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doyen des cardinaux, évAque d*Os&ie. Il a laissé des Commeniainê $ur /es Psaumu.
Il STail aussi fondé plusieurs maisons religieuses. (Fsy. la Continuation de Ciaconius; — Ahgolus, De dieb. crii. lom. Il» p. 8; — GeiLiiii» Theat. d* hûom. letter.; — Léo Al- LATius» in Apib, urb.; — Janus Nicius Fbtthbcus , Pinactkeca virorum illuttr»^ cap. 99; — HALLsavoBDiuSy Bibliotheca eurio$a.)
GlOAiniETTI.— Nous lisons dansTiimtda la rdigiondu 38 septembre 1825 :« Nous ne pouvons nous refuser au plaisir de faire connaUrebrièvemenlundesplusTerlueuxprélats des derniers tem|>s, le cardinal Gioannelli» arcbeTéque de Bologne» mort en 1800. Sa Tie et ses exemples appartiennent è toute TEglise, et mériteraient môme plus de place que nous ne pouvons leur en donner. Melchior-Benott-Lucidor Gioannetti naquit à Bologne le 6 janvier 1723. Les exemples domestiques et ses propres inclinations le portèrent à la piété, et è l'Age de dix-sept an.«, il se retira au couvent des Camaldules de Ravenne, et y prit )*habit de Saint-Rorauald. En 1740, il prononça ses vœux, et prit en cette occasion le nom d*André. L'exacte observance de la règle et l'esprit (le retraite et d'oraison distinguaient le jeune religieux ; ses progrès dans la vertu étaient chaque jour plus sensibles, et ceux qu'il faisait dans ses études n'étaient pas moins remarquables. Envoyé h Rome pour achever son instruction, il mêlait les travaux aux œuvres de piété, étudiant les auteurs de l'antiquité, visitant les monuroeBts, et en même temps vaquant aux œuvres de charité, allant dans les hôpitaux et les prisons, instruisant, exhortant et soulageant les malades. Devenu docteur en théologie» on le chargea d'enseigner cette science à Bertinoro; puis l'archevôque de Ravenne, Guiixioli , le fit son théologien. En 1763, on le nomma abbé du monastère de («lasse h Ravenne. Son gouvernement fit éclater son zèle, sa vigilance, sa sagesse et sa charité. Il enrichit son église, augmenta la bibliothèque et le musée, dessécha des marais, et en même temps il observait exactement la règle, il instruisait les novices, prêchait la religion, dirigeait beaucoup de l>ersonnes en dedans et en dehors du monastère. One disette qui survint en 1766, dans la Romagne,et qui fut suivie d'une épidémie, ouvrit un vaste champ aux effusions de sa charité. Aussitôt il ouvrit aux [lauvres les greniers du monastère, multiplia les aumônes ; et, quand il eut épuisé sa caisse, il n'hésita pas à emprunter pour faire venir des grains par mer. Tout le pajrs se ressentit de sa générosité, et la république de Saint-Marin lui témoigna sa reconnaissance en lui accordant d'être associé , lui et ses suci*^sseurs, à la noblesse de la république. Le temps de son gouvernement avant 6ni en 1770, il fut, trois ans après, élu abbé du monastère de Saint-Grégoire in monte Coflio^ à Rome. Le cardinal Breschi étant commendataire de ce monastère,
il eut occasion de connaître Gioannetti, et étant devenu Pape, il le fit, le 81 Janvier 1776, évêque d'Iméria et administrateur de Bologne. Le pieux abbé essaya vainement de se soustraire à ces honneurs , Pie VI ne goûta aucune excuse, et Gioannetti fut sacré le k février par le dojen du Sacré Collège. Il partit peu après pour Bologne et visita en passant les monastères qu'il avait habités. Son entrée dans le diocèse con* courut avec la célébration du Jubilé : il ordonna des prières, assista è des processions, et appela ues missionnaires pour instruire les peuples. Au mois de Juin il Qt la visite du diocèse, et publia des Lettres pastorales pleines de sagesse. Le 23 juin 1777, Pie Vl le fit cardinal et archevêque de Bologne; mais il ne déclara sa promotion au cardinalat que le 15 décembre suivant. Dans les deux années suivantes, la ville de Bologne fut affligée de divers fléaux; une sécheresse opiniâtre et des tremblements de terre répandaient la misère et la terreur. Le cardinal ordonna des prières publiques et des processions, et on le voyait, la nuit, aller prier au pied de quatre croix, placées en divers quartiers de la ville. Nouveau Borrumée, il intercédait auprès de Dieu pour son peuple. En 1784 il publia dix-huit Instructions pastorales, oui offrent un cours raisonné en faveur de la religion L*auteur v combat plusieurs objections de riiicrédulite, et signale les effets désastreux des ouvrages ({u'elle enfantait. Ces pastorales, qui furent imprimées ensemble, sont suivies d'un appendice sur la suprématie du Saint-Siège, contre Tamburini, Eybel et les autres novateurs de ce temps.
Les S, 3, & septembre 1788, Tarchevêque tint un synode diocésain, dont les Actes furent depuis imprimés, et sont un monument du zèle et de la sagesse de l'illustre auteur. Ce synode, conçu dans un autre esprit que celui de Pistoie, fut remarquable non-seulement par les bonnes doctrines qui y furent soutenues et par les précieux règlements qui y furent dressés, mais encore par un caractère de roodératioUt de concorde et d'attachement au Saint-Siège. Le père Griffini, Barnabite, est celui qui eut |)lus de part aux règlements. Ce théologien était fort considéré du cardinal , oui prononça dans le synode plusieurs discours, où Von trouve autant de gravité que de douceur. Le sjrnode forme un volume in-i* de 500 pages, imprimé à Bologne en 1788« La révolution française ayant poussé en Italie beaucoup d*ecclésiastiques proscrits par une ingrate patrie, Gioannetti les accueillit avec bonté, et excita ses diocésains è leur offrir des asiles. Sa Lettre pastorale^ du 9janvierl797au sénat de Bologne, fut un grand acte de courage dans un temps où l'ilalie était envahie par les révolutionnaires; le cardinal y exposait avec fermeté les lois de l'Eglise. Ao milieu des orages oui suivirent, sa piété et le respect des peuples le protégèrent constamment. Le 29 mars 1796, il eut la consolation d'entretenir peu-
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liant quelques inslanls Pie VI« qu'on avait enlevé de Rome. L'année suivante, les Autrichiens ayant pénétré en Italie, l'archevôque s'occupa de réparer les maux faits à la relîjsion , rétablit plusieurs institutions détruites sous le gouvernement républicain, obtint des mesures sévères contre les mau* vais livres, accueillit les prêtres qui avaient dévié de la voie droite et qui témoignaient leur repentir, et frappa les autres de peines salutaires. Il se rendit è Venise pour le conclave, et eut la consolation de contribuer à donner à l'Eglise un vertueux Pape. Il retourna immédiatement après dans son diocèse, qui ne devait pas longtemps jouir de sa présence : une courte maladie I enleva è Bologne, le mercredi saint 1800. Sa mort fut un sujet de deuil pour le clergé et Ib peuple. Ses obsèques furent célébrée, le 17 avril, par le cardinal Mattei, assisté de quatre évéques, et le P. Roselli , Bamabite, prononça son éloge funèbre. Le P. Zurla, Camaldule, aujourd'hui cardinal, traça le portrait du vénérable défunt dans une belle oraison latine prononcée dans une abbaye de l'ordre le 22 avril 1800. M. l'abbé Baraldi cite plusieurs passages de ce discours dans la notice qu'il a consacrée au cardinal Gioannetii, et qui orne les Mémoires de religion publiés par ce savant. C'est de cette notice 'que nous avons extrait celle-ci. Nous espérons que le savant Italien nous pardonnera les emprunts que nous lui faisons. Il excelle è rédiger des notices, où il met autant de critique et de goût, que d'intérêt et d'exactitude, et nous regrettons beaucoup d'être forcé de les abréger. »
GIORIO (Anoblo), né à Camérino en Italie, créé en 16U par le Pape Urbain VllI, prétre-cardinal du titre de Saint-Cyriaque et de Sainte-Julitte, é^éque de Camérino,
GIPSIO (BBaLiifOBH), Bolonais, évêquo de Rimini, fait cardinal du titre de Saint-Âuguslin en 1626 par le Pape Urbain VIU, mourut en 1639.
GIRARD fPiBRBE), né è Saint-S^rmfihorlen. le-Ch&tel, dans l'ancienne province de Forez, qui forme aujourd'hui te département de la Loire, fut fait, en 138&, évoque du Puy, et s'attacha au Pape Clément VII qui utilisa ses talents en plusieurs circonstances, et lui donna le chapeau à Beaucaire le 29 octobre 1390. Suivant quelques-uns, Girard aurait été*évêque de Lodève, avant de l'être du Puy. On sait seulement qu'il abandonna Benoit XIII, nour se rendre h Pise, où le concile assemblé le confirma dans ses dignités. Il fut grand pénitencier de l'Eglise romaine, et mourut vers Ui5. On dit Sie son corps fut inhumé dans l'église caédrale d'Avignon.
IVoff. BosQUBT, Vie de Clémeni VU; —
COHTBLOBIO ;— FBUOgi ;— AUBBRT ;— Baluzc,
Vitw Paparum Avenientium.)
..5|*^AUD ( Bbunardi!! ), Romain, né en l 'al , archevêque de Ferrare, fut fait car-
dinal en 1771 par le Pape Clément XIV. — Il exerça aussi la charge de pro-auditeur. Il mourut en 1782.
GIRAUD (Pibrrb), naquit le 11 août 1791, è Clermont-Ferrand , cnef-lieu du dépar* tement du Puy-de-Dôme, de parents qui vivaient dans cette honnête aisance qui n'est ni la pauvreté ni la richesse. — Il commença ses premières études avant l'âge de huit ans. Sa perspicacité, son aptitude au travail , sa grande mémoire, son ingénuité ravissaient ses maîtres, qui se disputaient le plaisir de lui donner des leçons. Pour lui, dans les aridités de la science, rien n'était difficile; ses talents et ses progrès tenaient du prodige. Cependant il fut arrêté dans sa marche rapide par une maladie grave qui inspira des I craintes. La sainte Vierge, à laquelle on lui apprit qu'il devait sa conservation, fut dès lors pour^ lui, l'objet du culte le plus tendre. Envoyé à Têge de 13 ans au lycée de Ciermont, récemment réorganisé, il y doubla ses classes de seconde et de rhétorique. Comme saint Gré* goire de Nazianze à Athènes, il ne s'occupait que de Dieu et de ses études. Doui, affectueux et modeste, il était l'exemple de ses condisciples^ et quoiqu'il fût le plus jeune d'entre eux, il avait su se concilier non-seulement leur amitié, mais une estime profonde et un véritable respect ; aucun d'eux, en sa présence, n'eût osé se permettre une parole déplacée. Des progrès merveilleux attestaient dans le jeune Giraud une intelligence d'élite ; ses compositions latines, présentées h ses condisciples comme des modèles, portaient le cachet de Tite-Live et de Cicéron, ses deux auteurs favoris et dont il pouvait réciter de mémoire les pages les plus admirées. Pendant les deux années où il suivit les cours du lycée, il ne connut x)int d'autre place que la première; les , ours de distribution des prix étaient pour ui les jours d'un triomphe auquel s'associaient ses concitoyens. Il avait terminé ses humanités k 15 ans, lorsqu'il entra au séminaire de Ciermont, pour y étudier la philosophie. Quoique déjà décidé à embrasser la carrière ecclésiastique, il eut d*abord quelque peine à s'attacher aux études sérieuses qui devaient l'introduire dans celles de la théologie. Ces études abstraites n'offraient pas à son imagination les charmes qu'il trouvait dans les classiques grers et latins : aussi, après un séjour d'un an dans cette maison, n'eut«il pas de peine à se rendre à l'avis de ses maîtres, qui dilTérèrent son initiation à la science de saint Thomas. Son père, dont la famille était ancienne dans la magistrature, voyait avec une secrète satisfaction que l'on renvoy&t à une époque éloignée les études théologiques de son ûls ; il espérait que celui-ci renoncerait h son projet pour suivre une autre carrière. Il aurait voulu le voir étudier le droit pour entrer dans le barreau. Mais la volonté de Pierre était irrésistible. L'abbé de Sambucy, qui dirigeait la maîtrise de Ta cathédrale d'Amiens, où l'on désirait former un
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iiojao pour qq petit séminaire» cherchait des collaborateurs qu*il pAt associer k ses pénibles fonctions. Passant par Clermont- Ferrand, il fut mis en rapport avec Giraud, qu*il détermina è le suÎTre. Celui-ci» après avoir triomphé des répugnances paternelles, se rendit à Amiens» muni des lettres démissorialesde son évôçiue. Il trouva pour collègues k la maîtrise quelaues jeunes gens de son êçe: MM. Léraîllé» Guidée» Grimai» Carrière» distingués comme lui par les qualités de l'esprit et du cœur (8). Il était chargé de la classe la plus haute. Le goût de la littérature ne l'avait pas abandonné. Les heures de loisir que lui lais* saient ses fonctions étaient consacrées k l'étude des chefs-d'œuvre de la Grèce et de Rome ancienne ; il se les proposait pour modèles. C'est le 83 décembre 1809 qu'il reçut la tonsure. Mais ces heureuses années de sa vie» qu'il aimait tant k se rappeler dans l'éclat de la grandeur» devaient passer bien vite. La circonstance qui vint y mettre un terme se rattache aux graves événements de cette époque. Pie YII venait d'être transféré de Savone k Fontainebleau ; les Calholiques gémissaient en secret. L'abbé de Sambucy ne se contentait pas de ce silence
Srudent » et il laissait échap()er des réexions trop hardies. La police impériale en fui instruite. Il «fut enlevé et conduit k la Force» où il resta jusqu'en 18H. .L'abbé Girand se chargea de reconduire k Milliau» leur patrie» les trois neveux du directeur de la maîtrise» et demeura quelque temps auprès d'eux» en qualité de précepteur. Il fit alors la connaissance de l'abbé de Bonald» aujourd'hui cardinal, lequel était venu faire sa première visite de prêtre k ses parents» au château du Honna. « On aime k rappeler une particularité que nous ne pouvons nous em|>écher de mentionner ici, et qui se passa dans la petite église de Creissel. L abbé Edouard de Gall;r venait d*ètre ordomié prêtre; il célébrait sa première Messe au milieu de sa famillo» ayant pour prêtre assistant rabt>é de Gally» son oncle ; pour diacre» l'abbé de Bonald ; l'abbé Giraud faisait les fonctions de sous-diacre» n'étant oua simple tonsuré. L*o(nciant devint archevêque d'Alby ; l'assistant » évêque de Carcassonne; au diacre et au sous-diacre était réservée la pourpre du cardinalat. Admirables secrets de la Providence I En réunissant au même auiel ces quatre personnages, qui n'aspiraient sans doute qu*k travailler dans quelaue humble fonction du ministère sacerdotal» elle les destinait» les deux plus jeunes surtout, k monter aux premières dignités ecclésiastiques, et k devenir des lumières de l'Eglise.» (Fîeda car* dinal Giraud^ par M. Capbllb» que nous avons mis k contribution.)
En octobre 1812» Pierre Giraud entra au séminaire de Saint-Sulpice» cette pépinière
(8) M. Lémillé esi aiyourcThui ciiré-iloycn ilc SoiMii-Rctiiy, à Amiens, \icaire- général el officiai eu aiucète ; le P. GuiUée, supérieur du collcgc de
d'où sont sortis tant de prêtres éminents» et que Pie VII appelait la pnmeÛs de êon mil. Il se livra avec une vive ardeur k Tétude de la théologie et de l'Ecriture» et» par ses brillants succès » montra que ces sciences ne sont pas incompatibles avec la culture des belles-lettres» qu elles se prêtent au contraire un mutuel appui. Il devint bientAt un des élèves les plus marquants de la maison» sans que cette supériorité of« fusquftt personne. Sa douceur» sa gaieté» son esprit lui concilièrent» comme autrefois k ClermonI» l'estime do ses maîtres et la confiance de ses condisciples. Dans les réunions hebdomadaires en usage au séminaire de Saint-Sulpice» l'abbé Giraud parla cinq fois devant la maison assemblée» et il prêcha deux fois pendant le repas de ses condisciples. Ces brillants débuis annonçaient ce qu'il devait être un jour» et tous» en Tentendant» disaient qu*il deviendrait une des gloires de l'Eglise. Pour exercer son zèle» ses maîtres le chargèrent d'enseigner le catéchisme aux enfants de la paroisse. C'est une œuvre modèle que tes catéchismes établis dans réélise de Saint-Sulpice. Outre le catéchisme ou sont admis les enfants qui se disposent k la première communion» il eu est un aulre» dit de persévérance» destiné aux personnes qui veulent se sanctifier dans le monde. Ce catéchisme a conservé une grande importance» et le choix du directeur est l'objet d'une sévère attention de la part des supérieurs du séminaire qui prennent toujours l'élève qui k d'éminentes vertus joint une science solide. Sur la liste des directeurs, le nom de Giraud s'ajouta donc k ceux des deQuélen,de$ d'Arbou»des Feutrier^desTharin»drsGallard»desForbin-Jaiison» des Bonald. Il n'était encore que diacre» lorsqu'il préluda au ministère sacerdotal. A l'occasion de la fête de Saint-Firmin» il prononfadans la cathédrale d'Amiens» sur la grandeur de la sainteté» un discours qui enlève l'admiration. « Ce sermon par lequel il commença, fut encore celui par lequel il termina sa carrière oratoire» quand» en novembre 18^9, il monta dans la magnifique chairH de la cathédrale de Gand, k Toccasion de la fêle de saint Liévin. Singulière coïncidence k laquelle le doigt de Dieu n'est
K oint étranger 1 A Amiens» l'abbé Giraud» rillant d'avenir» k la parole pure, au talent merveilleux» k la conviction profonde» parle de la noblesse de la sainteté; il dit comment elle élève l'âme, élargit l'intelligence et le cœur, fait opérer des prodiges» mérite l'admiration du sage; il semble qu'il indique la route qu'il va parcourir» et les merveilles qu'il répandra sur son passage; il prophétise sa vicf tout entière. A Gand» le prince de TEglise, quelques mois avant de descendre dans la tombe» jette un regard rétrospectif sur sa vie» se pare de tout l'éclat que lui ont donné ie% vertus» et pro-
la Providence» k Amiens; M. Grimai» vicairegéiicml lie Roilez ; II. Carrière» supérieor-géuérat des Sttlpiciciis.
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nhétise la gloire que ses mérites font faire briller sur son cercueil.» {Ibid.)
L*abbé Giraud reçoil Tordre de la prè^ trise aui Quatre-Temps de septembre 1815, des mains de Mgr de Boulogne» érèque de TroveSydansla chapelle du séminaire Sainl- Sulpîeeè Issy; mais son éTéque, Mgr de Dampierre» le réclame. Tout ce q\i*\\ peut obtenir, c'est la promesse que la liberté lui sera rendue, dès que Tévèque pourra se passer de lui. il est nommé professeur de seconde au petit séminaire de Clermont. Il ne demande plus alors ses jouissances aui sciences humaines; ce que son cœur désire» G*est de se trouver dans un centre de douce piété, qui lui rappelle les consolations de Saint-Sulpice ; et à cette époaue, la plupart des petits séminaires nouvellement créés» avaient peine h se former h la régularité des établissements religieux : Tesprit de licence» sorti d*un gouvernement militaire» v luttait encore contre le principe de la piéle» qu'on voulait y établir. Le petit séminaire de Clermont était de ce nombre. Il ne tarde pas h prendre une nouvelle face. Le jeune professeur y exerce une salutaire influence. Par sa bonté il captive Taffection des élèves de sa classe ; par sa piété il met la dévotion en honneur. Un nouveau règlement proposé par lui détruit les aLuis. En décembre 1816, il écrivait: « Je ne suis encore qu'un enfant» et déjà la vie n'a plus pour moi d'illusions; depuis que j'ai commencé à connatlre les nommes» j'ai parfaitement cornfris que la seule chose nécessaire est d'être en paix avec Dieu. Je commence à acquérir une véritable indifférence qui me prive des dégoûts et des désirs.... Je vis piskisible et caché dans ma chambre, d'où je ne sors que pour voir ma famille et exercer les œuvres du ministère que je ne demande ni ne refuse jamais... • Je fais ma classe parce que je dois la faire* et je ta fais de mon mieux, mats sans goût. Je travaille des sermons» mais de manière h quitter aussi aisément ce que j'ai entrepris que s'il s'agissait de laisser tomber une pierre que je tiendrais k la main. Le travail me coûte beaucoup par la crainte que j'éprouve dédire des choses et des paroles sans fruit pour mes auditeurs.... J ai demandé k Dieu la grâce de connaître ma vocation» je la lui demande tous les jours. Il no me répond rien» si ce n'est de rester tranquille» de ne pas aller au-devant de ses desseins» mais d'attendre en paix qu'ils se manifestent.» il sera misaionnaire» comme Fénelon» mais il ne devra 56 livrer au ministère laborieux des missions» qu'autant qu'il le faut pour y a|>prondrea devenir homme de miséricorde»
par une plus profonde connaissance des misères de l'humanité. De concert avec l'abbé Croizier» qui avait été son condisciple et son ami au séminaire Saint-Sulpice» et qui plus tard sera son successeur sur le siège de Rodez» il entreprend des missions dans TAuvorgne» commençant par Clermont et Riom.
Il eu poursuivait le cours avec succès.
lorsqu'elles devinrent l'objet d'attaques incessantes de la part de la JUnnert^e. Ce journal s'écriait que < les expéditions des missionnaires pouvaienf cacher de sinistres projets, allumer de faibles imaginations et produire de nouveaux attentats contre la société. » Il fallait, suivant lui» expédier les missionnaires en Amérique. L'abbé Giraud répondit à ces attaques par un écrit qui parut alors. « Et vous voulez, » y disait-il» « les envoyer en Amériquel mais n'y a-t-il plus dans le vieux continent, après tant de bouleversements et de ravages» de plaies à fermer, d'esprits k éclairer, de consciences k remettre en paix? La France est catholique, il est vrai ; mais n'y reste-t-il pas des esprits divisés» des ccéurs ulcérés» des sujets rebelles, des pères durs, des époux désunis, des enbnts insubordonnés, des amis ingrats et perfides?
Pourquoi refuserons-nous è nos concitoyens les moyens puissants et efficaces que présente la religion pour guérir toutes nos faiblesses et extirper tous nos vices? Nous avons appris avec étonnement combien d'hommes du même pays» et dans une classe honnête» ont participé k un crime dont l'Europe est encore épouvantée. Est-il donc inutile de ramener k la vertu ces hommes
fierters» de chercher du moins k réprimer es malheureux penchants de ceux qui seraient tentés de les imiter? enfin ne doit-on garder que les tribunaux et les écbafauds pour défendre la société et corriger notre génération? » En janvier 1833, nommé curé de la cathédrale de Clermont, l'abbé Giraud entrait dans une nouvelle phase de sa vie. Emule de Massillon» il y préludait dans l'église même où le prédicateur du grand roi avait terminé la sienne. Mais, âgé de 38 ans» comment portera-t-il le fardeau de succéder k l'abbé Cabannes, qui s'était fait chérir par son esprit de mansuétude et de bonté , humble et compatissant» qui était comme le père de tous ses paroissiens et surtoutdes pauvres» dont l'autorité s'exerçait doucement avec lascendant que trouve un vieillard dans son kge et dans sa longue expérience? « Connu uniquement par ses éloquents discours » le nouveau curé ne paraissait ()oint posséder l'esprit de pater> nité qui doit avant tout distinguer un pasteur; et la supériorité de son esprit» son amour de la littérature et des sciences devaient naturellement» disait-on» Tempétcher de descendre dana les détails de la direction d'une paroisse de douze mille Ames» et toute composée d'éléments hétérogènes. Mais bientôt les craintes et les inquiétudes se dissipèrent.... Dès qu'il fut installé, un discours, admirable de convt>nance et de bon goût, traça d'une manière habile le plan de conduite qu'il voulait suivre» et découvrit tout ce que son âme renfermait de bonté et de dévouement. Son succès fut complet : jusqae-lk on avait aimé sa parole; dès ce moment on aima sa personne : tous les cœurs furent k lui. » ' Toutefois il n'avait subi ce fardeau que par obéissance s déjk il resseutait les^attein-
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tes de celte maladie qui, comme un poison lent, deTait miner son eiislence et la condaire prématurément au tombeau ; mais ignorant la nature du mal qui le consume, if ne déplore ses inflrmités précoces que parce qu*îl est empêché de faire tout le bien
Su'il désire; et obligé de modérer Tardeur u zèle qui Panime. Il avait renoncé aux grands sermons : il s*appliaua h préparer, « pour ses paroissiens, des instructions courtes, persuasives et pratiaues qui fu«sent k la portée de toutes les intelligences. Après ravoir entendu, dans les stations du Carême, développer les plus hautes considérations, on s'étonnait de le voir descendre dans les plus petits détails de la vie humaine, et on ne cessait de l'admirer. Son style, à la fois simple et noble, était toujours aussi pur que celui de ses grands discours; et son cœur, toujours aussi brûlant, y joignait une onction qui ne cessait de donnera sa parole un charme irrésistible, il savait présenter sous l'aspect le plus doux les préceptes de la morale évangélique, sans rien ôler de leur sévérité; rendre aimables les lots divines, en faisant ressortir leur haute sagesse; intéresser aux sujets les plus arides, par la manière piquante dont il les traitait, et forcer k aimer les prescriptions de l'Eglise, son culte et ses cérémonies, en expliquant dans quel esprit ils avaient été inspirés. Aussi, chaque fois que revenait son tour de monter en chaire, la cathédrale se remplissait d'une foule extraordinaire do fidèles toujours de plus en plus avides de l'entendre, et rarement sa parole manquait d'être couronnée de succès.» (/6td.) Celte parole était appuyée sur ses exemples. On admirait son désintéressement, sa charité, son assiduité k remplir toua ses devoirs. On le voyait doux, poli, affectueux envers tout le monde, parlant k la femme de l'artisan avec les mêmes égards qu'il montrait à la dame la plus élevée, se multiplier et descendre dans une infinité de détails pour obliger. Ne faisant point acception de personnes, il recevait avec autant de bienveillance Thorome éloigné de la religion que le Catholique le plus télé. Sa réputation était arrivée jusqu h la eour. Il y lut appelé pour prêcher la station du Carême de 1825, au lieu du P. Mac- Cartby, k qui l'état de sa santé ne permettait pas de se faire entendre. Ce Père réunissait, au plus haut degré, toutes les qualités nécessaires k un orateur chrétien |)Our plaire et pour convaincre : une grande vertu, un talent mûri par de longues étuiies, un goût épuré, une parole noble et animée de la verve de rmiprovisalion , étaient chez tiii soutenus par une physionomie distinguée, un extérieur majestueux, un geste plein de nai,urel et de dignité, une voix grave et flexible qui, sans etforts, exprimait les divers mouvements de son ême. Il avait, ô'hM. Ca-
Klle, quelque chose «le la majesté de ssuel, de l'onction de Fénelon, et de la douceur de saint François de Sales; on rappelait, comme autrefois Bourdaloue, le prédicateur des rois et le roi des prédica-
tetirs. L'abbé Giraud, oui connaissait l'éminent orateur, devait reaouter de se mesurer avec un tel émule. Ses préoccupations étaient d*une autre sorte. Ce qui l'affligeait , c'est qu'il était arraché k ses devoirs , k ses chers paroissiens; c'est qu'il était menacé de nouveaux honneurs et il savait déjà qu'ils coûtent beaucoup plus qu'ils ne valent.
Aussi écrivait-il le 15 janvier: « La Quo» Udienne a dit vrai lorsqu'elle m'a annoncé comme prédicateur du roi*pour le Carême, mais ce qu'elle n'a pas dit , c'est mon extrême embarras. Il m'a fallu obéir è des ordres réitérés; je quitte ma paroisse avec regret et avec la résolution de revenir aussitôt que la liberté me sera rendue. Vous comprendrez sans peine ces dispositions, vous qui êtes un si bon pasleur; l'empressement de retourner au milieu de mes cnères brebis ne me permettra même pas de suivre une inspiration bien douce, celle de vous aller voir... Je reste en paix; je veux laisser faire la Providence. Quoi I notre vie entière ne nous a-t-elle pas appris que n'être rien c'est te mieux pour le bonheur et la conscience, et qu'en s'élevant on se charge ?...» Le prédicateur du roi justifia Tidée qii'on avait conçue de lui. Ce jeune prêtre fera un jour un Fénelon , dit M. Frayssinous : parole doublement prophétique. Il prêcha également è la cour, et avec le mêmesuccèst TAvent de 1827. il suffisait qu'il approchât de la cour pour qu'il fût , plus qu'un autre» en butte aux attaques du libéralisme, qui alors s'attaduait k l'autel, afin de venir plus facilement à bout du trône qu'il renversa en 1880. Répondant k ces attaques, l'abbé Giraud , dans un sermon prononcé devant ses paroissiens en 1826, s'écriait : « Oui, mes frères, on ne peut plusse le dissimuler; l'impiété n'est point encore lassée ; et après tant de vains efforts et tant de défaites, elle médite de nouvelles attaques contre le Christ et contre son Eglise ; de toutes parts s'élèvent des esprits chagrins , superbes, indociles, impatients de tout joug, blasphémateurs de la majesté du Ciel et des majestés de la terre, tels que saint Paul prévoyait qu'il en paraîtrait vers la fin des temps : de toutes parts s'aiguisent des plumes haineuses qui , distillant leur venin dans des feuilles corruptrices reproduites et multipliées sans fin par l'abus do nos plus précieuses libertés , travaillent sans raiAcne k ébranler ou altérer la vraie foi dans le C3ur des peuples. Les uns, plus déterminés « attaquent k découvert la religion dans sa base , ses dogmes , ses mystères , et , dans leur insolente et franche impiété, ne ressemblent pas mal k ces blasphémateurs qui déliaient Jésus-Christ de descendre de la croix ; les autres, plus circonspects » ei n'osant heurter de front des vérités qui les ioot trembler encore, essayent , k la faveur de l'ignorance presque générale en matière de religion , de tromper les hommes sur l'esprit du sacerdoce et la nature du gouvernement de l'Eglise, persuadés qu'après avoir abattu ce mur avancé, ils se rendront maîtres
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plus facilemenC da cœar de la place; et ceux-ci imitent assez bien ces soldats hypocrites qui couvraient le SauTeur de crachats et de soufflets , et se prosternaient ensuite devant lui.
c Défiez-vous» mes frères* de ces faux prophètes qui se disent envoyés, mais que Dieu ne connaît pas, et qui pourraient vous séduire par les artifices d une vaine philosophie. Défiez-vous de ces allégations mensongères qui tendraient à vous faire croire 3ue le gouvernement ecclésiastique peut evenir hostile envers le gouvernement civil , lui qui en est Tauxiliaire le plus utile et le plus redouté. Défiez-vous de ces insinuations perfides qui provoquent les soupçons sur les intentions les plus pures et les démarches les plus innocentes. Défiez-vous wè.me de ces éloges affectés dont quelquesuns couronnent la religion » comme ces anciens qui paraient de fleurs la victime qu'ils YOiilaicnt immuter. Défiez -vous de ces grands esprits faux qui voient des conspirations dans des bonnes œuvres, des séditions dans des aumônes, des idées ultramontaines dans des vérités catholiques* qui diffament la vie dévote , pour la plus grande gloire de îa vie chrétienne, et, pour asservir TEglise» parlent de ses libertés. Insensés qui ne veulent pas voir, et s'obstinent à ne pas entendre que la vraie conspiration, la conspi* ration flagrante n'est pas dans des congrégations de Chrétiens qui s'assemblent pour prier 9 mais dans ces laboratoires d'anarchie et ces officines dMmpiété , où s*apprêtent et se combinent les poisons qui doivent porter la mort au cœur de la religion et de la monarchie. Défiez-vous enfin de tous ces rêveurs politiques, de tous ces propagandistes d'irréligion , de tous ces faiseurs de romans et de systèmes , qui se tiennent en garde contre le père commun des fidèles , comme envers un étranger ou un ennemi ;
3ui sVilrayent d'une bulle d'indulgence et e grâce comme de Texplosion des foudres du Vatican, et d'un Jubilé universel comme d'un interdit lancé sur tous les royaumes de la terre; qui vont exhumer, à grands frais, de la poussière des siècles où ils étaient oublies, des faits surannés qu'ils ressuscitent, qu'ils réchauffent, qu'ils dénaturent et exagèrent, pour avoir le plaisir de faire peur aux autres et de se faire peur à eux-mêmes de leurs creuses rêveries et de leurs fantastiques visions: esprits malades, qui veulent, en dernier résultat , une religion sans prêtres, un christianisme sans évêques, un catholicisme sans Pape, et qui, non moins antipathiques au bon sens qu'au bon goût, feraient n»i(re les nlus sérieuses alarmes sur la destinée de la raison publique, si la démence pouvait prévaloir contre le sens commun, et si Dieu, en permettant que le sophisme ait son heure , n'eût promis h la vérité la durée de tous les siècles.» Dans cet éloquent morceau, od reconnaît des allusions au comte de Montloaier, de Clermond-Ferrand , qui , se disant religieux, était un de ceux qui attaquaient
avec le plus de passion ce que le libémlisme, florissant alors, appelait, dans son argot, le parti-prêtre.
En janvier 1830, Tabbé Giraud fut nommé évêque de Rodez. Arrivé h Paris le 22 |uillet, il attendait, dans la prière, la remise de SCS bulles , qui venaient d'être déposées au conseil d'Etat, et se disposait è la cérémonie de son sacre fixée au l** août, lorsque éclata la révolution qui balayait trois généralions de rois. Sacré le 30 novembre h Versailles , il fit son entrée h Rodez le 22 décembre. Après avoir pourvu aux premiers soins de l'administration , il entreprit une première tournée pastorale. Voici en quels termes en
Sarle l'évêque de Rodez dans une lettre do 1 mai 1831 : « Si toutes ces choses étaient racontées, si elles avaient pu être vues de toute la France, la foi serait consolée, et l'impiété, qui proclama la déchéance du catholicisme, rabattrait beaucoup de la hauteur de son langage. Quand on se voit , non parce qu'on est évêque , mais parce qu'on est l'oint du Seigneur, accueilli comme je le suis partout , on sait supporter toutes les fatigues. Le clergé que je vois mérite bien les suffrages d'un évêque ; sur plus de cent pasteurs que j'ai rencontrés , il en est i peine deux ou trois qui aient encouru nuelque blâme ; et sur les cent trente cinq églises que j'ai visitées, deux au plus laissent a désirer sous le rapport de la tenue et de la décence. Ma visite est une suite de triomphes; je passe sans cesse sous des arcs de verdure et de feuillage; les maisons sont tapissées comme pour le saint Sacrement; là on me reçoit comme un sénateur , ici comme un général , plus loin comme un prince du sang ; ces bonnes gens ne savent qu'imaginer pour donner à leurs sentiments une expression plus solennelle; on me force à me montrer à la fenêtre pour me couvrir d'acclamations... A Belmoiit, j'ai confirmé Ib commandant de la garde nationale ; à Saiot-Séverin, le capitaine a voulu me servir la Messe ; ce sont des feux de joie que l'on méfait allumer, des cavalcades de vingtcinq h trente chevaux , par des chemins où l'on no passerait pas de sang- froid. J'ai vu à Marascou, à Saint-Sever , des populations du XIV' siècle , les plus simples et les pluM catholiques Ames de la terre. Je prêche partout, et je parle dans toutes les églises qui s'offrent sur mon passage. Je m'étonne sous ce rapportde ma hardiesse et de ma facilité. La position, l'influence, le cœur surtout fait
f varier constamment. J*ai rendu, sans le vouoir, deux grands services au gouvernement: 1* ma pj'ésence a rassuré les peuples qui se croyaient encore une fois menacés de perdre la liberté de leur culte; 2* les gardes nationales que l'on ne pouvait réussir à former se sont organisées d'elles-mêmes à mon arrivée; tout cela ferait une armée de la foi pour défendre leurs prêtres qui sont leurs frères, leurs cousins et leurs enfants , et leurs églises, qu'ils ont bAties et ornées de leurs deniers, comme leur nropriéié... » Ro rendant compte de sa tournée ae ISSS, l'é-
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?è<|ue lie Rodez, dans une lettre «lu 15 mai, y*eipriine ainsi : « Me voilà arrivé à Nantes, épuisé He lassitude moi et roa suite ; nous o*avons fait que monter et descendre , aller et revenir sur nos pas , visiter en zigzag foules les églises des pays de montagnes et de rivières ; j*en ai vu de belles , de neuves, beaucoup de décentes, très-peu de repréhensibles. J*ai passé par les frimas et les neiges , et je souffre aujourd'hui de Tardente température dujoli vallon où je suis arrivé hier à la lueur des torches, après sept heures de marche, sans quitter la selle. Noms marchons comnîunément de six h sept heures, et môme huit heures par jour; nous voyons des sols variés , des montagnes brûlées, des rochers en cendres, d'autres qui affectent les Ggures les plus bizarres ; nous voyons nombre de rivières poissonneuses
a ue nous passons à gué; aujourd'hui près e coteaux couverts de vignobles , demain près de noirs escarpements où la végétation se meurt. i*ai eu là joie de revoir, à Saint- Gêniez, Mgr d*Hermopolis; il m'a fait parfaitement les honneurs de sa jolie ville et de la maison de son frère. Je verse souvent des larmes, mon cher ami, en voyant ce que je vois, ea entendant ce que j'entends. Ce qui me charme, c*est de me trouver quelquefois au milieu de populations qui n'ont pas fait uu pas depuis un siècle. Je n'ai pas besoin de lire l'histoire pour savoir la loi, la vie , les mœurs de ces temps si différents des nôtres ; je les ai eus vivants sous les jeux ; je m'attendris alors, je me sens transporté dans un nouveau monde, je no veux plus rien savoir des choses de celui-ci ; je voudrais vivre et mourir avec ces braves gens; je te leur dis comme je le sens, et je pleure en le leur disant... •
A la clôture d*une retraite ecclésiastique, révoque de Rodez promulgua, en 1833, les nouveaux statuts gue le clergé attendait impatiemment; voici dans quel esprit ils étaient congus: «Nous rapfirochcr le plus possible de la forme et de la teneur des statuts dressés par Mgr de Tourouvre , pour conserver è ces saintes règles leur caractère d'antiquité, et les entourer de ce respect
3ui s'attache aux anciennes traditions , réuiro te nombre des règlements, par la raison que la discipline d'un diocèse dépend inoius de leur multitude que de la fidélité et de l'exactitude à les bien garder; borner les instructions k ce qui est de défense, d'ordonnance et de permission, pour faciliter à tous les moyens de connaître promptemeot ce qu'ils oui h faire ou h éviter; rendre plus rares les cas auxquels sont appliquées les censures, pour ne pas embarrasser les consciences timorées et les troul)ler par de douloureuses surprises; ne pas même réserver les peines canoniques qui seraient maintenues pour vous dormer une nouvelle preuve de notre estime et de noira confiance, et pour répondre au besoin de notre cœur de procéder bien plus par la persuasion que par la contrainte; introduire e'>fin uo petit nombre de dispositions nou-
DlCTlOmi. DBS CABDI5AUX.
vclles, soit pour prévenir certains abus, soit pour établir sur certains points une discipline uniforme dans toutes les paroisses de notre diocèse: toilà la tâche que nous nous sommes imposée...! disait le sage prélat dans une Lettre pastorale adressée à son clergé.
Ces ordonnances furent accueillies avec bonheur par tous les prêtres réunis an nombre de plus de quatre cents. Le prélat promit de s'occuper d'un nouveau rituel, qui fut publié en décembre 1837* Des conférences furent établies, une caisie diocésaine de prévoyance instituée, un petit séminaire construit, le grand séminaire réédifié. En 1838, il ajoutait à ces créations une belle maison de campagne pour ses séminaristes. En même temps le digne évèque mettait tout en œuvre pour doter chaque paroisse d'une bibliothèque composée de bons livres. Ses Mandements étaient de véritables chefs-d'œuvre. On remarqua surtout celui qu'il publia sur les cabarets a tristes cloaques tout dégoûtants des vices de Torgie, où la population ouvrière vient dissiper en quelques heures les fruits péniblement amassés par toute une semaine de travaux. • En décembre 18il, nommé aa siège de Cambrai, érigé en métropole, il courba la tète; et il fallut vaincre sa résistance, comme on avait fait pour Rodex. Dans un Mandement qu'il adressait À ses diocésains de Rodez, avant
de les quitter, il leur disait:» Nous
étions loin de prévoir le coup qui devait nous frapper dans nos plus chères affections ; ce n'est pas que nous ne fussions agité de quelques alarmes, mais les graves considérations que nous avions h faire valoir pour n'être pas séparé do notre bien-aimé troupeau, mais l'humble prière que nous répandions tous les jours avec notre cœur en la présence de Dieu, pour qu'il daignât confirmer notre première alliance, nous rassuraient contre le péril dont nous étions menacé. La divine Providence en a autrement disposé. La volonté du Seigneur, à laquelle rien ne peut ni ne doit résister {Rom. ix, 19), et qu'il nous faut toujours adorer, môme dans ses rigueurs, s'est manifestée par des signes qui n'ont plus laissé à notre conscience la liberté d'embrasser d'autre voi^ que celle de la soumission. Nous qui nous plaisions h nous dire, comme nous l'étions en effet, le plus heureux des évoques de France, nous qui aimions h nous appliquer cette parole du Hoi-Prophète : La meilleure part m'est échue dans l'héritage du Seigneur : quelle est belle la portion que sa bonté m^a mesurée! (PsaL xv, 6) il nous faut rompre les liens que Dieu même avait formés, que sa grâce avait bénis, que de mutuelles sympathies, qu'une longue communauté d'intérêts et de sentimeals avait resserrés, quo la succession des années et des jours, fécondés par vos œuvres et embellis par notre amour, nous rendaient plus doux et plus sacrés 1 lUnous faut quitter notre tâche pour en recommencer une autre, quand celte tâche nous d'eveaait plus légère, quand nous
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▼oyions, pour uinsi dire, la Ira.ne se dé* rouler et s'étendre d'elle-même dans notre m»in 1 » Puis il ajoute : « Kt toi, noble et fidèlecilé de Rodez, où nous n'avons compté, durant onze années, que des jours de bonheur et de paix, où nos regards ne s'arrêtaient, dans toutes lesadministrations comme dans toutes les classes de la société, que sur des visages amis; il faut donc dire à cette terre aimée, à ce peuple chéri, à toute cette ?ie de consolation et d'espérance, un éternel adieu 1 Oh 1 nous en emporterons du moins dans notre cœur la douce et sainte image, l'impérissable souvenir 1 Combien de fois, de la plage lointaine où le souffle du Seigneur va bientôt transporter notre tente
!>astorale, nous UveronSf avec le Prophète, P«a/. CXI, 1), nos yeux sur vos montagnes d'où nous viendront tes secours de vos prières, les encouragements de vos exemples, les inspirations que nous avons si longtemps puisées dans voire foi 1 » A Paris, le prélat s'occupa de faire nommer pour son succèsseur, son ami de tous les temps, M. Croizier, vicaire général de Moulms, dont il disait : « La plus belle de mes œuvres, la plus méritoire, c'est mon successeur. » Muni de ses bulles d'institution, il quitta Paris, passa la nuit à Amiens chez M. Leraillé, curé de Saint-Remi, et le lendemain arriva incognito chez son suffragant, le cardinal-évéuue d'Arras, désigné pour le décorer du pallium. Le 25 février il arrivait À Cambrai; monté en chaire, il terminait en ces termes l'éloge de son prédécesseur : « Quelle vie fut en effet mieux remplie que la sienne, moins encore par le nombre des années qui s'ajoutaient comme une couronne de plus à celle de ses mérites et de ses nobles vertus que par les œuvres et les travaux qui les ont fécondées 1 Si vous en retranchez la première page, qu'il a du reste déchirée lui-même, quellehistoire plus pleine que celle d'un pontificat près d'un demi-siècle saintement employé à relever les ruines, à combler les vides du sanctuaire, è doter une grande Eglise d'établisments et d'institutions florissantes 1 » Dans le môme discours, s'adressent au clergé, il disait : « Les contradictions, vous le savez, sont un apanage inséparable de nos fonctions. Nous en écarterons cependant les plus iôcheuses de devant nos pas, si nous savons nous montrer constamment les hommes de Dieu et les hommes des peuples ; des hommes de piété et de miséricorde, forts dans la foi et cbaritable« dans les œuvres; rendant l'honneur à qui Thonneur, le tribut h ijui le tribut, mais demeurant étranger à ces questions irritantes qui divisent si tristement les hommes, ou n'y intervenant que pour y mêler ces douces paroles qui brisent les colères, et ouvrant évangéliquement à tous, pour les sauver tous, nos bras et nos cœurs comme à des frères bien-aimés. » A peine arrivé è Cambrai, il veut visiter les principales villes de son diocèse, et passe successivement à Douai, à Lille, à Bailleul, è llazebrouck, à Dunk^rque. Dans chacune de cas viliesy il adresse, du bauidela chaire,
une allocution aux Q.Jèles. « \t.i course dans la Flandre m'a accablé, éciivait*il dès son retour à Cambrai ; il semble que tout ce peu* pie s'était donné le mot pour me faire mourir de gloire et de consolation. J*ai senti là ce que pèsent les honneurs , c'est de tous les esclavages le plus tyrannique. » L'archevêque a h évangéliser une population do douzecentmilleâmes, à visiter six cent neuf paroisses. « Au lieu de chemins tortueux à gravir sur des rochers calcinés, au lieu de hautes montagnes h escalader au milieu d'abîmes et de précipices, il trouve dans le Nord de larges routes unies à travers des campa* gnes couvertes de la plus richo végétation. Les yeux, il est vrai, n'ont plus à admirer des sites enchanteurs, des rochers aux formes fantastiques, de riants coteaux, de frais vallons; mais l'uniformité des plaines, la rectitude des chemins lui permettent de voyager plus commodément et lui épargnent bien des fatigues. Ce qui doit être pour lui une immense difficulté, c'est la différence qui se trouve entre les populations de l'Aveyron et celles du Nord. Là, il gouvernait un peuple fortement attaché aux principes et aux pratiques do la foi, pur encore de la lèpre irréligieuse dont il a été préservé par l'aspérité de son sol et la hauteur de ses montagnes, docile à la voîx paternelle du prêtre, accoutumé à vivre de peu et heureux de sa simplicité. Ici, c'est une immense multitude au cœur de laquelle la foi est enracinée, mais qui souvent néglige d'en rem- Clir les saints et impérieux devoirs. Dans ces elles contrées, l'industrie enfante chaque jour des merveilles de toute espèce; mais n'étant point partout réglée selon les lois de Dieu, elle y propage la licence des mœurs, la dégradation, et amène l'abandon de la foi. Le bien-être matériel favorise Thabitant des villes et des campagnes, mais il produîi l'indifférence et l'oubli de la félieilé des cieux. La richesse verse ses dons k pleines mains, mais elle fait nattre des besoins si nombreux que la misère y devient plus exigeante et plus hideuse. La charité fait des prodiges, mais le nombre de ceux qui se font nécessiteux est démesurée. » (M. Capbllb.) Telles étaient les difficultés contre lesquelles avait à lutter le prélat. Son prédécesseur, qui avait pendant quarante ans, occupé le siège de Cambrai , qui s'y était.identifié avec la population, était universellement regretté. Quel que dût être le successeur, sj |)o^ition était diiliciie. il fallait du temps à Mgr Giraud pour se faire connaître. Justice ne fui pas toujours rendue à ses améliorations, à ses intentions. H avait voulu que le séminaire de Cambrai eût une maison de campagne, comme il en avait donné une à celui de Rodez. 11 y adjoignit une petite ferme modèle. C'en fut assez pour faire accuser ce Erélat désintéressé d'entreprendre un ignole commerce, de faire concurrence aux marchands. Dn journal de Paris accueillit deux lettres signées : Un curé du diocèse de Cambrai, L'administration de l'archevêque y était tournée en ridicule, ses Mande*
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nienls cri(iqa<^s, sa bonne foi, sa justice» sa consoience y étaient attaquées directement. Le clergé du diocèse s'empressa de protester contre ces calomnies, A toutes les lettres Îui lui étaient arrivées, le prélat répondit ■r cette circulaire : « Messieurs et trèsetiers coopérateurs, des protestations» toutes plus énergiques les unes que les autres, me sont parvenues spontanément de tous les points du territoire» è Toccasion de certaines lettres publiées contre ma personne et contre mon administration dans un journal de la capitale» et portant pour souscription : Un curé du diocèse de Cambrai. Je suis touché de cette démarche, parce qu'elle vous honore; mais croyez bien» je vous prie» que
1e n'en avais pas besoin pour être Gxé sur 'excellent esprit qui vous anime.
« Tout le monde comprend que dans le corps le plus respectable» surtout lorsqu'il est nombreux» il peut se rencontrer quelques individualités qui s'isolent du sentiment de leurs confrères» scil par un défaut de rectitude dans le jugement» soit par un malheureux penchant à la contradiction » soit par une appréciation eiagérée de leur valeur personnelle qui» en élevant les prétentions de l'amour-propre, lui en fait sentir plus vivement les mécomptes. Mais aucun homme sage et votre archevêque moins que personne» ne sera assez injuste pour rendre solidaire de ces rares et presoue iné- ▼ilables exceptions» tout un clergé connu pour sa piété» sa sagesse» son amour de la discipline et des bonnes règles» et son attachement h l'unité. Reposez-vous donc sur notre estime et sur notre confiance la plus entière, comme nous nous reposons sur votre dévouement etsur votre affection filiale. C'est une triste nécessité que le scandale arrive ; mais après en avoir gémi devant Dieu» félicitons-nous de voir que rhomme ennemi^ qui a vouiu semer entre nous des germes de dirifîon, n'a réussi qu*à resserrer plus étroitement» s'il est possible» cette union qui fait notre force, et qui ne nous fut jamais plus nécessaire que dans les circonstances présentes. » En 18'»7» il fut promu au cardinalat. Le k septembre il arriva à Rome , accompagné du r^rdinal de Rourges» des évoques de Rodez et de Fréjus, et de trois ecclésiastiques parmi lesquels M. Léraillé» curé de Saïut-Remi» à Amiens. Le 10» il écrivait : M Le Saint-Père a daigné recevoir ensemble les deux cardinaux. Cette première audience a duré près d'une heure. Que de bonté» aue de douceur, que de sainteté j'ai admiré dans le Souverain Pontife 1 quelle âme» (juel cœur» quel sourire céleste... • bàtis le consistoire secret du 5 octobre» le nouveau cardinal reçut des mains du Saint- Père l'anneau cardinalice. Trois jours après il quitta Rome» et le 3 novembre il arrivait k Cambrai» où il put lire cette inscription au-dessus de la porte de son palais.
Uibis et orbis tmor, pneclaraque glorU sscU» Ipae pios nobis fullus incUnit amioos.
Pour faire connaître le cardinal Giraud» il fcudrait le laisser parler, citer ses beaux
Mandements » mais la place nous manque; Donnons encore quelques lignes d'une de ses lettres : « Je sens plus vivement uue jamais ({ue le seul désir de la sainteté peut uje faire supporter la vie : tout le reste est si misérable. Les richesses 1 si je les désirais, il m'en faudrait plus qu'il n'est donné à l'homme d'en acquérir; un royaume me serait une goutte d'eau. Tout ou rien» c'est le cri de mon &me. Les plaisirs 1 je ne veux que ceux de l'amitié» ils sont nécessaires k mon cœur et à ma perfection» encore fautil en retrancher les inquiétudes. Les honneurs» la réputation 1 vous savez si tout cela fait quelque chose su bonheur. La science 1 c'est le tourment de l'esprit» bien
flus que son repos. Le seul désir de plaire Dieu» de s'unira lui» de faire un saint» ne s'épuise jamais» et c'est l'unique chose qui ne soit point une illusion sous le soleil. Je ne m'étonne pas tant » d'avoir une fois ces idées que de ne les avoir pas toujours. Entretenez-moi dans ces sentiments» sans lesquels je sens que la vie me serait la mort.» En 18Î8, une nouvelle révolution soufflait sur la France» et, peu à près Pie IX était obligé de quitter sa capitale» pour aller demander un asile au roi de Naples. Le cardinal Giraud fut alors chargé» par le gouvernement français» d'une mission secrète auprès du Saint-Père. Le bruit courut que le cardinal devait tAcher de déterminer Pie IX à accepter l'hospitalité de la France. Si le bruit était fondé» la proposition ne fut pas accueillie. Quoi qu'il en soitj le cardinal» parti le (^janvier 18(^9, fui bientôt rendu auprès du Souverain Pontife. Le 21 janvier il écrivait de Gaëte : « Me voilà depuis le 17» auprès du Saint-Père. Le soir môme de mon arrivée, j'ai eu le bonheur do baiser ses pieds sacrés. Il a daigné me témoigner que ma visite lui était agréable» et qu'il me verrait avec plaisir prolonger mon séjour ici. Il a conservé celte majesté sereine que vous lui connaissez. Le roi» la reine et toute la famille royale de Naples lui font de fréquentes visites» avec les démonstrations de la piété la plus sincère et la plus filiale. J'ai eu l'honneur d'être présenté à ces Majestés et à ces Altesses. Je dîne tantôt au palais» tantôt chez moi ou dans la réunion du corps diplomatique. Je passe» quand je le veux » la soirée avec le Saint-Père» qui m'invite h l'accompagner dans ses promenades ; on cause» on lit les journaux » on parle de l'Eglise et de la France, deux objets bien chers au cœur de Sa Sainteté. »
Le Saint-Père racontait un jour les terreurs qui l'avaient frappé dans son palais» quand la populace égarée vociférait sous ses fenêtres, tirant des coups de fusil; il lui dépeignait la mort de Mgr Palma. « Ah 1 » s'écria l'archevêque de Cambrai» « ce n'était pointé un simple secrétaire à mourir; il aurait fallu voir plusieurs cardinaux tomber h côté de Votre Sainteté 1 Que n'ai-Je été lèl... » Dn autre jour on recevait de tristes nouvelles de Rome*. Le Pape racontait au cardinal les détails qui lui étaient parvenus» et U ajojitait:
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« Ce qui m'iMfllige, ce n'est pas d'appremlre qiio raa maison ait été saccagée, que Ton
£iJlo mes salons, que Ton brûle mes voitures, lieu sait que les grandeurs m'imporlunent, qiieje désirerais ôlre pauvre, aller h pied; mais ce qui m'afflige, c'est de voir que le peuple de Rome perde sa foi, c'est de voir cette ville, centre de la chrélienlé, qui devrait fiire la première pour son attachement à la religion.;. > Les sanglots l'empêchèrent d'achever. Parti de Gnëte le 25 mars, le cardinal de Cambrai arrivait le 15 avril dans sa ville métropolitaine.
Peu de jours après, il écrivit h l'évèque de Rodez : « Je viens me jeter dans vos bras et TOUS presscrsnr mon cœur, comme un homme qui revient d'un grand voyage et qui commençait à douter s'il reverrait la patrie. La meraéléalTrcusc; mais laissons \h ces souvenirs déjh loin de moi. J'ai vu Marseille et son bon évêquo qui m'a montré ses monastères, Notre-Dame de la Garde, où j'ai célébré une Messe d'action de grâces, entouré de l'équipage du Sésostris; Bourges, où je me suis arrêté un jour auprès de mon collègue, du clergé et de mes amis; Paris, où j'ai porté au Président et aux ministres les remerclments du Saint-Père pour des inlontions qui s'exécutent en ce moment, où j'ai vu M. de Falloux, le ministre par excellence; JM. Dupanloup, que j'ai presse de toutes mes forces à accepter, malgré ses répugnances» !(; siège d*Orléans; les Jésuites, Saint-Sulpice, et je ne sais plus combicude visiteurs connus et inconnus. Me voilà maintenant encombré de papiers, assiégé de visites qui m'obligent de recommencer vingt fois sur le même jour, mes récits sur le Saint-Père, Gaële, Naples et le Munt-Cassin. Pro Pon" tifice Pio legaiionefungor. Il ne m'en coule pas de parler du Saint-Père. L'amour do Pie IX est gravé dans mon cœur, écrit sur les tablettes sensibles et vivantes de l'âme, bien mieux que sur la pierre où je vois ses traits chérjs : précieux souvenir qu'il a voulu que j'emportasse de mon séjour auprèsde lui dans l'exiL Permettez-moi de renvoyer à nos prochaines causeries d*oread oj, tout ce quej'aurai à vous dire de ce grand Pape, de quo grandis sermo et ininterpretabilis ad ditendum. » Mais Thomme propose et Dieu dispose, dit un vulgaire proverbe. Depuis huit ans le diocèse do Cambrai possédait son bien-aimé prélat; « les liens d'amour qui unissaient le pasteur et le troupeau se serraient de jour en jour davantage, le bien opéré par 1 administration diocésaine s'affermissait, les préventions étaient dissipées, la paix régnait partout; on se complaisait à former des vœux pour la conservation du prélat et la réalisation des pieux désirs de son cœur. Mais ces liens d'amour devaient se rompre prématurément. Brisée parles travaux et les sollicitudes de l'épiscopat, cette existence si chère et si précieuse arrivait rapidement vers son terme. » (M. Capbllb). Déjà en 1846, l'illustre prélat écrivait: « J'éprouve de plus en plus et habiluelloment une lassitude que Propos na repose pas; la cause en est cer-
tainement au cœur ou autrrveau fatigué h la longue d'émotions ou d'excès d'application. ■ Trois ans après, il mandait è sa sœur Elisabeth qui venait de faire une retraite: « Quel bon temps que celui où l'on peal être tout à fait à Dieu, sans avoir S s'occaper que de son Ame I C'est un sentiment oui me pénètre bien souvent au milieu des préoccupations de toutes sortes qui m'assiègent; mais ce n'est pas une retraite de quelques jours qu'il me faudrait, c'est uno retraite pour le reste de ma vie, un soulagement et une délivrance complète du lardeau qui pèse sur mes épaules. Quand cette heure sonnera-t-elle? Je n'en sais rien. Je vais tâcher en attendant de m'exercer à la grande vertu d'une conformité parfaite è la sainte volonté de Dieu. » Ce repos si désiré allait se consommer dans le sein de Celui qui est le repos véritable. En décembre 1849, ses douleurs devinrent plus aiguës, ses forces diminuèrent. Les médecins reconnurent une hypertrophie a» cœur et jugèrent la position des plus graves. Le mal ni des progrès rapides et on pensa À administrer les derniers sacrements à l'auguste malade. Il les reçut avec joie, dans les sentiments de la plus ardente piété. Après la cérémonie, il recueillit ses forces, et dit au chapitra :
« Messieurs, avant de vous quitter, comme Jésus-Christ, je vous recommande la paix, la charité les uns envers les autres. Oui, je vous recommande la paix qui surpasse tout sentiment, cette paix que Notre-Setgneura léguée h ses disciples avant de les quitter. Nous allons nous séparer; mais non, nos cœurs seront unis... Je lè^^ue h la métropole toute ma chapelle comme les saints canons le prescrivent, à l'exception d'une chasuble que je laisse h l'église où j'ai eu lo bonheur d'être baptisé. Vous connaîtrez mes autres dispositions. Je vous remercio do tous les services, que vous m'avez rendus, et de raiïection que vous m'avez témoignée. — Messieurs, je vous prie de pourvoir aux besoins de mon diocèse et de ne rien changer aux institutions que j'ai établies. Tout eu laissant la liberté de voire choix, j'ai une grflce à vous demander, c'est de|conserver à radministration mes grands vicaires; probablement que l'un d'eux n'aura point à accepter le choix que vous pourriez faire de lui : c'est mon frère ijui vous quittera après ma mort. Messieurs, il est bien aisé de mourir, c'est chose facile ; je suis heureux de vous le dire. J'accepte la mort pour l'expiation de mes péchés, par un acte formel, d'une volonté ferme et absolue. Je sais que je devrais craindre pour la multitude de mes péchés; mais, si j'ai à paraître devant un juste Juge, je sais aussi que je paraîtrai de* vant un Sauveur auquel Je serai présenté par la plus tendre des mères. « Puis, après un moment de repos : t Ah t j'oubliais quel* que chose. Messieurs» : je vous demande pardon de tous les scandales quo j'ai pu vous douuer et des peines que je vous ai causées. De mon côté, je paciionuei et je pardonne bien volontiers. Oui» c'est un boa»
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