipsius, Der attische Process (Berlin, 1883-87), p. 327. - 4 Ainsi que toutes les aclions E*', ,0 Poilus, VII, 33. Cl. Leni. Contr. Neaer. § 52. Comme c'est à l'Odéon qu'on mesurait les grains, Meier, Schœmann, Lipsius (loc. cit.) en ont conclu que le art», devait primitivement être fourni en nature et qu’à une époque plus récente là pension alimenlaire fut payée en argent. — 5 lSae. De Pyrrhi hered. 9 et 18

— 6 Bcauchet, Droit privé, I, p. 470. Il semble bien certain qu’Harpocration, s. v.

aïxo;, ainsi que Suidas et Photius (titou 8,'xr,). qui 11e font que le copier, restreignent beaucoup trop le sens du mot »t,«; eu disant : „X,tna ^ S,80fli>r rf,ooSo. ,t;

Tjoyijv V«r5 ruvu.EÎ* n TOT; dj=«vot{. Harpocration cite à ce propos les lois de Solon et la Dépuhl. des Athén. d'Aristote (Fragm. 384, édit, de Berlin, V, p. 1542)

- 1 Bekker, Anecd. p. 238. Cf. Beauche, Droit privé, II, p. 286 ; Schulthess Vormundschaft nach att. Itecht (Fribourg, 1886), p. 91, n’est pas de cet’ avis

— 8 Beauchel, O. c. 1, p. 363.

SITULA. 1 Cat. De ayricult., 10 et 11 ; Vilruv. X, 9 ; Paul. III Sent lit 7 ad fin. Dig. 18, 1, 40. - 2 Walde, Lat. Etymol. Wôrterbuch, s. v. •’ cf sinum ■ Schol. Virg. Bucol. VII, 33; Nonius, 547. - 3 SUula, ,it(u)la, sitla , sida, secchia.

— 4 Silulum, sitellum, sedel, seel, seau. —5 Cat., 10 et 11. —6 Plant., Amphvt.

Il, 2, 39; Vitr. X, 9; Vopisc., Firmus, 4,5 ; situlas plenas mero. — 7 Perrot et Chipiez, Bist. de (Art, 111, p. 751, fig. 542.

SIT

SIT

à Haghia-Triada 1 C’est dans une situle que Ton recueille le sang du taureau égorgé; puis une prêtresse vide le contenu desseauxqui lui sontapportés, dans un autre vase de plus grandes dimensions, placé entre les deux piliers

Fig. 6474. — La siluledans un sacrifice crétois.

surmontés de la double hache (tig. 6474 et 6475). La situle des Kéfa et celles d’Hagia-Triada sont enluminées de bleu, de jaune et de brun. C’étaient des vases précieux, sans doute d’argent, cerclés d'or ou de cuivre.

Ces seaux préhistoriques étaient faits, suivant la plus ancienne technique de la métallurgie, de fines laines de métal étirées au marteau et fixées par des rivets2. C’est en Italie que nous trouvons d’autres exemplaires de ces situles de bronze laminé. Les plus anciennes, comme celle de Corneto, qui date du vme ou du viic siècle

avant notre ère , paraissent avoir été apportées par le commerce phénicien ou, peu t-être, chalcidien 3.

Elles furent aussitôt imitées par les artisans indigènes, particulièrement dans le nord

de l’Italie. Dès la fin de l'époque villanovienne (vne et vie siècles), Bologne, puis Este, apparaissent comme des centres extrêmement actifs de la fabrication de cette vaisselle de bronze. Les situles abondent également dans les nécropoles illyriennes, depuis Sainte-Lucie en Istrie jusqu’à Hallstatt au nord des Alpes et dans les vallées alpestres4. Quelques exemplaires atteignent jusqu’à 1 mètre de hauteur. D’autres, plus petits, sont ornés de zones de représentations figurées, exécutées au repoussé, qui reproduisent, en un style barbare, des

l Alonum. antichi d. Lincvi , XIX (1908), pi. i et n. 2 Blümmer, Technologie d. Gewerbe u. Künste , IV, p. 229 sq. [caf.i.atüra]. — 3 Ghirardini, La situla italica pnmitina , studiata specialmente in Este, Mon. ant. Lincei , II, col. 209.

— 4 Ibid. Catalogue , col. 101 sq. el Hocrncs, Urgeschichtc d. Kunst , p. 568 sq.

— 5 Ghirardini, La situla italica. Mon. ant. Lincei , Vil et X. — 6 Zannoni, Scavi délia Certosa , pl. cxi.ix ; Brizio, Nuova situla , dans Atti e Memorie delle Dep. di Romagna , 1884, p. 206 sq. Cf. Montelius, Civilis. primit. en Italie , I, pl. cv. — '• Olympia, l. IV, Furlwnnglcr, Æuonjen, n« 868, p. 139, fig. 868.— » Fouilles de Delphes, t. V, Pcrdrizet, Bronzes, fasc. i, p. 92, n° 432, fig. 312. Comme vase à eau chaude pour le bain, cf. Sudhofl', Ans dcm anti/c. Badewesen, 1910, p. 49.

— 9 Gozzadini, Ultime scoperte a Marzaholto, pl. xiv, 6 = Martha, l'Art Etrusque , p. 94, fig. 88 ; Montelius, I, pl. cix, 1 . — 10 Museo etrusco del Vaticann , situles provenant de Vulci, Bomarzo et ürte, LUI, 3, LV, 4, LVIII, 4, LXIX ; Montelius, I,

motifs empruntés à l’art ionien archaïque6. La situle <| la Certosa de Bologne est le monument le plus rom u, quable de cette série, déjà nombreuse6 (fig. 6476).

En Grèce, sans doute paisible de l’abondance des fontaines, les vases du type situle sont beaucoup plus rares. Certains archéologues l’ont assimilée au psykter (p. 751). Les trouvailles de situles sont demeurées exceptionnelles et, sur les peintures de vases, c’est presque toujours l’hydrie au col étroit qui sert à aller

chercher et à contenir l’eau. Un seul exemplaire, admirablement conservé, provient des fouilles d’Olympie1 (fig. 6477); un second, en moins bon état, de celles de Delphes 8. Ils sont l’un et l’autre de forme ovoïde, en bronze fondu, c’est-à-dire d’une technique absolument différente de celle des situles orientales, crétoises etvillanoviennes. Ils datent de l’âge classique.

En Italie, à la même époque, la situle de bronze fondu est un vase des plus courants. 11 s’en est retrouvé, soit au fond de puits antiques, comme à Marzabotto 9, dans l’Apennin, soit surtout parmi le mobilier funéraire des tombes étrusques10. Elle apparaît aussi, parfois, sur les miroirs étrusques11. La forme la plus ancienne est celle à fond plat, à corps trohconique, à épaule convexe et bien marquée, à rebord souvent finement orné d’oves, formant col, ou bien encore à parois concaves et sans col12. Puis vient la situle de forme ovoïde, avec ou sans col, se terminant en pointe, comme celle de Marzabotto, ou montée sur un pied circulaire13, ainsi qu’elle est représentée sur les miroirs. Les exemplaires de ce type, à pied bas et sans col, sont plus tardifs et se rapprochent de l’époque romaine. Tous ces vases sortent des fonderies étrusques dont la renommée s’étendait jusqu’en Grèce14.

Nous trouvons sur les vases peints de l’Italie méridionale de nombreuses représentations de situles16. Les formes en sont évidemment apparentées à celle des seaux étrusques, mais avec certaines modifications qui trahissent l’influence grecque. C’est ainsi que la situle à parois concaves et sans col, très évasée du haut et très étroite du bas, se confondrait aisément, n’était son anse, avec les corbeilles d’osier fréquemment représentées sur les vases attiques *6. Mais cette contamination est.

pl. civ, I cl 2 ; il, pl. CLii, G ; cuit, 5, 12 ; ci.xi, 6. — U Gerhard , Etrusk. Spiegel, I, pl. xl; II, pl. ci.xx, ci.xxix ; IV, pl. cccli : Gazette arch. I. p. d ; cf. Kngel* rnann, Jahrh. arch. Inst. 1890. p. 171-173. — il Schumacher, Sammlttng militer Bronzen zu Karlsruhe, no (133, p. 119, pl. ix, 9; 635, p. 120, pl. ix, 10; hî'. p. 120, pl. ix, 12. — 13 Ibid. 634. p. 120, pl. ix, 1 1 ; 640, 641, p. 1*1. P1 14 et 13. — 14 Müller-Deecke, Die Elrusker, II. p. 22S. — ,6 S- Rcina'h' Iièpert. des vases peints, I, 178; 517, II, 179, 2 ; 301, 3 ; 302, 4; 305, (, 3-1,

3 ; 325 ,6 ; 328, 2, 3 ; 348, 58 ; 355, 85 ; hl. tnses peints publiés par Millin et MiH"’gen ; Millin, I, 13; II, 52, 53, 54, 57, 69; Millingén, 24 revers ; l.ciiorniant O Witle, Elite curamogr., 111, pl. i.xxxh ; Gerhard, Apulische Vas. pl* L 111 IN ' Trinksch.ti. Gef. pl. g; Antike Bildw. pl. i.xiv, cccxi ; Walters, Brit. Mus.

IV, p. 7, fig. 6 ; etc. — 16 Reinach, Vases peints , i, 517 ; II, 302, 321. 3-5. 3- M illin, I, 13 ; II, 53, 54.

6477. — Situle grecque.

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